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— D*ASGÉT1SMB ET DES INVOCATIONS A LA VIERGE, — DE PALÉOGRAPHIE, DE CRYPTOGRAPHIE, DB DACtTLOIiO«IB|
D*H1ÉR0GLYPB1E, DE STÉNOGRAPHIE BT DE TÉLÉGRAPHIE , — DR PALÉONTOLOGIE, —
DB L*ART DB VÉRIFIER LES DATES, — DES LÉGENDES, — DBS OBJECTIONS POPULAIBBS^
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DICTIONNAIRE
DE COSMOGONIE
PALÉONTOLOGIE.
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KTillinBFf CRITIQUE
DBS STSriltSS AXaEXS KT HODEBHES SCS l'OBIfilIIB DU MOSDB,
\UES SOR LA CRÉATION DE LA TERRE ET DES CORPS CÉLESTES
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wu nBiAim FOSsiLirius et m unms Ataces.
HiSTÙnOB DE LA GÉOLOGIB, SES APPLICATIONS AUX ARTS, ETC.
PAR L^^'F* JEHAN ow màjanAiM^rmin.
BU M LA WOatrÈ CiOLOGfQinS »l ntÂHCE, DE VkCl^imtE mOTlLB BCS SCIENCES DE Tninr, ETC.
MaigMBi fflam Tariimqiie divini opifidi oficiium cir-
cumsuntes, et mmsqnisqiie ad tnmsacU tempora mente
retiogreasiy nimdi totiai ordinatiODeiD «ontemplabinMir.
S. Basojcs, m hexameran Aonmta 4.
Primo, Tolomen Scriptoramm, qos Toiontatem Dei ,
deiD, ▼olnmen creatimnnn, cpuB poteiitiam teTelam.
F BAGoir.
Si Dieo n*a pas besoin de notre science, il doit eneorf
moÉBs aToir bôoin de notre ignorance.
If Som.
PUBLIÉ
PAR M. L'ABBE MIGNE,
ÉDITEUR DE LA BIBLIOTHÈQUE UNIVERSELLE DU CLERGÉ,
"MS eomam coHVi«n soi chaqcb beahcsb de la science délicieuse.
TOME UNIQUE.
PBIX : 8 FBAKCS.
SfMPBIME ET SE YENB CHEZ X.-P. MIGNE, EDITEUR,
AUX ATELIERS CATHOUQDES, RUE D'AMROISE, AU PETIT-MONTROUGE»
BABBliBB D'BUrBB DE PABIS.
18U
>■«
OUVRAGES
PB
I. L-F. AN (DE SM-OAmi),
Membre de la Société géologiciae de France, derAcàdétnie royale des Sciences de Tarin, etç, etc.
DU LANGAGE ET WE SON ROLE DANS LA
CONSTITUTION DE LA RAISON, ou tues philoso-
phiques SUR l'origine des GOIIMAISSANCES HUMADiES. t
Yol. grand in-18 Jésus; prix : 2 fr. 6a c. - Che*
Jacques LecoiTre, rue du Yieux-Golombier, 29, k
Pairiâ. — Voir les articles qui ont été pubHés , sur
cet Qiivrage, par M. Du Lac (Univerêdu 21 mars 1853),
par M. Laurentie dans YUnion du 20 février 1835,
par la Revue catholique de Louvain, livraison dV
vril 1853.
NOUVEAU TRAITÉ DES SCIENCES GÉOLO-
GIQUES» considérées dans leurs rapports avec.k
religion , et dans leur sy[)plication générale à rindus-
trie et aux arts, avec un tableau figuratif des ter-
rains, et la représentation des fossiles les plus carac-
téristiques et les plus curieux. Ouvrage dédié k Son
Éminence M^r.ie cardinal archevêque de To^rs, et
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de vue philosophique Qt religieux. 1 fort vol. in-12
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Paris. Prii : 5 fr.
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PAR SES ciuvREs, 2 bcRux volumcs in-8 avec flg. sur
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BEAUTÉS DU SPECTACLE Dg LA NATURE,
par Pluche. Ouvrage mis au niveau des connais*
sauces actuelles. 1 vol, in-12 avec fig.
Série de Dictionnaires embrassant in extenso les
lois et tous les ordi-es.de phénomènes du monde
physique, Thistoire naturelle des êtres organiques et
inorganiques qqi le composept, Texamen critique
des questions scientifiques qui se rattachent, è nos
livres saints, la réponse aux objections et aux princi-
pales difficultés soulevées contre la religion, etc., etc.
Chaque dictionnaire, dans le format in-4 à 2colonnes»
renfermé de 1,600 à 1,800 colonnes.
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ET DE MÉTÉOROLOGIE, 1 vol.
DICTIONNAjr. DE CHIMIE ET DE MINÉRALO*
GIE, applications à la médecine, à Tindustrie, etp.,
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SIOLOGIE VÉGÉTALE, applications à la médecine,
à réconomie industrielle et domestique, etc. 1 voK .
DICTIONNAIRE DE ZOOLOGIE. 3 vol. avec grav.
•r- Le V' volume renferme Thistoire naturelle des
trois premiers embranchements du règne animal,
Zoophytes, Mollusques et Articulés. — Le 2' volume
renferme T histoire naturelle des Poissons, des Rep-
tiles et des Cétacés, avec Tanatomie et la physiologie
comparée , etc. — Le 3' volume renferme Thistoire
naturelle des Oiseaux et des Mammifères.
DICTIONNAIRE D'ANTHROPOLOGIE, ou histoire
NATURELLE DE L'hOMME ET DES RACES HUMAINES, CtC. ,
I vol. avec figures.
Imprimerie MIGNE, au Petii-Montipugc.
AU LECTEUR.
Le DUU&muàre de CotWÊogame et de PaUmtiologie termine h série des Dictioanaires sor jes scîeneef
phjrsiqoes ec oatardles, qoe nous aTÎons eDtrepds de publier. Notre bat a été de jM^lariser la science,
de la rendre accessible an moindre cnré de ^îllage, afin qoe, dans ce siècle si orgneilleax de son savoir, il
«
n*j ait pas nn prêtre qoi ne poisse avec antorité, dans cbaqoe branche des connaissances bomaines, assi-
gner à chaqne question scientilifae son degrë'de valenr an moment où il parle. Noos croyons être en droit
d'affirmer qvll n*j a pas on phénomàM, pas n n iladt on an résoltat de quelque importance, pas une ques-
tion, une opinion ou un système de quelque intérêt, que nous n*ayons indiqué, apprécié, discuté.
Cependant, nous derons le ifire à la glorificalion de FEtie infini, ces boit énormes volumes oè nous avons
concentré le résoltat de toutes les investigations du génie deiliomme dans fétude de la nature, ne sont
qu*nne simple feuiDe'.détachée de cet arbie immense et merveilleux oà fleurissent les cenvres de Celui qui,
d*nne parole, fit jaillir Tuniveradu néant ; e*e8t une goutte d*eau puisée à cet océan sans rivages où la Sa-
gesse étcmdk a répandu comme des flots les créations, le mouvement et la vie; c*est un pMe reflet de
cette lumière sptodide qui nous presse de lentes parts, et que le regard bumain le plus assuré H le plus
étendu ne peut contempler sana éMoaisseaMOt. Naâs avons voulu mêler- notre raible(volx à ce concert inef.
IbMe qui monte wcessamment de la terre au del, et rendre hommage au Créateur en raconUnt les mer-
veilles de cette Sagesse suprême qui a disposé toutes choses dans de justes rapports de dimension, de
nambrt et de poids, et dont les pensées sont plus vastes que la BMr, et les conseils plus profonds que Fa-
binw. Mais, au milieu de tous ces prodiges de bi poisnance créatrice, nous ne sommes, pour nous servir
d*une comparaison de Newton, que «eaune mm emfami ifmi t*maÊmae tmr U rivofe ^ei^imàu rijindt de iromver
de iemipê em temilp» mm emiUfmftmêmMiommmeeppùUepimejûGe^^àroTdinmfe^ iamdis qme U gramd Oeêamde
lm9éïïiiére$UfÊoiiéde9mUmoêffem^,
Des considéraUons d'une haute importance doivent surtout hlre aimer, rechercher, cultiver la science
parle clergé; c'est que b science est désormais une des conditions du succès de son ministère et de Tin-
flnencequll doit eiercer sur un monde infatué de ce quH sait ou croit savoir. Au moment oà nous allions
développer nos idées sur ce grave sujet, nous avons trouvé dans le Mêmonml emtkoiiqme unâoquent article
de M. Tabbé Sa]ettr,qui envisage au même point de vue la sitBation du dergé et ses oMIgations vis-à-vis
4es exigences du Mède. Après avoir montré qoe le titre de prêtre n*est pfais malheureusement aujourdliui
que d'un bien médiocre poids dans la balance des choses, et que si le prêtre veut que son action soit fruc-
luense, s*il vent jouir, à cette fin, d'mie légilinie influence, il dut qui! sache la conquérir, M. Tabbé Salenr
aVxprime ainsi :
f Noos avons deux moyens de conquérir cette influence : b vertu et b capacité. Ici je n'ai pas à mon-
trer b puissance toujours merveiUease de b vertu. J'ai plotdt à m*âbver contre ceux qui, nbnt b néces-
sité de b science, pensent que b vertu et le strict accomplissement des devoirs privés suffisent seob peur
attirer tonte b considération, tout b crédit, toute Finfluence dont nous avons besoin.
f n y a eu des temps de grande foi oà b vertu, le zèle, b dévouement, Fanlente charilé pouvaient tenir
fien an prêtre de tout te reste. Mab, encore une fob, ces temps ne sont plus les nôtres. A des époques
comme cdMà, b prêtre qui manque gravement à ses devoirs tombe dans b mépris. Or, dans des. jours
dignoraneeet de doute, ii faut plus qu'une vie sainte ponr être quelque chose aux jeux du auMide; il f^n^
certaine capacité inteHectnelb. Il y a, je l'avoue, des circonstances assoi rares oà un ièla,un dévoue-
ine charité d'éclat, attirent vivement les regards et ^ipelbnt les bénédictions des hommes. Mab les
vertus jovnalières et obscares du prêtre, sa r^ubrité, toptce qui constitne nui jfcux de Dieu sa belb
vb de chaque jour, croyes-vous que ceb excite une profonde impresnon dans b monde? Qui ne sait, au
eaniraire, que, dans les temps difficiles, b zèb et b dévouement nous attirent mêaM des ennemis, et que,
loin de toucher, ib irritent b plus souvent? Qui ne sait que, dans b train ordinaire de b ne, bs vertus
sacerdotales sont taxées de niaiserie, d'étroitesse d'esprit, de mauvaise éducation, quand on ne bs regarde
pas tout simpbment comme une affaire de position, une nécessité d'état? fit, comme je rai déjà dit, il est im-
possiMe qu'y en soit autrement ; car pour comprendre et apprécbr essentielbment b vie du prêtre, il
fMdrait b conviction du prêtre , et c'est prédsémant ce qui manque aux hommes de b génération pré-
c U but donciAerdier à ce monde, moitié indifférent- et incrédule, moitié frondeur et raisonneur, un
autre cêté tangibte, s'il en est un. Ce cêté, je db qu*il existe. Oui, il y a encore quelque chose de bon, de
DiCnO!!. DE COSXOGOlflB ET DE PALi05T0LO0IE. 1
H AU LECTEUR. it
grand, de noble, que pourunt ce monde goèie et comprend, devant lequel il s'incline, el pour lequel il s'é-
prend. Qu*esC-ee donc ? C'est la science, la capacité intellet^tuelle. Que lestaient le plus élevé et la science la
plus étendue ne soient rien en comparaison de la vertu, mon Dieu ! je le sais bien, et je ne prétends pas
le contraire. Mais, selon cette parole de saint Paul que noui devotu nom faire tout à tou$ ffour tes gagner
toM, n'en esi-il pas moins vrai que si la science est pour nous un moyen de plaire au monde, d'avoir près
de lui de nnflueu:e, il faut nous efforcer d'être savants; puisque, d'ailleurs, la science est pour nous une
bonne et sainte chose? Or, que la science et la capacité prêtent, aux jeux du monde, plus de lustre à no-
tre zèle, à noire dévouement, à notre chanté pastorale, il me semble que ce point est hors de doute.
c J'ai entendu ce médecin, cet avocat, ce notaire, ce jeune collégien, me dire de quantité d'ecclésiasti-
ques avec une bienveillance ironique : C'^il tiii bon AomiM, inati ii n'ett pa% grand tatani; et ce qu'ils me
disaient tout bas, ailleurs ils le répètent tout haut, surtout aux paroissiens, et ce ne sont pas trente ser-
mons du pasteur qui peuvent contre-balancer le mal fait par ce mot jeté au milieu d'une conversation. Or,
Je suppose que les prêtres dont il s'agit, au lieu d'être ce qu'ils sont, fussent non-seulement des hommes
possédant plus ou moins bien les connaissances >ssez restreintes acquises dans leurs classes, mais des
prêtres solidement instruits et parfaitement au coûtant des tendances de leur siècle et de ses idées scienti-
fiques et philosophiques, et, par là même, toujours prêts à rmidrt rauon éê ieur foi : croyes-vous qu'ils ne
seraient pas, d'une part, plus justes appréciateurs des hommes qu'ils ont à combattre, et plus réservés dans
leur jugement ; et, d'autre part, plus forts contre toutes sortes d'attaques? Croyez-vous , surtout , qu'ils
n'en imposeraient pas à tant de demi-savants, qu'ils ne les rendraient pas au moins plus circonspects, et
qu'ils ne donneraient pas au monde une haute idée du clergé en montrant que tous ses membres sont à la
hauteur deseonnaissances les plus en vogue ?
« On la vu, les sdeuces ont jeté la pierre à la religion : l'archéologie, la physique, la chimie, la cos-
mogonie, la littérature , la poésie, Thistoire, la philosophie , lui ont fait une guerre de paradoxes, de sub-
tilités. Eh bien ! ai le clergé se fût trouvé dans de telles conditions qu'il eût pu être regardé, non-seulement
au poiijf, de vue de la religion et de la morale, mais au point de vue de la science et de la philosophie,
comme la piu$ haute ration ; s'il eût compté dans son sein, en nombre imposant, des archéologues, d«*8
physiciens, des chimistes, des cosmographes, des littéraCeurs de premier mérite, des historiens
distingués, des penseurs profonds ; croyez-vous que nous eussions vu cet acharnement contre la révâation
et contre l'Eglise ? Assurément non : ou tout au moins tant de savants orgueilleux et enflés de leurs scien-
eeç auraient mesuré leurs attaques, sachant que toute une armée de prêtres pouvait lutter avec eux, et»
dans tous les cas, on les eût vus plus disposés à (aire alliance avec nous.
c Me dira-t-on que je m'abuse, si je ne vois pas que les attaques contre la révélation et contre l'Eglise
venaient de cette profonde corruption du cœur qui inspire à ceux qu'elle dévore une haine de la vérité
et une mauvaise foi ||ir lesquelles ne peut rien tout le prestige de la science, du talent et même du génie?
Sans doute, je le sais, les passions nous susciteront, dans tous les temps, d'implacables adversaires. Mais,
outre qu'il ne faut pas faire les hommes plus méchants qu'ils ne sont, il est certain que beaucoup ne
nous attaquent que par préjugés, par ignorance des vérités religieuses, et que si notre science ne nous
les ramenait pas tout d'un coup, elle les maintiendrait au moins, et les rendrait plus justes et plus loyaux.
< Au surplus, ce que je veux prouver est si clair et si évident de lui-même que, pour les uns, c'est chose
presque superflue, et que, pour les autres, il est inutile d'essayer de le démontrer davantage. Qu'il me suf-
fise donc, pour me résumer, de rappeler ces paroles d'un évêque que le Mémorial catholique a citées
nagnère :
c Par U même que la foi n'est ploa parmi nous ce qu'elle était jadis, on devient plus exigeant pour ses
c ministres. On ne souifre plus quils soient, en fait d'instruction, comme dans beaucoup de positions so-
^ dales, de vulgaires médiocrités ; on demande qn*ils soient des hommes de valeur, d'intelligence et de
4 sens : U 9ueeè$ de leur minUtère éti à ec prix. > Je livre ces paroles de Mgr l'Evêque de Saint-Flour aux
4 médiutlons de tous. > Voyez dans ce DtcttoitiiAtre l'article Cosmogeaprie dks Pfeaas dc l'Eglise 9ub fin.
INTRODUCTION.
LA GAiATlOH Wt LA MSTUBCnOH DBS SUBSTAHCBS MlllftRALBS, OOHDlTIOirS nSHlimB» DB LA
cnrajflATioii bt db l'biistbhcb dus sociétés, DÉMONTBKifT, DABs l'obaaiiisatiob OB
MormB 6LOBB9 vn flab flbib db bibbtbillaiigb roub l*hoiimb.
toutes les œuvres de Dieu sont pleines de sa proyidence.
( ly MtMkl. )
La yéritable sagem consiste à Toir que tontes les faenltës de Tes»
prit el tontes les parties de nos eonnaissanees marchent d'un comainB
accord vers nn but uniqne, qui est de senrir en même temps le bon-
henr de Thomme et la gloire dn Créatenr.
(Sedgwici, JHsamrs^ etc.)
Four comprendre la prééniineace de notre destinée et les mes pleines de bonté dn Créa-
teur pour respècebomaine, il sniBt de considérer ce que la Sagesse étemelle a fait ponr
nous préparer une demenre... Entendez-Yoos, à trayers les âges antiques, le bruit dn long
trayait de la nature, de ces réyolutions qui se succèdent pour pétrir, élaborer, façonner
notre planète, pour entasser couches sur coudies, aceumuler débris sur débris, pour eom-
biner, modifier de mille manières, fixer, coordonner harmonieusement les éléments inor-
ganiques de notre globe 7 Pourquoi ces yallées qui se creusent , ces montagnes qui s'élè*
iFent, ces plaines qui se déroulent, ces innombrables niyeaux qui s'étabUssent ? Dans quel
but tous ces exhaussements et ces affaissements, ces remaniements, ces mélanges de maté-
riaux si diyers, et tous ces grands mouyements , à la surlkce et dans les entrailles de notre
terre 7 Où tend Faction de ces lois , de ces forces , de ces agents, de tous ces moteurs que
dirige le doigt du Très-Haut, durant cette laborieuse éyolution de notre planète 7 N*est-ce
pas afin que nous ayons sous nos pieds un sol ferme et stable ; des granits , des marbres,
des pierres de toutes sortes, pour éleyer nos temples, construire, décorer nos places, bfttir
nos cités ; d^ounenses magasins de bouille combustible dans les débris fossiles de la yégé-
tation primitiye ; d'inépuisables mines de sel gemme pour les contrées éloignées de la mer ;
de Tor, de l'argent, du fer, du cuiyre, du plomb, etc., métaux si précieux que, sans eux,
nulle culture, nulle civilisation ne serait possible 7 N*est-ce pas encore pour que [nous
ayons aujourd'hui des sources et des fontaines, des fleuves et des rivières, lesquels, obéis-
sant aux déclivités habilement calculées des terrains, s'écoulent, sans interrompre leur coiïrs,
vers le réservoir commun des mers 7 N'est-ce pas enfin pour que nous ayons une terre
végétale, présentant les conditions les plus avantageuses au travail et à la culture 1 et avec
ce sol ftcond, des gazons, des arbres, des fleurs et des fruits; et avec les plantes, une atmos-
phère épurée et des animaux destinés à nous servir, à nous vêtir, à nous nonrrir^ à peu[ 1er
et animer tous les districts de la nature?...
Ainsi donc, beauté, variété, grandeur, harmonie; richesses, jouissances, ressources
sans nombre, préparées pour Fhomme; innombrables {neuves de la sagesse et de la pro-
vidence du Créateur : voilà ce que la science découvre à chaque pas, avec une admiration
profonde, en étudiant la merveilleuse oi^nisation de notre globe.
Les beUes lois qui ont présidé à cette évolution de notre planète seront étudiées dans
le cours de cet ouvrage. C'est un vaste et fécond objet de méditations bien propre à laire
naître dans l'esprit du penseur un profond recueillement. Bans cette introduction, nous ne
nous proposons de considérer la géologie qu'au poinr d«r vue de S9S applications généraîts
f&' DtCTfONNAIRE DE COSMOGONIE ET DE PALEONTOLOGIE. 16
et utiles, et de reproduire un faible aperçu du commentaire immense et magnifique que Toii
pourrait écrire sur ces paroles du Psalmiste : O Dieu! que voê cmvre$ $ont bellet! vo%u avez
fait touteê cfioêes avec iagute; la terre est remplie de vos biens !
Les éléments inorganiques primordiaux, qui entrent dans la comp^ition de tous les
corps, ne paraissent pas avoir augmenté en nombre depuis leur création, ni avoir subi
aucune altération dans leur nature. Tout prouve, au contraire, qu'ils ont toujours été régis
par les mêmes lois, et qu'ils ont, durant toutes les périodes géologiques, rempli les mêmes
fonctions dans l'économie des êtres organisés.
Les substances inorganiques qui composent le règne minéral peuvent se diviser en corps
élémentaires, en minéraux simples et en minéraux composés.
Les corps ou principes élémentaires^ ou simplement éléments^ sont au nombre de cin-
quante-cinq. Le calcium, le silicium, Toxygène, l'or, le fer, etc., sont des corps simples,
c'est-à-dire, jusqu'à présent indécomposés.
Les minéraux simples^ ou espèces minérales, ne renferment pas seulement les substances
minérales non combinées ou à l'état natif, lesquelles ne sont guère au nombre de plus de
dix on douze, telles que l'or, l'argent, le soufre, etc., mais encore toutes les substances
inorganiques composées qui offrent une structure cristalline régulière avec des proportions
définies et invariables dans leurs éléments chimiques, telles, par exemple, que le spath
calcaire ou carbonate * de chaux cristallisé, dont les éléments primitifs sont le calcium,
l'oxygène et le carbone. Suivant Berzelius, le nombre total des minéraux simples, recon-
nus jusqu'à ce JQur, est d'environ six cents.
Les minéraux composés constituent les roches stratifiées ou non stratifiées qui forment
la croûte ou enveloppe de notre planète, telles que le granit, le grès, le calcaire, etc.
Parmi pes roches, les unes en masse cristalline, comme le granit, paraissent avoir été
originairement à l'état dç fusion ; les autres , disposées par couches , sont le résultat de
l'action des eaux en mouvement.
Ces préliminaires établis, qu'une personne heurtant du pied une pierre au fond 4'un
désert , avance que cette pierre est là de toute éternité.
Non , répondrons-nous , cette pierre n'est pas là de toute éternité. Si c'est un caillou
ordinaire, il peut avoir traversé des événements nombreux , et présenter des témoignages
d'événements physiques qui ont modifié la surface du globe , et son aspect roulé nous
racontera les déplacements considérables que lui a fait subir l'action des eaux.
Est-ce un morceau de grès, un conglomérat formé de détritus arrondis provenant d'au-
tres roches? Les ingrédients qui entrent dans sa composition offrent des témoignages tout
semblables de mouvements imprimés par l'action des eaux, qui les ont réduits à l'état de
sables ou de cailloux, puis transportés à la place qu'ils occupent à l'heure actuelle, anté-
rieurement à l'existence de la couche dont ils font partie. Une couche de cette nature n a
donc pas occupé de toute éternité la place où nous la voyons maintenant
Si cette pierre contenait les débris fossiles de quelque plante ou de quelque animal ,
non-seulement nous y trouverions la preuve qu'elle est d'une formation postérieure à la
cr^tion de la vie , soit chez les animaux , soit chez les végétaux , mais il y aurait, dans la
structure organique même des restes qu'elle contient, des témoignages de coordinations
et d'uii plan qui nous attesteraient hautement l'action d*une cause intelligente et puissante ,
de même que les mécanismes d'une montre où d'une machine à vapeur nous prouvent ,
dans l'auteur ou dans Tinventeur, la réflexion qui prépare et l'habileté qui exécute.
Supposons que ce soit un morceau de roches cristallines, un fragment de granit, par
exemple. Le granit est une substance composée de trois autres minéraux, feldspath,
quartz et mica, dont chacun présente une forme extérieure et une structure interne parti-
cuUères , en même temps que certaines propriétés physiques qui lui sont inhérentes. Or
il est démontré , par l'analyse chimique, que ces trois minéraux , feldspath, quartz et mica ,
sont composés eux-mêmes d'autres substances, oxygène, silicium , aluminium, potassium.
<7 INTRODUCTION. 1^
fer, etc., qui les ont précédés en existence à un état de plus grande simplicité avant que
de s'être combinées pour former les minéraux constituants des roches granitiques Ce
fragment de roche n'a donc pas toujours été dans les conditions où il se trouve maintenant;
Un existe donc pas de toute éternité sur le point où on le rencontre aujourd'hui, non
plus que la masse d'où il provient.
De plus , il a été reconnu, comme loi universelle et permanente, que toutes les sub-
stances minérales, lorsqu'elles passent de l'étal liquide ou de fusion à Tétat solide , pren-
nent, quand aucune circonstance extérieure ne vient troubler l'arrangement de leurs
molécules , des formes régulières nommées crislaKx. Le. cristallographe prouve donc que
les divers minéraux qui entrent dans la composition des roches cristallines sont com-
posés eux-mêmes de molécules d'une petitesse extrèàè^ formées à leur tour d'autres
molécules élémentaires plus simples encore, ou des derniers atomes indivisibles, se
combinant, s'agglutinant d'une façon similaire, en vertu des forces polaires et des affinités
chimiques, suivant des proportions fixes et définies, et se cristallisant eu figures géomé^-
triques rigoureusement déterminées (1).
On ne peut pas recourir aux causes fortuites pour expliquer les formes cristallines des
minéraux, car, dans cette hypothèse, qui est la négation de tout plan, et que Ve^pril
humain repousse invinciblement, ces formes devraient s'offrir au hasard, avec des variétés
sans nombre et dans des proportions jamais définies. Or il n'en est pas ainsi; tout atteste,
au contraire, l'énergie d'une volonté toute-puissante et la souveraine intelligence d'un
agent suprême qui manifeste son action sur les substances minérales par les plus harmp-
nieux résultats, en les soumettant à des lois de combinaisons, dé figures et dé proportions
d'une parfaite exactitude et d'une précision toute mathématique. Ainsi les corps crislallisc^s
ne présentent qu'un nombre limité de formes secondaires, dans lesquelles le clivage
(2) démontre une réunion de formes primaires plus simples; ces formes primaires sont
composées de molécules intégrantes, qui, à leur tour, sont composées de molécules consti--
tuantes, dans lesquelles entrent les particules élémentaires, elles-mêmes formées des
derniers atomes de la matière (3).
(j) « Les formes polyëdriqaes senties formes propres de la nature inorganique, celles que la matiftre
tend toujours à prendre, et qu*elle prend en effet toutes les fois que les lois qui la régissent ne sont trou->
Liées par aucune cause étrangère. > (Beudant.)
Toutes le» substances peuvent cristalliser : les liquides par la congélation, les vapeurs par la sublima-
tiop, les solides par le refroidissement après la fusion. Tout corps est donc composé d'atomes dont les qua-
lités sont invariables; d'où Ton serait autorisé à conclure que les molécules dernières de la matière sont
incapables d altération et sont encore aujourd'hui ce qu'elles étaient au moment de leur création. C'est l'o-
pimon de Newton, qui dit que Dieu, en créant la matière. Ta composée de diverses espèces de molécules
élémentaires, solides, dures, invariables, dont les dimensions, les figures et les différentes qualités sont
•?*MtiC8 aux fins qu'il se proposait ; et ces molécules sont d'une telle fixité, qu'elles ne peuvent être ni di-
visées ni altérées par aucun procédé de l'art ni par aucune force existante dans la nature, sans quoi l'es-
«»fe <"<» corps pourrait cbanger avec le temps. {Optice lucis, lib. m, quaest. 31).
Qn^ &é également conduit à penser qu'il n'y a aucune partie de matière inorganique qui ne soit dans
un état de mouvement relatif, d'après ce phénomène remarquable que certaines substances cristallisées ,
comme le sulfate de magnésie, etc., placées sous l influence d une chaleur Biéme trés-modérée, changent la
forme des cristaux intérieurs qui les composent. Les cristaux prismatiques du zinc, exposés à la chaleur
da soleil pendant quelques secondes, se transforment en octaèdres. Il n'y a donc nulle part de ^pos dans
1 univers matériel, iion plus que dans l'univers intellectuel.
(ij De Tallemand kolben ou kiowen^ fendre du bois. C'est la division mécanique des lamelles superposées
les unes aux autres dans les cristaux.
(3) c Si I on ramène de cette manière tous les corps minéraux aux conditions les premières et les plus
simples de leurs éléments constituants, on voit que ces éléments ont élé, à toutes les époques, régis par
ïï'.'PfS"^^'".*!"® ^^ '^'* ^^^ c* universelles qui règlent encore maintenant le mécanisme do monde ma-
tériel. En étiidiaDt l'action de ces lois, nous y reconnaîtrons une subordination tellement constante den
moyens a leurs fins, une harmonie, un ordre, des prévisions si parfaites dans les propriétés physiques, dans
les proportions numériques, dans les fonctions chimiques des éléments inorganisés : Unt die preuves d'une
intelligence ei d*un plan coordonné à l'avaRce pour adapter ces éléments primordiaux à une infinité de
fonctions complexes dans les systèmes futurs d'organisation soit animale, suit végéule, qu'il est impossible
que nous nous rendions un compte satisfaisant de Pexistenoe de tous ces mécanismes si beaux et si parfaits,
*' «eus refusoii»d'admettre qu ils tirent leur origine de la volonté et de la 'puissance d'un Créateur su-
prême* être dont nos facultés finies ne peuvent arriver à comprendre la nature, mais dont toit ce Çîm-
existe nous p oclame la sagesse, la grandeur cl la bonté infinies. » (Bucklam)*)
If DiCnœGIAIRE DE COSMOGONIE ET DE PALEMnOLOGIB. U
Voor mieux fidre ecMoprendre rensemble d'airangemenls pleins de précision et de mé-
thode» d*où résultent les formes cristallines ordinaires des minéraux» étudions o!Mnme
axemple un minéral bien connu» le cariionate de chaux.
Les cristaux de ce minéral terreux» que Ton rencontre en abondance, présentent plus de cinq
cents Tariétés de formes $eeondaire$^ dont chacune possède une série quintuple de relations
aobordonnées d*uB système de combinaisons, à un autre» systèmes suivant lesquels diaquo
cristal en particulier a été construit en yertu de lois concourant à produire d'harmonieux
résultats.
Chaque cristal de cartK>nate de chaux est formé par des millions de particules de cette même
substance composée» ayant une forma primaire inyariable» qui est celle d*un solide rhom-
boîdal que Ton pourrait obtenir en portant la division mécanique presqu*à Tlnfini.
Les molécules ituégranttê de ces solides rhomboidaux sont les particules les plus petites
dans lesquelles on puisse réduire le calcaire sans ayoir recours à la décomposition chi-
mique.
Ln premiers résultats de l'analyse chimique sont de partager cas molécules ituégranie$
«n deux substances composées» la chaux pure et Tacide carbonique» dont chacune est for-
mée par un nombre incalculable de molécules eonsiUuantes.
Une analyse ultérieure de ces molécules can$iiiuanie$ elles-mêmes prouve que ce sont
encore des corps composés» dans chacun desquels entrent doux substances élémentaires
qui sont» pour la chaux» des molécules étémeniaireg d'un métal, le calcium» et d'oxygène;
et» pour l'acide carbonique» des molécules étémeniaires de carbone et d'oxygène.
Les dernières molécules du calcium» du carbone et do l'oxygène» sont les atomes indi-
visibles dans lesquels peut se décomposer chaque cristal secondaire de carbonate de chaut.
« Ainsi , au lieu qu'une étude superficielle des cristaux n'y laissait voir que des singu-
larités de la nature» une étude approfondie nous conduit à cette conséquence que Je même
Dieu» dont la pmssance et la sagesse ont soumis la course des astres à des lois jqui ne se
démentent jamais» en a aussi établi auxquelles ont obéi avec la même fidélité les molécules
qui se sont réunies pour donner naissance aux corps cachés dios les retraites du globe
que nous habitons (4). »
« Les particules des diverses substances qui existent dans la nature peuvent être con-
sidérées comme une sorte d'alphabet, dont se compose le grand volume où sont attestées
la sagesse et la bonté du Créateur (5). »
Après ces préliminaires» décrivons brièvement les principales suostances minérales em.
ployées dans les arts,
§1'.
Roches utiles » f origine ignée.
Parmi ,'ces roches» le granit est au premier rang. Il se compose de cristaux de feldspath»
de quartz et de mica» à peu près également disséminés. Le feldspath y domine. Sa nuance
est le plus souvent grise» rose ou rougefttre. Sa solidité est d'autant plus grande que les
cristaux sont plus petits et plus serrés. Le granit est la pierre monumentale par excel-
lence. Pour en détacher de grands blocs» on emploie la méthode des entailles; on pratique
des rainures profondes entre lesquelles on chasse des coins de bois que l'on mouille quand
ils sont bien enfoncés; le^ bois* gonfle par l'absorption de l'eau et peu à peu la masse se
fend. On continue à chasser de nouveaux coins » à les mouiller au fur et à inesure qu'ils
sont convenablement enfoncés» et l'on finit par faire éclater ainsi les roches les plus dures
«t les plus compactes. C'était la méthode d'eiploitation employée par les ]l^grptiens.
On fait avec le granit de grandes auges» des bornes» des revêtements de trottoirs. Les
*
(A) HACt, Téèleau eomptiraUf de* rê$uttat$ de ta cristaltographief etc., p. 17.
(5) D4iieiii, ÀlomU Theory^ p. 107.
« INTRODUCTION.
Chinois ont construit en granit les tours de leur fameuse muraille. La plus belle ville de
rAmérique méridionale, Rio^aneiro, est presque entièrement bfltie avec un beau granit
gris. Rennes, Lorient, Limoges, Cherbourg, etc., n*ont pas d'autres pierres d'appareil.
Exploitations en Suède, Norwège, Angleterre, Bretagne, Normandie, Bourbonnais, Limou-
sin, etc.
Parmi les variétés de granit sont la syénite et la pegmatite. La première tire son nom de
la ville de Syène, en Egypte, où il en existe de belles carrières. C'est avec ce granit rouge,
composé de feldspath et d'amphibole , qu'ont été construits , par les anciens, un grand
nombre de monuments qui remontent à la plus haute antiquité, statues, sphinx, colonnes,
qui ornent aujourd'hui la plupart des musées de l'Europe. Le fameux bloc erraticpje dont
on a fait le piédestal de la statue de Pierre le Grand, à Saint-Pétersbourg, et qui pèse 800,000
kilogrammes, est en syénite. Les boulets de fonte s'étant écrasés sous un si grand poids,
pendant qu'on le transportait, on eut recours à des boulets de bronze. Le soubassement de
la colonne de la place Vendôme, Tobélisquc de Louqsor, sont aussi en syénite.
La pegmcuUe est un granit sans mica. Elle se désagrège facilement par l'action des agents
atmosphériques; c'est ce qui la rend très-utile dans une branche importante de l'industrie,
car le kaolin, ou l'argile blanche, résultat de cette décomposition, sert à la fabrication de
Ja porcelaine.
D'un aveu unanime, les granits sont particulièrement les roches à Taide desquelles les
hommes peuvent, en dépit du temps, communiquer le plus sûrement avec la postérité. Et
en effet, les tableaux s'obscurcissent ou tombent en vétusté, les livres deviennent trop sou-
vent la proie des flammes* les marbres se corrodent, les métaux tentent la cupidité des,
ravisseurs ou sont impitoyablement fondus à la suite des guerres ou des commotions poli-
tiques. Quelques roches granitoïdes seules, échappant à tous les genres de destructions,
sf^mblettt défier la main du temps qui efface toutes choses : témoins ces pionuments de la
vieille Egypte qui ont traversé tant de siècles, qui ont vu passer tant de révolutions et qui
n'en sont pas moins aussi frais que si l'on venait d'y mettre la dernière main. Il y a dan^
la prodigieuse durée de cçtte pierre un caractère de grandeur qui semble se rapprocher
de celui que possèdent les choses éternelles. La belle conservation des hiéroglyphes sculptés
sur les roches granitoïdes devrait commander aux nations modernes de ne confier les
inscriptions de leurs monuments qu'à ces substances indestructibles.
En donnant la préférence au granit et h la syénite pour transmettre à la postérité des
faits importants, rappelons à la mémoire des artistes qu*un vandalisme brutal détruisit à
Rome un grand nombre de statues et autres chefs-d'œuvre anciens, et que la perte qui en es|
résultée pour l'histoire et pour les arts n'a tenu qu'à la nature particulière du marbre sac-
charoïde ou statuaire qui produit, par la calcination, une excellente chaux grasse. Ce n'est
donc ni £ur le marbre, ni sur l'airain que les peuples doivent écrire leurs noms; s'ils veu-
lent l'écrire en caractères ineffaçables , qu'ils le gravent sur le granit, pierre modeste en
apparence, qui ne reçoit les empreintes, du ciseau qae difficilement, mais qui les garde, en
bravant à la fois le temps. et la barbarie.
. Le kenanion ( amphibole , feldspath , mica et pinité ) ae trouve en Bretagne- et convient
aux ouvrages de sculpture, principalement pour les monumenis religieux et funèbres, car
il est d'une cottleur grave.
Le porphyre (feldspath, quartz et quelquefois amphibole) présente des cristaux, le plus
souvent blanchAtres, enchâssés dans une pflte dont la teinte varie du brun rouge et du
bleu violAtre au rosfltre, et verdAtre. On le trouve surtout dans les terrains '«t'/unen, dévo-
mim et carbonifère (Corse, Vosges). Comme il prend un très-beau poli, on s'en sert pour
la décoration des édifices, et pour la construction de vases et de colonnes de prix. Les
anciens estimaient surtout le porphyre rouge d'Egypte, qu'ils tiraient des montagnes qui
s*élèvent entre le Nil et la mer Rouge. L'obélisque de Sixte-Quint, à Rome, est en porphyre^
0 * MCTiONNAlRE DE COSMOGONIE ET DE PALEONTOLOGIE. M
iggrplien. Gafe des fonds baptismaux de b oatbédrale de Metz ; socles, colonnes, statues,
baignoires antiques, au Musée égy.ptien du Louvre, à Paris.
La terpetUine (diallage, feldspath et talc) est généralement verdâtre arec des bigarrures,
qu'on a comparées à la peau des serpents. Quand elle est assez dure et susceptible de poli,
on remploie pour la décoration et pour la confection d'objets d'arts , rases , socles et co-
lonnettes. Si elle est tendre et onctueuse, on en fabrique des rases, des marmites, très-
solides quoique minces (Corse, Valais).
Le trachytt est une roche Volcanique grisâtre ou roussAtre, rude au toucher (feldspath,
mica, amphibole et fer titane). On le trouve particulièrement en Amérique, dans la grande
ehalne des Andes; en Frauce, dans le Puy-de-Dôme, Cantal, .Haute-Loire. Le bel établis-
sement des bains de Hont-Dore, en est entièrement construit, ainsi que l'immense cathé-
drale de Cologne.
Le boêolie (feldspath, pyroxène, fer titane et péridot) est une roche noirAtre et très-solide.
n appartient aussi au terrain rolcanique des périodes supracrétacées.Il se présente en cou-
ches divisées en prismes qui ont parfois ringt et trente mètres d'élération d^in seul jet. Il
sert au pavage (Hontélimart).!! peut au besoin remplacer la pierre de touche des bijoutiers,
car il est inattaquable par les acides. Les anciens le sculptaient.
Le boÊoniié ou lave de VoMe est une rariété du basalte. La cathédrale de dermont en est
entièrement construite.
Tout le monde connaît l'usage de la pouzzolane^ résultat de la décomposition des scories
volcaniques, pour la fabrication des chaux hydrauliques. Mais aujourd'hui, grâce aux tra-
vaux de H. Vicat, on remplace arantageusement la pouzzolane par un calcaire argileux
Les iufe vokaniquei sont des cendres basaltiques qui se sont durcies par infiltrations. Us
recouvrent les anciennes villes d'Herculanum et de Pompe!. Les anciens trottoirs de ces
deux villes sont pavés d'une lave présentant la plus grande analogie avec celle que vomit
encore le Vésuve.
Vobiidienne est une stibstance vitreuse et translucide, couleur verre de bouteille, d'ori-
gine volcanique (Mexique, Pérou, Islande). Le célèbre miroir des Incas, qu'on voit au Mu-
séum d'histoire naturelle de Paris, est une belle obsidienne taillée. Les Mexicains, au temps
de Montézuma, en confectionnaient des dards, des flèches, des couteaux, etc.
La pierre ponce (composée de feldspath, etc.) et d'origine volcanique est poreuse et gri-
sâtre. Réduite en poudre et délayée dans l'eau, elle sert à polir le bois, l'ivoire, et même
les métaux ; on l'emploie encore pour adoucir ou polir la surfiice des peaux , des parche-
mins, etc. En Orient, et sur le littoral de la Méditenanée, on s'en sert pour iV*otter les cors
et les durillons des pieds, et l'on assure que c'est Ik le meilleur moyen de s'en délivrer.
m-
Roehee utiles d^origine eédimentaire.
Les nkieiee argileux ^ talqueux , ardoisiers , etc., proviennent des détritus produits par
l'action érosive aux dépens du sol primitif. Tout le monde connaît l'usage de l'ardoise {kn^
gers, Maine-et-Loire ; Rimogae et Fumay dans les Ardennes). La torréfaction dans un four
donne i^ux ardoises une tejpte roug^ftlre e\ en prolonge considérablement la duré«.Les ar-
doises d'Angers ne durent guère que cinquante ans, bien moins que celles da département
des Ardennes et de la Belgique.
D'autres schistes servent au carrelage ou pour faire des tablettes à écrire avec un crayon
de graphite ou d'une ardoise plus tendre. La cotieule ou novaeulite sert h aiguiser les ra-
soirs et les lancettes.
Le calcaire pu earbonaie de chaux est très-répandu dans la naturCi dans les terrains les
plus anciens comme dans les plus modernes^ mais fréquemment mélangé d'argile, de silice^
de magnésie» etc.
t5 INTRODUCTION. 26
Les usages du calcaire sont si nombreniLt si Yariés» que cette substance nous est , pour
4^insi dire, indispensable : non-seulemeat elle fournit à l'architecture des malériaui de tous
genres, mais elle sert» à Tétat de chaux, dans un grand nombre d'industriel. Comme pierre
monumentale, le calcaire donne, pour la décoration, tous ces marbres aux couleurs rariées, '
quelquefois d'une blancheur éclatante, et qui se prêtent si bien à la délicatesse de la sculp-
ture. Moins pur, sous le nom de calcaire groêêxer^ 11 fournit à la construction d'abondantes
pierres d'appareil ; et tout le monde sait combien cette dernière rariété a exercé d*iufluence
sur la beauté des monuments de Paris^ Les pierres lithographiques , qui ont donné nais-
Muce à un nouveau mode de transmission de la pensée, ne sont que du calcaire compacte
ou à grains d'une finesse çxtréme. Enfin, la craie, la marne, reçoivent, dans les arts ou en
agriculture, des applications diverses sur lesquelles nous reviendrons.
Aucune substance, dit H. Boudant, ne se présente dans la nature sous autant d'aspects
différents que le calcaire, ce qui tient, sans doute, à son extrême abondance à la surface
de la terre, dans foutes les positions imaginables. Ses formes régulières et accidentelles sont
extrêmement nombreuses; les struetures, les coulours, les mélanges, etc., donnent égale-
ment lieu à une multitude de distinctions dont on peut encore augmenter le nombre par
des considérations de gisement. Aussi les calcaires se subdivisent-ils en un grand nombre
de variétés; nous allons rapidement passer en revue celles qui présentent une application
plus ou moins générale.
Le calcaire saccharoidCf uniquement formé de carbonate de chaux.Tel est le marbre blanc
antique de Paros, dont il reste encore plusieurs anciens chefs - d*OBuvre {Vénu$ de Médicir^
Dùmê choêêtrenef etc.). Le marbre de Carrare, sur la c6te de Gênes, est le type de cette va-
riété.
Les marbres blm$ turq^in^ colorés en gris bleuâtre par une faible proportion de bitume,
le marbre jaune onlîftie, mélangé d'une petite quantité d'hydrate de fer, sont des calcaires
saocharoldes.
Le calcaire dolamilique ou dolomie renferme de la magnésie. Pure et blanche , elle peut
être employée pour la statuaire.
Le calcaire carbonifère^ vulgairement petit granit ou marbre des écauseinee est parsemé de
débris organiques (encrines). Il contient une certaine quantité de matières charbonneuses
et bitumineuses qui lui donnent une couleur grisâtre ou noirâtre. On en fait des tables,
des chambranles, etc.
Le calcaire eempacte^ très-répandu eu Italie, en Espagne, en France, etc., fournit une in-
finité de marbres tachés, veinés ou rubanés, ainsi que la pierre lUhâgraphique si employée
dans Tart du dessin, etc. (Ghâteauroux, Dqon, Périgueux, Bavière, etc.).
Le calcaire brocatelle présente une agglomération de tubercules rudimentaires de forme
très-irréguliire et réunis par un ciment calcaire. U fournit des marbres très - recherchés
(Tortose, en Espagne).
Le calcaire lumaelulle, conglomérat de débris de coquilles et de polypiers. On cite la
belle lumaeheUê d^Aêtracan^ composée de débris de coquiliiers d'un jaune orangé vif, réunis
ptf un ciment brun.
Le calcaire briclu, marbre résultant de fragments anguleux réunis par un ciment calcaire
(In-iche dAUt et de Tolonet, prts d'Aix, en Provence). Le calcaire poudingue, agglutination
de fragments roulés.
Le calcaire crayeux ou craie blanche, propre à la bâtisse, résultat, suivant les uns (Lyell),
de la trituration des coquilles et des polypiers; attribuée, suivant les autres, à la tritura-
tion des roches calcaires préexistantes.
La craie sert à préparer le blanc d: Espagne, le blanc de Meudon: c'est particulièrement
en Champagne qu'on s'occupe de cette industrie. Pour amener la craie à cet état de
pureté, il faut la délayer dans feau , en laisser déposer les parties grossières et trans-
vaser le liquide qui la tient en suspensi«»n ; puis, lorsque cette craie s'est déposée, on la
%7 DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE ET DE PALEONTOLOGIE. 28
4
44can(6 ; on la f«it sécher ; et, quand elle a pris une consistance convenable, on la moule
en forme de cylindres ou de pains dont la dessiccation s'achève k Tair. Ce blanc s'emploie
comme crayons; il entre dans la plupart des peintures en détrempe et des couleurs ; on
en fait un grand usage dans les ftibriques de produits chimiques, etc. ; mélangé avec di-
verses substances , il sert à composer diverses sortes de mastics , et à modeler les orne-
ments des cadres destinés à la dorure ; il entre aussi en proportion notable dans la fabri-
cation des faïences et s*emploie chaque* jour pour une foule d'usages domestiques, comme,
par exemple , pour nettoyer les métaux et le verre.
Le calcaire groaier, presque entièrement composé de débris coquilliers marins, triturés»
réunis par un ciment calcaire. Paris, Bordeaux', Marseille, etc., sont bAtis avec des cal-
caires grossiers de Tépoque supercrétacée. Suivant la flnesse du grain , on distingue la
pierre de /laù, le cliquartf la lambourde ^ etc. Le vergehi^ employé pour la statuaire, pro-
vient du département de TOise.
Valbdire calcaire provient de la concrétion du carbonate de chaux sous forme de stalac-
tites et de stalagmites. Le plus estimé vient d'Italie. On en connaît l'usage pour vases, so-
cles, chAsses de pendules, etc.
Le tuf calcaire ou iraveriin se forme journellement. Il est blanc ou jaunAtre. C'est k une
variété du tuf calcaire (travertin) que plusieurs monuments de Rome doivent leur magni-
iicence. L'immense coupole de Saint-Pierre et la plupart des églises modernes de cette ca-
pitale de la chrétienté sont construites en travertin.
Le meilleur moyen de reconnaître si les pierres calcaires ne sont pas géliveif consiste k
les laisser séjourner k l'extérieur pendant l'hiver , afin de reconnaître comment elles se
comportent k la gelée.
On polit les marbres successivement avec la pierre ponce , l'émeri, avec la limaille de
plomb, la potée rouge (rouge d'Angleterre) , et la potée d'étain de première qualité.
. Pour tailler les colonnes et les vases, on se sert de scies particulières mues par des
machines, de telle sorte qu'on peut enlever, de l'intérieur des pièces, des noyaux pleins
qui servent k fabriquer des objets de moins grandes dimensions. Lorsque la matière est
précieuse, on détache ainsi, d'un seul cylindre, deux, trois ou quatre colonnes qui s'em-
bottent les unes dans les autres. Les instruments perforants dont on se sert pour exécuter
ces divers travaux sont très-ingénieux , et surtout très-économiques, puisqu'il n'y a de
matière perdue que celle que les instruments détachent sur leur passage.
. Parmi les chaux , on distingue la chaux hydraulique qui se fabrique en calcinant des
calcaires contenant 90 k 30 pour 100 de parties argileuses. La propriété qu'elle a de pren-
dre sous l'eau une grande dureté, est de la plus haute importance pour la construction
des piles de pont, des digues, etc.
Puisque la chaux hydraulique diffère seulement de la chaux grasse en ce qu'elle est
produite par la calcmation de calcaires contenant une certaine proportion d'argile, il était
naturel de recUercber si des calcaires plus ou moins purs, susceptibles de se délayer, et
auxquels on lû^^^^i^ût, dans des proportions convenables , une dose d'argile, ne don-
neraient pas, parla cuisson, la même chaux hydraulique. M. Vicata résolu affirmativement
ee problème ; en sorte qu'aujourd'hui divers mélanges de craie et d'argile , réduits en
poudre et pétris avec un peu d'eau, peuvent servir k faire des pains qui, soumis k la
calcination, fournissent une excellente chaux hydraulique artificielle.
On prépare la chaux hydraulique, aux environs de Paris, en délayant dans l'eau un mé-
lange d'une partie d'argile et de quatre parties de craie ; la bouillie obtenue ainsi se sèche
k l'air sous forme de petits pains ; puis on la soumet k une calcination modérée ; si bien
que le calcaire et l'argile entrent, sinon (en combinaison, du moins dans une disposition
moléculaire telle, que 4a cbauic qui en résulte» après avoir été gAdiée, est susceptible de
durcir dans Teau. Quand on n'a pas de calcaires délayables comme la craie ou la inarncy
on peut employer la chaux elle-même qu'on laisse éteindre k l'air, et qu*on mêle ensuite
M INTRODUCTION. SO
avec des argiles délayées dans l'eau ; il en résulte une pâte dont Cfn fitit -des pains que l'on
cuit lorsqu'ils sont entièrements secs.
La chaux hydraulique prend le nom de ciment romain quand elle contient jusqu'à 40
pour 100 d'argile. Un bon ciment romain acquiert souvent» après une immersion d'un quart
dlieure, la dureté de la pierre elle-même.
Dans la fabrication de la chaux hydraulique, on employait autrefois des pouzzolanes, ou
des scories altérées, qu'on faisait venir de fort-loin, pour les mélanger h la chaux et au
sable ; il en résultait que la chaux hydraulique était toujours à un prix assez élevé ; au-,
jourd'hui, grâce à la belle découverte de M. Vicat , on fait d'immenses économies dans les
constructions publiques : en effet, une écluse qui coûtait autrefois 200,000 fr., peut être-
faîte maintenant pour 40 à 50,000 fr, Des économies non moins considérables ont été réa-
lisées sur la construction des barrages, des digues, des ponts en pierres, etc.
On a cru pendant longtemps que la solidification du mortier provenait de la combinaison
de la chaux avec le sable quartzenx qu'il reçoit. Il n'en est rien. Des observations récentes
ont lodt reconnaître que cette solidification résulte de la combinaison de la chaux avec l'acide
carbonique de l'atmosphère. Le mortier ordinaire ne durcit pas quand il est totalement
privé du contact de l'air. Un mur très- épais, bâti à Potsdam depuis plus de trente au, a
présenté, lors de sa démolition, du mortier encore mou dans l'intérieur du . mur, parce
qu'en de telles cx>nditions il n'avait pu absorber assez d'acide carbonique pour se solidifier.
Ainsi le mortier, en durcissant par le dessèchement et par la combinaison de la chaux avec
Tacide carbonique de l'atmosphère, donne lieu à la formation d'un carbonate de chaux.
Les griê sont des roches à base de quartz provenant de sables agglutinés par un ciment
siliceux ou calcaire, de diverses couleurs. Il y a des grès à grains fins, pourprés, suscepti-
bles d'un beau poli. Tel est celui qu'on emploie aujourd'hui à Paris pour le sarcophage du
gigantesque tombeau de l'empereur Napoléon. Ce magnifique grès pourpré et aventuriné
a été extrait des carrières de Schokscha, sur le bord occidental du lac Ladoga, k quelques
lieues de Saint-Pétersbourg. Il a été donné par Tempereur de Russie.
Tout le monde connaît l'usage des grès pour aiguiser la coutellerie, pour filtrer et clari-
fier les eaux (la Navarre, les lies Canaries, etc., grès exploités pour le pavage à Orsay, Pa-
laiseau, Fontainebleau, Anvers, etc.).
Les êoblei servent aune multitude d'usages. Les objets en fonte, en cuivre, en laiton, tic.9
sont presque toujours coulés dans des moules terreux^ construits avec du sable un peu ar-
gileux, humide et tamisé. Dans les fonderies des environs de Paris, on se sert du nble de
Fontenay-aux-Roses.
L'application la plus intéressante du sable a lieu dans les verreries et dans les cristalle-
ries. Tout le monde sait aujourd'hui que le sable quartzeux, rendu fusible par l'addition
d'un peu de souJe ou de ('Otasse, constitue la matière .principale du verre. Cette décou-
verte, attribuée aux Phéniciens, a rendu les plus grands services k l'humanité ; car. non-
seulement le verre sert k une foule d'usages dans les besoins habituels de la vie ; mais en-
core les sciences naturelles lui doivent une partie de leurs progrès. L'astronomie, la phy-
sique, la chimie sont parvenues, k l'aide du verre et du cristal, k un admirable degré de
perfection.
Pour fabriquer le verro grossier, celui des bouteilles, par exemple , on peut indistinc-
tement s*i servir de tous les sables plus ou moins pulvérulents, plus ou moins impurs ,
auxquels on ajoute. des oxydes de fer et de manganèse comme matières colorantes; mais,
pour obtenir dos verres blancs, on évite avec soin les matières qui contiennent des oxydes
colorants ; on rceherehe les sables quartzeux les plus blancs, auxquels on ajoute , dans
des proportions convenalles, certains fondants, tels que de la soude ou de la potasse ,
ainsi que du carbonate de chaux, ou seulement de la chaux. Ces diverses substances sont
SDélangées de la manière la plus intime rpuis calcinées jusqu'k ce que le tout soit agg}u«
tiné en une masse. On fait fondre ensuite ceJle-ci dans de grands creusets; en chaufTabi
M DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE ET DE MLilONIOLOGIE. Z/i
cpntenablement» la combinaison s*opère et la matière vitreuse entre en fusion : en cet
état on la coule» on la moule, ou bien on la souffle. . Quant à Tespèee de verre nommée
criatalf sa composition reçoit, en outre, une assez forte proportion d*oiyde de plomb ;
il en devient plus lourd et acquiert un pouvoir réfrangible qui le rend plus agréable.
Le cristal qu*on emploie à la fabrication des iustruments d*optique est désigné sous le
nom de /hW-jjr/oM, et celui qui imite les pierres fines porte le nom de '$ira$$.
Les sables des verreries et cristalleries du nord de la France s^exploitent aux environs
de Reims, à la base du terrain supercrétaoé ; ceux d*Étampes, d'Aumont , de I^ngjumeau,
de Fontainebleau, s*emploient de préférence dans la cristallerie des environs de Paris. On
choisit les plus purs et les plus fins. La finesse est une condition essentielle pour un bon'
mélange du sable avec les fondants.
On appelle iitex ou iit$x pyromaque une matière siliceuse, compacte, translucide sur
les bords des éclats et à cassure conchoîdale. Quelle est Torigine des silex de la craie?
Les uns l'attribuent à une notable quantité de silice que tenaient en solution les eaux
dans lesquelles a eu lieu la précipitation de la craie blanche. La silice, au lieu de se mé-
langer au calcaire, se serait réunie par séries de nodules. D'autres ne voient, dans la for-
lAation des silex qu'un phénomène purement électrique (Recquerel). Selon cette hypo-
thèse, les particules siliceuses auraient été amenées sur certains points par des courants
électro-chimiques et se seraient agglomérées par séries de nodules.
Le iilex meulière a servi à bâtir les fortifications de Paris. Il est surtout utilisé pour
la confection des meules à moudre le grain (La Ferté-sous-Jouarre ; dans la Touraine ;
k Bergerac; etc.)
Passons aux roches gharbonhecses, ou combustibles fossiles.
L'a»/&ract7a est une substance charbonneuse, noirâtre, brûlant avec difficulté, sans
flamme ni fumée. On pense que la houille a été changée en anthracite au contact des ro-
ches ignées. 11 convient surtout aux usines. Si TAngleterre est le pays classique de la
houille, l'Amérique du nord est celui de l'anthracite. Aujourd'hui que les Américains
ont appris à s'en servir, ils 1 estiment presque à Tégal de la houille. Il a l'inconvénient
de décrépiter en brûlant, ce qui est dû à une petite quantité d'eau renfermée dans les
pores microscopiques de la roche.
La houille ou charbon de terre^ composée de carbone, d'hydrogène et d'oxygène, diffère
de l'anthradte par une proportion de matière bitumineuse. Il en sera question dans plu-
sieurs articles de ce Dictionnaire. On sait qu'un grand obstacle que présente souvent l'ex-
ploitation des houillères est la présence de l'hydrogène carboné qui s'en dégage et qui
est connu sous le nom de grisou ou gax inflammable^ d'un poids spécifique très-iuférieur
à celui de l'air. On doit au célèbre chimiste anglais, Davy, la lampe de eAreté, décrite
dans Botre Dictiomnaire de physique^ etc. Les prodiges de Tapplication de la vapeur sont
dus h ce combustible. Le gaz hydrogène carboné qui sert h l'éclairage s'obtient de la houille
distillée.
Toutes las qualités de houille, dit un savant professeur, H. Payen, ne sont pas égale-
ment propres à la distillation. On doit préférer celles qui contiennent les plus fortes pro-
portions de.carbures d'hydrogène, et qui présentent à l'analyse le plus d'hydrogène en excès
sur la quantité nécessaire pour former de l'eau avec l'oxygène de la même bouille. Les
diverses espèces de houille donnent des quantités el des qualités différentes de gaz ; elles
exigent une température plus ou moins élevée et soutenue, laissent un coke plus ou moins
estimé, enfin dégagent, suivant les proportions de bisulfure de fer qu'elles contiennent,
des combinaisons de soufra avec l'hydrogène et avec le carbone, qui. altèrent la qualité du
gaz rt nécessitent une épuration dispendieuse. On doit avoir égard à toutes ces circons-
tances dans le choix des matières premières. Les houilles de Mons et de Commentryt qu'on
emploie généralement h Paris, donnent en moyenne 23 mètres cubes dt? gaz par 100 kilo-
S5 INTRODUCTION. U
grammes. On en obtenait un plus grand volume en fiiisant usage de la houille de Saint*
Etienne; mais le gaz était plus sulfuré.
La houille est aujourd'hui le principal motovr de Tind^strie, le grand ausiliairexiu corn»
merce, Tagent indispensable du bien-6tre matériel des peuples. ; elle est désormais aussi
indispensable aux sociétés civilisées que le fer, cet autre élément qui prête un si puissant
concours aux conquéieade Findustrie. De la combustion de la houille résulte la chaleur;
celle-ci gazéifie l'eau ; ce gaz» ou plutôt cette Tapeur, étroitement emprisonnée dans dee
chaudières en fer, obéit au génie de Thomme, qui ne lui accorde ensuite la. liberté qu'au-
tant que sa force expansive pourra imprimer le mouvement à ses mashines. A l'aide de ce
paissant moteur, les manufactures les plus compliquées marchent el exécutent leurs tra-
vaux avec précision et célérité. Au mépris des vents, et sans voiles, les navires sillonnent
les mers ou remontent les jSeuves comme par enchantement. Les chariots, sans attelage,
courent spontanément sur les chemins de fer, avec une vitesse prodigieuse. C'est à la
houille que sont pariiculièrement dus la plupart de ces résultats, et le gaz éclairant qu'on
en retire vient, quand l'astre du jour a disparu , nous verser à son tour des flots de
lumière I
Ici se présente une réflexion du plus haut intérêt : ne dirait-on pas que c'est pour le pro-
grès de rhumanité que la végétation des premières époques géologiques, au lieu de se dis-
siper sans rien laisser après elle, est venue s'enfouir dans les entrailles de la terre? Ne di-
rait-on pas qu'avant la création de l'homme la nature s'occupait déjà de ses besoins future,
en lui conservant ces préeieuseç couches de houille qui lui permettent aujourd'hui de cbaiv-
ger le caractère de son industrie et de rêver un autre avenir 7
Le lignite est un autre combustible aussi d'origine*végétale. Quand il est luisant, assez
dur et assez compacte, il est susceptible de poli et prend alors le nom de jûi$ ou de jay^t
(Catalogne).
La iourbe est un combustible qui se Jforme journellement dans le? mardis des zones tem-
pérées par l'accumulation des plantes aquatiques. On mejt les marécages tourbeux en
coupe réglée comme les bois eux-mêmes.
Suivant H . Diifrénoy, il résulte de nombreuses analysée que laridiesse en carbone des
combustibles fossiles diminue d'autant pbis qiie ces mêmes combustibles sont moins an-
ciens. En effet, l'anthracite contient de 80 à 90 pour 100 de carbone; les houilles en renfer-
ment de 60 à 80; les lignites de 40 à 50; enfin , dans les tourbes, là prc^xirtion de caii>one
varie de 25 à 36 pour 100 : c'est le principal combustible de la Hollande. (Bh France ,
Somme, Oise, Meurthe, Doubs.)
Parmi les autres substances précieuses qui appartiennent aux roches sédimentaires, nous
devons mentionner le gypse qui fournit lé plfltre : c'est un sulfate de chaux hydcaté, c'esV
à-dire renfermant une certaine quantité d'eau ; sa formation est attribuée soit à des vapeurs
acido-sulfureuses dégagées du foyer central, soit à des sources d'acide sulfurique qm aurait
pénétré cert4ins calcaires. Il est très-abondant dans l'étage parisien. Le plAtre.est du gypse
cuit : on en connaît les usages variés. Le gypse compacte est connu sous le nom d'Mâin
gyptêusB ; pn en fait des vases, des fla«ibeaux, etc. (Tosrane).
Le $ei (chlorure de sodium) est un des produits les plus répandus dans la nature et des
plus indispensabjles à l'homme. Le tel marîn s'extrait des eaux de la mer; le ul^nmnê
existe en couches solides daps des terrains d'Ages différents, depuis le. trias jusqu'au ter-
rain supercrétacé. Il y a des gttes qui ent 100 et 150 mètres de puissance. On en attribue
Torigine à des eaux marines isolées qui ont subi une évaporation plus ou moins prolongée.
On admet qu'à la suite des cataclysmes quelques parties des eaux de la mer oqt pu être
séparées ou jetées dans des dépressions ne recevant aucun cours d*eau douce ; avec le
temps et sous l'inflence d'une température élevée, ces eaux salées, en se réduisant, au*
raient donné lieu aux phénomènes qui se manifestent dans nos marais salants.
On cite on très-grand nombre de dépôts salifèrcs dans toutes les parties du monde; et
SS DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE ET DE PALEONTOLOGIE. 56
tùn remarque que les plus considérables etistent généralement sur les bords des vastes
plaines ou des déserts. Les débris organiques qu'on rencontre dans ces gisements sont des
lignites, mêlés quelquefois à des sables eWi des caiHoux roulés. Parmi les montrées les
plus riches en sel gemme , nous citerons les deux versants des Carpathes, où Ton trouve*
d'un côté, les abondantes mines de Hongrie et da Transylvanie, et, de l'autre, les célèbres
salines de Wieliezka, aux environs de Cracovie, dans la Pologne autrichienne. Ce dernier
dépAt salifère, le plus riche que Ton connaisse, présente «ne masse évaluée à plus de
rl60 lieues de longueur sur 40 de largeur. Les travaux d'exploitation s'étendent sur environ
3,000 mètres en longueur, 1,600 mètres en largeur, et 900 mètres en profondeur. Ces im-
posantes excavations présentent des salles taillées carrément dans le sel gemme, et sou-
tenues par des piliers de la même matière blanche et transparente comme la glace. On y
voit des écuries habitées par les chevaux qui font le service de la mine, et des lacs d'eau
salée , sur lesquels on peut se promener ea bateau. Quelques milliers d'ouvriers vivent
dans ces souterrains durant plusieurs années, sans être incommodés de Tair qu'on y
respire et des travaux auxquels ils sont employés. Il faut dire aussi qu'à tour de WHe, ces
hommes viennent à la surface ; ccr, bien que ces souterrains soient parfaitement aérés, la
lumière du jour est , pour l'homme , une condition de santé et même d'existence. Les
-raines de Wieliezka sont ouvertes depuis le xin* siècle, et comme les travaux y sont
poursuivis chaque jour avec une grande activité, il en résulte des excavations considér
râbles qui deviennent de plus en plus imposantes. On y voit, taillé dans le sel même, un
escalier de plus de mille degrés, une chapelle assez vaste, et plusieurs grandes galeries
admirables par leurs dimensions et par la régularité de leurs formes. Si, à toutes ces
merveilles exécutées patiemment par la main de l'homme, on igoute l'éclat des parois
réfléchissant la lumière des lampes, la hauteur et la hardiesse des voûtes, l'élégance des
piliers translucides, on aura une légère idée de cet aspect en quelque sbrte féerique!
I^es exploitations de sel gemme sont, en France, à Vie et à Dieuze (Lorraine) ; en Angle-
terre à Norwick; en Espagne, à Cordona; en Suisse, à Bex.
Outre les iourees iaUe$ dont les eaux sont exploitées dans l'intérieur des continents et
que nous ne ferons que mentionner en passant, tout le monde sait qu'on retire aussi le
«sel des eaux de la mer, au moyen de l'évaporation naturelle de l'eau marine, amenée, en
.coudlies DHnces,.dans de vastes réservoirs tapissés d'argile, qu'on nomme marait ialana
(Charente-lDférieQre, Hérault, Bouches*<iu-Rh6ne).
De nombreux lacs salés existent en Asie et en Afrique.
Le sel doit à son avidité pour l'eau la propriété qu'il a de conserver longtemps les ali-
ments destinés aux approvisionnements. C'est en soutirant l'humidité des viandes , des
«poissons, etc., qu'il préserve ces sulistanoes de ia fermentation putride.
On se tromperait, si Ton croyait que le sel n'est employé, dans la préparation de nos
mets» que comme condiment, et qu'il serait facile de s'en passer; tout nous prouve, au
«catraire , que l'homme et beaucoup d*animaux ne pourraient longtemps subsister, s'ils
en étaient tout à fait privés. N<m-seulement le sel communique une saveur agréable aux
aliments; mais, en stimulant les glandes salivaires et les parois de l'estomac, il facilite la
digestion ; aussi n'est-ce point un caprice, un raffinement de sensualité, qui porte l'homme
à saler tout ce qu'il mange ; mais bien un besoin très-impérieux, remontant au premier
âge de l'humanité, et auquel tous les peuples sont instinctivement soumis.
Les argiln sont des roches composées de silice, d'alumine et d'eau, dans des proportions
très-variables. Elles doivent surtout leur origine à la décomposition des-matières feldspa-
thiques qui forment la base de la plupart des roches d'origine ignée. Elles présentent un
grand nombre de variétés. Vargile pbuiique est employée dans la confection de la porce'-
laine la plus aristocratique comme dans la fabrication de la poterie grossière. Nous avons
déjk dit que le kaolinj employé dans la fabrication de la porcelaine, est une argile particu-
lière qui i-ésulte de la décomposition sur place de certaines variétés d^ feldspath. La ma»
57 1NTII0D13GTI0N. St
nofacltttre de Sèvres le tire de SaiBt-Yrieir, près de Linoo ges. L'arl eéramique a été pott4|
chez BOUS aa plus haut d^^ré de perfecliao (Sèvres).
Nommons seulemenl YargiU smecêifuCf ou Urre à foÊ^an , qui sert à enlever aux étoffes
ds laine Thuile dont on imbibe la laine pour la filer et la tisser ; la pierre à déiaeher^ qui
absorbe les corps gras qui font tache sur les. étoffes ; les ocrée rouges, jaunes, dont on
fabrique des crayons, etc.
I m.
Jke eepieee wdnéraUe uiitee , non^méialUfèree.
Le grûphyU ou plombagime est composé de carbone, associé à une petite quantité d'oxyde
de fer. Sa présence dans les plus anciennes roches primordiales indique que le carbone
a eiisté avant la solidification de la première enveloppe terrestre. On en fabrique des
erayons (Gumberland, en Angleterre i Passaw, en Bavière). Pétri avec la graisse, il est
utilisé pour adoucir le frottement des essieux des machines en fer.
Les iiliMief, matières liquides et visqueuses, sont probablement le résultat de la dé-
composition de masses de végétaux qui auraient subi Faction d'agents plutoniqnes. C*est
toujours du carbone uni à une certaine quantité d'hydrogène et d'oxygène.
Nous citerons :
Vaephalief qui flotte en abondance sur le lac de Judée, servait à embaumer les cadavres
des hommes et des animaux chez les Egyptiens.
Le pieeaephalu ou goudron minéral (Dax, Seyssel, etc#
Le naphte et le pétrole ressemblent à des huiles volatllsc.
Les bitumes s'appliquent à divers usages : ceux qui sont huileux (naphte et pétrole) ser-
vent à graisser des machines, à enduire des agrès, des cordages. On les emploie avec suc-
cès pour la ccmservalion des bois, des grosses toiles ; dans quelques localités , on s'en sert
pour l'éclairage des phares qui bordent les cAtes maritimes. Le bitume pissaslphate entre
dans la fabrication de quelques ciments qui s'opposent au passage de l'humidité. Enfin,
depuis un* certain nombre d'années, le pissasphalte est la base essentielle du dallage des
places publiques et des trottoirs. On le mélange à chaud avec des matières crayeuses, des
sables et des graviers; il en résulte un poudingue pAteuxqui, s'appliqnant sur un sol
préparé et résistant, le recouvre, en quelque sorte, d'une seule dalle élégante et solide.
Le euccin ou ambre est une résine fossile qui découlait jadis des arbres aujourd'hui
convertis en lignites. Il renferme souvent des insectes d*une délicatesse extrême. On le
trouve dans les dépôts postérieurs à la craie , parmi les sables et les argiles qui accompa-
gnent les lignites (Auteuil, Meudon ; c6tes delà Baltique, etc.). Au temps de la république
romaine, il formait un des principaux objets d'échange entre le Nord et le Midi. Les dames
surtout en fSsisaient une très-grande consommation pour une foule d'ornements.
Le fwmo doit son origine à l'accumulation séculaire d'excréments et de cadavres d'oi-
seaux de mer (cAte du Pérou, cAte occidentale d'Afrique , etc.). Ce prédeux engrais est
importé en Europe depuis quelques années.
Le nairon est une substance saline employée pour la fabrication du savon et du verre
(Espagne, Bgypte).
Le eomfre est un corps simple qui se montre avec le plus d'abondance dans le voisinage
des volcans en activité.
Les usages du soufre sont nombreux. La consommation qu'on en fait , dit M. Payen «
suffit pour donner la mesure de l'état ou de l'importance de la chimie industrielle chez
les peuples civilisés. Le soufre s'emploie pour la fabrication de la poudre à canon, pour
la préparation de l'acide sulfureux et surtout de l'acide sulfurique, précieux agent de la
pinoart des manufiictures, et qui, à lui seul, en absorbe d^énormes quantités. On se.sert
aussi da soufre pour la préparation d'un grand nombre de sulfures d'un usage continuel »
59 DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE ET DE PALEONTOLOGIE. iC
tels que le vermillon^ Vorpimenif etc. Il entre dans beaucoup de manipulations pharmaccTi
tiques. Les modeleurs et les graveurs se servent du soufre fondu pour obtenir de belles
empreintes de médailles; pour cela, ils coulent sur la médaille, légèrement huilée, du
plAtre gâché, et obtiennent ainsi un moule en creux , dans lequel ils versent ensuite du
soufre qui prend' Tempreinte de la médaille. Liquéfié, le soufre s'attache aux tissus de
toile qu*on y plonge ; on obtient ainsi des mèches soufrées qu'on fait brûler dans le$
barriques humides, afin d'y produire du gaz acide sulfureux qui s'oppose à la putréfac-
tion de divers liquides , notamment des vins, de la bière et du cidre. Enfin Tadmirable
facilité avec laquelle le sontre s^enfiamme le rend précieux dans les usages domestiques;
aussi son intervention est-elle nécessaire dans les allumettes de tous genres. Une particu-
larité qu'il importe de signaler, c'est qu'il peut servir facilement à éteindre les feux de
eheminées : il sufiit, pour cela, de jeter quelque^ poignées de fleur de soufre dans le foyer,
>
dont on ferme aussitôt l'ouverture à Taide d'un drap mouillé; alors, par sa combustion,
le souflre se transforme en acide sulfureux , et dans cette transformation il absorbe assez
rapidement l'oxygène pour arrêter et même pour éteindre le feu,
Valun est composé de sulfote d*alumine et de sulfate de potasse ou d'ammoniaque, et se
trouve en elBorescence à la surface de certains schistes argileux de la formation houiNère.
L'alun s'emploie en teinture comme mordant, pour fixer les couleurs sur les étoffes. Pour
bien comprendre son action , supposons qu'une goutte de vin rouge tombe sur un linge
sec et blanc, l'eau enlèvera facilement cette tache; mais si une goutte semblable tombe
sur le même linge imprégné d'une solution d'alun, la tache sera persistaate ; ainsi , dans
la teinture, l'alun sert d'intermédiaire entre la couleur et le tissu.
La magnéiiie est composée de magnésie , de silice , d'alumine et d'eau. C'est Yécume
de mer dont on fait des pipes si estimées.
Le borax est une substance cristalline, composée d'acide borique, de soude et d'eau. On
l'extrait de l'acide borique qu'on retire des lacs de Toscane. C'est un fondant pour beau-
coup d*opéra(ions chimiques et métallurgiques, par exemple, pour appliquer les métaux
sur la porcelaine.
Le «olpAre, nitre^ ntV^a/e de potaae^ est un azotate de potasse. La cause de ^ formation
est encore un mystère ; mais il est positif qu'elle prend sa source dans l'air humide en
contild avec des matières calcarifères poreuses. Mélangé avec du soufre et du charbon
puTvérisés, dans des proportions diverses , il constitue la poudre à canon. C'est par la dis-
tillation qu'on extrait du salpêtre l'acide azotique qui sous le nom d'eati fortei sert à un
grand nombre d'usages.
Le id ammoniaque est un hydroch orate d'ammoniaque qui s'obtient en décomposant le
ralfate d'ammoniaque par le chlorure de sodium. On l'emploie , comme le borax, pour les
ioudfires. II sert h décapa la surface des métaux qu'on veut étamer, etc.
Le mico, quand il se divise en grandes lames, sert, particulièrement en Sibérie, k vitrer
les habitations. Il est surtout propre au vitrage des vaisseaux de guerre, parce qu'il résiste
à la pression atmosphérique que produi subitement une décharge d'artillerie.
Le iale est une substance très-tendre , le plus souvent feuilletée. Une variété, la itéatiUy
est douce et grasse au toucher, comme du savon. Sous le nom dé craie deBriançon^ les tail-
leurs s'en servent pour tracer la coupe des habits, les cordonniers l'introduisent en poudre
dans les bottes pour en rendre l'intérieur sec et glissant. C'est aussi avec du talc laminaire
du Tyrol qu'on fait la pAte fine dont sont composés les crayons colorés qu'on nomme
peneielt.
Le tripoli est presque entièrement composé de silice terreuse ou de matières argileuses
ayant subi, sous l'influebce de la chaleur, une altération plus ou moins grande. En exa-
misant les tripolis au microscope , M. Ehrenberg a reconnu qa*ils étaient quelquefois for-
més, en grande partie, de carapaces d'infu&oires siliceux, particularité qu'il est difficile de
s'etpliquer. Au reste le nom de trip^'^U est souvent employé peur désigner diverses matiè-
41 fiOUODUCTim. 4^
res qui ont la propriété de polir, ponce tritarée, ierre pourrie d'Angleterre» etc. Le tripoli
se troaye dans les plus anciens terrains sédimentaires. On s*en sert pour polir les métaux,
la ewne» Técaille, les pierres flnes.
|IV.
Pierres employées dans Fomementittion ei la joailltnr.
Les nEmmss comcmKs pour romemcntation et la bijouterie sont : les quartz avec leur?
nombreuses Tariétés, quartz hyalin ou cristal de roche ; améthyste , rubiSt topaze.
Les agates, cateidoine^ cornaline, sardoincj anyx» chrysoprase.
La plus grande partie des agates qui circulent dans le commerce rient d*Oberstein, dans
la Frasse rhénane, où on les façonne en objets divers, tels que ^^s^s, socles, poignées
d'instruments et bijoux de médiocre râleur. Les belles rariétés sont réservées pour y gra-
ver des sujets d'art, qui, en rertu de l'inaltérabilité de la substance, peurent être regardés
eonune de mis monuments capables de passer à la postérité la plus reculée. Les anciens
nous ont laissé, en ce genre, de superbes ourrages, auxquels la main du temps, qui efface
toute chose, n'a pu jusqu'à présent porter la plus légère atteinte. Telles sont les apothéc*
ses d^Auguste et de Germanicus, grarées sur des onyx à quatre couches de couleurs diflé*
rentes. Les artistes modernes font aussi chaque jour, sur cette substance indestructible,
de petits cheb-d'oeurre qui ne le cèdent en rien à ce que la grarure antique a produit de
plus beau, et qui feront peut-être aussi l'admiration des siècles futurs. Cest principalement
sur les onyx que sont exécutés ces magnifiques ourrages; car cette rariété d*agate présen-
tant des zones de couleurs rariées et d'une très-petite épaisseur, il en résulte une dispo-
âtion très-Surorable au trarail du grareor qui , en fouillant plus ou moins profondément
dans la substance, exécute le relief sur Tune des couches, en laissant Tautre pour fond :
c*est ce qu'on appelle des camées. Quelquefois la rariété et la disposition des couleurs sont
si ftrorables au déreloppement du sujet , que l'artiste peut détacher les cheveux, le risage
et les rètements de ses personnages sur des teintes différentes, et marier ainsi la peinture
à la sculpture, le charme du coloris à celui de la forme.
Les jaspes forment une troisième sous-espèce de pierres quartzeuses, employées pour
les petits ornements. Ceux de couleur brunAlre ou rougeâtre sont assez communs. Il y en
a de rmbamés , de panachés , de tigrés ( Sicile }.
le feldspath forme aussi un groupe d'espèces minérales, or/kote, albite^ labradorite^
pierre de lune^ pierre de soleil^ pierre des Amazones, et \ejade, apporté d'()rienl et d'une
ténacité extrême. Les sauvages en font des instruments tranchants.
Le lapis^axuli, ou outre-mer, est une belle substance bleue qu'on trouve dans les roches
granitiques (Sibérie , Thibet, Perse).
La malachite, d'une belle couleur verte, à nuances variées, est une substance rare
employée aux décorations les plus somptueuses.
La fuorme ou spath fluor est remarquable par la vivacité de ses teintes vertes , jaunes «
Menés et violettes , souvent réunies par zones (Angleterre, Saxe}. C'est avec de la fluorine
qn*on prépare l'acide fluorhydrique dont on se sert pour graver sur le verre.
Les nenaBS Fmss ou FaiciEcsas sont
Le diamant , qui obtient la prééminence sur les autres pierres précieuses. Ce n'est autre
diose que du carbone cristallisé et dans un état particulier de condensation moléculaire.
En effet, on a parfaitement constaté que le diamant brûle k une très-haute température,
en consumant la même quantité d'oxygène que le charbon pur lui-même, et qu*il fournit
une quantité d'acide carbonique dont le poids représente exactement celui de l'oxygène et
celui du diamant soumis à la combustion. Par la décomposition chimique , on peut retirer
de cet acide carbonique du charbon noir et pulvérulent , absolument identique au charbon
domestique , car il en a les caractères et les propriétés ; on a pu s'en servir pour faire de
Tacier qui he diffère en rien de l'acier ordinaire. Ainsi, c'est un fait bien acquis, le plus
DiCnOX. UE CoSWOGOfflE ET Vm PALiOTTOLOCn. S
45 DICTIONNAIRE DE COSMOCONIE ET DE PALEONTOLOGIE. 44
brillant , le plus limpide » le plus dur des minéraux ^ et ce corps noir, opaque et friable
que nous brâlons obaque jour dans nos foyers sont de même nature. C'est le cas de dire
Bjec BàXkj que le proverbe : Les extrêmes se touchent , n'a jamais été plus rrai.
Les expériences récentes de H. Despretz , sur le diamant , jettent un nouveau jour sur
ce sujet. Au moyen d'une pile de Bunsen , de cinq à six cents éléments réunis en plusieurs
séries» ce savant physicien a pu dégager une si grande quantité d'électricité , que la pro-
duction de chaleur qui en est résulté aux pdles de la pile a suffi pour y fondre le diamant
et le transformer en graphite 9 charbon pur et traçant « identique au graphite qu'on emploie
|X)ur faire des crayons de première qualité. A l'aide du même feu électrique , M. Despretz
a fondu et volatilisé les corps les plus réfractaires , ceux-là même qui jusqu'ici avaient
résisté aux agents calorifiques les plus énergiques. Le charbon lui-même , réputé infi^sible
par tous les chimistes et par les physiciens , n'a pu résister à cette épreuve ; il s'esi
transformé en graphite; il a pu être ramolli 9 courbé et soudé à plusieurs reprises. Ces
expériencesi qui auront du retentissement dans le monde savant , ont été faites dans le
vide» ou dans un gaz non comburant» comme l'azote» et à diverses pressions. On comprend
les conséquences qui peuvent en résulter ; en effet» de la fusion du charbon pur à la dé-
couverte de la fabrication du vrai diamant» c'est-à-dire du carbone cristallisé» il n'y a
peut^tre qu'un pas^
4 Le diamant a pour-gisement originaire la partie supérieure du terrain primitif. On le
trouve au Brésil» dans la province de Minas Geraes, sur tous les points d'une vaste chaîne
de montagnes qui se prolonge depuis les environs de la ville do Principe jusqu'à la Serra
do GrammagoOf c'est-à-dire sur une longueur de plus de cinquante lieues» et dans une di-
rection à peu près nord et sud. Cette chaîne» que nous avons habitée nous-même pendant
un certain nombre d'années, présente des points culminants assez élevés pour y motiver
un abaissement très-sensible de température. Comparativement aux autres contrées du
Brésil, on peut dire qu'elle ne porte qu'une végétation chétive et rabougrie. On y remar-
que une foule de petits cours d'eau vagabonds qui la traversent dans tous les sens.
Les plus grands» tels que les rivières Jiquitinhonaj Rio-^Pardo^ Itacambiroussou^ roulent
dans leurs eaux un sédiment arraché aux nu)ntagnes voisines» et où domine le quartz lai-
teux» sous forme de cailloux arrondis et de sable blanc à gros grains. C'est dans ce sédi-
menl' quartzifère que se trouve» avec plus do facilité, le diamant» usé quelquefois lui-même
par le frottement des graviers quartzeux qui l'accompagnent. Nous en avons vu de com-
plètement ronds ; d'autres n'ayant perdu qu'une partie de leurs angles. Ce fait» qui n'est
point rare sur les rives de là Jiquitinhona, indique que le diamant» malgré sa dureté» cède
à la longue au mouvement incessant que lui imprime» en certains endroits des rivières»
le continuel remous des eaux ; car il est évident que ce minéral est trop rare dans la na-
ture» pour qie cette usure soit seulement le résultat du frot(cment des diamants les uns
sur les autres.
« La gangue de cette pierre précieuse, qu'il ne nous a pas été donné de reconnaître»
malgré les eflforts que nous avons faits pour la constater avec précision a, dit-on» été dé-
couverte depuis quelques années. Il paratt que c'est un quartz blanc laiteux et grenu»
substance qui abonde» en effet» dans les contrées diamantifères» et que nous avions toujours
soupçonnée d'être la matrice originaire du diamant.
« Comme toutes les autres gemmes, on recherche le [diamant dans les dépôts d'alluvions
anciens et modernes» provenant de la désagrégation des gîtes originaires, et c'est au moyen
de lavages habilement exécutés qu'on le retire de ces sédiments. Nous entrerons dans
quelques détails sur cette exploitation que nous avons pratiquée nous-même» soit à Tqucof
:hef-lieu de la chatne diamantifère» soit à la Serra do Grammagoa^ qui en est la partie la
plus septentrionale; et nous espérons que l'exposition rapide que nous allons en faire sera
lussi exacte que neuve.
^ « Le sédiment quartzeux qui contient le diamant a reçu au Brésil le nom de cascalho ; il
JS LNTRODtCTlON. M
existe sur des plateaui é1e?és; et, dans ee cas, il appartient aux allovions anciennes; mais
on te rencontre pins facilement dans les yallées, les bas-fonds où circulent les eaux; et
Ton comprend qu'alors c*est souvent un produit de transport plus ou moins récent de Tépo-
qne actuelle. Dans l'un comme dans l'autre cas , la puissance du cascalho n'est jamais c<mi-
siSérable ; rarement elle dépasse un mètre. Ce sédiment est presque toujours à la surface
du sol ; en effet, il ne s'agit d'enlever qu'un peu de sable quartzeux légèrement argilifère,
seule tCTre végétale du pays, pour le mettre à nu. On défonce ensuite ces cailloux roulés
avec un pesaïkt levier et les ésclaVes transportent le cascalho dans un endroit voisin d'un
petit ruisseau pour lui faire subir un premier lavage.
« A cet effet, on ouvre une tranchée en pente, soutenue par des platiches; cette tran-
chée, longue de quatre à cinq mètres sur un et demi de large, reçoit à sa partie supérieure
une petite chute d'eau d'environ un mètre de hauteur. Cela fait, on jette successivement le
cascalho au-dessous de la chute d'eau; là, il est agité, dans tous les sens, par deux nègres,*
qui né cessent de remonter le sédiment que le courant entraîne vers le bas de la tranchée.
Ils se servent de petites pioches qui leur permettent de rassembler les plus gros -cailloux
à la surface et de les rejeter au dehors au fur et à mesure qu'il j en a un tas suffisant ;d'un
aatre côté, les parties pulvérulentes sont entraînées par le courant. En opérant ainsi et en
continuant de jeter du cascalho sous la chute d'eau, on finit par le concentrer à un ving-
tième environ de son volume primitif. En cet état, le cascalho ne présente plus que d%
petits cailloux quartzeux mêlés à une iaible portion de sable blanc grenu et ferrugineux.
Cest là que, par le seul fitit de sa densité , se trouve le diamant en compagnie du (er, de
l'or, et quelquefois du platine.
« Le cascalho réduit est ensuite soumis à un autre lavage spécial , qui réclame la plus
grande attention de la part du laveur, d'abord, puis de celle du surveillant. C'est ici que
le nègre déploie son adresse et la fécondité de son esprit rusé pour arrêter le diamant au
passage, et pour l'escamoter quelquefois à son profit. On a vu des laveurs feindre des atta-
qaes subites, se tordre en contorsions, et cela pour avoir la faculté de porter la main à la
bauehe dans le but d'avaler un gros diamant. D'autres, plus adroits, placent furtivement,
entre leurs doigts de pieds, le diamant trouvé, et gardent ainsi ce précieux dépôt pendant
une îoumée entière, sans que rien d'apparent les trahisse ou les gêne dans leur allure;
aussi, quand on exécute le dernier lavage du cascalho, les esclaves sont-ils surveillés avec
une vigilance extrême ; et malheur à eux s'ils font des mouvements suspects ; car, dans
cette opération , le commandeur est toujours armé de son fouet en cuir de boBuf . Cette
surveillance redouble si le cascalho montre une certaine richesse ; et, malgré toutes les
précautions dont s'entoure son argus, le nègre parvient assez souvent à mettre sa vigi «
lance en défaut. Hais revenons à la manière de procéder à ce dernier lavage.
« Sous un hangar, couvert d'herbes sèches ou de feuilles de palmier, se trouve préparé
un lavoir quadrangulaire dont l'eau n'a jamais plus d'un mètre de profondeur. Chaque la-
veur s'assied là, sur les bords, après avoir mis dans sa sébille environ deux ou trois kilo-
grammes de cascalho concentré. Il fait entrer dans le vase une certaine quantité d'eau ;
agite avec la main droite le contenu, en communiquant un mouvement gyratoire à la sé-
bile, qu'il tient de la main gauche, et à laquelle il imprime en outre de petites secousses
brusques et particulières. On comprend que les corps les plus denses gagnent le fond du
vase, tandis que les parties légères de la surface sont habilement rejetées dans le lavoir.
Lorsqu'enfin le cascalho est réduit à sa plus simple expression, le laveur soulève, en l'in-
clinant, sa sébille qu'il tient toujours de la main gauche, et prend, dans le creux de la
main droite, de l'eau qu'il jette délicatement sur les bords du vase ; peu à peu le reste du
sédiment qui s'j trouve est entraîné et tombe très-lentement avec l'eau que jette constam-
ment le laveur. Quand cette opération est bien faite, aucun diamant, si petit qu'il soit, ne
peut passer inaperçu ; et, ici, il n'y a aucune équivoque possible, le diamant, même à l'état
brat, ayant un vif éclat. Cette pierre précieuse a presque toujours, d'ailleurs, une ferme et
47 DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE ET DE PALEONTOLOGIE. U
une apparence remarquables. Aussitôt qu*un esclave a trouvé un diamant, il se lère en
s'écriant : Lovado ieja nosso Senhor Jesus-^hriito I [\oxxé soit notre Seigneur Jésus-Christ i)
le surveillant prend la pierre précieuse, Texamine un instant, sans perdre de vue les autres
laveurs, et la dépose dans un petit tuyau de bambou appelé iaquara.
« Si le diamant est d'une grande valeur, Tesclave qui Ta trouvé reçoit une prime; quel-
quefois même il est. affranchi ; mais on a beaucup exagéré cette particularité qui, autre-
fois, était religieusement observé par le gouvernement portugais, alors qu*il avait ex-
"Olusivement le monopole de cette exploitation* Le fait est qu*aujourd'hui le propriétaire
de Tesclave agit comme il Tentend, et qu'il ne manque pas de prétextes pour se justifier et
pour faire taire les scrupules de sa conscience. 11 est juste aussi d'ajouter qu'un diamant
de quinze carats, limite inférieure qui donnait lieu à cette condition d'affranchissement »
jpeut quelquefois, pur sa défectuosité» ne pas représenter la valeur de l'esclave lui-
même.
^ A répoque de la sécheresse, un grand nombre de grimpeiros (c^est ainsi qu'on nomme
les exploitants errants), descendent des montagnes et des plateaux, pour opérer dans le lit
des rivières qu'ils détournent, en partie, au moyen de barrages. Le cascalho qu'on y trouve
^n abondance y est aussi plus riche qu'ailleurs. On conçoit, en effet, que le sédiment ;
subit, en de certains endroits, un vrai lavage; aussi est-ce dans les parages accidentés, là
où le courant agit en tournoyant, qu*on voit le cascalho présenter la plus grande richesse.
On le reconnaît pour tel à l'abondance des corps denses qu'il recèle. Du reste, son épu-
ration, qui donne souvent assez de poudre d or pour couvrir tous les frais, s'y exécute
comme il a été dit.
« L'exploitation du diamant au Brésil n'admet aucune machine, aucun travail prépara*-
toire sérieux; car, bien que chaque concession soit faite parle gouvernement, moyennant
une très-modique somme, les diverses mines ou lavraSf comme on les appelle, ne sont>
de fait, la propriété de personne. Ea effet, si une lavra fait du bruit par sa richesse, elle
est bientôt envahie malgré l'autorité, dont la force est impuissante à réprimer cet abus>
Des bandes de laveurs arrivent de toutes parts ; chacune veut son lot, et plus d'une rixe
sanglante est le résultat de ce partage arbitraire, où les forts ne s'adjugent jamais la plus
iaible portion. Parfois une fausse alerte est simulée sur un point pour y attirer la foule
inconstante, tandis qu'ailleurs on exploite en silence un précieux dépôt ; mais c'est en
vain qu'on voudrait le cacher, l'activité des travaux, les ventes de diamants, les dépenses
s«perflues trahissent les heureux, malgré tous les mystères dont ils s'environnent, et la
foule accourt, quelquefois trop tard il est vrai ; mais, à la suite des grandes trouvailles,
il se présente toujours des amateurs pour soumettre le cascalho lavé à un nouveau lavage
exécuté avec plus de soin. Ceux-là, sans faire fortune, ne perdent jamais leur temps.
4 Un fait important à signaler, c'est qu*en général les différents cascalhos de la chaîne
diamantifère du Brésil donnent, selon les localités, des diamants qui diffèrent sensible*
ment entre eux ; ainsi certains parages, comme les environs de Tejuco, sont renommés
par les gros diamants (pedras grandes) qu'on y trouve; d'autres, au contraire, comme la
Serra de Grammagoa, ne donnent guère que de petits diamants {mousquitoi)^ mais ils s^
montrent en plus grande abondance, ce qui établit une sorte de compensation. Même
observation à l'égard de la couleur : sur quelques points la nuance prédominante est ver- i
dâtre , sur d'autres elle est jaunâtre ou roussAtre; enfin, et le plus souvent, elle est inco-
lore. Ce sont là les nuances de la presque totalité des diamants de la province de Minas
Geraes, dont l'extraction peut occuper environ de cinquante à soixante mille individus
de tout sexe, parmi lesquels les deux tiers sont esclaves
« Rien n'est plus capricieux et plus variable que la valeur des différents cascalhos :
ici une journée compense amplement des travaux restés stériles pendant des mois en-
tiers ; ailleurs les plus habiles ne font pas leurs frais ; car les viyres son fort chers .dans
ces réf^ions d'un difficile accès ; quelquefois ils manquent totalement, ce qui n'empêche
if INTR0D€CT1<»I. M
pas le Joyeax griw^nû de lroa?er le secret de danser le bahuo au son de sa guitare , eu
foulent dédaigneusement à ses pieds, comme il dit lui-même» For et les diamants.
4 Cependant, nous avons tu quelquefois le laveur désappointé abandonner ces lieuT
arides pour demander sa subsistance aux travaux de Tagriculture ; mais telle est la puis-
sance magique de la valeur du diamant, qu'au moindre bruit d'un nouveau gisement im-
portant, chacun se hAte d'abandonner ses olantations, et se dirige vers le point signalé
pour tenter la fortune, qui, là comme ailleurs, ne sourit, bêlas ! qu'à quelques-uns.
c T..es gros diamants sont extrêmement rares au Brésil. Pendant huit années de séjouf
sur les lieux du gisement, à peine en avons-^nous vu huit ou dix du poids de vingt à trente
canUs; le nombre même de ceux qui pèsent cinq ou six carats est ti'ès-limité. En revanche,
ceux d'un carat ou de deux carats sont assez abondants; ils forment avec les^ tout petit*
diamants, appelés mofisquilos^ la presque totalité du produit général, qu'on estimait, il
n'y a pas encore longtemps, à sept ou huit kilogrammes par an ; mais la découverte du
gisement de Stficura, dans la province de Bahia^ doit porter ce chiffre à un taux plus
élevé. Ces mines que nous n'avons pas explorées ont, dit-on, été trouvées plus riches que
les anciennes. Cela est fort douteux pour nous, qui savons par expérience combien est
grande Texagération à laquelle on se livre dans de semblables découvertes. Quoi qu'il en
soit, ce nouveau gisement, situé à cAté du plus grand centre de la population brésilienne,
pourrait s'il est riche et étendu,, donner lieu à une assez forte extraction de diamants,
d*ou résulterait, sans doute, une certaine dépréciation de cette pierre précieuse. Mais le
diamant conservera toujours, quoi qu'il arrive, une haute valeur en couvre, à raison de
la grande difficulté qu'on éprouve à le tailler, et dont il sera bient6t bit mention.
c Le diamant se montre aussi dans llnde ; on l'y exploite depuis une époque très^re-
culée. C'est au Deocan, au Bengale, particulièremeat dans la contrée de Raolkunda, à cinq
journées de l'ancien royaume de Golconde, qu'on l'a d'abord connu. Les plus gros et les
plus beaux diamants qui ornent les couronnes royales, viennent de ces localités. On ren-
contre également cette pierre précieuse dans l'Ile de Bornéo^ ainsi que sur les monts
Onrals; mais il s'en laut que ces derniers gisements soient aussi abondants que ceux di^
Brésil, d'oik provient aujourd'hui la presque totalité des diamants qui circulent dsfis la
commerce d'Europe.
c Les anciens connaissaient le diamant. Igno/ant l'art de le tailler, ils le montaient dans
un état brut, parfois assez éclatant , ce qu'on fait encore souvent dans l'intérieur du Brésil.
On recherche, pour cela, ceux qui, à des facettes polies, réunissent une belle couleur et
une forme gracieuse ; mais il y a loin de cet éclat naturel aux brillants fiûsceaux de lu-
mière qui jaillissent de cette pierre convenablement taillée. Ce ne fut que vers le milieu
du XV* siècle qu'un jeune homme de Bruges, Louis de Berquen, trouva le moyen de
vaincre le diamant par le diamant lui-même, c'est-à-dire de le polir en le frottant avec sa
propre poussière. C'est de cette époque que date réellement la splendeur de cette gemme.
Plus tard, à Bruxelles et à Amsterdam, on imagina des appareils ingénieux pour abréger
l'opération de la taille, et, sous une forme nouvelle qui focilitait son jeu de réfraction, le
diamant décora les sceptres et les couronnes. Depuis ce temps, il n'a jamais cessé, malgré
les caprices de la mode, de dominer en souverain sur toutes les autres pierres fines que
l'artiste place quelquefois à côté du diamant, comme des ombres destinées à faire ressortir
tout sou jet lumineux; car la lumière, en traversant le diamant, s'y réfracte, en ressort
déeomposée par les facettes de la pierre, et, se répandant eu gerbes scintillantes,, inonde^
de ses feux diaprés la surftce des autres gemmes (6). »
Les pierres les plus redierchées après les diamants sont les diverses variétés de certn-.
deu qui prend le nom de saphir^ quand il est bleu ; de rubis arimUUf quand il est rouge ;
de topaze orimUtUe^ quand il est jaune ; d'améihyite orientale^ quand il est violet ; dkémtraud^
erûmolf, quand il est vert. Les coriindons viennent surtout de l'Asie méridionale.
Le êpifuUe est généralement rouge, tirant un peu sur le rose. S'il est d'un beau roage^u
les lapidaires le nomment rubis spintlle^ei rubis balais s'il a des teintes lie de vin,,ete.
^ù) Ch. P*0iiBi09V. natvralîstt d Toyagcvr.
51 DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE ET DE PALEONTOLOGIE. 91
L*oj9afe décompose et refléchit les rayons lumiaeux, sous les couleurs de rarc-en*cieU
d'une manière qui n'appartient qu'à elle, et de l'effet le plus agréable ; aussi cette char-
mante et magnifique pierre, dont le prix est souvent très-élevé, jouit-elle d'une grande
faveur. On l'entoure presque toujours de diamants (Hongrie, Saie, Mexique).
Le zircon ou hyacinU employée quand elle est rouge, est de toutes les pierres précieuses
celle qui présente la plus forte densité.
Les grenats sont de couleurs rougeâtres quelquefois très-belles,
La turquoise est une pierre bleue. On en distingue deux espèces : l'une dite orientale
se trouve en Perse, sous forme de veines ou de petits rognons dans certains terrains ; l'au-
tre dite occidentale est d'origine organique et provient de dents ou d'ossements de mam-
mifères ensevelis dans le sein, de la terre.
Avant de terminer cet article, disons un mot des produits ai[;tiQciel3. qui imiter^t, ^vec
plus ou moins de perfection, les pierres précieuses dont nous venons de parle^. Les rares
qualités du diamant lui-même n'ont pu le mettre à l'abri de la contrefaçon. Il y a des dia-
mants en strass qui sont très-étincelants aux lumières ; ou assure même qu'ils peuvent
tromper l'oeil des personnes les plus expérimentées; mais cette assertion est évidemment
exagérée. D'ailleurs, et tout en faisant la part du mérite de la composition de ce strass^ il
est bien certain que les diamants artificiels n'ont qu'un brillant éphémère ; la moindre^
poussière les ternit et les raye, tandis que le yrai diamant, le diamant naturel, protégé par
son extrême dureté, sauvegarde de son poli et de son éclat, passe s^tns vieillir à la postérité
la plus reculée.
Mais, si l'on n'a pas encore pu produire artificiellement de véritables diamants, il en est
autrement quanta la fabrication d'autres gemmes de prix; en effet, une découverte, qui
pourrait avoir les plus grands résultats, a été récemment communiquée à l'Académie des
sciences : il s'agit do l'exacte el complète reproduction de diverses pierres précieuses. Par-
tant de ce principe que les substances minérales en dissolution dans l'eau cristallisent, le
^Ins souvent, par la lente évaporation de ce ce liquide, à l'aide du même principe et en se
servant d'acides volatils à une très-haute température, M. Ehelmen a obtenu des combi-
naisons cristallines très-intéressantes. Cet habile chimiste a constaté qu'avec un dissolvant
énergique, comme l'acide borique, l'acide phpsphorique, etc., élevé à une certaine tempé-
rature, on peut dissoudre les éléments minéralogiques qui entrent dans la composition de
quelques gemmes, et qu'en exposant ensuite ce mélange liquide pendant deux ou trois
jours à l'action d'une chaleur très-intense on obtient, par Tévaporalion lente du dissolvant,
des combinaisons cristallines. M. Ebelmen a reproduit ainsi des cristaux de rubis spinelle^
de corindon ^idepéridot^ ayant tous les caractères physiques et Is^méme composition que
l'analyse chimique trouve à ces substances naturelles. Les cristaux ainsi obtenus ne sont,
à la vérité, que de la grosseur d'un grain de blé ; mais tout lait présumer qu'en opérant
sur des masses, on en obtiendra de plus volumineux.
Qui sait si la reproduction des autres pierres précieuses résistera encore longtemps aux
efforts de la fbimie» et si l'on ne parviendra pas, un jour, à les fabriquer de toute pièce à
l'aide du même principe ? Quoi qu'il en soit, cette belle découverte restera dans les annales
de la science, et désormais, quand les géologues disserteront sur l'origine et sur le mode
de formation des espèces minérales les plus réfractaires à la chaleur, ils devront avoir
présentes h l'esprit les remarquables expériences de M. Ebelmen, et tenir compte de l'in-
tervention possible des dissolvants dont on avait jusqu'ici méconnu l'importance
Quant à ces imitations grossières, qui ne ressemblent que par le nom aux gemmes bril-
lantes mystérieusement élaborées par la force de la nature, elles sont encore bien loin de
leors modèles. On sait que tous ces produits artificiels ne sont que du verre coloré à l'aide
de divers oxydes métalliques. Quelques-uns imitent assez bien la nuance et la transparence
des pierres fines ; mais n'en ont ni le jeu, ni l'éclat. N'ayant d'ailleurs aucune dureté re-
marquable, ces cristaux se dépolissent promptement; et bientdt leur éclat blafard ne les
55 INTRODUCTIONS u
trahit pas moins que la large surface qn*on leur djonne, comme si le lapidaire craignait
de commettre un faux, en les produisant sous la forme élégante et sous le volume limité
des rubis, des émeraudes, des saphirs et des opales, pierres éclatontesi incomparables, que
VoBi] charmé ne peut se lasser de contempler.
§ V.
Des minerais.
Nous qa pQuvons nous étendre ici sur la théorie des gtles métallifères , sur les indices^
positifs et n^égatifs de ces gttes, sur les travaux de recherches, l'exploitation générale et
la métallurgie des métaux usuels. Nous sommes obligé de laisser ce sujet intéressant aux
ouvrages spéciaux.
Les métaux connus aujourd'hui sont nombreux : on en compte jusqu'à quarante et un ;
plusieurs ne se trouvent à l'état métallique que dans les laboratoires, où l'on ne se les^
procure qu'avec beaucoup de peine et dans un intérêt purement scientifique. Nous ne .
parlerons que de ceux qui sont généralement appliqués dans les arts ; et l'ordre dans
lequel ces métaux vont être décrits sera celui de leur plus grande utilité, ainsi qu'on peut
le voir dans le tableau suivant^ où nous mettons en regard leur poids spécifique et leur
point de fusion.
MÉTAUX POIDS SPÉCIFIQUE, POINT DE FUSION
»'eifE APPticATioK PLUS OU Moms] Teau distillée et à la température exprimé en degrés du thermomètre
G^îfÉBàLE. de-f l'hélant prise pour unité. centigrade.
1 Fer, 7,7 + «,590*
2 Cuivre. g,8 + 788
3 Plomb. il 4- 334
4 Etain. 7.2 4-228
5 Zinc. l]i 4- ***'
6 Mercnne. 45,5 •— ^
7 Argents 10,4 + «,W0
8 Or. 19,2 + 1,100
9 Platine. ;31,5 . n'est fusible au*aa chalum. à gaz
byd. et 01.
10 Antimoine. 6.7 + 450
11 Bismuth. 9i,8 + 247
12 Arsenic. 5,7 Se vaht. vers 500* sans passer par ]
rétat liquide.
13 Cobalt. 8,6 ?4rè8-dîfficile à foudre.
14 Manganèse, 7,5 ? idem.
15 Chrome. 5,9 T idem.'
16 Nickel. 8|5 î. idem.
N. B. Le signe 4- veut dire plus^ c'esl-à-dire 'au-dessus de léro; ei le signe — veut dire moinst c*est-
2h4ire au-dessous de zéro. Le signe ? marque Tincertitude.
MinEBAia DE FBB. — Lo for ne parait pas avoir été. trouvé Jusqu'ici à l'état natif,
excepté dans les aérolithes ou pierres tombées du ciel. Il ne peut s'extraire avec avantage
que des oxydes ou des carbonates de fer. Ce sont ces substances qu'on appelle minejçais
de fer. Les principaux sont :
Le fer oxjdulé ;
LO fer oligiste ;
Le fer hydraté ;,
Le fer carbonate,
Le fer oxydulé ou aitnant, le plus riche des minerais de fer, est simplement une. aorn-^.
binaison de fer et d'oxygène renfermant jusqu'à 72 pour 100 de métal. On le trouve ei\
ffloQs exclusivement dans les anciens terrains de cristallisation (Suède, Sibérie). Il sert ii
fabriquer les aciers de première qualité.
Le fêr oli^ie ou peroxyde de fer est plus oxygéné quQ le précédent. Il se trouve aussi
5S- DICTIONNAIRE DE GOSMOCiONIE ET DE PALEONTOLOGIE., M
iîaas les terrains primitifs ou dans les anciens terrains sédimentaires; dans ce dernier
cas, il est presque toujours terreux et prend le nom d'hémalUe rouge (île d'EUw, Suède»
Brésil). Il peut être regardé comme le principe colorant des matières rouges ou rougeAtres
qui abondent dans l'écorce terrestre.
Le fer hydraté ou Hmonite se compose de fer, d'oxygène et d'eau, sai 'poussière est tou"
jours jaune. Il se montre dans les dépôts les plus modernes. Exploité en Normandie, en
Bourgogne, en Lorraine, en Franche-Comté, etc.
Le fer carbonate ou sidérose est une combinaison d'oxyde de fer et d'acide carbonique.
11 est trè»<ommun en Angleterre dans les grès houillers et dans les couches de houiHe
elles-mêmes. Nous ne pouvons entrer dans aucun détail sur les deux méthodes d'expfoi-
tation, la catalane et celle dite des hauts fourneaux.
Le fer est un des plus beaux présents que la nature ait faits à l'homme, et Tabondance
avec laquelle elle l'a répandu atteste la juste répartition de ses bienfaits.
Le fer est, sans contredit, le plus utile des métaux ; il surpasse tous les autres en dureté
ot en ténacité; sa puissance de résistance est si grande, qu'un fil de fer de 2 millimètres de
diamètre exige, pour se rompre, un poids de 249 kilogrammes. On sait que le fer, chauffé
à blanc, so pétrit, en quelque sorte, sur l'enclume et prend toutes les formes, avantage
précieux que n'ont pas la plupart des autres métaux. On peut juger de l'industrie d'une
nation par la quantité de fer qu'elle consomme et par le degré de perfection avec lequel
elle le travaille. En effet, il n'est pas de machines dont la construction ne soit en grande
partie fondée sur l'emploi du fer. Tous nos instruments tranchants, sciants, limants, perfo-
rants et contondants, indispensables agents de l'industrie, sont fabriqués en fer. La méde-
cine a trouvé, dans les combinaisons de ce métal , plusieurs médicaments utiles; la pein<-
ture, de très-bonnes couleurs; enfln, pour terminer par une de ses principales et de ses
plus fécondes applications, citons les chemins de fer, au moyen desquels les hommes ont
réussi à donner à leurs chariots une vitesse extrême, résultat immense de la plus haute
portée, destiné non-seulement à augmenter le bien-être matériel des peuples, mais è aug-^
• menter aussi la somme de leur bonheur moral, en leur facilitant les moyens de se connaît
tre et de fraterniser I
Remarquons, en passant, que le fer, ce métal si humble sous le rapport de la valeur in-s
trinsèque, joue, en Europe, un rôle très-important dans la richesse sociale; tandis que les
métaux précieux, comme l'or et l'argent, n'y figurent comparativement que pour des som*?
mes minimes, Cette simple observation peut donner une idée de l'énorme quantité de fer
qu'on retire annuellement des entrailles de la terre. On pourrait, à )a rigueur, se passer
des autres métaux ; mais jamais du fer, sous peine de retomber à peu près dans l'étal de
barbarie.
Minerais de cuivre. — Le cuivre se trouve à Vétai natif; aussi ce métal fut-il un de
C5eux que les hommes utilisèrent dès la plus haute antiquité. On a découvert, il y a peu
d'années, des gîtes de cuivre sur les rives méridionales du lac supérieur (EtatsJJnis), ex-
ploités par plus de cent quarante compagnies. Ce métal y est disséminé en veines, en no-
dules et en masses quelquefois de plus de 500 kilogrammes.
Ses principales combinaisons sont les cuivres sulfurés et les cuivres carbonate?, j
Les cuivres sulfurés^ c'est-à-dire combinés au soufre, sont les plus importants. Les va-
riétés sont le cuivre pyriteux, le cuivre vitreux, le cuivre gris ou panobase (Saxe, Angle-
terre).
Le cuivre carbonate présente deux principales espèces : la mabichitê (verte) et Voxarite
(bleue).
Le cuivre pur sert à fabriquer des chaudières, des al^mbids, ft une multitude de wses
domestiques. Malheureusement le contact prolongé de licfueurs acidulées, ou de corps
gras, oxyde facilement ce métal, et donne naissance à un poison^très-ajetitoomsié twrM*-
57 I»TROUIjCTION. U
çriê. Aussi» dans certaines ocmtréeSi «otammeut en Suède, le cuivre a*Ml été banni des
foyers domestiques.
Le cuiTfe eonsiitue une grande psrtie de la monnaie de bilion ; on en consomme une
énorme quantité pour doubler et cbenUer les navires de long cours ; mais les services
qu'on en retire, alors quil est pur, sont très*limités comparativement à ceux qu'il nous
rend sous forme d'alliages, combinaisons méUiUiques qui forment, pour ainsi dire, de
nouveaux métaux. Allié à Tétain, le cuivre produit le bronze^ avec lequel on fabrique les
cloches, les canons, les statues, etc. ; combiné avec le zinc, il constitue le laiton^ ou cuivre
jaune, d'une application si générale et si variée. Le mailleckori dont la blancheur et Té*
dal argentin se prêtent à la confection d'olgets culinaires, n'est autre chose qu'un alliage
de euivre, de zinc et de nickel, dans des proportions convenables. Le cuivre entre pour
un dixième dans la composition de nos monnaies d'or et d'argent , auxquelles il
communique assez de dureté pour leur permettre de garder longtemps la forme qu'on
.eur donne. A ces applications du cuivre, il faut encore ajouter celles qui résultent de
^es composés salins, comme le sulfate de cuivre ou vitriol bleu du commerce, si précieux
pour la fabrication des teintures, etc., et qui sous le nonl de magistral joue un si grand
rôle dans le traitement des minerais d'argent par la méthode américaine. Enfin, au
contact de certains acides, le cuivre donne naissance à de belles couleurs vertes, utilisées
pour la peinture.
Comme pour le fer, TAngleterre est au premier rang pour la production du cuivre. La
France sous ce rapport, est d'une extrême pauvreté.
HiRBBAis HE PLOMB.— On n'en connaît qu'un seul; c*est lep/om5 sulfi$réf connu sous le
nom de gaUne^ qui se compose de 87 parties de plomb et de 13 de cuivre. II se présente
en filons dans les anciennes roches de cristallisation comme dans les anciennes roches
sédimentaires , gneiss, etc.
Les propriétés qui font rechercher le plomb sont sa grande fusibilité , sa malléabilité ,
et , dans quelques circonstances , sa pesanteur. Ce métal a une ténacité très-faibl«9 ;
sa couleur, d'un gris assez éclatant, se ternit promptement à l'air. Il entre facilement
en fusion , et se volatilise à une haute température! On sait que , dans l'espérance
de transformer le plomb en argent , les alchimistes l'ont soumis à une fouie d'épreuves
qui, au moins, ont eu pour résultat de nous en bien faire connaître les propriétés ; aussi esl^
ce un des métaux les plus connus et les plus estimés.
Le plomb laminé sert à couvrir des édifices, à faire des bassins , des conduits de toute
grandeur; converti en feuilles plus minces, on l'emploie, comme le papier, pour envelop-
f'er certains produite d'une altération facile. Aujourd'hui on l'élire en fils, qui sont très-
commodes en horticulture pour attacher les espaliers, etc. La densité du plomb le rend
très-propre à servir de projectile; car toute proportion gardée, la résistance de l'air étant
en raison de la surface du corps en mouvement, une masse de plomb éprouve bien moins
de résistance de la part de l'air que n'en éprouverait toute autre matière spécifiquement
moins pesante; aussi est-ce avec le plomb que se font les balles et les grenailles. Allié à
•'étain, le plomb forme la soudure des plombiers et des ferblantiers. A l'état de combinai-
son, et sous divers noms qui en masquent la présence, ce métal rend encore un grand
nombre de services : ainsi la céruse^ le plus beau blanc que possède la peinture, et qu'on
fabrique en grand à Clicby, n'est qu'un carbonate de plomb* A l'état d'oxyde, le plomb
donne le tumîtini, qui entre pour plus de moitié dans la composition du verre dé cristal.
Avec une moindre proportion d'oxygène, il produit la litbarge, dont l'usage est si commun
dans les arts. On en fait surtout un grand usage en peinture, parce qu'elle épaissit et rend
siccatives les huiles de lin, de noix, d'ceiilette ou de graines de pavots« Autrefois les vins
acides étaient adoucis avec de la liUiarge ; mais cette criminelle fraudn a cessé depuis
qu'on eoonaft le danger de pareilles boissons.
Venpioi le phis ialéressaiit du plomb 9st celui qui a pour objet la confaction des oarafiF
5^ DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE ET DE PALEONTOLOGIE. W
lèresM'imprimerie. C'est avec un alliage de cpiatre parties de plomb et d'une d^antimoine
au'on moule ces caractères qui ont déjà tani fait pour l'humanité, et qui feront plus encore
en répandant, nous l'espérons, dans toutes les classes et chez tous les f^PÏ^j 1«^ bien-
faits de la civilisation; en sorte que, si d'un côté le plomb, converti en balles, décide vio-
lemment du sort des nations pendant la guerre, ilest, comme on le voit, heureusement
appelé, sous une autre forme, à exercer une influence plus considérable encore par la
propagation de la pensée.
La France est pauvre en plomb. L'Angleterre et l'Espagne en exportent une très-grande
quantité.
Minerais d'étain. - Le seul minerai d'étaîn qui soit l'objet de sérieuses exploitations,
e?t Yétainoxydé pu cassitérite qui se trouve dans tes anciens terrains de-crislallisaUon et
donne 79 pour lOO d'élain (Angleterre, Indes orientales, etc.).
Les usiiges de l'étain sont nombreux et intéressants : on en fabrique un grand nombre
d'ustensiles précieux pour la campagne. La vaisselle d'ét{iin a été longtemps en honneur, et
on la rencontre encore dans certaines contrées qui tiennent aux vieilles habitudes. L'étain est
fréquemment employé pour l'étamage de la plupact des vases de cuivre ; il sert à la fabrica-
tion du fer-blanc, qui n'est autre cho$e que du fer laminé recouvert d'une pellicule d'étam.
Le moiré qu'on obtient sur ce fer étamé est produit par la cristallisation de l'étain, mise en
évidence aussitôt qu'on lave le fer-blanc avec une liqueur acidulée ; car la pellicule d'étain
de la surface entrant alors en dissolution laisse à nu la couche inférieure qui se montre
avec une belle upparence cristalline et chatoyante. Lorsqu'on veut avoir de beaux cris-
taux, il feut, en étamant, laisser lentement refroidir l'étain.; un résultat contraire s'obtient
quand on fait refroidir promptemenl ; car alors la cristallisation, gênée dans sa principale
condition, ne donne plus que des cristaux croisés et petits, que fait également ressortir
un lavage à l'eau acidulée (mélapge d'eau, d'acide azotique et d'acide chlorhydrique). On
a longtemps tiré parti de ce secret pt)ur l'exploiter avec profit, et le moiré avait d'autant
plus de vogue, qu'on le couvrait de vernis colorés qui lui donnaient un aspçct chatoyant
plus séduisant encore.
L'étain entre dans la composition de la soudure des plombiers et des ferblantiers ; allié
au cuivre, il forme le bronxej et combiné avec le mercure, il sert à la fabricai,io|i des glaces.
Il fournit à la teinture de très- vives couleurs]; enfin sa malléabilité permet d'en faire des
feuilles minces, propres à garantir du contact de l'^ir diyers objets et divers comestibles.
Cet utile métal est loin d'être abondant : à l'exception des mines d'Angleterre, qui en
produisent une assez grande quantité, on ne cite guère en Europe que celles de la Saxe et
de la Bohême dont les exploitations soient lucratives.
Minerais de ziifc. — Le zinc se trouve en abondance à l'état de carbonate, de silicate et
de sulfure. Ces minerais sont assez communs dans les filons métallifères. (Belgique, Silésie,
Angleterre, etc.)
La découverte du zinc ne date que du xvi* siècle.
Autrefois le zinc n'était employé que pour la fabrication du laiton (alliage de zinc et de
cuivre); mais, depuis quelques années, l'emploi de ce métal a pris parmi nous un dévelop-
pement considérable, surtout depuis qu'on est parvenu à laminer le zinc; car, sous forme
de feuilles, il remplace avec avantage, dans un grand nombre de cas, les feuilles de plomb,
de cuivre et de fer-blanc. On s'en sert pour couvrir des édifices, pour le doublage de quel-
ques navires de commerce; on [en fait un très-grand nombre d'ustensiles domestiques, et
une foule d'objets de décoration ; mais la facilité avec laquelle le zinc est attaqué par les
acides les plus faibles doit en faire repousser l'usage pour la cuisson de certains aliments^
car les sels qu'il forme sont dangereux pour l'économie animale. Les propriétés du zinc la
rendent précieux pour des expériences scientifiques : il constitue l'un des éléments de 1^
pile do Volta, instrument qui a exercé une grande infuence en physique el çn chîn\ie. Au-
Cl «TRODUCTION.
jonrdliai on recoayro de zinc aoe foule d'objets en fer, -tels que cbalaes, (reinis , outils de
jardinage, etc., ee qui les présenre de la rouille ou, en d'autres termes, de Toxydation.
L*oxvde de zinc ou blanc de snnc vient récemment d*étre substitué à Foxyde de plomb
pour toutes les couleurs dont la cérase est la base. Cette application, introduite dans Tin-
dustrie par M. Leclaire, est reconnue chaque jour plus utile, car le blanc de zinc ne paraU
pas exercer, conune la céruse, une action délétère sur la santé des ouvriers. Des chie n$
ont été frottés, à différentes reprises, les uns avec une pommade contenant de Toxjde de
plomb, les autres avec une pommade contenant de Toxyde de zinc : les nremiers sont morts
au bout d'un mois, les seconds n'ont ressenti aucun effet.
M iSBBAis iNs macumB. — Le principal minerai de mercure est le cinabre ou mercure $ul^
furéf d'une liellé couleur rouge (86 parties de mercure et \k de soufre). Il se trouve prin-
cipalement en filons ou en veines dans les terrains de cristallisation ou de transition. 11 est
assez peu répandu (Almaden, en Espagne; Idria, en Illyrie).
Ijts exhalaisons du mercure sont dangereuses pour l'économie animale. Ce sont ordinai-
rement des condamnés qui travaillent aux mines de mercure, et l'existence si courte de cçs
malheureux est rendue affreuse par le continuel dépérissement de leur santé. Ailleurs, dans
les ateliers où l'on emploie le mercure, les ouvriers sont plus ou moins victimes des vflr
peurs délétères qui résultent de cet emploi.
Le mercure se distingue de tous les autres métaux par sa fluidité constante dans nos cli-»
mats. Sa couleur, d'un éclat argentin un peu bleuAtre, et la mobilité qu'il affecte sur une
feuille de papier qu'on tient à la main lui ont valu le nom vulgaire de vif-argenl. Il est doué
de la propriété de dissoudre l'or, l'argent et le cuivre. Il se solidifie, par un grand abaisse-
menl de température, à 40* au-dessous de zéro; et, ce qu'il y a de singulier, c'est qu'en cet
état il produit sur nos organes la même sensation qu'un corps très-chaud : au moins est-
ce l'effet qu'on ressent lorsque, après l'avoir solidifié à l'aide de réfrigérants , on le
met un instant dans le creux de la main. Cette sensation va jusqu'à désorganiser la peau.
Là liquidité, la pesanteur, l'éclat, la dilatibilité, et surtout la tendance du mercure à s'u-
nir à quelques métaux pour former des alliages que l'on nomme amalgames^ sont autant de
qualités précieuses qui le rendent très-utile. On l'emploie dans la confection des thermo-
mètres, si nécessaires pour apprécier le degré de température, et dans celle des toromètres
destinés à mesurer la pression qu'exerce l'atmosphère à tel ou tel niveau , et qui annon-
cent, avec plus ou moins d'exactitude, la variation du temps.
La facilité avec laquelle le mercure dissout l'or et l'argent est mise à profit pour isoler
ces deux métaux précieux, quand ils sont associés à d'autres matières. Amalgamé à l'argent,
il sert aux dentistes pour plomber les dents cariées. Le mercure n'absorbant pas, comme
Feau^ les gaz avec lesquels il est en contact, on s'en sert dans les laboratoires de chimie
pour recueillir et mesurer les différents gaz. Uni à l'étain, le mercure constitue l'élamage
des glaces; combiné au soufre et broyé, il fournit une poudre d'un rouge très-vif qu'on
emploie dans les arts sous le nom de vermillon. La plus grande partie du mercure que pro-
duit l'Europe passe en Amérique pour y être employée au traitement des minerais argen-
tifères et aurifères par le procédé d'amalgamation.
MursBjus d'aegext. — On compte quatre minerais argentifères : l'argent natif p l'argent
sulfwréy l'argent àntimonié sulfuré^ et l'argent chloruré,
A Vétat natif, l'argent se présente ou sous forme dendritique, et dans quelques alluvions
en pépites et même eq masses volumineuses. Les mines du Pérou en ont fourni des blocs
de quarante, soixante et cent kilogrammes.
L'argent sulfuré on argyrote est le minerai argentifère le plus riche et le plus abondant.
En filons et en amas dans les terrains de transition fracturés (Hongrie, Norwége, et surtout
le Mexique et le Pérou).
L'argent aii/tifii>nî/«u//tfrf, ou argent rouge, forme en Amérique une partie importante de
certains dépôts qui sont la source de produits copsidérables.
es DICTIONNAIRE DE COSMOGOIOE ET DE PALEONTOLOGIE. et
L*argent chloruré ou argent corné ^ d*une coosistance analogue à celle de la cire, est très-
aoudant au Mexique et au Pérou.. * I
L*argent pur est sonore et d*un blanc trèsréclatant. Il perd son éclat au contact de
l*hydrog^ne sulfuré; il en est de même au contact des œufs, car les œufs contiennent un
peu de^ soufre qui se combiae avec Targent. L'argent est difficilem^ent attaquable par les
acides organiques, et c'est sur cette propriété qu'en est basé remploi dans Téconomie do-
mestique. Après Tor, c'est le plus malléable et le plus ductile de tous les métaux : on
peut le réc^uire eu feuilles extrêmement minces, et l'étirer en fils très-déliés. -
La. beauté et rinaltérabilité de l'argent l'ont, de tout temps, fait rechercher : aujourd'hui
encore on en fait toutes sortes de vases et d'ornements pr:écieux. Le principal usage de
l'argent est de servir de signe représentatiif de la richesse sociale et de la valeur de tous les
produits. L'alliage de neuf parties d'argent et d'une partie de cuivre est celui que la France
a déterminé pour la confectioa de ses monnaies d'argent. Employé dans l'orfèvrerie,
l'argent est également combiné avec le cuivre à deux titres différents et suivant des pro-
portions déterminées par la loi. Le but qu'on se propose en alliant à l'argent une petite
quantité de cuivre, est d'en augmenter la duceté et la consistance ; car, pur, ce métal ne
conserverait pas longtemps le modelé des formes délicates. Réduit en pellicules d'une té-
nuité extrême, Targent s'applique à froid sur différents objets ; uni au mercure il s'étend
à« chaud à la surface des autres métaux.
Mais l'art d'argenter et de dorer sur métal a reçu depuis quelques années un immense
développement. C^st maintenant par le procVd^/f^cfro-cAJmtQtie qu'on applique à volonté
l'or et l'argent sur des objets façonnés avec des métaux moins c>her et plus tenaces. Cette
remarquable découverte^ due à MM. de Ruolz et Elkiugton^ met , pour ainsi dire, lusage
des'métaux précieux à la portée de tous. L'argent rend encore d'autres services, mais
d'une tout autre nature : combiné av^c l'acide azotique, on l'emploie en chirurgie pouç
brûler certaines excroissances charnues, ce qui lui a valu le nom de pierre infernale ;
enfin, diverses combinaisons argentifères entrent dans la fabrication des poudres {ulmi^
nantes.
Nous ne possédons en France qu^un très-petit nombre de m. nés d'argent : les plus im*
portantessont celles de Huelgoat etde Poullaouen,.dans le département du Finistère, et,
bien qu'elles soient dans un état de prospérité, leur production est fort limitée. L'Autri-
che, la Russie, la Suède et la Saxe produisent la presque totalité de l'argent qu'on retire en
Europe, production bien minime,, comparativement h celle du Mexique, du Pérou, de
Buenos-Ayres, du Chili, etc. C'est donc de l'Auiérique que vient la, plus grande partie
de l'argent qui circule dans le commerce. Le kilogramme d'argent vaut environ 222 francs.
MuvBRAis o'oR.-— L'or ne se trouvci pour ainsi dire» qu'à l'état natifs en petits cristaux ou
enpépiiee. Toutefois il est fréquemment allié à una faible quantité d'argent. Ce n'est pas
ordinairement dans les gisements originaires, les roches quartzeuses du terrain primitif,
qu'on recherche ce métal, mais dans les terrains d'alluvion formés aux dépens de la des-
truction des gîtes primitifs (Brésil, Colombie, Mexique, Haute-Californie, Monts Ourals
en Sibérie). Voici le mode d'exploitation au Brésil, suivant M. Ch. d'Orbigny :
€ Le premier soin à prendre quand on veut exploiter ces alluvions aurifères» provenant
évidemment de la destruction de gîtes originaires, consiste à détourner un petit cours d'eau
et à le faire arriver sur un point qui domine le dépôt aurifère qu'on se propose de laver.
Cette disposition obtenue, on taille dans le sol de larges gradins eu forme d'escalier, au bas
duquel on pratique une fosse de dimension variable. Puis les laveurs sont placés de
distance en distance sur les gradins ; et à mesure que l'eau coule en petites cascades sur ces
gradins, ils remuent la terre avec des pioches. Peu à peu, le sédiment se convertit en une
bouc liquide que le courant entraîne ; mais au pied de l'escarpement, se trouve la fosse où.
viennent se déposer tous les sables denses et ferrugineux, parmi lesquels se trouve natu-
rellement l'or. En continuant cette opération pendant quelques jours, et en ayant soin de
a WTRODIJCTKM. 66
rejeter les eaillooxy le minerai deyient assez coneeniré pour être soamis à d-antres prépa-
rations mécanlqpies.
« Ainsi réduit, le minerai, ou cai'aJho^ comme rappellent les habitants du pays, tiï
transporté sons nne antre chute d'eau, où il subit un noureau layàge analogue au premier,
mais exécuté arec plus de soin. On prend ici les précautions les plus minutieuses pour
arrêter une partie des paillettes d*or qui, à raison de leur grande ténuité, sont susceptibles
d*étre entratnées par Tean. A cet effet, on dispose, dans la partie inférieure du laToir, des
peaux de boeufs dont le poil est tourné à rencontre du courant. Ces peaux, lavées de temps
à autre, rendent toujours une certaine quantité de paillettes microscopiques. Lorsque ce
second larage a couTcnablement réduit le minerai, on retke celai-d du kToir et l^on pro-
cède à la dernière opération^ qui a pow* but d'isoler Tor.
« Chaque lareur prend dans sa sébfle envifon quatre ou cfnq kilogrammes de cascaibo
encentré, fidt entrer Tean dans ce vase, qu'il tient de )a talin gauche et auquel il im-
prime un mouvement giratoire, en même temps qu'il remue le casealho arec Ja main
droite, de manière à le tenir en suspension dans Feau. L*or se précipite au fond, par le
seul iait de sa grmde densité, tandis que les substances légères sont |>eu % peu adroite-
ment rejetées dans le lavoir. En continuant ainsi, il ne reste bientôt plus dans ta sébile que
des parcelles d'or et des grains pulvérulents de fer oxydulé qu'on fait tomber dans un vase
destiné à les recevoir. A la fin de la joornée, rien n'est plus simple et plus fiicile que la
séparation des sables ferrugineux de Tor successivement ainsi accumnlèi soit avec la main
quand le mélange est bien sec, soit en y promenant un aimant, qui s'empare du fer oxj-
dulé. Telle est la méthode usitée dans la presque totalité des exploitations aurifères du
Brésil.
« La province de Minas-Geraes présente une surface presque égale à celle de la Franee
entière ; et malgré cette grande étendue, ]a dispersion de l'or y est telle, que tous les
^eoiffs d*eaQt grands ou petits, en charrient des paillettes et quelquefois des pépites. C'est
ym tàii certain que nous avons eu occasion de constater en parcourant cette contrée dans
tous les sens. Il est vrai que cette richesse n'est pas très-eonsidérable, mais elle est près-
tme {SariDut suffisante pour que les esclaves aient intérêt à s'occuper du lavage aurifère
le dimanche, jour où ils peuvent disposer du fruit de leur travail. »
Quant aux gisements de la Californie, qui sont incomparablement plus riches que ceux
du Brésil, c'est dans les grandes vallées du Sacramenio et du San Joaquim^ comprises dans
la Sùrra Nevada et les montagnes de la côte, qu'on a principalement exploité jusqu'ici
les sables aurifères. Ces vallées, sillonnées par une multitude de petits cours d'eau, em-
brassent une étendue de plus de deux cents lieues de long sur vingt de large; et partout
un y trouve des paillettes d'or. Les riches sédiments aurifères se rencontrent à une faible
profondeur, surtout au pied des collines, dans les gorges resserrées, autour des blocs de
rochers sur lesquels ont passé d'anciens torrents. Ces sédiments, formés de débris arrachés
et charriés sans doute de la Sierra Nevada, lors du grand cataclysme diluvien, sont en
partie recouverts par les détritus des alluvions modernes.
Le lavage des minerais d'or, en Californie, s'exécute à peu près comme au Brésil, peut-
être même avec moins de soin ; car, lorsque les gttes sont très-riches, on néglige toujours
les précautions qui entraînent des lenteurs. Ce fisdt se reproduit souvent dans l'exploitation
de For et du diamant, et il explique très-bien pourquoi les riches sédiments , exploités
STec trop de précipitation, sont soumis à des lavages subséquents aussitôt que la bonne
Teine est épuisée.
On distingue en Californie deux sortes de mines : les unes, qu'on nomme wel'^diggings
(mines humides), ne sont guère exploitables que six mois de l'année ; elles se trouvent
dans les vallées, les bas-fonds, à proximité des cours d'eau, des lacs ; les autres, dry^dig^
gings (mines sèches) sont dans les régions élevées, à l'abri des inondations des cours d*ean
actuels. Dans l'un et l'autre cas, on pratique des excavations de un mètre, deux ou trois
67 DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE ET DE PALEONTOLOGIE. 68
mèires de proiondeur : c*e$t ordinairement à ce niveau, sur le roc vif, quç se trouve lemclal
précieux dans un sédiment quartzeux que Ton soumet au lavage. Quelques mineurs, plus
experts ou plus hardis, recherchent les gttes originaires dans les roches quartaeuses qui leur
s<)rvent de gangue, et qu'ils font voler en éclats à Taide de pétards. Cette exploitation ^
dans ce pays désert et malsain, entraîne beaucoup de peines, de fatigues, de tribulations
de tout genre; oeaucoup de malheureux y succombent avant d'avoir aperçu une parcelle
d*or, mais en revanche quelques-uns s'enrichissent eu peu de jours.
. Jusqu'à présent» on peut dire que l'art du mineur et surtout la science du géologue , si
utiles dans les exploitations, n'ont pas pénétré en Californie. Les Américains en sont en-
core aux hypothèses sur la véritable étendue et sur la richesse de leurs mines aurifères.
Peut-être le versant oriental de la Sierra Nevada possède-t-il des trésors inconnus. Quoi
qu'il en soit, en s'en tenant à l'exploitation des gîtes connus, l'extraction de l'or est telle
dans ce pays, qu'on l'évalue annuellement à plus de 200 millions de francs (le relevé of-
ficiel de l'or extrait en 1850 s'élève à 35 millions de dollars). Si l'on refléchit au nombre
chaque jour croissant des laveurs qui arrivent de toutes parts, aux découvertes pro-
bables de nouveaux placert^ à l'emploi probable de machines et de méthodes d'extrac-
tion plus expéditives que celles dont on se sert maintenant, on ne sera pas éloigné d'ad-
mettre que la production de l'or, dans cette partie du nouveau monde, est susceptible de
^'accroître annuellement dans des proportions considérables» comme cela est successive-
ment arrivé aux dépôts aurifères des monts Ourals, exploités par les Russes»
L'or, comme on le sait» et trèsHiense, très-brillant est d'une belle couleur jaune. Il a en-
viron quinze fois plus de valeur que l'argent ; malts» à quelques exceptions près, il est
aussi quinze fois plus diflicile à recueillir. Son inaltérabilité est remarquable: les acides azo-
tique et sulfùrique ne l'attaquent pas. On parvient seulement à le dissoudre dans Teau ré-
gale (mélange d'acide azotique et d'acide chlorhydrique) et alors cette liqueur prend une
belle couleur jaune. L'or est le plus ductile et le plus malléable de tous les métaux; on
peut le réduire en feuilles si minces, que le moindre souffle suffit pour les enlever. Sa
jjrande malléabilité est très-utile dans les arts; car elle permet de l'employer en dorure par
couches extrêmement minces. Il peut se combiner avec un grand nombre de métaux ; mais
on ne l'allie guère qu'au cuivre et à l'argent.
Les remarquables qualités de l'or l'ont fait rechercher de tout temps pour la confection
des vases et (\es bijoux de prix. Presque toujours il a été» conjointement avec l'argent, le
signe représentatif de la richesse publique. Employé dans la monnaie française, l'or re-
çoit, comme l'argent, un dixième de cuivre, qui lui communique delà dureté; les objets
d'orfèvrerie et de bijouterie en reçoivent aussi k deux titres différents fixés par la loi» et
c'est à cette addition de cuivre que l'or doit la faculté de pouvoir être finement travaillé.
Ce métal est employé dans la dorure par différents procédés : on dore sur bois, sur porce-
laine, sur papier, etc., et. sur métaux par la méthode électro-chimique. Enfin, diverses
préparations d'or sont fréquemment mises en œuvre dans les arts.
Pour apprécier les titres des alliagesd'or, titres et alliages qui varient d'un pays à l'autre» on
sesert habituellementd'une pierre noire, en partie silii'euse {pierre de <oucA€),sur laquelle on
frotte l'alliage à essayer de manière ày laisser une trace métallique. On passe ensuitesur cette
trace un peu d'acide azotique {eau forte)^ sans aucune action sur l'or, mais dissolvant tous
les autres métaux qui s'y trouvent; en sorte qu'on peut approximativement reconnaître, à
l'affaiblissement qu'a subi la trs^ce métallique, la valeur de l'alliage soumis à l'opération. Ce
moyen, qu'emploient les orfèvres, exige une certaine habitude pour comparer les résultats
obtenus à ceux que fournissent, de la même manière, des morceaux d'alliage de titres
connus, et qu'on nomme touchaux.
, Si l'on considère qu'on extrait, chaque année, une quantité d'or et d'argent dépassant
de beaucoup celle qui se consomme, il semble qu'on soit en droit de conclure que la valeur
de ces deux métaux» comparée à la valeur du travail et des produits agricoles, doit dimi-
69 INTRODUCTION. 70
nuer gradaellemcnt au fur et à mesure que leur masse s'augmente. Il y a trois siècles que TA-
iBérique, en donnant à FEurope des mines plus riches et plus faciles à exploiter, détermina
brusquement une dépréciation analogue ; il en est résulté que divers produits, tels que les
produits agricoles, par exemple, sont plus chers aujourd'hui qu'autrefois ; et cette aug-
mentation considérable dans le prix des denrées». et conséquemment de la main-d'œuvre,
serait bien plus grande encore sans le perfectionnement des arts et de l'agricult^ire^ qui
tend vers un but contraire en simpliûant les moyens de production. Aujourd'hui même, si,.
par une cause quelconque, les frais d'extraction de For et de .l'argent étaient subitement
abaissés de moitié, nous verrions se reproduire un irésultat analogue à celui qui boule-
yersa le monde financier, il y a trois siècles ; seulement la crise serait moins violente, parce
que la masse de métaux précieux que possède Tancien coutnient étant, à présent, très-
grande, l'influence d'une quantité, même considérable, jetée sur le marché, serait plus lente
^ se faire sentir ; mais elle produirait assurément une perturbation dans la fortune des Etats
et des particuliers délenteurs dès métaux précieux.
Eh bienl pour l'argent, un tel résultat ire tient qu'à la découverte de riches gisements
de mercure en Amérique ; car, avec lé mercure à vil prix, les mines argentifères du nouveau
monde pourraient facilement doubler et tripler leur production annuelle.
Quant à l'or, la diminutioh de la Valeiilr réelle de ce métal est à peu prèé certaine, si les
produits de la Californie viennent à s'accroître, comme on est fondé à le penser. On sait
positivement aujourd'hui que les sables aurifères de ce pays dépassent, par leur richesse,
tout ce qu'on avait osé rêver dans les plus riches gisements de l'Amérique méridionale.
Des villages, des villes mêmes, ont été subitement élevés et peuplés dans dès lieux autrefois
déserts. Des rivières, uaguères inconnues, sont maintenant sillonnées en tous sens par de
nombreux bateaux à vapeur. De toutes parts des navires arment pour la Californie, tant
les populations se précipitent avec entraînement vers ce nouvel Eldorado. Sans doute, plu$
d'un individu n'y trouvera que regrets et déceptions; car, dans la recherche dés minéraux
précieux, le nombre des laveurs heureux représente bien plus l'exception que la règle;
ruais, tout en faisant la part de l'exagération, on ne saurait douter que les sédiments
aurifères de la Californie ne soient les plus riches gisements découverts jusqu'à ce jour; et
si leur étendue est telle qu'on l'annonce, la dépréciation de la valeur de l'or qui en résultera
sera surtout fatale au pays dont la monnaie est en grande partie fabriquée avec ce métal ,
comme, par exemple, l'Angleterre.
Toutefois, cette déprédation, si elle se réalise, ne saurait être que lente et graduelle,
car, h mesure qu'elle se fera sentir, elle aura pour conséquence inévitable de faire abandonner
successivement, dans presque toutes les parties du globe, l'exploitapon des gttcs aurifères
dont le rendement tsl médiocre ; en sorte que la grande production d'une contrée suspendra,
en partie, la production des autres contrées.
Nous finirons cet article, qui termine là série des métaux usuels, en donnant l'évaluation
la plus récente de la production de ces métaux, telle qu'elle a été publiée par M. A. Burat,
dans son excellente Géologie appliquée à la recherche et à Vexploitation des minéraux utiles.
— « Les États de l'Burope, dit cet habile géologue, ont été classés ainsi qu'il suit , d'après
l'évaluation de leurs produits en métaux bruts. La Russie, qui est en seconde ligne, ne
viendrait qu'après l'Autriche, si l'on retranchait les produits de ses lavages d'or situés en
Asie. »
«
Angleterre, 440 millions de francs.
Russie et Pologne, 435
France, 158
Aulriche, U7
Confédération germanique, 62
Espagne, 54
Suéde et Norvège, 54
Prusse, .49
A reporter, W3.
DICTIONNAIRE dfe COSMOGONIE ET DG PALEONTOLOGB. 72
Htport. 995
Belgique, iO
Toscane, 15
Piëmoiu et Savoie^ Il
. DsaeiiMurkt 9
ToUl 1,068
« Si Voh détaille actuellement ces valeurs, dokit le total s*ëlète k plus d*uh milliard » on
reconnaît qu'il y a des États qui pitKÎuis^enl à eux seuls la presque totalité de certains
roétaui (7).
ÉTÂIlfk CVITRE. MERCV&B. ZRiC. PtOllB. ARGEIfT. OR. i^R ET FONfE
OMNllée.
qolilt m. q. n. q, ». q, m. q. m. marrs ($). marci. quinL méu
Des BrîUimiqaes« iO.OOO 250,000 > 25,000 500,000 26,000 i I4,000,(K)0
Russie. I S8,0e0 > 30,000 25,000 90,000 25*000 1,150,000
France. » 1^000 i > i^TOO 8,000 > 3|700}000
Autriche. [600 25,000 5|000 5t000 35,000 340|000 5,500 l,SOU,000
Zolverein ou Allemagne septi 3,500 45,000 i 180,000 95,000 150,000 120 1,800,000
Suède et Norwége» 700 18,000 i > 600 40,000 20 850,000
Belgique. » i » 75,000 50,000 i > 880,000
Espagne. > 50,000 22,000 2,000 450,000 160,000 i* 250,000
Etats sardes. ^ > > » 2»000 1,200 40 . 90,000
Toscane, lie d^EIbe. > 4|000 100 i » ^ i 100,000
« La production des autres parties du monde n'est connue qu'autant qu'eues sont nées
par des rapports commerciaux avec TEurope. Les exploitations des Amériques, par exemple,
fournissent les f^ de l'or et de Targent extraits annuellement; le Pérou produit la plus
grande partie du platine employé dans les arts; le Chili et le Mexique fournissent une
quantité de mercure assez notable pour que Timportation européenne (pour le traitement
des minerais d*argent) ait subi une diminution sensible. Mais, dans les riches contrées de
TAsie , la production suffit en grande partie à la consommation locale , sans que nous en
connaissions les moyens. La Chine fabrique abondamment le fer et le cuivre. Banca et
Malacca. dans les Indes, exportent une quantité d*étain évaluée au double de la production
européenne
« Le tableau suivant donnera une idée de la répartition et de la production des mines
d'or et d'argent exploitées actuellement. « Il y manque les produits de la Californie dont le
chiffre considérable n'était pas encore connu lorsque ce tableau a été publié par M. Burat.
ARCBNTk oa»
mires» uarcs*
Brésil, > 22,000
Mexique» 2,196,000 16,000
, PëriMi, 600,000 4.000
AMÉRIQUES. / Buénos-Avres, 52?»,000 2,000
^ Chili, 250,000 11,500
ColonMe, 1,200 18,000
Etau-Unts (Californie non comprise), 150,000 10,000
ASIE, ( Thibet, ? 15,000
noneompris i
la Russie. ( ArcJiipel indien, ? 5,000
AFRIQUE. Côtes méridionales ? 16,000
MiNBUAis DB PLATINB. — Le platiuc no/î^ contient toujours environ SO pour 100 de mé-
taux étrangers, fer, rhodium, iridium, palladium, osmium et cuivre. Il se trouve, comme
l'or, en grains ou en pépites, dans les alluvions anciennes (Pérou, Colombie, Brésil, Bor-
néo, monts Ourals). Le platine est d'un gris d'acier, très-brillant, très-ductile et très-mal-
léable; il a des qualités que nul autre métal ne possède, comme d'être inaltérable au
suprême degré, et de résister, sans se fondre, au feule plus violent de nos fourneaux;
(7) Les chUBres présentés dans ce tableau ont été rectifiés diaprés Texcellente statistique publiée par
M. Reden.
W Le poids d*un marc, ou huit onces, correspond à 245 grammes.
15 INTRODUCTION. U
c*est aussi le plus dense de toos les corps connus; lorsqu'il a été travaillé» son poids spé-
cifique é^e environ Sa fois celui de Teau pure. Il fond à Taide du chalumeau à courant
d'oxjgène et d*hydrogène.
L^admirable propriété qu a le platioe de résister à Taction du feu et des acides en rend
Tusa^e précieux dans diverses opérations physiques et chimiques. On fait avec le platine
des cornues, des creusets, des capsules, des tubes et autres objets de laboratoires. Malgré
rélévation de son prix, on s'en sert dans les arts pour faire des bassins évaporatoires, des
alambics, etc. Le bassinet et la lumière des armes à feu de prix ne s'exécutent plus qu'avec
ce métal inaltérable. La constance de son brillant poli permet de l'employer avec avantage
en physique pour la construction de miroirs de télescopes à réflexion. Comme il est le
moins dilatable de tous les métaux, il est éminemment utile pour la fabrication des instru-
ments de précision et de graduation; et l'on sait que l'étalon du mètre, déposé à l'Obser-
vatoire de Paris, est en plaiinet On a essayé d'employer le platine dans la byouterie;
mais cette application n'a pas réussi, car le platine est plus cher et moins beau que l'ar-
gent; enfin, le platine s'applique sur porcelaine en couverte totale, et la vaisselle ainsi
ornée présente à peu près l'apparence de Targenterie; mais la couleur en est inaltérable.
Le platine serait sans doute bien plus utilisé , et l'on en ferait beaucoup plus d'objets
destinés à une longue durée ou à un service difficile et continuel, si Télévation de son prix
n*y mettait obstacle ; et bien que le prix en soit moins élevé depuis qu'on a trouvé le
moyen de puriGer le platine par la voie humide, ce métal est. encore fort cher, puisqu'il
yaut environ quatre fois plus que l'argent ; aussi u'est-ce guère que dans les laboratoires et.
dans quelques ateliers particuliers qu'il reçoit une application journalière. Un alambic de
platine coûte jusqu'à 20 et 25,000 francs.
MiHBAiiis d'antuioinb. -- L'autimoiue existe à l'état natif, à l'état d'oxyde et de sulfure ;
ce dernier minerai est le plus important. *
Le êulfure ^amiimoine forme des filons dans le granit, le gneiss, etc.
Les principaux usages de l'antimoine dans les arts sont fondés sur la propriété qu'il a de
durcir les métaux avec lesquels il est allié, son emploi le plus remarquable consiste à le
combiner avec le plomb , alliage dont on se sert pour les caractères d'imprimerie. Seul,
Tantimoine serait trop fragile pour cet objet; de son côté le plomb, également seul, man-
querait de dureté : le premier serait pulvérisé, le second aplati par la pression, tandis que,
réunis, ils forment un alliage résistant. On allie encore l'antimoine à l'étain pour en former
une combinaison connue sous le nom de métal dCAlger^ dont on fabrique des couverts de
table. L'antimoine entre dans la composition des feux de Bengale, si remarquables par
leur belle lumière blanche; il est très*emp]oyé en médecine; c'est un des éléments
essentiels de Yémêiique^ du kermès minéral et de diverses autres préparations pharmaceu-
tiques.
La France et l'Autriche sont, en Europe, les contrées qui fournissent le plus d'anti-
moine; il en existe aussi en Espagne des gisements qu'on dit riches, mais en partie non
exploités. Ceux de France sont situés dans les départements de llsère, de l'Ardèche, du
Gard et de U Lozère. La production annuelle de ce métal , bien qu'assez abondante,
pourrait être sensiblement augmentée, si la consommation limitée en devenait plus
eonsidérable.
MciEBAis DE Bisvum. — Lc bismuth se présente, le plus souvent, à l'état natif dans
les s^tes arj^entif&res et arsénifères de Saxe et de Bohème. Ce métal ne peut servir qu'au-
tant qu'il est allié à d'autres métaux. Uni au plomb et à l'éfain, il forme Yalliagt de tkarctt,
dent on fait quelquefois encore des plaques de sûreté pour les machines à vapeur. On se
sert aujourd'hui plus avantageusement de soupapes coniques en fer, s adaptant très-exacte-
mont aux parois des chaudières et retenues par des poids proportionnés à Fa puissance de
la machine. On fait aussi avec le bismuth allié à l'étain divers ustensiles de ménage, cou-
verts de table, etc.
DE COSMOGO^IIE ET DE PaLÉOKTOLOGIE. 3
7S DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE ET DE PALEONTOLOGIE. 7B
• lliifBAAtt D*AisBNic. — L'arsenic se troure à T^tat natif dans les gîtes métallifères da
sulftire d'argent/ d*oiyde d'étain» etc. Combiné avec le soufre, il forme le r/a/^ar d'tin
rouge nacré, et Vorpiment d'un jaune d'or. Ils sont employés dans la peinture sous le nom
û'orpin.
Vartenic blanc du commerce s'obtient par sublimation; il Ta se condenser dans des ap*
pareils destinés à cet usage. C'est là qu'on le recueille avec les plus grandes précautions»
sous la forme d'une poudre blanclie, qui a causé de bien fatales méprises; car c'est un
poison très-rioJent, et qui jouit, comme on sait, d'une triste célébrité. Mais, grâce aux
progrès de ia chimie, l'empoisonneur ne peut plus maintenant dérober à la justice hu-
maine les traces de son crime : à l'aide de lappareil et de la méthode de Marsh, on peut
aujourd'hui retrouver, dans les mélanges les plus complexes, la moindre parcelle d'arsenic.
Un autre bienfait de la science, c'est la découverte d'un contre-poison qu'il est facile de
se procurer, et qui s'administre à forte dose sans aucun danger. C'est de l'h/drate de
peroxyde de fer (la rouille ordinaire), qui a la propriété de neutraliser l'effet du poison ;
car l'acide arsénieux se combine facilement avec l'oxyde de fer, et cette combinaison est
sans action sensible sur l'économie animale.
L'acide arsénieux n'a besoin que d'être chauffé avec un excès de charbon pour être
réduit, c'est-à-dire pour se désoxyder et se convertir en arsenic métallique , qui se con -
dense dans le récipient.
L'arsenic,' malgré l'effroi que son nom seul inspire, est une substance nécessaire; il
s^emploie comme métal, dans un petit nombre d'alliages. Uni au platine, à l'étainetau
cuivre, il sert à la fabrication des miroirs de télescopes. A l'état d'acide, les naturalistes
s'en servent pour diverses préparations : ils l'ajoutent à une bouillie savonneuse et cal-
caire, appelée savon de Bécceur, et qui a la propriété de conserver longtemps les animaux
empaillés. Sous le nom vulgaire de mort aux rats^ on l'emploie pour la destruction de
quelques animaux nuisibles. L'acide arsénieux est fréquemment utilisé, dans la teinture,
comme mordant; ajouté au verre, il le rend plus brillant; et, combiné avec l'oxyde de
cuivre, il produit une belle couleur verte, mise en usage dans la fabrication des papiers
peints<
MiiiEBAis DB COBALT. — Deux mincrais, le cobalt arténio-sulfuré et le cobalt arsenical^
fournissent, par sublimation, l'oxyde de cobalt qu'on emploie à la fabrication du smalt.
Le smtdlf réduit en poudre impalpable, sert à colorer en bleu le cristal et la porcelaine.
Certains vases à fleurs, d'un bleu foncé, ne contiennent qu'une faible quantité de amalt, ce
qui peut en faire apprécier la force colorante. Le smalt le plus fin s'emploie pour rehausser
la blancheur naturelle des papiers, des toiles, des fils, etc. Malheureusement, cette belle
substance ne se délaye point dans l'huile, ce qui prive la peinture des ressources qu'on
pourrait tirer de cette couleur; mais on doit à M. Tbénard un très-beau bleu qui porte le
nom de ce célèbre chimiste, et qui ne présente pas le même inconvénient. On l'obtient en
■lAlant des dissolutions d'alun et de cobalt, en précipitant par le carbonate de soude et en
calcinant.
. Diverses préparations de cobalt servent à fabriquer des encres sympathiques, au moyen
desquelles les bateleurs exploitent si souvent la crédulité publique. Ils s'en servent pour
tracer sur des billets blancs, distribués à prix d'argent, des caractères d'abord invisibles, mais
qui, soumis à l'action d'une chaleur modérée, apparaissent bientôt, exprimant quelque
sentence banale assortie à l'âge, au sexe et à la position présumée des badauds ébahis.
Minerais db MANOAiiàsB. — Le peroxyde de manganèse s'exploite avec activité. On s'en
sert dans les verreries pour purifier le verre blanc des teintes jaunes et vertes que lui
communique le protoxyde de fer. On en consomme des masses énormes pour la prépara-
tion du chlore et de l'eau de javelle, matières très-utiles dans les fabriques de toiles peintes
et dans les blanchisseries. On s'en sert aussi dans les laboratoires pour se procurer de
l'oxygène.
Mi.'fERAis DE cuROMB. — C'est avcc l'oxyde de chrome qu'on colore èri vert' très-foncé
.77 INTROniCTlON 7S
toutes les matières vilreuses, telles que cristal, strass, émaui, etc. Les minerais de chrome
serrent à préparer des chromâtes jaunes de potasse et de plomb qui sont d'un grand usage
dans la peinture à lliuile ainsi que dans la teinture, caisses des Toitures, etc. (Autriche,
Suède.}
I Mimeajos de kickel. — Le minerais le plus abondant est Yarséniure de nickel. A Tétat
métallique, on le combine avec le zinc et le cuiyre pour obtenir le maittechort , dont on
fabrique un grand nombre d*ustensiles culinaires, des couverts, etc.
Ici se termine rénumération des substances métallifères utiles. Comme conclusion,
disons quelques mots du plan et des Tues pleines de bienveillance que Ton ne peut mé-
connaître dans la disposition et Tarrangement des dépôts minéraux les plus nécessaires à
l'homme. Les veines ou filons métalliques nous en offrent un eiemple remarquable. Ce
sont des fissures ou fentes étroites, irrégulières, obliques ou verticales, qui partent de
|»rofbndeurs inconnues et se montrent fréquemment et presque exclusivement dans les
roches primitives et transitaires. Ces fissures sont remplies d'abondants minerais. Quelle
que soit la valeur des diverses hypothèses que Ton a proposées pour expliquer la formation
des précieuses richesses contenues dàûB ces filons, les avantages qui résultent pour l'homme
de leurs dispositions n'en sont pas moins évidents et les desseins providentiels du Créateur
moins visibles.
Les métaux sont les principaux instruments de la civilisation ; il était donc (Tune haute
importance pour l*homme qu'ils fussent accessibles à son industrie ; le mécanisme des
filons remplit parfaitement ce but. Les métaux ne sont point répandus dans les terrains de
tontes les formations où ils eussent nui à l'agriculture et à la végétation ; ils ne sont point
épars et disséminés dans la substance même des couches d'où leur extraction eût exigé
des frais considérables ; mais le souverain Ordonnateur de toutes choses leur a assigné
des réservoirs particuliers où ils sont répartis suivant des proportions relatives, à l'abri
d*un gaspillage imprévoyant et de l'action désorganisatrice des agents naturels , en même
temps que les obstacles qui environnent leur recherche sont autant d*aiguillons pour l'in-
dustrie de l'homme et pour Teiercice de son génie.
La sagesse du Créateur et des vues pleines de bonté pour l'espèce humaine se manifes*
teni encore par l'arrangement et la nature des matériaux dont se compose la surface du
globe, principalement dans la disposition des couches secondaires et tertiaires, qui, malgré
un apparent désordre dans leur formation , n'en présentent pas moins les conditions les
plus avantageuses au travail et à la culture. Aussi est-ce sur ces terrains que se sont éta-
blies les sociétés les plus populeuses et les plus civilisées. La Providence a relevé dans
les montagnes d'un difficile accès pour l'homme, les roches granitiques et stériles, tandis
que, par le mécanisme des masses d'eau en mouvement, elle a étendu en plaines fécondes,
les matériaux des différentes couches dont le mélange en proportions diverses favorise
iwiaaammfinf le développement des productions végétales si nécessaires à l'existence de
rbomme H des animaux. Les agents atmosphériques, par les alternatives incessant s de la
chaleur et du froid, de l'humidité et de la sécheresse, ont désagrégé, pulvérisé la subs-
tance des roches les plus dures, et l'ont convertie en un sol où circulent des principes
de fertilité, d'abondants éléments de nutrition qui développent et multiplient à la surface
de la terre, ces plantes innombrables qui la couvrent et qui en font la richesse et le plus
bel ornement.
Supposez que la croûte terrestre ait reçu un arrangement moins complexe dans la
disposition des matériaux qui la composent : donnez, par exemple* à la terre une surface
homogène de granit, ou enfermez son noyau dans une série d'enveloppes concentriques
de roches stratifiées; alors une seule de ces enveloppes sera accessible à l'homme, et il
n'y aura plus de ces mélanges de calcaire, d'argile, de grès, etc., qui, dans le système de
coordination actuelle, contribuent si puissamment à la beauté, à la fertilité, à la richesse
du globe terrestre; de plus, le sel gemme, les divers combustibles et tous les minerais se
trouveront relégués à des profondeurs inaccessibles , et l'homme sera ainsi privé de tous
trésors d'un prix inestimable pour l'industrie et la civilisation.
79 DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE. « SO
Ne nous hAtons pas d*accuser de désordre et de confusion Tceuvre du Créateur ; c*est
notre esprit qu'il faut accuser d'ignorance et d'étroitesse ; ces désordres ne sont qu'appa*
rents , et une étude plus approfondie des phénomènes qui nous paraissent même les plus
désordonnés, nous les fait bientôt reconnaître comme des lois générales ayant leur prin-
cipe dans une sagesse et dans une prévoyance infinies, et produisant pour résultat défi-
nitif une grande somme totale de biens.
Ainsi « la terre, jusque du plus bas de ses fondements, se joint aux chœurs des globes
célestes qui roulent dans l'immensité de l'espace pour proclamer la gloire et chanter les
louanges du Dieu qui les créa, du Dieu qui les conserve ; et la voix de la religion naturelle
mêle ses harmonieux accords aux témoignages de la révélation, pour nous dire que l'uni-
vers a pris son origine dans la volonté d'une intelligence unique, étemelle et placée au-
dessus de toute intelligence, Seigneur tout-puissant et suprême Cause première de tout
ce qui existe (9) . »
Nous avons adopté dans ce Dictionnaire la classification des terrains et de leurs étages
présentée par un des plus éminents paléontologistes de notre époque, M. Aie. d'Orbigny;
en voici le tableau dressé par lui-même.
ROCHES SËDIMENTAIRES STRATIFIÉES.
PÉRIODES OU TERRAWS.
C PÉRIODE. CONTEMPORAINE.
5* PÉRIODE.
TERTIAIRE.
i* PÉR10RS.
CRETACEE.
3* PÉRIODE.
JURASSIQUE.
S' PÉRIODE.
TRIASIQUE.
I
ÉTACES.
Ëpoqoe actuelle.
27. Subapennin.
26. Falunien.
2S. Parisien.
24. Suessonien.
23. Danien.
22. Sénortien.
21. Turonîen.
20. Cénomanien.
19. Albien.
48. Aptien.
47. Neoconiien.
46. Portlandien.
45. Kimméridgien.
44. Corallien.
43. Oxfordien.
42. Callovien.
41. Baihonien.
40. Bajoclen.
9. Toarcien.
8. Liasien.
7. Sinémurien.
6. Salifërieo.
5. CoDchylien.
4"PÉRI0DE.
PALEOZOIQUE.
4. Permlen.
3. Carboniférien.
2. Devonien.
!. Silurien. | Supéncur.
( Inférieur.
AZOIQUE.
(Groupe des talcites
Groupe des niicacltes.
Groupe des gneiss.
ROCHES PLUTONIQUES.
NOM STRATIFIÉES.
Amphigénite.
Péridolite.
Basalte.
Basanile.
Dolérite.
Tracbyle.
Leucostite.
Phonolile.
Mimosite.
Minosiie.
Porphyres pyroxëniques.
Basalte?
\
Porphyres pyroxéniqufi.
Granit ?
Syénite?
Porphyres argiloîdes.
Lherzolite.
Granit?
Syénite ?
Poiphyre pétrosiliceux.
Ophite.
Aphanite.
Ophilcn''.
Porphyre protogynique.
Porphyre dioritique.
Porphyre pyromeride.
Porphyre syénj tique.
Syénite.
Granit.
Serpentine..
Diorite.
Syénite.
Armoplianlitc.
Pegmatite.
Granit.
^9) BucKLAifD, Céoi et tnîo.y «te., p. 525.
DICTIONNAIRE
DE COSMOGONIE ET DE PALÉONTOLOGIE
A
ABAISSEMENT du fond de là ver, son
influence sur la distribution des animaux
terrestres fossiles. Voy. Animaux marins.
ACCROISSEMENT des coquilles. Yoy.
MOLLCSQUES.
ACÉPHALES. Voy, Lamellibranches.
AFFLUENTS TERRESTRES. Yoy. Cou-
ches SÂDIMENTAIRES.
ALBIEN (ÉTAGE) , le troisième de la
période crétacée, et le dix-neuvième de
réchelle totale des terrains. — Albien est
dérivé du latin Alba^ Aube» rivière qui
donne son nom au département de rAube,
où ce terrain offre le plus beau développe-
ment. C^est aussi le gauHf le gris vert supé-
rieur^ la glauconie sableusej etc.
Cet étage, comme le précédent (Taptien),
se trouve très-développé dans les bassins
anglo-parisien et méaiterranéen en France,
en Angleterre et en Piémont. Autour du
bassin anglo-parisien , Télage repose en
couches concordantes immédiatement sur
Tétage aptien, dans la partie orientale, de-
f mis le déparlement de la Haute-Marne, de
'Aube, jusque dans l'Yonne, dans une exten-
sion de 1^0 Kilomètres environ. Une concor-
dance identique existe dans le pays de Bray,
et il paraît en être de même sur presque tous
les points où se développe l'étage albien,
en Angleterre, comme à 1 ile de Wight, etc.
Ces faits sont suffisants , nous le pensons,
pour proAver que l'étage albien a succédé
régulièrement, dans Tordre chronologique,
à j étage aptien.
I Dans les parties où l'étajge est en place, soit
dans la Haute-Marne, soit dans l'Aube, soit
enfin à Saint-Florentin (Yonne), nous trou-
Tons une épaisseur variable de 25 à kO mè-
tres« tant en grès qu'en argile. En Angle-
terre, on lui reconnaît jusqu à &6 mètres de
puissance.
Perturbation finale. — Nous croyons trou-
Terdans le plus grand nombre de points où
les fossiles de Tétase albien ont été rema-
niés à Tétat fossile, les dernières traces du
mouvement des eaux qui s'est fait sentir
entre la fin de Tétage albien et le commen-
eemenf de l'étage cénomanien Entrons dans
quelques détails à cet égard. Les étages néo-
oomien , aptien et albien n'ont pas de re-
présentants dans tout le bassin pyrénéen et
sur tous les points du massif breton, depuis
la Loire jusqu'aux côtes du Calvados. Les
mers crétacées ont donc dû, sur ces vastes
points , être bornées par la surélévation des
terrains jurassiques ; mais comme on trouve,
sur tous ces points, au contraire, des dépôts
de l'étage cénomanien , on doit naturelle-
ment en conclure que l'étage albien a été
interrompu par un affaissement considéra-
ble de tout le massif breton et du bassin
pyrénéen tout entier, qui a permis aux
mers cénomaniennes de les envanir : dislo-
cation à laquelle nous attribuons le mor-
cellement et le remaniement presque gé-
néral des couches de Tétage albien sur
presque tous les points où nous les con-
naissons.
Caractères paléontologiques. — La faune
de l'étage albien commence à changer d*as-
f)ect;e]le se rapproche bien encore de la
aune néocomienne, mais déjà un grand nom-
bre de genres y manquent; d autres ne
montrent plus que quelques espèces isolées,
et un assez grand nomore de formes nou-
velles viennent la compliquer. Les ammo-
nites , qui dominent, ont la partie externe
en quille tranchante, ou les côtes interrom-
{)ues sur le milieu du dos. Les caractères dif-
ërentiels de la faune sont les suivants :
Pour distinguer l'étage albien de l'étage
aptien, outre les deux genres nés et morts
dans ce dernier, nous avons les deux senres
suivants, qui s'éteignent encore dans i étage
aptien, sans passer à celui-ci. Parmi les cé-
Enalopodes, le genre toxoceras; parmi les
rachiopodes, le genre orbicuhldea.
Les limites négatives supérieures que nous
avons entre 1 étage albien et l'étage céno-
manien sont marquées par cinquante-six
genres qui, encore inconnus dans ta période
albienne, commencent à se montrer dans la
période cénomanienne seulement. Nous au-
rions , dès lors , 60 senres pouvant donner
des limites stratigraphiques négatives.
Les genres qui, inconnus aux étages infé-
rieurs , naissent avec l'étage albien. pour-
ront donner des caractères positifs, pour le
distinguer des éi)oques antérieures. Ces
genres sont au nombre de 17.
De ces genres, ceux qui naissent et meu-
rent dans l'étage qui nous occupe peuvent
donner des caractères positifs pour le dis-
tinguer de l'époque cénomanienne, où ils ne
remontent pas. Ces genres sont au nom^
bre de 3 : parmi les gastéropodes, le genre
bellerophina; parmi les bryozoaires, le genre
echinopora; parmi leséchinodermes, le genre
hemidtadema. Nous y joindrons les genres
crioceras^ toxaster^ amblocyathus^ également
éteints d&ns cet étage.
Sans compter les animaux vertébrés et ar-
ticulés, nous connaissons, en animaux mol-
lusques et rayonnes, seulement, i^lO espèces.
ss
AtfM
DICTIONNAIRE DE COSMOGONrC
AMM
81
Sur ce nombre, une s'est rencontrée dans Té-
tage aptien et 7 ont été recueil lies dans l'étage
cénomanien, où elles ont été certainement
transportées à Tétat frais ou à Télat fossile.
II reste M2 espèces comme caractéristiques
de la faune de Tétage albien pouvant en faire
reconnaître les différents faciès sous toutes
ses formes minéraio^ques actuelles.
Chronologie historique. — La perturbation
finale de l'étage aptien a détruit les k genres
Jue nous voyons cesser d'exister avec cette
poque, en même temps que les 155 espèces
d animaux mollusques et rayonnes de cet
étage. Lorsque le reposa remplacé l'agitation,
sent nés, avec l'étage albien, 17 genres de tou-
tes les classes et 409 espèces seulement
parmi les animaux mollusques et rayonnes.
Les mers albiennes ont les mêmes cir-
conscriptions générales qu'aux deux étages
Précédents, à ces seules exceptions près, que
intervalle du bassin anglo-parisien compris
entre la Haute-Marne et le département du
Pas-de-Calais, jusqu'alors étranger aux dé-
pôts crétacés, nous montre l'étage albien; ce
Îuî prouverait que la mer, crétacée par suite
'un affaissement, se serait avancée vers le
noxd pendant cette période.
Les continents ont subi les conséguences
de ces petits changements. Ils ont diminué,
au norfdù bassin anglo-parisien, delà partie
envahie par la mer, et des quelques points
(■liés dans le bassin méditerranéen ; taudis
Su'ils ont, au contraire, gagné une portion
ans les Alpes françaises comprises entre
le Var et l'Isère. Au continent de l'Amérique
méridionale s'est encore joint, à l'extrémité
sud, la surélévation du système fuégien,
occupant la Terre de Feu.
Nous ne connaissons encore aucun des
animaux terrestres qui devaient exister à
cette époque. Nous n'avons d*autres traces
(10) Ainsi Tune des premières espèces que Ton
rencontre , rammonite de Henslow ne se montre
plus après les formations de transition ; rammonite
a nœuds {A, nodoêut) commence et finit d'exister en
même temps que le muschel-kaik. Il y a encore d*an-
tres espèces et d'autres genres d^ammonites qui ont
de même commencé et fini en même temps que cer-
tains terrains stratifiés des formations ooliliaues et
crétacées; telle est l'ammonite de Bucklànd, qui
appartient en entier au lias; Tammonite de Goodhall
des végétaux que les nombreux débris de
bois fossiles qu'on rencontre sur tous les
points des dépôts littoraux de cette époouet
et les plantes terrestres suivantes: Fougères^
protopteris Buvignieri 9 Br., de Grandpré;
' Conifères : abietiies oblongus^ Lindk, Lyme*
Begis , Grandpré.
Les o.«ci Hâtions ne sont marquées que par
la conservation des points côtiers.
Quant à la perturbation finale qui a mis
fin à cet étage, elle est marquée par des
discordances d'isolement et de dénudation,
détermi nées par un affaissement considérable
au sud-ouest de la France, qui a permis
l'envahissement , par la mer crétacée, d'une
partie du massif breton , et de tout le bassin
pyrénéen, mouvement qui a déterminé le
remaniement des fossiles et les dépôts de
sables supérieurs : ainsi rien ne manque à
cet étage, les causes et les effets, pour ex-
pliquer les limites de la faune.
ALLUVIONS. Voy, Couches sÉoiMEimi-
BRS, art. IL
Alluvions fluvio-terrestres, ibid.
ALPES, à quelle époque elles se sont soûle-
vées, — Foy. Subapennin.
ALUMINE, son rôle dans la constitution
delà terre.-' Voy. Matières élémentaiass du
globe terrestre.
AMMONITES. — On appelle ainsi un genre
de mollusques de l'ordre des céphalopodes à
coquilles cloisonnées. On rencontre les am-
monites dans toute la série des formations
fossilifères, depuis les couches de transition
jusqu'à la craie inclusivement. M. Brochant»
dans sa traduction du Manuel de géologie de
De la Bêche, en compte 270 espèces, qui dif-
fèrent suivant l'flge des couches où on les
trt)uve (10) et qui varient qiiant à leur taille,
depuis une ligne jusqu'à plus de quatre
pieds en diamètre (11).
an sable vert, et Vammonite rusticus à la craie. Il
y a bien peu d'espèces, si même il en existe de telles,
qui se montrent dans toute rétendue delà période se-
condaire, ou qui soient passées de la période de
transition dans la période secondaira.
Nous prenons dans un ouvraoe dn professeur
Ptiilips (bKi'de 10 Geolo^^ 1854, p. 77) le tableau sui-
vant de la distribution des ammonites, dans les
verses formalioub géologiques :
socs GRNRE9 D*AIIU0NrTE9.
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VIVANTES.
Dans les t ucliet tertbirei.
Dai^s le système créticé.
Daqa le syatètne ooiiUti(|u«.
Dana le syaiène salifère.
Dans le «îiilèine carbonifère.
pans lei lerraius stratifiés prlmiiiros (a). 17
c On sentira facilement combien Pétude des am-
nio nites est importante |>our la solution des questions
qui ont trait à Fantiqùité relative des roches stra-
liliées puisque chacun de leurs groupes raractérise
qu elque svstéme de roches, i (Philips, Guide to Geo-
iogy ; in-8% 1854, sect. 82.)
(11) Suivant M. Sowerby (Concliyiiologie miné-
ia) Nous désignoDs ici sous le nom do prlnaires les couches qui occupent la région la plw» bass* de b
de iraositioD.
O
•>
S
rfl/«, t. IV, p. 79 et p. 81), et suivant M. MantrH,
les ammonites de la craie ont un diamètre de trois
pieds. Sir T. Harvey et M. Kekh Milnes ont mesuré
des ammonites de la craie des environs de Margate,
d'un diamètre de quatre pieds, dans des circonsun-
ces où ce diamètre n'a pu être accru que lrcs-pe«
par la pression qui grêlait exercée sur ia coquille.
.*.*:•■*
M
ÀltM
£T DE PALEONTOLOGIE.
AMII
m
Il est inutile que nous nous livrions ici à
les dissertations spéeulatives sur les causes
ihysiques ou sur les causes finales de ces
'urieux changements dans les espèces de cet
'rdre* le plus élevé des mollusques qui ha-
ntaient les mers aux époques les plus recu-
lées» ou durant le moyen âge de la chronolo-
K'e géologique ; mais la symétrie exquise,
beauté, la délicatesse de structure qui se
montrent dans tous les arrangements divers
qu'offrent leurs quelques centaines d'esf^è-
ces, ne nous permettent aucunement de d u-
ter qu*un plan primitif et une intelligi? ce
suprême n aient présidé à leur construction,
bien que nous ne j)uissions pas toujours ren-^
dre compte du rôle que joue en particulier
chacun de leurs moindres détails dans Tar-
rangement que prennent des parties qui de-
meurent fondamentalement les mêmes.
Nous trouvons dans la distribution géo-
graphique des. ammonites ce même fait de
aiffuiion universelle qui se reproduit si fré-
quemment parmi les animaux et les végér
taux appartenant à la condition ancienne de
notre globe, et qui diffère d*une manière si
remarauable de la localisation^ qui est un
fait prédominant parmi les formes actuelles
de la vie. Les mêmes genres , et, dans quel-
ques las, les mêmes espèces d*ammonites,
se montrent dans des couches qui parais-
sent être du même âge, non-seulement dans
toute rétendue de l'Europe : mais aussi sur
des points éloignés de l'Asie et des deux
Amériques (12).
Nous tirerons de là cette conclusion que,
pendant la durée des périodes secondaire
et de transition, les mêmes espèces se dis-
tribuaient d'une manière plus générale que
de nos jours sur les points du globe les plus
distants entre eux.
Une ammonite , de même qu'un nautilei.
(IS) 1.6 docteur Gérard a découvert dans les monts
Himalaya, i une hauteur de i 6,000 pieds, cer-
taines espèces d'ammonites, telle que 1*^4. Wal€0ii et
TA, rvmmvirM, qui sont identiques avec les mêmes
capéeet du lias de M. Wbitby et de Lyme-Regis.
11 a trouvé aussi sur les mêmes points de TUimalaya
plusieurs espèces de hélemnites , en même temps
que des térebralules et d*autres biyaKes que Ton
rencontre dans Toolithe de TAngleterre. Il est donc
éublique le lias et Toolithe existent dans ce point du
globe si baut et si éloigné. lia recueilli aussi dans les
mêmes montagnes des coquilles, des genres spirifère,
productus et terébratuie» qui se rencontrent dans les
lormaUons de transition de l^u.rope et de TAmérique,
Le sable vert du New-Jersey, de même que celui
de rAngleterre,. renferme des ammonites mêlées à
des bamites et à des scaphites; et le capitaine
Beechey a trouvé 9vec le lieutenant Belcber, des am-
monites sur l^ côtes du Cbili, à 36« de latitude sud
dans des falaises près de la Conception. On voit un
fragment de Tune de ces ammonites conservé dans
k musée de Tbôpital de Hasler, à Gasport.
M. Sowcrby possède des coquilles fossiles du
Brésil qui ressemblent à celles de FooUte inférieur
de TAngleterre,
(13) Cuvier a cité la petitesse de la chambre ei-
lérieure, où ranimai a son domicile, comme confir-
mant ropinion que les ammonites étaient, ainsi que
les spirales, des conuilles internes ; mais cet argu-
9001 repose probablement sur l'observation d'cclian-
se compose de trois parties essentielles :
1* d*une coquille externe, ordinairement de
forme discoïdale aplatie et à surface renfor-
cée et ornée par des côtes; 2* d*une série de
chambres aériennes internes, formées par
des cloisons transversales qui partagent 1 in-
térieur de la coquille; 3* d'un siphon on
tube, qui part du Tond de la dernière cham«-
bre, et qui traverse toute la série des cham-
bres aériennes. On trouve dans chacune de
ces parties des preuves d*arrangements mé-
caniques disposés pour un but, et par con-
séquent de 1 existence d*uu plan ; et je vais
essayer d'en esquisser quelques-unes.
Coquille externe. — La place qu'occupaient
les coquilles des ammonites, et l'utilité dont
elles étaient à l'animal, sont des points qui
ont grandement attiré l'attention des géoio-
sues et de.s conch^liologistes. Guidés par
Tes analogies qui existent entre ces animaux
et les spirales, Cuvier et Lamarck ont pensé
que les ammonites étaient des coquilles in-
ternes (13). 11 7 a pourtant d'excellentes raio
sons de croire que ce sont là des coquilles
entièrement externes, et dans lesquelles
l'animal avait une position tout à fait ana-
logue à celle qu'occupe dans la sienne le
mollusque du nautilus-pompilius.
Ainsi que l'a fait voir M. de L^ 9èche, il
est démontré, par l'état minéral de la cham-
bre antérieure chez plusieurs ammoqites du
lias de Lyme-Reçls, que le corps tout entrer
de l'animal y était renfermé, et que ces mol-
lusques furent détruits soudainement , ef
ensevelis dans le sédiment vaseux qui a
formé le lias, avant que leurs corps fussent
tombés en décomposition ou qu*ils eussent
été dévorés par les crustacés carnivorea
qui abondaient à cette époque au fosid dos
QiQrs (li).
Comme ces coquilles avajent h remplir 1^
tlllons incomplets, U est rare que Von rencontre !i
chambre externe des ammonites dans un état par-
lait de conservation; mais lorsque oela a lieu, on voit
qu'elle est au moins aussi vaste oue celle du nautile
par rapport à tout i*ensemble de la coquille. Elle oc-
cupe souvent plus de la moitié du dernier tour de
spire, et quelquefois même ce tour tout entier. Cette
chambre ouverte à Textérieur n'est pas mince et
faible comme Test, dans la spirale, la longue cham-
bre antérieure qui est logée dans le corps de rani-
mai qui produit cette coquille; mais son épaisseur
estpres(iue la même que celle des chambres fermées
qui la precèdent.
En outre, le bord de l'ammonite adulte est, dans
plusieurs espèces , roulé eu une sorte de volute^ de
la même manière que le bord épaissi de la coquiHe
du limaçon des jardins. Cette disposition parait
avoir pour but de donner h cette partie i^n surcroît
de solidité, qui selon toute probabilité ser^ti^ superflu
dans une coquille interne.
L'existence d'épines dans certaines espèees (A.
armatuSf A, Sowerbu) est d'un argument puissant
contre l'opinion que ç^auraient été des coquilles in-
ternes. Ces épines, qui sur une coquille externe eussent
été d*excellents moyens de défense, nous paraissent
sans utilité , et peut-être même nuisibles, dès. que
nous les supposons associées à une coquille interne;
et nous n'en avons d*exempie dans aucune ite or^
ganisations que nous avons été à portée d'étvater,
(14) Dans les ammonites donLil fest Ici -quelKou*
S7
AMM
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
UM
8S
double oflke/l*uno armure défensive et d*un
flotteur, elles de?Meat réunir la double con*
diUon de la légèreté et de la solidité : elles
devaient être légères pour venir Ûotter à la
surface des eaui; elles devaient être solides,
pour supporter la pression à laquelle elles
étaient soumises lorsque Tanimal descendait
au fonllde la mer. Aussi trouvons-nous ces
deux conditions remplies par la disposition
admirablement calculée que prennent les
matériaux qui entrent dans leur composition.
En premier lieu, la coquille entière forme
une arcade ou une voûte continue et roulée
en spirale autour d*elle-mème, de façon que
chaque tour externe s*appuie par sa base sur
le sommet du tour intérieur qui le précède,
et qu'ainsi la carène ou la face dorsale est
calculée pour offrir à la pression extérieure
la même résistance qu'oure la coijuille d'un
ceuf à une pression agissant dans le sens de
^n plus grand diamètre.
Ou'.re cette disposition en arcade continue,
la coquille en offre une seconde, qui est
pour elle un principe de solidité, dans Texis-
tence de côtes ou arcades tranversales qui
donnent à plusieurs de leurs espèces leurs
traits caractéristiques les plus importants,
et qui les embellissent toutes de ce genre de
beauté particulier qui résulte constamment
de la répétion symétrique de courbes spi-
rales en série.
L'accroissement de force que pro«iuit cette
disposition des côtes à la surface de la co-
JuiUe est une conséquence d*un principe
ont l'application est fréquente dans les œu-
vres de 1 art humain. Je veux parler de ce
principe diaprés lequel une feuille mince de
métal s*accroit considérablement en force et
en résistance si on lui donne une surface
ridée ou couverte de cannelures. Un porte-
crayon ordinaire cannelé offrira beaucoup
plus de résistance qu'un tube simple où en-
trerait la même quantité de malièro; et les
moules d'étain ou de cuivre qu'emploie l'art
de la pâtisserie reçoivent un accroissement
de force considérable des bosselures et des
cannelures dont leur surface ou leurs bords
la partie la plus antérieure de la première grande
chambre qui servait de logement a ranimai n*est
re^iplic de substance pierreuse que jusqu'à une pro-
fondeur peu considérable; le reste de la cavité de
cette chambre, est rempli par un spath calcaire brun,
qui, d*aprcs le docteur Prout, ne doit sa couleur
qu'a la présence d'une matière animale, tandis qu*au
contraire les chambres aériennes internes et le siphon
sont o«:cupcs par du spath calcaire pur et blanc.
Ainsi l'espace où se voit le spath calcaire brun dans
la chambre antérieure représente celui qu'occupait
le corps de Taiiimal après qu'il se fut retiré dans sa
coquille au moment de sa mort, en laissant vide la
portion de la chambre où s'est introduit le sédiment
vaseux dans lequel la coquille se trouva ensevelie.
Buckland dit qu'il a en sa possession plusieurs
échantillons de r^t. commnm» du lias de Whitby,
dans lesquels la portion de ta chambre externe aîjisi
remplie par le spath calcaire occupe presque le der-
nier tour de spire tout entier , soii extrémité la plus
ouverte ayant seule admis la matière du lias. Nuiis
' pouvons conclure de la connaissance de ces sortes
d*échaotilloii^ que Tanimai qui habitait les ainmo*
Dites ne posscJait pas de rés€i vuir d*encrc. Si çii çf-
sont couverts. On a employé depuis peu des
lames minces de fer cannelé pour en cons-
truire des toitures se soutenant d'elles-mê-
mes, et où les cannelures du fer remplissent
Toffice de poutres et de chevrons; cest en-
core là une application du principe qui a
présidé à la construction des coouilles voû-
tées des ammonites. Dans tous les cas que
nous venons de citer, la combinaison des
câtes, ou portions soulevées, avec les can-
nelures, ou portions enfoncées, donnent au
métal ou à la coquille Taccroissement de
force que la mécanique sait tirer des cour-
bes bien calculées, sans que leur poids en
soit beaucoup accru.
Quant au principe qui a présidé à la divi*
siôn et à la subdivision des côtes, dans le
but de multiplier les supports de la voûte à
mesure que celle-ci prend de l'accroisse-
ment en surface, c'est le même qui guidait
les architectes des monuments gothiques,
lorsqu'ils soutenaient par des côtes sail-
lantes les voûtes aplaties surbaissées qu'ils
employaient dans leur sublime architecture.
Dans plusieurs espèces d'ainmonites, on
voit une autre disposition destinée à accroî-
tre encore leur solidité : cette disposition
consiste en ce que certaines portions des
côtes se soulèvent en forme de petits dômes
arrondis, de telle fagon que, sur tous les
J joints où se voient ces tubercules ou bosse-
uresj la solidité du dôme s'ajoute \ celle do
la voûte simple. On voit de semblables dis-
positions dans les voûtes gothiques, sur les
points d'intersection des côtes gui les par-
courent; mais celles ^es ammonites sont en-
core d'un effet beaucoup plus complet pour
produire un accroissement de fol-ce (i5). Ce
sont en effet autant de petites voûtes ou de
petits dômes ; et on les observe d'ordiifiaire
sur les points extérieurs de la coquille qui
tie sont pas supportés immédiatement par
les cloisons transversales internes (16).
Plusieurs genres de coquilles cloisonnées»
voisines des ammonites, offrent de sembla-
bles tubercules qui ont pour effet de les
rendre plus solides, aussi bien que d'ajouter
fet un tel organe eât existé, on eti retrouvé des tra-
ces de la couleur qu*il contenait, dans Tintérieur de
la cavité où se retira le corps de Tanimal au mo-
ment de sa mort. La protection qu'il trouvait dans
sa coquille lui rendait probablement ce moyen de
défense inutile.
(15) Dans les voûtes, c*est à la surface inférieure
que 3*observent les càtei et les bosêeiures ; dans les
ammonites, au contraire, c*est à la surface supé-
rieure et convexe.
(i6) Dans Vamm. tarians^ les cètes diffèrent pour
la force, et les proportions des tubercules varient
également ; mais ces grands tubercules qui naissent
sur les cétes transversales constituent sur toute re-
tendue de la coquille une triple série; chaque côte
Ercnd naissance dans un petit tubercule voisin du
ord interne. A peu de distance en dehors, se voit
un second tubercule plus grand » à partir duquel ia
côte se bifurque, et eltaconé des branches va se ter-
miner dans un troisième tubercule, sur la face dor-
sale de la coquille.
ÎMusieurs espèces ont en outre une crctc qui sa
prolonge dans tonte la longueur du dos de la ccnjuillr,
immédiatement au-dcscus du sipl on, et qui daii>
89
AMM
ET DE PALEONTOLOGiE.
AMM
90
à la beauté de leurs formes extérieures.
Dans tous ces exemples, nous voyons une
sa)2;esse pleine de luxe et de prodigalité, en
même temps que de tempérance et d*écono^
mie, ne distribuer qu*avec épargne les sup-
f^orts internes aux portions qui tirent de
eur forme extérieure une solidité suffisante,
en même temps qu'elle les prodigue à celles
qui, dépourvues de ces supports, n'eussent
f»as trouvé ailleurs des ressources contre
'écrasement,
w Les formes et la sculpture de la coquille
externe nous offrent des variations en nom*
bre inOni; et les supports internes ne se
distribuent pas suivant des arrangements
moins admirablement variés, et dans les-
quels se combinent tout à la fois l'utilité et
la beauté architecturales. Les côtes se mul«-
tiplient aussi de mille façons diverses, à
mesure que l'espace qu'elles occupent en
s'accroissant , exige des supports d'une
force supérieure ; et elles s'ornent de tuber-
cules et de dômes en plus grand nombre,
à mesure qu'une force plus grande leur de-
rien t nécessaire.
Cloisons transversales. — Chambres aérien^
nés. — On comprendra mieux l'usage des cham-
bres aériennes internes, en se reportant aux
figures, dans lesquelles les cloisons transver-
sales ont été partagées en deux parties égales
I)ar une section faite sur leur ligne médiane,
à où leur courbure est la plus simple. A
mesure qu'on s'éloigne de cette ligne de
chaque côté, la courbure des cloisons devient
de plus en plus compliquée ; et les bords par
où elles se terminent dans la coquille exté-
rieure offrent les mêmes découpures, la même
structure foliacée que présente le limbe d'une
feuille de persil (17).
Dans plus de deux cents espèces connues
d*ammonites, les cloisons transversales of-
frent des modifications agréablement variées
de cette expansion foliacée de leurs bords;
et dans toutes, il est facile de voir que ces
plagieure cas parait destinée à remplir, par la ma-
nière dont elle fend les eaux, les foncuons d'une
guîbre ou d'une quille. Dans certaines espèces,
comnie dans Vammoniteê lautus, ou voit une quille
double, proJuite par un sillon profond qui règne sur
la face dorsale, et chacune de ces deux quilles est
rendue plus solide par une série de tubercules placés
il rextrémilé des côtes transversales. Dans Vammo^
m(et variatu^ où la quille est triple, les deux quilles
btérales sont fortiOees par des tubercules, et la
quille cf Dtrale n'est qu'une simple arcade convexe.
D'ans l'A. ealena, U faiblesse, quiserait une con-
séquence de la petitesse des cétes et de Taplatis-
scmcnt des faces latérales de la coquille, est com-
pensée par l'existence de dômes ou bosselures toutes
semblables. Les diverses portions aplaties de la co-
quille sont supportées par les bords des cloisons
transversales qui se distribuent dans tous les sens,
undis que les portions soulevées et renflées, tirant
de cette construction même une force suffisante,
n*oni. reçu aucun autre support. Comme le dos est
ttça'enient presque aplati, il est fortement soutenu par
des ramifications des cloisons internes.
(17) Le capitaine Smith a vu à <leux reprises dif-
férentes un tube cylindrique en cuivre, rempli d'air,
et filé au plomb d'une sonde d'une construction par-
ticulière, écrasé et romplciement aplati sous la pres-
disDositions ont un but constant, celui de
multiplier la résistance sur un grand nom-
bre de points de la surface interne. Nous sa*
vonsque lapression des eaux de la mer, même
à une profondeur peu considérable, peut
faire rentrer un bouchon dans l'intérieur
d'une bouteille remplie d'air; qu'un cylin-
dre ou une splière creuse en cuivre mince
sont écrasés ; et, comme les chambres aérien-
nes des ammonites ont à supporter des'pres-
sions pareilles au fond des eaux de la mer,
il était d'autant plus nécessaire qu'elles fus-
sent pourvues de quelque appareil spécial
destiné à les en préserver (17) que suivant la
plupart des zoologistes ces mollusques ont
vécu dans les grandes profondeurs des
mers (18).
Ici nous trouvons encore les procédés de
lart humain mis depuis longtemps en œuvre
parla nature ; ces supports, qui soutiennent
en dedans l'effort extérieur de Teau sur la
coquille des ammonites, rappellent, par leur
disposition, les étais transversaux qu'emploie
l'ingénieur pour soutenir l'arche en bois qui
doit supporter la voûte en pierre qu'il veut
construire.
Dans toute la famille des ammonites, ja-
mai^ ces su|)ports n'offrent la courbure sim-
ple que l'on observe dans les cloisons trans-
versales de la coquille du nautile ; et nous
trouvons une raison probable de cette diffé-
rence dans la minceur comparativement plus
Srande de la coauille externe chez la plupart
es premières. Il résultait de cette minceur
un besoin de supports internes que rendaient
inutiles l'épaisseur et la solidité de la co-
quille du nautile.
Pour fournir ces supports, les bords des
lames transversales, au lieu d'offrir une
courbure simple, se sont repliés en une va-
riété extrême de ramifications sinueuses et
de sutures ondulées.
Ces sinuosités et ces ondulations qu'of-
frent, dans certaines espëcesi les cloisons à
sien d'environ trois cents brassei d^ean. Une bou-
teille ordinaire ne contenant que de l'air, et bien
bouchée, est écrasée avant d'être parvenue à quatre
cents brasses de profondeur. Le même observateur
s'est assuré que si l'on remplit une bouteille avec de
l'eau douce, le bouchon sera refoulé dans l'intérieur
dés une profondeur d'environ cent quatre-vingts
brasses. Dans ce cas le liquide refoulé est remplacé
par de Teau salée, et il arrive parfois que le bouchon,
dont la résistance a été forcée, se trouve retourné
dans une position contraire à celle qu'il avait aupa-
ravant.
Le capitaine Beaiifort dît qu'il a souvent plongé
dans la mer, k plusUe cent brasses, des bouteilles,
les unes vides et d'autres remplies d*un liquide. L<'s
bouteilles vides étaient parfois écrasées; d^autres
fois le bouchon étaK chassé à l'intérieur, et elles rc*
venaient pleines d'eau de mer. Le bouchon db celles
qui contenaient un liquide était constamment re-
poussé il rintérieur; le liquide était remplacé par de
l'eau salée, et le bouchon se trouvait toujours de re-
tour dans le col de la bouteille, quelquefois retourné,
mais non dans tous les cas.
(18) Voyez Lamarck , quî sur ce point dfl9 en la
confirmant l'opinion de Bruguières, Anim smu wr*
tcbres, t. Vil, p. 635.
91
AMM
MCnœOSAIRE DE COSMOGONIE
n
leur jonction arec la coquille externe sont
d*une beauté remarquable ; elles en ornent
la surface d'un travail des plus gracieux,
rappelant des festons de feuillage, ou toutes
les délicatesses dune élégante broderie. Il
arrive parfois que ces cloisons minces se
sont converties en pyrite; et Ton dirait d*un
filigrane d*or se jouant au sein da spalh
transparent qui remplit les chambres de la
coquille (19).
La coquille de YAmmoniitê heierapkyl'
lus est un exemple admirable de la manière
dont la puissance mécanique de chacune des
cloisons transversales varie dans un rapport
exact avec la force ou la faiblesse des clivers
points de la coquille qui doivent être sup-
portés (19*).
Siphon, — 11 nous reste à étudier le mé-
canisme du siphon, de cet appareil hydrau-
li(|ue important à Taide duquel les ammo-
nites modifiaient à leur gré leur poids spé-
cifique. Le mode d'action de cet organe, et
la manière dont il admettait ou renvoyait le
fluide, paraissent avoir été les mêmes que
dans les nautiles.
Nous rencontrons donc en même temps
dans toute cette famille des ammonites et
des nautiles les mécanismes du siphon, si
admirables par leur délicatesse, et la réu-
nion invariable et systématique de la force
et de Ja légèreté dans les cavités aériennes.'
Ce sont là des preuves frappantes de Texis-
(19) VA. keteroph^Uut est ainsi nommée à caase
des lignes qui semblent dessiner à sa surface deux
formes distinctes de feuiUages. Le système de décou-
pure est le même que dans les autres ammonites,
mais les telle» secondaires ascendantes, toujours ar-
rondies dans les autres ammonites, sont ici plus al-
longées que d'ordinaire, et attirent Fattention plus
qu;; ni! le font les pointes descendantes des lobes.
i^es fi^j^nres que dessinent les bords de Tune des
cloisons transversales se montrent reproduites suc-
cessivement par toutes les autres. Et comme rani-
mai, à mesure quNl agrandit sa coquille, laisse der-
rière lui une chambre nouvelle plus vaste que la
précédente, il en résulte que les bords des cloisons
succesèives u*empiétent point les unes sur les autres
et ne s'encbe^'élrent jamais.
Malgré la complication apparente des dessins que
Ton observe dans cette ammonite, le nimbre des
cloisons n*est que de seize dans un seul tour de la
coquille ; et ici, comme dans presque tous les cas, la
Leauté et l'élégance de c>es sortes de guirlandes ne
connaissent pas d'autre cause que la répétition, à
des intervalles réguliers, d'un seul système symétri-
que de formes, système qui n'est autre que celui
que présente séparément le bord de chacune des
cloisons transversales. Aucune trace de ces dessins
ne se montre sur la surface externe de la coquille.
(19*) G*est ainsi que sur le dos ou carène de la
coquille, là où elle est étroite et où la voûte qu'elle
forme est la plus puissante, les intervalles qui sépa-
relit les cloisons sont plus grands que partout ail-
leurs, eC leurs sinuosités sont plus distantes entre
elles; mais aussitôt qu^ lt>s parois aplaties de la
même coquille viennent à prendre une forme qui
offre moins de résistance à la pression du dehors,
les sinuosités des cloisons inlenies se multiplient de
la même manière que dans une voûte gotiiique apla-
tie; les cotes so><t plus nombreuses et se distribuent
d'une manière |>lu» c:tmpl'.quée que dans les voûtes
en Oisive, plus rct^intantes vi plus simples de formes.
On Yo!t se m iltiplirr et s'etcnirc de la même ma-
tence d*un ordre et d'an plan que nous of-
frent ces débris des races éteintes qui habi-
tèrent les océans anciens ; et il faudrait qu*un
esprit fût bien étrangement organisé pour
qu'il pût contempler tant d'ordre et de mé-
thode dans les cenvres de la création sa^s
remonter à l'action directe, au commande-
ment suprême d'une haute intelligence.
Théorie de M. de Buch, — Indépendamment
des usages que nous avons attribués aux si*
nuosités des cloisons transversales des am-
monites» en les considérant comme des sup-
ports qui permettent à la coquille de soute-
nir Tenort eitérieur des eaux, M. de Buch
assigne aux lobes qui, par suite de cette dis-
position, entourent la base de la chambre
extérieure, un autre usage. Il les considère
comme les points d'attache qui servent à
l'animal pour se fixer plus solidement à la
coquille par le moyen de son manteau. Les
dispositions de ces lobes varient suivant les
diverses espèces d'ammonites, et l'illustre
savant a proposé d'établir sur les modifica-
tions qu'ils présentent les caractères spéci -
fiques de toutes les coquilles qui font partie
de cette grande famille (20).
Les fonctions qu'assigne M. de Buch aux
lobes des ammonites lorsqu'il les considère
comme servant à fixer la base du manteau
le long du bord des cloisons transversales,
ne contredisent en rien ce que nous avons
dit de l'utilité de ces mêmes lobes comme
nière les sinuosités suturâtes des cloisons internes
dans plusieurs autres espèces d'ammoniti^, dont les
faces latérales sont aplaties et exigent que leurs sup-
ports soient accrus d'une manière analogue, laLdts
aue dans les espèces qui tirent de bi forme circulaire
e leurs parois une solidité plus grande, les cloisons
n'offrent comparativement que des sinuosités peu
nombreuses.
11 est probable que Ton eût pu soutenir de la même
manière le tube cylindrique a air de la sonde dont
il a déjà été fait mention, destinée à descendre i de
grandes profondeurs , en y introduisant des lames
transversales construites d'après le même principe
que les cloisons internes des nautiles et des ammo-
nites, ou plutêt encore comme celles des orthocéra-
tites et des baculites.
(20) Le caractère le plus trancbéfqui sépare les
ammonites des nautiles, cVst la place qu'occupe le
siphon dans ces deux genres : dans les premiers, en
eifet, cet organe occupe cor.slamment la portion dor^
taie de la coquille», ce qui n*a jamais lieu dans les
seconds. Cette première différence essentielle en en-
traîne plusieurs autres. L'animal du nautile ayant
son sipnon Ç\\é d'ordinaire vers le etnîre , ou rap-
p'ocbe de la face ventrale des cloisons successives,
se t ouve lixé par conséquent au fond de la chambre
extérieure; ce fond est généralement concave, et la
lame transversale qui le constitue n'offre d'ordinaire
ni dentelures ni sinuosités. Dans les ammonites, au
contraire, le siphon étant proportionnellement étroil
et toujours placé vers la face dortale^ il suffit lieau-
coup moins que celui des nautiles à fixer le manteau
en place au fond de la chambre antérieure ; aussi cet
organe trouve-t-il un a'.itre mode de fixation dans les
dépressions nombreuses qu'off^re le bord de ki cloison
transversale, et d'où résulte une série considérable
de lobes sur la jonction de cette cloison avec la sur-
face interne de la coquille.
I^ plus intérieur de ces lobes, ou lobe ventral^ est
placé sur le bord interne de la coquille ; du c6té
opposé, et au lord extwne, est placé le lobettofscî
15
AMM
ET DE PALEONTOLOGIE.
AN!
n
snpports de la coquille externe contre la
pression des eaux à de grandes profondeurs.
Ces deux bienfaits, qui résultent simultané-
ment d'une seule et mènie disposition mé-
canique, ne font qu*aj[outer à 1 opinion que
nous nous sommes faite de son excellence,
et accroître notre admiration pour la haute
sagesse h laquelle elle doit son origine.
Conclusion. — En étudiant, comme nous
Tenons de le faire, les preuves d'un plan et
d'un dessein primitifs qui nous sont offertes
fiar les débris testacés de la famille des am-
monites, nous sommes arrivés à rencontrer
dans chaque espèce des témoignages nom-
breux de l'existence de mécanismes délicats
et spéciaux qui avaient pour but de faire de
la coquille tout à la fois un flotteur qui
soutenait l'animal au sein des eaux, et une
demeure qui protégeait son corps contra les
injures du dehors.
A mesure que l'animal s'accroissait en vo-
lume, et s'avançait vers rorifice extérieur de
la coquille, les espaces qu'il laissait derrière
lui se convertissaient successivement en de
nouvelles chambres aériennes, d'où résultait,
pour la coquille considérée comme flotteur,
un accroissement de puissance. Ce flotteur,
que dirigeait dans ses mouvements un tuyau
traversant la série tout entière des chambres
aériennes, était un instrument hydraulique
d'une extrême délicatesse qui permettait à l'a-
nimal de s'élever suivant son gréé la surface
des eaux, ou de descendre dans les profon-
deurs les plus grandes.
Des êtres créés pour flotter parfois au sein
des eaux, ne pouvaient être chargés d'une
coquille épaisse et lourde ; et comme, d'un
autre c6té, une coquille mince renfermant
de l'air eût cédé è des degrés différents d'une
))ression souvent intense des eaux profon-
des, nous trouvons, soit dans la construc-
tion mécanique de la coquille externe, soit
dans les cloisons intérieures qui constituent
les chambres aériennes, un ensemble de dis-
qnî embrasse le siphon et se trouve divise par cet
organe en deux bras divergents. En dessous des lo-
bes dorsaux se voient des iobes latéraux supérieure
sur chaque côté de la coquille; plus bas eneoi^, à
pen et aistance au-dessus du lobe ventral, les deux
Mtê latéraux inférieurs.
Les intervalles qui existent entre ces lobes constî-
laentdes échancrures ou sW/«s, où reposait et se fixait
leniauteaude Panimal au fond de la première chambre,
et ersseUes se distinguent de la même manière que les
liibes eux-mêmes. Celle qui partage les deux lobes
dorsal et latéral supérieur s^appeile selle dorsale; la
selle latérale j^rtagc les lobes latéraux supérieurs et
bléraux ioférieurs; enfin b selle verttrale est située
entre les deux \obe% ventral et latéral inférieur. On
retrouve, dans toutes les formes que présentent les
ammonites, cette disposition générale avec des modi-
fications diverses ; mais lorsque la spire de la co-
quille s*aocrott rapidement en largeur, de telle façon
que le dernier tour de spire recouvre complètement
ou en partie les tours précédents, on voit s> sura-
jouter des lolK*s*auxiliaîre8plus petits qui, suivant la
taille de Pammonite, sont jusqu au nombre de trois,
de quatre ou de cînu paires.
Ces divers lobes, a mesure qu'ils se rapprochent
«lu centre, sont subdivisés cux-mémrs par des den-
ieluies nombreuses qni fournissant drs points d*at-
positions tout à fait organisées pour la résis*
tance la plus complète. En premier lieu, li»
forme même de la coquille qui est celû
d'un tube recourbé sur lui-même et nlofrran'
à^ Textérieur qu'une surface convexe; pui?
l'accroissement de puissance qui résulte
d'une série de côtes et de voussures forman*
à la surface convexe de ce tube enroulé,
un ensemble de voûtes et de dômes qui
ajoutent à sa solidité. Enfin les lames trans-
versales qui forment les chambres aériennes
y ajoutent encore une succession non inter-
rompue de supports, dont les ramifications
s'étendent sur tous les points de la coquille
où plus de solidité était nécessaire.
Si toute disposition régulière démontre
l'action d'une cause intelligente, et si plus
de perfection dans un mécanisme est la
preuve d'une puissance intellectuelle plus
élevée dans celui qui l'a produit, tout admi-
rable arrangement que nous offrent les dé^
bris pétrifles de ces coquilles cloisonnées,
nous est une preuve aussi ancienne et aussi
impérissable que les montagnes mêmes où
nous allons les chercher, qui nous atteste la
haute sagesse à laquelle ces mécanismes dé-
licats doivent leur oris;ine, en même tennps
3ue la Providence et la bonté du Créateur
ans l'organisation de chacune des créaturas
sorties de ses mains.
AMPÈRE (M.), ses idées sur Vorigine de la
chaleur intérieure de la terre. — Voy. Terre.
AMPHIBIES. Yoy. Mammifères.
ANDRIAS. — Espèce de salamandre aqua-
tique gigantesque. Voy. Plantes fossiles
d'ŒnINGEN et SUBAPENNIN.
ANIMAUX, ont-ils couvert tout le globe
à la fois. — Voy. Paléozoïques (Terrains).
ANIMAUX FOSSILES, leur respiration.
Voy. Physiologie paléontologiqde.
ANIMAUX FLOTTANTS. Voy. Couches
SÉDIMENTAIRES, art. 1.
ANIMAUX MARINS. — § l. Leurs ronrfi-
tions d'existence. — Après qu'il eut été bien
taclie au manteau de Tanimal, et chacun se trouve
ainsi flanqué d*une série de lobes accessoires qui
eux-mêmes sont pourvus de dentelures symétriques,
dont les extrémités produisent ces belles apparences
d'un feuillage compliqué qui s*observent dans les
ammonites.
L'origine de ces dentelures est constamment aigué
et a sa pointe dirigée en dedans vers la chambre aé-
rienne précédente ; mais elles sont lisses et arrondies
antérieurement vers le corps de Tanimal, de manière
à offrir des sortes de crampons où s'attachait foite*
ment la hase du manteau, et où cet organe s'enraci-
nait en fiuelque sorte sur le }iourlour du plancher de
la chambre extérieure.
On ne rencontre de semblables dentelures dans
aucune espèce de nautile. M. Owen a vu, dans le
nautilus pompiliuSf que la base du manteau adhère à
la coquille extérieure, tout prés de sa suture avec la
cloison transversale, 2i l'aide d*nne forte cehiturc cor-
née ; et il est probable qu'une disposition toute pa-
reille existait dans tous les nautiles fossiles. L<^s cô
tés du manteau, dans le nautilus pompilius^ sont aussi
fixés sur les flancs de la gi-ande chambre externe, à
I aide de deux muscles puissants et larges dont les
empreintes se voient dans la plupart des échantillons
de cette coquille.
99
ANI
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
INl
96
reconnu que les restes d^aoimaux et de vé-
giHaux ensevelis à différentes éooques et à
des profondeurs diverses dans Vécorce du
globe, provenaient des dépouilles d'êtres or-
ganiques qui avaient vécu jadis à la surface
de la terre, on admit assez généraiement,
surtout d'après les rec}]ert:lies de MM. Cu-
vier et Brongniart dans les environs de Pa-
ris, et celles de M. Smith en Angleterre» (}ue
les dépôts contemporains étaient caractérisés
par des débris organiques semblables. Tant
que l'on supposa que ces dépôts se recon-
naissaient à leur composition minéralogique,
ou autrement, qu'une structure minéralogi-
que déterminée suffisait à préciser Vàge géo-
logique d'une roche, ce fut une hérésie que
de douter que l'on pût trouver dans un ter-
rain fossilifère donné, dans quelque localité
que ce fût, d'autres fossiles que ceux de cer-
tains groupes déterminés pour chacun de
ces terrains.
Cette opinion a été tant soit peu modiGée,
mais on admet encore la supposition que
des débris organiques semblables caractéri-
sent les dépôts contemporains sur des sur-
faces très-étendues; à tel point du moins que,
si l'on dé20uvrait une bélemnite dans la
chaîne de l'Himalaya, on serait disposé à
croire â ortort qu'elle s'y trouve dans une
portion de la série des couches qui contien-
nent des bélemnites en Europe. On suppose
aussi que la même espèce de coquille fossile
caractérise un même dépôt sur des surfaces
considérables,
Auiourd'hui , que la science géologique
est plus avancée, on ne peut admettre qu un
dépôt puisse ou non être déterminé par les
fossiles qu'il contient, avant que d'avoir mû-
rement examiné les conditions actuelles
d'existence de la vie animale «t végétale.
Quelques-unes de ces conditions sont assez
bien connues, de sorte qu'en étudiant soi-
gneusement les caractères zoologiques et
botaniques d'une roche fossilifère, nous [)0u-
vons connaître par approximation jusqu à
quel point la vie animale et végétale a pu
exister jadis , dans des circonstances analo-
gues aux actuelles, ou combien les condi-
tions de la vie organique peuvent avoir va-
rié depuis les époques anciennes.
Il importe surtout de rechercher avec soin
les conditions nécessaires à la vie des ani-
maux marins, que l'on reconnaît, d'après
les formes observées dans les débris orga-
niques, avoir été le plus abondamment en-
sevelis dans les couches de la terre, depuis
que sa surface a été appropriée à leur exis-
tence ; au point que, si on enlevait de la
masse générale des couches fossilifères toutes
les dépouilles d'animaut marins qu'elles
contiennent, le volume de ces couches serait
tellement réduit que, dans plusieurs cas,
(21) Les poissons et les mollusques des bas-fonds
sont sujels aussi à changer leur demeure, à cause
de raj^italioii des vagues. Quelques-uns d*entre ces
animaux se réfugienl dans des mers plus profondes ;
d*aulres se retirent dans des baies ou des criques
pHs tranquilles. Quelquefois , après de srandcs teiu-
oètcs d*ur.c lo::cue durée , on trouve des animaux
des roches composées à peu près exclusive-
ment de débris d'animaux marins devraient
presque entièrement disparaître.
La température de la mer n'est point ex-
posée à ces grands chanzements nrusques
3ue l'on observe dans 1 atmosphère. Sans
oute que les changements des climats sui-
vant les saisons produisent des variations
analogues dans la température des eaux des
zones correspondantes ; mais ces variations
sont relativement peu considérables, ainsi
qu'on peut s'en assurer en comparant les
tables des températures de la mer sur une
côte quelconque avec les températures de
l'air dans la même localité. Ainsi les animaux
marins ne sont pas sujets , au même point
que les animaux qui respirent l'air libre, à
la nécessité d'un changement d'habitation
d'après les seuls effets des changements do
température.
La température de la mer est nécessaire-
ment sujette à de plus grandes variations
dans les eaux peu profondes que dans les
hautes mers. II s'ensuit que les animaux qui
vivent de préférence sur les bas-fonds seront
exposés (à moins qu'ils ne soient organisés
de manière à supporter tous les changements
de température, comme le sont sans doute
plusieurs de ces animaux} à changer de de-
meure plus souvent que ceux qui vivent
dans la naute mer, en supposant que celle-ci
soit habitée (21). En d'autres termes, nous
devons nous attendre à ce que )es animaux
marins qui habitent les bas-fonds près des
côtes vivent à des profondeurs moins cons-
tantes Que ceux qui habitent des eaux plus
profonaes.
Si l'on part du niveau de la mer à t'équa-
teur, et que l'on néglige les petites irrégu-
larités de détail, la température décroîtra
verticalement, soit qu'on cfescende jusqu'aux
plus grandes profondeurs de l'Océan, soit
qu'on s'élève vers les plus hautes cimes qui
se projettent dans l'atmosphère. On aura
ainsi des hauteurs ou des profondeurs aux-
quelles les animaux qui recherchent une
température donnée peuvent la trouver entre
certaines limites. Mais la température, quoi-
qu'elle soit une des conditions nécessaires
à l'existence de la vie animale, et au'elle
contribue surtout à la distribution qu affec-
tent les animaux h la surface du globe, n*est
point la seule circonstance à laquelle il faille
avoir égard dans des recherches de cette na-
ture. De même que nous voyons les ani •
maux vivant dans l'atmosphère rechercher
des densités d'air déterminées, de même il
y a des densités d'eau fixées pour la vie des
animaux marins. Si l'on réfléchit que la vie
animale décroît Si mesure que l'atmosphère
devient plus froide et moins dense, et que
la vie marine est moins abondante à mesure
marins dans des embouchures de rivières, où ils ne
pénètrent jamais dans des temps de calme. Des pei-
gnes entrent souvent , lorsqu^il fait mauvais temps
en mer, dans des criques et des embouchures sur
les odtes du Devonshire, à moins qoe leau u*en soit
entièrement douce, et ils s'en éloignent aussitôt que
les tempêtes ont cessé.
97
ANl
ET DE PALEONTOLOGIE.
km
9S
que la pression de Teau augmente et que la
lumière diminue, oa aura, pour ainsi dire,
deux séries de zones. Tune s*élevant au-des-
5usde rOcéan,rautre descendant au-dessous;
et les termes de chaque série, toutes choses
^^ales d'ailleurs, offriront les circonstances
les plus favorables au développement de la
vio animale, à mesure qu'ils approchent de
la surface de FOcéan.
Tous les naturalistes savent que les ani-
maux marins vivent h des profondeurs d*eau
déterminées pour chaque espèce ; ce qui im-
plique qu il leur faut une pression d eau et
une température données. Ainsi, les animaux
marins que Ton pèche entre les tropiques à
de grandes profondeurs, et qu'on ne ren-
contre jamais sur les bas-fonds, existent
habituellement sous une plus grande pres-
sion et à une teinpérature plus basse que
les autres êtres tropicaux qui vivent dans
les basses eaux. On voit, par les expériences
laites sur la température des mers des tro-
pi()ues à diverses profondeurs, combien les
animaux habitant les bas-fonds sous ces lati-
tudes se trouveraient bientôt dans des cir-
constances défavorables à leur existence,
sans même tenir compte de la différence de
pression qui, sans aucun doute, produirait
des effets tout aussi désastreux. Les ex-
Eériences de MM. Sabine, Wauchope et
cniz (22) prouvent que, tandis que la tem-
pérature de la surface de la mer sous les
tropiques est de 26" centigrades environ, on
peut trouver une température variant de
^ 22 à 10* centigrades à la profondeur de
mille brasses environ, la température des
grandes profondeurs étant plus élevée à me-
sure qu'on approche de l'équateur. La ma-
nière dont décroît la température est très-
bien indiquée dans les expériences faites
rir M. Lentz à 21* IV de latitude nord. L'eau
la surface étant à 26* 39, il trouva 16* 33
à cent cinquante brasses, 3* 17 à quatre cent
quarante brasses, 2* 89 à sept cent neuf
brasses, et 2* 50 à neuf cent soixante-seize
brasses. On voit que les changements de
température sont très-rapides à des profon-
deurs moyennes, tandis que dans les grandes
profondeurs la température est plus cons-
tante ; c'est là un fait général qui a été re-
connu, ainsi gu'on pouvait s'y attendre, sous
toutes les latitudes.
Le changement de température qui a lieu
à mesure que la profondeur de la mer aug-
mente, ayant quelque rapport avec ce qui
se Yoit à mesure qu'on s élève au-dessus
de son niveau , on est naturellement con-
duit à se demander si les êtres que l'on
sait exister dans les eaux des climats tem-
pérés, ne pourraient pas vivre sous les tro>-
piques à des profondeurs où ils trouveraient
ta même température, tout comme les plan-
tes qui vivent dans le Nord au bord de la
(22) Manuel géohgitfiu , art. Température ae la
mer.
(25) Tableau de la nature, tom. Il, p. 106.
(24) On pourrait dire à la vérité que si les ani-
ÈDSérimn consomment une petite portion de
mer, peuvent se retrouver sur les nautes
montagnes des zones tempérées. On pour-
rait dire, sous le rapport de la pression ,
qu'il n'y a point de raison apriori pour oue
certaines plantes pussent plutôt soutenir aes
pressions différentes gue ne le pourraient
certains animaux marins. Nous ne nous ar-
rêterons pas à examiner jusqu*à quel point
il y aurait de l'analogie entre les deux cas ;
car il est une autre considération, beaucoup
plus importante, dont il faut nécessairement
tenir compte dans toute recherche du genre
de celles qui nous occupent dans ce moment.
Les êtres marins qui vivent habituellement
sur des bas-fonds , et par conséquent dans
un milieu dans lequel Tair atmosphérique
est disséminé avec abondance , pourraient-
ils également vivre dans de grandes profon-
deurs, où nous pouvons juger que , s'il se
trouve de Tair atmosphérique, il doit tout
au moins y être infiniment plus rare?
Nous savons , pour ce qui concerne leis
Soissons d'eau douce, que si on les plonge
ans de l'eau distillée, ils y meurent parle
manque de Tair que contiennent ordinaire-
ment les eaux des lacs et des rivières, et
nous pouvons en conclure que les poissons
de mer ne pourraient pas plus vivre dans
une eau qui ne contiendrait pas d'air disses
miné, que les poissons d'eau douce dans
Teau distillée.
Toute l'analogie présumée plus haut eur
tre les plantns et les animaux , parait donc
cesser; car 1ns plantes pourraient tout aussi
Ijien se procurer les matières gazeuses né-
cessaires à leur existence, dans une posi-
tion que dans l'autre ; il importe cependant
de ne pas oublier que, par suite de l'appro-
priation de la vie animale et végétale aux
situations auxquelles elle est destinée , un
§rand nombre de plantes qui vivent dans
es régions où la densité de Tatmosphèrc
est comparativement faible, sont pourvues),
suivant M. de Humboldt, d'une abondance
de vaisseaux sécrétoires, en sorte que la
respiration des feuilles de ces plantes se
trouve dérangée lorsqu'on les transporte
dans des régions où la pression atmosphé-
rique est plus forte (23).
On ne saurait çuère comprendre comment
les animaux marins pourraient décomposer
l'eau pour se procurer l'oxygène qui leur est
nécessaire ; c est donc l'air absorbé par l'eau
et disséminé dans la massede l'océan, qui doit
fournir à ces créatures leur moyen principal
d'existence, eu admettant que l'oxygène est
nécessaire à toute la création animale, et que
la vie ne peut se soutenir que par l'absorption
à intervalles fixes d'une quantité déterminée
d'oxygène, quelque inégaux que ees inter-
valles puissent être dans les différents ani-
maux (2/i). Nous n'avons aucune donnée sur
les profondeurs jusqu'auxquelles l'air peut
l^oxygène faisant partie de Tair atmosphérique dissé-
miné dans les grandes profondeurs, les intervalles
entre les absorptions peuvent être si grands pour
ces animaux, et la quantité d*oxygène qui leur est
nécessaire si petite, qu'un très-petit volume d'air
99
ANl
DICTiONNAIR& DE COSMOGONIE
ANI
100
se trouTer disséminé dans reâu, mais les
observations cnrieusesde M, Biot sur les f^az
contenus^ dans la vessie nalatoire des pois-
sous , nous prouvent que ces gaz varient
probablement suivant les profondeurs aux-
quelles les poissons vivent d*habitude.
M, Biot trouva que ces vessies n*étaient
point remplies d'air atmosphérique, mais
d*azote presque pur, dans les individus qui
vivent près de la surface; et d'un, mélange
de près de neuf parties d oxygène et une
d*azote dans ceux qui vivent dans les pro-
fondeurs de 500 à 600 brasses (-25). On peut
en conclure que les poissons peuvent diffi-
cilement se procurer de Tazote dans les
grandes profondeurs, tandis qu'il abonde
Îirès de la surface, et que par conséquent
'air atmosphérique est plus abondamment
disséminé à la surface que vers le fond de
la mer. On peut supposer aussi que Teau
de la mer absorbe l'oxygène plus facile-
ment que l'azote, et que par conséquent le
premier de ces gaz peut se trouver dis-
séminé dans l'eau à de plus grandes profon-
deurs. Quoi qu'il en soit, la différence des
gaz contenus dans les vessies natatoires des
poissons est un fait très-remarquable; il pa-
rait indiquer qu'il y a une dinérence dans
les matières gazeuses disséminées dans l'eau
de la mer à diverses profondeurs, du moins
en ce qui regarde les quantités relatives
d*oxygène et d'azote.
On pourrait croire que les poissons étant
pourvus de ces vessies natatoires, ils de-
vraient être susceptibles de s'élever dans
l'eau à la hauteur qu'il leur plairait, et qu'ils
pourraient se procurer, en conséquence,
toute la quantité de l'air disséminé qui leur
est nécessaire. 11 paraît pourtant, quoique
les poissons puissent mopter et descendre
à volonté entre certaines hauteurs d'eau ,
que leurs habitations sont limitées, suivant
les espèces, à des zones d'eau d'une certaine
épaisseur. Comme les poissons, ou du moins
le plus grand nombre d'entre eux, montent et
descendent dans l'eau en dilatant ou compri-
mant les gaz contenus dans leur vessie nata-
toire, il est évident que lorsque ces gaz auront
acauis, nar la pression, une densité égale à
celle de l'eau ambiante, les poissons ne pour-
ront pas descendre plus bas sans de grands ef-
forts miiseulaires;demèmequ'ils ne pourront
qoe ditBcilement s'éieviT au delà d une cer-
taine hauteur. M. Pouillet a remarqué, à ce
propos, que le gaz contenu dans les vessies
natatoires de poissons péchés à la profon-
deur de mille mètres, c est-à-dire sous une
pression égale à peu près à cent atmosphè-
resj»augmenle tellement de volume en ar.:
l'iySIîi à la surface, que tout effort muscu-
lair'è ne pouvant le contenir, il s'échappe
en fabulant la vessie, l'estomac et les or-
ganes voisins, qui sortent par la gueule en
formant un ballon fort singulier (26).
l|i>urrait leur suffire pour des temps considérables.
S*j) eu était réellement ainsi, on aurait là encore une
pi%^ve de Tapproprialion des organes des animaux
aux condiiions dans lesquelles ils se trouvent places.
Nous n'avons aucune raison de croire que
les diverses espèces de poissons soient les
seuls êtres marins dont l'habitation est li^
mitée à de certaines profondeurs d'eau dé-
terminées; il est plus naturel de penser
que tous les animaux qui vivent dans l'o-
céan s'y trouvent dans la même condition.
La pression et la température changent avec
la profondeur; et il ne doit pas être plus
facile à un animal, quel qu'il soit, de vivre
tout aussi bien près de la surface de la mer
et à mille brasses de profondeur, qu'il ne le
serait à un homme de respirer aussi aisé-
ment à 30,000 pieds d'élévation qu'il le fait
dans nos plaines. Dans toute l'organisation
animale, les espèces paraissent formées pour
sujjporter une pression particulière, soit
d'air ou d'eau, pression jqui est celle qui se
rencontre dans l'habitation à laquelle ces
espèces sont destinées. Cependant les ani-
maux vivant dans l'atmosphère souffriront
moins, toutes choses égales d'ailleurs, d'un
changement vertical aune hauteur déter-
minée , que ne le feraient des êtres vivant
dans l'eau. Un aigle , habitué à planer à de
grandes élévations, peut vivre au niveau de
la mer ; mais il est très-douteux qu'un requin
puisse vivre longtemps à de grandes proion-
deurs, quoique les animaux de proie soient,
certes , organisés de manière à supporter
plus facilement de tels changements, par la
nécessité dans laquelle ils se trouvent de
rechercher leur proie à différentes hauteurs
de l'eau.
Les poissons ne peuvent se tenir sans ef-
fort à quelque hauteur d'eau que ce soit, si
leur pesanteur spécifique du moment n'est
pas celle exactement au milieu dans lequel
ils se trouvent. Il est évident que dans plu-
sieurs poissons le chanjjement de pesanteur
spécifique relative se fait par la contraction
ou la dilatation des gaz contenus dans la
vessie natatoire, et nous avons vu plus haut
auelles sont les conséquences du «transport
e ces gaz des grandes aux petites profon-
deurs. 11 se présente maintenant une autre
question* Le lloide qui cimile dans tes aaî t
maux marins est, suivant toute probabilité ,
d'une densité telle à pouvoir se mouvoir
sous la pression d'une nauteur d'eau déter-
minée ; un changement dans cette hauteur
d'eau ne serait-il pas suivi d'un changement
correspondant dans la circulation de ces ani-
maux? Quoique l'on puisse regarder le fluide
circulant et l'eau ambiante comme doués
d'une certaine élasticité, cette élasticité ne
produirait jamais des effets analogues à ceux
qui sont dus à l'expansion des substances ga-
zeuses ; il faudrait donc probablement des
différences de pression très-considéraLlcs
pour produire des effets appréciables.
Partout où il existe une créature , nous
pouvons la regarder comme contenue en
partie par une pression donnée, telle que
(25) Biot, cité par Poiiilllt, Elémenti de pHysi^
tftie expérimentale^ tom. L p. 187.
(26) Elément de phyhique expérimentale^ tom. I*\
p. 188, seconde édition.^
«•I
ANL
ET DE PALEOxNTOLOCIE.
ANI
102
cette eréa'ture puisse se mouvoir Jibremont
dans le milieu gazeux ou aqueux dans le-
quel elle Tit habituellement. La force mus-
culaire est proporlionnée à cet état de cho-
ses. Que .«i cette pression diminuait par une
cause quelconque, Tèlre organique tendrait
k changer de volume , aûn de s'adapter au
milieu ambiant. Ce dérangement se ferait
ressentir d*abord dans les vaisseaux les plus
. subtils et les plus délicats , construits avec
' une précision si parfaite que les causes oui
déterminent leur action sont toujours égales
aux effets qu'elles doivent produire. Une
pression adaptée à Torganisation de rani-
mai, fait |>artie de ces causes; et lorsque
cette pression devient plus ou moins grande
que a habitude, Fanimal souffre en propor-
t:on de cette différence , au point aue , si
elle devient considérable, 1 animal cesse
d'exister. Quoique Thomme puisse vivre
sous des pressions difféi^entes sans en éprou-
ver des sensations désagréables, cependant
sur les hautes cimes telles que le mont Blanc,
et par conséquent sous une pression consi-
dérablement moindre que Thabituelle, il est
exposé, par le manque de la pression oui
lui est nécessaire, aux sensations les plus
pénibles; chaque pas qu'il fait est pour lui
un grand effort; sa respiration est accélérée,
les vaisseaux sanguins les plus ténus com-
mencent h c^der, et il se sent dans des con-
ditions pour lesquelles il n*est point orga-
nisé. Ce au*il éprouve lui apprend, en un
mol, qu*il ne peut continuer d'exister que
sons une pression donnée,'à laquelle toutes
les parties de son cor|)s sont adaptées.
Lorsque Ton étudie les effets de la pres-
sion sur les animaux marins, il ne faut point
oublier que d'après la grande différence qui
existe entre l'élasticité de Tair et celle de
Teau, le changement de pesanteur sj^écifique
relative d*un animal qui s'élèverait à une
hauteur donnée dans l'atmosphère, serait
beaucoup plus grand que celui d'un animal
marin non pourvu de vessie natatoire ou
d'un or,^ne analogue, qui descendrait dans
la mer à une profondeur égale. En ce oui
concerne les fluides, et en estimant les
changements des pesanteurs spéciGques re-
latives avec le milieu ambiant, qu'un ani-
mal peut supporter sans inconvénient , par
ceux que peut supporter un homme dans un
air raréfié ou condensé, on peut croire que
la seule différence dans les pesanteurs spé-
cifiques relatives de l'eau de la mer e! des
fluides qui circulent dans les animaux ma-
rias ne produirait pas de grands effets,
même par de grands changements de pro-
fonieur. 11 en est autrement pour ce qui a
rapport aux différences de pression. Un ani-
mal vivant à la profondeur de 100 pieds au-
rait à soutenir une pression d'environ 60
livres par pouce carré (en y comprenant la
pression de l'atmosphère), tandis qu'à iOOO
pîeJs, profondeur qui n'est pas extraordi-
naire, un animal supporterait une pression
de 1^0 livres à peu près par pouce carré.
Il est impossible, d'après ce que nous sa-
vons sur la structure générale des animaux
et sur la délicatesse de leurs organes, de
sup[K)ser qu'il existe uu animal capable de
supfîorter impunément une différence de
pression si énorme.
On peut conclure en toute sûreté que,
Euisque la pression , la température et pro-
ablement aussi la quantité d*air disséminé
changent dans la mer en raison de la pro-
fondeur, les animaux marins doivent avoir
une organisation adaptée aux conditions
sous lesquelles ils sont appelés à vivre; et
comme ces conditions varient, il est pro*
bable que l'organisation des animaux variera
d'une manière correspondante dans les dif-
férentes profondeurs. Il est encore un élé-
ment dont il faut tenir compte ici; nous vou-
lons parler de la lumière: Il est difficile de
dire jusqu'à quel point la lumière est néces-
saire à la vie des êtres marins; quelques
animaux qui habitent dans la vase et les
bancs de sable, peuvent en tous cas vivre
longtemps sans lumière, et ils s*en passent
de leur propre choix; mais la lumière doit
être essentielle à tous les animaux qui sont
doués des organes de la vision. 11 s'ensuit
que ces animaux doivent rechercher les hau-
teurs d'eau auxquelles ils trouvent le degré
de lumière qui leur est convenable : en sorte
Sue nous devons nous attendre à trouver
ans des eaux relativement peu profondes
la plus grande masse des poissons, des crus-
tacés et de ceux des mollusques qui ont des
jeux. Ceux de ces animaux qui vivent dans
des eaux plus profondes, où il y a moins de
lumière, doivent présenter quelque modifi-
cation dans les organes de la vision qui
puisse les préserver de l'inconvénient de
vivre dans une obscurité relative. C'est là
précisément ce qui a lieu, et nous citerons
pour exemple le pomalamus telescopiumf
péché à des profondeurs considérables sur
les côtes de Nice, dont les yeux, remarqua-
bles par leur grandeur, sont formés pour
tirer parti de tous les rayons de lumière qui
E cuvent pénétrer jusqu'aux lieux qu'il
abite.
Nous ne pouvons nécessairement avoir
que peu de données sur les profondeurs
auxquelles vivent les mollusques qui habi-
tent les divers coquillages. Les coquilles
qu'on trouve communément au bord de la
mer, y ont été rejetées par l'action des va-
gues qui viennent se briser le long du riva-
ge. Dans les circonstances ordinaires la mer
ne rejette que les coquilles seules; ce n'est
au après des tempêtes violentes qui ont pro-
uit de grandes agitations sur les bas- fonds
voisins des côtes, que l'on trouve encore les
animaux dans les coquilles rejetées sur les
plages. 11 iiaraitrait que le mouvement de
l'eau dans les grandes tempéles, a balayé les
sables ou la vase dans laquelle vivent habi-
tuellement quelques-uns des mollusques,
et que, ne pouvant résister à l'action des
vagues, ces animaux ont été rejetés ainsi
sur le rivage.
Il est évident que, les vagues n'ayant une
action capable d enlever des coquilles qu'à
des profondeurs peu considérables, l'on ne
io:s
ANl
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
ANI
104
peut trourer sur les plages, dans les circons-
tances ordinaires, -des coquilles d*animau\
vivant à de grandes profondeurs: et ce n*est
qu'en péchant, en draguant, ou par des
moyens analogues, (^u*on peut se procurer
les coquilles des animaux qui se tiennent
de préiérence à des profondeurs en dehors
de Vaction des vagues. Nous ne pouvons
donc savoir quelles sont les profondeurs
exactes auxquelles vivent ces animaux, et
il peut y avoir des espèces nombreuses, des
genres entiers peut-Atre dont nous n'arri-
verons jamais à avoir connaissance dans
l'état ordinaire des choses. On peut croire
cependant que la grande pression, et les au-
tres circonstances que nous avons mention-
nées plus haut, doivent borner l'existence
des mollusques à des profondeurs peu con-
sidérables. Les ouvrages de conchyliologie
manquent, en général, de renseignements
sur les profondeurs auxquelles on a trouvé
des coquilles avec leurs animaux en vie, au
grand resret des géologues, qui sont privés
ainsi de l'aide que les débris organiques qui
se trouvent dans une couche quelconoue,
pourrait leur donner pour fixer la profon-
deur probable à laquelle celte couche a été
formée. M. Broderip a construit un tableau
dans lequel il indique la profondeur et la
nature du fond sur lequel on a trouvé les
genres connus des coauilles vivantes, soit
marines, soit d'embouchure des fleuves.
ANNËLIDES (27).
Serpula (comprenant les genres vermiliaeipaleolaria
de Lamarck). Les espèces, sont
en général littorales ; adhérentes
aux rochers, aux galets, aux co-
quilles, aux crustacés, aux coraux
et autres corps marins.
Sur les plantes marines, les coquil-
les, etc.; dans les mêmes situations
à peu près que le genre précédent.
Sur les côtes; adh&entes aux vo-
Î[uiiles; dans les eaux peu pru-
ondes en général.
Dans les mêmes situations à peu
près.
Denittiium (28). Quelquefois à de grandes profon-
deurs; le plus souvent près des
rivages.
Adhérents ordinairement aux rochers
sur les has-fonds.
Adhérents aux rochers , etc. ; se
rencx)ntrent fréquemment dans ios
hautes mers sur des bois flottés,
des lièges de filets, des janthines,
des bouteilles ; iis adhèrent q:iol-
quefois aussi au corps des bâti-
ments.
Adhérents aux coraux, etc. ; en gé-
néral près des rivages.
Spirorbii.
^etla.
Terebella.
PoUicipes,
Penteltumis.
Sealjfellum,
(27) Le signe -f indique soit que la profondeur
est inconnue soit que Ton n*a pas de données assez
précises pour la fixer; le 0 signifie que le genre, eu
regard duquel il est placé, se trouve quelquefois à la
surface même de Teau ou prés de cette surface.
(28) Les ol)servations de M. Savigny et celles de
M. Deshayes portent à croire ^ue ce genre approche
de bien près oes mollusques, si même il ne doit pas
être rangé daiis cette classe. Cuvier, dans la dernière
édition a!i Règne animal^ place le genre dcnialium
0/fOfi.
CUiaras,
Lithotrya,
Balanui,
Adhérents aux rochers, et quelque
fois à des corps flouants; ou en a
trouvé d*adbërents à des coro-
nules.
Mêmes habiialions à peu près ; il en
existe un groupe au Muséum du
collège des chirurgiens de Londres
qui adhère à la queue d'un ser-
pent d*eau.
Adhérents au fond d*une cavité régu-
lière profonde, creusée apparem-
ment par ranimai dans les rochers.
Sur les rochers et les coquilles,
jusqu'à la profondeur de dix bras-
ses ; adhérents au corps dits bâti-
ments et à d'autres corps flot-
tants.
Adhérents aux rochers.
Attachés aux pierres, aux rochers,
aux coquilles, etc.
Catophragmns. Adhérents aux couia, mêmes habi-
tations probablement que œ der-
nier genre.
Sur les cétes, attachées aux co-
quilles.
Dans la graisse des baleines.
Idem.
Sur le dos des tortues ; adhérentes
et quelquefois amarrées à Técaillo
de ces animaux.
Dans les éponges.
Octomerii.
Conta.
ClHia.
Tubicinella,
Coronuta.
Clienolobia,
Acasta,
*Crentia.
Pyrgoma,
Dans les coraux.
ProFrindeur eu hnisses*
Aipergillum
+
Clavageila 0 à 11
Fistuïann -f
Septaria (Lam.) 4"
Gaslroehœna 3 à tO
Teredo
Pholai
0 .1 10
Oa 9
Xglophaga 0 à 45
Petricola
0 à 11
Solen
0 à 15
OliservaliODS
Dans bs sables; probable-
ment sur les bas-fonds.
Dans les rochers.
Sables ou vase solide.
Portées au jour par fac-
tion volcanique sur Ios
Cistes de Sumatra.
Dans rintérieur d'autres
coquilles, ou dans des ca-
vités préexistantes dans
les rochers; ou dans des
cavités des rochers creu-
sées et incrustées par
ranimai.
Il perfore les bois ; détruit
les pilotis, les digues,
les bâtiments.
1i perce le bois, les rochers,
Targile durcie, etc.
Il perfore le bois ; un échar.^
tillon a été rejeté par la
mer à Gravesend dans un
fragment de l)ois.
Dans les rochers et les
coquilles ; dans des cavi-
tésque ranimai se creuse
lui-même.
Plages de sable; ils y creu-
sent des cavités vertical-s
et s\v tiennent cacliés
lorsque les sables sont
dans ses annélides tubicolcs, mais avec une sorte
d*hésitation. I Si Topereule, dit-il , rappelle le pied
des vcrmets et des siliquaires, qui déjà ont été trans-
portés dans la classe des mollusques , les branchies
rappellent beaucoup celles des amphitrites et des
térebelles. Des observations ultérieures sur leur ana-
tpmie, et principalement sur leur système nerveux
et vasculaire, résoudront ce problème.» (Tom. 111,
p. 107.)
ÎÙ&
ANl
ET DE PALfâONTOLOOIfi.
ANI
IM
Probwtoar en brasses
SoUnieurUu
Glyefmerii
Panojma
AMëtina
Luiraria
SoUnella
Mactra
CaUomma
Anaiinelia
Crauatella
Pkoladomya
+
7 à 45
0 à 12
+
Sa 12
f
SoUmmya
Âmpkyde$ma
Cumîngia
C&rbuia
Pandora
Saxieava
0 à 40
0 à 6
Oà 13
0 à 10
PmilastTU
Sanguinolaria
Ptammobia
Tellinm
C&rbi»
Unguiina
Ùoma
Capta
AsiarU
Cyprina
Cfflhêrea
Venue
Wernericardia
Cardiam
Cardiia
Cyffrieardia
lêocardia
CmeuUœa
Bffuoarea
Area
Oà 10
5 à 13
Oà 13
Oà 17
Oà 16
+
6 à 11
+
OàlO
5 à 12
Oà 10
+
Oà 50
0à50
Oà 50
0 à 13
0 à 13
+
10 à 20
+
Oà 75
0 à 17
Obserfaiioos.
découverts à la oiarée
basse.
A de médiocres proton-
deurs.
Même habitation proba-
blement.
Plages; elles 8*y tiennent
souvent ensevelies, leur
tube faisant à peine sail-
lie; dans la vase; aux
embouchures de rivières.
Sables ; bas-fonds.
Mêmes situations à peu
près.
Sables.
Vase molle.
Yase sableuse et sables.
Côtes.
Sables. Côtes de Ceylan.
Yase sableuse.
Probablement dans les eaux
profondes; le seul échan
tillon vivant connu (qui
est dans la collection de
M. Broderip) a été rejeté
sur la plage à Tortola,
après un ouragan.
Probablement sur des bancs
de sable.
Sables et vase.
Dans Pargile, la vase et les
fentes des rochers.
Yase sableuse.
Sables.
Littorales. Dans des pierres
et des coquilles.
Littorales. Dans des rochers
et des sables.
Sables ou vase sableuse.
Yase sableuse.
Sables.
Sables.
Yase sab.euse.
Probablement sur les
sables.
Yase sableuse et vase.
Sables probablement.
Sable et vase sableuse.
Yase sableuse et vase
molle.
Yase sableuse.
Yase sableuse.
Yase, sables, sables grn
siers.
Idetn,
Yase et sables.
Yase, sables et graviers.
Yase et sables. Adhérentes
aux pierres quelquefois.
Sables et sur les récifs.
Yase et sables.
Sables.
Amarrées aux pierres et
aux coquilles.
Yase sableuse et vase;
amarrées aux pierres,
aux coraux, etc.
Profondeur
M brasses
Pectuncului
5 à 17
Nueula
Oà 60
Trigonia
Myocnama
Caama
Cleidothœrm
Tridacna
Hipoopui
Moaiola
MylHui
Lythodomus
6 à U
0 à 17
Oà 7
0 à 7
0 à 17
0 à 10
Pinna
Oà P
Crenatula
+
Permi
0 à 10
Malleus
0 à 7
Avkula
0 à 20
MeUagnna 0 à 10
Ptdum
Lima
Ptcteu
PlUaiula
Spûndylui
Gryphma
»
Ostrea
VuUella
Piûcunft
Anomia
Plaeunanomia
Cranta
Otaervaliona.
Yase sableuse et sables.
Yase sableuse et sables.
Embouchures et haute
mer (29),
N'ont été découvert<5S jus»
qu'ici que sur les côtes
d'Australie ; vase sa*
bleuse.
Sur les irigonics.
Adhérentes aux rochers,
aux pierres et aux
coquilles.
Idem. Bas-fonds.
Amarrées, aux rochers et
sur IcsVécifs de corail.
Amarrées aux rochers-
Littorales ; amarrées aux
pierres et aux coquil-
les (50),
Idem * et sur les crustacés,
les coquilles , etc.
Idem, Adhérents d'abord
par leur byssns aux ro-
chers, dans lesquels tts
pénétrent plus tard pou r
habiter la cavité quih
y ont creusée. Dansdof
coquilles.
Fonds de sables; amar
rées par un byssus.
Dans les éponges et amar-
rées aux coraux, ctc
Littorales. Amarrées aux
roangliers, aux co-
raux, etc.
Amarrés par un byssvs
aux rocners, etc. '
Amarrées aux mangUers»
aux coraux, aux co-
quilles et aux rochers.
Amarrées aux rochers par
un byssus.
Attachés aux rochers.
Amarrées par un byssus.
Sables, vase sableuse et
vase.
4 à U Adhérentes aux .pierres,
aux coquilles, ^%c.
0 à 17 Attachés aux roclieia,Mix
coraux, etc.
Bas-fonds Siu* les graviers ci les ta-
bles; embouchures.
0 à 17 Sur les graviers et les
sables ; embouchures
et haute mer. Adhé-
rentes quelquefois aux
rochers, aux arbias,
etc. (31).
Dans les éponges, etc.
Fonds de sable.
0 a 12 Sur les huîtres et d'autres
coquilles; sur iesro*
chers, etc.
11 à 17 Yase sableuse.
•f Sur les pierres et les co-
quilles. Péché s avec
des coraux dans la
+
0 à 30
0 à20
I
(29) Suivant N. Cuming, les espèces de ce genre
rivesl à d^ profondeurs très variables ; car il a
trouvé la iV« cuneaia de 14 à 45 brasses ; la N, obli-
fMde 14 à 60 br. ; et la N. Puum de 17 à 45 br.
(30) La modwladiuors flotte librement, envelop-
pée Jans son propre byssus soyeux. Une niodiole vit
^ns les ascidies, et une autre flotte dans les algues
Zi Golfe ou de Saryatêo,
DtCTIO!>{. DE COSMOQO?IIE ET DE PaL^^ONTOLOGIE.
(31) M. Broderip possède an grand individu do
crabe, sur le dos et les pinces Juquel sont atuchés
plusieurs huîtres; quelques-unes de ces huîtres sont
très-grandes et out dû avoir de six à sept aus. Le
crabe et les huîtres étaient vitants lorsque l'échap-
tillon fut apporté à Londres.
m km
ProfMdeiir en braisei.
DICTIONNAIRE DE COSMOGONiii
\^\
108
Orkicuia
Bypponis
Terebralutu 10 à 90
Oteernlions.
diterranée, el aTec les
lignes des morues sur
les côtes de Shetland :
très -profondes proba-
blemeut.
0 à 17 Attachées à des pierres,
des coquilles, des débris
de naufrage, etc.; vase
sableuse.
0 à 16 Adhérentes aux pierres et
aux coquilles.
Amarrées aux rochers,
aux rochers, etc.
Parmi le corail rouge.
Mers de Toscane.
Trouvées à la marée basse,
dans un sable grossier,
de quatre à six pouces
au-dessous de la sur-
face du sable. Sables
de corail.
MOLLUSQUES.
-|- Nageant librement.
0 a i5 Rampant et adhérant sur
les rochers, les pier-
res, etc., et il y adhère.
Cafndus (Piieop- 0 à ÎO Rampant et adhérant aux
Thêcidium
0 à 17
ByaUa
CMton
m, Lam.)
Seuulia
PtaeUa
Pleurobranchu$
Vmbrella
Parmopkoru$
Emarginula
Sipkonaria
Ftê9ureUa
Calyptrœa
Crepidula
Bullma
Àplysia
Dolabelia
Mêlama
NeHia
Nëiiea
1
+
t
0 à 11
+
0 à 40
Oà 13
Jamkina
Stgaretus
Stonmtia
Eidiotii
SeiiiureUû
coquilles et aux pierres.
Sable de corail et plages
de sable.
0 à 30 Côtes de rochers et pier-
res ; algues marines.
Idem,
Idem, Littorales.
Idem,
Idem.
Idem, Littorales.
0 à 95 Idem.
0 à 95 Rochers , pierres et co-
quilles.
Idem, Côtes , embouchu-
res ; rivières où monte
la marée.
Sables et vase sableuse;
embouchures.
Adhérentes aux rochers.
Sables.
Embouchures; dans les
eaux douces aussi.
^jîHf les; campent sur
les rochers et les algues.
0 à 40 Idem. Vase et vase sa-
bleuse. Embouchures;
rivières où monte la
marée.
Nageant librement dans TO-
céan.
à 15 Sable.
7 Sur les méléagrines et les
coraux.
Littorales; adhérentes aux
rochers, etc.
t
(52) La knorina vulehra a été trouvée sur aes
ttungliers, ù 14 pieas au-dessus de Teau. On en a
eonsenré aussi de vivantes, hors de Teau, pendant
six mois. (Cuming.)
(53) Tous les genres dans lesquels un astédsque
précède les observations , peuvent être regardés
comme animaux de proie, et, par. conséquent, comme
chani^ant de place pour aller chercher cette proie
soit vivante, soU morte; et quoiqu'ils puissent se
trouver à dipariîco profondeurs, et sur des fonds de
nature difeCse, oo les rencontre cependant presque
Pyramidella
Yermêtuê
Profondeur en brasses. Observations.
Tomateila Bas-fonds. Rampant sur les sables eii
laissant des sillons. |
0 à 12 Sur les récifs de corail, le»;
sables et les vases sa-<
bleu ses.
0 à 12 Dans les éponges; sur les.
pierres et les coquilles;
dans le sable de corail
et le sable.
-|* Trouvées dans les éponges.
•f Dans les coraux. A mesure
(lue le corail augmente
de volume, le Magile sé-
crète un tube très-épais
et presque cristallin ,
dont Textrémitéest tou-
jours à la surface du co-
rail.
Sîylifer 4- Implantés dans les rayons
des Astéries ; trouvés sur
les Echinus. Littoraux.
SHiquaria
Magilw
/à 15 Vase sableuse.
4- Côtes et rivages,
-f Rampant sur les rochers et
les algues.
Littoraux; sur les rochers
et les alffues.
-|- Idem probablement.
0 à 45 Rampant sur les rochers et
les algues; sables, vase
sableuse et gravier.
4- Sur les rochers et les aU
alffues.
Idem, Littorales (32).
0 à 10 Sur les rochers et les al-
gues.
Littorales; sous les pierres.
profondes. Iles, côtes et embouchu-
res.
5 à 20 Vase sableuse.
0 à 17 * Trouvés sur des fonds de
nature diverse» Embou-
chures (33).
* Embouchures; dans les
eaux douces aussi.
8 à 16 * Foods de nature diverse.
U à 18 * Vase sableuse.
5 à 16 * Idem.
Oà 7 -Vase.
0 à 1 1 * Vase, vase sableuse et sable.
Oà 9 'Idem.
0 à 11 * Fonds de nature diverse.
5 à 25 * Idem.
6 à 11 *Vase sableuse.
0 à 50 * Fonds de nature diverse.
-f * Un individu en a été rap-
porté du fond de la mer
dans la vase restée sur
b patte de Tancfe d^un
vaisseau de la Compa-
ffnle des Indes dans le
détroit de M acassar.
exclusivement sur les côtes ou sur des fonds où Ton
est sur b sonde. Le plus grand nombre de ces ani-
maux percent les coquilles des conchifères au moyen
d*un organe oui fait un trou aussi parfaitement rond
que pourrait le faire une tarière , puis ils sucent le»
chairs de leurs victimes.
Une espèce au moins du genre certthium est trrs-
vivace; car le C. tele$cojrium, envoyé de Calcutta à
M. G.-B. Sov^erby, dans de Teau de mer, a vécu pen-
dant plus d-une semaine, dans une petite botte d*é-
tain, après avoir été sorti de Teau.
Scaiaria
Rmua
Delphittula
Solarium
Boteilu
Trochui
Monodon
Littorina
Turbo
Planaxis
Pha$ianeHa Peu
Turritella
Cerithium
Potamides
Pîeurotoma
Turbinella
Cancellaria
Fasciotaria
Fi^us
Pyruta
Sîruikiolaria
Ranella
Murex
Tyvhis
Triton
Roitetlariu
109
ANl
ET DE PALEONTOLOGIE.
ANl
110
Obseraliou.
Nmua
Profoodeir ra brades.
Putpcem -f Modiques josqu^ici comme
lilloraui seulemenl.
S rviB^M 0 à 13 * Fonds de nature dWerse
probablemeni.
Ccssftfcn'a . 4* ^Idem.
Omêtim 4- * Liuorales ; sables grossiers,
Casaû 5à 8 * Dans les sables.
Ràâmmim 4- * Sur les récifs de corail et
les rochers.
Pmrpmrm Oàia *Le plus grand nombre des
espèces de ce genre sont
littorales.
Memoeeroê Oà 7 *Sar les rochers; presque
toutes les espèces sont
littorales.
CamcàUepmt *Ne sont connues jusqu*à
présent que comme lit-
torales.
Bmrpm 5 à 11 *Prises au hameçon, et pins
souvent encore avec des
rùleaux le matin , lors-
qu'elles vent en quête de
leur proie.
ËMimm 4- ^ hur les récifs.
U a 15 * SaUe, vase sableuse et sous
Ira pierres.
0 à 10 * La plupart des espèces sont
littorales.
10 à 15 * Dans la baie comprise entre
le cap des Glaces et ce •
lui de Lisbonne,
-f *Tase sableuse?
Ten^m Oà 17 ! Elles rampent quelquefois
sur les récifs hors de
Teau, mais à portée de
b bruine.
CèUimMU 0 à 16 * Vase sableuse et vase.
Mitfm Oà 17 * Récifs, vase sableuse, sa-
bles. Une espèce a été
rapportée par une ligne
de sonde, a laquelle elle
s*éiait attachée, dans la
Méditerranée.
WjImU 7 à 14 * Sables et vase.
Cwmkm Petites profondeurs. * Idem,
mdù Idem. * Idem,
UmrmmdU 0 à 9 * Sable, vase saoleuse.
Ofuinai Oàll *Sous les coraux et les
pierres; sur les algues.
* Littorales; sous les coraux
et les pierres.
X
*€ne espèce a été draguée
dans lot eaux d'une pro-
fondeur médiocre à la
Nouvelle-Zélande.
Oà 12 *Dans b vase, b vase sa-
bleuse, le sable gros-
sier; ramenées par des
lignes à pécher.
0àl7 *Tafle sableuse, etc.
•f Sur les récifs de corail.
CêmtMmhu Petites profondeurs. Marins et d'embou-
chure.
Littorales.
Elles flottent librement sur
rOcéan.
triêteUmrim Littorales.
OréiaUima idem,
Jfumiiim* Ils nagent librement et ram-
pent sur le fond.
ArfÊmmmim Bs nagent librement.
Cmrimmrim Près des rivages.
Oo Terra dansée tableau que tons les mol-
lusques qui 7 sont cités ont été trouvés à
des profondeurs moindres que 100 brasses.
Il ne s'ensuit pas que plusieurs espèces »
même dans les genres cités, ne puissent vi-
vre à des profondeurs plus grandes; il est
même très-probable qu il en existe au delà
de 600 pieds ; mais c'est un fait remarquable,
que tous les animaux mollusques que nous
connaissons jusqu'ici 9 à auelques exceptions
près, peut-être, ont été trouvés vivants à
des profondeurs moindres. La surface com-
prise autour des îles Britanniques par la li-
gne de sonde de 100 brasses, comprend une
grande étendue sur laquelle la profondeur
est plus grande de beaucoup que celles citées
dans le tableau. U peut donc exister dans
cette étendue de nombreuses esjièces dont
nous n'avons aucune connaissance. Npus
avons peu de chances de connaître jamais les
espèces oui vivent entre la ligne de 60 bras-
ses et celle de 100 brasses. Tant que ces ani-
maux sont en vie, ils peuvent facilement se
maintenir à leurs places, dans de telles pro-
fondeurs, car il n'v a point de courant ou de
marée qui puisse les y déranger, et l'action
des vagues, si elle se fait ressentir jusque-là,
ne peut être que tout à fait insignifiante. La
pression entre ces deux li$nies doit varier
depuis près de 180 jusqu'à 285 livres envi-
ron par {lOuce carré , et cette pression ne
doit pas être trop forte pour un grand nom-
bre de mollusques, puisqu'on connaît des
poissons qui vivent sous des pressions beau-
coup plus considérables ; mais il ne faut pas
oublier que des mollusques organisés pour
supporter une pression de 200 livres par
pouce carré, doivent difficilement s'élever
jusqu'à des hauteurs où cette pression serait
de beaucoup inférieure.
On peut conclure a priori que les mêmes
espèces d*animaux marins ne doivent point
vivre, en général, à des températures ou des
profondeurs très-différentes. Cette conclu-
sion est tellement d'accord avec les faits ob«
serves, que nous pouvons en tirer encore la
conséquence que des températures égales ne
suffiront point pour re'xiMence d'un animal
marin quelconaue, s'il y a de grandes dif-
férences de profondeur; c'est - à -dire, qu'il
n'est point vraisemblable qu'un animal oui
vit sur les bas-fonds des régions plus froides
du globe, se rencontre sous les tropiques
dans des eaux ayant la même température,
mais à une beaucoup plus grande profon-
deur; et réciproquement, les animaux ma-
rins qui vivent sous les tropiques è des pro-
fondeurs considérables ne doivent guère
pouvoir exister sur les bas-fonds des zones
plus froides. Ainsi, loraque nous nous occu-
perons de la distribution des animaux ma-
rins à la surface du globe, nous n'aurons pas
à craindre d'être induits en erreur, parce
que des espèces que nous connaissons sur
les bas-fonds des climats tempérés, se trou-
veraient ailleurs à des profondeurs plus
grandes auxquelles nous ne pourrions les at-
teindre.
Puisque la tempéntore, la profondeur de
Teau, et la quantité d*air <fisséminé, ont une
si grande influence sur Texistouce des ani-
i\{
\NI
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
ANI
Ut
maux marins, on pourrait conclure que, tou-
tes choses égales d*ailleurs , on doit trouver
lès mômes es{)èces è des profondeurs déter-
minées et sous des latitudes semblables. Ce
H'est point là cependant ce qui s'observe
• dans la nature, où nous trouvons, è quelque
exception près , que des espèces fort diffé-
rentes se trouvent dans des conditions qui
paraissent identiques. En admettant donc
que les espèces sont des créations distinctes,
et non de simples modifications des genres,
en conséquence du temps et des lieux, on
arrive à conclure que 1 on ne trouve point
les mêmes espèces sous des conditions éga-
les ; et que les espèces ont été créées sépa-
rément suivant que les lieux qu'elles habi-
tent étaient appropriés à leur existence.
. Cette différence des espèces d'animaux ma-
rins dans des conditions semblables, en ce
qui regarde la température et la profondeur
de Teau, prouve combien il faut être circon-
spect, en jugeant des époques anciennes par
ce qui se passe de nos jours; lorsqu'on serait
tenté de décider a priori que deux couches
sont d'âge différent, parce qu'elles contien-
nent des fossiles marins différents; car, si
nous n'avons point de motif pour nous atten-
dre à trouver le même ensemble d'êtres or-
ganiques dans les conditions les plus favo-
rables à une telle identité, à plus forte rai-
son ne pourrons -nous trouver cette égalité
d'espèces dans des circonstances moins favo-
rables.
Que si nous passons des animaux marins
aux terrestres, nous voyons encore que les
mêmes conditions de climat et d* élévation
au-dessus du niveau de la mer, ne nous of-
frent pas généralement les mêmes espèces
d*animaux ou de plantes. Les uns et les au-
tres sont toujours admirablement organisés
pour les circonstances dans lesquelles ils se
trouvent placés, mais l'identité des espèces
n'est pas une conséquence de Tidentité de
ces circonstances. Sans doute que plusieurs
plantes peuvent s'accommoder à clés condi-
tions diuérentes, ainsi qu'on le voit dans nos
jardins ; et plusieurs animaux peuvent vivre
\ sous des climats très-différents , et passer
i des régions tempérées aux tropicales, ou vice
\ versa, Mais si l'on considère la chose en
grand, tout en admettant des éxecutions nom-
breuses, on peut dire que les plantes et les
animaux terrestres paraissent destinés à oc-
cuper les situations dans lesquelles on les
trouve, tout comme ces situations paraissent
destinées pour l'habitation des êtres organi-
ques qui les occupent. Ces êtres paraissent
(54) Nous ne prétendons nullement que la forme
des espèces ne puisse être forlenient modifiée par les
circonstances dans lesquelles elles se trouvent pla*
cées ; nous savons au contraire que c'est là un fait
bien constaté. M. Gray a démontré que plusieurs
des mollusques (animaux si importants en géologie)
■ peuvent changer l'épaisseur de leur test suivant
qu*ils vivent dans des eaux agitées ou tranquilles. Il
annonce que c les coquilles du buccinum undatum
et du buccinum striatum de Pennant, ne diffèrent
entre elles que parce que la première, formée dans
une eau agitée, se trouve être en conséquence
avoir été créés à mesure que les conditions
de leur existence se sont développées, sans
que ces conditions aient causé dans des ty-
pes déjà existants des modifications qui au-;
raient donné lieu à de nouvelles espèces.
Si l'ensemble de l'ofganisation animale et
végétale était aujourd'hui le même qu'il a'
toujours été, les espèces existantes, qui,
lorsque la surface des continents éprouva
des cnangements, peuplèrent les régions qui
venaient d'être émergées , durent arriver
d'autres localités dontlescirconstancesétaient
semblables ou différentes. Si ces circons-
tances étaient différentes, les es[^èces au-
raient donc la faculté de vivre sous des con-
ditions diverses; et si elles étaient les mê-
mes, il faudrait queTancienne et la nouvelle
localité fussent contiguës Tune à l'autre,
sans quoi les animaux ou les plantes au«
raiept dû traverser des régions qui ne leur
étaient point convenables.
Si un même ensemble d'organisation 'ani-
male et végétale avait donné lieu à toutes
les variations déforme qui se sont produites
à la surface de la terre durant le coups des
siècles, nous devrions nousattendre à trouver
une grande uniformité dans la distribution
de cette organisation, et les terrains fossi-
lifères de toutes les époques devraient of-
frir, pris en masse, une grande ressemblance
dans les débris organiques c^u ils contien-
nent. Or, comme cette qonlormité ne se
rencontre ni dans la distribution ae:tuelle
de la vie animale et végétale à la surface du
globe, ni dans les fossiles des couches de
Fécorce terrestre, nous sommes conduits
à admettre ou que le type originaire de
l'organisation animale et végétale a pu se
modifier pour s'adapter à tous les change-
ments survenus à la surface de notre pla-
nète depuis que la vie existe, ou bien qu'il
y a eu des créations successives à mesure
3u*il se présentait de nouvelles conditions
'existence, en sorte que tout lieu capable
d'entretenir la vie a été occupé par les êtres
appropriés h ce lieu. 11 y aura probablement
peu de personnes qui, voyant la beauté du
plan de la création, si apparente surtout
dans l'organisation des animaux et des vé-
gétaux, veuillent se refuser à admettre qu'il
y a eu une succession de créations à mesure
que de nouvelles conditions se présentaient
à la surface du globe, et qui préfèrent croire
Su'il y a dans la vie organique une capacité
e se modifier suivant les circonstances ,
capacité dont le résultat définitif serait de
convertir un polypier en un homme (34j.
épaisse, solide et pesante^ tandis que la seconde, qui
a vécu dans les eaux tranquilles des ports, v est
devenue légère, lisse et souvent colorée.» {PML
Tram,, 1833, p. 78i.)
Le même auteur remarque aussi que • les coquillef
qui présentent des varices brancbuesou dilatées, tel
les que les murex , sont sujettes à de grands change
ments suivant les circonstances dans lesquelles elles
se trouvent placées , ce qui j fait que plusieurs va
riétés, dues a des causes locales, ont pu être consi
dérées comme des espèces distinctes. Le murex an-
yuUfer n'est autre chose que le murex famosUê avec
ils
A^
ET DE PALEONTOLOGIE.
Am
tu
I II. Distribution des animaux marins et
des débris organiques^ par suite de soulève-
ment ou d'abaissement du fond de la mer. —
Puisque la vie animale et végétale est distrî-
buée, à la surface de notre planète, de telle
sorte que les mêmes conditions d*existence
n^offrent point nécessairement les mômes
espèces, il s'ensuit que les dépouilles orga-
niques qui peuvent se trouver enfouies dans
les coucnes qui se forment aujourd'hui ne
seront point nécessairement identiques,
même à latitude égale. La distribution des
espèces animales et végétales étant si variée,
aucun géologue ne peut s'attendre à trouver
une couche moderne caractérisée sur des
points éloignés Tun de Vautre par les mêmes
débris organiques, ce qui ne pourrait avoir
lieu que dans des circonstances très favora-
bles. Certes, personne ne serait surpris de
ne point trouver dans les couches qui se
forment aujourd'hui sur les côtes de la
Grande-Bretagne une seule espèce identique
avec celles des couches qui peuvent se lor-
mer aux Indes. Même à latitudes égales, on
ne peut s'attendre à ne trouver que des
espèces identiques dans les couches moder-
nes des côtes d'Afrique et d'Amérique, ou
d'Amérique et de l'Australie; encore moins
s'aitendra-t-on à ne découvrir que les mêmes
plantes et les mêmes animaux d/ins les dé-
pôts lacustres qui se forment aujourd'hui
dans ces diverses contrées, quelque identi-
ques que soient les climats des localités
qu'on voudra comparer entre elles.
Lorsqu'on examine l'hydrographie géné-
rale de notre planète, on est frappé de l'es-
pèce de bordure que les lignes de sondage
dessinent autour des continents. Cette bor-
dure est sans doute fort irrégulière, la limite
extérieure, c'est-à-dire le passage de la pro-
fondeur de 150 ou 200 brasses à la mer sans
fond f approchant quelquefois de la côte et
s*en éloignant ailleurs, suivant les diverses
combinaisons des circonstances locales. Ces
bordures présentent cependant un caractère
général d uniformité : elles constituent des
plaines fort peu inclinées, en général, qui se
continuent jusqu'à une profondeur qui est
entre 600 et 1,200 pieds, au delà de laquelle
il y a le plus souvent un passage brusque à
une eau beaucoup plus profonde.
Si toute l'étendue du fond où Ton est sur
la sonde était soulevée à la fois d'environ
100 ou 150 brasses, par un mouvement qui,
sans être assez brusque pour produire de
grandes vagues, le fût assez pourtant pour
empêcher la migration des mollusques et
des varices simples ; el les murex erinaceus^ torosus^
êmbcarinatu»^ ctn^uliferut^ tarentïnus et polygonus,
sont tiras des variétés d'une même espèce. Le murex
mojjfeiiamcutf lorsqu'on le trouve dans des eaux tran-
quilles, esl recouvert de larges expansions foliacées
ai^és, tandis que la même coquille, dans les mers
agitées, n*oflî'e aucune expansion et n*a que des côtes
croisées ; dans ces dernières localités elle atteint ra-
rement de grandes dimensions; mais* quand elle les
atteint, elle devient trés-solide et perd presque toute
a;^renee de stries. » (Ibid.)
Ces icodificaiions des coquilles, suiTani les con-
autres animaux qui vivaient sur ce iond,
tous ces êtres seraient détruits sur la surface
ainsi soulevée. Ceux qui seraient incapables*
de se déplacer rapidement périraient de
même, si le soulèvement était plus lent; car
ils ne pourraient atteindre la nouvelle ligne^
où ils trouveraient la pression et la tempé-
rature pour lesquelles ils sont organisés.
Que le lecteur examine maintenant quels
seraient les effets d'un soulèvement du fond
de la mer qui entoure la Grande-Bretagne,
qui porterait la ligne de 100 brasses au ni-
veau de la surface de la mer sur les ani-
maux marins, sur ceux au moins qui ne
Bourraient changer rapidement d'habitation,
n tel changement de niveau peut paraître
un trop grand événement aux personnes qui
ne sont point familiarisées avec les phéno-
mènes géologiques; mais l'étude de ces phé-
nomènes prouve d'une manière évidente que
de tels changements ont eu lieu souvent à
la surface du globe, que ce ne sont même
que des événements de peu d'importance
dans l'histoire de la terre : ils n'ont rien
d'extraordinaire aux yeux du çéologue; il
ne peut y avoir de doute que relativement à
la longueur du temps qu'a exigé le phéno-
mène. Mais, soit que le soulèvement eût lieu
graduellement, ou qu'il se fît d'un seul coup,
il y aurait de grands changements dans la
condition des animaux marins qui existent
maintenant sur la surface que nous suppo-
sons ainsi soulevée. Si le soulèvement était
tant soit peu brusque, de manière gue l'en-
semble des animaux qui vivent aujourd'hui
au fond de la mer ne pût parvenir a s'échap-
per, il y aurait une immense destruction
d'espèces, car le plus grand nombre de celles
qui sont particulières à la surface soulevée
périrait probablement. Il resterait de nom-
breux bassins peu profonds d'eau salée, dans
lesquels certaines espèces pourraient trouver
un refuge pour quelque temps encore
Les personnes qui ont vu la marée se reti-
rer sur des plages peu inclinées, et qui ont
observé la rapidité avec laquelle des sur-
faces étendues de sable ou de vase se trou-
vent à sec tout à coup, n'étant plus recou-
vertes que çà et là de petites flaques d'eau;
ces personnes concevront facilement qu'un
soulèvement du fond de la mer qui produi-
rait un retrait analogue des eaux ùterait à la
grande masse des mollusques, et même àr
quelques poissons, toute chance de salut. Et
pourtant le retrait de l'eau serait tel, que la
surface mise à sec ne serait pas plus ravinée
que ne le sont les plages de la mer lors du
ditions dans lesouelles les animaux ont vécu, sont
d*une fort grande Importance pour les géologues,
qvLÏ ne peuvent jamais connaître des mollusques fos-
sdes que la forme des coquilles. Et,, pour embar-
rasser encore plus leurs jugements, il parait que des
animaux différents peuvent habiter les mêmes co-
quilles. De tels exemples sont probablement fort
rares , mais suivant M. Gray, c les coquilles des
vatella et des lottia ne diffèrent aucunement dans
leur forme extérieure , et cependant leurs animaux
appartiennent k des ordres tout diflérents. >
115
ANI
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
ANI
lie
reQax. Saivant toute probabilité , le retrait
(les eaux pourrait être beaucoup plus rapide
encore sans que le fond de la mer fût en-
tamé. Il est peu de personnes qui se fassent
une idée exacte de Ja rapidité avec laquelle
la marée baisse sur certaines côtes; la rapi-
dité du reflux est assez connue^au contraire»
à cause des dangers qu'elle entraîne avec
elle. Nous demanderons donc que Ton me*
sure la rapidité des changements de niveau
relatifs du fond des mers, par celle avec la-
(pielle la marée monte sur les plages i>eu
inclinées. On concevra mieux ainsi combien
il serait difficile à la plus grande partie des
animaux marins de quitter leurs demeures
et suivre la marche des eaux; car on sait
que sur certaines côtes la rapidité du flux
est telle, que des hommes ont la plus grande
peine à atteindre le rivage, quoiqu'ils con-
naissent bien le danger qui les menace ; et
dans Quelques localités il faut toute la vitesse
d'un non cheval pour éviter d'être atteint
par les \açues. II importe de remarquer ici
S|ue les animaux marins seraient pris tout à
ait au dépourvu par le changement de ni -
veau que nous avons suppose, et qu'ils ne
sentiraient le danger que quand il serait
trop tard pour s'en mettre à 1 abri. Ceux qui
sont accoutuqiés aux grandes marées péri-
raient à coup sûr; car lorsque l'eau se reti-
rerait ils n éprouveraient aucune inquié-
tude, et ne chercheraient point à changer de
place avant le moment où la marée remonte
pabituellement.
Il est donc évident que si un changement
de niveau avait lieu dans la partie des mers
qui entoure la Grande-Bretagne, de telle
sorte que la ligne des 100 brasses vînt à la
surface de l'eau , il y aurait une gr^inde des-
truction d'animaux marins ; les espèces ap-
])artenant à la surface laissée à sec, et qui
n'ont point d'organes de locomotion tres'-
actifs, seraient surtout entièrement perdues;
et cela quand même le .retrait de la mer ne
serait pas plus rapide que celui qui a lieu à
la marée descendante. Que si quelques ani*
maux parvenaient à la limite de l'étendue
actuelle des sondes, la surface sur laquelle
ils pourraient s'établir serait tellement bor-
née (d'après la grande inclinaison du fond
près de la nouvelle côte), que, même en sup-
posant que toutes les circonstances appro-
priées à l'existence de ces espèces s'y pus-
sent trouver réunies sur certains points, il y
aurait un bien petit nombre d'animaux qui
sût reconnaître justement les points qui leur
seraient convenables.
Pa3sons maintenant à d'autres conséquen-
ces de ce changement de niveau autour de
)a Grande-Bretagne. Il resterait, sur plu-
sieurs points de la surface mise à sec, des
Vassins peu profonds, dans lesquels pour-
"saient se réfugier quelques animaux; mais
ces bassins auraient été habités auparavant
Dar d'autres animaux marins qui, si le cban-
^ment de niveau n'était pas très-considéra-
Me, pourraient continuer à y vivre, pour
quelque temps au moins. Que s'ils ne trou-
vaient plus dans ces bassins la profondeur
d'eau qui leur est nécessaire, ils périraient
probablement, et les bassins ne seraient
plus habités que par les animaux qui s'y
seraient réfugiés lors du soulèvement. Ces
bassins n'existeraient pas longtemps dans
leur première condition : la nouvelle sur-
face émergée se trouverait exposée à tous
les effets des actions atmosphériques. Les
rivières d'une partie de la France, celles
des lies Britanniques et des parties de TAI-
lemagne, de la Russie, de la Suède et de la
Norwégp, dont les eaux s'écoulent aujour-
d'hui vers la mer, qui serait desséchée alors,
devraient continuer leur cours jusqu'aux
nouvelles côtes, et se frayer un passage à
travers différentes parties des nouvelles
terres. Il y aurait d abord des inondations
considérables, par la difficulté de l'établisse-
ment des nouveaux lits des rivières, et il
s'ensuivrait une grande perle d'eau par éva-
poration ; mais, dans un climat tel que celui
sous lequel s'opérerait le changement de
niveau supposé, les eaux accumulées au-
raient bientôt creusé de nouveaux canaux
d'écoulement, et chaque rivière irait rejoin-
dre la mer en serpentant, suivant les acci-
dents du sol qui lui offriraient le moins de
résistance.
Une différence de niveau de 600 pieds sur
toute l'étendue ainsi soirievée tenorait sans
doute à changer le régime des eaux d'une
partie de l'Europe continentale, en suppo-
sant que le soulèvement fût en quelque
sorte local et que son effet se perdit à diffé-
rentes distances dans toutes les directions ;
mais une grande partie des eaux n'en coule-
rait pas moins vers l'Ouest, et les cours
d'eau qui s'établiraient sur la surface soule-
vée elle-même seraient assez considérables.
Plusieurs des bassins dont nous avons parlé
plus haut seraient traversés par des cours
d'eau cherchant à se rendre à la mer, et par
l'arrivée constante de cette eau douce, l'eau
des bassins deviendrait de moins en moins
salée ; car une portion du sel serait cons-
tamment entraînée à la mer dès que le trop-
plein de ces bassins parviendrait à se déver-
ser par-^dessus la partie la moins élevée de
leur bord. Quelques-uns de ces bassins de-
viendraient des lacs d'eau douce, et finiraient
par conséquent par être habités par les ani-
maux d'eau douce qui v seraient amenés
par les rivières ; car le changement de ni-
veau que nous avons supposé, ne serait pas
très-nuisible aux animaux terrestres et d'eau
douce. Ils pourraient bien avoir à transpor-
ter leurs habitations à des niveaux compara-
tivement inférieurs , mais il ne s'ensuivrait
aucune destruction d'espèces ; ils seraient
libres d'aller coloniser la surface nouvelle-
ment niise à soc , et toutes les analogies
nous portent naturellement à présumer que
leurs débris pourraient être ensevelis dans
les nouveaux dépôts lacustres,
Il est assez curieux de rechercher les ra-
ractères zoologiques que présenteraient les
assises de sable et de vase qui se trouve-
raient mises à sec. Les données des diver-
ses cartes des sondes indiquent que la nou-
m
ANl
ET DE PALEONTOLOGIE.
Am
lU
velle surface du sol serait variable dans ses
caractères roinéralosiques , mais qu*elle se-
rait surtout arénacée. Or, comme parmi les
animaux marins les uns préfèrent un fond
d'une certaine nature, d'autres un fond de
nature diverse, les zones de la vie sous-
marine , si nous pouvons nous exprimer
ainsi , ne devraient pas seulement corres-
pondre avec les zones d*égales pressions,
températures et autres circonstauces , mais
cette vie sous-marine, différerait encore
suivant la nature du fond dans chaque
zone. On aurait ainsi une surface sur re-
tendue de laquelle ont été ensevelis des
animaux contemporains, et dont les fos-
siles différeraient d'un point à un autre sui-
vant les différences de profondeur et de
température, et suivant la nature du fond.
Les nouveaux lacs contiendraient des débris
d*animaux et végétaux terrestres , fluviati-
les et lacustres, et Ton unirait par avoir des
couches caractérisées par ces débris repo-
sant sur des couches à fossiles marins, et çà
et là queloues assises intermédiaires conte-
nant des débris organiques provenant d*eaux
saumAtres, c'est-à-dire un mélange d'ani-
maux marins et d'eau douce qui auront pu,
jusqu'à un certain point, s'adapter au nouveau
milieu dans lequel ils se trouvaient trans-
portés, avant que les animaux marins eus-
sent entièrement disparu pour laisser la
8 lace exclusivement aux animaux d'eau
ouce.
Si le changement de niveau était tel que
la nouvelle côte s'élevAt tant soit peu brus-
quement, ne fût-ce que de quelques pieds,
au-dessus du niveau de l'océan, les brisants
entameraient bientôt et feraient reculer cette
côte, donnant lieu à des falaises qui , quoi-
3 ne peu élevées d'abord, le deviendraient
avantage à mesure gue les envahissements
de la mer s'avanceraient vers l'intérieur du
continent. Si, au contraire, la nouvelle côte,
an lieu de s'élever d'une manière abrupte,
se prolongeait sous la mer en une plage peu
inclinée , l'action de l'eau donnerait lieu à
des amoncellements de sable ou à des dunes
semblables à celles des basses terres de l'Eu-
rope occidentale, depuis le nord de la France
jusqu'au Danemark, ou à celles qui séparent
les sables des Landes de la baie de Biscaye.
D'arrière ces dunes il se formerait des étangs
pareils à ceux qu'on trouve aujourd'hui dans
des positions analogues , et dans ces étangs
il se formerait des dépôts d'une nature ana-
lo^e, et avec des fossiles analogues à ce qui
a lieu de nos jours.
11 est évident que les effets généraux de
destruction d'espèces , produits par un sou-
lèvement du fond des mers, seront d'autant
moins considérables mie le changement de
niveau s'opérera à plus petits coups; en
sorte que , si le soulèvement total résultait
d'une action n'ayant pas une énergie plus
^nde que celle qui se manifeste de nos
jours dans le golfe de Bothnie, il pourrait n'y
avoir aucune destruction d'espèces ; car les
animaux vivant sur les bas-fonds se retire-
raient graduellement avec les eaux, de façon
qu'il y aurait une migration générale dec
animaux marins vers la haute mer, chaque
espèce en particulier conservant les mêmes
positions relatives en ce qui concerne la
pression de l'eau , la température et les au-
tres conditions d'existence. Les résultats
géologiques de ce mouvement seraient pour-
tant fort remarquables; et pour s'en convain-
cre, que l'on suppose que le retrait de la
mer se soit ainsi continué progressivement
jusqu'à la limite des sondes, de sorte que la
ligne des cent brasses forme les côtes de la
nouvelle mer. La surfiice soulevée serait re-
couverte sur des étendues très-considéra-
bles, par des débris d'espèces littorales sem-
blables, laissés au fond de la mer et enveloppés
par les dépôts formés au fur et à mesure du
retrait des eaux. Ces dépôts ne seraient évi-
demment point contemporains, mais ils n'en
' seraient pas moins caractérisés par des débris
organiques semblables. Ils reposeraient sur
d'autres dépôts , ayant la même origine, qui
seraient caractérisais par des fossiles identi-
ques entre eux, mais différents des premiers,
puisqu'ils appartiendraient à des animaux
ayant vécu dans des mers plus profondes.
Si, au lieu du changement de niveau que
nous avons supposé mettre à sec une éten-
due considérable du fond de la mer, il s'é-
tait fait sur cette même étendue un abaisse-
ment de Cent brasses, de sorte que la ligne
des cent orasses se trouvât recouverte de
deux cents brasses d'eau , et ainsi de suite
pour tout le fond do la mer, on aurait des
effets inverses des précédents. Nous avions
supposé d'abord que le soulèvement était le
plus grand sous les lies Britanniques: nous
supposerons de même que rabaissement
soit plus profond sur le même point, et
qu'il diminue à mesure qu'on s'écartera de
ces lies comme centre. Si l'abaissement se
faisait avec lenteur, on ne voit pas de raison
pour qu'il y eût des espèces détruites, car
elles pourraient facilement se transporter
ciu niveau qui leiur est convenable. Une
grande partie des lies Britanniques serait
submergée, ainsi qu'une étendue considé-
rable de l'Europe occidentale, en supposant
même que la dépression de la surface ne s»
terminât point par un amincissement près»
que insensible. 11 s'ensuivrait nécessaire-
ment de grands changements physiques,
surtout par l'action des vagues et des ma-
rées sur les parties du sol actuel qui s'élè-
veraient à la surface de l'eau en formant des
lies nombreuses. Des dépôts de détritus
tendraient à combler les dépressions, et il se
{produirait en conséquence de grands en-
ôuissements de débris animaux et végé-
taux.
Dans ces circonstances un grand nombre
de dépôts fluviatiles , lacustres et d'embou-
chure , se trouveraient recouverts par des
formations marines, et le passage entre ces
dépôts se ferait plus ou moins brusquement,
suivant que le cnangement de niveau aurait
été plus ou moins rapide ; dans le cas d'un
abaissement progressif , il pourrait souvent
y avoir transition entre les animaux d*eau
IQ
ANI
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
AN
fSO
douce et les marins ; dans le cas contraire,
le changement d'un d(^pôt à l'autre se ferait
d'une manière presque tranchée. 11 y aurait
an fond de la mer, antérieur au soulève-
ment, un mouvement général des animaux
marins, qui s'approcheraient des nouvelles
côtes pour y chercher les conditions néces-
saires à leur existence , et de cette manière
les restes des animaux vivant dans les eaux
profondes se trouveraient recouvrir ceux des
animaux habitant de moindres profondeurs,
2ui avaient été déposés lorsque les eaux
taient moins profondes.
Les animaux marins ne seraient point af-
fectés par ce changement de niveau ; mais il
en serait autrement des espèces terrestres
animales et végétales , et dans quelques cas
aussi des espèces vivant dans les eaux dou-
ces. La zone inférieure de la végétation de
l'ancienne côte serait ensevelie en quelque
sorte dans les couches qui se formeraient le
long du nouveau rivage, à moins qu^ les
vagues, les marées et les courants n'eussent
tout enlevé lors de l'enfoncement des terres.
Si les eaux s'étaient élevées rapidement, la
végétation des zones inférieures serait dé-
truite en grande partie : mais les graines
seraient probablement rejetées sur le rivage,
en sorte que les côtes des nouvelles îles pré-
senteraient une végétation approchant beau-
coup de celle qu'on trouve aujourd'hui sur
les côtes des îles Britanniques. Cependant,
comme ces îles auraient 600 pieds de moins
d'élévation, on devrait s'attendre à quelque
différence dans la végétation des régions éle-
vées, surtout d'après le changement de cli-
mat qui aurait lieu dans toute l'Europe occi-
dentale, par suite de la variation dans l'éten-
due relative des terres et de la mer, et dans
la hauteur des terres au-dessus du niveau
de locéan. Les animaux terrestres auraient
aussi à s'adapter aux nouvelles circonstan-
ces dans lesquelles ils se trouveraient placés ;
une grande partie d'entre eux seraient né-
cessairement détruits, sans qu'il y eût pour-
tant un grand nombre d'espèces perdues.
Gomme les parties plus basses du sot des îles
Britanniques sont occupées principalement
par des marécages qui seraient les premiers
envahis par la mer» les animaux qui vivent
dans ces marais auraient à changer leur sta-
tion, pour se mettre à l'abri non^seulement
de l'inondation marine mais encore des
animaux voraiîes qu'apporterait cette inon-
dation. Ils trouveraient difficilement des
stations qui leur fussent convenables , à
moins que l'abaissement du sol ne fût si
lent que de nouveaux marécages pussent se
former au fur et à mesure ; ce qui est peu
probante, vu la lenteur avec laquelle les
marécages actuels paraissent se propaser
dans. les circonstances les plus favorables.
En tout cas la surface des terres serait de
beaucoup diminuée, et la même Quantité
d'animaux ne pourrait y trouver la place né-
cessaire; il y aurait luttes d espèces contre
espèces (abstraction faite du pouvoir de
l'homme, car dans cet état de choses imagi-
oaire, nous voulons retracer ce qui a pu se
passer lors d'événements géologiques acité-
rieurs à son existence); l'espèce la plus fai-
ble devrait céder, et il pourrait y avoir ainsi
extermination de quelques espèces h la sur-
face des nouvelles îles.
Nous avons longuement insisté sur les
conséquences qui suivraient certains chan-
gements de niveau relatif entre la terre et la
mer dans les régions indiquées, -parce que
ces conséquences peuvent nous aider dans
l'explication de plusieurs phénomènes géo-
logiques, surtout en ce qui concerne les ter-
rains fossilifères. Nous observons dans ces
terrains des changements tantôt tranchés,
tantôt extrêmement graduels dans les carac-
tères zoologiques ou botaniquesdes couches ;
et ces changements ne sont souvent accom-
pagnés d'aucun signe de passage violent des
eaux au-dessus des couches inférieure^s. Sans
doute, il existe plusieurs localités dans les-
quelles on reconnaît que la surface des cou-
cher inférieures aélé fortement ravinée avant
Je dépôt des supt'rieures; mais on voit très-
souvent aussi des changements complets ou
presque complets dans la nature des débris
organiques, sans qu'il y ait aucune trace
d'une dénudation des couches inférieures
avant le dépôt de celles qui les recou-
vrent.
On sait que certaines espèces de coquilles
sont communes aux côtes de TEurope occi-
dentale et de l'Amérique orientale , d*où il
suivrait que les dépôts qui se formentactuelle*
ment sur les côtes opposées de l'océan At-
lantique peuvent contenir quelques espèces
identiques de fossiles. Dans ce cas on aurait
des dépôts contemporains qui, quoique fort
éloignés , présenteraient quelques fossiles
communs. Ces dépôts ne sont évidemment
point contigus ; ils ne font simplement
gu'une partie de la bordure que forment les
fonds où l'on est sur la sonde le long des
côtes des deux continents ; car les deux ri-
vages sont séparés par de. grandes profon-
deurs d'eau, au fond desquelles les animaux
des coquilles en question ne sauraient exis-
ter. Ce fait nous apprend qu'il peut exister
dans deux localités différentes des circons-
tances égales sous le rapport de la pression
de l'eau ambiante, de la température, de la
lumière, de la nourriture et de l'air dissémi-
né, en sorte que les œufs des animaux ma-
rins étant transportés par les agents naturels
d'une de ces localités à l'autre, les dépôts
qui s'y forment actuellement peuvent, quoi-
que séparés l'un de l'autre, contenir quel-
ques débris organiques d'espèces identiques.
Les mêmes effets, è circonstances égales,
auront plus facilement lieu à de plus petites
distances; et moins la distance sera considé-
rable, plus il y aura de probabilité que les
deux dépôts aient des caractères écologiques
semblables.
Nous avons fait voir déjà comment, dans
la supposition d'un soulèvement de 600 pieds
du fond de la mer qui entoure les lies Bri-
tanniques, on pourrait avoir, si te soulève-
ment se faisait d'une manière lente et pro-
ISl
APT
ET DE PALEONTOLOGIE.
APT
Itti
gressive, des dép6ts d'âges divers caracté-
risés par dès débris organiques semblables,
llous allons maintenant considérer la chose
sous un autre point de vue. Supposons deux
côtes se trouvant sous les mêmes conditions,
mais l*une sujette à des oscillations qui la
soulèveraient ou l'abaisseraient relativement
au niveau de la mer, Tautre immobile ; on
aura alors sur chacune de ces côtes des ré-
sultats tout différents l'un de Tautre. L'un
des dépôts contiendra des fossiles exclusive-
ment marins, tandis que le dépôt contem-
porain de la côte opposée pourra présenter
une grande variété, non-seulement dans la
nature des fossiles, mais encore dans la
composition minéralogique des couches qui
les contiennent. Il pourrait arriver aussi
au'une espèce se trouvât détruite s\ir l'une
es côtes, tandis qu'elle continuerait à exis-
ter sur l'autre. On aurait donc là f>eu «ou
point de ressemblance entre les fossiles de
co iches contemporaines, quoique s'il ny
avait point eu d oscillations du sol sur un
point, tandis que la côte opposée restait im-
mobile, les conditions de température, de
pression d'eau, de lumière, de nourriture,
ei la facilité de se procurer de l'air, eussent
été telles que les fossiles des deux localités
auraient dû jusqu'à un certain point être
semblables.
ANIMAUX MARINS, leur répartition géo-
graphique, et isotherme. Voy. Cocchbs sédi-
XETiTAiiiEs, art. I.
ANIMAUX MORTS, leur distribution dans
les couches sédimentaires marines. Yoy.
COCCBBS SÉDIMENTAIRES, art. I.
ANIMAUX PÉLAGIENS, COTEERS. Yoy.
COCCHES SÉDIMENTAIHES, art. I.
ANIMAUX TERRESTRES, leur distribu-
tion dans les couches fluvio-terrestres. Voi\
G>CCHB8 SÉDIMENTAIRES. art. II.
ANNÉUDESou Vers a sang rougb. — Les
annélides appartiennent à la première classe
de l'embranchement des animaux articulés.
Si nombreuses qu'aient été iadis les espèces
d'annélides dépourvues dune enveloppe
pierreuse , ces vers nus n'ont pu laisser que
peu de traces de leur existence, si l'on en
excepte les trous qu'ils ont creusés , et les
petits tas de sablesou les déjections vaseuses
qu'ils ont rejetés à rorifice de ces trous.
Les serpnles fossiles, que l'on rencontre
dans presque toutes les formations , depuis
les périodes de transition jusqu'à l'époque
actuelle, nous fournissent d'abondantes
preuves de l'origine reculée et de la conti-
nuité d'existence non interrompue de l'ordre
auquel appartiennent les annélides, qui
viveut dans des tubes calcaires
ANOPL0TH£RIUM. Voy. Mammifères.
ANTHRACITE. Voy. Y Introduction.
ANTHIIACOTHERIUM. Voy. Mammifères.
APTIEN( ÉTAGE).— Deuxième étaze des
terrains crétacés et le dix-huitième de l'é-
dielle totale des formations géologiques. Ap-
ti€% dérive d'Apt {Apta Julia) viUe clu dépar-
tement de Yaucluse, aux environs de laquelle
se montre le plus grand et le plus beau type
de rétage. C'est aussi Yargile à plicalules^
le fer oolUhiqutj les argiies roses et mar^
brées^ etc.
L'étage aptien est presque aussi développé
que l'étage néocomien, puisqu'on le trouve
sur une partie de l'Europe et sur le conti-
nent américain (détroit de Magellan). Pres-
que partout, l'étage aptien repose en cou-
ches concordantes sur l'étage néocomien.
C'est ainsi que nous le trouvons autour du
bassin parisien, dans les départements de la
Hante-Marne, de l'Aube, de TYonne, dans
le pays de Bray et en Angleterre. Dans le
bassin méditerranéen, il en e-st de même
dans les départements de Vaucluse, des Bou-
ches-du-Rhône , et des Hautes et Basses-
Alpes. Il ne peut donc y avoir aucun doute
pour personne qu'il ne succède régulière-
ment dans Tordre chronologique à l'étage
néocomien, qu'il recouvre (lartout, sans in-
termédiaire, et dont il suit souvent les al-
lures.
Nous croyons pouvoir évaluer l'épaisseur
des couches aptiennes dans les Basses-Alpes,
et surtout à la Bedoule, à près de 200 mètres.
Caractères paléontologiques. — Dans son
ensemble, la faune de l'étage aptien présente
tous les caractères généraux de la faune de l'é-
tage néocomien ; on voitque c'est la continua-
tion des mêmes genres, è côté d*une disparité
presque complète des espèces. Voici ses ca-
ractères différentiels :
Outre les 20 genres que nous voyons naître
et s'éteindre dans l'étage néocomien, sans
passer à l'étape aptien, nous avons encore
\h genres qui s'éteignent dans Tétage néo-
comien, et peuvent dès lors donner des ca-
ractères négatifs pour l'étape aotien; en
tout : 3i genres.
Les limites négatives que nous donnent
les genres entre l'étage aptien et l'élage al-
bien, qui se suivent dans TorJre chronolo-
gique, sont composées de 16 genres qui man-
quent encore dans cet éfage et ne paraissent
3ue dans le suivant. Nous aurions donc,
ans rétat actuel de la science, 50 genres
Pouvant donner des caractères négatifs pour
étage aptien.
Pour distinguer l'étage aptien de l'étage
néocomien, nous n'avons que les 5 genres
suivants, qui, inconnus à l'étage néocomien,
Faraissent, au moins aujourd'hui, être nés à
étage aptien seulement. Parmi les poissons,
le genre macropomia ; parmi les céphalopodes,
le genre conoteuthis; parmi les gastéropodes^
le genre vermetus: parmi les échinodermes,
le genre decameros; parmi les zoophytes, le
genre tetraccenia.
Deux genres, nés et morts dans l'étage
aptien, peuvent nous donner des caractères
positifs pour le distinguer de l'étage albien,
où ils ne paraissent pas exister : parmi les
céphalopocfes, le genre conoteuthis; (mrmi
les zoophytes, le genre tetracœnia. Ajou-
tons-y les genres toxoceras et orbiculotdea^
qui cfisoaraissent encore oour touiours dan5
m
APT
DICTIOISNÂIRE DE COSMOGONIE
APT
m
cet étage, sans passer au suivant. Le mau-
vais état de conservation de beaucoup de
corps organisés de cette époque est sans
doute cause, autant que le manque de re-
cherches spéciales, du petit nombre de
genres caractéristiques, car la faune spéci-
nque est parfaitement distincte.
Les animaux mollusques et rayonnes nous
offrent seuls, sans les animaux vertébrés, le
nombre de 156 espèces. Sur ce nombre, si
nous dlons les 7 espèces mentionnées à ré-
tage néocomien comme se trouvant aussi
dans Tétage aptien, et le plicatula radiola^
que nous avons rencontré encore dans l'étage
albien, nous aurons li8 espèces caractéristi-
ques de cet étage , qui, sur tous les points
connus, se retrouvent chaque fois qu'on re-
marque le même faciès de dépôt.
Chronologie historiaue. — Nous attribuons
à une perturbation géologique la fin de l'é-
tage néocomien marquée par l'anéantisse-
ment de 3k genres et de Skk espèces d'ani-
maux mollusques et rayonnes de cette épo-
que. Ce n'est probablement que longtemps
après que sont nés, avec l'animalisation de
cette nouvelle époque, les 5 genres que nous
voyons pour la première fois dans l'étage
aptien, en même temps que les itô espèces
qui y sont caractéristiques.
Les mers ont en tout des circonscriptions
identiques à l'époque néocomienne dans les
bassins anglo-parisien et méditerranéen; de
même, la partie occidentale du bassin anglo-
parisien comprise entre les côtes du Calva-
dos et la Loire, n'a pas reçu les mers an-
tiennes, pas plus que le bassin pvrénéen. Le
lambeau d'étage rencontré dans le détroit de
Magellan annonce, ])ar des fossiles identi-
ques, une mer cemmuniauant directement
avec les mers aptiennes d Europe.
Par la même raison ]çs continents étaient
les mêmes qu'à l'époque néocomienne.
Les mers, a i'exceplion de quelques çenrcs
de poissons, de mollusques et d'animaux
rayonnes inconnus à l'étage néocomien, pa-
raissent avoir eu icur faune, peu différente
pour sa composition, également peupiée de
nombreux et singuliers céphalopodes, parmi
lesquels nous signalerons le conoteiithis ^
animal intermédiaire entre la bélemnite et
les ommastrèphcs , et spécial à cet étaire.
Nous y voyons naître encore les comaluTes
du genre aecameros et les vermeluss
Quant aux continents, les nombreux dé-
bris de bois qu'on rencontre dans les cou-
ches nous donnent la certitude qu'ils étaient
peuplés de végétaux. Il y avait aussi des
plantes conifères, car M. d'Orbigny a com-
muniqué à M. Brongniart un véritable pinus
très-remarquable par son cône long de 25
centimètres et large de ^, que M. Tombeck
a rencontré dans le lit de la Marne, près de
Saint-Dizier ( Haute-Marne h le pinus elon
gatus.
Les espèces identiques que nous voyons
exister dans l'hémisphère sud, au détroit de
Magellan et en France, doivent faire croire
qu'elles vivaient sur toute la surtace com-
orise entre ces deux iioints. Dès lors, on doit
supposer qu'elles habitaient la zone torride
et les deux hémisphères jusqu'aux répons
tempérées ; ce qui annonce que les lignes
isothermes actuelles n'existaient pas.
C'est peut-être à cette époque que la partie
sud de la Cordillère des Andes, dirigée du
N. 30" O. au S. 30" E., aura pris son relief;
au moins croyons-nous oue les dernières
couches disloquées dépendent de l'étage ap-
tien. Dès lors, nous aurions le moteur de la
perturbation géologique qui a déterminé le
mouvement dans les eaux, dont nous avons
pour preuves les grès supérieurs sans fos-
siles, l'anéantissement et les limites de la
faune aptienne.
APTYCHUS, Meyer {Triqonettiles de Par-
kinson). — Genre de cirrnipèdes fossiles.
« C'est , dit M. d'Orbigny, l'un des fossiles
qui a été le plus balloté par les auteurs , mais
sur^e véritable classement duqupl il ne nous
reste aucun doute. MM. Bourdet de la Nièvre
et G.-B. Sowerby en avaient fait des mA-
choiresde poisson, et le premier les appelait
des ichthtfosagones. De ce qu'on trouvait
quelquefois des aptychus dans la dernière
loge des ammonites, MM. Ruppell et Woltz
ont conclu qu'ils étaient des opercules d'am-
monites. M. Deshayes croyait aussi qiie ce
devaient être des parties intérieures de l'a-
nimal des ammonites. M. Hermann de Meyer
croit que ce sont des coquilles intérieures
de l'animal de mollusques. M. Coquand les
réunit au genre teudopsiSf en faisant des
deux valves un seul tout, analogue à l'osselet
intérieur des calmars, parmi les cépbalo-
Eodes acétabulifères. MM. Schlotheim , Par-
inson et Deslongchamps les placent comme
des coquilles bivalves , dans les mollusques
lamellinranches. Pour nous, nous n'en faisons
ni un poisson ni un mollusque, nous le
mettons avec les animaux annelés. Cette
opinion est basée sur la comparaison rigou-
reuse du fossile et sur les circonstances dans
lesquelles il se trouve.
« La comparaison des Aptychus avec les
séries animales auxquelles ils ont été rap-
portés par les auteurs cités ne soutient pas
un mûr examen.
« Cène sont assurément pas des mâchoires
de poissons. L'idée d'en faire des opercules
d'ammonites était contraire aux observations
zoologiques des êtres les plus voisins, les
nautiles, et n'était due au'à la jonction for-
tuite de ces deux corps. La réunion des ap-
tychus aux teudopsis n'est pas plus admis-
sible, puisqu'il y a bien réellement deux
pièces distinctes, et que, du reste, l'épais-
seur de VA. lœvisy par exemple, exclut tout
à fait ce rapprochement. Il sufQt également
de voir ce genre pour s'assurer qu'il ne
peut être un mollusque lamellibranche. La
comparaison la plus artificielle amène, au
contraire, à considérer les aptychus, non
pour aes valves operculaires d'une balane,
mais pour des représentants à deux taJtes
seulement j des anatifa^ qui en ont cinq.
Bien qu'on n'eût attacné aucune importance
h 1 opinion de Scheuchzer et do Knorr, qui
réunissaient les aotychus aux anatifes, on
ISS
API
ET DE PALEONTOLOGIE.
ARA
ItS
Toit que nous nous rangeons à cette judi-
cieuse opinion , qui esfla meilleure» puisque
nous considérons les aptjchus comme un
genre à deux yalves voisins des anatifes.
Qu'on place, par exemple , une valve d'ap-
tVelius àcAié oe la grande valve d'un anatire,
ei Ton s'assurera, tout de suite, que la
forme est identique; que même, ainsi que
chez ces animaux, les valves sont tantôt
testacées, tantôt presque cornées: que de
même la forme esttrigone;que, de ces trois
côtés , Tun parait avoir été enchâssé dans les
téguments; que Tautre est tronqué, taillé en
biseau en dedans , et arqué pour laisser sortir
les bras; que le troisième montre encore un
fort bâillement, et de plus, la facette où le
pédoncule devait s'insérer. Du reste, cer-
taines espèces montrent un rebord extérieur
i cette partie, analo^e à ce qae nous voyons
chez quelques anatifes, ou même les im-
pressions d'attaches intérieures du pédon-
cule. 11 n*est pas jusqu*à la composition po-
reuse et les ligues internes de certains apty-
dius, qui ne soient identiques à quelques
espèces de eyprij, crustacés à deux valves,
comme l'âge embryonnaire de tous les cir-
rfaipèdes. De ces considérations et de beau-
coup d'autres aue nous ne pouvons examiner
ici , nous concluons qu'on ne peut pas placer
les aptychus ailleurs qu'à côté des ana-
tifes.
« 11 est dans la science des faits importants
qui n'en restentpas moins toujours inconnus
aux observateurs de cabinet, tuais qui appar-
tiennent 9n domaine des naturalistes ca(!ables
de risquer jusqu'à leur existence pour élar-
(pr le cercle de leurs études. Nous voulons
parler de la présence des aptychus dans les
ammonites, ce qui les avait fait prendre
pour des parties internes de céphalopodes,
tandis quelle n'était ou'une circonstance
dépendante du mode d existence ordinaire
de ces animaux considérés comme des cir-
rhipèJes analifidées. Tous les voyageurs sur
mer savent que les anatifes d'aujourd'hui se
filent sur les corps flottants de toute nature.
Les navires non doublés de cuivre en ont au
niveau de la flottaison ; tous les morceaux
de bois, les plumes, pris à la surface des
mers, sont couverts de ces animaux pa-
rasites; et chaque fois que dans TOcéan
atlantique , entre TAfrique et TAmérique,
nos filets de traîne apportaient des coquilles
de gpiruleê^ corps floiieurs par excellence ^
eîUs élaieni toujours couvertes d^anatifes. Ce
fait actuel, comparé aux faits passés, nous
a expliqué pourauoi les ammonites flottantes,
comme les spirules, renferment desaptychus.
Cette réunion, qui a paru si extraordinaire,
et qui a conduit à des considérations »
étranges, devenait, au contraire, indépen-
damment des formes , le plus puissant argu-
ment, pour prouver Tanalogie que nous
avons siçnalee. Où trouve-t-on, en effet,
les aptvcnus fossiles ? presque toujours sur
des points littoraux des anciennes mers, où
ils ont été déposés avec tous les corps flot-
teurs, le bois , et surtout les conuilles flot-
tantes, telles que les nautiles et les ammo-
nites. Il n'est donc pas étonnant que l'ammo-
nite , qui était prooablement couverte exté-
rieurement de ces animaux parasites, en
contienne aussi quelques-uns dans la vaste
cavité formée par la loge où était contenu
l'animal ; et que ceux-ci, abrités de tous les
chocs et des agents de destruction , se soient
conservés mieux que partout ailleurs. On
voit que la comparaison zoologique et les
faits généraux d observation viennent ici se
corroborer, pour éclai«"cir la question la plus
controversée. » (I^'Orbigny.)
ARACHNIDES. — Dans les relations géné-
rales qui subsistent maintenant entre les
deux règnes animal et végétal, les plantes
terrestres ont avec les insectes de telles con-
nexions , que chaque espèce des premières
peut être considérée comme une nourriture
préparée pour trois ou quatre espèces d'in-
sectes.
Nous serions donc déjà conduits à con-
clure, a priori f et avec un haut degré de
[probabilité, en vertu de ce principe dont
'action tend sans cesse à maintenir à la sur-
face du globe la plus grande masse de vie
possible, que cette masse énorme de végé-
taux terrestres que nous trouvons conservée
dans les couches carbonifères, offrait les
mêmes relations, comme base de Talimen-
tation avec les insectes de cette époque recu-
lée, qu'ont encore les végétaux modernes
avec c^tte classe, la plus nombreuse parmi
les animaux terrestres, actuellement exis-
tants.
Si de même nous étudions les lois de co-
ordination qui dirigent à Tépoque actuelle
l'accroissement numérique des insectes, en
lui donnant pour régulateur l'action des
arachnides carnivores, nous serons conduits
à penser que des araignées et des scorpions
furent employés à i-emplir les mêmes fonc-
tions pendant toute la durée des époques
géologiques où nous trouvons des preuves
d'un grand développi^ment des végétaux
terrestres.
Quelques découvertes récentes sont ve-
nues confirmer ces analogies de toute la
valeur d'une observation actuelle. L'ordre
le plus élevé des arachnides, celui des arach-
nides pulmonaires, se partage en deux
Srandes familles, celle des araignées et celle
es scorpions ; et nous avons des preuves
certaines que des débris appartenant à l'une
et l'autre , se rencontrent dans des terrains
stratitiés d'une très-haute antiquité.
ARAGO, ses idées sur la nature des né-
buleuses. roy.NÉBt'LEUSES.
ARAIGNÉES. — Bien que l'on n'ait jus-
qu'ici rencontré d'araignées dans aucun ter-
rain aussi ancien que la série carbonifère,
l'existence d'insectes dans cette série en
même temps que scorpions, rend fort
probable qu à ces derniers fut associée la fa-
mille des araignées, qui en est si voisine,
dans les fonctions de réduire à de justes li-
mites les tribus d*insectes qui existaient à
cette époque , et que Ton y en découvrir*
157
B4C
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
BAI
129
des restes fossiles avant qu il soit long*
temps (35):
La découverte qu'à faite le comte Munster,
de deux espèces d araignées, dans le calcaire
lithographique de Solenhofen, prouve que
cette famille existait aui époques jurassiques
des formations secondaires. M. Murchison
et M. Marcel de Serres ont aussi rencontré
des araignées fossiles dans les terrains ter-
tiaires deau douce, des environs d'Aix, en
Provence.
ARDUINO. oy. Géologib.
ARGENT. Yoy. Y Introduction.
ARGILE. Voy. V Introduction.
ARGILE PLASTIQUE. Voy. Suessonien.
ARGILE DE LONDRES. Voy. Parisien.
ARGILE DE DIVES. Voy. Cajllovien.
ARGILE D'HONFLEUR. Voy. Kimmérid-
6iEy
ARGILE A PLICATULES. Voy. Aptïen.
ARISTOTE, son système. Voy, Géologie.
ASTÉROÏDES. — C'est un ordre d'échi-
nodermes, embranchement des zoôphites.
Corps steiliforme, déprimé, pourvu de cinq
ou plus de bras creux, qui ne sont que la
continuité du corps et aident à contenir les
viscères. Une bouche , servant en même
temps d'anus; des pédicules respiratoires
rétractiles. Charpente osseuse testacée exté-
rieure, composé:? de plaques solides , plus
ou moins espacées, cfont le nombre et la
forme sont très -variables et portent des
épines testacées; une plaque madrépori-
forme ; la bouche est plantée au centre infé-
rieur, point de réunion de sillons qui
occupent la face inférieure des bras, et
où sont placés les pédicules. Tous les asté-
roides^ sans exception, se tiennent la bouche
en bas, et rampent ainsi sur le sol. Exem-
ple : l'étoile de mer.
Nous nous bornerons à dire que le pre-
mier genre connu s'est montré avec la pre-
mière animalisation du globe, à l'étage silu-
rien. On connaît 1 genre dans les terrains
paléozoïques, 1 dansles terrains triassiques,
d dans les terrains jurassiaues , 3 dans les
terrains crétacés, 1 dans les terrains ter-
tiaires, et le maximum existe dans tes mers
actuelles : ainsi les astéroïdes seraient tou-
jours dans une large voie croissante de dé-
veloppemeut générique, si nous connaissions
toutes les espèces fossiles, mais tant de causes
de destruction ont pu les anéantir, que ces
données sont peu certaines.
ASTROGAmE, Voy. Méray.
ATLANTIDE. Qu'était-ce ? Voy, Klee.
ATMOSPHÈRE DES PLANETES. Voy,
Matières élémentaires du globe terrestre.
ATTRACTION, origine et nature de cette
force. Voy. Laplace et Cosmogonie.
AVICENNE. Voy. Géologie.
AXE, celui de la terre a-t-il été déplacé.
Voy. Klee.
B
BACULITES. — De même que dans cer-
taines roches de transition le genre ortho-
cératito nous représente, pour ainsi dire, les
nautiles à l'élat de redressement, nous ren-
controns, dans la formation crétacée seule ^
ment, un genre que l'on pourrait considérer
comme une ammonite redressée.
Les baculites ont reçu ce nom à cause de
leur ressemblance avec un bâton droit; ce
sont des coquilles coniques allongées et sy-
(55) L'animal trouvé par M. W. Austice, dans 1«
minerai ferrugineux de Coalbrook Dale, avait été
désigné par M. Prestwicli, comme étant, selon toute
apparence, une araignée. (Magas. phii.j mai 1854,
l. IV, p. 576.) M. Burkland Ta observé depuis, et fait
voir que c'était un insecte de la famille des curru-
lionides. A lepoqne où il fut figuré, et où on le regar-
dait comme une araignée, la téta et le corps étaient
encore recouverts par du minerai ferrugineux, et
son apparence extérieure avait en effet lieaucoup
de rapport^ avec un animal de ceUe famille.
M. Prestwich annonce aussi avoir découvert dans
la même formation an insecte coléoptère que
nous ferons connaître comme devant être vraisem-
blablement rapporté à cette même tribu des cur-
culionides. Il n'est guère possible de déterminer
avec certitude la nature des animaux du schiste
carbonifère, qui ont été grossièrement figurés comme
des araignées et des insectes, par Lhwyd {Ichnograp,,
pi. iv), et copiés par Parkinson {Organic Remains,
t. III, pi. XVII, fig. 3, 45 et 6) ; mais les découvertes
lecentcs que Ton a faile> à Coalbrook -Dale donnent
métriques, déprimées latéralement et parta-
gées en des cliambres nombreuses par des
lames transversales sinueuses comme celles
des ammonites, et terminées de même, aussi
à leur jonction avec la coquille externe, par
des dentelures festonnées qui les partagent
en des lobes et en des selles dorsales, ven-
trales et latérales, toutes pareilles à celles
des ammonites (3()).
BAJOCIEN (ÉTAGE). — Quatrième étage
beaucoup de probabilité à Topinion de ces deux au-
teurs : Scripsi olim suspicari me araneornm quorun-
dam icônes^ una cum lithophytis in schisto carbonaria
observasse ' hoc jam ulteriore experientia edoctus
aperte assero. Alias icônes luibeo, quœ ad scarabœo-
rum genus ffuam proxime accedunt. In posterum ergo
non tantum liUiophyta, sed et quœdam insecta in hoc
lapide investigare conabimur. (Lhwyd, Epist. 3, ad
finem,)
(56) La chambre externe est renflée et plus grande
que tontes les autres; et une grande partie de rani-
mai pouvait y être contenue : la coquille extérieure
est mince, et des côtés obliques la soutiennent
comme cbez les ammonites. Tout près du bord
postérieur de chaque cloison se voit Touverture
pour le passage du siphon ; et la position qu*occu-
pait cet organe, en même temps que la forme sinueuse
et dentelée des lames transversales, sont autant de
caractères communs aux baculites et aux ammo-
nites.
Un fait curieux dans Thistoire de cette forme, mii
ifest pour ainsi dire qu'une modification de celle
în
BAI
ET DE PALEOiNTOLOGIE.
BAJ
130
des terrains jurassiques et le dixième de la
série totale des formations géologiques. Cet
étage, appelé aussi calcaire à entroques^ ooU-
ihe infêrteure, calcaire à polypiers^ terre à
{bulon^ etc., a été nommé Bajocien par
f . d'Orbigny qui tire ce nom de Bajoce^
Bayeux, Tille autour de laquelle cet étage
est le mieux développé.
Cet étage jurassique, comme les précîé-
dents, parait avoir recouvert, partout en
France, les couches de l'étage toarcien. En
effet, par le nombre assez grand des points
où on Ta reconnu positivement, nous pou-
Yons croire qu'il existe, dans les mers juras-
siques, sur une inGnité de lieux où il n'a
pas encore été signalé.
Partout où l'on a rencontré l'étage bajo-
cien, que ce soit au pourtour du plateau
central, sur les versants du Jura et des Vos-
ges, sur le littoral du massif de la Bretagne,
ou dans les Alpes, il est, sur tous les points,
en couches concordantes avec les étages ju-
rassiques précédents dont il suit toutes les
allures. Partout, en effet, où ces couches
forment des failles peu importantes, comme
an peu h Test de Sainte -Ilonorine, les éta-
ges toarcien, bajocien et ceux qui les recou-
vrent , ont souffert les mêmes dislocations
de second ordre. Lorsque l'ensemble a été
violemment disloaué, comme dans les Alpes,
l'étage bajocien 1 a été en même temps que
les étages .inférieurs et supérieurs. On re-
marque ce même fait en Angleterre et en
Allemagne, ce qui donne la certitude que
l'étage bajocien a régulièrement succédé à
l'étage toarcien dans l'ordre chronologique.
Les caractères minéralogiques pris géo-
graphiquement, ou même sur un seul point,
ne peuvent, à eux seuls, donner de limites
certaines à l'étage qu'autant que les carac-
tères paléontologiques viendront aidei le
géologue à reconnaître les limites géogra-
phiques ou locales de l'étage, qui n en est
pas moins un des mieux caractérisés et des
plus constants.
Dans la Normandie, tout en réunissant,
dans l'étage, la terre à foulon, les calcaires
blancs et I oolithe ferrugineux, on ne trouve
fias plus de 25 à 30 mètres de puissance à
^ensemble. Dans les Basses-Alpes, à Chan-
don, on a cru pouvoir évaluer à 60 mètres
environ la puissance du dépôt. Aux environs
de Lyon, il acquiert une puissance de 80
mètres environ.
Caractères paléontologiquts , — L'ensem-
ble des caractères paléontologiques de cet
étage offre des résultats généraux différen-
tiels bien plus tranchés avec l'étage toarcien
que les trois étages précédents entre eux.
On voit, en effet, apparaître beaucoup de
formes génériques nouvelles; mais, comme
très-peu s'éteisnent, on acquiert la certitude
que la multiplicité de ces formes est tou-
jours dans une voie croissante. Avec ces ca-
ractères des eenres, disoarilé presque com-
pjète des espèces.
Pour distinguer l'étage bajocien de l'étage
antérieur, nous avons d'abord les 9 genres
que nous avons vu naîlre et disparaître à
l'époque précédente ; et, de plus, les genres
conularia et spiriferina^ qui, de même que
les 9 genres, sont éteints dans l'étage toar-
cien, sans arriver jusqu'à l'étape bajoden.
Pour distinguer l'étage qui nous occupe
de l'époque suivante, nous avons tous les
genres qui manquent encore à Tétage ba-
jocien, et ne paraissent que postérieu-
rement avec l'étage oathonien, c'est-à-dire
51 genres, pouvant donner des caractères
négatifs avec l'étage bathouien, et 10 genres
avec l'étage toarcien; en tout, 61 genres
négatifs, pour le distinguer des étages voi-
sins.
L'étage baiocien se distingue de l'étage
toarcien par la présente de ik^ genres incon-
nus dans l'étage précédent
Lés genres suivants^ qui naissent et meu-
rent dans l'étage bcgociën, sont encore au-
tant de caractères positifs qu'on peut invo-
quer pour le séparer de 1 étage bathonien,
où ces 3 genres sont inconnus : parmi les
poissons, le genre ambljisemius ; parmi les
mollusques bryoz<>aires, le genre intricaria;
parmi les zoophytes, le genre discocyathus.
Ajoutons-y les genres suivants, gui, nés,
antérieurement, se sont encore éteints dans
l'étage bajocien, sans passer à l'étage batho-
nien : parmi les mollusques gasteropodeSt
le genre ceirus: parmi les moUusàues lamel-
libranches, le genre limea; parmi les échino*
dermes, le genre cœUister: parmi les amor-
phozoaires, le genre leiospongia ; en tout 7
genres.
Aux caractères tirés des genres, qui seuls
pouvaientservir à distinguer l'étage bajocien,
viennent se joindre les caractères positifs
tirés des espèces. En dehors de tous les ani-
maux vertébrés, de tous les animaux an-
nelés, et des végétaux, nous avons seule-
ment, en animaux mollusques et rayonnes,
le nombre considérable de 603 espèces
qui , après avoir été sévèrement discutées,
se trouvent presque toutes caractéristiques
des faciès distincts sous lesquels se présen-
tent les différents lieux et les diverses zones
d'habitation.
Chronologie historique. — - La fin de l'étape
précédent, déterminée par des perturbations
géologiques oui nous sont connues, a été
marguée par l'anéantissement de 11 genres
d'animaux divers, et de 288 espèces d'ani-
maux mollusaues et rayonnes. Le commen-
cement de celui-ci reçoit, pour composer la
faune, 51 genres inconnus jusqu'alors, et
60j estèces nouvelles de mollusques et
des ammonites, c'est qu'on ne la rencontre pas plus
tôt que les derniers étages des dépôts secondaires,
dépdis dans tdute retendue desquels cette famille
des ammobites occupe une place si importante; et
qu*après une période d'existence comparativemeni
courte, les baculites se sont éteintes en même tempp
que les dernières des ammonites, à l'époque où sf
termina la formation de la craie.
J
131
BAT
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
BAT
152
d*aui0iaux ravonnés, ({ui se joignent aux
plantes afin d animer cette époque.
Les mers bajociennesi à l'exception de
quelques attérissements côtiers, au pour-
tour de tous les bassins» paraissent avoir
conservé en tout point les mêmes limites
que Tétage précédent.
Nous pouvons en dire autant des conti-
nents, qui n'ont subi aucun changement
bien notable, autre que des attérissements
riverains sur presgue tous Jes ooints, à la
fin de Tétage toarcien.
Les mers, indépendamment de leurs grands
reptiles riverains, sont peuplées de genres
nouveaux de poissons, de quelques formes
nouvelles de mollusques; mais surtout des
genres jusqu'alors inconnus d*échinodermes,
qui prennent surtout un grand développe-
ment à cette époaue, en même temps gue
les zoophytes et les spongiares testaciés.
Les bélemnites y sont plus grandes qu'aux
époques antérieures. Les ammonites ont
des formes spéciales, parmi lesquelles do-
minent des espèces ventrues, à dos rond, se
rétrécissant t)eaucoup vers la bouche, ou des
espèces dont les côtes sont interrompues sur
le dos.
Nous ne connaissons que très-peu d*ètres
de la faune terrestre de cette époque, mais
quelques plantes se sont conservées.
La fin de la période bajocienne s'explique,
en Europe, par les lignes de discordances
qui sont assez étendues pour suffire à l'anéan-
tissement de la faune et de la flore, par suite
desaffaissements et des surélévations qu'elles
indiquent.
BATHONIEN (ÉTAGE).— Cinquième étaçe
des terrains jurassiques et le onzième de la
série des formations géologiques. Cet étage
a reçu ce nom de M. d'Omalius d'Halloj
qui l'a dérivé de Bath^ ville d'Angleterre,
où ce terrain présente un beau développe-
ment. C'est le grand ooUthe des géologue»
français, le calemrtàpolffpien ies^rmaadSf
le calemre oùUiKque^ etc.
L'étage bathonien couvre en couches
eoneordantes l'étage bajocien, sur tout le
fourtour des bassins jurassiques de Franco.
1 offre, partout où il repose sur les étazes
précédents , et c'est presque sur tous tes
points/ une concordance parfaite de stratifi-
cation. C'est encore un membre d'un grand
tout, suivant, en France, les lois qui ont
régi l'ensemble des terrains jurassiques.
Cette superposition se trouve dans les mers
anglo-parisiennes , méditerranéennes , et
pyrénéennes, aussi bien en Angleterre, en
Suisse qu'en Allemagne. Il n'est donc pas
douteux que l'étage ne soit postérieur à
l'état bajocien , et qu il ne lui ait succédé
régulièrement dans l'ordre chronologique.
Si l'on ne suivait que le caractère miné-
ralogiquedes couche&', il serait impossible
de reconnaître l'étage qui nous occupe; car,
véritable Protée , il se masque sous toutes
les formes et sous toutes les couleurs ; mais
en mettant toujours en rapport la stratifica-
tion des couches avec les corps organisés
fossiles qu'elles renferment, on arrive à le
distinguer très-nettement partout.
Nous évaluons la puissance de l'étage, sur
la côte de Normandie, de 50 à 60 mètres.
Nous avons des traces encore visibles de
la perturbation finale de l'étape. Comme
pour les étages toarcien et bajocien , on re-
garde comme telle la présence, à Saint-
Maixent, à Niort (Deux-Sèvres), à Mausigny
(Vendée), l'un sur l'autre, aans la m^me
carrière, de deux dépôts côliers de l'étage
bathonien et de Tétage callovien. Nous regar-
dons encore comme tel le fait , observé à
Lyon, à Uermanville, à Colleville, à la roche
de Sallenelles (Calvados), où les dernières
couches de la falaise de la côte ont été usées,
corrodées, polies par les eaux, avant que les
premières couches argileuses, calloviennes
s'y soient déposées. A voir cette surface polie
avant ces premiers dépôts, et comme ron-
gée, on acquiert la certitude que cette roche
était déjà consolidée avant que les premiers
êtres de l'époque suivante s y fussent dépo-
sés , ce qui amène à croire qu'un laps de
temps considérable s'est passe entre la fin
de 1 un et le commencement de l'autre , ré-
sultat qui coïncide parfaitement avec les
limites des faunes respectives. Peut-être
devons-nous regarder comme moteur de ce
mouvement le vaste affaissement du nord de
la Russie , qui a permis , à la fin de cette
époque, aux mers jurassiques, d'envahir des
continents depuis longtemps exhaussés.
Caractères paléonioîogiques. — Avec une
disparité complète des espèces, avec un
grand nombre de formes nouvelles incon-
nues jusqu'alors, la faune de l'étage batho-
nien offre beaucoup de caractères, généraux
de la faune précédente. En voici cependant
les caractères distinctifs.
L'étage se distingue de l'époque bajo-
cienne , par les 7 genres morts dans Vèia^e
bqocien m» passer à celai-d.
L'époque bathonienne se distiBgve eneore
de l'étage suivant, par deux genres de cé-
phalopodes qui manquent encore dans celle-
ci et ne paraissent que postérieurement.
Pour séparer l'étage bajocien de l'étage
1)athonien, nous avons hk genres qui, encore
inconnus dans le premier, n'ont paru qu'avec
le second.
Pour séparer l'étage de l'époque suivante,
nous avons 10 genres qui , nés avec l'étage
bathonien , se sont ^probablement éteints
dans cette période , puisque nous ne les
connaissons pas dans les âges suivants , et
les 4 genres suivants, qui, antérieurement
nés; s'y sont également éteints : parmi les
poissons, les genres leptacanthus^ ceratodus;
parmi les échinodermes, le genre cyclocri-
nus; parmi les bryozoaires, le genre terebel^
laria. En tout 14. genres.
Les caractères positifs que donnent les
espèces viennent se joindre à ceux donnés
par les genres. Nous connaissons, en effet,
en dehors de ces espèces d'animaux verté-
brés et annelés , en dehors des espèces de
végétaux, et seulement en animaux mollus-
ques et rayonnes, le nombre de 5fc6 espèces.
IS
BAT
ET 0E PALEONTOLOGIE.
BEL
ISi
Chronologie hisioriquê. — A la fin de
rétage précédent, par suite des perturba-
tions géologiques » se sont éteints avec les
plantes, 7 genres d'animaux, et 696 espèces
danimanx mollusques et rayonnes, sans
compter les espèces des autres embranche-
ments. Après cet événement, le calme revenu
dans les mers et sur les continents , la na-
ture s'anime de nouveau. Il naît kk genres
jusau'alors inconnus , et 5^2 espèces de
mollusques et d'animaux rajonnés, indé-
pendamioent des autres animaux et des
nombreuses plantes qui nous sont iucon-
noes.
• Les mers bathoniennes occupent les mêmes
bassins , en se rétrécissant, néanmoins, sur
tout leur pourtour, par des atterrissements
successifs et littoraux. Sur les régions du
nord de la France, la mer anglo-parisienne
s'est pourtant accrue d'une sunace assez
Eaude par suite de l'affaissement, dans le
^olonnais, d'un lambeau de l'étage carbo-
Biférien ; c'est un point sur lequel, jusqu'à
|N^sent , nous n'avions pas tu de terrains
jurassiques.
Pour la même raison, les point continen-
taux, accrus partout sur leur pourtour, res-
tent, cependant , peu différents de ce qu'ils
étaient pendant les étages précédents ; seu-
lement les continents ont diminué , au nord
de la France, de toute la partie gagnée par
la mer dans le Boulonnais.
Arec de grands reptiles vivaient, dans
ces mers ou sur leur littoral, des pœcilopleur
Ton , des teleosaurus et des megalosaurus^
autres reptiles non moins curieux. Beaucoup
de poissons, de mollusques et d'animaux
rayonnes, juscm'alors inconnus, se mêlaient
k des genres déjà existants dans les autres
étages , parmi lesquels nous pouvons citer
des bulla, des pînnigena, beaucoup de bryo-
zoaires, d'écbinodermes, de zoopbytes et de
spongiaires testacées. On connaît, en plan-
tes marines, les sphœrococcites ramulosus,
stemb. de Stonesneld.
La faune terrestre, avec des tortues , pré-
sentait sans doute beaucoup d'animaux de
toutes les dasses, qui ne se sont pas conser-
T^ dans le sein de la terre et ne sont pas
arrivés jusqu'à nous. C'est à c«tte épooue
que rivaient des phascoloiherium et des ihy-
ùuoierium^ que les auteurs croient être des
mammifères. En séparant de la flore des
torains oolitbiques de H. Brongniart les es-
pèces qui, par les localités qu'indiquent les
(37) On désigne ordinairement sons le nom dV/iii
cette portion de la bâemniie. Elle se compose H^une
série de cêues qui s*enibolteat, et dont le plus grand
enveloppe complètement tons les autres. Ces cènes
sont fonnés de caii)onate de cbaox crisuUisé, dis-
posé en fibres qni rayonnent d*on axe situé en dehors
dn centre. L*état cnstaûin de cette coquille parait
être le résultat dlnfiltrations calcaires qui ont péné-
trép apré$ qa*eUefut enfouie, dans les intervalles des
fins rayonnantes calcaires dont eHe était originai-
reiaent composée. L'opinion qqi vent que les bélem-
■iies aient fait )Artie à ret éut pierreux, lourd et
foUdCp de Torganisation d*une seiche vivant et na-
geant dans les eam, est en contradiction avec lom
auteurs , paraissent dépendre de cet étage ,
nous aurons une liste nombreuse de fou-
gères, de cycadées, de conifères, etc.
Un des moteurs du mouvement géologique
qui a déterminé l'époque bathonienne se
trouve dans l'afiTâiissement, sur tout le centre
et le nord de la Russie, du continent ex-
haussé à la fin de Tétage permien qui a per-
mis à la mer callovienne de niveler ces ré-
gions, en même temps qu'elle envahissait
dans l'Inde la province de Cuich, et qu'elle
couvrait la Sartne.
BÉLËMNITES.— Les bélemnites consti-
tuent une famille nombreuse de mollusques
que l'on ne rencontre plus qu'à l'état fossile et
seulement dans cette série de terrains appe-
lés terrains secondaires. Le calcaire concny-
lien ou mutchtUkalk est la couche la plus
basse où Ton ait rencontré des bélemnites
et l'on n'eu trouve plus au-dessus de la
craiel supérieure de MaestrichL Ces corps
singuliers ont des rapports intimes avec les
autres familles de crauilles cloisonnées fos-
siles ; mais ils en diffèrent par l'étui fibreux
conique qui enveloppe leurs chambres et
dont la forme est celle de la [pointe d'un
fer de flèche.
M. de Blainville a donné dans son impor-
tant If^motre sur les bélemnites (1827] une
liste de auatre-vingt-onze auteurs qui, de-
puis Théophraste , se sont occupés de ce
même sujet. Ceux d'entre eux dont l'oninion
a le plus de valeur se sont réunis à Ijijpo-
thèse que ces corps ont été formés par des
céphalopodes rapprochés de nos siècles mo-
dernes. MM. Voitz , Zeiten, Raspail et le
comte Munster les ont pris successivement
pour sujet de plusieurs Mémoires impor-
tants. Les notices de M. Miller dans les
Transactionê géologiques de l'année 1826 et
celles de M. Sowerby dansle sixième volume
de sa Conchyliologie minérale^ sont ce que
l'on a publie en Aujçleterre de plus im{K)r-
tant sur les bélemnites.
Une bélemnite était une coquille interne
composée qui renfermait trois parties essen-
tielles, que l'on rencontre rarement toutes
ensemble dans un état parfait de conserva-
tion.
D'abord une coquille ou étui extérieur
conique fibro-calcaire s'ouvrant à son ex-
trémité la plus larse en un cône creux (37).
Puis un mince étui conique ou sorte de
coupe de substance cornée qui commence à
la base de l'étui creux fibro-calcaire dont il
ce que Tétnde de Torganisation îafemr des cépba]f>>
noues vivants nous a fait coonatcre d*analogies.
L*odeur de corne brûlée qne répand cette partie des
bélemnites, lorsqu*on la sonnet à l'action du feu, est
due aux débris des membranes cornées qui partagent
les divers cônes successifs dont elle est composée.
Un argument qui vient confirmer Tidée que les
bélemnites étaient des organes jntemes, c*ea que
leur surface conserve les im|>ression8 vasculaires
qu^y a produites le manteau qui les renfermait. Dans
quelques espèces, le dos de la coquiUe est granulé, de
la même manière que le dos de la coquille intérieure
de fa seiche commune.
• ^
155
BEL
DICTIONNAIRE DE CO«iOGONI£
BEL
1S6
yient d*èlre question, et qui s'agrandit rapi-
dement en s'étendant à une distance consi-
dérable. C'est cette coupe cornée cjui consti-
tue la chambre antérieure où étaient conte-
nus le réservoir d'encre, et quelques autres
viscères (38).
£n troisième lieu, une coquille intérieure
cloisonnée , mince et coniuue , que l'on
désisne sous le nom d'alvéole et qui a oc-
cupé l'intérieur du même cône creux cal-
caire.
Cette portion cloisonnée de la coquille
se rapproche beaucoup des nautiles et des
orthocéralites par ses îormes et par les prin-
cipes de sa construction. Des cloisons trans-
versales minces la parlageiit en une suite
de chambres aériennes étroites ou aréoles
qui ressemblent à une pile conique de
verres de montre. Les cloisons sont concaves
en avant, convexes en arrière, et un siphon
continue les traverse à leur bord inférieur
ou ventral.
Nous décrirons au mot Calmar tes pennes
cornées et les réservoirs à encre qui attes-
tent l'existence des calmars dans le lias de
Lyme-Regis. On a trouvé tout récemment
dans la même localité, en connexion avec
des bélemnites, des réservoirs tout sembla-
bles dont quelques uns ont près d'un pied
en longueur. On peut conclure do là quelle
(38)L''étul corne lameiieux se trouve rarement
conservé dans ses rapports avecTélui libro-calcaire
?|ui fait partie de la cuquîlle; mais on le rencontre
réquemroent isolé dans le lias de Lyme-Regis. H
offre souvent certaines portionb d'un nacre remar-
quable, tandis que d'autres parties du même étui
Boni demeurées à Tétat corné
(59) J'ajouterai ici quelques mois dans le but d'ei-
pliquer ce fait curieux que, parmi les échantillons
. innombrables de béleroukes qui ont depuis une épo-
que si reculée iixé raltention des naturalistes, il ne
s'en est pas rencontré un seul complet dans toutes
ses parties, et qui eût son encre encore contenue dans
la chambre antérieure, soit que la gaine fibro-cal-
caire fût séparée de Tétui corne et du réservoir d'en*
cre, ou bien que ce dernier fût constamment isolé de
la gaine cornée et enveloppé seulement dans la mem-
- brane cornée revêtue de nacre qui constitue la cham-
• bre antérieure. D'après l'état où «e trouvent certaines
ammonites nacrées, comprimées, du lias schisteux de
Watchct, il est évident que Tenduit nacré seul de les
coquilles s*est conservé, tandis que la coquille elle-
même s*est détruite. Ce fait nous explique pourquoi,
dans presque tons les échantillons de réservoirs
d'encre que Ton rencontre à Lyme-Regis , Télui cal-
caire et' la coquille manquent complètement, tandis
que ces échantillons coiisei^ent au contraire le nacre
irisé qui les entourait, ainsi que cela a lieu égale-
ment dans les ammonites de Walchet. 11 est à pré-
sumer que, dans chacun de ces cas, la matière où
ces coquilles ont été ensevelies, a la profrïéié de
conserver la nacre ou la substance cornée, tandis
que la substance calcaire, plus sduble, y disparais-
sait, dissoute peut-être dans quelque acide qui y était
contenu.
Mais ce qu'il est plus difficile de déterminer, c'est
la raison qui a fait que parmi tant de millions de
bélemhiles qui sont dispersées indifféremment dans
presque toutes les couches de la série secondaire, et
qui recouvrent parfois complètement certains lits de
•Chiste en rapport immédiat avec le lias et l'oolite, il
ê*en trouve si peu qui aient conservé soit leur gaine
cornée, soit leur réservoir d'encre. L'absence du
était la taille des bélemno-seiches aaxquelles
ces débris ont appartenu.
L'existence chez ces animaux d'un réser-
voir d'encre aussi grand rend très-probable
à priori qu'ils manquaient de coquille ex-
terne; car cette arme défensive, d'après ce
que nous en savons, est donnée exclusive-
ment en partage aux céphalopodes nus et
dépourvus de la protection que trouve dans
sa coquille le nautile flambé. On na jamais
rencontré ni encre, ni réservoir destiné è la
contenir, dans aucune espèce de nautile ou
d'ammonite fossile. Or, si une substance
semblable eût existé chez les animaux qui
en occupaient la chambre antérieure , on en
eût rencontré quelques traces dans ces cou-
ches du lias de Lyme-Regis où abondent les
nautiles et les ammonites, et où se voit si
parfaitement conservée l'encre des céphalo-
podes nus. La seiche commune, alors même
qu'elle est encore renfermée à Tintérieur do
1 œuf transparent où elle se développe, pos-
sède déjà cet organe rempli de sa liqueur
noire et prêt à remplir ses fonctions dès
que îanimal sera édos; et ce réservoir est
revêtu d'une couche d'une nacre bnllante
toute pareiUe à celle qui recouvre certaines
membranes internes dans quelques pois-
sons (39).
Si 1 on compare la coquille des bélemnites
fourreau corné et nacré peut s'expliquer par l'hypo-
thèse que la substance enveloppante ait été peu û-
vorable à la conservation de cette membrane cornée,
en même temps qu'elle eût favorisé celle du fourreau
calcaire ; et Tabsence des réservoirs à encre se con-
çoit avec une facilité égale, si l'on suppose qu'en gé-
néral la décomposition des parties nielles de l'animal
fut cause que l'encre se dispersa avant que ses res-
tes fussent ensevelis dans le sédiment terreux sur
lequel ils étaient tombés.
Ou voit sur le rivage, au bas delà colline du Cap-
d*Or ( Golden Gap ), près de Gharmouth, deux cou-
ches de marne pour ainsi dire pavées de bélemnites,
et séparées par une épaisseur de trois pieds seule-
ment d'une autre marne où l'on n'en rencontre
{presque pas. Or, la plupart de ces bélemnites ont à
cur surface des scrpuleset d'autres coquilles étran-
gères qui leur sont fixées; et cette circonstance nous
donne à connaUrc que le corps et les réservoirs à
encre se sont détruits, et que les bélemnites ont re-
po^ au fond des eaux un certain laps de temps
avapl que d^ètre recouvertes. Ges divers faits s'ex-
pliquent par l'hvpothèse que la mer, dans cette loca-
lité, était très-fréquentée par les bclemno-sciches
durant les intenalles qui séparaient les divers dépôts
du lias. On est conduit à une semblable conséquence
par l'état où se montrent certaines bélemnites de la
craie d'Autrem, qui ont été perforées par de petits
animaux pendant le temps qu'elles ont reposé sur le
fond, et dont les Irons se sont remplis ensuite de
substance calcaire ou siliceuse, lorsque la matière
de la craie est venue à les recouvilr à Tétat de vase
molle ou dissoute dans les eaux. (Y oyez ]e Mémoire
de M. Âllan, sur ie$ bélemnileSy dans les Transaction^
de la Société royale d^Kdimboura^ et celui de M. Mul-
1er', dans les Transactions géoîogiqves de Londres^
1826. p. 55.;
G'est ainsi que le plus souvent, dans les miUîons
de bélemnites qui remplissent les formations secon-
daires, l'étui fibro-calcaire et les alvéoles cloisonnées
sont les seules parties qui se soient conservées, tan-
dis que dans certains lits de schistes les étuis et les
alvéoles cloisonnées ont quelquefois aiiticremoni dis-
m
BOV
ET DE
BOU
1»
aree eelle da naotile, on tronve entre tontes
leiifs parties les plus importantes une ana-
logie a pea près complète {kO) : et l*on peut
étoidier toute la série successive des autres
genres de coquilles cloisonnées sans perdre
un instant de rue ces mêmes analogies.
On connaît déjà quatre-vingt-huit espèces
de bélemnites ei Ton peut ju^er à quel point
ces mollusques se multiplièrent, par les
milliers de leurs détiris fossiles qid remplis-
sent les formations oolitiques et crétacées.
Si Ton obsenre que dans chacune de ces deux
grandes formations, la famille éteinte |>lus
nombreuse encore des ammonites coexista
avec eelle des bélemnites, et que chacune
de5 espèces qui en font partie offre des dis-
positions plus compliquées et plus parfaites
que celles que nous sommes à même d*ob-
senrer dans le petit nombre de céphalopodes
▼oisins des précédents en oi^anisation, et
oui rivent encore, on arrivera à cette con-
clusion que ces familles eurent, parmi les
habitants des mers d'autrefois, une prédomi-
nance numérique, et qu'ils y jouèrent un
rôle dont se trouvent dépossédées le petit
nombre de créatures qui les représentent
dans nos océans modernes.
BUUN VILLE, son opinion sur Forigine
d€s ierrains primitifs, — Voy. Maufbb.
BOTHRODENDRON. Yoy. Sioillaiee.
IIOECP9 premiire apparition. — Yoy. Su-
mAFE93ll!l.
BODGHEPORN. — Ce oosroogoniste, dans
un lirrc publié en i8U ^ Etudes sur t his-
toire de ta terrsj etc., in-8*), rejette la
théorie de Laplace comme inadmissible, à
eaose de la difficulté de bien comprendre,
d'une part, Ténorme expansion de la matière
solaire qui devait embrasser l'orbite d'Ura-
nos et occuper un espace cent milliards de
fois plus {;rand que celui qu'elle occupe
aujouid'bui, et, de l'autre, comment une
zone de vafieurs circulaires a pu se réunir
ensuiteen un seul gioliule, les planètes élant
isolées chacune sur leur trajectoire. M. le
vicomte d'Archiac fkit remarquer qu'en re-
gardant comme très-difficile de comprendre
rancienne extension de l'atmosphère so-
laire sopposéi^ \m Laplace, M. Boocheporn
■*a sans doute point songé qu'il y a des
nébuleuses dont la nébulosité s'étend jus-
Îu*à 130 rayons de l'orbite terrestre de
étoile centrale, et que si l'on supposait
para, et q«*aiiisî la caine coraée ou nacrée et le ré-
iCfToir d*eiicre sont les seules parties qui aieol per-
(10) Les chambres aérieooes et le siphon sont,
dans ces dearn ramilles, des organes essentieUeroent
les méflies.
Haas les bâemniles , rexttémilé antérievre de la
oqaiHr ibro-calcaire, 00 cette iiartle qui coosUtae
mm eéne crewx drotf, ou sont reniermées les doisons
miiivcrsales de Talvéele doisconée, représentent le
atae créas camUmné dans rinlérienr duqad soot
dîsihhoées les lames transversales qui doisonnent
Falvéoleda nautile.
La ampe cornée antérieare ou chambre externe de
la hâennite» oè sont renfermés le sac à encre et
«Tautres viscères, représente la vaste chambre anlé-
rieve 00 ranimai du nautile se tient renfermé.
une de ces étoiles à la place de notre so-
leil son atmosphère comprendrait non-seu-
lement l'orbite d'Uranus, mais s'étendrait
encore huit fois plus loiiu
Cette réponse de H. le vicomte d*Ar*
chiac n'a plus aujourd'hui aucune signifi-
cation.
M. Boudieçom ne s*est pas borné à re*
jeter la théorie de Laplace ; il a présenté
quelques aperçus sur une hypothèse qui
consisterait à regarder les planètes comme
ayant une origine tout à fait étrangère au
soleil, autour duquel elles se meuvent. Après
avoir fait remarquer que, s'il y a concor^
dance entre les grands mouvements des
planètes, il y a au contraire discordance
dans leur mouvement de rotation, lequel
a lieu dans des plans équatoriaux non-seu«
lement inclinés sur le plan de récliptique,
mais encore formant avec lui tous les an-
gles possibles; qu'en outre les satellites,
quoique se mouvant dans le même sens,
offrent cette particularité que, dans leur
rotation, ils présentent toujours la même
face à leur planète respective, l'auteur con-
clut que les mouvements de ces ^satellites
portent les caractères d'une loi générale,
simple et uniforme, ce qui n'a pas lieu
pour celui des planètes : aussi regarde-t-il
le mouvement des premiers comme indi-
quant la manière d'être originaire et nor-
male, et la diversité de celui des secondes
comme la conséquence de leurs perturba-
tions par suite des chocs qu'elles auraient
éprouvés.
M. Bouchepom pense donc que les pla*
nètes sont étrangères au soleil, et dérivent
toutes d'une impulsion simultanée vers la
sphère d'attraction dominante de cet astre.
Il y aurait eu alors succession dans la pro-
Tenance de ces deux parties constituantes
du système, Fastre central d'une part , et
les planètes ou satellites de Tautre.
Nous ne nous arrêterons point à faire à
l'auteur une foule de questions qu'on est
tenté de lui adresser et auxquelles, sans
doute, il ne pourrait répondre ou ne répon-
drait que par de nouvelles hypothèses tout
aussi aventureuses.
Nous nous bornerons à dire quelques roots
de l'idée théorique qui fait le fondement de
son livre. Cette idée, c'est l'instabilité de
la position de l'axe de la terre, instabilité
Toutefois la portion postérieure, ou réUii, qui se
prolonee en arriére sous forme d'une flèdu^ de subs-
tance fibreuse, nous offre une modification du som -
met du eéne droit de la coquille, qui ne paraît point
avoir d'analogue dans le sommet enroulé de la co-
quille da nautile. Cette partie qui s*ajoule à ce que
Ton observe d ordinaire dans les coquilles, paraît
avoir sa raison dans les usafçes spéciaux de cette
flèche des bélemnites. Ces fossiles, en eflet, à titre de
coquilles internes, remplissaient les mêmes fondions
que la coquille interne de la seiche commune, et ser-
vaient de même à supporter les parties moUes des
animaux qui les contenaient. La structure filreuse
de cette fieche est b même que Ton rencontre dans
beaueonp de coquilles ; et eUe est des plus apparen-
ces dans la pinne marine.
DicTiO!i?f. us Cosmogonie et de Paléohtologie.
1S9
BOU
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
BOt
140
produite par des chocs de comètes. C'est au-
tour de cette hypothèse, déjà bien ancienne,
que l'auteur est venu grouper, avec beau-
coup de talent, les faits nombreux qu'il a
rassemblés.
M. Bouchepom examine Ja possibilité ma-
thématique que le globe ait été rencontré
far une ou plusieurs comètes ; il rappelle
ce sujet les idées de Wisthon et de Hal-
ley, et insiste surtout sur l'immense durée
du temps qu'il suppose avoir été nécessaire
pour la formation des divers terrains. Il
montre également que les calculs des as-
tronomes sur la non-probabilité des chocs
d'une comète n'embrassent qu'un petit
nombre de siècles. « Mais , ait M. Bou-
cheporn, quant à ces événements, dont l'in-
tervalle ne se compte que par milliers de
siècles, pour eux 1 instant fmi disparait, la
durée de l'homme, de ses monuments , de
ses empires, s'anéantit et s'efface.
« Si, négligeant ces chétives durées que
le souvenir de l'homme peut atteindre, nous
embrassons de nos regards l'immense éten-
due des Açes dont les dépôts et les ossuai-
res géologiques nous ont conservé la trace,
nous comprendrons alors que la proportion
des faits y puisse changer comme y change
l'unité de mesure dans le calcul des temps.
Nos événements les moins probables ae«
viennent les faits réguliers de cette vaste
histoire; ils forment les combinaisons or-
dinaires dans l'échelle de numération con*
venable à ces durées, dans cette vie des
mondes dont nos siècles ne forment pas un
des jours. »
Après avoir posé les données du problème,
l'auteur s'attacne à démontrer que l'on peut
admettre dix passages par an de comètes à
travers le plan de 1 échptique, ce qui ne fe-
rait en réalité que six ou sept, un certain
nombre d'entre elles coupant plusieurs fois
le plan de l'orbite. 11 y aurait donc certi-
tude d'un choc dans un espace d'environ
tror^ millions d'années, c'est-à-dire que cet
événement rentrerait dans les limites que
M. Boucheporn assigne moyennement aux
diverses périodes géologiques. D'après le
calcul des probabilités, un choc a dû ve-
nir se placer dans chacun des intervalles
de durée que l'on peut assigner aux divers
ftges de la terre.
Nous avons à présenter contre ces vues
de M. Boucheporn plusieurs observations.
D'abord il n'est pas exact d'avancer, comme
Ta fait M. Boucheporn (page 1^5), que tous
les savants qui se sont occupés de la ques-
tion du déplacement des pôles, ont consi-
fdéré implicitement la terre comme une
masse homogène dont toutes les parties sont
solidaires. Déjà M. Hopkius dans plusieurs
Mémoires publiés en 1840 et 1842, après
avoir successivement considéré la terre
tcomme composée d'un noyau solide séparé
.de l'enveloppe extérieure solide par une
zone fluide^ soit d'un noyau fluide entouré
seulement d'une écorce solide, soit enfin
comme solide de la surface jusqu'au centre,
a insisté d'une manière toute particulière
sur la démonstration de la permanence de
Taxe terrestre et sur la nécessité d'écarteri
comme essentiellement fausse, toute hypo-
thèse basée sur son changement.
M. Boucheporn admet des systèmes de
fracture produits à chaque choc [ar les for-
ces d'expansion et de refoulement qui se
manifestèrent dans les plans méridiens. Pour
démontrer la nécessité de ces fractures
comme.conséquence des chocs, l'auteur aurait
dû résoudre d'abord une série de problèmes
dont la non-solution infirme ses conclusions.
Ainsi, par exemple, quel adû être le minimum
d'inclinaison du nouvel axe par rapport à l'an-
cien, pour occasionner un effet sensible à
la surface par le refoulement du liquide
interne? Quelle est la limite minimum d'é-
paisseur de la croûte, à laquelle a dû cesser
au dehors la manifestation de la pression
du liquide interne, par suite du déplace^
ment de l'axe ? Les effets ont-ils été pro-
portionnels au temps ou bien au plus ou
au moins d'ancienneté de leur manifesta-
tion? La grandeur des effets a-t-elle dé^
pendu de l'angle que formait le nouvel aie
avec l'ancien, et du plus ou du moins d'épais-
seur de la croûte terrestre à un moment
donné? D'un autre côté, des conditions
très-diverses, telles que les dimensions du
corps choquant, sa vitesse, sa direction re-
lativement à l'axe de rotation et au mouve-
ment de translation du corps choqué, n'ont-
elles pas dû faire varier les résultats? Dans
Îuels rapports ont eu lieu ces variations?
infin, il eût é^é important d'examiner si
la résistance opposée par la croûte solide
n'a pas été proportionnelle aux temps. On
conçoit, en effet, que les chocs qui ont eu
lieu aux époques anciennes, alors que Té-
corce terrestre était très-mince, ont dû oc-
casionner des effets très-différents de ceux
2ui se sont produits lorsqu'elle était plus
paisse. Dans le premier cas, la surface du
globe a dû présenter en quelque sorte Ti-
mage d'une mer sans bornes, et par consé-
quent il ne sera pas resté de relief mon-
tagneux sensible pour marquer le nouvel
équateur, tandis que ce résultat aura pu
avoir lieu à la suite de chocs subséquents,
puis aura diminué à mesure que i écorce
augmentait d'épaisseur, et enfin aura cessé
ou devra cesser tout à fait, lorsque la ré-
sistance de cette même écorce aura fait ou
fera équilibre à la pression exercée par le
refoulement du liquide interne lors du dé-
placement de l'axe. Voilà, relativement aux
effets des chocs, quelques-uns des divers
points de vue qu'il eût été bon d'analyser
dans l'intérêt de la nouvelle hypothèse.
D'autres difficultés se présentent, quand
on considère ce que peut être le choc lui-
même entre deux corps de nature si diffé-
rente. L'un, en effet le corps choqué, est
supposé une coque plus ou moins solide,
plus ou moins épaisse, suivant le temps,
enveloppant un noyau fluide, le tout ayant
une densité moyenne de 5,67; l'autre, ou le
corps choquant, est une substance gazeuse,
tellement rare, qu'elle ne fait pas dévier
Ul
BOU
ET DE PALE0>T0L0G1E.
BRA
l«
de M direclion rectiligne le rayon lumineux
d*ane étoile placée derrière le centre même
du noyau, dont la densité est inapprécia-
ble et dont le Yolume n*est moyennement
que le cent millième de celui de la terre
ou du corps choqué. Or, peut-on soumettre
à Tanalyse l'effet d'une pareille collision, et
si la décomposition des forces peut être ap-
préciée, n'est-elle pas beaucoup plus com-
pliquée que Tanteur ne le suppose ? D'un au-
tre côté, est-il bien certain qu'un choc sus-
ceptible de déplacer l'axe de rotation, même
d*une très-petite quantité, n'aurait pas été
capable, surtout à une certaine époque, de
hnser la coque extérieure, en mille mor-
ceaux et de disperser dans l'espace le fluide
intérieur? Comment concevoiraue, sur qua-
torze chocs qui auraient eu la jouissance
de déplacer 1 axe, pas un seul n*eût amené
ce résultat?
Un déplacement de Taxe entraînant un
changement dans la forme du sphéroïde ,
par quel merveilleux hasard la forme statique
actuelle, après les quatorze révolutions sup-
posées, >e troure-t-elle être exactement
celle que devait avoir la terre lors de son
premier refroidissement? Or, ce qui revient
au même, comment le dernier cnoc qui l'a
fdacée comme nous la voyons, et alors que
a croûte avait à très-peu près l'épaisseur
qu'elle a aujourd'hui, aurait-il pu produire
une dépression polaire précisément é^ale
i celle qu'avait la terre encore à l'état fluide?
Ce résultat, qui se concevrait peut-être pour
les premiers moments de la solidification de
l'e^ f eloppe externe, ne se conçoit plus à l'é-
poque du dernier choc invoqué.
Terminons par un mot sur la probabilité
da dioc lui-même. Un seul cas s est encore
{présenté d'une comète coupant le plan de
'écliptique très-près de l'orbite de la terre :
c'est celui de la comète de Biéla, petit astre
i courte période, sans queue, sans appa-
rence de noyau solide, et qui décrit, en six
ans trois quarts, une ellipse peu excentri-
que. On évalue, à la vérité, à six ou sept
cents, le nombre des comètes constatées par
des documents plus ou moins authentiques ;
niais il n'y en a pière que cent cinquante
dont les orbites aient été calculées. Quant
à leur influence perturbatrice, on sait qu elle
esc très-faible et en rapport avec leur pe-
tit volume et leur densité, plus faible en-
core. Ainsi, la comète qui, en 1767 et 1770,
traversa le système des satellites de Jupiter,
n^occasionna pas la moindre perturbation
dans les mouvements bien connus de ces
petits astres.
M. Bouchepom nous semble donc s'être
exagéré les effets mécaniques de la ren-
contre de notre globe avec une comète. La
périodicité qu'il admet dans ces phénomènes
et dans la similitude de leurs résultats cons-
tituerait une sorte de fatalité dont nous ne
Toyons pas d'exemples dans les mouvements
des corps célestes.
BOUGUER, ses idées sur la constitution
du soleil réfutées par M. Godefroy.— Yoy.
Soleil.
BOYLE. Yoy. Géologis.
BRACHIOPODES, classe de mollusques.—
Ainsi que les lamellibranches ( F. ce mot),
les mollusques brachiopodes manquent oe
tête, des organes de la vision et de ceux de
l'audition. Libres en effet, ou fixées soit
par un muscle extérieur soit par leur co-
quille même, leurs espèces ne peuvent en
aucune manière changer de place.
Lorsque l'animal est libre, tous les mus-
cles sont à l'intérieur de la coquille ; lors-
qu'il est fixe, il sort, par une ouverture de la
coquille, unfaisceau de muscles au moyen du-
quel l'animal adhère aux corps sous-marins.
Ces muscles extérieurs saillent sur des points
différents, suivant les modifications de forme
des coquilles, et constituent ou non un pé«
dicule court ou allongé. La présence ou
l'absence des muscles extérieurs sert de li-
mite entre les animaux libres et les animaux
fixes ; et, dès lors, elle influe sur la station
normale des êtres.
La coquille des brachiopodes, que, d'après
la perforation, nous considérons comme une
partie intégrante de l'animal, se divise tou-
jours, qu'elle soit ou non symétriaue, en
deux valves inégales : l'une plus longue,
fixe ou libre, ou percée par le muscle, tou-
jours plus grande ; l'autre jamais percée ,
operculiforme ou plus ou moins bombée.
On voit, chez les brachiopodes, qu'ils oilt
été créés principalement à deux époques dis-
tinctes : dans les terrains paléozoïques et
crétacés; tandis qu'ailleurs ils n'ont mon-
tré que quelques genres isolés. Ils n'ont
pas, non plus, montré une progression crois-
sante; mais, au contraire, une progression
décroissante des époques les plus anciennes
aux plus modernes.
Les brachiopodes brachidés^ dont dépen-
dent la térébralulej les spirifer, se sont mon-
trés avec la première animalisation du globe
et atteignent le maximum de leur dévelop-
pement numérique de genres avec l'étage
devonien, le second du monde animé. Ils
offrent 25 genres dans les terrains paléo-
zoïques; 7 dans les terrains triasiques; 7
dans les terrains jurassiques ; 10 dans les
terrains crétacés; 6 dans les terrains tertiai-
res; et de tous les genres connus, on ne re-
trouve plus, à l'époque actuelle, que 7 gen-
res, pour représenter l'ensemble si nombreux
des temps les plus anciens ; ainsi, sans aucun
doute, depuis les terrains paléozoïques, les
brachiopodes brachidés sont en une cons-
tante période décroissante dans le dévelop-
pement de leurs formes génériques.
\j&& brachiopodeê cirrhidés, dont dépen-
dent la /Wc»d/e, Yhippuritt, beaucoup moins
parfaits que les brachidés, manquent com-
plètement dans les terrains paléozoïques et
triasiques ; ils montrent un genre dans les
terrains jurassiques ; 9 genres, ou le maxi-
mum de développement dans Us terrains
crétacés; 2 dans les terrains tertiaires, et le
même nombre existe dans les mers actuelles.
Ici, bien que les genres aient paru beaucoup
plus tard que chez les bracnidés, ils ont
U3
BRA
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
DRY
144
suivi la m^me marche décroissante, depuis
les terrains crétacés jusqu'à Tépoque ac-
tuelle.
En comparant les deux ordres entre eui,
nous trouvons que tous les deux sont dans
la période décroissante plus marquée : le
f>remier, depuis les terrains paléozoïques ;
e second, définis les terrains crétacés. Dès
lors, les brachiopodes forment une exception
complète à la loi Générale sur le perfection-
nement progressif des êtres, en marchant
des Ages anciens aux plus modernes, comme
le croyait Cuvier, d'après ses études sur les
mammifères, puisqu'ils vont en décroissant
de nombre, de genres, dans las deux séries
également.
Si nous comparons l'instant d'apparition
des deux ordres à la perfection des organes
de chaque ordre en particulier, nous arri-
vons encore aux mêmes conclusions. Les
brachidéê les plus parfaits, pourvus de bras
souvent libres, à coquille non adhérente,
ont commencé à se montrer avec la première
animalisation du çlobe dans Tétage silurien ;
leur maximum a heu à l'étage devonien, tou-
jours dans les terrains paléozoïques. Les
eirrhidés^ sans bras, à coquille fixe, et, dès
lors, bien moins parfaits que les brachidés,
manquent, au contraire, dans les terrains
paléozoïques, dans les terrains iriasigues, et
ne (laraissent qu'au milieu de la période ju-
.rassique, ou 10 étages plus tard que les bra-
chidés. On voit donc très-clairement que les
rapports de la perfection des organes avec
l'instant d'apparition des brachiopodes mon-
trent que la perfection est décroissante, ou
mieux qu'ils ont marché contrairement au
perfectionnement, ou suivant une voie ré-
trograde, par rapport à ce perfectionnement ;
et, dès lors, ont suivi une marche tout à
fait opposée à celle des mammifères.
Voyons maintenant l'ensemble numérique
des genres pris dans l'ordre chronolo|pqiie
sans avoir égard aux ordres, afin d'avoir aes
déductions jgénérales. Nous connaissons avoir
aujourd'hui 25 genres dans les terrains pa-
léozoïques; 7 dans les terrains triasiques;
8 dans les terrains jurassiques ; 20 dans les
terrains crétacés ; 8 dans les terrains tertiai-
res ; et 9 dans les mers actuelles. Les genres
montreraient donc une décroissance cons-
tante de terrains paléozoïques, jusqu'aux
terrains crétacés, ou ils s'élèveraient de nou-
veau pour marcher encore en décroissance
jusqu'à l'époque actuelle, où ils restent seu-
lement à un peu plus du quart de ce qu'ils
étaient aux premiers Ages animés du globe
terrestre.
- Déductions climaiologiques et géographi-
queê. — Nous connaissons trop peu de genres
vivants pour en tirer d'autres conclusions
que celles que peut nous donner la manière
de vivre des brachiopodes. Tous les genres
actuellement vivants se tiennent seulement
dans les grandes profondeurs ou dans les
fonds tranquilles des mers. On peut en dé-
duire des applications très-nombreuses sur
l'état des mers anciennes comparées à nos
océans, suivant la plus ou moins grande
abondance des brachiopodes qu'elles ren-
ferment.
Déductions géologiques générales éCappli^
cation tirées des genres. — Les caractères
stratiaraphiques négatifs sont très-marqués
Sour les brachiopodes , puisqu'à l'exception
e 3 genres qui occupent tous les étages, les
38 autres genres connus à l'état fossile
sont, au contraire, limités dans les étages,
et donnent, pour les terrains et pour les
étages supérieurs ou inférieurs où ils ne se
trouvent pas, des caractères négatif excel-
lents.
Les caractères stratigraphiques positifs
sont également très-tranchés pour les bra-
chiopodes. Sur les 41 genres connus jusqu'à
présent, 3 seulement occupent tous les éta-
ges, les 38 autres sont autant de caractères
positifs pour les terrains et pour les étages
où ils ont été rencontrés. Ces caractères sont
d'autant plus certains, que sur ces genres
32 sont perdus pour l'époque actuelle, ou
pour les étages supérieurs ou inférieurs à
ceux où ils se montrent. La persistance des
caractères positifs n'est pas moins remar-
quable, comme on peut en juger par les
genres terebratula, rt/nchonellay thecidea ; etc.
Les déductions géologiques tirées des es-
pèces y chez les brachiopodes, sont encore,
comme pour les autres classes d'animaux;
c'est-à-dire qu'à très-peu d'exceptions près,
les espèces qui nous sont connues, au nom-
bre de 1,313, sont spéciales à un seul étage
qu'elles ne franchissent {)as : presque toutes
sont, dès lors, caractéristiques des étages où
elles existaient.
BRANCHIPPE. Voy. TRiLOBrrES.
BRONGNIART (Ad.), ses opinions sur les
végétaux fossiles. — Voy. Flore fossilk.
BRYOZOAIRES. — On appelle ainsi une
classe de mollusques longtemps confondus
avec les polypiers, par suite d'une étude su-
[)erficielle de leur enveloppe calcaire, comme
'ont reconnu les premiers» MM. Edwards et
Audouin. Eloignes des zoophytes par leur
organisation plus des mollusques que des
zoophjtes. En eflfet, éloignés des zoophytes
par leur organisation plus compliquée, ces
animaux, semblables aux mollusques as-
cidiens, ont un canal digestif complet, qui
s'ouvre au dehors par une ouverture buc-
cale et une ouverture anale distinctes ; ils
sont, de plus, enveloppés d'une tunique ou
d'un manteau, le plus souvent encroûté de
carbonate de chaux, qu'on nomme cellule.
Bien que chaque animal dans sa cellule ait
une existence individuelle propre, les cellu-
les d'une même espèce d'animaux se réu-
nissent, s'agrègent et forment, dans leur en-
semble, un corps régulier ou irrégulier sou-
vent très-remarquable.
La cellule n'est pas seulement une coque
extérieure inorganique, mais une portion
tégumentaire de l'animal encroûtée oe char*
bon de chaux, et souvent perforée comme
le test des térébratules.
La cellule testacée est on ne peut plus
variable dans sa forme et dans son mode
IIS
DRV
ET DE PALEONTOLOGIE.
BAY
1«
d'agrégation. En so servant d^abord de ]a
forme de ces cellules, et ensuite de leur ar-
rangement, de leur mode de groupement ré-
gulier ou irrégulier, on les a divisés en fa-
milles, dans lesquelles on a tâché de circons-
crire les genres, de manière à ce qu*on pût
les distinguer facilement, a6n de laire ces-
ser le chaos qui règne encore aujourd'hui
dans cette partie du règne animal.
En considérant Tensemble nous trouvons
que, depuis leur première apparition sur le
globe avec les premiers êtres, les bryozoaires
occupent tous les étages géologiques, sans
montrer une progression croissante bien ré-
gulière, puisque les genres qui, dans les
étages, restent en arrière, sont trois fois plus
nombreux que ceux qui continuent d'exister
jusqu'à répoque actuelle. C'est donc ici en-
core un remplacement successif de formes
animales, dont les unes éphémères, les au-
tres plus persistantes, se font successivement
place les unes aux autres depuis le commen-
cement du monde animé jusqu'à présent.
On remarque encore, qu'il y a eu, parmi les
bryozoaires, trois grandes époques de créa-
tion : l'une, dans les terrains paléozoïques ;
la seconde, dans les terrains jurassiques; et
la troisième, dans les terrains crétacés.
Comparaison des familles entre elles. —
Pour nous assurer si Tenseroble de la série
a suivi la même marche, nous allons compa-
rer les familles entre elles, en commençant
par les plus anciennes.
Les escharidœ^ représentées par les eschara^
ont montré leurs premiers genres à Tétago
silurien, le premier de Tanimalisalion du
Ï;Iobe. Cette famille a donné deux eenres dans
es terrains paléozoïques, 2 dans les terrains
jurassiques, 5 dans les terrains crétacés,
6 dans les terrains tertiaires* L'époque ac-
tuelle en présente davantage; ainsi les escha-
ridœ sont constamment en voie croissante
de formes génériques, depuis le commence-
ment du monde animé jusqu'à nos jours.
Les myrioxoumidœ ont paru, de même,
avec rélage silurien. Leurs genres ont été
au nombre de k dans les terrains paléozoï-
Sues, de 2 dans les terrains triasiqiies, de
dans les terrains jurassiques, de 10 dans
les terrains crétacés, de 8 dans les terrains
tertiaires, et d'un nombre inférieur dans
répoque actuelle. Ils ont donc marché en
TOie croissante de développement jusqu'aux
terrains crétacés, et sont, depuis, en voie
constante de décroissance générique jusqu'à
nous.
Les reteporidœ^ dont dépend le retepora^
ont montre leurs premiers genres avec 1 étage
silurien, le premier de tous. On voit 16 gen-
res dans les terrains paléozoïques, 1 dans les
terrains triasiques, 1 dans les terrains juras-
siques, fr dans les terrains crétacés, 2 dans
les terrains tertiaires, et quelques-uns seu-
ment à l'époque actuelle. Les reteporidœ au-
raient eu leur maximum de développement
générique dans les terrains paléozoïques, et
auraient toujours marché, aepuis cette épo-
quc,dans une voie constante de décroissance.
Les crisidœ nioutrent leur premier genre
dans l'étage carboniférien : 1 genre dans les
terrains paléozoïques, 9 dans les terrains
jurassiques, 13 dans les terrains crétacés, 10
dans les terrains tertiaires, et le maximum
dans les mers actuelles. Leurs genres ont donc
constamment marchédans une voiecroissante
de développement jusqu'à l'époque actuelle.
Les celleporidœ offrent leur premier genre
dans les terrains jurassiques : 6 genres dans
les terrains crétacés, 5 dans les terrains ter-
tiaires, et leur maximum de leur nombre
avec l'époque actuelle. Leurs genres ont
donc toujours marché dans une voie crois-
sante, depuis leur première apparition.
En résumé, nous voyons, a un côté, quB
les rétéporidées sont en voie décroissante
depuis les terrains paléozoïques ; les myrio-
xoumidœy depuis les terrains crétacés; tandis
que, de l'autre, les escharidœ^ les crisidœ et
les celleporidœ sont, au contraire, toujours
en voie constante de développement géné-
rique.
considérée quant au degré de perfection
des organes, comparée à l'ancienneté des
familles, nous croyons que cette perfection
n'est pas régulièrement croissante, en raisoh
de l'âge; car les reteporidœ^ et les myriozou-
midœ sont, sans contredit, aussi parfaits
dans leur organisation que les crisidées,
venues deux étages plus tard ; que les
eellévoridéeSf venues il étapes plus tard.
Déductions zoologiques générales, — Com-
parés dans leur ensemble numérique, sans
avoir égard aux familles, les genres de
bryozoaires amènent aux conclusions sui-
vantes. Nous les voyons, avec la première
animalisatiou du globe, offrir 8 genres dans
l'étage silurien. Ils en montrent 2^ dans les
terrains paléozoïques, 3 dans les terrains
triasiques, 21 dans les terrains jurassiques,
36 dans les terrains crétacés, 29 dans les ter-
rains tertiaires; tandis qu'on en connaît une
quarantaine dans les mers actuelles. En
n'ayant égard qu'aux genres, les bryozoaires
seraient aujourd'hui a leur maximum de
développement numérique, sans avoir suivi
cepenclant une marche croissante régulière.
C*est presque un remplacement successif
depuis les terrains paléozoïques.
Déductions climatologiques et géographie
fmes. — Nous trouvons, pour les bryozoaires^
es mêmes conclusions que pour Tes mam-
mifères {Voyez ce mot); c'est-à-dire que la
distribution isotherme et géographique des
genres dans les derniers étages géologiques
ne suivent, en aucune manière, la distnbu-
tion actuelle. La. manière de vivre des bryo-
zoaires actuels, comparée à ce qu'ils de-
vraient être aux époques passées, vient seu-
lement nous donner une application impor-
tante à la géologie. Tous les bryozoaires
actuels ne vivent que dans les grandes pro-
fondeurs des mers ou dans les lieux où des
courants se font sentir. On en trouve, par
exemple, beaucoup de genres autour des
lies Malouines, en dehors du cap Horn et
sur le banc de Terre-Neuve. Ces données,
jointes à ce que nous savons des nrachio-
podes qu*0D trouve avec eux, donnent des
117
BVC
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
BUC
U8
moyens de reconnaître , par le nombre des
> bryozoaires, quel était Tetat de profondeur
des mers aux différentes époques géologi-
ques.
Déductions géologiques générales d'applica-
tion tirées des genres. — Les caractères stra-
iigraphiques négatifs sont très-marqués pour
les bryozoaires, jusqu'à Fexception de 2 gen-
res qui occupent tous les étages ; les 67 au-
tres genres connus à Tétat fossile sont, au
contraire, limités dans les étages, et donnent,
pour les terrains et pour les étages supé-
rieurs ou inférieurs où ils ne se trouvent
pas, d'excellents caractères néçatifs.
Les caractères straligraphtques positifs
ont, pour la même raison, très-prononcés
pour les bryozoaires : sur les 69 genres
connus à l'état fossile» 2 seulement occupent
tous les étages; les 67 autres sont autant de
caractères stratigraphiques pour les terrains
et les étages où ils ont été rencontrés. Ces
caractères sont d'autant plus certains que,
sur ces genres, 48 sont perdus pour l'époque
actuelle ou pour les étages inférieurs ou su-
périeurs à ceux où ils se sont montrés, et
que 22 sont, jusqu'à présent, spéciaux à un
seul étage. La persistance des caractères po-
sitifs n'est. pas moins remarquable : on peut
en juger parles genres ceriopora^ bidiasto-
pora, idmonea^ escharina^ etc.
Les déductions géologiques tirées des espè^
ces^ chez les bryozoaires, sont encore, com-
me pour les autres, ennemies. Si l'on en
sépare quelques espèces, toutes les autres,
ou 695, sont spéciales à un seul étage,
qu'elles ne franchissent pas; ainsi, presque,
toutes seraient caractéristiques de leurs
étages particuliers.
BUCKLAND (Le docteur).— L'illustre
professeur de l'université d'Oxford, dans
son bel ouvrage intitulé : La géologie et la
minéralogie dans leurs rapports avec la théo-
logie naturelle, a consacré un chapitre entier
à la démonstration de cette proposition :
Les découvertes géologiques sont d'accord avec
les livres sacrés. L'opinion qu'il y développe
nous a toujours paru la plus plausible, et
nous savons qu'elle est embrassée par une
foule d'esprits émincnts, qui y voient la seule
conciliation possible entre les découvertes
de la science et le récit de la Genèse. C'est
celle que Mgr le cardinal Wiseman a adop-
tée dans ses célèbres Discours, ))rononcés à
Rome, sur les rapports entre la science et
la reliaion révélée. ( Voy. Wiseman. ) Voici
les belles considérations qu'inspire au sa-
vant docteur Buckland cette haute et impor-
tante question de l'accord des sciences
géologiques avec le texte sacré.
(41) c Haec et hujusmodi cœlorum phœnoniena,ad
eDOcliam scx raillenem, salvis naturoB legibus, aegre
rexocari possunt.Qiiinfatenduni erii potius non eam-
deia fuisse originem, neque cosevam, telluris no-
stre et totius unixersi : stve intellectualig sive cor-
poieî. Neque mîrum videri débet bsec non dis-
liuxisse Moscm, aut uni?ersi originem non tractasse
aeorsim ab illa mundi nostri sublunaris : hxc cnim
non distin^uit popuhis, aut sejiaratim sstimat.
r- Recte igitur legislator sapienlisâmus philosophis
<r On peut s'étonner à juste titre, dit-il,
que quelques hommes pleins de savoir et
sincèrement religieux, ne voient que d*un
œil soupçonneux et jaloux, les progrès que
fait chaque iour l'étude des phénom'ènes de
la nature, lorsqu'on sait quelles preuves
nombreuses cette étude nous fournit des at-
tributs les plus élevés de la Divinité, et que
les conclusions qui leur sont offertes par
les géologues, comme le résultat de leur la-
borieuses et patientes investigations , ne
soient reçues qu'avec les sentiments d'une
méfiance injurieuse ou d'une incrédulité
absolue. Ces doutes et cette répulsion sont
les conséquences des révélations que nous
a faites la géologie, touchant les longues
f)ériodes qui ont précédé rétablissement de
'homme sur cette terre. Et l'on conçoit
qu'un esprit qui, de longue date, s'était fait
une habitude d'assiener, aussi bien à l'uni-
vers qu'à l'espèce humaine , six mille ans
d'existence ou environ, ne reçoive pas sans
résistance des informations nouvelles, dont
chacune, si elle est vraie, exige un remanie*
ment de la cosmogonie à laquelle il s*était
arrêté. Sous ce point de vue, la géolosie
partage le tort qu'ont éprouvé toutes les
sciences à leur naissance, d'être repoussée
pendant un temps, comme hostile à la reli-
gion révélée; comme elle aussi, bien com-
prise, elle lui deviendra un auxiliaire puis-
sant , en exaltant nos convictions , sur la
grandeqr, la sagesse et la bonté du Créa-
teur (M).
« 11 n'est pas un homme doué de sa raison,
qui ne rapporte à Dieu, comme à leur ori-
gine première, l'ensemble tout entier des
Shénomènes naturels ; et, si l'on croit en la
ible comme à la parole même de ce Dieu,
craindre de voir se contredire un* jour ce
que nous pouvons arriver à connaître de
ses œuvres, et ce qu'il lui a plu de nous en
révéler, n'est-ce pas commettre une incon-
séquence m«nifeste? Mais les premiers pas
d'une science sont toujours timides et em-
barrassés; l'esprit humain s'en effraye et
s'arme de circonspection et de doute, toutes
les fois qu'une conclusion nouvelle demande
à prendre place dans le domaine de ses con-
naissances. S*il yeutdes hommes à préjugés
qui persécutèrent Galilée, c'est qu ils cru-
rent la religion menacée par les progrès
d'une science sur laquelle s'appuyèrent plus
tard les Kepler et les Newton, pour démon-
trer les plus glorieux et les plus sublimes
attributs du Créateur (i2).
« Herschell a déclaré que « la géologie, par
« la grandeur et la sublimité des objets dont
^ elle s'occupe, prendson rang dans l'échelle
reliquit id negotil, ut ubi maturuerit ingeniuin
bunianum persetatem, usuni,etobservationes, 0|)era
Dci alio ordine digérèrent, perfectionibus divinis
atque reram natune adaplalo.» (Bdrnei^s, Archœih
logiœ philo$ophic(e^ c. vui, p. 306 ; in-4®, 1692.)
(42) Kepler termine un de ses ouvrages star Vz%^
tronomie par la prière suivante, que nous repro-
duisons diaprés la traduction qu'en donne le Chris-
tian Observer, août 1854, page 495.
c Avant que de quitter celte table sur laquelle j'a
îèê
BUC
ET DE PALEONTOLOGIE.
BUG
150
c des sciences à cAté de Tastronomie; » et
I*hisloire de la structure de notre planète,
dis qu'elle sera bien comprise , conduira
l'humanité aux mêmes grands résuItaB mo-
raux qu*e1le a déjà obtenus de Tétude des mé-
canismes célestes. La géologie a déjà établi,
sur des preuves physiques, que la surface
du globe n*a p>as existé de toute éternité,
dans les conditions qu'elle présente de nos
jours» mais qu'elle y est arrivée par une
série de créations distinctes qui se sont
succédé durant des périodes consécutives
d*une étendue considérable, mais parfaite-
ment limitées entre elles; que toutes les
combinaisons actuelles de la matière avaient
été précédées d'autres combinaisons, et que
ses derniers atomes, dans toutes les trans-
formations qVils ont subies, ont été régis
par des lois tout aussi invariables et tout
aussi régulières que celles qui tracent aux
Klanètes leur route dans l'espace. Et com-
ien tous ces résultats sont en harmonie
avec nos sentiments les plus élevés, avec la
conviction où nous sommes de la grandeur
et de la bonté du Créateur de cet univers 1
Si donc des sources de certitude aussi im-
portantes pour la théologie naturelle, n'ont
été admises qu'avec répugnance, par des
hommes animés d'un zèle sincère pour les
intérêts de la religion, c'est que faute d'avoir
pénétré assez avant dans les sciences physi-
ques, et de les avoir sainement appréciées,
ils avaient craint des contradictions entre
les phénomènes naturels et l'histoire de la
création telle que la Genèse nous la raconte,
c En outre, de ce que les géologues n'ont
Eu jusqu'à présent s'entendre assez pour éta-
lir une théorie de la terre complète et
incontestable; et de ce que de vieilles opi-
nions, qui ne s'appuyaient que sur des ma-
tériaux sans valeur, ont disparu devant des
découvertes plus étendues, on a conclu qu'il
n[7 a rien de certain dans tout ce que l'on
dit à ce suiet , et que toutes les déductions
sur lesquefles cette science est fondée n'ont
rien que d'indigeste et de purement conjec-
tural : c'est s'armer contre la géologie, d'un
raisonnement laux et injuste. Tout homme
de bonne foi conviendra nue le temps n'est
Vàs encore venu où une théorie de la terre
parfaite puisse être établie d'une manière
complète et définitive , parce que nous
n'avons pas encore i>ar devers nous tout
fût loales mes recherches, il ne me reste plus qu'à
élever mes yeax et mes mains vers le ciel, el à adres-
ser avec dévotion mon humble prière à Fauteur de
tovle lamiére : 0 toi qui, par les lumières sublimes
que la as répandues sur toute la nature, élèves nos
aésirs jusqu'à la divine lumière jde ta grâkce, afin
que nous soyons un jour transportés dans la lu-
mière étermlle de ta gloire, je le rends gi^ces,
Sei|pMiir et Créateur, de toutes les joies que j'ai
éprouvées dans les extases où m'a jelé la contem*
pïalion de rœuTre de tes mains.
< Voilà que j'ai terminé ce lÎTrequi conlîeut le fruit
de mes travaux , et j*ai mis à le composer toute la
sofluue dlnlelligence que tu m*as donnée. J*at pro
damé devant là hommes toute la grandeur de tes
«euvres , je leur en al expliqué les témoignages,
aaiaol que mon esprit fini nfa nermis d'embrasser
l'ensemble de faits, sur lesquels elle doit un
jour être basée ; mais en attendant nous
possédons déjà beaucoup de ces faits bien
démontrés; à leur suite, nous pouvons dès -
maintenant atteindre à des conclusions d'une >
importance et d'une certitude incontestable, .
et la somme de ces conclusions , à mesure >
qu'elle s*aecrott, fournit à cette théorie, qui
un jour sera l'une des richesses de l'esprit
humain , un point d'appui de plus en plus
ferme. Chaque jour nous la perfectionnons
davantage; déjà il nous est donné de cons-
truire le premier, le second, le troisième
étaçe de notre édifice, avec toute la solidité r
désirable, quoique un temps bien long doive
encore s'écouler avant que le couronnement
puisse y être posé. Ainsi donc, tout en ad-
mettant qu'il nous reste beaucoup à appren-
dre, nous afiirmons avoir déjà beaucoup et
de solides connaissances, et nous protestons
contre ceux qui demanderaient la destruc-
tion de ce qu'A y a déjà de construit, sous le
prétexte qu'il y a encore beaucoup à cons-
truire.
« Durant la période d'enfance de la géologie,
alors qu'aucune des sciences, qui seules
peuvent lui fournir une base assurée, n'était
arrivée à maturité , la prudence voulait que
l'on remtt à une autre épooue le parallèle
entre le récit de Moïse et la structure ac-
tuelle du globe, structure alors presque en-
tièrement inconnue ; mais notre position a
tout à fait changé depuis cinquante ans ; un
mouvement immense s'est opéré dans nos
connaissances, et leurs limites ont été por-
tées si loin que, à cette heure, le sujet août
il s'agit réclame impérieusement sa place
dans notre discussion.
« Or, un premier fait important, c'est que tous
les observateurs, quelles que soient d'ailleurs
leurs opinions sur les caractères secondaires
qui ont agi dans la production des phéno-
mènes géologiques, s'accordent en ce point
au'ils n ont pu s'accomplir que dans une
urée composée d'une suite de périodes
immenses en étendue. Ce n'est donc pas sor-
tir de notre sujet, que d'examiner, dès main-
tenant, jusqu'à quel degré l'histoire de la
création , telle qu'elle est contenue dans le
narré concis que nous en a lait Moïse, se
trouve d'accord avec l'ensemble des phéno-
mènes naturels, dont nous ferons ouelques
pages plus loin l'objet de notre éliide. Car il
rétendue infinie. J*ai fait tous mes efforts pour
m*éleTer jusqu'à la vérité par la philosophie; el,
s*il m'était arrivé de dire quelque chose d'indigne
de toi, à moi méprisable vermisseau conçu et nourri
dans le péché, fais-le moi connaître, afin que je
puisse Teflaoer. Ne me suis-je point laissé aller aux
séductions de la présomption , en présence de la
beauté admirable de tes ouvrages? Ne me suis-je
pas proposé ma propre renommée parmi les hommes
en élevant ce monument qui devait être tout enl*er
consacré à ta gloire? Oh ! s'il en était ainsi , reçois-
moi dans ta démence et dans ta miséricorde , et ac-
corde-moi cette grâce que l'œuvre que je viens
d'achever soit à jamais impuissante à pnrauire le
mal ; mais qu'eUe contribue à ta gioire et au salul
des âmes.
m
BUC
DICTIONNAIRE DE COSUOGONIE
BbC
KS
importe qu'il ne nous reste plus aucun deute
à cet égard, lorsque nous entrerons dans ces
recherches, ayant pour but la reconstruction
d'une série d'événements dont la majeure
partie a précédé la création de TespèCe hu-
maine.
« Or, je crois pouvoir démontrer non-seu-
lement qu il n'y a pas incompatibilité entre
les déductions auxquelles nous serons con-
duits et le récit de Moïse, mais que les étu-
des géologiques auront uour résultat de je-
ter d'importantes lumières sur plus d un
point de ce récit demeuré jusqu'alors obscur.
Comme nous serons conduits peut-être à
proposer quelques idées peu d'accord avec
les interprétations les plus généralement
reçues jusqu'ici et les plus popularisées, je
«i.éclare qu on peut les admettre sans crain-
dre que nous allions jamais jusqu'à porter
atteinte à Tauthenticité du texte lui-même,
ou au respect que nous devons à l'autorité
d'hommes qui, par cela même qu'ils nous
ont précédés, n ont point compris comme
nous les passages en question, privés qu'ils
étaient du secours de ces mêmes faits qui
sont venus les éclairer à nos yeux d'une
Jumière toute nouvelle; et si à quelques
égards la géologie semble demander que
Ion sacrifie quelque chose de Tinter^jréta-
tion littérale du texte aux exigences des
déductions scientifiques, elle nous en dédo-
raagera largement par les nouveaux appuis
au'elle fournira à la religion naturelle sur
ivers points que la révélation n'avait pas
eu pour but de nous enseigner.
« L'erreur de ceux qui veulent trouver dans
la Bible une histoire complète et détaillée
des phénomènes géologiques, c'est d'exiçer
trop ; les opérations créatrices dont ils lui
demandent gratuitement compte s'élèvent à
des époques \ii à des localités n'offrant plus
aucun rapport direct avec l'espèce humaine,
il ne serait pas plus déraisonnable d'accuser
le récit mosaïque d'imperfection, parce qu'il
n'y est point fait mention des satellites de
Jupiter ou de l'anneau de Saturne, que de
s'enprendreà lui du désappointement auquel
on s expose lorsqu'on y va chercher un en-
semble de connaissances géologiques qui
peuvent entrer dans une encyclopédie des
sciences, et nullement dans un volume, dont
l'unique but est de fixer nos convictions re-
ligieuses, et de nous donner des règles de
conduite. La révélation devait-elle être une
communication de l'omniscience tout en-
tière? et, si elle devait s'arrêter quelque
part, à quel point des sciences physiques
plutôt qu'à tout autre, pour qu'elle fut à
l'abri des mêmes reprocnes d imperfection
et d'oubli dont on s'obstine à poursuivre les
récits de Moïse. Une révélation qui eût dit
Je l'astronomie tout ce qu'en savait Coper-
nic, fût restée au-dessous des découvertes
de Newton, et Laplace l'eût trouvée fort dé-
fectueuse s'il n'y eût rencontré de science
que ce qu'en possédait Newton lui-même.
Une révélation de toutes les connaissances
chimiques du xviii' siècle eût été bien pau-
vre en présence de celles d'aujourd'hui, et
ces dernières, sans nul doute, éprouveront
le même sort lorsqu'on les comparera à cel-
les de l'âge qui doit succéder au nôtre ; et,
dans toute la sphère des connaissances hu-
maines, il n'en est pas une à laquelle ce rai-
sonnement ne puisse s'appliquer, jusqu'à ce
que l'homme ait obtenu la révélation com-
plète de tout ce qu'il y a de mystérieux dans
le mécanisme des mondes matériels et dans
les forces qui les mettent en raouvemem.
Une telle mise en possession de l'intelligence
de Dieu lui-même dans ses œuvres et dans
toutes ses voies, conviendrait peut-être à des
êtres d'un ordre supérieur ; peut-être aussi
entre-t-elle comme élément dans le bonheur
auquel nous sommes réservés par delà cette
vie. Mais elle dépasse les forces de la race
humaine placée dans les conditions physiques
et morales où nous la voyons ; elle serait en
contradiction manifeste avec les vues que h
Divinité s'est proposée toutes les fois qu'elle
s'est communiquée par des révélations. Ces
sortes de raanirestations ont eu pour but de
donner à l'homme des lumières morales, et
non des connaissances scientifiques.
« Diverses hvpothèses ont été proposées
dans le but de faire concorder les phénomè-
nes géologiques avec la narration concise
que Muïse nous a faite de la création. C'est
ainsi que plusieurs ont voulu expliquer par
le déluge de la Genèse la formation des cou-
ches stratifiées , opinion incompatible avec
l'épaisseur énorme et les subdivisions en
nombre immense que présentent ces cou-
ches, avec la variété infinie et la constante
régularité suivant laquelle s'y succèdent les
restes d'animaux et de végétaux, dont la dif-
lérence avec Tes espèces actuelles sont en
raison directe de leur antiquité et des pro-
fondeurs où elles se trouvent. Ce fait que la
jilus crande partie de ces restes appartien-
nent a des genres éteints, et presque tous à
des espèces perdues, lesquels ont vécu, se
sont reproduits et ont péri sur le lieu même
où on les trouve, ou à une distance très-
rapprochée, prouve que toutes ces couches
ont été successivement et lentement dépo-
sées, durant des périodes d'une longue du-
rée et à de grands intervalles. De ces végé-
taux et de ces animaux, il est impossible
qu'aucun ait fait partie de la création à la-
quelle nous appartenons immédiatement,
« Suivant d'autres, ces couches auraient été
formées au fond des eaux dans rintervalie
qui s'est écoulé entre la création de l'honripo
et le déluge sacrés ; et, à celte dernière épo-
que, les portions primitivement élevées au-
dessus du niveau des mers qui formaient
les continents antédiluviens, se seraient en-
gouffrées sous les eaui, tandis que 1 ancien
lit des océans se serait soulevé pour former
h son tour des montagnes et des continents.
Mais cette hypothèse tombe irrésistiblement
devant les taits que nous devons exposer
dans la suite de cet ouvrage.
« Une troisième opinion a été éniise en
même temps par de savants théologiens et
par des hommes versés dans les éludes géo-
logiques, et sans qu'ils y aient été conduits
tss
BUC
ET DE PALEONTOLOGIE.
BUC
154
far les mêmes considérations ; e^le consiste
dire que les jours dont il est question
dans le récit génésiaque, ne sont point des
intervalles égaux à ceux que le globe em-
ploie pour opérer une rotation sur lui-
même, mais bien des périodes se succédant
entre elles, et chacune d'une grande éten-
due ; et l'on a été jusqu à affirmer que Tor-
dre suivant, dans lequel se succèdent les
débris qui nous sont restés d'un monde an-
térieur au nôtre, était en tout d'accord avec
l'ordre de création raconté dans la Genèse.
Cette assertion, malgré son exactitude appa-
rente, ne s'accorde pas encore dans son en-
tier avec les faits géologiques (kS). Car il
est ()rouvé que les plus anciens animaux
marins se rencontrent dans ces mêmes divi-
sions de couches de transition les plus infé-
rieures, où Ton rencontre les premiers res-
tes végétaux, d'où cette conclusion irrésisti-
ble que ces animaux et ces végétaux sont
d'origine contemporaine ; et si quelque part
la création des végétaux a précédé celle des
animaux, c'est un fait dont jusqu'ici les re-
cherches géologiques n'ont pu rencontrer
aucune trace. Cependant il n'y a encore là ,
dans mon opinion, aucune objection solide,
que la théologie ou la critigue puissent faire
contre remploi du niot jour dans le sens
d'une longue période ; mais l'on demeurera
convaincu de l'inutilité d'une telle exten-
sion dans le but de réconcilier la Genèse
avec les faits naturels, si je parviens è dé-
montrer que toute la durée dans laquelle se
sont manifestés les phénomènes géologiques
est en entier comprise dans l'intervalle in-
défini dont l'existence nous est annoncée par
le premier verset.
« Dans ma leçon inaugurale, publiée à Ox-
ford en 1820, pages 31-32, j'ai formulé mon
opinion en faveur do cette hypothèse, que
« le mot commencemeni a été appliqué par
Moïse, dans le premier verset de la Genèse^
h un espace de temps d'une durée indéfinie
et antérieure h la dernière grande révolu-
tion qui a changé la face de notre globe,
ainsi qu'à la création des espèces animales
et végétales qui en sont maintenant les ha-
bitants. Durant ce temps, de longues séries ^
de révolutions diverses ont pu s'exécuter, '
lesçiuelles ont été passées sous silence par
Thistorien sacré , comme entièrement étran-
gères à l'histoire de la race humaine. Il ne
s*en est autrement inquiété que pour consta-
ter ce fait, que les matériaux constituants de
l'univers ne sont pas éternels, ne tirent pas
d'eux mêmes leur propre existence, mais
ont été créés dans 1 origine des siècles
par la volonté du Tout-Puissant. » Et j'ai
éprouvé une véritable satisfaction lorsque
j'ai vu que cette manièire d'envisager notre
5uj€t, qui avait déjà depuis longtemps pris
I}lace dans mon esprit, était tout è fait d'ac-
cord avec l'opinion imposante du docteur .
iAô) Vog. Tart. Jours-Périodes dans ce Diction-
naire.
(i4) Le ploriol liébreu shamaim, {Gen. ii, 1), que
l'on ira luit par ciW, désigne, par sa fii(iiilication
ccrinologiqiie, les régions au-dessus de ncns, tout ce
Chalmers. Il l'expose en ces termes dans son
Evidence ofthe Christian révélation^ chap. 7 :
« Est-ce que Moïse a jamais dit que Dieu ,
en créant le ciel et la terre, ait fait autre
chose qu'une transformation de matériaux
déjà existants ? ou avance-t-il quelque part
qu'une longue suite de siècles ne sépare pas
le premier acte de la création dont il est
parlé dans le premier verset de la Genèse^ et
qui dit s'être passé « au commencement^ » et
toutes ces autres opérations dont le récit
plus détaillé commence au second verset, et
qu*il nous décrit comme s*étant accomplies
dans un nombre déterminé de jours? ou en-
fin nous donne-t-il a entendre que ces gé-
néalogies vont plus loin qu'à fixer l'antiquité
de l'espèce humaine, abandonnant à la dis-
cussion philosophique Tantiquité du globe
lui-même? »
« Les théologiens les plus savants ont long-
temps discuté la question de savoir si le
premier verset de la Genèse devait être con-
sidéré comme désignant les choses qui vopt
suivre, et offrent un préambule sommaire
de la création nouvelle, dont les détails cons-
tituent l'histoire des six jours qui remplit
les versets suivants : ou comme établissant
simplement ce fait, que le ciel et la terre
ont été créés par Dieu, sans limiter la du-
rée dans laquelle s'est exercée son action
créatrice. La dernière de ces opinions est
parfaitement en harmonie avec les décou-
vertes de la géologie.
« Le récit de Moïse commence par déclarer
que, « dans le commencement. Dieu créa le
o ciel et la terre. » Ce peu de mots peuvent
être reconnus par les géologues comme l'é-
noncé concis de la création des éléments
matériels dans une durée qui précéda dis-
tinctement les opérations du premier jour.
Nous ne trouvons aflirmé nulle part que
Dieu créa le ciel et la terre dans « le pre-
« mier jour, » mais bien dans « lejcommence-
tf ment, » et ce commencement peut avoir eu
lieu à une époque reculée au delà de toute
mesure, et qu'ont suivie des périodes d'une
étendue indéfinie, durant lesquelles se sont
accomplies toutes les révolutions physiques
dont la géologie a retrouvé les traces.
>^ « Le premier verset de la Genèse nous parait
donc renfermer explicitement la création de
l'univers tout entier; du «ciel», ce mot
« ^'appliquant à tout l'ensemble des systèmes
«I sidéraux [kk) ; et de la terre, >* notre pla-
nète étant aussi l'objet d'une désignatioa
spéciale, parce qu'elle est la scène où vont
se passer tous les événements sans rapport
avec l'histoire de resuèce humaine, et qui
ont eu lieu sur la suriace du ^lobe, depuis
l'époque indiquée par le premier verset, où
furent créés les éléments qui entrent dans
sa composition, jusqu'à celle dont l'histoire
est résumée dans le second verset, il n'en
est fait aucune mention ; aucune limite n'est
2
ui est an-dessus de la terre, comme nous disons
c Dieu qu*il est au-dessus, qu*il est en ha>H,
qu'il est au ciel, lorsque nous voulons indiquer la
présence de sa divinité dans des espaces distincte e
cette terre. (E.-B. Pisev.)
155
BUC
rPiCTIONNÂlRE DE COSMOGONIE
BtC
156
imposée à la duréede ces événements intermé-
diaires, et des millions de millions d'années
peuvent s*étre pressés dans l'intervalle com-
(45) Je suis heureux de pouvoir joindre ici la
nde suivante de mon ami le professeur royal d^hé-
breuàOxford; elle vient apporter la sanction impor-
tante de la critique hébraïque aux considérations à
Taide desquelles jernesuiseiTorcé de faire disparaître
les diflOcullés spécieuses soulevées à Toccasion des plié-
Boméoes géologiques contre l'interprétation littérale
du premier chapitre de la Genèse,
c Deux erreurs ont été commises par les crîf iqites
au sujet de la siçuillcation du mot bara^ créer;
Tune par ceux qui prétendent que le mot hébreu
doit nécessairement être entendu dans le sens de
c créer de rien ; > Tautre par ceux qui essayent de
démontrer à Taide de Tétymologie que ce mot en-
traîne la signiflcation de i formation au moyen d'une
matière existante déjà. > Ce n*est pas plus ici le cas
de Tune que de Tautre signiGcalion. Je ne connais
aucune langue dans laquelle il y ait un mot qui
sîgniûe nécessairement i créer de rien. > Et, d*un
autre cété, quel que soit le mot que Ton emploie, il
est évident ques'ilsagitde Taciion créatrice de Dieu,
ce mot ne peut impliquer d*une manière nécessaire
b préexistence de la matière. Ainsi notre mot créer^
qnt rend le mot hébreu bara^ exprime que la chose
créée reçoit son existence de Dieu sans indiquer
par lui-même si Dieu, en rappelant à exister, la fit
iortir ou non du néant; et la nésessité où nous
sommes de le faire suivre des mots de rien suffit à
prouver uue le mot créer n*a pas en lui-même cette
étendue de signification ; et, en effet, ouand nous
parlons de nous comme créatures de Dieu, nous
D'entendons pas du tout par ces paroles que nous
ayons été matériellement créés de rien. Ainsi c*est à
Tensemble du texte, aux diverses circonstances, aux
révélations que Dieu a faites ailleurs, et non à la
force du mot en lui-même, qu*il faut s'en rapporter
sur la question de savoir si bara exprime que la
chose a été créée de rien (autant que nous pouvons
aiTiver à comprendre cette expression) ou que Dieu
a donné à de la matière déjà existante une forme
d'existence tout à fait nouvelle. Or cette dernière
signification est parfaitement indiquée dans la Ge-
n&e^ I, 27, où il est parlé de la création de Thommc;
lorsque nons savons d'après le chapitre H, vers. 7,
qu'il a été tiré d'une matière déjà existante, — c la
poussière de la terre, i — et le mot bara n'est réel-
lement tant au-dessus du mot asah, faire, que par
la raison que le premier s'applique uniquement à
Faction divine, tandis que le second se dit égale-
ment de Faction humaine; et la différence eiitrç
ces mots est exactement la même qu'offrent dans
notre lanpe les mots créer et faire par lesquels on
les traduit : mais toute cette dispute me semble
tefiir plutôt à notre manière d'envisager le sujet
qu'au sujet lui-même ; cat faire ^ quand on l'ap-
plique à Dieu, est l'équivalent du mot cr^er.
Ainsi les mots bara, créer, asah, faire, yatsar,
former, sont-ils fréquemment employés par Isaîe,
et une fois par Amos comme tout à fait équivalents.
Bara et asah expriment également la formation de
quelque chose de nouveau {de novo), d'une chose
dont l'existence, sous cette nouvelle forme, com-
mence, et dépend entièrement de la volonté de celui
cui la crée ou qui la fait. C'est ainsi que Dieu se
désigne lui-même comme le créateur, — c Borée, >
—du peuple juif {Isa. xliii, i, 15), et un événe-
ment nouveau est désigné sous ce même terme de
création dans le livre des Nombres, chap. xvi, ^ 30 :
< Si le Seigneur (texte anglais) fait quelque chose
de nouveau, i et, dans Fhct)reu , c crée une créa-
ture. » — Le Psaliniste l'emploie aussi {Ps. civ,
f 50) quand il parle du renouvellement de la face
du globe, par la succession des créalures douées de
pris entre ce commencement où Dieu créa le
ciel et la terre , et le soir où commence le
premier jour du récit mosaïque (45).
vie : — c Tu enverras ton souffle et elles senwt
créées, et tu renouvelleras la face de la terre, i
Cette question a été traitée, mais d'une manière su-
perficielle , par Beaiisobre , dans son Histoire du
manichéisme, t. II, liv. v, chap. 4 ; et mieux par Pé-
ta vius, Dogm. théoL, t. III, De opificio ux dterum,
lib. I, chap. i, § 8.
c Après avoir relu et étudié ce récit, le seul ré-
sultat auquel je puisse arriver, c'est que Icâ mots
cr^er et faire sont synonymes , quoique le premier
exprime cette idée avec plus de force ; et ils soDt
en effet continuellement pris l'un pour l'autre. —
c Dieu créa les grandes baleines (uen. i, ^ 21) ; —
Dieu fit la bêle de la terre (^ ^). — Faitùm
1 homme (^ 26) ; ainsi Dieu cnéa l'homme () 27). i
— Mais il est en même temps probable ^ue le mot
c bara > créer, fut choisi à cause de la si^iificatioa
plus élevée pour désigner la formation primitive du
ciel et de la terre.
f Cependant le seul point réellement important
qu'il y ait à débattre dans Tinterpréution du pre-
mier chapitre de la Genèu, c'est de déterminer d une
manière définitive si les deux premiers versets sont
un simple résumé de ce aui va être raconté plus en
détail dans le reste du cuapitre, et conséqucmmeot
une sorte d'introduction à ce dernier, ou s'ils renfer-
ment l'indication d'un fait de création distinct. Or,
cette dernière interprétation me parait être la vraie,
d*abord parce que la création du globe lui-même n'y
est mentionnée nulle part ailleurs, puis parce que
le second verset nous expose l'état de la terre après
qu'elle eut été ainsi créée,- et nous prépare de cette
manière au récit de l'œuvre de six jours; et s'il y
est question d'une création, il me semble que celte
création, qui a eu lieu , au commencement, i a df^
précéder les six jours: car on observera que l'his-
toire de chacun de ces jours est précédée de U dé-
claration, c Dieu dit, i ou i Dieu voulut que tdte
chose fût > — ( c el Dieu dit > ) — ; et par consé-
quent la forme même du récit semble nous indiquer
que la création du premier jour commença quaud
ces mots furent prononcés pour la première fois,
c'est-à-dire lorsc^ue la lumière fut créée, au ver-
set 3. Quant à l'époque de la création dont il est
question au verset i, elle ne me parait pas déter-
minée ; ce que nous y apprenons seulement, c'est
ce qui seul nous importe, savoir, que toutes choses
om été créées par Dieu. Et ce n'est pas ici une opi-
nion nouvelle. Plusieurs Pères de TLglise, cités par
Pétavius {toc. cit., chap. Il, § i-8), pensent que les
deux premiers versets de la Genèse renferment le
récit d'un acte de création distinct et antérieur.
Quelques-uns, comme saint Augustin, Théodoretet
autres, rapportent à cette époque la création de la ma-
tière; d'autres, celle des éléments; d'au 1res encore (et ce
sont les plus nombreux) pensent que ce ne sont pas les
cieux visibles dont ilestquestion dans ce passage, mais
ce qu'ils regardent comme désigné ailleurs sous les
noms de — île plushautdescieux,i— cieutdescieux,»
— la création de notre ciel visible étant manifeste-
ment rapportée au second jour. Pétavius lui-mémo
regarde la mation de la lumière comme le seul fai*
du premier jour (cli. 7 De opère primœ diei, i(t est
(uce), considérant les deux premiers versets comme
un sommaire fait par Moïse de la création dont il
allait entreprendre le récit, et comme une déclara-
tion générale ayant pour but de rapporter à Dieu U
création de toutes choses.
Episcopius et plusieurs autres auteurs pensèrent
qU't la création et la chute des anges devaient êtn»
rapportées à la période dont il est ici question, et
toutes déplacées que soit de telles hypothèses, ellts
nous font voir combien il est naturel de supposer
157
BUC
ET DE PALEONTOLOGIE.
BUG
4»
c Le second verset décrirait donc Tétat du
globe au soir du premier jour (car Moïse
ayant divisé le temps d'après la méthode ju-
daïque, chaque jour se compte du commen-
cement de la soirée au commencement de la
soirée suivante), et ce premier soir peut
être considéré comme la fin de cet espace
de temps indéfini qui suivit la création pre-
mière, annoncée par le premier verset, et
comme le commencement des six jours qui
allaient être emplovés à peupler la surface
de la terre et à la placer dans des conditions
convenables pour qu'elle pût recevoir l'es-
pèce humaine. Ce même second verset men-
tionne distinctement la terre et les eaux
comme existant déjà, et comme enveloppées
dans les ténèbres. Cette condition d alors
nous est décrite comme un état de confusion
et de vide, tohu^ bohu^ que l'on a coutume
de traduire par chaos^ mot çrec d'une signi-
fi4!ation vague et sans précision, et que les
géologues peuvent considérer comme indi-
quant le naufrage et la ruine d'un monde
antérieur. Ce fut à ce moment que se ter-
minèrent les périodes indéfinies qui font
l'objet de la géologie; une nouvelle série
d^'événements commença, et TcBuvre de la
première matinée de cette nouvelle création
fut de faire sortir la lumière des ténèbres
temporaires qui avaient enveloppé les rui-
nes de l'ancien monde (46).
' Plus loin, dans le neuvième verset, nous
retrouvons une mention de cette ancienne
terre et de cette ancienne mer. 11 y est dit
que fef eaux reçurent l'ordre de se rasêem-
hier en un seul point, et le sec d*apparaUre.
Or, le sec dont u est parlé ici est cette mémo
terre, dont la création matérielle est an-
noncée dans le premier verset, et dont le
second verset décrit la submersion et les
ténèbres temporaires; et ces deux faits de
Tapparition du sec et du rassemblement
des eaux sont les seuls sur lesquels le neu-
vième verset se prononce : nulle part il n'y
mimerralle eonsidéraliie entre^k création men-
tiomiée dans le premier Tcrset de la Genèse et celle
dont le récit nousest présenlé par le verset 3 et les
sviraBts; aussi, dans quelques vieilles éditions de
h BiUe anglaise, où la division en versets n*existe
pas encore, trouve-t-on, à la 6n de ce qui est niaio-
lenant, la sec«md verset séparé du reste par un in-
lerraOe;etdans la Bible de Luther (Wittemberg,
\hS7)t on voit le chiffre I, répété au ooroinencement
da troisième verset pour indiquer que là commence
en rêalîlé le récit du premier jour de la création.
Ain» donc nous trouvons dans ce qui précède la
nnfiniatîon dont nous avions précisément besoin ;
car bien que nous repoussions loin de nous Tidée
impie de donner à la parole de Dieu une interpréta-
tion dfJiérenfe de sa signification la plus claire, il
Bons fdirestéja crainte de nous être bis8é influencer
ânolfe insu par les opinions flotUnles de notre
>iede; c^esl pour cela que nous avons dirigé nos
recherches avec le plus de soin vers les hommes qui
MU eipliqué les divines £critiires k des époques où
or théories n'eiistaient pas. Qu'il nous soit permis
fajcnier que nous ne porterons pas plus loin ces
îiiTe^tJgations. Nous ne savons rien de ce que c*est
^'nne création, rien descsnses premières, rien de Tes-
^sce, si œ n*est de la portion limitée par les corps ac-
est dit ({ue le sec ou les eaux aient été créés
le troisième joui
« On peut interpréter de la même ma£lI1^re
le quatorzième verset et les quatre suivant»
Ce que l'on y dit des luminaires célestes
paraît avoir trait seulement à leurs rapports
avec notre planète, et plus spécialement
encore avec l'espèce humaine qui allait y
prendre place. Nulle part il n'est dit que la
substance même du soleil et de la lune ait
été appelée è exister pour la première fois
le quatrième jour (W); le texte peut égale-
ment signifier que ces corps célestes furent,
à cette époque, spécialement adaptés à cer-
taines fonctions d'une grande importance
pour l'espèce humaine : — « A verser la lu-
«( mièresur le globe; à régner sur le jour et
« sur la nuit. » — « A fixer les mois et les
« saisons, Jesannéeset les jours. » — Quant
au fait même de leur création , il avait été
annoncé d'avance dès le premier verset. La
Genèse mentionne aussi les astres (cb. i, 16),
mais en trois mots seulement, et, pourainsi
dire, sous forme de parenthèse, comme si
elle ne se fût proposé d'autre but que de
nous rappeler que tous ils avaient été créés
par la même puissance qui avait fait exister
déjà le soleil et la lune, ces autres luminai-
res d'une importance bien plus grande pour
nous (hS). Cette mention si brève accordée
en passant à toute la phalange innombrable
de ces corps célestes, dont chacun, selon
toute probabilité, est un soleil à part, et le
centre d'un système plané(aire , tandis que
la lune, notre petit satellite, est citée comme
approchant le soleil par son importance,
nous démontre clairement qu'il n'est accordé
d'autre intérêt aux phénomènes astronomi-
ques que celui qui résulte de leurs rajiports
aYecleglobe,etsurtoutavecrespècehumainet
et nullement de leur importance réelle dans
l'immensité de l'univers. El n'est-il pas im-
possible que nous mettions les étoiles fixes
au nombre des corps que la Genèse (i, 17)
toelleroent existants ; rien du temps, excepté ce qu: en
est déterminé par les mouvements de ces mêmes
cor|>s. Je regretterais amèrement de paraitre dog-
matiser à propos de ces choses sur lesquelles un
instant de reflexion et d^huniilité nous conduira à
confesser notre ignorance profonde. Cest à peine si
nous devinons les choses de ce monde, et tons nos tra-
vaux m peuvent nous faire apercevoir ce qui se passe
sous nos yeux ; qui donc oserait scruter les secrets
des cieux, (Sapesse, ix, 16. ) — (E.-B. Pcset).
(iG) D*apres l'opinion que m*a émise le profes-
seur Pusey, ces mots i que la lumière soit, > Yehi
or, (Cen. i, 5), n'impliauent pas davantage que les
mots par lesquels on les a traduits que Ëi lumière
n'eut Jamais existé antérieurement ; on peut les In-
terpréter simplement dans le sens d'une substitution
de la lumière aux ténèbres sur la surface de notre
planète. Quant à la question de savoir si la lu-
mière avait déjà existé guelc^ue part dans les œuvres
de Dieu, ou si elle avait précède sur cette terre les
ténèbres décrites au verset 2, eUe est absolument
étrangère au but du narrateur.
(471 Voyez les notes précédentes.
(48) Les mots veeth haccocabim si^ traduiseiM
littéralement par: i Et les étoiles. * (E.-B. Pussi.)
il^
BUC
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
BUC
160
nous dit avoir été placés à la voûte des cieux
pour réuandre la lumière sur la surface de
notre globe, alors que, sans le secours du
télescope, le plus çrand nombre de ces corps
célestes demeure invisible? Le même prin-
cipe parait dominer la description de la créa-
tion, quant à ce qui concerne notre planète;
la formation des matériaux qui la compo-
sent, une fois annoncée dans le premier ver-
set, les phénomènes de la géologie comme
ceux de l'astronomie ont été passés sous
silence, et la narration arrive sans intermé-
diaire aux détails de la création actuelle
dont les rapports avec Thomme sont plus
immédiats (4.9).
« L'interprétation que je viens de proposer
semble en outre résoudre la difficulté qui ,
sans ce secours, paraît résulter de ce qu'il
est dit que la lumière existait dès le premier
jour, tandis que c'est au quatrième seule-
ment qu'apparaissent le soleil, la lune et
les étoiles. Si nous supposons que la terre
et les corps célestes aient été créés à cette
époque dont la distance reste indéterminée,
et que l'Ecriture désigne par le mot corn-
mencementj et que les ténèbres, qui cou-
vraient le soir du premier, n'étaient que des
ténèbres temporaires produites par l'accumu-
lation de vapeurs denses — « sur la face de
l'abtme, » —on peut concevoir comment un
commencement de dispersion de ces vapeurs
(49) Les observations suivantes de Tévèque Gleig,
bien qu*à Tépoque où il les écrivait il ne fût pas
eiitièrcroeul convaincu de la réalité des faits annon-
cés iiar les découvertes géologiques, nous font voir
qu'il partageait dès lors cette opinion que le récit de
Moïse pourrait sans inconvénient sMnterpréter en
admettant que Teiistence de l'espèce humaine a été
précédée d'un laps de temps indéfini.
c Je suis très-dispoaé à croire que la matière dont
se compose Tunivers a été cr^ d'un seul jet,
?[uoique plusieurs portions aient reçu leur dernière
orme à des époques très-diverses. A quelle époque
précise l'univers fut-il créé, ou combien de temps
le système solaire demeura-t-il dans le chaos ? Ce
sont là autant de vaines questions auxquelles on ne
peut faire aucune réponse. Moïse nous raconte This-
toire de la terre, seulement dans son état actuel :
il nous annonce qu'elle fut créée, et qu'elle était vide
et informe alors que l'esprit de Dieu flottait âi la sur-
face des eaux. Mais il ne nous dit pas combien long-
temps dura cet état de chaos, ni si c'étaient ou n'e-
laienl pas les débris de quelque système plus ancien
3 n'auraient habité des créatures vivantes de races
ifférentes de celles qui existent maintenant à sa sur-
face. Du reste, ceci n'a point pour but de répondre
au reproche souvent fait à la cosmogonie de Moïse
de n'accorder aux oeuvres de la création qu'une an-
tiquité de six ou sept mille années tout au plus; car
nulle part dans les livres sacrés Moïse n'a donné
cctt * détermination. Quelque éloignée d'ailleurs que
soil rcpo:]ueoù Dieu créa le ciel et la terre, et, se-
lon toute probabilité, elle l'est beaucoup, il fut un
temps où elle n'était distante que d'une année, d'un
jour, que d'une heure. Ceux donc qui soutiennent
que la manifestation de la gloire du Tout-Puissant
par ses œuvres n'a pu être limitée à une courte pé-
riode de six à sept mille ans, ne sentent pas que la
même objection s'adresse à la période la plus im-
mense que puisse concevoir l'esprit humain. Il n'est
pas de durée détenninable qui puisse entrer en pro-
Mrtion avec l'éternité, et que nous assignions à
i*uiiivers matériel six millions ou six cents millions
rendit la lumière à la surface de la terre le
premier iour, sans que pour cela les causes
oui produisaient celte lumière cessassent
d'âtre obscurcies, et comment la purification
complète de l'atmosphère au quatrième jour
fut cause que le soleil, la lune et les astres
apparurent dans la voûte des cieux et se
trouvèrent dans de nouvelles relôtions avec
la terre, nouvellement modifiée, et avec
l'espèce humaine (50).
« La lumière existait durant toutes ces pé-
riodes longues et distantes entre elles, oii se
succédèrent toutes les formes animales qui
se sont manifestées sur la surface primitive
du globe , et que nous retrouvons mainte-
nant à l'état fossile. Nous en avons la preuve
dans l'existence d yeux chez les animaux pé-
trifiés, appartenant à des formations géolo-
giques de divers âges. Dans un des chapitres
suivants, je ferai voir que les yeux des
trilobites, fossiles propres aux terrains de
transition, sont, par leur organisation, tout
à fait analogues à ceux des crustacés actuel-
lement existants, et que les yeux des ichthy<>-
saures, du lias, renferment un appareil tel-
lement semblable à celui qu'on trouve dans
les yeux de plusieurs oiseaux, qu'il nous est
impossible de douter que ces yeux fossiles
ne fussent des appareils optiques calculés
pour recevoir de la même manière les im-
pressions de la même lumière qui transmet
d'années, un sophiste pourrait dire avec une égale
raison que la gloire du Tout-Puissant manifestée
dans ses œuvres ne peut être ainsi limitée. Ce n'est
donc pas dans le but de faire taire de semblables ob-
jections que j*ai admis l'existence d'une terre et d'un
ciel plus anciens que ceux que nous avons sous les
yeux, comme compatible avec le récit de Moïse ou
tout autre passage des livres sacrés , mais dans le
but seulement de raffermir la foi des lecteurs pienit
qui pourraient se laisser ébranler par les déGoa\er-
tes réelles ou prétendues des géologues modernes.
Si ces philosopîlies ont réellement découvert des os
fossiles ayant appartenue des espé^ ou à des genres
d*animaux qui maintenant n'existent plus sur la
terre ni dans l'océan, et si la destruction de ces es-
pèces et de ces genres ne peut être expliquée par le
déluge général ou tonte autre catastrophe dont l'his-
toire nous dit que notre globe a été le théâtre; s*i|
est de fait que la surface de la terre est formée de
couches qui ne peuvent y avoir été déposées dans
l'état où elle sont que par la mer, ou par toute autre
masse d'eaux demeurées à l'état tranquille sur ks
points où ces couches se rencontrent pendant des
périodes beaucoup plus étendues que- n'a éléla dorée
du déluge de Noé; si, dis-je, tous ces faits prennent
le caractère d'une certitude complète, ce dont je ne
suis nullement convaincu, nous ne trouvons rien dans
les livres sacrés qui nous empêche de penser que ce
sont les ruines d'une terre antérieure, formée au
sein du chaos d'où Moïse nous apprend que Dieu tira
les éléments du système actuel. Son histoire, au^si
loin qu'elle remonle, est celle de la ten*e telle qu'elle
existe maintenant, de ses habitants actuels et de
leurs ancêtres des premiers âges ; et un des géoto^aes
les plus ingénieux et les plus profonds, Cuvier {tvuà
sur la théorie de la terre)^ a démontré que la race
humaine ne peut pas être beaucoup plus ancienne
que ne nous Tannoncent h^s écrits do fégislaimr hé-
breu. » ( Stackhouêé's Bible ^ psiv l'évèque Ginc,
p. 6-7; 1846.)
(50) Voyez la note 16 col. 158.
m
BUC
ET DE PALEONTOLOGIE.
sur
encore la perception de la ?ue aux animaux
existants aujourd'hui. Cette conclusion est
entièrement confirmée par ce fait général
one toutes les tètes fossiles des poissons ou
de reptiles, quelle que soit la formation
géoloaque où on les rencontre, offrent des
caTitâ orbitaires pour que des yeux aient
pu 7 être lo^és, avec des trous pour le pas-
âge de ner6 optiques, bien qu*il soit rare
de rencontrer dans ces cavités quelques
restes de Vasil lui-même. De plus, la pré-
sence de la lumière est tellement indispen-
sable à Taccroissement des y^étaux actuels,
que nous ayons le droit de la regarder
comme une condition non moins essentielle
du déyeloppement de ces nombreuses es-
pèces végétales fossiles qui accompagnent
les débris des animaux dans toutes les cou-
ches de toutes les formations.
« D*après une opinion à laquelle des décou-
vertes récentes (51) sont venues lyouter un
grand poids, la lumière n'est point une subs-
tance matérielle, mais seulement un effet
des ondulations de l'éther, substance infi-
niment subtile et élastique qui remplit Tes-
Ece tout entier et même Fintérieur de tous
( corps. Tant que Téthêr demeure en repos,
il 7 a obscurité complète ; si, au contraire, il
est placé dans un certain état de vibration ,
la sensation de la lumière existe; de plus,
ces vibrations peuvent être produites par
diverses causes, telles que le soleil, les as-
tres, Félectricité, la comoustion, etc. Si donc
'• lumière n*est pas une substance particu-
lière, mais une série de vibrations de Tétlier,
c*est-è-dire un effet produit sur un fluide
subtil par l'action d'une ou plusieurs causes
extérieures, il ne serait pas exact de dire, et
la GaUse ne dit pas, dans le verset 3 du cha-
f31) Pé«r Texposé général de la théorie des ondo-
luiaiii laaÛBeiises, coosal&ez sir J. Hebsoiel, an.
tBMÎiri', m* partie, section 2 de FEmofcL miétrapei,
Toyex cnoore le MëlkématicëU irmeu du professcnr
ÂKT, 2« édît., IS3i, p. 249; et madame SoMEaviixK,
ouvrage Intitulé : Cojwexton ofihe ph$tical
1851, p. 185.
i^) Aprésm*étie alnsliiasardé à entrer dans une
d*espUcaiioiis ipiî, je pense , prouvent entière-
raeeofd qui eiîsie entre le texte lîuéral même
et ht Cemaeti les phénomènes géologiques, je m*abs-
ôendrai d*en dire plus long sur ce sujet important,
cC je suis beoreux de pouToir renvoyer mes lecteurs
h ^nelfaes admirables articles du Ciristtan Obgener
(mai, jnn, juillet, aoèt 1834). ils j trouveront un ré-
tmmé CrèsHMt et très-complet de cette question, dans
Irqncl sont présentées les diflicultés dont eUe est en-
temps que Von y propose pfaisienrs
et judicieuses sur Tesprit dans lequsl
de semblables invesligaiions. Je reii-
«Brrai aussi aux divers ouvrages dont les noms sui-
vent : Sermons de VMtpu Bonle^^ in-8*, 1816; lu
voL, série 39; — RecanU of création , par Tévéque
Bmn-Scvvn, n* ▼ol.4p. 356 ; — Douglas , Erron re-
yurrfuif vslt^m, I830,jp. iSl-iSi; — HiGcms, Un the
mtmiemi nméwÊimerml Geofogies^ 183g; — elphuspé-
#ulf If jit à rdoquent et admirable Ducomrs du proies-
•evr Scncwn, mr les Etndes de tCmwersité de Cam-
hidfe, 1833, dans lequel il a fait voir avec beaucoup
pitre I, que la lumière fut créée, bien qu'oi#
puisse dire littéralement qu'elle fut mise en
action.
< Enfin, lorsque le quatrième commande-
ment {Exodey XX, llj rappelle les six jours
de la création, on j trouve le mot asah
« faire» » le même qui se trouve aux versets
7 et 16 du 1" chapitre de la Genèse , et que
nous avons déjà prouvé être d*nne significa-
tion moins forte et moins étendue que le
mot bara^ • créer, » et comme il n*entralne
pas nécessairement la création de rten, il
peut être id employé à désigner un nouvel
arrangement de matériaux qui existaient
déjà.
< Mais nous rappellerons en terminant que
ce n'est nullement le récit de Moïse en lui-
même, dont nous mettons en question Texac-
titude , mais seulement la manière dont il
doit être interprété; et nous devons avoir
surtout présent à Tesprit que Tobjet de ce
récit n'est aucunement d'établir de quelle mor»
niêre^ mais bien par qui le monde fut créé.
Comme il y avait une tendance de l'esprit
humain , dans ces premiers âges du monde,
à adorer les objets les plus ^orieux de la
nature, et nommément le soleil, la lune et
les étoiles, nous devons croire que Moïse,
en racontant la création, eut pour but prin-
cipal de préserver les Israélites du poly-
théisme et de l'idolâtrie des nations qui les
entouraient, en proclamant que tous ces
corps célestes, si pleins de magnificence,
n'étaient {jas eux-mêmes des dieux, mais
seulement l'ouvrage d'un Créateur unique
et tout-puissant, auquel seul devait s'adres-
ser l'adoration des hommes (52). »
BUFFON. Yoy. Géologie.
BURN£T. Yoy. Géologie.
d*balâlefé tous les rapports qui unissent la géoiope
et bi reltgion naturelle, et on il résume en ces termes
sa prédense opinion sur le genre dlnstruction que
aous devons recbercber dans la Bible : c La BiUe
nous ap|irend que Tbomme ei les autres êtres virants
n'ont ete pbcés sur cette terre qu*il y a peu d'années,
et tous ki monuments physiques viennent à Pappui
de celle vérité. Si Fastronomie nous fait voir des
myriades dont il n*est pas question dans les livres
sacrés, la géologie nous prouve de son cété ( et non
point à raâe d^argnqients ttrés de Tanalogie, mais
bien en employant Tévideoce incontestable des faits
physiques ) que notre planète fol pbcée primitive-
ment dans des conditions physiques tfês^verses»
séparées les unes des antres par de longs intenralles
de temps et pendant la durée desquelles rboronie et
les autres créatures de même date n^avaient pas en-
core été appelés à Texistence. Des périodes telles que
celles-là n^appartiennent donc pas a Thistoire morale
de noire race, et ne sont comprises ni dans bi Ittire
ni dansFe^ldehi réTéblkm.Qoi oserait d rjqueOe
distance sepaure le jour oà fui créée hi terre et celui
oà il plut à Dieu de placer lliomme k sa sarface? Sur
ces questfons, rCcnture se tait, mais son silence ne
détruit pas la signification de tous ces monuments
physiques que Dieu a placés sous nos yeux pour at-
tester sa puissance, en même temps qu il nous donne
toutes les facultés qui peuvent nous conduire h les
inlerpréler ei à en comprendre les enseigncmeiils.
f«5
CAL
DICTIONNAmE DE COSHUGOMB
CAL
m
c
CALCAIRE PISOLITIQUE. Voy. Daniex.
CALCAIRE DE LAVERSINES. Voy. Da-
NIE!i|.
CALCAIRE A SPATANGUES. Voy. NÉo-
COMIBN.
CALCAIRE A POLYPIERS. Voy. Batho-
MIEN.
CALCAIRE OOLITHIQUE. Voy. Batho-
NIEN.
CALCAIRE A ENTROQOES. Voy. Bajo-
ClEiN. ^
CALCAIRE A GRIPHÉES. Voy. Si:«ému-
RIEN.
CALCAIRE, son origine suivant M. Mau-
pied. — Voy. Maupieo.
CALCAUŒ GROSSIER, MOYEN. Voy. Pa-
risien.
CALCAIRE NUMMUUTIQUE. Voy. Sues-
$ONIEN.
CALCAIRES. Voy. Roches fossilifères.
CALCIUM, son rôle dans la constitution
de la terre. — Voy. Matières élésientaires
DU globe terrestre.
CALLOVIEN (ÉTAGE). — Le sixième
étage des terrains jurassiques et le douzième
de la série totale des terrains. De la déno-
mination de kelloway^rocki donnée par M.
Philipps, M. d'Orbignj a fait le nom de cal-
lovien qui rappelle le type anglais de cet
état^e. C est Voolithe inférieur de c^uelques
géologues français, Yargile de Dives des
Normands ; etc.
L'étage callovicn forme l'horizon géologi-
que le 1)1 us facile à distinguer et surtout
celui qui se montre partout de la manière
la plus évidente. On le trouve partout en
Europe et jusque dans Tlnde, dans la chaîne
de l'Himalaya, à 8,000 mètres au-dessus de
la mer.
En réunissant toutes les couches plon-
geant à Test c^ui composent l'étage, depuis
Lyon, Dives jusqu'à Villers (Calvados), on
peut évaluer à loO mètres, environ, la puis-
sance de l'étage, comme maximum connu.
Si sur quelques points, où les dépôts
côtiers sont conserves seuls, plus ou moins
éloignés des dépôts côtiers de l'étase anté-
rieur, on peut encore croire qu ils ont
pu être conservés par des oscillations du sol,
aussi bien que par une perturbation Gnale ,
il n'en est pas ainsi des points où les deux
dépôts côtiers sont superposés sur le même
lieu. Il faut qu'il y ait eu certainement, sur
ces derniers , un mouvement d'affaissement
entre la fin de l'étage qui nous occupe et le
commencement du suivant , pour que ces
deux lignes supérieures des marées soient
l'une sur l'autre souvent à une dizaine de
mètres de distance en hauteur. Cette pertur-
bation coïncide partout , du reste, avec la
fin de la faune donnée par ses limites dans
les couches.
Caractères paléontologiques. — Pour distin-
guer l'étage de l'époque balhonienne anté-
rieure, nous avons les l^^ genres qui, nés
dans l'étage précédent ou avant , n ont pas
survécu, et ne sont pas arrivés à celui-ci.
L'étage callovien se distingue de l'époque
oxfordienne, .par 96 genres, çiùi, encore in-
connus dans oelui-ci, apparaissent avec Tâge
suivant. En résumé, nous aurions 110 genres
f)ouvant donner des caractères négatifs pour
'étage callovien.
Les seuls genres de céphalopodes, palœo-
teuthisj et rhynchoteuthis^ distinguent Té-
poque callovienne de l'époque précédente,
où ils n'existaient pas encore. Sur ce nombre
le premier genre, étant spécial à cet étage
peut servir a le distinguer de l'étage suivant'
où il manque; de même que les genres
ichthyosaurus et pachycosmus , qui s'étei-
gnent dans celui-ci. Ce peu de caractères
positifs montre que l'étage callovien est
aussi intermédiaire par les formes zoologi-
ques de sa faune que par sa position strati-
graphique rigoureuse entre les étages supé-
rieurs et inférieurs.
En dehors des animaux vertébrés et des
animaux annelés que contiennent beaucoup
d'espèces, nous connaissons en animaui
mollusaues et rayonnes seulement le nom-
bre de z81 espèces, comme se trouvant dans
celui-ci, et les 22 espèces qui paraissent se
trouver en même temps dans Tétage oifor-
dien. Il restera encore 255 espèces caractéris-
tiques de cet étage qu'on peut invoquer pour
le recx)nnaitre.
Chronologie historique. — Par suite d'une
Perturbation géologique, la fin de l'étage
athonien a produit 1 anéantissement de 1^
genres d'animaux et de 533 espèces d'ani-
maux mollusques et rayonnes, indépendam-
ment des espèces d'animaux vertébrés et
annelés et des plantes. Lorsque le calme
s'est rétabli dans la nature , sont nés avec
l'étage suivant quelques genres inconnus
jusqu'alors et 2T7 espèces d'animaux molius-
Îues et rayonnes , sans compter les espèces
es autres séries animales et les piantesqui
sont arrivées jusqu'à nous, comme les ves-
tiges de cette époque passée.
Entre la fin de l'époque bathonienne et
le commencement de l'étage callovien , les
mers paraissent avoir complètement change
d'aspect. Non-seulement elles se sont rélré-
cies sur tout leur pourtour, par de nouveaux
atterrissements , mais les détroits vosi^ieu
et breton paraissent avoir cessé de comouu-
niquer, l'un entre les mers anglo-parisienne
et méditerranéenne, et l'autre entre la pre*
mière et la mer pyrénéenne, dorénavant
entièrement séparées les unes des autres.
Le plus grand changement qui se soit opère
entre les deux étc'tges est un affaissement du
16S
CAR
ET DE PALEONTOLOGIE.
CAR
1S6
grsad continent russe, surélevé depuis la
fin de rétage permien, qui a permis aux mers
caUoTiennes de recouvrir la Russie du hSr
de latitude jusqu'à la mer Glaciale. Nous
devons croire par les coquilles identiques ,
que la mer caftovîenne dTurope s'étendait
sans interruption jusqu'au 9" de latitude
nofd, dans la province du Cutch (Indes
orientales) couvrant l'espace compris entre
le 9* degré nord et le cercle polaire.
Les continents ont subi les cnangements cor-
respondants; ils se sont accrus, tout autour
des mers déjà circonscrites , d'assez larges
afterrissements, et autour de la mer anglo-
parisienne, en France et à l'Est de l'Angle-
terre ; autour des autres mers, où les points
c^tfâcs viennent nous donner leurslimites.
le» mers nourrissaient des espèces d'ani-
maux distinctes des faunes précédentes, mais
presque des mêmes genres. Il en était de
même des continents. Une faune marine,
composée de beaucoup d'espèces identiques,
se montrait depuis la zone torride, dans l'Inde,
jusqu'à la mer glaciale. Cette répartition,
si différente de la répartition actuelle, mon-
tre qu'à cette époque comme aux premiers
âges du monde, la chaleur centrale propre
k la terre neutralisait encore les zones
isothermes que nous avons aujourd'hui.
Les oscillations du sol existaient durant
cette période, et toutes les causes physiques
oui agissent aujourd'hui avaient, sans aucun
doute, la même influence.
La fin de cette époque a dû avoir lieu,
comme celle des autres, par suite |d'un mou*
Tement géologique, dont nous retrouvons
des traces par l'isolement, dans la province
de Cutch, de l'étage callovien sans celui qui
le suit sur les points concordants, par la su-
perposition des deux dépôts littoraux de
cet étage et du suivant. Le résultat positif
est encore l'anéantissement de presque toute
la faune a^ant le commencement de l'étage
oxfordien.
CARACTÈRES steatigraphiques POsrriFs
KT 1IÉ6ATIF8 DSS GENRCS P0SSU.ES. Voy. GbN-
&KS FOSSILES.
CARBONATE SE CHAUX. Voy. Flntro-
dmction,
CARBOIŒ, son rôle dans la constitution
du globe terrestre. — Voy. MAiiàRES élâiien-
TâMMSS du globe TERRESTRE.
CARBONIFÉRIEN ( ÉTAGE). — Troisième
étage des terrains paléozoïques , ainsi dé-
nommé, parce qu'il appartient à l'époque
la plus nche en charbon de terre (carbo).
En France, on voit l'étage carboniférien
sur quelques ^ints du grand massif de Bre-
tagne. Il en existe deux lambeaux O.-N.-O.,
l'un près de Vou vaut , l'autre plus à l'ouest,
près de Cbatonnay (Vendée). Un autre lam-
Deau se montre à Sablé, à Solèmes (Sarthe),
et se continue jusqu'auprès de Laval. Sans
le Nord, on en connaît à Ferques, près
de Marquise ( Pas^e-Calais) , une petite sur-
&ee qui dépend peut-être des couches qu'on
a retrouvées sous les alluvions , à Douai et
à Valenciennes , et qui viennent api)arattre
t/e Landredes et Avesnes, à Beriaimont,
titw%
et au nord de Givet ( Nord ), dans les Vosges.
Dans le. grand plateau central de la France,
d'après les savants auteurs de la carte géolo-
gîque, on voit des lambeaux houillers à
ourneuf ( Creuse ) , à Vignoles , à Massât ,
à Lanteuil (Corrèze), à Pléaux, à Bassignac,
et sur une ligne presque N.-N.-E., par le
Deveix (Cantal), Heissex, Saint-Priest (Puy-
de-Dôme], et Noyant (Allier). Le môme dé-
Eartement en montre quelques autres lam-
eaux , ainsi que sur les points suivants :
à la Machine (Nièvre), aux environs d'Au-
tun , à Saint-Bérain , au Creusot , à Curdiu ,
à la Clayette (Saône-et-Loire), des bassins
houillers se trouvent à Sainte-Foy, à Saint-
Etienne, et des terrains marins à Rigny
|3 lieues au S.-E« de Roanne). D'autres
lambeaux houillers se voient à Aubin (Avey-
ronj, à Jaujac ( Ardèche), à Grand-Comhes,
à Pigère , aux Portes ( Gard ] , près de Saint-
Gervais , de Vaillant, et un lambeau marin à
Neffiès (Hérault). On trouve, de plus, dana
les Corbières, des lambeaux marins et
houillers à Tuchan, à Durban (Aude), et
des lambeaux houillers seulement près de
Bagnols, du plan de la tour d'Esterel (Var;.
On voit que, si la France n a pas de surfaces
considérables, elle est, au moins, fournie
d'unjgrand nombre de gisements de houillei
qui font la fortune de son industrie.
L'étage carboniférien est parfaitement re-
présenté partout en Europe. Un lambeau
existe en Sicile, suivant M. de La Marmora,
L'Espagne renferme l'un des plus riches
bassins connus, dans leb Asturies, à Pola
de Lena et à Mières. En Angleterre , on en
voit un vaste lambeau dans le Devonshire et
une partie du Cornwall. Une très-grande sur-
face allongée se voit dans le pars de Galles.
Elle commence dans le sud du Caermarthen,
se continue dans le Glamorjgan, au sud de
l'étage devonien; se rétrécit pour se conti-
nuer à l'est de l'étage devonien, dans le
Glocestershire, le Monmouthshirc, THere-
fordshire, le Shropsbire et le Denbigshire.
Des lambeaux existent dans le Staffordshire
et le Leicestershire ; puis une vaste surface
dirigée au nord , quelques degrés à l'ouest ,
prend dans le Derbyshire, et couvre une
partie du Lancasshire, du Nottinghamshire,
du Yorkshire et du Northumberlaud. On en
voit encore au sud , au nord , à l'est et à
l'ouest de l'Ecosse, et en Irlande. Ces grandes
étendues de l'étage carboniférien, qu'on
trouve en Anslelerre, en font peut-être le
pays le plus iavorisé sous le rapport des
terrains nouillers , ce qui n'a pas peu con-
tribué à l'extension de son industrie manu-
facturière.
La Belgiqpie est également un pays riche
par l'étage carboniférien, qui, appartenant
.au même lambeau de Douai, en France,
forme plusieurs bandes dirigées à l'est et à
l'est-nord-est, dont une s'étend depuis Tour-
nay, Peruwelz, Reculs, Charleroi, Fleurus,
Namur, Hug, Liège , le Limbourg jusqu'au
delàd'Aix-la-Chai/elle. C'est cette bande qui
contient les meilleurs et les plus considé-
rables dépôts de houille.
467
CAll
DlCTlONiNAIRE DE COSMOGONIE
CAH
168
En Allemagne , une grande bande N.-E.
s'étend dans la Prusse et la Bavière rhénanes ,
de Sarrebruch , de Sarrelouis , parOItweiler,
Saint-Wendel, Wolfalein, jusqu'à Sobern-
heim et Wonsheim, etc. L'étage est bien
développé autour de Prague (Bohème).
La Russie, d'après la carte de M. Mur-
chisen, de Verneuil et de Keyserling, offre
des surfaces immenses de l'étage carbo-
uiférien. Une large bande occupe tout le
versant occidental de la chaîne de l'Oural ,
depuis le 5' degré de latitude jusqu'auprès
de la mer Glaciale. Deux autres bandes pa-
rallèles se voient de chaque côté de la chaîne
des monts Timans, depuis Naldey-Kross
jusQu'à la mer Glaciale.
L Amérique n'a rien à envier à l'ancien
monde pour l'étendue de l'étage carbonifé-
tien (ju'on y rencontre.
Suivant M. Murchison, la partie occiden-
tale des comtés de Shropshire et d'Hereford-
Shire offrirait des puissances de 1,200 à
3,200 mètres. Dans les Asturies, en Espagne,
M. de Verneuil évalue la puissance à près de
4,000 mètres; à la Nouveîle-Écosse , au nord
du Canada, on a reconnu plus de 3,0()0 mètres
d'épaisseur de l'étage carboniférien. Il est
impossible de douter, d'après la puissance
aeule , de la très-longue aurée de l'époque
carboniférienne à la surface de la terre.
Composition des couches par rapport à la
houille. — On a cherché à diviser Tétage
carboniférien en deux ftses distincts super-
posés, les calcaires carbonifères inférieurs
et les terrains houillère supérieurs ; mais
lorsqu'on voit les mêmes fossiles traverser
indistinctement, dans toute leur épaisseur,
ces deux divisions qui , du reste, ne sont
distinctes nulle part, ne sont superposées
que sur peu de points, et qui toutes les deux
renferment de la houille, on arrive à trouver
2ue l'ensemble ne peut être divisé en deux
tages , comme nous le comprenons, et qu'il
ne forme réellement qu'une seule et même
époque géologique, dans laquelle aucune
ligne de démarcation n'existe : nous enten-
dons de ces lignes de démarcations générales,
uniformes sur le globe. Nous réunissons
donc l'ensemble en un seul tout, un seul
étage, que nous allons chercher à décrire
relativement à deux questions importantes :
la position de la houille , considérée comme
'dépôt , comme débris terrestre , par rapport
aui couches remplies de coquilles , considé-
rées comme dépôts marins. Il est certain
que là se trouvent les éléments relatifs au
mode de formation des couches de houille
et aux déductions qu'on peut tirer des diffé-
rents documents géologiques, sur l'état
passé de l'âge carboniférien, le plus instinc-
tif, peut-être, comme science , et certaine-
ment le plus important comme utilité in-
dustrielle. Divisons d'abord les faits en trois
f;roupes : les dépôts terrestres et marins, et
es dépôts purement marins.
Dépôts purement terrestres, — A en juger
par le manque complet de coquilles marines,
on doit croire que les dépôts houilliers du
grand plateau central de la France, depuis
Autun, dans le departementdeSaône-et-Loife«
par les départements de la Creuse, de l'Allier*
de la Corrèze, du Puy-de-Dôme, de la Loire*
de l'Aveyron, de l'Araèche, jusqu'à l'Hérault,
sont tous des dépôts purement terrestres. Ils
sont formés de couches tantôt fortement in-
clinées, d'autres fois plissées ou ondulées, et
même horizontales, comme à Saint-Etienne,
composées d'alternances : l*de greshouiller^
plus ou moins grossier, contenant, le plus
souvent, des troncs d'arbres couchés, évi-
demment charriés, et quelquefois des troncs
verticaux, comme M.Brongniart les a vus au
Treuil, près de Saint-Etienne ; 9r de schistes ;
feuilletés plus ou moins 6ns, par lits conte-
nant de nombreuses empreintes de feuilles,
couchées dans les lits parallèles des schistes,
quelouefois des poissons « comme a Autun;
3* entin des couches plus ou moins épaisses
de houilles ou de charbon de terre. Ces der-
nières couches sont répétées un grand nom-
bre de fois entre les couches de grès ou les
couches schisteuses , à tel point qu'on en
compte jusqu'à 21 dans le bassin de Saiit-
Etienne. Ces couches sont fréquemment
très-minces et alors bien plus nombreuses.
Elles sont quelquefois très-épaisses et plus
rares. On en connaît de 13 mètres d*éiviis-
seur à Saint- Aubin; mais à Sales, dans
l'Aveyron , on n'a pas trouvé la base à 23
mètres, et H. Cordier leur assigne, sur co
point, jusqu'à 103 mètres de puissance.
Dépôts terrestres et marins superposés.
— C est le cas général , le plus fréquent
dans l'étage carboniférien , que de trouver
des dépôts bouillers joints aux dépôts ma-
rins. Il en est ainsi en France, dans la Ven-
dée, dans la Sarthe, dans le Pas-de-Calais,
dans le département du Nord; en Angleterre,
dans le Vorkshire , le pays de Galles et le
Somersetshire ; en Ecosse, dans la Belgique,
la Prusse rhénane ; dans toute la Ru^sie ;
dans l'Amérique septentrionale et dans l'Aus-
tralie. Il reste à dire qu'elle est la relation des
uns avec les autres. Les couches de houille.
Ou couches imposées exclusivement de pro-
duits terrestres, sont inférieures, supéneu-
res ou intercalées dans les couches marines.
Les couches de bouille sont inférieures
au calcaire marin, remplie de fossiles, dans
le Valdaï, dans les provinces de Toula et de
Kalouga, en Russie.
La houille est intercalée et alterne, entre
les couches marines de grès ou de calcaires .
en Angleterre, dans le Northumberland, où
elle forme jusqu'à 40 couches; dans le
Newcaste la plus riche localité houillère de
la Grande-Bretagne ; dans le Yorkshîre.
Ces couches houillères de l'Angleterre sont
d'autant plus remarquables, que MM. Wood
et Witham y ont reconnu, dans les grès à
Killengworth et à Blancbford (Durham), des
troncs d'arbres encore verticaux ayant leurs
racines implantées dans les couches dft
houille. En Espagne, dans les Asturies, la
puissance de 4,000 mètres , que nous avons
signalée, est composée, à la partie inférieure,
d'alternances de couches marines et de cou-
ches de houille, le tout recouvert par de la
««»
CAh
ET DE PALEONTOLOGIE.
CAti
m
houille seulement. EnRussie^ dans le Douctz,
on voit la même alternance de calcaire ma-
rin et de houille. Il en est ainsi aux Etats-
Unis, où, pourtant; les parties supérieures
contiennent seules de la houUle; mais le
point le plus remarquable, sous ce rapport,
est, sans contredit, la Nouvelle -Ecosse, au
nord du Canada, où M. Logan a observé, sur
C4stte immense puissance de 3000 mètres en-
viron, qu'il y avait répété un grand nombre
de fois I des couches houillères, avec des
arbres encore debout, munis de leurs ra-
cines» alternant avec des couches épaisses
séparées par une grande puissance de grès
et de calcaires renfermant des fossiles ma-
rins très -nombreux.
8 La houille est supérieure aux couches
marines , en France , a Ferques (Pas-de-Ca-
lais), à Avesnes (Nord), dans les Corbières ,
à Tuchan, a Durban (Aude); en Angleterre,
dans le pays de Galles , dans le Somer-
setshire , dans le Derbyshire ; en Ecosse,
et dans toute la Belgique. Elle a la même
position, au-dessus des alternances, dans les
Asturies , en Espagne et dans les Etats-
Unis (53). »
« Déductiom tirées de la nature des sidi-
tnents et des fosBiles. — L'étage carbonifé-
rien, par la disposition et la composition si
diverses de ses couches, est assurément ce-
lui qui prête le plus aux déductions généra-
les ; en effet, aux conditions des mers nous
devons encore joindre quelques observations
sur les parties continentales.
« La nature purement terrestre de presque
tous les points du grand plateau central de
la France porte à croire que cette partie for-
mait déjà un vaste tlot terrestre pendant
toute la durée de Tétage carboniférien. Le
manque complet d*éléuients marins sur tous
les petits bassins houillers uui y sont dis-
séminés amènerait au moins a cette conclu-
sion. Si, d'un côté, les nombreux crustacés
cyproïdes qui ac<;ompagnent les poissons des
environs d*Autun peuvent faire croire à une
formation riveraine et peut-être lacustre de
certaines couches de ces dépôts terrestres, il
est difficile d'expliquer de la même manière
Talternance des nombreuses couches de
houille» qui ont succédé aux grès et aux
couches schisteuses des mêmes bassins.
Quelques savants ont pensé que ces dépôts
houillers, évidemment composés de débris
de végétaux, s'étaient déposés dans des bas-
fonds, comme nous voyons aujourd'hui se
former la tourbe de nos marais. Examinons
celte question sous différents points de vue.
Voyons d'abord de quoi se compose la flore
de cette époque. D*après les beaux travaux
de M. Adolphe Brongniart, les plus c implets
sous ce rapport, on voit que ces plantes ap-
partiennent principalement aux cryptoga-
mes acTOgènes » comprenant les fougères et
leslycopodiacées; aux dicotylédones symnos-
^nnes, comprenant les astérophyllitidées,
Tes sigiÙariées, les nœggerathiées, les coni-
fères et' les cycadées. Où se trouvent au-
jourd'hui les plantes les plus voisines où
appartenant à ces familles, surtout les grands
cryptogames arborescents, qui ressemblent
le plus à cette flore perdue? C'est évidem-
ment sous la zone torride, comme l'a très-
bien prouvé cet observateur consciencieux :
car il établit qu'à la Jamaïque les fougères
sont aux phanérogames comci-^^ 1 à 10; à
la Nouvelle-Zélande, comme 1 à 6; à l'Ile
Sainte-Hélène, comme 1 à 2; tandis que le
terme moyen est ailleurs comme 1 à 30. Il
parait, dès lors, évident que cette végétation
de l'étage carboniférien était partout formée
d'un ensemble de plantes au'on ne trouve
{)\\xs aujourd'hui que sous la zone torride.'
1 nous reste à dire ce que nous avons ob-
servé dans nos voyages sur les conditions
d'existence de ces plantes. Nous avons ren-
contré des fougères arborescentes, et cette
profusion extraordinaire de cryptogames,
qui les accompagne, seulement quand se
trouvaient réunies plusieurs circonstances.
Il fallait d'abord des pays montueux , acci-
dentés, comme les Ues citées par M. Bron-
gniart, ou les continents ; car jamais nous
n'en avons vu dans la plaine, à moins que
ce ne soit au pied même des montagnes. Il
fallait encore une exposition favorable qui
pût amener à la fois une chaleur constante
et une grande humidité. Il y avait toujours,
de plus une grande épaisseur d'un terreau
noir, entièrement formé de détritus de végé-
taux presque sans aucun mélange étranger,
à sa partie supérieure. Nous avons trouvé
ces conditions parfaites dans les montagnes,
aux environs de Rio dé Janeiro (Brésil) et
sur beaucoup des points les plus escarpés du
versant oriental des Andes boliviennes, dans
les provinces de Yurngas et de Yuracarès;
tandis que nous n'avons observé que très-peu
de fougères dans les forêts des plaines chau-
des et humides, et jamais dans les marais
de ces régions où les plantes graminées do-
minent comme en Europe. Quant aux cyca-
dées, nous les avons vues seulement sous la
zone torride et dans les lieux montueux,
secs et découverts. Ces circonstances d'exis
tence des plantes les plus voisines des plan-
tes fossiles sont peu iavorables à l'hypotbè&e
que ces dépôts houillers peuvent être d'an-
ciennes tourbières, puisque, d'un côté, nous
n'avons jamais remarqué aucune fougère'
dans les marais des régions chaudes, et que, .
de l'autre, nous n'avons jamais rencoutre de
tourbières sous la zone torride. S*il a existé
è l'époque carboniférienne des marais rem- /
plis de débris de végétaux, ce qui est très- ^
possible, il est au moins, nous en sommes
convaincu, très-difficile, d'expliquer par les '
tourbières actuelles seulement, ces puissan-
ces si extraordinaires de couches de houille
que nous avons signalées dans les dépôts
Sûrement terrestres. D'après une conviction ^
asée sur l'étude comparative des faits, nous *
les attribuons à des causes plus puissantes [
S rue les causes actuelles. En effet, quelle^
orce pourrait, aujourd'hiii , enlever ces'
(IS) Aie D^OuMm, Conr$ élém. de Paléont., I. Il,
Diction, dk Coshogo?iir et Dk PAi.éo!fTQL06is.
^ annàBB fougères et UMite la ?égétation des ré-
\ gions eiceplioijijellps que nous avons iudi-
quéest ^m^i-^^ )es pluies torreulielles ?
Mais mr )e .^I vier^ d^s ^égio^s chaude^}
da« pépies lès plus 4i^rupte$t 1$ uluie, foême
torfeotiplje, n'arrive ^ ferre qifftpfè^ AYOïr
traversé un rés^a^ serré de f^raflcbe? et dfi
feuillages ; elle p*entr»)^e fm ' ?^ Q^
souille même ft^s souvent Teflu Uwpide du
torrent (Fpy. Coucpç§ sépjMçifT^f^ps). Oî}
ne peut donc l^\ aUrit^upi' 1^ traqspqrt de la
«ûipme ifpmense des de^ifif d^ vé^éiau^ né-
çessaipps ppur formef (i^§ couche/ pgiss^Ur
te5. Ra supposant que. mè.m en for^^nt !e$
choses, on puissp auineitr^ 1# fonn/ition
4'une couche de houille d'ijuni de ces d.eui^
manières différentes, il resierft tomoi^r§ k
expliquer pourquoi ces dépôts de vec^elau^
ont été iiU^r^'O^P^^ ^^^^ ^^ '^^^^ à)^'ni§ dans
lesdéj.ûts pureinent terrestres, comme daqs
le iias§in de ^ain -^tienn^» p^f ^^^^ 469tii9
sédio^entair^s qe ^res pp d'ar^ijç schlsi^U^P
évidemment (raiisportés par les eaux, ajusi
que les eou^'^c^ de hpqiUe. Nous pepsons
que, peur expliquer p^s alternances, i] faut
. recourir au^f mêqjes pauses qui m\ déier
rainé les dépôts de h^ille avec des arbres
encore debout* {tllernant plu^i^ur^ fois ^vpc
des dépôts niarips d*une (srande pui3sancç.
Kou;) f eviepJrpns dope sur celte uucsiiQn, ^
tropos de^ osclU^tÎpns du ^o\ Ou^quejles
nous 4ttribuonSi h 1? foisi ce? 9<tern9Qce§ de
fipuille et de ^édipicnts, des i puchc? ierrç§-
tfp§ et des cpuplies I5a^tncs(a5^). ç
« OsciltcKions a\é 9qI' ^ U c4t une ques-
tion importante ne la science gép)p<îique |
Îui , bien qu'elle participe en m0me Temps,
es causer géqlp^iiques , doit cependant ap-
partenir aux caqs.QS actuelles, puisqu'elle
montre encore ses eÇets de nos jours, Noq^
YQUlQns parier des p^pijlations du sol } car ce
sont ces affaissements f t pes exhaussènients
de quelques points |iltpraux qui peuvent
ihoditier les ^éaOts ^u£q§ssifs de ces' points.
Ces psci|lation3 se ppnjpji^ent d'exihausr
semenls lents et ^ru^U^Si l^s preniiers sq
j^connajssent aW3l pAte§ tpmQur^ ep retraite,
successives , ^qq Jut^ro^PUes i jandis que
les autres fprmejilde^^ gr§Jins élpi^nés , des
ressauts disignts (es ufedcs autres, l-es af-
faissements doivçnti par h même rtiispn i
avoir été lents et 6f usques! Si I9 n jtùre {tç-
tuelle nous doqne çn etjfets au^qycs pr^qvejs
de ces affaisseinçQts |)rusques, )a ngtur^
passée , surtout la pl'qs eiîcifennet «oit iious
en révéler beaucoqu ôi^s ^^exemplçs ; car U
est évident que I9 croûte rubins épaisse c|e
l'écqrçe 'terrestre dev^ft arneper plus spq-
Tentj ces petites' d|sIoçatiQn.s p4rliçlK'S df^-
• terminées par çtçs trembl^q^ents ue terre.
Partout o(i lés soipts pôtiefs gm ^.if conser-
vés^ il y a pouf' nous prçuVe èyidènlf d'un
offâisseinent , qui g per^nis |^ çç point littoral
de se cQJpserYer. Quand on trouve sùpen/p-
sées^ comme à Tpurnajr. ^es couches évi-
denimènt côtièr^ âyéç qes coquilles flot-
tantes 4?^ ÇQ^ches (ji^pos^çi daq^ le Vpisiaa^a
<54) Ibid., p. 546.
DIGTlONNAïaE PE COSMOGONIE
aR
m
des côtes , et des couches formées dans les
régions profondes des mcrs^ )} esj encore
impossiide de ne pas les attribuci* ^ des os*
cil|ationsduspK }1 nous reste, pourtant, une
|)reuve pluis convaincante que toutes celbs-
cji et nous allons ]^ donner.
« 6n parait^ daiis pes derniers tempSi n'a*
yoir pas attaché àsse^ c|'j'^P^C^^°*''e à la pré*
sen'ce , rtan§ les eouches de féla^c carboni-
férien, de troncs d'arbre? encore dehouts,
dans une pôsitîpn yertirafe: ceux que M.
AJexanJre •Bron^niart j tus au Treuil, près
dé Sàint-Etienne,'diàns les dépôts terrestres ;
ceux qu'a observés M. Daubuîsson, à H^rn-
chén ; ceux qu'pnl décrits MM. Withain.
à Blahchfbrt ; M. Wood , h Killin^'-Worth •
M. Lp^an, dans la Nouvellé-Èçpssc , par
exemple, tious les considérons au contraire^
comme des fjfiits trèsriToprès à expliquer
des questions difficile^. La disposition en
couches })jra!lèles de tout l'éta^je earbônifé-
rien, soit terrestre j soit marin, ne permet
pas (]e douter que renseu||»le ne se soit for-
mé mSus Pinfluencç d^s eaux, et souvent
tlap? ies/eaûV PP> comment lés'trpnc^
d*arbres et tbiis les grands vé^élauiç se com-
IiQrtentrils, |orsqu*ils sont charriés |ar les
;aui 1^ Nous en ^vons vu en trop ^raad
nombre sur les rivages de toutes les vastes
rivières du nouveau monde , sur les af-
fluents de l'Amazone et de jaPlata, pour ne
f)âs avoir remar(]ué que ces troncs, surtout
.ors.ju'ils sont entiers, sont toujours dans
iihe position qui apprpche plus pu meinsde
riioribontalilé; mai^ qu'ils pe sont jamais
yerticaux, ni voisins de la verticalité. Celte
f)psitipn verticale des troncs de grands végé-»
au|: , éomine les ^igillari^es de 2â mètres de
long trouvées danslesenvironsdèNewcastle,
çoipine celles de 18 mètres observées à Crai-
glaithi annoncent donc certainement qu'ils
sont dans leur position normale, sur le
point od ils ont vécu, ce que ^ du reste,
mm! Wûod el de La Bèch« ont parfailc-
nieiit reconnu, d'âbprJ, pâneque ces grands
troncs irçiversept plusieurs couches de grès
et d^argile schisteuse, et surtout parce que
ces plantes ont encore leurs racines. D'ail-
leuris, le jgrand npmbrf de végétaux verti-
cjiux ç|e sigillaria, dont les racipes étaient
enfoncées dan^ une çoiichè mipcé de houille,
U es de Ncwcasll^ ^ eq ApuletfirrQ ? ainsi que
e§ arbres gveo leurs rscipes dans les lianes
hputllèrs quç If, t^ig^U % décrits à la Nou-
velle-Ecpsse, ^ans la t)aie de Fundj, nous
(jqnnent I0 preuve quç ççs vé^jétaux sont non^
Seûiv^mcqt îîÇ(i1s Qnl vécu, in^is çncbrç cians
les pi^mçç détritus {\e vMtW^ oÇi nou^
avons KU vivre ^otu.eflwent l^s grandes
foug^rçs^ qélrUus qui, «ivçQ 1^ temps çt la
pres5ipn^ ont formé dçs cquchçs de lioaille,
Nq! doute, AU)rs, que çe§ pl.anle» liu soient,
ayeç Igurs trontjs YÇrli.çau^ et leurs ratines»
surU pOînt pu elles ont vécu (^5) » et Ion
peut certainement prendra ces couches
comme des [toint^ terrestres,
« Npus. ?irr4Ypns maintenant ^va preuves
f.
(55; MM, Aleiandre Brongniarl et Wemer aval^ai la n.étm opinion retalWenieiil asx troMt VMUChiu.
I
iO
csA
tT DE PALEONTOLOGIE.
Car
m
d^s osrillalîons du soi, Si, en effet, ces cou*
I lies avec dfes troncs yerticaux du Noribum-
lierlanU, du Purhaoï. ^Q Angleterre, de )«
i\^ouveile*Ecosse, au Canada» sont bien réel»
icment des points terrestres, ce dont ou ua
peut douteff cofumeAl f iplùiuerart^a leur
présence, plusieurs UiU répétée, au milieu
fie dépôts mariQj» qui Aonveui ont descen»
tnines de luèlresde puissimcaT Pourqu^uQ
point continental quelconque derienne sousr
jiiarin, avec ces arbres encore verticaux, il
nous parati évident qu'il doit d*abord s'affais»-
5er brusquement dans la m^ avec les par*
ties consolidées qui le supportent. Les sedi-
nieuts marins, par Teffet constant du nivel*
loment, le recouvrent Je suite et conservent
insi la vé^élatjon et le terreau dans lequel
elle poussait; mm$ pour que sur le même
point on trouve, comme A la NouveIle*Ecosse,
cesi ouc))es terrestres, piiisieurs fois répétées
h quelques ecntaines de mètres de disUoce
verticale, à^x milieu des dépôts marins, il
laut« à chaque fois« des affaissements brus^
ques et des reléveuients lents ou brusques
qui constiiuenif cQmtnê unie voit, des oscil^-
latioos du sol analogues k ce que nou^
Yoyons dans la nature actuelle. Il est évident
que, s'il a iallu un aA/ûssement pour que ces
points terrestres devinssent des points sou^
marins, il a fallu également unesurélévation
pour quelles points submer^ redevinssent
des points coutin^eutauz. Pour redevenir en
eFet un point continental^ après être restées
un temp6 ooosidérablesou^ les eauXf ces par-
ties sous-marines ont d surgir au dehors,
soit par raccuxoulatix>n successive des sédi-
ments marins, soit par un mouvement lent
de surélé'etipn, soit eoôn par un mouve-
ment brusque. IJ a dA même s'écouler, pos^
téri eu rement, bien des années avant que la
Té^étalion terrestre pût s*/ développer. Nous
croyons donc, en dernière anal/se« qu*on ne
peut expliquer cette succession de points
continentaux devenus sous-marins, et des
points sous-marins devenus des points
coniinentam, que par autant d'oscillations
successives du soU que par autant de mou-
yecuenls d*afiaissement et d^ surélévation de
ce même sol.
« Nous avons dit que nous croyons pouvoir
expliquer cette alternance de couches ^le
bouille et de roches sédimentaires des dé-
pôts purement ierrp^lr^ par ces mêmes
oscillations. Nous avons^ dans réta^je con-
temporain, défini une oscillation brusque,
qui, pour nous, est Téqui valent d'une l^^e
perturbation géolo^que^ analogue aux Irem-
blomentsde terre, comme« par exemple^ celui
de Lisbonne, en ITâS^ perturbation locete
Ïui a des effets plus ou moiiis resireint^.
ugeons néanmoins par comi^araison^ Nous
avons vu que^ pendant ce tremblement de
lorrc de 17», où Ton a pu seulement cons-
tater l'affaiftsemenl d*une partie d'un quai«
le mouvement des eaux fut coasidérable^ ^e
fit sentir jusqu^aux Antilles, et amenj» de
^ombi^ut désastres sàxr toutes Jes pÂtes.
Cne oscillation du sol, sans sortir des effets
qui BOUS sont connus, peut donc, par suite
de déplacement qu*aura causé dans les eaux
un aSiiisafment bru;ique ou une brusque
surélévation, emener d^ {^erturbatiomu
même ^r les dépôts terrestreii des conlim
fiants* Le« eauXf en envahissant les conU«
nents de cette époque avec d*a*'*'«nt plu^ da
ftcilité qu*ils devai<»nt être bien moins éle
jés que les continents actuels^ durent enln
ver violemment des points voi^inst ou plus
<9U moins éloignas, suivent la valeur dn
TosciUation, tou^ 19» vét^taux ^ Içsdéisim
ius ok ilê nonssaient, pour les jeie^ d»M
ioutes les dépressîQns terrestres voisineSf
4ivec tous les matériaux sédimentaires, qui«
suivant Taccélérati n ou le rêlentissement
de rimpulsion des fiâai, ont pu recouvrir de
grès des parliez» terrestres pourvues de leurs
arbres, comme au Treuil ; déposer d*abord
des grés, même pendant Ta^ilatiou, puis des
sédiments plus fins, comme ceux des coi^
i^hes schisteuses, dM que le mouvement di.-
minua; et, enfin, ces mêmes détritus de vé«-
gétaux terrestres en suspension da^is |e$
eaux« et des végétaux en nature destinés à
former la Imuille. C'est ainsi que nous expli^
quons les nombreuses alternances de bouille
et de couches sédimentaires des parties ter^^
ri^Ur^^ de France, et ces amas s} considérai*
blés de houille qu'on a signalés à Saiut-4&>
bin et surtout k Salje (Avej'ron). Nous pen-
sons donc que, sans ces circonstances, plus
aictiveç que les simples phénomènes physjr
ques de J*atmospliére ^ déterminées par lep
oscillations du sol |)endant la durée de 1*6^
ta^ carboniiérien^ on ne pourrait expliuuer
Timmense extension àeê parties houillères
de France, d^Aiixleterre, dp Bussie, de Bel<-
gique, et surtout ces jsurfaces considérable^
ùQ bouille qui existent nu;^ Etats-Unis, ijas
plus ({ue tous les iaitsde stratification qu on
y a si^fialés^ Sans aucun ^s, les tourbières
où il n*v a pas de fougères, le transport par
les rivières qui n'a qu'une action tres-linû.-
tée, pas plus que les autres causes actuellos
de ce genre, n*expiiqueraieot la puissance
et surtout Timmense extension que nou^
connaissons aux bassins houillers de Tanc^en
et du nouveau nu>nde. Deux faits déplue
viennent encore appujrer notre suppositM>n :
,on a vu que les petits bassins houillers du
plateau central de France affectaient un^
direction très-remarquable^ Cette direc-
tion annonce qu'une longue dislocation
avait eu lieu sui* s» plateau avant le dé^
pOt de la houille, qui se serait xiéposé(5
dans les dépressions préexistantes, ce qui
concorderidt avec notre hj^pothèse. La posi-
tion le pln^ souvent supérieure aux cou^^s
U^iw'B de J# j^ilje, à Ferques au nord
ile k France, au pays de iisSles, dans Jse
Perbysbire , dans toute la Beli^ique , aux A^
turies et aux £tats4Jnis^ ne coincideraitreljye
pa^ avnç la i^nJe commotion géologiipio
Sui ^ déterminé la fin de l'étage . iiommoiion
e wèaa^ jMwe que les oscillations ^t
i^ons Avons parlé, mais ^nt fois plus eonsA-
iiér»i)i0 et générale sur )# gloi;>e? iQe serait
au moins Texplication la plus plausible que
m
CAR
DICTlONNÂinE DE COSMOGONIE
CAR
f76
^1
i-
nous pourrions donner de ce dernier fait
incontestable (56). »
Caractères paleonlologiqneê, — Pour sépa-
rer rétage carooniférien des étages inférieurs,
nous avons tous les genres éteints successi-
Toment dans ces étages ; les 28 eenres qui
naissent et disparaissent dans retage silu-
rien ; les 21 genres oui s'éteignent à Tétage
silurien supérieur ; les 52 genres qui s'étei-
gnent à l'étase dévonien, sans arriver, au
moins dans l'état actuel de la science, jusqu'à
l'étage carboniférien. En additionnant ces
S genres propres aux étages paiéozoïques in-
érieurs, mais inconnus à l'étage carbonifé-
rien, nous ^n aurons 101 pouvant servir
de caractères spéciaux pour distinguer l'étage
carboniférien des étages inférieurs, et en
particulier 52, pour le distinguer de l'étage
dévonien.
Aujourd'hui, en attendant le travail que
M. Kingdoitfaire paraître sur l'étage permien
d'Angleterre, nous avons, pour en distin-
guer l'étage carboniférien, les genres suivants
encore inconnus dans ce dernier : parmi
les mollusques lamellibranches, le genre
vanopœa et les deux autres suivants; parmi
les mollusques bryozoaires, le genre Arerafo-
phytes : parmi les zoophites, le çenre stene-
pora: c'est-à-dire 5 genres. En joignant les
caractères négatifs pour les étages supérieur
et inférieur de l'étase carboniférien, nous
trouvons, en réalite, 106 genres pouvant
servir de caractères négatifs pour distinguer
l'étage carboniférien, des autres étages pa-
iéozoïques.
Avec l'étage carboniférien, ont paru, pour
la première fois, un nombre considérable de
genres, oui, inconnus aux étages paiéozoï-
ques inférieurs, peuvent donner autant de
caractères paléontologiques positifs pour le
distinguer des trois étages iniérieurs. Ainsi,
sans compter les nombreux genres d'insectes
et d'arachnides qui naissent à cette époque,
sans compter les formes génériques de plan-
tes qui apparaissent pour la première fois,
nous avons, seulement parmi les animaux
vertébrés, mollusques et rayonnes, 72 gen-
res, qui, inconnus dans les étages précédents,
et surtout à l'étage dévonien, sont autant do
caractères positifs qu'on peut invoquer pour-
en distinguer l'étage carboniférien où ils
apparaissent.
Les genres qui peuvent, jusqu'à présent,
nous donner des caractères positifs uifTéren-
tiels d'avec l'étage permien sont les genres
qui, nés avec l'étage carboniférien, parais-
sent s'être éteints dans cette même époque,
n'ayant fait que paraître et disparaître sur
la terre. Le nombre de ces genres spéciaux
à l'étage carboniférien, s'élève à 5(5, qui,
joints aux 46 genres nés antérieurement,
s'éteignent encore dans cet étage; le tout
formant un total de 102 genres, qui peut
donner autant de caractères différentiels avec
l'étage permien. En résumé, nous avons
. 106 genres donnant des caractères négatifs,
<i et 102 genres susceptibles de fournir des
caractères positifs pour distinguer paléonto-
(M; Loc. eU., p. 34S. V. Ftou Fomile.
logiquement l'étage carboniférien des autres
étages des terrains paiéozoïques, ou 2(^ for-
mes animales, dont la combinaison donne
l'aspect particulier de la faune spéciale do
cet étage, et pourra le faire reconnaître
partout.
• Aux caractères paléontologiques tirés des
genres qui pourraient être très-suffisants
pour distinguer l'étage carboniférien des
autres, viennent se joindre les innombrables
caractères positifs tirés des espèces. En de-
hors de tous les animaux vertébrés, de tous
les animaux annelés et de ces nombreux vé-
gétaux qui présentent quelques centaines
d'espèces caractéristiques, nous avons seu-
lement pour les animaux mollusques et
rayonnes, le nombre considérable de l,0i7
espèces qui, après avoir été sévèremenf
discutées, sous les rapports de leurs carac-
tères et de leur synonymie, donnent autant
d'espèces caractéristiques de tous les faciès
sous lesquels s'offrent les différents lieux,
suivant les diverses zones d'habitation. On
a cité beaucoup d'espèces comme se trouvant
à la fois dans les étages dévonien et carbo-
niférien : mais toutes les comparaisons que
l'on a pu faire ont démontré qu'elles étaient
basées sur de fausses déterminations. Mous
devons donc, en attendant les preuves con-
traires, considérer toutes les espèces comme
caractéristiques.
Tous les points que nous avons cités à
l'extension géographique de l'étage contien-
nent les mêmes espèces, lorsaue se pré-
sentent les mêmes circonstances ae dépôt; ce
qu'il ne faut jamais oublier dans l'assimi-
lation de localités quelconques. On verra
3ue tous les lieux de France que nous in
iquons comme dépendant de l'étage carbo-
niférien, contiennent des espèces qui se re-
trouvent, soit en Angleterre, soit en Belgi-
que, sur des surfaces non douteuses : il en
est de même en Espagne et sur tous les
autres points du monde, Ainsi, que vous
preniez l'étage en Espagne, en France, en
Angleterre, en Belgique, en Allemagne et
en Russie, jusqu à la mer Glaciale et le
cercle polaire, vous trouvez partout, avec
quelques espèces plus ou moins circonscri-
tes, un très-grand nombre d'espèces com-
munes qui témoignent de la parfaite con-
temporanéité d'époque et de déuôt pendant
l'étage carboniférien. indépenclammeut de
ces espèces, se trouvant en Europe depuis
l'Espagne jusqu'au cercle polaire, il en est
qui se rencontrent également dans l'Amé-
rique septentrionale, depuis le Tennessee
jusqu'à l'Ile Melville, et même dans l'Amé-
rique méridionale, en Australie et à Van-
Diemen. Aussi nousavonsdes espèces qu'on
voit, à la fois, sous la zone torride et des
deux côtés du monde, jusque près des pôles.
Les larges limites d'extension de ces espè-
ces prouvent leur contemporanéité d'exis
tence sur tous ces points, et l'unité de mi-
lieux d'existence peu en rapport avec ce
que nous observons aujourd'nui.
Les recherches actuelles ont déjà iUtcoo*
^^/
177
CAR
ET DE PALEONTOLOGIE.
CAR
ITt
naître 39 espèces se trouvanl à la fois en
Europe et en Amérique, et sur ce nombre
9 qui, plus largement réparties, occupent
les régions tropicales et les régions tem-
pérées et froides de Tancien et du nouveau
monde. Comme, dans Tétat actuel des cho-
ses, les mêmes espèces n'existent que dans
les zones isothermes spéciales, et lorsqu'il y
a continuité des mers ces faits, qui mon-
trent une contemporanéité parfaite d'exis-
tence et une filiation certaine des espèces,
nous amènent tout naturellement à ces con-
clusions importantes : que les mers de t'é-
poque carfooniférienne devaient s'étendre
sans interruption depuis l'Europe jusqu'à
TAmérique septentrionale et méridionale, et
même jusqu'à l'Australie ; et qu'il régnait,
sur tous ces points, aujourd'hui si dispara-
les« une température presque uniforme.
A l'instant où Tétagedevonien a fini, pro-
bablement par snite des dislocations géo-
logiques que nous avons signalées (Voy.
Detohibh), la faune et la flore ont été to-
talement anéanties. ?ious voyons, en effet,
d'après nos connaissances actuelles, s'étein-
dre à la fois, puisqu'ils n'existent plus dans
l'étage carboniférien, 52 genres d'animaux
rus avant l'étage devonien ou spéciaux
cette époque, en même temps qne la
flore, que les animaux vertébrés et anne-
lés et 1196 espèces d'animaux mollusques
el rayonnes, qui formaient la faune et la
flore connues de l'étage devonien. Long-
temps après, sans doute, le calme s'est ré-
tabli sur la terre, elle se repeuple d'une
riche végétation, et de beaucoup d'animaux
terrestres, et parmi les animaux marins,
de 71 genres, et de 10^7 espèces inconnues
dans 1 étage devonien, et qui viennent don-
ner l'animation du monde entier à l'épo-
cpie cartx>niférienne.
L'immense puissance de l'étage carboni-
férien, les accidents si nombreux et si va-
riés qu'il présente partout où il se trouve,
nous portent à croire qu'il est peut-être,
parmi les diverses époques géologiques qui
se sont succédé à la surface du globe, ce-
lui oui a duré le plus longtemps. Il exis-
tait a cette époque des continents et des
mers.
La merde cette époque s'étendait, des
deux côtés du monde, depuis la zone tor-
ride'jusqu*au cercle pcilaire, vers le nord,
et jusgn'au W* vers le sud, ou sur 116*
de latitude, en faisant, pour ainsi dire, le
tour du monde : car les houillères connues
en Chine en dépendaient peut-être, ces
mets étant, sans aucun doute, soumises aux
xoémes influences aue les mers actuelles.
Les continents de cette époque, qui pro-
bablement étaient considérables, à en juger
par les débris de végétaux, commencent à
&e mieux dessiner pour nous, au milieu
de ce chaos des temps passés. Un lambeau
de ce continent occupait tout le plateau cen-
tral de la France, dans les limites compri-
ses entre l'Hérault et Avallon (Yonne) et le
cours du Rhdne jusqu'à la Vienne. On ne
retrouve, en effet, sur cette surface, que
des dépôts carbonifériens terrestres. Un
autre ^ambeau continental forme tout le
massif breton, comprenant : la Bretagne, la
Vendée, une partie du Maine et de la Nor-
mandie. Il s'étendait probablement, à l'Ile
Anglaise, an Comwal, au pays de Galles,
au Cumberland, à l'ouest des mers de cette
époque. Les points cfttiers de la Belgique
nous font croire que l'étage devonien ser-
vait, sur plusieurs points, de limite mé- *
ridionale. Par ces mêmes points cAtiers nous
pouvons croire que la Norwège, la Finlande
et l'ouest de la Russie formaient déjà une
vaste région continentale que bornaient des
mers peut-être semées d'Iles; car nous avons
quelques points côtiers dans l'Altaï et l'Ou-
ral. Sans doute encore une partie conti-
nentale occupait, de l'est à l'ouest, une par-
tie du Canada. Nous croyons de plus, qu'un
vaste lambeau existait dans le Brésil orien-
tal, sur une grande surface.
' Les mers carbonifériennes offraient une
faune assez différente de la faune de l'étage
devonien, formée de quelques reptiles ma-
rins probablement, riverains, de très-nom-
breux poissons placoïdes et ganoîdes, re-
marquables par les écailles osseuses dont ils
sont cuirassés. C'est même à cette époque
que les poissons placoïdes se trouvent à
leur maximum de développement généri-
que. Lesannimaux annelés montrent, pour
la première fois , des représentants de la
classe des cirripèdes , sous la forme d'apty-
chus, quelques nouveaux genres de crusta-
cés trilobites et cyproides, avec la nouvelle
série des pliyllopodes et des xiphosures. Les
animaux mollusques s'y enrichissent de
quatorze genres nouveaux de gastéropodes
et d'acéphales; et quelques-uns, déjà nés
dans les autres étages antérieurs, y attei-
gnent leur maximum de développement spé-
cifiaue, comme les produclui j les chonilts,
les oellerophonWf etc. Les animaux rayonnes
s'y montrent sous plusieurs formes nou-
velles, parmi les echinodermes surtout, où
nous voyons, pour la première fois, des
echinides, avec un nombre considérable des
crinoïdes. Les zooph^tes s'y multipliext
encore, et les foraminifères commencent à
s*y montrer sous la forme générique des
fusulines. En résumé, nous y c4>mptons
plus de soixante-douze genres nouveaux
inconnus à l'étage devonien. On connaît de
ces mers les plantes marines suivantes,. for-
mées d'algues (genre condridites, deux es-
pèces ; genre amansites^ deux espèces).
Avec cette animation toujours croissante
des mers, les continents de l'étage carbo-
niférien n'étaient pas moins bien partagés.
On y voit, pour la première fois, apparaître
de nombreux insectes coléoptères, ortho-
ptères et névroptères, et des arachnides
pulmonaires, voisines des scorpions. En
même temps que ces insectes ailes viennent
animer la campagne de leurs couleurs dia-
prées, la végétation s'y développe à propoi^
tion. C'est alors que se montre ce luxe exu-
bérant de végétaux ; ces élégantes fougères
arborescentes, au.feuillage léger comme It
«-■v;. »-**,-«.^#.**»
I7f
CAR
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
S lus riebe dentelte; ces lepidodendroM
lan^'és; ees ftailles si vanéet des fou-
gères, des Ijreopodiacées, dont la (erre de»
vait 6tre couverte; tes sigillariées gigan^
lesquea luttant de hauteur avee lea coui*
fères de Vépoque. ftlen* aaus doute, aujour-
d'hui, irégalerait le pittoresque d*une telle
i^cbosse végétale, dont néanmoins nous
donnent une idée ouelques*uAes des parties
montueuses privilégiées de la zone torride.
Cette magnifique végétation , couvrant alors
les régions tropicales, les répons tempe*
ré«)6, eljusqu*aux régions de 1 Ile Melviile,
où, depuis, les frimats sont éternels; cette
iFéj;élation, croissant partout, sous une tem^
pérature uniformément chaude, était pour<-
tant destinée , après quelques milliers de
siècles, après tant de i^volutions terrestres,
A devenir pour la race humaine une nou-
velle providence 1 N'est-il pas merveilleux
qu'elle se soit conservée, comme pour don-*
ner à Thomme, sur tous ce» points mainte-
nant refroidis et souvent glacés, une chaleur
factice que la nature ne produit plus ?
M'est-il pas roerTeilleux de voir , après un
laps de tem|)s si considérable, cette antique
végétation rivaliser et même dépasser la vé-
gétation moderne pour les services qu elle
rond k rbumanitét On lui doit, en effet, ces
magasins souterrains, ces inépuisables dé-
pôts devenus, en ce moment, des sources
incessantes de prospérité, et les plus puis-
sants moteurs du développement de Tio-
dustrie et du commerce»
Nous devons aux savantes recherches de
M« Adolphe Brongniart, de pouvoir donner,
dans la liste qui suit, reoaemble des genres
et le nombre des espèces qui oomposent ta
flore de l'étage earbonifârieo
nORB DK LA MÈmODK CARBONIFÈSE*
v#e£TATioN vcaaisTis
00 a'BAO DOOGSé
CrypiégamH àmpkigiêm.
tiYPOXtites.
Escipulitcs. i
Polyporitas. I
Crjfpê9§Ême$ a€f9§hiê$*
rouGMÊSk
Pfondu.
Cydopterts. $
Ncpliroptoris. 4
Nevroplerii. M
O.lonCopleris* 10
DirlycipteriS» 5
Sa^ènopieriSt f
AilisHlilea. 6
Sphe»i)pbTls. 541
llymeiiophvlliiei, 8
Tnctioiiiiuiiies* 4
T:i!ninptcns. î
Dt?s uphlel.ls. S
Ah*lliO|>li'rîs« 1$
«lallipusm. 4
PeciipiffrlS. iO
Coiûoi^lisi'is. 1
CtadfluiiliiMft. ê
OiÊfOGarpia*
Srolecopteris*
Cborioiiopieris*
Asterocarpui^
Hawica*
SerikenbefKft.
Woodwsnuiei»
Letiehopierii»
Glnaaopieris.
Scbizoateris.
Upblebia.
Selemipteria.
Gyrtipieris.
Aiiaclieropiaris.
Ptiiorachis.
DiMluphacelui.
Catoptei'is,
Tempskia.
Tigu.
Gaulopleris.
Prottkpieria*
Zippoa.
Astcrochiicnâ.
Karstenrfl.
fACOrODlAC^.£S«
Lépidendrées,
LcpiéedaMb-en*
I
I
I
3
I
i
S
S
S
4
I
I
I
I
4
i
I
2
CAR
8 PiaroniUi,
2 Psaronius.
« Dîploiegium.
^ fiQOlSiTiCiES.
i Equiselitcs.
Calamités.
DICOTTLÉDONES GTMNCtSPERMES*
UTtaOntUJTÉBS. ll4KGC£RàTBl£U.
Lepiéostrobtts.
LepidophTniffli
Vlodendrôn.
MftgaiiliyteD.
Halonla.
LepMopUoiei«
Knorria.
1
10
Catamodendron.
AsicropbyUilcSt
Hippwriies.
PliyUolheca.
Attiiularia.
Sphenopliyllttm.
SICIUUUÉBSt
Sl^Ularia.
Slis^marîa«
SyruigiMlenJro&A
Diploxyton.
?Ai)GistrophTlttim.
tDldymopDyiIttm.
6 Ntftgeralbia.
iO PyduiopbylUba.
I etCASÉct.
i IColaoxyU».
9 tMédulo^
oasfffttsa.
6 Watcbia.
f Pclicc.
I Daitosttmt.
I Pala»xTlon.
f PIssade'iMiran.
i
9
k
i
f
9
DiCOTYLÊDOMES ANGIOSPCMIBS*
AttCttiia
IKWOCOTTLÊDONEf.
(Très- douteuses et îm- renus U
parraitemeiit connue!.) -^ \^^^^/ '
Musasites prinnems i Hydoxyftm {MêàulMi
Cromyodendron radi* eU^m), |
caiis. I lfnsiicar|Miiii# '
Psimacites ctitani» Trigoi^^^—»»^ '
En résumant ees nombres t et en entant,
autant que possiblot les doubles eronUjis
résultant de la répétition d'organes diffé-
renis ap|)artenant probablement aui mCoits
plantes, tels que Jes fettiltes, .P**% *^
tiges de fougères^ etc.t on a les cbiiuts
suivants pour les diverses familles t
Cfyptogamu ampAi*
Algues 4
Cbaittptgneni, S
Cfypf9^fMÊ9 swe**
Fempres, »•
Lycopeikiacéet^ 8v
Eqiiisclacées. 13
DUotylidonêi. g^tn*
Mospermes. (S5
A&léfO|ibylUlas.4i
Sî^iilaricès^^ 6U
Nœggcnllûccs. ts
ICycadécs. 5
Coiiifrrcs. 46
Pkaiyêédonefangiât-^
permet»
MouocoiyUdoneêifh^
éQuieuëeê. "
9
40
Le savant professeur à qui nous emprun-
tons CCS résultats a reconnu, pour les plan-
teSf ce que nous avons signale pour les ani-
maux marins; c^estquc l>caucoupdes esiièics
européennes se trouvent aux Etats- l'iu^-
Cette flore est encore peu de chose, connia-
rée aux flores actuelles; mais il £aut hu'n
se remire compte, avant de rien concIi;r»'i
du nombre considérabled*es|)èccsanéaiiUcs
comparé au nombre conservé clans les 'ju-
ches terrestres, qui ne sont que des ox« ep-
tions. Nous croyons donc que les planlcs
que nous connaissons ne sont, comme* !f^<
animaux de cette éi>0(|ue, que queliucs
débris échappés, comme par njîraclc, au
naufrage général dt à la déi-omposilioa trop
m
CAR
BT M PALEONTOLOGML
CAR
IM
prompte de beaaeoup de plantes et aux di-
verses réTOlulions du globe. Néanmoins,
M. Bren^niart s'exprime ainsi relatiTement
j la fauyrelë et aux cal^aetères propres de
i elle flore :
« L*absencecomptètedes dirxitylédones of-
(linairesou an^ospermes, celte presque aussi
a»fflplète des monocotjlédones , etpliçuebtt
du resté, celle réduction de la flore ancienne;
csr actuellement ces deut embranchements
du rè^ne Tégélal forment au moins les quatre
c nquièmes de là totalité des es^^èces Ti-
râmes connues. Hais aussi les familles, d
peu notnbh!Uses, existantes ft cette époque,
renferment d*une manière atisolue beau*
coup plus d*espéees qu'elles a*en offrent
maintenant sur le sol de TEurope. Ainsi les
fougères du terrain houiller • en Europe,
comprennent entiron 250 espèces différen-
tes, ei r£urone entière n'en produit actuel-
lement qae 50 espèces.
« De même les gymnospermes, qui main-
tenant ne comprennent, en Europe qu*en-
Tirr n 23 espèces de conifères et d'éphédrées,
renfermaient alors plus de 130 espères de
formes très-différentes.
€ Ces bmîTtes, seules existantes et bien
plus nombreuses alors qu'elles ne le sont
maintenant dans les mêmes climats, si Ton
embrasse la période carlionif&re entière,
étaient encore plus remarquables par les for-
mes si différentes sous lesquelles elles se pré-
sentaient. Ainsi, parmi les criptogames nous
remarquons des genres de fougères actuelle-
ment complètement détruits et plusieurs es-
pèces art)orescentes, des prèles ou des végé-
taux Yoisins presque arborescents; des lico-
po'Jiacées formant des arbres gigantesques :
toutes formes actoellement inconnues, soit
dans le sonde entier, soit du moins dans
les zones tempérées.
c Parmi les té^taux que fious rangeons
dans les dicotjl&iones gymnospermes, les
différences sont encore plus tranchées ; car
ils constituaient des familles complètement
anéanties depuis cette époque : telles sont
les sisillariëes, les nœ^érathiées et les asté-
rophjlliiécs.
c I^es caractères de la tégétation pendant
la période carbonifère peuvent ^e résumer
ainsi :
« Absen<re complète des dicotylédones
angiospermes ;
< Absence complète ou presque complète
ù^$ monocotylédunes.
• Pré Jominance des crjptogaaaes acfogè*
nés et formes insolites et actuellement dé-
truites dans les familles des fougères, des
Ijcopodiacées et des équiséfacéea.
<S7) DaneCndaiîTaneiil aui yfémkiux fossîfes île
Lamore et de la Tara.taisc. M. Brongniart adaet,
ce nous crojofis à Coaie la valear rétllede les obser-
viiioD-^, que les Té^éuox de ce point en litige sont
bien eue dépendance ér. Téfage carlNiiiiréfien. Les
le>âiea tuirifle qse M. Si-mîon Gras a rencontra
*ar ce poînl sont Mea eerunement auisi, et aaas
^'ea piL-ase éterer le moindte dôme i cet èpant« des
tt>|ttule»deré:a§aainéniiiiien o« du lias mférieor.
Joiâ inê doii tàiti biaa petit fs en préàence. Comme
M rMllalt éMaét par katésétaoi sontparto^t
< Grand déTeiopperaentdes dicotylédones
gymnospermes, mais résultant de Texis-
tence des familles complètement détruites,
non -seulement actuellemeutt mais dès la fia
de cette période (57). »
Comme nous TaTOfid ftlt remarquer, la
même l^uue marine se trouvant à ta fois
sous la zone tOrride et iusqu'adx pCtes,
{rendant Tétage carbonifénen, on a la certit-
ude que cette unité de répartition tient
encore à la chaleur rentrale projire à Ta
terre, qui neutralise Veftex des zones iso-
thermes que nous donne la température ao
tuelle.
Les oscillations du sol nous paraissent
avoir été, durant cette épôoue, plds nom-
breuses que dans beanconpd autres; et sans
elles nous ne pourrion< etr'liqoer d*une
manière satisfaisante ces |:arties continen-
tales avec leur végétation en place, alter-
nant plusieurs fois avec des centaines dé
mètres de poissance de couches marines.
En résumé, toutes les causes physiques
qui eussent aujourdliui avaient, sans au-
cun doute, la même influence pendant
Tétage carboniférien ; mais celui-ci a été
interrompu par une perturtiation géologi-
que générale dont nous trouvons des traces
k la fois dans les discorJances de straiiflca-
tlon, peut-être dans la formation tie la
houille supérieure, et duns les limites des
&unes.
Cest à la fin de rétamé carbonfférien, et
avant les premiers dépôts {fcrmicns, qoe
M. Marchlson ferait remonter la première
dislocation de la chaîne de TOural , tjni au-
rait amené son relief. Cette disloration est
êssez importante pottrqtt*on puisse lui attri-
buer la fin de la période caflioniférenne.
Cést encore ft cette épO'ine que M. Êlie de
Beau mont place la dislocation de son m/êufe
du nord de rAngUtetre^ dirigée If. 9* O., att
8. SrË.
CARDAlf. fotf. GtOLOGtt.
CAHNIVORES {hniMAtx), leur rôle dans
la police de la nature, — Dans le plan oni^
tersel de la création, nous remarquons qii1i
toutes les époques un système de destrne*-
tion générale, contrehalaneé ( ar un renot»-
Tellement c/mtinuel, a contribué k accroître,
pour les animaux, la somme du bien-être
sur la surface tout entière du globe.
Parmi les prévisions lês plus importantes
dont nous trouvons la nreuve dans Tanatcf-
mie des animaui fossiles « plusieurs soitt
propres aux ot^àDeê qui leur ont été donnés
I'Onr saisir leur proie et la mettre k morl.
îî comme des oesseins dont la révélation
nous est fournie par des inatrumeifti évi-
en rapport avec les résultata donnés par la xoo!-ogid
fossile, nous croyons que ceS deoS ététnèti^ de Vc r-tlé
fie peuvent être en déndi, ttir en Sr ul noint eticore
assez obscnr, qttjMl tissent, fâtunn i Heifrt, daus
raceonf le plus parfaite Ces réBèKila fênénui nous
pofflem k penser ^uê éeitt àfis géati^çi^nfs wper-
piisés tfiatincto esiOCAl sir ara po:nia, et qne des
obaervatieMs posiérienrea Vkmireni nHMitrer ^ne
Ci-lte exception si ëlran^e ^lou j a sigillée lient il
<|Uilr|»e iuerversion geologi^ttc locale des «oucbes
spéciales aua dett époqjntl.
•483
CAR
DICTIONS AIRE DE COSMOGONIE
CAR
184
demment façonnés dans un but de mort et
de destruction peuvent, au premier abord,
sembler mal en harmonie avec le plan d'une
création toute fondée sur la bienveillance,
et tendant à produire la plus grande somme
de bien-être pour le plus grand nombre
d*individus, il est bon que nous disions
•quelques mots sur l'histoire de cette quan-
tité énorme d'animaux du monde ancien qui
ne furent créés que pour détruire.
La mort une fois établie par le Créateur
^ comme une irrévocable conaition de la vie,
ii a dû entrer dans ses desseins de bienveil-
Jance de rendre aussi doux que possible,
pour chacune de ses créatures, ce triste
terme de toute existence. Or, la mort la plus
douce, un proverbe le dit, est celle qu'on
attend le moins ; et, bien que pour des rai-
sons morales et propres à notre espèce nous
demandions au ciel de détourner de nous
cette fin subite, il n'en est pas moins vrai
que pour les animaux c'est là ce qu'il y a de
1)1 us désirable. Les douleurs de la maladie,
a décrépitude de la vieillesse, sont les pré-
curseurs ordinaires de la mort, lorsgu elle
est amenée par un affaiblissement graduel.
C'est dans l'espèce humaine seulement que
tous ces maux sont susceptibles d'allége-
ments ; car nous possédons en nous des
sources nombreuses d'espérance et de con-
solation, et c'est au sein des douleurs que
l'humanité trouve à développer les senti-
ments de charité les plus élevés et les sym-
.pathies les plus tendres. Mais rien de sem-
blable à ces facultés n'existe dans les ani-
maux inférieurs. Là, point de tendresse,
point d'égards pour ceux qui sont faibles ou
cassés par les années : aucun soin n'y vient
.alléger les douleurs de la maladie ; et la vie,
.prolongée jusqu'aux époques reculées du
clecJin et de la vieillesse, ne serait'pour cha-
que ôlre qu'une série de longues misères.
Avec un pareil système, la nature offrirait le
spectacle quotidien d'une somme de souf-
frances énorme, si on venait à la comparer
avec la somme de jouissances qui a été
accordée aux animaux. Dans ce système, au
, contraire, oii les êtres sont soudainement
détruits et promptement remplacés, tout ce
qui est faible ou cassé est bientôt délivré de
ses maux, et le monde n'est habité que par
des myriades d'êtres doués de toutes leurs
facultés et jouissant de tous les bienfaits de
l'existence; et si, pour un grand nombre, la
Eart de vie qui leur est accordée n'a que
ien peu d'étendue, du moins peut-elle être
considérée comme un bienfait non inter-
rompu, et la douleur momentanée d'une
mort soudaine et inattendue n'est plus
gu'un mal bien léser, si on le compare aux
jouissances dont elle vient arrêter le cours.
Ainsi donc, des deux grandes divisions
dans lesquelles se sont toujours partagés les
habitants du globe, herbivores et carnivores,
ces derniers, dont l'existence semble au
premier abord avoir pour but d'accroître la
somme des maux poui tous les êtres animés
qui les entourent, nous apparaissent sous
un point de vue tout oppose, dès que nous
venons à les considérer dans l'ensemble de
leurs rapports.
A tout nomme qui, dans l'économie de la
nature, ne s'arrête pas aux résultats géné-
raux, le globe peut paraître le théâtre d'une
guerre incessante et d*un carnage sans
règle. Mais toutes les fois qu'un esprit plus
large étudie les individus daiis leurs rap-
ports avec le bien général de leur propre
espèce, et aussi des autres espèces qui lui
sont associées dans la grande famille de la
nature, il ramène bientôt tous les cas isolés,
où le mal parait se montrer, à servir d'exem-
ple qui prouve combien tout est subordonné
a un système de bien-être universel.
Dans cette manière d'envisager les choses,
non-seulement la somme totale des jouis-
sances auxouelles sont api)elés les animaux
s'est agrandie par la création des races car-
nivores, mais ces dernières sont une source
de bienfaits même pour les races herbivores
qui sont soumises à leur terrible domi-
nation.
Outre le bienfait si désirable d'une mort
qui vient les saisir au moment où va com-
mencer la maladie ou la caducité, il en est
un autre encore dont sont redevables à
l'existence des carnivoreis les espèces mêmes
qui deviennent leur proie : c*est la sorte df
contrôle que ces derniers exercent sur leur
accroissement excessif, en détruisant un
grand nombre d'individus pleins de jeu-
nesse et de vigueur. Sans ce frein salutaire,
chaque espèce s'accroîtrait à un tel point,
que, bientôt arrivée a une exubérance fu-
neste, elle ne trouverait plus à se nourrir,
et que le groupe tout entier des herbivores
désolé par le fléau de la famine, ne se com-
poserait plus que d'êtres dont chaque jour
des milliers seraient enlevés par la mort
lente et cruelle de la faim. Tous ces maux
ont été prévenus par l'établissement du
pouvoir destructeur des carnivores. Let^r
action contient chaque espèce dans des limi-
tes convenables. Les malades, ceux qui sont
estropiés, ou affaiblis par l'&ge, ceux qui
dépassent le nombre fixé dans les prévisions
providentielles, sont immédiatement dé-
voués à la mort ; et en même temps qu'ils
sont ainsi délivrés des maux qui les affli-
geaient, leurs cadavres servent de pAtur?
aux carnivores, leurs bienfaiteurs, et la
place qu'ils laissent accroît d'autant le bien-
être des animaux de leur espèce qui leur
survivent pleins de santé.
Cette même police de la nature qui est
pour les animaux terrestres un bienfait
si grand^, s'étend de même sur les habi-
tants des mers et n'est pas pour eux un
moindre bienfait. Parmi ces derniers en
effet, il y a, de même que parmi les pre-
miers, toute une grande division qui ne se
nourrit que de végétaux, et qui fournit la
pâture à toute l'autre division, laquelle ne
peut se nourrir que de chair. Or, ici comme
dans le premier cas, il est facile de voir que,
si l'on suppose l'absence des carnivores, les
herbivores , dout rien ne limitera la multi-
plication, s'accroîtront indéfiniment» 9ao9
fS5
CEN
ET DE PALEOMOLOGÎE.
GEN
tS6
autre terme gue celui que viendra leur im«
poser la famine, et que, par une inévitable
conséquence, la mer ne sera plus peuplée
que de créatures chétives traînant misera-
blemeut leur existence, à travers toutes les
horreurs de la faim à laquelle ils devront
infailliblement succomber tôt ou tard.
La mort ainsi donnée par la dent des car-
nivores, si on la considère comme le terme
ordinaire de }a vie chez les animaux , nous
apparaît sous le jpoint de vue de ses résul-
tats comme un bienfait. Elle sauve un grand
nombre d*entre eux de toute cette somme de
douleurs, compagne inséparable de la mort
naturelle chez tous les èlres animés; elle
abrège, elle supprime même pour tous les
êtres créés inférieurs à Thomme les misères
de la maladie, les accidents et les langueurs
de la décrépitude ; elle réprime si salutaire-
ment leur multiplication excessive que le
nombre de ceux qui restent est exactement
celui qui peut trouver à satisfaire tous ses
besoins. Aussi la surface de la terre et les
profondeurs des mers sont-elles habitées par
des milliards de créatures animées dont
le bien-être dure autant que la vie, et qui,
pendant le petit nombre de jours qui leur
sont accordés, s'acquittent avec joie des fonc-
tions pour lesquelles elles ont été faites. La
vie, pour chacun de ces êtres, n'est qu'un
festin continuel au sein de l'abondance.
Une mort prématurée vient-elle en arrê-
ter le cours; c'est un intérêt qu'il paie,
intérêt bien faible pour la dette qu'il a
contractée envers le fonds commun destiné
k l'alimentation de l'ensemble des animaux^
et auquel il a puisé tous les matériaux qui
entrent dans la composition do son corps.
C'est par ce moyen que le grand drame de
la vie universelie se continue sans relâche;
et quoique les acteurs, si on les considère
comme individus, changent à chaque ins-
tant, chaque rôle n'en demeure pas moins
rempli sans interruption , les ' générations
succédant aux générations. Ainsi la faco de
«a terre et le sein des mers se renouvellent
sans cesse, et la vie se transmet avec le
bien-être par un héritage qui ne s'épuise
jamais.
CATCOTT. Yoy. Géologie
CAUCUY, son opinion sur les forces de la
matière. — Voy. Laplaoe.
CAUSES ACTUELLES. Toy. Sédiments
AKciENs comparés aux sédiments actuels.
CAVERNES A OSSEMENTS. Voy. Sub-
▲PPBlflflK.
CÉNOMANIEN (ÉTAGE). — Quatrième
étage de la période crétacée et le vingtième
de l'échelle totale des terrains. Cénomanien
dérive de Cenomanum^ nom latin de la ville
du Mans, qui présente le type le mieux ca-
ractérisé et le plus complet de l'étage. C'est
aussi \aglauconie crayeuscj la rraie chloritéet
le grès vert supérieur^ etc.
C'est l'un des étages les plus répandus et
les plus marqués parmi les terrains créta-
cés. En effet, nous le voyons au pourtour
des bassins anglo-parisien, pyrénéen et
méditerranéen, en rrance, en Angleferre,
en Allemagne, en Espagne, en Portugal, en
Syrie, etc., etc. C'est», en effet, celui qui
nous montre encore les bassins les mieux
circonscrits et les zones lès moins interrom*
pues.
L'étage cénomanien* repose en couches
concordantes sur l'étage alhien, aux ]:)arties
septentrionales et orientales du bassin an-
f;lo-parisien, et ne s'en distingue que par
es différences de composition miiiéralogique
diverse, suivant les lieux, et par la faune
qu'il renferme. On l'a reconnu ainsi déposé
a Vissant (Pas-de-Calais), et dans les dépar-
tements de l'Aisne, des Ardennes, de la
Meuse, de la Haute-Marne , de la Marne , de
l'Aube et de TYonne, ou sur une extension
de près de 50 myriamètres. La même su-
perposition existe dans le pays de Bray et
sur une grande partie de l'Angleterre. Dans
le bassin méditerranéen, on le voit encore
en couches concordantes à laGueule-d'Eiifer,
f)rès de Martigues; à Sainte-Anne du Caste-
et, près du Beausset. Cette concordance est
surtout très-visibie à Escragnolles (Var).
Par la stratiflcation concordante des couches
cénomaniennes sur l'étage albien, au pour-
tour du bassin anglo-parisien, et ])artout
où nous venons de le citer, on voit qu'il
a succédé régulièrementdans l'ordre chrono-
logique à l'étage albien, qu'il recouvre.
Dans les bassins parisien, pyrénéen et
méditerranéen, des discordances font repo-
ser l'étage cénomanien, soit sur les rocnes
azoïgues, soit sur les différents étages ju-
rassiques. C'en est assez pour prouver, d un
côté, que les autres étages crétacés mancfuent
sur ces vastes surfaces, et qu'une discor-
dance profonde sépare aussi bien l'étage cé-
nomanien de l'étage albien, que tous les
caractères paléontologiques. Si, d'un côté,
la superposition nous donne la succession
régulière des deux étapes, les discordances
d'isolement viennent limiter les deux Ages :
car, sur des centaines de kilomètres d*exten-
sion, l'on ne trouve que l'un ou l'autre
isolé, contenant des faunes distinctes : ce
qui dénote deux époques ayant leurs allures
spéciales, sé[)arées par un mouvement géo-
logique considérable qui ne peut laisser au-
cun doute sur son importance et sur ses ré-
sultats, si visibles encore sur tous les points.
On regarde comme un fait de discordance,
le remaniement à l'état fossile des restes
organisés de l'étage cénomanien sur place ,
à Cassis (Bouches-du-Rhône), dansFétage su-
périeur!; à Sainte -Catherine, près de Rouen;
et à Fécamp (Seine-Inférieure). Pour que
ces fossiles se trouvassent remaniés dans
l'étage turonien, il fallait que Tétage cénoma-
nien fût déià consolidé, et que les débris des
roches qu'il formait eussent été charriés par
les courants à la fm de l'étage et à Tépoqu)
postérieure. De tous ces faits de discordance
qui concordent avec les limites des faunes,
nous concluons à la séparation nette et pré-
cise des deux étapes.
Composition minéralogique, — H n'est |)as
d'étage plus variable que celui-ci , sous oe
rapport, qu'on en prenne l'ensemble sur un
117
CBSf
DICTIONMAIRK D£ COSMOGONIE
fttt
point déCenbiné, ousuïtant ses distance»
borizoDtales. Sur des points déterminés
nous foyoos se succédert en effet, toutes le«
formes minérslo^iques différentes.
Par ces différences énormes , suivant les
couches ou suirant les lieux» d'un même
horizon séolo^quet il est facile de conee-
voir où i on pouvait arriver, lorqu^on em-
ployait le caractère roinéralogique pour dis*
tinguer les étages crétacés ; et les dissidences
d'opinion et de classification n'out plus lieu
d*élonner ; mais qu*on abandonne ce carac-
tère trompeur, et qu'on y substitue, comme
nous l'avons fait, les caractères paléontolo*
giques, tout se simplifiera ; les horizons se
dessineront nettement, et alors on verra que
la stratigraphie rigoureuse concorde en tout
point avec les résultats paléontologiques.
En réunissant les diverses couches qui dé*
f)endent de l'étage, nous trouvons» d'après
es évaluations données par M. de Ver*
neuil , que l'étage offre, en Espagne»
dans les provinces de Saint -Ander et
de Biscaje, l'épaisseur énorme de plus de
500 mètres. C'est la puissance la plus
grande; car, partout ailleurs, bien que con-
sidérable, comme à l'embouchure de la Cha-
rente, l'ensemble n'atteint pas la moitié de
cette épaisseur.
Mélangti in produite terreêtrtê et maring.
•^ Un point très-eurieui , décrit depuis
longtemps, sous le titre de forêt souM^^narine^
Er un savant consciencieux, M. Fleuriau de
ilevue, nous paraît mériter particulière-
ment notre attention. Nous voulons parler
de cet amas de lignites qu'on trouve au-
dessous de l'île d'Ênet, à l'embouchure de
la Charente, et qui s'étend à Fouras^ et
même jusqu'auprès de Marennes, à la pointe
du Chapns. On trouve dans cette couche
remarquable , avee des arbres énormes ,
Eourvus de leurs branches, mais couchés
orizontalement, beaucoup de matières vé-
gétales, et de rognons de succin ou de ré-
sine fossile^ Avec ces produits évidemment
terrestres, parmi lesquels M. Brongniart re^
connaît des feuilles de conifères» le savant
botaniste retrouve encore des algues mari-
.nes« D'un autre côté« tous les arbres sont
.percés de nombreux tarets et de pholades,
et il se trouve dans les mêmes couches
diverses hutlres évidemment marines et de
réj.oque cénomanienne. On doit donc croire
que les arbres ont été flottés longtemps
dans les eaux, et qu'ils se sont déposés en-
suite avec d'autres débris terrestres, simul-
tanément avec des débris marins câtiers,
au niveau supérieur des marées sur une
cdte maritime.
Fossiles remaniés. — « Par la nature des
fragments, par les fossiles remplis de ma-
tières différentes des sédiments qui les ren-
ferment, nous trouvons, dit M. d'Orbigny,
Sue des parties de l'étage cénomauien ont
. té remaniées à l'état fossile, dans des cou-
ches plus récentes. Nous en connaissons
deux exemples très-curieux en France. Le
premier se voit à la montagne Saintc-Catlïe-
riu?. h Uoueu. Tout le monJe a rcwucilli
des fossiles dans cette localité , mais per-
so'ine n'a remarqué que la couche de moins
d*un mètre qui les renfernrie est une ano-
malie, au niveau où elle se trouve; car, tout
en appartenant, par ses fossiles» h l'étage
cénomanien, elle se trouve, au-dessous et
au-dessus, entourée de fossiles {Yinocera- .
mus problsmaticus^ Vammonites tewesiensis) '
qui ne se trouvent jamais associés avec
1 état normal de l'étage. Frappé de ce fait,
nous en cherchions naturellement la cause,
lorsque mettant dans Teau les fossiles de la
couche en question, nous l'avons facilement
reconnue. Ces fossiles, qui, secs, sont blanc$
comme la roche environnante # deviennent
jaunes lorsqu'ils sont mouillés et montrent
alors» par leurs fragments anguleux, par des
valves isolées de coquill'^s toujours d'une
nature minéralogique distincte de la craie
blanche qui les entoure» qu'ils ont été re-
maniés à l'état fossile^ et transportés au
milieu de l'étage qui lui est supérieur. C'est,
en effet, un lambeau de l'étage cénomanien,
remanié à l'état fossile au milieu du dépôt
de l'étage turonien. Le deuxième exemple,
nous Tavons reconnu entre Fécamp et TE-
chelle de Senneville. En étudiant aveo soin
ces couches, en apparences toutes formées
de la même craie blanche» mais dans les-
Suelles nous avons retrouvé, par les fossiles,
eux étages distincts» l'étage turonien et
Tétage senonien^ nous avons reconnu» au
milieu de Tétage senonîen , une couche
mince formée de rosnons et de coquilles
fossiles appartenant a l'étage cénomanien.
Eu voyant les ammonites tarions et rhoio-
magensisy etc., placés bien au-dessus de la
zone à inoceramus problemaiicus^ et en con-
tact avec Yananchytes ota/a, &i loin de leur
zone habituelle, nous aurions dû en être
fortement surpris, si la nature chtoritée de
la roche qui forme ces rognons et ces fossi-
les» entourés de craie absolument blanche,
n*était venue nous donner la preuve qu'ils
avaient été remaniés à l'état fossile par suite
de dislocations postérieures. Nous avons
.voulu citer ces exemples, dont tout le monde
pourra vérifier l'exactitude» d'abord pour
indiquer le fait très-curieux en lui-même,
mais ensuite pour prémunir contre les idées
de mélange des diverses faunes à t'état de
vie,, quand elles ne sont souvent, comme à
Rouen et à Féeamp, que des effets de rema-
niement à l'état fossile, et postérieurs à la •
consolidation des couches primitiveoicnt '
déposées dans leur ordre naturel de sucées*
sion stratigraphi^^uOi On trouve encore à
Doué et aux environs d'Angers (Maine-et-
Loire), Vostrea columba, remaniée dans Tc-
tage lalunien, c'est-à-dire avec les coquilles
fossiles de six étages plus jeunes dans les
Ages du monde. »
Oscillations du soL — « Bans cet étage si
'fécond en enseignements^ nous retrouvons
peut-être les faits les plus frappants pour
prouver l'existence des oscillations du sqI
durant l'étage cénomanien. Citons-en sur-
tout deux exemples. Nous prendrons Tun
dans lô bassin angl^parisien» et Taïuire
ET Dfi PALEONTOLOGIE.
CEN
190
dans le basôn (rrrénéea. Au Mans, on voit :
i* aux parties inférieures des carrières de
Sainte-Croix» d*abord des grès sans fossiles»
puis des grès qnarlzeui» renfermant de très-
grosses ammonites, earactérisanl un dépôt
cdiier lail au niveau supérieur des marées ;
2* après plusieurs alternats» un banc spécia*
lemeiit formé de bryozoaires et de brachio-
podes : dépôt sous-marin fait à d*assez
Endes profondeurs dans les eaux; 3" un
ic de eoquilJes de poljpicrs roulés» avec
quelques mimiilus triangularis^ encore point
côlier déposé sur le littoral dans les limites
du balancemeni des marées. Pour qu'au
même endroit on trouve un dépôt sous-
marin» entre deux déçois côtiers» il a fiilla
que la première côte s affaissât pour en for-
mer an point sous-marin» et qu elle s*élevâl
ensuite pour en reformer une côte : fait
aciael des oscillations. Le second exemple
existe à llle-Madame (Charente-Inférieure).
On y trouve : 1* aux parties inférieures, des
couches sous-marines, déposées à de gran-
des profondeurs dans la mer» à en juger par
les brachiopodes, les rudistes en bancs et
les nombreux foraminifères; 2* un banc
rempli de {^stéropodes et de nautilui Iriari'
fuimrig^ évidemment côtier» déposé au ni-
veau supérieur des marées ; 3* des grès jau'
aes avec bancs d'hu tires ou caprotines en
pla e» sans au jun doute sous-marins» dé-
posés au-dessous du balancement des ma-
rées. Pour que ies premières couches sous-
marines soient devenues côlières et au ni-
Teaudes marées» il a fiillu une surélévation;
pour que cette partie cotière soit recouverte
de dépôts sous-marins» il a fallu un affai»-
semenL Nous ne pouvons» d*après ces résul-
tais que tout le monde peut vérifier» expli-
quer autrement que par des ^oscillations du
sol ces changements successifs qui se sont
opérés sur le même point, et qui» dans les
deux bassins» montrent des mouvements en
sens inverse; c*esl-à-dire que, lorsqu*une
partie s'exhaussait dans un des bassins» elle
s*allaissait dans Fautrc (58). >
Caraeiirêê paléontologiaues. — La faune
de l'étage cénomanien seloigne encore da-
vantage de l'aspect général de la première
laune crétacée» non qu*il soit disparu lieau-
coupde formes animales préexistantes» mais
seulement parce qu'il naît un très-^^raDd
nomlire de genres nouveaux. Quelques-uns
larmi les mollusques gastéropodes et lamel-
libranches; beaucoup parmi les bryozoaires»
Ips échinodermes» et surtout les zoopbjtes ;
les ammonites» qui dominent , ont des tu-
ii^rt-ules par lignes transverses. Le petit
ooHibre de genres qui s'éteignent» comparés
i ceux qui naissent» donnent la certitude
que les terrains crétacés sont dans une belle
pirifKle de développement.
Létage cénomanien se distingue de Té-
lagc albien» indépendamment des trois gen-
re^ que nous avons vus naître et s*éleiudre
Càns l'étage albien, par les trois jjenres sui-
vants qui se sont également éteints dans
(SI) Aie. sXHksioiv.
* Tétage albien sans passer \ celui qui noua
occupe : parmi les eéDhalopodes» le genre
criùcerai: parmi les écfiinoaerraes, te genre
toxasier: parmi les polypiers» le genre am-
blocyathuM,
Pour limites négatives supérieures entra
Fétage cénomanien et l'étage turonien» nous
avons trente-trois genres qui» enrore in-
connus à rëtage cénomanien, thi naissent
que dans Tétage turonien.
Tous les genres que nous n'avons pas en-
core vus, dans les étages antérieurs» qui
naissent avec celui-ci, seront autant de ca-
ractères distinctifs positifs qu'on pourra
Invoquer pour le reconnaître de ces étages
antérieurs. Ces genres sont au nombre de
cinquante-trois.
Parmi ces pures positifs, ceux qui s'étei-
gnent dans I éiap;e cénomanien, sans passet
aux étages supérieurs, seront autant de ca*
ractères positifs propre h les faire distip^
guer. Ces |j:enres sont au nombre de onze.
Si nous ajoutons è ces genres les treize
?ut» nés antérieurement» se sont également
teints dans cet éta^ sans passer au sui*
vani, nous aurons vingt^qualre genres pou^
vant donner des caractères positifr supé^
rieurs.
Abstraction faite des nombreuses espèces
d*animanx vertébrés et annelés, nous avons
huit cent quaranle:neuf espèces d*animajt
mollusques et rayonnes. Si nous retranchons
de ce nombre les sept espèces mentionnées
comme s'étant trouvées dans l'étage précé»
dent, et Vastrea dt/tirtafia» qu'on trouve dans
Tétage turonien, il nous restera encore huit
cent quarante-une espèces caractéristiques de
cet éta^e, nombre assez considérable ponr
donner à tous les faciès de dépôts, et à tous
les lieux, un grand nombre d'esnèces pro-
f)res à les faire reconnaître, qu'ils soient à
'état de grès rouges on verts, de craie blan-
che» ou sous toute autre forme minérale*
gique.
Chronologie historique. — Arec la pertur-
bation flnale de l'étage albien ont été anéan-
tis six genres préexistants, et quatre cent
trois espèces d'animaux mollusques et rayon-
nés de cet étage. Aussitôt que le calme s'est
rétabli dans les mers cénomaniennes, sont
nés cinquantMrois genres, jusqu*alors in-
connus, et huit cent quarante-deux esf^èces
d'animaux mollusobes et rayonnes, oui»
avec les autres séries animales et les t^è^é-
taux, sont venus animer les mers et les
continents.
Les mers cénomaniennes changent encore
de circonscription. Si» à quelques atterris-
sements près» elles restent les mêmes sur
toutes les régions orientales du bassin anglo-
parisien, en France; et sur les régions occi-
dentales, en Angleterre; si elles montrent
des limites presque semblables sur quelques
points du bassin méditerranéen, il n>n est
Sas ainsi sur les autres parties des bassins,
[ous voyons, probablement par suite d'un
affaissement» les mers s'avancer, un peu vers
f9f
CEP
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
CEP
Ï9Î
la Belgique» jusqu'à Tournay . Elles couvrent
toute tk yaste surface comprise entre Fécamp
et Tours, entre Tours et Bourges, où elles
ii*avaient pas encore paru depuis la fin des
terrains jurassiques. Elles couvrent en en-
tier tout le bassin pyrénéen, de la Loire-
Inférieure jusqu' au Lot, et de là à TEspa-
gno et au Portugal, où les terrains crétacés
étaient encore inconnus. Dans le bassin mé-
diterranéen, elles apparaissent sur quelaues
points seulement, li est encore probable,
a*après les espèces identiques, que la mer
cénomanienne s'étendait, sans interruption,
d'un côté jusqu'en Syrie, au mont Liban, et
de Tautre dans rAllemagne, la Westphalie,
la Saxe, la Silésie et la Bohème.
. Les continents ont gagné plusieurs atter-
rissements au pourtour des bassins, surtout
à l'est du bassin anglo-parisien, en France,
et à Touest de l'Angleterre; mais ils ont
perdu en Belgique; ils ont été diminués
d'une large bande à l'ouest de la France, de
Ja Loire au Uflvre ; et tout le bassin pyré-
néen, exhaussé depuis les premiers étages
crétacés, cesse d'être au-dessus des eaux
et devient le domaine des mers.
Les mers montrent une grande animation
sur tous les points; la faunes très- nom-
breuse, se compose de poissons; de beau-
coup de mollusques nouveaux, parmi les
gastéropodes et les lamellibrancnes, tels
que des glohiconcha^ des pierodonta^ des
volultty des mitra^ des ehama et d'autres gen-
res jusqu'alors inconnus, d'une très-grande
quantité de brachiopodes, formant des bancs
sous-marins très-developpés, avec d'innom-
brables bryozoaires^, des échinides et sur-
tout un grand nombre de zoophytes. Avec
les animaux, vivent, sur les rivages, des al-
gues marines.
Les continents, près des rivages des mers,
étaient animés par le genre raphiosaurus et
par d'autres reptiles. Sur les points pure-
ment terrestres, ils nourrissaient des plan-
tes qui ne sont que de faibles débris de la
flore de celte époque.
. Les oscillations du sol sont très-pronon-
cées pendant cette période, et la perturba-
tion finale n*a pas moins laissé de traces pro-
fondes que l'extinction de toute cette anima-
tion que nous y connaissons.
C'est à la fin de cette époqu3 que corres-
pondrait, peut-être, le système du mont Yiso
de Xf . Elie de Beaumont, dont les disloca-
tions sont dans la direction duN. N.-O. au
S. S.-E., qui, joint aux discordances, aux
remaniements des fossiles, serait aussi bien
le siçne de la perturbation géologique qui a
Icrmuié cet étage, que les limites respecti-
ves qui en seraient la conséquence visible
et irrécusable.
CÉPHALOPODES {xf|»ftXé, tête; irovf, pied
ou tentacule). — Vanimal des céphalopodes
est libre et formé de deux parties distinctes :
l'une postérieure, le corps, ouvert en avant,
contenant les viscères et les branchies ; Vau-
tre, antérieure ou céphaliquc, portant des
brai ou des tentacules. Corps variable, rond,
f iUmgé, ojiÀXidnqiih pourra ou non de na-
Seoires, se rattachant à la tête par des brides
xes, ou au moyen d'un appareil facultatif
{particulier; logé dans une icoNquille uniiocu-
aire ; dans la dernière cavité d'une coquille
multiloculaire, ou renfermant, dans Tépais-
seur des téguments, une coquille cornée,
testacée, simple, spirale, formée de loges
aériennes successives, traversées par no si-
phon. Tête volumineuse, plus ou mains sé-
parée du corps, pourvue latéralement d'yeux
saillants très- complets, d'oreilles; en des-
sous, d'un tube locomoteur entier ou fendu;
en avant, de huit ou dix bras charnus, ou de
tentacules nombreux. Au milieu des bras,
un appareil buccal composé de deux mandi-
bules cornées ou testacées agissant de haut
en bas, de lèvres charnues, et d'une langue
hérissée de crochets par lignes longitudina-
les. Sexes séparés sur des individus distincts,
les uns mâles, les autres femelles. La res-
piration se fait au moyen des branchies in-
ternes paires ou symétriques, au nombre de
deux ou de quatre.^Ces animaux ont une
excrétion singulière noire ou brune, qu'ils
emploient à colorer l'eau, et qui est renfer-
mée dans une poche spéciale.
Les organes de manducation^ chez les cé-
phalopodes, se composent d'un bec formé de
deux mandibules cornées ou calcaires. Le
6ec, organe puissant de manducation, est cal-
caire chez les nautilus^ les conchorht/nchus
et les rhynchoteuthiSf corné chez les autres
céphalopodes acétabulifères. Il se compose
de deux mandibules qui agissent de haut en
bas, et ressemblent beaucoup au bec d*un
oiseau; néanmoins, ce bec offre toujours
une position inverse de celui de ces animaux,
puisque la mandibule supérieure ne recou-
vre point l'inférieure, mais rentre, au con-
traire, dans l'inférieure, qui la recourre;
position anormale, et souvent méconnue par
ceux qui se sont occupés des céphalopodes.
Les céphalopodes ont une coquille cornée
ou calcaire, interne ou externe, partie sou-
vent la seule conservée dans les couches de
l'écorce terrestre du globe, et dès lors l'uni-
que moyen qui soit resté de comparer les
espèces antérieures à notre époque à celles
3ui existent maintenant dans les mers. Elle
evient donc essentielle dans les caractères
zoologiques des céphalopodes. La coquiiU
interne^ développée surtout chez les décapo*
des, est placée dans une gaine spéciale, en-
tre deux couches de téguments, sur la ligne
médiane en dessus du corps. Elle est testa-
cée chez les sepia^ les beloptera^ les spiruli
rostra; elle est testacée et cornée chez les
belemnites^ les conoteuthis^ tandis qu'elle est
seulement cornée chez les loligo^ les ommas^
trephes^ etc. Lorsque la coquille interne est
testacée, elle est ovale ou oblongue et con-
tient toujours des loges aériennes.
Lorsque la coquille interne est cornée et
testacée, elle s allonge, forme une partie
cornée, large ou étroite en avant, et une par>
tic testacée en arrière, contenant des loges
aériennes empilées les unes sur les autres
et percées d'un siphon. Ces loges sont seu-
lement recouvertes de test chez les conoieu-^
I«
CKP
ET DE PALEONTOLOGIE.
CEP
m
(hîSt tandis que, chez les belemniies, elles
sont protégées extérieurement par un rostre
testacéy (jiielquefois très-long. Ce rostre,
; absolonient identique de composition k celui
• de fa â/pia, se forme de couches successives
: très-serrées, rayonnantes.
; Là coquille interne, seulement cornée,
tarie beaucoup suitant les genres. Chez les
calmars, les teudopsis et les énoploteuthes,
Tosselet Ggure uiîe plume plus ou moins
large. Comparées aux autres caractères, les
direrses formes des coquilles internes nous
donnent la certitude que chaque fois qu'elles
éprouvent des modifications, il existe égale-
ment des caractères zoologiques très-mar-
qués, et dès lors des motifs puissants pour
distinguer génériquement les animaux qui
les renferment. En partant de ces résultats
appliqués aux restes fossiles de céphalopo-
des, on peut être certain, à priori^ que des
différences de formes entre les coquilles fôs*
<i\cs dénotent évidemment des formes zoo-
logiques distinctes entre les animaux aux-
quels ces coquilles appartiennent. On peut,
eoDséquemment, en toute assurance, établir,
pour tous ces corps, des coupes nouvelles.
L*étude de la coquille interne , considérée
quant h ses fonctions dans l'économie ani-
male et à ses rapports de formes avec la force
comparative de natation et des habitudes des
céphalopodes, demande plus de développe-
ment. Les fonctions sont de trois espèces,
qui diffèrent entièrement, en raison de telles
ou telles modifications spéciales : 1* lorsque
la coquille interne est cornée, elle sert tout
simplement k soutenir les ctuûrs, remplis-
sant alors les fonctions des os des mammi-
fères ; 2* lorsqu'elle est cornée ou testacée,
et qu>lle contient des parties remplies d'air,
comme l'alvéole des bélemnites, non-seule-
ment elle soutient les chairs, mais encore
elle sert d'allégé, en représentant, chez les
mollusques, la vessie natatoire des poissons;
3* lorsque, cornée ou testacée, pourvue ou
non de parties remplies d'air, la coquille in-
terne s arme postérieurement d'un rostre
calcaire, aux deux fonctions précédentes
vient se réunir celle de résister aux chocs
«lans Faction de la nage rétrograde, ou peut-
élre de servir d'arme défensive, et c'est
alors un corps protecteur.
Nous allons passer en revue ces trois sé-
nés de fonctions , en comparant leurs rap-
ports avec les habitudes des animaux.
Premières fondions, — La coquille interne
est touiours ptacée en dessus, sur la ligne mé-
diane lon^tudinale du corps, et lozée sous
les couches musculaires du dos, dans une
gaine spéciale, où elle est quelquefois entiè-
rement libre. Dans tous les cas, ses fonctions
les pins simples sont de soutenir la masse
t^faarnue, d^affermir le corps et de lui per-
mettre la résistance aux efforts de la nata-
tion; elles sont donc, alors, analogues k cel-
les des os des animaux vertébrés. En général,
on peut dire que le plus ou moins d'allon-
sèment de la coouilie interne est toigours
en rapport avec la vélocité de natation des
ttimaux qui en sont pourvus.
Secondes fondions. — La coquille interne
qui, indépendamment de sa composition cor-
née ou testacée, contient des parties rem-
plies d'air, est de différente structure. Elle
est, chez la seiche, pourvue, en dessus,
d'une partie testacée lerme, et contient, en
dessous, une série de loges obliques, sépa-
rées, dans leur intérieur, par une foule de
petits diaphragmes remplis d'air. Chez la spi-
rale, c'est une coquille spirale formée de
cloisons qui la séparent en compartiments
irtéguliers, aussi remplis d'air. Chez les spi-
rulirostres, c'est une coquille analo^e lo^ée
dans un rostre. Chez les conoteutnes, c^st
un cône placé k l'extrémité d'une coquille
cornée et divisée en cloisons ; chez les bé-
lemnites, c'est également un c6ne alvéolaire,
placé k. l'extrémité d'une coquille cornée
dans un rostre calcaire terminal. Nous avons
dit que nous considérions cette modification
comme une simple fonction d'allégé, analo-
gue k celle des vessies natatoires des pois-
sons. Nous fondons cette opinion sur ces
deux seuls faits : 1* que ces coquilles suma-
?ent k la surface des eaux, lorsqu'elles ont
té retirées de l'animal ; et 2* qu'il j a coïn-
cidence constante de l'augmentation pro-
gressive du nombre des loges avec l'accrois-
sement du corps de l'animal, comme pour
maintenir constamment l'équilibre dans les
diverses périodes de l'existence. En effet, la
seiche, la spirule, avec leurs proportions
massives, devaient avoir besoin de cet ap-
pareil pour s'aider dans leur natation; et
cela est si vrai que la spirule, avec sa forme
plus arrondie, est pourvue, par la nature,
d'une bien plus grande masse d'air que le
conoteuthe, dont la forme dénote un animal
infiniment plus agile et meilleur nageur.
Chez la bélemnite, l'empilement des loges
aériennes vient, sans doute, compenser le
poids énorme du rostre calcaire de l'extré-
mité de l'osselet, qui, sans cette allège, obli-
gerait l'animal k se tenir dans la position
verticale, tandis que la station normale est
fénéralement horizontale. Il résulterait donc,
n'en pas douter, de ce qui précède, que les
loges aériennes, chez les genres cités, ainsi
que chez les nautiles, les ammonites et tou-
tes les autres coquilles divisées par des cloi-
sons, ne sont que des moyens d'allégé don-
nas par la nature k tous ces animaux, pour
rétablir l'équilibre chez des êtres essentiel-
lement nageurs, dont les formes sont sou-
vent assez lourdes.
Le volume d'air contenu en dehors ou en
dedans du corps , parait être en raison in*
verse de l'allongement du corps, puisqu'il
est très-grand chez la spirale et chez la sei-
che, dont le corps est très-massif, et qu'il
est proportionnellement très-restreint chez
le conoteuthe et la bélemnite, dont le corps
était évidemment très-allongé. Ces résultats,
1 'oints aux résultats obtenus relativement k
'allongement du corps, comparé k la puis-
sance ae natation, prouvent que le volume
d'air est aussi en raison inverse de cettf
même force de natation, puisque la spirale
et la seiche, dent le volume d'air est très-
195
CEP
MCTfONNAliiË DE COSMOGONIE
CEP
m
i^and, sont bien moins bons nageurs que
les ommastrèphes , dont les conoteutaes
•rt les bélemnites paraissent être si voisins.
11 suffît , d'ailleurs, de oomparer Ténorroe
roluone il air que doivent contenir les oau«-
i les et les aminooitea, à^ec la forme de leur^
coquilles qui s'oppose à toute natation ra^
pidc, pour se persuader qu'il en est ainsi de
tous les animaux pourvus de eoquiUes rem-
pli es d'air.
Troi$iim9$ fonctions. ^ Les eé^alopodes
-«agent au moyen de leur tube locomoteur'
Dès lonSf loin de se diri^^er la tête en avant»
rfuand ils veulent promptement ^cbappcr à
la poursuite des autres animaux, ils sont,
^.on trairement à la loi ordinaire, obligés d'aï"
4er à rioeulona, sans jamais pouvoir calculer
la portée de leur élan; cest ainsi qu*ilâ
js' élancent dans les eira, au sein des océans,
ou qu*iJa s'échouent fur la grève , } rès du
littoral dea epntineots* Les oaimaui qui Ytr-
• vent conatammeot au milieu des mers ne
sont pBiS sujets à trouver d'obstacles dans
- «eur na^ rétrognuie ; aussi leur osselet est«-
. il entièrement corné* comme celui des ony*-
oboteuthes, des ommastrèpbes« qui ne «'ap-
i^rocbentque fortuitement des côtes; puits,
orsque ees animaux ount exposés k rencon-
trer fréquemment des obstacles qui pour-
raieot les blesoer, lorsqu'ils s'élaneeot la t£ie
en arrière sans éint è portée de les apprécier*
la nature les a pourvus d'une parUe proteo-
trice« consistant en un rostre calcaire, dur,
le plus souvent aigu» capable de résister aux
divers chocsi. Cette partie rostfîaJe est ordi--
. nairement conique; elle termine» en arrière,
Textrémité de la coquille en une (>ointe io-
dé; rendante des cloisons, chez la seiche et le
spirulirootre* ou tneii enveloppe et protège
les loges aériennes chez la belemnite» tout
en se prolongeant bien au delÀ.en upe pointe
plus ou moios aiguë. Suivant cette explica-
tion, le rostre des seiebes» des béloptères,
des spiruliros très et des t>élemniies* ne serait,
toologiquemeoi ()arlaat« qu'un corps prote^-
, teur, qu'une partie mécanique placée en ar-
rière, du ç6t4 où l'animal s'awàUGe^ pour ré-
sister au cboc sur les corps durs et le garantir
de toute blessure organique. Cett^ partie
n*aurait» dès lors, qu'une im^iortance secon-
daire dons réconomie animale; et la forme,
par §uite des fréquentes lésions, en ser<iit,
plus que celle de toutes les autres» suscep-
tible de oombretises modlCcetions dans une
seule et raénie espèce, ce qu'on observe, du
reste, dons l'eMrémiié du rostre des bélem-
oites.
Déûm par ees fonctions , le rostre nous
. donne ^niH>re» en scrutant les faits» des ré^
sultats curie4x et surtout très*utilet$« comme
application aux fossiles, sur les habitudes
dos animaux qni en sont {viurvus. Le seul
g( nre muni de rostre, parmi ceux qui vivent
actuellement, est la seiche. La seiche est,
sans contredit, le cépi^alopode le plus cûtier.
D*uu autre cOté» on n'a pas vu de rostre
parmi les genres de céphalopodes des hautes
mers, comme cbez 1 ommastrèpfae» l'onv-
«boteutba, ete. On devrait donc croire que i^
rostre peut caractériser les animaux entiers;
et cela avec d'autant plus de raison» que ra-
nimai qui reste toujours au sein des océans
n'en a pas t)esoin» et que ce corps \ rolecteur
n'est réellement utile qu'aux céphalopodes,
qui, se tenant plus souvent sur le littoral,
sont plus à portée de se heurter. Le rostre,
en dernière jm^lysef dénoterait souvent un
aniaial côiier.
Nous avons voulu passer en revue les di"
verses modifications }iss o^saleta internes
des céphalopodes vivants, comparer leur
composition, leurs formes, aux ditférentes
jonctions qu^ils sont destinés à remplir, aux
J)abitudes ues genres qui en sont pourvue,
afin d'arriver à pouvoir dire» par comparai-
son, ce Que devaient Aire les céphalopodes
dont il n e&t resté» au sein des couches ter*
restres, nue des parties plus ou moins com-
plètes. C esU en etTet» en procédant ainsi, du
connu à l'inconnu» qu on parviendra mûre-
ment et sons hypothèse à expliquer* par des
faits bien constatés, ce que devaient âire les
animaux des faunes plus ou moins anciennes
qui ont couvert je globe aujx diverses épo-
ques géologiques.
La coquille «impie ou oniloculaire sa voit
seulement che? Ymrgonaulu; elle est large-
ment ouverte» symétrique, k peine eoroiuée
en spirale et d'une cpntexture fibreuse, cor-
jxéo-calcaire» très-remarquable. Elle se dis-
tingue des autres coquiJIes par le manque
de ntu:Uuiàws la jeune âge, et ^r sa com-
position, étant formée de deux couches ap-
pliquées l'une sur Tautre, Tune interne»
r autre exlatM, ce qui s'explique par son
mode singulier de formation.
Les coi{uilles externes multilocnlaires sont
spéciales aux oi§pbalof»odes tentaculifères
{nauliluM^ amm0niu$^ etc.) ; elles se distin-
guent des /coquilles multiloculaires inlernes
STOfiTft^ aux céphalopodes océiabulifères par
\ présence» au-dessus de la dernière loge
aérienne, d'une cavité assex grande pour
contenir TanimaJ. CQ%i ainsi que, chez les
nauiiiia^ les wxmwmtes^ etc,, on remarqua
depuis un demi-tour jusqu'à un tour complet
dé^^ourvu de loges aérienjies et destiné à
contenir et k protéger ranimai. Ces coquilles
sont composées de deux couches» l'une exté-
rieure, calcaire, terne, qui contient les cou-
leurs, et lautre intérieure» nacrée» sur la-
quelle viennent s'appujer les cloisons é^^-
Icment nacrées qui surent les loges aé-
riennes.
Ces doisom sont simplement arquées ou
droites chez les naulilus^ les orihoreratiiu:
elles sont anguleuses chez les aganidiu^ chez
les clymtnia^ et lobées, ramifiées k l'iolini
chez les amnioniits^ les criot^rtu, horsc/x^on
examine la forme de Taniûial des nautiles,
uu voit que Textrémité postérieure du corps
est arrondie et sans ajiicuiie sa Uie k soa
pourtour ; aussi produit-il des cloi>^ns de
forme identiqui^ légèrement creuses pour te
recevoir, ou, f our mieu^ dire, modelées sui*
lai. Par andlo^^ie, on xioit croire que les c/y-
^punjBûL devaient avoir un appendice de cbaqoa
côté dé reiirémilé du Qorps^ afia d^ tota^at
«07
CE^
ET DE PALEONTOLOGIE.
CËP
193
les sinus latéraux qu'on rémarque aux c\oU
sons.'On doit croire aussi que l'extrémîié du
ei r[ïs avait plusieurs ex{)ansions eu pointes
a i pourtour pour former. lea eloiaons dee
êijanidei^ et que cea eipansionsv de plua en
n.us lobées, représentaient de véritanlea ar*
, buseales chez les ammonidées, atin de re*
produire, à chaque eloison, nés lobeSt ^ï ain*
Salièreroent raroitiés suivant oliaque esjièee,
aos cette ftmille remarquable, Ainsi, \q%
éiauosités eitérieures des oloisons dépen*»
dent de la forme de Textrémi^é du corps des
animaux, et de la plus ou moins granue corn*
plication dea productions ebaruues ou des
lobes de cette partie»
Si Ion eberobe quelles pouvaient être les
fonctions, Tutilité de ees lobes dans ré( ono^
mie animale, on pensera qu ils servaient k.
ranimai k se cramponner dans sa coquille*
Ce'a est si vrai que iiresque tous les genres
qui possèdent des eiQisons unies (uwtil^t
orihoceratites^ lituites) ont le siphon central
psr lequel Tanimal pouvait retenir sa co-
qaille, tandis que tous eetit qui ont ce siphon
latéral (les ammonidéêâi les agûnidu) ne pou^
valent donner qu*un point d'appui exoeu**
Iriaue : dès lors leurs cloisons sont pourvues
de lobes plias ou moins profonds.
Toutes les coquilles multiloculaires dea
eéphalopodtts sont percées d'un siphon. On
apiieUe ainsi un tube qui part de la première
slûisoD, et qui se continue jus9u*à la der-*
nièresans communiquer avec fintérieurdes
Io.;cs aériennes. Il en résuHe que ce siphon,
loin de pouvoir donner aux ceDhalopodes la
feculté de remplir leurs loges d air ou d*eaut
ï la volonté de ranimai, en est, au contraire*
entièrement séparé, et ne communique nul*
lement avec elles. Cest un tube indépendant
qui les traverse et reçoit un or^^ane creux^
charnu, cylindrique, placé à Textrémité du
corps,
Les coquilles externes des céphalopodes
iont ou non symétriques. Elles sont symé-
triques dans le plus grand nombre des cas,
r'esi-à-dire qu'une ligne pourrait les séparer
en deux portions absolument égales. Trois
genres, les iurrilUei^ les heterocercs et les
hlicoceroêf smit tes seuls non symétriques,
jtn ce sens qu*au lieu déformer une spirale
enroulée sur te même plaui celte spirale
s'enroule obliquement, e( alors la coquille
montre d*un coté une spire saillante, coni-
que ; de Tautre, un ambutc» formé au milieu,
par le tour cuutigu PU non.
Quand on compara le tableau de la répar^
tilion chronologique des céphalopodes ten-
tdculifères,À la surface dugtohe, a celui des
niamuiifères et des oiseaux, on remarque un
contraste frappant. Ce ne sont plus, en eSet,
comme chez les mammifères et chez les ci*
seaui, des êtres inconnus aux premiers Ages
(lu monde, qui apparaissent tout à coup avec
la I ériode qui a précédé notre époque* Ce
De sont plus, comme che^ les reptiles et les
laissons, des formes animales qui se rem-
pla vent successivement les unes les autres
depuis le commencement de Tanimalisation
jusqu'à DOS Jours. On voit, avec le rempla-
eement successif des genres, que ceux-ci ont
été principalement créés à deux éj oques
distinctes dans les terrains paléozolques et
crétacés, tandis qu'ailleurs c est à peine s'ils
ont montj*é quelques genres isolés* On voit
encore qu*ils ont montré une progressicii
décroissante de celte première époque jus-
gu*k répoque actuelle.
Çomparaiion dei ordres entre eux^ — Les
comparaisons que nous pouvons établir n^
pi*ouveront pas grand'chose, auant k la ques»
iion de savoir si les plus parfaits ou les plus
imparfaits des céphalopodes ont paru les pre-
miers ( car, sous ce rapport, les deux ordres
peuvent être placés en parallèle. ISi^onmoins
le résultat géologique de cliacun, pris en ^f^v*
ticulier, est quelque peu ditférent*
. Les tentacuHfiree (parmi lesquels 9St le
nautile) se sont montrés avec la première
apimalisation du globe, et atteignent le maxi-
mum de leur développement numérique arep
J'étage silurien, le premier du monde animé.
Ils ont 22 genres dans les étages paléozoï*
ques, en montrent $epl formes dans les ter«-
jaiiis triasiques, le même nombre dans les
ierrains jurassiques, tk dans les terrains cré-
tacés, deux seulement dans les terrains
tertiaires; puis, de tous ces $wve$9 un
seul, le genre nauHUf représentera Tépoqup
actuelle, tous les genres si varié:; des autres
Ages du monde. Ainsi, sans aucun doutât les
céphalopodes tentaculil^respnl été dans non
période décroissante! depuis Tétage silurien
jusqu'à nos jours.
. Les uçétabuUfiree, qnî renferment la Sff-
rM le calmart ont commencé avec un genre
dans Tétage conchylien ; ils en ont doute
dans les terrains jurassiques; quatre dans les
terrains crétacés; le même nombre dans les
terrains tertiaires ; et, de tous ces genreSf
cinq seoli ment sont représentés aujourd'hui-
Si Ton n'avait éj;ard qu'aux genres fossiles,
les acétabulifères auraient eu leur maximum
dans les terrains jurassiques et auraient di-
minué jusqu'à présent; mais, lorsqu'on leur
compare les 20 genres vivants, on pourrait
en conclure que cette série est en voie crois*
santé de développement de fermes généi-
ques; néanmoins, comme parmi cesvjngt
genres vivants, un Krand nombre sont pure-
ment charnus, ils n ont pas pu, quand même
ils eussent existé, conserver leurs traces dans
les étages géologiques; que les autres n'ont
que des parties cornées qui ne se conservant
qu'exceptionnellemenl, on ne y eut rien afflr-
mer de certain ; et tout porterait à croire,
au contraire, que comi>arés aux tentaculifè-
res, leurs formes étalent très-mullipliées cujt
époques anciennes.
Déductions zovlogiques générales. ^ En
réunissant les genres de céphalopodes, sans
avoir égard aux ordres, nous trouTons, à peu
de chose près, les mêmes conclusions. Nous
connaissons aujourd'hui 2J genres dans les
terrains i;aléozoïques, 8 dans les terrains tria-
siques, 17 dans les terrafns Jurassicme.^^, it^
dans les terrains crétacés, 6 dans les ter-
rains tertiaires. Les genres fossiles montre
raient, dès lors, une décroissance constante
199
GBA
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
CHA
Jepuis la première animalisation du globe
jusqu'à répoque actuelle, conclusion qui ne
peut être modifiée par les 21 genres connus
dans nos mers ; car beaucoup de ces genres,
comme nous l'avons dit, ne pouvaient pas se
con:>erver ou ne devaient se conserver que
très-rarement. Voici donc, en résultat, les
céphalopodes , les plus parfaits des mollus-
ques, qui, depuis le premier âge animé du
globe, sont en marche décroissante déformes
génériques. Nous insistons sur ce fait, rela-
tif aux céphalopodes que nous comparerons,
plus tard, aux autres classes de mollusques
moins parfaites, ce qui devra nous amènera
cette conclusion que les mollusques, suivant
les classes, ont certainement marché du
composé au simple, ou dans une voie de
non perfectionnement.
Déductions climcUologiques et géographie
Îrtiff. — Encore ici une conGrmation; en ef-
et, le genre nautUusj qui habite seulement
aujourd'hui les régions tropicales des|mers de
rinde, et que nous trouvons dans les ter-
rains tertiaires de France, d'Angleterre et de
Belgique , prouve que ces lieux avaient, à
cette époque, une température bien plus éle-
Tée. La présence du genre nautile en Eu-
rope, tanaisqu il est spécial au Grand Océan,
ainsi que la découverte de Varaonauta hiam
sur les bords de la Méditerranée, où il ne vit
jAns aujourd'hui, prouvent que, de même, la
répartition géographique passée n'était pas
la môme que celle de nos jours.
Déductions géologiques tirées des genres. —
Les caractères stratigraphiques négatifs sont
très-marqués pour les céphalopcKlesi; puis-
que aucun des 51 genres fossiles connus n'oc-
cupe tous les étages, et qu'ils sont, au con-
traire, tous restreints dans des limites plus
ou moins étendues, et peuvent servir de ca-
ractères négatifs pour les étages supérieurs
ou inférieurs à ces limites où ils manquent
encore.
Les caractères stratigraphiques positifs sont
aussi prononcés pour les céphalopodes. £n
effet, les 51 genres connus à 1 état fossile sont
autant de caractères positiis pour les terrains
et les étages où ils ont été rencontrés jusqu'à
présent, lisseront d'autant plus certains que
sur ces genres, &>5, ou la presque totalité,
sont perdus pour l'époçiue actuelle et pour
les étages supérieurs et inférieurs, et que lî
sont* spéciaux à un seul étage. La persistance
est surtout très-remarquable pour les genres
nautiluSf ammonites , orthoceratites^ hami-
teSf etc.
Les déductions géologiques tirées des es-
pèces, chez les céphalopodes , sont, à très-
peu d'exceptions près, comme pour les au-
tres séries animales. Les espèces, au nombre
de 1U8, sont spéciales à un seul étage, qu'el-
les ne franchissent pas ; aussi sont-elles ca-
ractéristiques des étages où elles vivaient.
CESALPINO. Voy. Géologie.
CESTRACIONS. Voy. Poissoss.
CETACES. Voy. Mammifères.
CHALEUR CENTRALE. Voy. Feu cen-
Mal.
CHALMERS (le D'). Voy. Buckland.
GHAUBARD (L. A.) — H 7 a quelques an-
nées, un ecclésiastique, M. Vabbé B. , ayant
lu les Eléments de Géologie^ publiés par
M. Chaubard (1838), crut que les théories, dé-
veloppées dans cet ouvrage, conciliaient
d'une manière satisfaisante les découvertes
de la science avec la Genèse. Toutefois, crai-
gnant de s'être laissé surprendre ou fasei^
ner^ suivant son expression, il s'adressa au
directeur du journal la Voix de la vérité^ ou
à ses collaborateurs, les priant de lui faire
connaître ce qu'il devait penser de ce lirre
de M. Chaubard, et s'il renfermait bien en
effet la solution des difficultés qui jusque-là
l'avaient embarrassé. Nous allons donner
d'abord la lettre dans laquelle M. l'abbé B.
sollicitait ce service ; puis nous la ferons sui-
vre de celles que nous lui adressâmes, et
dans lesquelles nous apprécions les idées de
M. Chaubard sur l'interprétation du premier
chapitre de la Genèse ^ sur le déluge, sur la
formation des terrains, etc.
« Monsieur le directeur,
« La science doit avoir un sanctuaire au
foyer du modeste presb vtère , car le calme,
la solitude, les placides habitudes de l'hum-
ble desservant des campagnes, sont les amies
et les compagnes de l'étude, mère de la
science.
« Quand il a satisfait aux nombreuses fonc«
lions sacerdotales, qu'il a sustenté sa fru-
gale existence , alors que , comme dit Ho-
race :
VescitHr iiliquis et paAe secundo.
le prêtre peut quelquefois, peut souvent
demander sa récréation aux sciences hu-
maines, pour montrer au monde qu'il le
suit, quand il ne le précède pas dans l'arène
des sciences battue par les savants.
« Or, la géologie n'est pas l'une des scien-
ces qui oflfre le moins d'attrait, le moins
d'intérêt au cœur sacerdotal; car la géologie,
c'est la seconde Bible du prêtre 1
« Mais, dans ce cataclysme de théories
géologiques, toutes plus anti-bibliques l'une
3ue 1 autre, laquelle adopter, laquelle étu-
ier, laquelle conseiller, laquelle vraie?
Scinditur incertum stwiia in contraria vulgus.
ff Mais le prêtre ne . peut adopter que
celle-là qui est Texplication de la Bible ,
celle-là qui se présente, pour ainsi dire,
comme le prisme de la révélation.
<c M. l'abbé Migne, à qui le sacerdoce doit
tant d'hommages et de reconnaissance, dans
le 3* vol. de son Cours d!" Ecriture sainte^
eut la bienveillance de nous donner un
exposé des systèmes géologiques , en nous
indiquant celui qui était roto'et de sa pré-
férence. Nous devons le féliciter de ses
loyales et bonnes intentions, en le priant de
nous excuser, si nous sommes si hardis que
de lui recommander de revoir, ou faire re-
voir ce travail, qui nous parait défectueux
aujourd'hui, si nous ne nous trompons.
K En effet, j'ai lu, étudié, travaillé, coni-
puisé bien des théories géologiques ; toutes
me contristaient , en oubliant ou niant mji
toi
CH.\
ET DE PALEONTOLOGIE.
CIIA
fCi
BiMe, et laissant au fond do mon cœur une
tristesse profonde, un vide immense!
m Ces créations successives, filles natu-
relles de ces époques incommensurables «
dans lesquelles Dieu n*a point de place :
ces glsantesques hypothèses où la puissance
eréatnce esf nulle : toutes ces théories creu-
ses,*qui oie représententies efforts inutiles
et Tains de Milon de Crotone, offensaient
ma raison, en outrageant ma foi. Avec tout
rela, la çéolosie était un superbe ^nctuaire,
sans divinité I C'était un ma^niûque in-folio,
et toujours Je me perdais dans ce dédale»
où nie manquait le fil d'Ariane. Néanmoins»
sans jeter, comme dit le vieil adage, le man-
che après la coj^néc» j*étudiais, ma Genèse
à la main, j'étudiais encore, avec Teapoir de
rencontrer dans le labyrinthe des sciences
Séologiques, un géologue d*accord avec
[oîse, une géologie sœur de ma Bible.
« Dieu soit loue 1 Le hasard, cet incogniio
de la Providence, vient àe me faire rencon-
trer Tun et l'autre. Eh bien, oui! je viens
de trouver un géologue et une géologie qui
pensent et qui enseignent, comme pensait et
enseignait Hoise, il y a tantôt quatre mille
ansi
Fdix qui point f remm cognotcerê cauios !
« Dans ce livre, la raison et la foi, comme
deux sœurs jumelles, se donnent la main,
«'embrassent, et les pieds sur la terre, lèvent
les mains et les yeux au ciel, pour moiitrer
le Pire qui est aux ctetix, le créateur du ciel
ei de la terre ^ sous une date qui s^àccordc
parbitement avec la chronologie biblique.
Elles répètent ensemble cette première page
de la science géologique : Credo in Deum ,
Patrem omnipotentetnj Creatorem cœli et ter»
rœ! Mais, qu'il y ait du surnaturel, du mys-
térieux, du merveilleux dans la création,
cb 1 mais , mon Dieu 1 c^^ n'est pas étonnant ,
quand la création est la première des mer-
veilles, le premier des mystères !
c Ihi reste, qu'on juge ce géologue ca-
tholique par ses propres paroles; voici
comme il s'explique au commencement de
ses Elémetfits de géologie; voici sa profession
de foi géognésique :
« Il est impossible de faire marcher la
« géologie d'un pas assuré sans lui donner
« pour appui le secours de l'histoire; car
% il est une foule de faits dont lés consé-
« quences, d'ailleurs évidentes, ne peuvent
« être déduites avec quelque certitude , si
« l'on n'a recours aux faits historiques qui
« s'y rapportent; comme aussi, il est une
« multitude de questions capitales qui ne
« sauraient obtenir une solution sans son
« sec^ours. La géologie, c'est l'histoire de la
< formation du globe terrestre ; c'est , par
« conséquent, une science de fiiits. Or, ces
« faits attestent que le globe a éprouvé des
« révolutions qui ont produit de grands
« cliaqgetnçntb à sa surface : donc l'histoire
« écrite, puisqu'elle n'est pas restée muette
« sur ces grandes révoluliofts, fait partie
« de la géolo^ie^....
« La géologie se compose donc nécessai-
« renient de deux parties très-distinctes, et
« de nature différente. La première com-
<v prend lés faits fféologiques constatés par
« l'observation : c est la partie positive de
« la science. La deuxième comprend les
a faits de l'histoire écrite relatifs aux révo-
» lutions oui ont dû proHuire quelque cban-
» gemeut a la surface du çlobe, et qui sont
« le fondement sur lequel reposent néces-
« sairement les théories explicatives de^
c faits géologiaues Quelque opinion qno
« l'on ait sur l'histoire, il y a toujours un
<i abtme sans fond entre un fait historique
« et une hypothèse imaginaire : en sorte
« qu'on ne saurait jamais hésiter à donner
% la préférence au premier plutôt qu'à la
« seconde, quand on est à faire un choix....,
« Que les faits géologiques soient pariai -^
tement conformes aux récits bibliques, et
que le récit de Moïse soit parfaitement'
c conforme aux phénomènes géologiques,
« c'est ce qu'on est forcé d'admettre en s^é-
< clairant du flambeau des sciences phy-
« siques. »
« Et voici disparaître, à la clarté de ce
triple flambeau, géologique, biblique et
physique, toutes ces interminables époques \
voici s'évanouir toutes ces absurdes créa-
tions successives, du moins parfait au plus
i)arfait; voici se renverser tous ces éôha-
àudages de titans ; voici qu'il né reste plus!
qu'une géologie biblique et croyahte qui
me clame :
Accif^Of agnoscoque Deuin,
« Eh! oui : dans cette géologie, je trouve
le tout-puissant Créateur ; je trouve à cha-
que page, à chaque phénomène, celui au-
Ïuel . l'école géologique n'accorde qu'uno
ien minime place quand elle n'ose pas l'ei-
clure tout à fait de ta création I
« Cependant, dans la crainte que le bon-
heur que me procure cette géologie bibli-
que ne me fascine, j ai l'honneur de prier
M. l'abbé Migne et MM. les rédacteurs de
la Voix de la Vérité^ l'unique journal du
[presbytère, je les prie de faire examiner lo
ivre que j'indique et de lui donner ainsi ,
aux yeux du clergé, un caractère d'ortho-
doxie, qui pourrait ouvrir les yeux à des
gt5ologues égarés par l'école géologique, qui
n'est rien moins qu'orthodoxe. Je demande
cette bienveillance i je dis plus , ce servie^*,
important, au nom de tous nos confrères
qui étudient ou qui étudieront la géologie,
cette s«)conde Genèse sacerdotale.
« Voici ce livre : Eléments de géoloaie^ mis
à la portée de tout le monde ^ oflrant la con-
cordance des faits géologiques avec les faits
historiques, tels qu'ils se trouvent dans la
Bible, les traditions égyptiennes et \e$ fablea
de la Grèce, par L. A. GHAUBAmn. »
Lettre première à M. Tabbé B.
Monsieur }'aU>é,
Ce n*cst que depuis quelques jours que
DlCTlD^. DE CoSMOGOmi tr DE PiXKO.NTOlOGU
SOS
CflA
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
CI1À
«04
j'ai eu occasion de lire la lettre que vous
avez adressée à M. le directeur de la Voix
de la Vérité^ et qui a été insérée dans ce
journal le 26 mai dernier, sous le titre :
Géologie.
C'est venir un peu tard vous répondre, je
Tavoue et je le regrette ; mais la réponse
que vous sollicitez ne vous ayant pas été
faite encore, que je sache, les questions que
VQUS soulevez auront aujourd'hui le mémo
intérêt qu'elles avaient il y a six semaines ,
et les observations que j'aurai l'honneur de
vous soumettre n'auront rien perdu de leur
à-propos, si elles donnent lieu, comme je
l'espère, à une conclusion satisfaisante tout
à la fois pour la science efpour la religion.
Oui, Monsieur, le prêtre est essentielle-
ment l'homme de la science; et la géologie,
qui se rattache à presque toutes les bran-
ches des connaissances humaines, pourrait
être considérée, suivant votre expression,
comme la seconde Bibles Bible, il est vrai,
pleine d'obscurités, de mystères, d'incerti-
tudes, surtout lorsque, de l'observation des
faits, elle tente do s'élever à des considéra-
tions théoriques, qu'elle recherche les cau-
ses et veut remonter aux lois qui ont pro-
duit les innombrables phénomènes qu elle
étudie.
Vous ne l'ignorez pas, Monsieur, et vo-
tre perplexité était grande, c'est vous-même
qui nous l'apprenez, quand vous vouliez
faire un choix au milieu des mille et une
théories qui prétendent expliquer le monde,
« Le prêtre, dites-vous, ne peut adopter que
celle-là qui est Texplication de la Bible, qui
se présente comme le prisme de la révéla-
tion. x>
Sans doute. Monsieur; mais cette théorie-
là, où est-elle? existe-t-elle? Quel est le
système géologique oui explique la Bible?
Si le texte biblique lui-même ne présen-
tait point de difficultés, s'il n'était suscep-
tible d'explications diverses, en d'autres
termes, si le sens en était clairement, in-
contestablement déterminé, il ne resterait
plus qu'à lui comparer les découvertes, les
investigations de la science, à écarter tout
système qui n'y serait pas conforme et à adop-
ter eelui qui n'en serait que comme le com-
mentaire.
Mais est-on d'accord sur le sens du pre-
mier chapitre de la Genèse? Vous le savez,
amcune partie des livres saints n'a donné
lieu à plus d'explications systématiques,
contradictoires, bizarres. Au milieu des dé-
couragements que vous nous dites avoir
éprouvés en vous livrant à l'étude de la
géologie et de ses systèmes, vous aspiriez à
rencontrer un géologue d'accord avec Molse^
une géologie soeur de la Bible. Ceci ferait
supposer que vous savez parfaitement à quoi
vous en tenir sur l'interprétation du text.e
biblique relatif à la création, qu'il suffit de
prendre chaque système l'un après l'autre et
de le comparer avec l'histoire de Moïse pour
éfere en état de se décider pour ou contre
ce système. Eh bienl évidemment une telle
comparaison n'est possible qu'autant qu'il ne
reste aucun doute sur l'interprétatioil de 1^
Genèse : or, il n'y a personne qui se pufsso
flatter de donner cette interprétation avec
certitude : d'où je conclus quil n'est pas si
facile de reconnaître si telle ou telle théo«
rie est conforme ou opposée à la Bible. Il
est bien entendu que je ne parle i)as ici de
ces théories qui repoussent toute interven*
tion d'un créateur, ni même de celles qui,
sans être matérialistes, renfermeraient quel-
que proposition évidemment contraire à l'en-
seignement catholique.
<( Dieu soit loué 1 vous écriez-vous. Le ha-
sard, cet incognito de la Providence, vient
de me faire rencontrer l'un et l'autre. » C'est-
à-dire que vous venez de trouver un géo^
lojfue d'accord avec Moise^ une géologie sceur
de la Bible. C'est là, vraiment. Monsieur,
une très-remarquable découverte, et le monde
savant orthodoxe vous doit bien des félici-
tations. « Eh bien 1 oui I ajoutez-vous, je viens
de rencontrer un çéolo^ue et une géologie
qui pensent et qui enseignent comme pen-
sait et enseignait ilAoïse, il y a tantôt qua-
tre mille ans! «Voilà assurément le plus
magnifique élo^e qu'il fût possible de faire
d'un livre qui n'aurait pas été écrit sous
l'inspiration de l'Esprit-Saint lui-même. Pen-
ser et enseigner comme pensait et ensei-
gnait Moïse écrivant la Genèse! C'est être
plus heureux, plus savant que tous les saints
Pères, plus que tous les toéologiens et in-
terprètes de l'Écriture depuis dix-huit siè-
cles. Votre découverte est un véritable évé»
nement, et vous avez bien raison de vous
écrier avec l'immortel auteur des Géorgi*
ques :
Fiilix qui potuH rerum cognoscere causas l
Oh oui 1 trois et quatre fois heureux le
livre et l'auteur que vous avez découverts,
qui pensent et enseignent comme pensait et
enseignait Moïse traçant, il y a tantôt qua-
tre mille ans, l'histoire Aqs générations du ciel
et de la terre.
Après cette découverte, je conçois que
vous ne soyez point complètement satisiait
du troisième volume du Cours d'Ecriture
sainte publié par M. l'abbé Migné. Ce volume
renferme un excellent travail sur les systè-
mes géologiques dans leurs rapports avec
la Genèse, Les questions nombreuses et ar-
due$ que soulève ce savant exposé, sont
traitées avec une grande sagesse et avec
toute la réserve que commandent tant de
difficultés qui se présentent en cette matière
et du côté cfe la Bible et du côté de la science.
Mais on ne s'y flatte point d'avoir trouvé ni
le vrai sens de la Genèse^ ni le seul sys-
tème géologi(]pe qui soit en harmonie avec
le sublime livre de Moïse. Cela n'empêche
pas ce travail d'avoir toute la {(erfcction
dont il était susceptible quand il parut ,
et lorsque nous aurons examiné ensemble
l'ouvrage dont vous avez eu le bonheur de
faire la découverte, peut-être conviendrez—
vous vous-même qu il n'y faut rien cbang —
encore aujourd'huic
Agréez, etc.
€HA
Lettre deuxième.
ET DE PALEONTOLOGIE.
CHA
SOf
Monsieur Fabbé y
Cest pour moi, vraiment, une situation
Mble de me trouver conduit à combattre
les opfnions de Thonorable M. Chaubard.
réprouve toutes les répu^ances de cette
position singulière, et je ne serais certaine-
ment point entré dans cette discussion si
vous ne Taviez pas provoquée, si vous nV
viez pas désiré savoir ce que pense du livre
d« M. Chaubard les rédacteurs de la Voix de
la Vérité. Toutefois vous n'aurez point leur
avis collectif à cet égard. En cette matière
diflidle, chacun conserve sa liberté d'opi-
nion : In dubiiê libertas. Vous avez bien le
droit, de votre côté, de vous en tenir au
sentiment que vous aurez adopté. En effet,
que vous préfériez le roman géologico-bi-
blique de M. Chaubard à celui des Jaurs-pé-
rioaes de l'école de Cuvier, ou à la théorie
de Buckland , ou à tout autre système , con-
çu dans le but de concilier les découvertes
da la science avec la Genèse^ & cela je ne vois
pas un bien grand inconvénient. Tous ces
systèmes sont passibles de graves et nom-
breuses objections; celui qui en présente
le moins parait naturellement devoir être
préféré ; tous sont incertains au point de
me de la Genèse ^ dont le sens n'a pu être
jusqu'ici déterminé d*une manière péremp-
toire et définitive.
Pourquoi donc venir troubler le bonheur
que voue procure la géologie biblique dont
vous avez fait la découverte?.... C'est que
TOUS avez élevé au rang de géologie biblique,
de géologie ^i pense et enseigne comme pen^
âait et enseignait Moise, un système qui
n'est qu'un système comme un autre, beau-
coup moins satisfaisant, selon moi, que plu-
sieurs autres; c'est que vous appelez
absurde une opinion que vous étiez parfai-
tement libre -de rejeter sans doute , mais
qu*il ne convient cependant de traiter qu'a-
vec les é^rds et les ménagements crue l'on
doit aux savants d'une parfaite orthodoiie
qui l'ont proposée ou adoptée. £h bien I pour
mon compte, dans l'état actuel de la science,
je ne puis reconnaître pour définitive aucune
théorie explicative des phénomènes et des
lois du monde physique dans ses rapports
avec l'histoire de la Genèse; d'un autre côté,
je tiens à défendre un sentiment en lui-
même fort plausible et les géolo^es émi-
nents qui l'ont émis. Voilà mes griefs et les
raisons qui m'ont fait prendre la plume.
Je ne m'arrêterai pas à faire observer la
mauvaise humeur avec laquelle est écrit
roQvrage de M. Chaubard. Cuvier y est
traité aécolier sur des points qui étaient le
plus de sa compétence; ses travaux et ceux
lie son école , au dire de l'auteur , foisonne-
raient d'abrardités; peu d'illustrations scien-
tifiques trouvent grftce au tribunal de ce juge
*5évère, qui tranche et décide avec un iraper-
^urtiable aplomb les questions les plusdifli-
cifeSy qui qualifie de ridicules des opinions
soutenues par l'universalité des savants de
lous les pays.
A l'entendre, on dirait que la science,
victime du charlatanisme des coteries, es>
bannie avec la bonne foi des ouvrages de géo*
logie, et qu'elle ne se trouve que dans son
livre où les hypothèses les pins hasardées ,
les plus invraisemblables, sont présentées
avec une assurance que rien ne déconcerte .
On voudrait plus de modération, de justice
et de réserve dans un livre qui remue les
questions les plus obscures et les plus éle-
vées qu'on puisse se proposer. Il semble que
c'était le cas d'être et -plus indulgent et
moins aflirmatif.
Le système de M. Chaubard peut se résu-
mer en trois mots. L'auteur reconnaît trois
grands cataclysmes auxquels il rapporte l'é-
volution du globe terrestre : le premier de
ces cataclysmes serait mentionné au deu-
xième verset du premier chapitre de la (7e-
nèse, lequel nous représente la terre et ses
éléments dans la plus complète confusion;
ce serait ré()Oque de la formation des ter-
rains primitifs ou cristallisés, granit, etc.
Le deuxième cataclysme est celui du dé-
luge mosaïque , époque de la formation des
terrains stratifiés, transitaires, secondaires
et tertiaires.
Le troisième cataclysme est le déluge de
Deucalion, auquel H. Chauiiard attribue les
terrains de transport, qui , sur les bords de
la mer Glaciale, recèlent les grands mam-
mifères des contrées équatoriales, les
brèches osseuses , etc.
Ainsi M. Chaubard est neptunien. Suivant
lui, les terrains cristallins se sont formés
dans l'eau. A tort ou à raison , cette opinion
est depuis longtemps abandonnée |>ar les géo-
logues et les chimistes de tous le$ pays. Je
pourrais citer ici un nombre nrodigieux de
laits dont on s*appuie pour démontrer que
les roches cristallines, qui toutes soBt for-
mées par des silicates extrêmement variés et
mélangés entre eux , ont été produites par
la voie ignée; que ce sont elles qui, à diffé-
rentes époques, ont disloqué , soulevé, bou-
leversé tous les dépôts de sédiment, en ont
modifié la masse de toutes les manières (mé-
tamorphisme, etc.), et que c'est à ces grands
phénomènes que sont dus et tout le désordre
apparent qu'on observe à la surface du globe^
et tous les changements successifi dont on
aperçoit les traces à chaque pas. De plus ,
les expériences de M. Gregory Watt sur le
refroidissement lent des corps en fusion ,
celles de sir James Hall sur la reproduction
artificielle des roches cristallines en portant
à une température très-élevéesous une forte
pression les éléments pulvérisés de ces
mêmes roches, enfin celles plus récentes de
H. Berthier et de Mitscherlich sur la pro-
duction des cristaux artificiels par la fusion
de leurs éléments constitutifs pris en pro-
portions définies, ont donné une nouvelle
force à l'opinion qui attribue l'origine des
roches cristallisées au pouvoir liquéfiant de
la chaleur.
M. Chaubard a beau appeler absurde ^ m-
tolérabtSf etc. , la dénomination oe roches
ignées ou plutoniques ^ elle n'en a pas memt
• 107 ClIA DÎCTIONN AIRE
C>révalu univorselleoient dans la science.
#ous savez, Monsieur, en qu'els termes peu
courtois il (»arle, à la page 96, de ce qu'il ap-
^lle la coêsrie plutonienne^ et vous avez
ro marqué à quel propos. Ces grands sei»
fneurs de la science ^ comme il les désigne ,
qui la traitent comme les seigneurs au temps
jeudis traitaient une vassale ^ en vilaine ^ se-
talent avisés de lui demander ce qu'était
il e venue la prodigieuse masse d*eau qui te-
nait en solution la matière élémentaire du
globe : cela le fftche; lui qui ne trouve aucun
embarras à débrouiller le chaos^ sait avec
certitude que cette matière. n'y était point
en solution, et que par conséquent la grande
masse d*eau supposée n*ayant point été né-
cessaire, il n'y a pas lieu de rechercher ce
qu'elle a pu devenir (59). Vous conviendrez,
Monsieur, qu'il y a bien peiK d'à-propos à
nous entretenir de roueries voltairiennesj de
coterie plutonienne 9 (ïencyclopédtens^ etc., à
l'occasion d'une doctrine qui a pour elle de-
puis longtemps l'unanimité des savants,
parmi lesquels se trouvent des hommes d'une
orthodoxie non moins incontestable que leur
génie.
Embarrassé par les phénomènes pluto-
niqucs, M. Chaubard suppose deux choses :
la première, qu'après une certaine profon-
deur tout le reste du noyau du globe n'e^t
qu*un immense amas de matière minérale à
1 état de fluidité niteuse analogue à la fusion
ignée ; la seconde, gue la chaleur augmente
progressivement d'intensité de la superficie
au centre , c'est-à-dire de un degré au moins
pour chaque trente mètres de profondeur.
,11 attrii>ue cette chaleur intérieure à la
compression et non à l'incandescence origi-
nelle de la planète. Mais que cette chaleur
soit due à la compression ou \ l'incandes-
cence originelle du globe, les résultats en
doivent être absolument les mêmes, c'est-à-
dire qu'au centre de la terre, les matières
minérales seront à un état de fluidité ignée
d*au moins 250,000 degrés centigrades. Tou-
tes les diflicultés que M. Chaubard prétend
opposer à l'hypothèse plutonienne se re-
tournent donc contre sou propre système.
Parlant de la première : « Qui est-ce qui ose-
rait aflirmer , dit-il , aue la croûte solide du
Klobe aurait assez d épaisseur et assez de
force detcohésion pour résister à l'eilort
effroyable et continuel que feraient ces ma-
tières expansives pour se dilater?
« En vérité, ajoùte-t-il, i4 faudrait renon-
cer au sens commun pour adopter une hypo-
thèse qui aboutit à une aussi monstrueuse
conséquence. » Soll I mais vous n'y échap-
pez pas vous-même, à cette monstrueuse
conséquence j puisque vous admettez c|ue la
chaleur augmente progressivement d'inten-
(59) Ces eaux primitives, qui enveloppaient la ma-
tlcro chaotique, étaient -elles en mouvement?
M. Chaubard répond, à la page 79, qoMI c est pro-
bable que le silence de Phisiorien sacré est moins une
omission qu'un avertissement tacite (^ue les eaux
dans lesquelles se déposaient les terrains primitifs
étaient à peu près tranquilles.» A la pase 106, il
préieiiil qu«i c la probabilitc est toute eu mveur du
DE COSaiOGONlË CIlA M
site de la superncie au centre, et votre liy-
I)othèse reste passible de tontes les objec-
tions que l'on peut faire contre la théorie du
feu central.
Nota. — On trouvera ces objections à Vt>
ticle FEU CENTRAL do cc Dictionnaire.
Lettre troisième.
Turpi er labimurySi iiitelligentia noslrt.
3 us leiiuissima est, divins sapi«*QU» wo*
ara pervesticfire ^t delliiire vplHniii.
(Mauchini, PrùlegtmnM SeripUam
ioerœ, para i, art. S.)
Monsieur l'abbé.
Dans le système que nous examinons, les
terrains de cristallisation ont été formés
dans l'eau. « Qu'est devenue la masse d'eau
oui couvrait alors le globe, se demande
1 auteur lui-même? On en sait rien, répond-
il; l'histoire est muette sur ce point, ou du
moins le peu qu'ellie nous en dit est loin
d'être satisfaisant. » (P. 80.) Toutefois M.
Chaubard, qui a trouvé tant de choses dar.s
le 2* verset du i" chap. de la Genèse^ ne pou*
vait pas se contenter de cette réponse. Voici
rexpédient qu'il imagine : La terre se met
tout à coup à tourner sur son axel alors
i;ette grande machine, peu solide encore,
craque, se rompt, s'affaisse ici, se soulève
plus loin, et l'immense masse des eaux s'ar-
range tellement quellement des bassiiis qui
lui sont creusés. Mais « la Bible, ajoute l'au-
teur, n'a pu nous apprendre ni pourquoi ni
comment cela s'est fait ainsi... Elle s'est
contentée de dire que la volonté de Dieu a
fait rassembler l'eau dans le bassin des mers,
ce qui est toujours vrai au fond et suffit à
ceux qui, étrangers aux méfiances scienti^
fiqucs, ne s'imaginent même pas qnu'il puisse
y avoir là autre chose que ce que leur esprit
peu cultivé y voit. » (P. 201.) Nous verrons
S)lus tard, quand nous serons au déluge de
loïse et à celui de Deucalion , tout le rôle
que joue ce mouvement du globe tournant
ou s'arrétant sur son axe pour la grandu
commodité du système de M. Chaub^.
Ce géologue, dans la plus louable inten*
tion, voulant faire accorder la science avec
la Genèse, a donné son explication du texte
de celle-ci, à l'exemple de tous ceux qui ont
imaginé un système géogénique et ont voulu
l'appuyer sur le livre sacré.
Suivant son interprétation, le mot hébreu
bara^ creavit {G en. i, I), ne se rapporte f oint
à une création du premier jeij mais bten à
une création par condensation des molécules
créées; condensavit^ selon le texte samari-
tain. (P. ik.) Ce serait la condensation d'élé-
ments déjà créés, mais non une création de
rien, ce qui ferait supposer un acte divin
antérieur pour la création des éléments.
mouvement.» Qu'elles fassentlc en mouvement» on A
peu près tranquilles, qui le sait, qui peut le dtrt?
Ne vaadralt-il pas bien mieux confesser notre igno-
rance que de nous jeter ainsi dans miUe iuterpré-
lations aventureuses, au risque de meure nos pitoya-
bles rêveries à la place des sublimes réalités que
Moïse n'a pas cru devoir i>ous révéler ?
CIIA
ET De. PALEOxNTOl.OGlE.
CUA
210
Il Iradoît ainsi le «leuiième verset : « La
terre était de la matière brute à son dernier
point de dirision , et ténèbres; tout autour
était an abîme liquide , et Tessence de Dieu
aif rimmensité de Fespace, se déployait au-
dessus des eaux. »
11 commente : « L*expression inanis ei
rama de la Vulgale ne rend en aucune ma-
nière le sens précis du texte, et ces mots
ont lail jusqu*a présent le désespoir de tous
les interprètes, parce qu'ils se sont tous éver-
tués à j chercher une autre idée que celle
qu'ils expriment. »
La itrrê... éiaii... iénibres... H. Chaubard
commente : « Ce mot parait n'avoir été bien
oomiiris par aucun interprète... Dans la phi-
losophie de la Bible, la lumière calorique
éunt la vie, il s'ensuit que la négation, Tab-
sence de la vie, sont les ténèbres. Ainsi la
Bible veut dire par là que la matière molé-
culaire était sans être, sans vie. x
Ei Ftumee ée Die» ou CimmtnêHé de F es-
pace ee déployaii a9inde$$H$ die eaux... Com-
mentaire ; « La philosophie prorane verra
dans ces mois l'immensité de I espace, tandis
que la philosophie religieuse y voit Dieu
remplissant l'univers par sa présence....
Plusieurs commentateurs , n'ayant point
compris le sens de ces {laroles, sont tombés
en les expliquant dans une puérilité respec-
table sans doute en sa source, mais ridicule
au fond. Us nous dépet^pent l'esiirit de
Dieu, comme l'Espril-Saint étendu sur les
eaux comme une poule sur ses œufs et les
Cécoiidant (60).
« Le sens de ce verset est bien autrement
inslruetif : il nous apprend que le globe
toute gratuite, l'attraction de Newton. »
Est-ce là. Monsieur l'abbé, ce que vous
appelez c l'interprétation communément
admise de la Genèse? » Alors cette inier-
fréiaiion eowmmne date de M. Chaubard,.
car vous voyez que, pour les deux premiers
Tersets seulement, on y a, selon lui, com-
pris peu de chose jusqu'ici.
Est*i) convenable de faire parler à Moïse
la langue de nos sciences modernes, la lan-
gue de la chimie, par exemple ? Ainsi nly a-
tril point un jpeu de subtilité à donner au.
■lOC eondemsavii l'acception chimique, c'est-
à-dire à admettre que Moïse a entendu dési-
Ker par ce mot les lois de la cohésion et de
ffinité atomique qui régissent les corps
clans l'ordre de choses actuel? Ou lûen plu-
tôt ce mot ne signiflerait-il point simple-
nient dosmer du corps , de la eonsisianee^
^^lidi/Ur^ et par extension /htre, créer et
créer de riem ? En définitive, il faut bien en
roTCnir à ce dernier sens, qui est celui de
Thébreu et de la Vnigate. Mais c|uand on
admettrait qu'au commencement Dieu « créa
^€0) Les Egyptiens avaient trnduit liicrog]}i>hi-
qneniem CC dcniicroc vcrsd de la (^enèu par icpcr-
vicr oo le tableur, oiseau qui vole on tournoyant
é^ns les airs, ci rlioisi par eux en cnnséqu^hce
pour TcBiblèine de is;5pril gcnci-airur qui vohit en
par condensation chimique le ciel et ie
terre, » ce sens ne serait pas plus favoVablu
aux partisans de la voie aqueuse qu'à ceux
de la voie ignée, car ces derniers entendent
bien aussi que le Créateur procéda en con-
densant, par le refroidissement, les élé-
ments des planètes , qui , originellement,
auraient été à l'état gazeux ou nébulaire,
opinion aujourd'hui généralement soute-
nue.
M. Chaubard dit lui-même : « La chimie,
science de nos jours, nous montre tous les
corps solides se formant par la condensation
de leurs molécules élémentaires ; et l'astro-
nomie, à l'aide d'instruments récemment-
perfectionnés, nous fait remarquer mainte-
nantquelesétoiles nébuleuses ne sontévideoK
ment que des corps c</lestes comme les
autres, dont les molécules élémentaires ne
sont condensées qu'im|iarfaitemenl, soit qu'ik
n'entrât pas dans les desseins de la Toute-
Puissance créatrice qu'elles le fussent en-
tièrement, soit parce que le temps de leur
perfection n'est pas encore arrivé. » C'est ee
c*^ que M. Chaubard appelle une opinion
classique. Je le veux bien, mais il ne paraît
point que le Créateur procède pour les né-
buleuses comme il aurait fait pour la terre,
ni qu'il les tienne immergées dans l'eau
pour les condenser. On pourrait aussi in-
duire des paroles de M. Chaubard qu'il y a
une sorte de perfectionnement progressif
dans l'évolution des mondes, qyte Dieu ne
les forme point tout d'un jet, mais les fa-
S une, les élabore, pour amsi dire, en les .
isant passer par de longues séries de ré-
volutions. Mais vous avez déjà exprimé votre
antipathie pour les créations successites ;
nous nous abstiendrons . d'en parler au-
jourd'hui.
Passons au deuxième verset. Êtes-vous
bien satisfait. Monsieur, de la traduction et
du commentaire de M. Chautiard? c La
terre était de la matière brute, à l'état do
molécules élémentaires et ténèbres (c'est-à-
dire sans vie) ; tout autour (était) un abimo
liquide et l'essence de Dieu (ou l'immen-
sité de l'espace) se déployait au-dessus des
eaux. 9
Est-ce là, je le demande encore. Tinter-^
prélation communémeni admise de la Genèse/
« La terre était de la matière bnite à l'état
de molécules élémentaires... » L'auteur de
la Vulgate ne parait point avoir eu cette
idée en traduisant par terra erat inanis H
roctia, « la terre était dans un état de confu-
sion et de vide, » suivant le sens de l'hé-
breu tohu bohUf traduit en grec par chaos
qui a une signification vague et sans préd-
sion, comme pour indiquer le naufrage et la
ruine d'un monde antérieur.
Les Septante ont traduit iiar deux»mots
grecs, dont le premier sisnitie enveloppée dû
ténèbres^ et le second demeuhlée^ dégarnie^
tournant sur la face des eaux ; pais par le bélier,
placé auHiessous, s}'nibole du fort, de Dieu, el enGn
par quatre télés de serpent (cmUéine des eaui cliea
tons les peuples de rOrieiit), qui élaicjit placées
sou» les «]uatre pattes du bélier.
t\i
CIIA
DICTIONiNAlUi:; DE COSMOGONIt:
CilA
2!i
OU iam ari^ ians ornemerj («opecroç xccî «xa-
M. ChauUirtl, pour appuyer sa (raduclion,
rappelle un passai^e de Jéréinie (iv, 23)
« ou ces mêmes expressions, dit-il, sonl em*
ployées pour peindre une contrée compléte-
lucnt ravagée. «
Gerapprocliemenine me naratt point heu-
reux pour le sentiment rie M. Chauhard;
le globe terrestre a pu 6tro détaslé par les
eaux comme Test une contrée par Tennemi
qui Tenvaliit, xims réduilàl ilal moléculaire
serait une exagération que le lecteur qua-
lifiera.
£l ténèbres (c'esl-h-dirc sans vie); tout
autour était un abîme liquide La Vulgato
traduit : Tenebrœ erant super faciem abyssi.
Il existe ici entre les deux traductions une
ditrérence notable. L'un des traducteurs se
trompe, ou le texte original est d*une bien
griande obscurité. Suivant M. Chaubard, les
ténèbres sij^niflont ici , « la négation, ia pri-
Talion de lôlre, de la vie, » et il prétend
gue ce mot « n'a été bien compris par aucun
intcr|)rète , » Cela veut dire, ajoute-t-il,
que « la matière moléculaire était sans être
et sans vie. »
Qu'est-ce que de la matière moléculaire
sans être et sans vie?
Uais si ténèbres signifle sans être^ sans
me^ au deuxième verset, ce mot change
donc tout a coup de signification au qua-
trième et au cinquième verset, où Moïse se
traduit lui-même, en disant que Dieu sénara
la lumière des ténèbres, et appela lumière,
jour, et ténèbres, nuit? Ici les termes pa-
raissent d*une parfaite clarté. Toutefois ce
sont autant d*énigmes véritables, car,d*après
M.Chaubani, « la lumière n'est pas un llui-
de, c'est un agent incorporel, c est la vie ,
l'être, notre agent chimico-éiectro-magnéti-
aue, enfin, faction de Dieu sur la matière.
Qu'est-ce que la vie? se demande-t-il. La
révélation nous répond que la vie c'est ce
que les hommes appellent lumière et cha-
leur. » C'est ainsi qu'il traduit et entend le
quatrième verset du premier chapitre de
1 Evangile de saint Jean. « Le lux hominum
c'est ce que nous appelons la lumière, c'est-
à-dire le phénomène ph^'sique, dit lumière
émanant.de ia parole divine... lumière in-
créée, car il n'y a rien de créé en Dieu ; on
doit donc entendre, continue-t-il, par lu-
mière phénoménique, l'action de Dieu ou
de la parole divine sur la matière, se mani-
iéstant à nos yeux par un phénomène (61). n
Ainsi au quatrième verset. Moïse sépare-
rait le non^étre ou les ténèbres ^ de Vétre^ de
la vie^ ou de la lumière, puis, au yerset sui-
vant, il appellerait la lumière jour et les
ténèbres nuit. Mais pourquoi ce quatrième
et cinquième verset? Dans l'explication de
(61) Cette plillosophie, dit M. Cliaubard (p. 61),
qui ne resseiublc à aucun dcssyslèmes émis jusqu'à
présent, paraît devoir être d'une récoiulitc inatlcn-
duc. Par le secours des donntvs cprelle fou mit, ou
peut luaintensint se flaiior i\v parvenir à tlonncr une
théorie ecnnplête de riiomnieet de runiwrs... Atin
de montrer au leirtrur, par un exemple, qu'on ne lui
M. Chaubard, ils paraissent tout h îk\[ inu-
tiles. Car, a dès qu'à la \oix du Tout*Pui$-
sant, Mi'est M. (Chaubard 4juiparle,a lalumièn)
se Tut manii(*stée dans 1 univers, c'esl-è-dirc
dès que Tagi^nl éleclro-rhimiro-magnetit|ue
eut paru, il pénétra tout, et tout se inniva
animé soit de la vie inorgani(|ue, soit de la
vie organique. »
Dès lors , qu'est-ce que séparer le non»
étretlQ Vétre, le néant cle la vie? Cette sépa-
ration n'était-elle pas déjà faite, au troi-
sième verset, lorsque Dieu dit : « Soit
la lumière calorique, et fpt la lumière ca-
lorique, c'est-à-dire l'agent éleclro-chimico-
magnétique? » (C'est M. Chaubard qui tra-
duit et qui commente.) Puis, qu'est-ce que
ce nom de jour donné à IV(re, à la ti>, à ia
lumière^ et celui de nuit donné au non^étrt^
aux ténèbresl Ces mots, jour et nuit^ du cin-
quième verset, paraissent avoir embarrassé
M. Chaubard qui ne les explique nulle part.
On com|>rend cet embarras.
Notre auteur traduit ainsi la fin de ce cin-
quième verset : Telle fut la fin^ tel fut U
commencement f journée une (ou premiirt
œuvre).
La vulgate dit : « Le soir et le matin for-
mèrent un jour. »
(c 11 est bien évident, assure M. Chaubard,
que l'on ne peut traduire les mots t'espère et
mane par^fotr ^imaiin^ puisque le soleil et la
lune n'avaient pas encore été tirés du néant.»
On s'y ti*ompait, je crois, au moins depuis
saint Jérôme.
Journée une. « Le mot hébreu traduit par
jour signffie aussi journée^ période de ttmps^
manifestation phénoménique ou œuvre —
premier^ un. D*abord, le soleil n'étant pas
encore créé pour régler le jour et la nuit, il
n'y avait point alors de jour proprement dit.
En second lieu, en traduisant par premier^
on semble dire que ce fut là la première
création de Dieu, ce qui est faux, puis(|ue !a
création des anges, dont il n*est point ici
parlé, avait déjà eu lieu. Donc il faut tra-
duire un et non par premier. » (P. 63.)
Revenons au deuxième verset.
Tout autour était un abtme liquide... — h
ne puis décider ici lequel de M. Chaubard
ou de la Viilgate a le mieux entendu ou tra-
duit l'original. Toutefois je me basante à
demander autour de quoi était cette abtme
liquide? Autour de la terre? Mais il n'y avait
pas de terre, il n'y avait que* des tnoi^cMlei
élémentaires^ei encore des molécules élémen-
taires ténèbres f c'est-à-dire sans étre^ sans
Dte, des molécules élémentaires dépourvues
des propriétés qu'on leur connaît aujour-
d'hui, c est-à-dire sans aucune tendance a la
cohésion ou à la combinaison, puisaue la loi
d'attraction moléculaire ou d'aflinité chimi-
que n'existait pas. Qui peut dire ce que c'est
en impose point ici, on va lui donner la Ihéone
rclulivc :i la irausmission de la vie ou de la généra-
lioit, l'un dos plus grands mystères de lasciencepwn
fanc.i £l M. Chauliard, dans quelques Ugaes, nous
donne co qiril appelle la Ihêorie de la vie iWtc aussi
peu (IVndtarras (|iic s'il s'agîssuil de vous dire : U<Hi
ami. l)nvoz un verre d eau rralche.
fis
€HA
£T DE PALEONTOLOGIIL
CHA
iU
me des molécules dans des conditiens en
dehors de toutes nos expériences, comment
dies pourraient être entourées d'eau ? On peut
pourtant supposer que des molécules élémen-
taires seraient elles-mêmes un liquide, un
gaz, une vapeur, et on ne voit pas qu'elles
poissent étie autre chose avant la conésion.
Aijisi un liquide aurait entouré un liquide
ou quelque chose de plus fluide encore. On
peut demander pourquoi les eaux entourent
la terre ou les molécules élémentaires et
non celles-ci les eaux, ou pourquoi il n'y a
pas plutôt mélange ou encore diffusion de
tous ces éléments dans l'espace, car la loi
d*attraction n'existait pas, et par conséquent
û n*j avait pas pesanteur.
Mais que parlons-nous de liquide ^ d'eau,
qui entoure? Il n'y avait pas d'eau. L'eau
est un protoxyde d'hydrogène, c'est-à-dire
un composé d'oxygène et d'hydrogène en
proportions définies (de 2 d'hydrogène et
de 1 d'oxygène en volume, d'une partie
d'hydrogène et de huit parties d'oxysène en
poids). Or, puis(]ue les lois de cohésion et
d'aiBnité n'existaient pas, puisqu'elles n'ont
été créées qu'au troisième verset, ces deux
gaz n'étaient pas combinés, par conséquent il
n'y avait pas d'eau. M. Chaubard le recon-
nût : Toutes les eaux de notre monde, dit-il,
êu au moins tes éléments dont elles se compo^
seni Nul moyen d'hésiter, il n'y avait
pas d'eau, il ne pouvait y en avoir dans la
théorie de notre auteur; il n'y avait que
deux jgaz, l'hydrogène et l'oxygène, qui en-
icaraient un ie ne sais quoi qui n*a de nom
dans aucune langue, car nul ne peut dire ce
que c'est que des molécules ou des atomes
Je matière en dehors de toutes les condi-
tions connues.
£i Fessence de Dieu {ou Vimmensité de
T espace) se déployait aurdessus des eaux,,.
La Vulgate traduit : Spiritus Dei ferebatur
super aquas. Nous avons vu plus haut le
commentaire de M. Chaubard snt ces paro-
les. Par spiritus Dei on entend communé-
ment on vent violent, le nom de Dieu, après
certains substantifs, indiquant souvent un
superlatif dans le langage de l'Ecriture,
eomme montes Deij de hautes monta-
gnes, etc. Ce sens se présente naturelle-
ment et favorise l'opinion qui ne voit dans
le deuxième verset que la dernière grande
catastrophe qui a changé la face de notre
globe et a été suivie de la création des es-
pèces animales et végétales qui en sont
maintenant les habitants. Nous avons dit
comment les Egyptiens avaient traduit hié-
rogivpbiquemenl ce verset qui contient en
quelques mots la peinture de Fantique chaos,
restée plus ou moins défigurée dans la tra-
dition cies peuples d'Orient, particulièrement
chez les Egyptiens auxquels les philosophes
et les poètes de la Grèce l'ont empruntée.
M. Chaubard trouve bien autrement ins"
tructite cette dernière j^rtie du deuxième
verset. < Ces mots, dit-il, nous apprennent
ane le glot>e terrestre est suspendu dans
1 espace... Vérité à laquelle la science pro-
fane n*est arrivée que fort tard, s
Comment M. Chaubard traduirait-il donc
ce vers d'Ovide :
Née circumfuio pendebat in aère tettus,
Ponderibus Ubrata $ui$, {Metam,, 1. 1.)
Nous ne pousserons pas plus loin Texa-
men de cette interprétation des premiers
versets de la Genèse par M. Chaubard. Nous
soumettons respectueusement nos observa-
tions à des lecteurs plus versés que nous
dans cette matière, qu'ils décident. Nous
terminerons par une simple réflexion.
Ce ne doit être, selon nous\ qu'avec une
extrême réserve qu'il convient d interpréter
le sublime livre de la Genèse, jamais de ce
ton affirmatif et tranchant que l'on remarque
dans les livres de certains savants, d'ailleurs
bien intentionnés, de notre époque. II serait
sage surtout de ne pas se hâter de prêter à
Moïse nos opinions subtiles, nos idées théo-
riques modernes, dans la crainte que nos
explications ne soient démenties le lende-
main. L'histoire des vicissitudes de la
science, de la géolo^e en particulier, de ses
variations, de ses innombrables systèmes,
doit être pour le savant qui tente de nou*
velles théories, un avertissement d'être dis-
cret et réservé, de ne présenter ses idées
Su'avec une prudente circonspection, quand
s'agit de les appuyer sur le livre sacré.
Sans remonter jusqu'au moyen âse, nous
voyons, denuis ie milieu du xvu* siècle jus*
qu*à la fin du xvui*, la science marcher aussi
souvent en sens rétrograde qu'en sens pro-
fessif. On remarque des retours fréquents
des erreurs plusieurs fois combattues, et
l'abandon de certaines opinions aussi judi-
cieuses que saines pour des idées de la der-
nière absurdité. 11 n'estpas rare de voir les
argumentations les plus lutiles, les hypothè-
ses les plus chimériques, les systèmes les plus
extravaga' ts imaginés et soutenus par des
hommes d'un talent reconnu. Pour s en con-
vaincre, il n'y a qu*à lire les ouvrages du
Danois Stenon, des Italiens Scilla , Quirini,
Vallisneri,Horo, Generelli, etc.; des Anglais
Plot, Lister, Hooke, Ray, Woodward,,Bur-
net, Whiston, Hutchinson, Michell, Calcott,
Whitehurst , Hutton , Playfer , William
Smith, etc. ; des Allemands Lehman, Gesner,
Raspe, Fuch.<iell, Werner, Kirwan, etc. ; des
Français Buffon, Desmarest, Dolomieu,
MoDtlosier, etc. ; du Genevois Deluc, etc.
Je ne dis rien des questions débattues
par nos contemporains dans la premier!
moitié de ce siècle, lequel ne paraît pas de^
voir être moins fécond que les précédenti
en théories nouvelles, en controverses ac<
dentés; il semble qu'il n'en puisse être au<
trement toutes les fois quon abandonni
l'observation ou la partie positive de 11
science, pour se livrer aux généralisations
et aux recherches spéculatives.
L'esquisse des progrès de la géologie n'est
autre chose que l'histoire d'une lutte per*
péluelle et violente entre des opinions nou-
velles et des doctrines anciennes, qui, sanc-
tionnées par la foi implicite de plusieurs
générations, sont censées repoî^er sur Tau-
&15
CliA
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIK
CIIA
216
torilé des saintes Ecritures. Le système de
M. Chaubard est renouvelé des théories
physico-théologiqucs de Woodward, Whis-
lon et autres neptunisles, combattus avec
tant de force par d'autres savants, leurs
contemporains, et tournés en ridicule prin^
cipalement par les géologues d*Italie, tels
qne Vallisneri, qui fit remarquer, dans ses
commentaires sur la théorie voodwardienne,
combien les intérêts de la religion, aussi
bien que ceux de la saine philosophie,
avaient souffert du mélange continuel des
saintes Ecritures avec des questions relatif
yesà la phjrsique; Moro, qui eut en géologie
des idées si judicieuses pour son temps ; et
surtout le frère carme Generelli, cummeu-
(atour de Moro.
« Il est souverainement déraisonnable,
dit ce savant relideux, de mettre enjeu la
Divinité au gré de nos caprices et de lui
fUre faire des miracles pour le seul plaisir
de confirmer nos hypotnèses prématurées.
Très-savants académiciens, ajoute-t-il, j*ai
en horreur tous ces systèmes qui, bâtis en
t'air, ne peuvent se soutenir sans miracle. »
(De Cro9(acei e di altre produz. del mare^ etc.,
17^9.) Et il se flatte d'expliquer sans vio-
lence , sans fictions , sans nypotbèscs , sans
miracles (sinxa violenxe^ senxa finzioni. ienza
suppostif ienza miracoli [Id., ibid.]) com-
ment les animaux marins ont été transportés
par des causes naturelles dans les monta-
gnes.
Mais j'oublie que ce n'est pas ici le lieu
de faire Thistoire de la géologie et de ses
mille systèmes. Nos causeries sont intermi^
nables et il me semble entendre) le lecteur
fatigué nous répéter avec le berger de Vir-*
si le :
Clauditejnm rîoof, pueri^ sat prata biberuni.
Agréez, monsieur Tabbé, etc.
Leêtre quatrième.
Monsieur l'abbé.
Puisque vous avez cru devoir nous rap-
peler d'admirables textes grecs et latins,
causons un peu IMessus.
J*ai déjà (lit uq mot des traditions cosmo-^
f;oniques profanes dans une do mes dernières
ettres. On peut supposer qu'elles sont un
f^cho du deuxième verset de la Genèse, lequel
aurait retenti dans l'Orient, en Egypte, par
exemple, où il aurait été recueilli par les
poètes et par les philosophes, qui en ont
fait, les uns, du matérialisme, Leucippe,
Démocrite, Epicure, Lucrèce, etc.; les autres,
de la poésie, comme Apolloqius, Ovide,
Virgile, Tibulle, etc.
Les poètes romains que yous citez ont
emprunté leur description cosmogonique k
Apollonius de Rhodes , poète grec qui vivait
un siècle avant Jésus-Christ et auteur de
fArgonautique, L'élève de Callimaque in-
troduit Orphée, chantant pour distraire les
ti^ros fatigiiés du voyage.
« 11 chantait comment la Icr^'O, la mer, les
astres et les cieux étaient autrefois confoo*
dus ; comment cette masse énorme prit des
formes différentes : les astres occupèrent
d'abord les pôles et y restèrent attaches. On
vit commencer les révolutions de la lune et
les courses du soleil ; on vit les montagnes
s'élever, les fleuves couler à travers les cam-
pagnes, les nymphes naître au bord des
eaux et tous les reptiles sortir de la terre. •
Pour juger de ce que nous devons prendre
ou laisser dans les monuments profanes sur
la (question qui nous occupe, il nous faut un
critérium : ce critérium ^ pour vous et pour
moi, c'est la Bible, et dans le cas partiimlier
dont il s'agit en ce moment , c'est le deuiième
verset du premier chapitre de la Genèse. Pour
pouvoir discerner ce que nous devons adop-
ter ou rejeter dans la tradition païenne, nous
devons donc commencer par fixer le sens de
ce verset. Avez-vousautoritépour cela? Pour
moi, je me récuse, et au miheu de vingt in-
terprétations différentes, je puis bien avoir
une préférence, mais une certitude, je n'eq
ai aucune.
Dans ce verset, si j'en crois la Vulgale, je
trouve les mots terre, ténèbres^ eau, esprit
de Dieu, etc. Mais ces mots ont je ne sais
combien de sens divers, quelquefois les plus
étranges, les plus éloignés de ceux qu'ils
f)résentent d'abord h l'esprit. C'est, dit-on,
e chaos dans les éléments. Soit; mais c'est
bien aussi le chaos dans les mots, et je ne
suis pas plus habile à débrouiller l'un que
l'autre. Vous me parlez d'eau. Mais qu'est-ce
que cette eau; « une eau dont les cienx ont
été faits ainsi que tout notre monde sublu-
naire : Ex aquis enim his facti sunt tcdi :
tam enim eœh quam sublunaria facta sunt ex
eadem aquarujm çbysso^ (Script, sacr. Cttrs.
compl,, t. V, 1837.) D'après M. Chaubard, cette
eau n'est , à ce verset, avant le fiât /uj, que
les éléments de l'eau , c'est-à-dire de l'oxy-
gène et de l'hydrogène non combinés.
Vous me citez Thaïes, qui dit que Dieu a
tout formé d'eau, qu'il croyait coélernelle à
Dieu, et vous, vous dites seulement que la
terre a été faite dans l'eau... Que ne peut-on
pas supposer , et combien d'explications
n*a-l-on pas tentées? Tâchez donc de con-
cilier les commentateurs avec la Bible, les
commentateurs entre eux^ les cosmogonisles
Crolanes avec le tout. Et quand tous aurez
ien mêlé , bien broyé tout cela, nous ver-
rcr»s si c'est le neptunianisme qui en sort;
c'est-è-dire de l'eau pure et claire, et cou
point une eau trouble où l'on se perd, une
eau inconnue et où l'on ne comprend rien ,
comme celle de Thaïes , de laquelle Dica
aurait formé toute chose, avec laquelle il
aurait fiiit de For, du fer, du plomo , de l«
{lierre, du feu, la terre, la lune , le soleil el
es-étoiles.
Pour moi , s'il m'était permis d'avoir un
sentiment, j'inclinerais à penser que Yean
de ce verset est ce que tout le monde ap-
pelle de Teau , de I eau comme celle qrii
coule dans nos fleuves, comme celle qui
remplit le bassin de nos mers, naturellement
imoropre à^ former du cranit , quoi au'eu
in
CIIA
ET DE PALEONTOLOGIE.
eux
r.s
Aise M. Chaabard» comme h faire un £o!cil ;
que la terre qui v est mentionnée, est de la
terre comme celle que nous foutons aux
pieUs, TOUS et moi, et non point une je ne
sais quelle iDcompréhensible chose noj^ée
dans une autre je ne sais quoi non moins
insaisissable. Je prendrais tout simplement
ce verset pour le tableau, en quelques mots,
de la ruine d*un monde antérieur que Dieu
efface pour y substituer un nouvel ordre de
choses k la tète duquel il veut placer Thomme,
Thomme, cette créature nouvelle, objet de
ses prédilections, pour qui il veut accomplir,
dans ia suite des temps, des merveilles que
la langue des cieux peut seule redire.
Voyez, dans le savant Pétau, les opinions
des plus illustres Pères de l'Eglise des pre-
miers siècles, saint Grégoire de Nazianze,
saint Basile le Grand, saint Césaire, Ori-
gène, saint Jérôme, etc., etc. Ils connais^
saient aussi bien que nous les* traditions
des poètes et des philosophes grecs et ro-
mains, ils avaient étudié la Genèse avec une
profondeur de génie que nous n'oserions
nous flatter d'égaler, et pourtant la plupart
n*ont point vu, dans le deuxième verset du
Hvre saint, ce que M. Chaubard y a décou-
vert : ils n'y ont |>oint trouvé la création
première de notre planète. « L'unirers fut
€4'éé dès le commencement et avant tous les
temps , dit Bossuet , mais seulement orné
dans le temps. » (viir Elév. sur lee mystères.)
Je reviens aux textes çpie vous produisez
•n faveur de votre opinion.
Si j*avais nié l'eau et la terre du deuxième
verset de làGeniset c*est*à-dire si j'avais bien
torturé ces deux mots pour leur faire signi-
fier quelque chose qui ne serait ni de I eau
ni de ia terre, vous auriez beau jeu contre
moi arec toutes ces citations qui commen-
cent à Homère et Hésiode, lesquels sans
doute n^avaient point eux-mêmes inventé
cette cosmogonie. Mais c'est moi, qui, con-
trairement aux interprétations de M. Chau-
hard , Teux que l'eau de ce verset soit de
l*cau véritable et la terre de la vraie terre )
que notre planète ait été enveloppée par les
eaux qui Tout dévastée, et que de ses ruines
soit sorti un nouveau monde , enrichi de
nouveaux dons, peuplé de nouveaux habi*
tanta , conformément à l'interprétation lit-
térale du premier chapitre de la Genèse,
Ainsi tout 1 ordre de choses terrestres actuel
aurait eu pour point de départ un grand
cataclysme dont la tradition s'est conservée
dans la mémoire des peuples et qui a été
chantée par les poëtes, systématisée par les
premiers philosophes, lesauels poëtes et
philosophes en ont modifié le récit par une
»ole d'idées accessoires et en ont fait les
«ns de ia mythologie, les autres de l'athéis-
me , les autres du dualisme , regardant la
matière comme un principe incréé et co-
éternel à Dieu.
' L*opinion que j'eOIeure ici en passant à
propos du deuxième verset du premier cha- .
pitre de la trente, n*est qu'une hypothèse que
|e crois en valoir bien une autre, mais que
ie suis loin de présenter comme le dernier
mot, Texplication définitive de ce verset. 11
est vrai qu'Origène a dit : « Quel homme
sensé peut penser que le premier, le second
et le troisième jour furent sans soleil, «ans
lune et sans étoiles?... » (Periarch... lib. iv,
c. 16, t. I.) Et saint Jérôme : Stx millia nec^
dum nostrt orbis implentur annij et quantas
prius œternitateSf ^anta tempera , quantas
sœculorum angines fuisse arhitrandum "est t
Mais il n'y a que M. Chaubardqui ait le pri-
vilège dépenser et d'enseigner comme pensait
et enseignait Moïse.
Je termine par quelques observations sur
les textes d'Ovide et de Virgile.
Le chaos assurément n*a point de pins
grand peintre qu'Ovide. Sa féconde iniflgi-
nation était à 1 aise au milieu de cet anta-
gonisme de tous les éléments. C'est de bien
belle poésie latine, je l'admire avec vous,
mais est-ce de la science? Quand je compare
cotte magnifique description au calme ma-
jestueux des premiers versets de la Genèse ,
je me dis : Voici l'écolier avec ses phalanges
de mots retentissants, qui se joue dans une
sui'erbe amplification et qui exploite en vers
pompeux une riche matière, et voilft l'histo-
rien inspiré, court mais d'une incomparable
énergie, jetant, jusque dans les profondeurs
de son opulente brièveté , une oeauté sans
mesure, comme on voit quelquefois, en
voyageant dans les Andes intertropicales, la
nature jeter, au fond des abtmes eux*mèmes, .
une magnificence sans bornes; confident du
Très-Haut, il prête l'oreille à l'écho des
révélations divines et retrace avec solennité,
en expressions sublimes sans emphase »
simples avec grandeur, les opérations d'un
Dieu créateur, les œuvres de cette « sagesse
éternelle qui atteint d'une extrémité à l'autre
avec force et dispose toutes choses avec oou-
cour. » [Sagesse, viii, 1.)
Nous avons donné dans notre Nouveau
Traité des sciences géologiques^ pa^. 270, la
traduction suivante des vers d'Ovide :
n Cependant l'énergique effervescence de
tous les éléments antipathiques qui se com-
battent et qui se mêlent, diminue par Teffet
des combinaisons et d'un reiVoidissement
toujours progressif; la croûte solidifiée s'é-
paissit, se fixe peu k peu maleré des com-
motions fréquentes, des bouleversements
partiels et une foule de phénomènes chimi-
ques et météorologiques, Tatmosphère en-
vironnant le noyau condensé, d'abord d'une
immense étendue et composée d'une foule
de substances diverses k une excessive tem-
pérature, subit une longue suite de modifi-
cations, jusqu'k ce qu'enfin sa température
soit assez abaissée pour que la vapeur d'eau
fuisse passer k l'état liquide et se précipiter
la surface de la terre. Alors commence une
nouvelle et long^ue série de réactions chi-
miques : une immense oxvdation s'onèri
par le contact de l'eau avec les bases métal
loïdes des terres et des alcalis, en dégageant
une énorme quantité de chaleurqui volatilise
les eaux k mesure qu'elles arrivent. Maia
le refroidissement augmentant de plus en
plus, Veau se précipite on plus grande alcn-
«19
GHA
DIGTIONNAIHË DE COSMOGONIE
GHA
dance; le noyau solide est entouré d*un
yaste océan anide, qui, pénétrant dans Tin*
térieur du sphéroïde, y détermioe une oxy-
dation violente; la croûte supérieure est
soulevée, brisée de toutes parts , soumise à
des remaniements, et pour résultats de ces
grands mouvements mécaniques, la terre se
hérisse de montagnes autour desquelles rou-
lent les flots brûlants d'une mer agitée par
les marées, les courants, etc., et douée d*une
prodigieuse puissance d'érosion. Sous Fac-
tion prolongée de ces eaux si énergiquement
dissolvantes, les éléments des roches grani-
tiques sont désagrégés ; leurs détritus, long-
temps tenus en suspension mécanique dans
les eaux, se déposent peu à peu au fond des
mers, et se convertissent, sous Tinfluence
de la chaleur, en immense lits de gneiss, de
micaschistes , de roches amphiboliques , de
schistes argileux, etc. Les agents atmosphé-
riques secondent l'action des mers dans ce
travail de destruction, en attaquant avec une
yiolence désintégrante, oui ne se retrouve
filus dans aucun des météores actuels, toutes
es masses minérales qui s'élevaient au-des-
sus du niveau de ces mers primitives , au
fond desquelles sont balayés tous ces abon-
dants matériaux sous forme de vase, de sable
et de gravier. »
Ovide, il est vrai, décrit la formation des
corps célestes; tout cela n'est qu'un jeu pour
sa muse, et nous, nous ne décnvons ici
qu'une des phases de la formation de la
terre, la cristallisation du sranit; mais vous
devez être content, car dans la fabrication
des terrains cristallisés, l'eau est delà partie,
le feu et Teau sont aux prises comme dans
Ovide
Fri§idajpugnabant€iU%dis, humentia êiecis.
Le poëte nous donne , dites-vous, dans se3
vers, la tradition vulgaire, je le veux bien*
Vous qualifiez cela de iublimiié géologique^
soit, tf Ce sont les muses elles-mêmes don-
nant des leçons géogéniques, » soit I soit !
Mais entre nous, pourtant, et en dépit de
l'excellente opinion que vous en avez, je
soupçonne un peu ces bonnes filles d'en dire
ici un |>eu plus qu'elles n'en savent. Mais
soyons indulgents, on a fait plus mal en cos-
mogonie.
Vous me demandez quand se passaient
ces étonnantes choses. Il est vrai qu'Ovide
ne ledit pas. Vous voudriez bien que ce fût
au deuxième verset ; moi, j'inclinerais à pen-
ser que c'était dans Vin principio. Ne nous
querellons pas là-dessus aujourd'hui, nous
y reviendrons. Passons à Virgile.
Les vers de Téglogue de Virgile sont une
courte mais élégante description du système
matérialiste des atomes. 11 n'y a, dans ces
▼ers, comme dans ceux d'Ovide, rien, abso-
lument rien qui soit plus favorable aux
neptuniens qu'aux plutoniens. Qu'y voit-on
en effet? Les principes de toutes choses, les
atomes se réunissant dans le vide immense
Four former les quatre éléments , la terre ,
air, leau et le feu, avec sonépithèle liquidi
qui ne me paraît point du tout «ressembler
parfaitement h de la vapeur » (on voit que
vous êtes de l'école interprétativedeM.Chau-
bard). Vous demandez : « Ne serait-ce point
aussi le calorique? » Il est probable qu'il v
en avait un tant soit peu. Ces auatre élé-
ments donnent naissance à tous tes êtres :
His exordia primis ofnnta. Vous voyez le
globe encore tendre qui se condense ou s'ac*
croît, concreverit: le sol qui se durcit, du-
rare^ c'est-à-dire tout uniment que les atomes
se sont accrochés et qu'il en est résulté ce
Sue nous voyons , chose facile à dire, plus
ifficile à croire et à. prouver, en dehors d'uH
formateur et d'un ordonnateur suprême et
tout-puissant. Les verbes concreverit et du-
rarej dites-vous, « sont tout à fait neplu-
niens. » Que ce soient des atomes qui s ac-
crochent à la manière d'Epicure, ou qui se
combinent en vertu des lois de l'affinité et
de la cohésion, les verbes employés convien-
nent également, et aussi bien pour le phé-
nomène chimique, s'il se passe dans le feu,
que s'il a lieu dans l'eau, ce dont le poêle
ne dit pas un mot.
Vous regrettez gue VOpifex reritm d'Ovide
ne se trouve point dans Virgile. VOpifex
rerwm d'Ovide n'est nullement uu Dieu créa-
teur, mais simplement ordonnateur de la
matière. Tous les systèmes humains sur l'o-
rigine des choses, si multiples et si divers,
s'accordent sur un point, celui de Yéterniti
delamaiiire. Sans sortir des poésies d'Ovide,
vous vous rappelez cet admirable livre xv*
de ses M(^/amorpfto*w, qui renferme un cours
de géologie et où le poëte expose les doc-
trines d'un des plus grands philosophes de
l'antiquité, Pythagore, qui avait séjourfié
vingt ans en Egypte, qui avait visité TOrient
et fréquenté les philosophes de la Perse et
de l'Inde. Vous trouverez là ce vers :
Quattuor œlernu$ genitalia corpora mundu
Cotttinet,.,,
Il semble qu'il n'ait pas été donné à la pen-
sée 4iumaine , même dans ses plus aventu-
reuses conceptions de rencontrer i'idée de la
création. Platon, dont le çénie sublime a
touché pour ainsi dire aux limites de l'intel-
ligence humaine, n'a pu embrasser la créa-
tion, ni dans son essence ni dans ses résul-
tats : on peut facilement s'en convaincre en
portant son attention sur le Timée^ et sur le
traité des Lois. Dieu, selon lui, a imprimé i
la matière la forme, l'arraneement, la beauté;
mais enfin cette matière informe, avant quil
y mit la main, était toujours un je ne «ai«
quoi qui avait un fond d'existence.
Concluons.
Les anciens n'étaient pas forts en géolo-
gie, science toute moderne; nulle part ils ne
donnent la théorie de la formation des ter-
rains cristallisés ; la Bible n'en parie pas da-
vantage; la science actuelle ne j>eut expli-
quer cette cristallisation granitique dans
l'eau seule, et invoque l'antagonisme des
,deux grands agents de la nature, le feu et
Teau. Sur ce point particulier, voilà où en
sont les choses. D'où il résulte qu'affirmer la
formation du granit dans les eauxdudeuxiè^
CIIA
LT DE PALEONTOLOGIE,
CHA
222
f!ie verset de \» Genè$t^ c'e^^l adirmorgralui-
(eiiietU* e osi faire une !iv|K»llièî>e qui ne ro-
|io^o Mir aurun fiuKlfMuent.
D'un autre «ôié, nnus avon^ vu que la
théorie d'un noyau iluido d'environ 3,000
lieues do diani^lrV n'est fia:$rionllfiqu(Muent
adinissitdo. D'où il .^uit que, dans le syslèmo
de M. Cliauliard, on ne )»eut cspiiiiùcr au-
cun piiénoniène dVruption, ni volcans, ni
montagnes, ni roches d'éjia ncheuicnt quei-
coni|ues.
Enfin rinlerpreialion donnée par M. Chau-
hanl aux premiers versets de la Genèse nous
seuilde r.rliitraîre» invraisend)lalile, contra-
dictoire, el par consé(|uent sans autorité
pour appuyer son opinion.
D'où l'on peut «léjh conclure que cette
géologie c^uc vous appelez biblique n*est pas
|dus liîhlique qu*uno autre; aue ce n'est
Su'une hypothèse Irès-conteslahle et du côté
e la Genèse et du côté de la science, et qu'il
est par conséquent prématuré, sinon témé-
raire de prQcl(inier qu'elle pense et enseigne
comme pensait et enseignait Moïse.
Mais nous avons h présenter des cousidé-
rations /l'un nouvel ordre, et, selon nous,
d*une autorité encore plus décisive en cette
matière. Nous tâcherons de les faire valoir
avec loute l'impartialité dont nous sommes
ca|)able. Et cela nous sera bien facile,
n'ayant d'autre but dans ce débat que celui
de prévenir l'erreur et d'arriver du moins
au vraisemblable , si la découverte du vrai
et la certitude nous sont interdites dans ces
questions dilGciles,
Lettre cinquième,
De^s mediis Minper oiaxime obviis et
facUIioUs uUlur.
(W. Cabpihtiii.)
Monsieur l'abbé,
L'auteur que nous examinons à votre
prière et qui n'est pour nous qu'une occasion
d'étudier quelques-unes des grandes ques*
lions de la science- actuelle dans leurs rap-
ports avec nos livres saints, ne cesse d'affir-
mer que tf son travail ne ressemble en rien
à ce qui l'a précédé, qu'il est hors de toute
catégorie, qu'il n'est noint un système, qu'on
n'y trouvera point d hypothèse , pas même
une idée hasardée. « {Avant-Propos, p. xu.)
Nous savons déjà si ces prétentions sont
fondées, et s'il est vrai qu'il n'y ait dans la
théorie de M. Chaubard ni hypothèse^ ni même
\tne idée hasardée. Que lui sert-il d'en appeler
è l'histoire? Cette histoire, il faut 1 inter-
préter, car elle ne s'explique pas le moins du
monde sur les formations géologiques. Il
faut concilier ensemble les traditions, la
science et la logiciue, et c'est en cela que
eousiste loute la difliculté. U ne suffit pas de
rattacber arbitrairement telle fornlation géo-
(G2) « La plus grande profondeur moyenne qu'on
imisse attribuer aux mers est de 4,800 mètres, (i*où
il réftuilc que la m;issc lolale des eaux, qui couvre
une si grande partie du globe Urrestrc, ne va pas à
deux uiiltioiis de myriarocLres cubes : c*esl un ve-
lu jue infiniment petit relativement à celui de la icrie,
logique à tel cataclysme mentionné dans
i'hisloire; de dire, par exemple, avec notre
auteur : Au deuxième verset du chapitre !*•
de la Genèse y l'eau couvre toute la terre,
donc* c'est l'époque de la formation des ter-
rains cristallisés; environ 1,600 ans après,
le déluge mosaïque détruit le genre humain;
donc c'est la formatiom des terrains transi-
taires, secondaires, etc.; enQn 800 ans plus
tard, Josué arrête le soleil; donc la terre
cesse de tourner sur son axe; donc la mer
se précipite sur les continents, c'est le dé^
lu^o de Deucalion , ou la formation des ter-
rains de transport ancien, des blocs errati-
ques, sables d'Afrique, brèches osseuses, ca-
vernes à ossements, etc.
Ce rapprochement peut paraître spécieux
AU premier énoncé, mais on ne tarae pas à
s'apercevoir que ce n'est qu'une illusion
théorique et qu'il ne peut soutenir l'examen.
Les Livres saints ni les traditions ne s'ex-
pliquent en aucune sorte sur Ja formation des
terrains qu'on attribue aux catacl;^smes qu'ils
mentionnent; et les investigations de la
science ne paraissent nullement pouvoir se
concilier avec une pareille hypotnèse. C'est
là ce qui l'a fait abandonner depuis long«
temps.
En effet, scientifiquement parlant, com-
ment démontrer, par exemple, la possibilité
de la formation des terrains cristallisés dans
l'eau (62j ? On cite dans toutes les parties
du monde d'innpmbrables exemples de gra-
nit et autres roches éruptives, portant les
caractères les plus évidents de la fusion
ignée; c'est un fait aujourdhui vulgaire,
quelle qu'en soit d'ailleurs l'explication pre-
mière ; on n'en peut produire un seul qui
autorise à faire rapporter le granit et ses
variétés à une formation aqueuse. L'origine
ignée des roches granitiques est un point
qui parait aujourd'hui définitivement acquis
à la science, et pour être admis à le contes-
ter, il faudrait se présenter avec d'autres
preuves que de gratuites affirmations.
Mais il est temps d*aborder des difficultés
d'un autre ordre; nous voulons parler de la
formation des terrains stratifiés, attribuée
par M. Chaubard au déluge mosaïque.
Au sujet de cette seconde partie du sys-
tème de M. Chaubard, je dois vous faire re-
marquer, monsieur l'abbé, que vous auriei;
beaucoup fait en sa faveur et beaucoup con«
tribué aussi à montrer l'insuffisance que
vous reprochez aux Annotations géologiques
àlaGenèsey publiées par M. l'abbé Migne, si
au lieu de vous borner à formuler le voeu
de les voir réformer, vous nous en aviei
adressé une réfutation en règle. Cela voiu
eût été facile, puisque vous en aviez saisi les
défectuosités et que vous saviez ce qu'il fal«
lait mettre à la place, autrement vous n'au*
et qui ne permet guère de concevoir une fluidité
aqueuse de notre planète, du moins par les eaux ao-
luelies, qui n'oflrrnt pas la millionième partie de ce
qu'il faudrait pour dissoudre ui;e telle masse dans
les circonslances les plus favorables qu^on puisse
imaginer, i (Beudakt, membre de Tlnstilut, etc.)
K5
C1IA
DICTIONNAIRE DE COSMOGOME
CfL\
ÎU
riez i^as son^é & solliciter ces moJineations
et CCS changements.
Vous aTcz trouTé plus rommode de prier
les rédacteurs de la Voix de la Vi^t/^dçiaire
cette licsogae. Je ne sais ce qu'ils eu pensent, ^
mais, pour ma part, la tâche me parait assez*
diflicile, et je présume qu'il ne se trouvera
guère que vous en mesure de s'en tirer avec
quelque honneur.
Celait pour le système de M. Chaubard
une chose désagréable que la présence des
fossiles dans les terrains stratifiés. Sans cela»
il n'aurait {las manqué de rapporter la for-
mation de ceux-ci au deuxième verset de la
Genèse j ce qui eût été plus simple et aurait
coupé court à toutes sortes de diflicultés
qu'on s'avise de lui faire et qui ne laissent
pas que d*ètrc, ainsi que nous le verrons,
assez embarrassantes. Mais les fossiles étaient
M, élevant leurs millions de voix sur tous
)es points du globe et à tous les degrés de
la série des terrains. Que faire? Admettre
que )a terre avait été créée d'un seul jet avec
tous ces fallacieux débris d'êtres qui n'au-
raient jamais existé? C'était se mettre en
dehors de toute science, ruiner toute induc-
tion, toute logique; on eut peur du ridicule.
Prétendre que toute cette longue série de
couches s*é(ait formée dans Tintervaile qui
s'écoula de la création au déluge, on ne 1 o*
sait, parce que sans doute on ne ti^ouyait
pas cet intervalle de temps de longueur suf-
fisante pour pouvoir attribiier cette forma-
tion à des causes analogues à celles actuel-
lement agissantes, et que d'ailleurs on était
tout préoccupé de catacljr&m^s et d'invasions
de la mer, iaées théoriques mises à la mode
par Guvier. Recourir à un monde préadami-
que, on n'y songea pas , quoiqu'on trouvât
toutes les données de cette opinion dans
plusieurs Pères de TEdise. Restait encore le
système des jours^periodes; H. Chaubard
leur préféra le déluge.
Ce n'était pas au reste la première fois
qu'on avait recours à cette catastrophe pour
expliquer la présence des fossiles dans le
sein oe la terre et là formation des terrains
dans lesquels ils sont ensevelis. Lorsque la
science était encore à son berceau et qu'on
n'avait des formations secondaires qu'une
connaissance très-imparfaite, cette théorie
pouvait avoir quelque apparence de vrai-
semblance. Elle est aujourd'hui universelle-
ment abandonnée.
Mais la science, ou si vous voulez, les sa-
vants ont quelquefois leurs caprices, leurs
préjugés. Sont-ils fondés h rejeter le déMge
eomme cause pro<hKtrice de la série des
terrains sédimentaires? c'est ce qu'il nous
faut examiner attentivement.
' D*alM>rd il est essentiel de fixer nos idées
sur la nature de ce cataclysme, e(, par consé-
auent, d'interroger les seuls documents au-
lentiquos qui nous restent sur cette catas-
trophe.Ouvronsdoncla Bible. (Koir la (7 ene^e,,
chap. VI. VII, yin.)
Une question importante se pr(!scnte : le
d<^lugc a-l-il été universel?
Il est permis de soutenir la uon-univcrsa-
lilé. Vous connaissez. Monsieur, la l)i(sc
d'IsaacWossius,qui allait être condamnée à
Rome, lorsque le célèbre Père Habilloo rc-
{irésenta que les mots sur lesquels on se
bndait pour soutenir l'universalité dH dé-
luze étaient «mployés à chaque page de
l'Ecriture dans un sens très - restreint. H
semble en effet plus conforme aux idées que
nous nous formons de la sagesse divine
d'admettre que l'inondation diluvienne se
borna à la partie de la tene alors habitée,
et il n'est pas vraisemblable que la terre ait
été dès lors peuplée dans toute son étendue
On ne peut rien arguer dés quinze coudées
dont les plus hautes montagnes furent sur-
passées par l'élévation des eaux, car rien ne
prouve qu'il s'agisse là des plus hautes mon*
tagines du globe, duChamalari, par exemple,
3ui a neuf mille mètres, mais seulement
e celles de la contrée inondée, lesquelles
pouvaient n'être pas d'une grande hau-
teur.
Dans l'opinion de la non -universalité du
déluge, il est facile de résoudre une foule
de problèmes qui abetrement demeurent in-
solubles, à moins de recourir continuelle-
ment au miracle. Or, il y. a même dans les
faits, qui sont évidemment miraculeux, une
partie qui s'accomplit par l'action des lois
ordinaires et naturelles, et qui autorise ï ne
recourir au miracle qu'autant qu'il est ei-
pressémept mentionne. Ainsi, relativement
a la conservation des animaux , il est diffi-
cile, en admettant l'universalité du déluge,
de se rendre compte de la réunion dans
l'arche de six mille espèces d'oiseaux , de
près de deux mille espèces de mammifères,
de phis de trois cents espèces de serpents
( je néglige les autres ordres de reptiles), de
plus de trois cent mille espèces d'insectes
sans les arachnides. (La France seule pos-
sède plus de 15,000 espèces d'insectes con-
nues et classées, et plusieurs savants natu*
ralistes ont été amenés à conclure opi'il y a,
dans le monde entier, plus d'un demi-million
d'espèces.) I>oublez ce nombre pour les ani^
maux tmptcra, septuplez-le peur les animaux
purSf c'est au moins quatorze è quinze mille
espèces de mammifères et d'oiseaux seule-
ment, sans y comprendre un supplément
considérable d'individus destinés à servir de
pâture aux carnassiers. Calculez la place
qu'ils occupent, la quantité et la diversité
de nourriture qu'il leur faut pour une année
au moins, les soins à donner par sent per«
sonnes seulement. Songez aux diflicultés du
côté du ré^me ; il est des animaux qui ne
peuvent vivre que de verdure, qui se tien-
nent toujours sur les arbres et ne se nour-
rissent que de feuilles vertes, telle est, |)ar
exemple, hi famille des Tardigrades ou [»a-
resseux. D'autres ne vivent que de fourmis
et d'insectes, tels sont les fourmiliers, 1^
pangolins, lés monothrèraes, les marsu-
piaux, etc. D'autres, comme les colibris o?
les oiseaux-mouches, ne paraissent pouvoir
se nourrir que du suc des fleurs.
Les diflicuUés du côté du régime étaient
cxlrômcs. Elles ne rétaien* pas moins du
123
CUA
ET DE PALEONTOLOGIE.
C1L4
cAié de lliabkation. Ainsi, par exemple, le
reane, certains cars, etc., ne peuvent s*ac-
commoder que du froid des régions po-
laires ; d*aatres espèces ne peuvent vivre que
dans les r^ons chaudes. Si le déluge a été
universel, comment ]e3 paresseux, les four-
miliers, les armadilles; etc., qui ne se trou-
vent que dans l'Amérique méridionale, et
dont les mouvements sont si lents, ont-ils
pu passer après le déluge dans cette contrée?
Ce ne peut être par le détroit de Behring ; le
climat dans cette latitude est trop froid, et
d*ua autre c6té , l'océan Pacifique leur pré-
sentait une barrière infranchissable. Qui a
porté le serpent à sonnette, le gymnote élee^
irique^ etc., en Amérique, seul endroit du
globe où ils se trouvent? Qui a confiné à
une hauteur de plus de deux mille mètres,
dans les montages de Java , le midaus me-
licepêf petit animal de 40 centimètres de
long et d*ane extrême lenteur? etc., etc.
Je ne dis rien de ces innombrables lésons
d*îDsectes dont la conservation olfrait des
difGcultés incalculables à cause des substan-
ces si diverses dont ils se nourrissent ou sur
lesqucll^ ils se développent. U ne suffit pas
en effet de recourir à des collections d'œufs ;
ces œufs ne peuvent se développer que dans
des substances excessivement variées et dans
dos conditions qui ne font que multiplier les
diflicuités.
Nous n*avons parlé que des animaux ter-
restres. Les diflicuités sont décuplées, s'il
faut prendre à la lettre le cuncta in quibus
tsi spiraculum titœ; car il faudra sauver au
moins huit mille espèces de poissons : les
crustacés si nombreux, les deux embranche-
ments des zoophytes et des mollusques,
dont les esi^èces sont innombrables. Il fau-
dra tenir ce nombre prodigieux d'animaux,
les uiis dans l'eau douce, les autres dans
l'eau de mer, qu'il sera indispensable de re-
nouveler continuellement; il faudra les
nourrir de chair, de plantes marines, etc.
Je ne parle pas de l'ordre des cétacés, la-
mentios, baleine, cachalot, etc., et de l'em-
barras de pareils hôtes, dont les uns paissent
Kherfoe, dont les autres ne se nourrissent
que de petits mollusques ou de petits zoo-
phjtes qu'ils avalent par milliers (63). Ici
le cuMcta ne nous parait donc nullement dc-
Toir £tre pris dans son sens rigoureux et
absolu, et nous inclinons k penser qu'il en
est de même dans presque tous les autres
versets de la narration mosaïque.
Dira-t-on que les espèces n existaient pas,
au temps du déluge, en aussi grand nombre
qu'aujourd'hui. Le contraire est certain. 11
est prouTé que plusieurs espèces se sont
perdues, et assurément il est diflicile d'a<i-
mettre que la nature dans ces temps primi-
tifs était moins variée, moins riche et moins
féconde qu'elle ne l'est devenue depuis.
D'ailleurs, sur quoi se fonderait-on pour
(€3) !lo8S avons été trés-modëré dans notre ral-
cal dés espèces aninules; les plus savants natora-
listcs cstifluiit qa*al»traciion failedes aoimaox mi-
rr^seopiques, il o^exisle aajoord*hai pas moins d^in
a de^i niiUiotfS d'espèces à b surface du flobe
avancer une opinion aussi étrange? Où a-t-on
surpris la nature créant des espicesf Ce. t
aujourd'hui un point hors de toute contes-
tation que les eip^cet ont une existence réelle
dans la nature, et que chacune d'elles a été
douée, au moment de sa création , des attri
buts et de l'organisation qui la caractérisent
aujourd'hui. Nous avons démontré ailleurs
la permanence des espèces de la création
actuelle.
« Unité dans l'espèce, rariété dans les in-
dividus, telle est la base de toute la théorio
des classifications scientifiques. S'il n*existait
pour chaque être une forme propre, carac-
téristique et permanente, un type radical et
constitutif de l'espèce, et dont il est comme
individu la réalisation variée, il serait im-
possible d'établir aucune classification , de
coor onner un système^ la notion même de
la se t*nce serait détruite , et l'univers ce
nous présenterait de toutes parts que des
êtres isolés, entre lesquels l'esprit ne pour-
rait saisir aucun rapport de ressemblance,
aucun point fixe de comparaison et de rela-
tion , aucun caractère commun , durable et
constant; ce serait la négation de tout ordre»
de toute harmonie; ce serait, nous le répé-
tons, la destruction complète de toute scien-
ce , ce serait le chaos, a (Nouveau iraité des
sciencee géotogiques, chap. 12). Nous ren*
voyons à cet ouvrage pour les déveioppe-
ments de celte thèse qui est de la j>]us haute
importance, car l'opinion contraire conduit
tout droit au panthéisme matérialisme de
Lamarck, Schelling, Spik, Oken, etc. (M).
Quant aux végétaux, nous ne Toyons pas»
dans le texte, qu'il soit ffris aucune précau-
tion pour leur conservation. H est donc na-
turel d'admettre qu'ils se conservèrent sous
les eaux diluviennes, circonstance qui ne
permet pas d'attribuer aux eaux du déluge
cette puissance de destruction que certains
savants systématiques ont imatrinéc. Mais
nous pensons qu'il est encore plus raison-
nable d'inférer de leur conservation la non-
universalité du déluge.
Lettre êixiêmt^
Monsieur Tabbé,
Dans notre dernière lettre, nous arons
montré, quoique tnès^brièvement, que l'uni-
versalité du déluge soulevait une foule de
questions auxquelles on ne peut donner (fe
solution qu'en recourant au m*racle. Le mi-
racle admis, tout s'explique sans doute;
mais pour M. Chaubard qui veut qu'on re-
jette de la science, à prouos du déluge, cettb
qualificaiion fallacieuse de miracle que rien^
dit-il, ne justifie (p. 191), nous ne savons
comment cet auteur pourrait répondre d'une
manière sati^Iaisante aux observations que
nous avons présentées. 11 a trouTéplus com-
mode de ne pas aborder ces difficultés. Toute»
teirestre.
($4) Vo^ea aMsi les Imirodueîism a« deaiiéne et
aa troisiéiiie volaoBe du DieHwnmre de Zoùi^e^
faisant partie de VKnqfct^pééie tkéologique^ poUicc
par M. labbé Migiie.
â7
CHA
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
CHA
M
foîs nous sommes persuadés que plus on y
réfléchira, plus on les trouvera sérieuses.
Une autre question se présente : D'où sont
venus les eaux du déluge?
C*est une circonstance bien remarquable
que le mol de mer ne soit pas prononcé une
seule fois dans toute Thistoire du déluge.
Cependant si l'Océan tout entier s'est sou-
levé et précipité surles continents, il sem-
ble que ce fait était assez extraordinaire,
assez inouï, pour être mentionné avec pré-
cision au moins une fois; tandis que Faction
de la pluie, qui dans cette circonstance ne
serait qu'un phénomène bien secondaire,
pour ne pas dire insigniCant, est rappelé
jusqu'à six reprises différentes, La première
fois qu'il en est question, c'est au 17* verset
du chapitre vi. C'est Dieu qui parle àNoéet
qui lui annonce la nature du châtiment dont
îi va punir une génération criminelle. « Et
voilà, dit-il, que moi, j'amènerai sur la
terre les eaux du ciel. » £t au chapitre vu,
verset 4 : « Encore sept jours et après je fe-
rai pleuvoir sur la terre durant quarante
iours et quarante nuits. » ( Comparez avec
les versets 11, 12 et 17 du inème chapitre,
avec le 2* vers^et du chapitre vii, et enfin
avec les versets 12, 13, l£, 15 et 16 du cha-
pitre x.j
Relativement à ces cinq derniers versets ,
il est une remarque que nous ne devons pas
négliger : c*est que le signe de l'alliance que
Dieu Tait avec Noé et avec ses descendants
est un signe placé dans le ciel et dans les nuc^
ffw, comme devant rappeler à l'homme le
ieu d^où était descendu l'instrument du
châtiment terrible qui fut infligé à son es-
pèce, et faire ressouvenir Dieu de la pro-
messe qu'il avait faite à Noé de ne plus dé"
trnire tDute chair par un déluge. Il est évi-
dent que tout concourt à faire ressortir l'im-
portance du rAle que les eaux du ciel ont
rempli dans l'inonuation diluvienne , tandis
qu'il n'est rien dit du soulèvement des mers
ni de leur irruption sur les continents, ir-
ruption qui certaineinent aurait été signalée
si elle avait eu lieu. Je ne dis rien des rai-
sons physiques qui s'op[)Osent à cette hypo-
thèse. En effet, 1 Océan n'a pu quitter son lit
qu'en se soulevant contre les lois de la pe-
santeur, fait surnaturel qu'il ne faudrait
pas supposer sans nécessite et sans y être
autorisé par le texte sacré.
Le ir verset du chap, vu, considéré iso-
lément, présente d'abord quelque obscurité;
mais rapproché de son contexte, il s'éclair-
cit. Ainsi les mots fontes abyssi magnai et
eataractœ (65) cœli pourraient être les ex-
pressions symétriques d'une même pensée ,
conformément au génie de la construction
hébraïque qui en ofl're des exemples si
fréquents dans rEcriturc sainte. Quoi qu'il
en soit, il suliit de lire de suite le il' verset
(65) Le mot hébreu aruboih^ qu'on a traduit par
le inot grec cataracte^ est souvent employé (tans
rEcnuire pour marquer une tempêl(\ une pluie abon-
dante qui tombe du ciel. (Voy. tsaie^ xxiv, 18; Ma-
lac, 111. 1
(66}Vetei68rabbiDi,qaos maxime sequuiitur cliri-
de ce chapitre et le 12*, pour être convaincu
qu'il s'agit là principalement, comme dans
tout I^ reste du récit, de Tépanchement des
eaux du ciel.
a L'an 600 de la rie de Noé, au second
mois, le \T jour du mois, toutes les sources
du grand abtme furent rompues et les cata-
ractes du ciel ouvertes.
« Et la pluie tomba sur la terre durant
quarante jours et quarante nuits. »
Ce dernier verset n'est évidemment qu'une
conclusion, sinon du précédent tout entier,
au moins de sa dernière moitié. Au reste,
auel que soit le sens de fontes abyssi magnœ^
est clair qu'il ne renferme nullement la
principale idée, celle sur laquelle l'historien
insiste et appelle Tattention, et pourtant ce
serait le contraire qui devrait avoir lieu si
l'Océan {avait fait irruption sur les conti-
nents.
Si l'explication que nous venons de don-
nerne paraissait pas satisfaisante, il en est
une autre qui mérite d'être prise en consi-
dération. On sait que les Hébreux croyaient
que les fleuves et les fontaines avaient leur
source dans l'abîme ou dans la mer, qu'ils
en sortaient par des canaux invisibles et s'y
rendaient par les lits qu'ils se sont creusfe
à la surface de la terre. Pourquoi n'admet-
trait-on pas que Moïse s'est conformé à
cette opinion dans son récit, et qu'il indique
tout simplement ici pàv fontes tnagnœ abyssi
des crues extraordinaires des rivières et des
fleuves, dont les sources auraient jaiUi plus
abondamment par quelque cause naturelle
ou miraculeuse? Ainsi Moïse aurait dit
elliptiquement, les sources de l'abime furetU
rompuesj au lieu de dire les sources qui ont
leur origine dans Vabîme^ comme il dit les
pluies du ciel pour les pluies qui tombent du
ciel (66).
Au 2' verset du chap vni, les sources qui
jaillissaient de V abîme sont fermées^ ainsi aue
les cataractes du ciel^ c'est-à-dire que les
eaux sont absorbées, partie dans Tintérieur
de la terre, partie par ratmosphère, ou elles
remontent en va[)eurs. Cette évaporalion est
clairement indiquée par ces mots du texte :
c( Dieu envoya un souflle sur la terre, et les
eaux diminuèrent. » Nulle part il n'est djt
expressément que la mer rentre dans le lit
qu'elle aurait précédemmentaliandonné.
Les mots Omnes fontes abyssi magnœ rupli
sunt gui viennent de nous occuper, ont été
traduits ainsi par M. Chauhard .* Tous les
bassins de l'immensité des mers furent de-
truHs {ou disparurent],
Omnes fontes^ tous les bassins... La tra-
duction de fontes par bassi^ut nous parait eu
moins extrêmement hardie. Et puis, lou-^ l^f
bassins... Ce pluriel, dans celte signîficalion,
avecraddilion dnniot/ou^,noussemiileavoir
quelque ciiosc do peu naturel ; en préfére-
siiani Patres in romnicntandis liis Moysis vocibus:
Rupti hunl omnes foules abysù magnœ ^ taier.tiiiiB
nquArum ci'iipiîoncm suiiitonelMnl. (\V. CARi*c>rr£«i
Script, hlst, naiHi\, apuu. Micyn, Curs. compi.^ eic-r
I. lil )
CHà
£T DE PALEONTOLOGIE.
CUA
2S0
rtit le slngalier le bassin^ le lii de rabime ;
il n'esXy en effet, question qae d*un abimtf
qui n^occupe par conséquent qu un bassin^
eu romme on parle de l'un et de Tautre
d'une manière (générale, tous ne satisfait
pas la pensée dans Tinterprétation du fouies
donné par 11. Ch««ut)ard.
« Tons les bassins , » rupii suni^ dit là
Tul^te, fureni rompus. Comment le bassin
des mers peut-il être rompu/ Cette rupture
ferait supcKh^er oue la partie de lacroûte ter-
restre sur laquelle repose TOcéan, s'est brisée
s*est entr'oaTerte. M. Cbaubard traduit rn*
ptisuni par fureni déiruiis , disparurent;
traduction commode. Mais pourquoi ne tra-
duirail-il pas m soulevèrent: car c'est bien
là le sens du rupii suni dans la théorie de
If. Chaut)ard? £n effet» pour que l'Océan pût
se déverser sur les continents, il fallait qu'il
fût jeté hors de son lit par un immense sou-
lèTement, et c'est bien aussi ce qu'entend
M. Cbaubard, de même quil entend un af-
faissement du lit des mers par le clausi êunt.
Arec ce système d'interprétation on ne peut
jamais è re embarrassé.
Pour produire ces soulètentenis et ces af^
faissements successifs du bassin de l'Océan ,
M. Cbaubard tient en réserve un )>etit pro-
cédé qu'il convient d'examiner. Ce procédé,
il est vrai, n*est point mentionné dans le
récit mosaïque, mais, si notre auteur n'est
jamais arrêté par une difficulté du texte, il
ne l'est pas davantage par une difficulté
quelconque.
Vous savez que notre planète est douée
d'un mouvement de rotation sur elle-même,
qu'elle accomplit en 24 heures, parcourant
ainsi 6 lieues un quart par minute. Eh bien I
au temps du délujçe, ce mouvement diurne
fut suspendu; la terre s'arrêta tout à coup
sur son axe, et voici ce qui en résulta : L'eau
des mers, franchissant ses rivages, continua
à se mouvoir d'occident en orient, et TO-
céan se déversa ainsi tout entier sur les
continents. Cela n'est pas expressément con-
signé dans la Bible ; mais rien n'est plus fa-
cile que de Yy trouver à l'aide d'un petit dis-
cours que Toici :
c Les hommes sont ou savants ou igno-
rants.
« Or, la Bible étant écrite pour l'instruction
de tout le monde a dû éviter de traiter des
sujets hors de la portée des esprits peu ou
point cultivés, et de choquer par des idées
Traies les idées fausses généralement re-
çues. Ainsi, par exemple, elle ne peut dire
que la terre tourne autour du soleil, ou que
la terre à telle époque s'est arrêtée sur son
axe. Premier écueil qu'il fallait éviter. Hais
il eo est un second : il iallait ne pas égarer
ies savants en leur prêchant l'erreur, ik Bi-
ble a évité ce second écueil en disant tout
comme il laut pour que le vulgaire com-
f>reone et ne soit point choqué, et pour que
*boaime érudit qui se tient sur ses gardes
puisse découvrir la vérité en s'aidant è la
foi> du raisonnement et de la science. Cela
posé, la Bible n'a pu nous dire que la terre
s'est arrêtée sur son axe lors du déluge ; elle
s'est bornée à parler de la destruction du
bassin des mers et de leur irruption sur les
continents : voilà pour ies esprits du com-
mun des hommes; mais pour les gens habi*
les, pour les savants, elle ajoute que la mer,
ainsi répandue sur la surface de la terre, y a
séjourné cinq mois entiers avant de se ras-
sembler dans ses bassins. Voilà les savants
sur la voie ; ils réfléchiront et diront : Pour
que la mer, mise en mouvement, ne soit pas
rentrée dans ses bassins, après avoir fait, si
on veut, le tour du globe une ou deux fois
[rien que celai une petite promenade), il
faut que ses bassins n'existassent plus, sans
quoi ils se seraient remplis de nouveau
presque aussitôt après avoir été vidés (ce qui
n'aurait pas été votre affaire). Les anciens
bassins avaient donc «Jisparu. Mais comment
cela s'est-il fait ? Le savant se concentrera
ici en lui-même (concentrons-nous si nous
sommes savants), et, prenant une mappe-
monde, il verra que la surface du globe ter-
restre est tourmentée sur la zone torride,
aue les couches secondaires sont minces à
rapproche de l'équateur, ^les houilles plus
rares, etc. •
€ — Ahl s'écriera-t-îl alors, le mouve-
ment qui a transporté la mer sur les conli**
nents, était dingé d'Occident en Orient,
précisément dans le sens de la rotation
diurne de la terre sur son axe. La terre
arrêtée sur son axe I Quelle conséquence I
Ne nous hâtons pas trop cependant de con-
clure pour une impossibilité. Qui sait si ce
que notre ignorance actuelle regarde comme
une violation impossible des lois de la na-
ture, nest pas une conséquence toute sim-
ple de la cause ignorée de la rotation de la
terre? Ce aui est indubitable, c*est que
j'ignore absolument si c'est par un miracle
ou par une cause purement physique que la
terre tourne sur son axe. Par conséquent^
j'ignore aussi si c'est par un miracle ou par
une cause inconnue qu'elle s'est arrêtée
dans son mouvement diurne. Ce qui est in-p
dubi table encore, c'est oue la terre est apla-
tie aux pèles, renflée a l'équateur; ainsi,
par la cessation de son mouvement de rotib-
tion, elle se sera dilatée vers les pôles, cour
tractée sur réc|uateur; c'est ce qui aura
détruit les bassins de la mer. Enfin, lorsque
la terre aura repris son mouvement après
cinq mois de repos, elle se sera de nouveau
contractée aux pôles; dilatée sous l'équa-
teur, et les bassins de la mer ini auront été
rendus. »
Cest ainsi f conclut M. Cbaubard, que les
gens habiles qui se tiennent sur leurs gardes
et ne jugent au'apris un mûr ej-cmen^peutent
en s'aidant du raisonnement ^ du secours de Us
science et des seuls documents que la Bible
ait pu leur donner^ parvenir jusqu'à la vérités
(Pag. 173 et suiv.)
Nous ne sommes point du nombre des
gens habiles^ mais nous tâchons de nous tenir
sur nos gardes pour n*être point dupe des
petits discours de la nature de celui-ci, que
nous jugerons après un mûr examen» '
Kl
GlU
iMlre teptiime.
D1CTK>NNa1RE de COSIIOGONIE
COA
2»
Monsieur Tabbé,
Noas le répétons, nous no sommes point
du nombre des gens habiles qui se tiennent
sur leurs gardes, dont parle M. Chaubard.
Nous n*ayons point assez de perspicacité
pour découvrir dans le 11' verset du chapi-
tre VII de la Genèse toutes les choses mer^
vcilleuses qu'il j[ a trouvées. C'est, selon
nous, traiter la Bible et la science comme
Wal ter Scott, par exemple, a traité l'histoire.
C'est faire du roman géolo^co-bibliquo,
comme le célèbre écossais fait du roman
historique ; en un mot, c'est féver. Réfuter
tout cela, c'est combattre des ombres.
Notre géologue veut que la terre se ioit
arrêtée sur son axe pendant les cina mois du
déluge; c'est une aflirmation dénuée de
toute preuve : quod gratis afftrmtUuVj gratis
negatur, dit l'école. Cette hypothèse nous pa-
rait de la même force que celle de Whislon
qui attribue le déluse à la queue d'une
comète arrêtée dans I atmosphère de notre
globe.
Mais quand même nous admettrions ce
renversement des lois astronomiques et phy-
siques du monde, quand nous arrêterions
notre planète sur son axe, est-il sûr que
l'Océan se déverserait sur les continents I
Comment démontrer que la terre s'arrêtant,
la mer ne s'arrêterait pas de même? La mer
tie se meut dans l'espace que parce ({u'elle
fait partie de la terre; arrêter celle-ci, c'est
donc arrêter l'Océan. Les lois de l'hydrosta^
tique ne peuvent être invoquées ici, la gran-
deur du phénomène le plaçant en dehors de
nos expériences et des lois qui régissent les
liquides dans les conditions ordinaires. Un
liquide placé à la surface d'une roue qui
tournerait avec une rapidité égale à deux
fois la vitesse d'un boulet de canon, comme
est celle de la terre sous l'équateur, se main-
tiendrait-il à la surface de cette roue ? Ne
s'échapperait-il pas par la tangente ? Cepen-
dant les mers sont emportées par un pareil
mouvement sous l'équateur, sans que leur
pesanteur diffère d'une manière bien notable
de c^Ue des eaux qui avoisinent les pèles ,
où le mouvement est presque nul (67). Et ce
ne sont pas seulement les eaux des mers qui
sont ainsi emportées i^ar ce mouvement
diurne de plus de six lieues par minute ,
mais encore l'océan aérien, lequel est d'une
densité incomparablement moindre.
Environnés par mille causes qui modifient
les mouvements que nous imprimons, nous
nous habituons à regarder ces causes comme
inséparables du mouvement, et c'est pour
nos jugements une source d'erreurs.
M. Chaubard ne se contente |vis de sus<»
pendre le mouvement de rotation delà terre;
il veut encore que de là soit résultée la
destruction du bassin des mers, et voici
comment cela serait arrivé. Après s'être
(67) La force centrifuge, sous Téquateur, est à
peu près le 289* de la gravité au pôle. Si la rotation
terretlre devenait tou( à coup 17 fois plus rapide,
les corps iraient sans poids sous léquateur; par
arrêtée sur son axe de rotation, la terre, h
cause de sa liquidité intérieure, aurait repris
sa forme originelle (c'est-à^ire, régulière-'
ment sphérique] en se dilatant vers les pèles
et se contractant sur Téquateur. Par M, dit-
il, les inégalités du globe terrestre^ c'esM-
dire les proéminences alternant avec des en-
foncements qui n étaient que des effets résul-
tant de la forme perduti disparaissent: alors
lu mer n'a plus de bassin: elle se répand de
tous côtés sur les continents. fP. 198.)
Il n'y a pas seulement une énorme invrai->>
semblance contre une pareille théorie, mais
il y a toutes les objections que Ton peut
fiiire contre la fluidité intérieure du ([lobe et
dont nous avons déjà présenté les principa-
les que nous ne répéterons pas ici. {Voyez
Feu gbhtral.) M. ChaubardT joue avec le
globe comme il ferait avec une balle en
caoutchouc ; il l'étend, il l'étiré, il le com-
prime ou le resserre suivant les fantaisies
de son imagination. Ainsi en supposant ces
contractions et dilatations qu il prétend
s'être opérées dans notre planète par la ces-
sa tion ou la reprise du mouvement de rota-
tion, il ne prend |ias garde que la croûte
terrestre est solide et que le granit parait en
composer la base dans toute sa périphérie.
On peut bien admettre qu'k longine lors-
2ue tous les éléments qui le composent
taient à l'état liquide, le globe mis en mou^
yement sur son axe avec la rapidité que Ton
connaît^ se soit aplati aux pôles, renflé à
l'équateur. Mais lorsque la croûte a été soli«*
difiée, comme nous la voyons aujourd'hui,
rien ne prouve que notre planète pourrait
être ramenée à la forme d'une sphère régu*^
Hère par la suspension du mouvement
diurne. Tout porte à croire au contraire
qu'elle conserverait à peu près sa forme ac-
tuelle, ou qu'au moins la modification dont
on parle, ne pourrait s'opérer sans déchire'^
meuts dans 1 enveloppe solide et d'une si
mince épaisseur» suivant H. Chaubard^ et
sans ouvrit par conséquent des abîmes où
rOcéan irait se perdre, ou bien du fond des*
quels jailliraient d'effroyables masses delà
matière fluide intérieure.
En raisonnant toujours dans les idées
théoriques de notre auteur, c'est-^-dire en
admettant qu'au-dessous d'une mince enve-
loppe, notre planète n'est qu'une immense
masse fluide, ne serait-on pas en droit de
supposer encore que non->seulement l'Océan
de la surface, mais aussi celui de l'intérieur
du globe aurait dû continuer de se mouvoir
d'occident en orient au moment où la tem;
s'arrêta, qu'il en serait résulté des chocs
épouvantables contre la pellicule qui le re»
couvre, laquelle aurait été brisée de toutes
parts et entraînée dans cette immense masse
de fluide intérieur et extérieur, qui se se-
raient ainsi mêlés et confondus, et auraient
amené le chaos.
M. Chaubard reconnaît qu'une multitude
une vitesse plus grande encore, les corps s'y éc|iap-
Eeratent de la terre à la manière de Teau et du aa-*
le qui se sont altacbés à la roue d'une voiture e«
mouvement.
t-.3
CHA
ET D£ PALEONTOLOGIE.
CIL\
â«4
de crevasses^ par lesquelles Veau a pu péné-
trer à nmérieur y ont dâ se produire alors ^
et que par ces mêmes crev€Lsses est sortie aussi
la matière fluide du noyau de la terre. (P. 15!2.}
En cherchant , dit-iU à se représenter Vétat
du gjobe terrestre sous Vinfluence des eaux
du déluge universel^ on ne peut s*empécher
de remarquer quil n'a pour ainsi dire été
que le rétablissement momentané de Vétat
originel du globe^ que la terre s'est trou-
vée ensevelie^ comme au temps de la création
dans le même liquide qui la recouvrait alors.
(P. 153.)
Quoi qull en soit de toutes les supposi-
tions auxquelles on peut se livrer dans le
vaste champ des chimères» élançons-nous
avec Tocéan déchaîné sur les continents,
mais ne nous flattons pas de le suivre, fi Son
impulsion, en quittant ses bassins, a dû, dit
U. Chauhard, se trouver d'abord égale à
doux fois la vitesse d*un boulet de canon. »
(P. 190.) Ainsi, il aura fait le tour du globe
en vingt-q[uatre heures. Vous figurez-vous
celte formidable impétuosité des mers volant
à la surface du globe avec la rapidité de
plus de six lieues par minute ?£t Tarche,
monsieur Tabbé» ne tremblez-vous point
pour son sort au moment où elle sera ren-
contrée ffSLV cette épouvantable masse li-
quide qui passe avec la rapidité d'une flë-
cneTCn miracle, direz- vous, à ajouter à tant
d'autres. A la bonne heure I Mais M. Chau-
bard vous répond que la Bible gardant le
silence à ce sujets nous ne pouvons affirmer
ni que c^en sott un, fit que ce n'en soit pas
un. (P. 195.)
Mais cette course impétueuse doit avoir
un terme. M. Chaubard veut bien permet-
Ire à rOcéan défaire une ou deux fois le tour
du globe (P. 196), mais enfin, il faut (j[u'il
s'arrête; autrement, que voulez-vous laire
avec ce furieux qui court plus vite que le
vent? Or, M. Chaubard a beaucoup, a énor-
mément de besogne h faire faire à l'Océan.
S*il allait toujours ainsi bride abattue à tra-
vers champs, il ne pourrait jamais bAtir avec
son secours le petit édifice des terrains sédi-
mcntaires, transitaires, secondaires et ter-
tiaires, de six mille mètres de puissance
seulement.
Nous le montrerons à l'œuvre dans une
prochaine lettre.
Lettre huitième.
Monsieur l'abbé ,
M. Chaubard veut former, moyennant le
secours de l'Océan , la série des terrains sé-
dimentaires : il lui faut pour cela d'abord
des matériaux , et il lui en faut une masse
considérable, car ces terrains n'ont pas
moins de six mille mètres de puissance. Où
les prendra-t-il? Il n'a que du granit, il ne
(68) Nous ne parlons ici qne de la décomposition
du granit par les agents atmosphériqaes dans les
conditions ordinaires, les seuls oont parle M. Chaii*
bard lai-ménie, et non de la désagrégation produKe
en certains lieux par un dégagement de gaz acide
aarboniqoc, comme on le remarque dans quelques
s'est formé que cela lors du premier cata-
clysme. Pour se procurer ces matériaux in-
dispensables , M. Chaubard suppose que les
rocnes de la formation primitive se décom-
posent sous rinfluencedes agents atmosphé-
riques bien plus facilement que les roches
des strates. (Page 149.) Cette assertion est
tout à fait contraire à 1 expérience. La désa-
grégation des roches cranitiques ne se fait
qu'avec une extrême lenteur, en sorte que
poui' rérosion de certains blocs de granit
arrondis comme on en voit en différents
rieux, tous les géologues s'accordent à ad-
mettre un laps oe temps immense. On peut,
sur ce point, d'ailleurs, en appeler à l'ex-
périence vulgaire des habitants des pays
granitiques (08).
Cependant M Chaubard prétend que les
matières primitives étaient presque partout
à découvert avant le déluge. (P. 150.) Tant
pis alors pour son idée théorique. Pour ma
part, j'ai meilleure opinion du monde anté-
diluvien, et je ne puis croire qu'il ait été
inférieur, sous le rapport de sa constitution
géognosique, au monde actuel. Préoccupé
de cette prétendue facilité de décomposition
des granits, notre auteur s'écrie : « Quelle
prodigieuse quantité de débris une aussi
prompte dégradation n'a-t-elle pas .dû accu-
muler sur la surface du globe pendant la
longue suite de siècles qui s'est écoulée
entre la formation primitive et la formation
de transition? » (Ibid.) Cette longue série de
siècles se réduit après tout à seize cents ans
environ. L'obélisque granitique de Luqsor
est depuis bientôt trois mille ans exposé à
toute l'action des agents atmosphériques ; il
ne parait pas avoir fourni jusqu*ici un con-
tinrent bien considérable aux stratifications
qui s'étendent à son pied.
Soyons généreux ; accordons à M. Chau-
bard qu'H y avait bien avant le déluge tous
les détritus dont il a besoin pour former les
strates actuels. Voici donc 1 Océan qui s'é-
lance sur cette surface terrestre avec une
vitesse égale au double de celle d'un boulet
de canon (p. 199); que va-t-i4 se passer?
Tous les éléments dont nous venons de parler
auront été lavés ^ dit M. Chaubard, délayés
et emportés par la mer^ lorsque^ avec la violence
dont parle F histoire^ elle s'est précipitée sur
la terre pour la recouvrir. (P. 152. j
Il est sûr que ce serait une terrible chose
que la mer se ruant sur les continents avec
une impétuosité semblable à celle qu*on lui
accorde ici. Mais rassurons-nous, cette vi-
tesse incroyable est tout à fait chimérique.
Supposez que la terre vint à s'arrêter sur son
axe, et supposez aussi que l'Océan ne s'ar-
rêtât pas avec elle, double supposition par-
faitement gratuite , les eaux ne se précipite-
raient 'point sur la surface des continents
avec la rapidité du mouvement de la terre
Ce ne sont là que des exceptions et des cas parti*
cuHcrs.
DicTi0!f!f. VE Cosmogonie ht de Paléontologie.
8
iZ^
CHA
DfCTlONNAinE DE COSHOGOME
CHA
838
sur son aie» |»arce qu elles ne seraient nulle-
ment dans les conditions où se trouve notre
planète dans Tespacc. En effet, celle-ci tourne
dans le Tide eu elle n*éprouve aucune résis-
tance, et rOcéan aurait à vaincre la résis-
tance du frottement contre la surface inégale
du sol , celle des chaînes de collines et de
montagnes, peut -être celle de Tair (à moins
que Tatmosphère no «le soit mise à courir de
compagnie avec l'Océan, ce que M. Chau-
hard ne dit pas). Il y a lieu de croire que
l'Océan n*eût point fait une ou deux fois ,
comme le dit notre auteur, le tour du globe.
i'iT) toute hypothèse , on ne peut pas admettre
<ju il ait emporté avec lui les terrains, quels
qu'ils fussent, qui recouvraient les formations
granitiques , et ils devaient être considéra-
bles, puisque tous les strates actuels en se-
raient formés. Une aussi énorme masse d'eau
devait comprimer le sol, fécraser de son
poids, l'aplanir; mais Tentratner, l'emporter,
c'est contraire à ce que nous connnaissons des
effets des grandes masses d'eau. Ainsi nos
grèves, loin d'être sillonnées, creusées , dé-
vastées par les eaux de la mer, sont , au con-
traire, durcies et rendues si compactes, bien
qu'elles ne supportent souvent pas plus de
quarante pieds d'eau, qu'un cheval qui les
parcourt au galop, y marque à peine l'em-
preinte de ses pieds.
Mais M. Chaubard ne peut pas convenir
que les choses se soient passées de la sorte ;
car alors pas de couches superposées , pas
de stratiQcations, et toute la longue série de
tc^rains sédimentaires lui échappe. Accor-
'J( ns-lui donc que tout ce prodigieux amas
a éléments siliceux^ argileux ^ calcaires , de
carbone^'de cailloux de toute sorte^ les sables j
tes coquillages , les polypiers , les végétaux et
les cadavns noyés des hôtes de la terre sont
tenus en solution ou en suspension (p. 154)
dans les eaux de la mer qui recouvre les
continents. Supposons aussi que ce mouve-
ment violent de la mer se ralentit , et voyons
ce gui va se passer.
M. Ciiaubard s'occupe d'abord des terrains
de transition.
Que fon se représente^ dit-il, Fénorme
masse des eaux réunies de la mer et de V at-
mosphère répandues sur la surface entière du
globe ^ tenant en solution ou en suspension
tout ce prodigieux amas d'éléments dont nous
avons parlé plus haut. Aussitôt que le mou-
vement qui a transporlé cette immensité de
liquide sur la surface entière du globe aura
commencé à se ralentir, tous ces matériaux
de transport se seront déposés en suivant les
lois de la gravitation, (p. 154.) A la bonne
heure, mais alors nul moyen de se rendre
compte de ces alternats si nombreux que
Ion remarque dans le croupe de transition,
du redoublement si fréquent des termes du
dépôt dans lequel on compte , pour la seule
formation carbonifère, plus de quatre-vingts
(68*) n y a des couches qui ont des centaines de lieues
dVteaduc on tous sens et qui sont composas des me-
mes matériaux fossiles^ comment, après ['ciTroyable
|M>uIeversement qui a eu lieu, concevoir dans les
couches de houille (Belgique). Aussi M. Chau-
bard joue avec TOcéan comme il a fait avec
le globe, pour amener les mers sur les con-
tinents. Ce ne sont dans la masse aqueuse
que déplacements du liquide, balancement^:,
oscillations, ondulations, mouvements de
toutes sortes.
En effet , dit notre auteur, se déposait-il
encore du sable en un fteu, pendant quil
commençait dans le voisinage à se déposer dis
calcairCj une ondulation remplaçait te liquide
déposant le sable par du liauide déposant le
carbonate de chaux , puis te retour de Veau
rétablissant les choses au premier étage , le
sable se déposait au-dessus du calcaire et
ainsi de suite pour chaque ondulation^ ius-
qu'à ce que le sable ait été épuisé dans ce tieu.
Alors le calcaire s'est trouvé jouer le rôle
principal , et tout le reste s*est trouvé svUfor^
donné. Mais pendant qu*il se déposait , la
précipitation ayant lieu dans le voisinage
plus promptement 9 soit parce que Fabondance
du carbonate de chaux y était moindre , soit
pour toute autre cause ^ il commençait là à se
déposer de l'argile ^ et les ondulations de F eau
remplaçant alternativement celle qui déposait
le calcaire f par celle déposant Fargile et vice
versa , il se formait des alternats de calcaire
et d'argile. Enfin ^ le carbonate de chaux
s' étant presque entièrement déposé ^ Fargile a
dâ se déposer seule en alternant avec le reste
du carbonate de chaux que les ondulations de
Feau ramenaient sur les lieux. Pendant cette
opération , i7 a pu arriver que des molécules
aargile ou de carbonate de chaux se soient
accrochées à des molécules de sable et aient
produit des alternances dans le sable. Il est
aussi possible que des molécules de calcaire
aient accroché des molécules d'argile. (P. 157.)
Nous le demandons, est-il rien d'arbi-
traire comme tous ces déplacements des
eaux, ici tenant une certaine matière en
suspension, là, chargées d'une matière dif-
férente, plus loin formant un dépôt d'une
troisième nature, etc., etc.? Est-ce ainsi que
se comporterait une immense masse de li-
quide comme celle que l'on suppose ici , et
peut-on adrikettre un instant qu'il, se forme-
rait des strates réguliers, nombreux , suivant
un ordre jamais interverti , comme ceux que
les investigations de la science ont étudiés
sur tous les points du globe? Quoi ! au mi-
lieu de l'épouvantable chaos dans lequel
sont confondus tous les matériaux qui re-
couvraient les roches granitiques et qui ont
été emffortésavecune violence inimaginable,
ces matériaux vont se trier, se séparer, s'ar-
ranger de manière qu'il y aura ici du carl>o-
nate de chaux sur une vaste étendue , là de
Targile , plus loin du sable, ailleurs du sabio
et de l'argile, dans un autre endroit de far-
gile et du calcaire, etc., et toujours en n4pi>e
souvent immense (68*), et cela dans une
longue série d^alternats successifs? Est-ce
eaux la présence de ces matériaux de même Datnra
sur une étendue aussi considérable, et comment ex-
pliquer, par des ondulations, leur succession avec
des matières d'une nature différente, elles aussi cona :
Î57
CIIA
ET DE PALEONTOLOGIE.
CHA
Î5S
ainsi que nous voyons les choses se passer
dans les grandes inondations, qui peuvent
nous donner une idée de celle du déluge?
Toutes les matières arrachées par les eaux
ne sont-elles jpas mêlées, confondues, accu-
mulées, jamais disposées par couches? Tout
ne dénote-t-tl pas dans le dépôt non une
stratification régulière , mais un bouleverse-
ment, une conîusion^de tous les éléments
entraînés ?
N'est-il pàs évident d'ailleurs que tous ces
mouvements oscillatoires, s*ils avaient pu
former Quelque chose de semblable h une
couche, l'auraient entraînée et détruite un
instant après par une oscillation contraire?
ou plutôt chaque ondulation n'était-eUe pas
un obstacle à toute formation , puisque dans
son mouvement elle devait emporter les
matériaux, au lieu de leur permettre de se
déposer?
Mais ces eaux^auxquelles on suppose une
profondeur de sept ou huit mille mètres (p.
166) n'ont pu éprouver qu'à la surface les
oscillations, les mouvements ondulatoires
auxquels on a recours ici pour la formation
des terrains sédimentaires. Tout le monde
sait que l'agitation des eaux dans les plus
violentes tempêtes ne se communique pas
au-dessous d une profondeur de quelques
brasses. Est-ce dans cet étroit espace qu'il
faut placer l'immense quantité des maté-
riaux qui ont formé les strates? Évidem-
ment M. Cbaubard ne pourrait l'admettre.
Ils étaient donc répandus à tous les étages.
Mais alors tous ces balancements du liquide
dont vous avez besoin deviennent inutiles;
ils ne peuvent absolument rien produire de
ce que vous voulez leur faire opérer. Tout
re qu il est possible d'accorder ici, c'est que
les matériaux en suspension à tous les degrés
de profondeur se seront précipités au fond
du liquide dans la plus complète confusion,
Earce qu'ils se seront trouves dans une sem-
lable confusion mêlés à toute la masse
aqueuse. Loin d'avoir des précipités homo-
gènes comme le sont ceux que présentent
les bancs géologiques, vous ne pouvez ob-
tenir qu'un mélange, une accumulation con-
fuse ae toutes les. substances divisées par
Teau ; rien de semblable à des précipitations
successives et d'une seule matière tenue en
suspension dans l'eau pendant un certain
intervalle, comme on le remarque pour les
formations sédimentaires.
Tout atteste que les dépôts dont se com-
posent les couches se sont produits graduelle-
luent, avec calme et lenteur. On trouve, par
exemple, dans ces couches, une foule de
coquillages qui ont conservé leurs pointes
les plus fines, leurs arêtes les plus délicates.
Comment concilier cette conservation avec
Taclion si violente qu'on attribue aux flots
diluviens ?
En terminant cette lettre, je ne puis mieux
faire , monsieur l'abbé , que de vous rappeler
posées de subsuDces homogènes, qui viennent alter-
ner un grand nombre de fois avec les premières*?
Celle seule difitculé anéantit la théorie de M. de Chau-
bard.
deux objections emffruntées au savantautêur
des Annotations géologiques à ta Genèse f pu-
bliées par M. Migne.
« Il existe une foule de bancs redres^
ses qui furent préalablement horizontaux ,
comme le prouve le parallélisme de leurs
faces , et c'est de ces redressements que se
composent les montagnes, où se montrent à
nu les terrains primitifs. Or, si la stratifica-
tion de ces bancs est due au déluge, leur
redressement serait l'œuvre de révolutions
postérieures; et ces révolutiens seraient
énormes, nombreuses, et d'époques diifé-
rentes. Or, il n'y a de ces révolutions aucune
trace dans l'histoire post-diluvienne.
« Il existe souvent dans les vallées for-
mées par les bancs redressés, qui consti-
tuent les montagnes, des bancs horizontaux
qui contiennent des fossiles, et qui, étant
supérieurs aux premiers, sont d'une forma-
tion plus récente. Donc on ne peut attribuer
au déluge les deux systèmes à la fois ; ou
bien il faut admettre que pendant le jpeu de
mois que les eaux diluviennes couvrirent la
terre elles firent ce que ne fait pas la mer
elle-même depuis tant de siècles; c'est-à
dire qu'elles pénétrèrent dans les roches
dures, qu'elles les attaquèrent à plus de
1,000 pieds de profondeur, puis réduisirent
ces roches à l'état de limon, puis les laissè-
rent se précipiter ; que ces dépôts eurent le
temps de se durcir sous l'eau; puis que d'é-
normes explosions brisèrent ces couches et
les redressèrent, puis encore que d'autres
dépôts se formèrent à plusieurs reprises
dans les vallées formées par les redresse-
ments! Nous ne pensons pas qu'il faille
discuter sérieusement de telles conséquen-
ces (69). »
Vous avez sans doute, monsieur l'abbé,
des réponses péremptoires à toutes ces diffi-
cultés; ayez la bonté de les publier; vous
êtes sûr d'intéresser bien des lecteurs, entre
autres l'auteur précité des Annotations et
votre très-humble serviteur.
Lettre neuvième.
Monsieur l'abbé.
Si je ne m'abuse étrangement, si je sais
un peu où en est la science aujourdliui, si
j'ai compris sur quel terr^i^in se trouvent
transportés en ce moment les travaux apolo-
f;étiques et Texégèse biblique, je pense gue
es observations que je vous ai soumises
dans mes dernières lettres, sur la question
du déluge mosaïque, ne sont point sans va-
leur, et que les difficultés auxquelles est
sujette l'opinion de M. Chaubard ont qyelque
gravité, et doivent être résolues, si vous
fersistez à soutenir que sa géologie est
iblique^ c'est-à-dire pense et enseigne cotnme
pensait et enseignait Moïse. Cependant, quand
vous aurez annjlhUi mes précédentes lettres,
il vous restera encore une autre série d*ob«
(69) Annotationn géologi^uet & la Genèse^ dans le
Courê'eemplet d'Ecriture sainfe, publié par M. l'abbé
IliCMB, t. 111, coL iGOi. 1005.
239
CHA
DIGTiONMAiRE DE COSMOGONIE
CHA
m
jections auxquelles il vous faudra répondre,
et dont nous allons aborder quelques-unes
aujourd'hui. Armez-vous donc de patience,
Monsieur, et soyez un peu touché des em-
barras que j'éprouve, pour ma part, dans la
théorie diluvienne que nous examinons.
Nous avons dit que M. Chaubard s'occu-
pait d'abord de la formation des terrains de
transition qui se terminent en groupe carbo-
nifère inclusivement. Cette grande forma-
tion se serait opérée, selon lui, pendant les
cinq mois que l'Océan a séjourné sur les
continents, après la destruction de son bas-
sin. On s'imaginerait d'abord tout naturel-
lement que la série entière des terrains sédi-
mentaires, si elle avait pu se former par
l'action des eaux diluviennes, aurait dû
s'opérer pendant ces cent cinquante jours.
Il n'a pas convenu à notre auteur d'adO]»ter
cette idée.
Selon la Genèse^ Dieu envoya un souffle
sur la terre, et les eaux diminuèrent^ et les
sources de Vabime et les cataractes du ciel
furent fermées j et les pluies du ciel furent
arrêtées^ etc. M. Chaubard traduit hanliment
Clausi sunt fontes abyssi par ces mots :
IHmmense capacité du bassin des mers fut
rétablie. Lorsqu'après cinq mois de reposa
dtt-il (p. 200), la terre recommence à tourner
sur son axcy tout se rétablit comme aupara-
vant ^ c'est-à-dire que le globe reprend la
forme de sphéroïde aplati sur les pôleSy et que
hs proéminences^ alternant avec des enfonce-
ments dans lesquels la mer se retire de nou-
areati, reparaissent pour former des conti-
nents.
Vous êtes sans doute émerveillé de ce
5ans-facon théorique, qui arrête et fait tour-
ner si a point sur son axe notre docile pla-
nète, pour Ja plus grande commodité du sys-
tème de M. Chaubard. Nous avons déjà dit
ce qu'il fallait en penser; mais nous n'avons
pas tout dit. Ainsi , par exemple , nous au<^
rions pu prier M. Cnaubard de démontrer
que la forme sphéroïdale que prend le gloire,
en vertu de la force centrifuge, doit entraî-
ner la formation, à sa surface, de proémi-
nences alternant avec des enfoncements. En
effet, que le globe terrestre prenne une
forme régulièrement sphérique ou seule-
ment sphéroïdale, il nous semble que l'al-
ternance des enfoncements et des proémi-
nences ne peut pas plus être expliquée dans
un cas que dans Tautre. Puisque M. Chau-
bard suppose aux matières q^ui composent
notre planète une telle élasticité, qu'elles
s'arrangent en sphéroïde ou en sphère, sui-
vant que la terre tourne ou s'arrête sur son
axe, il n'y a pas plus de raison pour afl-
meitre des entoncements et des proéminen-
ces que dans le sphéroïde et dans la sphère.
I-a forme sphéroïdale est déterminée par la
force cenlrifuse, comme la sphère est déter-
minée par la force centripète, et la première
ne doit pas plus permettre l'existence de ces
proéminences et de ces enfoncements alter-
natifs dans une masse qui peut céder à loute
son influence que la seconde ne le permet
dans la sphère. Ainsi notre théoricien n'a
le
as de meilleures raisons pour faire rentrer
es mers dans leur bassin qu'il n'en a eu
pour les en faire sortir.
Accordons-lui cependant toutes ces im-
possibilités; et, puisque nous l'avons laissé
amener l'Océan sur les continents, permet-
tons-lui de l'en retirer.
Lorsque la mer, dit M. Chaubard, après
avoir déposé les terrains de transition, s'est
retirée dans ses bassins, elle n'était pas sans
doute épuisée : elle tenait encore en suspen-
sion des silicates d'alumine, de magnésie, du
fer, du carbonate de chaux. (P. 286.) Et en
quelle quantité? On en peut juger par la
puissance des terrains secondaires et tertiai-
res. Ainsi, cinq mois n'ont point suffi à
l'Océan pour déposer sur son tond les ma-
tières qu'il tenait en suspension dans ses
eaux ; cela paraît singulier. Pourquoi et
comment ces matières, qui sont, suivant
l'auteur (p. 288), les mêmes que celles oui
composent les terrains transitaires, ont-elles
échappé au dépôt de ces derniers terrains?...
Nous sommes trop curieux. £h bien! n'in-
sistons pas, et arrivons à cette nouvelle for-
mation.
Que Fon se représente, dit M. Chaubard
(p. 290), la mer se mettant en mouvement
et envahissant de nouveau les continents par
des marées de plus de 200 mètres d'élévation^
tenant en suspension tous les éléments miné-
ralogiques dont nous venons de parler^ voilu-
rant tous ces matériaux de transport ; on va
les voir se déposer absolument de la même
manière qu'ils se montrent dans les dépôts
secondaires.
Et M. Chaubard, s'emparant de ces eaux
et de ces marées de plus de 200 mètres
d'élévation, les fait manœuvrer à plaisirt les
fait aller et revenir, les mène, les ramèno,
les promène, leur fait exécuter mille ca|jri-
cieux mouvements, dont le résultat définitif»
suivant lui, est la formation des terrains
secondaires. Or, savez-vous comment sont
composés ces terrains? Des trois termes,
sable, calcaire, argile, reproduits périodi-
3uemenl plus de cinq fois, du propre aveu
e l'auteur (p. 224.) ; c'est-à-dire qu'il v a au
moins cinq dépôts successifs, formés cnacun
de trois couches distinctes : la première de
sable, la seconde de calcaire, la troisième
d'argile. Je n'ai point à examiner si cctto
division des terrains secondaires est exacte ;
mais, quant à leur formation par le procédé
employé par notre géologue, elle est de tout
point insoutenable, ainsi que nous l'avons
démontré pour les terrains de transition, et
une pareille théorie est directement opposée
au principe qui domine aujourd'hui toute la
science. Ce principe, qui ne doit plus être
ignoré de personne, c'est que les mêmes cau-
ses qui agissent encore à la surface du globe
ont produit tous les terrains sédiment air es.
Ce principe, unanimement admis aujour-
d'hui par les géologues de tous les pays^ a
tué sans retour la théorie des invasions de
la mer. Prenez -en votre parti, monsieur
l'abbé, et ne vous flattez point de la faire
revivre
241
CHA
ET DE PALBONTOLOGIE.
CHA
£»
il paràUy dit M. Chaiibard, que la forma-
tion de chaque dépôt secondaire et tertiaire
(et il y m a au moins cinq ou six^ comme
mous temons de le voir) a été précédée ttune
amtuiêiùn du globe^ dont fun des effets a dû
être de casser ta croûte solide de son enve-
hppe^ de la souleter^ et de vomir à sa surface
la WÊOiiêre fluide qui a formé le noyau des
moniaants^ telles que les Pyrénées^ les Apen-
nins^ les Alpes, etc. (P. 255.)
C^est commode de cesser la croûte du
gfobe aatant de fois qu'il est nécessaire de
se tirer des diffieultés dens lesquelles nous
jette à chaque pas un système erroné; mais,
quand on se met si à 1 aise arec les lois qui
régissent le monde, et qu*on manie à son
gré ^t rOcéan et le globe lui-même, il fiiu-
drait prendre garde, en voulant éviter un
emtMrras, de tomber dans un autre. La ma-
tière qui sortait par la croûte cassée du
«Jobe était fluide, et les matériaux qu'elle
soûlerait, c'est-à-dire les terrains de transi-
tion et les terrains secondaires et tertiaires
qui se formaient, devaient être eux-mêmes
dans un état de mollesse et de grande in-
consistance. Comment donc cette matière
fluide et ces terrains, qui ne devaient être
qu'un immense amas de vase, ont-ils pu
fn^rmer des montagnes où le granit a partout
éts arêtes tranchantes, et dont les flancs sont
composés de lits ou de bancs de pierre re-
dressés sous un si petit angle? Je parle
d embarras, je me trom|ie : il vlj a point
d'embarras pour M. Cbaubard. Ainsi il a
litmvé un moyen de remédier à Tincobé-
rence des matériaux des terrains sédimen-
laires soulevés au moment de leur formation.
Si Fan s'imaginait, dit -il, que les eaux
dans lesquelles se sont formés les terrains de
transition ne différaient en rien de Feau des
mers actuelles, on commettrait une erreur
trH-grave; car les eaux des mers actuelles
nom point la propriété de former des pierres
durée, telles que les roches de grès, de quartz,
de caicaire,ete., pendant que celles du déluge
mmitersel avaient incontestablement (incontes-
faiblement !) toutes les qualités requises pour
lee produire. (P. 152, 2H8, 301} £t d'où leur
était venue cette propriété? Ne vous rappe-
lez-vous pas que, lorsque la formation de
transition a commencé à se déposer, le
globe est entré en convulsion, que la croûte
s'est cassée, qu'il s'est fait une multitude de
crevasses? Eh bien ! il est sorti par là de la
silice, de la magnésie à l'état élémentaire,
des agents sulfureux, etc. [Ibid,), et voilà
fustement ce qui fait,., que nous avons des
pierres calcaires de toutes sortes, des grès,
da marlire, etc. On pourrait faire, il est vrai,
je ne sais combien a observations là-dessus.
Mais, franchement, est-ce la peine? De pa-
reilles inventions ^nt bien innocentes.
Enfin tous les géolo^es reconnaissent
dans les terrains de stratification des forma-
tions^ les unes marines, caractérisées par
«i<^ oébris organiques marins ; les autres
fluvîatdes ou terrestres, renfermant des dé-
l'iis or^ganiques se rap[)ortanl à ceux dos
<4ff.*rents animaux oui vivent dans nos ri-
vières et dans nos lacs. Partout on voit les
couches marines s'enchaîner aux fluviales et
réciproquement.. M'est-ce pas là un phéno-
mène qui exclut formellement l'idée des in-
vasions de la mer? Et ce qui prouve encore,
pour le dire en passant, que toutes les par-
ties qui composent les couches ont été ap-
portées pour ninsi dire grain à grain [lar une
cause lente, uniforme, tranquille, c'est
qu'on trouve des ossements de grands ani-
maux couverts de coquilles adhérentes et
qui s'y sont dévelop|»ées.
Encore quelques petites observations aux-
quelles je vous saurai bon gré de répondre.
1* Vous connaissez. Monsieur, la forma-
tion qu'on appelle nouveau gris rouge, et
vous savez qu'elle vient immédiatement
après la formation houillère; qu'elle est, par
conséquent, la première des terrains secon-
daires. Eh bien, l'on a trouvé dans plusieurs
carrières creusées dans ce grès (comté de
Dumfiries, en Ecosse), des empreintes de
pieds d'animaux si bien marquées qu'on dis-
tingue parfaitement l'empreinte même des
ongles. On ne les a pas seulement trouvées
dans une couche, mais dans plusieurs cou-
ches successives. Sur une seule table enle-
vée à cette localité, on voit vingt-qcitre
empreintes de pieds qui se suivent et for-
ment une trace régulière dans laquelle
l'empreinte de chaque pied se répète six fois.
Une autre de ces traces a de vingt à trente
pieds de longueur. Près de Hildburghausen«
en Saxe, on a trouvé, dans les mêmes cou-
ches de grès, les empreintes de pieds et de
pas de certains quadrupèdes. Dans la vième
formation, on a découvert en cinq endroits
diflerents (vallée de Connecticut, Etats-Unis)
des empreintes de plusieu^^s espèces d'oi-
seaux parfaitement distinctes. Ces emprein-
tes se succèdent régulièrement et consti-
tuent la trace d'un animal dans l'acte de
marcher ou de courir, les pieds droit et gau-
che se montrant toujours a leurs places res-
pectives. Elles sont souvent multipliées,
d'autres fois elles se croisent, ou il y a re-
tour sur elles-mêmes. — Expliquer la possi-
bilité de pareilles empreintes sous une mer
universeUe de sept à huit mille mètres de
pnifondeur.
2* Mo'ise fait une description topographi-
3 ne du paradis terrestre ; il en désigne les
euves; il en fait remarquer les mines d'or
et de pierres précieuses, et donnent les noms
des lieux que ces fleuves arrosent, noms qui
tirent leur étymologie des enfants de Noé.
— Expliquer comment se sont formés, sous
les eaux diluviennes, les terrains stratifiés
des pays mentionnés piar Moïse sans que ces
fleuves, antérieurs au déluge, aient été dé-
truits ou dérangés.
3* Les poissons deau douce, dit M. Chau-
bard (p. 30^], ont dû se trouver dans une
position fort étrange et fort critique! (Je lu
mètres de liquide sur le dos, et de l'eau li-
moneuse et salée encore !). Les rivages étaient
343
CHA
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
CHA
tM
bien di/ffrents^ bien plus éloignés (iï n'y en
avait point 1); la fluctuation^ ta tourmente;
bien plut grandes (assurémenll). Tout cela a
dà les dérouter^ les rendre le jouet des flots.
(Pauvres botes !} Il est donc fort peu probable
qu'il en ait échappé quelqu'un à la destruction.
— Nous dire comment il s'en trouve en-
core tant d'espèces dans nos eaux douces.
4** Il y a des végétaux à la surface des^
continents et des lies actuels. On en connaît
eu moins 50,000 espèces, et on présume
qu'il en existe au moins le double. — Expli-
quer comment se sont conservées les plan-
tes sur une pilanète où les terrains qui les
portaient ont été emportés depuis lem^plus
profonde base, délayés ^ tenus en suspension
ip. 160) dans un océan universel de sept à
huit mille mètres de profondeur, puis dé-
posés, banc par banc, dans une longue série
de couches qui ont ensemble plusieurs
lieues d'épaisseur moyenne.
5' Vu un pareil état de choses, c'est-à-
dire, vu l'état vaseux et limoneux d'un sol
récemment pétri et remanié à une profon-
deur de sept à huit mille mètres, et vu la
destruction de tonte plante et de tout animal
à la surface du globe, dire ce que sont de-
venus, en débarquant sur celle terre, Noé et
son immense cargaison.
6* Enfin, expliquer d'une manière édi-
fiante pour le lecteur, les paroles suivantes
de M. Chaubard parlant du déluge : Ecar-
tons^ rejetons donc enfin de la science cette
qualification fallacieuse de miracle^ que rien
ve justifie La science ne se fonde qve sur
des certitudes et repousse les croyances d'Ao-
bitude, oui, comme celle-^ij manquent desanc»
tion et ae fondement. (P. 194.) Sans avoir fait
un travail d'Hercule, comme vous le dites,
je crois oue j'ai franchi les colonnes du hé-
ros mythologique. Au moins , monsieur
Inbbé, j'attendrai que vous m'ayez démontré
le contraire pour continuer celte discussion
et aborder les arguments que me fournirait
la paléontologie,
Quant au troisième cataclysme, qui aurait
eu lieu lorsque Josué arrêta le soleil, il me
l>arait inutile de nous en occuper (70). En
effet, quel nue soit celui de nous deux qui
restera noyé dans le cataclysme mosaïque,
la cause est gagnée pour celui qui suma-
géra. Afin donc que le lecteur puisse déci-
der entre nous, ayez la bonté de nous envoyer
an peu moins de vers latins ou français, et
\m peu plus d'arguments géologiques en
faveur de votre thèse
Agréez, monsieur l'ahbé, l'hommage de
mes sentiments bien respectueux.
M. l'abbé B. persistant à soutenir que les
anciens philosophes avaient admis la créa-
tion exnihilo^ nous lui adressâmes la lettre
^uivante.
Monsieur l'abbé ,
Ma quatrième lettre , dites-vous , vous a
fait subir le mart^ire de Sisyphe^ et c'était fait
do vous y si , au milieu de vos tortures , les
païens fj^' étaient venus tout à coup à votre se-
cours. Eh bien I je vous en avertis , s'il ne
vous vient point d'ailleurs de secours plus
efficace, je crains fort que vous uo restiez
condamné à rouler éternellement votre ro-
cher. C'est qu'en effet • Monsieur, avec vos
pauvres païens, vous n'êtes j^as seulement on
dehors de la question, mais encore tout à
fait à c6té de la vérité.
Je pourrais me dispenser de rerenir avec
vous sur cette questiim de V éternité de la
matière , si inopportunément ramenée dans
TOtre lettre. En effet, que les philosoulios
païens aient admis ou non l'éternité de la
matière, je ne vois pas que votre rocher en
doive peser moins d'un seul atome. Mais
vous êtes bien aise de trouver l'occasion de
citer force latin, prose et vers, et de vous
envelopper des nuages d'une érudition indi-
geste pour échapper à l'évidence des raisons
au'on vous allègue. C'est ainsi qu'au désert
1 autruche aux abois croit se dérober à la
poursuite du chasseur en cachant sa tête
clans le sable. Mais prenez garde, la foudre
s'engendre dans les nuages, et, nouvel Ixion,
vous pourriez bien y être transpercé de ses
traits. De toutes les manières, votre position
devient critique.
Quoi qu'il en soit , je persiste à soutenir
que les philosophes païens , même les plus
notables, n'ont pas admis la création au sens
mosaïque , la création ex nihilo , et qu'ils
ont regardé la matière comme éternelle.
Vous qui avez appris tant de choses des mu-
ses et des philosophes de l'antiquité, ne
vous ont-ils jamais entretenu de ce qu'on
nomme Yhyloisme? Le dieu des philosophes
païens était créateWy coaune le potier est
créateur du vase qu'il façonne, comme l'hor-
loger est créateur du enronomètre dont il
fabrique et dispose les pièces : le premier a
son argile, le second son métaL Le dieu de
Platon a de même fabriqué, disposé , har-
monie le monde, mais il ne l'a pas créé de
rien, il 1'^ façonné avec une matière pré-
existante et éternelle.
Vous prétendez que je calomnie au moins
les plus notables de ces anciens penseurs, et
vous nommez Platon, Aristote, etc. Etendez
le bras. Monsieur, et saisissez dans votre bi-
bliothèque le premier livre qui se présen-
tera, il vous répondra comme moi. Lisez le
Timée de Platon ; lisez les Etudes sur la Théo^
dicée de Platon et d Aristote, par J. Simon ;
lisez les Etudes sur le Timée de Platon , par
H. Martin ; lisez Y Essai sur la Métaphysi-
que d' Aristote, par Ravaisson, etc., etc.
Si ces noms ne vous conviennent paSf in-
terrogez de savants ecclésiastiques , auteurs
d'ouvrages qui sont entre les mains de tout
le monde : professeurs de théologie, d'Ecri-
ture sainte, de philosophie, préilicateurs re-
nommés ; adressez-vous au premier venu.
Ecoutez M. l'abbé Glaire , qui vous a déjà
donné une leçon d'exégèse biblique : Le^^
Hébreux sont le seulp^ifU de C^tiçti^ié
(70) Ce préicndu iroisième cataclysme sera réfuté à Tarlidc Dcbuetne.
tV5
CHA
ET DE PALfiaMTOLOGIE.
CHA
VS
jmi aii cm à la création proprement dite.
Toutes les nations de la terre ont supposé
g»e le monde est éternel, que^Dieu est Véme
de funirersj que les âmes humaines en sont
une portion^ et par une conséquence inétita-
ble^ que le monde n*ii pas été tiré du néants
c'est-à-dire créé de rien. (Les livres saints
vengés^ 1. 1*', p. 13.) £t plus loin, parlant des
In liens, des Perses, des Phéniciens, des Ba-
iijloniens, des Egyptiens, il ajoute : Jamais
amtun de ces peuples ne s'est éfevé jusqu'à ri-
dée d'un Dieu créateur^ on fie la trouve nulle
part dans les mythes et les philosophêmes des
pnsples païens. {Ibid. p. 91.)
Ecoutez M. Bautain : Tout en regardant la
matière comme étemelle^ la plupart des philo-
sophes anciens , Platon entre autres , la
croyaient cependant subordonnée à Fesprit
intâligent qui détail la façonner, la mettre
en eturrcj et ils trouvaient même dans sa résis-
tance à la main du Créateur la cause première
du mal et du désordre qui se montre dans le
monde. (Psychologie expérimentale , t. 1",
p. 143.)
Econtez le savant auteur des Eludes cri-
tiques sur le rationalisme contemporain ,
M. 1 alitié de Valroger : Bien supérieur au
dieu d'Anaxaaore et au dieu de Platon^ le
Dieu de la Bible ne travaille pas sur une ma-
tiire étemelle , ^nécessaire , indépendante, qui
résiste à sa sagesse ; t7 ne demeure pas, comme
te dieu d'Aristote, renfermé en lui-même, in-
différent aux êtres éphémères qui passent et
se succèdent dans la série sans fin des généra-
tions. (Etudes critiques sur le rationalisme
contemporain, p. 231.)
Ecoatez un célèbre penseur italien, Tabbé
V. Gioberti ; entre vingt passages je ne cite
a 'je celui-ci : Un des plus anciens égarements
ae la philosophie, c'est, sans doute, d'avoir
abandonné le dogme de la création ; c'est là
te qui enleva au merveilleux génie d'Aristote
et ae Platon le bonheur de recueillir le vrai
tout entier; c'est là ce qui influa d'une ma-
nière si funeste sur toutes les parties de leur
doctrine, en leur faisant admettre l'absurde et
rétrograde hypothèse de Vétemité de la ma-
tière, (introduction à F étude de la philoso^
phie, i. II, p. 92.)
Voolez*TOiis entendre un orateur sacré,
pour qui ce n'a pas été peu de gloire d'avoir
été jugé digne de succéder aux Ravignan et
aux Laeonuire dans la chaire de Notre-Dame ;
vous avez nommé Texact et brillant abbé
Plantier : 5i divergents sur la Trinité, Platon
tt Jésus-Christ s'entendront-iU mieux sur la
rréaiionf Eh! peu davantage. Jésus-Christ
proclameune création rigoureuse^ c'est-à-dire
la fécondation du néant , et Platon suppose
V existence dCune matière étemelle. Dieu, dCa-
près lui, ne la nroduitpas, il la façonne: et
ainsi celui qu'it appelle le père de la nature
et rarckiteete suprême, n'est plus, selon le
mot de Bossuct, qu'un artisan vulgaire, pé-
irissasU, comme te potier, une argile dont il
nesS pas Fauteur, et montrant plus d^adresse
qu'il ne témoigne de puissance. (Troisième
ronférence : Le christianisme est-il le résul-
tat du progrès ? p. 69.)
Voulez-vous en celte matière Tautorité
du plus beau nom de la littérature moderne,
écoutez Chateaubriand : Platon prétendait
que la divinité avait arrangé le monde, mais
qu'elle n'avait pu le créer Aristote rai-
sonnait comme Platon sur Forigine de Funi-
vers.... Zenon êoutenail que le monée s'ar-
rangea par sa propre énergie.. ; que Dieu, la
matière, la fatalité, ne font qu'un.... Selon la
philosophie dCEpicure, Funivers existe de
toute éternité. Après F exposition de ces cos-
mogonies philosophiques, il serait inutile de
parler de celles des poètes.... Dans ces diver-
ses cosmogonies, on est placé entre des contes
d'enfants et des abstractions de philosophes ;
si Fon était obligé de choisir, mieux vaudrait
encore se décider pour les premiers. (Génie
du christianisme, liv. ni, chap. 1.)
Est-ce assez comme cela? Voulez- vous
que je remplisse vingt colonnes de citations
semblables? A quoi bon? Au lieu d'unir
votre voix à celle de cette noble phalange de
savants distingués, vous aimez mieux répé-
ter tout seul à l'écart : Platon, le divin Pla-
ton! on le juge mal, on le traduit mal, on le
comprend mal quand on dit quil n'admettait
pas la création. Dans votre enthousiasme ir«
réfléchi, peu s'en faut que vous ne disiez
avec M. Cousin : Platon est un Père de FE-
glise. (Fragments philosophiques , t. 1", p.
230.) Eh I monsieur l'abbé , prenez, donc
garne; c'est vous-même, vous tout seul qui
te comprenez mal. Personne ne dit qu'il
n'admettait pas la création, mais tout le
monde nie contre vous que ce fAt une créa-
tion ex nihilo. Le dieu de Platon arrangea
la matière ; avec la matière préexistante il
fabriqua l'univers, mais il ne créa pas la
matière : encore une fois , il la regardait
comme étemelle. Comprenez-vous enfin?
«Oui, Platon rayonne dans l'histoire,
comme un astre magnifique. C'est une âme
noblement sereine; et dans ces écrits, «on
respire un calme solennel, comme celui do
l'Océan qui re[K)se ; c'est un écrivain mer-
veilleux. Et lui qui proscrivait de sa répu-
blique tous les arts d imagination , leur fait
d'honorables excuses, en se parant, dans son
langage des plus éblouissantes fleurs que la
po&ie fasse éclore. C'est un philosophe éton-
nant, supérieur à Pythagore, émule au moins
du fameux fils de Sophronisque ; il plongea,
dans la conscience de l'homme et ressence
de Dieu, des regards tour à. tour profonds et
sublimes; et quand il enseignait au bord des
flots, le rocher sûr lequel il était assis n'était
pas seulement une chaire pittoresque d'où il
dominait la brillante mer d'Ionie , c'était un
piéJestal du haut duquel il commandait l'an-
tiquité profane. Mais s'il fut un génie, il
ne fut pas un prophète; dans aucun de ses
Dialogues ne se rencontrent les préludes des
révélations évan^éliques. Incarnation, Tri-
nité, création, soin de rattacher tous ces doç-
mes à la sanctificiition du monde, voilà Je
résumé de ce que Jésus-Christ doit être un
jour; voilà aussi tout autant de choses dont
le disciple de Socrate ne présente pas un ves-
tige ; et sj quatre siècles après sa mort il
S47
C1IA
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
CHA
248
avait pa revenir sur le cap autrefois déposi-
taire et témoin de ses leçons ; si, du haut du
8unium» son orabre avait pu contempler le
docteur ensanglanté du Calvaire, au heu de
fe saluer pour son commentateur, il se fAt
étonné d'y voir un contradicteur, ou, pour
le moins, un maître, et n*eût pas manqué
de lui dire à travers les espaces : « Non, 6 sage
des sages, je ne îns pas ton précurseur, et
tu n'es pas mon héritier ; tu t'inspires de toi*
mdmel» (M. l'abbé Plantier^ Conférence ci-
tée, p. 71 .)
Malgré votre prédilection pour les ïam-
bes et les heiamètres païens , dont vous
aimez tant à diaprer vos lettres , en guise
d'arguments géologiques, vous conviendrez,
j'espère, monsieur Tabbé, que les religieux
échos de nos chaires catholiques redisent de
bien nobles pensées exprimées dans un bien
harmonieux langage.
Agréez, monsieur l'abbé, etc.
M. l'abbé B. avait été scandalisé, en lisant
nos Lettres sur le déluge^ de ce que nous
n'avions pas admis la nécessité de son uni-
yersalité. Nous lui répondîmes par la lettre
luivantOr
Scriplane mot eatpu loqui de pane lanqaam
de KMo.
(Sw Aua., Epiêt, ad P(mtbmm,ui»)
Monsieur l'abbé.
Je suis voïtairien, parce que j'ai dit qu'on
pouvait admettre la non universalité du dé-
luge, au sujet de laquelle l'Eglise n'a jamais
rien déflni. Ainsi l'illustre Bénédictin, Mabil-
Ion, étmt voltairien. Le savant abbé Mau-
pied, l'auteur de l'article Déluge, dans YEn-
cydopédie catholique, est voltairien. M. l'ab-
bé Glaire , doyen et professeur d'Ecriture
sainte & la Faculté de théologie de Paris, est
voltairien. Voilà des voltairiensqui ont passé
jusqu'ici pour d'assez tons catholiques. Je
ne Yons cite ni Vossius, ni Deluc, m la plu-
part des critiques d'Allemagne et d'An-
fleterre, tels que Boue, Sedgwick, Cony-
eare, etc.
EcoHitez M. l'abbé Glaire. Après avoir rap-
porté les -raisons pour et contre l'universa-
lité du déluge, il conclut ainsi : Quant à
nous, nous le dirons franchement^ la diffi-^
culte nous semble augmenter à mesure eue
nous étudions davantage la question. A la vé-
rité, les expressions dont s*est servi Moïse
semblent indiquer un cataclysme absolument
universel. Cependant, comme d'un côté ces
mêmes expressions sont susceptibles d'éprou-
ver une certaine restriction dans leur sens ;
que de Vautre il y aurait, à las prendre dans
toute retendue de leur acception, des difficul-
tés oui paraissent insolubles, et qu'enfin le
but de la justice divine se trouve complètement
rempli par un déluge qui détruit toute la race
humaine et inonde la plus grande partie du
globe, il ne paraît pas entièrement démontré
que le récit de la Genèse doive, par la seule
force des paroles du texte sacré, s'entendre
nécessairement d'un cataclysme qui aurait
couvert de ses eaux absolument toute la sur-
face de la terre.
Et plus loin il ajoute -.Dans le cas où Von ne
trouverait aucun autre moyen de résoudre
certaines difficultés (car il ne faut pas se dis-
simuler qu il en existe de réelles, et que les
réponses qu'on y oppose ordinairement ne
sont nullement satisfaisantes): dans ce cas,
disons-nofês, on pourrait légitimement recou-
rir au sentin^nt contraire, ^i fournit des
solutions incontestables, mats inadmissibles
dans l'hypothèse' de Vuniversalité absolue du
déluge. (Les livres saints vengés , t. i*%
p. 275 et 280.)
Voilà ce qu'enseignent, dans leur chaire
des professeurs de théologie , et ce qu'ils
publient dans leurs livres. Cela dérange la
moralité d*un cataclysme universel sans res-
triction;... comme si cette moralité ne con-
sistait pas dans le châtiment infligé à tous
les hommes existant alors, et nullement
dans l'universalité du cataclysme, si elle ne
fut pas nécessaire, comme on peut le présur
mer. Au reste, tâchez de vous entendre
avec les docteurs de Sorbonue.
Non ttoitrum tater vos iantas eMnponere lites.
Tout le mal, tout le scandale vient sans
doute de ce que M. l'abbé Glaire n'a point
encorejfai/ la découverte de la géologie bibli-
que, qui pense et enseigne comme Motse.\o\\h
ce qu'on peut dire pour atténuer ses tort*
SI est certain que son livre est Tantipode de
celui de M. Cbaubard. Je vous engage beau-
coup à lui faire part de votre découverte,,
pour qu'il puisse refondre son ouvrage à la
prochaine édition; car, Je le répète, cet ou-
vrage s'écarte énormément^ de celui dont
vous avez embrassé les opinions. Quant à
moi, qui avais feit la susdite découverte, pro-
bablement avant vous, je .suis tout à £jit
inexcusable. Vous l'avez bieacompris. Aussi
voyant que \e catholicisme ne m*anatbéma-
tisait pas, vous m'avez fait lancer l'anathème
par un païen. Ce n'est pas heureusement
tout à fait la même chose pour moi ; pour
vous, c'est toujours une petite satisfaction.
Toutefois, je vais essayer de vous l'enlever,
comme tout le reste.
Après avoir cité les deux vers hyporboli-
Îues d'Ovide, vous dites triomphalement :
e crois qu'ici les muses en savent plus que
M. Jehan. J'appelle en cause nos quarante
mille lecteurs ; qu'ils prononcent: leur déci-
sion me trouvera soumis, incliné. C'est bien
du monde et bien de l'humilité 1
Vous m'avez mis en goût de citations de
vers latins; je cite donc encore, et je vous
dis sur le chalumeau du poète de Mantoue :
Nun^uam hodie efugies; veniam quoeuiique vocari».
Audiat hœc tautum vel qui venit..
Je prétends donc que les muses dont vous
citez le divin langage ne disent pas tout à
fait ce que vous leur faites dire. Vous se-
raient-elles devenues moins indulgentes el
vous auraient-elles ûté Tinteiligence de leur
raticinium? Ces démons sont capables de
toutes sortes de malice. En effet, de quel
s;a
CHA
ET DE PALEONTOLOGIE.
CHA
î:c
I
déluge parlent-elles, par la bouche d'un ae
leurs favoris? De celui de Deucalion, évi-,
demment. Or, le déluge de Deucalion^ dit
Aristotc (De weieor.^ fib. i, cap. i2), n'af-
fecia que la Grice^ telle partie^ enlre aulres^
au on appelait Hellade^ et fut occasionné par
Ut inondations considérables qui eurent lieu
durant un hiver pluvieux.
Les déluges de Deucalîon et d'OgygèSy dans
rUistoire grecque^ dit M. Chaubard, ne sont
qu*un seuf cataclysme 9 et l'un et Vautre ne
peuvent être qu'un déluge partiel différent de
celui de Noé. Il est impossible de se refuser à
admettre cette conclusion ^ dis qu'on examine
soigneusement les détails qui y sont relatifs.
Si on y a consu maladroitement des traits qui
se rapportent évidemment au déluge de Noé^
c'est tout à fait mal à propos ^ car tous les
autres détails annoncent un déluge partiel.
D^ailleurs le déluge de Noé est antérieur à ce-
lui de Deucalion de plus de huit cents ans.
(P. 430.)
Vous le voyez, Monsieur, vous jouez de
malheur. Après vous Être lîeurté à gauche
I outre la Sorbonne, vous allez vous heurter
à droite contre M. Chaubard lui-même. Re-
G' tteriez-vous le déluge de Deucalion , dont
. Chaubard a tant l>esoin pour la formation de
certains terrains que vousconnai5sez?Décidez-
vous pourtant Ou vous rapportez au déluge
mosaïque la description du déluge thessalien
»ar Ovide, et vous êtes en contradiction avec
e poète, avec M. Chaubard et avec Thistoire,
ou vous reconnaissez que ceite description
ne doit se rapporter qu au déluge partiel de
Deucalion, et vos deux vers, cilés en faveur
de l'universalité du déluge, feront sourire
ces profiines habitantes de la double colline:
car ces vers ne sont plus alors qu'une exa-
g ration poétiaue familière à tous les poêles
et plus particulièrement à Fauteur des Méta-
morphoses.
Vous avez de nombreuses objections con-
tre le déluge partiel. Pour échantillon^ vous
m'adressez celie*ci, comme une des plus for-
tes, probablement : « Comment s'est-il fait
ici et pas là? Miracle I » Il s'est fait ici et
pas M, comme celui de Deucalion, par exem-
ple, s'est fait en Thessalie et non en Beauce;
comme tant d'autres grandes inondations se
sontfaitesdansun pa^setpasdansun autre.Si
vous voulez quiil y ait là miràcle.je ne m'y oj)-
pose pas : n'étant point du tout de ces Messieurs
les érudits dont vous parlez et qui ne veulent
l>oint de miracles. M. Chaubard, lui, n'en
veut pas, à propos du déluge : Ecartons^
rejetons donc enfin de la science^ dit-il, cette
qualification fallacieuse de miracle que rien
ne justifie. La science repousse les croyances
d'habitude^ qui^ comme celle-ci^ manquent de
sanction et de fondement. (P. 191 .j
Perraettéz-moi une petite digression à
roccasion de ce singulier passage du livre
que vous défendez, vous avez découvert la
géologie biblique de M. Chaubard ; n'auriez-
vous point aussi par hasard fait la découverte
d'un autre ouvrage du même auteur, inti-
tulé : L'Univers expliqué par la révélation.
Cjglui-là est bien autrement curieux que le
premier. £b voici quelques propositions qui
sont pour moi, entre mille autres, de véri-
tables logogriphes dont je vous prie de me
donner le mot, si vous l'avez.
« Sous le point de vue de la mobilité pen-
dant l'action. Dieu a le mouvement inGni;
or, dans le cas du mouvement inGni, le
mobile étant )3artout en même temps, il
s'ensuit que Dieu agissant est par tous les
points de l'immensité de l'espace en même
temps. H suit encore de là que Jésus-Christ
étant Dieu et homme tout ensemble , son Au-
manité est partout en même temps avec sa
divinité y conséquence rigoureuse et incon-
testable, quelque mystérieux que puisse
être le fait. » (Page 48.)
Voilà pour la théologie. Voici pour la
science :
« La lune n'est point, comme on le dit,
une sorte oie miroir; sa lumière n'est point
une lumière empruntée au soleil. C'est, au
contraire, une lumière bleue et non un
rouge-orangé comme celle du soleil, une
lumière dénotant un foyer ou un astre élec-
tro-négatif. }f (Page 424.)
Je me hâte de redescendre dans notre
monde sublunaire, car je me perdrais im-
manquablement dans celui-là.
Vous ne trouvez pas de difficultés à la
réunion de tous les animaux dans l'arche.
Ni moi non plus. Dieu intervenant. Mais si
vous rejetez le miracle avec M. Chaubard ,
j'éprouve quelque embarras.
Quant aux poissons, ceux d'eau douce,
par exemple, tout en admettant ce que
savent si bien le plus petit pécheur^ le plus
simple agriculteur^ je n'en suis pas moins
un peu embarrassé. Car, veuillez bien le
remarquer. Monsieur, il s'agit ici d'un sol
emporté^ suivant M. Chaubard, rcmamV, dé'
layé dans une mer universelle et salée de
sept à huit mille mètres de profondeur,
puis déposé couche par couche dans une
épaisseur moyenne de sept à huit mille
mètres aussi. 11 y a peu de pêcheurs, peu
d'agriculteurs qui aient fait cette expérience
sur le frai des poissons d'eau douce. Voilà
pourquoi je conserve toujours quelque doute
sur leur conservation par le moyen que vous
indiquez.
Vous êtes, monsieur l'abbé, d'une mo-
destie qui vous honore infiniment; vous
estimez votre science géologique zéro tout
juste. Après cela, vraiment on n'a plus le
couragede combattre vos illusions théoriques
sur ceci ou sur cela. Mais alors il serait
bon d'associer la prudence à la modestie, et
de ne |:as vous hâter de proclamer Yinsuf-
fisance scientifique de tel ou tel ouvrago
a|JOlogétique, ou l'orthodoxie exclusivement
biblique de tel ou tel autre.
Croyez-moi, Monsieur, ne vous portez pas
défenseur si zélé, si exclusif, d'un livre ni
d'un homme, quel qu'il soit, surtout quand il
s'agit de problèmes si élevés, de queslior/s
9\ difficiles, se rattachant à nos livres saints
et à la révélation. Kn cette matière, tel
é.Hfice qui paratt solide, inébranlable au-
jourd'hui , s'écroulera demain. Dans cer-
tsi
CHâ
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
CIIA
limes réglonsde la scieoce, nous ne pouvons
obtenir auc du provisoire, aue du probable,
rien d*aDSo1u, rien de dénnitif. Marchons
donc pas à pas et tout doucement sur ce
terrain ; il y a des précipices autour de nous;
ne ]*oublions pas, et craignons d*y mettre lo
pied.
De toutcei^i , je conclus, monsieur Tabbé,
que vous n'avez point eu raison de crier :
Triomphe pour le système de M, Chaubard I
ni d'affirmer que je suis noyé^ bien noyé dans
mon partiel déluge, 'ie vous ai donné des
noms trop vénérables, des autorités trop
imposantes, pour que vous ne reveniez pas
u'i peu sur un arrêt porté sans doute ab irato.
Quant à vous personnellement, je vous con-
seille de vous réfugier promptement dans
l'arche; car le flot monte, monte, monte....
S'il allait être universel!....
Quoi qu'il arrive, vous me trouverez tou-
jours empressé à vous tendre lamain^ comme
vous vous empresseriez vous-même sans
doute de me jeter une planche^ si vous me
voyiez sur le point de faire naufrage.
C'est avec ces sentiments que j'ai l'honneur
d'être, monsieur l'abbé, votre bien resnec-
tueux et tout dévoué serviteur.
L.-F. JEHAN (de Saint-Clavien).
Appendice à Varticle Châcbârd. — M. Chau-
bprd a publié un livre intitulé : Y Univers
explique par la révélation; nous en avons
déjà parle dans une des lettres précéden-
tes. Nous croyons devoir y revenir ici ,
parce que ce livre, qui invoque la Bible à
chaque page, fait illusion aux personnes peu
versées dans les sciences, et qu'il n'en est
^oint de plus propre à les jeter dans les plus
élranges erreurs, ainsi qu'il est arrivé à
M. l'abbé B. et au R. P. Debreyne. M. Mau-
pied lui-même, a appuyé sur l'autorité de
M. Chaubard une théorie très-malheureuse,
réfutée par l'auteur de la critique du livre
de M. Debreyne. ( Koj^.Debretne.)
M. Chaubard ne pouvant se dissimuler les
élrangetés de toute nature que renferme son
livre, s'en explique ainsi dans son a vaut -
}*ropos :
« Pourquoi s'effrayer ainsi à la vue de ces
innocentes nouveautés théologiques? Est-ce
parce qu'elles sortent de la plume d'un laï-
que? Mais qu'est-ce qui empêche un laïque,
maître de tout son temps, d'étudier le dogme
catholique et de le connaître tout aussi bien
que tel membre du clergé d'aujourd'hui,
dont la majeure partie du temps, absorbé
par les fonctions du ministère, lui permet si
difficilement les profondes études? D'ail-
leurs il faut preiiore garde qu'il est aujour-
d hui dans son organisation politique un
vice énorme, qui ne permet pas au clergé
français de mettre en avant de telles nou-
veautés. Dans notre révolution, nous avons
détruit le tribunal devant lequel le clergé
du second ordre portait ses appels comme
d abus de la sentence injuste de l'évoque ;
et comme on ne l'a remplacé par rien d'équi-
valent, il en résulte que ce clergé du second
ordre se trouve placé sous 1 arbitraire le
{dus absolu des évêques, sans que ceux-ci
'aient ni cherché ni désiré. Aujourd'hui un
prêtre français ne peut dire ou penser autre
chose que ce que son éyêque veut qu'il dise
ou qu'il pense, sous peine de se voir inter-
dire le ministère, c'est-à-dire sous peine de
se voir réduire à la mendicité. On leur pres-
crit un traité de théologie bon ou mauvais,
car il }^ en a de tels , pour l'apprendre au
séminaire. On l'apprend tant bien que mal,
et l'on se donne bien de garde de s en écar-
ter en rien, même quand on juge que c'est
faux et mauvais. On dissimule : ne faut-il
BIS plier devant une nécessité inexorable 7
e la cette circonspection craintive, cet es-
prit de servilisme, cette timidité de pensée
qui caractérise les membres du clergé de
notre époque. Voilà pourquoi tout ce qui a
un aspect de nouveauté les offusque, et
pourquoi ils s'accoutument si diilicuement
a tout ce qui diffère ou s'écarte un peu de
ce qu'on leur fait apprendre au séminaire.
Il en est d'ailleurs a peu près de même du
haut clergé. Sorti de leurs rangs et façonné
par une longue habitude à cette circonspec-
tion craintive, il se trouve forcé d'y rester
lors même qu'il désirerait en sortir, par la
crainte devoir les autres évêques se séparer
de lui. En de pareilles circonstances, c'est
aux laïques que leur position rend indépen-
dants et qui jouissent de toute leur liberté
de pensée, à mettre en avant ces nouveautés
qu'un clergé ainsi organisé n'oserait jamais
prendre sous sa responsabilité. Au reste,
quand même il serait échappé à l'auteur de
V Univers expliqué par la révélation de dire
dans ces nouvelles théories quelque chose
d'inexact, d'hérétique même, ce qui est
bien difficile lorsqu'on n'admet les consé-
quences logiques qu'après une preuve cob-
iirmative, comme il l'a fait, cette erreur
serait sans gravité ; car, à proprement parler,
la partie morale de cette philosophie n'étant
autre chose qu'une œuvre de remplissage,
il serait fort aisé de la faire disparaître sans
porter la moindre atteinte à tout le reste;
et d'ailleurs, la chose étant ainsi, il est loi-
sible à tout le monde de se l'arranger à sa
guise. Que l'on prenne garde de s'y tromper,
cette partie morale quelque défectueuse,
quelque imparfaite qu'elle puisse paraître
aux yeux de la scoiastique, n'en restera
pas moins, parce que son importance pour
réfuter les panthéistes et pour résoudre
plusieurs questions difficiles de la théologie,
ne permettra jamais de la mettre de côte. »
Assurément ce n'est pas seulement la
partie morale du livre qui est défectueuse^
mais aussi, et surtout, la partie scientifique.
Les inconvenances de cet avant-propos peu-
vent donner une idée du ton affirmatif et
tranchant iqui règne dans ce livre, dont
nous allons citer quelques passages^ pour
l'édilication du lecteur.
« Le calorique rayonnant des physiciens
de nos jours n*est qu'une chimère, une hy-
pothèse séduisante. Dans la réalité c'est Cou ^
autre chose. Les corps de l'univers font tnlti
253
€HA
ET DE PALEONTOLOGIE.
CHA
tSi
f MX tfet échanges réciproque$ de leur force
erubéranie de différent nom; selon qiitl y a
de raramtaoe ou cfu désatantage à cet échange
pour Fun de ces corps ^ sa température aug-
mente ou diminue. Par exemple^ un corps
reçoit'-il plus de force positive qu'il n'envoie
de force négative ou Yice yersa, réchange se
fait à son avantage et il y a en lui accroisse^
ment de température. Ce corps^ au contraire^
reçoit'il moins de force positive quil n envoie
de force négative ou vice versa, l'échange a
lieu à son aésavantage et il y a en lui dimt-
nution de température,
« Pendant la nuit le soleil n'envoie de la
f-jrce positive qu'à l'espace qu'il éclaire au-
dessus de notre hémisphère. De son côté la
terre envoyant de la force né^^ative exubé-
rante à ce même espace dont elle ne reçoit
rien ou presque rien, l'échange se fait ainsi
h son désavantage. Par conséquent la tem-
pérature de sa surface doit se refroidir» et
ce refroidissement doit être d'autant plus
Scrand que le ciel se trouve olus serein. »
P. 171^
« La lumière dujour^ si improprement dite
lumière solaire^n'est autre chose que la vaste,
r immense réunion de cette prodiaieuse et tn-
finie quantité de petites et faibles étincelles
simultatiément et sans cesse produites à la
surface du (flobe terrestre , par ralliance de
la force positive émise par le soleil avec lu
force négative que la terre exhale continuel"
lemeni. Cette lumière est rouse-orangé lors-
<]ue le ciel étant serein les échanges se font
sans obstacle ; mais à mesure gue Tinterpo-
sitiou des vapeurs aqueuses diminue l'acti-
vité de ces échanges, elle tend à devenir
bleue de plus en plus. » fP. 183.^
« Nous pouvons partir de ridée étemelle
de la matière en Dieu^ et à Vaide de la révélor
tion^ lui voir franchir par la toute-puissance
de la parole aivine la liane de démarcation
gui sépare les choses intellectuelles des choses
corporelles. Supposez en effet une molécule
élémentaire de matière isolée : sa ténuité
est telle qu*au delà de cette ténuité il ne
saurait plus y avoir matière. Divisez-la
en detfi parts par la pensée, et vous n'avez
plus qu'une chose intellectuelle, l'idée de la
matière en Dieu avant sa réalisation. Réu-
nis5ez ensuite par la pensée les deux paris
séparées de cette molécule de matière élé^
mentaire, vous retrouvez la matière. On va
vous dire au'en ce peu de mots vous avez
deux fois iranchi un précipice sans fond ,
celui qui sépare le monde intellectuel du
monde matériel ; mais ce n'est là autre chose
que de Vargot philosophique ou plutôt psy-
ebologique. » (P. 213.)
« Hsfi^ tout le règne minéral ou inorganique^
Tienne peut se former ni se décomposer^ ni se
nfcttre en mouvement sans que Faction de la
parole divine n'intervienne^ ou sans Vinter^
rention de la lumière calorique qui est racdon
incessante de la puissance créatrice sur la
matière de Vunivers. » (P. 22b.
« Quand il se forrofi un corps nonTon»
les molécules rudimentaires étant les unes
du genre mâle, les autres du genre femelle,
il est aisé de prévoir la limite des propor-
tions dans lesquelles va s'opérer la nouvelle
combinaison, car chaque molécule ou atome
d'un genre doit nécessairement se grouper'
soit avec une seule, soit avec deux, soit
avec trois, quatre au cing molécules de
l'autre genre. £t l'on conçoit aussi qu'il ne
peut absolument se faire de combinaisons
intermédiaires. » (P. 246.)
« La métempsycose n*est autre chose que la
transmigration de ragent vital d'un corps
dans un autre. Or cette transmigration n'étant
évidemment autre chose que la lumière ccf/o-
rique abandonnant un corps pour en former
un autre 9 il en résulte évidemment que ce
dogme païen tant ridiculisé ^ tant conspué par
des esprits superficiels , est absolument iden"
tique avec la vérité déduite dans le corollaire
précédent. La métempsycose est donc une de
ces vérités de la philosophie du premier
monde qui a passé au travers du déluge uni-
versel , comme tant d'autres qui se retrou-
vent dans les mvthes des peuples d'origine
antique. » 'P. 1*5.)
« 1* La lumière sidérale est un effet de re-
change réciproque quia lieu entre les corps
célestes de leur force suprrflue ou dominante
de différent nom; 2* V alternative de lumière
et de ténèbres inconkplètesj qui règne sur cha-
que hémisphère du globe terrestre ^ provient de
ce que^ pendant le jour ^ l'hémisphère- qui se
trouve en face du soleil fait avec cet astre un
échange très-actif de cette force prépondérante
et exubérante^ tandis que^ pendant la nut7,
ce même hémisphère se trouve en face des as^
très situés dans la partie opposée du ciel , et
avec lesquels l'échange des forces de différent
nom se fait sans activité. On doit remarquer
à ce sujet que le phénomène du jour et de
la nuit est inexplicable dans l'hypothèse de
Newton qui suppose que la lumière qui
vient du loyer solaire. Car s'il en était ainsi,
la terre même pendant la nuit serait enve-
loppée par cette lumière et roulerait au mi-
lieu d'elle ; en sorte que l'obscurité serait
impossible. » (P. 163.)
« Au point où la science est aujourd'hui
parvenue, il est presque impossible de
douter que les deux forces de la lumière
calorique n'emportent chacune avec elle
des molécules élémentaires des corps dé-
composés par leur action divergente. Il
suit de là que la force positive provenant du
soleil nous apporte despiolécules éUctro^néga-
tires de matière élémentaire^ tandis que la
force négative provenant de la terre en em-
porte dfélectro-positives. Par conséquent il
doit y avoir dans rair.atmosph&iqutf avec
S6&
CHA
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
CUA
^
ces deux forces positive et négative échangées
entre le soleil et la terre , des molécules mâles
et femelles de la matière élémentaire de Tunt-
vers qui échappent à l'analyse chimique^ mais
dont il est fort diflkile de douter quand on
médite sur le fait suivant.
n Plusieurs physiciens, tels que Schrader,
Braconnot, letc. , ont semé des graines de
cresson dans diverses poudres comme celles
de fleurs de soufre, d'acide silicique (silice)
pure, d'oxyde plombique, de la cendrée de
idomb, etc., corps dont on connaît parfaite-
ment la composition. On arrosa ces semen-
ces avec de l'eau consciencieusement dis-
tillée et elles végétèrent assez bien. En
coupant la plante au fur et à mesure qu'elle
poussait, on parvint à s'en procurer une
nssez grande quantité que Ton fit sécher et
3ue l'on réduisit en cendres. Un seul gros
e ces graines donna plusieurs gros de cen-
dres. Ces cenJres analysées contenaient les
mêmes alcalis, terres, sels, qui se trouvent
dans la cendre des plantes qui ont végété en
pleine terre, et qui ont été arrosées par l'eau
de pluie ou de source ; c* est-à-dire , qu'elles
contenaient de l'alumine, des phosphate et
carbonate calciques , du carbonate de magné-
sie, du sulfate et du carbonate potassiques,
de l'oxyde ferrique. Or ces substances n'exis-
tant ni dans fa poudre servant de sol à la
Fiante, ni dans l'eau distillée qui a servi à
arroser, il faut nécessairement qu'elles
proviennent de l'air, et alors comment s'ex-
pliquer leur présence dans l'air, autrement
qu en admettant qu'elles y sont continuelle-
ment voilurées par l'échange des forces po-
sitive et négative qui se fait entre le soleil
et il» terre ?
« La poussière atmosphérique se fait re-
marquer non-seulement dans nos apparte-
ments où on la voit voltiyrcr lorsque le soleil
y pénètre, mais encore au milieu des mers,
ce qui force à penser qu'elle ne provient
point uniquement de la terre. Or rien ne
s'oppose à ce qu'on l'atlribue 5 l'alliance
des molécules que poussent devant elles les
forces négative et positive que le soleil et la
terre échangent continuellement. » (P. 105.)
s II faut désormais bannir de la catégorie
des vérités dues au grand Newton les propo-
sitions suivantes :
* 1" Que Fattraction ou force centripète
agissant en raison inverse du carré des distances
est une force simple^ et invariable,
« 2' Que le mouvement des planètes au pe-
rihélie est accéléré tandis quHt est retardé à
Vaphélie.
« 3* Que le soleil est un foyer de lumière et
de chaleur.
« 4* Que la lumière et la chaleur croissent
en raison inverse du carré de la distance
comme la force de gravitation,
«( Il est même assez surprenant que l'on ait
été jusqu'à présent sans soupçonner l'erreur
de ces deux dernières thèses, surtout quand
on remarque qu'elles conduisent à deux ab-
surdités pour ainsi dire palpables, savoir :
1* que sur l'hémisphère boréal (|ue nous Iki-
bitons, il doit faire plus chaud en hiver
qu*en été , vu que la terre alors se trouve
plus près du soleil de cent millions de lieues
au moins qu'en été. 2** Que dans le pôle aus-
tral, a devrait se fondre chaque été une plus
grande quantité de glace que dans le pôle
boréal. Pour faire passer dans la science les
subtilités au moyen desquelles les newto-
niens prétendent rendre compte de ces con-
tradictions , avec les faits avérés et connus
de tout le monde, il n'a pas moins fallu que
le prestige jeté sur cette matière par le génie
du célèbre géomètre anglais. » (P. bll.)
« C'est en pure perle que le célèbre La-
grange s'est mis en grands frais d'analyse
pour soumettre au calcul les conséquences
de la rotation de la lune sur elle-même, et
sans doute M. Biot n'y avait regardé qu'à
demi, quand il a qualifié de beaux théorèmes
les résultats .de cette chimérique analyse.
En vérité, si l'on ne savait avec quelle force
irrésistible la soif des louanges pousse les
savants de Paris , quelque recommandables
qu'ils soient, à pratiquer les uns envers les
autres, et surtout envers les académiciens, la
maxime des contrats do ut des , facio ut fa-
cias^ on serait parfois tenté de croire qu ils
ne parlent point au sérieux, et qu'ils se mo-
quent les uns des autres en portant jusqu'aux
nues le mauvais comme le bon. » ^P. (^19.)
Voyons à quoi à conduit le beau phéno-
mène des phases de la lune, contemplé et ob-
servé par tous les savants qu'a produits l'hu-
(nanité, depuis le commencement du monde
jusqu'à nous, et laissons parler ici l'Acadé-
mie elle-même par l'organe d'un de ses plus
habiles membres.
« Si la lune est un corps opaque, quel est
« le flambeau qui l'éclairé ? Pour le décou-
« vrir, observons la suite de ses phases.
4 Nous les voyons liées de la manière la plus
« frappante à des sespositions successives
« par rapport au soleil. Lorsque la lune est
« entièrement lumineuse et qu'elle passe à
a minuit au méridien, le soleil est sous l'ho-
<i rizon : la face qu'elle nous présente est
« donc éclairée par cet astre et aoil lèous ré
« fléchir sa lumière, purvu toutefois qu'elle
« soit assez éloignée de nous pour n'être pas
« enveloppée dans l'ombre de la terre. Au
« contraire, lorsque la lune et le soleil pa-
« raissent sous l'horizon en même temps, la
« face éclairée de la lune étant toujours tour-
d née vers cet astre, nous ne la voyons point
« ou nous ne l'apercevons qu'en partie, et
« celle qui est tournée vers nous est dans
« l'ombre. Généralement, lorsqu'une partie
n du disque de la lune nous paraît éclairée,
a cette partie est toujours opposée au soleil,
a et placée de manière à pouvoir nous réflé-
« chir sa lumière. Il faut donc conclure de
« ces rapports^ qu'en efifet la lumière que en
rf corps nous renvoie est celle qui lui vient
« du soleil. » (Biot, Astr,^ II, p. 352.)
u (> raisonnement qui, d'ailleurs, se rc-
157
COU
ET I.E PALEONTOLOGIE.
COM
S38
trouve partout, o*es( autre chose qu'un so-
Ehisme, car de ce que la face lumineuse de
I lune est toujours tournée du côté du so-
leil, il ne s'ensuit nullement que sa lumière
soit celle du soleil.
« Ainsi Tobservation cumulée de tous les
s-iTants, grands et petits, depuis le commen-
cement des siècles, ou au moins depuis la
v>rtie de l'arche après le déluge, nous a con-
duits à une erreur, et, ce qui est bien plus
fort, à une erreur qui tombe sous les sens. »
(P.tt26.)
CHALTC. Voy. Y introduction.
CHÉLONIENS. Yoy. REPraES.
CHÊNES, Chabmes, Noyers, Ormes, etc.,
première apparition. — Yoy. Falunien.
CHEVAL, première apparition. — Yoy. Sub-
APE?I^IX.
CLOISONS DANS LES COQUIIXES DES CÉPHA-
LOPODES. Yoy. CÉPHALOPODES.
COLUMELLE. Yoy. Gastéropodes.
COMÈTES. — Que pensent de ces as-
tres étranges les cosmogonisles modernes 7
M. Marcel de Serres veut que ces amas de
rafieurs se condensent, se solidifient et de-
viennent des planètes. Il parle de ce phéno-
mène de transformation comme d*une chose
îneimtestée, quoi:|u*il ue puisse en citer
niénie un seul exemple.
« Ces aslrcs, dil-il, pourvus le plus sou-
vent d'une atmosphère très-étendue, nom-
mée queu?, circulent autour du soleil sui-
vant des lois régulières , et se meuvent
comme les planètes, \ cela près que leurs
orbites sont û^s ellipses très-al longées. Ils
dérivent donc das orbes plus ou moins dé-
pendants de l'attraction des planètes, mais
presque entièrement déterminés par Tattrac-
riOQ prépondérante du soleil. Aux premières
époqnes (le leur formation, ces astéroïdes
lînis^ent peut-être par devenir dans le cours
des siècles ùes astres assez analogues aux
planètes, quant à leur constitution physi-
que. La condensation des vapeurs dont elles
biiii formées les y ramène, et cette conden-
sation leur fait perdre ces immenses pro-
l'tn^^ements de leurs atmosphères, ou leur
queue. Les comètes qui les ont perdues sont
\es plus anciennes et les plus avancées, puis-
qu'elles ne s*en montrent privées qu'après
un grand nombre de retours successifs.
« Parmi les comètes qui ont perdu leur
queue, on peut citer celle à courte période,
qui lait sa révolution dans Tespace de trois
ans et un tiers. Son orbite actuelle est si peu
ancienne, qu'elle ne parait pas remonter au
û^ïh de 17^.
« ProlMiblement, lorsque les molécules
gazeuses qui composent les astres nouveaux
seront complètement condensées, ces corps
rélestes disparaîtront tout à fait comme tant
d'autres, dont la petitesse du noyau est telle,
qu*i] n'est plus possible de les apercevoir
au milieu de l'immensité de l'espace.
<« Les comètes sont donc aux premières
époques de leur formation ; par cela mémo,
elles tendent constamment à se condenser,
à s'approcher de l'état solide; elles finissent
|7I) ùe la création dz la terre ^ p. 135.
même par être plus ou moins analogues aux
autres corps planétaires.
€ Dans l'état où certaines comètes se pré-
sentent à nous, les plus légers nuages, qui
flottent dans les couches supérieures de l'at-
mosphère, et qui, au coucher du soleil, sem-
blent comme inondés de lumière, sont des
corps denses et massifs comparativement à
la contexture déliée et lé^^ère de ces astres.
Mais, par suite de la C4)ndensation des va-
peurs qui les composent, les comètes unis-
sent par avoir vers leur centre un noyau
plus dense que celui qu'elles possèdent aux
premières époques de leur formation.
« L'état de condensation, vers lequel ten*»
dent toutes les comètes, rend leur retour
souvent impossible ou du moins bien diffi-
cile à fixer ; car si le rapprochement de la
matière qui les compose a lieu d'une ma-
nière rapide, elles perdent la plus grande
partie de leurs atmosphères et sont réduites
a de très-petites masses. Elles deviennent
alors à peu près invisibles avec les meilleurs
instruments. On ne les retrouve plus dans
l'immensité du ciel.
t Ces astres portent en eux-mêmes les
preuves de leur peu d'ancienneté. Ils sont
distincts des planètes, en ce qu'ils décrivent
6qs orbites très-allongées et dans tous les
sens indifféremment. On ne saurait les con-
fondre avec les aérolithes, puisqu'ils srn<l
assujettis à des lois plus régulières qui per-
mettent de déterminer leurs mouvements.
^ « En second lieu, leur peu de densité est
manifesté y^v leur apparence vaporeuse et
la transparence de quelques-uns à la lumière
des étoiles, qu'ils laissent passer sans lui
faire éprouver la moindre déviation ni la
plus légère altération.
« La différence des comètes aux autres
astres est aussi sensible sous le rapport de
leurs autres propriétés physiques. Ainsi, la
nébulosité et la oueue qui les accompagnent
témoignent de l'immense atmosphère qui
les enveloppe. Cette atmosphère se condense
à chaque révolution de l'astre, vers le péri-
hélie, et d'une révolution à l'autre, en vertu
du refroidissement.
« Les comètes ne diffèrent pas moins entre
elles que des autres astres, soit stellaires,
soit planétaires ; ce qui fournit une preuve
assez positive de l'état éminemment transi-
toire où elles se trouvent actuellement, et
qu'elles ne sont point parvenues à un état
vraiment définitif.
« Les unes ne sont qu'une nébulosité lé-
gèrement condensée vers le centre: les au-
tres paraissent avoir un noyau solide. Ces
noyaux varient d'ailleurs dans le degré de
leur transparence, de leur éclat et de leur
opacité. Les différences relatives à leur
queue, à sa forme, à sa direction, à sa lon-
gueur et à son édat, ne sont pas moins re-
marquables (71). 9
Il dit encore plus loin : « Les états divers
dans lesquels ces astres se pré.^entent b
, nous, les phases, les modifi^a'4cn?5 qu'ils fv-
bissent dans leurs cour^, aRnoucent qu'ils
«59
€0M
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
COM
t60
loni aax premières périodes de leur forma-
ikiiti ; dès lors il est rationnel de les consi-
dérer comme des astres nouveaux qui»
comme les autres corps célestes, tendent à
prendre un état fixe et stable, pareil à celui
qu'ont acquis les planètes du système so-
laire. En effet, les comètes passeront peut-
être un jour à l'état de planète, en ce qui
concerne Texcentricité et Tinclinaison de
leur orbite
a D'un autre côté, on ne doit pas perdre
de vue que les comètes, ainsi que la pré-
sumé Laplace, paraissent d'origine étran-
gère au monde que nous habitons. Aussi les
comètes y sont entraînées à peu près par
hasard, cédant à l'action prépondérante du
soleil, dont elles s'étaient trop appro-
chées (72). »
Dans sa construction de notre monde pla-
nélo-solaire, Laplace, embarrassé des co-
mètes nombreuses qui s'y meuvent dans
toutes les directions, les supposa une im-
Sortation élrantrère; c'était plus commode,
r. Marcel de Serres prétend qu'elles sont
entraînées chez nous à peu près par hasard..,
M. Marcel de Serres sait cela, et il le dit pour
donner du relief à l'harmonie du monde.
A l'article Nébdleoses, nous verrons que
M. Godefroy, se fondant aussi sur la science,
est loin de reconnaître cette prétendue con-
densation ou solidification des comètes en
planètes nouvelles. M. Godefroy veut bien
admettre, avec Laplace, l'origine étrangère
des comètes, au moins de quelques-unes;
mais il* rejette sur leur formation primitive
rhypothèse du célèbre géomètre, il y subs-
titue la sienne, que le lecteur appréciera
tout à l'heure.
« M. Laplace, dit M. Godefroy, considère
les comètes comme de petites nébuleuses
errant de systèmes en systèmes solaires,
?[ue le soleil, lorsqu'elles parviennent dans
es parties de l'espace où son attraction est
prédominante, force à décrire des orbes el-
liptiques ou hyperboliques, dans tous les
sens et sous toutes les inclinaisons à l'éclip-
tique (73). »
« Ainsi, dans le système de M. Laplace,
comme dans le système de Descartes, les
eomètes sont étrangères à notre monde pla-
nétaire. Les comètes seraient donc les mes-
sagers chargés de publier, dans tout le do-
maine de la création, l'unité d'origine des
divers systèmes célestes, et la communauté
de rapport qui lie entre elles toutes les
parties de cette création. Cette mission est
(72) De (a création de la terre, p. 184.
(75) Expos, du syst. du monde, p. 414.
(74) < J*ai dû saisir avec d'autant plus d'empres-
sc'Qieiit cette occasion de combattre une erreur fort
accréditée, dit Arago dans son intéressante Notice
sur la dernière apjMrition de la eontète de Halley,
3tte je crains d*avoir un pea contribué à la répan-
re.i (An A. 4836.)
(75) S*il était nécessaire de prendre un nouvel élé-
ment en considération, pour expliquer la diminu-
. tion du grand axe de TeUipse de la comète d'Ëncke
à chacune ôe ses révolutions , nous le trouverions
' dans ces molécules qui circulent aut4mr du soleil dans
assez importante pour que nous soyoQs dis-
pensé d'assigner a ces astres éni^atiques
un autre rôle dans le système de l^armonie
universelle.
« Newton supposait que les comètes no
traversaient notre monde planétaire que
pour rétablir l'équilibre entre les diverses
[»arties de ce système, et pour replacer dans
eurs orbites les planètes que l'attraction cen-
trale en avait dérangées. L'observation et
la théorie sont loin d'avoir confirmé cette
hypothèse.
« Jusqu'ici on avait cru que les comètes-
allaient sans cesse en s'affaiblissent ; qu'a-
près quelques révolutions successives au-
tour du soleil, toutes les moléculesdont elles
se composent se dispersaient dans l'espace
pour V devenir un obstacle au mouvement
des planètes, ou bien des éléments de quel-
ques nouvelles formations. Ces conjectures
qu'on disait appuyées sur des observations
directes ne se sont pas réalisées (Ik)
« Les astronomes n'étaient pas mieux fon-
dés dans leurs conjectures sur la résistance
que Téther devait opposer à la marche des
t>lanètes et des autres corps célestes, et sur
es dérangements qui devaient en résulter.
Les calculs de M. de Pontécoulant et ceux
de M. de Bosenberg, sur le dernier [)assage
de la comète de Halley par le périhélie, éta-
blissent que les mouvements de cette co-
mète sont absolument indépendants de la
résistance que lui opposeraient les milieux
éthérés qu'elle traverse dans son immense
orbite.
« Il résulte de ces dernières investigations
de la science que la résistance de 1 éther,
qui a donné lieu à tant de systèmes mons-
trueux, n'a aucun fondement ; ou du moins
que cette résistance, si elle existe (75), ne
peut altérer en aucune façon l'admirable
disposition des globes planétaires, dont la
puissance matérielle est si éminemment su-
périeure à celle de ces amas de tapeurs m^-
tileSf en comparaison desquels les nuages les
plus déliéSy qui flottent dans les plus hautes
régions de notre atmosphère, peuvent passer
pour des corps denses et massifs (76).
« On a dit de Descartes, que les comètes
étaient ses plus terribles ennemis. Ne pour-
rions-nous pas en dire autant de M. Laplace?
La marche de quelc[ues-uns de ces corps
étranges ne se concilie pasmieuxavec l'exis-
tence d'une atmosphère immense autour du
soleil qu'avec le système des tourbillons.
« Dans l'hypothèse de M. Laplace, Féten-
le plan de sou équateur, en offrant toutes les appa-
rences de la lumière zodiacale, sans opposer de ré-
sistance aux planètes, tant à cause de leur extrême
rareté, q^ie parce que leur mouvement est le même
que celui de ces planètes. (Godefrot.)
(76) Herschell, Traité d^astronomie, p. S56, 357.
c La nébulosité dont sont formées les comètes est
excessivement rare, puisqu'elle n'altère en aucune
façon réclat des étoiles de 12' ou 11* erandetir,
aussi bien visibles derrière cet écran que s ilr n'exis-
tait pas, tandis (juVlles sont complétem^^nt dTacées
par une brunie légère de quelques oiedsd^épaîsseur.»
(M. MtJTEL, Traité d^astron, y p. 559.)
Kl
COM
ET DE PALEONTOLOGIE.
COM
f62
due de ceUe atmosphère est la même yue celle
dune planète qui ferait sa révolution dans
un temps égal à celui de la rotation du so^
leit (77); c'est-à-dire que la limite de cette
atmosphère se trouve aujourd'hui a 5,726,000
Jieues du centre de cet astre. Or, pour ne
parler ici que de ta comète de 1680, on sait
que cette célèbre comète, lors de son pas-
sage au périhélie, n'était plus éloignée de
la surface du soleil que d'une quantité à
peine égale à la sixième partie de son dia-
niètre« c^est-à-dire qu'elle se trouvait alors
À moins de 210,000 lieues de ce même cen-
tre, ou qu'elle en était près de 30 fois plus
rapprochée que la limite de son atmos-
phère.
« Comment un corps d'une densité insi-
^liftante, et avec une orbite fortement
inclinée, a-t-il pu pénétrer aussi profondé-
ment dans l'atmosphère du soleil, non-seu-
lement sans tomber dans cet astre, mais
même sans éprouver le moindre dérange-
ment dans son orbite, dont l'inclinaison ,
avant comme après le passage au périhé-
lie, n'avait pas moins de 60" 56' 7 Com-
ment cet amas de vapeurs subtiles a-t-il pu,
à une si énorme profbndeur, à 52,000 lieues
de la surface du soleil, se dégager d'une
atmosphère assez épaisse et assez compacte
pour déposer, à sa limite supérieure, à
.%66d»000 lieues au-dessus de sa hase, des
tcrps d'une masse et d'une densité compa-
rables à celle de la terre ou de Mercure?
« Nev( ton a trouvé que cette comète, im-
médiatement après son passage au périhélie,
occupait un espace immense, et que la ra-
pidité de sa marche était alors de 80 lieues
j»ar seconde. Comment concevoir qu'une né-
bulosité sans masse appréciable, quoique
(t*iin volume bien supérieur h celui de
toutes les planètes, ait pu conserver ou
acf|uérir, à cette profondeur, une aussi ef-
fVnyante rapidité dans un milieu aussi ré-
^istaat que le serait une couche atmo-
5phérique de 5 à 6 millions de lieues d'é-
jMiisseur.
« Mais pourrions-nous ne rien dire de la
comète de 18^3 qui est venue raser la sur-
face du soleil, sa distance périhélie diffé-
rant è peine du demi-diamètre solaire, et
étant même précisément égale à ce rayon,
d'après les observateurs de Genève? Cepen-
«iant le mouvement de cette comète scan-
daieuse (78) était aérnoGRADE ; et, lors de
son passage au périhélie, cette nébulosité
d*un développement de 00 millions de lieues
sur une largeur de 1,320 lieues, franchis-
sait les régions solaires avec une vitesse de
lui lieues i>ar seconde (79).
(77) Expos, du ty$t. du monde^ p. 270.
(78) On sait que cette comète, au grand étonne-
tnenc des amateurs, a eu le privilège a'étre aperçue
par le public avani d*avoir été aignalée auxobserva-
loires des astronomes.
(79) Âcadém. des sciences, séancedu 3 avril 1843.
(ttO^ c Si quelques comètes, dit M, Lapiace, ont
petftélré dans Ici atmosphères du soieil et des pla-
nètes au temps de leur formation, elles ont dû, en
décrivant des spirales, tomber sur ces corps, i
« Reconnaissons que Texistence d*une at-
mosphère autour de la partie brillante du
soleil, d'ailleurs en opposition directe avec
les découvertes les plus récentes comme
les plus positives de la science, reconnais-
sons, dis-je, que la supposition d'une at-
mosphère immense, qui, en se rétrécissant
successivement au tour du soleil déjà brillant
et radieux, aurait donné naissance aux dif-
férentes planètea de notre système, et qui
devrait ou pourrait engendrer encore des
sphères semblables, est tout à fait inconci-
liable avec les phénomènes que nous pré-
sente la marche de certaines comètes.
« Nous ne nierons pas que quelques co-
mètes ne puissent être étrangères a notre
monde planétaire. Mais, puisqu'un fort petit
nombre d'entre elles a paru se mouvoir dans
des hyperboles, et beaucoup plus dans des
ellipses, il nous sera permis de considérer
la plupart de ces masses vaporeuses commo
appartenant à notre système.
a Nous attribuerons leur formation à l'ag-
glomération des molécules de l'atmosphère
primitive, aux confins de la sphère d'acti-
vité de notre monde planétaire, avant que
cette atmosphère eût participé au mouve-
ment de rotation de la, masse centrale. A
cette distance, ces molécules atmosphéri-
ques, également sollicitées par des forces di-
verses et opposées, n'ont pu obéir à l'im-
pulsion générale. Mais, a[ rès s*être main-
tenues, pendanV un temps plus ou moins
lon^, dans un état d'équilibre ou de fluc-
tuation entre les divers systèmes qui les en-
vironnaient, elles ont été forcées de décrire
des ellipses, des paraboles, et peut-être aussi
des hyperboles, aussitôt que Téquilibre
rompu dans quelque partie les eût assujet-
ties a unpouvoircentral prédominant. Alor^s,
n'étant plus contre-balancées par les puis-
sances voisines, elles ont pu se rapprocher
du corps central de noire système par un
mouvement fort lent et peu a peu accéléré,
dirigé dans tous* les sens et sous toutes les
inclinaisons à l'écliptique.
« Nécessairement les comètes n'ont pu
pénétrer dans les régions que les planètes
parcourent, aue longtemps après la forma-
tion de ces planètes. Cependant, dans notre
hypothèse comme dans l'hypothèse de M.
Lapiace, leur formation a précédé la for-
mation de toutes les planètes (80) ; et, par
conséquent, la formation de ces astres a/-
mosphériques, d'après notre théorie, est an-
térieure a la formation du soleil, et pro-
bablement antérieure à la formation de tous
les soleils et de toutes les étoiles (81).
« Parce que le volume de nos comètes
(Eacyos, du sytl, du mondcy p. 415.)
M. Lapiace ajoute que < ces comètes ont dû, par
leur chute, écarter les p^ans des orbes et des écjua-
tcurs des planètes, du plan de Téquateur solaiic.i
Hais comment des masses vaporeuses dont la densité
n*est pas même comparable à celle des nuages les plus
déliés qui flottent dans les hautes régions de notre
atmosphère, auraientr-eUt s pu produire des effets
aussi prodigieux?
(81; Certains cosmogonistes ont fait valoii Ictal
^3
CON
DICTIONS
DE COSMOGONIE
CON
%\
paraît plus considérable dans le voisinage
du soleil, on attribuait cet accroissement
de volume à la dilatationde toute leur masse
volatilisée par l'action des ravons solaires.
Les comètes, en s*éloignant du fo^yer de la
chaleur, se refroidissaient, et diminuant pro*.
gressivement de volume par suite de la eon«
Sensation des gaz, elles devaient acquérir
un noyau solide, et devenir ainsi des globes
semblables à nos planètes. Telle était l'o-
pinion généralement admise, lorsqu'on son-
gea enfin à soumettre ces prétendus corps
Fl.'iaétaires à des observations précises, et
jbservation prouva que les comètes se dila-
tent d'une manière prodigieuse, et acquiè-
rent des dimensions de plus en plus énor-
mes à mesure qu'elles s'eloisnent du soleil
(82). Ce fait inexplicable (83) témoigne de
toute son imposante autorité que les comètes
sont des astres à part, restés dans leur premier
étal de formation (84), et que leur étatslation-
naire dérive de leur homogénéité ou de la
parité de leurs molécules élémentaires. Or^
il est infiniment probable, et tout indi-
que, que cette conoition de nos comètes est
aussi la condition des nébuleuses, comme
elle est infailliblement la condition de ces
zones atmosphériaues qui réfléchissent dans
nos espaces planétaires la lumière zodia-
cale (85). »
On remarquera que la théorie de M, Go-
defroy sur la formation d«s comètes n'est
pas moins singulière que toutes celles qu'on a
imaginéesjusqu'à lui. Supposer surtout qu'el-
les ont une existence antérieure à la forma-
tion du soleil et des étoiles, est. une idée pas-
sablement originale. M. Marcel de Serres a
lieu de s'étonner qu'elles ne se soient pas
encore condensées en planètes.
COMÈTES, ont-elles déplacé par un choc
Taxe de la terre. — Voy. Bougheporn, Klee.
CONCHYUEN ( ETAGE ), dérivé do con-
ckOf coquille. — On désigne ainsi le premier
éta^e des terrains triasiques.C'est l'époque de
la première apparition des oiseaux etdestor
tues et du règne des grands reptiles sauriens.
La plus vaste étendue que nous avoLS de
cet étage en France se montre sur les deux
encore informe de ces niasses c-oinparativement si
petites pour soutenir que les comètes doivent être
beaucoup moins anciennes que les planètes, et pour
pouvoir éincllre cette opinion singulière que la plu-
part d'entre elles n'ont pas 1^,000 ans d'existence,
(M. îNérée Bourbée, Tableau de Véiat du globe à ses
différents âges.)
^S2) c II pouvait vraiment être permis de douter
qu une masse gazeuse se dilatai à mesure que, trans-
portée plus loin du soleil ou dans des ré;;ions de
pîuà en plus froides, elle aurait dû, d'après tout ce
que nous savons des propriétés de lachaleur, secon-
densor conjidérablement. Grâce à la comète à courte
pôrio Je, nous pouvons aujourd'hui ranger l'observa-
lion d*Hévélius au nombre des vérités do la science
liS mieux établies.» (Arago, An». 183â.)
(85) c Oa n*a jusqu*ici donné aucune explication
plartisible d'un pbénomèitc aussi remarquable, dont
on ignore absolument la cause. » (M. Motel, Traité
d'astron., p. 500.)
M. Walz proposa'! d'aU.ibuer le rétréci ssoment
'<lela nébulosité des comc:es à la pression d'un éther
versants des Vosges. Il commence effective-
ment sur le versant occidental dans la Haule-
Saône, à Saint-Georges; se continue à Saint-
Germain, à Luxeuil , à Saint-Loup, à Vau-
villers; s'élargit beaucoup ensuite, et se
montre alors dans la Haute-Marne , à Bour*
bonne-les-Bains, et dans les Vosges à La-
marche, à Monthureux, à Buans, près de
Plombières , à Remire mont , à Dompaire, à
Epinal et à Rambervillers. Cette bande se
rétrécit et se dirige par le département de la
Meurthe, à Lunevjile, à Blamont, à Phals-
bourg; par la Moselle, à Sarregueraines, à
Boulay ; et se continue au nord , d^un côié
dans le grand duché du Rhin , à Sarreboure,
à Trêves, à Bitbourg, à Hillesheim; et de
l*autre dans la Bavière rhénane, à Deui-
Ponts. Une autre bande étroite se montre sur
le versant oriental des Vosges, dans le Bas-
Rhin, depuis Bœrsch, passant par Marraou-
tier, Saverne, Nicderbroun, et se perd à
Weissenbourg.
En Angleterre, il forme une bande irrégu-
lière presque nord et sud, qui commence à
l'est au Devonshire et dans le Somersetshire,
se montre ensuite sur une vaste étendue oc-
cupant une partie du Worcestershire, du
Warwickshire, du Shropshire, du Slafford-^
shire, du Leieestershire, du Derbyshire, du
Cheshire, du Lancashire, du Nottingham-
shire et du Yorksbire. Il reparait de nouveau
dans le Cumberland, occupant ainsi tout le
centre de TAngleterre.
Dans TAmérique septentrionale, on rap-
porte généralement à cet étage les fameui grès
a empreintes de pas d*animaux, qui foriDent
une bande S.-S.-O. dans le Massachusets, le
Connecticut, la Pensylvanie, le Marylandet
la Virginie.
L'étage se montre sur Tétage perroien,aui
deux versants des Vosçes, dans une partie
du grand duché du Rnin, en Bavière, dans
le grand duché de Bade, dans le Wurtem-
berg, dans presque toute TAllemagne, et sur
presoue tous les points de TAngleterre. II en
est de même du mont Bogdo, en Russie.
Toutes les grandes surfaces de l'étage con-
chylien se trouveraient donc partout sur Tt-
tage permien, et viendraient prouver que le
dont la densité irait en croissant vers le soleil. On
a opposé à cette explication une difficultéinsHnMn-
table. (Arago, i4fin. 1832.) On a répondu à M. >^alx
qu'il faudrait adniettre<|nerenveloppe extérieure des
comètes n*estpas perméable à Téther, ce qu'on nepnt
raisonnablement supposer. (M. Mltel, op. ci/., p.^Cl-l
(84) Quelqucs-unsdeces corps atmospbéHnuesoct
paru se coordonner à notre système. Mais sans ccss^
déviés dans leur course, ils sont entraînés .dans àa
ellipses dont les éléments changent ou peuvent ettan-
ger à chaque instant d'une manière prodigiouse;
témoin la comète de 1770 dont Forbite elliptii^u^
correspondant d^abord k une résolution de50 aonees,
fut i*éduite à une orbite de 5 ans et demi parratin^''
tion de Jupil t, puis changée de nouveau par celle
même attraetio^i en une ellipse qui répond à vingtan-
néesde révolution autour du soleil, sans que son pas-
sage à travers les satellites de celle planète eût ap-
porté le moindre changement dans leurs roonve-
ments, autre preuve de Textrème petites^ de la
mâKse .'escomèies, ou tîelajvolatijité de leurs élémeiiti.
(35) La cosmog. de la révélation^ p. 14i.
€0N
ET DE PALEONTOLOGIE.
cm
premier a bien régulièrement succédé au
iiernier. Sourent ces étages paraissent être
en couches presque concordantes.
En Prusse et en Siiésie, on donne 330
métrés de puissance aux grès bigarrés, et
daos la Hesse-Electorale, 360 mètres. Les
calcaires ont, dans la Westphalie, 200 mè-
tres, dans le Wurtemberg 300 mètres, et
dans le grand duché de Bade jusqu^à 330 mè-
tres d'épaisseur.
Caractères poUoniologiques. — Le nombre
peu considérable d'espèces de cet étage mon-
tre combien il reste encore à découvrir; car
cette pauvreté de la science, relativement à
cet étage, ne tient point au manque de faits,
mais seulement au neu de recherches faites
pour les démontrer, il reste néanmoins assez
de matériauxpour prouver que les animaux
et les plantes en sont tout à l'ait différents de
là Caune et de la flore de l'étage permien.On
trouverait donc, pour cet étage comme pour
le précédent, que la zoologie et la botanique
fossiles sont parfaitement d accord avec la
superposition géologique pour le séparer
nettement en époque distincte. Les rensei-
gnements palëontologiques donnent pour
caractères les indications suivantes :
L'étage conchylien a pour caractère dis-
tinetif aavec Tétage permien les dix-huit
genres nés et anéantis dans ce dernier étage,
on bien qui, nés antérieurement, s*^ étei-
gnent aussi sans passer, au moins jusqu à
f.réseot, dans Fétage conchylien, et peuvent
servir de caractères négatifs pour distinguer
Tétage conchylien de 1 elage permien, indé-
f<endamment des caractères donnés par les
plantes.
Pour séparer Tétage conchylien de Tétage
^aliférien , sans parler des plantes si diffé-
rentes, nous avons les genres suivants in-
connus à cet étage, et qui naissent seulement
avec Tétage saliférien. Parmi les reptiles,
trois genres ; parmi les poissons, les genres
sphœrodus et piciiodtM. Parmi les mollusques
céphalopodes», le genre ammonites. Parmi les
mollasques gastéropodes , ouatre genres.
Panai les mollusques lamellibranches, cinq
genres. Parmi les échinodermes , deux gen-
res. Parmi les zoopbytes, onze genres. Parmi
les amorphozoaires, sept genres. En résumé,
nous avons, pour distinguer Téta^e conchy-
lien de Tétage saliférien, trente-cinq genres
nu caractères négatifs, qui, réunis au dix-
huit genres précédents, donnent un total de
ciniuantc-lrois genres pou vaut servir de ca-
ractères négatifs.
Les genres inconnus dans les étages infé-
rieurs et qui apparaissent pour la première
T'ois avec 1 étage conchylien, seront aulant
«le caractères positifs pour le distinguer de
Vé'jSge permien. Le nombre de ces genres
i'élève a trente-sept.
Pour distinguer i*étage conchj[lipn de Té-
tage sah'férien, nous avons quinze genres
qui naissent et meurent dans 1 étage concby-
2ieo sans arriver à l'étage saliférien. Joignons
h ces genres six autres genres qui, nés aulre-
tnefit,sesonten?oreéteintsdansretétagesaii$
passer au suivant. Nous avons donc vingt et
un genres pouvant donner des caractères po-
sitifs supérieurs.
Si les genres nous donnent des caractères
stratigraphiques pour l'étage conchylien, les
espèces nous en offrent de plus certains en-
core ; car elles portent avec elles la preuve
d'une contemporanéité parfaite. Indépen-
damment des nouvelles plantes, des espèces
de ces singuliers reptiles sauriens et cnélo-
niens , des poissons et des crustacés^ nous
avons, en animaux mollusques et rayonnes,
107 espèces. Ces espèces, suivant leur zone
d'habitation, seront donc, pour nous, autant
d'espèces caractéristiques de cet étage. Les
Elus répandues se trouvent aussi bien en
rance qu*en Allemagne , qu'en Angleterre,
qu'en Russie et qu'en .Sibérie.
Chronologie historique. — Quand les per-
turbations géologiques sont venues mettre
ua terme à la durée de l'étage permien, les
faits nous démontrent qu'avec les nombreux
végétaux de cette époque ont été ensevelis
pour toujours 18 genres et 91 espèces d'a-
nimaux mollusques et rayonnes , oui for-
maient ce que nous connaissons de 1 anima-
lisation de cette époque. Ce n'est probable-
ment qu'après un laps de temps considéra-
ble , pendant lequel Fagitation des eaux ne
permettait pas l'existence, que la terre s'est
repeuplée de ses plantes et de ses animaux.
Alors apparaissent, eu même temps que de
nombreuses plantes, 37 genres d'ammaux
inconnus dans les étases inférieurs, et 107
espèces d'animaux mollusques et rayonnes,
toutes nouvelles pour cet éta^e. Ce sont, au
moins, les débris de cette période que nous
pouvons mentionner aujourd'hui; période
qui, néanmoins, a dû se prolonger, a en ju-
ger par répaisseur des sédiments qui la com-
posent, et pendant laquelle il existait des
mers et des continents.
Nous avons pendant la période eonchy-
lienne, quatre parties continentales en
France : le massif breton^ le plateau central^
le continent belge-vosgien^ et Vilot dn V'ar.
En Angleterre Ttle anglaise préexistante,
qui occupe tout l'ouest, depuis le Cornwall,
le pays de Galles, jusqu'au Cumberland, s'esi
accrue peut-être , au centre de la Grande-
Bretagne, d'une large surface s'étendant du
Derbyshire jusqu'à Durham, occupée par la
surélévation des terrains carbonifères de ces
régions, à moins aue l'intervalle n*ait été
produit par une dénudation , ce çiui serait
encore très-possible. A ces exceptions près,
les continents paraissent avoir été très-sla-
bl(*s do;)uis la Gn de l'étage carboniférien.
Les mers conchyliennes, que nous avons
vues être, par le cantonnement des espèces,
souniise<i à toutes les causes actuelles qui
a.2;issent aujourd'hui, offraient une faune en-
tièrement distincte des faunes anténeures.
On y remarque un développement considé-
rable de reptiles sauriens, composés d'ani-
maux très-bizarres, de onze genres différents,
parmi lesquels sont les labyrinthodons. Les
chéioniens , ou tortues , paraissent pour la
première fois, ainsi que des noissons cui-
rassés de 6 genres différents. Les crustacés
D/':TI0N'. de CoSUOGOME et de PALfeO\TCL3ClE.
SG7
CON
DlCTlOiNNAlRE Dl COSMOGONU
CON
Mi
décapodes se montrent aussi pour la pre-
mière fois, en même temps que des cépha-
lopodes acétahulifèreSy et quelques genres
nouveaux de mollusques des autres classes,
d'échinodermes, de polypiers et d'amorpho-
zoairos.
Les continents sont animés, probablement
sur les rivages, par ces singuliers reptiles
riverains dont nous venons de parler, et
pour la première fois par des tortues terres-
tres, par le chirotherium^ probablement un
reptile, et par de nombreux oiseaux (86).
Avec ces animaux terrestres, M. Bron-
gniart place dans cet étage le commencement
du règne des plantes dicotylédones gymnos-
permes. Le savant botaniste sépare cette
flore des autres, comme nous séparons la
faune, et lui assigne le caractère d'être com-
j)0sée de fougères assez nombreuses, de for-
me souvent très-anormale, constituant évi-
demment des genres actuellement détruits,
tels que les anomoptères et les crtmaioptires.
Les tiges des fougères arborescentes y sont
fréquentes; les vrais equisetum y sont rares ;
les calamités, ou plutôt les calamodendrons
y sont abondants. Les gymnospermes y sont
représentées par les deux genres de conifè-
res voltzia et haidingeria^ dont les espècees
sont nombreuses. Les cycadées y sont très-
rares, et encore douteuses.
Cette période doit son interruption à une
commotion géologique assez forte pour
anéantir la faune et la flore, commotion dont
nous retrouvons encore les traces visibles,
parles discordances supérieures de stratifi-
cation, parfaitement en rapport avec les li-
mites des faunes.
CONDENSATION DES COMÈTES , hypo-
thèse réfutée. Voy. Comètes.
CONDITIONS D^EXISTENCE DES ANIMAUX
MARINS. Voy. Animaux marins.
(86) On ne connaît encore de ces derniers, des tor-
tues et du chirotherium , que des empreintes pb}r-
siologiques de pas, sur lesquelles M. ilithcock a fait
des travaux spéciaux.
(87) On doit à H. Brown la découverte importante
que les conifères et les cycadées sont les deux seu-
1(?8 familles de végétaux dont les graines soient pri-
mitivement nues, et non renfermées à Tinténeur
dUin ovaire. {Voyez TApnendice au Voyage du capi-
taine King dans V Australie.) C*C8t pour cette raison
qu'on les a réunies en un ordre distinct sous le nom
de phanérogames gymnospermes. Ce caractère tiré
(le Vovnle coïncide dans Tune et dans Tautre de ces
«ieux familles avec des parliculariiés de la structure
inlei'ne des tiges qui les séparent à quelques égards
i\(i |)rcsque toutes les plantes dicotylédones, et qui les
disUiiguent également entre elles.
La rcncunlrc de ces caractères particuliers de la
structure des tiges est une découverte d'une grande
importance p9ur la botanique géologique; car cette
{>ortion de la plante est fréqur^mment la seule que
'on trouve conservée à l'état fossile.
(88) La présence de grands arbres conifères dans
les couches de la grande formation houillère a été
signalée pour la première fois dans les Végétaux
fosstles de M. Withain, en 1851. Il y est établi que les
conifères les plus complexes et les plus élevées en or-
ganisation se rencontrent dans les mines de houille
d*Edimbourg et de Newcastle, au sein de couches
Tuc l'on avait encore suppr»sé<^s ne contenir que l(*s
f.Tmes vé;;i'tales les plus simpl^^t.
CONIFÈRES. -• Les conifères coastitaem
{)armi les végétaux du monde actuel une
àmille nombreuse et des plus importantes»
et que caractérisent non-seulement des par-
ticularités de leur fructification qui les ran-
f^ent parmi les phanérogames gymnoiptrmes
87), mais en outre certains arrangement!
remarquables dans la structure de leur bois,
qui peuvent servir à en faire reconnaître de
suite les fragments les plus petits.
En étudiant à l'aide du microscope cer-
tains bois fossiles, on est arrivé depuis peu
à reconnaître une structure interne analo-
gue à celle des conifères actuelles dans les
troncs de certains grands arbres provenant soit
de la série carbonifère (88) ysoi t des formations
secondaires (89), et M. Ad. Brongniart a
compté vingt espèces de conifères fossiles
dans les formations tertiaires. Plusieurs de
ces dernières se rapprochent beaucoup plus
des genres actuels que ne le font celles des
terrains secondaires , et il en est même qui
y prennent immédiatement place.
M. Nicol a fait voir en outre [dO) que pin-
sieurs des plus anciennes conifères fossiles
peuvent être rapportées au genre actuel des
pins , et d^autres au genre araucaria. Ce
dernier comprend plusieurs des arbres les
plus élevés du monue actuel, et on en trouve
un exemple fort connu dans Varaucaria ex-
celsoj ou pin de Tlle de Norfolk.
Toutes ces découvertes sont d'une haute
importance ; car elles nous démontrent ,
comme résultat de Tétude des restes les plus
anciens de la végétation, une identité qui
s*étend jusqu'aux détails les plus minuiieui
de l'organisation interne , outre les arbres
des forêts primitives du globe et quel-
ques-uns de nos plus grandes conifères ac-
tuelles (9J).
Le$ araucaria sont les seules conifères dont
(89) Dans les étages inférieurs des terrains stra-
tifiés secondaires, M. Ad. Brongniart a compté,
parmi les plantes du nouveau grés rouge des vos^
ges, quatre espèces de voUzia , genre nouveau de
conifères, que ses affinités rapprochent des arauca-
ria et des cunninghamia. On trouve en abondance,
à Sul£-les-Bains, près de Strasbourg, des rameaux,
des feuilles et des cônes provenant d^individus de cê
genre.
M. Witham compte huit espèces de conifères
parmi les bois lossiles du lias, et on en trouve cinq
dans Toolite de Stonesiieid, dont quatre se rappro-
chent du genre actuel des thuya (Ad. Brosigiiurt,
Prodr. p. 200.) Voyez pour des ligures de cônes da
lias et du sable vert des environs de Lyme-Regis, ci
de Toolite inférieur du comté de Northampton, la
Flore fossile de MM. Likdley et Hijtto?i, pi. LxxaiLîX ,
cxxxvetcxxxvii.
Le docteur Fitton a décrit et figuré des cônes très-
complets et d'une grande beauté, dont Tun prove-
nant de Purbcch (?) et Tautrc du sable de Bas-
tings. (Transactions géolog.^ deuxième série, t. IV,
pi. XXII, fig. 9 et iO, p. 181 etâ50).
(90) Edtmb. New. Phil. Journal., janvier 1854.
{9\j Si Ton coupe transversalement une tige de
crmifere, et qu'on la soumette au microscope, on
apercevra, outre les lignes rayonnantes et concen*
triques, tout un système de léticulations qui per-
mettent de distinguer les c tniféres de toutes les -i»u*
très plantes. Les trous dont elles sont cribices in<ij-
qu'iit les vaisseaux. Ces vaisseaux sontd^unc struc-
1G3
CON
CT DE PALEONTOLOGIE.
COM
270
on ait jusqu'ici retrouvé la structure dans
des arbres de la série carbonifère de la
Grande-Bretagne {92}. Celles de pins pro-
prement dits a été observée-dans un bois de
la formation houillère de te Nouvelle-Ecosse,
et de la NouveIle*HolIande.
Cette même structure ordinaire des pins
est celle qui prédomine oans le bois fossile
du lias dTe whitby, mais on y rencontre
aussi des troncs d araucarias, et Ton en a
découvert dans le lias de Lyme-Regis aux
branches desquels adhéraient encore des
feuilles (93).
Le professeur Lindley a fait observer avec
^'ustessey comme un'fait important à signa-
cr, qu'à cette période où se déposa le lias ,
la végétation ressemblait à la végétation ac-
tuelle de l'hémisphère sud, non-seulement
par la présence des cycadées, mais aussi
parce que les pins étaient de la nature des
espèces que Ton trouve maintenant au sud
de l'équaleur. Sur les quatre espèces vivantes
d'araucaria que Ton connaît à l'heure pré-
sente, une se trouve sur la côte est de la
Tiouvelle-Hollande, une autre dans l'tle de
^*o^i'olk, la troisième au Brésil, et la qua-
trième au Chili.
Quels que puissent être les résultats des
travaux à venir, les faits que nous possédons
ture fort belle et caractéristique; et ils fournissent
des moyens de distinguer les pins des araucarias.
Les petits vaisseaux continus longitudinaux qui
constituent les fibres ligneuses offrent, dMntervalles
en intervalles, Tapparence de petits corps à peu près
eirciilaires disposés par lignes verticales. Ces corps,
que Ton désigne sou& le nom de dandes ou de dis-
ques, sent diversement disposés dans les différentes
espèces. En général, ils sont circulaires, quelquefois
elliptiques; et, s'ils sont serrés, ils prennent une
forme anguleuse. Chacun de ces disques a, près de
«on centre, une petite auréole circulaire.
Ces disques dans plusieurs conifères sont dispo-
sés sur un seul rang. D'autres fois ils sont réunis
par rang doubles ou simples, comme dans le pinus
Urobus.
Dans tous les pins actuellement existants , s'il se
rencontre deux séries de disques dans un seul vais-
seau, les disques de chacune des deux séries sont
toujours opposés, jamais alternes, et le nombre des
séries n>st jamais de plus de deux.
Dans les araucarias, au contraire, ils sont dispo-
sés par séries simples, doubles, triples et même qua-
druples; en outre, ils sont beaucoup plus jielits que
dans les pins, ordinairement de la moitié en dia-
mètre , et lorsqu'ils sont disposés sur deux rangs,
les diMpies de l'un alternent constamment avec ceux
de Tautre, quelque fois ils sont circulaires, mais le
plus souvent ils ont une forme polvgonale. M. Nicol
en a compté plus de cinquante dans une rangée
d*un vingtième de pouce, de telle sorte que le dia-
mètre d^un seul disque n'excède pas un millième de
pouce; encore sont-ce 1^ des dimensions énormes,
si oo les com|)are aux fibres des cloisons qui en-
tourent les vaisseaux sur lesquels ces disques se
voient.
(92) On a trouvé dans les carrières de Gragicitb,
près d^imbourg, en 4830, un tronc d^araucaria
long de quarante-sept pieds ( Végélaux foMiles, par
Wiiham, i855, pi. v), et un autre en 4835, long de
rlus de vingt-quatre pieds, avec un diamètre de trois.
r^Ves NicoL,surlesCont/ires foui/es, dans l'/'Jr/inro.
new Phil. JouriM/, janvier i83i.) Une coups loiigi-
actuellement suffisent pour prouver que les
conifères fossiles les plus grandes et les plus
parfaites de la formation houillère et du lias
que l'on ait pu jusqu'ici soumettre à un
examen attentif peuvent être rapportées au
genre des pins proprement dits, ou au genre
araucaria (94), et que l'une et l'autre de ces
deux modifications de la famille actuelle des
conifères ont pris leur commencement dès
cette période très - reculée , où se sont
déposés les terrains carbonifères de la for-
mation de transition.
On rencontre des fragments fossiles de
troncs de conifères, et parfois même des
feuilles et des cônes, dans tous les étapes
des formations oolitiques , depuis le lias
jusqu'au calcaire portlandien. A la surface
supérieure de celte dernière pierre, se voient
les restes d'une ancienne forêt , parmi
lesquels sont conservés de grands troncs
renversés et convertis en silex, ainsi que des
souches de conifères modifiées de la même
manière, avec leurs racines encore enfoncées
dans le sol végétal sur lequel elles ont crû.
On trouve aussi fréquemment des fragments
de bois de conifères dans la formation wéal-
dienne et dans celle du sable vert, parfois
même dans la craie (95).
Les conifères paraissent communes aux
tudinale de ce dernier fait voir, comme dans l'espèce
moderne, armjcaria excelsa, de petits disques poly-
gonaux disposés sur deux, trois ou quatre rangs à
rintérieur des vaisseaux longitudinaux.
(93) Voyez Lindley et Hutton, Fiore fossi/f^plan-
t^he LXXXVHi. La pi. lxxxix du même ouvrage repré •
sente un cône fossile du lias' de Lyme-Re^is, que
Ton peut rapporter à la famille des conifères, et
peut-être même au genre araucaria.
i94) D'après M. Nicol, les bois fossiles du liaç de
lîlby, dont la coupe horizontale offre une série de
couches concentriques présentent, dans leur section
longitudinale, la structure des pins. Hais si les cou-
ches annuelles concentriques ne sont pas distinctes,
ou ne sont que faiblement indiquées dans la coupe
horizontale, la coupe longitudinale présente tois It
caractères des araucarias. Il en est de même d*!S ro-
nifèresde la grande formation houillère d'Ediml^ourg
et de Newcastle; leur coupe longitudinale offre U
structure des araucarias, tandis que leurs, couches
concentriques ne sont pas distinctes dans la cout>o
horizontale; au contraire, les conifères fossiles des
mines de houille de la Nouvelle- Hollande et de la
Nouvelle-Ecosse se rapprochent de la tribu actuelle
des pins, tout à la fois par la structure que laisse
apercevoir leur coupe longitudinale et transversale.
M. Wiiham fait observer aussi que les conifères
de la formation houillère et du calcaire de montagne
n'offrent qu'en petit nombre et d'une manière peu
apparente ces ligues concentrioues qui permettent
de distinguer les couches annuelles d'accroissement
du bois, et que c*est là une circonstance que présen-
tent communément à l'époque actuelle les arbres de
nos régions tropicales; et il tire de là cette conjec-
ture, qu'aux époques où ces formations ont eu lieu
les changements de saison n'étalent pas aussi pro-
noncés, au moins quant à la température.
(95) Il y a dans le muséum d'Ôxfoiti un fragment
d'un bois de conifère converti en silex et perforé par
les larets. C'est le révérend docteur Faussett qui l'a
rencontré dans un calcaire siliceux à Lower-Haidr is,
près de Cautorhéry.
a7i
zo^
DICTIONNAIRE DE COSMGOONIE
CON
t7î
oouches fossilifères de tuutes les périodes.
C'est dans la série de transition qu'elles sont
le plus rares; elles le sont moiûs dans la
série secondaire r et c'est dans les terrains
tertiaires qu'on en rencontre le plus. Ceci
nous prouve qu'à toutes les époques, depuis
que la végétation terrestre a commencé , de
grandes conifères ont existé à la surface de
notre globe ; mais les témoignag(ts que nous
en possédons au moment actuel sont trop peu
complets pour que nous en puissions con-
clure avec certitude dans quelles proportions
numériques ces plantes se trouvaient par
rapport aux autres familles, à ces diverses
époques successives de la géologie, qui se
trouvent ainsi rattachées à la nôtre par une
nouvelle et magnifique série d'anneaux
appartenant à l'un des groupes lés plus
importants du règne végétal.
COPROLITHES (xwrpoç, fèces, >iOoç, pierre).
— Si, dans la structure des animaux qui ne
nous sont connus que par leurs débris fossi-
les, il est un point dont il semble que nous
devions désespérer de retrouver aucun ves-»
tige, c'est assurément la forme et l'arrange-
ment des organes intestinaux : car, bien que
ces parties molles soient de première impor-
tance dans l'économie animale , suspendues
comme eHes sont dans l'intérieur des cavités
du corps sans être aucunement fixées au
squelette, il est naturel de penser qu'elles
n ont dû laisser aucune trace sur les os
fossilisés.
11 est impossible, après avoir vu le puis-
sant appareil dentaire des ichthyosaures, et
ces m/lchoires si vastes dont nous avons fait
l'examen dans ces reptiles fossiles, de ne pas
en déduire cette conclusion, que des animaux
pourvus de ces prodigieux instruments de
destruction ont dû en user largement, pour
tenir dans de justes limites d'accroissement
(96) Au milieu des variations de leur volume et de
la mulliplicilé de leurs formes, les coprolilhes of-
frenl Tapparence générale de cailloux oblongs ou de
popimes de terre réniformes; leur longueur est ordi-
nairement (|c deux à quatre pouces, et leur diamètre
de un à deux. On en trouve, mais en petit nombre,
qui sont beaucoup plus grands, et en proportion
avec la tatUe gigantesque des plus grands ichthyo-
saures. 1! y en u de plus petits, qui offrent les mêmes
rapports avec de jounes individus de la môme es-
pèce, et avec des poissons de petite taille. Il v en a
qui sont aplatis et amorphes comme si ces substan-
œ.s eussent été rendues dans un état demi-liquide ;
d^aulres ont été aplatis paria pression des schistes
qui les recouvi-ent. Leur couleur ordinaire est le gris
cendré, parfois rnélé de noir; o'autres fols ils sont
entièrement noirs. Leur substance offic une texture
terreuse, compacte, pareille à de Targiie durcie, et
leur cassure est coocboîdalc et luisante. Les copi-o-
lilhes de Lyroe-Regis offrent, dans le plus grand
nombre de cas, une structure contournée; mais le
nombre de tours est variable, bien qu'il soit le plus
souvent de trois : je n*en ai jamais vu plus de six.
Ces diversités peuvent tenir à Tespèce clés animaux
qui les ont produits; car j'ai rencontré des variations
analogues entre les intestins de la raie, du recpiin et
du chien de ïner. Quelques coproUthes, et spéciale-
ment les plus petits, n'offrent aucune^ trace d'enrou-
lemtnt.
La coupe de ces excréments* arrondis fait voir
la population des anciennes mers. Cette con'
clusion a été pleinement confirmée par la
découverte récente que l'on a faite, krinté-
rieur de leurs squelettes, de débris à moilié
digérés de poissons et de reptiles qu'ils
avaient engloutis, et par les coprolithes ou
excréments pétrifiés que l'on a trouvés dis-
persés dans les mêmes couches où ces
squelettes ont été ensevelis. Ces pétrifications
si curieuses s'offrent souvent dans un état
de conservation tellement parfait qu'on en
peut conclure-non seulement la nature des
aliments dont -se nourissaient les animaux
qui les ont produits, mais même les dimen-
sions , la lorme et la structure de leur
estomac et de leur canal intestinal (96).
Sur la côte de Lyme-Regis ces coprolilhes
sont tellement abondants qu'on les trouve en
de certains points disséminés dans le lias
comme le sont les pommes de terre dans le
sol, et ils sont encore plus communs dans le
lias de l'embouchure delà Saverne, où ils se
rencontrent ainsi dispersés dans toute l'é-
tendue de couches qui ont plusieurs milles
en tout sens, et mêles en si grande quantité
avec des dents et des débris roulés d'osse-
ments de reptiles et de poissons, que nous
en pouvons conclure que cette région, jadis
le fond d'une ancienne mer, fut, pendant un
espace de temps fort long, une sorte dévaste
réceptacle où se déposèrent les ossements
et les débris excrémentiels des animaux qui
rhabitaient. Outre les points que nous ve-
nons de mentionner, on rencontre encore
ces corps pétrifi<^^ en abondance dans tout
le lias de l'Angleterre, et dans toutes les
couches, quelle que soit leur époque, où
l'on a trouvé des aébris de reptiles carnivo-
res, et sur des points multipliés et séparés
par de grandes distances, tant en Europe
qu'en Amérique (97).
qu'ils ont été moulés en une lame aplatie et conloor
née en spirale du centre à la circonférence, commd
on l'observe dans une coquille turbinée. Leur exté-
rieur offre la trace des rides et des impressions (es
plus légères qu'ils ont dû recevoir alors qu'ils étaient
a rétat plastique dans les intestins des animaux vi-
vants.
Ces pièces pétrifieras conticnnenl en al)ondan€e
et dispersés irrégulièrement des écailles et souvent
des dents et des os de poissons qai ont traversé,
sans être détruits par la digestion, le tube intestinal
tout entier des sauriens, de la même manière que
rémail des dents et certains fragments d*os qui n'ont
pu être digérés, se retrouvent dans les excréments
des hyènes, soit à Tétai récent , soit à Tétat fossile.
Ces écailles dures et brillantes sont celles du dape-
dium politum et d'autres poissons qui abondent dans
le lias, et qui paraissent avoir fourni aux sauriens
de cette époque une portion importante de leur sob-
sistance. Quant aux os, ce sont surtout des vertè-
bres de poissons et de jeunes ichih^osaures ; et bien
que ces derniers débris soient^moins nombreux que
ceux qui proviennent de poissons. Us le sontpoorunt
assez pour démontrer que ces monstres des anciennes
mers, semblables en cela à beaucoup de leurs suc-
cesseurs, habitants des océans modernes, dévoraient
les individus jeunes et faibles de leur propre espèce.
(97) Le professeur Jœp:er a tout récemment dé-
couvert .plusieurs' coprolilhes dans l'argile alomi-
neuse de Gaildorf, en Wurtenibirg , formation flu'l
r#s
C0!«
ET D£ PâL£0>'TOLO€1£. .
COÎI
«74
Quant à J'oriane de ces fossiles singu«
tiers, elle est suffisamment établie par la fré-
quence avec laquelle on les rencontre dans
la région abdominale des squelettes fossiles
d*irhUi yosaores du lias de Lyme-Re^s (98).
La substance coprolithique que Ton trouve
dans cet échantillon et dans tous les cas
analogues, renfermée dans la cavité que for-
ment les côtes, est entièrement identique,
par son apparence et sa composition chimi-
que, avec les coprolithes isolés qui se mon-
trent disséminés dans les mêmes couches où
ces squelettes spnt dispersés. La conserva-
tion de ces matières fécales et leur passage
à Télat pétrifié sont une conséquence de la
nature indestructible du phosphate de chaux,
qui entre également en quantité considé-
rable dans les os et dans les résidus d*os sou-
mis à Faction des organes digestifs.
Le squelette d*un autre iclithyosaure de
Lyme-Re.fis, déposé dans le musée d*Oxford,
contient une niasse considérable d^écailles
dont la plus grande partie provient du Pho-
lidophorut Umhalus^ mêlées à des copro-
lithes dans toute la région qu'enferment les
côtes. Cette masse se trouve en rapport avec
on très-grand nombre de lôtes; et lûen que
jusqu'à un certain point Ton puisse suppo-
ser qu'elle s'est étendue par l'effet de la
pression, cette circonstance suffit à prouver
que J 'estomac occupait par son volume une
grande partie du tronc.
Certaines espèces voraces parmi les rep-
tiles vivants nous fournissent des exemples
d*uiie étendue tout aussi considérable : on
rite des cadavres humains trouvés tout en-
tiers dans l'estomac de certains grands cro-
codiles, et la forme des dents des ichthyo-
r^rde comme occupant les étages inférieurs du
I o-jvrau grés rouge, que Ton désigne en Allemagne
v>iis le nom de torpe r, et qui reuferme les débris
S^ deoi espèces de sauriens.
Abx Elats-Unis, le docteur Dekay a aussi trouvé
àf^ coproUtbes dan^ la. formalion de calcaire chlorile
igreen tond) de Monmôulh dans le New-Jersey.
(98) Un échantiilOB donné par le vicomte Cole à
la GoUedioa géologique de Tuniversité d*Oxford est
«ne preuve sans réplique que les substances en
qaestîon ne peuvent être considérées comme des
matières étrangères accidentellement mises en con-
uct avec les corps organisés fossiles, puisque cette
grasde flttsse coprolithique est complètement enfer-
mée dans'b cavité que forment U colonne vertébrale
et les deux séries droite et gauche des côtes, dont
le pins pand nombre a même conservé à peu de
cûo»e près sa position naturelle. Le volume de c«
uoprolidie est prodigîeui, comparé à celui de rani-
mai dans lequel il est renfermé ; et si nous ne savions
pEts eombicD est puissante Taction des organes diges-
tif:» ebez les reptiles et les poissons, et avec quelle
£icîlîlé ceséires engloutissent tout entiers les grands
aaioBaax qui forment leur proie, il nous paraîtrait
ifnpossible de rendre compte de Tespace énorme que
remplissent ainsi ces masses coprolitbiques à Tinté-
rîcar de certains squelettes fossiles d'ichtbyosaures.
(99) D*après M. le professeur Agassiz, les écailles
da pmoitdcipkonu /iimuIiu, espèce des plus fréquen-
tes pami les fos»>iles du lias, abonderaient plus que
celles d aucun autre poisson dans les coprolithes de
la fonnatiofi deLyme-Regis, ce qui prou ve que cc^te
cfrpèrc formait lalnise principale de la no-irritu^e
saures nous apprend que, de même que les
crocodiles, ces animaux ont dû engloutir
leur proie sans la diviser. Quand donc nous
rencontrons dans des coprolithes de grands
ichlhyosaures, des ossements de jeunes in-
dividus du même genre qui, à en juger par
les dimensions des os eu!t:-mèmes, ont dû
avoir plusieurs pieds de longueur (99), nous
en tirons cette conclusion, que l'estomac
formait une poche d'un volume prodigieux,
remplissant presqu'en entier la cavité du
corps, et dont la capacité était par consé-
quent dans une proportion parfaite avec les
mâchoires et les dents qui faisaient partie
avec lui de Tappaieil digestif dans ce mons-
trueux reptile.
Disposition ea spirale de Fintestin grêle,
— Comme les parties solides des animaux
sont les seules susceptibles de se pétriflcr, il
nous est impossible de déterminer à l'aide
de preuves directes, la forme et le volume
des intestins grôlcs de l'ichthyosaure; mais
l'admirable perfection avec laquelle le con-
tenu de ces viscères s'est conservé à l'état
fossile, nous fournit des preuves indirectes
que le tube intestinal où ce contenu a pris
les formes qu'il a conservées ressemblait
entièrement aux intestins de quelques-anes
des espèces actuelles de poissons les plus vi-
goureuses et les plus voraces.
Nous saisirons mieux la structure de ces
organes en nous aidant de l'examen des or-
ganes correspondants chez les requins et le^
squales, animaux qui ne se distinguent pas
moins entre tous les habitants ùqs mers cun-
temnoraines par leur extrême voracité que
ne Je faiseiijnt les ichlhyosaures parc\i les
créatures qui peuplaient les océans aux épo-
des ichthyosaures. Dans les coprolithes de la forma-
tion carbonifère des enviruns d*Ëdimbourg« il a
aussi reconnu L's écailles du palœoniscus et d'autres
poissons que Ton trouve souvent entiers dans les
coudies qui accompagnent la bouille de ce district.
Dans des coprolithes provenus de poisson voraces de
la craie, on rencontre les écailles, du beryx armaius^
poisson découvert par M. Nantell dans cette for-
mation.
I Un coprolitbe du lias, ditBuckland, qui se fait
remarquer par ses circonvolutions en spirale elles
impressions vasculaires de sa surface, peut être
signalé comme un exemple frappant du som minu-
tieux qui préside maintenant aux investigations des
Batuca!istes, etdu genre deténioignagesque lesrecheT^
ches géologiques vont demander à Tanatomie com-
parée. Sur un des côtés de ce coprelithe, se voit une
petite écaille que je n'avais pu que rapporter à quel*
que poisson de Tune des nombreuses espèces incon-
nuesqui se rciicontrentdans le lias. A Tinstant même oà
je la fis voir à M. Agassiz, non-seulement, il prononça
que cette espèce était le pholidopborus umbatus,
mais il dclerniina la place précise qu'avait occu-
pée celte écaille à la surface du corps. Un tube placé
sur sa lace interne, et que l'on aperçoit à peine
sans le secours du microscope, prouve qu'elle appar-
tient à cette ligne latérale d'ccailles perforées qui
vont de la tête à la queue des deux côtés du coqis
dans tous les poissons, et y forment un conduit
destiné à porter des glandes de' la tête jusqu'à l'cxtré-
milé du curps un mucus Inbréfiant. Quanta la posi-
tion que celle érail'c occupait sur cette ligne elle-
m'^nip, clic clr\it do côté gauche, non loin de la tête. >
273
CON
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
CON
Ï16
qaes où nos éludes nous reportent. Les in-
testiusde ces poissons, aussi bien que ceux
des raies, offrent une disposition qui ra|)-
pelle cefle- de l'intérieur u une ris d'Archi-
jnède» et qui est admirablement propre à ac-
croltrK rétendue de la surface interne desti-
née à l'a^isorptiou de la partie nutritive des
aliments, durant leur passade d'une extré-
njité à l'autre de ce tube, qui renferme dans
son intérieur un repli contourné en spirale,
de façon à offrir le plus grand développe-
ment de surface dans le plus petit espace
possible. On observe la même disposition
dans les coprolilhes provenus de richthyo-
j?aure (ICO).
Empreintes laissées par la membrane mu-
queuse sur les coprolithes, — Non-seulement
rétude des coprolithes nous permet d appré-
cier la structure spirale de l'intestin ^rôle,
et la facilité que cette structure lui donnait
h être contenu dans un petit espace ; mais
nous y retrouvons même des traces qui nous
pormeltent d'apprécier la forme des vais-
seaux les plus ténus et des plus minces re-
plis de la membrane muqueuse qui en tapis-
sait la surface interne. Ces traces consistent
dans une série d'impressions vasculaires et
de rides qui sillonnent la surface des copro-
lithes, et qui ne peuvent s'y être imprimées
que durant leur passage à travers les circon-
volutions de ce canal aplati (fOl).
Quant à la cause finale de ce curieux ar-
rangement des viscères dans les reptiles
maintenant éteints qui habitèrent les mers
du monde primitif, elle est la mémo qui a
présidé à l'arrangement pareil que nous re-
trouvons dans les espèces voraces des re-
Ïuins et des squales qui peuplent les mers
0 notre époque (102).
Commeia voracité, qui est un trait carac-
téristique de tous ces animaux, exigeait
qu'ils fussent pourvus d'un estomQC tout à
la fois volumineux et allongé, U ne demeurait
que peu d'espace pour les autres viscères
( 1 00) Lescorps coniiiucs on t été formes par une lame
ontiniie de la substance des os. digérés, et con-
tournée en spirale sur elle-même durant le temps
qu elle est encore à Tétat plastique. La forme est à
peu de chose près celle que prendrait un ruban d^une
certaine étendue que Ton forcerait de pénétrer obli-
quement dans un tube par une ouverture latérale
allongée : ce ruban, force d'avancer dans Tintérieur
du tube, y formerait une suite de cônes enroulés les
uns sur lés autres; et, d'après un certain nombre
de tours, si Ton continuait à pousser en avant le ru-
ban générateur, les cônes en question venant à sor-
tir par Tautre extrémité du tube ofli iraient une dis-
position tout à fait analoffue à celle des coprolithes
dont nous parlons. C'est de cette façon que Ton peut
concevoir qu'une lame de substance coprolithique a
pu se contourner sur elle-même en une série spirale
de cônes successifs au moment de son passage de Tin-
trslin grêle dans la partie voisine du gros intestin.
Ces coprolithes, ainsi formés, tombèrent dans la
boue molle amassée au fond de la mer ; et lorsque
celte boue vint à se consolider plus tard pouir foN
iMùv le schiste et la pierre, ils y subirent une pétri-
hcation tellement complète que pour la duret<*, la
beauté du poli, ces corps singuliers peuvent ri-
valiser avec les marbres les plus recherchés.
. tlQt) Coo impressions ne peuvent y avoir clé lais-
plus petits , d*où la nécessité qu'ils fassent
réduits, pour ainsi dire, comme nous avons
vu qu'ils le sont, à la condition d'un tube
aplati , contourné sur lui-même à la façon
d un tire-bouchon. Celte disposition offrait
l'avantage d'employer un moindre espace,
presque sansrien faire perdre à 1 mtestînde
sa surface absoii)ante. Si à l'estomac énorme
et aux vastes poumons de l'ichtbvnsaure ili
se fât ajouté un paquet intestinal d nn vo-
lume considérable, l'accroissement du vo-
lume total du corps, qui en eût été une con-
séquence nécessaire , eût été une cause de
diminution dans la puissance locomotrice,
ce qui n'eût pas été sans inconvénient gr»ve
chez un animal qui, pour la capture de sa
proie, ne pouvait compter que sur sa vélo-
cité.
Tous ces faits , qui ressortent de l'étudo
des restes coprolitniques des ichthyosaures
ajoutent, à ce que nous savions déjà de Tana-
tomie et des mœurs des anciens habitants de
notre planète, une masse de connaissances-
pleines d'intérêt. Nous y avons rencontré
des témoignages oui nous permettent d'affir-
mer la présence d arrangements pleins d'uti-
lité et d'admirables compensations jusque
dans les organes si périssables, mais ea
même temps si importants, qui concourent
à opérer les fonctions digestives. Nous avons
rm reconnaître avec certitude la nature de
eurs aliments, la forme et la structure de
leur canal intestinal ; nous avoHS pu dessi-
siner leur tubo digestif dans les trois formes
successives qu'il subit d'une extrémité k
l'autre de sa longueur, d'abord estomac vo-
lumineux et prolongé, puis ilium aplati et
contourné en spirale, jusqu'à ce qu'il se ter-
mine en un cloaque d'où les coprolithes
tombaient dans la vase qui donna naissance
au lias. Là, ils sont demeurés ensevelis du-
rant des siècles sans nombre, jusqu'à ce que
la main des géologues ait été les arracher
aux profondeurs qui les tiennent enfouies,
sées par la membrane du gros intestin, pnisqnVhes
se contournent sur toutes les surfaces des circonvo-
lutions intérieures, bien qu'elles aient été définiti-
vement recouvertes par les circonvolutions exté-
rieures au momer.t de leur passage de riniestin
grêle dans le gros intestin.
(102) Paley, dans son chapitre sur les compen-
sations mécaniques de la structure des animaux, cite
dans une espèce de requin (le renard de mer, squalui
vvlpes) une disposition toute pareille à celle que nous
venons de mentionner comme appartenant à Tich-
thyosaure. — < Dans cet animal, dit-il, Pintestin
est droit d*un bout à Tautre; mais cet intestin droit
et par conséquent court n'est réellement qu^un con-
duit contourné en tire bouchon, el ce n'est qu'après
maintes circonvolutions, et en suivant une route en
réalité fort longue, que la substance alimentaire
arrive à son point de sortie. De cette sorte la briè-
veté de rintestin se compense par l^obiiquité du ca-
nal qui y est creusé, i
Le docteur Fitton a appelé raltentîon sur un pas-
sage de la Vie de Locke j par lord King (in-4*,
p. 166-167), d'après lequel il parait certain que l'im-
portance de la disposition en spirale du canal in-
testinal n'avait point échappé à ce profond philoso-
phe qui Tavait observée sur un grand nombre dt
préparations de la collectioq analotnique de Le^ile.
m
cou
ET DE PALEÛ.f TOLOGIE.
CON
m
pour les appeler à rendre témoijpiage des
évéoemenls qui se sont accomiilis au fond
des mers primitiyes durant les longues pé-
riodes antérieures à raTénement de rhomme
sur la (erre (103).
Structure des intestins dans les poissons
foisiles. — On a récemment découvert dts
coprolithes qui proriennent de poissons fos-
siles. M. Mantell les a rencontrés dans le
corps du macropoma mantellii de la craie de
Lewes; ils étaient en contact arec l'estomac
allongé de ce poisson vorace, et les tuniqnes
de ce riscère étaient également bien conser-
vées. Miss Anning en a découvert aussi dans
rintérieur du corps de plusieurs poissons
fossiles du lias de Lyme-Hegis. Le docteur
Hihbert a fait voir que les couches du cal-
caire d*eau douce du terrain houiller de
Burdîe - House , près d'Edimbourg, étaient
abondamment parsemées de coprolithes pro-
venant de |ioissons de cette époque reculée ;
et $ir Philip ^erton en a trouvé de pareils
mêlés à des écailles provenant du genre mé-
ealicfatvs, et à des coquilles d'eau douce dans
Fa formation cart)onifère deNewcastle-Under-
Tvne. M. W. C. Trevelyan a reconnu» en
I83§, des coprolithes au centre des nodules
d'argile ferrugineuse qui abondent à New-
havén, près de Leith, dans une falaise basse
imposée de schistes et appartenant égale-
ment à la formation carbonifère. H. Buck-
!and >is{(a cette localité dans le mois de sep-
tembre 183^, en compagnie de M. Trevelyan
Idi-méme et de lord Greenock» et y trouva
ces nodules épars sur la grève en quantité
si considérable qu*il lui suffit de quelques
rriinutes pour en rassembler plus d'échantil-
jons qu*il n'en pouvait porter. Parmi ces
é«*hanti lions, il y en avait qui renfermaient
un poisson fossile; d'autres quelque frag-
ment d'une plante; mais le plus grand nom-
bre avait pour noyau, un coprolithe dont
l'intérieur était contourné en spirale; et ces
débris proviennent sans nul doute de ces
jy>issons voraces dont on a retrouvé les os
dans la même couche. Ces nodules prennent
(105) La fameose salamandre fossile qui existe à
Ltyde, dans le calMiiet de Yan-Breda, contient, dans
b '^nîe correspondant à Tabdomen , plusieurs co-
protiibes où Too dislingue, dit-on, très-facilement
d^ frafonents d*os de grenouilles et de poissons. Les
cftprolîibes d*oiseaux de Cliicopee laissent Toîrqnel-
q'irfois, dans Tinténear, à Taide d^instruments gros-
fri^a'its, de véritibles graines, sons forme de petits
grains noirs.
Ob ooDuaft des coprolithes dans un grand nombre
4e localités et dans plusieurs étages : Lyme-Regis,
le romtéde Fîfe, etc., en Angleterre, Burdie-Rouse,
«I Ecosse, les cavernes de Lunel-Viel, en France,
de b prorince de Liège, etc., en ont offert les plus
■ombreux exemples. Le terrain le plus ancien dans
leqoel on \t% ait rencontrés parait être celui de Bar-
die-Hoase, compris dans les membres les pins infé-
rîevn de Pelage carboiiiférien. Les coprolithes de
Chîropee sont dans un grés dor et compacte appar-
iesant probablement au terrain triossique; ceux de
LTme-negis sont rapportés au lias ; il en existe dans
réiage lénooien de la craie de Meudon, dans les cou-
thf^ noires 4ii calcaire grossier de Passv ; enfin ils
abondent généralement dans la plupart des caTem<^
i •««enienis. Le guano repr6><*nte les coprolHhes de
du reste un fort beau poli, et les joailliers
d*£dtmbourg en ont fait des tables, ces serre-
papier et des bijoux qu'ils désignent sous le
nom. de pierres d*escargot {beetle stones)
parce qu'ils les supposent provenir de quel-
que insecte. Milora Greenock a découvert»
entre les lames d'un bloc de houille prove»
nant des environs d'Edimbourg, une masse
d*intestins pétrifiés, distendus par de la ma-
tière coprolithique et entourés d'écaillés que
le professeur Agassiz rapporte au méga-
lichtys.
Ce*^ naturaliste distingué s*est assuré mie
les corps fossiles vermiformes aue Ion
trouve en si grande abondance dans l'ardoise
lithographiaue de Solenhofen, et qui ont été
décrits par le comte Munster dans l'ouvrage
de Golafuss sous le nom de fumfrrirarta
sont ou des intestins de |)oissons pétrifiés,
ou le contenu de ces intestins oui a conservé
la forme du tube tortueux aans lequel il
était renfermé. Ce sont ces fossiles remar-
quables qu'il a désignés sous le nom de eo-
lolithes. M. Agassiz a a rencontré aussi de
semblables pétrifications contournées à l'in-
térieur de la cavité abdominale de plusieurs
poissons fossiles des genres thrissops et lep-
tolepis, et ils y occupaient relativement aux
côtes la position qu'occupent habituellement
les intestins (10^).
Sans doute, aux yeux d'un grand nombre
de personnes peu versées dans l'anatomie,
des recherches ayant pour objet quelque
chose d aussi obscur et d'aussi inaccessible
en apparence que la structure des intestins
chez une espèce éteinte de poissons ou de
reptiles, seront ce qu'il peut y avoir au
monde de moins digne d^attention ; mais ces
recherches acquièrent une haute importance
par les démonstrations que la science y puise
de la sagesse et du plan providentiel qui ont
présidé à la création ; elles fournissent un
anneau de plus à la chaîne importante qu^
unit les races qui, de nos )ours, vivent et
s'agitent à la surface de notre planète aux
races maintenant détruites de ses habitants
répoque contemporaine.
(104) Voyez son ouvrage sur les poissons fossiles,
liv. II, appendice, p. 15.
Les ODsenrations ou*a faites ce savant distingué
sor la marche de b décomposition dans les poissons
morts des lacs de la Suisse, Font condoit à expliquer
d*une manière fort ingénieuse pourquoi les cololithes
se rencontrent le pins souvent isolés dans le calcaire
lithographique. Ces animaux, immédiatement après
la mort, flottent à la surface des eaui, le ventre en
Tair, jusqu*à ce que leur abdomen crève par les gax
putrides qui s*y développent et le distendent. Cesl
par Touvertiire qui résulte de ce déchirement que
les intestins sortent du corps, tout en conservant
leurs circonvolutions naturelles. Mais après un tem|]s
très-court celle masse intestinale se trouve séparée
du corps par Tagitation des vagues. C^est alors qud
le poisson tombe au fond ; mais ces intestins conti-
nuent encore de flotter longtemps, et sMl arrive qu^ils
soient porlés sur le bord , ils y demeurent plusieurs
jours sur le sable avant que leur décomposition j
soit complète. Du reste, ce ne sont que les intestins
grêles qui se détachent ainsi du corps; restoiuac et
lc% a:!in:s risccrcs v rtslei»! ?f^és.
179
COQ
DICTIONNAIRE D£ COSMOGONIE
COQ
iso
des âges-priniiiifs (105). Le retour systéma-
lique» chez des animaux qui ont existé à des
époques aussi éloignées^ des mêmes moyens
disposas suivant des règles construites dans
le but de produire les mêmes résultats, et se
modiOani suivant les mêmes lois pour s*a-
dapler aux diverses conditions d'existence,
démontre que toutes ces choses doivent leur
origine à une même intelligence première.
Quand nous retrouvons dans le corps d'un
ichthyosaure la nourriture qu'il venait d'en-
gloutir l'instant d'avant sa mort ; quand l'in-
tervalle entre ses côtes nous apparaît encore
rempli par les débris des poissons qu'il a
avalés il y a dix mille ans, ou un temps dix
foisvplus grand, tous ces intervalles immen-
ses s'évanouissent en quelque sorte; les
temps disparaissent, et nous nous trouvons
pour ainsi dire mis en contact immédiat avec
tous les événements qui se soni passés à ces
époques incommensurablement éloignées,
comme s'il s'agissait de nos affaires de la
veille.
COQUILLES CNIVALVES et bivalves.—
Nous n'avons que peu de moyens d'arriver
& comiafitre la structure anatomique des
nombreuses tribus éteintes appartenant au
grand embranchement des mollusques. Leurs
organes mous et périssables ont disparu
presque complètement, et leurs coquilles
extérieures sont, avec un appareil interne de
même nature qui n'existe que dans un petit
nombre de cas, les seuls témoignages qui
nous restent de l'existence de ces êtres dont
les myriades occupaient les anciennes eaux.
Nous devons à la résistance qu'opposent à
la destruction les enveloppes calcaires sé-
crétées par ces animaux, de pouvoir assurer
notre étude des coquilles fossiles sur les ba-
ses mêmes de la conchyliologie actuelle; mais
le plan que nous nous sommes imposé nous
défend d'entreprendre autre chose qu'une
revue générale de l'histoire et de l'économie
or^^anique des créatures auxquelles ces co-
quilles ont appartenu.
Les couches de transition les plus ancien-
nes, où l'on rencontre quelque trace de vie,
renferment des coquilles univalves et bival-
ves de plusieurs formes différentes entre
elles, en môme temps que de nombreux dé-
bris d'animaux articulés et rayonnes. Parmi
ces coquilles, il en est qui sont tellement
(105) Le temps, qui rdpanddela dignité sur lout
ce qui échappe à son pouvoir destructeur, fait voir
ici un siagulier effel ue son influence : ces substan-
ces, si viles dans leur origine, étant rendues à la lu-
mière après tant de siècles, deviennent d*une grande
importance, puisqu'elles servent à remplir un neu-
vpau chapitre dans Thistoire naturelle du globe.
( Voyez Fossilisation.)
(106) Voyez Tintroduclion de M. Bro<lerlp à son
ilémoire sur quelques espèces nouvelles de brachiopo-
des, dans les Transactions géologiques, 1. 1", p. 441.
(107) Ce nom est tiré de la position qu'occupent
les pieds ou les appareils de la locomotion à la par-
tie inférieure du cou ou au devant du corps. A Taide
de ces organes, les trachëlipodes rampent à la ma-
nière du limaçon commun des jardins (hélix aspersa).
Cette même espèce offre en outre un exemple fa-
milier de ta disposition t|ue prenn'^nt les viscères
pareilles à des espèces actuellement exis-
tantes, qu*il nous est permis d*en concluro
qu'elles ont dû être créées pour les mêmes
fonctions, et qu'elles ont recouvert des ani-
maux dont les formes et les habitudes étaient
les mâmes que celles des animaux qui habi-
tent les coquilles de nos mers, dans lescjuel-
les nous observons les mêmes modifica-
tions (106).
Toutes les coquilles simples lurbinées ap-
partiennent à des mollusques d'un degrô
plus élevé que les conchifères, dont les ce-
quilles sont bivalves ; les premiers ont une
tète et des yeux, les conchifères sont dépour-
vus de ces deux importants appareils, cl no
possèdent, même à un degré inférieur, que
les seuls sens du toucher et du goût. Ainsi,
les mollusques qui habitent les coquilles (^e
la patellcetdu buccin sont des animauxd'uii
ordre plus élevé que les conchifères inclus
entre les deux valves de la moule ouolc
l'huître.
Lamarck a divisé son ordre des trachëlipo-
des (107) en deux grandes sections : les her-
bivores et les carnivores. Ces derniers eui-
mémes se partagent en'deux çrandes familles,
dont l'une attaque et détruitïes corps vivants,
tandis que l'autre se repaît des cadavres d'a-
nimaux qui ont succombé à une mort natu-
relle ou accidentelle, de même que nous
vo}[ons certains genres de mammifères et
d'oiseaux, tels que les hyènes et les vautours,
se nourrir de préférence aux dépens des ca-
davres. Le même principe d'économie de la
nature qui accélère la destruction des restes
de tant d'herbivores terrestres, en les faisant
servir à la nourriture de nonabreuses légions
de carnivores , se montre de même en vi^
gueur parmi les habitants des mers les plus
anciennes comme des mers actuelles. Par-
tout nous voyons la destruction dans un
groupe devenir un principe d'alimentation
et de vie pour d'autres groupes.
Suivant Pline, ainsi que 1 observe M. Dill-
wyn (108), l'animal que l'on supposait four-
nir la pourpre deïyr, pour obtenir sa nour-
riture, perçait les autres coquilles à l'aide
d'une trompe allongée, et Lamarck établit
Sue tous les mollusques qui ont à la basa
e l'ouverture de leur coquille une échan-
crure ou un canal, sont cle mdme pourvus
d'une trompe rélractile perforante (109) : ce
principaux de ces mollusques à rintérieur de leur
coquille enroulée.
(108) Voyez son Mémoire lu à la Société royale
de Londres, en juin 1825.
(i09) La trompe dont se servent les trachélipodes
carnivores pour ^rforer les autres coquilles e^l ar-
mée d*une inlinité de petites deots disposées comme
les dénis d'une lime à la surface d^oue membrane ré-
lractile que ranimai applique sur la coquille, de fa-
çon à pouvoir meure les dents en jeu et traverser du
dehors au dedans la substance «alcaire ilont cette
coquille esi composée ; c'est à travers ce trou qu'il
peut extraire, pour s'en nourrir, I«s humeurs coule-
nues dans le corps du mollusque destiné à lui senit
de pâture. Un exemple familier de cet organe nous est
fourni par la trompe rélractile du bucanum lapillus
et du buccinum undatum, sï communs surnoscdteii.
M. Osier a publié sur ce srjet, dans les Tn nîcc-
tsi
COQ
ET DE PÂLEOiNTOLOGlE.
COQ
S8%
font ces trachélîpodcs qui, dans son Système
des animaux invertébrés, forment la section
lies carnivores ou zoophages. Dans une autre
section du même ordre , qu*il désigne sous
le nom d'herbivores ( phytinhages), l'ouver-
ture de la coquille est entière, et la bouche
est armée d*orsanes disposés pour la masti-
cation des végétaui.
D'après M. Dillwyn, toutes les coquilles
turbinées fossiles des couches anciennes,
depuis le calcaire de transition jusqu'au lias,
apjiartiennent au groupe des herbivores, cl
ce groupe se maintient dans la série tout en-
tière des formations géologiques jusqu'à nos
jours, où nous le voyons conserver encore son
importante place ]\irmi les habitants des
mers contemporaines. Quant aux coquilles
des iinivalves carnivores, elles abondent
dans les couches tertiaires supérieures à la
craie» mais elles sont extrêmement rares
dans les couches situées au-dessous jusqu'à
Toolile inférieur, passé lequel on n'en ren-
contre plus aucune trace.
La plupart des personnes qui font des
collections ont vu, sur le rivage de la nier,
des milliers de coquilles vides que d'autres
animaux rapaces ont perforées de petits trous
l'irculaires pour parvenir jusqu au mollus-
que qui les remplissait et se nourrir de sa
substance. On observe de semblables perfo-
rations dans une foule de coquilles fossiles
de ces mêmes couches tertiaires, où abon-
dent aussi les restes de trachélipodes carni-
vores; mais elles sont extrêmement rares
dans les coquilles fossiles des formatitms
«intérieures. Dans la craie chloritée et dans
le calcaire oolitique, on en cite à peine
quelques exemples, et les débris de mollus-
ques carnivores qui les accompagnent sont
également rares ; enfin dans le lias et dans
b»s couches au-dessous on ne rencontre plus
ni coquilles perforées, ni coquilles offrant
celte échancrure de la bouche qui n'appar-
tient qu'aux espèces carnivores.
Ces faits nous conduisent à penser que,
dans l'économie générale des êtres sous-
niarins, la grande division des trachélipodes
carnivores remplissait le même rôle néces-
saire durant le cours de la période tertiaire
qu'elle remplit encore de nos jours. D'autres
témoignages nous font voir qVi'aux époques
antérieures à la craie, et durant le dépôt de
cette formation, elle fut suppléée dans ses
fonctions importantes par u autres mollus-
ques carnivores, les céphalopodes testacés.
t. es derniers, eu effet, ne se montrent ({u'en
proportion faible dans les couches tertiaires
iians pkHotopkiques^ (1852, n' partie, p. 497), un inc-
ntojre intéressant dans lequel il a figuré la langue du
bucciuum undalum avec Tespécc de rîipe dont cet or-
fane est recouvert, et qui sert à ranimai oour la
p rforatîOD des coquilles dont les habitants rornaent
s:i nourriture; et ce savant a modifié les idées que
Ton frétait faites sur ce point, en faisant voir que si,
d*une part, il est en effet vrai que les coquilles à
bouches échancrées annoncent dans les mollusques
qui j séjournent des habitudes c!irnivores, il ne rest
pas également ||u*une ouverture buccale entière, soit
constamment Tiodice certain d'un régime herbivore.
(110) M. DiUwyn fait encore observer qur tous les
et dans nos mers modernes ; mais les ter-
rains secondaires et les formations de tran-
sition , dans lesquelles les trachélipodes
manquent complètement ou sont extrême-
ment rares, sont remplies de nautiles, d'au;-
monites , et d*un grand nombre d'autres
genres de coquilles polylhalames, voisines
des précédentes et a*une beauté remarqua-
ble. Les mollusques qui habitaient ces co-
quilles cloisonnées avaient probablement les
mômes habitudes rapaces que nous obser-
vons aujourd'hui dans les seiches: et en dé-
vorant, comme ces derniers animaux, les
testacés et les crustacés tout jeunes, ils im-
posaient des limites au développement ex-
cessif de la vie animale au fond des mers les
plus anciennes. Leur disparition soudaine et
presque complète au commencemenlde la sé-
rie tertiaire eût laissé un vide dans la police do
la nature; elle eût permis auxtribus herbivores
de se multiplier h un excès nui fût devenu une
cause de destruction pour la végélaticm ma-
rine et pour ces tribus elles-mêmes, si les
carnivores détruits n'eussent éié remplacés
par d'autres appartenant à un ordre diffé-
rent, et destine à remplir ces mômes fonc-
tions que la destruction des ammonites et
des genres analogues venait de laisser va-
cantes. C'est à celte même époque géologi-
que, en effet, que recommencent è se mon-
trer en abondance les débris des trachélipo-
des carnivores, et tout nous porte h adopter
cette conclusion à laquelle est arrivé M. Dill-
wyn, que, « dans les formations supérieu-
res à la craie, la disparition subite et pres-
que complète qui a eu lieu d'une tribu ra-
pace a été com[>ensée par la création d'un
grand nombre de nouveaux genres et d3
nouvelles espèces pourvues des mômes ap-
pétits et organisées Je manière à se procu-
rer leur proie à l'aide de moyens tout diffé-
rents de ceux qu'employaient les céphalo-
podes, h
Il paraît donc qu'il est entré dans les des-
seins du Créateur que la mer fût remplie h
toutes les époques , et que la surface de la
terre fût couverte du plus grand nombre
possible d'êtres organisés et en possession
de l'existence; et que, depuis le moment où
commença la vie jusqu'à l'heure actuelle, un
seul moyen d'exécution a toujours été mis
en œuvre, qui consiste à faire du rè^ne vé-
gétal la base de la vie organique cliez les
animaux, et à cenlunler la somme de bien*
être accordée à ces clerniers, en livrant les
espèces herbivores à la dent vorace des car-
nivores (110).
trachélipodes herbivores marins des couches de trar-
sition et des couches secondaires étaient pourvus
d'un opercule que Ton pourrait regarder comme des-
tiné à les défendre contre lescéphalo{>odes carnivoro.4
Î[ui pullulaient à cette époque, mais que dans \ 'h
ormations tertiaires, on rencontre une foule de
genres liérbivores dépourvus de cet appetidice, comme
si c*éuit, en effet, parce qu'un* semblable boucliir
était devenu inutile, après que les ammonites e* h's
Sonres voisins des céphalopode^ carnivores avaient
isparu à la fin delà période secondaire, c*est-à-diie
après le dépôt de la ci-aicw
S83
eus
DICTIONNAIRE D£ COSMOGONIK
COS
«U
M. de La Bêche a publié un tableau dans
lequel il fait voir que le poids spécifique et
i la solidité des coquilles de plusieurs genres
actuellement existants sont en rapport avec
; les habitudes et avec le séjour de Tanimal
,. ï>our lequel elles ont été construites; et il
•^en déduit des preuves d'un plan primitif
pareilles à celles qui sont résultées pour
nous de toutes les investigations auxquelles
nous nous sommes livrés avec soin sur les
formes animales vivantes ou éteintes (111).
COQUILLES FLOTTANTES. Voy. Cou-
ches SÉD1MENTA1BES.
COQUILLES, leur période embryogénaire.
Voy. Mollusques. — Coquille chez les
céphalopodes. Voy Céphalopodes.
CORAN, sa cosmo^^onie. Voy. Gi^.0L0GiR.
COSMAS, ses idées en cosmographie. Voy.
Cosmographie.
COSMOGONIE. — 11 en faut bien conve-
nir, la cosmogonie ne marche qu'appuyée
sur des hypothèses ; mais d'un autre côté on
ne doit faire aucune difficulté de reconnaître
que l'hypothèse est utile toutes les fois
qu'elle ne se donne que pour ce qu'elle est
et qu'elle est appelée naturellement par l'é-
tat de la science. Pour constituer une hy-
pothèse, on imaixine des lois simples et des
causes en rapport avec les faits connus, et
on essaie d'user de ces lois comme si leur
réalité était démontrée ; c'est-à-dire que, ne
pouvant vérifier ces lois directement et cha-
cune à part , on essaie de s'en servir pour
prévoir les phénomènes complexes où elles
doivent trouver leur application, conjointe-
r^ent avec d'autres lois. Si l'expérience est
contraire, et si tout le reste du phénomène
était d'ailleurs parfaitement connu et expli-
qué, c'est que lalôi supposée est fausse. Si
1 expérience est favorable , c'est une proba-
bilité en faveur de la loi supposée , mais ce
n'est pas encore une preuve ; car le pro-
blèmeauquelcetteloisalisfaitpouvait être in-
déterminé, parce qu on n'en connaissait pas
toutes les conditions, et il pouvait, par consé-
quent, recevoir plusieurs solutions différen-
tes, dont une seule, la seule vraie, satisfait
à toutes les conditions réelles du problème,
c'est-à-dire tous les faits observés ou non
observés. Ainsi, une hypothèse , imparfaite-
ment confirmée par plusieurs expériences
insuffisantes , peut être ensuite renversée
(IM) c Un fait qui tratira pas échappé à TaUention
de nos lecteurs, c'est que le poids spécifique des co-
quilles terrestres que nous avons énumërées, surpasse
Sénéralempnl celui des coquilles flouantes.] *ii raison
e cette difTércucc cst';>sée à saisir. Tout en demeu-
rant d'un transport facile, les coquilles terrestres
devaient résister aux cliangeinenls de température et
à l'action des agents atmosphériques ; c'est pourquoi
elles sont en même temps plus minces et d'une den-
sité plus grande. La coquille de Targonaule, au con-
traire, ainsi que celle du nautile et des mollusques
qui ont les mêmes habitudes doivent réunir la légè-
reté à un degré de Torce suffisant, ce qui explique
pourquoi ces sortes de coquilles sont d'un poids spé-
ciBquc moindre. La co(|[uiile la plus dense que l'on
ait observée appartient a une hélice ; relïe de l'argo-
naute est la plus légère, et Tianthinc, mollusque flot-
par une seule (112). Cependant, elle est très-
utile, tant qu'elle peut servir à coordonner,
et à lier entre eux tous les faits connus.
Enfin, quand on voit une loi simple hypo-
thétique se vérifier dans tous les cas que
Ton peut imaginer, quand on la voit per-
mettre d'expliquer et de prévoir avec préci-
sion tous les faits qui paraîtraient capricieux
dans toute autre hypothèse, elle acquiert un
degré de probabilité qui équivaut presque
à la certitude. Enfin, 'quand il se présente
des moyens décisifs de vérification , elle
Ê sut devenir une vérité tout à fait certaine.
Ile restreint ainsi le domaine des faits con-
fus et indéterminés, et en les isolant, elle
permet d'y démêler d'autres lois inaperçues
jusque-là.
Par exemple, en méditant sur la chute
d'un corps , Newton conçoit Thypothèse de
l'attraction universelle et de ses deux lois
concernant les masses et les distances. Ap-
pliquée au satellite de la terre , cette hypo-
thèse en explique les mouvements en lon-
gitude et en latitude, la rotation et la libra-
tion. Appliquée de même avec succès à
toutes les planètes connues et à leurs satel-
lites, elle explique les lois de Kepler^ et elle
en montre la cause; elle explique les phé-
nomènes de la précession des équinoxes et do
la nutation. Elle permet de construire une
mécanique céleste, d'où l'on conclut d priori,
par la connaissance des forces motrices, les
mouvements des corps du système solaire,
les mouvements périodiques des mers, et
les époques précises des retours de celles
des comètes sur lesquelles on possède assez
d'observations. On découvre les mouvements
des étoiles doubles, et bientôt on voit que
leurs révolutions s'opèrent d'après les lois
de Newton, qui permettront un jour de cal-
culer les distances et même les masses de
ces étoiles. Quelquefois, cependant, les deux
lois de Newton semblent se trouver en dé-
faut. C'est alors qu'elles se justifient d'une
manière éclatante par des conséquences inat-
tendues, par exemple, ])ar la théorie des
perturbations; ou bien en signalant les fau-
tes ou Timpuissance de Tobservalion, en y
suppléant et en conduisant ainsi à des dé-
couvertes aussi belles qu'inespérées. Uranus
semble rebelle aux lois do Newton et aux
calculs de Laplace. C'est qu'un des éléments
tant, est également au nombrede ceux dont la coquille
est spécifiquement la moins oense. Le |>oids spéri-
iique de toutes les coquilles terrestres qui ontétc étu-
diées est supérieur à celui du marbre de CaiTare, et
à peu près égal à celui do TarragLonite. Quant aux
coquilles marines et d'eau douce, elles surpassent
toutes ce même marbre de Carrare, à Pexceptio:!
des genres argonaute, nautile, ianthine, lithmiome,
hallotide, et d'un grand taret des Indes oHenfalcs,
à coquiUe ravonnée cristalline. Le poids 8pécifii|ue
de la coquille de Thaliotide est exactement égal à
celui du marbre que nous avons pris pour tenue île
comparaison.» (De La Bêche, Geolog. Researchei^
i854, fig. 576.) V. Mollusques.
(113) pag. Herscuell, Discours sur Vétndede la
philosophie naturelle , n' partie, chap. 7, p. il 9
et suivantes.
4S5
CÛS
ET DE PALEONTOLOGIE
COS
Î56
du calcul a échappé à 1 obsenration, et c^est
le mathématicien qui montre à Tobservateur
une planète nouyclle. Entre les observa-
tions des éclipses des satellites de Jupiter,
on ne troure nas exactement les intervalles
marqués par le calcul. La cause de ces diffé-
rences itères, qui affectent nos observations,
et non les phénomènes eux-mêmes, se trouve
dans riné^alité du temps que la lumière
meta venir des satellites de Jupiter à nous,
suirant la différence de leurs positions dans
leors orbites, et c'est ainsi que nous a;)pre-
uons en combien de temps la lumière tra-
verse ces orbites, et, par suite, quelle est la
vitesse de la lumière en général.
Ainsi , les hypothèses servent beaucoup à
la science, ou, pour mieux dire, la science
n avance pas sans elles. Sans hypothèses ,
pas de ^ands progrès : les observations
jteuvent s*entasser ; mais elles restent stéri-
les, parce qu^elles sont faites au hasard et
5ans but, et parce qu'elles ne se rattachent à
aucune pensée qu'elles puissent, soit conûr-
Uicr, soit réfuter au proGt d*une pensée
nouvelle. On aura beau faire, la patience
iuiutelligente ne remplacera iamais le gé*
cie. L*œuvre du sénie dans les sciences,
c'est la création des bonnes hypothèses.
P»jur l'esprit humain , inventer c'est créer.
Mais il faut que ces créations de l'esprit hu-
main soient a accord avec l'œuvre de Dieu,
et c'est par l'observation qu'on s'en assure,
liosi, quoique les hypothèses soient de Tu-
t Jité la plus haute et la plus indispensable
pour la science , ii faut pourtant prendre
trarde de perdre à hasarder de vaines hypo-
t^èses le temps qu'on pourrait employer
plus utilement à découvrir des lois certaines,
qui seules fournissent les moyens de véri •
lier les h>i)othèses elles-mêmes.
Ces préliminaires étaient nécessaires à
propos d'uu sujet dont rien, dans la science,
n*é^e la profondeur et les difficultés, et
qui a donné lieu à l'invention d'une foule
ce théories ou d'hypothèses, dans lesquelles
trop souvent on remarque plus de témérité
que de science solide. Quelques savants
sartont ont cherché à appuyer leurs systè-
mes sur le texte sacré de la Genèse; il en
e<t résulté autant d'interprétations diverses,
que de théories imaginées dans le but spé-
cieux de mettre l'historien sacré d'accord
avec les découvertes de la science; ce sont
les théoriciens de ce eenre que nous re-
poussons ; mais quant a ceux qui rejettent
au delè du récit mosaïque toutes leurs idées
spéculatives sur la formation du monde et
son évolution, nous applaudissons à leurs
efforts toutes les fois qu'ils ne sont pas en
désaccord avec les découvertes de la science
; ositive, et qu'un Dieu créateur et modéra-
teur de la matière, et non un matérialisme
stupide, est au fond de leurs systèmes.
La matière première^ indéterminée, n'est
qu'un vain mot, auquel ne correspond au-
<tl5) Ce dernier ar^ment a été fort bien présenlé
I»ar !• Barnalât'*Gerdil, mort cartlinal en IHOI, lhw>-
U'^i'^n justement estimé , philo^ojihe rartébien trop
cune réalité. La matière réelle des corps
réels, c'est ce qu'on a uommé souvent ma-
tiêre seconde : ce sont les substances dont les
corps se composent, c'est-à-dire les atomes
premiers, substances actives, étendues, im-
pénétrables, continues, chacune en parti-
culier, mais distantes les unes des autres,
dont les divers agrégats constituent tous les
corps. Quand les corps se dissolvent, leurs
atomes subsistent et entrent dans de nou-
velles combinaisons.
Quelle est la cause de l'existence des ato-
mes, des lois qui président à leur activité, à
leurs combinaisons et à leurs mouvements?
En d'autres termes, quelle est la cause pre-
mière de l'existence, des révolutions et de
l'ordre actuel de l'univers?
Les atomes dont les corps se composent
ne périssent pas avec eux, et peuvent avoir
existé avant chacun d'eux: mais ni les ato-
mes, ni les corps, n'ont l'existence infinie,
immuable, indivisible, de Dieu et des idées
éternelles : ils durent^ et par conséquent ils
ont commencé d'être, et leur existence ac-
tuelle n a rien de nécessaire. Il faut donc
au'il y ait une cause première de l'existence
e chacun d'eux et de tous ensemble. Les
lois de leur activité, de leur puissance mo-
trice et do leur mobilité ne sont pas plus
nécessaires que leur eiistence même. 11 faut
donc qu'une raison suffisante, extérieure (*i
supérieure à eux, ait déterminé ces lois. En
suppo5ant même, contre toute raison, que
ces lois fussent nécessaires, et que la ma-
tière à laquelle elles s'appliquent existât
nécessairement, l'ordre actuel aurait encore
besoin d'une cause prise hors de la matière.
En effet, il est bien vrai qu'étant donné un
certain système de positions et de mouve-
ments primitifs pour tous les atomes, une
certaine série de révolutions résulterait in-
failliblement de leurs propriétés et de leurs
lois; mais à chaque système de positions et
de mouvements primitifs correspondrait une
série différente de révolutions. L'ordre ac-
tuel n'est donc point la conséquence néces-
saire des propriétés et des lois de la matière,
telles que l'observation les découvre; mais
cet ordre suppose de plus un certain arran-
gement primitif. Il faut donc qu'une cause
extérieure et supérieure à la matière en ait
distribué primitivement toutes les parties,
de telle sorte que, de cette disposition pre-
mière, les propriétés et les lois de la matière
aient fait sortir nécessairement l'ordre ac-
tuel, qui autrement serait sans raison suf-
fisante (113).
Il est.donc nécessaire de reconnaître Dieu,,
d'ime part comme organisateur, d'autre part
comme créateur de la matière, dont l'exis-
tence même, aussi bien que l'ordre et les
lois, supposent une cause première. Il est
bien vrai que les causes qui tombent sous
notre observation, soit interne, soit externe,
ne produisent que des changements de ma-
pea connu. Voyez son Recueil de dissertations snr
quelques principes de philoMphic et de rtligioê^ p. ^0
cl suiv. ; Paris i7«0, in- 12.
ÎS7
cos
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
COS
»t
r^s
nières (]*6tre ; mais Tidée de cause, |qui se
révèle à nôtre raison dans loute sa généra-
lité, à Toecasion de Tobservation des causes
])articulières et de leurs actes, est une idée
{iremière, absolue et afTiroiative, qui n*ex-
dut point la production des substances ac-
tives et de leurs facultés, et la raison nous
montre la nécessité d'admettre cette pro-
duction. Elle ne nous fait pas comprendre
non plus jusque dans sa raison dernière
le comment de la production, chaque jour
observée, des changements dans les êtres.
L'observation interne nous montre les limi-
tes de notre causalité; l'observation externe
nous laisse entrevoir les limites de la cau-
salité des autres êtres contingents ; mais
aucune induction légitime ne nous autorise
à Imposer des limites semblables à la cau-^
salité de l'Etre suprême. D'ailleurs, je suis
un être pensant, et par conséquent simple ;
mon existence est soumise au temps et a la
durée ; par conséquent elle n'est pas éter-
nelle. En effet, mon cœur est né d'hier, et
aucun souvenir ne me dit que j'aie existé
avant mes organes corporels; or, un être
simple ne peut commencer d'être, gue par
la création de sa substance indivisible ; la
création des âmes ne peut donc être qu'une
création de substances, et il n'y a de doute
possible que sur l'époque , et non sur la
réalité de cette création.
La production ûqs substances étendues,
de même que celle des substances simples
non éternelles, doit donc être attribuée à
celui qui est la source même de l'être, parce
qu'il en a eu lui-même la plénitude. Tout
ce qui est éternel est en Dieu et participe
comme attribut au mode de sa substance , à
son existence une , indivisible et immuable.
L'idée éternelle de l'espace et du temps,
d'où résulte la possibilité absolue des corps,
et l'acte de la volonté divine d'oi!l résulte
leur existence réelle , sont éternellement en
Dieu ; il veut éternellement l'existence de la
matière dans l'espace, la succession de ses
manières d'être dans le temps, ses mouve-
ments dans le temps et dans l'espace , et par
suite , l'existence de tel corps en tel temps
et en tel lieu donnés. Le temps et la durée
ont donc leur principe dans l'éternité, mais
n'en font pas partie. L'éternité n'a point de
parties, el elle n'appartient qu'à l'Etre né-
cessaire et immuable et à ses manières
d'être Le temps est la durée idéale et indé-
finie qui embrasse toutes les durées réelles.
Celles-ci sont nécessairement finies quant à
leur partie réalisée, et elles ont par consé-
quent un commencement, bien qu'elles
Euissent être illimitées quant à leur avenir,
a durée du monde et sa perfection relative
tendent sans cesse vers l'infini, qu'elles
n'atteindront iamais. Cette loi de progrès
sins laquelle l'optimisme serait insoutena-
ble, ne peut se concilier avec l'hypothèse,
inadmissible d'ailleurs , de la création éter-
nelle d'un monde éternel : quand même les
mots de passé et d'infini n'exprimeraient
pas des idées essentiellement contradic-
toires, si le monde indéfiniment ncrfoclibîe
avait un passé infini , il aurait déjh réalisé
un progrès infini ; il aurait atteint ta perfec-
tion suprême, qu'il n'atteindra jamais, en
y tendant toujours,
Nous ne comprenons pas, il est vrai, com-
ment l'existence indivisible de Dieu et des
idées nécessaires est présente à tous les
temps, sans être elle-même dans le temps,
et comment , par conséquent, l'acte éternel
par lequel Dieu crée est présent à toutes les
durées des créatures; mais nous compre-
nons que nécessairement il en doit être ainsi
et qu'il n'en peut être autrement. Cela doit
nous suffire; il faut nous résigner à ne pas
comprendre l'infini , et surtout il ne faut
pas essaver de le rabaissera notre niveau,
de le réduire à notre mesure, de créer, pour
le besoin de notre imagination et en dépit
de notre raison , un infini composé de par-
ties, une éternité successive , dont la moitié
serait écoulée. Le vrai incompréhensible,
mais certain, vaut mieux que l'absurde plus
accessible.
Ainsi, ceux qui demandent ce que Dieu
faisait avant la création font une question
▼aine, à laquelle d'ailleurs les platoniciens
avaient répondu avant Fénelon. Dieu na
pas été, il ne continue pas d'être , il ne sera
pas; il est et il crée. Mais le monde a été,
continue d'être et sera. Dieu voit ces rela-
tions d'antériorité et de postériorité là où
elles existent, c'est-à-dire entre les êtres
créés et leurs manières d'être successives ,
et non en lui-même ou par rapport à lui-
même ; car il est en dehors des conditions
du temps. Il ne faudrait donc pas demander
non plus de combien de temps le commen-
cement du monde est postérieur à l'acte éter-
nel par lequel Dieu crée. Cette question est
un non-sens, car aucune époque n'est pos-
térieure d'une quantité de temps quelcon-
3ue à ce qui est éternel. C'est comme si Ton
emandait de combien de temps l'existence
de tel corps sphérique est postérieure à
l'existence de cette vérité éternelle, que tous
les rayons de la sphère sont égaux entre
eux. Dira-t-on que, si le monde n'a pas tou-
jours été. Dieu lui est antérieur^ et que,
par conséquent. Dieu a été oisif avant d'être
créateur ? Les partisans de la création éter-
nelle doivent savoir que Yantériorité de la
cause à l'effet peut n'être que logique. Dieu
est logiquement antérieur au monde, c'est-
à-dire que l'existence du monde dans les
temps suppose nécessairement l'existence
éternelle cie Dieu ; mais ce n'est pas à dire
que, le monde existant depuis un cerlain
temps , Dieu ait existé oisif dans un temps
antérieur. Dieu n'a pas existé dans un temps:
il existe dans V éternité une et indivisible , el
il y existe comme créateur. Ce n'est pas
Diea oisif, c'est Dieu créateur qui est anté-
rieur au monde, et il l'est logiquement
comme les vérités éternelles le sont aux ob-
jets auxq^uels elles s'appliquent. Dieu n'a
pas été oisif, puis créateur : il est créateur
éternellement ; mais l'ensemble des choses
créées a commencé dans le temps , en vertu
de la volonté créatrice éternelle. Demandera-
ÎS9
ces
ET DE. PALEONTOLOGIE.
COS
SlHl
t-on pourquoi Dieu n*a pas voulu que l'exis-
tence du monde commençât plub tût , et
quelle raison suiCsantoila eue de faire com-
mencer Toxistence du monde en tel point
du temps plutôt qu*en tel autre? Cette ques-
tion est encore un non-sens : le temps , en
lui-même , est tout à faitindéterminé, puis-
qu'il n*est autre chose que la possibilité in-
définie de la durée. Le commencement de
l'existence du monde est la [)remièrc déter-
mination qui ait été introduite , le premier
point qui ait été posé dans le temps indéfini.
Ainsi , Dieu n'a pas eu à choisir entre plu-
sieurs points préexistants : il fallait oien
qu'il j eût un premier instant du monde ; ce
premier instant aurait pu être différemment
situé par rapport à une époque donnée de
l'existence du monde actuel, mais non ))ar
rapport à un point pris en dehors de celle
existence, puisqu'il n'y en avait aucun. De
âuelcjue manière que fe monde commençât,
n'aurait pu commencer ni plus tôt, ni
plu3 tard , soit par rapport à réternité , seule
existence réelle qui lui soit antérieure , et
qui Test logiquement , mais non par un in-
terralle de temps, soit par rapport au temps,
être idéal , qui n'a cessé d'être entièrement
indéterminé et n'a commencé d'avoir des
parties distinctes, que précisément par le
commencement de l'existence du monde.
Toutes les objections, anciennes ou ré-
centes, contre la création non éternelle dans
son effet, quoique éternelle dans sa cause im-
muable, sont de l'espèce de celles que nous
Tenons d'examiner : elles passent toutes à
côté de la doctrine que nous avons exposée,
et qui n'est pas nouvelle ni ignorée dans
rhistôire de la philosophie. Fénelon avait
pu trouver déjà le principe de cette doctrine
dans Platon, dans Plutarque, dans Nuuje-
nius et dans Boèce, du moins en ce qui cou-
crTne la distinction nécessaire du temps et
de l'éternité. Puissions-nous avoir formulé
cette doctrine d'une manière plus complète^
plus précise et plus inattaquable!
La création, acte éternel de Dieu, d'où ré-
sultent l'existence non éternelle de l'ensem-
ble des choses créées et leur durée succes-
sive, est donc la seule explication vraiment
rationnelle et philosophiquement acceptable
de l'existence des substances contingentes.
Cette explication n'est pas complète sans
doute; mais elle ne peut pas l'être, et nous
savons pourquoi ; le rapport du fini à l'in-
fini ne peut être compris par une intelli-
gence bornée, qui ne peut comprendre en-
tièrement l'infini, ni par conséquent le fini :
pour se rendre parfaitement compte d'un
rapport, il faudrait en connaître parfaitement
les deux termes. 11 faut se contenter de sa-
voir que ce rapport existe et quelle en est la
nature. Le rapport du fini à 1 infini est celui
de l'effet à la cause, de l'effet non étemel à
la cause éternelle, de l'effet qui a com-
mencé et qui dure dans le temps à la cause
qui existe oùtis son éternité indivisible. Or,
(-114) Tramact. phitcioph. 4833.— Traité d'ai-
tronomie^ etc. — Laplace, Aropcrc, Arago et beau-
coup d*aiitreii.
une cause peut produire hors d'ellc-raêmop
comme le prouve la production journalière
des modes d'une substance active par l'acti-
vité d'une autre substance, qui excite l'arti-
vilé de la première. Les substances cont n-
genles, (jui n'ont pas eu elles-mêmes leur
raison d être, ne peuvent produire que des
modes. La substance nécessaire, qui a sa
cause en elle-même, peut produire des
substances, et elle en produit, puisque des
substances non nécessaires existent. Le
rapport du fini à l'infini, qui est celui de
l'efifet à la cause, n'est donc pas en même
temps celui du mode à la substance, puisque
les attributs du fini sont contradictoires avec
ceux que la raison nous fait entrevoir dans
l'infini ; puisque le fini nous apparaît comme
étant précisément ce que l'infini ne peut
pas être, cl réciproquement ; mais surtout
puisque l'existence des puissances finies,
et d'abord de la nôtre, à titfe de substances
et non à titre de simples modes d'une subs-
tance unique, nous est prouvée par les
données réunies de l'observation et de la
raison.
Voilà comment et jusqu'à quel point la
philosophie nous semble pouvoir éclairer la
question générale de l'origine des êtres
conlingents.
Ces principes établis, nous allons expo-
ser brièvement la théorie cosmogonique
qui a été le plus en vogué parmi les sa-
vants. Imaginée d'abord par W. Herschell,
puis développée par l'autour de la Mécani-
que céleste {Voy. Laplace), elle a été depuis
adoptée par quelques cosmogonistos, bien
intentionnés d'ailleurs, qui ont prétendu la
trouver tout entière dans le premier chapi-
tre do la Genèse. Cette idée n'ft abouti qu'à
faire du texte sacré le plus étrange logogri-
phc. Nous examinerons celle théorie à ce
dernier point de vue aux articles Godefroy,
Marcel DE Serres, Jours -périodes, etc. Ici,
nous ne la considérons que sous le rapport
des exigences de la science elle-même, et
nous montrerons en peu de mots que l'un
de ses plus habiles défenseurs, le marquis
de Laplace, n'a pu se passer de Dieu dans la
formation de l'univers, quoique ce fût là le
but que se proposait l'orgueilleux savant.
— Selon cette théorie, le premier acte de
la création paraît avoir élé de remplir l'in-
commensurable espace d'une matière éthé-
rée, qui, d'après les plus récentes découver-
tes astronomiques, dues principalement aux
infatigables recherches des Herschell (IH),
va se condensant en amas plus ou moins
globulaires d'étoiles ou soleils, de comètes,
de pkmètes, de satellites, etc., amas isolés
dans les cièux, soumis à des lois qui ne ré-
gissent qu'eux seuls, et placés à une distance
si considérable de la terre, que la lumière
qu'ils nous envoient, mue avec une vitesse
de 80,000 lieues métriques par seconde, s'en
est dégagée il y a probablement plus do
mille ans (115). Chacune de ces masses glo-
(115) Ce qui fait un total d'au moins 24,608,080
minions de lieues jpour leur distance de la terre.
ÎOI
cos
DICTIONNAIRK DE COSMOGOrOS
COS
tii
biliaires, eonslilunnt ce que Ton appelle une
nébuleuêe^ est considérée comme le germe
d*un système de mondes futurs, analozue
au système de mondes dont notre soleil et
nos étoiles font partie. Car, suirant cette
hypothèse, tous les corps célestes que nous
apercevons dans Tespace autour de nous ne
forment qu'une nébuleuse, parvenue au point
où toute la matière s'est concentrée en noyaux
solides, et comparables, pour la forme, à une
meule de moulin dont la voie lactée indi-
querait le diamètre (116), et qui compren-
drait, dans son épaisseur, toutes les éloilps
que nous découvrons à droite et à gauche
dans le sens de ses deux faces.
A présent, si nous recherchons quelle
force, en résistant à Taction de la pesanteur
et à celle des affinités chimiques, a dû ori-
ginairement s'opposer à la condensation de
cette immense masse à Tétat de fluide élasti*
que, dont tous les globes de notre nébuleuse
particulière auraient été formés, c'est dans
Je calorique que nous devons naturellement
la placer. Mais, en vertu des lois de la cha-
leur rayonnante, et à la suite de siècles qui
échappent à tout calcul, toutes ces matières
si diverses se seront graduellement refroidies
en se partageant entre une multitude de
noyaux ou centres d'attraction, selon l'ordre
de leur pesanteur spécifique ; de gazeuses,
elle seront devenues liquides, puis solides
à divers degrés, de manière, toutefois, que
la température de chaque dépôt successif
et concentrique ne se sera jamais élevée
au-dessus de celle à laquelle le dépôt aura
d'abord été formé. A l'état liquide, chacune
de ces masses, soumise à un mouvement de
rotation sur elle-même, aura pris la forme
d'un sphéroïde renflé à son équateur, aplati
vers les pâles (117).
Ainsi, pour nous renfermer dans un cer-
cle comparativement beaucoupplus restreint,
l'espace qui s'étend jusqu'aux orbes des pla-
nètes les plus reculées de notre système
solaire, jnsau'à l'orbite d'Uranus, par exem-
i>le, éloignée du soleil de 737 millions de
lieues, toutcet espace n'aurait été à l'origine
qu'une vaste nébulosité, ayant pour centre
le centre de notre soleil, dont elle formait
comme l'atmosphère. Par suite de la con-
densation progressive et continue que le
refroidissement opérait aux extrêmes limi-
tes de cette immense masse de vapeurs (118),
mise en mouvement sur elle-même , des
niasses partielles, ries agglomérations dis-
tinctes s en détachaient successivement dans
M 16) Cestà cause de Ténorme largeur de cette
nébuleuse, dont nous occupons à peu prés le centre,
que les étoiles qui la composent, vues dans le sens
du diamètre, présentent à Foeil nu Tapparence de
levers nuages blancs, formant ce qu*on appelle vul-
gairement la voie lactée^ composée de myriades d*é-
toiles les unes derrière les autres. Diaprés Testima-
tion de W. Herschell, il en passa 50,(M)0 au moins
dans le champ de son télescope en une heure, et
dans ime zone de S degrés de largeur seulement.
On connaît 2,500 nébuleuses et groupes d'étoiles;
elles out une grande variété de formes.
M 17) C'est ce que démontre, pour la terre, le cal-
cul basé soit sur les lot^ de rhvaio.sialiine, soit sur
le plan de son équateur. En verUi du prin-
cipe des aires, à mesure que l'atmosphère
solaire se resserrait, le mouvement de ro-
tation s^accélérait, la force centrifuge due à
ce mouvement devenait proportionnellement
plus grande, et le point où la pesanteur lui
est égale se rapprochait du centre du soleil.
Toutes les masses de vapeur ainsi abandon-
nées à des époques et à des distances diver-
ses, continuaient de circuler autour do
Taslre central, leur force centrifuge ou tf in *
pulsion se trouvant balancée par leurpe*
sauteur, c'est-à-dire i>ar la force attractite
du soleil.
Toujours conformément aux mêmes lois,
ces masses secondaires, constituant ce que
nous appelons les planètes, par la condec*
sation de Tatmosphère propre dont elles
étaient environnées, ont formé aux limites
de cette atmosphère de nouvelles masses
globulaires, circulant autour du centre des
planètes dont elles sont devenues les s&-
tellites.
Le peu d'excentricité des orbes des pla-
nètes et de leurs satellites, le peu d'inclinai-
son de ces orbes à l'équateur, et l'identité
du sens des mouvements de rotation et de
révolution de tous ces corps avec celui de
la ro ation du soleil, paraissent donner à
ceUe hypothèse un nouveau de ^ré de vrai-
semblance.
En admettant que les choses se soient cas-
sées de la manière que nous venons de I ex-
poser relativement a la formation originelle
de chacun des globes de notre système, el
faisant abstraction de toute réaction chimi-
que entre les diverses substances simples et
composées qui constituent chaque dépôt
particulier, on peut imaginer qu il y aurait
eu homogénéité de com)X)sition entre cha-
cune des enveloppes concentriques et une
exacte séparation des unes d'avec les autres
par des lignes de nivean. Mais pour eipli-
auer l'état du globe terrestre, où tout atteste
'immenses explosions et des déchirements
sans nombre, il faut rendre aux éléments
des couches successives es propriétés chi-
miques dont ils sont doués. Alors l'ordre
régulier que nous supposions tout à l'heure
est détruit, et il se manifeste d'innombrables
réactions et combinaisons nouvelles qui
amènent des soulèvements, des brisements,
des bouleversements, et une série de phéno-
mènes d'une prodigieuse grandeur, accom-
plis pendant la durée de périodes de temps
Faction des perturbations lunaires. Cet aplatlsscrofni
de la terre aux pôles est de t;305, d*après les calculs
de Clairaut et de Laplace.
(118) H. Poisson, lui, établit f|ne la déperdition
de toute la chaleur d'origine précédait ou accompa-
Snait la solidification des masses, que les quanti t*^
e chaleur dégagées étaient transportées à la surface
où elles se dissipaient dans Tespace sous forme
rayonnante, et que la solidification commen<:aii par
les couches centrales. {Théorie maîhémat. de la cha-
leur, p. 427.) Dans Tune et Tautre théorie, oue de-
venait cette prodigieuse quantité de calorique? On ue
nous le dit pas. Voy, I^oisson (M.).
m
cos
a DE PAIAONTOLOGIE.
COS
f9l
immenses (119), sur toute Tétendae de la
sarbce du globe
Cependant les siècles 9*écou]ent, Téner-
Çqne effenrescence de tons les éléments an-
tipathiques qui se combattent et qui se mé*
lent diminue par Teflet des combinaisons et
d*ao refroidissement toujours nrogressif; la
croûte M)lidifiée s*épaissit, se nie peu à peu
ualgpré des commotions fréquentes, des bou-
ler ersements partiels et une foule de phéno-
mènes chimiques et météorologiques ; Tat*
mosphère enrironnant le noyau condensé,
d'abord d*une immense étendue et composée
d*Qne foule de substances diverses à une ex-
cessiTe température, subit une longue suite
de modifications, jusqu'à ce qu'enfin sa tem-
pérature soit assez abaissée pour que la va-
peur d'eau puisse passer à Tétat liquide et
se précipiter à la surface de la terre. Alors
commence une nouvelle et longue série de
réactions chimiques : une immense oxyda-
tion s*opère par le contact de Teau avec les
bases métalloïdes des terres et des alcalis ,
en dégageant une énorme quantité de cha-
leur qui volatilise les eaui à mesure qu'elles
arrivent. Mais le refroidissement augmen-
tant de plus en plus, Teau se précipite en
plus grande abondance; le noyau solide est
entouré d'un vaste océan acide, qui, péné-
trant dans rintérieur du sphéroïde, y déter-
ojine une oxydation violente; la croûte su-
fférieure est soulevée, brisée de toutes parts,
viuodise à des remaniements, et pour résul-
tat de ces prands mouvements mécaniques,
la terre se nérisse de montagnes autour des-
quelles roulent les flots brûlants d'une mer
azitée p»ar les marées, les courants, etc., et
douée d'une prodigieuse puissance d'érosion.
Sous Inaction prolongée cle ces eaux, si éner-
^iquement dissolvantes, les éléments des
M 19) On a été conduit, par de savante calculs, k
re résiilial remarquable que la terre, une fois écbanf-
ffe a vne température quelconque, et plongée dans
Qo Miffien plus froid qi relie, ne se refroidit pas plus,
davs t'espace de I,i80,000 années, qu'un globe de
3^ nrillîiBèires de diamètre, formé de matières pa*
reilles, et placé dans ks mêmes circonstances, ne le
fc-rait ea mae seconde, La durée de ces grands phéno-
mènes, dit Foorier, répond aui dimensions de Tu-
biv^rs; elle est mesurée par des nombres da mémo
•rJre que ceui qaî ex|>riraent les distances des étoi-
le fixes. (Amuste* de chimie ei de physiaue [ octobre
i^ii^.) D est démonlré que depuis 2,(KMi ans, le jour
K4éral B*a pas varié de l/tOO* de seconde , ou que
la dimiBUtion de la température de la moêsè toiuU
dn glofce a été moindre de t/2U0* de degré ; c'esi-à-
Aie qnll est démonlré qu*en 2,000 ans la lerre n*a
pas éprouvé la plus légère diminution dans ses di-
mea&îons.
(liO) L^eau Imiillante passe de 100 degrés à 172
par b compression de 8 atmosphères, et à !£65,89 par
h compression de 50 alraosphères. Si Ton suppose
qae le tiers on même le quart des eaux marines était
a rélat de vapeur lorsque les premiers granits se
fcriBaîenC, ce sera au fond d^une masse d*eao com-
prînée par le poids de 50 atmosphères et soumise à
«ne fhairur de plus de 265 degrés que se sera opéré
le remaniement des détritus granitiques , et leur ag «
g««iti2alîon par le ciment siliceux et feldspatbiqne
qu'alandoonèreat les eaux m dcvena'^t moins chau-
roches eranitiques sont désagrégés (120) «
leurs détritus» longtemps tenus en suspen-
sion mécanique dans les eaux, se déposent
peu à peu au fond des mers, et se conver-
tissent, sous Tinfluence de la chaleur cen-
trale, en .immenses lits de gneiss, de mi-
caschistes*, de roches amphiboliques , de
schistes argileux, etc. (ISl). Les agents at-
mosphériques secondent Taction des mers
dans ce travail de destruction, en attaquant
avec une violence désintégrante, oui ne se
retrouve plus dans aucun des météores ac-
tuels, toutes les masses minérales qui s'éle-
vaient au-dessus du niveau de ces mers pri-
mitives, au fond desquelles sont balayés tous
ces abondants matériaux sous forme de vase,
de sable et de gravier.
Telle serait la solution d*undes problèmes
les plus difficiles et ies plus compliqués de
la géologie, celui de la formation de cette
immense masse cristalline à surface irrégu-
lière qui sert de fondement à toutes les cou-
ches sédimentaires stratifiées qui lui sont
superposées, et dont tous les matériaux pro-
viennent de la disgrégalion opérée primiti-
vement dans ces masses granitiques par des
forces d*un grand pouvoir de dissolution.
Parmi les nombreux agents physiques
dont Faction parait avoir le plus puissam-
ment influé à toutes les époques sur la com-
position et Tarrangement des éléments du
monde matériel, la dynamique géologique
place donc au premier rang deux principes
antagonistes, le feu et Teau; insiruments
d'une énergie immense, qui ont déterminé
visiblement, dans Téconomie de notre globe»
à sa surface comme dans son intérieur, les
plus étonnantes révolutions et les change-
ments les plus féconds en résultats d'une
haute importance. Tels sont les deux grands
(121) n eiîste plusieurs théories sur la fonnatlon
de ces premières roches stratiliées qui ne contien-
nent aucun débris organique. ( Voy. dc la Bëchc,
RecheTches sur la part. Ihéor, de la géologie^ ch. U.)
La consolidation des divers dépôts sédimei lairrfl
s*est effectuée sous rinfluence de plusieurs causes.
Si Taetion de la chaleur a dû contnbuer â convertir
ks premiers dépôts de sable en quartz compacte ?t
les premiers lits d*argile en schistes argiient, da.«s
les terrains stratiformes primitifs et dans les roches
de la grauwacke, la consolidation des couches argi-
leuses, secondaires et tertiaires peut très bien s'ei-
pliquer par une pression considérable, ou par Fad-
mission de carbonate de chaux, lorsque Targile de-
vient mameuse. Cette même pression rend compte
de h transformation des sables en lits de ijrès, dans
les mêmes terrains, transformation qui a été favori-
sée, dans un grand nombre de circonstances, par !a
précipiution d'un ciment Untôt calcaire, tantôt sill-
ceui, d^osé très-probablement par quelque vo.0
humide, de la même manière que se forment les sta-
lactites et certaines concrétions quartzeuses , la
chalcédonie, etc. Ce dernier prccéde parait être ce-
lui qu*a employé la nature pour la formation des
marbres, bien que plusieurs marbres cristallins aient
pu se former par Faction du feu sous upc pression
énorme. Les dép^ des eaux dc Saint-Philippe, en
Toscane, forment iournellcment des marbres qui ont
la cassure, Taspect et tout ce qui constitue les mar-
bres dits primitifs ou statuaires.
S05
cos
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
CQfi
fSh
leviers à Taide desquels 1 inlelligence créa-
trice paraît avoir pétri, façonné, disposé la
malière inorganique de notre monde ; et jus-
qu'au ipilieu de la turbulence et du désordre
apparent de tant d'éléments opposés, sa sa-
gesse providentielle et sa toute-puissance
éclatent par l'uniformité des lois qui ont
réglé tous ces mouvements, dirigé toutes ces
forces, présidé à l'accomplissement de tous
ces étonnants phénomènes.
Beaucoup d esprits du premier ordre ap-
pellent grande et simple 1 hypothèse cosmo-
conique que nous venons d exposer (122);
(]uelqucs-uns la trouvent absurde, quasi
impie ; elle paraît à d'autres assez ingénieuse,
et surtout parfaitement innocente^ S*il nous
est permis d*émettre notre sentiment à cet
é^ard, nous dirons que nous sommes assez
disposés à nous ranger du côté de ces der-
niers. Nous pensons que, pour parvenir à
ses fins, il a sulTi à l'éternel géomètre de
laisser un libre cours aux agents naturels
une fois mis en action par sa volonté toute-
puissante (123). Nous ne voyons aucune im-
piété à supposer que Dieu n'a pas créé ins-
tantanément les globes sans nombre qui
('i«rculent dans l'immensité. Il l'aurait pu
^ans doute, qui le nie? mais l'a-t-il fait?
I-a Genèse est-elle donc si explicite à cet
égard? Que Dieu ait employé à créer ce
monde un moment, ou cent mille ans, ou
mille millions d'années, qu'importe à sa
gloire? L'éternité tout entière n'est-elle pas
toujours au delà?Répugne-t-il è ses attributs
d admettre qu'il ait soumis à des lois orga-
nisatrices les éléments de la matière dont il
a formé les mondes, et qu'il leur ait fait
subir une longue suite de modiGcatinns, à
peu près comme il fait dépendre d'une suc-
cession de phénomènes 1 accroissement du
ehène de nos forêts? Qui s'étonne que cet
ftrbre, qui nous ombrage de sa vaste cime,
n'ait pas poussé, tel qu'il est, dans l'espace
«lune minute, au lieu de n'avoir développé
son tronc majestueux qu'après trois siècles
ifl'évolution ? Et les éléments dont il est com-
posé ont été, eux aussi, à l'état de gaz ou de
vapeur. Personne ne songe & faire un crime
au savant de rechercher les lois physiologi-
ques qui ont présidé à la croissance du
cnène, l'honneur de nos forêts ; pourquoi ne
lui serait-il pas permis aussi de rechercher
les lois génésiaques qui ont présidé à la for-
(122) c L*liypothèse qui nous présente les maté-
riaux du globo comme ayant existé primitivcmeut
S' us la forme d'une nébuleuse, offre, dit le célèbre
fiucklafid, la théorie la plus simple et par conséquent
la plus probable de la condilion première des élé-
ments matériels qui composei-l notre solaire. »
Un autre savant anglais , M. Whewrll, a fait voir
jQsqu*;i quel point cette théorie, supposée vraie, tend
à augmenter nos convictions sur Texistence d'une
intelligence prrmiilivc cl prtsiiiant à tout. (Voir son
Traité de Bridgeivater, ch. 7.)
« Toutes les théories mooernes, fondées sur les
données les plus positives que nous fournissent l'as-
tronomie, la physique et la géologie , admeuent que
la terre ciail pnmitivenïonl à Tétai gazeux, c*esl-à-
dire que toutes les substances sol des qui h compo-
sent aujourd'hui se trouvaient disscmitiées à l'état de
mation de la terre et des corps célestes qui
peuplent leGrmament?
Au reste, la loi du développement graduel
se retrouve dans tous les ordres de phéno-
mènes de la nature, qui, comme Fa dit un
observateur célèbre, ne/at7 rien par saut [tîk).
Elle parait ôtre une des lois les plus univer-
selles de la création. Le temps est Télément
nécessaire du perfectionnement de toutes
choses, et cette observation est aussi appli-
cable au monde moral qu'au monde pbysi-
3ue ou organique. Le minéral polvèdre n'est
'abord qu'une molécule autour de laquelle
viennent se ranger symétriquement d'autres
molécules; toute plante, à son origine, n'est
qu'un germe, tout animal qu'un embryon,
et cet embryon et ce germe n'arrivent à'ieur
entier accroissement que par une marche
progressive.
a L'ordre même observé dans la création
des six jours, qui se rapporte à la disposi-
tion présente des choses, semble indigner
que la puissance divine aimait à se manifes-
ter par des développements graduels, s'éie-
vant en quelque sorte avec mesure de l'ina-
nimé à l'organisé, de l'insensible à l'instinc-
tif, de l'irrationnel à l'homme. Et quelle
répugnance y a-t-il à supposer que, depuis
la première création de 1 informe embryon
de ce monde si beau, jusqu'à ce qu'il ait été
revêtu de tous ses ornements , et propor-
tionné aux besoins et aux habitudes de
l'homme, la Providence puisse avoir voulu
conserver une gradation analogue, au moyen
de laquelle la vie aurait progressivement
avancé vers la perfection et dans sa puis-
sance intérieure et dans ses instruments ex-
térieurs? Si les phénomènes découverts par
la géologie manifestaient l'existence dun
pareil plan, qui oserait dire qu'il ne s'accorde
I\as dans la plus stricte analogie avec les
voies de Dieu dans la loi physique et morale
de ce monde? Ou qui assurera que ce plan
contredit la parole sacrée, puisque pour cette
période indéfinie dans laquelle l'œuvre du
développement graduel est placée, nous som^
mes dans une complète obscurité (125) ? »
Ce n'est pas que nous n'ayons bien des dif-
ficultés à opposer à la théorie en question ,
et l'on n'en doit pas être surpris : le sujet est
certainement le plus ardu qu'on puisse se
proposer.
Et d'abord nous observerons que les né-
vapeur, dans un espace beaucoup plus grand que ce-
lui qu'elle occupe aujourd'hui. » (Becquerel, TraiU
de rétectricîté et du maanélhme^ l. I"', p. 4ôO. Voir
aussi DE LA BÊcnEf Recherches sur la partie théorique
de la géoloaie^ c. 2. )
(i!25) c La sagesse divine embrasse avec une
force infinie et la raison première et la fin dernière
des êtres, et dispose tout avec douceur pour les con-
duire à cette fin. > {Sat/esse, viii, 1.)
(124) Ratura non agitper saltum.\L\SKt,) — Cetif
loi de continuité qui semble régir toute la nature,
a donné lieu à une foule de découveites physiques,
et a conduit à In connaissance d*anal)gies, de rela-
tions intimes entre des phénomènes qu on ne soup-
çonnait pas d'ulord en avoir aucune.
(125) NViSEMAis, biscour^ sur Us rtipports entre U
science et Tî religion révélée ^ lom. I", p. 302.
cos
ET DE PâLEONTOLOGIE.
COS
ÎM
hnleoses sut lesquelles on s*appuie sont les
ol^els astronomiques (es moins connus de
tout le del étoile* et sur la nature desquels
les sarants sont le moins d'accord.
On suppose que ces masses de matière
diffuse se condensent et se séparent en d'au-
tres nébuleuses à plusieurs sièges d'attrac-
tion ; mais ce n*est là en effet qu'une pure
supposition, et le télescope n*a encore rien
révélé aux astronomes qui porte à croire
'qu'une pareille transformation s*opère.
On peut fort raisonnablement.coi^ecturer
que les étoiles, environnées de nébulosités
sont de grandes étoiles, centres d'autant de
systèmes célestes d'une nature particulière^
et que ee qui donne lieu à ces nébulosités
apparentes* c'est la réunion d'une multitude
d autres étoiles trop petites pour être obser-
vées. On peut penser encore que ces nébu-
leuses sont entièrement formées d'étoiles
a^omérées dans un espace plus ou moins
resserré et d'un éclat intrinsèquement trop
faible p|Our être individuellement aperçues ;
la densité parait croître vers le centre, parce
que là un plus grand nombre de ces étoiles
se projettent les unes sur les autres, et, par
un effet d'optigue, ces étoiles, en se rappro-
chant et réunissant leurs lumières, produi-
sent l'image d'un point plus brillant que le
reste. C'est l'opinion d'Herschell. EnGn d'au-
tres savants conjecturent que ces points fai-*
blement lumineux, semés sur la voûte cé-
leste, pourraient bien être autant de voies
lactées d'un autre ordre de mondes plus
éleTés, dont il ne nous est pas possible de
distinguer les innombrables étoiles (ii6).
Admettons cependant l'existence de la
matière éthérée ou nébuleuse, il faut du
moarement , à présent^ dans cette matière ,
G or former le monde, et du mouvement se^
B certaines lois déterminées, et par consé-
quent encore l'intervention d'une cause pre-
mière, intelligente et toute-puissante. Le
système cosmogonique qui nous occupe sup-
pose tout cela, comme il suppose la création
de la matière élémentaire et primitive qui
remplit l'espace.
On ne peut soutenir que le mouvement
soit un attribut essentiel de la matière. La
matière est indifférente au mouvement et au
repos, c'est un axiome de mécanique. Si le
mouTement était essentiel à la matière^ il en
serait inséparable, il y serait toujours au
même degré : toujours le même dans chac^ue
fiortion de matière, il serait ineommuoica-
i-.'e, il ne pourrait ni augmenter ni dimi-
nuer, et Ton ne pourrait pàs même conce^
voir la matière en repos. Or, loin que noua
ne puissions pas la concevoir en repos, nous
sommes portés au contraire à regarder le
repos comme son état naturel. Si noua
voyons un corps inanimé en mouvement ,
nous ne mettons pas un seul instant en doute
1 existence d'une cause qui a déterminé ee
mouvement, certains qo'il a commencé et
gu'il doit finir avec l'impulsion de la cause
étrangère qui l'a produit. Mais allons plus
avant. On parle du mouvement esfentiel à
la matière : qu'est-ce que ce mouvement?
Est*il indéterminé ou déterminé? Dans le
premier cas, ce serait un mouvement en
tous sens, ayant à la fois tous les degrés de
vitesse, chose absurde. Bans le second cas,
qu'on nous dise qu'elle est la direction gue
la matière en mouvement suit nécessaire-
ment. Toute la matière en corps a-t-elle un
mouvement uniforme, ou chaque atome a-t-
il son mouvement propre? Selon la premièn*
idée, l'univers entier ne devrait former
qu'une masse solide et indivisible; selon la
seconde, il ne devrait former qu'un fluide
épars et incohérent» sans qu'il fût jamais
possible que deux atomes se réunissent. Sur*
quelle direction se fera ce mouvement com-
mun de toute la matière ? Sera-ce en droite
ligne ou circulairement, en haut, en bas, k
droite, à gauche? Si chaque molécule de
matière 'a sa direction particulière, (^nelles
seront les causes de toutes ces directions et
de toutes ces différences? Si chaque atome
ou molécule de matièi^e ne faisait que tour-
ner sur son propre centre, jamais rien ne
sortirait de sa place, et il n y aurait point
de mouvement communiqué; eticore même
faudrait-il que ce mouvement circulaire fût.
déterminé aans quelque sens. Donner à la
matière le mouvement par attraction, c'est
dire des mots qui ne signifient rien, et lui
donner un mouvement déterminé, c'est sup-
poser une cause qui le détermine. Plus je
multiplié les forces particulières, plus j'ai
de nouvelles causes a expliquer, sansja^
mais trouver aucun a^ent commun qui les
dirige. Loin de pouvoir imaginer aucun or-
dre dans le concours fortuit des éléments,
je n'en puis pas même imaginer le combatt
et le chaos de l'univers m'est plus inconce-
vable que son harmonie.
Il ne sert de rien de recourir à des lois gé-
nérales pour expliquer l'existence du mou-
vement, son intensité plus ou moins grande
et ses directions diverses. < Ces lois n'étant \
pas des êtres réels, des substances, ont
donc quelque autre fondement qui m'est in-
(f 2^ L'apiokm qml reprde les nébolenses comme l5è, de 200 fois , cède oaaiid on peut poasier les
^ aggluméiilian d'éloites trop éloignées poor être grossissemenu josqn*ii 1,000 et M delà. Ainsi Ber-
ëiftincKmcot à l'aide de nos însiniments
. . noos parait la plus vraisemblable. H y a
àam le del des - gronpat oui ne nrésencent à rœil
an ^*aae ma«e eonnneoe lumim et dont on dis-
i liés Inm les prinâpales étoiles avec le se-
de simples besicles. Tel est le cas pour les
les. n y a d*antres tacbes lumineuses qo*on ne
M à ranodre en groupes d*étoiles 4|n*au moven
^ ^éêeieopn d*nn fort pouvoir d'ampbOcation/Ce
Soi a réaisté à des grossissements de 50, de f 00^ de
Sicnoir* DK CosiioGOjfn n on PAiioirroLoaiE.
scheU est parvenu à transformer en agglomérations
d'étoiles la plupart des nébuleuses <|ue Me&ûer,
pourvu de lunettes moins puissantes, erojait irré-
ductibles, et qn*il appdaîl des nébuleuses sans éloi- .
ks. A œ point de vue, sans eoutredit le plus raison-
nable, les nébuleuses sont contraires plulét que fi-
vorebies à Tbypotbése astranomioo-cliimlqoe , ear
ee seraient des mondes tout formés et non à Pétat
Vay. NÉanLSosESi
M
XH)
ces
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
COS
eecBu. L'expérience et robservatîon nous
3nt fait connaître les lois du mouTement :
ces lois déterminent les effets sans montrer
les causes; elles ne suffisent point pour ex-
pliquer le système du monde et la marche
lié runivers. Descartes, avec des dés , for-
mait le ciel et la terre, mais il ne put donner
le premier branle à ces dés« ni mettre en
jeu la force centrifuge qu'à l'aide d'un mou-
vement de rotation. Newton a trouvé la loi
de l'attraction; mais l'attraction seule rédui-
rait bientôt l'univers en une masse immo-
bile : à cette loi il a fallu joindre une force
projectile pour faire décrire des courbes aux
oorps célestes. Que Descartes nous dise
quelle loi physique a fait tourner ses tour-
billons; que Newton nous montre la main
qui lança tes planètes sur la tangente de
leurs orbites (127).
LêS'premières cau»€S du mouvemeni ne $oni
point dans la matière : elle reçoit le mouve^
ment et le communique^ mau elle ne le produit
pas. Plus f observe l'action et réaction des
forces de la nature agissant les unes sur les
autreSf plus je trouve -qutj d'effets en effets^
il faut toujours remonter à quelque votonté
pour première cause ; car^ supposer un pro-
grès ae causes à V infini ^ c'est n'en point sup'
poser du tout. En un mot^ tout mouvement
qui n'est point produit par un autre^ ne peut
venir que d'un acte spontané^ volontaire. Les
corps inanimés n'agissent ^ue par le mouve»
mentf et il n'y a point de véritable e^etion sans
volonté, Voità mon premier principe. Je crois
flonc qu'une volonté meut l univers et anime
la nature. Voilà mon premier dogme ou mon
premier article de foi (128).
Le mouvement n'est donc pas essentiel à
la matière. 11 existe donc un premier Mo
leur.
Dans riijpothèse que nous discutons, il
fkut, pour construire le monde avec la ma-
tière nébulaire, qu'il s'y forme différents
centres ou sièges d'attraction. En vertu de
quelle loi ces centres divers ont-ils été dé-
(127) Toici la réponse de Newton à ceue question <
c L«8 mouvements observés maintenant par les
|)4anètes ne peavent être simplement déterminés par
une cause naturelle, ils doivent provenir de la vo-
lonté d*ua agent lilm et plein dlntellisence. Puis-
qae les com&es descendent dans les i^ens de nos
planètes et 8*y meuvent en tonte sorte de, directions,
kuîvant quelquefois le même chemin que les pla-
nètes, d'autres fois prenant le chemin opposé, ou
bien encore une direction oblique, ayant leurs plans
ÎQclinés vers le ]>lan de Técliptique et & des angles
de toute espèce, il est bien évident qu^aucune cause
naturelle ne pourrait obliger les planètes, tant piiiH
cipales que secondaires, a se mouvoir constamment
dans to môme direction et sur le même plan. Cette
roulante doit être Teffet d*un calcul intelligent. Il
n*y a pas non plus de cause naturelle qui fût ca-
pable de communiquer aux planètes le defré précis
«Je vélocité qui leur est nécessaire, relativement à
leur distance du soleil et des autres corps placés
itans une position centrale pour se mouvoir en orbes
concentriques autour de ces corps... Pour ordonner
r« système avec son ensemble aamirable de mouve-
ments, il fallait une cauoC ^ui jugeât et comparât
les quantités diverses de matière qui devaient entrer
dans la formation du soleil et des planètes , qui ap-
terminés ? On parle d'attraction ; mais qnVst-
ce que l'attraction dans l'état de choses dont
il s agit f L'attraction est de deux sortes,
Tattraction planétaire et l'attractioD molécu-
laire. L'attraction planétaire s'exerce sur de
grandes masses^ à des distances considéra-
bles; elle n'est autre chose que l'action par
laquelle ces corfis éloignés opèrent ou in*
fluent les uns sur les autres à travers l'es-
pace qui les sépare, sans qu'il y ait aucun
écoulement de corpuscules qui y contri-
bue (129). Or, rattraclioB planétaire ne pou-
vant pas évidemment exister avant qu'il y
eût des planètes ou un système de corps cé^
lestes organisé, ce n'est pas sans doute de
cette sorte d'attraction qu il s'agit dans l'iiy-
fiothèse de nos cosmogonistes. Reste donc
'attraction moléculaire. Cette dernière a deux
modes d*action : l'un en vertu du(|uel les
molécules de même nature sont unies entré
elles dans les corps solides ; c'est la cohésion.
Cette force, insensible dans les corps à l'é-
tat gazeux, était nulle dans la masse élé-
mentaire dont nous parlons. L'autre mode
d'action de l'attraction atomique s'appelle
affinité : c'est cette force qui, sous certaines
conditions, unit, combine entre eux, les ato-
mes de nature différente, qui sont à l'état de
Faz. La loi d'afQnité est donc la seule que
on puisse invoquer ici ; mais pour qu'elle
obtienne son effet, plusieurs conditions sont
nécessaires. Il y avait gazéification, il est
vTai ; mais pour qu'il puisse y avoir combi-
naison, il faut de plus pression, et par con-
séquent résistance. Doù est venue cette
pression? qui est-ce qui a produit cette ré-
sistance dans la supposition d'une matière
élémentaire formée de gaz essentiellement
élastiques et soumis à une expansion indé-
finie en tous sens? Evidemment il n'y avait
pas de pression , et par conséquent pas de
combinaison .possible. D'où nous conclurrms
qu'il n'y avait place pour aucune des espèces
connues d'attraction, e^ parlant pas d'attrac-
tion. D'où encore la nécessité de recourir à
préciAt la puissance de la gravjlalion résultant de
ces diflërences , régl&t les distances à établir etitre
le soleil et les planètes principales, dt même quVn-
tre Saturne, Jupiter, la Terre et les planètes secon*
daires, et qui assignât aux planètes le degré juste
de vélocité qu*elles devaient avoir pour accomplir
leur révolution autour des corps placés au centre.
AAn de meUre en rapport et d'ajuster toutes ces
choses dans un ensemble de corps si variés , il a
fallu bien certainement, non pas une cause foiiuite
ou aveugle, mais Tintelligence du gt^omètre le plus
habile et du mécanicien le plus consommé. *(Nbivto.'« ,
Première lettre à BentMey,)
(128) J.-J. RoossEAir.
(129) Cette force agit toujours en raison directe
des masses et en raison inverse do carré des dis-
tances. Quand on dît que le pouvoir de la gravita-
tion agit en raison directe des musses^ on eotetti ^ne
ce pouvoir agit d*autant plus sur un corps, qae ce
corps a plus de parties, et quand on ajoute que cette
même gravitation s^exeree en reison imeetse dm carré
des distauces, on teut dire que le corps qui pèse,
paï exemple, iOO kilogrammes à un diamètre de la
terre, ne pèsera qifun kilogr. s*il est éloigné de dix
diamètres.
»i
ces
ET DE PALEONTOLOGIE.
COS
501
rintervention d*uD agent suprême et tout-
puissant |>our établir Tes centres d'attraction
et rëj^ulariser les mouvements de la matière
primitive.
Supposons toutefois la matière élémen-
taire distribuée par masses globulaires dans
l*e';pace, et formant des nébuleuses avec
un centre d'attraction et des limites dé-
terminés. Pour former un monde avec
cette masse d'éléments ainsi disposés, une
foule de conditions sont nécessaires. Il ne
faut pas d'abord que , dans chaque masse
reîspective, ces éléments se solidiGent, par
le refroidissement, autour du centre qui les
attire, autrement nous n'aurions qu'un globe
énorme au lieu d'un système de globes. Qui
préviendra cet inconvénient ? Le mouvement
de rotation. Mais d'où naît un pareil mouve-
ment dans la nébuleuse? Quelle est sa cause
physique? Pour expliquer le mouvement gi-
ratoire des planètes, on a recours à un
échange continuel et réciproque des électri-
cités de noms différents entre ces globes et
celui du soleil : c'est une hypothèse à la-
quelle une expérience d'électro-ma^nétisme
a donné une apparence de prot>abilité (130) ;
mais, quelle qu'elle soit, elle n'est ici sus-
ceptible d'aucune application. En effet, pour
que cet échange d'électricité ait lieu, il faut
au moins deux globes dans le même sys-
tème, et il n'y en a qu'un dans le cas
dont il s'agit, la masse immense de la né-
buleuse (131).
La géométrie la plus transcendante, la
plus haute philosoohie, sont donc dans l'im-
puissance absolue n'expliquer l'origine de ce
mouvement de rotation que l'on suppose
dans la nébuleuse ; il ne peut donc être at-
tribué qu'à la volonté du Créateur.
Poursuivons. La nébuleuse tourne sur
elle-même ; à mesure qu'elle refroidit , des
masses s'en détachent par l'effet du mouve-
ment giratoire ou de la force tangeutielle.
L*attraction (132), agissantsur chaque masse
(150) On plonge dans du mercure les deux tiers
environ d'un petit aimant dont rextrémité inférieure
est attachée par an fil au fond du vase. Lorsque
raimant flotte ainsi presque verticalement, de ma-
nière que son pèle nord s'élève un peu au-dessus
de la soHace, oo fait descendre perpendiculairement
QD courant d*ëlectricité positif le long du fil méulli-
<pie qui touclie le mercure» et Taimant commence
amsit^ à tourner de gauche à droite autour du fil.
Gomme la force est uniforme, la rotation s'accélère
iasqu'à ce que la force tangentielle se trouve l»-
lancée par la résistance da mercure; alors elle de-
«ieat constante. On fait tourner par le même pro-
eédé et avec one grande rapidité, un aimant et qd
ejOndre autour de leurs propres axes. On a oom-
■UAiqué par les mêmes moyens un mouvement de
rotation mulier au mercure, à Teau, etc., le vase
qui les renfermait restant immobile.
^151) Tout récemment M. Henri Martin s'est ef-
forcé aeipllquer Torlgine du mouvement de rota-
Imi, dont Laplace n'assigne pas la cause primitive.
H. H. Martin pense que les dépôts qui se formaient,
par i'cflet d*un abaissement de température , à la
fliirCace de la nébuleuse solaire, en se précipitant
vers le centre, ont dû faire éprouver aux matières
Îii y étalent déjà solidifiées des réactions chimiques
où il sera résulté, selon lui , des commotions c%*
séparée, rèçle sa rotation autour de la masse
gazeuse principale. Cette opération s'étant
renouvelée au moins dix fois pour notre sys-
tème, le mouvement de la première pianète
détachée, Uranus, a donc varié autant de
fois. L'attraction, pour cette planète, ne se-
rait donc aujourd'hui que le dixième de ce .
qu'elle était à son origine. Il en a été de
même proportionnellement pour toutes les
autres planètes. Chaque modification (lans le
mouvement d'une planète a dû en déter-
miner une autre dans sa forme, et par suite
amener une série de variations profondes
dans tout Tensemble des phénomènes qui se
rapportaient à cette planète. Il a donc été
nécessaire qu^une intelligence souveraine
présidât à toutes ces opérations diverses, à>
ces séparations successives des masses se-
condaires^ planètes, satellites, etc., réglât
tous les mouvements, et dictât à la matière,
dans toutes ses phases de transformation ,
des lois rigoureuses pour prévenir les per-
turbations et empêcher la destruction de l'or-
dre préexistant.
D autres considérations démontrent en-
core visiblement l'action d'un ordonnateur
étemel et tout-puissant au milieu de ces
grandes évolutions. Il existe un rapport nu-
mérique constant entre les distances des pla-
nètes à l'égard les unes des autres. La cos-
mogonie oes savants nous conduit à suppo-
ser que , pour obtenir un pareil résultat, il'
aurait fallu qu'à chaque planète qui se dé-
tachait de la masse génératrice, la puissance
attractive diminuât d'une quantité égale et
uniforme , et par conséquent que la masse
eazeuse primitive perdit, à chaque nouvelle
formation de planète, une quantité de ma-
tière égale et uniforme : or, l'observation
fait voir que les choses ne se sont pourtant
point passées ainsi. En effet, les volumes et
les diamètres des planètes sont loin de dé-
croître d'une manière uniforme dans leur
ordre d'éloignement du soleil : par exem-
pables de donner une Impulsion violente à la masse
entière et de produire une rotation. Nous avouous
que nous ne pouvons comprendre comment des com-
motions oui, dans une sphère, devaient se produire
sur tous les rayons , puisque ces dépôts arrivaient
au centre suivant la direction de cnacuu de ces
rayons, ont pu avoir pour résultante d'y déterminer
un mouvement de rotation. 11 nous semble, au con-
traire, que s'il eût été possible que, sur un point, une
commotion déterminât un commencement de rota-
tion, cet effet aurait été annulé par une commotion
agissant en sens contraire sur un point opposé.
(132) On a avancé que Tattraction était essentielle
à la matière, i Admettre que la gravitation soit in-
née, Inhéf ente et essentielle ^ la matière, de soirte
qu^un corps puisse agir sur un autre corps à travers
le vide et la distance qui les séparent, sans le con-
cours d*un agent par qui l'action et la force de ces
corps soient transmises de Tun à Fautre, est à mes
yeux la plus grande absurdité que Ton puisse con-
cevoir; et aucun homme, je pense, ne peut y tomber,
pour peu quUl soit capable de raisonnement en
matières philosophiques. Evidemment la gravitation
doit avoir pour cause un agent aul opère toujours
d'après des lois déterminées. » (Newf o:f, Traiêiime
my
C05
DICTIONNAIRE DE COSMOGONlli:
COS
M4
ple^ Urahus a 77,5 de volume ; Saturne, qui
^ent ensuite, en a 887,3; Jupiter, 14.70/2;
Mars, 0,2; la Terre,!; Vénus, 0,9; Mor-
sure, 0,1.
On ne peut non plus, sans Tintermediaire
de la volonté libre du Créateup, rendre
compte de la formation des satellites et des
comètes. On fait sortir les satellites de la
masse des planètes ; ils devraient donc par-
ticiper à la nature de la masse d'où ils tirent
leur origine ; cependant, la lune, par exem-
ple, n'a pas d'atmosphère, tandis que la terre
en a une. D'où vient encore qu« parmi ces
planètes il en est qui n'ont pas de satellites
ou qui n'en ont gu un, tandis que d'autres
en ont jusqu'à six, sept, etc.? Enfin, com-
ment expliquer l'origine des comètes ? Les
fera-t-rn venir, comme les planètes, de la
massci gazeuse principale? Pourquoi alors
ne sout-elles pas soumises aux mêmes lois
de forme et révolution...?
Ainsi donc, dans cet ordre de hautes spé-
f4il8tîons, on sent à chaque pas la nécessité
de recourir à une intelligence qui a conçu
et exécuté un plan d'ordre et d'harmonie,
d'invoquer la volonté d'un législateur qui
a imposé des lois à la matière pour l'exécu-
tion de ses conceptions et pour la conserva-
tion de son œuvre à mesure qu'elle se déve-
loppait. Mais quelles étaient ces lois? qui
{)eut le dire? Les lois qui ont présidé à la
ormation, à l'évolution du monde physique,
ne peuvent être celles qui le régissent dans
l'état présent; car ces dernières sont des ef-
fets et non des causes, ce sont des résultats
de l'ordre de choses existant. Dans un ordre
de choses nécessairement différent, comme
eelui que le système cosmogoniqiie suppose
avoir existé à l'origine, il a dû y avoir des
lois organisatrices appropriées, différentes
des lois actuelles. Il est probable qu'elles
échapperont toujours aux investigations de
la science, et que Celui quia étendu les deux
€t donné la lot à toute leur armée (133) s'en
est réservé le secret. Car mes pensées ne sont
pas vos pensées^ et mes voies ne sont pas vos
voiesj dit l'Eternel. « Autant les cieux sont
élevés au-dessus de la terre, autant mes voies
sont au-dessus de vos voies et mes pensées
au-dessus de vos pensées (13i). »
Nous jugeons difficilement ce qui se passe
sur ïa terre^ dit l'auteur de la Sagesse (135),
$t nous trouvons avec peine ce qui est sous
nos yeux; qui donc oserait scruter le^ secrets
des deux (1C<)? Yoy. Laplacb, Gbnèsb
KATÊAIALISTE, PlANÀTES» GoDECROT, etC.
COSMOGONIE
AUX XVI' ET XVIP SIÈCLES.
Major esl S Tîptar» auctoriu» quam
. Miuii biUDUii togenii capacitaB.
(S. AoscsTiirot.)
. Les interprètes du premier chapitre de la
Qenise ont naturellement porté dans leur
explication les idées cosmoiogiques de leur
133) ifule, XLv.42v
45i) /sfl^^ Lv, 8, 9.
^i3<ft) Sageus, ix, 10*
il
temps. Ces idées sont généralement emprun-
tées à la philosophie grecque, alexandrine
ou arabe, et plus près de nous, à ces nombreux
e( savants observateurs qui, aux xvr et xvn'
siècles , remuèrent avec plus ou moins de
bonheur en Europe les plus hautes questions
des sciences physiques et astronomiques.
Nous nous bornerons à résumer le système
explicatif de la Genèse^ tel qu'il était encore
adopté au commencement du xvii* siècle et
présenté comme le plus probable.
Copernic, il est vrai, avait d^à publié ses
ouvrages; maison tenait encore fortement
au système de l'immobilité de la terre placée
au centre du monde , système soutenu par
Platon, Eudoxe, Callipus, Aristote, Archi-
mède , Hipparque , Sosigènes , Cicéron ,
Vitruve, Pline, Macrobe, Ptolémée, Ticho-
Brahé, etc. Le P. Riccioli, dans son Alma^
gestum novum^ opposait à Copernic jusqu'à
soixante dix-sept arguments contre le mou-
vement de la terre, et eu réfutait quarante-
neuf autres qu'il suppose que Ton peut faire
en faveur du système de ce célèbre astro-
nome.
Tycho-Brahé écrivait lui-même contre le
système de Copernic : Cette lourde masse de
ta terre^ dit-il, si peu propre au mouvement^
ne saurait être ainsi déplacée et agitée éTune
triple manière r comme le seraient tes corps
célestes^ sans choquer les principes de la phy-
sique; Vautorité des saintes Ecritures s y
oppose.. f,. Je pense qu'il faut décidément et
sans aucun doute placer la terre immobile au
centre du monde en suivant le sentiment dem
tmciens astronomes ou physiciens et le témoi'^
gnage de l'Ecriture,
Et , dans une lettre au malhématicieiv
Rothmann, en date du 21 février 1589, re^
venant sur ce triple mouvement attribué à
la terre par Copernic, il dit : N'est-ce pa»
confondre les choses d'ici-bas avec les choses
célestes et renverser tout l'ordre de la nature?
Ne vous y trompez pas^ en croyant que Co^
pemic ait suffisamment répondu ceux absur-'
dites physiques qui résultent de son hypo^
thèse. Je vous démontrerai que tout ce que
vous dites pour le défendre ne suffit pas pour
mettre la chose hors de doute : vous êtes encore
moinsrecevable dans l'interprétation que vous
donnez des passages de l'Écriture qui soni
contraires à votre système^ etc. Ticho-Brahé
s'efforce ators de prouver h son amr que
l'Écriture sainte est incompatible av^ec le
système de Copernic.
Les commenlateurs de la Genèse^ placés
entre des systèmes qui avaient pour eux la
consécration d'une nàute antiquité et des
opinions toutes récentes, donnaient natu-
rellement la préférence aux premiers* De
là cet échafaudage de sphères ou cieux so-
lides et transparents comme le cristal , qui
tournent en emportant les astres, cette im-
mobilité de la terre au centre de l'univers
et de toute cette physique et cette astro-
(1^) Voy. notre Nouveau Traité des ScieiKiS
géologiques, ch. 11, 2*^ édiUoo.
GOS
ET DE PALEONTOLOGIE.
COS
Bomie qui nous paraissent aujourdliui si
étranges.
Dans la première moitié du xyn* siècle,
aoas trouTons toutes ces opinions en(*ore
appliquées à Tinterprétation du premier
cbapitre de la Genèse,
Qii*est-ce que le ciel, calum , mentionné
au premier Terset du premier chapitre de la
Genèse.
C'est le cîel empyrée, le premier ciel,
«eitti que saint Paul appelle le troisième
ciel, et Barid le ciel des cieux , en un mot
c'est le séjour des bienheureui. Ce n'est
point le ael des astres, le firmament ou
liuitième ciel , celui-ci n'ayant été créé que
le second jour.
Tel est sur ce point le sentiment le plus
commun.
Et la terre ^ iermm? La terre est le globe
que nous habitons, leguel était alors envi-
ronné d*un abtme ou immense masse d*eau
3ui s'étendait jusau*au ciel empyrée. C'est
e cette masse d eau en partie solidifiée
qu*ont été faits le second jour tous les cieux
ou le firmament, et tous les astres le qua-
trième jour.
Le deuxième verset (rerra erat inanîs et
xacua) s'entend d'une solitude vide et vaine,
sans habitants, sans plantes, sans animaux ,
sans ornement d'aucune sorte, plongée au
centre de Tablrae des eaux. J^s ténèbres
étaient non-seulement sur la face de Vabtme^
maiselles pénétraient touCelamasse des eaux.
V Esprit de Dieu, c'est-à-dire le Saint-Esprit,
troisième personne de la sainte Trinité, était
porté sur les eauxde l'abîme, pour les échauf-
fer, les vivifier, les féconder par sa présence.
Au troisième verset {fat tux^ etc.)» la lu-
mière n'est |X)int créée, & proprement parler,
car, le premier iour. Dieu avait créé toute la
matière première , et c'est d'elle qu'il tire
ensuite la lumière et les autres substances
tant essentielles qu'accidentelles, auxquelles
il donne pendant les cinq jours suivants la
forme et l'ornement.
Des commentateurs supposent que Dieu
fil no globe avec de l'eau qu'il condensa, y
«ttacba l'expansion de la lumière et confia à
VQ ange le soin de mouvoir ce globe en 2i
benres, d'Orient en Occident, autour de la
terre jusqu'à la création du soleil. Comme
les mêmes commentateurs admettent que
les eaux remplissaient l'espace immense
qui s'étend de la terre jusqu au ciel empy-
rée, il n'est pas facile de comprendre le
iDooTeroent de. ce globe lumineux pour le
premier jour.
Ce n'est qu'au second jour que les eaux
supérieures sont serrées des eaux inié-;
rienres par la création du firmament, qui
est le ciel des étoiles et des autres astres.
Les eaux supérieures sont au-dessus de tous
les deux mobiles, immédiatement au-de^^r
sous du ciel empyrée, et ce sont là les eaux
véritables et naturelles. Ce sentiment a pour
lui Ph'ilon, Josèphe, saint Basile, saint Am-
broise, Procope, Théodoret, saint Chrysos-
fome, Rupert, Gennadius, Sererianus, saint
Hilaire, BèJe, saint Justin, saint AugustiUi^
Onkelos , Oléaster, Lipomanus, Molina et
beaucoup d'autres.
Ces eaux supérieures que l'on suppose
d'une nature 'plus subtile et plus noble que
notre eau, ont été placées au-dessus des
cieux pour empêcher, suivant Procope et
Théodoret, le soleil, la lune et les autres
astres enflammés de dissoudre le ciel fait
lui-même d'eau condensée, et pour réper-
cuter vers la terre les rayons des corps cé-
lestes. Oléaster pense quVlles ont été mises
là en réserve pour s'en échapper en cata-
ractes lors du déluge de Noé. D autres pen-
sent qu'elles sont la pour servir d'ornement
à l'univers, et pour que les cieux puissent
voir constamment au-dessus d'eux la matière
dontils tirent leur origine. Peut-être ont-elles
aussi pour destination de contribuer au bon-
heur (les saints qui habitent dans lempyrée
et de réjouir leurs yeux par la variété et la
beauté des effets optiques auxquels elles
f)euvent donner lieu, comme on le voit par
*arc-en-cicl et par tant d'autres phénomènes.
Peut-être enfin constilueut-elles pour les ha-
bitants de l'cmp^Téeunesorteùairoud'élher
subtile, perquem^ dit Cornélius à LapiJe,
Beati omnia sentiunt, respirant etmoventur.
Les idées cosmologiques reparaissent au
quatorzième verset, cest à-dire au quatrième
jour, lorsque Dieu crée le soleil, la lune et
les étoiles {fiant luminaria in firmamento).
Le firmament ne signifie ])as seulement ici
le huitième ciel étoile, mais toute retendue
qu'embrassent les orbes célestes. Tous les
astronomes de l'époque enseignaient que les
étoiles sont fixes et se meuvent avec le hui-.
tième ciel ou ciel sidéral. Elles sont lurai^
neuses par elles-mêmes, puisque leur lu-
mière n'augmente ni ne diminue, soit qu'elles
s'approchent ou qu'elles s'éloignent du soleil.
Ce qui le prouve encore, c'est qu'elles sont
éloignées de soixante-seize millions de lieues
du soleil, distance où la lumière de celui-ci
ne saurait parvenir.
Ainsi, le quatrième jour tous les corps
célestes furent formés d'eau condensée , de
cette même eau qui remplissait, au deuxième
verset, l'espace immense qui s'étend de la
terre au ciel empyrée. C'est donc une erreur
(le regarder 1 s étoiles comme un produit du
fou, ainsi que l'ont cru les anciens.
Quant aux mouvements des planètes, les
opinions se partagent entre Ptolémée, qui
admet des cercles excentriques , concentri-
ques, des épicycles, etc., et Aristote qui nie
toutes ces choses (137).
Voici quelles étaient les idées qu'on avait
du volume et de la distance des corps par
rapport à la terre. La lune était trente-neuf
fois plus petite que la terre; le soleil cent
soixante rois seulement plus in-os que notre*
pLinète, dont il est éloigné oe quatre HiK-
îionsde lieues. Il parcourt i,lW,000 lieues
M37) On tfouvera dans notre Dictionnaire d^Mlro- du monde, do^ deuils que nons ne pouvons domMr
, ée pkfswiu et de météorologie^ art. Syitèitu ici sur ra5tro:.ouiic ancienne *A celle «lu moyen «§0.
307
eus
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
COS
34»
IMirbeare dans son mouTement journalier
auiOur de la terre, Torbe où if se meut
n'ayant que 27,360,000 lieues environ^ Quant
aui étoiles qui appartiennent au huitième
ciel f elles sont éloignées de la terre de
80,500,000 lieues ; Tépaisseur du firmament
ou du ciel étoile est de même de 80,000,000
de lieues. Quelle doit donc être la distance,
l'épaisseur , l'étendue du neuvième , du
dixième ciel et des cieux supérieurs , mais
surtout du ciel empyrée I
Une étoile parcourt 42,330,000 lieues par
heure dans son mouvement autour de la
torro, chemin qu'un cheval, courant 40 lieues
par jour, ne pourrait faire qu'en 2,904 ans.
Il n'y a ppinl d'étoile qui no soit au
moins dix-huit fois plus grosse que notre
§lobe. Mais il y en a de six différentes gran-
eurs. Celles de première grandeur, au nom-
bre de 71, sont 107 fois plus grosses que la
terre. Le nombre tota.1 des étoiles est de 1,054.
Après avoir fait le calcul du nombre d'an*
nées qu'un homme, faisant cent lieues par
jour, emploierait pour franchir l'espace
3 ni nous sépare du firmament , qui est de
0,000,000 de lieues, puis l'épaisseur de ce-
lui-ci, puis Tespace qui s^étend du firma-
ment jusqu^au ciel empyrée, un commenta-
teur célèbre du xvir siècle nous suppose
transportés tout ii coup dans quelque étoile,
ou mieux encore dans Tempyrée, et de là
jetant un regard sur ce chétif globe de la
terre ; ne nous écrierions-nous pas : : Hoc
est punclunii cui inkiant fUi Adœ^ quasi for-
micœ : hoc est punctum^ quod inter mortaUs
ferra et igni dividilur. O quam angusti suni
mortalium terminit O quam angusti sunt
mortalium animi! Despice ergo punctumhoc,
et suspice cali ambitum , quidquid hic vides
exiguum est et brève: immensa et œtema co^
gita.
Telles étaient au commencement du xvir
siècle la physique et l'astronomie à l'aide
desquelles on essay^iit d'expliouer le pre*
mier chapitre de la Genèse. Depuis cette
époque, ces deux sciences ont bien changé
de face , elles ont été presque entièrement
renouvelées^ Les nouvelles découvertes ont
déterminé à tenter de nouvelles explica-
tions, à combiner de nouvelles théories
Mais îes systèmes imaginés pour concilier
la science moderne avec la Genèse ont-ils été
plus heureux? Nous nous proposons de les
{tasser successivement en revue pour que le
ecteur puisse comparer et juger. — Voy.
GoDEFROT, Marcel d^ Serbes , Joi}rs-Pé-
RioDEs, Cosmogonie, Laplace, Maupied, Pa-
CDOIf, D9BRETNE, ChACBARD, CtC.
COSMOGONIE ORIENTALE, Voy. Géo-
LOGIE.
COSMOGRAPHIE DES PÈRES DE L'É-
GLISE. — Sous ce titre, M. Letronne a
ÎUDiié dans la Revue des deux mondes (mars
84V) un article criliaue où Ton regrette de
ne pas trouver plus cfe loyauté et de justice.
Nous allons le transcrire d abord tout au long,
i)uis nous le ferons suivre de quelques ré-
lexions qui montreront le peu de fonde-
ment des reproches adressés par ce savant
à l'Église et k ceux qui en sont regardés
comme les colonnes.
« Il fut un temps, dit M. Letronne, et
ce temps n'est pas encore bien loin de nous,
où toutes les sciences devaient prendre leur
origine dans la Bible. C'était la base uni-
que sur laquelle on leur permettait de s'é-
lever ; et d'étroites limites avaient été fixées
& leur essor. On laissait l'astronome ob-
server les astres et faire des almanachs,
mais à condition que la terre resterait au
centre du monde, et que le ciel continue-
rait à être une voûte solide, parsemée de
points lumineux; le cosmographe pouvait
dresser des cartes, mais il devait pascr en
principe que la terre était une surface plane»
suspendue miraculeusement dans l'espace,
et soutenue par la volonté de Dieu. Si quel-»
ques théologiens , moins ignorants , per-
mettaient à la terre de prendre la forme
ronde, c'était à la condition expresse qu'il
n'y aurait pas d'antipodes. L'histoire na--
turelle des animaux devait partir de la re-
production de ceux oui avaient été con*
serves dans l'arche ; Tnistoire et l'ethnogra-
phie avaient pour base commune la disper-
sion, sur la surface de la terre, de la fa-
mille de Noé.
« Les sciences avaient donc leur point
de départ fixé et déterminé, et l'on tra-
çait autour de chacune d'elles un c^ercle d'où
il lui était interdit de sortir, sous peine do
tomber à l'instant sous la redoutable cen*
sure des théologiens, qui avaient toujours
au service de leur opinion, bonne ou maxx^
vaise, trois ar^ments irrésistibles, la per-
sécution, ja prison ou le bûcher.
•c Ces obstacles, que l'esprit scientifique
rencontra dans tout le moyen Age, et qui
retardèrent pendant si longtemps les pro*
f;rès des sciences d'observation, tiraient
eur force principale de l'autorité des saints
Pères. Ces hommes, si éminents par leur
foi et leur éloquence, mais généralement
peu familiarisés avec les études scientifi-
ques, se persuadèrent que la seule cosmo-
graphie bossible était cdle qu'ils trouvaient
exposée aans la Bible, et que les opinions des
Grecs, c'est-à-dire le système de Pfolémée, ne
devaient point être admi3es, parce qu'elles
étaient contraires au texte de Moïse, dont
toutes les paroles , inspirées par Tesprit
divin, devaient offrir le reflet de l'éternelle
Sagesse. Quelques-uns d'entre eux , trop
éclairés pour ne pas sentir toutes les dii-
ficultés qui résultaient de l'interprétation
littérale, essayèrent d'entrer dans une voie
moins étroite. Pour l'honneur de récrivain
sacré, ils pensèrent qu'en certains cas le
sens vulgaire de ses expressions en cachait
un plus relevé ; ils y découvrirent des al-
légories savantes ou des symboles mysté-
rieux. Ce système d'interprétation, puisé*
dans les habitudes de la philosophie païenne,
et que les Juifs alexandrins, tel que Phi-
lon, avaient adopté déjà, fut mis en œuvre
surtout par Origene, un des plus spirituels
entre tes saints Pères; mais on le repoussa
de toutes parts. II y eut des docteurs chré»
109
€0S
ET DE PALE«X9T0L0GIE.
COS
SIf
tiens gnr, Toyaot à qfxélie conséquence con*
duisait linterprétation littérale de la Bible,
relativement S la cosmd^aphie, mais n*o«
sant pas s*en écarter* Tonlurent qu'on s'abs-
tint de toutes ces discussions mondaines,
étrangères à la foi, et qui pouvaient lui
nuire ; ils gardèrent eut-mèmes un silence
prudent (138). D^autres , recommandables
par le savoir, la raison et le courage, osè-
rent prendre ouvertement la défense des
idées grecques. De ce nombre Tut Jean Phi*
loponus, doQl Touvrage sur la création a
pour objet de prooverque rien, dans la sainte
Ecriture, ne s*oppose réellement au système
de Ptolémée (139J ; mais il y réussit fort
mal: du moins les théologiens en jugèrent
ainsi; presque tous s'en tinrent aux con-
séquences de l'interprétation littérale^ et re-
jetèrent tout moyen de conciliation. Les
fausses idées qui en découlent prirent un
tel ascendant, que c^est avec une grande
hésitation, et en prenant toutes sortes* de
précautions oratoires, qu'on laissait percer
une opinion contraire k ces préjugés of"
thodoxes. Ainsi, nar exemple, Eusebe de
Césarée se hasarae à dire, dans son Com-
mentaire sur les Psaumes^ aue la terre est
ronde {\Wj ; puis, effrayé ae tant de hac-
diesse, il se nâte d*ajouter que, du moins^
tel est Tavis de quelques-uns, laissant clai^
reroent entrevoir (et le P. Montfaucon lui-
même [141] le remarque) que cet avis était
le sien, mais n'osant ouvertement l'avouer;
aussi dans un autre voyage il revient aux
préjugés alors en vigueur (IVâ).
« Le patriarche Photius, eu donnant l'a-
na'.yse des ouvrages de Cosmas (143) et de
Biodore de Tarse (144), montre ({u'il était
loin de partager les étranges opinions que
ces auteurs émeUent sur les phénomènes
célestes et la forme du monde ; mais, aux
précautions dont il use, il est facile de voir
combien il craignait de blesser les Ames
pieuses et timorées,
« Cette lutte entre l'esprit et la lettre,
entre le bon sens des uns et la foi robuste
des autres, flt naître une foule d'ouvrages
de controverse, où lespartisansde l'interpré-
tation verbale cherchaient à convaincre leurs
adversaires de l'impossibilité de concilier
la Bible avec Tastronomie alex^ndrine ; ils
en tiraient eux-mêmes les plus étranges
hypothèses, qui se réunissaient toutes dans
Texclusion formelle de la rondeur de la terre.
Saint Augustin, Jactance, saint Basile, saint
Ambroise, saint Justin, martyr, saint Jean
Cbrysostome, saint Césaire, Procope de Gaza,
Sévérianus de Gabala, Diodore de Tarse, etc.«
ne permettent pas que le vrai chrétien con-
serve Ik-dessus le moindre doute.
• Il faut convenir que si les phénomènes
naturels n'étaient pas là pour contredire
le texte, l'interprétation littérale serait sans
réplique; Texplication que les Pères don-
nent de la BibJe et les conséquences qu'ils
en tirent seraient également iucontestaoles.
Ce n'est vraiment qu'à l'aide des interpré-
tations les plus forcées qu'o%peiit voiraans
ce texte autre chose que ce qu'ils y ont
vu. Ce n'est qu'en changeant le sens na-
turel des mots, en bouleversant la suiV)
des idées, que les géologues bibliques de^
Suis Burnet et Whiston jusqu'à Kerivan Qt
)elucy ont pu réussir à faire accorder la
Genèse avec leurs idées^ Telle est, par
exemple, leur explication favorite du mqt
jour^ dans le récit de la création; selon
eux, ce n'est pas un espace de vingt-qua-
tre heures, c'est un intervalle de temps in-
déterminé qui a pu être inimense. Deluc
et ses ipditateurs n'aperçoivent que cp.
moyen de se procurer le temps nécessaire
pour la formation des diverses couches qui
composent l'écorcedu globe. M^iis c'est ache-
ter bien cher lavantago de faire de Moïse
un géologue : car cette fameuse interpréta-
tion, contraire à l'ensemble du texte, le
tend complètement inintelligible. Adoptée
ou plutôt tolérée en désespoir de cause par
quelques théologiens conciliants (145J, elle
a toujours été rejetée du plus grand no/c-
bre, catholiques ou protestants, parce qu'elle
ne donne a Moïse l'apiiaronce- du savoir
géologique qu'eii lui étant jusqu*à lombrp
du sens commun (146). Ce récit demeure
véritablement inexplir:able, lorsqu'on part
dupoiijj.de vue scientifique, mais il devieni
clair et facile,, comme le reste du premier
chapitre de la Genèse^ quand on ne veut
y voir que l'expression naïve de ces idées
élémentaires qui se sont présentées à tous les
peuples dans 1 enfance de la civilisation (147)«
« Imaginer que Ho'ise a pu n'être pas ins-
piré en tout ce qu'il a écrit, distinguer,
comme l'ont fait quelques modernes, ce
S Ai est de foi de ce qui est- science, c'est
ce qui ne vint pas et ne pouvait venir
dans la pensée des Pères; forcés tout
à la fois par le sens certain des mots et
l'ascendant d'une conviction profonde, ils
croyaient ne pouvoir hésiter sur les consé-
quences de l'interprétation littérale. Ils fer*
inaient les yeux sur leur absurdité ; ce qui
était écrit devait être vrai ; tant pis pour
la raison humaine, elle devait se soumettre»
car, comme le disait saint Augustiq, ma^
(138) Jbh. Pniopex., De créai, mtméi, m, 13;
p. 154» f 35.
(139) Id.,'p. 58. 79,1U, 119, 120 et aiibi.
(140) Dans b Cotiect. msa Pair., i, p. 460. E. éd.
Montf.
(141) Ptmf. in Euseb., in CoU. nos. Pat. i, 355.
(142) Comm. m Besaîam.^ Coll. nos., ii, 511, D.
|J43) Biklioik., omI. 55, p. 9, éd. Hoescb. — 7,
cnl. 2, L U, 15, ed Bekk.
(144) .49. enmd.^cnà. 223, p. 362, ad Hœsdi.^
P. 220, coL 2, 1, 15, Bekk.
(145) Frâtssmocs, Défense 4% ckristioitisme , t. U.
p. 202-203; 1825. 1d-12.
(146) Bercicr, Dict. de ihéot., art. Jour. Les 6*'*
néllctins auteurs de VArt de vérifier le$ date* ax-n*.
Père chrétienne^ p. 106, în-4*. Roseniiijlleb, tit PenUtt ,
I, p. f\^9. EiCHHORS, Vraesckiehte^ p. i, p. 151, eu*.
(147) HET?if:, De HesioJb thesL, oompu. goU., 1. 11,^
p. 137. PoTU, Mo9e$ nnd David Keinegeolageu (yoïse'
et Davii anilorofnl gc^ologii/^. ), p. 47; Uiert., 17îliD«
.»*<
eos
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
€05
Sif
jor esi Scrif turcs auctorUa$ quam omnis hui
mani ingenii capacitas (148 9).
^ Ajoutons mi ils étaient presgue à leur
insu sous rinuuencn des opinions popu-
laires qui dominaient encore les esprits
même assez éclairés^ et de celles oui avaient
été soutenues dans les lécoles philosophi-
ques des païens. Car, à côté des progrès,
à la vérité très-lents, des sciences d'obser-
vation , vivaient toujours les hypothèses
imaginées partes anciens philosophes pour
expliquer les faits avant de les connaître :
et ces hommes ingénieux avaient si large-
ment exploité le champ des vaines conjec-
tures, que les premiers commentateurs juifs
ou chrétiens de la Bible, dans leurs rêve-
ries les plus extravagantes, purent difiici-
lementy glaner une explication toutbfaitnou-
velle. La plus étrange de leurs explications a
sa racine dans quelque opinion de ces philo-
sophes païens dont ils méprisaient heau-
coup la morale^ mais dont ils estimaient
fort le savoir, et qu'ils aimaient toujours
h citer à Tappui de leurs propres opi?
nions.
H C'est ainsi que les idées cosmogranhi-;
ques auxquelles l'autorité des saints Pères
oonna tant de crédit, remontent presque
toutes aux écoles philosophiques de la
Grèce. Ce fait remarquable ressort avec
évidence de l'examen de quelques-unes des
opinions dont se cofnpose cette singulière
cosmographie.
« Je prendrai pour base de cet examen
la Topographie chrétienne de Cosmas, pu-
bliée par le P. Montfaucon, dans la Col-
iectio nova Pairum, — C'est, entre les ou-
▼raees qui nous restent sur ce sujet, le
seul où un système cosmographique soit
exposé d'une manière complète. Je le com-
parerai ensuite aAx notions détachées qu'on
tire des anciens commentateurs de la Bible,
en prouvant qu'elles remontent toutes à
cfueiquc opinion soutenue dans les ancien-
nes écoles philosophiques.
De la topographie chrétienne de Coimaê
Indieopleuste
« Au commencement du VI* siècle, vivait
à Alexandrie un personnage qui, après avoir
fait le négoce et voyagé dans les mers de
Mnde, avait embrassé la vie monastique.
Dans le repos et le silence du cloître, il
composa plusieurs ouvrages, dont il ne nous
reste plus c|ue la Topographie chrétienne Ce
livre, écrit vers l'an 535, a été connu de
Photius, qui en a donné un extrait fort suc-
cinct (150); mais ce savant patriarche a
ignoré jusqu'au pom de l'autcgr; et Fabri-
ce petit ou\raffe,d un savant théologien d'Helmstadt,
t pour objet ae céfutor ta géologie bibliaué (je Kir-
%'an (dans ses geoiogicul li$satj$^ pag. 5;i rt suiv.).
I/auteur veut prouver que le premier chapitre de 1»
(*€»é<«, f*iie conlicnt point de révélation; 2<> encore
moins une révélation de faits géologiques; 3" en au-
ÊTjne façon ure révélation failr à Adam on à M^îsc.
(1 18-9) /m GeMff., Il, 9. 0pp., (. III, p 15:», B.
dus doute même si celui de Cosmas, qui se
trouve dans le manuscrit, ne serait pas sim-
plement un de ces surnoms qu'il était d*usage
de prendre, d'après le genre des occupations
auxquelles ou se livrait, ou des ouvrages
qu'on avait composés (151). Quoi qu'il en
soit, ce livre n'a guère paru intéressant jus-
au'ici que par quelques détails curieux dans
llnde, où l'^iuleur avait voyagé, et princi-
palement sur Tes fameuses inscriptions grec*
ques qu'il avait copiées à Adules; aussi, à
1 exception de ces particularités, qui ont été
l'objet de diverses recherches, le fond du
livre n'a -pas beaucoup occupé les savants;
•n tout ce qu'on en lit dans plusieurs ouvrages
géographiques peut être considéré comme
un simple extrait de la préface du savant
Montfaucon. Cependant le fond même de ce
livre le rend un des plus curieux de l'épo-
3ue où il a été composé. Le but principal
e lauteur a été d'établir le seul système
cosmographique qui lui semblait orthodoxe^
c'est-à-dire, selon lui, conforme au sens
littéral de la Bible, auquel il s'attachait avec
scrupule. La partie astronomique de ce sys-
tème est complètement absurde; la partie
géographique est remplie de notions fatisses
et d idées extravagantes; et toutes deux se-
raient à peu près indignes d'examen, si
elles ne nous représentaient qu'une opinion
individuelle. Mais l'analyse approfondie de
ce livre démontre que les opinions qui s'y
trouvent ont été celles de plus d'un auteur
des premiers siècles du christianisme.
« Cosmas attaque très-vivement ce quHl
appelle les hvpotnêses grecques^ c'est-à-dire
les idées de 1 école alexandrine sur la ron-
deur de la terre et l'existence des antipo-
des (152). 11 croit démontrer d'abord sans
réplique, que l'Ecriture est formellement
contraire à ces dangereuses idées. Ensuite
il avance qu'il est absurde d'imaginer que
des hommes peuvent vivre la lôte en bas et
les pieds en haut (153), et que la pluie peut
tomber des quatre points de l'horizon dia-
métralement opposés (i^h). Ces arguments
datent de loin, et en tout temps ils ont été
trouvés fort bons. Plutarque (155) les met
déjà dans la bouche d'un des in:erlocuteurs,
§rand ennemi de la sphéricité de la terre et
es antipodes ; et on les voit se réproduire
de siècle en siècle, depuis Lactance et saint
Augustin jusqu'au moment où la découverte
de rAmérique et le voyage autour du monde
de Magellan vinrent pour toujours réduire
au silence les adversaires des antipodes.
« Selon Cosmas, la terre est une surface
plane entourée de fOcéan ; au delà s'étentl
une autre terre que les hommes habitaient
avant le déluge, mais où ils ne peuvent plus
pénétrer maintenant. Cette terre est cntouT
(150) Bibiiotkeca, cod. 36.
(151) Fabr., Bibi. gr., III, 2i; t. II, p. 612.
(152) CosnAS. p. 121, A, B; 157. A; 275, A.
(1.^5) Cosmas, p. 1I4« £.• ^
(loi) ld.,p. 119, D.
(15:i) De iGCit in orbe iun(r, p. 925; t. IX, p. 654.
Rcihk.
IIS
cos
ET DE PALEONTOLOGIE.
COS
M«
lée de hautes murailles , sur lesquelles le
firmament, comme une voûte immense,
^ents*appnyerdelousc6tés. Ainsi le monde
ne ressemble pas mal à un coflire , dont la
terre serait le fond, et le ciel le couvercle^
c Toici maintenant comment Fauteur sou-
tient ce singulier système.
« Saint Paul désime, par les mots to û^pv
ar»v|u»v, le tabernacle élcTé par Moïse dans
le désert (t36|. Ici les commentateurs con-
Tiennent que le mot seo^finôc signiGe simple-
ment terrestre, par opposition S céteste (157).
Mais au temps de Cosmas, et auparavant,
plusieurs interprètes de l'Ecriture, entre
autres Tfaéodoret (iS8), donnaient à ce mot
le sens de fait à timitation du monde, Cos-
mas, qui adopte cette interprétation, ne man*
que pas d'admettre en conséquence que le
tabernacle était une représentation du mon-
de (159) : dans ce cas, la forme du premier
était connue, celle du second devait l'être
nécessairement. Les textes de l'Ecriture à la
main, il n*a pas de peine à prouver que le
tabernacle avait tout juste la figure d'une
E'ande caisse, une fois plus longue que
r,^e, et conséquemment que telle doit être
la forme de l'univers. Il s étaje principale-
ment des passages d'Isa'ie : « Je suis celui
5 Ht a pose le ciel comme une voûte (160);
e suis celui qui a étendu le ciel comme une
tente (161 j; et de cet autre de Job : J'ai tn^
cliné le etel sur la terre (162).
« Quant à la terre elle-même, Cosmas
donne pour certain qu'elle ressemble à line
table, ayant une longueur double de sa lar-
geur. Il la compare à la table des pains de
proposition, plaœe dans le tabernacle : peut-
on douter de la justesse de cette com^iarai-
son , nous dit-il (163), quand on voit qu'à
chacun des quatre angles de cette table il y
araît trois pains de proposition, symt>ole
érident des trois mois de chaque saison? Et
d'ailleurs les quatre angles de cette table ne
sont-ils pas des emblèmes évidents des sols-
tices et des équinoxes.
« Ainsi Cosmas ne le cédait pas beaucoup,
sur l'arUele des allégories, à d'autres doc-
teurs chrétiens ou luils, qui en avaient
puisé le goût chez les alexandrins. Cette
manière forcée de rendre compte de la dis-
position du tabernacle rappelle naturelle-
ment que Josènhe veut trouver dans certaines
dispositions de ce lieu saint des emblèmes
du mêmei genre, tels que ceux des douze
taois de l'année, de la terre, de la mer, du
riel, des planètes et des quatre éléments (164),
toutes choses auxquelles Moïse n'avait pro-
Heèr, II, 1.
CL Scn^csscR, Nor. Lexic, Sot. TesL^ 1,
(156;
(158) Dom Calut, Comm. iur saint PaUl^i. U,
P^ 689.
(159) Cosias, P. 115, D; 196, E: 197, A.
fl60) Isa. XL, 22. Cosmas, p. 129, D; 305, C,
(161) /sdLii,5.
* 162; Jak, xxxui, 38.
(163) Couus, p. 129, D.
'164; Aut.juH., m, 8,7; i, p. 155, l36ed.Baverc.
^ loul ceb est daiu le goût d*01yinpiodore qui in-
bablement jamais pensé; de même Phi**
Ion (165), ainsi aue Clément d'Alexan-
drie (166), voyait dans les diverses parties
de l'ancien temple de Jérusalem, et jusque
dans les ornements du grand prêtre, des
symboles qui se rapportaient à toute la na-
ture, et principalement à ses parties les
Iilus apparentes, le ciel, la terre, le soleil,
a lune, les signes du zodiaque, etc. Cette
manie d'interprétation symbolique gagna
aussi les théologiens du moyen âge ; car,
lorsque iialilée eut découvert les quatre sa-
tellites de Jupiter, oui augmentaient le nom*
bre connu des planètes, on opposa d'abord à
sa découverte et les sept chandeliers d'or de
V Apocalypse et le chandelier à sept branches
du tabernacle, et jusqu*aux sept Églises
d'Asie (167), symboles divins, assurait-on,
du nombre auquel la Providence avait voulu
porter le nombre des planètes, et ou on ne
pouvait augmenter sans blesser la foi. Mais
aussitôt que le fait eut été constaté, on fit la
découverte que la foi n'y est pas contraire.
« Le monde de Cosmas, ou ce grand cof-
fre oblong, qu'il appelle ainsi, se divise,
selon lui, en deux parties : la première, sé-
jour des hommes, s'étend depuis la terre
jusqu'au firmament, au-dessous duquel les
astres font leurs révolutions ; là séjournent
les anges (168), qui ne s^élèvent jamais plus
haut (169). La seconde s'étend depuis le
firmament jusqu^à la vodite supérieure qui
couronne et termine le monde. Sur le firma-
ment repa<ient les eaux du ciel; au de!à de
ces eaux se trouve le royaume des cieux, où
Jésus-Christ a été admis le premier, frayant
la route de vie à tous les chrétiens (170).
« Après avoir fait de l'univers un srand cof-
fre divisé en deux compartiments; fl restait à
expliquer les phénomènes célestes, tels q|ue
la succession des jours et des nuits, et les
vicissitudes des saisons. Voici l'explication
orthodoxe de Cosmas. Il considère la terre,
ou cette table oblongue, circonscrite par do
hautes murailles, comme divisée en trois
parties : i* la terre habitable, qui en occupe
le milieu; 2* l'océan, qui environne cette
terre de toutes parts ; 3* une autre, qui en*
toure l'océan, terminée elle-même par ces
hautes murailles, sur lesquelles vient s'ap-
puyer le firmament. Chacune de ces divi-
sions pourrait être Tobjet d'un eiameu
particulier. Je ne m'occupe ici que de Ten-
sembie. Or, selon lui, la terre habitable va
toujours en s'élevant du midi au nord , en
sorte que les contrées australes sont beau-
coup plus basses que les boréales. C'et^t ^lour
terprétc les quatre chevaux d*Apollou par U^s deux
solstices et les deux équinoxes. (Dans le Platon de
M. COL'SI!!, l. III, p. U6.
(165) De sommité I, f 37, t. V\ p. 654, cd. Mang,
— De Vite Mot., lu, i 12, t. Il, p. 152. — De Mo-
warch, a, 5, t. Il, p. &6.
(166) Stromat.. v, p. 664-669, éd. Poil.
(167) Delambee, Hi$t, de VA%t, mod.^ I; Dite,
prélim., p. IX.
(168) Cosmas, p. 286, D.
(169) Id., p. 51", E.
(170) Id., p. 186. D.
515
COS
mCTIONNÂiRE DE COSMOGONIE
COS
SIf
cela» nous dit4U que le Tigre et FEuphrate,
qui coulent du nord au sud, ont un cours
plus rapide que le Nil« qui va dans le sens
contraire. Tout à fait au nord, il existe une
grande montagne conique, derrière laquelle
se cachent le soleil, la lune et tous les as«*
très, qui exécutent leur cours le long de la
YOûte céleste , et en dedans de ces nautes
murailles q^i circonscriyent la terre. Par
leurs mouvements obliques, ces astres ne
{)assent jamais au-^lessous de la terre; ils ne
ont que tourner autour de la grande mon*
tagne qui les cache à notre yue. Selon que
le soleil s'éloigne ou s'approche du nord, et
oonséquemment, selon quil s'abaisse on
s'élève dans le ciel, il disparaît derrière la
montagne en un point plus ou moins éloigné
de sa base, et demeure éclipsé plus ou
moins de temps : de là Tinégaiité des jours
et des nuits, et la vicissitude des saisons.
Du reste, Cosmas admet c^ue non-seulement
le soleil et la lune, mais tous les astres,
sont conduits chacun par des puissances
spirituelles, par des anges, qu'il compai'e à
des lampadophores (171)'; en sorte que les
mouvements de ces astres sont dus à une
cauie intelligente qui préside à chacun
d'eux. Ce sont encore des puissances ange-
iiques qui préparent la pluie, rassemblent
les nuages, et président aux vents., à la rosée,
à la neige, à la chaleur, au froid, en un mot,
à toyuis lesphénomènes météorologiques (172).
« Tel est en substance le système de Cos-
mas. On peut facilement décider si quelque
partie de ce système lui appartient en propre,
ou bien, si toutes les idées dont il se com-
i>ose étaient plus ou moins répandues avant
lai parmi les docteurs chrétiens. Il nous ap-
prend lui-même qu'il ne l'a pas tiré de son
propre fonds. Ce n*est pas , dit-il , d'après
ma propre opinion et mes propres conjec-
tures que f ai exposé la forme du monde; c*est
principalement d'après les leçons orales d'un
homme divin et dun grand maMrf , Patrice ;
il vient ici du pays des Chaldéens , accompa--
gné de son disciple Thomas d'Edesse , qui le
suivait partout dans ses voyages. C est lui ^ui
m'a fait connaUre la vraie et pieuse doctrine^
ce qui veut dire le système conforme au texte
de l'Écriture , que Cosmas expose dans son
ouvrage f et maintenant il a été promuau siège
épiscopal de toute la Perse (173).
«( Tout ce qu'il faut conclure de ce texte,
c'est que le moine d'Alexandrie tenait son
système d*un chrétien de Babylone , appelé
Patrice f et que le maître ne méritait guère
ks pompeux éloges de son disciple. Mais ce
système n'appartenait pas plus h l'un qu'à
Eautre, comme cela résulte de l'examen des
Cosmas, p. 150, A, C.
Vëi supra et p. 15U, D, E ; 289, A.
Id. p. 125, A. Cf. VIII, p. 506, D.
S. HiLAR. tu PsaL cxxvi, U. Opp, p.
S. Basil., In Hexaem,, hom. 3, 2i C.
(f71)
(172)
(173)
467. A.-
(173)
(176)
(177)
p. 518,
(178)
Origen., Contra Cel$., \i, d, 279, éd. Speiic.
S. HiLAR., fM supra, p. 486, D, E.
S. Ai'u., IN Gênez, xii, 57. — Opp., III, p. i,
Tels que les Manichéens (Béais., II. rf. If.,
principales particularités qu'il présente^ •!
dont je vais montrer Vorigine. »
§If.
De la pluralité des deux,
K D*abord Tidée d*un double ciel mit divise
le monde en deux compartiments n est que la
conséquence de plusieurs textes de (a Bible,
entendue à la lettre. On la trouve dans beau-
coup d^ouvrages des premiers siècles du
christianisme.
« La plupart des docteurs chrétiens , ex-
pliquant littéralement les expressions de
et eux, de ciel des cieux^ dans plusieurs pas-
sages des livres saints , et de troisième ciel y
dont se sert Taiiôtro saint Paul , crorent à
l'existence de plusieurs cieux (174). D'autres,
tels qu'Origène, prenant au figuré les mêmes
expressions, prétendaient qu'on ne saurait
trouver dans les livres canoniques la preuve
qu'il existe sept cieux (175j , ou même uu
nombre de cieux déterminé. Mais cette opi-
nion n'eut pas beaucoup de partisans. Oa
s'accorda en général à reconnaître <a plura-
lité des cieux ; ou différa seulement .ur leur
nombre et leur disposition. Les uns (coraiï.e
saint Hilaire) crurent téméraire d'en fixer
le nombre (176); d'autres, se conformant aux
idées de la philosophie païenne, en admirent
sept, huit, neuf et même dix (177). Il les
concevaient comme des hémisphères con-
centriques qui venaient s'appuver sur U
terre (178), et à chacun desquels ils don-
naient différents noms : Bède les met dans
cet ordre, aer, œther^ olumpus^ spatium
igneum^ firmamentum^ cϕum angelorump
cœlum Trinitalis. Raban Maur nous a con-
servé une autre classification qui comprend,
outre c«e/uffi Trinitatis^ sept-cieux, savoir :
empyreum^ cœlum ofueum, sive chrystalli^
numy firmamenlum^ spatium igneum^ olym"
pum^ cœlum œthereumy cœlum œreum.
n Dans les deux listes de Bède le Véné-
rable et de Raban Maur, on aura remarqué
YOlympe qui occupe la place entre l'éther et
la matière ignée. C'est encore là le reQet
d'une ancienne opinion. Dans un passage
très-remarquable de Stobée (179), oui a étére*
gardé par les meilleurs critiques (180) comme
étant capital pour la connaissance du sys-
tème cosmologique de Philolaiis, on voit
que ce philosophe donnait le nom d'Otympt
à l'extrémité supérieure de l'univers, com-
posée de feu , comme le centre de cet uni-
vers ^181). C'est , je pense , en parlant de
cette idée de Philolaus, que certains com-
mentateurs d'Homère, au rapport de Plu*
tarque , prétendaient, d'après un vers de l'I-
liaae(182), que ce poëte admettait la division
de l'univers en cinq parties ou mondes(183;,
II, p. 356.)
(179) Ed. phyt., p. 488, éd. lieer.
(180) TiEDEM., Alt. PhiL, p. 456, tt. Boc^kb,
Philolaosy p. 98, if.
(484) BoccKH, ouvrage cité^ p. 99.
(482) XV, 492.
(485) De de(. orac., p. 422.— T. Vil, p. 666.
Reiske. Je cornge une transpositioD qui a es lieu
dans 09 texte.
317
cos
ET DE PiLLEOMOLOGIE
COS
I^i
saToirirCMjmpe, le ciel, Tair, Teau» la
. terre, cette derDière occupant la partie in-
férieure, tandis que fO/ympe était situé à la
partie supérieure : là , comme dans le sys-
tème de Philolaûs, selon ces commentateurs,
rOlympe était évidemment la matière éthé-
rée. Cesi à cette division de Tunivers en
cinq parties que saint Basile fait allusion
dans un passage de son Hexaemeron (iSk).
« D'autres , confondant le ciel et Tétber ,
n'admirent que quatre parties, Féther, l'air,
Teau et la terre (185} ; et l'on Toit , |iar un
passage d*AcbiUes Tatius, que les trois pre-
mières parties étaient censées former des
sphères concentriques, qui enveloppaient
ceUe de la terre (186).
• Il est possible que l'interprétation citée
par Plutaitiue, appartienne à quelque pjr-
tbagoricien qui aura youhi expliquer Ho-
mère par les doctrines de l'école ; il parait
en effet, et cette application du nom de l'O-
Ijmpe en est-elle môme une preuve, que
les pythagoriciens ont cherché de fort bonne
iieure à rattacher leurs systèmes sufla pby-
si(Tpe du monde aux traditions poétiques et
religieuses. Ainsi Philolaiis supposait que
le centre du monde était occupé par le feu,
aaloiir duquel tournaient riii corps, savoir :
le ciel étoile, les cinq planètes, le soleil, la
lune» la terre et l'antichthone , ou terre op-
foêée^ qui leur servait à expliquer . les
édipses, système qui, pour le rappeler en
passant , n a rien de commun avec celui de
t>>pernic, quoi qu'en aient dit Brucker,
BaïUj, Hontucla et presque tous les histo-
riens de l'astronomie et des mathématiques;
en cela ils n'ont fait que suivre l'autorité du
savant Bouilliaud, qui avait donné à son ou-
Trage sur le vrai système du monde le titre
d*AMironomia philolaiea^ Philolaiis, rappor-
tant ce système aux idées religieuses , don-
nait au feu central le nom de Veita^ de mère des
if»€»x (187), d'habitation de Jupiter. Enfin, au
témoignage d'Aristote, quelques-uns des
|*ythagonciens rattachaient l'existence de
la voie lactée à la course de Pbaéton dans
le ciel (i8i»).
« 11 me parait vraisemblable que YOlympe
de Béda et de Raban Maur remonte à l opi-
nion de Philolaijs; seulement on voit que
ces auteurs ou ceux qu'ils ont copiés ne l'a-
vaient pas comprise, puisqu'ils distinguaient
Tespace igné de l'Olympe, tandis que, dans
Vopînion de Philolaiis, cet Olympe était
précisément l'espace igné : mais ce n'est pas
la seule fois que les docteurs chrétiens ont
emprunté aux anciens leurs opinions sans
les comprendre.
{\ni) Bexmem., bomO. 1, 2, p. 10, E.
( laS) Ap. S. AccosT., ùe ehiL Dei^ vu, 6, p. 630.
i l«S) Ach. Tat. I$ag., { «1, p. U«. C.
fîHl) bcLn, Veherdas Yerkaitnhs des Coperm-
ru tofli AtUrskum^ dans le Muneum d*r Attert/uun-
Wi^tem êikMfi, L il, p. 408.— Cf.BoecKV,i>/n7oiaM,
(197*) Meiearoi., 1. vni, tiifl.,p. 558, A.
If 88) 8. AocrsT., m Cetuê. xn, 67. 0pp. t. il!,
^arf , t, p. 3M, D.— 5Î4, B, C.
_ 1 188-) Pww., cod. Î25, o. 210, col. I, 1. 13; éd.
Bekk.^2il.cCcol.2J. Il
c O'autres Pères de l'Eglise interprétèrent
différemment les textes de la Bible sur ce
sujet. Laissant de côté le troisième ciel de
saint Paul, qu'ils entendaient d'une manière
toute figurée et même symbolique (188) ; Us
s'en tinrent à la Genèse^ et n'admirent
2u*un d'ouble ciel. C'est cette opinion que
osmas a adoptée. Sa division du monde en
deux compartiments ou deux étages, l'un
supérieur, l'autre inférieur, parait avoir
été adoptée assez généralement. Elle était
énoncée par Diodore, évèque de Tarse (en
378) , dans un livre dont Photins nous a
donnéun extrait ample et curieux (188*). Ce
Père y combat les partisans de la sphéricité
du ciel et de la terre, il dit dans un endroit:
Uy a deux cieux^ Vun visible^ Vautre invi"
sible et placé aurdesêus : le ciel supérieur fait
en quelque sorte ^office de toit , par rapport
au monde ^ comme i inférieur par rapport à
la terre ; et celui-rci sert en même temps de sol
et de base au premier {iS9). Sévérianus , é vè-
2 ne de Gabala vers la même épcMpie, parle
paiement ou ciel supérieur, qu'il dit être le
cieides cteturdeDavid;etil compare le monde
è une maison à double étage , dont la terre
serait le rez-de-chaussée ; le ciel inférieur,
qui serl de lit aux eaux célestes^ le plafond ;
el le ciel su|iérieur le toit (189*). Eusèbe de
Césarée, dans son Commentaire surlsaie(i90)f
et l'auteur des Qtiœstiones et Responsiones
(190*), admettent la même disposition; c'est
tout juste celle qui résulte de la description
de Cosmas, puisqu'il se figurait l'intervalle
d'un ciel à 1 autre comme formant une es-
pèce de compartiment dont le ciel inférieur
était le fond et le supérieur le couvercle. On
peut en dire autant de saint Basile (191). Il
admettait que la surface supérieure du pre-
mier ciel est plate, tandis que la surface in*
férieure , celle qui est tournée vers nous ,
est en forme de voûte. Il expliquait de cette
manière comment les eaux célestes pouvaient
s'y tenir et y séjourner (191*). Ce saint Père
défend cette disposition contre les objec-
tions que les païens auraient pu faire; il
leur demande en quoi l'existence d'un don-
ble ou même d'un triple ciel serait plus dif-
ficile à comprendre que celle de leurs sphè-
res , quiis disent être disposées comme des
seaux de diverses grandeurs emboîtés les uns
dans les autres (192). Allusion assez fine k
un passage de Platon (192*).
« Selon Cosmas , le ciel inférieur était
séparé du supérieur par les eaux célestes.
Pour cette disposition, il se fonde sur des
textes de Moïse : Fiat firmamentum medio
cquarum , et dividat aquas ab aquis. Et fecit
n89)PHOT.,p.220,1.5..'9.
(189-) SevEB. Gab., p. 215, B.
(190) CollecL MOV. Patr., t. H, p. 571, B.
(190') P. AU^ C. ititer 0pp. S. Just, mûri.
S 191) In Bexaem,^ bom. 3, p. 24, A, B.
19i*)ld.,4,p. 23,C.
192) id., p. «4, C. ^ A^A
(192) De BepmbL, x , (M6, D.— Panneoide.ilaas
le méine sens, comparait les pbns de ces sphères a
des eouronnes coneentriqoes. (PnciK). Plut., Os
Plac, pAf7., n, 7, ibiq. Gorsini.)
5f9
COS
DICTJONNA/RE DE COSHOGONIE
COS
S20
Dius firmamentum divisiique aquas quœ
irani sub firmamentOf ab his quœ erant super
/!niiameiUuiR{193). Il y «joute d'autres textes
lires de la Genève et aes Psaumes (193*).
ff Plusieurs Pères refusèrent de s*atLacner à
la lettre de ces textes, et Origèuet par exem-
ple, prétendit que, par les eaux placées au-
dessus du firmament, il fallait entendre cer-
ta'nes classes d*anges ; opinion que saint Au-
gustin combat fortement (1%). Le plus grand
nombre des Pères s*en tint au sens littoral de
ces textes (19^^) ; et . bien qu'ils sentissent'
toutes les diiBcuités d'une telle disposition,
comme on le voit par tout ce que saint Ba-
sile (195) et saint Augustin (195^) s'opposent
à eux-mêmes, ils n'en crurent pas moins que
les eaux célestes étaient soutenues par le fir-
mament, qui avait des portes et des fenêtres.
Car c'est ainsi qu'on interpréta les termes
de cataractes ou de fenêtres du ciel^ qui se
trouvent dans la Genèse et les Psaumes (196) :
en conçut que, par ces ouvertures, les eaux
du ciel tombaient sous forme de pluie, à la
volonté ou par les ordres dt Dieu. Cette dis-
position, admise aussi dans la cosmographie
populaire des Grecs, et dont Aristophane
nous a donné une expression burlesque (197j,
fut regardée comme la condition indispensa-
ble de toute cosmographie prétendue optho-
,iioxe (198). Il serait dimcile de dire toutes les
subtilités, auxquelles on eut recours pour
a rpuyer une telle disposition et la rendre
un peu moins singulière (199). Une des
moins mauvaises explications qu'on imagi-
na fut que la divine sagesse ayant besoin de
pluie pour la vie des hommes et des plantes,
elle ne pouvait rien inventer de plus com^
mode que cette. couche d'eau, dont elle mé-
nageait la chute selon le besoin de ses créa-
tures (âOO).
« D'autres, comme saint Basile et saint Isi-
dore (201), pensèrent que Dieu avait voulu
tempérer l'ardeur de la région étbérée par
la froideur des eaux du ciel, ou bien empê-
cher que le monde inférieur ne fût brûlé par
(193) Gene$. , i, G.
(493*) Laudale eum^ cœli cœlorum et aquœ omnes
quœ super cœlossunt. (PM/m*cxLvin,5.) — Qui legis
tiffuis $uperiora ejus. (cui, 3.) — Et ntandavit nu-
libus desuperetjanuas cœli anemit (lxxvii,23.)
(194) De ct9. Det , xi, 34, p. 1113.
(194*) Selon Tabbé Bergier, savant docteur de
Svirbonne, auteur. du Kcltonnaire de Théologie^ de
VEncyclopédie (art. Ciel et Eaux)^ ce sont tes incré-
dûtes qui ont prêté à Moïse Tidée que le ciel est
une voûte solide recouverte d'une couche d*eau et
percée de trous, etc. €e docte théologien n'a pas
songé qu'il range ainsi d'un trait de plume presque
tous les Pères de l'Eglise parmi les incrédules.
(195) In Hexaem.^ m, 7, p. 29,
(195*) In Genes.^ n, c. 4.
(196) Genês. yiï. 11; \ni, 2. ^PsaL i.xxtii, 27,
— Cf. Seuleusn. Nov. Thés. Vet. Test., l. III, p. 91,
St5l,2o2.
(197) Aristopu., Nub. v. 372.
(198) Âuctor Quœst. et re$pon$,, 93, p^ 449, B, C.
iTaiopuiL. ad Autolffc.^ n, 9.
(199) Cf. Lud. Vives ad S. Aug. Civ. Dei, xi, 54,
p. lili. — Cf. S. JtiiTa Martyr, L 1.
(20i) S. CvniLL. llioioso!., caiech, ix, p. 76. B, Ç.
— Ailleurs, S. Cyrille donne une autre raisou (p.
le^ feux qui embrasai^it la partie supérieure
de Tuaivers (202). C'est encore là un souve-
nir de Tancienne philosophie païenne. On a
vu plus haut que 1 Olympe de Philolaûs était
cette matière ignée, placée à Textrémité su-
Êérieure de Tunivers (203) : Parménide (20^],
[éraolite, Straton (2K)5)t et les stoïciens,
croyaient que Téther, ou la partie la plus
élevée du monde, était une matière enflam-
mée (206) par la rapidité du mouvement
diurne (207) ; Anaxaffore surtout s'était atta-
ché à cette opinion (z08), et Ton tirait même
de cet état présumé de Téther Tétymologie
de son nom (209). Les anciens philosophes
avaient, je pense, été conduits à cette idée
par la simple analogie tirée d'un phénomène
très-ordinaire, savoir, l'inflammation des
matières combustibles et réchauffement des
pierres et des métaux par le frottement (210);
ils en conclurent que l'éther, froUé si vio-
lemment par le mouvement rapide de la
voûte solide du ciel, devait être une matière
en état d'incandescence. Cette théorie , qui
fut reÇue, et, pour ainsi dire, remise en cirr
culation par les néoplatoniciens, comme on
le voit dans Plotin (211), passa de leur école
dans les livres des saints Pères, entre autres,
de saint Augustin» qui s'en servit pour ex-
pliquer l'existence des eaux célestes (212).
Ce grand saint, toutefois, ne se dissimulait
pas combien cette disposition était contraire
.aux plus simples notions du bon sens. Mais
comme elle était appuyée par des textes dont
le sens littéral lui paraissait le seul admissi-
ble, il finit par conclure que, de quelque
manière que Ton pût concevoir Texistence
d'une couche d'eau sur le firmament, il fal-
lait nécessairement qu'elle y fût ( quoquo
modo autem et qualesUhet aquœ ibi sint, esse
eas ibi minime aubitemus ) ; car, ajoute-t-il,
toute la capacité de l'esprit humain doit cé-
der à l'autorité de l'Ecriture {major est quip-
pe Scripturœ auctoritas^ quam omnis humani
ingenii capacitas [213]). Ce seul mot explique
et excuse tant d'aberrations, )*
17, B.] qui irest pas beaucoup meilleore.
(201) Ap. Lud. Viv. in S. Aug. 1. 1. — Cf. Amctsr
Quœst. et Respons., 95, p. 448.
(202) c Cujus scilicet uatura arlifei muadi Beus
aquis temporavit, ne conflagratio superioris ignis
Inferiora elementa succenderet. » (Isib. op. v»c.
Bellov., Spec, mundi^ m, 82.)
(203) Carcs, Ideen zur Geschichu der FAOoio-
phie, p. 288.
(204) Stob., Eclog. phys. p. 500, ed* Heer.
(205) DioG. Laert., vu, 137.
(206) Arist., Meteor.^i, 5, p. 550, A, et alibi. ^
Pseudo-Arist., De mundo , 11, 5, ibt Kapp.
(207) Id., De cœlo, ii, 7, p. 460, A.
(208) Carits, De font. Anax. Cosmo-Theifr. p. 7U.
(209) Mais Arisloie faisait veitir ce mol de &mI Oav,
toujours courir. (Cf. Kapp. ac Truct, de mundo ^
E\c. II.
(210) Aristote, de cœlo^ ii, 7. p. 460, U. — Cf.
S. Justin. Mari., Arist. dogm. eters.^ § 55 , p. \i>t.
' — Quœst. et resp. ad Cr., p. 196, D, Ë. .
(21!) £mi., in, r. 5, p. 158.
(212) Jn Genesin, ii, 5. — 0pp. DU p. 153, E,
par*. I.
(itm S. Arc. m Gcim. îi, 9. - 0pp., 111, p. 155,
B, p'ivt. I.
9tl
eos
ET DE PALEONTOLOGIE.
CÔS
m
!)e la tlact occupée par les ange» datu le
* monde physique,
n Viàé^ que les anges occupaient une place
intermédiaire entre la terre et le ciel n'est
Eas non plus particulière au système de
osmas et de Patrice. C'était l'opinion de
saint Hilaire, ainsi que le reconnaissent les
savants Bénédictins éditeurs de ses œu-
rres (214). Théodore, évêque de Mopsuesle,
dans son ouvrage perdu sur la créationy adop-
uit et développait la même idée (215) ; Jean
Philoponus » qui la combat, déclare qu'elle
n'est autorisée par aucun texte de l'Ecriture,
et, en effet, ni 1 Ancien ni le Nouveau Testa-
ment D*en offrent la trace : elle a été amenée
par la nécessité d'expliquer les phénomènes;
et, si je ne me trompe, on a puisé à une
source qui a fourni bien d'autres explica-
tions, à la source platonicienne. Platon, dans
le Banquei (216), dit qu'il existe des êtres
appelés démons, intermédiaires entre l'homme
et la Divinité, qui transmettent aux dieux
les vœux et les prières des hommes, et aux
hommes les volontés des dieux, par le moyen
des oracles et des divers genres de divina-
tion, d'enchantements, de procédés magi-
ques (217).
c L'auteur de VEpinomide (218) en parle
dans le même sens ; il appelle ces démons
une sorte de race aérienne qui occupe une
{lace intermédiaire. Xénocrate, disciple de
laton, et dont VEpinomide rapnelle peut-
être en ceci la doctrine, avait également fixé
dans la région sublunaire les êtres semi-
dirins, ou démons invisibles à nos yeux (219).
C'est à la même source que Varron avait
puisé l'opinion qu'il énonce en ces termes :
Jnter lunœ tero gyrum et nimborum ac ven^
t&rum eacumina aerias esse animas^ sed eas
anima non oculis viderîj et vocari heroas^ et
lare$ et aenios (220)
« Apulée reproduit, dans des termes ana-
logues , l'opinion des néoplatoniciens de son
temps. Il parle de puissances moyennes qui
tiennent de la Divinité, et qui sont placées
(2U) S. HiL. in Psttlmos. — 0pp., p. 486, A,1B,
487. A. ibiàae annotât.
^15) J. Philopoiv., De créât., i, 16, p. 31; 17,
(216) P. 202. E. 203. A. — Cf. Plctarch., De
h. et Osir., p. 361, B, C.
(217) Cette idée sur le râle des démons fut tdle-
Bieni répamlue chez les paiens , d'après une si
craiide aulorilé (cf. Maxiil. Tïr., xiv, 8. — Paocl.
in lïm., 1. p. 49. —Plut., De hid, et Oiir., p. 361,
B. C. — Aristid. , Oraf., t. Il, p. 106, éd. Jebb.^
eic.)« <|ue les Pères de TEglise ne purent, guère, se
dispenser dStttrîbuer aux démons les oracles de Tan-
liqotté. Leur opinion h cet éffard fnt à peu près
ttnaDÎme. Le Jésuite Baltus {Réponu à rhist. des
gracies,; Sinsb., i707,) a très-bien prouvé que Van-
dale et Fontenelle, en n*y voyant que Ttieuvre de Tim-
poftUire, Yont fomieUenient contre Tautorité des
iaiuis Pères ; ce q«i ne prooYe pas du Coot, comme
le concloail Balius, que Vandale et Fontenelle aient
ti>ri ; da moins aucun liomme de sens ne le sou-
tiendrait à présent. Dans nn très-bon livre de théo«
Ingio* ï'Mêrméneuî^pie sacrée, M. Janssens, art. 47 ,
a%aiice que Tatîen, Ortgcne, Eusébe , S. itan Chry-
entre la terre et la haute région du ciel (221).
C'est également la doctrine de Procius et ae
Plotin. Ainsi les platoniciens anciens et nou-
veaux ayaient placé les démons précisément
là où saint Hilaire, Théodore de Mopsueste
et Cosmas ont depuis placé les anges, où
saint Paul mettait les esprits malins ^22).
<i Quant à cette autre idée de Cosmas, que
des anges qu'il appelle lampadophores pré*
sident aux mouvements des astres (223), se-
lon Jean Philoponus, elle avait été ad-
mise par Théodore de Mopsueste, et elle
avait trouvé des partisans auxquels il n'é-
pargne pas le sarcasme. « Que ceux, dit-il,
<t qui se portent défenseurs du sentiment de
« Ihéodore nous disent dans quel endroit
« de rEcf^iture divine ils ont appris que des
<r anges mettent en mouvement la lune , le
c soleil et chacun des astres, les tirant à eux
« attelés comme des bétes de somme, ou les
«( poussant par derrière comme ceux qui
«t roulent des ballots de marchandises, ou
^ les faisant mouvoir de ces deux manières
^ à la fois, ou enfin les portant sur leurs
« épaules. En vérité, qu'y a-t-il de plus ridi-
« cule que toutes ces suppositions? Comme
ff si Dieu, qui a créé le soleil, la lune et tous
c les astres, n*a pas pu leur imprimer le
« mouvement, ainsi qu'il a donné aux corps
« pesants et légers une tendance à se préci-
« piter vers la terre, et à tous les êtres vi--
« vants une faculté de se mouvoir qu'ils ti-
ff rent du principe d'activité qui les ani<«
« me (224). »
« Dans ce beau passage , Jean Philoponus
paratt entrevoir que ta force dont les mou-
vements des corps célestes sent le résul-
tat, pourrait avoir de l'analogie avec la pe-<
sauteur. Mais Jean Philoponus ne s'est pas
plus douté de la théorie des forces centrales
que Descartes, auquel Ballly attribue la dé^
couverte de la force centrifuge (225). L'hon-
neur des découvertes s'établit sur des titres
un peu plus clairs. On peut rappeler ici
2u'un des interlocuteurs d'un dialogue de
lutarque compare le mouvement de Ta lune
autour de la terre à celui de la pierre dans
sostome, etc., D*ont vu dans les oracles que le ré-'
sultat de la fraude ; les preuves du contraire son!
rassemblées dans les chap. 3 à 9 du livre de Baltus,
et dans les cliap, 2,3,4,5,8, etc., de la suite de
sa Réponse.
(248) § 8, page 983. D— page 310, éd. Ast. ''fia ptt
est nris dans un sens pbysiqne.
(219) Stob.; Ed. phys., 1, 62, (Heer. — Plut.,
De Is. et Osir., p. ;561— MI, p. 42o, Reiske.
(220) Vjuiao ap. S..ÂUG. tu civit. Dei, vu , 6 , p. .
1221) De Deo Soerat. , ii , p. 133 , éd. Oudend.
c Gaeterum sunt quaedam divina; inediae potestates ,
inter summum aeihera et iniiroas terras in isto m- .
tersitae aeris spalio, per quas.et desideria nostra
et mérita ad I>eos commeant, i etc.
(222) Ephes. n, 2; ti,12.
(223) Selon d*antres, chaque pa^s de la terre
avait son ange particulier. Poltcoho!!. tu Daniel.,
ap. Script, vet., part, u, p. 144; Rom., 1825. —
Cr. SoARCz , De angelis , vi, 18.
(224) J. Pbilop., De ffMf mnnJî, t, J2, p. 28.
(223) Deijmbre, Fui. de rastron. mod., n, p. 21 i.
S23
COS
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
COS
Hi
une fronde en oiouvement. Elle est retenue
par la corde, qui Tempôche de s'échapper,
en même temps que la rapidité de son mou-
vement la maintient a l'extrémité du
rayon (226). C'est là une image assez juste
du combat des deux forces dans les mouve-
ments circulaires. Le principe sur lequel
cet image repose remonte, je pense, jusqu'au
système d'Anaxagore (227), qui croyait que
les corps célestes sont des pierres que la ra-
pidité du mouvement diurne a entraînées
de notre terre et maintenues ensuite dans
les hauteurs du ciel.
« On ne peut voir en tout ceci que des
aperçus rapides et fugitifs, qui, n'étant ame-
nés par aucune observation suivie , n'ont
jamais été liés à aucune théorie fondée. C'est
\hf plus ou moins, le caractère de la physi-
que des anciens. -
« 11 parait donc que les docteurs chrétiens,
partisans de l'opinion de saint Uilaire et de.
Théodore, concevaient de diverses manières
le mouvement imprimé aux astres par les
anges. Quelques-uns supposaient qu ils les
portaient sur leurs épaules, comme l'omo-
{}hore des manichéens (228) ; d'autres, qu'ils
es roulaient devant eux ou qu'ils les traî-
naient h leur suite. Cosmas, en assimilant
les anges à des lampadophores^ semble avoir
cru que les astres étaient comme des flam-
beaux que les anges portaient à la main.
« Cette opinion tient encore h celle de Pla-
ton qui, dans le Timée^ suppose que chaque
étoile est présidée par un génie ou une in-
telligence d*une nature intermédiaire en-
tre la Divinité et l'homme, à moins qu on
n'aime mieux supposer que les mouvements
si extraordinaires que plusieurs docteurs
chrétiens prêtaient aux astres exigeaient
l'action immédiate et constante d'une cause
intelligente qui les poussait dans l'espace.
On voit cette idée reparaître encore dans
les écrits théologiques du moyen âge, par
exemple , dans un ouvrage bizarre (^9) oii
l'abbé Trithèine, l'auteur de la fabuleuse
Chronique des Francks, donne la succession
exactedes5tfp/ anges^ ou esprits des planètes,
3ui, les uns après les autres, et chacun pen-
ant le même espace de trois cent cinquante-
quatre ans, ont gouverné les affaires de ce
monde, sous l'inspection de la Providence,
depuis la création jusqu'à l'an de grâce 1522
(230). Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est
de voir cette même opinion exprimée dans
l'ouvrage du Jésuite Riccioli, très-savant as-
tronome, à qui ses supérieurs n'avaient ac-
cordé la permission de lire les dialogues de
(236) Dé fae. in orbelun.^ ix, p. 652.
(2i7) Pseudo-Plut., Plae. pA., ii, 13; Stob.
Ectog. p/iy<., i, 506, éd. Heer. — C'est, je pense,
cette opiuion d'Anaxagore qui donna lieu de loi
auribuer la prédiction de la chute de l'aéro-
liihe tombée près d'iEgos Polamos. (Pldt., Ly-
»and.^ c. 12.) Il pensait que les astres sont des
pierres que la rapidité du mouvement diurne a en-
levées de la surface de la terre, et qui, après avoir
été enflammées par réther,^sout devenues des astres
éclatants. Or, comme dans ce système, 11 devenait
possible qae quelques-unes des pierres entraînées
Galilée qu'à la condition de les combattre.
Cet antagoniste malgré lui de Copernic eut
recours a l'opinion platonicienne, et plaça
des intelligences célestes dans les étoiles.
11 y fut contraint, pour répoudre aux objec-
tions victorieuses que ce grand homme et
Galilée tiraient de rinvariabilité des distan-
ces relatives des astres pendant le mouve-
ment diurne. Alors que fe cours capricieux
des comètes avait cféjà brisé les cieux de
cristal auxquels les anciens astronomes atta-
chèrent les astres, Riccioli ne pouvait expli-
quer cette difficulté énorme, qu'en admettant
qu'il y a dans chaque étoile un ange fort
attentif à ce que fait son voisin, et qui pousse
l'étoile k laquelle il préside plus ou moins
vite selon sa distance, de manière que, vues
de la terre, les distances relatives ou les in-
tervalles angulaires restent toujours les ma-
rnes. Présenter sérieusement une pareille
solution, c'était avouer qu'on n'avait rien à
répondre. Mais il n'est pas bien sûr que Ric-
cioli ait cru un mot de ce qu'il disait. Trop
bon astronome pour ne pas sentir les méri-
tes du système qu'il avait l'ordre de com-
battre, il l'attaque le plus souvent en avocat
qui voudrait perdre sa cause. On voit qu'il
ne lui a manqué, pour être copemicieiii que
la licenxa de superiorû »
81V.
De la forme du monde et du mouvement
des astres.
« Quant aux traits caractéristiques du sys-
tème de Cosmas, je veux dire ses idées
sur la forme du monde, sur les mouvements
des astres autour de la partie élevée de la
terre, sur les hautes murailles qui l'entou-
rent et soutiennent le ciel, on est encore
certain que ni lui ni son maître ne les avaient
tirées de leur propre fonds. J'ai déjà remar-
qué que le sens donné par cet auteur aux
mots a7Mv xofffiixôv dans saint Paul était
adopté par plus d'un commentateur do cette
époque. Or, ce sens est en queluue sorte le
pivot de. tout le système ; car, au moment
qu'on admettait que le tabernacle de Moïse
avait été construit à Timitation du monde,
on était nécessairement conduit à admettre
que le monde avait la forme de ce taber-
nacle. Aussi avons-nous vu que Sévériaous
de Gabala et Diodore de Tarse se figuraient
le monde comme une maison à double
étage, ce qui rentre tout à fait dans la
même idée; ce dernier auteur achève la
ressemblance en donnant au ciel» de même
par le tourbillon éthérérf^tombasseot sur notre tenre«
on aura attribué à Auaxagore la prédiction d'tsn
phénomène dont son système a^alt eu quelque sorta
donné Texplication d'avance.
|2i8) Beacisobrr, Hi$t. de manieh,^ n. 374, 37S.
(229) De septem secundeis^ id ut, intelligentus sirm
êpirilibus^ orbes voit decem moventibus; Anieator^,
1600.
(230) Il est singulier que la durée des régnes de
chacun des anges contienne précisément autani
d'années que Tannée lunaire contient de jours. CeLa
doit se rattacher à quelque rêverie astrologif uOi
cos
ET DE PALEONTOLOGIE.
COS
5t6
qae CosmaSp la figure d'une tente dont la
{partie supéneure serait en forme de voûte
231). D'ailleurs» ditPbotius, il cherchait à
rendre compte, dans cette hypothèse, du
lever et du coucner du soleil, de Taugmen-
tation des jours et des nuits et des autres
phénomènes de ce genre, et, à Tappui de ses
Idées, il citait des textes de l'Ecriture. C'est
dire assez que, dans celte partie de ma livre,
Siodore traitait le même sujet que Cosmas,
el, d après la figure qu'il attribuait au monde,
on doit croire que ses explications ne diffé*
raient pas beaucoup de celles du moine égyp-
tien, si elles n'étaient pas exactement les
mêmes. Photi us, qui ne se montre nulle part
favorable à tous ces systèmes, s'exprime sur
celui de Diodore avec une réserve pleine de
modération et de prudence. « Diodore, dit-il,
appuie son opinion, d;> moins il le croit,
sur des témoignages (k ( Ecriture, relatifs
non-seulement à la fikure (du monde],
mais au coucher et au lever du soleil; il
recherche aussi la cause de l'augmentation
et de la diminution des jours et des nuits,
et s'occupe d'autres sujets de ce genre, (^ui
n'ont rien de fort nécessaire, à mon avis,
bien qu'ils aient en effet quelque connexion
avec les livres saints. Sans doute, dans ce
qu'il dit à cet égard, on reconnaît un hom-
me plein de pieté, mais on Ti'accordera pas
aussi farilement gu^il se serve avec discer-
nement des témoignages de l'Ecriture. »
« Jean Pliiloponus, en critiauant le livre
de Théodore de Mopjueste, parle de la forme
que cet évèque donnait au monde, qu'il se
représentait comme la moitié d'un cylindre
coupé lon^itudinalement, et ayant une lon-
gueur double de sa largeur (232) : or, le
mo ide de Cosmas a presque exactement cette
mé ne forme, et il -présente les mêmes rap-
ports de dimension.
« Ce passage, et ceux que j'ai déjà cités,
me semblent prouver que le système de
Théodore de Mopsueste était à très-peu près
le même que celui que Cosmas nous fait
ooniialtre.
« On voit encore par ce passage de Jean
Pbiloponus que plusieurs substituaient à la
forme d'un demi-cylindre celle d'un œuf
coupé par moitié perpendiculairement à son
grand axe, ce qui revient encore à peu près
au même.
« Il existe dans ce système un autre trait
qui est inséparable des idées sur la forme du
monde et sur les mouvements des astres, et
qoit en conséquence, n'a pu manquer de se
trouver aussi dans celui de Diodore de Tarse,
de Sévérianus de Gabala et de Théodore de
Mopsueste. C'est l'élévation progressive de
la terre depuis le midi jusqu au nord, et de
la grande monimgne derrière laquelle les as-
Sl) DiOD. Tam., ap^ Phot.^ p. 220» 1. 12, seq.
(Î3S) i. PaiLOPOH., De ereat. mundi^ m, 40,
p. f 49.
(233) i. PULoroii., ùe créai, mundt. ni, iO«
p. iU, 125.
(234)ABOa. Ravean., i«2, 3.
(235) Id., I, A.
très se cachent tous les soirs. Jeai^ Pkilopo-
nus fait une courte mention de cette opinion
singulière : « Quant à ce que prétendent
« quelques-uns, dit-il, que le foleil retourne
« vers l'orient, en passant le long des.ré-
«t gions boréales, et derrière de très-grandes
« montagnes cjui le cachent, c'est une an-
a cienne opinion absurde et ridicule (233).»
Voilà probablement ce qu*en pensaient tous
ceux qui avaient quelque teinture des scien-
ces phvsiques ; mais nous avons dit que,
Earmi les auteurs chrétiens de c^ette époque,
eaucoup y étaient tout à fait étrangers;
aussi, bien loin d'avoir rejeté. cette opinion
comme ridicule, ils l'avaient accueillie dans
leurs systèmes comme orthodoxe. UAno-
nyme cle Ravenne, dans sa Cosmographie^
écrite à la fin du vu* siècle ou au commen-
cement du viir, et qui n'est qu'une mau-
vaise traduction d'un livre grec, admet aussi
que la terre est plate : selon lui, le soleil
la parcourt dans 1 espace de douze heures ;
à la première, il se trouve au* dessus des
Indiens, à la deuxième, au-dessus des Per-
ses, et ainsi de suite jusqu'à la douzième,
où il atteint le point du ciel correspondant
aux Bretons et aux Scotes (234) : et ce qui
prouve, selon Tanonyme, que la terre est
{»late, c'est que chaque point de la terre voit
e soleil pendantdouze heures (23à). Il existe,
dans la partie septentrionale de la terre, des
montagnes derrière lesquelles cet astra se
cache tous les soirs (236); et si personne n*a
jamais vu ces montagnes, ajoute-t-il pru-
demment, c'est que Dieu n*a f.as voulu
qu'on les vît (237). Voilà une de ces raisons
qui dispensent de toutes les autres. Le JDeus
ex maihina était un moyen d'explication
qu on tenait en réserve pour toutes les oc-
casions difficiles. On en faisait usage, par
exemple, pour rendre compte de la suspen-
sion de la terre dans l'espace. Ceux des chré-
tiens qui persistaient, comme Jean Phiiopcn
nus, a croire que TËcriture m'était point
contraire au système de Plolémée, expli-
quaient avec facilité, dans leur sens, les
textes de l'Ecriture : Deus fundavit terram su^
per stabilitaiem suant (238), et surtout : Deus
appendit terram super nihilum (239). Ils y
voyaient la suspension de la terre, telle que
l'entendaient Platon, Aristote et Ptolémée,
c'est-à-dire l'équilibre et l'immobilité d'une
sphère, également sollicitée de toutes parts.
Mais ceux-là qui assuraient que la terre est
plate comme une table, et qu'elle soutient le
poids des cieux, étaient fort embarrassés de
savoir ce qui la soutenait elle-même. Ils se
tiraient d'embarras en affirmant, d'après les
mêmes textes, que si la terre se soutenait
toute seule dans l'espace, c'est que Dieu U
voulait ainsi (2^0). Solution qui ne laissait
(230) M., 1,9, p. 21, 22.
(23'>) Id., 1, 10, p. 23.
(238) Pêtd. cm, 5.
(239) Job, XXVI, 7.
(240 Auctor QuœiU et resp. adorth., 130, p. 481,
K,^ NullisqMfuUriê, sed divina potentia iimMI-
l«liir.(ViKc. BcLLOv., t;, 4, p. 37jk« C.)
m
cos
DlCTIONNAm&DB COMOGONIB
COS
pas le plus petit mot h dire aux adrersaire^.
• La même théorie que celle de Cosmas
est exïïosée dans un fragment inédit sur le
eiél^ (a tune^ le temps et les jours ^ dont il
est assez difficile de dire quel est Tanteur.
On Y ▼oit que le ciel est comme une peau
étendue sur l'univers, en forme de voûte,
conformément aux paroles de Daniel et dl-
sa'ie; que la terre a la figure d'un cône ou
d'une toupie, en sorte que sa surface va en
s*élevant du midi au nord ; à la partie sep-
tentrionale est la sommité du cône, derrière
laquelle le soleil se cache pendant la nuit ;
(24l), ce qui revient assez exactement à la
théorie de Cosmas ou de l'anonyme de Ra-
venue, et des auteurs chrétiens que critique
Jean Philoponus.
« On connaît le texte de YEccle'siaste (242):
Oritur sol et occidity et ad loeum suum rêver-
iitur : ibique renascens gyrat per meridiem^
et flectitur ad Àquilonem: lustrons universa in
etrcuitu^ pergit spiritus et in circfihs suos
rerertitur. Jean Philoponus {2hS) nous assure
que certains auteurs voyaient, dans ce texte,
la preuve que le soleil ne passe pas sous la
terre quand il est couché, et s'en servaient
pour établir un système tout pareil à celui
Îue Cosmas a exposé dans son ouvrage. Jean
hiloponus^ après avoir montré que oe texte
peut lacilement s'expliquer dans le système
de Ptolémée, se moque de l'opinion de cer-
tain auteur qui> prenant à la lettre les paro-
les de Salomon, se figurait que le soleil^
arrivé le soir au terme de sa course, sort du
ciel^ glissant derrière cette roule solide oui
le cachait à nos yeux, et va regagner le le-
vant, où il se retrouve le matin ^kh). Il est
eurieux de voir, après tant de siècles, repa**
raitre une des notions favorites de la cosmo-
graphie des poètes grecs. Cette idée, que le
soleil sort au ciel pour aller rejoindre par
derrière le point de son lever, n'est-elle pas
identique avec l'ancien mythe, dont les tra-
ces se trouvent dans des fragments de Pisan*
dre, de Mimnerme, d'Eschyle, d'Antimaque
et de Phéréc/de (2Wj, d'après lequel Héliôs,
sortant du ciel par la porte du levant, par-
courait obliquement l'atmosphère, jusqu'à
la porte du couchant : là il rentrait dans le
ciel, et, s'emtarquant avec son char et ses
coursiers sur un vaisseau d'or, voguait,
pendant la nuit, le long de cette voûte de
métal, et revenait à la porte opposée? Mais
il y a bien d'autres exemples de celte réap-
parition des idées primitives et poétic/ues.
j « Jean Philoponus ne nomme point celui
3ui avait tiré une conséquence si singulière
u passage de Salomon. Je crois qu'il avait
«n vue Sévérianus de Gabala, à* moins
qu'une pareille idée n'eût passé par la tête
de plusieurs, ce qu'assurément je ne vou-»
drais pas nier. Quoi qu'il en soit, il me pa-
rait certain que Tévôque de Gabala expli^
(Ui) Cod. Bibl. Reg., n« 854, ^ 193, r.
(«42) 1.5. ^
m3i Créât. «ihimM, m, iO, p. 122.
»44)hi,10, p. I2é. ^
(^^Ap. Athew. XI, .p. 4Ô0, 470.
(«i») IH créai. mund\, ap. Comsef., tn BtbL gr.
quait en ce sens le texte de VEccléstaste
^ Cherchons, dit^l, où le soleil se couche,
'et où il va pendant la nuit. Selon les
« païens, il passe sous la terre ; mais, selon
tf nous, qui disons que le ciel est fait
« comme une tentti où va-t-il?... Eh bien 1
« tigurez-TOus que le ciel forme une voûte
« au-dessus de nos tètes, que cette voûte
« est diffsée en quatre régions, de l'Orient^
« du Nord, du Midi et de l'Occident. Lorsque
« le soleil se couche, il ne passe pas sous la
« terre; mais, arrivé aux limites du ciel, il
ff court au septentrion; là, il est caché à nos
*i yeux comme par une sorte de mur, la
« masse des eaux célestes nous empêchant
«r d'ajiercevoir sa course ; il longe la région
« boréale et va gagner l'Orient. Vous de-
« manderez où en est la preuve. Elle est
« dans VBcclésiaste du bienheureux Salo-
tf mon (2^6). » Son explication des jours et
des nuits est encore plus curieuse: « Nous
« savons, mes frères, que le soleil ne s'élève
« pas toujours des mêmes endroits du ciel.
<« A son lever il s'approche ou s'éloigne du
« Midi. Approche-'t-il du MidU alors il ntf
« gagne pas les hauteurs du del, il le tra-
K verse obliquement, et la durée du jour est
(I courte. Mais, comme il se couche au point
« extrême de l'Occident, il doit parcourir
» pendant la nuit tout l'Occident^ tout le
tf Nord et tout l'Orient : la nuit est donc
«t nécessairement fort longue. Lorsqu'il se
« lève au point milieu de l'Orient, il y a
« égalité dans la longueur du diemin, le
If jour et la nuit sont égaux .* s'approchant
« toujours du Nord, quand il est arrivé au
« point extrême, il s'eiève dans le ciel, et le
(f jour est long ; et comme il a pendant la
« nuit un petit espace à parcourir, la nuit
<r est courte. Cette doctrine, «goule-t-il, ce
u ne sont point les Grecs qui nous l'appren-'
<i nent, car lis veulent que le soleil et les
« astres passent sous la terre, c'est l'Ecri-
tf ture, notre divin mattre, qui nous instruit
« de ces choses, qui éclaire notre esprit. »
<c La théorie de Cosmas, qui nous parait
»phane et d'Ephoi
Four le dernier, nous ignorons si la citation
est juste ; mais on n'en saurait douter pour
Xénophane, et même il pouvait y lyouter
Anaximène.
« Xénophane et Anaximène furent aussi
embarrassés que l'avaient été Thaïes et
Anaximandre pour comprendre la sus(>en-'
sion de la terre dans l'espace {Wî). Rejetant
le fluide aqueux de l'un e^t le fluide aéri-
forme de l'autre, ils eurent recours tous
deux à des hypothèses non moins étranges,r
qui nous expriment bien leur perplexité et
en même temps leur complète ignorance
dans la physique dti monde.
Pûtr. Àuct,, p. 236, D ; 257, A.
(247) Je préviens que , d'après Fautorhë d*Ari»-
toie , je inels de c6lé des textes récents du faux
Plutarque, de Diogène de Laeroe et de Pline, cl qite
je refuse à ces deux philosophes la eonnaissanceito-
la sphéricité de la tcrrei
SB
GÙ
.»
IBTDE
cos
Kê
ue pouvant conccYOïr qae
l'air, qoelque pressé qu*on le supposât, p&t
supporter une masse aussi lourde que la
terre, crut se tirer d^emliarras eu sopposaut
?ireUe avait la forme d*un cdne piplongé à
infhU dans les profondeurs de 1 espace, en
sor(equ*elle ne remuait pas, ne pouvant aller
nulle nert (iW). Si le teste formel d*Aris-
tôle notait pas là pour nous garantir la réa*
lité de cette absurde opinion, on ne pourrait
rroire qu'elle fût entrée dans la tdte d'un
hofliine doué «le quelque sens. Mais il n'y a
f as moyen d'élerer ici le moindre doate.
Cette hypothèse, pour avoir une appa.euee
plus saentifique que ÏÀtlas des poètes
crées {fl^)y ou que le grand serpent des my-
thologaes indiens, n'était pas l>eaucoup plus
raisonnable. Quoi qu'il en soit, dans lliypo^
thèse que ta terre est un cône d*utte lon-
gueur infinie, il est impossible de conce*
voir (âSO) que les astres passent au-dessous
rfelledans leur révolution dinme. Xéno-
phane fut donc, de toute nécessité» obligé
d'admettre qu'ils tournent obliquement au-
tour de la partie supérieure, du cône ter-
restre, et de cette manière il fut amené par
une idée spéculative , dont il est Tinven-
leur (^1) à la utéme théorie qui est admise
lians la cosmologie indienne.
« 11 n'y a là évidemmentaucuneinQuence
étrangère. L'idée de prolonger la terre à
rinfini sous la Xorme d un cône n'appartient
qu'à lui ; or, le système sur le mouvement
<iu ciel et des astres en est une consé(|uence
inéTÎtable. C'est donc là une combinaison
Miriîe tout entière d'un cerveau grec. Le
mool JMiru des Indiens» le mont Aborij des
Fvses» n ont rien à y réclamer : la êymbo"
Uque et r Orient est, encore ici hors de
cause. Anaximène, contemporain de Xéno-
T^iaoet» et selon qnelquesHins son disciple,
alopia cette idée sur le mouvement des
astres» qvjoiqu'il n'en eût pas besoin pour
son système sur l'immobilité de la terre.
Comme kû, il crut que la terre est terminée
au nord par des montagnes élevées ; que les
astres tournent autour d'elle et non pas au-
dessous (iSâ). Il comparait le mouvement de
!a Toûte céleste à un bomut au an ferait
irnmnur autour de la tête: et, selon lui, s'ils
disparussent journellement à nos yeux,
€*est qu'ils vont êe cacher derrière lee partie*
kmmiu de la terre (253). C'est là fort exacte-
nieiit le système de Xenophane; c'est égale-
ment eelui de Cosmas. Et ces expressions ne
permettent pas de croire ou'elle ait été bor-
née à Técole de Xénopbane et d'Anaxi-
utène, qui n*eut ni une grande durée ni
uoe grande étendue. Elle a dû faire par*
(US) Aaist., Ù€ cûdo^ u, 15, p. i67. B. —Cf.
Aonu.. Tat., Itag,^ § 4. — Pseum) -Plct. , Piac»
ptdi,^ m, il. Je lis npmroeatn lieu de v^«rniv dans
fU§) W. mon Mimant sur iet idée$ toêmofra^
péifmeê fatimekée» m m^Uu éTAtimi {Bmiletim de F/-
rmtsae. Pmrtit Idu&r.^ mars 1^1.)
(250) Scraboo le dit en faisant allusion k ce sy»-
^eme.iî, p. f 5. — Tr. fr., 1. 1, p, 27, et la note de
C&tseiCo.)
DlCnOX^. U£ COSV0605IB KT DE pALioXTOLOO».
tie de la doctrine physique de plusieurs
des sectes anciennes. Festus Aviénus, poète
érudit, qui a iait passer dans ses vers une
multitude de notions et d'idées anciennes
prises chez les poètes et cbei les philo-
sopbesi parle de cette antique doctrine sur
le cours des astres... non eum {iolem) occasu
premitj nulloe mitre gurgUee, nynquam oc-
culL, êed obire nmndum^ obliqua eœli eur*
rer«....; et il l'attribue aux épicuriens : ecia
nom fuisêc gusmadi eententiam epicuroo^
rum h5k).
« Ô'est le seul témoignage qui nous ins-
truise de ce point })articulier de la doctrine
des épicuriens. Hais il n'a rien gue de vrai«
semblable d'après les autres points connus
de leur physique, qui était le comble del'ab
surde; n suffit de citer pour exemple lent
opinion bien avérée (255) sur la graiftdeurdu
soleil et de la lune, qu'ils crovaient teili^
qu'elle nous paraît à la vue ; d'où il suit né-
cessairement qu'ils jugeaient ces deux as-
tres très«> voisins de la terre. Plusieurs cri -
tiques ont essayé d'interpréter cette opinion
des épicuriens dans un sens qui leur fit un
peu plus d'honneur ( mais les paroles des
anciens sont si formelles» qu'il n'y a pas
moyen d'admettre aucune de ces interpréta-
tions liienveillantes.
^ Cosmas et les antres docteurs chrétiens
f artisans de son opinion ne manquaient pas,
comme on voit, d autorités à l'appui de leur
système. Ils pouvaient à l'envi puiser dans
toutes ces hypothèses où se perdit l'imagi-
nation des Grecs avant de s*élever à l'idée de
la sphéricité de la terre. Cette idée fut ad-
mise d'abord par les pythagoriciens, et elle
naquit dans leur éoole^ moins de l'observa^-
tion des phénomènes dont ils ne s'occupaient
guère, que de leurs vues toutes spéculatives
sur la perfection de la figure sphérique. La
rondeur de la terre fut bientût admise dans
les écoles de Zenon et de Platon» et elle
commença dès lors à se répandre parmi les
physifiiens. Elle mit enfin un terme à leur
longue perplexité sur le maintien de l'équi-
libre de la terre. Aristote a caractérisé Is va-
nité de toutes leurs hvpothèses par cette
phrase: «On pourrait s étonner de ce que
« les solutions de cette difficulté n'aient pas
« paru à leurs auteurs plus inexplicables
« que la difficulté elle-même (256). »
' CO!fCLCSI05.
« Telles sont les principales id^ef eoimo*
graphiques que les Pères de l'Eglise ont ti-
rées de l'interprétation littérale de la Bible.
La terre plate, le ciel formant une voûte.so*
Hde au-dessus de laquelle est la couche des
(251) PsEuao-PLCT., abi supra.
(252) Stob , eclog. I, p. 5li, ed.Heer. - Psscdo
PlcTj, Plae. pkiL^ ii, 15, 2.
(2â() DioG. LAcar., vni, 35.
(254) Or. marit., 645, sg. — Ap. Paet. lot. ariàk,
t. Y, part. H, p. 4283.— MrEa5s^»
(255) Cic, AfflJ., Il . 26. Fin. i, 6 ; IbIDav.—
Clcomcd., Il, 1» ibiqne Bake, p. 589.
(256) De cœio^ n, 15, p. 467, A.
Il
!CI
COS
DICTIONNAIRE DE CO&MOGONIE
COS
eaux céîe>les, Yoilà les notions fondamen^
taies de la cosmographie biblique, el cetles
que les saints Pères y ont rues, parce qu*elles
y sont réellement. Pour expliquer ce3 no-
tions si contraires au système alexandrin,
ils eurent recours aux hypothèses puériles
que rinfluence de la poésie grecque avait
popularisées, ou que I abus de la métaphy*
sigue et le dédain de Tobservation avaient
fait naître dans le cerveau des philosophes
^ecs. Forts de cette autorité, ils durent es-
pérer que les païens ne se révolteraient pa.*<
contre des explications qui émanaient des
sages de Tantiquité. Ils eurent recours à des
emprunts du môme genre pour expliquer la
position du paradis terrestre, et le tableau
des notions qu'ils firent valoir à Vapjrai de
leurs idées à ce sujet est une des parties les
]>Ius curieuses, mais certainement une des
moins connues de l'histoire des systèmes
géographiques.
« Tous ces vieux préjugés, tous ces vains
systèmes que les progrès des sciences raa-
ihémaliquesdansl école d'Alexandrieavaient
il peine atteints, reparurent avec bien plus
do force à l'abri ae l'autorité des saints
Pères ; ils firent une nouvelle invasion, et se
répandirent partout à la suite du christia-
nisme; ils régnèrent pendant tout le moyen
Age. De là les obstacles que les théologiens
(le Rome opposèrent aux progrès de la vraie
philosophie et des sciences d'observation,
en persécutant Galilée, en détruisant Taca-
demie del Cimenla, en faisant craindre à
Bescartes de se prononcer pour le mouve-
ment de la terre, et en mettant le savant Ty-
cho dans la nécessité de recourir à un sys-
tème astronomique infiniment moins rai-
sonnable que celui de Ptolémée. Mais enfin^
lorscfue les immortelles découvertes de
Kepler, de Huygfaens et de Newton eurent
rcpou^ de proche en proche dans Pabsunle
toutes ces idées puériles qu*on avait dtfen-
dues pied à pied comme orthodoxes, il Cil-
lut bien qu*en matière d'astronomie et de
physique générale, raulorilé des opinions
reculât devant Févidenoe des faits.
c De eetle lutte opiniâtre d'où la raison
hamaioe est enfin sortie victorieuse, il ré-
cuite «B esseignement dont il faut profiter :
c'est que les préjugés ne eessent de comt>at-
tre que quand ils ont perdu Tespoir de vain-
cre; cet espoir, ils le conservent tant que la
vérité qui leur est contraire , bien qu ayant
acquis le caractère de réviden^^e anx yeux
des savants, n'est pas descendue dans'uaiN
les esprits. Mais lorsqu'il est devenu iomi é
/ait-impossible de s*y opposer sans danger,
on finit par reconnaître comme orthodoxe,
ou du moins comme indifférent à la foi, ee
qu*on avait déclaré hérétique. Cest ce qui
est arrivé déjà pour le vrai système du
monde (iST), que les théok^ens da Pape
déclarjàrent ab$urde en pUlosoMê H formula
lemeniTtérétique en rdifion. Cest ce qui ar-
(257) Cependant Taoteurde VHermimnai^ m-
aie , ■• Jantsent, a été yertemenl tancé en Taajde
^rt^vQ 18i0, par un de sei confrères en théologie,
^^\kï iivoir ailmis le mouvement de la terre.(AaAS».
rivera, n*en doutons pas, pour les «uCr^
sciences, dès qu'il sera devenu évident que
Moïse et les prophètes y sont restés tout
aussi étrangers qu*à l'astroBomie. »
Nous sommes convaincu, avec l'auteur de
cet article, d'après les mille opinions, les
mille systèmes qui ont été imaginés sur le
premier chapitre de la Gtnin depuis les
premiers siècles de TEglise jusqu'à no3 jours,
nous sommes, di»ge, hietk convaincu que
Moïse n'est ni un cosmof^niste ni un géo-
logue, et qu'en voulant lui donner cette ap-
Earence scientifique, on lui Até jusqu'à l'om-
re du sens commun. Mais si le récit de
Moïse est véritablement inexplicable lors-
3u'on part du point de vue de la science, il
evient clair et fticile quand on ne veut y
voir que ce qui y est réellement, l'expres-
sion d'idées élémentaires présentées simple-
ment, comme il convenait, à un peuple dans
l'enfance de la civilisation.
Nous ne venons donc pas présenter un
système de prétendue conciliation de ia
science avec la Gtni$e^ comme réfutation de
l'article qu'on vient de lire, car ee ayslème
n'existe pas. U y a, à cet ésard, complète
anarchie parmi les savants et les tiiéologiens
de toutes les époques. Chacun se décide
pour telle ou telle bvpothèse, suivant sa
fantaisie et le point de vue individu^ où
les circonstances l'ont placé, celui-ci avec
hésitation et doute, celui4à avec une sorte
de passion, rejetant avec colère toute théorie
qui vient croiser des idées préconçues qu'on
professe avec une sorte de unatisme. Çnieiie
hypothèse embrasserions-nous au milieu de
cette multitude de systèmes qui s'anathéma-
lisent les nns le^ autres et se renvoient les
qualificatifs de faux, d'absurde, d'héréti-
que (258) T Est-il aujourd'hui deux cosmo-
Sonistes de bonne foi qui puissent se regar-
er sans rire?
Nous n'avons donc point, encore une fois,
à démontrer à M. Letronne l'accord d'une
science, qui est aujourd'hui ceci et qui de-
main sera autre chose, avec le récit de la
rréation. Le système que nous adopterions,
fût-il le vrai, serait sans autorité et sans va-
leur, car il serait impossible d'en vérifier
Texactitude, aussi bien du côté de la science
incertaine et mobile que du côté du texte
5arré dont le sens n> jamais été fixé défini-
tivement.
Mais tout en faisant bon marché de ces
innombrables hypothèses cosmogonicorbi-
blîqoes, qui ne sont guère que les rêves
d^une imagination échauffée, nous devons
repousser des attaqnes.déloyales, des accu-
sations sans fondement, que M. Letronne
s est permises contre l'BKlise et contre les
Pères, au point de vue de la science dans
ses rapports avec le récit génésiaqne.
Dès les premiers âges du christianisme ,
la cosmogODie biblique devint le texte de
fi*
• «„.^.. .._, ta Uermen. Mcram.Mos.*
I8i0.)
(iSS) fmf. M. GoMfvOT, La co$mogoi^f et U
téUlicn. p. i7S.
C03
£T DE PALEONTOLOGIE.
COS
534
nombreuses explications, de pieux et savants
eotomentaires» et plusieurs d'entre les Pères
de TEgliso se sont plu à paraphraser les
quelques tersets dans lesquels Thistorien
sacré raconte les six jours de la création.
Mais Vimperfection de Tastronomie chez les
anciens» et leur défaut absolu de connais-
sances géologiques, devaient nécessairement
avoir provoque, de la part des premiers in-
terprètes du livre divin, de nombreuses er-
reurs scientifiques. Si les opinions des saints
Pères, en matière théologique, sont d'un si
grand i>oids dans TEglise, parce que les pre-
miers ils out recueilli les enseignements
apostoliques, parce qu'ils joignaient à d'hé-
roïques vertus un éminent savoir, parce
çitt'enfin ils sont nos pères dans la foi, tou-
{'ours est-il que jamais on n'a prétendu attri-
mer une autorité semblable à leurs opi-
nions scientifiques. Ces vastes génies, de
uui Ton peut dire hardiment qu'ils n'étaient
étrangers à aucune des connaissances de
leur époque, devaient cependant, comme
tout ce que l'antiquité a produit de plus
illustre, subir quelques-uns des préjugés de
leur temps. Les saints docteurs, partout où
ils n'étaient pas guidés par le flambeau de
la foi, ont dû payer tribut à l'humanité;
plus d*une fois ils ont dA céder, à leur insu,
aux erreurs populaires qui dominaient au-
tour d'eux les esprits les plus éclairés ; et
Ton ne doit point être surpris de les voir se
perdre en de vaines conjectures, en des sys-
tèmes inadmissibles, lorsqu'il s agissait d'ex-
uliquer par le moyen des sciences naturelles
le soleonel et mystérieux récit de la Genèse.
Formés presque tous dans les écoles phi-
losophiques de la Grèce, il est tout simple
qu'ils aient tenté d^appliquer à la cosmogo-
nie sacrée les bypotnèses imaginées parles
anciens philosophes et généralement ad-
mises sur la foi de leurs noms. Convaincus
de la vérité du récit de Moïse, mais dénués
en même temps des connaissances positives
au moyen desquelles ils eussent pu en pé-
nétrer la profondeur, ils ont tenté d'inter-
préter le sens à l'aide des données admises
]>ar la science de leur époque; et l'on doit *
avouer que, si parfois ils se sont élevés à de
magnifiques et sublimes aperçus, plus d'une
fois aussi leurs interprétations ont été plus
ingénieuses que solides. Mais qu*en con-
clure f La foi les obligeait à confesser Tins-
e
îration des livres saints, et par conséquent
a vérité de tout ce qu'ils renferment ; la foi
les obligeait à se soumettre d'esprit et de
cœur aux interprétations canoniques de l'E-
glise, doot«ils étaient eux-mêmes les sou-
tiens et la lumière; mais l'Eglise, alors
comme toujours, n'exerçait qu'avec une ju-
dicieuse réserve ce droit sacré d'interpréta-
tion ; elle ne signalait Terreur que lorsque
celle-ci était de nature à porter atteinte a la
pureté de la doctrine religieuse ou de la
morale. Lorsqu^il ne s'asissait que .d'expli-
cations purement scientifiques, elle se taisait
et n'intervenait point dans la querelle : rro-
àidii mundum ditputationi eorum. Lors donc
que dans ce silence de l'Eglise les saints
docteurs parauhrasaient les six jours de la
création , et bâtissaient sur les expressions i
du texte sacré des systèmes cosmogoniques
vraisemblables alors, mais que la science
d'aujourd'hui réprouve, ils faisaient ce qu'ont
pu faire les savants de toutes les époques : lis
parlaient la lançue de la science et non point
celle de la théologie.
Cependant, dans ces derniers temps sur*
tout, la cosmogonie des Pères de l'Eglise a
servi de point de mire aux plus acharnés
adversaires de la Bible, qui n'ont point vu
ou qui n'ont point voulu voir tout ce qu'il
y avait de vicieux et de faux, je pourrais
dire de déloval, dans cette manière de com-
battre. Le plus simple bon sens indique que
Moïse ne saurait être responsable des er-
reurs de ses commentateurs, et qu'il ne
peut y avoir aucune espèce de solidarité
entre la cosmogonie de la Genèse et celle
des saints Pères. L'Eglise non plus ne sau-
rait être accusée d'erreurs qui lui sont évi-
demment étransères. Pour qu'une telle res-
ponsabilité jpesêt sur eUe, il faudrait qu'elle
eût adopté comme siennes ces opinions iso«
ïées, en les couvrant du manteau sacré de son
autorité, en les élevant à la dignité de dog-
mes; et voilà ce qu'elle n'a jamais fait, ce
qu'elle n'a jamais songé à faire, mais voilà
aussi ce cfu'ignorent ou ce qu'affectent d'i-
gnorer les ennemis du christianisme.
Ces opinions fondées sur la Bible avaient
tellemeni d'empire^ dit M. Letroune, gu'ellu
étaient mises au rang des dogmes^ et Qu*on ne
pouvait les contredire sans tomber à rtnstant
sous laredouiable censure des théologiens^qui
avaient toujours au service de leur opinion^
bonne ou mauvaise^ trois arguments irré-^
sistibles : la persécution^ la prison et le biUhsr.
A cette assertion voltairienne, il n'y a
qu'un mot à répondre : Ces opinions fondées
sur la Bible n ont jamais été mises au rang
des dogmes. Les dogmes de l'Eglise catbo-^
lique sont contenus dans les symboles qu'elle
propose à notre foi , dans les décisions des
conciles œcuméniques, et aussi, comme nous
le crevons, dans les solennelles déclarations
que, du haut de la chaire pontificale, le suc-
cesseur de Pierre adresse a l'Eglise univer-
selle. Hors de là, nous voyons des opinions
S lus ou moins respectables , mais point do
ogmes. Qu'on nous montre donc dans quel
symbole ces opinions sont proposées à notre
foi. Qu'on nous dise quel concile a imposé
l'obligation d'y adhérer, sous peine d'héré-
sie. Quel Souverain Pontife a prétendu les
élever au rang des vérités catholiques ? Jus-
que-là nous aurons le droit de répondre à
une assertion gratuite et sans preuve par
une simple dénégation ; jusque-là nous au-
rons le droit de vous dire, ou que vous igno-
rez la valeur des mots que vous employez,
et que vous faites preuve d'ignorance, ou
Îue vous calomniez sciemment l'Eglise de
èsus-Christ.
Mais, dit-on, les opiniona cosmogonîquea
des Pères de l'Eglise ont été (^énéralemenl
admises pendant une longue suite de siècles,
sans qu aucune réclamation se •^i^ Âïm^Â^
1:5
C05
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
COS
55t
cont^*l€S erreurs xiu'elles contiennent. Le
fait (*st exact, mais que prouve»t-ilî Que ces
onmions ont été mises au rang des dogmes?
Nullement; mais que, pendant une longue
suite de siècles, la science n'arait pas fait
mieux.
On sait que les progrès des sciences ma-
thématioues et naturelles ont été presque
insensibles pendant le cours du moyen âge.
i/esprit scientifique, gui était loin aloi^s
o'ôlre stationnaire, avait pris une autre di-
r(;ction; on étudiait plus dans les écrits des
anciens que dans le livre de la nature. Il
était donc tout simple qu'on s*en tint sur
ces matières aux systèmes précédemment
admis, et qui étaient encore la dernière ex-
pression de la science. Mais que l'autorité
des saints Pères ait été nu obstacle aux pro-
grès de l'esprit scientifique pendant cette
période du moyen âge, voilà ee qui est ma-
niréstement faux, voilà. ce qui. dénote, dans
Tes hommes qui profèrent de telles accusa-
tions, ou une bien profonde ignorance, ou
une bien aveugle prévention. Le moyen âge
était en générai une époque de foi: mais,
comme tous les siècles, il a produit des es-
prits indociles et sceptiques, qui «ne se soBt
pas fait faute do déverser l'injure et le blâme
sur la doctrine catholique. Les Albigeois>
on en conviendra, avaient peu de respect
pour les enseignements de l'Eriise. Quel est
cependant celui d'entre ces hérétiques ou
ces esprits forts qui ait signalé l'asservisse-
ment de l'esprit, chez les catholiques, à des
opinions erronées en matière de science?
Et si aucun d'entre eux, ne s'est attaché à
réfuter les systèmes eosmogoniques des
saints Pères, c'est que d'abord ces systèmes,
étrangers au do^me, étaient en dehors de la
discussion religieuse; c'est qu'ensuite, en
fait d*astronomie et de physique, leurs con-
naissances ne dépassaient pas, si elles éga*
laient, celles de leurs adversaires. Us étaient
donc hors d'état d'opposer à leurs opinionS|
si erronées qu'elles fussent, des opinions
plus exactes.
Cependant l'esprit d'observation, qui s'était
i)eu à peu introduit dans les études , avait
ait faire aux sciences, à l'astronomie sur-
tout, d'admirables découvertes. On venait
(l'entrevoir la rotation de la terre ; et celle
idée, dont la géométrie à démontré depuis
Vexactitudc jusqu'à l'évidence, soulevait
alors une formidable op}K)sition, non point
(le la part de l'Eglise, mais bien de ha part
des astronomes. Cela est si vrai, que ïe car-
dinal Cuza enseignait le mouvement du globe
terrestre ; aue Copernic dédiait au Pape
Paul III son livré De orbium cœlestium revo*
lutionibus^ sans encourir l'anathème et la
persécution. Et si un tribunal religieux, qui
n'était point l'E^^lisc universelle, et qui pou-
vait bien, en fait de sciences naturelles,
ri'èlrc pas plus avancé que les sarants de
l'époque, condamnait un siècle plus tard,
(259) Voil^ Texeinplcle plus souvent cilé de celle
affreuse persécution exercée par l'Eglise contre les
«axaiils. On ne pouvaii parler avec ubsez J'indigna-
Galilée h six mois de détention dans le délf*
cieux palais de la Trinité du Mont (259],
c'était bien moins pour avoir enseigné la ro-
tation de la terre que jK)ur avoir voulu faire
de cette découverte un dogme théoiogique,
un dogme religieux. D*ailleursdevrion»iioûs
Ctre surpris, en voyant quelques théologiens
timides jeter un cri d'alarme à i'topiffition
d'une doetfinB scientifique qui, violant tou«
tes les idées reçues , faisait entrer la science
dans une voie nouvelle, et paraissait, au
premier aspect, porter atteinte, sinon à la
vérité des livres saints , du nîoins au sens
que jusqu'alors on avait généralement attri-
bué à quelques-unes de leurs expressions.
Celte crainte, cette réserve excessives peut-
être ne trouvent-elles par leur explication,
et à la fois leur justification,' dans les opi-
nions des savants mèmea de cette époque ?
Mais il 7 a loin, en tous cas, de cette quanm*
taine^ imposée par la théologie à une iioo-*
veauté scientifique , qu'on nous p8S5o cette
manière de dire, à la cooséavition dogmati^
que de l'opinioii contraire. Mettre jen garde,
contre les dangers possibles d'une doctrine
incomplète encore^ et qui n^a point reçu jus-
que-là la sanction du temps et de ta science,
n'est point, on on conviendra, proclamer
la fausseté de cette doctrine ; ce n'^sl que
provoquer sur son compte un plus sérieux
examen. Et d'ailleurs^ encore un coup,
l'Ëglise es^ restée étrangère h tous ces en-
seignements, à tontes ces condamnations; et
tesjstème de Ptolémée, pas plus que celui
de Copernic , n'a trouvé place dans aucun
de ses symboles ou de ses catédiismes.
L'Eglise n'a empêché ni l'astronomie» ni
aucune autre branche des connaissances hu-
maines, de poursuivre sa carrière et ses pro-
grès. Sûre de posséder la vérité, elle n'a ia-
mais redouté la constatation régulière d un
fait scientifique ; car les vérités qui nous
apparaissent, à quelque ordre qu'elles ap-
partiennent, loin de se combattre et de se
nuire, ne peuvent que s'élayer et se prêter
un mutuel appui. Il est donc de l'intérêt du
catholicisme qui, du reste, l'a toujours com-
pris, non point d'entraver les progrès des
sciences, mais de provoquer leur dévelop-
pement. Ses docteurs les plus illustres ont
toujours marché, sous ce rapport même, à
la tête de leur siècle. Les Augustin, les
Jérôme, les Basile, les Tertullien, tes Ori-
gène, ont été incontestablement les plus sa^
vants hommes de leur époque, et, dès les
premiers figes de l'Eglise, à Rome comme à
Athènes, à Carthage comme à Alexandrie,
Téclat des écoles païennes pfilis&ait devant
les lumières resplendissantes des chaires
chrétiennes.
Le moyen fige si longtemps jugé avec pré-
vention et outrageusement calomnié, mais
aujourd'hui glorieusement réhabilité parles
consciencieux travaux dont il a été 1 objets
le moyen fige a dû au clergé tout son éclat
lion de ce cacliol ôbscor dans lequel rîUustre astro-
nome avait éié plongé tout vivant. Il faot en eonve-
iiir, la bonne foi 4e ]i?s messi^Ts est a4iiiiralile
»:
ces
ET bE PALEONTOLOGIE.
cos
33îr.
scientifique. Qui Jamais a poussé plus loin
Tamour delà science, qu'un Albert le Grand,
un saint Thomas d'Aquin, un saint Bonaven*
turet un Roger Baeon? £t si Télan que de
tels génies ayaient imprimé aux travaux in-
tellectuels s*e$t ralenti dans les siècles sui^
vantSy certes, il y aurait une bien criante in-*
înstice à Tattribuer à ce même clergé, qui
avait donné à l'esprit humain la phis puis-'
santé impulsion qu'il eût peut-être jamais
reçue.
L'Eglise, depuis lors, n'a cessé de compter
plusieurs de ses membres parmi ceux qui
ont cultivé et fait progresser chaque genre
d'études et de coa&aissances. Tous ils en ont
hâté le développement de leurs vœux et de
leurs travaux, loin de vouloir y apporter,
eomme on ose le prétendre, de religieuses'
entraves ; car, plus leur foi était vive, sin«
cère» éclairée, plus ils étaient convaincus
que la vraie foi et la vraie science peuvent
se contempler face à face, sans avoir rien k
redouter l'une de l'autre. La demi-science,
les théories incomplète?, les systèmes éle-
vés à fa hâte et sans base certaine, voilà les
véritables ennemis de la foi catholique. Le
Tvin* siècle est là pour appuyer ce que nous
aVançons (260),
Mais il nous tarde d'opposer à une criti-^
que sans discernement ou sans bonne foi les
appréciations graves et la voix pleine de di-
^ité d'un savant qui a approfondi la oues-
tion traitée par M. Letronne avec une légè-.
reté çiui fait peu d'honneur à son caractère.
Voici comment l'ilhisti^ cardinid Wiseman
s'exprime à la &n de son Septième discours
sur Us rapports entre la science et la religion
rétiUe :
c Après ce que j'ai dit, il pourrait paraître
superflu de conclure que la religion chré^
tienne n'a aucun intérêt à comprimer l'étude
des sciences et de la littérature ; qu'elle n'a
aucun motif d'en craindre la diffusion, tant
Ju'elles seront accompagnées de l'attention
ue aux principes de la morale et à la pureté
de la foi . Car si l'expérience du passé nous
assure que les progrès des sciences tendent
constamment à augmenter le nombrja des
preuves du christianisme et à répandre un
nouvel éclat sur celles que nous possédons
déjà, c'est notre intérêt , c'est notre devoir
d'encourager ces perpétuels et salutaires pror
grès. Toutefois, aepuis les premiers jours de
rfi^lise, il s'est rencontré des hommes qui
ont professé une opinion contraire; et on
peut les diviser en deux classes, d'après les
motifs qui ont suscité leur opposition à la
science numaine.
« La première comprend ces chrétiens bien
intentionnés qui, dans tous les siècles, se sont
imaginé que les sciences et la littérature
étaient incompatibles avec l'application à des
4tudes plus saintes; qu'elles détournaient
l'esprit ne la contemplation des choses céles««
tes ; que c*était un aHiage nuisible à cette pu-
reté de pensée qu'un chrétien doit s'efforcer
toujours de conserver; que de pareilles étu-
des sont clairement condamnées dans l'Ecri-
ture partout où la sagesse de ce monde est.
réprouvée. Cette classe de chrétiens timides
dirigea d'abord son opposition contre cette
philosophie que tant de Pères , spécialement
de l'école d'Alexandrie, essayèrent d'unir et
de conciliée avec la théologie chrétienne r
mais ils furent vigoureusement attaqués et
réfutés par Clément d'Alexandrie, qui con-
sacra plusieurs chapitres de ses Stromates à
la justification de ses études favorites. Il ob-^
serve avec beaucoup de justesse quunescienc»*
riche et rariée recommande celui qui enseigne -
les dogmes étetés de notre foi^ lui donne cré-
dit auprès de ses auditeurs^ inspire Padmira-
tionàses disciples et lesattireà la vérilé{^%i).
C'est aussi ce qu'avait dit Cicéron : Magna
estenimvis^adperstiadendumy scientiœ (262).
Clément appuie ensuite ses arguments d'une
foule de citations do la sainte Ecriture et des
auteurs profanes. Je vous lirai un passage
remarquable :
« Quelques personnes ayant une haute api^
nion de leurs bonnes dispositions^ ne veulent
pas s'appliquierà la philosophie ou aux études
dialectiques^ni mémeà la philosophie naturelle ;
elles ne veulent que la foi nue et sans orns'^
ment ; en cela elles sont aussi raisonnables que
si elles espéraient recueillir des raisins sur une
vigne quelles auraient laissée sans culture
Notre^Seigneur est appelé allégoriquement une
vigne^ donc nous recueillons Iju fruits par une
culture assidue, suivant la parole du Verbe
étemel. Nous devons tailler, oécher, attacher,
et faire tous les autres travaux nécessaires: et.
comme en agriculture et en médecine celui-là
passe pùur le plus expert qui a étudié un
plus grand nombre de sciences utiles à ses
deux artSy noiks aussi, nous devons regarder
comme le plus propre ànotre art sublime celui
qui fait aboutir toutes choses à la vérité, et tire
de la géométrie, de la musiauSi de la gram--
maire et delà philosophie elïe'^méme, tout ce
qu'elles contiennent d utile à la défense de la
foi. Mais celui qui ne s'est pas instruit avec
soin sera certainement méprisé (263).
« Ces paroles, je dois 1 avouer, ne sont pas .
pour moi un médiocre encourasement. Car
si, au lieu de la géométrie et de Ta musique,
nous mettons la géologie, l'ethnographie et
l'histoire, nous pourrons considérer ce pa^
sage comme une confiriuation formelle de la
méthode que nous avons suivie dans ces dis^
cours, et une approbation des principes qui
nous ont guidés.
« Tant que cette opposition continua dans
l'Eglise, elle fut énergiquement combattue
par des pasteurs zélés et éloquents, comme
très-préjudiciable à la cause de la vérité. Le
grand saiqt Basile parait surtout avoir été, de
son temps, un des plus ardents défenseurs des
études profanes : il recommande fortement
d'étudier la belle littérature, à cet âge oà,
^i60) Foy. M. Emcst de Bricoa, Introd, à la cas- Pottcr.
mo^onie de la Bévélalion, (262) Tapica, Opcr.
("itil) Stromatu, lib. i, cap. 3, t. I, p. 537, cdll. (265) Topica, Opcr
•4. Loiid., i7êf.
»9
COS
DICTIONNAIRE pE CÛSMOGO!<iB
COS
M
selon lui, Tesprit est trop faible poursnp^r-
ter la nourriture plus solide de la parole ins*
pirée : il dit expressément que, par la lecture
des écrirains tels qu'Homère, une jeune flme
se forme aux sentiments vertueux, poun^u
toutefois qu'on ait soin d'en faire disparaître
tout ce qui pourrait corrompre l'innocence
du ocBur. (Basilii opera^ 1. 1, hom. St^.}
^ « Saint Grégoire de Nysse le loue beaucoup
d'avoir fait servir ces principes à la cause de
la Mkgion , et de les avoir appuyés de sa
vaste érudition. Plusieursj dit-ii, font hom-
mcge à F Eglise de leurs connaissances profa-
nes: telaétiy entre autres y V illustre Basile^ ^ui^
s*itant^ dans sa jeunesse^ emparédes dépouilles
de t Egypte^ les consacra à Dieu^ et orna avec
ces richesses le tabernacle de r Eglise i^Wj.
^ « Mais l'illustre ami de saint Basile, saint
Grégoire de Nazianze, a encore mieux ap-*
proiondi cette question. Ils avaient été con-
disciples à Athènes ; et tous deux animés du
même esprit religieux, ils s'y étaient livrés
à l'étude avec de brillants succès ; ils consi-
déraient (a vérité^ partout où elle se trout^e^
comme la propriété de f Eglise du Christ : ce
sont les expressions de saint Augustin. Leur
condisciple Julien comprenait parfaitement
le prix Qu'ils attachaient, comme les autres
saints Pères de leur temps, aux sciences hu-
maines, et le puissant avantage qu'ils en re-
tiraient pour combattre l'idolâtrie et Terreur ;
aussi, après son apostasie, publia-t-il un dé-
cret pour défendre aux chrétiens de suivre les
écoles publiques et d'étudier les sciences. Or
ce décret fût considéré comme une persécu-
tion des plus cruelles. Voici un passage tiré
de l'oraison funèbre que saint Grégoire pro-
nonça en rhonneur ae son ami ; il suffira
pour vous montrer son opinion à cet égard :
€ Tout homme d'un esprit sain convfenara^je
pense^ que la science doit être regardée comme
le premier des biens terrestres. Je ne parle pas
seulement de cette noble science gui est notre
part à nouSf et quij méprisant tout ornement
extérieur^ s'occupe exclusivement de F œuvre
du salut et de la beauté des idées intelfectuel-
les; mais encore de cette science humenne que
des chrétiens peu éclairés rejettent comme per-
verse^ dangereuse et détournant Vàme de Dieu.
H observe ensuite que l'abus que les païens
ont fait de cette science n'est pas une raison
pour Ja rejeter, pas plus que la substitution
sacrilège gu'ils font des éléments matériels à
la Divinité ne doit nous détourner de leur
légitime usage ; puis il ajoute : // ne faut donc
pas réprouver Férudition, parce guil a plu à
quelques hommes de penser ainsi ; il faut^ au
contrairCf reqarder comme des insensés et des
ignorants les hommes qui raisonnent de la sorte:
qui voudraient que tout le monde fût comme
eux, afin qu'ils pussent se cacher dans la foule,
ifU) De 9ita Mosis, S. Greg. Nyss. Opéra • Paris,
46ÎHL t. I. p. «09. » J F-
(M5) Sancti GaicNàz. Funsbrit Oratioin laudem
BasilH Magm: Oper., Par., 1609.
(966) Rsspomumhabeëntnon Ueo me kebetiê fuitse
carrfti, et tsm crassœ rustieiiatis, quam Hli $oiam pn
stmetituis habem, piscatprum u diuipu(o$ asêerenUs,
quasi ideireo isncti $int, il nihii êcircitt. Ep. 15, ad
et mêe personne ne pût découvrir leur manque
^éducation (265).
« Les termes ici employés sont vraiment se*
vères ; mais ils servent k montrer de la ma-
nière la plus éner^que quels étaient les
sentiments de ce saint et savant évèque sur
l'utilité de la science humaine et de la litté-
rature. Tournant ensuite nos regards vers
les grandes lumières de l'Eglise (TOccident,
nous y voyons la conduite de ceux qui se pro-
nonçaient contre la science profane réprou-
vée avec non moins de sévérité. Saint Jé-
rôme, par exemple» s'exprime même arec
dureté sur le compte de ceux qui, comme il
ledit, prennent F ignorance pour, de la «otfi-
tetéf et.se vantent a être les disciples depank-
vres pécheurs ^1166). Dans une autre occasion,
il explique l'Écriture en se servant de plu-
sieurs renseignements empruntés à la philo-
sophie païenne, puis il conclut en ces termes :
HœcautemdeScrtpturapaucaposumus^utcon"
gruerenostra cumphilosophis doceremusf^):
paroles qui indiquent clairement qu'il regar-
dait comme un travail intéressant et non in-
dif^ne d'un bon chrétien, d'étudier les rapports
qui existent entre les vérités révélées et la
science humaine, et de s'assurer si elles ne
peuvent pas être mises en parfaite harmonie.
« Son savant ami, saint Augustin, pensait
évidemment de même ; car, en énumérant les
Sialités nécessaires à un théologien accon-
. i, il y fait entrer la science mondaine,
comme une chose d'une grande importance.
Voici comment il s'expnme : Si ceux qu'on
appelle philosophes ont enseigné quelques r/-
rités qui soient conformes à notre foif loin de
les redouter, nous devons les approprier à no-
tre usaqe, comme un bien qu'ils possèdent tn-
justement. Ensuite il fait observer que les
vérités qui se trouvent éparses dans leurs
écrits sont comme un pur métal au sein des
éléments grossiers qui le recèlent dans la
mine. Le chrétien doit s'en emjoarer dans le
but légitime de prêcher FEvanatle (268). Tant
de chrétiens,parmi les plus fidèles éFentrênous,
continue-t-il, en ont-ils agi autrement f De
quelle quantité dor, dargent et d'omemtnts
précieux n'avons^naus pas vu Cyprien^ ce
docteur si exquis, ce martyr si vénérable^ re-
venir chargé, de F Egypte? N'en estait pas de
même de Lactance, de Victorin, dOpteU, d'Hi-
taire et d'un nombre infini de Grecs (969)7
« Il n'est pas difiScile de concilier avec ces
passages plusieurs endroits de leurs écrits,
où les Pères semblent réprouver la science
humaine ? comme quand saint Augustin lui-
même, dans une de ses lettres, parlani de
Téducation qu'il donnait à Possidius, dit crae
les études vulgairement appelées libérales
ne sont pas dignes de ce nom alors honora-
ble, qui appartient en propre aux études fon-
Mareetlam ; Oper., 1. 11, par. u, p. 6i, ediu Mariia-
uay.
(267) Adverêus Jovinianum, lib. u ; ibid., p. SOQ.
(268) Débet ab eu auferre chriêtianus, ad usum
justum prœdieandi Evangetium.
(269) Dedoctr, ehrist., 11b. ii, cap. il. Oper.,UU.
par. I, p. 42, éd. Maur^
S41
COS
ET DE PALEONTOLOGIE.
COS
54i
dées sur la vraie liberté que Jésus-Christ
nous a acquise ; ou lorsque saint Ambroise,
pour citer ce passage entre mille, dit à Dé-
métrias que ceux qui savent quelles souffrant
ces tmr salui a coûtée et à auet prix ils ont été
raekeiéê^ ne désirent pas être des sages de ce
mande (870). Car il est évident qu'eir ces occa-
sions ils parlent de la science vaine, futile
et présomptueuse d'arrogants sophiste3 et de
rhéteurs subtils; de cette science qui, dé«
pourvue du sel de la grAce et d'esprit reli-
gieux est insipide, fade et bonne a rien. Et
comment, en effet, pourrions-nous un instant
penser autrement, quand nous parcourons
leurs glorieux ouvraj^es, que nous contem-
plons les trésors de science antique qui y sont
accumulés , que nous apercevons aans cha-
que alinéa des traces de la profonde connais-
sance qu'ils avaient de la philosophie païen-
ne, et que nous voyons dans chaque phrase
combien leur étaient familiers les plus purs
modèles de style ? Qui pourrait douter, ou qui
oserait regretter que Tertullien, lustin, Ar-
nobe etOngène, aient eu entre les mains tou-
tes les armes que pouvait fournir la science
païenne pour combattre en faveur de la vé-
rité? Qui pourrait désirer que saint Basile,
saint Jérôme, saint Grégoire et saint Augus-
tin eussent été moins versés qu'ils ne Té-
taient dans toute la belle littérature dés an-
ciens? Bien plus, dans la lettre même dont
j'ai fait mention, saint Augustin, si je me le
rappelle bien, parle sans regret, et même
arec satisfaction, des livres de musique
qu'on ami lui avait exprimé le désir de se
procurer.
« Le temps n'a pas apporté plus de chan-
gement aux sentiments de l'Eguse primitive
sur ce point que sur tout autre. Mabillon a
démontré de la manière la plus irréfragable
que, même parmi les hommes qui avaient
embrassé la vie monastique, l'étude des scien-
ces avait été dès le commencement encoure-
Sée etmise en vigueur (271). Bacon narie avec
e grands éloges du zèle que l'Eguse catho-
lique a toujours iUt paraître pour la science.
iheUf dit-il, a envoyé sa divine vérité dans le
monde, accompagnée de toutes les autres bran-
ches de la science^ qui lui servent comme des-
corte et de servantes. Nous voyons que plu-
sieurs des anciens évéques et des Pires de l'E-
glise étaient profondément versés dans les
sciences des païens ^ à td point fue Védit de
r empereur Julien^ qui interdisait aux ehré
Hens les écoles et les exercices littéraires^ pa-
rut un instrument plus funeste pour la foi que
les persécutions sanguinaires de ses prédécesr
seurs. Ce fut en effet TEglise chrétienne quij
au milieu des invasions des Scythes venus'du
nordrouest , et des Sarrasins venus de /'0-»
rient^ conserva dans son sein les restes de la
science mime profane ^ qui sans cela eussent
entièrement péri. Dans ces derniers temps en-
rare^ les Jésuites ont puissamment ravivé et
fortifié r étude des sciences^ et contribué à con»
(270) EmstelsK, lib. iv, ep. 35, Oj^r., t. V, p.
264, «d- Par ^1632.
(i7l) TfaiHdei,étndnmonaHiqw%y^9iXW\t^» lo,
p. !I2; Paris, i69i.
solider lesié^ dé Rome. Il y a donc^ conclut-
il, deux services importants que la philosophie
et la science humatne procurent à la religion^^
indépendamment de Téclat et des lumières
ou* elles y répandent. Vun consiste en cequ'eU
les contribuent efficacement à Vexaltation de
la gloire de Dieu; Foutre^ qu'elles fournissent
un préservatif tout particulier contre IHncré^
duKté et terreur (272).
«( Entre les deux extrêmes indiqués p.ar Ba-
con, je veux dire les anciens Pères de 1 Eglise
et la société de Jésus, il existe un long in-
tervalle, durant lequel, en dépit du préjugé
ordinaire, il n'est pas permis de penser que
Tesprit vivifiant de l'Eglise n'ait rien fait en
faveur des sciences profanes. Je ferai o6scr-
vtr^ dit un savant et agréable auteur, que^
pour un catholique y non-seulement l'histoire
philosophique^ mais aussi Fhistoire littéraire
du monde s'est prodigieusement élargie : les
objets changent déposition relative^ et beau-^
coup de ceux qui étaient autrefois reléguées
dans une profonde obscurité j sont maintenant'
environnés de l'éclat d'une lumière resplendis-^
santé. Tandis que les écrivains modernes ne
cessent de nous entretenir ^ siècle par siècléj
(tes Césars et des philosophes^ et d'eaercer leur
génie à tracer des parallèles entre leurs row-
temporains; le catholique découvre entre la
civilisation païenne et l'état actuel de la so^
ciété l'existence d'un monde entierj illustré
par tous les genres de grandeur intellectuelle
et morale. Les noms qui se troutent sur ses
lèvres ne sont plus ceux de Cicéron et d'Ho-
race, mais ceux de saint Augustin^ de saint
Bernard f d'Alcuin^ de saint Thomas el de saint
Anselme: les lieux 4fue, dans son esprit, il as^
socie aux Coques paisibles et glorieuses de lu
science ne sont ptus le lycée ou l'académie ^
mais CUeauXf Cluny, Crowland et l'Oxford,
du moyen âge (273).
< le me contenteraide vous renvoy erà cette
page riche et brillante, pour vous convaincre
que les études classiques et philosophiques
nirent cultivées avec zèle et habileté dans
la solitude du cloître par i- les moines pen-
ce seurs, dont toute l'attention était de plaire
« à Dieu, pour le doux amour du Christ, et
<c qui, mus par des sympathies humaines,
« sortirent au sein de l'Eglise. i> {Yarroui
revisited ; 2* éd. , p. 25&. ) Mais je ne
puis m'empècfaer de vous faire connais
tre l'opimon d'un homme qui a été un
des bnllants ornements de ces siècles ca-
lomniés. Parmi les excellents sermons de
saint Bernard sur le Cantique des cantiques ,
il en est un qui a pour suj[et que la connais-
sance de la science humaine est bonne. Voici
de quelle manière ce Père éloquent s'y ex-
prime : Peut-être vous paraitrairje trop dé-
précier la science, condamner presque les sa-
vants, el proscrire l'étude des lettres. A Dieu
ne plaise! Je n'ignore pas combien les savants
ont rendu et renaent encore de services à l'E-
glise, soit en réfutant ceux qui lui sont oppo-
(272) Deauqmentis idiiid«niin; Œuvres de Bacon,
Lond., 1818, Vol. VI, p. 68..
(273) More» caihottd. • ' "» ; Loi;«l.,
1833, p. 277.
3i3
C0«
blCTlONNAJUE DE COâ&lOCOiMfi
C08
iU
êé$^ êoU enr ifUiruisanl lt$ iffnorafUs, Et j ai
lu : Parce que tous avez rejelé la science, je
vous rejetterai , aiin que vous ne remplis-
siez point rofBce de prêtre dans mon tem*
pie (:tn).
« Tels 0|it donc été les sentiments et la con-
duite de TEgiise catholique, par rapport à
]*u5Cge que Ton peut faire de la science pro-
fane pour la défense et Texplication de la
vérité: et la meilleure réponse peut-être
qu'on puisse adresser à ces chrétiens incon-
sidérés qui prétendent que la religion n'a
pas besoin dé ces secours étrangers et em-
pruntés, est celle du docteur South : Si Di€u
n'a pas besoin de noire science^ il doit encore
moins avoir besoin de notre ignorance.
« Laseconde classe d'écrivains qui soutien-,
nent que la religion n'est pas intéressée aux
ii»r6grès de la science est mue par des motifs
bien différents. Cette classe comprend les
ennemis de la révélation, contre lesquels ces
Discours ont été principalement dirigés, et
qui prétendent que Tavancement de la science
tend à renverser, ou du moins à infirmer, les
preuves de la religion révélée. J'ai eu tant
de fois l'occasion de réfuter formellement ces
hommes, que je ne m'arrêterai pas à faire
ressortir davauta{<e la folie de leurs asser-
tions. Je ferai seulement observer que ce re*
proche sans fondement n*est pas une inven^
liop des adversaires modernes du chrisliaf
nismci qu'il est au contraire la plus vieille
accusation qui ait été portée contre lui. Car
Celse, un des plus anciens ennemis de la
vérité chrétienne dont les objections nous
soient parvenues» nous reprochait principa-
lement cette hostilité pour la science, dans
la crainte qu'elle ne fût nuisible à notre
cause. Mais il rencontra un habile et victo-
rieux adversaire dans le savant Origènc, qui
repousse cette calomnie d'uue manière triom-
phante et eu tire une conclusion que je ne
leux manquer de citer : S'il est démontré que
lareligiim chétienne invite et encourage les
hommes à f étude des sciences^ ceux-là méri-
tent de recevoir une réprimande sévère ^ qui
cherchent à excuser leur propre ignorance en
tenant un langage capable de détourner les
autres de s'appliquer à l'étude \{21b). Cette
remarque est a la fois une preuve de la con-
fiance où était Origène que le christianisme
ne pouvait recevoir aucune atteinte de l'en-
couragement donné aux sciences, et une juste
condamnation de cette classe d'amis timides
qui s'alarment de leurs progrès.
« Plus d'une (ois j'ai eu l'occasion de venger
(î7i)Serin. 36, super Cent; Oper., p. G08; Basil.,
1506.
(475) Contra Cel$,, !ib. ni, Oper. tom. I, p. 476.
éd. de La rue.
(i76) J*éproave un grand plaisir à raconter Tance-
Jote suivante. Il y a quelques années, je U$ précéder
unetbése soutenue par un des élèves de mon établis-
sement, d'une disserlalion laliue de dix ou douze
pages sur la nécessilé d'unir aux études ibéolosiqucs
des conn.nissances générales, et scientifiques. J y pas-
sais brièvement en revue les différentes branches de
sciences traitées daus ces discours. Cet Essai Tut
I icnlôt traduit en italien cl imprimé dans un joiir-
n.M de Sicile ; il fut aussi, je crois, publié à Milan.
l'Italie, et spécialement Rome, d'injustes ca-
lomnies sur ce point} j'ai prouvé que celle
ville a été la première à encouragereti aider,
sans jalousie comme sans alarmes, k science
et la littérature^ qui devaient avoir pour ré-
sultat de constater , de la manière la plus
complète, la solidité des fondements delà le-
ligion. Il n'y a peut-être pas de pays où les
plus hautes branches de Téducatioa soient
livrées avec aussi pende restriction à l'accès
de tous les rangs de la société, où l'étude des
sciences physiques soit plus libre » et où la
littérature orientale et la critique aient M
Elus favorisées. Cetle cité possède trois éta-
lissements en forme d'universités, où toutes
les branches de la littérature et de la scienct
sont simultanément cultivées, sous la direc-
tion d'habiles professeurs} et il y a dans la
grande université une chaire d*un caractère
tout à fait unique, où les découvertes de la
physique moderne sont appliquées k la dé^
fense des saintes Écritures (la chaire de phy-
sique sacrée). Pour ma jpart, je serais imusto
si j[e laissais échapper 1 occasion de déclarer
qu en toute circonstance , mais surtout par
rapport au sujet de ces discours, j*ai reçu
Tencouragemetit le plus bienveillant de ceui
dont tout catholique regardera Tapproha-
tion comme sa meilleure récompense sur la
terre (276).
« De tout ce quej*ai dit et espéréavoir prouré
jusqu'ici, on peut assurément déduire plo"
sieurs conséquences uraliques. D'abord qu'il
me soit permis de m adresser, avec toute la
déférence convenable, à ceux qui partageut
les devoirs et les dangers de la charge doat
je suis revêtu ; et, sans avoir la présomptioa
de les instruire ou de leur donner des avis,
je les conjurerai, comme un frère ou un aiui,
de ne laisser échapper aucune occasica de
démentir par leurs actions les reproches pe^
sévérants des ennemis de la religion. Ce
n'est point par des raisonnements abstraits
que nous convaincrons le genre huoiaia que
nous ne craignons pas les progrès de la
science : c'est en marchant hardiment à sa
rencontre, ou plutôt en l'accomi a^nant dans
sa marche progressive, en la traitant tou-
jours comme une alliée et une amie, et en la
faisant servir à la défense de notre cause,
a ne nous pouvons raisonnablement espérer
e persuaoer è ceux q^i en douteraieipt en*
core, que la vérité n'a sa source qu'e^ Dieu,
et que ses serviteurs et leur cause n*09t ries
h craindre de sa part. La raison pour laquelle
l'incrédulité a fait tant de ravages en France,
Ce qui fut cependant très-flatteur pour moi, et qui
peut servir de conlirmatlon à ce qiiej'ai avancé dans
le texte, c*est qu'étant allé deira jours après Taire
visite au défunt pape Pie VIII, qui était très-profon-
dément versé dfins la littérature sacrée et piofanr.
pour lui oflyir, suivant Tufitige, un exemplaire de la
ilièse préparée pour lui, Ten trouvai vu sorsatallr.
et, dans tes termes ks plus bienveiUanfs, il mt- clii
qu*ayanl entendu parler de mon petit Essai, il V^^^
envoyé chercher sur-le-cbamp ; puis il «joviaco
termes qui faisaiefit allusion à Texpression li^urt^
employée plus haut, d'après les anciens Perfs:
I Vous avez enlevé à PEgyple ses dépouilles et prouvf
qu'elles a ppa ri ion lient aii peu pic de Pieu. »
z\:
cos
ET AE PALEONTOLOGIE.
vm
Sid
lians le siècle dernier, c'est que ses émissai-
res la présentaient aux esprits du peuple
ornée de tout le diarme séduisant d'une
science railleuse ; c*esl (pi*ils produisaient
des eipKeations et des preuves spécieuses
tirées ae toutes les brancbes delu Uttérature»
et qu ite enduisaient les bords de la couf^e
de Ions les charmes d*un style élégant et
d*u0e diction animée; tandis que^ par ma !^
heur, eeux qui entreprirent de les réfuter, si
l'on en excepte Guénée et peut-^ire quelque»
autres seutetnent, se jetèrent dans des rai?
soiftiemeiits abstraits et de simples démon^-t
tratiOQS^ didactiaues (3T7). Or, est-ce trop
exiger que de demander qu'on prenne le
mdmd soin pow orner la religion des char*
mes qui sont son ornement naturel, qu'elle
a reçus de Dieu IttiHaoéme, et que son enne^
mie a sacrilégement usurpés?
« Les formes sans cesse variées que prend
rincrédulité, la facilité avee laquelle cet au«*
tre Protée varie son air et ses mouvements,
devraient nous teqir dans un état dlnfaiiga-
ble activité pour lui faire face dans toutes
ses métamorphoses, lui résister d*une ma*^
oière convenable, et nous mettre ainsi è
même de rétouflhnr dans toutes -les formes
fantastiques sous lesquelles il a coutume de
ft produire. Lm versalité d$ Ferreur ^ dit un
éloquent écrivain de notre temps, txige une
rfiUe variété danê les mùyens emotoy/s pour
la déftnêê de la vérité; tt iequi le public a^
/•tl le plue de droit danenâfte qu'elfe eûit dé^
tendue eautre le$ ewwhitewnmitè de Verreureè
\ie VincréduHtéj sinon de ceux qui font pro^
feeeion de coneaarr leurs étude» et leur vie <1
l'arancement de la vertu et de ta rv/tgrtonf ....
Le ministère chrétien ayant éêé établi pour
instruire les honmes durant tûut te cours de$
siècle» dans la vérité et la sainteté^ il doit
s accommoder omjp scènes toujours chan".
géantes du monde morale et se tenir prêt à
repousser les attaques de l'impiété Jet ae VcT't
reur, »ou$ quelque» formes ^'eUte puissent
st produire {^Sj.
« Ces sentiments, dont on vctit que soient
animés ceux qui sont chargés d'enseigner la
leli^on, ont été exprimés, il y a plus de
mille ans, touchant notre ministère, par le
ratifs de guerre de Fenncèni ne sont pas éTune
»euiéeêpece: la guerre Hit de sa natùrtf variée^
et le» attaques partent d'ennemis dioere. Time
ne se" servent pas des mé^ee armes et ne diri^
gent pas leurs assaut» d'après le même plan.
Celui doue qui veut lés combattre taus^ doit
connaître les artificos de chacunfffusB : ildmt
savoir à la fois manier Vare^tla fronde^ r»m'*
pHr Fofflee àe simple soldat et de -capitaine^
être^ selon le besoin^ cavalier ou fantassin^ et
»» battre éigaiem^t sur un vaieseau et sur le»
fempari». Dan» lee guerres ordinaires^ chacun
attaque $on adversaire d'après la manière dont
il a é$é formé à ce» sortes dPerereices; mais-
dènece conflit^ il- en cet bien. autrement : car
si celui qui devrait remporter la victoire n'est
pas entièrement initié à, tous les secrets de cef
artf le démon sait très^ien tirer parti de queU
que point mal gardée et introduire dans la
place se» êotellitts spolmteursy pour s'emparer
du troupeau et le mettre en pièèes. Uaistl n'en
estipas ainsi hrsau'il sait que le paeteur est
pourvu de toutes les ressources nécessaires^ e^
se tient en f^fde contre ses tuses\ H convient
donc que. nous soyons préparés sur tous les
points^ {De saeeroûiio^ lih.^ iy, iAv p. T7.j
« AceteHCOurageantt;émoigttageenfaveur
delà légitimité des sentiments que j'ai ex-
S osés, ie puiscijouter cehiid'iln illustre Père
e l'Eglise latine. Saint Jérôme, dans son Corn i
mentaire nurYEccL, ii, 8 : J'ai amassé pour
moi for et Fàrqenl et les richidsses dès rois,
s'exprime ainsi : Par les richesses des roi»
on peut entendre les êoctrimesdeef^ilosophe»
et t(u sciences profanes; et rtedésiaetique qui.
les entend bien est capable de prendre les saga
dans leurs propres filets (279).
H C'est, airtex-rvous, une tâche pénible que
de se préparer tK^mme il est nécessaire à «es
attaques variées; mais n'en est-il pas de
même des qualités requises pour toutes les
fonctions nobles de la sociétet
Ptt^r io$e colendi
^aud [acilem e^$e viam voluU
(ViRGiL., Georg,^i, 141.)
Îi si l'orateur romain déclare que nul n'a
roit d'espérer d'atteindre la perfection de
son art , à moins d'avoir acquts la connais-
cslorieux Chrvsostome, dans le livre d'or qu'il ionce de toutes les ecienccf (280), et cela pour
a écrit pour ceux de notre profession. Voici flatter la multitude et détourner peut-être
— ^« -♦ i— i-« - même le cours de la iustice (281); serions-
nous donc détournés d un même genre de tra-
vail, qui est en lui-même agréable et fécond
en résultats heureux, par l'idée de la peine et
en effet comment il s exprime sur ce point :
C'est pourquoi nous devons faire tovt ce qui
dépend de nous pourqMe la doctrine du Christ
habite abondamment en nous. Car les prépa^
(S77) En preoYC de ce défaat, dans qn écrivam
qui s*est placé sur un terrain pins élevé que je ne
rai eru nécessaire, et mil a tlN*hé de porter la guerre
dans le pays ennemi, je pourrais citer «a ouvrage
pnblié à Nap!ss sur la fin du siècle dernier, et qui
poi te pour titre : Virreli^osa libertà di femere ne-
mica tU( oroaresso délie scieme, C^est un énorme
io-4* ; mau oepiiiis la première page jusqu^à la der-
nière, il ne contient pas un si^ui fait lumineux qui
prouve Gue rincrédulité ait été hostile aux progrés
de la science. C'est tm ouvrage d*un raisonnement
sec et dans lequel il v a bien de la dëclaroation.
(278) Viticrédulité moderne considérée par rapport
è svm Meence sur la société, dans Un sermon du
fi. Hall, ministre anglican; Lond., 1822, pp. 4
elU.
(i79) Pouunt tegium substantiœ et pktlesepkorHm
éUî degmatm et seienHœ seculmes , qnes ecclesia-
stkmsvir éiiigenter intelUfens^ »pifreàendit sapUnties
m osiuêia eoram» { Cemnunt, in Eccles. ; t. U«
p. 7i6.)
(280) Âe mea quidem sentenlia nemo potuU eue
omni laude cuniulatus oraior, nisierit omfitum rerum
magnarum aique artium sciendam conueutus. (De
oral., Ilb. t, p. 89.)
(281) Dhcitnr innocuas ut agàt, faemndki caasas ,
Protfgiî hese sontei , immeritosqae premit^
(Taitt., \u ^î?«^
M7
ces
DiCTION.NAIR£ DE COS^fOGOME
COS
548
desdifflcultés qu'il en doit coûter, nous, dont
le but est le plus noliie et le plus saint qu'on
puisse se proposer sur la terre, lorsque les
sciences elles-mêmes , filles de la sasesse
éternelle « seront consacrées et devi^tdront
les prétresses du Très-Haut par Toffice même
auquel nous les emploierons? Qu*il faille du
temps pour se former autant qu'il est néces-
saire à cette méthode ou manière de com-
battre Terreur et d'expliquer la vérité, on
■e peut le nier ; mais, je le demanderai avec
confiance, à quoi le temps peut-il étr* mieux
employé? ce n'est pas certainement k des
choses frivoles qui^occupent pendant us jour
l'esprit publie, ni a la lecture de ces piUes
écrits qui sortent chaque jour de nos presses
nationales comme un torrent intarissable,, ni
enfin aux plaisirs insipides qu'oSre la société
générale. BriMns , dirai-je avec le poète ,
orisom l9s liens, de ctê froids soueiSf et sui-
9ons la route quenous trace la céleste sagesse^
afin iétre la gloire de notre patrie et de possé^
der en nous-mêmes une source de bonheur.
Quod $i
Frigida eurarum fomenta relinquere postes.
Que te eœleêtis êojrientim dueeretj ires.
Hoc q^^ hoc itudium pabvi PBOHttEHiis et awli,
Si patries volumms^ si notis rlvere, cari.
(HoaAT., lib. I, ep. 3, 25.)
Oui, ffarvi praperemus ei ampli : tous^grands
et petits, hâtons-nous d'accomplir cette noble
tâche. Il est au pouvoir de chacun de s'y
prendre de manière à faire servir ses études
iiltéraires à ses progrès religieux et à l'affer-
missement de ses plus saintes convictions,
quand même il n'aurait pas reçu en partage
les talents nécessaires pour ajouter à la masse
de preuves déjà connues, dans Hntérèt du
bien public. Car si le nombre est petit de ceux
qui sont destinés par la divine Providence
à briller dans son Église comme des lampes
ardentes qu'on ne (itoit point cacher sous le
boisseau, chacun a cependant une lampe
virginale è entretenir ; une faible, mais pré-
cieuse lumière à tenir toujours allumée dans
son âme', en l'alimentant sans cesse par de
nouvelle huile,, afin qu'elle puisse lui servir
de guide dans le rude sentier qu'il doit par-
courir , et qu'il ne se trouve pas h tâtons et
embarrassé au moment où l'Epoux viendra.
« Et cependant je ne vois pas pourquoi
tout homme, qui n'est doué que de talentàor-
dinaires, ne pourrait espérer, au moyeu d un
travail persévérant, d'augmenter aussi quel*
que peu la masse de preuves sur lesquelles
la vérité repose. Dans cet art, comme dans
tous les autres, il y a des degrés modestes,
il y a des sentiers paisibles et retirés qui ne
eonduisent pas au delà de l'enceinte de l'in-
térieur domestique ; les esprits timides peu-
vent y errer, et, sans s'exposer aux regards
du public, cueillir des plantes humbles et
agréables, qui exhaleront une odeur aussi
suave, sur l'autel de Dieu, que le parfum pré-
cieux que Bezaleel et Oholiab composèrent
avec Unt d'art. {Exod.^ xxx, 35; xxxt, 11.)
Le coqutllaire chargé de figures que Peufant
raavMe «ur le penchant d une colline, peut
Îuelquefois être une preuve aussi certaine
'une grande catastrophe qae les ossements
énormes des monstres marins que le natu-
ralisteMécouvre en fouillant dans le scindes
rochers ; une petite médaille i>eut attester la
ruine d'un empire d'une manière aussi cer-
taine que F^béiisque on l'arc-de^triomphe.
Tandis que d'autres^ dit saint lérême, canlrt-
buent de leur or et de leur argent au service
du tabernacle^ pourquoi neferai-je pas aussi
mon humble offrande de poils, oii«fiiotns, et de
peaux dCanimaux. (Prolog. Ga<., en tète delà
Vulgate.) A cette belle figure, qu'il est per-
mis à chacun de s'approprier, j'mouterai sim-
plement que tandis que l'or et l'argent ser-
vent à l'ornement de la maison de Dieu, ces
offrandes plus humbles, les peaux et les tissus
de poils d'ajûmaux, servent à l'abriter et à
la défendre.
« Vous avez tous, je n'en doute pas, souvent
admiré ces peintures exquises qui ornent les
plafonds des appartements de Borgia, au Va-
tican, et où les sciences sont représentées
tenant leurs cours séparées. Chacune d'elles
est assise sur un trône magnifique , avec les
traits et le maintien de la plus noble et de I&
plus rare beauté , environnée des emblèmes
et des marques les plus augustes de sa puis-
sance sur la terre, et semble revendiquer les
hommages de tous ceux dont elle frappe les
regards, lugez donc quelle aurait été la con-
ception du peintre, et à quelle subUmité
d'expression il se serait élevé» s'il s'était ^^i
de représenter celle qui est la plus noble des
sciences, notre divine religion, assise sur un
trône, comme elle le doit toujours ètre^ pour
recevoir les hommages ei les adorations de
toutes les autres sciences , qui sont ses ser-
vantes 1 Car si, comme on l'a prouvé, elles ne
sont que des ministres soumis à sa puis-
sance ; si leur destinée est de fournir des
preuves de son autorité, combien ne doit-elle
pas les surpasser en beauté, en gcâoes, ea
majesté et en sainteté L Ei quels ne doivent
pas être l'honneur et là gloire de celui qui
se sent député pour lui porter le tribut de
quelqu'une de ces nobles vassales, et com-
bien soa admiration pour leur reine ne de-
vra-t-elle pas s'accroître ,. lorsqu'il se verra
ainsi en sa présence et si près d'elle 1
«I Quiconque tentera de cultiver un champ
plus vaste, et suivra de jour en jour, comme
nous avons humblement e:ssayé de le faire
ici, les progrès constants de chaque science,
ayant grand soin de considérer TinQuence
qu'elle exerce sur la science plus sacrée
qu'il possède déjà, y trouvera des joies si
Pures et des consolations si abondantes, que
étude, souvent stérile, d'une science pure-
ment humaine n'en peut fournir dépareilles.
Un homme de ce caractère, je ne sais à qui
le comparer, sinon à celui qui, unissant un
amour enthousiaste des charmes de la nature
à une connaissance suffisante de ses lois
Ïasserait ses jours dans un Jjardiu rempli des
eursles plus précieuses. Ici, il voit une Oeur
magnifique qui étale toute sa beauté aux
rayons brillants du soleil , là, c^est une autre
fleur qui ebi tout près dVpanouir son cslice
5i9
COS
ET 1>E PALEONTOLOGIE.
COL
S30
plus modeste et non encore entièrement ou-
Terl ; non loin de là. il en est une troisième
qui n*est encore qu en bouton, et qui n*c^r»
qu*ttn léger espoir de s*épenouir plus tard
arei; beaucoup d'éclat : il attend néanmoins
aTec patience, sachant bien que, d'après une
loi fiie et immuable, elle payera également,
quand le temns en sera arrivé, son tribut h la
lumière et à fa chaleur qui l'ont nourrie. Pe
même l'homme gui s'applique, comme nous
J'arons dit, à l'étude des sciences, les voit
l'une après l'autre, quand l'heure marquée
est Tenue et qu'elle a fait sentir son influence
mûrissante, découvrir quelque nouvelle for-
mule qui igoute à l'harmonie variée de la
vérité universelle, et récompense amplement
la puissance génératrice qui lui a donné le
jour; et c'est ainsi que, quelque stérile
Sfu'elle eût paru d'abord, elle produit des
ruits propres à orner le temple et l'autel
consacrés au culte de Dieu.
« Que s'il enregistre soigneusement ses
propres convictions et les cgoute à la masse
déjà existante]des preuves diverses, mais ten-
dant toutes au même but , il aura certaine-
ment atteint la fin la plus noble pour laquelle
iliomme puisse vi vreet acquérir delascience :
son propre avantage et le bien de ses sem-
blables. Car, comme l'a dit autrefois un
poète sage, d'après un saint plus sage en-
core : Le principal u$age que F homme doive
Ihire de ce quu $ait^ est de faire êervir au
)onheur des autres les peines qu*it se donne :
non pas en pleurant avec faiblesse sur les
maux que nous nous sommes attirés ; non pas
en riant avec fel et tristesse^ ni en s'ofrancren^
nani é la haine , comme une âme qui répand
famertume qui s'échappe à /lois de la prison
dans laquelle elle avait élé retenue^ mais en
cherchant plutôt à soulager^ à dilater ou à
resserrer^ selon auUl en est besoin^ cette frêle
espèce humaine déchue.
« Quetques-'uns cependant cherchent à con»
naître seulement pour être connus^ et ce n*est
là qu'une vaine curiosité: ceux-ci ne veulent
que vendre et non répandre avec libéralité:
ceux-là ne veulent que gaaner et dépenser mal
à propos leur temps et leur bien^ avilissant
les arts en les faisant ainsi servir à des usages
ignobles: d'autres ont en vue d'édifier lepro*
chainj et e*est charité: mais il en est enfin qui
veulent s'édifier eux-mêmes , et ceux-là sont
les sages (282).
« Quand la science aura une fois été con-
sacrée par de si nobles motifs, elle sera bien-
tôt sanctifiée par des sentiments plus purs,
et prendra un caractère plus calme et plus
vertueux qu'il n'est possible aux connais-
sances humaines de l'avoir jamais. Il naîtra
dans l'Ame un amour enthousiaste de la vé-
rité, qui nous la fera seule rechercher, et
étcinara tout sentiment , tout motif moins
(i82) Lord Baoou, Traité de la science humaine.
— Cet lignes ne sont qu*ane paraphrase do superbe
passage de saint Bernard qpe voici : Sunt namque
qui scite tolunî eo lantum fine uti sciant^ et turpis
cmriûsitas est. Et swtt qni uire volunt ut sciantur
ipsi , ei tuffis vanitas at. Et sunt item qui scire
toiunt ut scitntiam suam venéant , terii causu
noble el plus terrestre. Nous n'envisagerons
jamais avec un oeil partial la cause que nous
aurons en main ; nous ne l'apprécierons pas
d'après des motifs personnels , mais suivant
ravis de l'excellent Schlégel , nous éviterons
toute espèce de dispute inutile et d*animosité
contraire à la charité ^ et nous tâcherons de
conservet en nous un véritable esprit d'a-
mour et d'unité (283). Nous regarderons no-
tre cause comme trop sacrée pour la traiter
sous l'influence et avec laide des passions
humaines. Elle semble emprunter les paro-
les du poète pour nous engager à recher-
cher la victoire, mais seulement par la puis-
sance de Dieu :
BovXou upuxth fiiv^ Çuv eiM d*àic Xj&arf cv.
(SopiiocLE, Ajoj^ 764.)
« Mais ces motifs auront plus de portée
encore : ils nous assureront le succès ; car si
un amour pur et une admiration sincère
pour la religion viennent une fois à animer
nos efforts, nous nous sentirons enflammés
pour son service d'un dévouement chevale-
resque qui nous rendra infatigables et in-
vincibles, lorsque nous serons armés pour,
sa défense. Nos recherches pourront être
longues et périlleuses , nous pourrons ren-
contrer sur notre route des enchantements
et des sortilège^, des géants et des monstres,
des appAts trompeurs et des difficultés ; nous
avancerons cependant , pleins de confiance
dans la force ae notre cause ; nous dissipe-
rons tous les fantûmes, nous combattrons
avee courage tous les ennemis sérieux, et la
couronne infailliblement tombera dans nos
mains. En d'autres termes, nous nous rési-
gnerons avec patience è tous les ennuis que
peut causer un examen qui doit entrer dans
de si longs détails : quand il s'élèvera quel-
3ue objection, au lieu de nous contenter
'une réponse vague, nous examinerons tout
d'abord la branche même de science sacrée
ou profane d'où elle aura été tirée ; nous
nous livrerons avec calme et modestie à ce
travail pénible ; nous nous efforcerons d'en
débrouiller toutes les obscurités et d'en dé-
lier avec soin tous lesncauds; et je vous
promets que, quelque peu d*espoir qu'ait pu
paraître d abord vous offrir cette tAche, le
résultat de vos efforts sera certainement con-
tenu dans cette légende courte, mais expres-
sive, qui s'est conservée sur une pierre pré-
cieuse fort antique, et que je puis , je Ves-
{»ère, considérer comme le résumé et l'épi-
ogue de ces discours : Religio , vicisti ,
RbUGIOIV , TU AS VAINGD 1 »
COTES (UsuBB BBs). Foy. Couches sioi-
VBNTAIRES.
COUCHES CARBONIFÈRES , lbcb dispo-
srrion , utilité db la houillb. — Les plus
grands magasins de combustible fossile ap-
pro pecuniu^ pro honoribust et turpis qumstus
est. Sed êunt quoque ^ui scirs volunt ut mdlficênt ,
et charitas est. Et Uem qui scire tolunt mt œdifi-
eentur^ et prudentia est. Senao. 36, super Cunt:^
p. 608.
(185) Pkilesophische verlaunpn , p. t65.
Z6l
COU
DiCTlOMxNAKRlk D£ COSMOGONK:
COU
m
l artienneat presque exclusivement aux cou-
ches de la série de, tnmsîtion. Onn^aren*
contré qoe rarenfieat de ta houille dans des
fopjnatioos secondaires , .et ce n'étaient que^
des ttisements sans iinport^oce ; et les lignir
tes des formations tertiaires, bien qu'ils se
montrent quelquefois en petits dépôts d'une
substance cofupaete et que l'on peut utiliser
pour le chauffage ^ n'exercent aucune m
lluanoe imitante sur la conditkm.de l'es-
pèce humaine (284).
Nous allons étudier parmi les phénomènes
physiques dont la surface du globe a été la.
théâtrci ceux auxquels nous devons la dispo-
sition de ces restes précieux- d'un monde
ancien dans des conditions qui nous pei;-
mettent d'avoir accès jusqu'aux trésors ines*.
timahles du cbarbôn ïpineral.
Nous voulons passer en revue quelques
im^rtants phénomènes géologiques de la
série carbonifère, et voit jusque quel point
les avantages qui résultent pour nous de
l'étal actuel de cetle portion d^e^ la Qroâte du.
globe peut nous rendre probable que cet
état est une CBuvre de prévoyance et de sa-
lasse.
f! ne suffisait pas crue ces débris végétaux
fussent entrataés de leurs forêts natalesi et.
eoseveiis au fond des lacs» -ctès gcdies et des
mers aneienneSt pour y être convertis en
bouille; il fallait eh outr^^ que des 4>liange-.
ments de niveau d^une grande étendue yins
sent soulever et convertir en des terres Ita-
bitaMes ces èouchos oà gisaient tant de
richesses, qui n eussent* eu aueune utilité;
tant qu'elles seraient demeurées ensevelies
dans les profondeurs inaccessibles où^ elles
s'étaient entassées. U fallait que s'exerçât
l'aetion de quelqu'un des ressorts las plus
puissants de ia dynamique du ^lobe* terres-
tre, i^ur produire les révolutions qui den
vaient mettre sous la main de l'homme ces
puissants éléments d'art et d'industrie. Exa-
minons en peu de mots quels ré&ultats ont
été produits.
La surface .de la terre se montre couverte
d'une série de dépressions irrégulières ou
bassins s^rés les uns des autres , et quel«
quefôis entièrefiient entourés par des por-
tions saillantes des couches qui sont au««des-
sous, ou par des roches cristallines non
stratifiées, qui ont soulevé ou des collines
ou des montagnes variant entre elles par
leur hauteur, par leur direction et par leurs
degrés divers de continuité. De chaque côté
de ces points plus élevés, les couches plon^
gent par une pente plus ou moins rapide
vers les vallées qui séparent une chatne de
montagnes de la chaîne voisine.
(284) AvAnt que Tétude nous eût conduits à quel*
«lues connaissances étemittes sur chacune des âries
de formation que les géologues savent maintenant
déterminer avec facilité, il n'y avait aucune raison
a priori de s'attendre à rencontrer la houiUe dan^
«ne série de coaches plutét que dans une autre.
Des travaux au tiisard, ayant pour bi|t la * rechercha
de la houille daiis des couches d'une formation quel-
conque, étaientdeiic toujours quelque chose dc^désU
rablê et d'utile à unie ëpo«[ue où le nom même de la
Cette dispositioa«de la surface terrestre en
des bassins ou des sortes d'auges, dlsposi-p
tioQ commune à toutes Jqs formations, a été
constatée plus spécialement dans la série
carbonifère, par la raisonque Timportance
des lits de houille à été cause qu on les a
exploités dans toute leur étendue.
Un bienfait qui résulte de la disposition
par bassins des eouelt^s carbonifères,, c*ast
qu'elles viennent toutes à la surface, sur la
circonférence de chaque bassin, ce qui per«
met à rhomme d*y pénétrer , en y creusant
desmines, sur presque tous: les points de
leur étendue respective. Une pente non in-
terrompue dans une direction constante eût
eu pour résultat déporter promptement les
couches inférieures à. uoe profondeur inac-
cessible à l!homme.
Le bassin de Londres offre une disposi-.
tion pareille des couches tertiaires au-des-
sus de la ccaie. Les bassins de Paris , do
Vienne et de la Bobême,soiit d autres exem-«
^es de même nature.
Les couches secondaires et les couches de.
transition des districts du centre ettiu nord*
ouest de TAngleterre sont des portions laté-
rales du grand bassin géologique de TEu-
rope septentrionale,^ et elles se continuent
dans ies plaines et sur la surface des con*
trées monta^euses du continent.
Ladispo^ion générale qu*affectent toutes
ces couoaes en forme de bassin a été le ré-
sultat d'un double système d'opérations dans
l'économie du globe. L^ premier de ces sys-
tèmes a formé les dépôts sédimentaires. pro-
venant soit des débris dés roches plus an-*
ciennes, soit de précipitations chimiqaes ,,
d^ius les régions basses où les détritus des
régions anciennement élevées fuient trans-
iter tés psr ia force des eaux. Le second a eu
pour effet de soulever ces couches de la
p!ac^ où elles étaient déposées au fond des
eaux, par l'emploi de forces analogues à ceV»
les dont Taction se manifeste quelquefois
sous nos yeux dans ces terribles mouve-
ments de la croûte du globe , qui sont Tua
des phénomènes des tremblements déterre
de l'époque actuelle.
Les amas les plus remarquables d^ cette
importante production végétale qu'il y ait
en Angleterre se trouvent dans les terrains
houillers de Wolverhampton et de DuUIey.
La couche de houille y a dix mètres d'épais*
seur. Le terrain houiller des environs de
Faisley, en Ecosse, offre dix lits distincts
dont l'épaisseur réupie est d*environ cent
pieds; et le bassin houiller du sud du pays
de Galles renferme, près de Pontypool,
viugt-irois lits de houille ayant une éi^ais*
géologie était encore lucoumi. Mais rhomme qui
eiiirei^reodrait des recherches semblables dans des
districts que Ton sait mainteDant composés de cou-
ches non carbonifères des séries secondaire et 1er-
tiaire, serait taxé de folio, depuis que Tcxpérience
réunie d*uii grand nombre d*aunée$ a ])rouTé que
c'est seulement dans ces couches de la série de train>
sition, que Ton a désignées sous le nom âv grotip<^
carbonilôrc, c^ue se découvrent; des mines de
houille prod'ucliYcs cl ctciiduos
is^
cou
tt DE frAI-EONtOI.OGIE»
COU
scur totale d'enTiron qualre*viR^t*troiz«
pieds.
La présence dans plusieurs terrains booiU
lers de rjcbes oouehes déminerai ferrugi-
neux, eonienu dans les schistes argileut
qui alternent avec les lits de charbon aiiné>
rai, est onecirconstanoe qui rend les districts
adjacents remarquablement propres à Téta^
hiisaement des fonderies de ler les pins
imporlaDtes ; et d'ordinaire ces localités
offrent en outre celte antre circonstance
précieuse pour Texploitation» qu'au-dessous
de la bouille ei du minerai ferrugineux se
trouve une eondie de ealoaire qui fournit te
fondant nécessaire pour la réduction du
minerai & Télat métallique (285).
Les grandes fonderies de .fer des comtés
de Derbyshire et d'Yoriishire, et du sud de
Tficosse, de Ponhrpool et de Merthyr-TydfiU
sonl des exemples des. bienfaits qui nisul^
tant d*uae juita^^iosition semblable de la
houille et a*un riche ibiaenii de fer ai^<*
leax.
// y df dit Bf. Gonjbeare (386), Anu là
fnTiu^pQ$ilian immédiàtt de cê métat^ de io^$
le plue niibs .avec le eombueiible fur dâii
eervir à le rédnirt^ ei avec le c&haire fUi
doit être employé pùùT faMùtf telle opéra ^
If an, urne dUpoeititm ei heuremsemeiù enrap*
pori avec lee kewf^ de Fmduetriehumainei
^pʀ fcn ne nom accueene pae de reeouris
(â^n^fD après U. Forsler (Vewex les TroMaetiem
ée îa Soeiéié dllUtoire neUrdU du Norîhumker"
Uni, etc., 1. 1^^ P- Hi)* ^ Quaiilitc lie fer que
Teo eslratt annuelieinetit dans le pays de Galles est
d^eoriron 270,000 umnes, dont tes trois (laaits soni
en barrcft et le dernier qaait en sanmons et en
fMeuaes. Une tonne de feri pour 6tre obtenue, néccv
ûlc remploi d*eiiTÎron cinq tannes et demie de
houille, ce qni porte ai, 600,000 1 nmes r pai près
b eonsomniatioD delà bouille pour b quaniitéde
fer dont nous venons de parler. 0*i p^Mt-cstlnncr à
550,000 tonnes la quantité de houille anplo^ée a la
fasîon du minerai de cuivre importe de la Cornoii*
ain^, à la fabrication de YéVàxw iaminë, à forger le frr
et aux usages domestiques, œ qui JN>rfe à l,850,U0i)
UHiMs la eoDsonmation annoelié du diarbon dans
le povs de Galles. L>xlraetion du fer dans toute la
Grande-Orclagne s*est élevée, pour Taiinée 4027; à
b qoaatiié énorae de 690,000 toaiiefr réparties de
b ■u&iêre suivante :
CMMé d« SuUbfdfhire,
(:»llc»dii Siid.
rtafl«^d«f Nort,
CMtfié dTorMdre,
CMUé de DefkvsUre,
216 000
78 000
27?.(HIO
45.000
io.toa
i.soo
a*.«,o<w
95
n
90
li
u
tu
fSM) €eoleg9 ef Enalané and Walet., p. 555.
(287) Le nombre délivres soulevées, multiplié par
km hauteur évaluée en pieds et divisé par le nombre
Ile baisseaox de houille, de M livres chacun, qui
emplovés, donne ce qu^on appelle Tefiel
idmif) d'ooe machine h vapeur, et sert de point
pour en estimer b puissance.
D<*a~prés M. Tador, dans son Mémoire sur Cefet
tUe éee wuàclnnet à vapeur^ ces machines ont reçu
un petit nombre d^années un pcrfectionnc-
sl rapide, que tandis qu*à une époi|ue déjà re*
^tbe rc*ft«t d'uue machine à vapeur atmosphérique
sans nécessiié aujr rouées fndleSy ei noue
nûus laissons aller à penser que les maîMaux
grossiers ^uiconelituenl Ventelojtpe terrestre
uni -été distribués de celte ntanière dan$ des
vues (tnliliié peut tes êtres qut decaieni en
peupler fa surface.
Examinons succinctement (Quelle est Vin-
fluence du charbon minéral sur la condition
actuelle de Tespèfce htimainei Voici comment
M. I. F. W; Herschol met en relief la puis*
sanee mdeanique de la houille dans son ad-
mirable Discours sur Céludê de la philoso^
phi e naturelle; 1831, pa^c 59.
Totif nos mécaniciens modernes savent
qu'un boisseau de houille, brûlé dans des
conditions favoreAles^ suffit pour soulever
'tO millions de livres à la hauteur f un pied:
tel est Ceffei moyen d'une machine qui jfouc^
tionne actuellement dans le comté de Corn»
fr'isr^f^n^oii de-Chamouny jusqtidu Mont*
Blanc est considérée avec raiêon comme Ten-
frepri^ la plus taboriense que puisse exécu"
ter en deux jours un homme robuste; il eût
et^fjlj pour soulever cet^omme du pied de (à
inantagne à son sommeil dé ta conwustion de
deux livf es dé houille^ ""
> L6 pouvoir que rbômme tirer de l'emploi
du charbon minéral peut s'estimer par les
résultats (287) cfue donne une livre ou toute
autre quantité donnée de booille^ brûlée
< • . -
pouvait s*aslinter par 'S/NIOs.OOO de litres iTeauae^
Véss à la haulear d*«n- pîad par la oottbasiioii'd'ou
hoifiseau de bouille., une macfakie deruiémfoeif'.
cdiistnûie a Wheal-Towan. dans le coaité da Com^
wait, en élèverait ^7,000,000 de livres pour la mena
dépense ; ou, quVn d*autres termes , rÊipériencè
nous à appris à tirer aotaAt de puissance (Ton seiil
boisseau de hoitîHe que Ton en poii\*ait tirer daQ.4
IVirigine de dtt->sept boîsseant. Ainsi le pouvoir
quVxeree Tbonmie sur le «o&ile SDaiériel par renn
ploi de la houille dans les machines h vapeur est
devenu dis-sept liais plus grand qo*à Tépoque oè eea
machines furent inventées, ci il s'est accru* seuie«>
nient dans ses quarante dernières années, jusqo*a«
triple cmiron de ce qu^il était auparavant.
Il y a dans les mines de Forvey-Consols, dans le
comté de CornvraH, ene machine dont M. Taylor
t^lirac reffct dans les clrc6nstances ordinaires à
iM>,000,00Ode Hvres et qui a été faite pour pouvoir
soulever 97,000,000 de livres i un pfed de hauteur
par la combustion d'un seul boisseau de cliarbon.
En faciliunt le dessèchement des mines, ces amé^
liorations ont exercé une influenoe immense sur
rextraclion des métaux qui, sans ce secours, ffnsseiil
dememées ensevelis dans des profondeurs oà ja^
mais nous n'eussions pu pénétrer* Dea mines qo.^
Ion avait abandonnées par suite de PimpDasibililé
où Ton était de les épuiser ont été léouverles; d*a»-
trcs ont été creusées ; et Thomme s^est vu vis en
possession de trésors minéraux qui, sans le secours
lie ces machines, fussent toujours demeurés Mn de
sa portée. .
il est résulté de ocs progrés eut ont été faits dans
remploi de U bouille comme pnncipede force méca-
nique, et par suite eomme priaeipe de richesse, que
des travaux de mines d'une giaude importance ont
été poussés jusqtt*à des protondemrs dont on n'avait
pas enewe d'exemple* A Wheai-Aiiraham;pareftem
pie, on a creusé jusqu'à 940 brasses (environ 4^95^-
pieds français) ; à Dolaoatb, josqn*â S25 bni»ses ; H
dans les Cotuolidated mines de Garennap, ^msjfol's
iiK) brasses (environ 1,630 pieds). Ces dernieref
3S5
COU
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
COU
656
dans une machine à vapeur ; car la quantité
d'eau qu*une machine peut soulever à une
hauteur donnée, ou le nombre de boisseaux
de blé qu*etle peut réduire en farine, ou,
en un mot, le travail qu'elle peut exécuter,
quelle qu'en soit la nature, est en propor-
tion exacte avec la puissance qui la met en
mouvement. Comme le travail des mines
ne peut se continuer qu'en descendant cha-
que année à des profondeurs plus grandes,
les difficultés de l'extraction des métaux
vont s'accroissant d'année eu année; et
Thomme n'en pourrait venir à bout, s'il
n'avait entre ses mains la puissance que lui
donnent la houille et les machines à vapeur,
pour épuiser l'eau qui envahit ses travaux
a mesure qu'il les exécute ; et il lui serait
impossible de trouver ailleurs que dans la
houille le combustible nécessaire pour met-
tre ces machines en mouvement.
Ce n'est pas seulement par la valeur pé-
cuniaire des métaux qui sont ainsi extraits
du sein de la terre que l'on peut estimer de
quelle importance est la houille pour l'es-
pèce humaine, car cette substance tire une
nouvelle et bien plus grande importance da
r61e qu'elle joue dans les opérations de la
mécanique et des arts, et de la part qui lui
revient dans les résultats que ces opérations
produisent.
On a c^ilculé qu'en Angleterre environ
quinze mille macnines à vapeur sont jour-
nellement en jeu, et Ton assure que l'une
de celles du Corcwall est d'une force de mille
chevaux (i88), la force d'un cheval, d'après
M. Watt, égalant cinq fois et demie celle d'un
homme : et si nous supposons que la force
moyenne de chaque machine soit de vingt-
cinq chevaux, nous verrons que chez nous
la puissance de la vapeur équivaut à celle
d'environ deux millions d'hommes. Si l'on
considère que cette force est en grande par-
tie appliquée à mettre des machines en mou-
vement, et qoe l'ensemble du travail exé-
cuté par les machines en Angleterre a été
estime égal à celui que pourraient fournir
immédiatement trois ou quatre cent millions
d'hommes, on sera «tupéfait en voyant com-
bien la houille, le fer et la vapeur ont d'in-
fluence sur les destinées et sur la fortune
de Tespèee humaine. — « Elle s'est empa-
rée des fleuves, dit M. Webster, et le batelier
mines n'emploient pas jounielleinent moins de 2,500
personnes.
Dans les Con$olidated minet^ Tactlon de neuf ma-
chines à vapeur, dont i(uatre sont les ptos grandes
que Ton ait encore jamat6 faites, puisqu elles ont un
cylindre de 90 pooees (anglais), eitraient, suivant la
saison, de trente à quarante mmdsd*eau par minute,
d'nne profondeur moyenne d'environ 250 brasses. On
a estimé que le produit annud de ces mines s*éléve
à aO;000 tonnes de minerai, qui produisent 2,000
tonnes de cuivre fin, ce qui est plus que le septième
de œ qu'en produit toute TAngleterre. Les niveaux
on galeries de ces mines ont dans le sens borixontat
une étendue d'environ quarante-trois milles.
D'après M. Taylor, les machines ài vapeur qui fonc-
tionnent actuetlement pour iedessèchement des mines
du oomié de Gornwal ont ensemlile une force d'en-
firon 44.000 cbevausi, un bois^teau de houille pou-
f^eut se reposer sur ses rames ; elle est^sur
es routes élevées, et nous l'y voyons s'exer-
cer au voiturage par terre ; elle est au tond
des mines, à mille pieds plus bas q^ue la
surface de la terre (et il aurait pu dire à
1,800 pieds). Nous la retrouvons également
dans les moulins et les ateliers de l'indus-
trie. Elle rame, pompe, creuse, charrie,
traîne, soulève, forge, nie, tisse, imprime. ■
Nous ne manquerions pas de laits qui
prouveraient que la houille est pour l'es-
f^èce humaine une base sur laquelle repose
'accroissement de la pojpulation, des riches-
ses et du pouvoir, ainsi que le perfection-
nement de presque tous les arts qui fournis-
sent à ses besoins et à son bien-être. Et si
reculées que soient les périodes pendant les-
quelles se sont rassemblés ces éléments do
tant de bienfaits pour les époques futures,
il nous est permis d^aflirmer qu'indépen-
damment du but immédiat qu'ils ont rem-
pli, soit à Fépoque où ils furentl déposés
dans les entrailles de la terre, soit depuis, il
entra un souci providentiel de nos besoins
futurs dans l'ordonnance de ce plan, qui,
après tant de siècles écoulés, les a si mer-
veilleusement disposés pour le bien de l'es-
pèce humaine.
COUCHES SËDIUBNTAIRES. — D'après
l'étude des couches sédimentaires de toutes
les époques géologiques, et la manière dont
les fossiles y sont renfermés , on reconn&tti
par le parallélisme de ces couches, et par
celui des lits de fossiles qui y sont disséui*
néSf qu elles ont été déposées sous les eaui.
Lorsqu'on veut comparer ces couches ter-
restres à ce qui se passe maintenant dans la
nature , au sein des mers et sur les conti-
nents, on acquiert bientôt la conTiction que
des circonstances analogues ont dû présider
à leur mode de dép6t, et ont donné, dans
les mêmes conditions , des résultats identi-
ques. Il reste ainsi démontré pour l'obser-
vateur, que les causes naturelles encore en
action ont toujours existé, et que, pour avoir
l'explication satisfaisante de tous les phéno-
mènes passés , il devient indispensable d*6-
tudier les phénomènes actuels.
L'heureuse pensée de recourir aux causes
agissant maintenant, pour expliquer laïor-
mation des couches terrestres, appartient
tout entière à M. Constant PréTOSt, qui, le
vaut exécuter le travail de 16 chevaux,
(288) Quand un ingénieur dit d^unenaachiiie qu'elle
est de 25 chevaux, c^est une manière d*iiidiquer
qu'elle eiécute le travail que ferait ce nombre de
chevaux constamment en action ; mais si l^on sup-
pose qu'un cheval nt doive travaiUer qoe 8
heures sur 24, ce serait 75 chevaux an moins qu'il
faudrait pour produire l'effet d*une pareille ma*
chine.
La plus grande machine de Cornwal peut attein-
dre dans son maximum d'action une puissance égala
à odle qu'auraient 300 à 550 chevaux ; et il faudrait
par conséquent 1,000 chevaux poarnrodnirele^ènie'
effet constant que l'on en obtient. Crest dans ce *sen
Sue l'on a dit qull eiistalt une machine delà torce
e i,000 chevaux : mais ce mode d*évnlaatloD de la
farce n'est pas celui que l'on emploie
S57
COU
ET DE PALEONTOLOGIE.
COU
ss
premier, rétablit dans son système géologi-
Se, La science doit encore à M. Lyell le
yeloppemeot de ce système i appuyé de
nombreuses recherches aussi savantes qu'in*
génieoses; mais, comme il fallait un séjour
(rès-prolongé sur les c6tes de toutes les
mers » pour obtenir des données certain
nes« et que ce mode d'observation n*est pas
à la disposition de tout le monde , on s est
le plus souvent contenté, dans ces systèmes,
dlnterpréter par l'étiide des couches terres-
très la manière dont les choses doivent se
passer aujourd'hui au sein des mers et sur
les continents. Nous avons suivi une marche
contraire. Dégagé de toute idée préconçue ,
nous avons voulu compléter la somme des
faits acquis par des recherches spéicales,
prolongées, exécutées sur différents points
de rOcéan , d«is le seul but de scruter les
laits actuels destinés à nous donner , sans
hypothèse aucune, la valeur relative des di-
vers agents qui concourent à la formation
des couches sédimentaires.
L'époque actuelle offre des continents et
des mers ; il s*y forme donc simultanément
des $édimeni$ marins et des sédiments fluvio-
terrestres. Ces deux séries , bien qu'offrant
le synchronisme le plus complet, et se con-
fonoani souvent, mentent néanmoins d'être
étudiées chacune à part. Nous commencerons
par les sédiments marins, qui jouent un rôle
immense à la surface du globe, et qui ex-
pliquent plus particulièrement la nature
des étages géologiques les plus répandus.
AftT, V'. — Des siniifEiiTS marins.
Noos appelons ainsi toutes les particules
terrestres, minérales ou autres qui, abstrac-
tion Caite de leur dimension ou de leur pro-
venance, se trouvent actuellement dans la
mer et sur ses riv/iges. Si nous parcourons
rapidement les côtes de France, par exem-
ple, nous voyons, sans descendre au-dessous
du balancement des marées, ces sédiments
changer de nature suivant les lieux, et of^
frir à la fois toutes les modifications. Les
cOtes de la Normandie, depuis Ahbeville
Jusqu'au Havre, montrent des falaises au
pied desquelles sont des cailloux siliceux ,
et parfois du sable. Les côtes du Calvados
présentent par intervalles, depuis Uonfleur
jusqu'à Dives, un mélange de cailloux sili-
ceux et calcaires, des sables, et quelquefois
de la boue. En marchant à l'ouest , des sa-
bles remplissent les baies; et la côte, lors-
qu'elle est bordée de falaises, se couvre de
galets de diverses natures , suivant la com-
position de ces mêmes falaises. Presque
toate la cAte de Bretagne présente des cail-
loux granitiques ou des anses sablonneuses;
la Vendée olire, dans la baie de Bourgnenf,
près de Beauvoir, des attérissemeuts vaseux
ooDsidérables, puis des dunes et quelques
roches granitiques jusqu'au golfe de Luçon,
où de nouveaux dépôts vaseux couvrent
une immense surface. Les côtes de la Cha-
rente-Inférieure sont couvertes par endroits,
soit de galets calcaires, formant ces cordons
LiHoraux si bien décrits par M. Elle de Beau-
mont (La Rochelle, Chàtelailion), soit d'an-
ses vaseuses (les Trois Canons, Marennes),
soit de dunes comme à la Tremblade ; puis
au sud de l'embouchure de la Gironde, les
sables recommencent jusqu*à Bayonne*
C'en est assez, nous le croyons , pour dé-
montrer ce que nous avons avancé, et prou-
ver le synchronisme de toutes ces matières
de sédiments différentes.
S L — Provenance des sédiments marins.
Les sédiments marins actuels se forment
de trois manières différentes : par le trans-
port des particules terrestres, par l'usure
des côtes , par les corps organisés , leui
usure et leur décomposition.
Les sédiments apportés par les affluents
terrestres ont été regardés comme étant,
pour ainsi dire, les seuls dans les circons-
tances actuelles. Sans nier leur importance
réelle, nous espérons prouver que des sé-
diments considérables se déposent aussi sur
les côtes où il n'existe aucun afOuent, comme
celles du Chili, de la Bolivie et du Pérou ;
mais ayant l'intention de traiter séparément
des phénomènes terrestres, nous renvoyons
ceux-ci à leur article spécial. Il nous suffira
de constater maintenant la valeur des sé-
diments qu'ils apportent. Les rivières de
France, qui débouchent dans l'Océan, sont
loin d'en fournir également, et même, la
somme de leurs produits de ce genre n'est
pas toujours en rapport avec leur impor-
tance et le volume de leurs eaux. Toutes les
petites rivières, la Somme, la Dive, l'Orne,
la Vilaine, la Sèvre, la Charente, etc., char-
rient à peine, lors des grandes pluies, quel-
ques sédiments fins en suspension dans leurs
eaux. La Seine même donne aussi d<es sédi-
ments fins et très-peu de sable. Il n'y a donc
que la Gironde et la Loire, et surtout la der-
nière, qui fournissent à la fois des sédiments
Uns et du sable en abondance. Néanmoins, si
nous considérons que les côtes firançaises du
l'Océan présentent une surface de plus de
1,800 kilomètres, en contact avec la force du
la vague, tandis que deux fleuves seulement
donnent, sur ce circuit, des sédiments terres-
tres, il sera facile déjuger qu'en évaluant au
quart de l'ensemble la valeur de leur apport
annuel dans les océans du monde entier, on
sera peut-être encore bien au-dessus de la
vérité. On en est surtout persuadé, lorsqu'on
voit que, sur 115 degrés, ou ll,500*kilometres
de côtes battues par la vague, rAmérique mé-
ridionale, sur l'océan Atlantique, n'offre qoe
trois fleuves, la Plata, l'Amazone et l'Oré-
noque, qui donnent des sédiments; et que,
sur la côte opposée du grand Océan, 80 de-
grés ou 8,000 kilomètres d'extension, n'ont
Îue deux rivièfes, le Rio de Guayaquil et le
io Biobio, qui, réunis, ne donnent pas
annuellement autant de sédiments que la
Seine. On en sera d'autant plus persuadé,
aue sur ces côtes, depuis Coquimbo jusqu'à
uayaquil, il ne pleutjamais,etquecependat4
il s'y trouve des sédiments considérables.
Les sédiments formés par Cusure des cotes
iont, dans l'état actuel , les plus conûdéra-
IS$
C013
DICtlONNAmÈ DK iX)SltOG0Nt£
COU
M
hïesj et peuvent 4tre représentéspar les dit
seizièmes de t*ensemble fourni à TOcéaii
dans ie ooars d'une année. Lorsqu'on a yéeu
sur les eôtes de quelque partie du monde
<|iie eesoitytm peut se convaincre de l'action
incessante de la rague, augmentée dans les
^os temps* suf le littoral maritime, bordé
de falaises sablonneuses, calcaires, crayeux
ses 011 argileuses. Les etforts impuissants
du génie de Thomme pour s'en garantir à
Bayonne, ^ Noirmoutiers , en sont une
preuve ; d'ailleurs^ il suffit de voir les cAtes
avant et après une tempête, poUr se faire
une juste idée de cette action et des im«*
menses changements qu elle opère, en .enle-
vant une surface considérable de sédiments
soit au-dessus, soit au-dessous du niveau
moven du balancement des marées.
Si pour nous éclairer k cet égard nou5^
narcourons epoore les bords de l'Océan, sur
le 'JUtoral de: la France i nous verrons» par.
eiempJe^ qu'à Texception de quelques golfes
profonds, très^reatreuits dans leur extension
çùseformenUctuellementdesattérissements»
comme .aux environs de Beauvoir (Loire*
Inférieure), daiis le golfe de Lucon (Veadée),
h Brounge (Cbarente4nférieure% etc,, p^es-
c^ue toutes les c6ïes subissent, au êôntrairef
1 action, destructive de la boule.
Cette action s'exercede diverses u^anières»
suivant ladi^csition du littoral. Lorsqu'une
o6te à mec basse, montre à découvert des
bancs argileux, calcaires, ou sablonneux, la
houle, à chaque marée, lave, délayé et en-
lève les sédiments, comme on le voit sur les
cAtes des départements du Pas^Je*Ca]ais, de
la Somtno, de la Seine^^Inférieure, du Calva-
dos,, de la Vendée et- de la Charente-Infé-
rieure. Les bains calcaires de ChAtelaillon,
delà pointe de la Baleine à l'Ile de Ré, de
la pointe de Chassiron à l'Ile d'Oléron (Cba«
rente-Inférieure), du Calvados, depuis Hon^
fleur jusqu'à Port-en«Bessin, qui montrent à
liasse mec une étendue d'un à trois kilomè*
très, en présentent surtout des exemples,
remarquables.
Lorsque des falaises bordent la . côte , la
mer, en sappant incessamment le pied, ronge
la roche, et les couches ne tardent pas à
surplomber. Elles s'él)Oulent ensuite en par-
ties fragmentaires, et la houle recommence
à laver, à triturer, et à enlevei* les parties,
plus fines. Son action continuelle fait dis-^
paraître peu h peu le produit de Téboule-
ment, et elle vient de nouveau battre la c6te
en brèche. Les hautes falaises de craie et de
calcaire argileux du cap Blanc-Nez, près de
Boulogne (Pas-de-Calaisj, les côtes crayeuses
de la Sbmme, de la Seine-Inférieure, depuis
Abbeville jusqu'au HAvre; les côtes crayeu-
ses, argileuses et calcaires dif Calvados; les
côles de grès, de calcaire ou d'argile de la.
Charente-Inférieure en donnent partout des
exemples.
On voit aussi les deux actions s'exercer
en même temps sur beaucoup des mêmes
côtes qui offrent à la fois des bancs prolon-
Eés sous la mer et des. falaises perpendicu-
lires sur le rivage.
. Un troisième mode d'action qui s'exerça
en tous lieux est l'usure eonlinueUe de tout
ce qui, sur un rivage, se trouve dans la
zone du balancement des marées. Quiconque
a pu entendre, sur la côte 4e la Normanaie,
depuis Abbeville jusqu'au HA vre , le bruit
que font les galets de silex, lorsqu'ils sont
remués par une forte houle» se rendra compta
de cette action incessante. Les cailloux de
silex, malgré leur dureté, s'usent encore
assez promptement ; ce qui dontie la mesure
pour des galets calcaires ou de toute autre
nature d'une moindre densité. La mise eu
mouvement par les eaux de toutes les ma^
tières sédimentaires de ce niveau tend à en
diminuer constamment le volume par le
frottement ; si, en effet, nous reconnaissons
cette action sur nos côtes, relativement très-
tranquilles , on jugera de ce que la houle
pourra produire sur certain littoral, comme
celui, des lies de tous les océans, du Chili,
du Pérou, de la Pàtagouie» où la meri inces*
samment en furie, déferle toujours avec
force contre ses limites naturelles.
Les côtes granitiques ou de grès anciens
de$ départements de la Manche» des CôteS'»
du-Nord, du Finistère, du Morbihan, sont
loin de donner des résultats aussi considé*
râbles que les côles calcaires ; mais la dé-
composition de ces roches et l'action conti^
quelle de la vague, ne laissent nas cepen-
dant de fournir une bonne part ae détritus.
Les côtes bardées de dunes de sable, parais-
sent souvent être à l'abri de Taction de la
houle, mais il n'eu est pas ainsi; car presque
toujours il existe, sous ces dunes, des roenes
ou des terres qui découvrent à basse mer
et sont constamment en butte à la houle»
comme sur la côte de Vendée, sur les côtes
extérieures des lies de Noirmoutiers, de Bé,
d^Oléron» etc., etc.
On pourrait, pour quelques points des
côtes, obtenir des données certauies relati-
vement au cubage des matières enlevées
annuellement par la vague, en mesurant,
au delà d'un édifice , la distance qtii le sé«
pare du rivage , et prenant l'année suivante
la différencie. Les falaises argilo-calcaires de
CliAtelaillon (Charente-Inférieure) nous en
ont offert une preuve. La ville de ce nom
ICasiellum allioniM l j ^\aii bitie, et, suivant
les documents historiques, y existait encore
en 1780. Aujourd'hui on trouve, à plus de
deux kilomètres en mer, lors des basses ma-
rées, des débris de constructions qui té*
moignent seuls de l'existence de la ville de
ChAtelaillon. Un fort , bâti sur cette même
falaise sous le règne de Napoléon, et qui,
en i82SL. se trouvait encore à plus de deux
cents mètres du rivage, était, en octobre
1846, a aK)itié tombé avec la falaise qui le
supportait. On voit qu'en calculant la hauteur
moyenne de cette ialaise longue d'un kilo-^
mètre , et dont les points les plus élevés ool
de 15 à 18 mètres , il serait facile d'avoir la
somme des sédiments fournis sur ce poioL
Les falaises de grès friable , de la Patasonia
qui , sur [des degrés de longueur, s*éleve&t
à plus de 100 mètres, donnent encore une
961
COU
ET DE PALEONTOLOGIE.
cor
SCI
allératioo plus rapide. Ces diverses preuves
suffiront |ieut-é(re pour établir la somme
réelle des sédiments enlevés par Vusure des
côles.
Les êédimenis que forment les corps orga*
misés 9 leur décomposition et leur usure , bien
qu'ils ne soient pas les plus considérables ,
puisque bous n*évaluons leur produit qu*à
un huitième de Tensemble, n'en méritent
pis moins toute notre attention. Les corps
organisés forment à eux seuls quelques-unes
desilesMadréporiquesde TarcbipeldesAmis,
dans le grand Océan > les récifs des Antilles
de la côte occidentale d'Afrique et même
les récifs souvent ignorés des zoologistes
mais bien connus des ingénieurs t^dro
graphes de la marine, qui, sur aucique
points delà côte de Normandie (Calvados),
en dehors de la pointe de la Baleine (lie de
Rbé ), et de la pointe de Cbasseron (lie d'O-
léron ;, offrent aassez grandes étendues fous-
marines. Les corps organisés en nature mon-
trent encore, suivant les importants travaux
de ces ingénieurs, que les fonds M)us-marlns
Jes plus communs sur tous les atterrages du
monde, sont, sans contredit, formés de
bancs de coquilles plus ou moins brisées. Du
resie, lorsqu'on examine la composition du
sable de certains rivages, comme ceux des
ties GallopagoSf et de tout Tarchipel des
Amis, dans le grand Océan, on reconnaît
qn*il n'est absolument composé que de frag-
mcDts de coquilles et de coraux. L'impor-
tance de cette nature de sédiment est donc
bien constatée et non équivoque, à Tépoque
actuelle, comme elle Ta été aux époques
4in5i que nous le dirons , en traitant par-
ticulièrement de la manière d'être des ani-
maux, dans les couches sédimentaires , les
parties solides de ces animaux, une fois
séparées des parties charnues, forment des
sédiments et sont soumises aux mêmes alté-
rations et à la même usure que les fragments
de roches enlevés aux falaises. Elles se dé-
composent de même par faction mécanirjuc
de la vague, et forment les sédiments qui se
mêlent aux autres de même densité, de
même nature.
En résumé, prenant approximativement
!e ehittre seize pour Tensembledes sédimeuts
marins, nous trouvons que ce nombre se
compose des provenances suivantes :
Séfineots foomis par les aflloeats terrestres. I
Séiiiiieots foomis par Tutare des eôtesi iO
Sédinents fournis par les corps org:iDisés« S
Toul. 16
D*après ce que nous venons de dire, les
sédiments , selon leur provenance, sont de
diTerses compositions et de densité très-diffé-
reotes. Ils se composent, en effet, à la fois,
surlacôtede tous les continent^ :decailloux,
de galets siliceux et calcaires de toutes les
dimensions , de gros sable , de sable fin , de
sable vaseux et de vase. Nous allons main-
lenant nous occuper de leur répartition, suî-
tant lenr volume, leur densité » et la force
motrice qui les déplace.
Diction, de Cosmogo^vie et de Paléontologie.
I II —De la répartition naturelle des i/f/i-
mtnts dans les mers.
L'action passive et générale des sédimrnts.
dés qu'ils sont soumis au moindre mouve-
ment, est essentiellement de se tasser et de
niveler. En effet, leur propre poids, aussitôt
quils se répandent dans 1 élément aqueux,
toujours d*une moindre densité, ou lorsqu'ils
sont portés par Tagitation des milieux qui
les environnent, les force à descendre sur
une pente. Dès lors, selon leur nature cl
leur densité, les sédiments se déposent d».
différentes manières, suivant la conht^uration
des côtes, la pente plus ou moins rapide de
celles-ci, et laction des courants sous-ina^
rins.
Sur une côt'i en penlé rapide^ vers une
mer profonde , comme on a pu l'observer à
Ténérifi'e, au Chili, au Pérou, et sur quel
ques points de la Méditerranée, ces sédi-
ments se déposent en raison de leur densité.
Quelquefois, les anses présentent du sable,
sous lorme de dunes, aundessus des marées;
mais les lieux battus de la vague offrent
toujours, au niveau de ces marées, près des
lieux où ils ont été enlevés au littoral , des
cailloux plus ou moins ^ros, ou du ^os
sable, qui se continuent jusqu*aux limites
inférieures du balancement des eaux. Lors-
qu'on sonde ou qu'on drague au-dessous de
ce niveau , on voit la grosseur des sédiments
diminuer graduellement, à mesure qu'on
descend, et les sables sont remplacés^ dans
les grandes profondeurs de ces mers, par \ds
fmrties les plus tenues et les restes organisés
es plus légers. La drague et la sonde ont
toujours donné de 60 à 100 mèlres, à Téné-
riffe, comme sur toutes les côtes profondes
du Chili et du Pérou ^ des sédiments très-
fins, remplis de foraminifères, et M. Du-
perrez dit avoir toujours trouvé de 50 à 60
kilomètres au large, dans la Méditerranée,
un fond de boue et de sédiments très-fins ,
ce qui prouverait la généralisation du fait.
Alors les sédiments qui se déposent sur un
plan incliné forment toujours des couches
parallèles de moins en moins inclinées, jus-
quViu fond des mers où elles deviennent
sans doute horizontales.
Les courants, qui exercent une action si
puissante dans les atterrages peu profonds
sur la répartition des sédiments, et partout,
sur la répartition des êtres à l'état de vie,
n*en ont absolument aucune, quant aux sé-
diments des côtes abruptes, comme celles
du Chili et du Pérou ; car, vu la pente r.*»-
pideet le peu de largeur de la bande sé< i-
mentaire située dans la limite de Faction d.^
ces courants, cette action ne saurait amrui^r
aucun changement important. Ils ne parais-
sent pas non plus atteindre les grandes
profondeurs de VOcéan, et en aucune ma-
nière ils ne sauraient transporter des sédi-
ments d'un continent à l'autre, lorsque ceux-
ci sont séparés par de grandes profondeurs.
On le conçoit, li faudrait qu'a vaut de passer
o'un côté à l*autre ils comblassent Finter-*
valle en le nivelant.
151
cou
D1CT10N>'AIR£ DE cOSMOGOfOE
COU
Kl
Sur une tète iriê^laie et trèS'proiofi;:ée
sous les eaux de la mer, s*il ny a pas de
foorants, les choses se passent comme sur
une côte abrupte; seBiemerit chaque na-
ture de séliment prend une bien plus
grande extension. On troure également
toujours les parties les plus léj^ères au-des-
sous du balancement des eaux, et dans les
grandes profondeurs. M.d*Orbigny Kaobservé
sur les côtes de France et de Patagonie.
Vaeiion des courants côtiers et sous-ma-
'^ns est immense sur les côtes plates ou en
pente très-faible, ainsi que dans les détroits
dont on connaît le fond, comme dans la
Manche, snr les côtes de la Bretagne et sur
celles du golfe de Gascogne.
On peut comparer, quant à leurs résultats
identiques, l'action mécanique des courants
sur la distribution des sédiments, à la même
•action produite par la vague et par le balan-
cement des marées, sur les côtes tranquilles.
J>e même elle sert à séparer les sédiments
suivant leur nature, et à les transporter dans
des lieux différents.
Par la seule action des courants sous-ma-
rins, les cailloux, vu leur densité, restent
toujours près du lieu où ils sont enlevés,
•ou sont trans]iortés à peu de distance. Lors-
qu'on les suit sur le littoral de la France, on
arrive à cette conclusion. Dans tous les cas,
restant près de la côte sur .le lieu agité , ils
ne sont presque jamais transportés au large.
Sur tonte la côte des départements de la
Seine Inférieure et de la Somme, les cail-
loux sont formés de silex enlevés à la craie
4iles falaises; à Trouville (Calvados), ce sont
des (çalets calcaires oolitîques ou non, qui
proviennent des falaises. En Bretagne, ce
sont des cailloux de roches cristallines, etc.
Le groê sabUj qui dans le balancement des
marées reste au-dessous des cailloux, n'est
pas trop lourd pour être transporté par les
courants ; aussi le trouve-t-on j^rtout où les
courants ont une forte action. Des sondages
0|)érés en dehors et près du cap Ilorn, à
Textrémité sud de TAmérique méridionale,
où se rencontre un des plus forts courants,
ont donné du gros sable. Le banc de Terre-
Neuve, où passe un courant sous-marin ra-
pide, offre partout du sable de même na-
ture ; il en est de même du fond de la Man-
che et des côtes , jusqu'à 30 kilomètres au
large, des lies de Noirmuutiers, de Ré et
u'Olérou.
Presque tous les bancs de sable qu'on ob-
serve à basse nier, sur toutes les côtes où il
y a des courants, sont formés de gros sable
et de coquilles. Sont dans le même cas les
bancs sous-marins que les courants forment
sur certaines côtes ou près de l'embouchure
dos rivières. Lorsqu'on examine la manière
dont les sédiments se déposent sur ces bancs,
on voit qu'ils forment une partie horizon-
laie, ou légèrement inclinée ou côté d'amont,
tandis que l'extrémité d'aval est ordinaire-
ment une pente rapide et figure ce que le^ ma-
rins désignent sous le nom d'accoredu banc.
•C est lu que les sédiments sont déposés sur
,ua plan incliné comme les sédiments des
côtes fortement déclives. Ces couches incli-
nées, au milieu des couches horizontales*
qu'on trouve quelquefois dans les étages
géologiques se déposent toujours sur l'extré-
mité d aval d'un banc.
Le êoble fin^ transporté avec plus de faci-
lité par les courants , se dé])ose ordinaire-
ment dans les lieux où l'action de ceux-ci
est moins violente, et y forme des couches
horizontales. C'est ce sable qui se prolonge
si loin sous les eaux, sur les côtes plates de
rOcéan et de la Méditerranée, et qui se
dépose sur les points moins agités, comme
en dedans des lies de Noirmoutiers, de M
et d'Oléron, et dans une grande partie de la
Hanche. On le trouve dans tout Tintervalle
compris entre les fies Malouines et la cèle
de Patagonie, et en dehors de toutes \e^
côtes du Brésil, jusqu'à une grande dislance
au large.
Dunet. — Une nartie de ces sables, jetés
par la vague sur les côtes droites, peu incli-
nées et non bordées de falaises, est ensuite,
lorsqu'ils sèchent dans l'intervalle des ma-
rées, transportée par les vents vers la Iterre
et forme ces amas considérables de sahle
qu'on nomme dunes. Ces dunes couvrent
quelquefois de grandes surfaces décotes,
comme on peut le voir sur quelques points
du littoral de la France, notamment sur les
côtes de la Vendée, en dehors des lies do
Noirmoutiers, de Ré et d'Oléron, sur la côte
de la Trembîade (Charente-Inférieure), et
SUT toute la côte des départements de la Gi-
ronde et des Landes, depuis la Teste jusqu à
Bayonne. On les voit aussi sur les côtes du
désert de Sahara en Afrique, sur les côtes do
la Patagonie septentrionale, de la Plata, etc.
Les dunes ont quelquefois une grande
importance, et envahissent tellement les
côtes, qu'elles forcent d'abandonner des
villages, comme on l'a vu aux Zéloux^ fie de
Noirmoutiers, à Saint- Palais, près de Boyan
(Charente-Inférieure). Il ne se forme do
dunes que sur les points où le naourement
des eaux est assez violent, qai\ soit déter-
miné par les courants ou par la vague. Jf-
roais, par exemple, il n'existe de dunes ni
de cordon littoral sur les côtes tranquilles,
quelle que soit leur nature. Les lies d'Olé-
ron, de Ré et de Noirmoutiers en sont une
f)reuve. Bordées de dunes du côté exposé k
a lame du large, elles n*en ont point du
côté opposé. Il faut toujours, pour qu'il
existe des dunes sur une côte, d'abord qu elle
soit agitée, puis, que sa pente soit très-
faible et prolongée au loin sous les eaux.
Sans ces conditions, le sable n*en forme
pas.
Les sédiments vaseux les plus fins , les
plus légers, sont déposés au sein des mers
tranquilles, dans les grandes profondeurs.
Lorsque les courants agissent. Il n^en est pas
toujours ainsi. Une partie des sédiments lins
sont sans doute encore transportés au-des-
sous des limites de leur action ; mais une
grande portion se dépose cYi même temps
sur la côte, lorsque le permettent la tran-
quillité des eaux et la configuration du litto-
3S5
cet)
ET DE PALEONTOLOGIE.
COU
}SS^
rai. Partout où là côte est constamment bat-
tue de la vague ou soumise à l'action immé-
diate des courants, elle n'offre jamais que
des sédiments sablonneux, débarrassés de
toutes les particules vaseuses , comme on
peut le TOir sur la côte extérieure des Iles
de Noirmoutiers» de Ré et d'Oléron, et sur
toutes les autres côtes du monde. Pour que
les sédiments vaseux se déposent sur une
côte maritime^ au niveau des hautes marées,
il est nécessaire qu'ils se trouvent garantis,
soit constamment, soit momentanément, de
Faction immédiate des courants et des vents,
tout en étant dans le voisinage même de
ceux-ci. En effet, dans les circonstances
actuelles, il fautdes courants pour apporter
ces sédiments vaseux en suspension dans
les eaux, oCi ils ne pourraient se former; et
d'un autre côté, pour qu'ils restent sur le
littoral, il faut des golfes profonds, abrités,
des côtes garanties par des ties, où le man-
Îue d'agitation des eaux leur permette de se
époser.
La vérité de cette assertion est démontrée
par l'étude des lieux. Tandis que les côtes
extérieures de l'Ile de Noirmoutiers, de l'Ile
de Ré, de l'Ile d'Oléron, constamment en
butte à l'action de la vague et des courants,
sont couvertes de sables bien lavés dans
toutes leurs parties, les côtes intérieures de
ces uiAmes îles, garanties en même temps
de la boule et des courants, forment annuel-
lement des atterrissements considérables de
sédiments vaseux, où sont établis des marais
salants, les principaux revenus industriels
de la contrée. Si nous avons le^ deux gen-
res de dépôts sur le littoral des lies séparées
à peine par une langue de terre, nous les
retrouvons encore sur une multitude de
points du continent, chaque fois que la côte
forme un golfe profond. On en voit des
exemples sur c[ueiques parties de la Breta-
gne, a Beauvoir, dans la baie de Bourg-Neuf
(Loire-Inférieure), sur la côte de Brouage
(Charente-Inférieure); mais le point le plus
remarquable, sous ce rapport, est le golfe
de Luçon ou de l'Aieuillon, aux confins des
déparlements de la Vendée et de la Charente-
Inférieure.
Dans ce golfe tranquille, les dépôts vaseux
sont si considérables, que tous les ans le
continent s'accroît d'au moins une dizaine
de mètres, sur toute la circonférence du
Rolfe. Il en résulte que l'Ile de la Dive, jadis
isolée, est maintenant à une grande distance
dans les terres, et que le golfe tend à se
combler entièrement. La seule rivière qui y
dét>ouche est la Sèvre. Lorsqu'on l'étudié,
on voit que, par son peu de pente, elle ap-
porte à peine des sédiments à la mer; d'ail-
leurs, I analyse de ces dépôts vaseux du
Solfe (appetfe terre de Brie)^ qu'a fait faire
L Fleuriau de Bellevue, a donné une pro-
portion considérable de silice, tandis que le
cours de la Sèvre et les côtes voisines du
golfe ne sont bordés que de terrains calcai- ,
res. Il est, dès lors, démontré que ces dépôts
vaseux ont été apportés par les courants et
proviennent très-probablement de l'usure
des côles de Bretagne, que les courants ap-
portent sur la côte de la Vendée.
La l)aie de San-Blas, et ia Bahia-Blanca,
sur les côtes de la Patagonie septentrionale;
Je golfe de Rio de Janeiro (Brésil) ; la baie de
Mexillones, sur la côte de Bolivia; le fond
des ports d'Alexandrie, de Brest, de Toulon,
nous en offrent encore des exemples.
En résumé, nous voyons actuellement se
former en même temps
V Au-dessus du niveau des marées, des
dunes de sable non stratifiées sur les côtes
plates, agitées ou en butte aux courants;
2" Au niveau supérieur des marées, des
couches horizontales de vase dans les golfes,
sur les points abrités de la vague ou des
courants; des sables ou des cordons litto-
raux de galets, sur les côtes agitées;
3' Au niveau du balancement des marées,
des dépôts de vase en couches horizontales,
sur les points très-tranquilles; des dépôts
de sable fin, sur d'autres lieux légèrement
asités; du gros sable, des cailloux, partout
ou la vague et les courants se font sentir
avec force ;
4* Enfin, au-dessous du balancement des
marées, les sédiments forment des bancs de
5' ros sable, dans les lits de courants, et ses
épôts sont d'autant plus fins que la tran-
quillité est plus grande, en descendant dans
les profondeurs de l'Océan. Les bancs for-
més sous l'influence des courants offrent
quelquefois des couches inclinées; les sédi-
ments fins forment des couche^ horizon-
tales.
^ III. — Des perturbations naturelles dans
les dépôts de sédiments.
Nous appelons perturbations naturelles ^
tout ce qui, dans les causes physiques ac-
tuelles, peut interrompre momentanéqient
Tordre naturel des dépôts sédimentaires ;
comme les marées, les changements de vent,
de courants, les tempêtes , les raz de ma-
rées, etc.
S'il n'y avait pas de perturbations, les
dépôts sous-marins seraient toujours de
même nature sur le même point; leur
épaisseur deviendrait considérable, sans
qu'ils présentassent de couches distinctes ,
et alors on ne pourrait définir la formation
des couches alternes, si communes dans
tous les étages géologiques ; mais la nature
actuelle vient encore nous expliquer com-
ment, au milieu de dépôts de même Age , il
peut y avoir des coucnes, des lits de diffé-
rentes compositions et renfermant souvent
les animaux distincts, comme on le voit dans
les couches terrestres.
Lorsque les marées ordinaires amènent des
courants contraires, comme sur la côte de
Dieppe, dans la Manche, où les courants du
flux vont au sud-est, tandis que les courants
de reflux vont au nord -ouest; entre l'Ile
d'Oléron et la terre ferme, où ils spnt diri-
(;és au sud à la mer montante, et au nord è
a mer descendante, on conçoit déjà que les
molécules transportées subissent une per-
turbation périodique susceptib)'^ H*infliiAiusé
867
COU
DICTîONNAlUM DE C05M0G0MIE
cor
S6S
^ur la nature des bancs qu'elles forment , en
les divisant par de petits lits distincts et d*é-
gale épaisseur. En effet, si les molécules
sont charriées six heures de suite dans une
«direction, et six heures dans une autre, il
peut arriver, de ces deux côtés opposés, des
matières de nature différente qui concourent
à former de petites couches distinctes uni-
formes. A rinstant où, périodiquement, le
courant change de direction, il doit encore,
entre ces couches apportées par des courants
opposés, se marquer un instant de rej|K)s,
ou une plus grande perturbation sensible
sur la nature de ces mêmes C/Ouches.
Les marées de êyzygiee^ seules qui, pério-
diquement, tous les quinze jours, descen-
dent et montent beaucoup plus que les au-
tres, remuent plus profondément les sédi-
ments déposés dans la mer et sur le rivage.
I-ieur action doit encore apporter une cer-
taine différence dans la nature et Tépaisseur
des couches, de manière à les diviser par
lits plus puissants ou plus minces, mais
également distants les uns des autres.
Les changements de veni ont encore une
puissante action sur les dépôts sédimentai-
res, lors même qu'il fait beau temps. En
18iS^6, les vents de l'est, du sud-est et du
nord-est ont eu une plus longue durée que
d'habitude. Le littoral de La Rochelle, qui
en était abrité et se trouvait alors plus
tranquille, a été couvert partout, sur les ga-
lets de la Côte, sur les sables et mémo sur
tous les parcs à huîtres des communes de
Nieul, de Marsilly, etc., d'une épaisse cou-
che de sédiments vaseux. Ces dépôts sont
restés tout l'été, et n'ont été enlevés qu'au
mois d'octobre, lorsque les premiers coups
de vent sud-ouest sont venus laver la côte.
Comme la houle suit la direction des vents,
on conçoit combien elle doit remuer le sa-
ble et le transporter, tantôt d'un côté, tantôt
de l'autre. Si nous avons vu des vases se
répandre partout sur les galets, sur les sa-
bles des côtes de la Charente-Inférieure,
nous avons vu aussi, bien souvent, sur les
mêmes côtes et partout ailleurs, une couche
lie sable recouvrir de la vase. On la recon-
naissait facilement à ce qu'on enfonçait
quand on voulait y marcher. Il n'est pas un
habitant du littoral qui ne sache que tel banc
de roche est recouvert de sable, lorsque le
vent vient d'une ""égion déterminée, tandis
qa*il en est libre par un vent contraire. Les
couches argileuses de Villers, les ban:',s de
calcaires oe Luc (Calvados]), de Chàtillon
(Charente-Inférieure), de Vissant (Pas-de-
Calais), qui, suivant les vents, sont ou
non cachées par le sable, prouvent l'in-
fluence de cet agent sur le transport des
sédiments. Les baigneurs parisiens en ont
fait, en 1850, à Trouville, une expérience
peu agréable, la plage, remarquable par son
sable fin, ayant été dénudée par des vents
d'est qui n'y ont laissé que des çalets,
La côte de Valparaiso (Chili) offre un
exemple curieux de l'effet sous-marin des
yenls. Le port est formé par le cap de Caro-
miïfero, qui le garantit des vents et des cou-
rants régnant toujours dans ui direrlion d\i
su'i au nord. Alors, la rade de Valparaiso
est tranquille ; son fond, par une assez grandu
f>rofondeur, est formée de sédiments fins cl
es eaux y sont pures et limpides. Lorsque,
vers le mois de mars, presque tous les aus,
le vent tourne à l'ouest ou au nord-ouest,
le port n'est plus abrité, la houle devient
f>lus forte, remue le fond sur le mouillage ;
'eau est chargée de particules terreuses
en mouvement, qui ne se déposent que lors-
que le retour du vent vers le sud ramène la
tranquillité. Nécessairement, pendant celle
agitation, lescoquilles et lessédiments lesphis
pesants restent au fond et se tassent; les au-
tres molécules en mouvement ne se dépo-
sent que lorsque la période de repo3 recom-
mence, se séparant alors en raison de leur
densité. On conçoit que, suivant la longueur
des intermittences entre les coups de vent,
suivant la force du vent même, du mouve-
ment qu'il imprime à l'élément aqueux,
suivant enfin l'épaisseur des sédiments re-
mués, il se forme, dans ces dépôts sous-marins,
des lits aUernatifs de coquilles et de sédi-
ments plus fins, comme ou le remarque si
souvent dans les couches terrestres. Quani
les coups de vent sont périodiques, el pour
ainsi dire annuels, comme au Chili, aux An-
tilles et sur beaucoup d'autres points du
monde, on concevra qu'il peut s'y former
des couches successives, en quelque sorlo
d'égale épaisseur et se succédant régulière-
ment.
Des tempêtes. — Si , dans l'étude des cau-
ses naturelles de perturbation , nous voyons
le changement de courant déterminé par la
marée ou par le vent, produire des effets
aussi marqués, nous pourrons juger delà
valeur des perturbations apportées par uq
coup de vent, par une tempête ou par unraz
de marée, qui remuent, avec plus de force
et plus profondément, les sédiments dépo-
sés.
Dans une tempête, la somme des sédi-
ments côtiers se trouve considérablement
augmentée par la violence avec laquelle la
vague frappe la côte ; ce qui suffirait pour
apporter, dans les dépôts des couches séJi-
mcnlaires, une différence appréciable ; mais
il est une autre action plus forte produite
par la tempête, et analogue à ce oui a élé
observé à Valparaiso par Te seul effet d'un
changement de direction dans les vents ré-
gnants. Si, dans les temps calmes, latein'e
sale de la mer que détermine la limite du
mouvement des eaux, occupe, par exemple,
un demi-kilomètre, on est étonné de la voir,
pendant une tempête, quadrupler de lar-
geur. Ce fait démontre que tous les sédi-
ments sont alors remués d'une manière ex-
traordinaire; et la force d'action est telle , eu
niveau de la marée, qu*elle démolit \es
constructions les plus solides que l'homme
puisse lui opposer. Alors la perturbation
sous-marine diffère suivant la direction des
vents; néanmoins, son effet général est de
remuer les sédiments à une profondeur
proportionnée à son intensité. Dès queTaoi-
3C9
COU
ET DE PALEONTOLOGIE.
COU
^70
laliou se ralenlit , ks sédiments les plus ve-
sanrs restent en place; les autres se dépo-
sent après, suivant leur pesanteur, jusqu'à
re que les phénomènes naturels reprennent
leur cours. Il se fait encore un changement
h cet instant ; les courants propres à Ja côte
niièyent ce que la tempête avait placé sur
leur passage, et les sédiments vont repren-
tire fa place qu'ils occupent ordinairement
dans la période de repos.
Résumé. — Les perturbations naturelles ,
qu'elles soient occasionnées par les marais,
par les changements de courants , par les
coups de vent ou par les tempêtes', tendent,
t-omme on le voit , à interrompre l'ordre
régulier des dépôts de sédiments et à les
diviser par couches distinctes ; à placer, par
exemple , des sables sur les sédiments va-
seux ou des sédiments vaseux sur les sables,
h les diviser par lits , en changeant la na-
ture rainéralogique ahernalive des couches
qui se succèdent. Ce résultat est très-impor-
tant; car il nous explique ce caractère des
lits séparés, si marqué dans les couches sé-
dimentaires de tous les âges géologiques;
et nous prouve , par la superposition de ces
couches, par leur nature, par leurs lits,
qu'elles se sont déposées en des circouslan-
ces absolument identiques aux circonstances
naturelles^ qui présidîent aujourd'hui à la
formation des couches sédimentaires ac-
tuelles.
i IV, — De. la dislribution des animaux
morts dans les couches sédimentaires ma-
rines.
Maintenant que nous avons cherché à dé-
fiuir la manière dont se forment et se dépo-
sent dans la mer les sédiments actuels, nous
allons chercher également, suivant leur na-
ture et leur densité, ce que deviennent les
corps organisés , dans les diverses circons-
tances Signalées. A priori, Ton doit croire
•|u'ils se déposent en des lieux différents;
et, pour le prouver, nous n'avons qu'à étu-
iiicr les animaux flottants séparément des
ntiimaux ou des parties animales qui ne flot-
lent pas.
Des animaux flottants, — Tous les mam-
mifères, les oiseaux, les reptiles, les pois-
sons qui meurent dans la mer, certains mol-
lusques, tels que les céphalopode» , les
aplysies et autres, dont la masse charnue
est plus volumineuse et plus pesante que
lour coquille, ainsi que les animaux de
même nature transportés par les fleuves,
tnni destinés à flotter. £n effet , dès l'instant
que la décomposition organique se mani-
fesle, il se dégage des gaz qui gonflent toutes
tours parties « les rendent plus légers, et les
f'int remontera la surface des eaux. Tout le
uioniie connaît cette circonstance sur la-
quelle nous croirons inutile d'insister.
H'autres parties organiques des êtres,
fx>mme la coquille remplie de lozes aérien-
nes des nautiluSf des spirula et ue la seiche
!:^eptn) , ne jieuvent , môme lorsqu'elles sont
M»l».irées (le l'animal, faire aulremont que
lie lloîler, puisque les loges ou le$ divisions
dont elles sont formées, n'ont pas de com-
munication entre elles et que toutes sont
remplies d'air.
On peut se demander où ces corps , tant
qu'ils flotteront, pourront se déposer? Des-
cendront-ils, comme on l'a cru quelquefois,
jusqu'au fond des mers? Non; leur nature
flottante s'y oppose de toutes les manières;
ils seront donc infailliblement jetés sur le
rivage. Il résulte de ce fait actuel qu'on peut
vérifier tous les jours sur le littoral, que
les mammifères , les oiseaux , les reptiles ,
les poissons entiers, ainsi que les coquilles
flottantes des céphalopodes , n'ont pu , dans
aucune circonslance , se déposer en pleine
mer, et qu'elles ont dû nécessairement,
lorsqu'elles flottaient encore, être jetées sur
le littoral et seulement au niveau des hautes
mers.
Les animaux entiers, «'1/5 sont poussés sur
une côte rocailleuse, se désorganisent
promptement par l'action de la vague. Les
parties charnues sont séparées des parties
osseuses , et ces différentes parties rentrent,
suivant leur densité, dans les sédiments de
diverses natures.
S*ils sont jetés sur une côte sablonneuse,
ils se conservent quelquefois avec les diver-
ses ))arties du squelette peu éloignées les
unes des autres , si toutefois ces dernières
sont recouvertes tout de suite par d'autres,
sédiments, tandis que, le plus souvent, les
parties se Séparent et viennent encore fç^r,«
merdes sédiments qui se dispersenti,,d'a):rèii
leur nature.
Si les animaux entiers sont, à\h eontraire,.
portés par les courants vers un golfe tran*
quille, comme celui deTAiguillon, par exem
pie, ils se déuosent sur des sédiments Ans
qui les enveloppent avant que les os ne
soient dispersés , et dès lors, non-seulement
ils restent avec toutes leurs parties osseuses
placées dans leurs rapports réciproques ,
mais encore ils peuvent, quelquefois, lais-
ser l'empreinte des parties charnues
On a obtenu, dans ce même golfe, la
fireuve que les corps, en apparence les plus
ugaces et de la décomposition la plus
prompte, pourraient encore imprimer des
traces de leur existence sur les sédiments
Ans des plages tranquilles et vaseuses. En
été, un grand nombre d'acalèphes des genres
cyanea et rhizostoma sont jetés sur les côtes.
Ceux qui entrent dans ce golfe, avec les
dernières très-hautes marées d'une époque
de syzygies ou d'équinoxe, sont abandonnés
sur la vase molle, où leur pesanteur spéci-
fique imprime sa place et forme une em*
])reinto. Si la marée, pendant les mortes
eaux, n'atteint pas le .:eu où l'acalèphe est
déposé, il se décompose d'abord, se fond
entièrement, en laissant, en creux sur la
vase, l'empreinte bien distincte de toutes
ses parties. Pendant douze, quelquefois
vingt-quatre jours d'intervalle et même
beaucoup plus, la marée suivante n'est pas
aussi forte que la première; et si elle n est
pas poussée par le vent, ta vase exposée ^
l'air se dessèche au solei! , en con*'"
971
COU
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
COU
57i
toutes les empreintes de sa surface, comiutr
les pas des animaux riverains, les acalèphes
ou tout autre objet. Lorsque la marée cou-
rre enQn ces plages de vase, en apportant
de nouveaux sédiments, elle passe à Ja sur-
face durcie, sans détruire les empreintes, et
revêt le tout d'une nouvelle couche ; mais,
comme les points en creux sont disposés de
manière à recevoir les sédiments les plus
lourds, ils sont presque toujours remplis
de parties sableuses des plus fines , tandis
que les derniers sédiments laissés sur le
rivage sont ordinairement les plus légers;
ce qui forme des couches en plaquettes. 11
résulte évidemment de ce mode de dépôt
aue, si les plages vaseuses de rAiguilton
evenaieitt fossiles, elles pourraient conser-
ver, entre les couches, non-seulement les
animaux entiers de toutes les natures, tels
que mammifères, oiseaux, reptiles, pois-
sons, crustacés, insectes» moUusques, les
empreintes des animaux gélatineux, tels
que les acalèphes, mais encore les emprein-
les physiologiques des pas d'animaux qui y
ont marché, et môme jusqu'aux fortes gout-
tes de pluie» dont nous avons souvent ob-
servé les traces sur la vase sèche. On voit
que celte plage tranquille nous explique, à
Ja fois, le mode de conservation des parties
animales les plus fs^iles à se décomposer, et
nous indique comment ont pu se conserver,
jusqu'à nos jours,- les empreintes physiolo^
ç'ques et les empreintes physiques oui ont
tant étonné les géologues, lorsqu'ils les ont
découvertes dans les couches terrestres.
Pour l^s coquiltes. flottantes^ comme les
naïUiiuSf les spirula^ les sepia^ elles ont
beaucoup plus de chances de conservation.
En effet,, connaissant la fragilité de la co-
3uille de la spirula^ on a été très-étonné
en ti;ouver un nombre considérable d'en^
tières et de brisées, jetées pèle-môlu sur tes
cailloux de la plage agitée de l'île de Téné-
riffe. Ce fait actuel, appliqué aux coquilles
des nombreux céphalopodes renfermés dans
les couches terrestres» nous prouve qu'elles
ont pu. se conserver sur Ipute espèce de ri-
vage. On conçoit, cependant,, qu'elles doi-
vent être d'autant plus intactes qu'elles ont
été déposées sur des côtes formées dQ sédi->
roents plus fins, moins agités ; et les plages
vaseuses sont encore les plus propres à cette
conservation, ce qu'on remarque, en effet,,
dans les couphes sédimentaires du globe. Ce
fait actuel peut donner la certitude que les
coquilles flpttantes des céphalopodes n'on^
pu se déposer e^ grand nombre dans les
couches que sur le littoral, au niveau des
hautes marées. C'est peut-être un des plus
importants dans son application; car il
pourra nous donner les moyens de retrou-.
ver, dans ces couches, les anciennes lignes
littorales de toutes les époques géologiques
qui se sont succédé depuis la première ani'^.
malisation de la surface terrestre.
V. est pourtant des circonstances où les
fociuilles flottantes peuvent perdre leur pro-
priété; c'est lorsque, par exemple, formé de
(«cties calcaires et cornées, le siphon qui
traverse toutes les loges aériennes, s'altère*
par le séjour prolonge dans les eaux, de ma-
nière à y laisser pénétrer rélémenl aqucui.
Une fracture occasionnée par un choc peut
produire le même effet ; mais alors on ne
trouvera que de rares coquilles isolées, et
jamais on n'en rencontrera sur le même
point un nombre considérable.
Si une coquille a cessé de flotter, lorsque
l'air s'échappe de ses loges, on conçoit qu'il
en sera de même pour ranimai flottant. En
effet, pendant la durée de la putréfaction,
s'il n'est pas jeté sur quelque côte, ce qui
suppose une mer dépourvue de vents, et
3u il ait, au sein des eaux, le temps de so
ésorganiser, soit par les morsures des au-
tres animaux voraces qui peuvent l'entamer,
soit par le seul fait de la désorganisation,
les diverses parties se séparent et tombent
les unes après les autres où elles se trou-
vent; c'est-à-dire près ou loin des côtes, ces
circonstances suffisent pour expliquer la
présence des coquilles flottantes isolées et
des quelques ossements d'animaui verté-
brés, dans les sédiments déposés au fond des
mers; mais alors il doit être presque im-
possible qu'un animal s'y trouve entier;
tandis que tout porte à croire que les parties
osseuses y tombent séparées les unes des
autres.
Des animaux non flottants. — Nous avons
dit que les animaux flottants, lorsqu'ils sont
décomposés, se désorganisent et que leurs
parties séparées subissent le même mode de
répartition que les sédiments ordinaires.
Voyons maintenant ce que deviennent les
animaux qui ne flottent jamais, lors même
qu'ils sont entiers. De ce nombre sont pres-
que tous les crustacés, les échinodermes,' et
sans exception, tous les moUusques k co^
quille et les polvpiers.
Dans les phénomènes actuels, il est des
circonstances où, sans le concours d'aucune
perturbation, des animaux peuvent être en-
veloppés de sédiments, dans leur posilion
normale d'existence. Les coquilles bivalves
qui vivent profondément enfoncées, sans
pouvoir changer de lieu, comme les solen^
les hvignons^ les mya^ sont dans ce cas. Si
elles meurent de vieillesse en place, et que
les sédiments ne soient pas remués, elles y
restent enfouies et peuvent devenir fossiles
dans celte position. C'est, en effet, ce qu'on
a vu au - dessus de Marans , près de l'Ile
d'Elle (Vendée), lorsqu'on a creusé, en 1837,
un nouveau lit è la rivière de Vendée. Bien
que ce point soit aujourd'hui à plus de seize
kilomètres de la mer, il nous a montré, dans
fa tranchée un nombre considérable de (ari-
^non5, dans leur position normale, tels qu'ils
vivent sur le littoral voisin, dans le golfe
d'Aiguillon. On peut reconnaître les coquil-
les en place, enveloppées de cette manière,
à leur position respective dans les couches.
D'abord elles sont presque toutes de même
taille; et, comme elles meurent les unes
après les autres, dans les sédiments qui
s augmentent toujours , elles y sont dissé-
minées à diverses hauteurs, ainsi qu'on le
573
COtl
ET DE PALEONTOLOGIE.
COU
57*='
roit souvent pour certaines pholadomya^
dans les couches fossilifères.
Les coquilles bivalves peuvent Être enve-
loppées dans des sédiments, et périr fortui-
tement dans leur position normale, par la
seule perturbation qu^apportent une tem-
pête, un coup de vent, ou seulement la du-
rée du vent, dans une seule direction. On
observe plusieurs exemples de ce genre sur
le littoral de la France.
Un coup de vent avait, depuis plusieurs
années, couvert d*une couche épaisse de sé-
diments tout rintervalle compris entre le
rocher du Cob et le village du Viel , fie de
Noirmoutiers (Vendée), et anéanti simulta-
nément toutes les nombreuses huttres, les
solens et les autres coquillages de cette côte,
que les habitants avaient coutume d'v trou-
ver. Le même agent devait nous le dévoiler.
En effet, dans un gros temps, les vents enle-
vèrent de nouveau les sédiments ; et alors,
nous observâmes, au môme niveau, dans
leur position normale verticale, un nombre
considérable de solens et d'autres bivalves,
dont la coquille venait saillir à la surface du
sol.
Les animaux non flottants sont souvent
enlevés de leur habitation ordinaire parles
perturbations naturelles, comme les coups
de vent, les tempêtes. Les coquilles et les
crustacés, blessés par le choc de la lame,
sont alors enlevés des rochers et transportés
au loin. Alors aussi, les coquilles enfoncées
dans le sable, dans la vase, telles que les
bivalves {venus ^ tellina^ etc.], les natica et
autres gastéropodes des sables, sont rame-
nés à la surface et poussés avec violence sur
la o^te, ou forment des amas, entre les
bancs de sable. Les animaux qui ne sont
pas trop blessés tâchent, lorsque le mouve-
ment cesse, de regagner leur élément natu-
rel ; mais le plus grand nombre des corps
ftous-marins enlevés de cette manière pé-
rissent et subissent, en raison de leur pesan-
teur, les mêmes lois de distribution que les
sédiments.
Les coquilles lourdes , les coraux, qu'ils
noient entraînés par les courants, ou pous-
sés par la vague, suivent la même réparti-
tion que les cailloux; ils sont rarement
transportes au large, et restent plus particu-
lièrement soit près des rivages, soit sur le
lieu où ils ont vécu. Lorsqu ils sont jetés à
la côte, ils subissent la même usure que les
ra if toux, et se trouvent pêle-mêle avec les
cailloux et les ossements, sans former de lits
horizontaux bien marqués.
Les coquilles plus légères, les coraux de
petite dimension, suivent les sédiments de
même pesanteur, et vont généralement for-
mer des bancs avec les sables, ou sont jetés
sur la côte. Ils se conservent d'autant mieux
qu*ils sont moins roulés, ou qu'ils sont plus
promçtement soustraits à l'action désorga-
nisatrice de Tair et de l'eau. Les coquilles
exposées k l'air sur le rivage, se décompo-
sent assez promptement; leur couleur, leur
é'pidermc nisparaissent; elles pt*rdent en-
suite des condiCb de leur le^t, et Gniseent
par se détruire entièrement, dans un laps
de temps assez court. Celles qui restent ex-
posées à l'action de l'eau s'anéantissent en-
core, même sans subir de frottement. Il n'y
a que les coquilles enveloppées de sédi-
ments qui se conservent actuellement,
comme se sont conservés , dans les temps
[>assés, les êtres de toutes les époques géo-
ogiques.
Les animaux, ou leurs restes solides les
plus légers, sont aussi transportés avec les
sédiments de même densité. Ils vont se dé-
f>oser dans les profondeurs des mers, sur
es fonds tranquilles et sur les côtes des
golfes. Dans les profondeurs des mers, ils
seront A l'abri des causes naturelles fortuites;
sur les foi'ids tranquilles, ils pourront, quelle
que soit leur fragilité, se conserver intacts
pour l'avenir, comme nous l'avons vu pour
les animaux .flottants, jetés dans un golfe
couvert de sédiments.
Comme les coquilles et les coraux sont,
en général, un peu plus lourds que le sable,*
ou tout au moins d'un volume différent,
transportés par les courants, ils forment, le-
plus souvent, ces bancs sous-marins, si-
connus des navigateurs et des ingénieurs
hydrographes, et qui couvrent les côtes de
presque tous les atterrages du monde. Les
coquilles sont alors placées par les eaux
dans la position la plus favorable à l'équi-
libre de l'ensemble, ce qui fait distinguer,
dans les couches fossiles, ces bancs soÛ5-
marins des lits de coquilles jetés sur la côte,
par la vague, où règne le plus grand dé-
sordre.
Les perturbations naturelles tendent éga<^
lement, comme nous Tavons vu, à les sépa-
rer par assises, par lits horizontaux distincte,
en les laissant au-dessous des sédiments plus
légers; ainsi, toute espèce de mouvement
sous-marin occasionné» soit par les courants,
soit par les perturbations naturelles, tend
toujours à séparer les corps suivant leur
nature, comme on le voit si souvent dans
les couches terrestres.
Il est cependant deux circonstances où les
corps organisés et les coquilles de toute
dimension , pourront se trouver ensemble
l'une déterminée par le mouvement, l'autre
produite par la tranquillité des eaux.
Le mouvement des eaux amène à la fois,
sur toutes les côtes, des animaux et leurs
restes solides, quelles que soient d'ailleurs
leurs dimensions. En effet , les ossements
d'un mamm itère se trouvent près des plus
(grosses coquilles, ou entourés des coquilles
es plus légères, ainsi qu'on peut Tobservcr
au niveau de la vague, sur les côtes de toutes
les natures, de galets , de sable et même de
sédiments vaseux. Aux parties usées et rou-
lées par 'es eaux, et à l'espèce de désordro
qui règne parmi cet assemblage, relative-
ment à la position respective des corps, par
rapport à leur forme, on peut de suite re-
connattrc qu'ils ont été poussés par une force
active qui les a placés , souvent dans une
position contraire à l'équilibre des parties;
et ce caractère fera toujours distyiguer um
57S
COU
DICTiONNUftE D£ COSMOGONIE
COU
a/&
côte sous Faction de la vague , du lond d*une
mer tranquille , oii les êtres prennent inva-
riablement la position que leur assigne ri-
goureusement Téquilibre de Tensemble, à
moins qu'ils ne restent dans leur position
normale d*ex]stence.
La tranquillité des eaux» avons-nous dit,
peut également laisser, près les uns des au-
tres, des restes organises de urande dimen-
sion, et les parties les plus légères. Voici
dans quelles circonstances. Quand une grosse
coquille d'un poids déterminé vit sur des
sédiments assez fins et y meurt, si fac-
tion du courant, assez forte sur ce point,
pour transporter des sédiments fins, ne Test
pas assez pour déplacer la coquille, elle
restera nécessairement au milieu des corps
organisés les plus petits. La réunion sera
d'autant plus variée et d'autant plus dispa-
rate, que la tranquillité est plus grande;
car alors, tous les animaux non susceptibles
de flotter par la putréfaction , tels que les
crustacés, les oursins, les astéries même,
demeureront sur la place où ils sont morts,
et se conserveront intacts , comme on le
voif, par exemple, dans la craie blanche
do Paris 5 mais en ce cas, tous ces corps se-
ront non roulés, et dans une position rela-
tive à Téquilibrede leurs formes respectives,
ou dans leur position normale d'existence.
En nous résumant sur la manière dont
les animaux entiers, ou les diverses parties
d'un animal mort, ont pu se soustraire à
Faction désorganisatrice des agents eité-
•*ieurs, nous verrons que leur conservation
iépend essentiellement, et dans toutes les
«ireoqstances, des milieux qui les environ-
nent, à Tinstant où ils cessent d'exister.
Les eaux servant de conducteur pour le
transport des sédiments, sont les milieux
les plus favorables; aussi trouve-t-on que la
presque totalité des corps organisés fossiles
se sont conservés sous l'action immédiate
de cet important agent, et qu'ils sont ren-
fermés au sein des couches géologiques,
lians les roches sédiraentaires. Nous verrons
encore que, suivant leur nature flottante ou
non flottante, suivant leur mode de conserva-
lion, ils peuvent, dans les couches géologi-
ques , faire parfaitement reconnaître sous
quelles influences ils ont dû se déposer sur
le littoral, au niveau et au-dessous des ma-
rées, ou dans les orofondeurs des mers.
i V. — De la répartition geographime et
isotherme des êtres marins.
Après avoir étudié la répartition, dans es
merSf des ôtres inanimés, morts, qui, comme
des corps inertes, vont où les poussent les
divers a ^ents, voyons ce que les habitudes,
la manière de vivre des animaux marins
pourront nous ofl'rir de particulier et de
spécial, d'après leur milieu d'existence,
leurs nécessités vitales, etc.
L'étuda de la distribution géographique
des animaux est d'une immense importance
en paléontologie, puisque, procédant du
connu h l'inconnu» elle est destinée à nous
T^ivrfJer, jjar les lois qui {^résident aujour-
dhui, à la distribution géographique et
isotherme des êtres vivants , ce aui s'est
manifesté aux diverses époques de î'aniraa-
lisation de notre globe. C'est, en eflet, dans
cette distribution géographique, que la pa-
léontologie générale doit puiser des rensei-
gnements sur les conditions d'existence des
espèces perdues. Sans cette connaissance
préalable, toutes les comparaisons qu'on
pourrait faire , toutes les déductions qu'on
pourrait tirer, n'étant pas appuyées sur dès
laits positifs, incontestables, l'édifice péche-
rait par la base et croulerait infailliblement.
Des recherches positives à cet égard peuvent
seules expliquer la formation, surtout des
couches cies terrains tertiaires. On a sans
doute écrit beaucoup de théories sur les dér
pots tertiaires les plus rapprochés de nous,
et dès lors dans les conditions actuelles;
mais si Ton veut arriver à des solutions
réellement satisfaisantes, la marche positive
de la science exige qu'on remplace cfcs sup-^
positions, souvent hasardées, par le résultai
de l'observation immédiate
Comme les animaux marins ont des habi-
tudes très-difl'érentes, qui influent sur leur
mode de distribution , nous les diviserons
en deux séries, selon qu'ils vivent seulement
au milieu des mers, et sont pélagiens; ou
qu'ils restent sur le littoral, et sont esscn*
tiellement côtiers.
Nous avons appelé anitnQxix pélagiens^
tous ceux que leurs habitudes retienuent
constamment au large, dans les océans, et
qui ne s'approchent des côtes que par des
causes fortuites. De ce nombre sont beaucoup
de poissons, de mollusques céphalopodes et
et ptéropodes. Les études spéciales q^ui ont
été faites à leur égard ont démontre que,
malgré le nombre des espèces qui passent
indifféremment d'un océan à l'autre, plus
des deux tiers du nombre des espèces de
chaque océan lui sont spéciales. Ces nom-
bres prouvent que des limites fixes d'habi-»
tation existent encore pour des animaux
que leur puissance de locomotion, leurs
mœurs pélagiennes devraient répartir à la
fois au sein de toutes les mers , si le cap
Horn d'un côté, le cap de Bonne-Espérance
de l'autre, n*étaient pas dans une position
méridionale, tout à fait en dehors de la zone
torryJe qu'l^abitent presque toutes les espèces,
et no leur opposaient des barrières infran-
chissables,
Pour arriver à reconnaître si la tempéra-
ture influe sur \à répartition des céphalopo-
des connus, on les a divisés en trois zones:
pour ia zone chaude 78 espèces, pour la
zone tempérée 35, et pour ia zone froide 7.
Celte ditférence dans ks résultats a prouvé
que l'unité de température osl, plus que les
autres agents, la véritable base deladislri-
bution géographique des animaux des hautes
mers. On peut ajouter qu*on les trouve
d'autant plus variés dans leurs formes, d'au-
tant plus nombreux en espèces, qu*on s*ap»
proche davantage des régions chaudes.
Ce qui précède démontre que chaque
mer et rhaïuo région de température \\^
377
COU
ET DE PALEONTOLOGIE.
COC
S78
mers peut aroir ses espèces particnlièrcs, et
(lis lors influer sur !a nature actuelle des
espèces qui s*y déposent. En effet, les cé-
phalopodes, les pteropodes qui meurent au
sein des eaux, et dont les restes tombent
dans la mer, doivent nécessairement, sui-
Tant cette répartition, donner en même
temps, dans chaque mer ou dans chaque ré-
l^ion des mers, un ensemble d'espèces dif-
lérentes et qu'on pourrait regarder, pour les
faunes perdues de l'époque tertiaire, comme
appartenant à une époque géologique dis-
tincte.
Les animaux edtien sont, pour nous, ceux
qui vivent constamment sur le littoral, et
que leurs habitudes attachent plus particu^
lièrement au sol sous-marin, quelle qu'en
soit la nature. Néanmoins les animaux cô-
tiers ne vivent pas indifféremment partout;
et les recherches qui ont été faites pour dé-
conrrlr les lois qui président à leur distri-
lutioQ sur les côtes ont prouvé que quatre
genres d'influences a^^issent simultanément
ou se Jurement sur cette répartition : les
rcuranis, la température^ la configuration^
l'i nature des côtes, et le nireau de prof on-
iirur sp/ciat à C habitat ion de chaque espèce.
Nous examinerons chacune de ces influen-
ces en particulier.
Les courants. — On a beaucoup exagéré
rimportance des courants dans les caufes
gr'olo^ques, en leur attribuant des effets
qu'ils n'ont pas, et qu'ils ne peuvent avoir.
On a supposé, par exemple, que si l'isthme
i]fr Panama se rompait, des courants pour-
raient amener sur nos côtes des animaux
marins de l'Amérique. Si l'isthme de Pana-
ma se rompait, qu'arriverait-il? Les ani-
maux pélagiens et quelques animaux côtiers
lies deux mers se mélangeraient» sur le lit-
toral voisin, sous l'action de ce nouvel
azcnt, et constitueraient une faune com-
V'.exe; mais la grande quantité d'espèces
ilentiques prouverait toujours leur con-
lemporanéité, sans amener d'autre change-
ment. En supposant même que ce couran
I ortât directement de l'Amérique sur l'Eu-
rope, il ne pourrait tout au plus charrier
«fue des restes flottants non décomposables
dans Teau, tels que les bois et les graines ;
i-ar, pour au'il pût entraîner des êtres sous ^
marins, tels oue des coquilles non flottan-
tîntes, il fouarait que toute la profondeur
(;»?s mers comprise dans l'intervalle fût
comblée et nivelée, sans cela les sédiments
transportés resteraient en roule et s'arrête-
raient où la profondeur de l'action des cou-
rants cesse oe se bire sentir. Comme on le
voit sur nos côtes, les courants n'ont d'action
que sur le littoral, et seulement dans leurs
[»arties les moins profondes. Cette action ne
ffC-at, en aucune manière, avoir d'influence
<i'un continent à Tautre, lorsqu'une mer
i:rr»fonde les sépare.
Dans les circonstances actuelles, quelle
<iue soit la force des courants, la profondeur
r.'unc mer est, pour les animaux côtiers,
ir:e barrière aussi infranchissable que les
;.;; iTj^lc^ lignes continentales. L'action pas-
sive de ces profondeurs est de séf^arer, de
cantonner les êtres marins des côtes, et d'en
former des faunes distinctes et pourtant
contemporaines. La faune marine tropicale
des côtes d'Afrique diffère autant de la faune
des côtes de l'Amérique, placée sous la
même température, que les deux faunes
côtières de l'Amérique Méridionale propres
au Grand Océan et à l'Océan Atlantique, que
sépare tout le continent américain. La faune
des fies Gallopagos diffère entièrement de la
faune du continent américain voisin. La
faune des îles Sandwich et des autres îles
océaniennes est également particulière.
On ne trouve généralement les mêmes
êtres que lorsqu'il j a identité de tempéra-
ture, et une cote non interrompue sur la-
quelle ils ont pu se pronager au loin. Plus
on avance dans les recnerches géographi-
ques comj arées et positives, et plus cette
loi vient se confirmer. Nous insistons sur ce
fait qui peut recevoir une application im-
portante en paléontologie.
Il se passe, néanmoins, sur toutes les cô-
tes très-étendues en latitude, des phénomè-
nes déterminés par les courants : nous al-
lons chercher à les définir.
En retraçant ici les résultats obtenus sur
une large échelle par des recherches relati-
ves aux mollusques côtiers de l'Amérique
Méridionale, nous dirons qne, d'après la
carte du Mouvement des eaux à la surface de
la mer^ que M. Buperrej a publiée en 1831,
on reconnaît qu'un immense courant, parti
des régions polaires du Grand Océan com-
prises entre le 135' et le 165' degré de longi-
tude occidentale, et se dirigeant au sud-est,
vient se heurter contre le littoral de TAméri-
Que Méridionale, à la hauteur de l'archipel
ue Cliiloé, où il se sépare en deux bras. Le
f>lLS considérable suit, du sud au nord, le
ittoral de l'Amérique jusqu'à quelques de-
grés au sud de léquateur. où il tourne a
l'ouest, dans la direction des lies de la So*
ciélé. Le second bras suit, au contraire, vers
le sud ; une petite partie {lasse k l'est, par le
détroit de Magellan ; l'autre bras, dirigé de
l'ouest à l'est, va doubler le cap Horn, d*où
il se divise encore. Un bras se rend aux lies
Malouines, tandis que l'autre * en faisant des
remous, rejoint les eaux qui ont passé par
le détroit de Magellan, pour suivre au nord
le littoral de la Patagonie, de la Plata et du
Brésil. On voit donc que les courants gé-
néraux se heurtent et se séparent sur lea
régions froides de l'extrémité méridionale
de l'Amérique, et longent parallèlement, eh
marchant vers le nord, les deux côtes de ce
continent.
Par leur action continuelle dans une
même direction, les courants généraux ten-s
dent h répandre, sur tous les points du
littoral où ils passent, les animaux côtiepa
qui peuvent supporter une grapde diffé-i
rence de température. Ils neutenl aussi,
en transportant des eaux iroides vers des
points où^a zone de latitude devait donner
une lemjïérature élevée, changer tout à fait
la rature des faunes. Le si^horaria Lesscnii^
5T9
tOU
DICTIONNAIRE DE COSMOGOfnE
COU
280
Îui suif, en effet, à la fois, les deux cotes
e TAroériciue» depuis leur point de départ,
sur toute 1 extension des courants, en est
une preuve. Dans TOcéan Atlantique, huit
espèces suivent les courants généraux des
côtes de la Patagonie jusqu'aux Antilles , où,
sur rimmense étendue de soixante-dix de-
grés en latitude, neuf en parcourent seule-
ment vingt, de la Pata^onie aux limites tro-
picales. Dans le Grand Océan, dix-neuf es-
pèces habitent, sons cette influence, vingt-
deux degrés tn latitude, en traversant
plusieurs zones de chaleur différente, tan-
dis qu'elles cessent d'exister aux dernières
limites septentrionales de ces mêmes cou*
rants, comme on le voit pour la faune du
Callao.
Une preuve incontestao^e de celte action
des courants se trouve dans la limite d'ha-
bitation des êtres côtiers qu'ils transportent.
Far rapport à la latitude. Les courants de
Océan Atlantique perdent, au 34* degré,
leur force continuelle ; aussi la faune tro-
picale commence-t-elle à paraître au 23'
degré, et la faune des régions tempérées ne
montre plus, au delà, que quelques espèces
plus inaifîérentes à la température.
Les courants du Grand Océan conservent,
au contraire, la même force jusqu'au delà
du i2' degré de latitude, en portant avec
violence, du sud au nord, des eaux froides
sur tout leur passage. Il en résulte que les
espèces de mollusques côtiers des régions
tempérées j sont transportées jusqu'à douze
degrés en dedans du tropique du Capri-
corne, comme on le voit au Callao, port de
Lima. On doit donc attribuer aux courants
généraux cette influence d'inégale valeur
qui entraînent les mollusques côtiers des
régions froides et tempérées, d'un côté, jus-
qu'à neuf degrés seulement en dedans des
tropiques, et de l'autre jusqu'à la fin de la
zone équatoriale de l'hémisphère opposé.
Si l'action incessante des courants a, le
plus souvent, pour effet d'étendre les limites
des faunes côtières, il lui est, au contraire,
quelquefois réservé de les limiter.
On doit, par exemple, à l'action combinée
des courants et de la température, la sépa-
ration de toutes les espèces des deux faunes
parallèles de TAmérique méridionale, l'une
propre au Grand Océan, l'autre à l'Océan
Atlantique. Ce sont évidemment ces cou-
rants glacés du Grand Océan, venant du pôle
et contournant reilrémité du c^n Horn ,
qui, en passant dans l'Océan Atlantique,
séparent nettement les deux faunes améri-
caines si distinctes.
Le fait le plus important est, sans contre-
dit, celui qui a été observé entre le Callao
et Peyta (Pérou). En effet, tant que les cou-
rants généraux suivent, du sud au nord, les
côtes du Grand Océan, ils refroidissent tel*
lement les eaux qui les baignent, que les
mollusques des réij;ions froides et tempérées
sont portés jusqu à neuf degrés en dedans
du tropique du capricorne; mais dans les
J garages compris entre le Callao et Pe.yta, à
'instant oti les courants tournent brusque-
ment à l'ouest et al>andonaeni les côtes
américaines, la température reprend im-
médiatement son influence, et 1 on trouve
tout de suite une faune toute fait diffé-
rente, propre aux régions chaudes.
En résumant ces résultats opposés les uns
aux autres, on voit que si, par la continuité
de leur action, les courants tendent à répan-
dre les mollusaues côtiers en dehors de leurs
limites naturelles de latitude, ainsi qu'on le
voit sur les deux côtes de l'Amérique mé-
ridionale, lorsqu'ils doublent un cap avancé
vers le pôle, comme le cap Horn, ou encore,
lorsqu'ils abandonnent brusquement les
côtes, dans des régions chaudes, comme ils
le font au nord du Callao, on leur doit, au
contraire, l'isolement et le cantonneraent
des faunes locales.
De la température. — Les observations
sur les mollusques côtiers de l'Amérique
méridionale ont prouvé, de plus, que la
pointe très-prononcée vers le pôle qui, sur
ce continent, sépare nettement l'Océan At-
lantique du Grand Océan, sert de barrière
naturelle de température entre les faunes
de mollusques côtiers propres à chacun
d'eux. On voit, par exemple, que sur Wx
cent vingt-huit espèces de mollusques cô-
tiers de l'Amérique méridionale, une seule
est commune aux deux Océans, tandis que
toutes les autres sont, au contraire, spéciales
soit au Grand Océan, soit à l'Océan Atlan*
tique. Néanmoins ces résultats inattendus
se compliquent évidemment des influences
ducs aux courants généraux ; car la tempé-
rature n'aurait pas, à elle seule, une aussi
puissante action. En effet, le plus ordinai-
rement, ces deux causes se contrarient ; mais
dans cette circonstance, par une exception
remarquable, elles agissent simultanément
aux régions les plus méridionales, en sépa-
rant plus nettement encore les faunes côtiè-
res des deux Océans.
Si, dans quelques cas, les courants gé*
néraux tendent a répandre les êtres cô-
tiers sur tout leur cours, la température,
au contraire, cantonne les espèces dans des
limites plus ou moins restreintes suivant
les variations de température qu'elles peu*
vent supporter.
On en a la preuve par le nombre des
mollusques propres aux différents points
de la côte aes deux Océans soumis a l'ac-
tion incessante des courants, et plus posi-
tivement encore par le nombre élevé des
espèces propres aux deux points extrêmes
de la distance baignée parles courants, puis-
que, dans le Grand Océan, les espèces pro-
pres aux régions tempérées sont le double,
et que les espèces des régions chaudes
sont près de la moitié des espèces voya-
geuses; que, dans l'Océan Atlantique, les
espèces propres aux régions tempérées et
chaudes sont quatre fois plus nombreuses
que les espèites communes aux deux ré-
gions à la fois.
Le plus remarquable enfin, se trouve
surtout dans la différence subite qu'on re
marque entre la composition des faunes
»l
cou
ET DE PALÉONTOLOGIE.
COU
locales de V^yta^ ef de celles des parties
situées aa Sud. £d effet» dès gue I action
iucessanle des courants ne se fait plus sen-
tir, la température reprend aussitôt toute
son iirfluence, et Ton Toit paraître une
bone différente et spéciale aux régions
chaudes.
En nous résumant, les faits nombreux
i]ui précèdent montrent que, malgré Tac-
tien directe des courants Faction passive
de la chaleur se manifeste partout d*une
manière très-marquée, par le cantonnement
des espèces entre des limites de latitude
plus ou moins restreintes, des deux cdtés
de l'Amérique méridionale.
. La eonfifuruiion d'un littoral n'agit pas
moins puissamment. Tout le monde a re-
marqué cette pointe étroite qui, s'avançant
de la zone torride vers le pôle, jusqu'au
55* degré de latitude sud, sépare l'Océan
Atlantique du Grand Océan, en traçant, en-
tre l'une et l'autre mer, une limite des mieux
marquées. Tout le monde a pu remarquer
encore cette chaîne imposante des Cordillè-
res, <iui court, du sud au nord , parallèlement
au littoral du Grand Océan, et présente, sur
les côtes de son Tersant, occidental, les
pentes les plus abruptes, tandis que son
versant oriental s'abaisse lentement vers
l'Océan Atlantique, et forme, sur toutes les
régions méridionales, des côtes basses éten-
dues au loin dans la mer.
On a déjà TU le résultat de la forme du
continent, suri la séparation des deux fau-^
nés distinctes. Nous allons maintenant dé-
duire les effets généraux de la seule confi-
guration orograpnique.
Le rapport du nombre des genres spé-
ciaux ou communs aux deux mers dé-
montre cette influence, puisque la moitié
de l'ensemble ne se trouve que dans l'un
des Océans.
Genres qai se trouvent des deox côtés de
rAjiiéri<|ae à la fois 55
Gaves qai se troinreat d*OB teiii côté. . 55
Sur ce nombre
Genres exisfant sur la céte amencaine
ém Grand Océan 89
Genres qui manquent dans le Grand
Océan et qui se trouvent de Tautre côté il
Genres distant sur la côte américaine de
Xkéan Atlantique 76
Genres qui manquent dans TOoéan AUan-
Uone et se trouvent de Tautre côté . . S4
110
110
110
1 est (Sicile de se convaincre, par Té*
tode des mœurs des mollusques, que les
geores qui dominent dans le Grand Océan
rîTent principalement sur les rochers, tan-
dis que ceux de TOcéan Atlantique, qui
manquent au versant occidental, habitent
seulement les fonds de sable ou de sable
vaseux. Il est, dès lors, certain aue la dif-
férence de configuration orograpnique du
littoral des deux Océans qui baignent
J*Amérique méridionale, exerce, par les
conditions d'existence plus ou moins f<&vo-
râbles qu'elle offre aux mollusques cd-
tiers, suirant leurs genres, une immense
influence sur la eomiiosition zoologiqvs
des fiiunes qui les habitent.
Résumé.^ Avant de terminer l'exposé des
résultats généraux, nous dirons que, de
l'ensemble des trois genres d'influences com-
binées, les courants, la température et la
configuration des côtes, on peut conclure
avec certitude que tout en dé{>endant de
ces trois ordres de faits, les lois qui pré-
sident à la distribution géographique des
mollusques câtiers, peuvent se réduire à
deux actions contraires :
1* L'une, celle des courants qui dans cer-
taines circonstances, tendent à répandre
partout où ils passent sur une même côte,
les espèces indilférenles à la tempéra-
ture.
2" L'autre, plus générale, dépendant en-
core des courants, de la température et de
la configuration orographique qui tendent,
au contraire, à restreindre ou à cantonner
les êtres entre des limites plus ou moins
larges, bien que sur la côte d'uu même
continent.
L'étude de tous les laits généraux qm
nous venons de déduire de la distribution
géographique des mollusques côliers, nons
amène naturellement aux conclusions sui -
vantes immédiatement applicables aux fau-
nes paléoutologiques des terrains tertiaires,
mais des terrains tertiaires seulement; car,
dans les faunes antérieures, l'action du can-
tonnement, déterminée par la latitude, était
plus ou moins neutralisée par la chaleur
propre au globe terrestre :
1* Deux mers voisines, communiquant
entre elles, mais séparées seulement par un
cap avancé vers le pôle, peuvent avoir des
faunes côlières distinctes.
2* Il peut exister, en même temps, par la
seule action de la température dans le même
océan et sur le même continent, des bunes
eôtières distinctes, suivant les diverses zb^
nés de latitude.
3r Sous la même zone de température, sur
des côtes voisines d'un même continent, les
courants peuvent déterminer des faunes
eôtières particulières.
k* Une faune, distincte de la faune côlièro
du continent le plus voisin, peut exister
sur un archipel, lorsqu il en est séparé par
une mer profonde.
5' Des faunes eôtières distinctes, ou du
moins très*différentes entre elles, peuvent
se montrer sur des côtes voisines, par la
seule action de la configuration orogra^
phique.
6* Lorsqu'on trouve les mêmes espèces
sur une immense étendue de latitude, dans
un même bassin, les courants en seront la
cause.
7* Les espèces identiques entre deux
bassins voisins annoncent des communica*
tions directes entre eux.
Maintenant si^ prenant les choses sur une
échelle plus restreinte et choisissant des
lieux que tout le monde ici peut visiter»
nous parcourons encore les côtes de France,
sous lo rapport de Tinfluenrc que peut
s»
cou
DlCTiONXÂlRK: DC COSMOGONIE
COU
W
eiercer la ndture du lilloral sur la com-
position des faunes qui les habitent, nous
serons frappés de ces différences, en com-
parant des points placés souvent h quel-
ques kilomètres seulement les uns des au-
tres.
Les côtes de France bornées de rochers^
comme celles de beaucoup de points de la
, Seine-Inférieure, du Calyados, de la Breta-
' l^ne, (les départements de la Vendée et de
la Charcnle-InférJeure, nous offrent, ex-
4'lusivement parmi les mollusques, les gen-
res : littorinay purpura, murex^ irochus^ aply-
sia^ patella^ pholas^ peiricola^ saxicava; des
êvhinusy des comatula; des serpula^ des
yrap$, parmi les crustacés, etc., etc.
Les fonds et les baies de sable pur des
m{^uK^s côtes, surtout de la Vendée, de la
'iironiie et des Landes, ne montrent pas un
seul des genres cités, mais bien les gen-
res na^r^a, cassis^ fusuSf chenopus, scalaria^
uatica, cardium, teUinà^ donax, arcopagia\
patidora, mactra^ solen^ etc., etc.
Les fonds vaseux ou de sable vaseux de
CCS mêmes côlcf, ou du golfe de l'Aiguil-
lon (Vemlée), par exemple, montrent des
piludestrina, des lavignons, des lyonsia^ et
quelques espèces particulières de telUna,
ce mya^ de cardium^ etc.
La différence de composition des faunes
locales, suivant la nature des lieux, estf ar-
fnitcment tranchée. Tels genres se trou-
vent toujours sur les rochers, tels autres
sur les places sablonneuses ou sur les va-
ses; et chaque nature de cAte montre ses
animaux spéciaux, qui no se voient ail-
leurs que loriquils y ont été poussés par
la vague ou par les courants; fait si connu
des pêcheurs, qu'ils vont toujours sur des
lieux différents, suivant la nature de pêche
qu'ils désirent faire.
Sur nos côtes et sur d'autres côtes chau-
des, les récifs de coraux, les lies madrépo-
rigues ont également leur faune spéciale,
souvent distincte, dans son ensemble, des
faunes côtières voisin**». Cette faune, comme
cello de certaines parties des Antilles et
d s I es Océaniennes, est caractérisée non-
seulement par ses nombreux polypiers, mais
encore f ar des genres particuliers de mol-
lusques fixes et d'i^chinodermes, tels que les
ihamay \esspondyluSj les cidaris, etc.
Niveau d'habitation des mollusques côtiers.
— Il est encore une cause qui peut influer
sur la composition d'un ensemble de faune
locale : la zone d'habitation spéciale à cha-
que eq>èce en particulier, sur chaque na-
ture de côte. En parcourant le littoral
♦lo la France, on s'en convaincra, au pre-
mier coup d'œil qu'on jettera autour de soi,
t>ur les êtres qui s'y trouvent.
Au niveau des fortes marées de syzy-
gies, c'est-àHlire une hauteur baignée seule*
aient par les fortes marées, on trouvera,
sur les côtes rocailleuses, les littorina ru-
dis et lamarchiiydespalelles, parmi les mollus-
i|ues, les graps, les ligies parmi les crustacés ;
fcur les côtes vaseuses, les diverses e'^i»èce«i de
pçMestrina, et des faii(jnon$.
Au niveau du balancement des marées
ordinaires, c'est-à-dire de manière à être
baignés par toutes les marées et mis à sec
assez souvent, se voient, . sur les côtes ro-
cailleuses, les littorina littorea et neritotdes,
des trochus, des murex, des purpura, des
aplysia, le mitylus edulis, des petricola, le
pecten varius, des saxicava, des pholas, des
venus, des serpula, des echinus, une foule
de crustacés. Sur les côtes sablonneuses vi-
vent des nassa^ des sealaria, des natica, le
cardium edule, Vostrea edulis, des tellina,
des donax, des pandora , des maetra, des
solen , des lutraria , etc. Sur des côtes va-
seuses, se trouvent en abondance certai-
nes tellines, des lyonsia, la niya arena-
ria, etc
Au-dessous du balancement des marées, à
des niveaux différents de profondeur, vi-
vent encore des êtres particuliers, les uns
peu au-dessous des autres, jusqu'^ de gran-
des profondeurs, et tous divisés suivant
la nature de sol.
Sur un sol rocailleux on trouve, surtout à
de grandes profondeurs, des mollusques bra-
chiopodes, tels que des terebratula , des»
megatktris, des terebratulina, des crania^
des thecidea, beaucoup de comatula, d'e-
chinus, de bryozoaires pierreux et des poly-
piers flexibles, appartenant aux animaux
rayonnes. C'est surtout dans cette zone quo
les êtres cités prennent un plus grand déve-
loppement et sont plus abondants.
s^ur les côtes saoïonneuses, ou de sable
vaseux, vivent des nassa particuliers, quel-
ques trochus, Yacteon fasciaius, le ventis
dionœ, des pecten, le janira gigantea^ le
nucula margaritacea, etc., etc.
En nous résumant sur l'action passive de
la nature des côtes maritimes et des zones
difi'érentes de profondeur, suivant ces côtes*
où vivent les animaux, on voit que, de ees
deux causes combinées ou séparées, naissent
(les différences constantes très-marquées
dans la composition des faunes locales sou-
vent très-voisines les unes des autres. Nous
ferons remarquer que ces deux genres d'in-
fluences Dntdû avoir la même importance à
toutes les époques de l'animalisation du
globe, et qu'il convient delà faire entrer daus
l'étude comparative, des étages, afin de ne
pas prendre pour des époques distinctes
dans les couches, des différences de faunes
qui ne sont dues qu'à la zone de profon-
deur, à la nature du sol où l'on trouve les
espèces qu'elles renferment. Dans ce caSt on
trouvera toujours quelques espèces identi-
ques qui résoudront la question ; car nous
avons vu que le moindre mouvement, qu*il
soit déterminé par la vague ou par les cou «
rants, tend, au contraire, à tout mêler, sui*
vaut la densité; et, dès lors, il parait irop<ts*
sible que quelques individus de chaquo
zone, de chaque nature de côte, ne soieut
pas mélangés, sur quelques points des'cou*
rhes sédiraentairos d'un môme parage.
183
COU
ET DE PALÉONTOLOGIE.
CUU
586
Ait. II. — Dis sédiiie!«ts terrbstabs et
LUyiO-TERRESTBES.
Nous désignons ainsi les particules ter^
rejsi^ et autres, de toutes natures et de
toutes dimensions, qui, séparées des couches
ou df^s roches, se trouvent actuellement ré-
C Dilues à la surface terrestre des continents,
terre régétale qui recouvre le sol sur une
p^aniie étendue, les tourbes, les vases des
marais fangeux, les parties désagrégées des
roches de toute composition qui comblent
les lacs, les vallées, sont pour nous des sé-
diments aussi bien que les cailloux, les ga-
lets roulés jiar les torrents et par les fleu-
ves. Une simple promenade dans la cam-
pagne suffira souvent pour convaincre Tob-
servateur le moins exercé que des sédiments
de nature très-variée couvrent à la fois les
diverses régions d*un continent.
S L — Formation des êédiments terrestres.
Ils se forment, comme une partie des sé-
diments marins, par l'usure des couches ou
des roches de toute nature, qui composent
récorce terrestre. Les agents sont : dans les
régions boréales et australes du globe, la ge-
lée et les pluies; dans les régions chaudes,
les pluies seulement.
Les gel/es ont une très-forte action désor-
ganisatrice sur les différentes roches, action
d autant plus puissante que la roche et plus
poreose et qu elle laisse plus facilement pé-
nétrer l'eau. Cet effet de la gelée est si con-
nu, qu*il n'est pas un carrier des environs
de Paris qui ne cherche à s'en garantir, en
coQTrant de paille, durant l'hiver, les blocs
extraits des carrières. La gelée fendille la
sorfaice de manière à en désagréger les diffé-
rentes parties qui se divisent alors, soit en
feuillets parallèles pour les roches sédimen-
taires, soit en calottes de diverses épais-
seurs, pour les roches granitiques ; et cette
épaisseur est toujours déterminée par l'in-
tensité de la gelée, par la dureté des roches
et par leur nature minéralogique. Quelques
roches sédimentaires, par exemple, les cal-
caires grossiers des environs de Paris, cer-
tains calcaires marneux des terrains juras-
siques et crétacés, donnent, tous les ans,
une quantité assez considérable de sédi-
ments. D'autres roches en fournissent très-
uea ; néanmoins on peut dire que, malgré
lear dureté, toutes les roches donnent ton-
jonrs par (Reloues parties exposées à l'air,
prise à 1 action désorganisatrice de la gelée,
Jorsqull s'v mêle des pluies alternatives.
Dttns le cas où, comme sur le versant occiden-
tal des Andes Boliviennes comprises entre les
là* et 25* d^rés de latitude sud, il ne pleut
jamais, les gelées n'ont aucune action ae dé-
sor^nisation ; aussi les roches restent-elles
intactes ou en fragments anguleux produits
par les tremblements de terre.
Ijes pluies sont donc indispensables pour
que la gelée ait une action désorganisatrice
sur les roches. Elles sont encore les moyens
n^éeaniques propres à transporter les sédi-
xcents dé<agrégA$; et, dans quelques cas.
leur action seu e peut produire des sédi-
ments. L'action de la pluie sur les parties
désagrégées, facile à concevoir, humecte
d'ahorl, délaye ensuite et entraîne avec
elle les parties plus ténues de ces détritus.
A mesure que la masse d'eau s'augmente
sur les pentes , elle acquiert de la puis-
sance, de la force. La goutte d'eau qui, au som-
met d'une montage, n'eAtralne que la plus
mince particule terreuse, emporte sur son
passage, lorsqu'elle est réunie à beaucoup
d'autres, d'abord des graviers, puis des
cailloux; et, bientôt accrue, devient torrent
et balaye devant elle tout ce qui s oppose
à sa marche impétueuse. L'action combinée
de la pluie etde la gelée tend au nivellement.
Désagrégées par cet agent, les particules de
toute dimension sont transportées par la
pluie des parties élevées vers les vallées et
vers les plaines.
La seule action des eaux produit souvent
le même effet de désagrégation des roches,
suivant la nature des roches même et la dis^
position des lieux.
La nature de la roc^e donne plus ou moins
de prise à l'action des eaux. Telle roche ar-
gileuse, ou argilo-calcaire, comme les
marnes du lias des coteaux de Semur (Côtc-
d'Or), d'Avallon (Yonne), de Saint-Amand
(Cher), des Hautes et des Basses-Alpes, ab-
sorbe d'abord la pluie jusqu'à une assez
Eande profondeur ; puis se ramollit, se dé-
je même; et les particules en sont entraî-
nées par les eaux vers les points placés à
un niveau inférieur.
La disposition des lieux influe sur la
quantité des sédiments enlevés ; car, on con-
çidit que des terrains presque horizontaux
peuvent s'humecter et se délayer comme les
coteaux ; mais, tandis que sur une surface
plane, ces parties délayées restent , pour
ainsi dire, en place, elles sont transportées
au loin sur un penchant de montagne. Les
torrents creusent partout de profonds ravins
et entraînent d'autant plus de matériaux auc
la pente est plus rapide, que les coucties
sont pins meubles. Dans les coudes où l'eau
vient battre avec force, il se forme des es-
carpements qui, minés par les eanx, s'abt-
ment les uns après les autres. En certains
cas, lorsque les courants des torrents ou des
rivières viennent battre lepieJ des coteaux
et y former des falaises, ifs produisent des
effets analo^es aux eaux de la mer dans
les mêmes circonstances, ainsi qu'on le voit
aux Roches-Noires, sur les bordsde la Marne,
près de Saint-Dizier (Haute-Marne), sur la
rive droite de la Garonne, au-dessus et au-
dessous de Bordeaux, et sur des points iso-
lés et restreints des bords de presque toutes
les rivières du monde. On conçoit facile-
ment que les causes qui, comme les orales
et les trombes, concourent à augmenter mo-
mentanément le volume et la violence des
eaux, doivent également enlever une plus
grande quantité de sédiments sur tous les
points où leur action se fait sentir.
Dans une comparaison rigoureuse des
faits actuels avec les faits oui se sont uasté^
3S7
COU
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
COU
sn
aux différentes époques g(?olo.;iques, il ne
gérait pas juste défaire entrer, par exemple,
la France ou les autres pays trè^-peuplés du
monde; (.ar, là une cause qui tient esseuliel-
lement de l'homme vient augmenter consi-
dérablement la somme des sédiments enle-
vés» ou susceptibles d'être enlevés par les
eaux pluviales. Pour qu'on puisse comparer
deux choses, il faut qu'elles soient absolu-
ment dans les mômes conditions ; et ce n'est
pas ici le cas. En effet, la comparaison de la
nature actuelle avec la nature passée n'est
admissible qu'à condition de prendre le sol
vierge cl non le sol cultivé.
5ttr un sol vierge^ où la main de Thomme
n'a rien changé, on voit que la terre est
couverte d'une végétation active. Le som-
met des montagnes, les coteaux, les plaines,
tout est revêtu de plantes. L'arbre dont les
rameaux s'élèvent vers les deux, l'humble
fougère, la graminée ou la mousse en tapis-
sent toutes les parties et les garantissent de
l'action immédiate de la pluie. La eoulte
d'eau qui tombe est re^ue par les feuilles, et
ne touche la terre qu après avoir pénétré
lentement à travers un réseau serré de
branches ou de feuillages. Son action n'a
f)lu$ de force; elle n'entraîne rien; et» dans
es pays les plus escarpés du monde, on s'est
étonné de trouver, pendant la pluie, les
eaux des torrents à peine souillées de quel-
ques particules terreuses. Ce (^ue nous
avons observé si souvent, dit dOrbigny«
dans les forêts vierges du Brésil, sur les
plaines du centre de l'Amérique méridio-:
nale et sur le$ montagnes aoruptes du ver-
sant oriental des Andes Boliviennes, nous
ne l'avons pas retrouvé, sans quelque plai-
sir, sur de petits points isolés des Pyrénées
et des Alpes; au Pont d'Espagne, près de
Cauterets (Hautes-Pyrénées), par exemple,
ot sur les coteaux du lac de Brientz, dans
rOberland, où l*lK>mme a respecté quelques
Umbeaux de la nature terrestre.
Sur un sol cukité comme celui de France^
où l'homme a tout fait pour enlever les
Riantes et les arbres naturels au sol, et pour
) couvrir de guérets, la terre est partout
dans les conditions les plus favorables à 1 en-
lèvement des sédiments, puisqu'elle n'est
pas seulement dépourvue oe plantes préser-
vatrices, mais que le labour la rend encore
meuble à sa surface. Les eaux y ont une
prise immense, pour le transport des molé-
cules terreuses; et l'agriculteur, qui n'est
pas assez prévoyant pour se garantir par
des moyens artificiels de l'action destructive
delà pluie, voit Yhuntus diminuer tous les ans
et son sol se dénuder peu à peu. En parcou-
rant les montagnes des environs de Tuchant
(Aude), dans les Corbières, les sommités
des montagnes et des collines de la Pro-
vence, toutes les montagnes des Hautes et
des Basses-Alpes, etc., on s'étonne de trou-
ver, à la place des antiques forêts de chênes
dont ces montagnes jadis étaient couvertes,
des rocher^ nus où les chèvres trouvent à
peine à brouter* çà et là, quelques plantes
Ubougries. Il est donc certain que le défri-
chement a laissé emporter, depuis quelques
années, par les eaux pluviales, des terres
3ui nourrissaient de belles forêts respectés
urant une longue suite de siècles.
Cette rapide comparaison d'un sol vierge
avec un sol cultivé nous montre que si le
premier peut nous donner la valeur réelle
des faits passés relativement aux sédiments
terrestres, il n'en est pas ainsi du dernier,
dont les conditions cfu moment tiennent
évidemment à l'influence des travaux de
l'homme. Il ne serait donc pas juste de pren-
dre le dernier pour exemple, pas plus qu'il
n'est rationnel de demander aux sédiments
transportés parles fleuves actuels de France,
l'explication des phénomènes antérieurs à
notre époque. Toutes les déductions qu'on
tirerait aussi des alluvions du Mississipi, ou
des autres rivières de l'Amérique septen-
trionale, seraient nécessairement exagérées.
A l'instant où tous les affluents de ces tleuves
se couvrent d'agriculteurs qui commencent
par abattre les arbres , mettre le feu à la
campagne et défricher, sans s'occuper beau-
coup de se ménager des ressources à venir,
il est tout simple gu'une surface considéra-
ble de terrains jadis préservés, soit exposée
à l'action immédiate des eaux pluviales. Nous
resterons peut-être encore au-dessous de la
vérité, en calculant à dix pour un la somme
des sédiments aue ces fleuves doivent trans-
porter aujourdhui, comparée à ce au'ils
donnaient avant que l'homme agriculteur
eût remué la surface du sol.
S U. —- De la répartition des sédiments
terrestres.
L'action générale des eaux pluviales sur
les sédiments terrestres est la même que
l'action déterminée par les eaux de la mer;
elle tend à tout niveler.
On désigne ordinairement, sous le nom
propre d'allucion , tous les dépôts de sédi*>
raents terrestres, afin de spécifier leur mode
de formation , et de les distinguer des sédi-
ments marins particulièrement formés des
couches sous-marines, plus nettement stra-
tifiées.
Les alluvions terrestres se déposent en
différents lieux, suivant leur nature et sui-
vant la configuration du sol. Comme elles
tendent toujours à niveler le sol, elles sont
naturellement transportées des parties éle*
vées vers les vallées, vers les plaines.
, Si les alluvions tombent dans une pression
sans issue, dans un lac circonscrit de mon-
tagne, par exemple, elles s'y déposent comme
dans une mer tranquille; les sédiments pe*
sants, les cailloux restent près de l'embou-
chure des torrents qui les ont transportés,
et en général ils se divisent suivant leur
densité, la configuration du sol et les limites
de mouvement des eaux. Les graviers restent
sur les plages inclinées ; les anses, les golfes
peuvent encore recevoir des sédiments lins;
mais la plus grande partie de eeux-ci se
rendent au fond du lac, au-dessous de l'ac-
tion des vagues, et forment des couches
horizontales qui pourront être de diverses
cou
ET Afi PALEONTOLOGIE.
COD
S90
nalares et \Ans ou moins épaisses, suivant
la Talpur des agents qui les ont transportés.
U est évident qu'une plaie ordinaire n'en
produira pas une aussi grande quantité qu'un
violent orage, qui aura dévasté toutes les
eampagnes environnantes. 11 en résultera
des couches de diverses épaisseurs, formées
toujours, aux parties inférieures, des molé-
cules les plus pesantes, et, dès lors, les pre-
mières précipitées au fond des eaux, tandis
que les molécules les plus légères seront en
dessus. Ces couches, formées dans les lacs,
portent généralement le nom de couches /a-
cuMireM.
Lorsque les sédiments destinés à former
des alluvions ne sont pas retenus dans les
lacs sans issue, et qu ils sont transportés
dans les vallées, ils suivent une répartition
différente, d'après leur densité, leur volume
et la force d'impulsion qu'ils reçoivent. Un
turrent impétueux roule de gros blocs de
roches. Un courant plus faible, mais encore
très-rapide, transporte des cailloux; mais,
dès qu une différence de pente vient mo-
mentanément en ralentir la rapidité, les
blocs, les cailloux s'arrêtent, et, suivant la
force qui reste, des particules plus ou moins
r '.santés sont transportées. Nous avons été
portée de vérifier ce fait, dit d'Orbigny,
sur les affluents qui descendent du versant
oriental des Andes, et nous l'avons vu se
reproduire , sur une moindre échelle, {)Our
toutes les rivières qui descendent rapide-
ment des Alpes, des Pyrénées, ralentissent
ensuite leur cours dans les basses vallées et
dans les plaines. Lorsqu'une vallée montre
divers étages en gradins, ce même phéno-
mène se présente à chaque fois ; et les sédi-
ments, alors répandus avec les eaux troubles
sur une grande surface, trouvent, d'un ou
des deux côtés du lit du courant, des anses
tranquilles, des remous, où les molécules,
après chaque inondation, se déposent par
couches et forment des alluvions pluviales
comme nous l'avons vu pour les lacs. La
Saône, entre Châlons et Trévoux , est dans
ce cas, ainsi que tous les coudes des rivières,
où le courant se fait peu sentir, et permet
aux molécules de se déposer et de former
ces .atterrissements nombreux de toutes nos
rivières.
Certains fleuves, comme le Rhône, dont
le courant est très-fort, roulent des cailloux
jusque près de leur embouchure, tandis que
presque tons les autres, dont les eaux plus
tranquilles sillonnent les plaines, n'y ap-
portent que des sédiments fins qui se dépo-
sent sur les anses, et forment ces sortes
d'aliuvions pluviales qu'on nomme atterris^
semenis. U faut bien se garder de confondre
les alluvions lacustres ou fluviales actuelles
avec les cailloux roulés répartis sur le sol
et dans les vallées. Ceux-ci y ont été amenés
par des mouvements plus considérables,
appartenant aux causes purement géolo-
giques.
Les sédiments terrestres partis des points
élevés s'arrêtent, dans toutes les dépres-
v^os du sol, avec ou sans issue, sur tous les
points des ravins, des torrents, dos rivières
et des fleuves, où l'inégalité des pentes per-
met au courant de se ralentir. Ils se dépo-
sent encore sur toutes les plaines, dans les
coudes, dans les anses tranquilles des riviè-
res, de sorte qu*une très-petite portion ar-
rive jusqu'à 1 embouchure des fleuves. Pres-
que toutes les rivières , comme la Gironde,
la Loire, la Seine, parcourent une grande
surface de plaines avant d'arriver à la mer ;
il en résulte que des sédiments fins sont
souvent les seuls que ces fleuves y apportent ;
aussi croyons-nous ne pas pouvoir évaluer
leur part d'apport dans les sédiments ma-
rins a plus d'un quart de l'ensemble. On a
considérablement exagéré la somme des sé-
diments fluvio-terrestres , en se basant sacs
doute sur l'état présent tout exce{;tionneI de
la France. Si, comme on l'a cru, les rivières
devaient former tous les sédiments marina,
comment y en aurait-il en abondance sur les
côtes dépourvues ^d'affluents, et oii il ne
pleut jamais, ainsi qu'on peut le voir sur le
littoral du Chili, de la Bolivia et du Pérou f
depuis le 5' jusqu'au 28* degré de latitude
sud. Ce fait seul prouve que, sans le con-
cours des fleuves, il peut se former des amas
considérables de s&iiments sur les côtea
maritimes, par la seule action de l'usure des
côtes.
Dès que les sédiments fluvio-terrestres ar-
rivent a la mer, à moins qu'ils ne se trou-
ventdansdes cas exceptionnels, comme le Pô,
le Rhône, le Nil et le Mississipi , qui débou-
chent dans des golfes ou des mers en dehors
des faits généraux, lés courants marins s'en
emparent bientôt; ils se mêlent prompte-
roent avec les autres sédiments, et suivent
alors les mêmes lois de répartition. On a
également cru que les affluents terrestres
avaient une immense influence sur la nature
et le mode des dépôts de mer; mais là en*»
core, l'étude des faits vient prouver le con-
traire. Si, dans une mer méditerranée Irès-
restreinte et dépourvue de courants et do
marée, les affluents portent leurs sédimenia
à une certaine distance au large , et appor-
tent Quelques modifications côtières analo-
gues a ce que nous voyons dans les lacs, il
n'en est pas ainsi sur une côte maritime où
la marée et les courants exercent leur puis-
sante action. Tous ceux qui ont visité l'emr
bouehure de la Loire, de la Seine et de la
Gironde, ont pu s'assurer que la différence
de niveau des eaux, suivant l'état de la ma-
rée, change entièrement la direction des
courants . Si, en effet, pendant le reflux , le
cours des fleuves continue à descendre jus-
qu'à une certaine distance dans la mer, il
est de suite refoulé dès que le flux commence
à se faire sentir; et la mer monte dans te lit
même du fleuve , à une distance variable,
suivant la pente. Le fleuve alors, loin de
verser des sédiments dans la mer, peut, au
contraire, en recevoir de l'Océan , surtout si
le lit vient augmenter la force du flux. II
résulte de l'action seule de la marée que la
moitié de l'année seulement les sédiments
fluvio-terrestres peuvent être portés à TO
S91
COU
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
COU
m
céan, tandis que, pendanl Paotre moitié , ils
sont complètement neutralisés. Une autre
cause Tient également arrêter tout h fait ou,
tout au moins , considérablement diminuer
la somme d^apport des sédiments terrestres ;
c*est la saison des basses eaui, dans les fleu-
Tes. La Seine, la Loire , la Gironde, q^ui , à
l*instant des crues périodiques , charriaient
des sédiments, ne transportent plus rien
alors, et reçoivent, au contraire, à leur em-
bouchure, des sédiments uns non plus appor-
tés par le fleuve, mais déposés par la mer,
comme elle le fait dans toutes les anfraetuo-
sites de la côte. C*est dans cette saison que
les environs d'Honfleur (Calvados) , et de
Saint-Nazairo (Loire-Inférieure) se couvrent
d'une couche épaisse de boue, déterminée
par la tranquillité des eaux. En ôtant la
moitié de Tannée pour Faction des marées,
et un quart pour la saison des sécheresses ,
il reste seulement le quart de Tannée aux
fleuves pour verser leurs sédiments dans la
mer.
Les curieuses recherches faites par M. Elie
de Beaumont surlePô, le Rhône le Nil et
le Mississipi, prouvent Timportauce des sé-
diments amoncelés à Tembouchure de ces
fleuves, mais ne sont applicables qu*à des
rivières placées exceptionnellement en de-
hors des laits généraux. Celles-ci sont, sur
une plus vaste échelle , comparables à ce
qui arrive dans un lac , tandis que les fleu-
ves qui débouchent dans un Océan , comme
la Plata, les rivières du Sénégal , la Loire, la
Seine et la Gironde , qui débouchent direc-
tement dans les Océans, ne montrent jamais
ces amas de sédiments.
Il est une expérience facile à faire pour
avoir la limite d'extension du courant flu^
vial dans la mer, afin d'en évaluer Timpor-
lance réelle. 11 sullit de s'embarquera Tem-
bouchure de la Seine, ou des autres fleuves,
et de suivre, à mer basse, l'extension de
Teau trouble apportée par Taflluent terres-
tre, au milieu de Teaupiusclairede TOcéan.
On reconnaît alors, par exemple, c[ue la
Seine, lorsque le vent n'en neutralise pas
l'effet, porte son influence ordinaire à trois
ou quatre kilomètres de la côte. On se de*^
mande ensuite auelle est Timportance de
cette petite surface comparée a Textension
des côtes, à la largeur de la Manche , et, à
plus forte raison , a Timmensité de l'Océan
Atlantique. On voit dès lors , qu'en rédui-
sant la question à sa valeur réelle, les af-
fluents terrestres seront, par rapport jaux
mers, comme un point dans l'espace, et que
leur influence est peu de chose, eu égard à
Teusemble des faits généraux.
En nous résumant sur la manière dont se
forment actuellement les alluvions terres-
tres, on voit qu'il se dépose en mèqcte temps,
des cailloux et des galets au pied des tor-
rents et des falaises en butte au courant ;
que du gros sable s'arrête au-dessous des
cailloux, sur les pentes moins rapides ; que
le sable On et les sédiments les plus légers
vont combler les vallées disposées en éta-
ges, ou les lieux tranquilles des coudes for-
més dans la plaine par ces nombreux roéan*
dres des rivières ; et qu'entin une partie des
sédiments terrestres s'unit aux sédiments
marins pour niveler les fonds des mers.
Dans quelques cas (dans la Loire surtout)
les sédiments que transportent les fleuves
forment, par l'action des courants, des bancs
de sable mobile disposés par couches incli-
nées, comme dans les bancs sous^marinst
tandis que , dans toutes les autres circons-
tances, les sédiments se déposent par cou-
ches presc[ue horizontales , suivant la pente
des parties sur lesquelles ils s'arrêtent.
L'épaisseur de ces couches, leur nature même
dépendent de Timportance des perturba-
tions terrestres qui les produisent. Une pluie
ordinaire n'apporte pas une couche aussi
épaisse qu'une de ces crues subites , qu u.i
de ces débordements qui surviennent par
suite d'une tempête prolongée ; H en résulte
des couches d'une épaisseur inégale et for-
mées de sédiments différents.
§ IIL — De la distribution des animauxdani
les couches sédimentaires flurio-- terrestres.
Comparativement à ce que nous avons
dit pour les animaux marins, les animant
terrestres sont également susceptibles de
se diviser en animaux poissons et non flol^
tants.
Les animaux flottants peuvent appartenir
aux animaux vertébrés (mammifères, oi-
seaux, reptiles et flottants) en pulréfaciîon,
et aux coquilles terrestres et fluviatiles ac«
cidentellement remplies d'air.
Pour les animaux vertébrés ils surnagent
à la surface des eaux, lorsqu'ils sont en pu-
tréfaction ; ce n'est qu'alors qu'ils devien-
nent flottants et peuvent être transportés
jiar les courants terrestres. En sénéralisanl
beaucoup trop cette idée ou en lui donnant
un caractère d'importance qu'elle est loin
d'avoir, on a chercné à expliquer les amas
d'ossements fossiles de certains points, par
l'accumulation des êtres que les eaux des
fleuves transportent et déposent dans les es-
tuaires. Dans cette circonstance ainsi que
pour la valeur des sédiments terrestres on a
regardé, comme un fait général, une cir-
constance exceptionnelle qui tient essen-
tiellement à l'homme, à ses habitudes, et
n'existe pas sur les lieux eneore sauvages.
On a supposé que , dans les inondations, les
animaux terrestres étaient entraînés parles
rivières, et qu'alors ils étaient aussi nom-
breux que les chiens, les chats et autres
animaux domestiques le sont aujourd'hui
dans la Seine et dans la Tamise, au-dessous
de Paris et de Londres. C'est une fausse
idée. Les animaux sauvages, ainsi qu'on Ta
observé au centre de l'Amérique méridio-
nale, ne se jettent pas dans les fleuves et
sont très-rarement emportés par les inon-
dations ; car alors ils fuient loin des courants,
et se réfugient dans les bois des parties
élevées , où ils restent en cas de mort. Nous
avons vu, dans nos voyages , dit d'Orbi^^ny,
d'immenses cours d'eau, tels que la Platâ.
le Pcrana, Tl/raguay, et tous les afiluenU
sus
cou
ET DE PALEONTOLOGIE.
COU
30A
holÎTiens de TAmazone ; et nous pouTons às-
sorer, dit Aie. d'Orbignj, que , pendant huit
annéesde voyage, nous n'ayons jamais rencon-
tré uû seul animal flottant au sein des vastes
solitudes du Nouveau-Monde. En vérité, cette
penséenepouvaitna Itre qu'en Europe, sur les
rires de ses fleuves couvertes de villes, de
bourgs et de villages. Pour se débarrasser de
ranima! vivant qu il ne veut pas conserver, ou
(le ranimai mort dont il ne sait que faire ,
i*homme le jette dans la rivière qui rentraine;
c'est seulement ainsi que les rivières euro-
péennes transportent accidentellement des
animaux flottants.
En supposant même qpie quelques animaux
soient entraînés par les torrents , à la source
d'une rivière, il est difficile de croire qu'ils
puissent, sans s*arrèter, atteindre la mer.
Pour cela , il faudrait supposer que le cours
d*eau, dans l'extension parcourue, est dé-
pourvu de vallées étagées , de coudes où les
remous se font sentir, et que les vents sur-
tout n'ont aucune action sur les animaux
flottante à la surEice des eaux. Dans le cas
contraire, il arrivera, pour l'animal traas-
porté , ce qui arrive pour les sédiments : il
s'arrêtera certainement sur les rives, par la
seule impulsion des remous et des vents qui
le pousseront sur la plage ; sur cent, un seul
peut-être aura la cnance d'arriver à l'em-
bouchure. Pour se convaincre du fait, il
sniSia de ^rcourir les bords de la Seine, de
Paris à Saint-Denis , par exemple , à l'effet
de s'assurer qu'un nombre considérable de
chiens et de chats qui ont été jetés à
Paris , n'ont pas été plus loin sans atterrir.
Du reste , un séjour prolongé des deux côtes
de l'embouchure de la Seine a prouvé qu'il
n'arrivait pas le vingtième du nombre des
animaux domestiques morts qu'on peut
trouver à la fois, seulement dans l'inter-
valle compris entre Grenelle et Neuilly, au-
dessous de Paris.
Eo résumé, nous croyons qu'il convient
de renoncer h expliquer les amas d'osse-
ments de mammifères fossiles par le trans-
port naturel des animaux flottants, sur les
fleuves de l'époque actuelle, et qu'il faut,
pour s'en rendre compte, recourir aux faits
gëolo^ques.
Les animaux flottaniê entiers^ déposés sur
tes bords d'un lac, ou sur les rivages des
cours d'eau, pourront être conservés avec
toutes leurs parties osseuses réunies, s'ils
s'arrêtent sur une plage tranquille et sont
promptement recouverts de sédiments fins,
qui les préservent de l'action désorganisatrice
des agents extérieurs. Si, au contraire, ils
soot, soit par la houle, soit par les courants.
Jetés sur une côte agitée, leurs parties se
désagr^eront ; et les os disséminés pren-
dront leur rang, suivant leur densité, leur
volume, parmi les sédiments fluvio-terres-
Les eoquittei terrestres sont aocidentelle-
ment flottantes, comme les limaçons Uielix^
ImiimuM^ eyeloêtoma) et les coquilles fluvia-
tifes {pianerbis^ lyjnnea, physa et paludina)^
lorsque, mortes et restées sur le sol ou sur
DlCTIOXNAIRE DE CosifOGOTVIB ET DE
les rivages à la saison sèche, elles sont sai-
sies par les pluies torrentielles et transpor-
tées, avant que puisse s'échapper l'air resté
dans les tours supérieurs de leur spire.
Alors elles se mêlent aux petits débris dA
végétaux, et flottent à la surface des eaux.
Tant que le mouvement des eaux ne les a
Ïias fait couler au fond, elles voyagent avec
'élément aqueux, et suivent toutes les chan-
ces de dépôt des animaux vertébrés flottants.
Elles peuvent de même se déposer dans les
lieux tranquilles, être jetées par les vents
sur toute espèce de côte, ou transportées
ju$qu*à la mer. Dans toutes les circonstan-
ces, leur conservation dépendra toujours,
comme pour les animaux marins, des mi-
lieux où elles se déposeront.
Les animaux vertébrés, morts sur le sol,
sont promptement anéantis. Ils se putréfient,
se désagrègent, et leurs parties osseuses, ex-
posées a l\iction de l'air, se détruisent in-
failliblement dans un laps de temps souvent
fort court. Les coquilles terrestres, placées
dans les mêmes cas, se décomposent plus
promptement, en raison de leur peu de ré-
sistance. Les os et les coquilles cachés dans
l'Aumifi, suivant sa nature, se détruisent en-
core à la longue, comme on le voit pour les
ossements humains des cimetières.
Pour que les ossements et les restes or^-
nisés terrestres puissent se conserver, ils
doivent être enveloppés de sédiments de
certaine nature, qui se forment dans le^
eaux. 11 devient donc indispensable qu'ils
soient soustraits à l'action aésorganisatrice
des agents extérieurs, par les fines molé-
cules dont les eaux les entourent, soit en les
transportant dans les lacs, soit eu les dépo-
sant sur les sédiments fins des vallées et des
atterrissements riverains. Dans tous les cas,
ces restes terrestres, ainsi aue les coquilles
fluviatiles mortes, devenus des corps inertes,
suivent, dans leur transport et dans leur ré-
partition par les eaux, la même impulsion
que les autres sédiments terrestres répan*
dus sur le sol. Suivant leur volume , leur
pesanteur, ils se trouvent avec les cailloux,
le gros sable, ou a?ec les sédiments fins
des plages tranquilles des lacs^ des rivières
et des fleuves. Us seront encore Quelque-
fois entraînés par les eaux pluviales dans
les fentes de rochers, dans les cavernes ou
les grandes cavités souterraines, comme on
le voit entre Tuchant et Rivesalte (Aude)»
Là, mélangés avec l'Aumuf, ils seront encore
préservés de la destruction, et formeront
des brèches osseuses ou ces amas d'osse-
ments contenus dans les bourses que
MM. Constant-Prévost et Desnoyers ont dé-
couverts dans les couches de gjrpse des en-
virons de Paris.
Art. IU. — Liiiites bc mélange des sédi-
ments ET DBS ANIMAUX MARINS ET TERRES-
TRES.
Après avoir expliqué comment se forment
les sédiments marins et terrestres, comment
s'y déposent les animaux propres aux mers
et aux continents, il nous reste à chercher
Paléontologie. 13
595
t;ou
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
cor
393
3uels sont les points où les mélanges des
eux faunes peuvent avoir lieu, quelles en
sont les limites dans les causes actnelles, et
quels sont les moyens de les reconnattre.
Les fleuves, et une multitude de petits
affluents de moindre valeur, débouchent dans
la mer; et, bien qu*ils n*apportent pas tou-
jours des sédiments, ils y versent au moins
leurs eaux. Ces eaux peuvent, dans quelques
cas, entratner quelques coquilles terrestres
flottantes, qui se df^posent sur la côte et se
mêlent aux coquilles marines. Comme elles
sont en petit nombre, et généralement plus
fragiles que celles-ci, elles se brisent plus
ficilement et disparaissent presque partout.
Elles ne sauraient se conserver que sur une
pla^e tranquille ou vaseuse. Les grands
affluents, vu leur volume plus considérable,
transportent encore, quoique rarement, à la
surface des eaux, quelques animaux verté-
brés flottants et des coquilles.il s'agit, main-
tenant, de s'assurer, par des faits, des limi-
tes extrêmes où ces mélanges peuvent avoir
lieu. Les animaux, en petit nombre, que le
hasard aura préservés oe Téchouage, surtout
aux courants contraires apportés par la ma-
rée montante, et qui arrivent jusqu'à la der-
nière limite du courant, de la Seine, par
exemple, rentreront de suite sous l'influence
des mers. Ils ne sont pas transportés au lar^e,
mais ils sont immédiatement ramenés sur la
côte par la marée, par les courants, et s'éloi-
gnent rarement de quelques kilomètres à
droite ou à gauche de l'embouchure, suivant
les courants et la direction des vents qui
soufllent.
Les personnes qui ont habité Paris ont pu
remarquer le nombre considérable de bou-
chons de liège qu'y transportent les eaux de
la Seine. Prenons-les un instant comme des
corps flottants par excellence, susceptibles
de résister à tous les chocs sans s'altérer, et
suivons-les dans leur marche jusqu'à la mer.
On les trouve d'abord jetés en grande quan-
tité sur les rives de la Seine, au-dessous de
Paris, et de moins en moins nombreux, en
s'éloignant de la capitale. Quoiqu'à Rouen
on en jette également à la Seine, lorsqu'on
eherche, de chaque côté de son embouchure,
le très-petit nombre arrivé jusqu'à la mer,
on les voit de plus en plus rares à mesure
qu'on s'en éloigne, et ne pas dépasser un
rayon de 2 ou 3 myriamètres. La résistance
des bouchons est, on le sait, cent fois plus
grande que celle des coquilles et autres
torps flottants. On voit, néanmoins, que leur
maximum d'éloignement de l'embouchure
de la Seine n'est encore rien, comparé à
l'étendue des côtes de la Manche, et, a plus
forte raison, du littoral des océans.
Pour les restes des corps organisés plus
pesants, tels que les ossements et les grosses
coquilles d'eau douce, ils arriveront plus
rarement encore jusqu'à la mer; car, neu-
tralisé sur un grand nombre de points par
la diminution des pentes, le courant les lais-
sera partout avec les cailloux et les galets.
Il n'y aura donc que les coquilles légères
qui pourront être mélangées sur quelques
points, mais seulement un peu en dedans
de l'embouchure des rivières , fàv la seule
action des courants. Dans les limites du mé-
langé alternatif des eaux douces et des eaux
salées, déterminées par les marées, à Tem-
bouchure des fleuves» il ne vit réellement
aucune coquille d'dau douce, pas plus oue
des coquilles marines. Il en r&ulte que les
coquilles d'eau douce ont le temps de s'alté-
rer avant d'avoir atteint cette embouchure,
et que les coquilles marines sont plus rare-
ment refoulées dans les rivières, par l'action
de la tempête. Les mélanges que nous ne
connaissons pas, dans les grands fleuves,
pourront être plus fréquents dans une mer
restreinte, sans marées et sans courants,
comme le sont quelques parties de la Médi-
terranée; encore ces mélanges sont-ils rares
et de peu d'importance.
La trop grande extension qu'on a donnée
à ces mélanges, dans les couches fossilifères,
tient le plus souvent au manque de connais*
sauces positives sur la manière d'être, sur
les habitudes des coquilles. Parce* qu'on
trouvait dans la Seine une néritine Me neri-
tina fluviatilis)^ on a cru que toutes les néri-
tines étaient fluviatiles, ce qui est entière-
ment faux. Il en est de même des cyrènes,
des soi-disant mélanies du bassin de Paris,
et d'une foule d'autres coquilles qu'on a
prises pour terrestres et fluviatiles, tandis
qu'elles sont bien certainement marines.
On distingue souvent une couche fluvia-
tile d'une couche marine 'à sa contexture,
ordinairement plus poreuse» mais bien plus
certainement encore à la composition des
êtres qu'on y rencontre. On 3ait que* la terre
nourrit des limaçons (Ae/tx, cyclo$toma),i^s
pupa,des c/au^t'/ta, respirant Pair en nature;
(jue les eaux douces sont remplies de tymnta^
de physa^ de planorbis. C'est donc par la
comparaison des coquilles aujourd'hui pro-
pres aux continents et aux fleuves qu'on
arrive à déterminer la nature terrestre, flu-
viatile ou marine des espèces perdues. C'est
encore avec cette connaissance préliminaire
qu'on reconnaît, sur nos plages maritimes
actuelles, le limaçon que les aiUuents terres-
tres y ont porté. On conçoit, dès lors, qu'à
moins d'une étude spéciale, approfondie, on
puisse facilement se méprendre et admettre
des mélanges qui n'existent pas toujours. •
On a pensé que quelques espèces pou-
vaient passer avec facilité à l'état de vie, eu
par les œufs, de l'eau douce à l'eau salée, ou
de l'eau salée à l'eau douce. Les expériences
Jue M. d'Orbigny a faites à cet égard lui eut
onné des résultats négatifs. Ces prétendus
passages tiennent essentiellement encore à
de fausses déterminations. Chaque espèce
est propre à son élément, dont elle ne peut
sortir, ce qui n'empêche pas certaines néri-
tines d'être marines (neritina meleagris et
viridis)^ tandis que quelques autres sont flu-
viatiles; et tels ceruhium d*ètre fluviatiles,
quoique les autres espèces du genre soient
marines.
Quelques auteurs, par système préconçu,
ont prétendu que, si les mollusques fluvia-
397
COU
ET D£ PALEONTOLOGIB.
CRfi
»S
tilei ne peurenl p» vivre dans Teau salée,
par suite d'un passage brusque, il peut en
être autrement de leurs œufs, et qu'ainsi les
espèces sont susceptibles de se modifier, en
passant graduellement de Teau douce à l'eau
salée, et de donner des coquilles striées, de
Usses qu^elles étaient. Ces suppositions, qui
ne sont pas le fruit de l'expérience, mais
qu ont fait établir des observations géologi-
ques peut-être trop superficielles, se trou-
vent en contradiction complète avec la na-
ture. Nous avons dit que, dans le golfe de
Luçon, il s'opérait tous les ans des atterris-
sements considérables sur le littoral mari-
time. On peut y voir, en effet, renfermée
par des digues qui ne laissent plus pénétrer
Tes eaux de la mer, une largeur souvent de
10 ou 12 kilomètres pris sur les limites an-
ciennes de rOoéan. Si les 3ufs des mollus-
ques fluviatiles avaient pu vivre dans un
mélange d'eau douce et d'eau salée, ils
avaient sur ce point tous les éléments de
propagation; car ils sont, par gradation in«
sensible, transportés depuis les eaux les
plus douces jusqu'à l'eau ^aumâtre, au
moyen de ces milliers de petits canaux pra-
tiqués pour l'écoulement très-lent des eaux
vers les écluses des digues. Eh bienl non-
senlement les coquilles d'eau douce ne se
mêlent pas, mais encore, entre la digue la
plus rapprochée de la mer et le premier
point ou les coquilles iluviatiles commen-
cent à vivre, il y a une bande de 8 à b kilo-
mètres de largeur où n'existe aucune co-
quille. Pourtant, même au goût, on ne
trouve aucune saveur saline aux eaux rem-
plies de plantes aquatiques, n*ayant pas
communiqué avec la mer depuis presque un
siècle^ et ne pouvant avoir d*autre salure que
celle transmise par le sol. Il est même re-
marquable de voir dans ces eaux, où les
mollusques iluviatiles ne sauraient pas en-
core vivre, des grenouilles, et jusque quel-
ques poissons d'eau douce^ qui probable-
ment sont moins sensibles au mélange pres-
que nul des eaux. Il faut donc encore re-
Qoncer è ce beau système de mélange, sur
lequel ont, tout de suite, été établies plu*
sieurs théories directement opposées aux
tdiis. Nous avons cité le golfe de Luçon, où
tout le monde peut aller vérifier notre asser-
tion ; mais nous pourrions encore citer cent
autres points d'Europe et d'ailleurs, où Ton
a pu, sur une vaste échelle, observer les
limites tranchées qui existent partout entre
les coquilles fluviatiles et les coquilles ma-
rines.
Sans les fleuves, suivant la pente et la va-
leur des marées locales, il y a une surface
plus ou moins grande où il n existe aucune
coquille fluviatue ni marine. Dans la Seine,
cette limite est comprise entre Rouen et le
Havre, ou sur près de cent kilomètres de
circuit ; dans la Loire, c'est depuis le Pelle-
rin jusqu'à la pointe Saint-Gildas, ou sur
près de trente kilomètres. Dans la Plata,
c*est depuis Punta la Lara, près de Buenos-
Ayres, Jusqu'à Montevideo, ou sur près de
deux dc^réui de longueur.
Indépendamment des cocjuilles purement
terrestres et purement marines, il en est de
propres aux eaux saunuitres qui peuvent,
jusqu'à certaines limites, s'avancer dans les
eaux plus ou moins douces, plus ou moins
salées ; mais elles ne vivent longtemps ni
dans les unes, ni dans les autres. Dans tous
les cas, il faut se garder de confondre ces
coquilles, du reste en très-petit nombre, avec
les coquilles purement marines que les
tempêtes amènent rarement à quelque dis^
tance en dedans de l'embouchure des- fleu-
ves.
COUCHES CONCORDANTES, DISCORDAHTBS,
INGLINÉBS, CONTOURNÉES, CtC — Voy. PbR-
T1>RBATI0N8 6ÂOLOG1Q0ES.
COURANTS MARINS, leur m/Itienee dans
la disiribtUion des animaux marins, — Voy,
Couches sédimentaires.
CRAG. — Voy. Falcnibn.
CRAIE BLANCHE.— Foy. S^vonivn.
CRAIE CHLORITÉE.— Voy. CiNOMANiBN.
CRAIE-TUFAU. -Voy. Sénonibn.
CRÉATION. — Voy. Cosmosonib.
CREATION DES espaces fossiles. — Voy.
EspàcES fossiles.
CREATIONS ET DESTRUCTIONS sugcbs-
8IVBS DES mondes, tradition des peuples sur
ce point': opinion de Mgr Wiseman. — Voy.
JisAN (de Saint-Clavien).
CRÉTACÉS (TERRAINS). — Quatrièaie
grande époque du monde animé. C'est l'é-
poque de la première apparition des oiseaux
palmipèdes, des poissons cjcloïdes et oCé-*
noides, eto. Ces terrains ont reçu le nom de
créiacéSf parce que la craie se trouve la
composition minéralogique dominante dans
cette formation géologique.
Nous appelons donc terrains crétacés la
succession d'étages qui occupe l'intervalle
compris entre los couches portlandiennes,
derniers tlépôts jurassiques, e4 l'étage num-
mulitique, ou suessonieu, premier membre
des terrains tertiaires. Nous y réunissons,
dès lors, tous les étages, depuis et y com-
pris l'étape néoçomien, jusqu'aux couches
deLaversme, qui constituent l'étage danien.
Cet ensemble, parfaitement circonscrit, se
distingue nettement des t^rains inférieurs
et supérieurs par l'ensemble de toutes les
considérations paléontologiques et stratigra-
phiques, dont les résultats offrent l'accord le
plus parfait.
On trouve la série complète des étages
sans lacunes, en marchant de Vassj (Hautty-
Marne) à Vertus (Marne).
Ainsi que le démontre la carte géologique
de France de MM. Elie de Beaumont et Du-
frenoy, les terrains crétacés occupent une
vaste surface de notre sol. Ils forment en
effet un grand cercle dans le bassin anglo-
parisien, autour de Paris. On les voit dans
le fond de presque toutes les vallées et sur
la c6te de la Manche, depuis la Seine jus-
qu'au cap Blanc-Nez, dans le Boulonais Ils
se continuent ensuite en une ceinture pas-
sant à Cambrai, à Vervins, à Réthel, h
Reims, à Vitry, à Saint-Dizier, à Troyes, à
^oigny, à Saint-Fargeau, à Montrichard, 4
599
CRE
INCTIONNAIRE DE COSMOGONIE
CRE
400
LadheSy à Tours, à ChAtelleraulr, à Tourte-
nay, à Sauraur, au Mans, à Guilbault, à
Lisieux et à Hoofleur. On en voit, en dehors
de ce grand cercle « un lambeau dans le
département de la Manche , à Saiiite-Co-
lombe.
Le complément du bassin anglo-parisien
se trouve en Angleterre, où il forme une
large bande qui s'étend depuis la Manche
jusqu'au Yorkshire.
Si nous les cherchons dans le bassin py-
rénéen, nous les verrons, indépendamment
des lambeaux de la Vendée, former une
large bande dirigée au sud-est, qui, en lar-
geur, s'étend de rembouchure de la Charente
jusqu'à l'embouchure de la Gironde, et passe
far Saintes, Cognac, Angouléoie, Ribérac,
ériffueux, jusqu'à Gourdon (Lot). Une autre
bande interrompue se voit sur lé versant
septentrional dos Pyrénées, à Bidart, et
dans le Gers, et se montre en Espagne dans
lea i>rovinces de la Biscaye et de San- Ander,
ainsi qu'en Portugal, près de Lisbonne,
bans le bassin de la Méditerranée il existe
.db vastes lambeaux de terrains crétacés.
On trouve ces terrains en Belgique, en
• Hollande, en Prusse, en Westphahe, en
Hanovre, en Saxe, en Bohème, en Pologne,
en Suède; dans la Mingrélie, la Circassie, la
Géorgie, le Caucase, la Bulgarie, la Servie,
la Valachie, la Transylvanie, la Gallacie,. la
. Volhynie , la Podolie. De vastes surfaces
s*étendent sur la Russie, de la Pologne jus-
iiu'à l'Oural. Dans l'Amérique septentrionale
ils couvrent les parties orientales du New-
Jersey au Texas, sur SS*" de lon^eur en
latitude. Ils se voient dans l'Amérique mé-
ridionale, dans la Nouvelle - Grenade, au
Pérou, au Chili, et au détroit de Magellan.
En Asie, ils existent à Pondiéhéry et à
Java.
£n résumé, nous connaissons aujourd'hui
des terrains crétacés les mieux caractérisés
sous la zone torride, dans l'hémisphère sud
jusqu' au 53* degré, au détroit de Magellan,
et dans l'hémisphère nord jusqu'au 56* degré
de latitude. La répartition des terrains cré-
tacés sur les parties du globe étudiées sous
.16 rapport géologique nous donne la preuve
qu'ils doivent se retrouver encore sur beau-
coup de points inconnus à la science. Cette
.répartition nous permet, de plus, de dire
avec certitude qirils ne forment pas des
dépôts partiels, mais qu'ils constituent bien
une quatrième grande époque géologique
dont nous voyons partout les traces à la sur-
face de la terre.
Pris dans leur ensemble, ces terrains re-
posent tout autour du bassin anglo-pai*isien,
en France et en Angleterre, sur les couches
I'urassiques ; il en est de même de ceux du
)assin pyrénéen des départements de la
Charente-Inférieure, de la Charente, de la
Dordogne et du Lot ; dans le bassin médi-
terranéen, de presque tous les lambeaux de
la Provence, des deux versants des Alpes, du
Jura, de l'Allemagne, de la Russie, etc. 11
n est, dès lors, douteux pour personne que
les terrains crétacés, comme ensemble.
niaient régulièrement succédé dans Tordre
chronologique aux terrains jurassiques.
* En réunissant ici la plus grande imis-
sance indiquée à chaque étage en particulier,
voici ce que nous trouvons :
Etage danien 15 mètres.
— sénonien 300
— turonien ÎOO
— eéiiomanien 500
— albien 40
— aptien 900
— néocomien 2,500
m
Total 3,761 mètres.
Bien que ces chiffres ne soient qu'approxi-
matifs, et qu'on ne puisse réunir tous les
points les plus épais pour en déduire l'é-
paisseur totale, nous avons voulu néanmoins
les grouper pour montrer la valeur compa-
rative de durée des étages crétacés. A en
juger par la puissance, féta^e néocomien
e^t le plus important; après viennent l'étage
cénomanien , l'étage sénonien , et l'étage
aptien.
Par ce que nous dirons aux étages, on
verra que, pendant la période crétacée, il
existait des continents et des mers, comme
dans la nature actuelle, et ceux-ci soumis à
toutes les lois physiques qui agissent au*
jourd'hui à la sunace de la terre.
Caractères paléontologique$. — Voyons
par les caractères positifs et négatifs de la
faune crétacée à définir les changements de
forme des animaux qui amènent ce faciès si
différent qui existe entre les terrains créta-
cés, jurassiques et tertiaires.
Les i9k genres éteints dans les terrains
jurassiques , sans passer aux terrains créta-
cés seront autant ae caractères négatifs que
nous pouvons invoquer pour distinguer les
terrains crétacés des terrains jurassiques.
Les caractères négatifs propres à faire dis-
tin^er les terrains crétacés aes terrains ter-
tiaires se composent de tous les genres qui,
encore inconnus aux terrains crétacés , ne
se montrent qu'avec les terrains tertiaires.
Ces genres appartiennent aux classes sui-
vantes ; parmi les mammifères, 113 genres;
parmi les oiseaux, ki genres; parmi les
reptiles , 16 genres ; parmi les poissons ,
119 genres; parmi les crustacés , 23 genres;
parmi les mollusques céphalopodes , 3 gen-
res ; parmi les gastéropodes , 62 genres ;
parmi les lamellibranches, 21 genres; parmi
les brachiopodes , 1 genre; parmi les bryo-
zoaires, 7 genres; parmi les échinodernies ,
24 genres ; parmi les zoophytes , SO senres ;
parmi les foraminifères , 34 genres. Nous au-
rions donc, pour séparer zoologiquement
les terrains crétacés des terrains tertiaires ,
514 genres inconnus aux premiers, et pou-
vant donner des caractères négatifs. Mous
pouvons y joindre les caractères plus géné-
raux de manquer de 24 ordres d*animaux.
En résumé, nous aurions, pour distinguer
les terrains crétacés des époaues antérieures
et postérieures , environ 1,018 genres , pou-
vant donner des caractères négatifs.
Les terrains crétacés se distinguent des
iOi
CilE
ET DE PALEONTOLOGIE.
CRE
ior
terrains Jurassiques par les 268 genres qui
iervent de caractères négatifs aux terrains
jurassiques , puisq[u*ils sont inconnus à cette
époque et ne paraissent qu'avec les terrains
crétacés
Les terrains crétacés se distinguent encore
des terrains tertiaires par tous les genres
qui s'éteignent dans les premiers sans pas-
ser aux seconds, qui deviennent dès lors
autant de caractères positifs pour les ter-
rains crétacés. Ces genres sont ainsi répar-
tis dans les séries animales : parmi les oi-
seaux, 2 genres ; parmi les reptiles, 12 gen-
res; parmi les poissons, 29 genres; parmi
les crustacés, 1 genre; parmi les mollus-
ques céphalopodes, 17 genres; parmi les
gastéropKodes , 11 genres; parmi les lamelli-
branches , 7 genres^ parmi les bracbiopodes,
12 genres ; parmi les bryozoaires, 12 genres ;
E rail les echinodermeSy 34 genres; parmi
i zoophytes, 53 genres ; parmi les forami-
oilières, 9 genres ; parmi les amorpbozoaires,
89 genres. Ces genres , qui cessent d'exister
arec les terrains crétacés , sont au nombre
de 228.
Mous pouvons maintenant dire que le fa-
des , si distinct de la faune des terrains cré-
tacés, que tout paléontologiste érudit doit
apprécier, provient, comme ou le voit, de
la combinaison des caractères négatifs au
nombre de 536 genres . et des caractères po-
sitifs au nombre de 698, qui , tout en don-
nant des caractères spéciaux différentiels
avec les grandes époçiues immédiatement an-
térieures ou postérieures, viennent former
ce iacies d'ensemble qui la caractérise. Au
milieu des dissemblances nombreuses, on
reconnaît, pourtant, que les terrains créta-
cés , par leur faune ^ sont aussi bien inter-
médiaires aux terrains jurassiques et ter-
tiaires. Qu'ils le sont par leur position
stratigrapniaue rigoureuse.
Les caractères stratigraphigues que nous
donnent les espèces sont bien plus multi-
pliés encore que ceux fournis par les genres.
Outre les espèces d'animaux vertébrés et
annelés, s'élevant environ à 700, nous' a vous
encore, pour distinguer plus particulière-
ment les terrains crétacés des périodes an-
térieures et postérieures , le chiffre de
4,291 espèces d'animaux mollusques et
rayonnes. Ces espèces sont ainsi distri-
buées dans les étages , en commençant par
les plus inférieurs :
Espèces reocoDlrées
dsos 2 oa 3 éUget
à la fois.
éfAQEM,
Néocooiicn 7
Aptten. 8
Alblea. 8
Cénomauien. 8
Turoitien. 5
Sénonieii. 5
Daiiîen. 3
Totaux. 42
Espèces spéciales
I SMl étage.
844
148
402
84i
577
1,574
65
TOTAUK.
85f
156
410
849
380
1,579
66
4,249 4,291
Nombre réel des espèces commiinea
après Mippressloi* des chil&es répétés. Si,
Par les détails spéciaux qu'on trouvera
aux étages , dont le tableau précédent n'est
que le résumé , tous les faits bien consta-
tés, analysés aux étages amènent aux con-
clusions suivantes :
1* Il existe dans les terrains crétacés plus
de 5,000 espèces d'animaux entièrement dif-
férents des animaux des périodes antérieures
et postérieures et caractéristiques de ces
terrains.
2" Ce nombre se divise en sept zones su-
perposées formant, dans l'ensemble des ter-
rains crétacés, autant de faunes chrono-
logiques ou d'époques qui se sont succédées
rémilièrement ies unes aux autres.
3** Chaaue zone a montré encore une fau-
ne spéciale, distincte des zones inférieures
et supérieures, qui constitue un étage, une
époque bien caractérisée, de la même valeur
que l'époque actuelle.
k" Le nombre des espèces qui se trouvent
par accident ou autrement dans deux de ces
étages à la fois, dont le nombre avait été
exagéré par suite de fausses détermina-
tions , est dans le rapport de 21 è 4,291 , et
ne s*élève, dès lors, en réalité qu'à un demi
pour cent. Ce nombre insignifiant ne peut
donc en aucune manière modifier les résul-
tats propres aux faunes spéciales succes-
sives.
Chronologie historiç^e, — Les terrains
crétacés, considérés dans leur ensemble,
ont toujours eu des continents et des mers.
Tâchons de définir à grands traits quelle
était la circonscription primitive des mers et
quelles modifications ces mers ont pu subir
dans leurs formes , durant cette longue pé-
riode.
Au commencement delà période crétacée,
trois bassins distincts sont bien circonscrits
en France et en Angleterre. Ces mers occu-
paient un vaste espace en dedans des mers
jurassiques.
Le bassin anglo-parisien couvre un vaste
rayon autour de Paris , ayant pour limites à
Test, sur les terrains jurassiques, Brillon
(Meuse), Vassy (Haute-Marne), Vendeuvre
(Aube), Auxerre {YonneJ , Arquian (Nièvre),
Les (ilus anciennes limites occidentales des
terrains crétacés, également sur les terrains
jurassiques, sont cachées en France, mais
reparaissent en Angleterre, où on la voit
suivre une ligne N. N.-E. et S. S.-O. , du
Dorsetshire jusqu'au Yorkshire.
Le bassin pyrénéen qui existait aux ter-
rains jurassiques ne parait pas avoir partici-
pé aux premiers dépôts crétacés.
Pour le bassin méditerranéen , ses limites
occidentales paraissent être les mêmes qu'aux
derniers âges jurassiques. Seulement» les
terrains crétacés ont recouvert des partîtes
jurassiques de l'Ilot du Var , et montrent
encore un continent oriental sur la ligne des
Alpes françaises, surtout depuis*Digne jus-
qu aux sources du Rhin.
En résumé , les bassins maritimes anglo-
parisien et méditerranéen existaient seuls
sans le bassin pyrénéen , avec le premier
étage crétacé) néocomien. Pendant les étages
4d3
CR£
DICTIONNAIRE D£ COSMOGONIE
GRl
4M
néocoroieii, aptien et albieu, les mers ont
eu \e$ mtmes circonscriptions ; seulement ,
è chaque étage , les limites des terrains cré-
tacés s'éloignent , de plus en plus , des ter-
rains jurassiques 9 en formant des lignes
parallèles d'atterrissement sur toute la ré-
gion orientale du bassin anglo-parisien de
France et d'Angleterre. A la fin du troisième
étage alhien , tandis que les mêmes atterris-
sements continuent à se faire à la partie
orientale du bassin anglo-parisien, un affais-
sement considérable abaisse , à la fois , tou-
tes les régions occidentales de ce bassin en
France» de l'embouchure delà Seine jusqu'à
la Touraine et le bassin pyrénéen. Toutes
ces parties reçoivent alors à la fois la mer
cénomanienne , qui envahit, à Touest du
bassin anglo-parisien, des parties de terrains
jurassiques surélevés depuis longtemps, en
même temps que tout le bassin pyrénéen
de la Charente aux Pyrénées , exondé depuis
la fin des terrains jurassiques. Ensuite il se
fait, sur les différents points des trois bas-
sins, et à chaque étage, des atterrissements
successifs sur tout le pourtour des parties
déjà surélevées, toujours en dedans les uns
des autres , et formant des lignes concen-.
triques ré^julières. Néanmoins, nous voyons,
h la fin de Tétage turonien , ou pour mieux
dire , au commencement de l'étage sénonien ,
la mer bornée à la France envahir à la fois
toute la Belgique jusqu'à Maestricht, et une
partie du Cotentin, sur des points exhaussés
depuis les terrains paléozoïques. Tandis
qu'en France et en Angleterre, à Texception
du changement cité, les choses se passent
ainsi, jusqu'à la fin.de la période crétacée,
(»ar un retrait continuel des eaux dans tous
es* bassins , on voit à la fiji de l'étage turo-^
nien , eneore par suite d'affaissements im-
menses des parties surélevées depuis l'étase
oxibrdien, là mer sénonienne envahir, la
Russie , de la Suède jusqu'à l'Oural , en s'a-
vançant jusqu'au 56* de^ré de latitude. En
même temps la mer sénonienne s'avance vers
i'oaest sur l'Araérigue septentrionale du
New-Jersey au Mexique, au sud 35* de lati-
tude , et apparaît au Chili et à Pondicbéry
dans l'Inde.
Les continents de la période crétacée ont
subi des changements corresimndants, et se
sont augmentés ou rétrécis, en raison des
retraits ou de l'empiétement des mers.
Lesanimaux,commeon le verra aux étages,
se sont souvent renouvelés durant cette lon-
gue période. Aux animaux terrestres préexis-
tants tels que les oiseaux, les reptiles sauriens
et chéloniens, les insectes ; aux nombreux ani-
maux marins « tels que poissons « mollus-
ques, échinoderm es, zoophytes, foramini-
fères et amorphozoaires, viennent s*y joindre
les poissons cycloïdes et clénoïdes , des fo-
raminifères énallostègues , cyclostègues et
a^athistègues jusqu'alors inconnus. C'est
aussi rinstant où régnent, dans leur nlus
grand développement générique, les mollus-
ques brachiopodes cirridés^ les bryozoaires ^
les fjraininifères cychstigues et les amor-
pinroaireh ou spongiaires testacés. A cette
époque également ^ les céphalopodes ammo*
mticfés aux coquilles élégantes et variées
prennent leur plus beau développement,
avant de disparaître pour toujours de la
surface du giobe. Pendant la période créta-
cée , sont nés environ 268 genres d'anitnaut
jusqu'alors inconnus, et nous y connaissons
déjà 5,000 espèces d'élres spéciaux.
La présence, durant toute la période créta-
cée', des mêmes genres et des mêmes espè-
ces d'animaux depuis la zone torriae jus-
qu'au 56" de latitude de deux côtés du
monde, annonce , sur ces différents points,
aujourd'hui si disparates, une température
uniforme tenant évidemment à la chaleur
centrale de la terre qui neutralisait encore
les lignes isothermes actuelles.
Les oscillations du sol existaient aussi
durant cette période, et nous en avons re-
trouvé beaucoup de traces.
A sept reprises , des perturbations géolo-
giques plus fortes que les oscillations ont
encore interrompu l'animation des continents
et des mers ; mais , après chacune de ces
grandes catastrophes de la nature, le calme
est revenu, et^ de nouveau , la puissance
créatrice a repeuplé la terre de ses animaux
et de sa flore composés d'espèces ^stinctes
des espèces de Tépogun antérieure.
Les roches plutoniénnes qui apparaissent
lors des dislocations de la période crétacée
sont encore^ pour quelques auteurs, les ba-
saltes et les porphvres pyroxéniques ;
M. Cordler ^ OUI n aamet ces roches que
dans la périoae tertiaire, regarde comme
contemporaine des terrains crétacés :
La mimosile (partie de la djolérile et du
trapp de M. d'Omalius d'Halloy , partie de
la aolérite de M. Brongniart). Cette roche
noirâtre, grenue, à grains trè5;-fins«. est
composée de pyroxène (15 à 1/10 de la
masse), de fer titane (1 à i/100) et de felds-
path vitreux, teint en noirâtre par ce py-
roxène. Elle passe au basanitej quand ses
])arties sont jplus minimes. Son Age appar-
tient aux périodes crétacées et tertiaires.
CRINOIDES. — C'est un ordre d'écbi-
nodermes, embranchement des zoophytes.
Corps bursiforme , distinct , pourvu de tinq
bras non creux ; organes spéciaux de préhen-
sion et indépendants de la cavité viscérale.
Une bouche ^ un anus distincts ; point de pé-
dicules rétractiles; ovaires à la base des bras,
nu s'ouvrant par une ouverture spéciale.
Charpente testacée très-épaisse , extérieure,
plus ou moins régulière du côté de la bouche,
mais toujours régulière du côté opposé;
formée de plaques testacées* solides, conti-
guës, dont le nombre est limité, et le plus
souvent disposé sur cinq faces, dont uoe
pièce centrale donne ou non naissance à une
longue tige terminée par une racine fne
sur laquelle est porté l'ensemble. Jamais
d'épines testacées articulées. La bouche est
au centre supérieur ; l'anus , sur le côté. Les
bras, pourvus en dessus d'un sillon, oti sont
des cils vibratiles qui conduisent tesalimenls
à la bouche, sont formés, extérieurement,
d'une série de pièces simples ou alleiii<vi
409
CRI
ET D£ PALEONTOLOGIE.
CRI
40
inférieures « portant des ramuîes, mais tou-
jours dépourrues de plaques ou d'épines.
les crinotdes ^ sans exception, qu'ils soient
libres ou fixes, se tiennent la bouche en
haut, les bras étendus, pour atteindre leur
proie , dans une position tout à fait opposée
aux autres échîDoJermes.
Les crinoîdes, comme nous les envisa-
fcoos, se distinguent nettement des autres
echiooilermes , par les modifications que dé-
t<^rmioe chez eux la station normale tout à
dit opposée. En effet, les autres échinoder-
mes restent inyariablement la bouche en
bas; mais, chez les crinoîdes, toutes les par-
ties sont disposées de manière à ce que la
station normale soit la bouche et l'anus en
l'air. Si les oursins et les astériens peuvent
chercher leur proie en rampant sur le sol
soos-marin, les crinoîdes, au contraire, ne
Eurent que l'attendre. Nous ayons dit que
^ crinoîdes étaient disposées de manière è
vivre la bouche en haut ; en effet, les obser-
vations laites sur jes comatules vivantes
donnent la preuve que , libres ou fixes , les
genres que nous y réunissons avaient tous
le même genre de vie. Les racines et la tige
des crinoîdes fixes s'opposent à ce qu'ils
virent autrement ; et l'analogie des espèces
vivantes anx espèces fossiles nous donne la
certitude que les crinoîdes fixes vivaient sur
les lieux rocailljeux ou au milieu des bancs
de coraux les plus profonds. Là , fixés par la
racine , leur longue tige s'élevait verticale-
ment , et leur cauce , couronné de ses bras ,
s'épanouissait pour attendre la proie qui
paissait à leur portée. Les comolu/idir , fixées
dans leur jeune âge, comme les cronoîdes
fixes, sont libres ensuite; mais alors ^lles
se cramponnent au sol par les verticilles in-
férieurs de leur calice, qui remplacent, dans .
ce cas, la tige et la racine (des autres, et
épanouissent leurs bras. Chez les genres
saecoêomaei marsupUes, que nous regardons
eocore comme des crinoîdes, la saillie de
leur calice globuliforme s'oppose à ce qu'il
puisse être en dessus dans la reptation;
nous devons donc croire que cette disposition
particulière était propre a vivre sur les sédi-
ments fins , où les autres crinoîdes ne pou-
vaient se fixer. Lh , le calice enfoncé dans le
sable ou l'argile, ils déployaient protMihle-
ment leurs bras comme ceux des crinoîdes,
porié^sur une tige, ou comme les comatules,
cramponnés aux polypiers ou aux rochers.
En resumé, on voit, chez les crinoîdes,
trois modifications déterminées par le mode
d*existénce : les uns, fixes au milieu des
bancs de coraux , dans les grandes profon-
deurs des.mers; les autres, libres, pouvant,
aa moyen de petits bras verticilles inférieurs,
se fixer aux différents corps, sous-marins
solides; les troisièmes, disposés de manière
à ce que leur corps bulbiforme s'enfonce
dans les sédiments fins. .
Nous appelons racine^ la partie rliizomor-
ptie qui fixe l'animal au sol , et qui , isolée
ou groupée, s'attache directement au sol
pcr ue véritaUes racines testacées. De cette
caciof^, chez les crinoîdes fixes, part une
/tfff longue, formée d^aritcles pentagones,
arrondis ou carrés , placés les uns sur les
autres, percés d'un trou au centre, et arti-
culés par des rayons ou par une étoile formée
de saillies et de dépressions. A Textréraité
supérieure de cette tige est un ensemble do
pièces testacées régulier, qui enveloppe,
plus ou mains , les viscères et les protège :
c'est le calice. Celui-ci , qui forme tout le
sac viscéral chez quelques genres, n'en oc-
cupe que la partie inférieure chez quelques
autres.il se compose de pièces diverses, qui
ont reçu des noms tirés de leur position. Les
unes reposent immédiatement sur les der-
niers articles de la tige , chez les genres qui
en sont pourvus , ou sur une pièce centrale
qui la compose chez les crinoîdes libres ; ce
sont , pour nous , les pièces basales. D'autres
donnent naissance aux bras : ce sont les
{nices branchiak$. Entre les pièces basales et
es pièces branchiales se trouve un nombre
plus ou moins grand de séries de pièces,
disposées par anneaux : les pièces intermé-
diaires. Entre les rangées longitudinales des
pièces intermédiaires, il en existe d'autres
plus irrégulières, que nous désignerons
comme pièces acce«sotre«. Les pièces superpo-
sées qui, dans leur ensemble, composent les
britf,nous les appelons articles branchiaux.
De ces bras,plus ou moins longs et divisés eu
branches, partent, alternativement, de chaque
c6té , d'autres petites branches courtes, uni-
formes , jamais divisées ; nous les désigne-
rons comme des ramules. Souvent en dedans
des bras sont des pièces qui enveloppent les
viscères, et que. nous appellerons pièces
viscérales.' Ce témoignage remplacera cet
assemblage disparate de noms qui juraient
ensemble, comme ceux de tigcj de calice j
de bassin , de pièces costales , iniercostaies ,
de scapulaires^ de imitfu et de doigts em-
ployés par M. Miller.
Le premier fait qui frappe en jetant h s
yeux sur le tableau de Ja répartition des
genres et des espèces fïéchinodermes crinoî-
des \k la surface du globe terrestre , depuis
le commencement de l'animalisation jusqu'à
l'époque actuelle, c'est la concordance de
distribution qu'on trouve dans cet ordre avec
les céphalopodes tentaculifères et celui des
brachiopodes. En effet, comme pour les
séries animales que nous venons de citer,
les crinoîdes naissent en nombre considé-
rable de genres et d'espèces , avec les pre-
miers âges du monde animé, les terrains
paléozoîques , où ils ont leur maorimum de
développement; puis, il n'y a phis que quel-
ques genres isolés dans les diverses époques,
à l'exception de l'étage oxfordien, ou se
montrent encore de nouveau des formes plus
nombreuses. Deux époques, comme on le
voit, auraient été plus privilégiées que les
autres pour les crinoîdes. Ils' sont dans une
période décroissante depuis dé vonien jusqu'à
présent.
Comparaison des deux divisions entre elles.
— Nous divisons les crinoîdes en crinoîdes
fixes et crinoîdes libres. Voyons la marche
que ces deux séries ont suivie :
407
CRI
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
CRI
lOS
. Les ermoides fixes ^ dont dépendent le
pêntacfinus f Vaptocrinus , etc., se sont déjà
montrés en grand nombre avec le premier
âge du monde animé (Tétage silurien); ils
atteignent leur maximum de développement
génériaue avec Fétage dévonien , le second ,
et ne lont plus ensuite que décroître. Ils
offrent 39 genres dans les terrains paléozoï-
ques ; 2 dans les terrains triasiques , 7 dans
les terrains jurassiques , 5 dans les terrains
crétacés, 1 dans les terrains tertiaires; et,
de tous ces genres connus, on n*en retrouve
plus, dans 1 époque actuelle, que deux pour
représenter les formes si variées des pre-
mières mers du monde. 11 est évident que ,
depuis Tétage dévonien , les crinoïdes fixes
ont toujours été dans une période décrois-
liante de développement de formes géné-
riques.
Les crinoïdes Itfrre», auxquels appartien-
nent les comatules^ ont commencé bien plus
tard. Us manquent dans les terrains paiéo-
zoïques et triasiques. Leur premier genre se
montre avec l'étage bathonien, le cinquième
des terrains jurassiques , et le maximum se
trouve dans Tétage oxfordien, le septième
des mêmes terrains. Ils montrent 4 genres
dans les terrains jurassiques, 3 dans les ter-
rains crétacés , aucun genre dans les terrains
tertiaires; et, à l'époque actuelle, il en
existe deux seulement. Ici, quoique les
genres aient paru, plus tard, ils suivent la
même marche décroissante de développe-
ment générique , depuis les terrains juras-
siques jusqu'à présent.
^ Les deux séries so^it donc dans leur pé-
riode décroissante : l'une, depuis les terrains
paléozoïques ; l'autre , depuis les terrains
jurassiques. Dès lors, }es crinoïdes sont en
contradiction complète avec l'hypothèse qui
faisait croire au perfectionnement des êtres
dans les Ages du monde.
La comparaison de l'instant d'apparition
des deux séries, par rapport à la perfection
de leurs organes , nous amène a des con-
clusions différentes. Si d'être libre donne
un degré de plus de perfection que d'être
fixe , assurément les crinoïdes libres ayant
paru les derniers, on pourrait y voir une
marche dans le sens de la perfection ; mais
comme toutes les deux sont également, au-
jourd'hui , dans la période décroissante de
développement générique, ou peut dire qu'il
n'y a nullement eu marche croissante, de
perfection des organes des âges anciens aux
plus modernes.
L'ensemble numérique des genres, pris
dans l'ordre chronologique par terrains, nous
amène-t-il à des conclusions identiques?
Les connaissances actuelles donnent aux
terrains paléozoïques 39 genres ; aux terrains
triasiques 2 ;, aux terrains jurassiques 12r
aux terrains crétacés 8; aux terrains tertiaires
2; et, à l'époque actuelle, «. Les genres sont
donc dans une décroissance numérique con-
stante, depuis le premier âge du monde
animé jusqu'à notre époque , et ils restent
aujDurd'hui près d'un dixième de ce qu'ils
étaient dans ces premiers Ages du monde.
Nous avons donc ici une marche tout l fait
rétrograde,
Déauctions climatologiques et géographi-
gués. — Le peu de genres vivants cornius
nous amène cependant à des conclusions
importantes. Les crinoïdes fixes actuels,
tels que les pentacrinus, sont spéciaux
aux grandes profondeurs des mers chaudes
des Antilles. Comme on les trouve en France
et en Europe, pendant toute la série des
terrains jusqu'aux dernières époques ter-
tiaires, on doit croire que ces mêmes régions
jouissaient d'une température beaucoup plus
chaude qu'aujourd'hui. La présence des
Î pentacrinus^ en Europe, prouve encore que
a distribution géographique actuelle esi
tout à fait différente de la distribution géo-
graphique ancienne. Une déduction de plus
doit être signalée. Les crinoïdes ne se trou-
vent maintenant que dans les mers pro-
fondes. On peut, dès lors, croire, chaque
fois qu'il y a abondance de crinoïdes dans
une couche, qu'elle dépendait d*une partie
profonde des mers de cette époque.
Déductions aéologigues tirées des genres,
— Les caractères stratigraphiques négatifs
son t d'autant plus marqués pour les crinoïdes.
que des 60 genres, aucun n'occupant Ten-
semblo des étages, et, au contraire, tous
étant circonscrits dans ces étages, ils peuvent
donner d'excellents caractères négatifs pour
les étages supérieurs et inférieurs ou ils
manquent.
Caractères stratigraphiques positifs. — Par
la même raison, les caractères positifs sont
aussi prononcés pour les crinoïdes. En effet ,
puisque les 60 genres sont limités dans les
étages, ils peuvent tous donner des carac-
tères positirs pour les zones où ils se ren-
contrent. Ces caractères seront d'autant plus
maroués que, sur ce nombre, 37 genres,
ou plus de la moitié, n'occupent qu'un seul
étage; et que, sur 60 genres, trois seule-
ment existent dans les mers actuelles , tous
les autres ayant été ensevelis dans les couches
terrestres. La persistance est marquée pour
le genre pentacrinus.
Les déductions géologiques tirées des
espèces de chez les crinoïdes sont les mêmes
que pour les autres séries d'êtres : les espèces»
au nombre de 286, sont , à peu d'exception
près , spéciales à un seul étage qu'elles ne
iranchissent pas; aussi sont-elles c^acté-
ristiques des étages où elles vivaient.
CRINOIDIENS. — Parmi les familles fos-
siles de la division des rayonnes, les géolo-
gues en ont découvert une, à laquelle on ne
connatt encore que peu d'analogues è Tétat
vivant, et qui mérite une attention spéciale,
soit pour son importance numérique, soit
pour son extraordinaire beauté.
On rencontre souvent des successions de
couches dont chacune est épaisse dé plu-
sieurs pieds, et offre plusieurs milles eu
étendue , dans la composition desquelles Us
débris calcaires d'encrinites entrent iH)ur
plus de moitié. Le marbre à entroques du
comté de Derby, et la roche noire des buttes
de calcaire carbonifère des environs de Bris-
m
en
ET DE PALEONTOLOGIE.
car
i'ù
toit soDi des exemples bien eonoas de ter*
nies stratifiés ainsi romposés ; et ces exem-
ples font voir quelle large part ont eue par-
fois les débris animaux dans Taccroissement
de Tolnroe des matérianx qui composent
i enrelomie minérale du globe.
Les débris fossiles dont il s'agit «nt été
longtemps connus sons le nom depierreslili-
forma ou emeriniies. On les a dernièrement
réunis en un ordre, sous le nom de crinoï-
des. Cet ordre comprend plusieurs genres et
un grand nombre d'espèces, que Cuvier
place après Ses astéries, dans l'embrancbe-
ment des zoopby tes. Presque tous paraissent
aroir été fixes, soit sur le fond de la mer,
mi sor des corps flottants étrangers (289).
Les deux genres les plus remarquables
de cette famille sont connus depuis long-
temps des naturalistes sons les noms d'en-
crmiieeldepefUaermfte. Le premier est ce-
lui dont les espèces rappellent le plus la
forme d'un \js ; elles sont portées sur une
tige ejlindnque. Les espèces du second
genre ont avec les encrinites des analogies
générales de structure ; mais la forme pen-
tngonale de leur tige leur a Talu le nom de
pentaerinite. Un troisième genre, désigné
sons le nom d'aptoermt/e ou encrinitt potre^
lait Toir, sur une grande échelle, les parties
constituantes du corps dans cette famille, et
il a éle placé par M. Miller en tête de son
oarragB important sur les crino'idiens.
I>eux espèces récentes ont servi è mettre
en lumière la nature de ces débris fossiles ;
ce sont la pentaerinite tête de Méduse^ des
Indes occidentales (â90), et la comatule frai^
mie {eomaiula fimbriata) fisurée par M. Mil-
ler aans la première plandne de son ouvrage
sur les crinoidiens.
Noos allons étudier les arrangements mé-
caniques que nous offre la structure de deux
ou trois des espèces fossiles les plus impor-
tantes de cette famille, dans leurs rapports
aTec les fonctions de zoopbytes, destinés à
s*eàiparer de leur nourriture à l'aide de filets
tendus, soit que, fixés au fond de la mer, ils
soient réduits aux mouvements limités, que
(tt9) ( Cet animal, dit M. Miller, offre one co-
romle, ovale ou angolaire, formée de nom-
articles, ei sopportaiit à son sommet une série
de lames ou d'articles qui forment un corps cupo-
nforme^ où sont contenues les viscères, et donnant
naissance, ^ son bord supérieur, à cinq bras articu-
lés qui se divisent en des doigts tcntacnllforroes
plus on moins nombreux, rangés tout autour d3
ro-iTettnre de la bouche. Celte bouche est située
an eentie d*une voAle composée de pUqoes, et s*é-
iroJant au-dessus de la cavité abdominale ; et elle
ea >n>ce| tiblede prendre, par certaines contractions,
La îéïrme d'une trompe ou d'un cône. •
{"idO) ïjes comatules offrent avec les pentacrinites
a ne coofon%ité de structure presque parfaite dans
les parties essentielles , â fexception de la tige qui
■lanqoe, ou qni est réduite au moins à une simple
plaqué. ITapm Pérou, les comatules se suspendent
par leurs bras ans fucus et aux polypiers, guettant
leur proie dans celle position, pour la saisir à Taide
de leurs bras et de leurs doigts développés.
(291) La monographie de M. Miller , où sont dé'
jusque dans leurs détails les plus minutieux.
leur corps peut exécuter autour d un point
déterminé f sôit qu'ils se servent des mêmes
organes en flottant dans les eaux, libres ou
fixés, comme les anatifes de Tépoque ac-
tuelle, à des pièces de bois flottantes.
Malgré la rareté des espèces qui représen-
tent les crinoidiens, dans la création dont
nous faisons partie, cette famille occupait,
sous le point de vue numérique, une place
importante parmi les habitants des ancien-
nes mers (291). On en peut juger par ce
fait que ceux que Ton a déjà découverts ont
été réfiartis eu quatre divisions comprenant
neuf genres, dont la plupart renferment (plu-
sieurs espèces. A voir la construction admira-
ble de chacune des petites fuèces osseuses ,
au nombre de plusieurs milliers, qui en-
trent dans la composition du corps, on re-
connaît qu'elles appartenaient à un instru-
ment d'un fini merveilleux, et renfermant
de remarquables arrangements mécaniques.
Giiacune de ces pièces, dans son action,
conservait une harmonie parfaite avec tout
le reste , et elles s'ajustaient entre elles de
manière à ce que leur ensemble remplit, de
la manière la plus complète possible, certai-
nes fonctions spéciales dans l'économie de
ranimai dont il.faisait partie.
Les osselets, qui constituent le squelette de
tous ces animaux, ressemblent aux pièces
solides de l'étoile de mer (293). Ils ont pour
usage, ainsi que le squelette osseux des ani-
maux vertébrés, de constituer dans l'orga-
nisation une charpente solide, destinée à
protéger les viscères, et à fournir des points
d appui aux fibres contractiles qui traversent
l'enveloppe gélatineuse dont toutes les por-
tions du corps de l'animal sont revê-
tues (293).
De même que dans les astéries, ce sont les
pièces solides qui constituent la plus grande
partie du volume de l'animal, La substance
calcaire de ces osselets est sécrétée proba-
blement par un périoste ; et il parait aue ce
périoste possède la fiiculté de remplacer,
par un nouveau dépôt de substance, les in-
jures accidentelles auxquelles sont exposés
les diverses variations de structure de chacune des
parties constituantes do squelette dans les divers
Ijenres de la famille des crinoides, est on admirable
eiemple de la ré^torité avec laquelle un même
type fondamental se maintient rigoureusement au
milieu des modificalîons variées, qui en constituent
les nombreuses formes éteintes, génériques et spé-
cifiques.
(x92) Ces osselets ne sont pas de véritables os ;
mais ils tien|ient à la fois de la nature des plaques
de la coquille des oursins et des articles calcaires
de Tenveloppe des astéries.
(293) U» fibres coniraetiles des animaux rayon-
nés ne se réunissent pas en des masses compteies^
comme dans les muscles véritables des animaux dea
ordres plus élevés; et le mot mmêcie ne peut pas
s*emp)oyer dans sa stricte signification a propos
des crinoidiens; mais, comme plusieurs auteurs ont
désigné ainsi les fibres contractiles les pins simples
qui mettent en mouvemmt les petites pièces du
squelelle de ces animaux , nous croyons devoir la
consen er de même dans nos descriptions.
ill
CRO
l>ICT10.N>iAmfi DE COSUOCOM£
CRO
4R
ces animaux si déHcatement construits , au
sein de Téiéraent turbulent où ils vivent.
On voit, dans Touvrage de M. Miller* de
nombreux exemples de semblables répara-
lions chez diverses espèces fossiles de cri-
noïdiens.
Dans l'espèce moderne du genre pentacri-
fiuSf un des bras est en marche de se repro*
duire de la même manière que les écre-
visées et les crabes reproduisent les pattes
et les doigts qu'ils ont perdus, ou les lézards
leori pattes ou leur. -queue. Les bras des
étoiles de mer {se reproduisent également
lorsqu ils ont été arrachés.
Ces exemples nous font voir que cette
puissance de reproduction est d'autant plus
(grande que les animaux sont d*ordres plus
inférieurs, et que les forces ainsi destinées
h porter remèae aux injures qui menacent
un animal, croissent ou diminuent suivant
qu'il y est plus ou moins exposé, ce qui est
une conséquence de la condition dans la-
quelle se trouvent placées les diverses
créatures douées de cette faculté à un plus
haut de^ré. — Voy. ENeauiiTE et PsirrACRi-
Il 1T5,
CRISTALLISATION. — Voy. VJtUroduc-
iion.
CROCODILES. — Les reptiles fossiles de
la famille des crocodiliens ne s*écartent pas
assez des genres vivants pour que nous
aurons à entier séparément dans la descrip-
tion d'arrangements qui sont particuliers à
chacun, et qui ne se seraient pas perpétués
jusqu'à répoque actuelle, ainsi que nous en
avons rencontré dans richthyosaure, le plé-
siosaure, le ptérodactyle : mais ce fait, au'ils
se sont montrés à Tétat fossile, est aune
haute importance; car il prouve que si un
Krand nombre de formes d'animaux verté-
brés n'ont été créées que les unes après les
antres, et ont disparu pendant la durée xies
changements géologiques qui se sont suc*
cédé à la surface de notre globe ^ il en est
aussi qui ont traversé tous ces changements,
toutes ces révolutions, . et qui conservent
encore les traits principaux qui les carac-
térisaient au moment de leur apparition pre-
mière.
L'examen de l'état du çlobe et du carac-
tère général de sa population au moment où
les crocodiles furent appelés pour la pre-
mière ibis à y prendre place prouve que la
classe des reptiles était la plus élevée de
celles qui existaient alors, et que, à l'excep-
tion des seuls poissons, il n'existait pas
d*autre$ animaux vertébrés. C*est donc dans
cette dernière classe surtout qne les reptiles
(294) Les petits opossum delà formation oolitiquc
de Stonestieid, prés d'Oxford, sont les seuls mani-
mifères terrestres dont on ait rencontré les débris
danb des couches antérietires a la période tertiaire.
(2^5) On a découvert de ces crocodiles dans La
craie de Meudon , dans Targile plastique d^Auteuil ,
dans Targile de Londres, dans le gypse de Mont-
martre, et dans les lignites de Provence.
Les crocodiliens modernes à museau déprimé ,
l ien qu*il8 soient doués de la faculté de saisir des
m-mmiifèrcs , ne sont pas uniquement rcstreluts à
carnivores de cette époque reculée ont dû
trouver leur pâture ; et si, dans la iamillo
actuelle des crocodiliens, il eu est qui soient
piscivores à un degré prononcé, leur forme
est précisément celle que nous devons nous
attendre à rencontrer dans ces genres fos-
siles les plus anciens, qui ont dû se nourrir
principalement de poissons.
Parmi les sous-eenres actuels de la famille
des crocodiliens, le gavial du Gange offre un
museau mince et allongé, approprié à un
régime piscivore; tandis que le museau
plus court et plus robuste des crocodiles et
des alligators à tète aplatie leur permet de
saisir et de dévorer les quadrupèdes qui,
dans ces pa^s chauds, viennent boire au
bord des rivières. Comme, pendant la durée
de ces périodes secondaires, il n'existait
[presque aucun mammifère (29^), alors que
es eaux, au contraire, étaient abondamment
peuplées de poissons, nous pourrions donc
à jmori prévoir que, si quelque forme de
crocodilien apparut à cette époque, elle dut
se rapprocher surtout de celle de nos mo-
dernes gavials. Et Ton n'a en effet rencontré
jusqu'ici que des genres à museau idlongé,
soit dans les formations antérieures à la
craie, soit dans la craie elle-même ; tandis
que les crocodiles vrais, ceux dont le mu-
seau court et aplati rappelle les cMmans et
les crocodiles proprement dits, apparaissent
pour la première fois dans les couches des
périodes tertiaires où les débris de mam-
mifères se rencontrent en grande abon-
dance (295).
Durant ces grandes périodes signalées par
l'existence des mammifères lacustres, et où
un très-petit nombre des carnivores actuels
avait reçu rèiistence, il parait que c'est
aux crocodiles que fut dévolue la fonction
importât! te de limiter dans de justes bornes
l'accroissement excessif des herbivores aqua-
tiques; et leurs habitudes les y rendaient
éminemment propres. Ainsi l'histoire passée
des crocodiliens nous offre une nouvelle
preuve de l'action régulière d'un plan inva-
riable dans l'économie de la nature animée,
{)lan qui dirige chaque individu de telle
àçon que, tout en obéissant à son instinet
propre, et recherchant son propre bien-éire,
il ne cesse pas d'être un instiiinient du bien-
être général de tout l'enseinble des créa-
tures qui vivent en même temps que lui.
Cette famille des crocodiliens» qui vit ha-
biUiellement dans les eaux douces^ se ren-
contre dans plusieurs lits où ses débris sont
mêlés h ceux d'autres reptiles et de coquilles
qui ont certainement vécu dans les eaux de
ce genre de nourriture ; ils détruisent aussi une
grande quantité de poissons, et snrprcnnetil niéme
parfois des oiseaux. Ce ^régime oninivbre, oui est
maintenant celui de renscmble de la famille des
crocodiliens , parait avoir son principe dans ta na-
ture même de la proie qui s*offre à leur voracité, et
qui est i)eaucoup plus variée qu'à Tépoque où le
museau de la famille tout entière était organisé,
comme Test de nos jours celui du gavial , pour un
régime surtout piscivore
ils
CRO
ET DE f^kiXm(WIJ}G&L
VSCB
éU
la mer. CuTier fait observer que ce premier
fait, joint à ce qu'on les rencontre dans un
grand nombre d*autres circonstances en com-
pap^ûie de tortues d*eau douce, démontre
qu*il exista des terres fermes arrosées par
des rivières dès l'époque reculée où ces cou-
clies furent déposées, et longtemps avant la
formation des couches lacustres tertiaires
des environs de Paris (296). La famille des
(Tocodiliens comprend maintenant douze es-
pècesv dont un ^vial, huit crocodiles vrais
et trois caïmans. Il existe en outre un grand
nombre d'espèces fossiles ; Cuvier en a établi
lui-même jusqu'à six, et il en est plusieurs
appartenant aux formations secondaires et
tertiaires de l'Angleterre qui n'ont pas été
décrites (297).
11 est tout à fait inutile, pour .e but que
nous nous proposons, de nous livrer à une
comparaison minutieuse de Vostéoloeie des
genres et des espèces vivantes et fossiles
3ui constituent cette famille. 11 nous suffira
'observer que leur systèniede dentition est
]>artout le même, et que chez tous il a été
fpounru aux chances extraordinaires de des-
truction qui menacent les dents par une ré-
serve de c^ organes essentiels plus riche
que chez aucun autre animal, {roy. Ich-
THToaAVRE.) Commo les crocodiles parvenus
à leur dernier état d'accroissement n'ont
)»as ^xoins de quarante fois le volume qu'ils
ava.ent en sortant de Tceuf, il leur a été
donné de changer de dents beaucoup plus fré-
quemment qu aux mammifères, afin qu'elles
58 trouvassent en proportion exacte avec le
reste de l'organisation à toutes les périodes
de leur existence ; et les habitudes de rapine
qui caractérisent ces animaux étant cause
que des dents supportées par une mâchoire
aussi prolongée sont plus exposées è. être
détruites, ce même arrangement oflVe de
plus cet outre avantage oe remplacer les
pertes occasionnées par des cassures acci-
dentelles.
Ces forces réparatrices ainsi appliquées à
Favance à la satisfaction de besoins qui
n'existent pas encore, k la réparation d'acci-
dents de longtemps prévus, sont un argu-
ment de plus que nous offrent ces arrange-
ments pleins de prévoyance, pour démontrer
par Texistence d*un plan général l'action
d*une intelligence régulatrice dans la créa-
(996) M. Geoffroy Satnt-Hllaire a formé, avec Ses
(aurieus fossiles, qui ont vo bec étroit et aflongé
C4>fnnie celui du gavial, les deux nouveaux genres
ieléosamm H êténéo$auru$. Chez le premier, les
narines sont, avec Textrémité du museau, dans un
plan presque vertical, chez le sténéosaurus , le
canal nasal s*onvre presque de la même manière
qae chez le gavial , se dirigeant en haut et se re-
coorliant de chaque côté de façon h former à peu
près im demi-eerde. (BechereheB $ur (e« grande
Bomneuêm)
(âS^) iJn des plus beaux échantillons du genre
fr»ftsile léléoaaurus que Ton ait découvert Jusqu*ici
1er fttt« en iSii , dans le schiste alumineux de la for-
niation du lias, & Saltwicb, près de Wbitby, et il a été
if^ruré par MM. Toung et Bird , dans leur Geoiogieal
Survey ofihe YorkêhireCooêt, i* édition, 4828. lia en-
Tirondix-buit pieds de longueur totale; la tête est large
tion et dans la conservation des mécanismes
animaux où se rencontrent de telles dispo-
sitions.
La présence de crocodiliens aussi étroi-
tement alliés à nos gavials actuels, dans les
mêmes couches anciennes où l'on rencontre
les premières traces des plésiosaures et des
ichtnyosaures, nous semble tout à fait en
opposition avec toute théorie qui voudrait
trouver dans ces derniers animaux la soucho
des premiers, en invoquant quelque pro-
cédé graduel de transformation uu de déve-
loppement. L'apparition de ces trois familles
de reptiles parait avoir été à peu près simul-
tanée; et ils ont continué d'exister simulta-
nément jusqu'à Ja fin des formations secon^
daires, époque où les ichthyosaures et les
plésiosaures ont disparu, et où ont com-
mencé d'exister les formes crocodilîennes se
rapprochant du caïman et des .croQodiles
proprement dits.
CRUSTACÉS. - Ce sont des animaux li-
bres, à respiration branchiale, dont le
thorax, très-développé, est recouvert d'une
carapace dans laquelle, en avant, la tête est
engagée. L'abdomen est compose d'articles.
On fom|jte cinq à sept paires de pattes, quel-
quefois des fausses pattes et des appendices
maxillaires pairs.
Les crustacés, comme tous les autres âni-
mÀux annelés qui ont la charpente solide, le
squelette, ouïes points d^appui. des oi-ganes
du mouvement purement extérieurs^ offrant,
dès lors, uu mode de conservation tout diffé-
rent des animaux vertébrés. En effet, on ne
trouve plus des os de formel si variable,
mais seulement des anneaux de leur char-
pente extérieure, ou divers articles de leur
corps et do leurs membres. Les crustacés se
rencontrent beaucoup plus fréquemment
que les autres animaux annelés, parce qu'ils
vivaient dans la mer, où se déposaient.plus de
sédiments, et que leur en veloppe extérieure,
par sa composition plus dense, offrait plus
de résistance dans les milieux de destruc-
tion. On rencontre des crustacés entiers,
parfaitement conservés, dans les couches
sédimentaires qui les ont enveloppés , les
uns avec leur carapace, les autres, à l'état
d'empreintes et de moule. Les couches de
tous les Ages géologiques renferment des
crustacés entiers ou presque entiers, depuis
de douze pouces ; le museau long et mince comme
eher. les gavials ; les dents au nombre de cent-qua-
rante sont toutes petites et minces , et rangées sur
une seule ligne presque droite.
Quelques phalanges onguéales conservées k la
patte postérieure prouvent que ces extrémités se
terminaient par des ongles longs et tranchants pro-
pras. à la locomotion terrestre ; d*où nous pouvons
conclure que ce n'était pas un animal eiclusivement
marin ; et la nature des coquilles qui se rencontrent
associées avec les débris du stënéosaure et du téléo-
saure dans le lias et dans les formations oolltiques,
rendent probable que ces reptiles ne fréquentaient
*que des mers peu profoudes. D'après M. LyeH, la
plus grande espèce de crocodile du Gange quitte
parfois les eaux saumâitres du Delta , et s aventura
jusque dans la mer.
415
CRU
DICT10iNNAiR£ DE COSMOGONIE
CRU
M
)a première animalisation du globe jusqu'aux
terrains tertiaires de la Tamise et de Dax.
Lorsqu'on ne rencontre pas de crustacés
entiers on est au moins certain d*en trouver
un çrand nombre de débris. 11 est même
certaines couches qui renferment une telle
quantité de débris de pattes qu'elles en sont
caractérisées, comme on le voit, dans Tétage
turonien des terrains crétacés d'Uchaux
(Vaucluse), et dans Vétage parisien supé-
rieur des sables tertiaires de ver fOise), aux
environs de Paris. Des espèces aentomos-
tracés (cipris) abondent tellement sur cer-
tains points qu'ils couvrent la surface des
couches.
Les empreintes physiologiques des pas de
crustacés paraissent s*ètre montrées près de
Bath et de Lvme (Angleterre), mais ces exem-
ples sont tr&s-rares.
Les caractères des organes solides varient
extrêmement dans cette classe pour chacune
des divisions qu'elle comprend. Ces divi-
sions sont au nomdre de trois; elles sont ici
fondées principalement sur la conformation
de la bouche : ce sont les crustacés mastica^
leurs j dont la bouche est armée de mAchoi-
res ; les suceurs, dont la bouche est formée
d^in bec tubulaire armé de suçoirs; les xi-
phosures, dont la bouche ne présente pas
d'appendices qui lui appartiennent en pro-
Ere, mais oui est entourée de pattes dont la
ase fait ofnce de mâchoires.
L'histoire des crustacés fossiles a été
jusqu'ici presque entièrement délaissée par
les paléontologistes et leurs rapports avec
les genres actuellement existants de cette
classe importante du règne animal sont en-
core peu connus. On peut juger toutefois
quelle place importante occupent ces ani-
maux dans certaines formations, par ce fait
qu'il en existe dans le cabinet du comte Mun-
ster environ soixante espèces provenant
d'une seule couche du calcaire jurassique de
Solenhofen.
Les belles recherches de M. Desmarest ont
mis en lumière les analogies qui existent
entre les espèces actuelles et certaines espèces
fossiles de crustacés. Il a fait voir que toutes
les inégalités extérieures delà coguille sont
dans un rapport constant avec les dispositions
distinctes de l'organisation intérieure. En ap-
pliquant ce mode d'investigation aux espèces
fossiles, il en a déduit une méthode toute nou-
velle pour les comparer avec les crustacés vi-
vants; et il est arrivé à établir d'heureuses
analogies entre les membres éteints et les
membres encore existants de cette classe
nombreuse, même sur des échantillons où
manquaient complètement les pattes, et les
autres parties qui servent de fondement aux
distributions génériques.
Les crustacés, comme les reptiles et les
poissons, ont occupé tous les étages, sans
montrer de progression croissante régulière,
mais bien un remplacement successif des
genres, depuis les époques les plus ancien-
nes de Tanimalisation jusqu'à nos jours.
La comparaison des ordres entre eux dans
leur apparition chronologique nous donne
les résultats suivants : Les trilobUes se sont
montrés en grand nombre avec la première
animalisation du monde, sans sortir des teiw
rains paléozoïques. Ils naissent, en effet, avec
Tétage silurien, paraissent atteindre le ma-
ximum de leur développement avec l'étape
murchisonien, mais ne s'élèvent pas au-iles-
sus de l'étage carboniférien. Ils sont conu
plétement inconnus dans les mers actuel-
les.
Les cyproîdes ont commencé avec les ter-
rains paléozoïques, et se sont continués dans
tous les étages, en montrant aujourd'hui
leur maximum de développement généri-
que.
Les œiphosures se sont montrés avec les
terrains paléozoïques, où leurs genres ont
été le plus nombreux , puisqu'un seul sur
trois existe aujourd'hui.
Les décapodes^ les plus nombreux des
crustacés, commencent avec les terrains
triasiques par un genre, et vont toujours
en augmentant de formes génériques, dans
les terrains jurassiques, jusqu'à 1 étage ox-
fordien; ils diminuent ensuite; mais, à l'é-
poque actuelle, ils sont en pleine voie crois-
sante.
Les isopodes paraissent k la partie supé-
rieure des terrains jurassiaues et augmen-
tent beaucoup le nombre de leurs genres dans
l'époque actuelle; ils sont, de même, en
voie CToissante de développement. On peut
en dire autant des siomapodes et des amphy-
podes.
Quand on voit les trilobites et les cyproî-
des, les plus imparfaits des crustacés, se
montrer les premiers aur la terre, et sur-
tout les trilobites disparaître entièrement à
la Un de la première grande époque de l'ani-
malisation du globe, on doit naturellement
en conclure que, dans cette série, la loi du
perfectionnement successif est très-marquée,
puisque les plus parfaits, les décapodes, ne
se montrent que cinq étages plus tard avec
les terrains triasiques, et qu'ils ont aujou^
d'hui un développement incomparablement
plus grand que tous les autres ordres.
Déductions zoologiaues générales. — L'en-
semble ^numérique des genres, sans avoir
égard aux ordres, nous montre environ
M genres dans les terrains paléozoïques,
deux dans les terrains triasiques, 36 dans
les terrains jurassiques, 5IX dans les terrains
crétacés, et 2k dans les terrains tertiaires. Si
l'on n'avait égard qu'aux genres fossiles, on
pourrait croire que le maximum de dévelop-
pement générique a eu lieu avec la premièn
animalisation du globe; mais ces proportions
disparaissent quand on voit que les genres
connus dans la faune actuelle dépassent le
chiffre de deux cents. Il en faudra conclure
que, suivant les ordres, ou pris dans leur
ensemble, les crustacés ont toujours marché
du simple au composé, dans une progression
croissante de formes animales.
Les déductions climatologiques et géogra-
phiques sont les mêmes que pour les maoï-
mifères. (Voy. ce mot.)
Les déauctions géologiques Urées des genres
Ail
CYC
ET DE PâLE(»9T0L0GIE.
CYC
418
sont très-marquées. Les caraciires négatifs
oous montrent que les cent genres connus ji
i*état fossile sont limités dans les terrains et
dans les étages, et qu'ils peuvent tous être
employés. Les trilôbites, par exemple* qui
manquent dans les terrains triasiques, juras-
siques, crétacés et tertiaires, sont d'excel-
lents caractères négatifs pour ces terrains et
pour leurs étages, ainsi que ceux <]ui man-
quent^ au contraire, dans les terrains paléo-
zoïques, comme tous les autres ordres. Les
caractères positifs sont aussi faciles à saisir,
puisque les emt genres que nous avons
cités comme fossiles sont d'excellents carac-
tères positifs à consulter. Ils le sont d'autant
λlus, que 68 d'entre eux, n'arrivant pas à
'époque actuelle, sont perdus aujourd'hui,
et que, sur ce nombre, 35 n'occupent jusqu*à
présent qu'un étage.
La persistance des caractères, ainsi que
les déductions qu'on peut tirer des espèces,
sont ici les mêmes qu'ailleurs. — Yoy. Tri-
LOBfTBS.
CTÉNOIDIENS. Voy. Poissons.
CYCADÉES. ^ La flore de la série secon-
daire (296) est intermédiaire par ses carac-
tères entre la végétation insulaire de la
série de transition et la flore continentale
des formations tertiaires. La grande abon-
dance des cycadées, réunies aux conifè-
res (299) et aux fougères (300) en caractérise
surtout la physionomie.
M. Ad. Brongniart énumère environ
soixante-dix espèces de plantes terrestres
appartenant aux formations secondaires ,
depuis le keuper jusqu'à la craie inclusive^
(398) M. Ad. BroDgmaut, dans la dassiftcaiîoa
des plantes fossiles, a formé un groape distinct avec
queU]ues espèces qui ont été trouvées dans la for-
loalion du grés biaanré, immédiatement au-dossus
de la houille. Dans la division que nous suivons ici
pour les couches, ce grés bigarré appartient à la
MTîe secondaire, et en est Tun des étages les plus
anciens. Cinq algues, trois calamités, cinq fougères,
cinq Conifères, deux Liliacées et trois Monocotylé-
dooea Inceruines; telle est la totalité dos plantes
4lont se compose cette petite flore.
(299) Nous renvoyons à ce qu'a dit Witham sur
W conifères do lias, dans ses Oburvations sur les
végétaux fouiles (1835).
(300) Cotta, dans son ouvrase intitulé : Dendroii-
tktm^ publié à Dresde en 1832, a donné un travail
Intéressant, accompagné de figures, dans lequel il
fait connaître la structure interne des fougères fos-
siles arborescentes de la période secondaire, qui pa*
missent appartenir surtout au nouveau gr^ rouge
de Chemniti, prés de Dresde.
(301) Bien que Ton rencontre dans les terrains
secondaires plusieurs sortes de lignites , les végé-
taux fossiles de cette série n*y forment que très-ra-
rement des lits d^une houille de quelque valeur. La
bouille imparfaite de marais du Cleveland, près de
Whitby, et de Brora, dans le Sutherland, appartient
â la reaion inférieure de la formation oolttiqiie. il
en efrt de même de la houille bitumineuse de Bucke»
berg, pré9 de Minden en Wesiphalie.
La houille de lloer, dans la Scanie, appartient
à la formation wealdienneoi au sabl«t vert, (/in-
nates des sàenees naturelle»^ t. IV, p. ÎOO.)
<302) t Le comte Stemberg m*a fait savoir dans
une It'tlre que j*ai reçue de lui (^oût 1835) qu'il a
ti OQvé dans la formation boulllièrc de h Bohème des
ment; la moitié de ces plantes sont des
conifères ou des cycadées, et sur cette moi-
tié, vingt-neuf appartiennent à la seule fa«
mille (des cycadées ; Tautre moitié se com-
pose en presque totalité de cryptogames
vasculaires, telles que des fougères, des
équisétacées et des lycopodiacées. l)ans notre
végétation actuelle , les conifères et les cy-
cadées entrent à peine pour une trois cen-
tième partie (301).
La famille des cycadées ne comprend que
deux genres actuellement existants, les gen-
res cycas et xnmia. On connatt cinq espèces
appartenant au premier, et dix-sept appar-
tenant au second ; aucune espèce de l un ni
de Tautre genre ne croit maintenant en Eu-
rope. Les principales localités où on les ren-
contre sont TAmérique équinoxiale, les Indes
occidentales, le cap de Bonne-Espérance, Ma-
dagascar, les Indes, les Moluques, le Japon,
la Chine et la Nouvelle-Hollande.
Quatre ou cinq genres et trente-neuf es-
pèces de cycadées font partie de la flore de la
i)ériode secondaire ; mais les débris de cette
lamille sont très-rares dans les couches de
transition et dans la série tertiaire (302).
Les cycadées constituent une belle famille
de plantes aue leurs formes extérieures
font ressembler aux palmiers, tandis que
plusieurs points essentiels de leur structure
interne les rapprochent des conifères. Une
troisième particularité de leur organisa-
tion les rapproche en outre des fougères ;
nous voulons parier de leur enroulement ou
du mode suivant lequel leurs feuilles, encore
renfermées dans l'intérieur des bourgeons,
cfycadées et des zamites dont il publiera les figures
dans le septième et dans le huitième cahier de sa
Flore du monde primitif. C'est là, je crois, la pre-
mière rencontre oui ait été faite de plantes apparte-
nant à ceUe famille, dans les couches de la série
carbonifère.
c Dans une visite que J*ai faite tout récemment à
la belle collection géologique du Muséum ëe Stras»
bourff, j*ai appris de la bouche de M. Wolu qu'une
tige de Cycaati^que Ton y voit, et que M. Ad. Bron-
gniart a décrite comme une Maniellia du calcaire
conch^iien ( Muschelkalk ) de Lunéville, provient en
réalite du lias des enviions de cette ville, M. Voitz ne
connattaucun exemple de Cydadiles de muschel kalk.
On rencontre aussi dans le lias de Lyme-Regis des
tiges et des feuilL s de cycadées. § (Lindlet, Flore
fossile^ n. 445.) ^ — Buollano.
Le dépôt lo plus abondant de feuilles fossiles de
cycadées qu^il- y ait en Angleterre se trouve dans la
formation oolitlqne de la c6te du Yorkshire entre
Whithy et Scarborongh. (Voyez M. Phillips, Illus-
trations oj îhe Geology oJT Yorkshire, On renconire
aussi dans le schiste oolitique de Stonesficld ces
feuilles appartenant k cette famille. ( Luidlsi et
HuTTOfi, Fhrs fossile, pi. 4 72 et 175.)
La planche 135 de ce dernier ouvrage représente
les cônes que les auteurs rapportent au genre zaniia
du grès de la formation w^aldienne de Yaverland ,
sur la céte sud de l'Ile de Wight.
M. Adolphe Brongniart a étatili dans la famille
des Cycadées un nouveau genre fossile nllsoma que
Ton trouve à Hoer, en Scanie, dans des couches de
kl formation wé^ldienne ou du sable vert, et un
autre genre PtéropkyUum , qui se trouve depuis li
nouveau grès rouge jusqu*a la formation wéal*
dienne.
A\9
CTC
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
CYC
4S0
se contoornent à leur extrémité supé-
rieure.
Je choisirai cette famille des cycadéesdans
la flore fossile de la période secondaire , et
j^entrerai sur son organisation dans quelques
détails ayant pour but de faire connaître,
par un eieoipie, la méthode d'analyse qui a
conduit les géologues à la connaissance de la
structure et de V&onomie des espèces végé-
tales fossiles, et l'importance des conclusions
auxquelles ils sont arrivés. C'est en voyant
les progrès récents qu'a faits la physiologie
véj[etale que l'on peut apprécier avec justesse
la haute importance des investigations mi-
croscopiques ; car nous devonsà leur seul se-
cours d'avoir pu reconnal^tre l'identité de
structure qui existe entre ees végétaux d'une
antiquité si reculée et ceux oue nous som-
mes maintenant à même d'étudier à Tétai
vivant.
Les rechercher physiologiques^ que l'on a
faites dans ce dernier temps sur les espèces
vivantes de cyeadées ont fait voir que ces
végétaux occupent une place intermédiaire
entre les palmiers, les fougères et les eonifè-
res, et qu'ils ont.avec chacune de ces famil-
les certains points de ressemblance. Il résulte
de là qu'il y a intérêt tout particulier à re-
trouver une structure semblable dans des
plantes fossiles, qu'on peut rapporter k une
famille aussi remarquable par ses carac-
tères.
Les former et le faciès des plantes qui com-
posent ce genre si remarquable ressemblent
aux palmiers par la magnifique couronne
d*un gracieux reuillage qui ceint la tète de
leu-r tronc simple et cylindrigue. Ce tronc,
dans le genre cycas, est d'ordinaire allongé,
i4 atteint jusqu à trente pieds dans le cycas
circmaWi(303). Chez les zamia,au contraire,
le tronc est communément d'une petite
taille.
L'inflorescence du genre zamia consiste
dans un cène unique ressemblant à un fruit
d'ananas dépourvu de la touffe de feuilles
qui la termine et naissant du sein du bou-
quet de feuilles qui couronne la tige.
Le tronc des cyeadées n'est point entouré
d'une écorce véritable; mais il est enfermé
dans une enveloppe compacte composée des
(303) Dans le Magasin botanique de Curtis, 1828,
pi. 2026, le docteur Hooker a publié la (igiire
d'un Cyoas circinalis qui a fleuri en 1827 dans le
jardin tétanique d'Edimbourg.
(304) La structure de ce district offre aussi un
remarquable exemple des témoignases ^ ue nous
féurnit la fféologie d'élévations et d'abaissements
successifs dans ies couches, mouvements qui se
sont produits parfois avec lenteur, parfois avee
violence, pendant que se formait la croûte de notre
planète.
En premier lieu nous y trouvons la preuve que la
« pierre de Portland s'éleva jusqu'à ce qu'elle attei*
gnit la surface de la mer on elle fut formée.
- Puis cette surface devint une terre émergée qui
se couvrit tempoiairement d'une forêt, pendant un
mtervalie dont la durée nous est indiquée par un
lit de terreau noir que Ton désigne sous le nom de
dirt bed (couche de boue), et aussi par les couches
annuelles d'accroissement des grands troncs pétri*
écailles persistantes qui ont formé la base
des feuilles tombées et qui, avec d*autres
écailles avortées » constituent une couche
externe tenant lieu d'écorce.
M. Buckland a publié en commun avec
M. de La Bêche» dans les Transactianê j^olo-
giques de Londres^ une note sur les circons-
tances dans lesquelles se sont rencontrés des
troncs fossiles silicifiés de cyeadées dans rtle
de Portland, immédiatement au^lessus de la
pierre de Portland et au-dessous de la pierre
de Purbeck. Ces troues sont renfermés dans
les mêmes lits de terreau noir où ils se sont
développés, et ils y sont accompagnés jiar
des troncs couchés de grands arbres conifè-
res convertis en silex et par des souches de
ces mêmes arbres maintenues dans unepo-
«sitiondroite,avec leurs racines encore en^n*
cées dans leur sol natal.
De semblables souches d'arbres enraciiM?es
dans le terreau où elles ont pris naissaaoe
se voient dans la falaise située immédiate*
ment à l'est de Lulworth-Covè (comté d«i
Dorset). Comme les couches ont été soule-
vées jusqu'à une inclinaison de près de qua-
rante^cinq deçrés, les couches dont il s'agit
ont conservé 1 inclinaison anormale dans 1^-
queUe le soulèvement les a placées.
Ces faits prouvent que des plantes d'une
famille qui, de nos jours, est limitée aux
régions les plus chaudes de notre globp,
croissaient aux périodes reculées dont il
s'agit, sur la côte sud de rAngictérre (3(tt).
Comme dans tous ces divers cas les feuil-
les ne se sont pas trouvées réunies aux
troncs fossiles de cyeadées, nous sommes
forcés de nous en tenir aux caractères! dis-
tinctifs qui ^noua sont fournis par la struc-
ture du tronc et des écailles qui le re-
couvrent.
On trouve entre nos cycadîtes fossiles et
les espèces récentes une oorrespondance
toute semblable sous le rapport de la struc-
ture interne des écailles ou de la base des
feuilles tombées qui recouvrent la tige.
Mode identique d'accroissement par des
bourgeons chez les espèces rétentes et chez Us
espèces fossiles de cyeadées. — Le cycas revo'
iuta offre un intérêt particulier dans ses re-
lations avec lune et l'autre de nos deux es-
fiés qui se montrent renversés par terre, et dont les
racines se sont développées dans le Cerreau même
dont il est question.
£n troisième lieu , nous voyods que celte forêt
des temps reculés s*est gra«lueliement engloutie, d'a-
bord au-dessous des eaux d*un* lac d'eau doace,
puis d'un golfe d'eau saum&tre, puis d^une mer pro-
fonde où se sont déposées des couches crétacées et
tertiaires d^une épaisseur de plus de 2«000 pieds.
Enfla tout Tensemble de ces couches a été de
nouveau soulevé par les efforts des ageuts internes
et porté à la place qu'elles occupeut maintenait dans
les collines du comte de Dorset.
De semblables conséquences relaiiveroent aui
soulèvements et aux dépressions alleraaiives de U
surface du globe nous sont fournies par la pos:tioa
dressée qu'occupent les calamités dans le grés dft
la formation oolltique inférieure, sur la côte est du
comté d'York. {Vouez M. .MuacHison, Proceeding c'
Gevlog, Society ofLondon, page 391.)
421
DAL
ET DE PALEONTOLOGIE.
BAL
4n
eëces iossHes, par Texistenee d^une série de
ourgeons naisisant de l'aisselle de plusieurs
des écailles qui entourent le tronc (305). Ces
bourgeons nous expliquent des apparences
analogues qui se voient à raisselie de plu-
sieurs des écailles fossiles du cycadites megch
lophylluM et du cycadites microphvllus^ et ils
établissent une connexion physiologique des
plus importantes entre les cycadées vivantes
et les cycadées fossiles.
Ainsi nos deux rvcadées fossiles sont
étroitement rapprochées des cvcadées| ac-
tuelles par un grand nombre de caractères
remarquables, tels que :
1* La structure interne de leur tronc qui
contient un ou plusieurs cercles rayonnants
de Gbres ligneuses , au sein d*une masse de
tissu cellulaire ;
2* La structure de leur enveloppe exté-
rieure formée par les bases persistantes des
pétioles, qui tiennent lieu d*écorce ; et en
out)^ par plusieurs détails de la structure
interne de chacun de ces pétioles en parti-
culier ;
3* Leur mode d'accroissement par bour-
Feofis qui naissent de germes situés dans
aisselle des pétioles.
Si reculée que soit l'époque où ont cessé
d'exister ces types primitifs de la famille des
cycadées, cet ensemble étendu de particula-
rités d'organisation qui leur sont communes
avec] les cycadées actuelles rattache ces ar-
rangements anciens de la botanique fossile
h ceux qui caractérisent l'une des famîUes
de plantes les plus remarquables parmi celles
qui font partie de la création actuelle. Les
cycadées de nos iours, par suite de cette
structure particulière, deviennent un anneau
important que nous ne pourrions rencontrer
dans aucun autre groupe, et qui, réunissant
la grande famille des conifères aux fam^iiies
des palmiers et des fougères, comble ainsi
l'intervalle qui existe entre les trois grandes
divisions naturelles des dicotylédons , des
moROcotyiédons et des acolylédons.
' Le grand développement qu'a pris ce
groupe intermédiaire, dans les périodes se-
condaires de l'histoire géologique, est une
preuve importante de I uniformité de plan
qui a toujours présidé et qui préside main-
tenant encore aux lois de 1 organisation vé-
gétale.
Des faits semblables sont d'un prix inesti-
mable pour la théologie naturelle, car cette
identité dans les détails de l'œuvre tout en-
tièrjB de lacréation nous y fait reconnaîlre
partout la main d^un seul et mémei archi-
tecte. Ils parlent au physiologiste un langage
bien autrement puissant que celui de mo-
quence humaine; ils appellent en quelque
sorte ces troncs et ces pierres qui sont de-
meurés ensevelis pendant des âges sans
nombre dans les profondeurs de la terre à
proclamer un seul Créateur, dirigeant tout,
soutenant tout^dans la volonté et la puissance
duquel tous ces harmonieux systèmes ont
pris leur origine, et deat l'universelle pro-
vidence les a toujours maintenus et conli*
nue de les maintenir encore.
CYCLES. Yoy. PoLVPiEas.
CYCLOmiENS. Yoy. PoMSOift.
D
DALMAS (J.-B.). — M. Dalmas, membre
de la Société géologique de France, a pu-
blié en 1852 un livre intitulé : La toemogo^
nie et la géologie^ ba$ée$ sur les faits pkysi •
fuef , astronomiaues et géologiques fui ont été
constatés ou admis par les savants du xix*
siècle^ et leur comparaison avec la formation
des deux et de la terre selon la Genèse. Ce
cosmogottiate a emprunté à Laplace' et à
M. Godefroy leurs théories ; il en a r^eté
certaines idées, en a modifié d'autres, y a
joint les siennes, et de tout cela il est sorti
(305) Cette plante a vécu plusieurs années dans
les serres de lord Granville, a Drupmore. Dans Tau-
tomoe de 1827, on enleva la partie la plus exté-
rieure de Fenveloppe écaiileuse, pour la débarrasser
des ioaedes ; au printemps suivant les bourgeons
comineneéreot à se développer. On voit de sembla-
Mes bourgeons dans la mémeserre sar un tanUa tpî-
ratis de la Nouvelle-HoUande. Dans le tome YI des
Uorticult. Transaei.^ page 501, on assure que des
feuillet se sont développées sur les écailles d*un tronc
carié de samia horrida^ dans une serre à Saint-Pé-
tersbourg.
0*aprè« le professeur Henslow le tronc d*un cycas
twolaite qniy en 1830, a produit un edae chargé de
CruI t roûrt, dans la serre chaude du comte Fitz-
une conception romanesque que M. Dalmas
s'efforce d'ajuster à la Genèse. Nous n'en-
trerons point dans le^ longs développements
au'il présente dans son ouvrage, les bases
e ce système étant discutées dans plusieurs
articles de ce dictionnaire auxquels nous
renvoyons. (Foy. Laplace, Godefroy, Jours-
PÉAioDKs, Cosmogonie, etc. Nous nous bor-
nerons à présenter le résumé que l'auteur
a tracé lui-même de sa théorie appliquée au
récit génésiaque.
Le ciel, créé dès le commencement du pre-
william, à Wentworth, se recouvrit d*un grand nom-
bre de bourgeons prenant leur origine dans Faisselle
des écailles extérieures, après que Ton eut ei-
levé le cône qui le terminait à son sommet. On voit
figurer dans les Transactions linnéenneê, t. VI, pi. 2S\
uu cène seiid)lable oui porta des fruits, au cfaikieao
de Famham, en 1799.
On lit dans le Dictionnaire du jardinier^ par Mil-
ler, que le cucaê revoluta fut introduit ?n Angle-
terre vers' 173i8, parle capitaine Hutcbirison. Dans
une attaque que le vaisseau qui le portait eut .à sou •
tenir, la tète de la plante se trouva coupée par une
balle, mais la tige ayant été conservée donna na ^
sauce à de nouvelles tètes qui en furent détachée»^
et constituèrent autant de planteii sépaiées
*v
DAL
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
DAL
424
mtr jour^ dit M. Dalnias, était Vespace ou
V étendue qui renferma^ durant le premier jour ^
toute la matière élémentaire^ soit pondérable^
êoit impondérable de Vunicers.
Au commencement du second jour, un autre
ciel concentriqucy appelé d'abord firmament
et puis cielf se forma au sein du premier ciel^
et le second ctel renferma dès lors toute la
matière pondérable ae Vunivers, Nous avons
vUf en effet f qu'il ne resta plus j le secondjour,
aucun atome de matière pondérable dans Ves-
pace vide compris entre le cercle G C et le cer-
cle C M (300;, et que le premier ciel alors ré-
duit à cet espace vidcy contenait seulement au
deuxième jour^ le Jluide impondérable de
Véther à Vétat latent.
Nous avons dit encore que le second ciel ne
fut point achevé à la fin au second jour ; que
ce ciel, en un mot, ne fut que la première
sphère ou premier cercle du ciel étoile, de ce
{Irmament du ciel où parurent successivement
es innombrables luminaires destinés à éclai-
rer la terre et le ciel dont ils furent Vome--
ment à la fin du quatrième jour.
Nous avons dit encore que ce fut précisé-
ment parce que le second ciel ne fut pas achevé
à la fin^du second jour, que Dieu ne lui donna
pas sa sanction comme il Va donnée à chacun
de ses ouvrages exécutés le premier et les quch
tre derniers jours de la création, par cette
formule laudative : Dieu vit que gela était
BON. [Gen. ly i, k, 10, 12, 19, 21, 25, 31.)
Enfin, nous avons vu comment tous ces fir-
maments ousphires parallèles et concentriques,
dont Vensemhle constituais ciel étoile au qua-
trième jour , s'étaient formés successivement
dans le sein du cte/, créé le premier jour , d'a-
près les lois physiques imposées à la matière
dès le principe de la création,
La terre, créée aussi au commencement du
j^remier jour, était vide, vaine, incomposée,
incohérente, et fluide comme un gaz : c était,
suivant Moise, un abîme ou océan de matière
diffuse impalpable, invisible, en un mot, une
néouleuse unique et universelle. Mais, aussitôt
quelle commença à se condenser, et que son
électricité intérieure, sa lumière latente, son
éther intérieur se porta à sa surface, Moise
se sert d'un autre nom, il Vappelle onde ou
matière liquide et fluide comme Veau, pour
exprimer que la matière élémentaire commença
à prendre alors un état un peu moins gazeux,
un peu moins diffus qu'au commencement de
sa création.
Au second jour cette matière fluide , cette
onde, selon V expression biblique, fut divisée
et séparée en eaux sous -célestes et en eaux
célestes par le premier firmament, c est-à-dire
par la première sphère que décrivit dans Ves-
pace {le premier ciel), Vanneau de matière
fluide qui, aucommencement du troisième jour,
devint par concentration notre nébuleuse SO'-
laire {la nébuleuse génératrice du globe terres-
tre et des autres corps planétaires de notre
système solaire).
Puis enfin, au milieu du troisième jour no-
^306) Ces lettres se rapportent à des figures qae
donue rauieur pour faire comprendre ses idées.
tre nébuleuse solaire, formée par lu cofiren-
tration vers un seul point de toute la matière
fluide sous-céleste [de toutes les eaux sous-
célestes), se divisa en diverses masses ou con-
grégations planétaires; et cliacùne de ces mas-
ses planétaires se condensant à son tour, vers
son propre centre de gravité, se trouva divi-
sée, pat le fait même de cette condefisation, en
deux éléments distincts, savoir : Vêlement
aride ou solide qui prit alors le nom de terre,
et Vêlement liquide et fluide qui pn < alors le
nom de mers ^ Moise ne distingue pas encore
la partie liquide de la surface de ces corps
d'avec la partie restée fluide dans leurs atmos-
f hères, parce que la vapeur et les gaz résolu-
les en eau ne devaient se séparer que graduel-
lement des gaz permanents ou atmosphéri-
ques, par V effet de V affinité des éléments, et
surtout à la faveur de l'augmentation de cha-
ieur que l'apparition du soleil devait produire
au quatrième jour pendant le jour, et du re-
froidissement que sa disparition successive
devait produire pendant la nuii. Bien plus,
Îïour mieux rendre Vidée de la fluidité et de
a confusion, durant le troisième jour, de ces
deux éléments répandus tout atUourde Varide
comme un vêtement (307), Motse les désigne,
sans distinction, par le nom de mers ùu amas
d'eaux.
Mais, lorsque la séparation des deux élé-
ments liauide et fluide fut accomplie, à Vépth
Îue du déluge universà, nous avons vu que
toise avait conservé le nom d'abîme à la ma-
tière restée fluide dans les diverses atmos-
plUres des corps célestu^ et qu'il avait en
même temps donné le nom de cataractes du
ciel, ou grands réservoirs deaux célestes, aux
congrégations deaux déposées à leurs sur-
faces : en sorte que les fontaines du grand
abîme n'ont été réellement que des pluies^ tor"
rentielles descendues sur la terre des diverses
atmosphères des corps célestes {des corps de
notre système solaire), de même que lès cata-
ractes m ciel ouvertes pendant quarante jours
et quarante nuits n'ont été que les mers des
mêmes corps célestes ouvertes par la toute-
puissance de Dieu pour submerger ioute la
terre et noyer tous ses habitants, à Vexeeption
de la famille de Noé et des ammauœ renfer-
més dans V arche.
Le fluide impondérable que Moïse a nommé
un esprit divin, faute de ooiwiollre les noms
scientifiques d' éther et de thermo-électricité
des physiciens modernes, commença dès Is
premier jour à se porter peu à 9€U à la nir-
face de la nébuleuse universelle ^ à mesure
qu'elle se comprimait en se condensant.
C'est pour cela aussi que Moïse s*est serti
à dessein de V imparfait FERBBAToii et non du
parfait défini, afin de nous donner une juste
idée de Vtucenston graduelle du fluide élec-
trique et de son effusion A ta surface de Vonde
{ou nébuleuse): car le terme hébreu, traduit
en latin par perbbatur, signifie que ce fiuids
se répandait et vibrait à la surface. A la fin
du premier jour, lorsque ce fluide électrique
(S07) AbwsMs sicut vestimentum, amictus ejus.
P$al. cm, 6.)
m
DâH
ET DE PALEONTOLOGIE.
DAN
4»
romoTfiifO à détenir lumineux ^ Moïse nous
dti encore à dessein que Dieu considéra la lu-
ipière et quii la sépara enfin des ténèbres ^
après ravoir reconnue bonne.
Il est évident que cette lumière ne fut point
une éinanalioH du soleil^ qui fut formé seule-
tnent à la fin du quatrième jour. Moïse savait
donc trois mille ans avant les découvertes de
la sdenccy trois mille ans avant Pinvention
des télescopes f que le soleil n'est point la source
el le foyer de la lumière: qu'il esty au con-
traire^ un corps optique et obscur^ entouré
d'une atmosphère lumineuse^ en perpétuelle
incandescence^ par Veffet de la vibration quil
imprime à Véther.
Sous avons encore vu que cette lumière
électrique parvint à animer la végétation du
troisièmejour^ avant d'être aussi vive et aussi
abondante quelle Test de nos Jours, mais qu'elle
ne parvint à éclairer parfaitement la terre et
le ciel ^uà la fin du quatrième jour , après la
formation houillère qui précéda celle des pois-^
sons vertébrés^ des oiseaux, des animaux ter-
restres et de thomme (308).
Qu'en diles-vous, lecteur? Etes-vous sa-
tisfait du roman ? Prenez patience ; vous en
Terrez bien d'autres. Toutefois je dois con-
Tenir qu*au milieu du dévergondage scien-
tifique que nous aurons à passer en revue,
nous trouverons peu d'idées de la force de
celle qui lait venir les eaux du déluge des
mers qui sont dans les corps célestes. 11 e>t
vrai que Oleaster dit quelque chose do
semblable (Cursus comp,, t. V, col. 145).
Noos pensons qu*il aurait été convenable de
laisser le manteau de Toubli sur ces pau-
vretés qu'on essaierait en vain de rajeunir.
Malgré ce qui précède , nous devons res-»
fectueusement ajouter que Monseigneur
évèque de Viviers dit à rauteur, dans une
lettre du 7 février 1852, que M. Dalmas
a publiée : « Je ne vois rien dans vos expli-
cations qui soit en opposition avec le sens
de la Genèse, »
DANIEN ( ETAGE). — Le septième de la
période crétacée, et le vingt-troisième de Té*'
cbelle totale des terrains. C'est le calcaire
pisolitkique de H. Cb. d'Orbigny» le calcaire
fU Lacersines^ de M. Graves. Type à Meudon
Seine^t-Oise), etc.
« Classé depuis longtemps» dit M. Aie. d'Or^
bi^ j, dans les dernières couches crétacées
par MM. Elle de Beaumont^ Lyell, et par les
savants du nord, Télage qui nous occupe,
désigné par M. Charles aOrbigny sous le
nom de calcaire pisolitkique, a au*contraire
été placé par lui, et par M. d'Arcliiac, dans
les terrains tertiaires. 11 est bon de donner
ici quelques détails sur les raisons qui ont
motivé cette diflérence d'opinion. La posi-
tion stratigraphique, comme on peut le voir
plus loin, montre que ces couches reposent
immédiatement sur les derniers dépôts de
i'éiaee sénonien, et qu'elles sont recouvertes
fvar les argiles plastiques. Elles ont donc,
dans le bassin parisien, succédé à Tétage se-
Donien, et précédé les dernières couches des
terrains tertiaires. Cette position mtermé-^
diaire, également reconnue par MM. Elie de
Beauroont et Charles d'Orbigny, devait être
décisive pourlesdeux, comme elle l'était pour
le premier ; mais M. Ch. d'Orbigny ayant sou-
mis les fossiles recueillis dans son calcaire
pisolithique à l'examen de M^ Deshayes,
celui-ci crut}[ reconnaître seulement les co-
(fuilles tertiaires du calcaire grossier du
bassin parisien, et cette détermination por-
tant sur un assez grand nombre d'espèces
Sour acquérir de la valeur , détermina
f . Charles d'Orbigny à considérer i'eusem
ble comme tertiaire. Les importantes recher
chcs de M. Hébert amenèrent le même ré-
sultat; et M. Desor, y rencontrant des échi-
nides semblables à ceux de Faxoë, ne balança
Ï)as à les réunir dans le même horizon géo-
Oj^ique, sous le nom d^étage danien. Ces ré*
sultats, contraires aux résultats paléontolo-
giques énoncés par M. Charles d'Orbigny, le
Îiortèrent à nous communiquer les mêmes
bssiles qui avaient motivé son classement ,
après avoir modelé toutes les empreintes et
les avoir pour ainsi dire restaurées ; et, après
un examen scrupuleux, nous n'y avons re^
connu aucune des coquilles tertiaires qui lui
avaient été indiquées, mais bien une faune
spéciale, distincte, à la fois, de la faune sé-
nonienne et de la faune tertiaire inférieure.
« Quant au classement de l'étape dans les
terrains crétacés ou tertiaires, nous croyons
qu'il ne peut y avoir de doutes à cet égard.
La stratification conduit à le classer parmi
les terrains crétacés. La présence des genres
belemnitella , rhynchoneila, baculites. pj^
rina, et hippalimus , spéciaux aux terrains
crétacés, et inconnus dans les terrains ter-
tiaires, amènerait encore è cette conclusion,
tandis que rien ne pourrait, en paléontolo*
gie, motiver le classement de l'ensemble
dans les terrains tertiaires. Nous croyons
donc que cet étage doit encore faire partie
des terrains crétacés; et même nous l'au-
rions considéré comme une simple division
supérieure de l'étage sénonien, si elle n'en
avait pas été séparée par M. Dcsor.
11 est certain qu'on n'a donné tle la valeur
à l'ensemble que parce qu'il se trouve près
de Paris. Cette époque n'a pas, pour nous,
la même valeur que nous donnons à la frac-
tion supérieure de l'étage néocomien , que
nous avons désignée comme urgonienneih
la partie inférieure de l'éiage falunien, que
nous avons désigné sous le nom de tongrien,
3ui sont, par leur extension et l'importance
e leurs faunes, inCniment plus tranchés»
stratigraphiquement parlant, que l'étage da«
nien. Nous sommes d'autant plus porté h
prendre cette opinion, que nous ne voyons
aucun motif plausible d'y réunir, comme l'a-
vait pensé M. Desor, la craie de Maestricht,
et le silex des environs de Lanquais (Dordo-
gne), qui sont, sans aucun doute, des dépen-
dances positives de l'étage sénonien, ainsi
que la craie de Valognes (309).
Comme on pouvait, a priori, le supposer.
(306) P»s« 120-124. (309) Cours élém. de Paléonl.. t. ID, p. 691.
riCTlON. DE C0SV060?iIE ET DE PlLiONTOLOGIB. \h
w
DAN
DICTIONNAUŒ DE COSMOGONIE
DA.N
m
et comme on Ta Irouvé à la fm des terrains
jurassiques, les derniers dépôts de cet étage
n'ayant pas encore acquis, lors de la période
de mouvement déterminé par la fm de cette
grande époque géologique des terrains créta-
cés, une consolidation parfaite, ont dû souf-
frir beaucoup de dénudations partielles ; et
nous croyons devoir attribuer a cette cause
, les petits lambeaui de l'étage danien, dissé-
minés au pourtour du bassin anglo-parisien,
en France seulement. Néanmoins, ces lam-
beaux suffisent pour démontrer qu'il en cou-
vrait la plus grande surface, et surtout le
centre, compris entre Vertus et Laversines,
Meudon et Montereau. Voici, du reste, les
points où Tétage a été bien démontré par les
recherches de MM. Elie de Beaumont , Gra-
\es, Hébert et Charles d*Orbigny. Dans la
Marne, il existe au Mont- Aimé, à Vertus;
dans Seine-et-Marne ,. à Montereau; dans
Seine-et-Oise, à Meudon, près de Paris. On
Fa reconnu en creusant un puits à Auteuil.
lî existe au Port-Marly, près de Saint-Ger-
main; à Bougival, près de Pontoise; à Fa-
laise, près de Bevnes; àMontainville, h Vi-
gny ; dans roise, a Laversines, près de Beau-
vais. On a pensé qu'il existe a Orglandes,
prèsdeValognes (Manche); mais il y à beau-
coup de doutes à cet égard. Quant aux silex
de Lanquais, que M. Desor y rapporte, nous
n'y voyons que la continuation des couches
de Royan* et nullement cet étage. Hors du
feassin parisien, on n'a encore cité l'étage
qu'à Faxoë, en Suède, où néanmoins, d'a-
près hîs espèces citées par M. Lyell, nous ne
voyons que l'étage sénonien, ce qui porterait
encore à y réunir l'étage danien.
Tout le moude est d accord sur la position
gioloçique, en couches concordantes, de l'é-
fage danien sur l'étage sénonien; on voit
cette concordance à Sieudon, à Vigny, au
Mont-Aimé, etc. Ainsi, sans aucun doute,
l'ctage danien a bien succédé régulièrement,
dans l'ordre chronologique, à 1 étage séno-
nien.
M. Graves évalue de 10 h 12 mètres l'é-
paisseur des dépôts de Laversines. M. Huol
indique 15 à 20 n^ètres dans la Marne.
Caractères paléontologiques, La faune de
^ cette époque se distingue des précédentes
» par le manque d'ammonites. Du reste, nous
• n'y voyons, par les genres, que la continua-
lion du faciès crétacé de l'étage précédent,
mais avec au bien moins grand nombre de
formes, ce qui tient peut-être à la difficulté
de déterminer les fossiles. Quoi qu'il en soit,
dans l'état actuel de nos connaissances,
comme nous ne trouvons dans cet étage que
2 genres de plus h opposer à 122 genres qui
déteignent dans l'étage sénonien, sans pas-
ser à celui-ci , nous aurons la preuve évi-
dente, parla paléontologie et par la stratifl-
43ation, que letage danien est Ja dernière pé-
riode de dégénérescence des terrains créta-
cés. Dans l'étage suivant, commencement des
terrains tertiaires, c'est, au contraire, le
nomt>re des genres nouveaux qui domine
d'une manière remarquable, car nous en ci-
tons 157 d'inconnus aux terrains crétacés.
Nous aurions donc ici , comme partout aiW
leurs, urte confirmation des rapports cons-
tants qui existent entre la stratigraphie po-
sitive et les limites paléontologiques. «
Pour séparer l'étage de la période sén6-'
nienne nous avons, pour caractères itéia-
tifs, indi-pendamment des 42 genres qui
naissent et s'éteignent dans l'étage séuo-
nion sans passer à celui-ci, 80 genres qui,
nés dans les étages antérieurs, s'éteignent
encore dans l'étage sénonien, c'est-à-dire
122 genres. Nous ne doutons néanmoins
pas que quelques-uns de ces genres ne se
retrouvent dans l'étage danien.
Les limites négatives que la palèontoloi
gic nous donne avec l'élaçe sucssonion,
h premier des terrains tertiaires, sont (ks
plus marquées, puisqu'elles sont dofm(:'es
par 156 genres encore inconnus h Yéin^c
danien, qui naissent avec la période sur»-
vante. Ces genres sont ainsi distribués daos
les séries animaes : parmi les mammifcrc>v
6 genres; parmi les oiseaux, 2 genres;
parmi les [loissons, 84 genres; parmi les
crustacés, , le genre squille ; parmi les cé-
l)Iialopodes, 2 genres ; parmi les çasléropo-
des, 34 genres ; narmi les lamellibranches
5 genres; parmi les cchinodermes, 13 gen-
res; parmi les zoophy tes, 7 genres; [«nhi
les foraminifèresj 3 genres.
Comme caractères positifs, pour dislin*
guer l'étage du précédent, nous n'avons qu3
deux genres : parmi les mollusques, les
fascioiaria; et parmi les ecliinodermes^ les
echinolampas^ qui, inconnus à l'étage an-
térieur, se montrent pour la première fois
dans celui-ci; ce sont, en niôine lcmf»s,
deux formes plus particulièrement tertiaires
qui lient cette faune aux suîvantcs;
Pour distinguer l'étage danien de l'étage
suessonien, nous avons les 9 genres suivants
qui s'éteignent dans le premier, sans pas-
ser au second : narmi les céplmlopodes, le
genre betemnitelta; parmi les hrachiopodes,
le genre rj/ncAone//a; parmi les échinoder-
nies, le genre |)yrnia; parmi les zoonliyles,
les QQUVCS càlamophylUa^ enalihetia^ ellipsos-
miUfl^ polytremans ci morphrastrea; parmi
lies amorphozoaires, le genre hippalimuf.
Indépendamment de quelques sauriens,
de quelques poissons et de quelques crus-
tacés et annélides, après avoir restauré par
le modelage les espèces de celle périone,
et compulsé les travaux géologiques, nous
sommes arrivé, dit M. d'Orhigny, à Irou-
ver66 espèces. Si de ce nombre nous retran-
chons les belemnitella mucronaia et le 6a-
culiles faujasii^ indiqués par M. Lyell, elle
fusug neptum\qu\ se trouvent simulUnéraent
dans l'étage sénonien, il nous restera en-
core 63 espèces qui, dans Télal actuel de
nos connaissances, seront caractéristiques.
Relativement à la chronologie Insloriqu*»
de cet étage, nous le regardons comme le
dernier complément de la période de déca-
dence des terrains crétacés, plus spéciale-
ment marquée à l'étage sénonien. Son pou
d'importance, quant aux faits généraux qu*il
peut donner, ne nous permet aiôme de îo
129
DEB
ET DE PALEONTOLOGIE,
DEB
430
nonsidérer que comme une déiiendancc do
la période sénonienne.
DEBREYNE (P.-J.-C.) (3iO).~Cerelii^ieux
Irappiste a publié en 1848 un livre intitulé :
Théorie biblique de la Cosmogonie et de la
ttéologie : doctrine nouvelle fondée sur un
principe unique et universel puisé dans la
Bible; o\ivrage spdciahmtnt destiné au ilergé
et aux séminaires j Avant d'examiner si ce
t Ire, passablement ambitieux, est justifié
l>ar l*ouvrage, nous avons une petite explica-
tion à donner à Fauteur sur un passage de
notre Nouveau Traité des sciences géologiqxtes
considérées dans leur rapport atec la religion^
etc. f2* édit. p. 376.) Voici ce passage.
« Quand les lois auxquelles I Eternel avait
confié l'évolution de notre planète, comme
il fait dépendre de certaines autres lois IVn-
lier accroissement du chêne de nos forêts,
ju le complet développement de notre pro-
pre corps; quand, dis*je, de telles lois eu-
rent fait de la terre un séjour stable et plein
J'harmonie; Quand le Créateur eut comme
essayé, aux diverses périodes et sur une
échelle de plus en plus élevée, les formes
lie la vie au sein des différents milieux où
elles devaient se développer, et qu'il eut
ainsi préludé à la création du cbef*d'œuvre
qui devaitétre le couronnement de cette lon-
gue série de phénomènes préparatoires,
alors il étend son bras, et dans la nuit d'un
chaos temporaire, il efface ses premières
ébauches, comme un peintre dédaigne une
esquisse qui rend incomplètement sa pen-
sée; etc. (311). »
M. Debreyne est scandalisé de ces der-
nières expressions. « L'auteur, dit-il, aurait
pu s'expnmer avec plus de respect en parlant
du Créateur. Si nous relevons ici une in-^
convenance d'exj^ression ou de langage de
Af. Jehan, nous devons cependant rendre
justice k cet auteur estimable. » Puis il
ajoute avec beaucoup de bienveillance : «v Son
livre est un des meilleurs traités élémentai-
res de géologie qu on puisse mettre entre les
mains des jeones gens. 11 est composé dans un
lion esprit et avec des formes attrayantes.
On le lit avec fruit et plaisir (312). »
L.e R. P. Debreyne use à notre égard de
trop d'indulgence pour que nous n'essayions
pas de lever ses scrupules. Nous ne pensons
pas qu'il y ait rien d'irrévérencieux > l'égard
du Créateur dans la figure que nous avons
employée. L'état originel des choses, dépeint
au second verset du premier chapitre de la
Genèse, était un état de désordre et de con-
fusion, exprimé par les mots hébreux tohu
(510) Doctenr en médecine de la Faculté de Paris.
profesacar partkiilwr de médceine pratique, préire
et KiiytBj. da la €ffaiide-Tra|)|ie (Orne).
(511) Voici la suite de cet alinéa : < Puis confiir-
inéfii«*nt à uue loi qui se retrouve dans le muiidc
physique, du sein de la dissolution , condition de
toute organisation, la terre sort formée, enrichie de
nouveaux dons, peuplée de nouvelles créainres ; et
ati lion des formidables phénomènes qui avaient
troublé les périodes antérieures, c*est un cycle de
Ijait, d*ordreet deconstante harmonie qui commence
eutrc ks ag-^nts et les éléments équilibrés du monde
vaohu que les Septante ont Ira Juît par chaos.
Cependant cette confusion, cette anarciiie
des éléments, était sans doute Tœuvre du
Giéatcur. Ce chaos rendait-il toute sa pen-
sée? Non, évidemramL Au septième jour,
quand Dieu se reposa, le monde avait reçu
un perfectionnement et une beauté qu'il n'a-
vait pas au second verset du premier chapitre
dulivre sacré Dira-t-ouque leiGenèse manque
de respect envers le Créateur, parce qu'elle
appelle chaos et desordre un état de choses
qui était pourtant, i;omme tout }e reste, le
résultat de sa Toute-Puissance? On nous
répondra peut-être que ce chaos n'était
au'un étal transitoire pour arriver à un degré
e perfectionnement relatif. Eh 1 sans doute,
et c'tîst exactement dans le même sens que
nous disons que. dans la nuit d'un chaos
temporaire^ le Créateur efface ses premières
ébauches j comme un peintre dédaigne une
esquisse qui rend incomplètement sa pensée.
Voici comment s'exprime sur le même
sujet un illustre et. savant prélat : « L'ordre
observé dans la création des six jours, oui
se rapporte à la disposition présente dos
choses, semble indiquer, dit-il, que la puis-
sance divine aimait à se manifester par des
développements graduels, s'élevant, jour
ainsi dire, par une échelle mesurée, de
l'inanimé à l'organisé, de l'insensible à l'ins-
tinctif, et de l'irrationnel à l'homme. Et
3uelle répugnance y a-t-il à supposer que
epuis la première création de 1 embryon
grossier de ce monde si beau,, jusqu'au mo-
ment où il fut revêtu de tous ses ornements
et proportionné aux besoins et aux habi-
tucles de l'homme, la Providence ait aussi
voulu conserver une marche et une grada-
tion semblables, de manière h ce que la vie
avançât progressivement vers la perfection,
et dans sa puissance intérieure et dans ses
instruments extérieurs (313)? >•
L'embryon grossier dont parle ici Mgr
Wiseman ne rendait pas sans doute compté-
tement la pensée du Créateur ; le savant pré-
lat a-t-il manqué de respect envers la Toute-
Puissance divine en se servant de l'expres-
sion embryon grossier? Personne n'oserait le
prétendre.
Voici maintenant l'examen critique qui a
été fait du livre de M. Debreyne, Théorie
biblique de la cosmogonie e/c, par la Revue de
l'enseignement (livraisond'avrill8i9). » Nous
avons lu avec tout le soin dont nous sommes
capable l'ouvrage du célèbre trappiste ; c'est
purement et simplement la théorie cosmo-
gonique et géologique de M. Chaubard,
matériel ; et la nature calme, rassurée, dans toute la
splendeur de son nouveau printemps, salue Thomme,
noble image du Créateur, s'incline devant lui comme
devant son roi, et sourit à son intelligent possesseur,
qui s*empare de ses ravissantes solitudes , et fait
monter vers son bienfaisant auteur des accents d\n-
mour et de bénédiction jusque-là inconnus à la
terre, i
(512) Théorie biblique, etc., p. 18.
(5t5)/)tscotfrs sur les rapports entre la science et
la religion révélée (Discours m), par le cardinal
Wiseman.
451
DEB
DlCTIONNAinE DE COSMOGONIfrî
DEB
4S2
c]est-à-dirc une des plus déplorables théo-
ries qui aient jamais été imaginées pour
concilier la scienc?e avec la Genèse. L'auteur
de Tarticle que nous allons citer est connu
depuis longtemps du monde savant, et
il est un de nos écrivains catholiques
qui ont rendu le plus de services à la re-
ligion :
« 11 n'existe donc pas, pour tous les auteurs,
re véritable ami recommandé par le poète,
celamiqueTon consulte avant de jeter au pu-
blic une œuvre littéraire ou savante destinée
à l'instruire ou à le charmer? Est-ce l'ami
qui manque à l'auteur, est-ce l'auteur au
contraire qui fuit l'œil d'un conseiller sin-
cère et judicieux ? Est-ce la flatterie d'une
politesse malontendue , est-ce l'aveuglement
paternel qui décide l'entrée dans le monde
d'une œuvre qui n'est pas viable, et qui se
brisera dès ses premiers pas sous le choc de
la critique ? Et la sévérité de l'ami n'eût-
lille pas été plus douce que ne l'est la justice
du lecteur, quand Tœuvre s'est produite au
Ijrand jour?
« Telles étaient mes impressions à chaque
page, et souvent à chaque phrase du livre
dont j'ai entrenris de rendre compte. Combien
utile eût été 1 ami qui manquait, mais dont
aussi, je l'avoue, la besogne eut été rude l Oh 1
rudii, en vérité, s'il eût fait consciencieuse-
ment et de point en point son métier de cen-
seur I Sous ses ciseaux auraient disparu, et
les hypothèses gratuites, et les principes ima-
ginaires, et les détinilions inintelligibles, et
les hérésies scientifiques, et les non-sens, et
les contre-sens, et les galimathias, et les idées
baroques, et les vieilleries rhabillées à neuf,
et les contradictions, et les cercles vicieux
et bien d'autres misères dont j'aurais quel-
que peine à terminer l'énumeration. Avec
tant de coupures, à la vérité^ il ne resterait
rien du volume, si ce n'est des citations tle
l'Ecriture de quoi défrayer largement quel-
ques douzaines de prônes ; mais comme, ré-
duit à cela, l'ouvrage serait incomparable-
ment meilleur, ce serait un excellent ser-
vice rendu par l'ami et à l'auteur et au
public.
« Je confesse d'ailleurs que l'auteur lui*
même n'est point en cela de mon avis , et
qu'il en est même infiniment loin. Comme
Dieu avait réservé pour lui de toute éternité
l'intelligence du vrai sens de la Bible, en ce
qui concerne les courants électriques et les
aurores boréales contenues dans les premiers
versets de la Genèse, il déclare que son
livre « est absolument nécessaire à tous les
ecclésiastiques..., indispensable à l'ensei-
gnement des séminaires...., et que, grâce à
sa nouvelle doctrine, on pourra porter, avec
le prophète Isaïe, un défi solennel à tous les
superbes..., les orgueilleux..., les matéria-
listes..., les panthéistes..., etc., etc.» Cela
valait donc bien la peine d'être imprimé.
D'ailleurs, par le moyen de celte révélation
phénom-énale, les sciences physiques et natu-
relles replacées sur leurs fondements divins^
et bibliquement reconstituées^ entreront dans
4a voie dujjrogrcs continu.,., et cette recons-
titution biblique compr^^nJ rarticulièrement
Vciiairage, (Pag. xxij et 60.) De ces certifi-
cats avantageux, et de maintes autres altes-
ti'tions naïves disséminées dans le corps da
volume, il résulte manifestement que le
P. Debreyne était une des pensées du Créa-
teur, quand il prononça le Fiat lux^ et qu'il
était réservé à notre é|oque, en sa personne,
de manifester enfin au grand jour les ressorts
du mécanisme de l'univers. On a bien dit
cela de Newton, mais fort abusivement; ce
géomètre n'a rien compris au mouvement
des astres et à la mécanique céleste : il n'a
pas |VU que l'attraction n'était autre chose
que le principe luminique découvert jÀi*
notre auteur dans la Bible; et il n'a pas vu
cela parce qu'il n'a pas porté son attention
sur les boules éleclrisées qui s'attirent et se
repoussent {pag. kO). Car Taltraction sidé-
rale, disons-le tout d'abord, ce n'est, suivant
notre auteur, que la lutte des deux élec^
tri ci tés.
<c Mais abrégeons ce préambule et abor-
dons le système cosmo.:i;onique de l'auteur;
on commençant par l'idée qui lui sert de
base, le grand principe universel, puisé dans
la Bible; ce principe est la force /umtnt-
que. Qu'est-ce que la force luminique?
Voilà ce que je dois d'abord vous dire.
« Ce qu'elle est, je n'en sais rien; et je
doute que l'auteur ait sur cette force fon-
damentale une idée plus nette que celle
qui m'est échue en partage. A défaut
de définition précise» ie ne puis que jiro*-
duire les pa usages où il est question de sm
principe et de son mode d'action. Vous lirez
donc d'abord (pa^. 30) que Dieu étant lumière
et le Verbe étant Dieu^ selon saint Jean, le
V>rbeest lumière lui-même; et puisqu«^« tout
a été fait par le Verbe, » suivant saint Jean»
tout a été lait parla lumière... : i» «d'où il suit
que la lumiere-force ou la force iuminique^
en tant qu'elle esf l'action de Dieu sur la ma-
tière, est la loi suprême de Vunivers. » {Pag. 31.)
— Il s'ensuit j continue l'auteur, que son effet
immédiat est la lumière phénoménale ou een^
siblc : car l'action de Dieu est nécessairement
force et lumière. Donc cette puissance est l'a-
gent unique et universel de toute la création.
—C'est très-clair, n'est-ce pas? Mats voyons:
puisque la force luminique, qui est le Verbe,
est distincte de la lumière nhénoménale,
qu'est-ce donc que cette lumière phénomé-
nale ou sensible, par quoi l'auteur entemi,
sans doute , ce que les physiciens et le vul-
gaire des hommes désignent habituellement
par le nom de lumière? En réponse À cette
question, je lis (pag. 33) qu'elle est le résul"
lut de inaction conservatrice et vivifiante de
Dieu, toutes les fois quil s'opère dans tes
êtres une nouvelle combinaison. ,,, qu'elle
est le résultat des actions chimiques..., qu'elle
est identique avec le calorique, l'électricité,
le magnétisme (passim)... mais que ce prin-
cipe, ou plutôt toutes ces choses qui se .con-
fondent avec elle, ne sont ni un fluide^ ni
réther, ni un fluide quelconfjue. (i^ag. GS.)
— Qu'est-ce donc en définitive que cette
lumière sensible qui impressionne nos or-
153
DEB
ET DE PALEONTOLOGIE.
DEB
AZ*
^aoes et dont nous calculons ia marche?
Cest... quelque chose qui n*est pas rT;atière,
et Toiià tout. Et si cela ne tous satisfait pas,
rappelez-TOus que c'est ie résultat de tac-
ti9% de Dieuj etc., etc., ce qui remettra du
c aime dans votre âme, sinon des idées dans
votre intelligence. Mais mettons que vous
compreniez et la force luminique et la lu-
mière phénoménale : vousfallez voir main*
tenant se déchirer devant vos jeux le voile
qui vous cachait la Genèse de Tunivers.
< Vous n'aviez d'abord que le chaos, c'est-
è-dire une matière non organisée, réduite h
Tétat d*atomes : atomes de granit, atomes de
zinc, atome d'ox jgène, et tout ce que vous
voudrtz; tous ces atomes de n'importe quoi
sont manifestement, suivant l'auteur, ces
eaux, aquasj sur lesquelles planait l'esprit
de Dieu ! Or voilé que le Créateur prononce
leFîiar/tcx. Arinsiant^ dit notre auteur, cha-
que atome est doué de la vie minérale^ c^est-û"
dire d'attraction et de répulsion, l'un plus,
foutre moinSf suivant sa cflpacité pour la
force vitale universelle,., A cet instant tous
s'aaitérent pour se combiner d'après la loi de
polarité^ à laquelle se rattache ta cristallisa-
tion et toute espèce de formation d'atomes,,,
il est facile de se faire une idée de ce travail
unirersel de la matière primordiale, en se
représentant le mouvement giratoire des ato-
mes sur leurs pôles pour se combiner d'après
Us lois de leurs affinités. Ainsi la terre, ainsi
chaque astre, formé par T agglomération des
premières molécules, en autant de noyaux
d'stincts auxauels les autres venaient s'ajou-
ter en vertu as la force attractive qui domi^
naît dans la masse primitive.,.; enCn ,
cette agitation des molécules élémentaires
et leurs conU^inaisons produisirent une im-
mense lumière bornée autour de la terre.
(P. 71, 73.) En résumé, pour ce qui con-
cerne particulièrement notre globe, c'est ainsi
qu'il se forma par l'agglomération de ses
atonies , jusques et y compris les terrains
primîti&, c'est-à-dire la croûte granitique.
c Voilà dans toute sa longueur, largeur et
profoiideur« le grand principe universel dé-
couTert par l'auteur dans la Bible, et de
quelle manière, en appliquant habilement ce
grand prineipe,on rend compte de la formation
de tous les corps . de l'univers 1 La terre et
tous les astres étaient d'abord à l'état d'à*
tomes; eh bien! à la parole de Dieu, ces
atomes ont pris cohésion et ont formé un
tout solide! Devant cette théorie puissante
et ce système cosmogénique si simple, les ma-
ter iaiistes, les panthéistes f les superbes.,, ne
peuTent manquer de battre en retraite. Ah 1
quel tour l'auteur leur a joué, à tous ces sa-
vants orgueilleux! Mais moi qui ne suis rien
de toot cela, j'ose regarder en face le sys-
tème; e.t, si simple qu'il paraisse, je lui
trouve des complications notables, et me
ureads même à croire que l*auteur n'a pas
Lien compris lui-môme ce qu'il disait. Pour
penser cela, voici mes raisons :
« D'abord, puisque l'auteur vise à ia sim-
plieilé, pourquoi ne pas a^rniettre, ce (|ui sr-
>lil înfinioient raisonnable, que Dieu a créé
et solidiGé tout d'un coup, la terre et cha^
que planète ; au lieu de lui faire créer des
atomes, puis remuer ceux-ci, et les faire
tourner, et les douer d'attraction et de ré-
pulsion, pour les faire déOnitivement cohérer
après un temph quelconque dont l'auteur ne
nous dit rien? Est-ce pour remplacer la créa-
tion instantanée \ar une théurie physique ?
Mais l'auteur tonne de son mieux (p. 34, 35)
contre ceux qui veulent imï)Oser à Dieu les
causes secnnaes, au lieu de le laisser procé-
der par action immédiate !
« Maintenant nous voyons que le Fiat lux
eut pour etfet de donner aux atomes la rie
minérale, et cette vie minérale], cela veui
dire f attraction et la répulsion.' — Ainsi la
lumière de la Bible, c'est Vattraction et la
répulsion^ lesquelles font tourner les atomes
sur eux-mêmes 1 Ceci est déjà bien remar-
quable, et je conçois qu'une pareille idée ait
pu échapper jusqu'ici à tous les commenta-
teurs de la Genèse. Toutefois voici une ex-
plication qu'on peut donner de cette singu-
lière métamorphose. La lumière étant iden-
tique avec l'électricité et les courants voltaî-
ques qui donnent aux atomes des corps
I attraction et la répulsion,ces deux propriétés
que l'auteur attribue aux atomes primitifs,
sont précisément l'effet de la création de la
lumière ou du fluide électrique que Dieu as-
socia aux alon:es, ce qui les mit en branle,
les fit tourner, et les combina les uns avec
les autres. Fort bien ! mais deux lignes plus
bas, on nous dit que « cette agitation des
molécules, et leurs combinaisons produisi-
rent une immense lumière. » Ainsi c'est la
luniiière qui met les atomes en mouvement,
et c*est ce mouvement des atomes qui pro-
duit la lumière m Tous mes lecteurs sa-
vent de quel nom cela s'appelle dans toutes
les langues du monde ; je me contenterai,
moi, d'appeler cela une complication.
«I N'en est-ce pas une aussi que cette double
force d attraction et de répulsion qui produi-
sent ensemble les conglomérats? Quoi! l'at-
traction ne suffirait pas, et il faut que les
molécules se repoussent pour parvenir à
adhérer? Il est vrai que fp. 53 et pass.) l'au-
teur nous explique comment, en donnant
aux atomes des grosseurs différentes f pour-
3uoi?), l'attraction se change en répulsion ,
'où je conclus qu'il peut changer la répul-
sion en attraction par quelque tour de main
analogue. Mais j*avoue que je n*ai pu saisir
nulle part cette transition indispensable.
Vous me demanderez |K)urquoi il fait inter-
venir la répulsion dont il n a pas besoin , et
3ui complique le système « si simple »
'une manière fâcheuse. C'est qu'il voit
dans toutes les molécules de la matière des
aimants avec leurs deux pôles, bien qu'il ne
comprenne point , comme vous le verrez
plus bas, ce que c*est qu'un aimant. Peut-
être cette idée de magnétisme polaire dans
les atomes d*un caillou ou d*un morceau de
beurre, vous paraflra-t-elle assez bizarre;,
mais veuillez, lecteur, réserver votre admi-*
ration pour qucjfiue clIO^e de plus curieux,
435
DEii
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
BEB
436
au sujet de la vie des atomes, el que je vous,
exhiberai ci après.
« Voilà donc la terre formée, et tes plané-:
les, et tous les astres, par le fait de Tagglo-
niération de la matière atomique répandue
dans tout Tespace, agglomération faite par
attraction et répulsion. Il en résulte, suivant
J*auteur, une raréfaction de la matière et une
- tension — prodigieuse, qui ont fait de
Vesp ace le milieu propagateur et le conduc-
teur le plus sensible de tous les courants
luminiques. (P. 79.) Je suppose que ces mots
recouvrent une idée nette, ce qui est cepen-
d ant fort douteux pour moi ; et je me home
à faire remarquer cette extrême raréfaction
de la matière produisant une tension prodi-
gieuse. Nous autres, physiciens du commun,
nous posons en principe que la raréfaction
d'un gaz quelconque et sa tension sont tou-
jours en rapport inverse ; que la tension çst
(fautant moindre c{ue là raréfaction est plus
grande, et que moindre est la densité. L'au-
teur, lui, cnange le rapport inverse en rap-
port direct, parce qu'il est dans ses habitudes
de faire de la science en prenant générale-
ment le contre-pied de tous les principes
admis, commeje vousen montrerai ci-après
d'autres remarquables échantillons. Mais
suivons avec lui les destinées de la terre, el
voyons comment il explique les deux pro-
blèmes qu'il se propose à son sujet : celui
de la chaleur centrale, et celui de ses mou-
vements astronomiques.
« L'auteur admet donc la chaleur centrale,
Télat liquide et incandescent de la masse
intérieure. Or, quelle est la cause de celte
incandescence et de cette fluidité? C^BSt, il
n'en doute aucunement, la pression de la
croûte granitique sur la masse sous-jacentel
')ui, cette pression produit une chaleur
énorme ; oui, cette pression liquéfie le granit
dont cette masse sous-jacente se compose;
et à l'appui de cette heureuse idée, Tauteur
cite les expériences de Hall sur la liquéfaction
du granit par la pression.
«La pression de la croûte solide sur les
nîntièpes inférieures! Mais l'auteur oublie
que cette croûte n'est pas plate j qu'elle forme
une ei^veloppe sphérique, et qu'une telle
enveloppe ne presse pas sur son contenu. 11
s'imagine, sans doute, qu'une bombe presse
sur la poudre dont on la remplit, qu'une
bouteille presse sur le liquide qu'elle ren-
fermel Mais accordons-lui généreusement
cela. Mettons que la matière sous-jacente
soit pressée et échauffée par la croûte solide.
Il en résulte, à son avis, la liquéfaction de
cette matière tant pressée; cett« matière,
écoutez bien I arrive à un degré de densité
telle quUl ne puisse plus y avoir cohésion.
(P. 89). Il faut bien que nous citions tex-
tuellement de pareilles choses, pour qu'on
puisse croire qu'elles s'impriment. La pres-
sion et l'augmentation de densité qui finis-
sent par rendre la cohésion impossible! II
Dans notre physique vulgaire, c'est précisé-
ment l'augmentation de densité et le rappro-
chement des molécules qui favorisent la co-
hésion; quand la chaleur amène la liquéfac-
tion d'un corps, c'est en le dilatant au
préalable, et diminuant sa densité. — Mais
ta physique de l'auteur est fondamentalement
au rebours de la nôtre. — Il cite les expé-
riences de Hall à l'appui de la sienne. Mais
il aurait bien dû citer le livre et la page.
S'il se donne la peine de recourir à cet au-
teur qu'il n'a pas lu,, il reconnaîtra la bizarre
confusion qu il a faite au sujet d'une célèbre
expérience de Hall. De la craie fondue et
cristallisée dans un canon de fusil rougi au
feu, et qui empêchait le dégagement de l'a^
cide carbonique 9 ce n'est pas du^tout— du
granit liquéné par la pression. — Ce n'est
pas cQla, ni irieu de semblable; et une con-
fusion si singulière prouve que lire et com-
prendra sont choses très-différentes.
<i Maintenant, comment notre globe lour-
ne-t-il sur lui-même et autour du soleil, bu,
plus généralement , comment notre auteur
explique-t-il le double mouvenaent plané-
taire? Vous s^vez ce qu'en disent nos physi-
ciens du commun» depuis Newton jusqu'au
moindre de nos bacheliers. Mais de ce corn-,
mun-là notre auteur ne veut pas, et la force
tangentielle n'est nullement son fait. Voici
pourquoi et comment la terre ou une planète
quelconque tourne sur elle-ménae : c'est que
le soleil et la planète sont électrisés, que la
grande sphère est positive, el la petite né-
gative; el que la plus grosse attire et re-
pousse alternativement la plus petite . (P. 12G.)
— Vous riez ! et vous yous dites sans doute,
ô mon lecteur, que ces sphères électrisées
sont bien bizarres, et que la manière dont
l'auteur les fait agir l'une sur l'autre auto-
rise à croire qu'il ne comprend absolument
rien à nos théories électriques. Mais passons-
lui ses globes positifs et négatifs. Voyons!
que doit-il résulter de celte attraction et de
cette répulsion successives, supposées pos-
sibles? Le bon sens et le premier écolier
venu répondront qu'il en résultera une os-
cillation rectiligne d^ns \^ direction com-
mune des deux actions, ou sur la ligne des
centres. Notre auteur ne peut pas compren-.
dre cet axiome de mécanique élémentaire;
niais en revanche il comprend , à ce qu'il
parait, ce que nous ne comprenons pas,
savoir : que la plus petite des deux sphères
doit tourner sur un axe. — Ah 1... Et autour
du soleil? — Elle tournera par la même rai-
son, — Et quelle est cette raison ? — C'est
qu'elle échangera soi) action négative contre
1 action positive du soleil. (P. 126.) — Il n'y
a vraiment rien à n^pondre à cela. Mais est-
ce tout sur le mouvement de noire globe?
Non : attendez. 11 3[ a dans les trajectoires
rianélaircs deux poinls,^ l'aphélie et Je péri-
liéJie, correspondant au maximum et au mi-
nimum de la distance variable de la planète
au soleil. Qu'est-ce que ces points, uit notre
auteur? « La plus grande des d^ux. sphères
attirant la plus petite jusau'à ce que leurs
deux actions soient neutralisée?^., elle com-
mence alors à. la repousser jusqu'à ce que
la plus petite soit réduite à son action né-
gative; alors la grande reconanience à l'at-
tirer. Et voilà les deux poiuts de périhélie.
437
DED.
ET DE PALEONTOLOGIE.
DRB
458
«t d'a|)liélie expliqués sans sortir de la force
luniinique. » Que dire de ceci, sinon que
c'est de la mécanique céleste comme on en
ncut faire en mettant des mots dans un sac,
Ips tirant au hasard, et les accrochant les
•ins aux autres dans Tordre de leur sor-
tie (314}?
K Maintenant qu'est révélée, au moyen
du grand principe luminique, la Genèse de
notre terre, trans[)ortons-.nous à )a seconde
Rhase de son histoire, au déluge mosaïque,
otre auteur va nous donner sa théorie;
voyons ce qu'elle vaut.
« Dieu a résolu de détruire le genre hu-
main ; pour cela il ouvre les cataractes du
ciel et lait tomber sur la terre pendant qua-
rante fois vingt -quatre heures une pluie
composée, sans doute, de véritables torrents.
Dieu juge qu'une telle avalanche suffit à son
but, et c'est également notre humble avis;
mais le P. Debreyne est d'une opinion tout
à fait différente. La pluie dont parle exclu-
sivement Moïse ne lui suffit pas; il arrête,
lui, le mouvement de la terre sur son axe
pendant cinq mois, et de cet arrêt durent
résulter deux choses : d'abord, que l'océan,
continuant toujours son mouvement de ro-
tation, vint recouvrir les continents, et puis
<]ue la force cenlrifuse cessant avec la
rotation de la masse, elles durent prendre
une autre disposition d'ensemble, en se re-
parlant vers les pôles. Or, voilà plus qu'il
n'en faut pour noyer largement tout le genre
humain. Alors ce sera tout? — Non pas :
ii<)tre autour fait encore disloquer toute la
« route du globe et la met— sens dessus des-
sous,— ce qui, assurément, eût dispensé
Dieu de ses quarante jours de pluie. Or,
pourquoi l'auteur fait-il intervenir l'invasion
de i'Océan dont la Bible ne dit pas un mol?
Parce que sans cela nous n'aurions pas de
SYsiètoie. Et pourquoi la dislocation de la
croûte terrestre? Parce que c'est également
une nécessité de la nouvelle théorie. Alors
on est vraiment stupéfait de voir que Moïse
n'en parle pasill
« £}i bien I ce n'est qu un oubli de sa part ;
et il est convenu que les choses se sont pas-
sées comme notre auteur le suppose. Or, en
admettant ceci, il donne par le déluge l'ex-
plication et l'histoire de toutes les stratifl-
(âttons et fossilisations du globe; tous les
terrains, à partir du granit, ne sont que des
(iépAts des eaux diluviennos. Lcsdites eaux,
doti/etf au plus haut decré d9 la propriété la-
pidifanle^ se mirent a dissoudre toutes les
matières minérales et roches siliceuses d'é-
|ianchemeut (P. 215), et phis tard elles dé-
jKisèrent en bancs horizontaux les diverses
i/iatières qu'elles avaient dissoutes. Et voilà,
en résume, l'histoire des terrains secondai-
res et tertiaires, et des terrains de transition,
ici fies bancs de houille, de sel gemme et de
^rès et d'argile, avec Tordre et la puissance
(^li) Lapriurilé de cette théorie pour laquelle le
«> rie iqiie de M. Debreyne est saos piiié, appartient à
M. ChaubanI si fécond en idées singulières. (V. son
ouvrage Wniterê expliqué par la révélation)* C'est
4 lui que M. Debreyne l'a empninlrc. Crllc même
que vous leur connaissez. Ici nos lecteurs
retrouvent la théorie du déluge telle qu'on
la fit dans l'enfance de la géologie, et notre
auteur ne paraît pas se douter qu'elle est de
l'autre monde. Il ne paraît pas soupçonner
les nombreuses et décisives objections qui
ont été faites contre cette naïve synthèse.
Ces objections, il peut les trouver partout,^
et spécialement dans l'ouvrage qu'il cite dans
sa note (P. 187), ouvrage où elles sont fort
bien résumées, et dont notre auteur parle
comme s'il l'avait lu, tandis qu'il est à croire
qu'il n'en est rien, à en juger par son silence
sur ces objections. A moins, toutefois, ce
gui nous paraît plus probable, que, ne sa-
chant comment y répondre, il ait jugé plus
sage de les passer sous silence et de les
tenir pour non avenues, ^son siège étant
fait. — On pense bien, que l'espace nous
manquant, nous n'allons pas entreprendre
ici une réfutation qu'on trouvera à cette
adresse. Seulement, en laissant de côté toutes
les considérations de l'ordre physique, nous
nous contenterons de faire une remaraue,
au point de vue de la Bible elle-même. L au-
teur nous disloque et nous met entièrement
à l'envers la croûte primitive du globe , et
sur les fragments de cette écorce retournée
il dépose tous les bancs successifs de ma-
tières minérales; les anciennes forêts for-
ment un amas de houille profondément en-
terrées sous ces bancs. Eh bien I voilà qu'au
moment ou disparaît la dernière couche
d'eau diluvienne, la colombe de l'arche y
cueille un rameau vert d'olivierl Donc il y
avait sur cette terre des oliviers verdoyants...
et par conséquent, sans doute, toute la vé-
gétation ante-diluvienne; donc la disloca-
tion, le retournement et les dépôts qui au-
raient profondément enseveli l'ancienne
surfece de la terre, ne sont, d'après ce fait
biblique, qu'un pur rêve, mais de ces rêves
qu'on ne lait que lorsqu'on ferme volontai-
rement les yeux.
« Nous arrivons maintenant à la troisième
phase de l'histoire terrestre; car l'œuvre
dont nous donnons ici l'analyse est une tri-',
logie. Au-dessus des oancs minéraux propre^,
ment dits, il existe, comme tout le monde
sait, des produits d'une puissance compara-
blement neaucoup plus laible, que les gens
raisonnables attribuent précisément à notre
déluge, sinon à quelque autre ;. mais en tout
cas, pour les désigner, le mot diluviiïm a
passé dans la science, d'un accord commun
Si les stratifications minérales sont le pr.o->
duit du déluge mosaïque, comme notre au-
teur a pour agréable ae le supposer, il lui
reste à nous expliquer le diluvium qui en
est parfaitement distinct. Or,. il explique en
effet ces dépôts superficiels en les rappor-
tant— au déluge de Josuél — L'idée de ce
déluge n'est pas, il est vrai, de son ^inven-
tion; notre auteur est patroné sur ce point
théorie a élë soutenue 'par M. Fabbé Maapied dant
son ouvrage Dieu, Vhommt et le monde. Elle rreirest
pas devenue plus raisonnable. ( V. Tarticle Maumsi
dans ce ffirfionnaire.)
iL.'Y. Jehan ^dc Saint-Clavien.) *
i^d
DEB
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIC
bEB
4i0
].ar M. Cbaubard; mais Tiilée était trop pré-
cieuse pour aue notre physicien biblique ne
(a prit pas a son compte. Ainsi fait-il, et
Yoici ce que c'est que ]e déluge de Josué :
« Quand ce chef des Hébreux ordonna au
soleil de s'arrêter, ce fui la terre qui s'arrêta,
cessant de tourner sur son axe, et cela pen-
dant vingt-quatre heures; car notre auteur
ne comprend pas, dit-il, comment le phé-
liomène aurait pu se produire autrement. II
y a cependant des explications différentes et
irès-;Simples ; mais passons. L'effet de cette
station de la terre fut, nous dit-on, celui-ci.
D'abord, comme au temps de Noé» l'oc^i^r*
continuant sa route, se rua pendant vingt-
(lualre heures sur les continents qu'il sub-
mergea. £n second lieu, les eaux durent se
reporter de Téqualeur vers les pôles, ceux-ci
se relever, d'où nouvelle brisure de Técorce,
C'est ainsi que furent noyés une partie des
humains et que disparut ea particulier, avec
tous ses habitants, la grande Atlantide, dont
Platon raconte l'histore comme si elle s'était
passée sous ses yeux, et dont les indigènes,
apparemment plus mauvais sujets que les
autres hommes, furent anéantis; car ce dé-,
luge eut lieu parce que le genre humain
était redevenu méchant. Donc l'océan se
ru{(jit sur la terre ferme, y déposa ces cou-
ches de diluvium qu'on trouve partout, avec
ÏQS fossiles qui sont propres à ce dépôt.
(P. 312, 315.)
« Je pourrais ici contester la théorie phy-
sique de l'hvpothèse admise par l'auteur;
mais, pour djréfjer, je me copteuterai de lui
opposer trois petites observations tirées de la
Bible elle-même. D'abord, c'est que le nar-
rateur sacré ne dit pas un mot de toute cette
belle histoire qui eu valait, certes, bien la
peine. La seconde, c'est que Dieu avait pro-
mis bien formellement qu'il ne noierait plu3
jamais le genre humain, cjuclque mécnant
qu'il pût Ç.tre. Il aurait fait cependant tout
le contraire, dans Thypothèse dont il s'agit :
sans doute, pour faire plaisir à MM. De-
breyne et Chaubard , qui avaient besoin de
l'hypothèse; motif grave, à la vérité, mais
non suffisant toutefois pour que Dieu man-
quât h sa parole. En troisième lieu..., regar-
dez donc ua peu sur la carte, là où les deux
nations se battaient. La mer continuant sa
route d'occident en orient, ne voyez-vous
f)as aue l'effet immédiat de cette invasion
)rutaie eût été de noyer et les Gabaonites, et
les Hébreux, et Josué lui-même? — C'était
bien la peine à lui d'arrêter le soleil I — A
moins qu'on ne suppose ici un nouveau mi-
racle de la mer Rouge au profit des uns et
des autres; de quoi l'auteur sacré ne dit pas
un mot, ce nous semble. En fait d'autres
miracles , il nous cite la pluie de pierres
tombées sur les Gabaonites, ce qui n est pas
précisément la même chose qu'une invasion
des eaux de la mer.
« — Voici donc sommairement l'analyse
de l'histoire du monde telle que notre au-
teur l'a vue clairement et manifestement
daus la Bible. Sa géogonie porterait en tête
un certificat daté du mont Horeb, et signé
Moïse, qu'il ne témoignerait pas pour elle
une foi plus ardente, un respect plus pro-
fond. Mais nous n'atteindrions pas notre but
d'une manière complète si nous nous bor-
nions k cet exposé. Nous allons, par une
petite revue rétrospective, donner à nos lec-
teurs les échantillons que nous leur avons
promis. Des idées hétéroclites, des conlra-
diclions, une physique 1... sui generis^ tout
cela abonde; mais"*, restreict par l'esiace
nous éprouvons un très - grave eoibarras
pour le choix. Prenons un peu au hasard,
cela reviendra au même.
« Nous disons — dans notre physique vul-
gaire -— que le caloric^ue est l'antagoqisie
de la cohésion, qu*il 1 affaiblit en dilatant
les corps, et qu'à un degré suffisant de ten-
sion, il la détruit, en faisant passer les
corps à l'état liquide et à l'état gazeux; —
suivant notre auteur, au conlcaire, le ca-.
lorique est le principe de la cohésion l
(P. 55-85, ei passtm)
ft Nous avons déjà vu (p. 89) que l'accrois-
sement de la densité a pour effet de rendre
la cohésion impossible I
« L'auteur nous apprend (p. 117) que la
direction de Taiguille aimantée est « cens-
t(inle, et qu'elle est dirigée vers les pôles do
notre globe. » D^ux hérésies monstrueuses 1
qui prouvent que notre auteur n'entend
rien au magnétisme et ne comprend pas la
boussole. 11 â bien entendu parler de ses
déviations; mais il croit que celies«ci se
réduisent aux écarts accidentels produits
par la foudre et les aurores boréales I — 11
nous dit que lear barres de fer exposées à
l'air prennent la vertu magnétique,, co. qui
est vrai dans certains cas, et ce que nous
expliquons, nous, physiciens du commun,
par Taction magnétique du globe qui agit
suivant une composante verticale. Notre
physicien biblique nous apprend que le phé-
nomène est dû aux rayo»s du soleil 1 (P. 50.)
— Plus loin (p. 52), on rencontre un ef-
froyable pathos, où l'auteur confond dans
un même sens, les pôles de la terre, et les
pôles des substances magnétiques, raals qui,
chez les physiciens — du commun — sont
pris dans des acceptions tout à fait diCé-
rentes.
« On sait que les vovageurs aériens ont
peine à respirer dans les hautes régions,
par suite de la raréfaction de l'air. Les phy-
siciens du commun disent que cette raréfac-
tion provient de ce que les couches atmos-
phériques élevées portant moins de couches
au-dessus d'elles, sont moins comprimées,
et par suite moins denses. — Notre auteur,
pense (p. 119) que... la raréfaction est pro-i
(laite par la rareté des particules cosmiques!
a II ne croit pas non plus que la pluie et
les nuages et les brouillards soient formés
d'eau, ou de vapeur d'eau 1 1 1 La raison qu'il
en donne (p. 130), cest qu'il v a des brouil-
lards très- froids. D'où il conclut que ce.nest
pas le calorique qui les retient à l'état de
vapeur. —Ceci est singulièrement raisonné,
et il devrait nous dire, lui, ce que c'est que
les nuages. Il avoue qu'il n'en saitri**à;
441
DEB
tT DE PALEONTOLOCIt:.
DKO
142
msi ea qu'îl ne sait pas non [Jus, et ce que
tous les écoliers sarent, c'est que les corps
qu'il api^eUe froids contiennent du calori-
que, si liasse que soit leur tea]j>érature.
t Od lit (p. 331) gue Tagenl vital de Vuni-
niters^ en $e constituant en ce que la science
appelle calorique latent « cest-à-dire en force
.de cohésion, etc.. — Toujours la chalrur-
cohésionl — Mais je reinarv-*<^ dans cette
phrase et dans d auires [passim] que l'auteur
emploie de telle sorte L mot de i alorique
latent, qu'on reconnaît qu*ii i-^no>*e le sens
très-précis qu'on donne à ce mot en piiysi-
oue ; et ce sens se mpfiorte à un principe
fondamental dont l'auteur parait n'avoir pas
Ja moindre idée.
« Voici maintenant quelque chose de plus
curieux que tout cola. L'auteur pense que
la terre ne commença ses mouTcments que
U' quatrième jour; c'est fort bien. Mais il
croit que le mouvement général du ciel corn-
mesura des que la lufiiête parut , c'est-à-dire
a.i premier jour. (P. T8.î — A moins d'une
élourJeric prolijjieusc,' incroyable, inaJ-
uii^sible, notre auteur croit aux douze cicux,
e: à la sphère de cristal d'Aristote. Ck)mnient
uonci le mouvement général du ciel? Mais ,
e>t-ce qu'il j a un mouvement du ciel? Si
par là TOUS entendez ce que nous enten-
Ujos, nous autres gens du commun, ce
laoavement général du ciel n'est qu'une
a^iparence causée par !e mouvement propre
de la terre; or, vous venez de dire que,
pendant trois jours encore, la terre était
i.niiiobîle ! ! ! — Donc, ou l'auteur parle sans
rooiprendre ce qu'il dit , ou bien il croit à
i^D ciel solide qui tourne. Cette dernière
!:ypothèse parait la vraie, quand on lit les
l'azes 160 et 161. L'auteur s*^ montre sîn-
u'uTièrement indulgent ix)ur 1 idée d'un ciel
cai;fyrée dont on apercevrait la lumière â
travers les brèches et Us trous du ciel des
€ oiUs, Donc celui-ci serait un ciel solide,
c'»mme le pensent plusieurs graves aulori-
t'rs, f armi lesquelles l'auteur cite Ana-
xa^ore !
• Le lecteur trouvera sans doute dans les
cîtatîoDS qui précèdent, autre chose que ces
erreurs indifférentes qui sont absolument
compatibles avec un certain corps de notions
exactes; ce sont des énormités qui entament
h science à fond, qui la bouleversent radi-
calement, et telles que n*en rêvent pas les
personnes qui possèdent quelques rudiments
'i'éludes physiques. Qu'on juge parla quelle
errance manipulation, quelle effroyable mix-
ture doivent résulter du travail de Tauleur
ar»oliqué è de nombreuses questions cos-
uiz |ue5;caril explique tout, notreauteur,
av-?c son a^ent éthéré biblique elnniverscl ;
il expliqMC tout ce qui précède, |)lus Ces-
p-o^r, rattraction^ les réactions sidérales^ la
K fêMâte des graves, la lumière phénoménale y les
i^yhulruses, les comités, les volcans , la pous-
* Irrt cosmique, les aurores boréales, les nébu-
t*^ tses^ les comètes, les étoiles filantes, les 6o-
i'(/^s, etc... 11 explique les laves, qu'on
pré;*fnd fiarfois être incandescentes, mais
Çu« ne paraissent telles q^ie parce qxi elles con-
tiennent du soufre! — H explique les filons
métalliques | ar l'influence. . . riu soleil, les
courants héliaques, comme on disait au l>6n
temps des astrologues et des alchimistes. (P.
9)k et 248.) — Il dit surtout une foule do
belles choses, peu intelligibles à la vérité
sur la pile vollaïque, qu'il propose d'appe
1er désormais un photogène, idée dont il sa
montre fort satisfait « mais qui ne vaut pat
les deux lignes qu'on emploierait à roonlroi
que cette dénomination est détestable. Quoi
qu'il en soit , il exalte sa puissance ( è la -
quelle il ne comprend rien): il la voit
pro^Tessant, sous le nom de pbotogène ,
jusqu'à produire ia décomposition des mon-
tapies et leur évaporation en fumée ( pag.
63) ; il la voit surtout dans la main € de
Vhomme de péché... n de l'antechrist, qui
fera avec la pile vo1taï(]ue d'inimaginables
prodiges ! Mais quelle |.ile ce sera, grand
Dieul Heureusement q't^c — les élus ne se
laisseront pas séduire, — et que la. Provi-
dence ayant fait éclore |K)ur eux le livre ce
notre auteur, quand l'antechrist leur mot. -
trera ses prestiges, ils répondront net au
malin : Connu !. . . c'est le photogène I
« Si je voulais citer la dixième partie des
non-secs, c'est-à-dire de ces phrases, de
ces réunions de mots que ne peuvent com-
prendre ni le lecteur ni l'auteur lui-même,
il me faudrait doubler l'étendue de cet arti-
cle. J*ai noté à ce point de vue un très-grand
nombre de pages, mais je dois me contenter
d'une citation comme spécimen en ce genre.
L'auteur parle ( p. 212) du déplacement suc^
cessifdu périhélie, cest-à-dire du déplacement
presque insensible de fajre de la terre. — Or,
il n'y a absolument aucun rapport entre le
périhélie et Taxe terrestre; ce sont des mots
qui sont fortétonnés de se trouver ensemble,
et l'anteur ne comprend le sens ni de l'un
ni de l'autre.
• Pour citer dans le genre — galimathias,
— il faudrait transcrire une bonne moitié
de l'ouvrage; à commencer par le grand
principe universel et fondamental : cette
force luminique, qui est l'action du Verbe
divin, se manifestant en lumière phénomé-
nale, qui n'est point matière, mais qui se
combine avec la matière pour former les
pôles de tous les atomes et les courants élec-
tri(tues. Toutefois , je m'en voudrais de pri-
ver mes lecteurs d'un échantillon spécial,
de celui-ci, par exemple (p. 168): — l'n
principe fc mouvant spontanément, après ia
création de son type , dans chaque animal ,
ne peut être autre que celui d'une révolution
comme le tourbillon circulatoire. Ainsi, en
retournant sans cesse sur lui-même, il rentri
tout en lui, et s* engendre toujours, parce quit
possède son principe (faction et ne dispersi
pas ses forces. En se maintenant dans f équi-
libre et en tout sens, il se rend perpétuel et
autocrate... et tel qu'un principe immatériel,
il ne présente qu'une force pure. Hein 1 vous
comprenez?
« Dans le ,^enre — conlradiclion, — je ci'^
terai aussi un seul exemple. On lil(p. 69'
que les atomes de la «matière éléni^ctairt
443
DEB
DlCTlONiNAIlŒ DE COSftIOGONIE
DEL
444
sont sans pesanteur^ et pour le système, il
faut qu'il en soit ainsi. Mais (pag. 80) on
nous dit que ces atomes ont des pesanteurs
spécifiques différentes; et pour le système, il
faut aussi que les atomes aient de la pesan-
teur! Arranger cela vous parait diiliciïe;
pour un physicien comme notre auteur ,
et — qui ht dans la Bible ! — ce ne p^ul être
qu*un jeu.
« Enfln dans le genre — idées cornues, —
je dois me restireindre aussi à une citaiion ,
mais telle, j'en réponds bien, que mes lec-
teurs consentiront à me dispenser du reste.
C'est à la {)age 66 qu'on trouve cette perle de
Timagination. La force tuminique produit
partout, c^mme vous le sav^z, deux pôles :
pôle d'attraction, pôle de répulsiou; mais
ces actions adverses, écoute? bien :
« Ces actions adverses sont la base des
«sexes (1) qui, parfaitement séparés dans les
«animaux, se réunisseiit sur le mémçindi-
« vidu dans les classes inférieures des êtres
«(Oiganisés, eisont enfin inséparables dans
« chaque molécule de matière {!!), Et s'il est
«permis d'employer cette expression, pour
«faire comprendre la nature delaric miné-
« raky cha({ue atome est hermaphrodite (///). »
— Donc, je suppose, les atomes des cail-
loux ont de la famille. Malheureuse-
ment, sur ce point, le professeur laisse noire
instruction incomplète.
« En voilà assez , n'est-ce pas?
«f Mais. Ton me demandera pourquoi j'ai
entrepris Fanal vse, pourquoi je pul)lie le
compte rendu d un tel livre où la science cl
le bon sens sont outragés à chaque pa^e ,
d'un livre manifestement au-dessous de toute
critique? Et, à un autre point de vue, on
pensera peut-être que la charité m'eût fait
un devoir de laisser dans l'ombre ces mi-
sères intellectuelles, commeellenous com-
mande de jeter un voile sur les difformités
physiques du prochain? Ahl sans doute,
nous eussions gardé le silence sur cette
triste rhapsodie, si l'auteur était un de ces
écrivains isolés qui portent seuls la respon-
sabilité de leur œuvre, et ne compromettent
que lear insignifiante personne. Mais ici
c'est un homme infiniment respectable d'ail-
leurs, et à qui son caractère et la science
qu'on lui prête concilient une sorte d'auto-
rité; cet homme se pose en paladin de la
Bible, en pourfendeur des mécréants, en
vengeur patenté de la parole divine contre
la science profane, et qui embouche la trom-
pette vers les quatre points cardinaux pour
prendre l'univers à témoin comme quoi la
cause de Dieu est sauvée par son fait. Faut-
il donc laisser notre Genèse sous le stigmate
du ridicule que lui impriment de pareilles
excentricités ? Faut-il que par considération
pour les personnes, nous acceptions, en si-
lenee, la responsabilité d'une œuvre préten-
due scientiuque, que refuserait de signer
un magister de village, et qui, au con-
traire , semblerait élaborée 'wr quelque
(^M\) A celle verve, \ criic science si lucide, tout le inonde a reconnu Tautcor des Soirées de Ifo*!-
Ihérg
ennemi perfide pou^fairc rire, aux dépens du
presbytère, tousles maîtres d'école dos qua-
tre-vingt-six départements ? Non : c'est l
nous surtout qu'il convient d'être sévères
pour ces déplorables élucubrations ; et il se-
rait temps peut-être que la presse catholique
mit un terme à ses funestes indulgences, et
ne signât qu'à bon escient les passeports
qu'elle délivre à des pauvretés lamentables,
ou par égard pour la personne de leurs au-
teurs, ou qn vue des intentions estimables
qui leur ont mis la plume à la main.
« Qu'on nous permette encore un mot sur
le sujet qui nous occupe. Si nos lecteurs
nous en croient, ils n'accepteront jamais,
jamais ne chercheront eux-mêmes un sys-
tème de géogonie biblique pouç expliquer
la composition de Técorce minérale du globe.
S'il vous arrivait de tomber sur la vérité,
— ce qui est tout au moins peu probable, —
vous n'en aurez pas moins, et vous aurez
éternellement des contradicteurs Or, rejetez
ces conlraJicteurs an delà des six jours gé-
nésiaquQS , entre le premier et le second
verset, entre la création générale de la ma-
tière et la première phase de sa dernière
organisation dont Moïse nous fait l'histoire;
donnez aux géologues ce vaste champ, celle
durée indéfinie, pour y manipuler à Taise,
et y placer toutes leur^ métamorphoses de
la terre. Ils feront bien des systèmes suc-
cessifs et antagonistes , bien des syslèn-es
bons ou mauvais,, mauvais surtout; mais,
mauvais ou bons, laissôz-les faire à d'autres;
et restez, comme la Genèse elle-même — dé-
sintéressés dans la question. — Ce terrain
est-il celui de la vérité pure ? c'est ce que
j'ignore; mais, tout au moins, comme hypo-
thèse, il est inattaquable. C'est sur lui que
se sont placés Buckland et bien d'autres
auteurs ; et chaque jour nous prouve que
ceux-là sont les plus sages (315). » — ^oy.
BUGKIAT^D, MaUPIKD, Cha.UBARD, JEHAN (dK
Saint-Clavien).
DÉDUCTIONS CLIMATOLOGIQUES ET GÉO-
cnAPHiQUEs tirées de l'étude des animaux
fossiles. Voy, Physiologie paléontologiqub.
DÉFORMATIONS des fossiles. Voy. Per-
turbations géologiques.
DÉGÉNÉRESCENCEdans l'accroissement
des coquilles. Voy, Mollusques.
DELUC, savant géologue genevois. — Par
ses Lettres sur Vhistoire de la terre et ses
Éléments de géologie , Deluc a eu quelque
influence et en a môme encore sur certains
théolfïgiens. Voici un résumé do ses idées.
11 ne fait commencer la chronologie de
Moïse qu'à la création de rhomme. Pour
lui les six jours de la création ne sont plus
des jours de vîngt-quatre heures , mais ils
sont, comme pour BulTon, des temps ou
périodes que l'on peut prolonger et étendre
a volonté. Pour former le monde, le Créateur
a employé les causes secondes, comme il les
emploie pour le conserver : c'est la thèse de
Bunon mitigée.
415
œt
ET DE PALEONTOLOGIE.
DEL
446
v
Deiuc sappose que toutes les couches de
nos continents , sans en excepter celles de
granit, ont d*abord fait partie d'une sorte de
ngoide aqueux , masse informe et confuse
d éléments divers, qui courrait tout le globe
primitif. Le Créateur, en communiquant à
ce chaos une certaine quantité de lumière, y
fit oattre les précipitations chimiques qui
en ont séparé successirement les ëlémeut^
et les ont étendus par couches horizonta.es.
Les substances qui serrirent de base aux
premières couches, en [vissant de Tétat de
palTescules à l'état massif, formèrent de
vastes earités souterraines où elles s'enfon-
cèrent et se rompirent inégalement. Les af-
Ciissements s*étendirent à une grande partie
de la surface du globe , et les dépressions
qai en résultèrent furent remplies par les
eaux et devinrent les premiers ba.^'Sins des
mers. Cest alors qu'apparurent les premiers
continents , beaucoup plus étendus que les
nôtres. Le soleil ne les éclairait pas encore,
lorsqu'ils se peuplèrent de végétaux plus
grands que les espèces actuelles, et de genres
si différents que l'on voit bien au'ils se dé-
veloppèrent sous le règne de fa lumière,
sans soleil. Leurs débris ont formé plus tard
rantbracite et la houille. Ces événements
s'accomplirent pendant les trois premiers
ymrs oupériodesindéterminées de la Genèse.
Les causes terrestres ayant ensuite éprouvé
ije grands changements par l'influence du
^leiU produisirent dans le liquide plusieurs
autres sortesde précipités, et donnèrent lieu
à la formation des couches de pierre cal-
caire, grisâtre , à ^ain fin , où ion trouve
les premiers vestiges d'animaux marins.
Dans cette même période les volcans se ré-
jiandirent en laves, et les couches de pierre
sableuse, la houille, la craie et le sel gemme
furent dé[K)sés.
Le liquide et Tatmospnère subirent en-
core de nouveaux changements, il en résulta
des couches différentes et des animaux ma-
rins de diverses espèces dont elles contien-
B«fnt les débris. A cette éj.'oque toute l'épaîs-
M.'ur des couches s'affaissa pour la seconde
fois et donna lieu , en se brisant , à nos
irrandes chaînes de montagnes et à tous les
^^^ordrcs que l'observation y découvre.
Laccomplissement de cette suite de phéno-
r 'en es correspond aux périodes des qua-
triènae et cinquième jour, de la Genèse.
Dans la sixième période les précipités ne
contenaient presque plus de substances
j ropres à former des déi;ôts solides. Ce sont
l'-s couches meubles de la surface de nos
(^^nlineuts <pii offrent au5si des traces de
^'ranJes catastrophes. Elles contiennent des
^^•^fiouilles d'animaux terrestres, et sont si-
^ués dans des climats où ces animaux ne
/«"iurraîent plus vivre parce que la tempé-
^ -3lure s'est refroidie. La mer recouvrait
^"^ncore nos contrées dans le temjis où vécu-
t'Xit ces grands quadrupèdes, puisque leurs
-^Javres occupent des couches qui renfer-
f leol aussi des restes d'animaux marins ; il
'*'st donc |ias permis de supposer, avec
'«iiTon, que les animaux terrestres repré-
sentés par ces fossiles auraient émigré d'un
autre climat dans le nôtre. 11 arriva donc
aux animaux terrestres ce qui était arrivé
aux végétaux des houillères : ceux qui ha-
bitaient des tJesdonile sol n'avait pas encore
atteint une base solide furent enveloppés
dans les catastrophes de leurs demeures;
quelques-uns voulurent se sauver à la nage
et périrent dans les flots , les courants les
voiturèreut jusque dans nos contrées qui
étaient alors occupées par la mer. Telle est
l'origine des cadavres qne nous retrouvons
dans nos couches.
L'homme, créé le dernier, vivait en fa-
milles peu éiiarses ; il a péri avec son habi-
tation, quand par un grand et dernier affais-
sement, les continents primitifs s'écroulèrent
au sein des cavités souterraines. La mer se
pr(i:'ipita sur ces terres et engloutit dans ses
|:rofondeurs les générations qui les habi-
taient. Cette catastrophe est le déluge uni-
versel, décrit par Moïse. Alors parurent tout
k coup nos continents actuels formés sous
la mer, et mis k jour par le déplacement des
eaux. Dans les couches meubles de ces nou-
veaux continents étaient ensevelis pêle-mêle
les restes des quadrupèdes qui avaient b£-
bité les lies écroulées avant le déluge, et les
débris des cétacés qui avaient peuplé les
mers. La conservation de tous ces restes que
l'on retrouve encore presque entiers dans
les pays froids , et le peu d'épaisseur de la
couche de terre végétale qui recouvre nos
continents, concourent à prouver que leur
éniersion ne date point de siècles très-éloi-
gnésde nous.
Le déluge opéra dans le sol et l'almOs-
1)hère des changements qui ont pu abréger
a vie humaine, entraîner l'extinction de
quelques espèces d'animaux; mais depuis
ces grands et derniers événements tout est
demeuré dans le repos; nulle couche ne
s'e>l formée, la température n'a pas varié
sensiblement et les es|)èces végétales et
animales ont cessé d'être exposées aux ré-
volutions qui désolèrent le monde dans
les premières périodes de son histoire
Telle est en substance îa théorie un peu
confuse du géologue genevois, dont 1 in-
fluence a longtemps iiropagé les préjugés
dans le vulgaire. Au lieu de maintenir la
science dans la voie de l'observation où
Buffun et Pallas l'avaient placée, il la rejette,
à la suite de Woodward et des autres géo-
logues anglais, dans celles des hypothèses,
où Cuvier la continuera, en habillant un peu
les suppositions de Deluc, de Woodward et
des autres. « Deluc ne cherchait roint,
comme Buffon et surtout comme Pallas, à
expliquer ce qui est arrivé par ce qui arrive ;
car, selon lui, il n'arrive plus rieii: mais il
l'attribue, comme à sa suite le fera Cuvier,
à des causes extraordinaires qui n'existent
Îilus'dans le présent, et dont l'existence dans
e passé est une supposition qu'aucun lait
n'autorise.
« Quoique Buffon eût si bien démontré
que les coquilles ne sont pas des médaillée
du déluge comme on les appelait, bcaucuup
U7
DEL
DICTlOiNNAIRË OR COSMOGOlM:::
DEL.
Is naturalistes, après lui, soutinrent eocore
cette thèse. L'uiio des moindres difficultés
quelle présentât, était d'expliquer comment
la mar avait pu fournir, à la môme époque,
autant de coquilles qu'il s'en trouve dans
tous les terrains. Un auteur croit l'avoir
résolue par Tétranse supposition que les
germas des animaux et des vé^'élaux répan-
dus sur la terre et dans l'air, avaient été
dispersés par les courants diluviens sur tous
[es î>oints de la surface du globe, cl enfoncés
jusqu'à deux ou (rois mille pieds de profon-
deur dans les entrailles de la te;Te, où ils
avaient ensuite pris naissance, s'étaient
développés, et avaient, en mourant, laissé
leurs dépouilles. On croyait la religion in-
téressée àvCe débat. Ou ne voyait pas com-
ment des animaux et des plantes terrestres
qui n'auraient vécu .p'après le déluge, pou-
vaient se trouver enfouis dans les couches
de nos continents, et en accordant que ces
animaux et ces piaules eussent vév*.u et
eussent été ensevelis avant le déluge, on
craignait que cette opinion n'entraînât pour
le monde une trop haute antiquité» et n'é-
branlât les croyances chrétiennes, en dé-
mentant la chronologie de Moïse. De là une
foule d'explications, telles que la précéden-
te, toutes plus singulières les unes que les
flulres et qui n'expliquaient que l'absence
'iu sens commun et l'ignorance de leurs au-
teurs. Les choses en étaient là quand parut la
théorie de Deluc; elle sembla propre à tout
concilier. Au moyen d'une interprétation
nouvelle des jours de la Genèse^ elle mettait
des siècl'es à la disposition dc$ causes se-
condes poij^r l'accomplissement des phé-
noinènes géologiques. Elle expliquait la
création et le deJuge; elle annonçait même
qu'il existe une sorte de correspondance
entre Tordre chronologique des différentes
créations et celui que les fossiles affectent
dans les couches de la terre. Ces caractères,
revêtus de si excellentes intentions, ont fait
sa fortune. 11 reste à savoir si, comme
œuvre scientifique et religieuse, elle méri-
tait l'accueil que lui fit le mond^
« Nous ne dirons rien de Ja difficulté
qu'on éprouve à concevoir cette croûte min-
ce et légère du globe, suspeudue sur les fra-
giles cloisons de ces immenses cavernes
souterraines dans lesquelles le monde anté-
diluvien se serait eUo'louti, et dont l'idée,
empruntée à Woodward, semble n'avoir été
introduite dans la théorie que pour expli-
quer le déluge, et le mélange de fossiles
d origine et (Tépoque diverses dans les cou-
ches du sol. Nous ne parlerons point de ces
précipitations chimiques qui auraient pro-
duit les roches granitiques comme les roches
sédimenteuses, et qui différaient si essen-
tiellement de ce qui se fait actuellement dans
les eaux, puisque, d'après notre auteur, il
ne s'y fait plus rien, et que tout est demeuré
dans le repos depuis que ces précipitations
ont cessé. Au lieu de discuter la valeur in-
trinsèque de ces causes hyj)othétiques, dont
le géologue de Genève a rail la base de sa
théorie, on peut ni«T les effets qu'il leur
448
attribue, en opposant les f^its contraires
fournis par l'observation positive.
« Deluc prétend que les variations du li-
quide dans lequel les matières minérales se
sont précipitées ont produit des pierres dif-
férentes ; et la vérité est que chaque époque
de l'écorce terrestre renferme toutes les
espèces de pierres : à toutes les époqueis ou
trouve des grès,^des sables, dos calcaires,
des argiles, et des matières charbonneuses.
tf 11 prétend que les substances minérales,
des coches ont été précipitées, tandis que
les animaux et les plantes ont été ensevelis
sous les ruines de la croûte terrestre, comme
un homme sous les décombres de sa maison;
et les faits prouvent que tous les fossiles oui
été apportes un à un nar les mêmes causes
qui ont apporté grain a çrain tous les autres
matériaux des couches; ils prouventde plus
que ces couches prises dans leur ensemble
sont le produit du mouvement alternatif, sur
des points, et simultané sur les autres, des
eaux de la mer et de celles des courants con-
tinentaux et dQS l^s...
« En outre, il n'existe point, comme l'a
prétendu Deluc, de concordance entre l'or-
dre de la création des êtres, et celui de leur
apparition dans les couches du sol. A cet
égard ses observations sont complètement
erronées. Les végétaux qui, selon lui, de-
vraient paraître les premiers, ne se sont
montrés jusqu'ici qu'un peu après les co-
quilles , les .poissons et d'autres animaux
marins. Les animaux terrestres qui ne
devraient se rencontrer que dans la sixième
période de Deluc , c'est-à-dire au sein de
nos couches meubles et supcrflcielles, exis-
taient longtemps au[)aravant, puisqu'on en
trouve dans les terrains jurassiques et dans
les tertiaires inférieurs et moyens.
tf Nous insistons sur ces faits, ils sont im-
portants et tendent à conGrruer le sens litté-
ral du texte sacré. Sur tous les points oh les
géologues ont porté leurs recherches, les
couches sédimenteuses les plus profondes
ont présenté des animaux marins seuls ou
associés à des plantes; mais les Y>lanlesne
se montrent point seules avant les animaux;
c'est Jà un fait général ou du inoins sans
exception jusqu'à ce moment. Or, si les deux
jours écoulés entre la création du règne vé-
gétal et celle des premiers animaux, eussent
été, comme Deluc le veut, des périodes de
plusieurs milliers d'années, les premiers
dépôts formés par les eaux n'offriraient encore
que des débris de végétaux ; les mollusques,
les articulés, les poissons, etc., ne se ver-
raient que dans des couches t^eaucoup plus
élevées; car du moment que les lleuvesel
les mers ont existé, les courants ont com-
mencé à entraîner et à déposer les matériaux
mobiles qui se trouvaient sur leur passage;
et puisque l'observation des fossiles établit
3ue dès le commencement ils traversèrent
0 vastes forêts, que de nombreux végétaux
se développèrent sur les bords de leurs
bassins, il en faut nécessairement conclure
que de grands dépôts d^anthracite et de
nouille auraient dû s'ac<jumuler pendant le
M
DIX
ET DE paleontolo:îie.
DET
4S0
cours de ces deux périodes avant Tarrivée
dans les couches du sol d'aucun animal fos-
sile soit terrestre, soit aquatique. Ainsi ces
longues périodes de durée inconnue ne s'ac-
cordent pas mieux avec les faits géologiques
ou'a?ec le texte sacré.
« Si le troisième jour, qui fut ceiui de )a
rréalion des plantes, avait été l'un de ces
immenses intervalles de temps que suupo-
^nient pour Deluc les révolutions du globe,
ri feudrail admettre, avec lui, que les végé-
taux produits par la seule lumière et le
raloriîjue , appartenaient à des espèces
lrès-diirt*renles des nôtres, puisqu'elles se
développèrent sans rintervcntion du soleil,
cl qu'elles vécurent longtemps avant l'appa-
rilion de cet astre, et c^îst ce que Tobser-
valion ne permet pas de soutenir. Les
espèces végétales de la houille et de l'an-
thracite étaient ordonnées comme les nôtres
par rapport à la lumière du soleil ; elles
^e sont développées sous son influence ;
les animaux fossiles qui les accompagnent
dans les plus anciennes couches avaient des
yeux; les yeux des trilobites, genres de
crustacés propres aux terrains primaires,
sont par leur organisation tout à fait analo-
gues à ceux des crustacés actuellement
existants : les |yeux des ichlhyosaures ren-
ferment un appareil tellement semblable à
c^lui qu*on trouve dans les yeux de plusieurs
animaux, qu'il nous est impossible de douter
que ces yeux fossiles ne fussent des appareils
opiiques calculés pour recevoir de la même
manière la lumière qui transmet encore la vi-
<\i)u dc5 objets aux animaux de notre époaue.
Ce* le conclusion est confirmée par ce fait géné-
ral que toutes les tôles fossiles de poissons ou
«le repliles, quelle que soit la formation
;:éoJogiifue OÙ elles se rencontrent, offrent
t;vs cavités orbitaires pour que des yeux
.lient pu y être logés, avec des trous pour le
jta^sa^e des nerls 0])liques, bien qu il soit
jïirf de retrouver dans ces cavités quelque
ri\s!e iie Tœil lui-même. Le soleil et la
iuniîére ont donc existé à toutes les époques
f;éologic|ues.
m Les plus grands végétaux fossiles ne sont
)<ds plus gigantesques que nos arbres des
l'oréls du Nord ; nous avons des* plantes
riquatiques, comme le fucus gigantinus^ dont
e5 tî^es ont ulus de 300 pieds de longueur.
l'Ist'Ce aussi fe calorique qui a donné des
irojjortions gigantesques aux reptiles des
i-rraiiis secondaires, et à nos grands mam-
liîl'ères des terrains tertiaires? Les dilfé-
ences spécifiques qui existent entre nos
• lantes et celles des anciens terrains ne sont
i plus ni moins grandes que celles qui dis-
loquent nus végétaux et nos animaux d'Eu-
ojK» de ceuxd'Aniérique ou de la Nouvelle-
if il lande ; leur cxislence et leur extinction
:e supposent aucune révolution, aucun
i-ian^ement, aucune diiïérence appréciable
3ns les conditions générales de la vie à la
'jrfacc du globe.
m Ainsi cette interprétation nouvelle du
mol jour de la Ccncse^ imaginée par Delnc
pour concilier la Bible avec l'observation,
telle qu'elle se présentait alors, aurait pour
résultat de les mettre en opposition l'une
avec l'autre; et lî'eit l'observation elle-mê-
me, l'observation plus sérieuse et plus éten-
due, qui nous ramène au sens littéral dont
on n'aurait jamais dû s'écarler, parce qu'il
est le seul vrai, le seul raisonnable, le seul
conforme à l'esprit général de la Genèse^ et •
en particulier ae l'histoire de la création.
« Ce n*est [as le seul reproche que la cri-
tique sacrée ait à faire à la théorie de Deluc.
Dans celte théorie, en effet, les périodes
indéterminées ^e terminent par des révolu-
tions qui délruisent les créations existantes;
or, il n'est pas croyable uue Thistorien
qui raconte les créations de chaque jour ou
période, eût gardé un silence absolu sur les
révolutions qui auraient détruit le soir
l'œuvre du matin. En un mot, la théorie de
Deluc est, sur tous les points, opposée à
l'unité harmonique de l'histoire de la créa-
tion, telle que nous l'enseigne Ja Genèse.
Comment se fait-ii donc qu'une pareille
théorie ait été et soit encore non -seulement
adoptée, mais défendue avec une sorte de
colère partant d'esprits qui se proposent de
défendre la révélation (316) » ?
DÉLUGE mosaïque, eorplique-t-il toutes
les stratifications et fossilisations du globe?
— Voy, CUAUBARD et DEBIlKTffE. — A^l-H été
une irruption de VOcéan? — Yoy. ibid. —
A-t'ii été universel/ — Voy. ibid. ^-Quelles
sont ses causes? — Voy, ibid., et de olus
Klee, Dalvas, etc.
DÉLUGE DE JOSUÊ. — Voy. Debaktnb et
Cdaubard.
DESCARTES, son opinion sur les fortes de
ia matière. — Voy. Laplace.
DESDOUITS, son opinion sur le rMt de
la Genèse. — Voy. Jehan (de Saint-Clavikx).
— Réfute la cosmogonie du R. P. Debreyne
— Voy. Debreyne.
DESMARESÏ. — Voy. Géologie.
DESTRUCTION et RÉFORMATION scn-
CESSIVES DU MONDE. — Voy. GéOLOGlB. — Opt-
nion de Mgr Wiseman. — Voy, Jehan (db
Saint-Clavien).
DEVONIEN (dérivé de Devonshire, comté
d'Angleterre). — Nom donné par M. Mur-
chison au deuxième étage des terrains pa*
léozoïques. C'est dans cet étage que les rep-
tiles paraissent [our la première fois. On
connaît en France l'étage dévonîen le mieux
caractérisé. Sur le grand massif de la Krela-
gne, il occupe, d'après MM. Dufrenoy et Elie
Ue Beaumont, une bande parallèle au cours
de la Loire depuis Cliavaignes, en passant
par Rablay, Chalonnes, Ingrande (Mainc-el-
Loire), jusqu'à Ancenis et Riaille (Loire-In-
férieure). Cn autre lambeau se voit, d'après
M. de vcrneuil, dans la même direction,
d'Angers à ChAleaubriand. Un autre occupe
Viré et Brulon (Sarlhe), et s'étend probable-
ment à Gahard, près ue Rennes, k Izé, près
de Vitré (Illc-et-Vilaine). Quelques autres
(:>trj M. l'ablié UArpicD, Diat r homme eî lemonde^ t. IIL
451
D£Y
DiCTîONNAlKE DE COSMOGONIE
DEV
ils
«d montrent à la Daronnièrc (Mayenne), dans
1a rade de Brest, à Kcrlever, au Faou, à Tlle
Ronde, à la presau'île de Crozon (Finistère),
k Néhou (Manche). Dans le nord de la France
on en voit un lambeau très-remarquable par
.ses,fossiles, à Ferques (Pas-de-Calais) ; puis,
à Bellignies (Nord), et à Montrepuis (Aisne),
commencent des surfaces uui s*étendent dans
la Belgique. Dans les Pvrénées, on a encore
reconnu positivement l'étage dans les mar-
bres rouges et verts des parties de la vallée
supérieure de Campan (Hautes -Pyrénées),
à uèdre, sur la pente du Bréda, à Marignac,
près de Saint-Béat, à Sirp (Haute-Garonne);
sur le versant méridional des montagnes
Noires (Aude) ; à Neffiès (Hérault). En Espa-
gne, MM. Paillette et de Verneuil Tont re-
connu dans les Asturies, à Ferones; dans la
Catalogne, au col d'Ogasa, et à Léon Sabero.
En Angleterre, l'étage dévonien occupe
une aussi vaste surface que les étages plus
anciens. 11 couvre presque toute rexlrémilé
sud du Cornwall et du Devonshire, l'extré-
mité nord du Devonshire et une partie du
Somerset, etc.
En Belgique, une large bande est-nord-est
3'étend deimis Avesnes, en France, en pas-
sant par Chimay, Couvin , par Beaumont, à
Givet, à la Marche, à Fcrnère, à Verviers,
Eupen, iusqu'à Stolberg et à Eschweiler dans
le grand duché du Rhin, en Prusse, etc.
Quelques lambeaux se montrent dans le
Wurtemberg, à Friederich-Hall; dans le
Hartz, au nord-ouest de Magdebourg ; dans
la Bavière, près de Bayreuth ; dans la Silésie*
à Ebersdorf, à Glatz.
La Russie, d'après les beaux travaux de
MM. Murchison, de Verneuil et de Keyser-
lin^, en montre d*abord une vaste surface
dirigée à l'ouest-nord-ouest depuis Voronez,
en passant par Orel, par Smoienck, Dûna-
burij, Mittau, jusqu'à Wendau sur la mer
Baltique ; il couvre le golfe de Livonie ou
de Ri^a, et représente une grande étendue,
se dirigeant au N.-N.-E., occupant la Livonie,
Pshof, le sud-est de la province de Saint-
Pétersbourg, l'ouest des gouvernements de
Novgorod, et va en se rétrécissant depuis
Novgorod, Tichwcn, jusqu'au bord du lac
Onega, etc. L'Asie Mineure en otlre un lam-
beau d'après les recherches de M. ïchiacheff,
à Iznika (ancienne Nicée), à Anthéorus,
frontière du Kurdistan; on sait encore qu'il
existe dans la province de Yuennam, à 100
lieues au nord de canton, en Chine, où M. de
Koninck crut l'avoir reconnu |>ar les fossiles.'
L'Amérique est aussi bien répartie que
l'ancien mondepourl'étagedévonien. D'après
la carte de M. Lyell, on en voit deux petits
lambeaux dans le Ma.«sachussetts ; une grande
surface commence au sud de l'Etat de New-
Yofk, d'où il se sépare en deux bandes diri-
gées au S.-S.rO. L'une, à l'est, jiasse dans
les Etats dePensylvanie, de Virginie, jusque
dans le Tennessee. L'autre branche, ouest,
suit les bords occidentaux du lac Erié, passe
par les provinces de l'Ohio et du Kentucky,
jusî^ue dans le Tennessee. Une autre vaste
durlace occupe le Michi^n, sur les bords du
lac Huron et du lac Michigan. Une dernière
bande, en cercle, se voit dans les Etats (1*11-
linois, d'Indiana, du Kentucky et du Mis-
souri, L'Amérique méridionale offre aussi
cet étage très-développé. Il couvre, en effet,
une surface immense, de plus de 300 Ucuos,
sur les versants orientaux des Andes boli-
viennes, depuis la province de Mûneeas, eu
passant par Cochabamha, Potosi et Chuqui-
saca, jusques auprès de Santa-Cruz de la
Sierra. 11 rei)araît ensuite à Test de la pro-
vince de Chiquitas, où il est encore trè^-
développé. On sait, de plus, qu'il consliiuî
le sol des tles Malouines et qu'il se rencon-
tre à la Nouvelle-Hollande, à l'Ile de Van-
Diémen et dans l'Australie. On voit, par ce
qui précède, que l'étage dévonien est un des
plus répandus à la surface du çtobe
-Sur les points où Ton a parfaitement cens
taté sa superposition, on a reconnu que, le
plus souvent, l'étage repose sur l'étape silu-
rien supérieur.
Lorsqu'on voit sa base, il repose quelque-
fois, aussi, sur les roches aroiques ou gra-
nitiques, par exemple dans la Vendée, el sur
presque tous les points du grand plateau
central. En Russie, tel est le fait pour le
lambeau du Donetz, près de la mer d'Âzot'.
Comparé à la concordance aui nous clonne la
preuve que l'étage carboiiiiérien a bien suc-
cédé à l'étage dévonien dans l'ordre chrono-
logique , nous avons les discordances (jui
viennent nous fixer sur les véritables limites
de l'un et de lautre; car il est évident que,
pour que l'étage carboniférîen repose, au
canada^ sur l'étage silurien supérieur, il faut
qu'il maîlque, sur ce point, l'étape dévonien
Îui lui est inférieur sur les points intacts,
our que l'étaçe carboniférien repose, en
Bohême, sur 1 étage silurien, il faut qu'il
manque deux étages sur ce point. Pour aue,
dans la Vendée, sur le plateau central de
France et dans le Donetz, l'étage carbonifé-
rien repose sur les terrains azoïques et gra-
nitiques, il faut qu'il manque, sur ces lieux,
les étages dévonien et silurien qu'on trouve
partout les uns sur les autres en Angleterre,
en Russie, en Allemagne , en llelsi(]ue, «ut
Etats-Unis el dans l'Amérigue méridionale.
Ce manque de l'étage dévonien sur ces points
équivaut, pour nous, à la discordance la plus
tranchée; car il a fallu un grand mouvement
géolosigue entre les étages dévonien et car-
boniférien, pour qu'un seul des doux existe
sur ces points, quand ces étages se suivent
régulièrement ailleurs. Il y a donc eu, cer-
tainement, une perturi ation {..éolo|;iqto
sur ces différents lieux où Tordre est inter-
rompu entre les deux époques, qui a bien
limité, bien séparé géolo^^iquemeut les éta-
ges dévonien et carboniférien. C'est cette
séparation des deux étages sur les points oà
il y a lacune qui nous donne, pour les points
où il y a concordance, les yéri tables limite»:
comparatives des deux étages, les points où
s'arrête l'un et commence l' autre. En etft t,
au lieu de se succéder régulièrement i>our
que l'étage dévonien manque sous Téta^'c
carboniférien, il a fallu, nécessairement, sur
4S3
•«El
£J DE PALEONTOLOGIE.
DEV
4H
ees points» sans doule surélevés au-dessus
des mers pendant la période dévoniennc»
qD*il se fit ensuite, au commencement de la
période carboniféfienne un mouTcment
^affaissement ; car, sans cette circonstance,
l'étage cartioniférien n'aurait pu se dépo-
ser sans celui qui lui est inférieur dans 1 or-
dre chronologiaue*
Les couches ae presque tous les points où
<e trouve Télage dévonien de France simi
lortement inclinées ou contournées. Il en est
de même sur les liords du Rhin, en Bel^
gique, en Angleterre et dans l'Araériquo
méridionale ; mais il parait que dans beau-
coup des contrées ou se rencontre Tétage
dévonien aux £tat5-Unts, il olTre encore des
Irrites considérables tellement peu éloi-
snées de Thorizontalité, qu*on serait porté
i croire qu'elles sont encore telles qj elles
ont été déposées primitivement dans les
mers de celte époque. Elles sont alors on
conciles concordantes surTétage précédent.
M. d'Orbigny a reconnu, à l'ensemble de
IVtage dévonien dans rAmériquc méridio-
nale , une puissance de 500 à (iOO mètres ;
maïs, sur d'autres points, comme dans TA-
niérîque septentrionale, dans TEtat de New-
York, on lui a reconnu jusqu'à 2,500 mètres;
an Angleterre, M. Marcliison leur trou ve3,0dO
mètres d'épaisseur, puissance qui témoigne
de la longueur de cette période géologique.
Caractères paléonlologigues négatif* tirés
des genres. — Poui* distinguer l'élage dévonien
des trois étages inférieurs, nous avons tous
les genres éteints successivement dans ces
deux premiers âges du monde. D'abord les
28 genres nés et dis|iarus dans l'étage silu«
rien inférieur ; les 10 genres spéciaux à l'é-
la.^e silurien su|iérieur et qui n'y ont pas
survécu ; puis enfin les genres odontopteu-
ra^ raiimene^ cyphaspes et ampyr^ parmi
les crustacés ; lès genres lituites^ oncoce^
ras^ horiolus^ parmi les mollusques cépba-
lofKMles. le genre orbieella, fiarmi les mol-
lus'iues braciiiopodes; le genre sulcopora^
ftaroii les mollusques bryozoaires; les genres
ru/nttocrinus et tenîacuiites^ parmi 'les
erinoîdes, qui se sont éteints également,
durant la période de l'étape silurien supé-
rieur, et ne sont pas arrivés jusqu'à celui-ci.
Nous aurions alors, en réunissant tous ces
genres, le nombre h9 pouvant servir de ca-
ra«''tères spéciaux, dans les terrains paléo-
zoiques, pour distinguer l'étage dévonien
des deux étages inféneurs, attendu qu'ils ne
s'y sont 1^ encore trouvés.
Pour distiu^er l'étagje dévonien des deux
étages earboniférien et permien, qui lui sont
supérieurs, nous avons encore, comme ca-
ractères natifs, tous les genres suivants,
qui lui sont encore inconnus, et sont, au
contraire, spéciaux, jusqu'à présent, à ces
ueux éCa^^es su()érieurs ; parmi les céphalo-
podes, les nautiloceras et deux autres gen-
res; parmi les mollusques gastéropodes,
Varteonina et 5 autres genres; parmi les
mollusques lamellibranches, Vedmondia et
6 autres genres; parmi les mollusques bryo-
zoaires, les genres coscinium et 5 autres
genres ; rarmi les echinodermes, les cidaris
et les ailbertsocrinus^ et 9 autres (genres ;
parmi les zoophytes 7 genres , c'est-à-dire
41 genres qu'on n'a pas encore rencontrés
dans l'étape dévonien. En résumé, \1 genres
servent de caractères né^^atifs pour distin-
guer l'étage dévonien des deux élages infé-
rieurs, et 41 geures servent à le distinguer
des deux étages supérieurs : 88 genres peu-
vent donc donner des caractères stratigra-
phiques négatifs pour distinguer l'étage dé-
vonien des autres étages des terrains paléo-
zoïques.
Caractères paUontologiques positifs tirés
des genres, — Nous avons 78 genres, qui,
inconnus dans l'étage silurien , pourront
donner autant de caractères posiliJEs pour
le distinguer de l'éta.^e dévonien.
Parmi ces genres, nés à l'époque dévo-
nienne, il en est qui sont auiant de carac-
tères positifs pour le distinguer des àeux
étages suivants : ce sont tous ceu x qu i apparais-
sent et disparaissent dans cet étage, ne durant
sur la terre aue pendant une seule époque
géologique, lis foripent le total de 52 gen-
res tK>uvant donner des caractères po^itils
entre les étages dévonien et earboniférien.
Nous avons donc, comme offrant des caractè-
res positifs génériques, 78 genres pour dis-
tinguer l'étage dévonien des étages paléozoï-
ques inférieurs, et 52 pour le distinguer
des deux étages paléozoïques supérieurs; en
tout, 130 genres pouvant, dans l'état actuel
de nos connaissances, servir de caractères
positifs. En résumé, de la combinaison des
130 genres servant de caractères positifs,
et des 88 genres pouvant servir de carac-
tères négatifs pour distinguer l'étage dé-
vonien des autres étages des terrains paKo-
zoïques, naissent ce ) différences d'ensemble
qui font reconnaître de suite sa faune spé-
ciale dans toutes les circonstances de dépôt
et sous toutes les latitudes.
Caractères paléontologiques tirés des es^
pices, — -N'eussions-nous que les différen-
ces déterminées par les genres pour distin-
guer l'étage dévonien des autres étages des
terrains paléozo'iques, nous aurions certaine-
ment assez de caractères. Mais il nous reste
un moyen non moins certain : c'est celu^
que peuvent nous offrir les espèces ar
nombre de 1198, propres à toutes les con-
ditions de dépôt , et aux zones diverses de
profondeur des mers, à l'époque dévonienne
.du monde entier.
Parmi ces espèces, celle qu'on rencontre
partout est surtout le spirigerina reticula-
ris. Parmi les es[>èces largement distribuées
à la surface du globe, il en est qui ont une
immense importance, en ce qu'elles peuvent,
indépendammcftit de tous les caractères gé-
néraux tirés des genres, reculer encore Jai
limites d'extension et de contemporanéité
d'existence. Nous voulons parler des es-
pèces qui, sans suivre aucune des lignes
isothermes actuelles, se trouvent à la fois
dans l'ancien monde, depuis l'Asie Mineure,
l'Espagne, la France, rAllemagne, la Russie
jusqu'à ."Oural, ou le cercle polaire: et»
i55
DEV
DICTIONNAIRE 1>E COSMOGONIE
»EV
il»
dans le noureau monde, depuis la province
d*Alabaina jusau au Canada.
C'est la oiçilieure preuve que nous puis-
sions apporter de la parfaite contcmporanéité
d'époque de ces contrées éloignées, et de
Tunitc des conditions d'existence qui y
existait alors en des régions aujourd'hui
aussi disparates que la province d'Alahama,
TAsie Mineure, FEspa^iineavec le cercle po-
laire, sur les bonis de la mer Glaciale.
Cette filiation spécifique prouverait encore
que les mers dévonienncs n'étaient pas
interrompues, depuis l'Europe jusqu'à l'A-
mérique, puisque les mêmes êtres s*y trou
valent répandus sur des surfaces immenses
bien différentes d'aujourd'hui.
Chronologie historique, — Avec Texti no-
tion de la faune et de la flore de l'élage
silurien supérieur, sans doute par suite
d'une dislocation géologique, disparaissent
21 genres des animaux qui existaient si-
Ti2ultanément avec 418 espèces dépendant
de plusieurs classes. Le calme s'est sans
doute rétabli ; et alors ont paru, sur l'Iio-
rizon dévonien, 78 genres en 1198 espè-
ces, inconnus h l'étage précédent, qui, joints
aux plantes, ont couvert les mers et la terre
d'une animation générale.
Pendant la durée de l'étage dévonien, que,
d'après la puissance des couclies, nous de-
vons croire considérable , les mers cou-
vraient une partie de l'ancien monde, l'A-
sie Mineure, la France, le nord de l'An-
gleterre, l'Espagne, la Belgique, l'Allema-
gne, la Uussie, jusqu'au nord de l'Oural,
et les bords de la mer Glaciale étaient en
partie inondés par ces mers. En Asie, elles
se montraient dans l'Asie Mineure et en
Chine. Dans l'Amérique du Sud, la mer
dévonionne s'étendait, sans doute, sur tou-
tes les régions tropicales du Pérou, de la
Bolivia et du Brésil, et se prolongeait
[)eut-être jusqu'aux lies Malouines, ce que
'uniformité des espèces identiques porterait
h croire. Dans l'Amérique septentrionale
il nous reste trois immenses lambeaux de
l'ancienne mer, selon toute apparence, alors
non interrompue de la province d'Alabama
jusqu'à TÈtat de New-York. Ces mers s'é-
tenaaient encore à la Nouvelle-Hollande et
à l'Ile de Van-Diémen, dans l'Australie.
Nous avons donc la preuve que la mer
dévonienne couvrait les régions tropicales,
et s'étendait dans l'hémisphère sud jusqu'au
52* degré de latitude, et dans l'hémisphère
nord jusqu'au cercle polaire.
Les mers dévoniennes offraient déjà, do
plus que l'étage silurien supérieur, un genre
de grands reptiles, sans doute marins, à
en juger par ses nageoires {sauropteris) ;
plusieurs genres nouveaux de poissons ga-
noïdes et placoïdes ; les annélides tublco-
les v paraissent pour la première fois, avec
quelques genres de crustacés tri 1 obi tes. Les
mollusques céphalopodes y sont en grand
nombre, avec le genre clymenia; plusieurs
genres de gastérr>(M)des , de samellibran-
ches, de bryozoaires y naissent; tandis que
les mollusques bracriiopodes y sont à leur
maximum de développement générique, en
même temps que les crinoïdes et quelques
familles de poissons. En résumé, 18 genres
inconnus à l'étage inférieur sont ces à
cette époque. Ces mers nourrissaient, de
fdus, quelques plantes marines, telles que
es suivantes: facoîdes graphica (Hall);/tt«
coides verticalis (Hall).
Les continents ne nourrissaient encore
aucun animal terrestre, au moins n*en con-
naît-on pas encore dans les couches géo-
logiques ; mais ils étaient certainement cou-
verts de nombreux végétaux. Les dépôu
de houille si riches qu on rencontre inter-
calés dans les couches marines, dans le
grand bassin de Sabero, en Espagne, en
sont la meilleure preuve. Seulement, comme
on avait cru, pendant longtemps, que tous
les dépôls houillers dépendaient de l'élage
carboniférien, ces plantes ont été confondues
avec celles de ce dernier éta^e; etilresifl
à faire, pour les retrouver, une ^ande se-
f)aration. En attendant, nous indiquons iri
es quelques espèces pour lesquelles ii n'y
a pas de doute : stgillaria chemmgtifwi^
(Hall.); sphenopteris laxus, (Hall).
Quand on voit la même faune couvrir l
la fois la zone torride et les deux hémis-
phères, presque jusqu'aux pôles, ou pas-
ser par-dfessus toutes nos zones isothermes
actuelle?, chaudes, tempérées et froides, oa
doit on conclure qu'à celte époque, pour
qu'il en fût ainsi, il a fallu qu'd eiistât
partout la môme température, ou tout au
moins une température peu différente. Ce
fait, qui est la déduction riçoureuse de la
répartition géographique ancienne des èlres
de l'époque dévonienne, prouve, nous ie
croyons, que la chaleur centrale propre à
la terre neutralisait l'effet des ligues iso-
thermes que nous connaissons aujourd'hui.
Les oscillations du sol pendant celle pé-
riode paraissent avoir existé. Nous pen-
sons, du moins, qu'on ne peut expliquer que
de cette manière les alternances de dépôls
houillers et des dépôts sous-marins obser-
vés en Espagne. Du reste, nous en retrouT^
rons des preuves à tous les âges du monde,
jusqu'aux oscillations que nous voyons de
nos jours dans le nord de l'Europe; «
qui prouve encore que les causes physi-
ques ont été les mêmes à toutes les épo-
ques géologiques.
Eniln nous avons de très-nombreus?s
traces du mouvement géologique qui a in-
terrompu la durée de l'étage dévonien, dans
les discordances supérieures de cet éla^e
avec l'étage carboniférien ; discordances qui
ne pourraient exister sans celte perturba-
tion géologique ; nous les avons peut-élre
encore par la conservation de quelques-uns
des points côtiers qui annoncent un mou-
vement d'affaissement. Suivant M. Elie de
Beaumont, c'est à la fin de celte épo<]uc
qu'aurait eu lieu le relief du sysièmedeib^'
tons (Vosges) et des collines du Bocage (Cal-
vados), dont la direction est deTO. 15'N.
à TE. 15' S. On voit encore la concor-
dance la plus marquée entre ces moufe-
m
ET DE PALEfKïTOLOGK.
DIO
A»
menls géologiques et les limites des feiines
respectives qoj en seraient la conséquence
Tîsible.
BIAMAlfT. Vatf. Vlmroduction
DIDBLPHE8. Voy. HAMMiPiass.
DINOTHERIUM Ihahs, terrible, et Ovpcov,
djiûMii). — Mammifère fossile de la famille
des dugongs et des lamantins. L*or^;anisation
do plus çrand nombre des mammifères fos->
siies, même les plus anciens, diflère en si
peu de points importants de celle de leurs
représentants actuels dans les divers ordres,
ou on peut se dispenser d'entrer dans des
détails d*oiL ressortiraient certainement des
preuves d*une intelligence créatrice, mais
des pfeuTes dont il est bien peu qni ne res-
sortent également de l'anatomie des espèces
vivantes.
Le dinothérium, le plus ^and des mam-
mifères terrestres qu'il y ait jamais eu, ap-
partient k la période miocène de la série ter-
tiaire« C'est à Eppekheim , dans la province
de Hesse-Darmstadt, que Ton a rencontré les
restes de cet animal en plus grande abon-
dance. Ils ont été décrits par le professeur
Kaup. Cuvier en cite aussi quelques exem-
ples, comme ayant été trouvés sur certains
Kinls de la France , de la Bavière et de
lUtriehe.
Les molaires du dinotbérium ressemblent
assez à celles des tapirs pour que Cuvier ait
cru primitivement devoir les rapporter à une
espèce gigantesque de ce dernier ^enre. De-
puiSy le professeur Kauf) a établi pour cet
animal le genre dinotbériom , intermédiaire
entre les tapirs et les mastodontes, et qui
remplit une lacune importante dans le grand
ordre des pachydermes. Là plus grande es-
pèce» le diiMikerium giganteum , a dû attein-
dre« d*après M. Cuvier et M. Kaup, la.taille
extraordinaire de dix-huit piedsen longueur.
L*os le plus remarquable qu'on en ait encore
trauTé est une omoplate qui par sa forme
rappelle plus celle de la taupe que d'aucun
autre aniifial , et semble indiquer ainsi une
conformation particulière du membre anté-
rieur destiné a creuser la terre, indication
oue rient confirmer la structure particulière
de la mâchoire inférieure.
Ce dernier os offre, dans la disposition des
défenses chez les deux espèces connues, des
particularités que Ton n'a encore rencontrées
ju$qH*ici dans aucune autre espèce vivante ou
fossile.
Ainsi que nous l'avons déjà dit, le dinothé-
rîais« par ses molaires, se rapproche des ta-
pirs plus que d'aucun autre genre ; mais un
taraclère qni l'en éloigne, ainsi que de tout
'uire quadrupède connu, c'est l'existence de
deax énormes défenses jîortées à l'extrémité
antérieure du maxillaire inférieur, et re-
coarbées en bas comme celles qui existent
^ la mâéboire supérieure du morse.
Bornons-nous, pour le moment, à citer
^te partieularité dans la position des dé-
'^boses, et Toyons ce que nous en pourrons
Conclure relativement aux habitudes des ani-
5^iaoT auxquels elles appartiennent. D'abord
lois de la mécanique nous prouvent que
des maxillaires longs de près de quatre
pieds, et chargés à leur extrémité de défenses
aussi lourdes, n'eussent été pour un quadru-
pède habitant la terre ferme qu'un incom-
mode fardeau. II n'en eût pas été de même
d'un grand mammifère destiné k vivre dans
les eaux ; et les habitudes aquatiques de la
famille des tapirs, si voisins du dinotbérium,
lyoutent un nouveau poids à l'opinion que
ce dernier habitait comme eux l'eau des
Sands lacs et des rivières. Dans cette hvpo-
èse, le poids de défenses semblables étant
soutenu par les eaux, n'aurait eu rien de
gênant pour l'animal qui les portait, et si
nous les supposons employées à fouiller et
à déraciner les végétaux du fpnd de ces amas
d'eau, c'eussent été des instruments réunis-
sant à la fois le pouvoir mécanique de la pio-
che à celui de la herse à cheval dont se sert
l'agriculture moderne. L'énorme tète qui.les
surmontait , en pesant de tout son poids sur
les défenses, eût encore sjouté à leur action,
dans cette hypothèse, de la même manière
Îue l'action de la herse s'accroît par les poids
ont on la charge.
Les défenses du dinotbérium ont encore
pu lui être d'un grand avantage {K)ur fixer
sa tète au rivage en tenant ses narines hors
de Teau, de façon à pouvoir respirer en sû-
reté pendant le sommeil, en même temps
3ue le corps flottait avec aisance au-dessous
e la surface liquide. L'animal pouvait repo-
ser ainsi amarré au rivage du lac ou de la
rivière qu'il avait pour habitation sans le
moindre déploiement de force musculaire,
le poids de la tète et du corps tendant à fixei
et a enfoncer les défenses de la même ma-
nière que le poids du corps d'un oiseau en-
dormi a pour action d'étreindre davantage les
serres autour de la branche sur laquelle il
est perché ; peut-être aussi les employait-il à
se traîner hors des eaux, comme le morse en
a l'habitude ; enfin ce devaient être de formi-
dables instruments de défense.
I^ structure de l'omoplate dont il a déjà
été question, semble prouver que les pieds
antérieurs étaient organisés de façon à con-
courir avec les défenses et les dents i)Our ar-
racher les grands végétaux du fond des eaux.
La longueur énorme que l'on assigne au
corps eût été sans inconvénient pour un
animal vivant dans l'eau ; elle eût au contraire
grandement embarrassé un quadrupède ba-
uitant la terre ferme.
Ainsi tous ces caractères d'un quadrupède
gigantesque herbivore et habitant des eaux
constituent un ensemble de dispositions en
harmonie avec l'état du globe couvert de
lacs, durant cette portion de la période ter-
tiaire à laquelle paraît avoir été limitée
l'existence oe ces créatures en apparence si
anormales.
DIODON(Linn. genre de poisson, de la
famille des Gymnodontes). — Les caractères
sont : corps orbiculaire, allongé ou sphéri-
que, suivant les espèces, et recouvert de
piquants; mâchoires portant, au lieu de
dents, une plaque divisée, d'avant en ar-
rière, par une rainure très-marquée et sil-
DicnoNif. DE Cosmogonie et ns Pal£o?itologib.
15
ino
FTCn
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
ECH
m
.onnée Iransveisaleruenl, qui sert d appareil
;nasticateur. On trouve au Monte-Bolca le
D. TenuispiscuSy Agassiz.
DIORITE. — Rodfe qui a reçu aussi de M.
A1. Brongniart le nom de Diabase. Elle est
composée d'amphibole et de feldspath, et
contient en outre, disséminés, du mica, du
quartz, de l'épidote, du grenat, du titane, du
.^ nufre, du fer, etc. La diorite était estimée
(les anciens et fut employée dans les monu-
ments de l'Egypte. Elle reçoit plusieurs
noms suivant sa texture. La diorite grani-
totde ou grenue est commune dans les Vos-
ges et dans les environs de Nantes; on ap-
pelle diorite schistotde celle qui se déhte
facilement; la diorite porphyroide est celle
dans laquelle sont disséminés des cristaux
de feldspath. La diorite orbiculairey ou
granité orbicuiaire de Corse, est composée de
cercles d'amphibole qui alternent avec des
cercles de quartz, et Ton fabrique avec elle
des vases et autres objets d'un grand prix.
Cette roche constitue des montagnes en-
tières dont les couches sont quelquefois
très-redressées, et on la rencontre souvent
intercalée entre des granits^ ce qui semble
indiquer une origine commune
PIPLODUS (Agass,). — Genre de poisson
fossile, ée la famille des hybodontes, qui
est ainsi caractérisé : Couronnes distinctes,
jusqu'au nombre de cinq, implantées dans
une seule racine et offrant chacune une ca-
vité pulpaire unique; tubes calcifères ondu-
l<:s et disposés parallèlement; dentine quel-
quefois disposée en couches concentriques ;
point de couche d*émail. Ce genre se trouve
dans les terrains houillers.
DIPLOPTERUS (i4ya«<.). — Genre de pois-
sous fossiles, de la famille des sauroïdes. Il
ost, caractérisé comme suit : Corps allongé
et svelte; écailles rhomboidales, simples,
engrenées par leurs bords obliques; tête
grande, large, plate et museau arrondi;
.mâchoires vigoureuses, garnies d'une rangée
de dents coniques, serrées et d'égale gran-
deur; nageoires pectorales grandes, arron-
dies et placées sur les côtés de la gorge ; les
ventrales petites et placées au milieu du
ventre ; deux dorsales et deux anales oppo*
séeslles unes aux autres et fort espacées;
la caudale hétérocerque, ayant au bord sapé
rieur de véritables rayons au lieu defulcres.
Ce genre se trouve dans le terrain houiUer
et le vieux grès rouge.
DIPROTODON. — Genre de mammifères
fossiles, de l'ordre des marsupiaux, constw
tué nar M. Owen, sur une seule dent re-
cueillie dans la vallée de Wellington à la
Nouvelle-Hollande, dent qui a quelque nf*
port avec celle des dugongs. L'espèce décrite,
a laquelle on suppose la taille d'un cheral,
a éte.nommée D. Australie,
DIRECTION ET INCUNAISON DES COU-
CHES.—Lorsqu'on a besoin de connaître
l'une ou l'autre, on fait usage d'une bous-
sole qui doit être placée dans une botte
carrée, afin d'appliquer un de ses côtés pa-
rallèlement à la ligne de 0* à 180*, sur une
ligne horizontale tracée sur le plan de la
couche. L'angle qu^iudioue raiguiUeestladi-
rection de cette couche. Quant à l'ii^^chnaison,
ellese mesurée Taide d'un perpendiculaireoxi
fige métallique libre qui est adaptée au pivot.
On place alors la face delaboussole, àlaquelle
correspond le zéro, sur le plan, dans une di-
rection perpendiculaire à la précédente, et
l'on suit 1 angle indiqué par la pointe du
perpendicule, angle qui se trouve égal à
celui que forme la couche avec le plan hori-
zontal. Les couches redressées offrent com*
munément une direction constante dans les
contrées d'une certaine étendue; mais Vin-
clinaison ne donne pas un résultat analogue,
et presque toujours elle va en diminuant, à
mesure qu'on s'écarte de Taxe central iXwrn
chaîne. Les travaux de M. Elie de Beaumont
sur U soulèvement des montagnes ont atta-
ché une nouvelle importance à l'observation
de la direction des couches.
DISPOSITION DES COUCHES CARBONIFÈRES,'
Utilité et avantages qui en résulteni ponr
Vhommc, — Voy. Cocghes carbomp^res.
DUN£S. Yo^, Couches sédimbntaires.
E
EAU, son râle; mécanisme des sources, —
Voy, Sources.
ÈCHINIDES. — Ordre d'échinodermes
rayonnes. Corps rond, ovale ou déprimé,
dépourvu de bras, muni d'une bouche et
d'un anus distincts, de pédicules respira*
toires rétractiles. Charpente testacée exté-
rieure composée de plaques solides conti-
guës, dont le nombre est limité, formant dix
zones disposées par paires, dont les unes
sont perfoi'ées et donnent passage aux pé-
dicules, elles autres, entières, sont couver-
tes de mamelons sur lesquels s'attachent
dos épines également testacées. La bouche
ebi placée au centre inférieur d'irradiation
des dix zones; Tànus s'ouvre soit en arrière,
soit à Topposite de la bouche. Tous les échx-
nideSf sans exception, se tienneut la bouche
en bas, et rampent ainsi sur le sol. Exem-
ple : les oursins.
Les importants travaux de MM. Agassiz et
Desor ont fait bien connaitro cette division
du règne animaL Si , en effet, la multipli-
cité des genres , chez des êtres si. simples en
jg^pçarence, effraye au premier abord, lors-
qu on les étudie avec soin, on reconnaît
qu'ils sont tous, suivant les principes adoj>-
tés par ces auteurs, parfaitecnement circon^
criis, quoique établis sur des caractères d'i*
néçsaJe valeur.
inl
ECH
ET UE PALEONTOLOGIE.
ECH
AC%
Nous arons dit que dans la station nor-
male, les écli inides se tenaient la boache en
bas. Noos allons maintenant donner quel-
ques e\plieations relatives aux différentes
j^arties consid<^rées d'après cette station. On
désigne comme partie inférieure le côté où
la bouche est ordinairement centrale ; comme
supérieure j le côté opposé; comme postée
rieure^ la région où se trouve ïanus^ et
^omme antérieure ^ la partie opposée. On ap-
pe<e ambulacre Yespèce d*^oile plus ou
iûoina régulière que forment les dix séries
de poreê qui divergent du sommet ou centre
supérieur vers les t)ords, Qu'elle soit ou
non limitée. Lorsque Tambulacre forme de
simplesjignes, il est simple; lorsqu'il s'élar^
git» se circonscrii de manière à représenter
les pétales d'une fleur, il est pétalolde. Au
sommet supérieur sont de petites pièces di'*
verses symétriquement disposées. Les unes,
plus grandes, ont été désignées comme des
plaques génitales; les autres, plus extérieur
Tes 9 comme des plaques ocellaires. On voit,
chez quelques genres,, une pièce impaire
qu'on nomme plaque suranale. Les ouvertu-
res de celte région sont les pore^ génitaux et
les trous ocellaires. Quelques genres ont des
Itandelettes d'apparence lisse, qu'on dési*
gne sous le nom de fascioles , lorsque ces
bandelettes entourent les pétales ambula*
craires ; elles sont péripétales , et sous-ana-
ies, lorsqu elles sont au-dessous de l'ouver-
ture anale.
La surface des échinides est, à l'état vi-
vant, couverte de parties allongées testa-
eées auxquelles on a donné le nom de pt-
fuanijy de pointeiÊ. Ces piquants sont mo^
biles et attachés k la surface extérieure do
l'oursin , sur une saillie mamelonnée appe-
lée tubercule. Lorsque ce tubercule est
pourvu, au milieu, d'une ouverture, on le
•iit perforé; lorsque cette ouverture man-
que , on dit qu'il est imperforé. Un bourrelet
entoure ordinairement les tubercules; il
est lisse ou crénelée
An premier aperçu on voit dans le tableau
de la répartition des échinides dans les cou-
ches terrestres , qu'inconnus dans les trois
premiers étages paléozoïques, leurs genres
montrent ensuite une progression crois-
sante , il est vrai plus apparente que réelle ;
ear c'est plutôt un remplacement successif
et régulier de formes, depuis leur première
apparition jusqu'à l'époque actuelle.
Comparaison des familles entre elles. —
Nous allons comparer les familles entre
elles, afln de nous assurer si l'ensemble a
suivi la même marche dans Tordre d'appa-
rition.
lAis cidaritidœ ont commencé à se mon-
trer aTCc l'étage carboniférien. Il y a eu 3
genres dans les terrains paléozoïques; 2
<ians les terrains triasiques ; 3 dans les ter-
rains jurassiques; 2 dans les terrains créta-
ri'< ; 1 dans les terrains tertiaires ; et 2 seu-
/ernent sont vivants actuellement. Dès lors
1r*s cidaritidœ ne seraient pas restées sfa-
tiounaires dopuis leur première apparition
sur le globe , mais seraient en voie décrois'
saute depuis les terrains paléozoïques.
Les échinides ont leur premier genre dans
l'étage sinémurien, l'ensemble en étant ainsi
réparti : 6 genres dans V)S terrains jurassi-
ques ; 9 dans les terrains crétacés; 8 dans les
terrains tertiaires, et 18 dans les mers ac-
tuelles. Les échinides ont donc marché, et
sont encore dans une voie croissante de
multiplication de formes zoologiques.
Les salenidœ ont leur premier genre dans
l'étage bajocien. On en voit un genre dans
les terrains jurassiques; &. dans les terrains
crétacés ; aucun dans les terrains tertiaires,
ni à répoque actuelle. C'est dofic une fa-
mille éteinte depuis l'époque crétacée, et
dès lors doublement en voie décroissante
de multiplicité de formes génériques.
Les ananchytidœ ont leur premier genre
à l'étape b^ocien; uii genre dans les ter-
rains jurassiques; k dans les terrains créta-
cés; aucun dans les terrains tertiaires, ni à
l'époque actuelle. C'est donc encore une
famille perdue depuis les terrains crétacés.
Les galeritidœ oiit leur premier genre à
l'étage bajocien ; 3 genres dans les terrains
jurassiques; 7 genres dans les terrains cré-
tacés; aucun dans les terrains tertiaires, et
1 seul à l'époque actuelle. Les galeritidœ
auraient donc eu leur maximum de dévelop-
pement générique avec les teri'ains crétacés,
et seraient depuis dans une voie décroissante
très-marquée.
Les nucleolitidœ ont leui^s premiers gen-
res avec l'étage bajocieti : 3 genres dans le';
terrains jurassiques ; 8 dans les terrains
crétacés; 5 dans les tcrr&ins tertiaires; 3 r
l'époque actuelle. Les nucleolitidœ auraient
donc encore leur maximum de dévetoppe-
ment zoologique avec les terrains crétacés ^
et seraient, depuis cette époque , dans une
voie décroissante de multiplicité de formes
génériques.
Les spatangidœ ont leurs premiers genres
à l'étage néocomien : 3 genres dans les
terrains crétacés, 10 dans les terrains ter*
tiaires, et 9 à l'époque actuelle. Leur maxi-
mum serait aux terrains tertiaires ; et l'on
pourrait croire que la voie décroissante
commence pour eux dès cette épogue.
Les clypeastridœ ont leur premier genre
avec l'étage sénonien : 2 genres dans les
terrains crétacés, 8 dans les terrains tertiai*
res, et 10 dans les mers actuelles. Cetta
famille, sous le rapport de son développe-
ment de formes zoologiques, serait dans une
voie stationnaire ou peu croissante.
En résumé, deux familles: les salenidœ et
les ananchytidœ ont commencé ensemble
avec l'étage bsyocien, et ont cessé de se
montrer avec les terrains crétacés. Elles sont
perdues pour l'époque actuelle.
Quatre familles : les cidaritidœ, les gale^
ritidœ, les nucleolitidœ et les spatangidœ^
dont la première a commencé avec 1 étase
carboniférien, 2 avec l'étage bajocien, et la
dernière avec l'étage néocomien , sont en
voie décroissante de développement de for*
mes zoologiques.
«63
ECH
DTICIONNÂIRE DE COSMG0ON1E
ECH
M
Deux familles : les echinides et les clypea-
êtridœf sont seules en voie crotesanle de
développement zoologiq^ue, tandis que six
femilles sur huit seraient, au contraire, ou
perdues, ou en voie'décroissante. Pris sui-
vant les familles, leséchinodermes, en gêné*
râl, seraient dans la voie décroissante de
développement zoologique la plus marquée
et la plus positive.
Considérés quant à leur degré de perfec-
tion progressif par rapport à leur ancienneté
dans les couches terrestres, les échinoder-
mes echinides nous montrent des résultats
curieux. Si, en effet, avec tous les zoolo-
!;istes, nous prenons pour les moins parfaits
es genres (|ui offrent leurs parties rayon-
nées les plus régulières, nous verrons que
les cidaritidœ et ^es echinides les p*^ régu-
liers sous ce rapport sont aussi les plus an-
ciens sur leglohe, ce qui serait parfaitement
en rapport avec le perfectionnement progres-
sif. Efn prenant, au contraire, pour les plus
{parfaits ceux qui se rapprochent le plus des
brmes paires, nous verrons que les anan--
ehytidœ , les nucleolitidœ et les galeritidœ se
sont montrés 7 étages plus tard que les
cidaritidœ: aue les spatangidœ ont paru
ik étages après ; et nous aurions encore ici
un argument en faveur de Thypothèse du
perfectionnement. Néanmoins, comme faits
contraires à cette bj^pothèse, nous voyons,
d*un c6lé, les échimaes les moins parfaits
toujotirs en voie croissante, tandis que les
ànanchytidœ les plus parfaits sont perdus
avec les terrains crétacés, et ne viennent pas
îusqu*à nous ; les spatangidœ^ les nucleoli"
lidoff les galeritidœ f bien plus parfaits que
les échinidesj sont aussi en voie décroissante.
Tout compensé, les echinides apportent cer-
tainement des faits contraires à cette hypo-
thèse de perfectionnement des êtres en mar*
chaut des Ages anciens aux plus modernes.
Déductions zoologiques générales, — Com-
parés dans leur ensemble numérique, sans
avoir égard aux familles, les genres d'échi-
iiides nous donnent les résultats suivants :
les terrains paléozoïques offrent 3 genres ;
les terrains triasiques, 2; les terrains juras-
siques, 19; les terrains crétacés, 39; les ter-
rains tertiaires, 33 ; tandis qu'on compte
42 genres à l'époque actuelle. En n'ayant
é^ard qu'aux genres, les echinides connus
miraient aujourd'hui une très-légère aug-
mentation de nombre sur l'époque des ter-
rains crétacés, augmentation quon pourrait
à peine considérer comme un maximum ;
car on connaît certainement mieux le^ mers
actuelles que les couches fossilifères du
globe.
Déductions climatologiques comparées. —
I.a distribution isotherme des genres, dans
les Ages géologiques, ne suit en rien la dis-
tribution actuelle. En effet, aujourd'hui les
diadema^ \escassiduluSf los échine lampaSf les
satmacis, les laganum, les temnopleurus^ les
tripneustesy etc., etc., sont des mers Irdj ica-
lesderindo, des Antilles, etc., tandis qu'ils
se trouvent fossiles en France, en Angle-
lei-re, en Allemagne, où la lompéralureii est
pas celle de la zone torride. Ainsi donc, au-
cun doute que la chaleur centrale ii'eû:
neutralisé les zones isothermes de latitude
jusqu'aux derniers Ages des terrains te^
tiaires.
Déductions géographiques comparées. ^
Nous remarquons encore ici les mêmes con-
firmations, c est-à-dire qu'on trouve fossiles
sur tous les points de notre Europe des gen-
res propres aujourd'hui à la Nouvelle-Hol-
lande, aux Indes et à l'Amérique, tels quo
les genres nucléolites^ eupatagus^ laganum,
diaaema , cassidulus^ salmacisj (emnopleu-
rus^ etc., etc. La distribution géologique n*a
donc aucun rapport avec la dislribulion
géographique actuelle.
Déductions géologiques générales d'appU-
cation tirées des genres. — Les caractèrts
stratigraphiques négatifs sont d'autant plus
certains pour les ^chinides, qu'aucun des
genres ne traverse tous les étages, et qu'au
contraire les 71 genres connus à l'état fossile
sont cantonnés dans les étages et donnent,
pour les terrains et pour les étages où ils
ne se trouvent pas, de très-bons caractères
négatifs.
Les caractères stratigraphiques positifssoni
également très-prononcés pour les echinides,
puisque les 71 genres sont limités dans les
étages, et offrent de bons caractères strati-
graphiques pour les terrains et les étages
où ils se sont montrés. Ces caractères sont
d'autant plus positifs que, sur ces scnres,
k9 sont perdus pour l'époque actuelle. La
persistance des caractères positifs est égale-
ment la même pour les écninides. Les gen-
res cidariSf diadema^ hemiaster^ échifncMm-
pas^ etc., etc., le prouvent parfaitement.
Les déductions géologiques tirées des espè-
ces. — A très-peu d'exceptions près, les 0%
espèces fossiles rapportées à des étages géo-
logiques certains, sont caractéristiques de
ces étapes.
ÉCHINODERHES. — C'est une classe de
zoophytes rayonnes, renfermant des aai-
maux disposés, lorsqu'ils sont libres, pour
la reptation , et dont le corps diverslforme
est couvert extérieurement d'une enveloppa
tégiimentaire testacée, souvent armée d'é-
pines. Des tentacules terminés par des ven-
touses sortent par des pores disposés en U-
gnes ; en général, un anus opposé à la bou-
che; d'autres fois fixes; ils i>ont portés alors
par un pédoncule testacé.
Les echinodermeSf par leur enveloppe tes-
tacée, se trouvent, au sein des couches te^
restres, dans les mêmes conditions de conser-
vation que les mollusques. 11 est des cas rares,
il est vrai, où les oursins, par exemple» se sont
montrés avec leurs pointes, leurs piquants en-
core en position autour de l'enveloppe tes-
tacée : dans l'étage corallien de la pointe
du Ché, près de La Rociielle, dans l'étage
kimméridgien de Chatelalllon (Cliarentc-ln-
Xérieure). M. Mantell en a aussi découvert
dans les étages crétacés iVAnglelerrc. On
rencontre quelquefois, soit des astéries ou
étoiles de mor.soitdescrinoïdos|>arfàitemeQt
complets, c'est-à-dire avec toutes les niècaj
m
ET DE PALEONTOUMUE.
EMF
i(^
lesUeées gui les composent dans leur posi-
tion relatire, et telles qu'elles étaient à Télat
Tirant. Ces derniers se sont montrés dans
rétâgemorchisoniende Dudley (Angleterre),
dans les autres étages paiéozoïciues, dans le
mosehelkalk du Ba^-Rnin, et dans les ter-
rains jurassiques et crétacés de France, d*An-
gleterre et d'Allemagne.
Le plus sonrent, on rencontre le.s oursins
sans leurs piquants, bien consenrés à Tétat
d'empreintes et de inouïes; les piquants ou
bagnettes de ceux-ci séparés , ainsi que les
parties composantes àes astéries et des cri*
Doïdes.
Cette série d'animaux est remarquable par
la cassure spathique que présente toujours
sa partie testacée fossue, lorsqu'elle est en-
core à l'état calcaire. Ce caractère est un
mojen certain de distinguer les échino-
dermes des autres fossiles qui pourraient
leur ressembler plus ou moins par la forme*
En laissant de cAté les holotkurie$ qui ,
n'ayant que des parties charnues, ne renfer-
ment pas d>spèces fossiles, on peut diriser
les écninodermes à enveloppes teslacées en
ouatre ordres parfaitement caractérisés : les
echmoidea^les^aiieroideOf les aphiuroidea et
les erinoidea.
ECRIVAINS PHYSICO -THÉOLOGIENS
Tùf. Géologie.
«ÉLECTRICITÉ paÉssTriB comiib la causb
Ks «ocTKMBiiTS DBS ASTHBS. Réfutation de
rette théorie. — Yoy. Dbbbbt^e , Maupibd ,
ÉLÉMENTS DES CORPS. Yoy. l'/fUroduc-
ikn.
ÉLÉPHANTS. Foy. HAMMiFiaBS.
EMBRANCHEMENT DES ARTICULÉS. —
Les quatre pandes classes maintenant exis-
tantes de 1 embranchement des articulés,
ainsi que plusieurs des ordres qui consti-
tuent ces classes, ont pris leur place dans
l*uiu¥ers pour v remplir leurs fonctions
respectives, dès répoque reculée des forma-
tions de transition. Des témoignages nous at-
testent que des changements se sont accom-
plis dans les familles dont ces ordres se
composent, }i|diTerses époques trës-éloi^ées
entre elles des séries secondaire et tertiaire ;
enfin^ chaque famille a été diversement re-
présentée durant des périodes différentes
par des genres, dont quelques-uns ne nous
sont oonnus qu'à Tétat fossile,, tandis que
d^anlres genres, surtout des classes infé-
neores, sont parvenus jusqu'à nous^ en tra-
versant toutes les périodes géologiques.
Ces fiûts nous conduisent à des conclu-
sions d*one haute importance dans Tinvesti-
ǻlion de l'histoire physiaue de notre globe,
^i les classes, les orares, les lamilles actuel-
les d*aBimaux articulés, marins et terres-
tres, oocopent ainsi des périodes géologi-
ques diflérêntes depuis le moment où la vie
af^Munt à la surface de notre globe, il nous
est permis d'en conclure que l'état de la
terre etdes eaux, aussi bien que de Tatmos-
phère, pendant la durée de toutes ces épo-
ques, ne ditférait pas autant de leur condi-^
(ion actuelle que Tout supposé plusieurs
géologues. Nous en tirons encore cette con-
séquence, que pendant ces époques diverses,
et au sein des changements qui s'y sont ac-
complis, les fonctions relatives des êtres
qui ont représenté successivement le$ deux
rèsnes animal et végétal ont toujours été les
mêmes que remplissent leurs re{)résentants
de l'époque actuelle, et c'est ainsi que nous
relions toute la série des formes organiaues
passées et présentes comme des parties d'un
grand tout, merveilleusement plein d'ensem-
ble et d'harmonie.
EMPREINTES ORGANIQUES. — Le corps
organisé qui a laissé, dans les couches,,
des traces, durables de son existence, ne s'y
trouve pas toujours intégralement repré-
senté ; souvent une ou plusieurs de ses par-
ties ont disparu,. ou même, dans quelijues
cas, toutes ont été complètement détruites»
et des caractères organiques du corps en-
foui, il ne reste plus que Vimage de ses for-
mes. On dit, dans ce cas, qae le corps
existe à l'état à^ empreinte organique.
Les empreintes organiques qui nous of-
frent dans la nature tous les résultats aux-
quels on est parvenu, par le travail, dans
lart du modelage des corps, doivent em-
f>runter leurs termes à la sculpture et à
'architecture. La nature, en effet, a dâ pro-
céder comme les modeleurs. Lorsqu'une co-
quille , ou tel autre corps solide , s'est
trouvée entourée de sédiments fins, ceux-ci,,
en contact immédiat, en ont reproduit les
moindres accidents. Supposons, pour expli-
quer le fuit, qu'après Fendurcissement de
la couche, la coouille ou le corps vienne à
disparaître sous J'influence de certaines cau-
ses, comme, par exemple, sa dissolution par
les eaux infiltrantes, il ne restera plus, daus
la couche au sein de laquelle gisait le corps ,
qu une image en creux de la forme de ses
contours; c^st ce que nous appelons em-
freinte organique. Suivant l'état plus ou
moins complet de cette empreinte, nous la
désignerons sous le nom de maule^ de mo-
df/f, A^empreintee et de contre-^mpreinteê.
EMPRUNTES PHYSIOLOGIQUES. — On
appelle ainsi des vestiges fossile^ laissés par
les corps vivants sur les sédiments non con-
solidés, et qui se rapportent moins k ces
parties solides des corps qu'aux habitudes
vitales et physiologiques de ceux-ci. Il s'agit
d'empreintes de pas d'aniroau^t, de sillons,
de cannelures, de bourrelets, laissés par les
organes de mouvement des animaux mar-
cheurs et nageurs. M. Hitchcock, qui a beau-
coup étudié les empreintes fossiles de pas
d'animaux, les a désignées sous le nom gé-
néral d*tcAfftf/«i (IXvo^, trace 9 vestige % en
appelant ieknologie la science qui s'occupe
de ces sortes de fossiles. Nous y réunirons
également les empreintes analogues laissées
par les animaux nageurs, et nous nomme-
rons encore cette série d'empreintes, bien
distincte de la première, empreintes physio^
logiques: car nous trouvons inutile de srr-
charger la science de noms nouveaux peur
désigner dçs choses qui rentrent dans es
acceptions vulgaires. Il est certain q&t ^
46:
ENC
DICTION!! AIHE DE COSMOGONIE
ENC
noms d'empmntcê physiologiques ^ de pas
ianimauXf de pas de reptiles^ elc, s'enten-
dent mieux que les mots d'ichniies et d'icA-
nologie.
Poussant plus loin son travail, M. Hitch-
cock les a suMirisées en deux groupes :
1* les sauroidichnites t 2* les omiihichnites^
suivant qu'elles se rapportent à des sauriens
ou à des oiseaux; et plus récemment le
même auteur a proposé une autre division,
dans laquelle il a tenu moins compte des ca*
ractères généraux de zoologie que du nombre
de parties composant chacune de ces traces;
telles sont les polypodichnitesy ou traces à
plusieurs pieds; les îélrapodichnitts^ ou tra*
ces à quatre pieds ; les dipodichnitesj on
traces à deux pieds, et enfin les apodichniies
ou traces sans pieds. Les traces de poissons
laissées sur les fonds vaseux par les organes
de natation de ces animaux, ont été dési-
gnées par Buckland sous le nom d'ichthyopa-
lolites. Nqus croyons qu'on doit tout simple-
ment désigner ces empreintes comme des
empreintes phffsiologiques d'oiseaux, de sau-
riens et de poissons, et ne pas admettre sur-
tout les termes déduits du nombre des pieds.
ENCRINITE MONlfJFORME. — A Varti-
cle CRi!foïDiKNs nous avons présenté les gé-
néralités sur cette famille curieuse de zoo-
phites ; (nais la méthode la plus sûre pour
arriver à expliquer l'économie générale des
crinoïdes, c^st d'étudier avec quelques dé-
tails l'anatomie d'une espèce en particulier.
Je choisis, dans ce but , l'espèce fossile qui
forme le type deTordre, Tencrinite moniii-
forme. Parkinson et Miller en ont donné des
descriptions complètes et détaillées, et ils
ont fait voir qu'elle offre une réunion d'a-
çencements mécaniques destinés à mettre
chaque organe en harmonie avec les fonc-
ier
Pï
1517) Orgamc remains^ t. Il, p. 180.
318) Os du bassin (pelvis). 5
Mèces costales {ribs), 5
Pièces claviculaires {elavides). 5
Pièces scapulaires {scajmlœ). 5
Dix bras ou rayoDS (amu), composés] cha-
e»n de six articles. 60
Mains (Aaiui<). Chacune se compose de deux
doigts, en tout 20 doigts, dont chacun ren-
ferme au moins 40 osselets. 809
Tentacules. Chacun des 6 articles qui en-
trent dans la composition des 10 bras en sup-
porte 50, en tout. 1 ,800
50 naissant également, terme moyen, de
ehacun des 800 os des doigts, en tout. 24,000
2G,680
|319) Bien que les noms dont nous nous servons
soient empruntés au squelette des animaux vertébrés,
et ne paissent s'appliquer rigoureusement aux échi->
nodennes ravonnes, il est bon de les conserver, jus-
qu*À ce que ranatomie de ces animaux ait été mise
plus en rapport avec leur organisation.
(520) Le corps est supporté par une longue colonne
vertébrale, laquelle s'attache au fond par une base
élargie. Cette colonne se compose d'une suite de
{>icoc8 cylindriques épaisses, solidement articulées
es unes avec les autres, et percées d'un canal ài leur
rentre, de la même manière que le rotial fpiral est
pricédans les vertèbres d'un quadrupède. Une petite
tions qu*il est appelé à remplir, et surpas-
sant jusqu'à Finfini, en perfection et en dé-
licatesse , les dispositions les plus parfaites
que nous trouvions dans les mécanismes
sortis de la main de Thomme.
Nous lisons dans Touvrage de H. Parluo-
son (317) que cet auteur s'est assuré, par
une observation attentive» qu'indépendam-
ment des pièces qui peuvent être contenues
dans la colonne vertébrale, et qui , en rai-
son de la longueur probable de cet organe,
durent être fort nombreuses , le squelette de
la partie supérieure de lencrinite-lys («nm-
nites monibformes) en renferme au moins
26,000 bien distinctes (318).
M. Miller fait observer que ce nombre
s'accroîtrait d*une manière encore plus su^
prenante si Ton j faisait entrer celui des pe*
tites lames calcaires dont se compose l'enve-
loppe qui recouvre la cavité abdominale et
la surface interne des doigts et des tentacu-
les (319).
Nous examinerons d'abord les dispositions
des articles qui constituent la colonne ver-
tébrale, et qui sont disposés pour que la
flexion puisse s'opérer dans tous les sens ;
puis nous partirons de là pour étudier Var-
rangement de toutes les autres parties du
corps.
Ces pièces sont empilées les unes aa-dos-
sus des autres, comme les pierres dufie
svelte colonnette gothigue. Mais comme
chaque articulation devait conserver un cer*
tain degré de flexibilité, et que le résultat
total de ces flexions isolées devait varier su:
les différents points de la colonne , être
moindre à la base et plus grande au sommet,
nous voyons varier suivant la même propor-
tion la forme externe et interne, ainsi que
les dimensions de chacune de ces parties(320).
cavité alimentaire descend dans ce canal, depuis
Testomac jusqu'à h base de la colonne. Cette der-
nière offre à sa base la forme Lu plus avantageuse
sous le rapport de la solidité, la forme cylindrique.
D*espace en espace, et d*autant plus fréquemmeiU
qu'il s*affitdc portions plus rapprochées du sommet,
elle est interrompue par des anneaux d^un diamètre
{»1us grand, et d'une forme globuleuse déprimée. Vers
e sommet de la colonne, chaque anneau le plus
grand est immédiatement accompagné, en dessus et
en dessous, de deux anneaux plus minces et d'nn
plus petit diamètre, et les anneaux de cette dernière
série sont séparés entre eux par des anneaux d*unc
troisième série, d*un diamètre intermédiaire. Cas dif-
férences dans la ^ndeur des anneaux qui se super-
f posent ainsi, avaient pour but d^accroilre la flexili-
ité de cette portion de la colonne qui, pins voisine
du sommet, exigeait une flexion plus grande.
La cavité interne de la colonne est (constituée i^r
une série de doubles cônes creux, de la même ma*
niére que la série des cavités intervertébrales de la
colonne dorsale d'un poisson ; et celte disposition a,
de même encore que dans les poissons, pour but de
rendre plus facile la flexion de la <»lonne : proUi-
biement aussi ce conduit cooslLtuait un rêserMÙr
destiné à contenir les fluides nutritifs de ces ani-
maux.
L*^s diverses espèces de pierres cri vis (scrfw$tont)
si fréquentes dans le silex corne (chert) du comté d*
Hi^rby, et généralement dans le raU*airc de trau-
sitiof), sont des masses qui se Hout moulco.^ daa5
m
ESC
ET DE PALEONTOI OCÎE.
ESC
470
Ces TamtioQSy dans les formes et dans la
di<po§ition des pièces d*une espèce parlicu-
lière d^encrinite, peuTcnt être prises pour
exemples des arrangements analogues que
Î présente la colonne dans d'autres espèces de
a famille des crinoîdiens.
Le nom d'entroque ( enirochi ), on pierres
en routMy a été donné avec justesse à ces ar^
tîcles isolés: Le trou dont leur centre est per-
cé rend facile de les réunir en chapelets ;
aussi s'en serrait-on à une époque déjà re-
calée comme d'un rosaire, et, dans le nord
de l'Angleterre, ils conservent encore le nom
de chapelet de saint Cuthbert. Sur %m rocher
prêt de Lindisfam , saini Cuthbert est assis^
et il trataille ces grains de mer qui portent
sm nom, (Maexio^.) Chacune de ces enlro-
ffi^% offre une semblable série d'articulations
uifférentes entre elles, suivant qu'on les
prpfid k des hauteurs différentes du corps, et
qui s adaptent les unes aux autres, de façon
à réunir tout ce qu'il fallait k l'animal de force
et de flexibilité. D'une extrémité à l'autre
(Je la colonne vertébrale, aussi bien que dans
toute la longueur des mains et des doigts, la
surface de chaque osselet dans son articula-
tion avec la surface adjacente montre une
ré^larité et une délicatesse d'ajustement
parfaites. Telle est la précision^ telle est la
perfection admirable des arrangements qui
s'observent jusque dans l'extrémité des ten-
tacules les plus déliés , qu'il ne serait pas
plus absurde de supposer que ce sont les
métaux eux-mêmes qui ont calculé le nombre
et la forme des dents que devait avoir cha-
mne des roues d'un chronomètre, que ce
sont ces roues qui ont pris d'elles-mêmes la
Place précise qu'elles, devaient avoir dans
ensemble pour Veft^ qui résulte de leur
action combinée, qu'il ne le serait de croire
me ces centaines et ces milliers d'osselets
dont se compose une encrinite ont pris d'eux-
mêmes ces dispositions calculées pour l'effet
les caviiés internes des coloniies d*aatres espèces
d'enduites, qaî ont ordinairement leurs cônes plus
eotDprîmées que rencriaile monilifoniie.
(321) An sommet de la colonne vertébrale sont
placées des séne& successives d'osselets que leur
fioftîijofl et leurs usages ont fait désigner sous les
nomsjde bassin, de pièces scapulaires, de pièces cos-
ules/elqui forment, avec les plaques pèctoraU$ ei
€Mpîtalts^ une sorte de corps sob-globnleux s'ooTrant
par ose bouche, à son cenlre, et contenant à son
miénewt les viacètes et Testomac, d*oii ^rtent les
llaides nourriciers qui remplissent b cavité alimen-
taiie de rinténeur de la colonne, et se distribuent
dans les bras et dans les doigts tentaculi-formes.
Les pièces scapubires donnent naissance àcinqbr^ks,
lesquels, à mesure qu*ils s'éloignent de leur inserr
c5ott, se divisent eox-mèmes en mains et en doigts
subdivisés eux-mêmes en des tentacules déliés, dont
le Donbie s'éléte jusqu'à plusieurs milliers ; les
anainsec les doigts sont représentés fermés, ou à
pe« pris lennés. Ihins la resunration que noosde-
Tons à M. Miller de reocrinite-poire, ces organes
soBt lepréseniés ouverts oomme ils le sont quand
ranimai est à la teeliefclie de sa noerrltare. Ces
émgts teataenlilbrme ainsi qianonis coosUtnent un
ilei d'une içraade délicaiesse, et merveilleusement
pr^tfNT à saisir des acaléphes on dt; p^îts moHus-
q!:es iottints dans la mer, qui faisaient probable-
d'ensemble de leurs mécariismes, disposition^
dans lesquelles chaque osselet a son rôle à
part, dans une subordination harmonieuse
avec le tout, et où le tout produit des résul-
tats que n*eût prodnits peut-être aucune des
séries en particulier livrée à son action iso*
lée.
Les diverses parties qui entrent dans Ja
composition de cette encrinite sont indiquées
dans la note ci -jointe (321).
. L'analyse que nous donnons, dans la noto
précédente, oes diverses parties qui consti-
tuent le corps de Tencrinite raonihforme,fai!
voir que cet animal peut se décomposer en
quatre séries de plaques dont chacune est
formée de cinq pièces et offre une analogie
éloignée avec les pièces du sauelette des ani-
maux supérieurs dont on leur a donné le
nom. Dans toute la famille des crinoîdiens
On retrouve ce même système de pièces, va^*
riant quant au nombre, mais occupant la
même place dans Tintervalle qui sépare la
colonne et les bras de ranimai. Les détails
de toutes ces variations spéciGques ont élé
admirablement exfiosés par M. Miller, et je
renverrai à son excellent ouvrage tous ceux
qui seraient désireux de le suivre dans l'a-
nalyse si hautement philosophique qu*ii t
faite de la structure des animaux de cette fa-
mille curieuse (32i).
Ces détails sur Torganisation des encri*
nites, que j'ai empruntés aux auteurs les
plus estimés, prouvent que Ton pourrait
étendre presque h l'infini de semblables ob-
servations, si l'on voulait étudier jusque
dans les moindres détails chacune des nom-
breuses espèces de cette famille. Nous pou-
vons apprécier quelle fut leur imporlanco
numérique parmi. les premiers habitants du
globe, par les myriades sans nombre de leurf
débris pétrifiés qui remplissent de si nom-
breux lits de calcaire des formations de
transition, et qui constituent de vastes cou-
ment partie de b nourriture des crinoîdes* Au centre;
de oes bras était placée la boudie, laquelle puuTai:
s'allonger en une trompe.
(5iiî) On voit Ggurer dans une planche de Tou-
vrageoe H. Buckland la restauration faîte par tf. Mil-
ler de deux autres genres. La ^gure I représenta
Vapioerimtes roiundns^ ou éerinile^poire, avec se»
racines ou la base par ou elle se lixe, et les bras
épanouis. La figure 2 représente la même espèce
avec les bras contractés. On Toit fixés sur la lasc,
ou racine de ces deui grands individus, deux autres
individus jeunes, et les troncs brisés de deux autres
également jeunes; c'est ainsi que ces racines se
trouvent fixées à la face supérieure de la grande ro-
che calcaire de Bradford, près de Batb. Durant la
vie de ces beaux zoophvtes, leurs racines étaient ton
fluentes et recouvraient le fond de la mer, dans
c*.4te localité, d*un pavé mince, au-dessus duqTi< I
leurs tiges et leurs ^branches étalées constitnaif'itt
une forêt sous-marine d^uue crande beauté. On ren-
contre quelquefois la tige et le corps réunis, «Mn:i;te
ils Tétaient pendant la vie ; les bras et les doîp;ls
sont au contraire' pre>»que toujours séparés; mui';
on en retrouve les fragments dispersés sur Te^peie
de pavé formé par les racines à là surface de lu to-
chc oolitique sous-jacente.
La couche formée par ces débris si beaux a élé
rci'uverte par une épaisse couche d*argilc.
471
ENC
DICTSONT^^AIRE DE COSMOGONIE
Eftli
m
ehes de marbre à enCroques, occupant des
contrééi étendues de l'Europe septentrio-
nale et du nord de l'Amérique. La substance
de ce marbre se compose souvent presque,
en entier d'osselets pétrifiés d'encrinites,
comme un tas de hjé se compose d'épis. Les
hommes s'en servent pour construire leurs
palais et pour décorer leurs tombeaux ; mais
combien peu soupçonnent, combien i>eu suiv
tout apprécient à sa juste valeur ce lait sur-
prenant qu'uue grande partie de la substance
de ce marbre est formée par hs squelettes
de millions d'êtres organisés qui, à une cer-
taine époque, ont eu toutes les jouissances
de la vie compatibles avec leurs conditions
d'existence, et qui, après avoir rempli l'em-
ploi oui leur était assigné pour un temj^s
dans l'économie générale de la nature vi-
vante, ont contribué de leurs débris à grossir
les masses montagneuses de la surface du
globe (323).
Sur les espèces de crinoïdiens au nombre
de plus de trente, qui se sont si énormément
développées pendant la période de transi-
tion, presque toutes se sont éteintes avant
le dépôt du lias, et il n 7 en a qu'une seule
qui offre la colonne anguleuse.aes pentacri-
nites. A cette seule exception près,, les cri-
noïdiens à colonne pentagonale commencent
seulement d'abonder au commencement du
lias, et elles ont continué d'exister sans in-
terruption, depuis lors jusqu'au moment ac-
tuel. Leurs diverses espèces, et même leurs
genres, sont également limités quant à leur
étendue. Ainsi la grande encrlnite-lvs {E,
moniliformi$) appartient au muschel-kalk ,
et l'apiocrinite aux étages moyens de la for*
mation oolitique.
L'histoire pnysiologique de la famille des
encrinites est d'une haute importance. Cette
famille était représentée par de nombreuses
espèces parmi les ordres tes plus anciens de
la création ; et leur organisation à ces épo-
3ues reculées se montre élevée à un degré
e perfection tout aussi haut, s'il ne Test da-
vantage, que celle des pentacrinites, oui font
fdrtie avec nous de la création actuelle. Et,
ien que la place qu'occupent ces êtres à
titre de zoophytes soit Tune des dernières
de la série animale, ils n'en sont pas moins
organisés dans une harmonie parfaite avec
cette condition inférieure, et cette perfection
n'en est pas dans une opposition moins for-
melle avec la doctrine qui veut que la vie
chez les animaux ait progressé depuis ses
rudiments les plus simples jusqu'aux formes
les plus élevées, que nous lui voyons dans
les espèces actuellement distantes, en pas-
sant par un développement continu de tov"
(5i5) Oo rencontre aasst des fragments d*encn-
iiites disposés irrégulièrement dans tous les dépôts
de la période de transition, mêlés à des débris cTau^
ires animaux marins oonlemporains.
(5i4) Histoire deê végétaux fossileê, 12* livraison.
(5i5) Les calamités sont caractérisées par des tiges
eyliiidnqaes grosses et simples, articulées de dis-
tance en distance ; mais dans lesquelles ia gains
mattfue, <Ni présente des formes inconnues chez les
ëquiftéucëcs actuelles; parfois on voit, tout autour de
mes intermédiaires s'avançant de plus en
plus vers la perfection. Ainsi toutes les fois
que l'on comparera l'une des formes les plus
anciennes du genre pentacrinite, la peuta-
crinite briarée du lias, avec les espèces fos-
siles de formations ulus récentes, ou avec
la pentacrinite tète, de Méduse, qui vit ac-
tuellement dans la mer des Antilles, on verra
ressortir dans l'omnisation de cette espèce
si ancienne un degré de perfection tout
aussi grand, et un fini de combinaisons plus
admirable encore dans les organes analogues,
que l'on n'en observe chez aucune des es-
pèces qui ia représentent, soit parmi les
fossiles d'une date plus récente, soit parmi
les espèces qui vivent encore.
ENDOTHÈyDES. — Voy. PoLTPnsas.
ÉPOQUES GÉNÉSIAQDES.—Foy. Jours-
PÉRIODES.
ÉQDISËTACÉES. — Les équisétacées sont
des plantes dont nous trouvons actuellement
un exemple bien connu dans les prèles, ou
Sueues de cheval^ qui croissent sur le bord
es fossés et des marais. C'est une ftmilie
qui s'étend depuis la Laponie jusqu'à la zone
torride. Les espèces en sont nombreuses
dans la zone tempérée ; elles décroissent en
nombre et en hauteur à mesure qtTelles
se rapprochent des régions froides, tandis
qu'elles atteignent leur développement le
Elus complet dans les régions chaudes et
umides des tropiques, où leurs espèces ne
sont que peu nombreuses.
M. Ad. Brongniart (32h) partage les équi-
sétacées fossiles en deux genres : l'un, qui a
tous les caractères des équisétacées actuelles,
ne se rencontre que rarement à l'état fossile;
l'autre est au contraire fort abondant : il dif-
fère considérablement du précédent, quant à
ses formes, et il atteint souvent une taille
inconnue dans les équisétacées modernes;
c'est le genre calamités (325), genre répandu
partout en abondance dans la formation
houillère la plus ancienne, mais qui ne se
rencontre pltis que rarement dans les âges
inférieurs de la série secondaire, et qui
manque totalement dans les formations ter-
tiaires aussi bien qu'à la surface actuelle du
globe.
Le même accroissement dans les dimen*
sions, qui se manifeste dans les équisétacées
modernes à mesure qu'elles se rapprochent
de réquateur, se montre donc dans les es-
pèces fossiles à mesure qu'elles se rencon-
trent dans des couches d'une antiquité plus
reculée, sans que l'on y observe aucune re-
lation avec les latitudes auxquelles appar-
tiennent ces formations. M. Ad. Brongniart
{Prodrome^ p. 167} énumère douze espèces
leurs articulations, dès traces de rameaoz ver-
ticillés. Les feuilles ne sont point articulées ; mais.le
principal caractérequi leadisiinguedes équlsëlacéi»,
c'est leur hauteur et leur diamètre ;* cette dernière
dimension excède 4uek|tterois sii et s^ pouces,
tandis que dans les équiséiacées modernes, elle dé-
passe rarement un demi-pouce* Le muBéimide Leeds
s'est enrichi tout deniièreroent d^une calamité à%
q«ialorze pouces de diamètre.
475
ESP
fcT UË PALEONTOLOGIE.
ESP
474
lie calamités et deux espèces d*équisétacéest
dans la liste qu'il donne des plantes du
groupe carbonifère.
ESPÈCES FOSSILES » CRÉikTiON , bxting-
non ET REI<fOC3fBLLBIlBNTDE8 FAUNES. — LeS
considérations strati graphiques les plus ri-
Soureuses, basées sur l'étude comparative
e toutes les couches stratifiées du globe ,
amènent à conclure qu'il y a eu » depuis le
commencement du monde animé jusau'à
présent , vingt-sept Ages successifs, remer-
maot, chacun, une faune particulière spé-
ciale. On trouye» en effet, partagées entre
ces vingt-sept étages successifs, plus de
18,000 espèces, appartenant aux animaux mol*
lusquesct rayonnes, dont le tableau suivant
montre les chiffres comparatifs par étages.
AGES GÉOLOGIQUES.
iTAOlS.
'77. SubapenDln.
! super, ou
Faluiiien.
iDler. ou
Tongrien.
Ti. Parisien.
,2i. Suessonien.
33 Danien
22. SjDODien.
^1. TyroDieo
20. Céiionumiea.
19. Albien.
la. Aptien.
17. Neooomien.
16. Portlandieo.
15. KimméridgieD.
U. ConOlien.
13. Oxfordieû.
12. Callovien.
U. BathoDien
10. Bajodea.
9. Toarcien.
8. Liasieik
7. Slnémurien.
6. Sallférien.
5. ConcbjlieB.
4. PenBleo.
5. CarboiiiférieiL
8. DeTonien.
I, Silurien. If^P^r*®*''-
NOMDBE
DES espaces
par par
élages. terrains.
606
2,754
428
1,576
678.
66
1,579
Z80\
819
410 1
156'
851
60
199
655
739
381
546
603
6,042
4,291
5,846
501
174^
7921
1551
91
1,017
1,198'
418
426
927
3,180
ToUttX. . 18,286 18,286
SU à ce nombre de 18,286 es()èces, nous
ajoutons les animaux vertébrés et anneïés ,
qui n*j sont pas compris, on aura le total
d'environ 24,000 espèces, dont la répartition
dans les Ages du monde nous est parfaite*
ment connue. Les 2(^,000 espèces sont donc
Si,000 laits qui constatent la succession «
dans un ordre chronologiaue constant , snr
toutes les parties du monae, de faunes dis-
tinctes par étages, et qui se sont remplacées
les unes les autres , depuis la première ani-
malisation du ^obe jusau'à présent. 11 reste
maintenant à chercher aans les connaissant
ces actuelles sur l'état ancien et présent des
conditions d'existence, de la température et
des perturt>ations géologiques, les causes
S fui ont pu amener ces cnangements. Les
aits constatés sont l'extinction et la créa-
lion des faunes. Traitons ces deux questions
séparément.
D$ la création de la première faune du
monde j et du renouvellement des autres. —
Si nos recherches nous amènent , par des
faits, à expliquer l'extinction des faunes ,
ox)mme on le verra plus loin, rien ne peut
nous dévoiler le mystère qui se rattache aux
créations successives de la première iusqu'à
la dernière époque du monde animé. Kf)us
voyons, en effet, apparaître simultanément
sur tous les points du globe à la fois une:
multitude d'êtres différents, appartenant à
tous les grands types d'animaux, sans que
rien les annonce sur la terre, sans que rien
les sépare des époques inanimées anté-
rieures. Comment s*est formée cette multi-
tude d'êtres qui couvre, pour la première
fois, la surface du globe terrestre ? Quelle
est la force créatrice qui a eu cette toute-
puissance si extraordinaire. Ici nous devons
confesser l'impossibilité complète dans la-
quelle nous nous trouvons de répondre à
aucune de ces hautes questions. Il est des
limites que Tesprit humain ne peut fran-
chir, des circonstances où l'homme doit s'ar-
rêter et se borner i admettre les faits qu'il
ne peut expliquer. Une première création
s'est montrée avec Tétage silurien. Après
l'anéantissement de celle-ci, par une cause
géologique quelconque, après un laps de
temps considérable, une seconde création a
eu lieu dans rétage devonien; et, successi-
vement vingt-sept fois des créations distinc-
tes sont venues repeupler toute la terre de
ses plantes et de ses animaux, à la suite de
chaque perturbation géologique, qui avait
tout détruit dans la nature vivante. Tel est
le fait certain, mais incompréhensible, que
nous nous bornons à constater, sans cher-
cher à percer le mystère surhumain qui l'en-
vironne.
De rextinetidtn des faunes successives à la
surface du globe. — Quand , sur les lieux ,
dans les étages qui se sont succédé réguliè-
rement , on cherche le mode de distribution
de ces fiiunes successives, on trouve tou-
jours (à peu d'exceptions près) que dans les
dernières couches de l'étage inférieur s'ar-
rête la faune de cet étage ; que là elle s'est
entièrement anéantie : car les premières cou-
ches fossilifères de l'étage qui le recouvre
renferment, de suite, des êtres très-diffé-
rents des premiers, et constituant une faune
distincte de la faune de l'autre étage. Il ré-
sulte de ces faits , que tout le monde peut
constater dans la nature et à toutes les épo-
ques géologiques, que chacun des étages
qui se sont succédé dans les A^es du monde
renferme sa faune spéciale, bien tranchée,
distincte des faunes inférieures et supérieu-
res, et que ces faunes ne se sont pas succédé
par passage de forme, ou par remplacement
graduel, mais bien par anéantissement
brusque. Comme, en effet, on ne rencontre,
nulle part, de transition d'une forme spéci-
fique à une autre, au cpntact de deux â^cs
successifs ; que les êtres se sont succédé h
la surface du «lobe, non par modification de
formes animales, par passage, mais bien par
extinction des espèces existantes , et parle
475
ESP
niCTlONNAIRE DE COSMOGONIE
ESF
476
renouvellement des espèces à chaque espèce
géologique, l'extinction des espèiresd'une t»ii-
ne à chaque étage est évidemment un faiigéné-
ratque confirme, sur tous les points du globe,
IMnspeetion des limites deséta^es,etqui, en
aucune manière, ne peut être révoqué eh
doute. Cherchons maintenant h Texpliquer.
A Tarticle Physiologie i^AtéoNTOLOoiouE
GÉNÉRALE ET COMPARÉE, uous moutrerons
qu'aucune modification profonde dans les
conditions d'existence des êtres ne s'étant
manifestée, les conditions d'existence n'r)nt
pu influer sur leur anéantissement aux épo-
ques géologiques. Aux déductions climato*
lOi^iques comparées, dans le même article,
nous prouverons par le fait de la présence,
depuis le commencement du monde jus-
qu au dernier éta^e tertiaire, de îa succession
régulière uniforme, sur toutes les régions
de la terre, dô faunes toujours propres aux
régions chaudes, qu'il est impossible d'attri-
buer à l'action de la température fructm des
nombreux changements sucessifs des faunes
qui se sont manifestées à chaque étage du
monde animé. 11 ne reste donc plus, pour ex-
{)liquer le fait de Tanéanlissement de toutes
es faunes qiii, vingt-sept fois, se sont succédé
à la surface du globe, oue l'effet des Pertur-
bations GÉOLOGIQUES {vo^ez cc mot) sur les
faunes terrestres et marmes. Nous verrons»
h l'article gue nous venons d'indiquer, que
chaque fois qu'il y a eu, dans les âges du
inonde, une dislocation du soi, capable d'a«
mener un grand déplacement dans les mers,
la faune existante a été anéantie par le mou-
vement prolongé des eaux sur les points dis«
loques, et même sur ceux qui ne le sont
pas ; que la séparation par faunes distinctes^
successives, qu'on trouve dans chaque ter^
rain, dans chaque étage géolo^uue, n'est,
dès lors, que la conséquence visible des dis-
locations de diverses valeurs qu'a dû subir,
dans toutes ses parties, la croûte consolidée
de l'écorce terrestre.
Ajoutons ici d'avance, à ces résultats,
quelques confirmations. Tout le monde peut
concevoir le fait de Tanéantissement d une
faune, sur le point même d'une dislocation
géologique; mais comme il [HHirrait setrou«
ver des personnes qui» malgré toutes les
preuves que nous apporterons aux causes
géologiques {Voy. Perturbations géolo^
GiQUEs), conservassent encore quelques dou-
tes % l'égard des effets généraux des eaux
sur les points qui n'ont point souffert de
dislocation, où les étages sont encore en
stratification presque concordante, nous al-
lons aiouter ici par anticipation quelques
considérations nouvelles aux preuves que
nous développerons aux articles indiqués
cl-dcssus. Sur tous les points où il y a dis-
cordance, nous trouvons . les limites tran-
chées entre les étages géologiques superpo-
sés, et les faunes qirils renferment. Sur
tous. les points où la concordance existe, où
les étages se sont succédé régulièrement,
dans leur ordre naturel chronologique ;
dans tous les terrains jurassiques fies côtes
du Calvados, des Deux-Sèvres et de la Cha-
rente-Inférieure ; dans les étages iurassiquos
et crétacés des Alpes ; dans les étages tria-
siques, jurassiques, crétacés et tertiaires,
superposés sans lacune et sans grandes ilis-'
cordances, des Vosges jusqu'en Touraine,
ou dans 22 étages sur 27, que trouvons-
nous? Nous remarquons que, sur les points
disloqués, Ias étages sont aussi bien mar-
qués, et qu'ils renferment, comme les étages
discordants, des faunes spéciales distinctes,
s'arrètaut aux mêmes limites. Du reste,
quand nous voyons que depuis notre épo-
que, aucune espèce n'a disparu de la faune
actuelle, on ne pourrait expliquer les fau-
nes successives des étages concordants des
pégions non disloquées saus'des effets géné-
raux produits par une dislocation partielle
d'un pont quelconque. Il est donc évident
q^ue rcffet prévu aux causes géologiques
s est réalisé sur tous les points, puisque les
bassins géolosiques, restés pour ainsi dire
intacts, sans dfistocation apparente, pendant
la plus grande partie des âges du monde,
n'en renferment pas moins de famies aussi
distinctes que les points disloqués. Ce fait
resterait donc définitivement acquis h la
science, que les faunes terrestres et marines
ont été anéanties à chaque époque géologi-
que ;quedès lors chaquachangement chrono-
logique de faune,dans les étages, dénote une
perturbation géologique universelle ; et que-
ces fauties successives, composée^ d'espèces,
sont les caractères les plus constahts qu'en
puisse invoquer pour distinguer les divers
â($es géologiques des couches stratifiées de-
puis le commencement de ranimalisation
sur le globe terrestre.
Des exceptions aux limites des faunes géo^
logiques. — Nous venons d'indiquer le ré-
sultat général des limites des Taunes ; il
nous reste à expliquer les rares exceptions,
c'est-à-dire, les circonstances dans lesquel-
les les espèces d'une faune ont pu être
transportées dans une faune postérieure.
Ce qui nous étonne dans les limites des
faunes géologiques successives., ce n'est
pas la présence de quelques espèces , pas-
sant d'un étage à un autre, mais, au
contraire, qu'on ne trouve pas un plus
Srand nombre de ces espèces communes à
eux ou plusieurs étages à la fois. Lorsqu'il
y a concordance, que la séparation des fau-
nes de deux étages qui se succèdent ne peut
être expliquée que par un mouvement des
eaux assez long pour anéantir les animaux,
on a lieu effectivement de s'étonner qu'un
grand nombre d'êtres n'aient pu résister ii
ce mouvement^ soit»à l'état parfait» soit à
l'état d'œuf, ou qu'un grand Dombre de leurs
dépouilles mortes n'aient pu se mélanger,
dans les dernières couches d'un étage passé,
avec les premières couches de la faune qui
lui a succédé. Quand ou considère que les
terrains jurassi(fues et crétacés, que nous
avons étudiés plus scrupuleusement, ue npu>
donnent pas en réalité 1 pour 100 d'espèces,
qui, vivantes ou mortes, se trouvent aujour-
d'hui mélangées dans deux étages successifs,
et cela sur des poiult^ où il y a, le plus sou-
477
ESP
ET K PALEONTOLOGIE.
ESP
in
vent, concorvlance de stratîGcation, on- est
forcé d*en cenclure, comme tous les résuU
Uts géologiques le dénoteot, que le moove-
mant des eaui a été très-prolongé, et qu'un
laps de temps considérable a existé entre la
fin d un étage et Tinslanl où une nouTelle
faone s*est montrée sur la terre, |K)ur cons-
titaer Tanimalisation de l'étage suivant.
Les aoimanx d^une faune propre à un
étage ont pu passer, dans l'étape suivant^
à J'état de rie, où leurs restes solides ont été
Dtélao^^és après leur anéantissement. Noas
croyons que les deux circonstances existent
dans la nature. Quand nous Toyoïis, par
exemple, le lima proboscidea passer de Té*
lat bajocien à Vétage callorien et franchir
trois étapes ; quand nous voyous, dans les
terrains jurassiques, six espèces traverser
les étapes callovieo» oxfordien et corallien,
nous en concluons forcément que ces es*
pèoes ont survécu aux perturbations géolo*
fiques, et qu'elles ont passé certainement, à
état de vie , d'un étage inférieur à celui qui
lui a succédé. 11 suflit néanmoins de compa-
rer ces quelque^ faits isolés, très-rares, au
grand nombre d'espèces cantonnées au con-
traire dans leurs étages, pour juger qu'ils ne
détruisent en rien les conclusions générales.
D*ail]eurs ces es^>èces se trouvent seulement
sur des points ou les étages sont en concor-
dance, et où tout fait supposer qu'elles de**
vraient être beaucoup plus nombreuses.
Pour les restes solides des animaux qui
ont pu être mélangés après leur anéantisse*
mqnt, iis sont un peu plus communs, sans
sortir d'une faible exception ; et nous pla-
çons dans cette catégorie presque toutes les
espèces qu'on rencontre seulement dans
deux étages successifs. £n laissant de côté
les faits de remaniement à Tétat fossile des
espèces d'un étage dans un autre; en ne pre*
nani que les restes solides qui ont pu être
mélangés à l'état frais, on voit deux modes
de mélanges propres tes uns aux corps Qot«
tants, les autres aux corps non flottants*
Nous avons, aux causes actuelles, parlé des
coquilles actuellement flottantes ( \oîf. Cor-
CHKS sÉDiKEBrrAuiES ) ; nous avons démontré
<fu'eUes existaient à tous les étages séologi-
qaes. Les coquilles des ammonites, des nau-
tiles et des antres céphalopodes, flottaient
certainement à la surface des mers, comme
les nautiles, les spirules d^aujourd'hui. Ce
fait peut expliquer comment des espèces de
rétage inférieur peuvent se trouver dans l'é-
tage supérieur sans avoir vécu dans les deux.
Supposons que des ammonites se soient dé-
posées sur un littoral et qu'elles y soient cou-
Tertes de sédiments. De l'instant où elles se
sont déposées jusau'au moment où ime autre
faune a été créée, s'il s'est passé assez de
tiimps pour que les loges aériennes se soient
remplies de matières étrangères par des frac-
tures, la coquille ne surnagera plus ; mais si,
au contraire, l'altération de la coquille n'a
pas été complète, elle flottera encore , et le
moindre changement de niveau sur les côtes
pourra remettre à flot des coquilles d'am-
monites de l'étage précédent, qui pourront
ensuite voguer sur les mers, poussées par
les vents, se déposer simultanément sur les
côtes avec celles de la faune existante ; et
alors il y aura mélange des espèces de deux
époques successives, sans que ces espèces
aient vécu siraultanément.Ce fait est si vrai,
que nouspossédons des mega$iphofiia fossiles
des faluns de Dax, qui flottent encore après
l'intervalle de deux étages ; et, ce qui est plus
remarquable, un ammonites cordaius de l'é-^
tage- oxford ien, qui, après douze étages de
temps, flotte encore lorsqu'on le plonge dans
I eau. Ces faits prouveront jusqu'à l'évidence
que les corps flottauts communs à deux éta-
ges ne contredisent en rien la séparation de»
faunes par étage ; et cela est si vrai, que ces
espèces communes sont des exceptions rares
dans les étages, et qu'elles se montrent seu-
lement en des lieux où ces mélanges peuvent
facilement être expliqués.
Pour le mélange des corps non flottants,
on peut encore l'expliquer par des causes
analogues. Quand deux étages se sont succé-
dé dans un bassin marin, sans discordance
et sans dépôts intermédiaires, on concevra
2ue des dépouilles mortes de coquilles d'un
ta^e antérieur pourront se trouver dans les
sédiments sur des points où vivent ensuite
les espèces de l'étage suivant; et qu'il y
aura alors mélange, sur ces points, des es«>
pèces des deux faunes successives, sans
que les espèces aient vécu en même temps.
On voit «icore que ces faibles exceptions ne
changent en rien les conclusions précédentes,
relatives aux limites générales des faunes
propres à ces étages.
£n résumé, on voit : que le nombre des
espèces communes à deux étages est un^
rare exception, qui n'existe que pour quel-
ques étages séparés sans doute par des per-
turbations géologiques de moindre valeur
que ceux où aucune espèce commune ne
s'est montrée jusqu'à présent ; que même
dans les étages où ces espèces communes
existent, leur présence s'explique par la con-
cordance de stratification des étages» ou
lorsaue ceux-ci ne sont pas séparés par des
eoucnes intermédiaires soit terrestres, soit
marines sans fossiles, il ne faut donc pas
prendre ces espèces communes pour des
faits de passage, mais on doit les regarder
commodes mélanges, commodes exceptions
dont un peut facilement se rendre compte^
II convient même de se prémunir contre les
idées fausses qu'on pourrait prendre surdes
[)oints exceptionnels, en les confondant avec
'état normal. Quand on trouve des mélanges
nombreux, dans les étages falunien et sub-
apennin du Piémont, par exemple, où les
étages sont <X)ucordanls et sans couches in-
termédiaires, il faut bien se garder de rieù
en conclure; car ces mélanges tiennent évi-
demment aux causes que nous avons indi-
quées précédemment.
Si , du reste , on veut ea avoir la preuve,
on la trouvera dans Tétude comparative de
ces mêmes étages bien circonscrits, sur
d'autres points, tels que la Touraine, Bor-
deaux, Dai, pour Télage falunien, et Perpi-
It9
ESP
DICTIONNAIRE Dfi COSMOGONIE
EXT
4(1
gnao, pour 1 élage subapennin, où Ton ne
rencontre aucun mélange, aucune espèce
commune entre ces deux étages. Ce fait
de mélange que nous citons, dans le Pié-
mont, pour les étages falunien et subapen-
nin, est applicable aux limites des étages
suessonien et parisien, à Guise-Ia-Motte ,
dans le bassin parisien. Ainsi, lorsqu'il y a
mélange sur un point, il faut recourir aux
étages bien circonscrits pour les expliquer,
et pour ne pas confondre des exceptions lo-
cales avec les limites réelles des faunes ca-
ractéristiques des étages géologiques.
Définition d'un étage géologique pa^ rap--
port aux espèces. — Après tout ce que nous
avons dit de la séparation des faunes spé-
ciales , nous devons faire connaître ce que
nous entendons par un élage : un étage,
pour nous, est une époque en tout identi-
que à l'époque actuelle. C'est un état de re-
pos de la nature passée, pendant lequel il
existait, comme dans la nature actuelle, des
continents et des mers , des ptentes et des
animaux terrestres, des plantes et des ani-
maux marins; et, dans les mers, des ani-
maux pélagiens et des animaux côtiers à
toutes les zones de profondeur. Pour qu'un
étage soit complet, il doit montrer un en-
semble d'êtres terrestres ou marins, qui
puisse représenter une époque tout entière,
analogue au développement que nous voyons
actuellement sur la terre. Lorsqu'on ne con-
naît aue quelq^ues parties de cet ensemble
qui aevrait exister à la fois, c'est que les
autres ont été anéanties lôrs des perturba-
tions géologiques, ou qu'elles nous sont
encore inconnues. Ainsi donc, nous ne pour-
rions admettre, comme étage, des couches
même discordantes, quelle que soit leur puis^
sance, si elles ne contiennent pas leurs
faunes caractéristiques. Nous regardons, par
ce motif, comme tout à fait fausse l'idée que
chaque étage doit avoir peu d'espèces spé-
ciales; car il est évident que, si chaque étage
est une époçiue semblable à l'époque ac-
tuelle, il doit renfermer une faune propor-
tionnée; et que, si nous n'y connaissons aue
peu d'espèces, c'est que la trace de la plus
grande partie des espèces de la faune qu'il
renfermait a été entièrement anéantie ou
nous est inconnue. Nous pensons encore
que le nombre aujourd'hui découvert des
espèces propres à chaque étage doit consi-
dérablement augmenter par les recherches
3ui nous restent à faire pour connaître les
ivers Ages du monde sur tous les points
du iglobe; et nous ne serions pas étonné si
ee nombre , par la suite, devait se tripler.
Il est, relativement aux limites de l'étage,
un écueil qu'il faut soigneusement éviter :
c'est celui d'attacher trop d'importance à la
distribution locale des fossiles par couches,
avant de s'être assuré si les détails sont les
mêmes sur tous les points du n}onde. Le
plus souvent, en effet, quand, dans un has«
sin géologique, on trouve que telles cou-
ches renferment telles séries d'espèces, oa
est naturellement porté. à regarder cette dis-
position comme un fait important de strati-
graphie, comme une époque spéciale, dis-
tincte, quand ce n'est, le bius souvent,
qu'une disposition- purement locale, qui nt»
})ermet sa généralisation nulle part, et qui
timt seulement aux compositions des sâi-
ments ou aux oscillations locales du sol.
Espèces caractéristiques en géologie. —
Quand la science était encore dans son en-
fance, on a pensé qu'il n'existait, pour cha-
que époque géologique, que quelques es-
pèces caractéristiques. C'est une erreur que
fait disparaître l'étude comparative de tous
les faits répartis à la surface du globe ; car
il est certain, au contraire, qu'a très-peu
d'exceptions près, pour les espèces commu-
nes, les 24^,000 espèces connues à Tétat fos-
sile sont toutes caractéristiques. Dans cha-
que étage^ en effet, les unes sont caracté-
ristiques des dépôts terrestres , les autres
des dépôts marins ; dans ces derniers dépôts,
des espèces flottantes caractérisent les sédi-
ments côtiers, au niveau des hautes mers;^
d'autres appartiennent à des zones déposées
peu au-dessous du balancement des mers,
tandis que des séries tout entières dépendent
des zones profondes des océans. On voit,
dès lors, qu'il n'y a pas d'espèces caracté-
ristiques d'un étage ; mais que toutes les
espèces, suivant la nature des dépôts, on
suivant les lieux, peuvent être considérée
comme telles; Nous insistons d'autant plus
sur ce résultat, que les mêmes étages, pris
sous la zone torride ou près des pôles, nous
montrent, aux déductions climatologiques^
que des espèces identiques étaient, à cha-
cune de ces époques, répandues sur le globe
à des distances énormes, ce qui les rend
encore plus importantes (326).
ESPECES CARACTERISTIQUES es géo-
LOoiB. Voy, Espaces fossiles.
ETAGE GEOLOGIQUE, qu'est- ee par
rapport aux espèces fossiles. — Voy* Espèces
Fossass.
ETAT DES COUCHES GÉOLOGIQUES. Voy. Si-
DiMEiiTS ANCIENS Comparés aux sédimenis
actuels.
ÉTERNITÉ, NON-ETERNITÉ du globi
démontrée. Yoy, l'Introduction.
ETOILES» leur origine. Voy. GoDBPaoT,
HÊRAT.
EXTINCTION ET RBPRODUCTIOir des GER-
EES ET DES BSPiCBS. Vof. GÉOLOGIE et Bt-
PàCES FOSSILES.
(SM) L<% Idées ihéoriqQes de eet article sont empruntées > M. A. d'Orbigny, doBC ta sdeace égale U
ppofoodenr de vues.
lei
FAL
ET DE PALEONTOLOGR
FAL
481
F
FAILL£« Toy. pEaTi:RBATiO!<s cioLOGi-
FALLOPIO. Voy. Géologie et ikuk:^ (us
SlIXT-CLA¥IE3f.)
FALUNIEN (ETAGE). — Le troisième des
terrains tertiaires et le Yiugt-siilème de la
série tolale des formations stratifiées. Cet
éUgese divise eDdeaxsous-étageSf l'inférieur
00 iangrien^ et le supérieur ou falunien
yefremeni dit.
Le sous-ét4ge iongrien tire son nom de la
▼ille de Tongres, en Belgique, qui est le
point étalon pour celte contrée, de même
que les eonrons d*Étampes le sont pour la
France. L'étage tongrien est une partie des
ierraint tertiaireê moyens (miocènes), le grèê
de Fonimintbleauj moiiasseSf trameriin êupé"
rieur et weeulièree de Ch. d'Orbignj, etc.
I. Étagb toxgrien
Ifons considérons comme des dépendan-
ces de cet étage , dans le bassin ânglo-
parisien, toutes les couches séparées depuis
longtemps, par MM. Duf renoj et El ie de Beau-
moat, sous le nom de grès inférieurs et supé-
rieurs de Fontainebleau ; les sables et les grès
supérieurs de M. Graves, c'est-à-dire depuis
les manies marines vertes contenant les os-
irem cyathmla , langirosîrie^ etc., jusoues et
7 compris les calcaires lacustres supérieurs
uEtampes. Dans le bassin pyrénéen, les
dépôts de Voetrea longirosiris ^ du calcaire à
astéries de M. Delbos , ainsi que les fai%ms
bieus inférieurs de Gaas et de Lesperon, de
Mt. GratelouD. Dans le bassin méditerranéen,
les calcaires lacustres des environs d'Aix. Eu
Belgique, les marnes argileuses de Boom,
les arigiles sableuses de Tongres et de KIcjn-
Spanwen , dans le Limbourç, ou les étages
tongrien* rupélien et boldénen de M. Du-
nonC; les sables coquilliers d'Alzey, en
Westphalîe , et quelques autres points. Ce
n'est point, comme on Ta cru, Téquivalent
des argiles de Londres, mais bien un éla^e
supérieur à cette époque.
Dans la nartie française , on remarque
d*abordnn lait : c'est que, jusqu'au nord de la
Seine, on ne retrouve plus que des lambeaux
disséminés sur l'étage parisien , et témoi-
^ant seuls qu'un grand tout homogène, dont
il ne reste que des jalons isolés, s'étendait
néanmoins à une grande distance au nord.
C*est seulement au sud du cours de la Seine
que rétage, alors en parties continues, re-
couvre partout l'étage parisien, comme à
Vir^^ay, à Sèvres. Nous voyons les couches
marines , les argiles à huîtres et les sables
marins supérieurs se montrer en lambeaux,
d'après M. Graves, dans l'Oise, au mont
Pa^piotte , à Saint-Christophe-en-Halatte , à
llontméliant, à Neuville-Bosc, à Monjavoult;
on les voit dans ie d^rtement de Seine-
et-Oise, à Ecouen, à Montmorency, à Ar-
genlcuil, au mont Valérien, etc. Jusqu'à
présent, cette époque n'a pas élé reconnu»
en Angleterre; et c'est, avec l'étage danien,
la seule lacune qui existe des jkes géologi-
ques les plus anciens jusqu'à 1 époque ac-
tuelle.
Tous les géologues sont d'accord sur la
position de cet étage dans le bassin anglo-
parisien. Les premières couches à huîtres
reposent en couches concordantes sur les
derniers dépôts gypseux de l'étage parisien,
comme on peut le voir à Montmartre, à
I^ierreGtte, à Montmorency, à Ecouen, etc.,
et tout autour de Paris. Dans le bassin
f)yrénéen, et principalement autour de Blavo
Gironde), ainsi que l'ont observé MM. Del-
bos et Baulin : les premières couches de cet
étage, contenant des huîtres, reposent sur
les calcaires à orbilolités et les couches
lacustres analogues aux couches terrestres
de l'étage parisien des environs de Paris.
la même superposition existe en Bel-
gique, d'après tous les beaux travaux do
MM. d'Omalius , d'Halloy et Dumont; aussi,
nul doute que cet étage tongrien , tel que
nous le considérons, n'ait succédé régu-
lièrement, dans Tordre chronologique, à
l'étage parisien , qu'il recouvre sur tous les
points.
Quant aux caractères stratigraphi.pies dis-
tinctifsde cet étage, ils sont aussi nombreux.
En jMrlant des limites supérieures de l'étage
parisien, nous avons donné les limites infé-
rieures de celui-ci. Ces limites étant, du
reste, admises par presque tous les çéolo^es
français, nous croyons ne pas devoir insister
davantage.
Pour les limites supérieures , elles sont
données par des discordances réelles et par
de nombreuses discordances d'isolement.
Pour discordances réelles , nous citerons la
relief du Système de YUeée Wight^ du Tatra^
du Rilo^Dagh et de VHœmus^ de Mi Elie de
Beaumont, qui parait séparer l'étage des
faluns proprement dits. Pour discordance
réelle d isolement, nous avons le manque
de l'étage tongrien sous l'étage falunien d'une
infinité de points du globe , dans le bassin
anglo-parisien, dans la Manche, où Tétage
falunien repose sur les terrains triasiques,
avec une lacune de 19 étages. Dans le bassin
ligérien, on voit les lambeaux faluniens re|K)-
ser directement sur les terrains plutoniqucs
ou azoïqoes, avecSS étages de lacunes, comme
dans les départements de la Loire-Inférieure,
de la Vendée et d'Ille-et-Viiaine ; sur les
terrains paléozoiques , à Gahard , avec 2è
étages de lacunes ; sur l'étage turonien des
terrains crétacés , à Tourtenay, autour de
Doué, avec une lacune de k étages; sur l'é-
tage sénonien, à Sablançai, à Mantbelan , et
sur beaucoup d'autres points du déparle*»
ment dlndre-et-Loire, avec une lacune do
4^3
FAL
DICTIÛNNAZU£ DE COSMOCOME
FAL
m
3 étages. Dans le bassin pyrénéen, on a re-
connu l'étage falunien sur l'étage kimmé-
rid^ien à Tlle d^OIéron, avec une lacune de.
10 étages. A Carrj (Bouches-du-Rhône), le
dépôt falunien repose, en discordance com-
plète» sur l'étage néocomien, avec 8 étages
de lacunes ; sur les terrains crétacés, à Sour-
Hbes (Basses-Alpes), et sur les terrains ju*
rassiques, à Cbâteauredon. Nous pourrions
encore multiplier à l'infini les lieux où Fi-
solement de Kétage falunien, sans Fétage
tongrien, qui devrait être partout inférieur,
s'il avait dépendu de la même époque , se
trouve le mieux constaté. Nous dirons seu-
lement que nous regardons encore comme
fait de discordance , la présence des parties
d'eau douce corrodées et perforées par les
nholades de l'étage falunien, comme MM. de
Vibraje et Coquand l'ont constaté, d'an côté,
dans le bassin ligérien, h Pontlevo/^ et de
l'autre, dans le bassin méditerranéen, autour
d'Aix. C'est la preuve que les dépôts d'eau
douce étaient déià consolidés et a l'état de
roches, lorsque' les mers ont recouvert ces
dépôts terrestres, et lorsque les pholades
les ont perforés , ce qui suppose un laps de
temps considérable entre les deux et une
véritable discordance d'érosion.
On ne peut donc pas, après des fiiits si
nombreux, se dispenser de recomiaître ren-
tière icdépendance stratigraphique de cet
ét/ige, qui, comme pour toutes les époques
prfeédentes, se trouve parfaitement coïnci-^'
deravec les limites paléontologiques, comme
on le verra plus loin.-
La plus grande épaisseur connue se re-^
marque auprès de Bordeaux /où M. Delbos
révalue à 100 mètres.
Nous trouvons, dans cette époque, divers
genres de dépôts qui nous font reconnaître^
des parties marines et des parties terrestres.
Lorsque nous voyons la composition de
foutes tes couches, marines du bassin anglo-
parisien , où se remarquent de nombreuses
ttuitres: ou des coquilles de bivalves et de
gastéropodes dans les lits horizontaux de
sable, on ne peut s'empêcher d'y retrouver
un dépôt fait à peu de profondeur dans la
mer, mais certainement au-dessous du ba^
lancement des marées. Les lits horizontaux
des fossiles , et surtout les coquilles lamel*^
libranches, encore dans leur position nor-
male d'existence, comme à Jeurre, nous
donnent la certitude qu'aucun mouvement
des eaux semblable à celui que produisent
les marées n'est venu déranger ce dépôt,
depuis qu'existaient les coquilles encore en
place. Les dépôts k huîtres des environs de
Blaye, les faluns bleus des environs de Dax,
ainsi que tous les dépôts marins de la Bel-
gique, semblent ètrejdans le môme cas.
L'abondance des parties d'astéries et le peu
de lamellibranclies et de gastéropodes, que
renferment les calcaires à astéries du bassin
ftyrénéen, nous font croire qu'ils ont dû se
fonner dans des régions bien plus profondes
des mers de cette époque.
I.-a composition zoologiquc des couches
terrestres qui recouvrent les couches ma-
rines dans les bassins anglo-parisien et pyré^
néen, ainsi que les dépôts analogues du bas-
sin méditerranéen, donnent la certitude que,
. dans ces trois bassins, il a existé des parties
'^ continentales. Ces dépôts lacustres ont rem-
placé et recouvert les dépôts marins, sur
tous les points , dans le ba^sin anglo-pari-
sien, sur les régions sud du bassin pyrénéen.
A Gaas, à Lesbarritz, à Dax, à Saint-Jean-de-
Marsac, k Goufs, à Abesse, à Gaillac (Landes),
ils se trouvent isolés et seuls dans le bassin
méditerranéen, et paraissent manquer tout
à fait en Belgique.
Dunes. — Ne pourrait-on paô croire que ces
amas de sable non stratifié, d'une ^le
grosseur, et sans corps organisés, gui, par
exemple, forment les grès de Fontainebleau
et ceux des environs dlStampes, ont été
d'anciennes dunes dans la mer tongnenne ?
OscUlaiions du soL — La succession ré-
gulière que nous voyons exister sur un
même t)oint, dans les bassins anglo-parisien
et pyrénéen , de dépôts purement marins et
de dépôts purement terrestres « nous donne
la preuve que des oscillations du sol ae fai-
saient sentir dans cette période géolorâque.
La succession des détMs terrestres à des
dépôts flMfiBS exige d'abord^ pottrqœdes
coquilles terrestres etfluviatiles y aient yécOf
que la mer se retire des points qu'elle occu-
pait, et. qu'après un laps de temps considé-
rable la salure des eaux ait entièrement dis-
paru de ces lieux. Il a donc fallu un chan-
gement de niveau sur ces points, ce qui est
le fait des oscillations du sol. Les environs
d'£tampes sont instructifs sous ce rapport.
On y voit, au-dessus des dernières couches
marines de Jeurre et d'£strécby, une masse
considérable de sables, sans coquilles marines
ni coquilles terrestres^ Ces sables, analogues
à tous ceux de Fontainebleau, qui« peut-être,
formaient ou des dunes de sable, ou, au
moins, des déserts autour des dépôts marins,
paraissent avoir tout nivelé à la un de l'épo-
que marine, caron les voit sur tous les points
recouvrir ces dépôts. La manière dont les
dépôts lacustres commencent à la côte de
Saint-Martin, près d'Ëtampes, nous montre,
aux premières couches, des lignile5,puis des
dépots siliceux, contenant des cérites , des
cyclostomes et des graines de chara; puis,
après plusieurs alternances, des couches
contenant seulement des lymnées etdespla-
norbes, et plus de cérites. Pour nous, la
présence des cérites annonce encore un peu
de salure dans les eaux qui les nourrissaient,
en même temps que des chara ou des cyclos-
tomes terrestres étaient amenés par les
pluies. Ce n'est qu'après que les eaux ont
été entièrement douces que les Ivmuées et
les planorbes y ont pu vivre.
Perturbation finoie. — Nous pourrions
voir , ^ans les dépôts de galets inférieurs
aux dépôts faluniens marins de Carry (fiov>
cl>es-du-Rhône}, les traces certaines du mou-
vement des eaux à la surface de la terre, k
la fin de l'étase tongrien et avant les dépôts
renfermant des corps organisés de Téia/e
fdilunien. I^ournous, ces ga!et$ dont uou^
us
FAL
ET DE PALEONTOLOGIE.
FAL
166
parlons plus loin, no sont que les premiers
oiteHements , dus à la Tioienee des eaux,
lors de la perturbation finale de Tépoque
toOKrienne.
D après la grande surface de galets, d*ar*
Îiles et de poudingues, qu'on Toit entre les
épdts lacustres tongriens du département
dlndre-et-Loire et les dernières couches
crétacées, on a également la certitude qu'un
noarement riolenl de laYage su(>erficiei |iar
les eaux avait précédé les premiers dépôts
lacustres de Tétage tongrien.
Caraciires paléoniologiques. — Nous ne
parlerons ici que des caractères propres aux
espèœs. En laissant de c6té tous les animaux
vertébrés et annelés de cette époque, encore
peu faciles k séparer de ceux de l'étage fa*
junîen , avec lequel ils ont été confondus,
nous ne nous baserons que sur les res*
tes d'animaux mollusques et rayonnes.
Nous connaissons dans cet étage h28 espèces.
Le très^grand nombre de ces espèces, iden«
tifiées à tort, en Belgique et à Bax, avec les
argiles de Londres et avec le calcaire gros*
sier de Paris, étaient toutes basées sur de
busses déterminations qui étaient venues,
pour ainsi dire, anéantir les données strati-
graphiques et embrouiller considérablement
la question géologique. Après avoir vu un
grand nombre de ces espèces identifiées ,
nous pouvons afiirmer, dit M. d'Orbignj,
que toutes sont distinctes , et pour nous la
laune de l'étage tongrien de France et de
Belgique ne renferme que des espèces spé
ciales et tout à fait caractéristiques, de ce
éta^e.
Chronologie hhtorifue.'-M. Elle de Beau-
mont place la dislocation de son système de
la Corse et de la Sardaigne à la fin de la pé«
riode géologique parisienne. C'est alors que
se sont anéantis, par les perturt)ations qu'elle
a occasionnées à la surlace de la terre, les 69
genres spéciaux à cette époque, et les lô78
espèces déjà décrites dans cette période^
J orsque le calme est revenu sur la terre,
lorsque les mers sont rentrées dans leurs
lits, sont nées, indépendamment des ani-
maux vertébrés et annelés , les 428 espèces
«l'animaux mollusques et rayonnes que nous
connaissons dans cet étage.
Les continent^ et les ïobts ont alors subi
plusieurs changements. La mer, dans le
bassin parisien , laisse de larges atterrisse-
iiients vers le nord, et ses limites septen-
trionales connues s*élr igncnt beaucoup vers
\*i sud, tandis que la mer s'avance, de ce
côté, jusqu'à Etampes, en formant un cercle
autour de Paris. Uans le bassin pyrénéen,
la mer recouvre presque les mêmes limites
septentrionales, en laissant un étroit atter-
rissement au nord-ouest de Blaye ; mais, de
méoie que dans le l)as$in anglo-parisien,
elle s*étend considérablement vers 1 est et le
sud, d*un cdté jusqu'à Libourne, de l'autre
jusqu'à Dax. En Belgique, l'atterrissement.
I*aralt avoir eu lieu dans les mers vers le
^ud, tandis que les mers tongriennes se sont
avancées vers le nord-est jusqu au Limbourg
^taax environs de Maëstrich^
Les continents s'accroissent donc au nord
et au sud du continent belge, d'un e6té en BeK
gique, de l'autre dans le bassin anglo-pari-
sien, d'abord de l'atterrissement de la région
nord des environs de Paris, et pëut-^lre de
toutes les mers tertiaires antérieures de
l'Angleterre, puisque les mers tongriennes
ir sont inconnues. 11 en serait de même du
lassin méditerranéen, où nous ne connais^
sons pas encore la faune ùiarine de cette épo«
que. Ilans le bassin pyrénéen, les continents
auraient perdu une assez vaste surface orien-
tale et méridionale des parties surélevées
pendant les dépôts parisiens.
Les animaux marins de cotte époque,
quoique très- voisins , génériquement par-
lant, de ceux de la faune falunienne, s'en
distinguât tous spécifiquement. En sépa*-
rantde la flore miocène de M. Brongniart
les plantes fossiles des meulières et des grès
supérieurs des environs de Paris, et les
plantes des environs d'Aix, on aura la liste
suivante, à laquelle, peut-être, il faudra
joindre les plantes fossiles d'Amussan, près
de Narbonne :
Crgpiogame9 oerogème».
Chara medicagula (Brong.). Paris.
Mùnocotylédones.
Carpolitbes Ibalictroîdes (Brong.). Paris.
CaAHȃES.
Culmiles anomaliis (Brong.). Paris.
PALHIKRS.
llabellaria lamaoonis (Brosg.). Aii.
Endogeniles diclymo^oleo (Spreng.)- Paris.
Dieottiiédone* gymnospermes^
Flypcostrobites parisiensis (Brong.) Paris.
Miisciles squamatus (Bron^.) Prod.
Podocarptts macrophylla (Lindl.). Aix. '
Dicotylédones angiosperme4,
LâI:PI5É£S«
Laums dukis (Lindl.) Aii.
HfVpeÉACÉes.
Nymphaea arcthus» (Brcng). Paris.
Les oscillations du sol ont existé pendant
cette époque, qui parait, d'après la puis-
sance des couches, avoir eu une très-longun
durée. La dislocation du Système de nie de
Wight, du Tatra, du Rilo-dagh et de VHœ^
mus 9 que M. Elie de Beaumont fait arriver
à la fin de cette époque, aurait, par la per-
turbation qu'elle a causée à la surface de la
terre, occasionné le mouvement des eaux,
dont nous avons des traces, gui aurait ter-
miné cette période, en anéantissant les 428
espèces marines qui nous sont connues.
Nous aurions donc encore ici la perturl>9«
tion géologique comme moteur, les traces
du mouvement des eaux qu'elle aurait
amené, et, pour résultats visibles de cette
révolution, 1 anéantissement de la faune.
U. Etagb SLPÉaiEt'A ou VÂLVfiiEis propre-
ment dit.
CesX l'époque de la première apparition
des ordres de mammifères amphibies , in-
sectivores, édentés et ruminants ; des reptiles
liatraciens (grenouilles), etc.
Le nom ue falunien est pris d'une dénotmi*
Wl
FàL
DICTlONNAlRls. Dfi COSMOGONIE
FAL
m
nation vulgaire de Tétage, et en renferme une
des formes les plus communes et les plus
utiles.
C'est une partie des terrains tertiaire$
moyens l miocènes )j faluns^ meulières^ de
MM. Ikurenoy et Élie de Beaumont ; Véiage
des mollasses, des falunsy du crag^ de M, Cor*
dier ; V étage moyen des terrains supercrétacés^
de M. Huot ; terrain tritonien^ de M. d'O-
•malius d'Halloy ; partie de la période mio-
r^edeM. Lyell; les faluns de Touraine; le
calcaire moellon ^ de M. Marcel de Ser-
res ; etCv etc.
Type français, à Pontlevoy, à Montpellier;
type anglais j le crag du Sufiblk ; type belge,
le crag d'Anvers; type autrichien; les envi-
rons de Vienne ; typ9 américain, les environs
d*£aston (Maryland) (Etats-Unis), etc«
Extension géographique. — Nous ne pla*
cerons pas ici toutes les couches alluviales
et superficielles du sol, dont TAge est plus
ou moins contestable, mais seulement les
grands dépôts géologiques marins . ou d'eau
ouce, dont la position stratigraphique, ainsi
que les fossiles quHIs renferment, ne peu*
vent laisser de doute sur leur Age chrono-
logique.
Nous ne pouvons plus , pour cet étage»
nous servir des mêmes circonscriptions géo-
graphiqiies, car les parties françaises du bas-
sin marin anglo-pansien se sont entièrement
comblées, à Tépoque précédente; et, quant
è la France, il est plus logique de nous ser-
vir, pour la partie marine encore existante,
dû nom de bassin ligérien; car les dépôts
marins se concentrent, pour ainsi dire^ dans
la grande dépression aue forme aujourd'hui
le bassin de la Loire. Nous allons donc nous
occuper, d'abord, du bassin ligérien, où les
parties marines , débris des mers de cette
époque, échappés aux révolutions géologi-
aues, ne forment plus que des lambeaux
isséminés çà et là sur une extension géo-
graphiaue comprise de l'est à l'ouest, entre
Loin^ (Loir-et-Cher) et les environs de Di-
nan (Côles-du-Nord(, d'un côté, et de l'autre,
du nord au sud deDinan, jusqu'à la Vendée.
Voici, du reste, la liste de ces lambeaux, d'a«*
près les travaux de MM. Besnoyers, Dujar-
clin, Toulmouchci Rivière, Ponceau, etc.
Dans le département de Loir-et-Cher, on en
voit d'abord un assez vaste lambeau, qui
s'étend de l'est à l'ouest, àLoing, à Fresnes,
à Contres , à Saint-Aubin , et deux autres
petits à l'ouest, l'un près de Pontlevoy, et
l'autre à Thenay; dans l'Indre-et-Loire, d'a-
bord au sud de Tours, entre l'Indre et la
Vienne, où l'on voit plusieurs lambeaux, à
Ferrières-Larçon et à Cussay : d'autres assez
près, à l'est de Sainte-Maure ; sur les com-
munes de Bossée, de Manthelan, du Lou-
roux, de Louans et de Sainte-Catherine-de-
**ierbois. Un petit lambeau existe au nord de
Tours, à l'ouest de Sablançay, et, bien plus
à l'ouest, s'en retrouvent encore d'autres, au-
tour de Savigné, de Courcelles, de Ghaunay,
4e Saint-Laurenl, de Meigné-ie^Vîcomte, et
des Cléons. Dans les Deux-Sèvres, M. de
Vielbianc en a reconnu un petit lambeau au
sommet du mamelon crétacé de Tourtenav.
Dans Maine-et-Loire, on eu voit encore des
lambeaux auprès de Sdumur, au Coudray,
à Antoigné, aux environs de Doué, à Saint-
Clément-de-la-Place, à Thorigné, à Saint-
Georges, à Brigué, à Grezillé, a Notre-Dame-
de-Louresse, à Ambillon, à Chavaignes , ï
Tigné, à Aubigné, autour de Gonnord»
de Joué, au Champ, et près des Alleads; au
nord d'Angers, un lambeau se montre à
Sceaux ; dans la Vendée, il en existe a la
Grande-Chevrière et à la Gariopière. On en
connaît encore dans la Loire-Inférieure, aux
environs de Nantes, aux Cléons, à Saint-
Colombin, près de Chflteaubriant, à Arton;
aux environs de Nort, à Saffré, à Cambon,
Eres de Savenay ; près de la Roche-Bernard,
Sainte-Reine, à Saint-Liphard. Dans la
Mayenne, il en existe à Samt-I^urent-des-
Mortiers; dans l'Ille-et-Vilaine, auprès d'A^
gentré, dans la forêt Duperte, à Saint-Jac-
aues et à Saint-Grégoire, près de Rennes, à
1 est de Gahard, à l'ouest de Feus, à Tréme-
heuc, à Chaus6èvre; dans les Côtes-du-Nord,
entre Dinan et Bécherel , et à Saint-Juvat,
près de Dinan.
Le second bassin maritime français de
cette époque est le bassin pyrénéen, encore
resté a peu près dans les mêmes parages.
C'est peut-être le plus connu par le nomnre
considérable d'espèces de coquilles qu'il ren-
ferme, étudiées, tour à tour, par MM. Jouan-
net, Bastérof, Grateloup et Des Moulins. Les
points où les dépôts marins sont le mieui
caractérisés se trouvent d'abord en lambeaux,
à l'île d'Oléron, auprès du phare de Saint-
Pierre, où M. d'Orbigny père les a décou-
verts. Ils reprennent ensuite dans la Gironde,
au sud de Bordeaux, où les localités célè-
bres de Labrède, de Léognan, de Saucats, de
Saint-Médard, de Salles, de Mérignac et de
Gradignan, de Martillac, se montrent, pour
témoigner de la grande extension de ces dé-
pôts, qui reparaissent aux environs de Dai,
où ils ont été si bien étudiés par M. le doc-
teur Grateloup; on les reconnaît, en effet, au
moulin de Cabanière , à Dax , à Saint-Paui,
aux Cabannes, à Mainot, à Saubrigues, à
Saint-Jean-de-Marsac, à Cazorditte, à Clastel-
crabe et à Mugron, etc., etc.
Le bassin méditerranéen est égalemant
bien circonscrit à cette époque. On en con-
naît des dépôts marins dans l'Hérault, aux
environs de Montpellier, où ils ont été étu-
diés par M. Marcel de4§erres« Les plus belles
locahtés sont à Boutonnet, près de Montpel-
lier, dans la vallée du Château-d'Eau, aux
buttes de Marennes, au nord de Pézénas, et
à Mousson. On retrouve l'étage dans le Gard,
à SommièreSy à Villeneuve-lez-AviRDOn, au
Pont- Saint -Esprit; dans les Bouches-du-
Rhône, sur la côte en dehors de Martigues,
à la Couronne, à Garry, où M. Honoré Mar-
tin a recueilli tant d'espèces; au plan d'Acen,
à Rognes, à Lambesc, à Salon, a Lançon, à
Aix, à Saint^lannal, au bord de l'éUnK de
Valduc, à Barbentanne, àFoz ; daus led^r-
tement de VaucFuse, à Vedènes, aux Angles,
prè« d'Avignon, à Bollène ; aux environs de
M
FAL
ET DE PALEONTOLOGIE.
FAI
GijKomias , au plateau ce Saint-Amand, au
Tiila^e de Maseou, à Vasquieras, à Beaumes»
à Caromb;dansJa Drôinc,à Sainl-PaaMroi»-
ChâteauXf à Suze, à Mont-Ségury h Saint-
Jtfan-de-Royan, à Saint-Jusl, à 1 est de Saint-
Restitul» à Clausayes. La continuation des
iLèaies dé|)ôls, suivant les recherches de
M. Scipion Gras, se voit dans ]es Basses- Al-
lées, à Cereste, au mont Justin, à Beillanne,
et se continue au nord- est en passant par
Lincel, Saint-Miche), jusaue bien au delà de
Forcalquier. Cn autre Jambeau se voit au
sud-est, à Sainte-Tulle, en passant par Ma-
nosque, jusqu'à Volve. D'autres suivent la
direction du uord-nord-est, et se remarquent
à Gana^obie, à Peyrcies ; et une bande com-
mence à Valonne, Sourribes, Baudument,
Abron, Melanet Saint-Lambert. Deux autres
se voient au sud-ouest de Digne, à Gaubert
et auprès de Mezel ; à Cbâteauredon, à Ta-
naron. On voit Tétage dans llsère, à Vo-
reppe, à Voiron, à PrOTejsieux, d'après
M. Gras; dans TAin, à Bourg, à Romaigneu,
à Saint-Martin-de-Bavel, à Sevssel, à Cha-
uay ; dans la Savoie, aux bords nord-ouest
du lae du Bourget; en Suisse, au canton de
Friiiourg, au mont Molière, à Vavey, près
uu lac de Neufcbâtel; au cantoûdeNeufchâ-
te!, à la Chaux-de-Fonds, à Sainl-Gall; dans
le cauton de Vaud, à Sainte-Croix; dans le
canton de Berne, à Utzigen, sur les pentes
du Buchelberg, vers Messen. En Argovie,
M. Auder Ta rencontré à Britbeau, près de
Zofingen.
La continuation des lambeaux de la Pro-
vence se voit encore, d'un cdté, dans le Var,
è ieannet, à 28 kilomètres au nord-est de
Grasse, à Tourretles-lez-Vence, à Vence et
à Pegomas, à Biot, près d'Antibes, à Fréjus,
entre Fréjus et Saint-Raphaël ; dans le comté
de Nice et en Piémont, aux collines de Tu-
rin, à Dertona, au Castel-Nuoro, à Rivalba,
à Sainte-Agathe, près de Tortona, si habile-
ment étudiés par MM. Sismonda, Gastaldi,
Micbelotti et Bellardi; dans l'Ile de Corse, à
Bonifacio, à Balestro, à Santa-Mouza, à Ajao-
cio, à Fontana-Canna, à Tumazza; à Civita-
Veccbia ; de l'autre, en Catalogne et dans le
royaume de Grenade, en Es^iagne; en Por-
tugal, dans les environs de Lisbonne, sur le
Tage.
La continuation de ce même bassin mé-
diterranéen se retrouve en Algérie, près
d'Alger, d'Oran , au désert de Sahara ; dans
lUe de Sardaigne, dans l'Ile de Malte; sur
quelques poinU de l'Italie, à Schio, à Polsa-
eno (Vicentin) ; sur une infinité de points de
& Grèce, surtout dans la plaine d'Argos;
dans les tles de Spezzia, de Crète et de Ca-
prée. En Morée, dans la Turquie d'Enrope,
M. Viquesnel Fa rencontré dans les vallées
des principaux affluents du Danube , où cet
étage forme des terrasses oui accompagnent
le cours de la Saxe, du Koloubara et du Da-
nube. Le Taurus en montre entre Bostane-
son et Selefke, où H. -de TchihatchefT l'a
trouvé. En Autriche, dans le bassin de Vienne
M bien exploré par MM. de Hauer et Partch,
à Steinabrunn, à Gaimfarem , à Tfussdoif, à
Anzerfeld, à Baden, à Neustadt, à Sarajtadat,
à Piesting. à Brunn, à Ebersdorf , à Euzers*
dorf, à Aralsee» etc. ; dans la plus grande partie
de iaStyrie, d'après M. Boue, d'où il se prolon-
gerait dans les plaines de la Bongie, dans 1c
centre de la Carinthic, et dans la Croatie,
dans laGallicie, à Leroberg; dans la Polo-
gne, à Zoukouce, à Warowe, à Poczacow;
dans la Crimée ; dans la Bessarabie, à Kichi-
nev, à I>outchina, sur le Dniester, à Neu-
koustantinow, à Tessow, à Gregoriopol;
danslaPodolie,à Krzemiemia, à Kamiouka,
à Tamaruda; dans la Wolhynie, Szuskowce,
près de Bialozurka» à Jukowce, à Bilca, à
Salisze.
Cn bassin spécial, qui parait avoir sa con-
tinuation en Belgique, commence en Angle-
terre, où il couvre une partie du Suffolk et
du Norfolk, et est connu sous le nom de
crag, M. Lyell, qui l'a parfaitement étudié,
le divise en quatre parties successives, en
commençant par les couches inférieures de
ces quatre divisions. Nous croyons que les
trois inférieures, le crag à palypierg^ U crag
rouge de Suffolk., et rancien crag de Norwich^
dépendent de cet étage.
Voici encore des parties où cet étase parait
exister : dans la Hesse, à Cassel, étuoiées par
H.Thilippi; peut-èlrc doit-on y réunir en-
core le Lîassin de Mayence, si toutefois il
ne dépend pas de l'étage tongrien. D'après
&L Murchison, il existe encore, en grandes
surfaces, dans la Transylvanie, tout autour de
la mer Noire, dans la Valachie, la Moldavie,
la Bessarabie et la Tauride. Une autre vaste
étendue existerait à l'est de la mer Cas-
pienne, etc.
D'après les savantes rechercbesdeMM.Con-'
rad, Morton, Lea et Lf eil, une ^ande sur-
&ce, dans les Etats-Unis d'Amérique, borde-
rait l'Océan Atlantique, principalement dans
le New- Jersey, à Cumberiand-County; dans
le Delaware, dans le Maryland.
Nous voyons cet étage, dans l'Amérique
méridionale, occuper une vaste surface à
l'ouest des Andes, depuis la côte de Feli-
ciano, province d'Entre-Rios, jusqu'à l'ex-
trémité de la Patagonie ; il est surtout visi-
ble dans la république Argentine, à Feli-
ciano. D'après les savantes recherches du
capitaine Granit, l'étage, iMrfaitement carac-
térisé, formerait une lisière méridionale
près de la côte de toute la province de
Cutch, dans les Indes orientales. Les plus
riches localités en fossiles sont Soomrow,
Cheeosir, Joonagrea et Kotra. M. Walter
Mantell l'a découvert à Middie-lsland (Nou-
velle-Zélande).
Maintenant que nous avons donné Tex-
tension des couches marines, nous allons*
citer rapidement quelques points où se
trouvent les dépôts lacustres qui paraissent
dépendre de cette même époque : les envi-
rons d'Agen (Lot-et-Garonne), Monpazier et
Beaumont (Dordogne) ; les environs d'Auch,
et principalement le célèbre dénôt de San-
san, exploré par M. Lartet; Mandillot, Saint-
Paul, Mainot (landes), la Caunette, Saint-
Chinian (Hérault), Concurron (Vauclu-
lIlLliUSN. DE COSMOGOTIIE ET DE PaLÉO^ITOLOGIE.
16
491
FAL
DiCTiONrsAinE m; gosmog<m«e
FAL
4»
se), ele., etc. ; dans Tlndoiistan, le sud des
monts ffimalaya, entre le cours do rapide
Setledge et du Brahmapoutre ; en Birmanie,
le bassin de riraou«iday, dont M. Cautley a
décrit Tadmirable faune terrestre.
Après tout ce qui a été dit sur Tâge relatif
(}e I éta^e fâluniën, nous n'aurons pas beau-
lîoup à insister pour prouver qu'il est posté-
rieur à l'étage tongrien. Lorsque, dans le
bassin parisien, on poursuit au dehors la
formation d'eau douce que nous avons vue,
À Etampes, recouvrir la formation marine,
on voit, sur quelques-uns des points où
nous avons signalé cet étage, dans les dépar-
tements de Loir-et-Cher et d'Indre-et-Loire,
notamment à Pontlevoy, à Savigné et k
Louans, les premiers dépôts de faluns repo-
ser immédiatement dessus. On reconnaît
même que ces dépôts lacustres, certaine-
ment consolidés, ont été souvent percés par
les pholades et autres coquilles perforantes
de l'étage falunien, comme à Pontlevoy;
ainsi, de ce côté, les faluns ont évidemment
succédé à l'éla^e tongrien. Dans le bassin
pyrénéen, on voit de même les faluns jaunes
succéder régulièrement, autour de Bor-
deaux, comme à Dax, et surtout à Saint-
Justin, aux dernières couches de calcaires à
astéries ou de faluns bleus. La même super-
position existe en Belgique ; aussi ne reste-
t-il aucun doute sur la succession régulière
et chronologique de l'étage falunien sur
l'étage tongrien.
Les caractères stratigraphiqpies différen-
tiels qui distinguent l'étage falunien de
l'étape tonsrieh, ont été énumérés à l'étage
précèdent. Nous n'avons donc plus qu'à re-
chercher les limites stratigrapniques supé-
rieures de l'étage. Ces limites sotit marquées
£ar des discordances de toutes sortes. D'abord
[. Elie de Beaumont place, entre cet étage
et rétage subapennin, son système des Alpes
occidentales, dont la dislocation est dirigée
du S. 26* O. au N. 26** E., et qui a isolé les
couches fïiluniennes sur toutes ces parties
du bassin méditerranéen. Voici, du reste,
encore, les nombreuses discordances d'isole-
ment qui existent en France, et prouvent
des allures distinctes entre les étages falu-
nien et subapennin. On trouve l'étage falu-
nien isolé sans l'étage subapennin, d'abord
sur tous les nombreux points du bassin ligé-
rien, où, sans exception, les dernières cou-
ches faluniennes ne sont recouvertes par
aucun dépôt subapennin marin. Il parait en
être de même dans tout le bassin pyrénéen,
où, jusqu'à présent, les dépôts faluniens de
Bordeaux et des Landes sont encore les der-
niers dépôts marins. On peut dire la même
chose des dépôts marins des déparlements
du Gard, de Vaucluse, de la Drôme, des
Basses-Alpes, de TAin, de tous les points de
la Savoie et de la Suisse, et du bassin médi-
terranéen. Le même fait existe en Corse et
SUT une iuQnité de localités qu'il est inutile
de mentionner ici, ce que nous venons de
dire étant suffisant pour prouver qu'il y a eu
entre l'étage falunien et l'étage subapennin,
dons la circonscription des mers, un grand
changement qui correspond à la discorduce
la plus complète et (a plus tranchée, discor-
dance parfaitement en rapport avec les
limites des fatuies respectives que ces deux
étages renferment sur les points isolés. On
trouve, de plus, l'étage subapennin isolé,
sans l'étage falunien, dans les Pyrénées-
Orientales, ce qui prouve encore, dans les
deux étages, la complète indépendance d'al-
lures qui leÈ distingue parfaitement.
Déductions tirées de la position des cou*
ehes. — En étudiant les petits lambeaux de
cet étage disséminés sur tout le grand bassin
de la Loire et sur une partie de la Bretagne,
depuis le département de Loir-et-Cher jus^
()u aux Côtes-dn-Nord, la presque horizon-
talité des couches et Tanalogi^ complète des
faunes qu'elles renferment démontrent bien-
tôt que ces lambeaux sont les restes d'un
seul et même tout, qui devait constituer
une mer, dont les gigantesques dénudations
postérieures, produites par les eaux, n'ont
plus laissé que quelques parcelles. Les par-
ties existantes ae ce bassin marin, compa-
rées, en effet, aux parties dénudées qui les
séparent, ne sont plus, en surface, que dans
le rapport d'un à cent. Il a donc fallu que
ces dépôts, d'abord répandus sur toute la
surface renfermée par ces lambeaux, aient
été ensuite enlevés sur les qtiatre"vingt'dix'
neuf centièmes de leur surface première.
C*est peut-être l'un des faits les plus curieux
et les plus concluants pour prouver qu'avec
une impétuosité inconnue dans les causes
physiques ordinaires les eaux ont balayé la
^rface de ces contrées pendant assez long-
temps pour au 'en deux époques géologiques
seulement elles aient pu enlever une surface
aussi considérable; car il ne faut pas oublier
qu'il n*y a eu, depuis que ces mers exis-
taient, jusqu'à nous, que la perturbation
finale de cette mémo époque, et la perturba-
tion finale de l'étage subapennin, qui a pré
cédé notre arrivée sur la terre. Nous ne sau-
rions donc trop insister sur ce morcellctnent
très-important, la preuve là plus évidente
Sue nous puissions donner du mouvement
es eaux, gui, d'après tous les faits existants»
parait avoir marqué la fin de chaque grande
époque géologique, plutôt que des change-
ments de température ou de milieux d'exis-
tence, que les recherches géologiques nous
dénotent n'avoir pas existé.
Dans le bassin pyrénéen, la disposition
des couches prouve qu'elles ne sont pas
ddns une nouvelle mer spéciale à cette épo-
que, comme il arrive pour le bassin ligé-
rien; mais que, comme pour les époques
{îrécédentes, elles se sont déposées dans un
)assin préexistant, qui s'étendait de Léo-
gnan (Gironde) jusqu'au sud de Dax (Lan-
des), et remplissait tout l'intervalle. Les par-
ties des faluns qu'on retrouve sur -beaucoup
de points sont encore dans la position
qu'elles occupaient lors de leur dépôt,
n'ayant nullement été dérangées depuis, si
ce n'est qu'elles ont également suhl l'effet
de nombreuses dénudations.
A côté de ces bassins morcelés, oh, pour
4SS
FAL
ET DE PALEONTOLOGIE.
FAL
i94
ainsi dire intacts, existant dans l'ouest de la
France, od les dislocations du sol sont bien
plus ataciennes, que trouTons-nous en Pro-
rencé, dans lé grand bassin méditerranéen?
(ci aucune couehe n^est intacte; toutes ont
f|!us ou moins subi Tinfluence de disloca-
tions postérieures du sol, qui, dliorizontalcs
4u*clles étaient, les a placées sur toutes les
uclinaisons, depuis la ligne presque bori-
^ntale jusqu^è fa ligne verticale. C*est ainsi
Ju'onles a observées à Carry, et sur une in-
nité de points des Alpes ou de la Provence.
On voit donc, en résumé, dans les bassins
ligérien et pyrénéen, des couches qui ont à
peine subi quelques dérangements depuis
leur dépAt, tandis qu'en Provence et dans
les Alpes elles ont certainement subi l'effet
immédiat de dislocations postérieures. Soit
par les dénudations, soit par le manque' de
parallélisme, on y retrouve les traces certain
nés d'une révolution géologique. La discor-
dinre complète des couches de cet étage
avec les couches crétacées qui les supportent
annonce que les terrains crétacés avaient
antérieurement éprouvé en Provence les
elTets d*une dislo(^tion considérable.
Composition minéralogique. — Nous cite-
n^DS comparativement quelaues points, pour
irriver h des conclusions ultérieures. Voyons
J'abord le bassin ligérien. Aur Cléons, près
Je Xantes, on trouve aux parties inférieures
on calcaire friable, composé particulière-
ment d'^ nombreux bryozoaires brisés, en
oouchcs horizontales, au-dessus de petits
cailloux, des couches calcaires à bryozoai-
res, des buttres mêlées de cailloux roulés,
Jes calcaires k bryozoaires et à lérébratules;
le tout recouvert de cailloux roulés et d'huî-
tres. A Lempes (Indre-et-Loirej , les couches
Je faluns composées de coquilles, les unes
intactes, les autres roulées, mélangées de
sable, de petits cailloux, le tout friable. Ici
ces faluns forment, entre des lits horizon-
taux, de petits lits inclinés en sens inverse»
c: super|)osés les uns aux autres. Sous les
faluns de la Touraine, quand on arrive aux
couches inférieures , on trouve , sur beau-
coup de points, des calcaires jaunes entier
leoieat composés de bryozoaires, comme
eeox-des Géons. Cette couche à bryozoaires
est surtout commune dans le déparlement
de Maine-et-Loire, à Louvisse, à Chavaigues,
où les couches sont souvent formées de JiU
inclinés en sens divers, alternant avec des
lits horizontaux, produits par les courants,
oooime ceux des faluns. Les couches infé-
rieures ont généralement des cailloux et des
fossiles crétacés remaniés. Dans le bassin
pyrénéen, on trouve à Sauçais, d après
îf . Dufrénojr, d'abord une mollasse compo-
sée d'un calcaire K ciment cristallin, empâité
i'ane grande quantité de débris marins^
pvûs des marnes coquillières friables, qui
oasbent, vers les parties supérieures, à des
aluns composés de sable jaune, renfermant
oeaneoup de coquilles intactes non roulées,
ti souvent avec les deux valves. On voit,
Taprés M. ]>eIbos, entre les faluns jaunes
le Saucats et ceux de Hérignac, qu'il s'est
déposé une couche lacustre, visible à Sau-
cats, à Labrède, à Méri^ac. Dans le bassin
méditerranéen, aux environs de Montpellier,
d'après M. Marcel de Serres, on trouve, aux
parties inférieures, des marnes sablonneuses
a coquilles marines et fluviatiles; au-dessus
^ont des roches calcaires de sable et do
marne, que M. Marcel de Serres appelb
calcaire-moellon. Les couches les plus supé-
rieures sont formées de sable. A Carry
(Bouches-du-Bhône) , où l'on peut, dans des
coupes naturelles, au bord de la mer, suivre
toute la formation depuis les couches les
plus inférieures, voici ce que l'on trouve :
d'abord , au Rouet-de-Carry, des couches de
poudingues fortement inclinées, formées de
galets enlevés aux couches néocomiennes
sur lesquelles elles reposent en couches dis-
cordantes, mélangés à ces cailloux noirâtres
dits cailloux de la Durance ou de la Crau;
sur ces poudingues, une série d'alternance
de couches de mollasse calcaire et d'areiles
rouges, de sables purs, de sables arçileux
durcis, et d'une roche composée de cailloux
avec coquilles. Les coquilles de toutes ccS
couches n'y sont pas roulées, mais, au con-
traire, souvent entières, ou même dans leur
position normale d'existence. A Vence, près
de Grasse, comme en Corse, ce sont des cal-
caires entièrement formés de débris marins
et contenant un grand nombre d*échinides,
surtout des clypeasier. La grande variété de
composition minéralogique de cet étage
prouve que, comme les mers actuelles, il
était soumis à toutes les influences diverses
des causés actuelles.
Puisiance connue. — L*épaisscurde Tétage
est très-variable, suivant les lieux. On
trouve les dépôts les plus épais dans le bassin
méditerranéen. Dans le département de Vau-
cluse , M. Eugène Raspail lui a reconnu
jusqu^à 200 mètres. Sur quelques points des
Basses -Alpes, H. Scipion Gras y a trouvé
jusqu'à 300 mètres de puissance, ce qui,
avec le nombre considérable de débris d'ani-
maux marins des autres bassin^, annoii::e
une longue durée de celte épo<]ue remar*
quable» la plus riche de toutes, jusqu'à pré-
sent, en corps organisés fossiles.
Dédtactions tirées de la nature des sédiments
et des fossiles. — Sur ce sujet, non-seulement
chaque bassin, mais aussi chaque localité
pourrait nous donner des déductions cu-
rieuses, pour prouver que tous les iait^
actuels existaient dans les époques passées,
où les mers et les continents étaient soumis
à toutes les causes physiques d'aujourd'hui.
Nous en citerons seulement quelques exem-
ples pris entre mille.
Suivant je résultat des bits , nous avons
dit que chaque époque a dû comniencer par
des dépôts forgaés, même pendant l'agitation
des eaux, des parties Jes plus. pesantes des
matériaux sédimentaires qui existaient dans
les bassins .'nouvellement formés Les bassins
méditerranéen et ligérien nous en donnent
la preuve. Quand on considère, par exemple,
la composition des premières couches du
Rooet-de-Garrv ^Bouches-du-Rbône), il est
4M
PAL
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
FAL
m
impossible d'en douter un nstant. Les énor-
mes cailloux de calcaire néocomicn , évi-
demment enlevés sur le même point à c^t
étage, sur lequel il repose, ainsi que les
nombreux galets de la Durance , semblables
jk ceux de la Grau qui les accompagne,
prouvent non^seulement que le mouvement
des eaux a déposé les débris voisins pris
«ux roches sous-jacentes , mais encore qu'il
en a apporté de loin pendant ce mouvement
fénéral. Le même lait parait exister sur
eaucoup de points de la Provence. On voit
clairement que ces premiers dépôts ont
même précédé Tanimalisation de 1 époque ,
puisqu ils ne sont mélangés à aucun corps
organisé. Les corps organisés remaniés à
l'état fossile , qu'on trouve ailleurs , nous
donnent encore la preuve de ce mouvement;
on en voit surtout un exemple remarquable
près de Clausayes ( Drftme ) , où Ton .trouve
des ammoniteset beaucoup d'autres coquilles
<Ie l'étape crétacé albien remaniées dans les
sables jaunes de l'étaj^e falunien. Dans la
Touraine et dans le Maine, on remarque des
faits analogues. Souvent, les couches infé-
rieures renferment un plus grand nombre
de galets que le reste, et Ton y remarque,
comme aux environs de Doué , ainsi que Ta
observé M. Ponceau, que ces premières
couches déposées renferment des ostrea co^
îumba de l'étage cénomanien , remaniées à
l'étal fossile dans l'étage falunien.
Les parties terrestres , soit isolées » soit
superposées ou même intercalées entre des-
couches marines , se remarquent sur beau-
coup de points différents de la France » et
nous en citerons seulement quelques-unes.
Peut-être doit-on rapporter a cette époque
cette vaste surface comprise entre Albi et
Castres; mais pour les localités deMandillot,
de Saint-Paul , de Mainot (Landes), et sur-
coût celles de Saucats, de Labrède et de Mé-
rignac, 11 ne peut exister de doute, pas plus
Sue pour les calcaires lacustres contenant
es lymnées et des planarbes, aux environs
de Montpellier. On trouve des coquilles
terrestres (hélices) et des ossements de
mammifères, avec les coquilles marines des
faluns de la Touraine ; ce qui annonce que
des affluents terrestres y venaient terser
leurs eaux et apportaient ces restes d'ani-
maux terrestres. M. d'Orbigny a remarqué
sur les bords du Rio-Negro, en Patagomei
entre les bancs que forment les j^rès, ces
empreintes physiques des ondulations lais-
sées par la mer lorsqu'elle se retire ; elles
sont là, des plus communes et des mieux
marquées.
La grande abondance de« coquilles de
gastéropodes et d'acéphales , qu'eu rencontre,
réuniesdans toutes les falunières de la Tou-
raine, dans le bassin ligérien , aux environs
de Bordeaux , de Dax , dans le bassin pyré»
iréen, et dans les calcaires ou les sables de
Garr^ (Bouchesndu-Rhtoe ), et dans le bassin
méditerranéen, annonce, non des dépôts
eètiers faits sur le littoral , comme quelques
auteurs Tont pensé, mais bien des dépôts
formés dans une mer peu profonde au-des^
sous du balancement des marées. Les couches
horizontales des faluns, ou même les petits
lits inclinés qui les séparent, dénotent des
dépôts non formés sous rinfluence de la
vague , dont l'effet est de tout mélanger sans
laisser de couches ni de lits proprement dits.
Pour nous, en jugeant par comparaison, les
dépôts de Léognan, de Saucats, se sont
formés dans une mer tranquille, au-dessous
des marées, tandis que les dépôts de faluns
de la Touraine ont été charriés par de vio-
lents courants , qui ont même plusieurs fois
changé de direction , ce qu'annonce l'incli-
naison en sens inverse des petits lits de
dépôts de sable falunien. Le même fait existe
dans le Suffolk, en Angleterre.
Nous avons vu , dans les causes actuelles,
que les mollusques bryozoaires, les braihio-
podes et quelques échinodermes vivaient
toujours dans des zones spéciales profondes^
et en même temps soumises à des courant^.
Ces résultats, appliqués aux causes passées»
nous prouvent que ces nombreuses couches
de calcaire, composées, presque entière-
ment de bryozoaires, qu'on trouve aux
Cléons, à Chavaignes, aux environs de Doué;
au-dessous des faluns, à Manthelan, et sur
une infinité de points du bassin ligérien,
ont dû être déposées dans des parties pro-
fondes des mers, soumises néanmoins à
l'action des courants; car les débris forment
encore des lits inclinés, comme ceux que
nous avons décrits dans les étages batno*
nien, coralien et parisien. Les couches à
échinides de Vence, de l'île de Corse et de
la Sardaigne, sont encore des dépôts pro*
fonds sous-marins d'une autre nature.
Oscillationê du $oL — Deux circonstances
de dépôt nous démontrent que les oscilla-
tions du sol existaient durant répoaue falu-
nienne : d'abord , le changement brusque
de nature de dépôt que nous avons signalé
sur quelques points du bassin ligérien. Lors-
que nous voyons, par exemple, à Manthe-
lan, des couches de calcaire, oik Von ne
trouve que des bryozoaires, presque sans
mélange, et dénotant une mer profonde,
être immédiatement recouvertes par des fa-^
luns, au contraire avec très-peu de bryo-
zoaires , et contenant principalement* des
gastéropodes et des lamellibranches, que
Ton sait n'exister en erand nombre que
peu &a«>dessous du balancement des ma-
rées ; des oscillations du sol peuvent seu-
les nous expliquer ces changements su-
bits. La superposition , comme à Saucats, à
Labrède, à Mérignac (Gironde), d'abord d'un
dépôt marin, puis d*an dépôt lacustre, en-
core recouvert d'un second dépôt marin, le
tout durant une seule période géologique, ne
saurait aussi s'expliquer i|ue par 1 eflet des
oscillations. Pour que cette succession
existe , il a fallu , d'abord, une surélévation
des parties sous-marines de Saucats, au-
dessus des eaux de la mer, ensuite un laps
de temps considérable pour que oc point se
couvre d'animaux lacustres fluviatiles ; puis,
enfin, pour que des dépôts marias viennent,
de nouveau, recouvrir ces dépôts terrestres.
07
FAL
ET DE PALEONTOLOGIE.
FAL
iM
il a fallu certainement un aflaissemenl local
considérable. Ces exhaussements et ces af-
iâissements sont, comme nous Tarons dit, le
fut des oscillations du sol
Perturbaiion finale. — Nous ayons attribué
à la perturbation finale de Tétage ce morcel*
lemant remarquable de toutes les parties
éparses de cet étage sur le bassin ligérien,
{Mjr suite de dénudations considécables. Les
caillou et les grosses butlres roulées,, qui
forment généralement les dernières couches
des différents lambeaux, amèneraient encore
à ces conclusions; car elles sont le produit
évident d*un grand mouvement dans- les
eaux. La position du lambeau de Doué, placé
dans une dépression du sol viendrait corro*
borer cette opinion. Il n*a évidemment été
conservé que par suite de sa position abri-
tée, donnant moins de prise à Teffet des
eaux.
Peut-être pourrait-on rapporter à ce raou-
Tcment tinai des eaux les dépôts d^animaux
mammifères flottants , comme ceux de Sau-
san, dans le Gers, autour d'Auch.etde quel-
ques points de TAuvergne , étudiés par
MM. Croiset, Delesert et Bravard. La réu-
nion extraordinaire des ossements d'ani-
maux yertébrés qu*a rencontrée M. Lartet,
dans la première de ces localités, nous paraît
appartenir aux mêmes causes qui ont amon-
celé les débris de mammifères dans les pam-
pas, comme nous le dirons à Tétage sui-
vant.
Caracières païéontologiques. — Un pre-
mier caractère qui domine tons les autres,
dans cet étage, c'est que les genres qui y
sont apparus, au nombre de là, comparés
à ceux qui, antérieurement nés, viennent s*y
éteindre, au nombre seulement de 29, prou-
vent, plus que tous les autres faits, que
l'étage falunien est en pleine voie crois-
«inle de développement de la période ter-,
taire Les séries animales montrant le plus
de formes nouvelles pendant cette pénode
Sont les mammifères, qui en donnent hl i
puis les mollusques gastéropodes, qui en
offrent 20; les foraminifères et les crustacés,
dont les premiers ont 15 formes nouvelles et
les derniers ik. On voit, dès lors, que ces sé-
ries animales remplacent, par leur dféveloppe-
ment, durant la p'riode falunienne, les zoo-
phjtes et les poissons, qui forment le maxi-
mum de développement de la période pari-
sienne. Les formes génériques noos donnent
les caractères strati^raphiques suivant (327).
Tons les genres qui s'eteienent dans Tétage
parisien sans arriver à celui-d, comme les
69 genres cités à l'étage précédent, seront
autant de caractères négatus propres à dis-
tinguer ces deux étages. Les genres incon-
nus à rétage falunien, et qui apparaissent
Seulement dons l'étage subapenum, pour-
ront aussi servir de caractères distmctifs
entre les deux ..Ces genres au nombre de 93,
sont ainsi distribués : parmi les mammifè-
l'As, 42 genres ; parmi les oiseaux, 26 gen-
res ; parmi les reptiles,^ 7 genres ; parmi les
poissons, 8 genres ; parmi les cmstaeés, 3
genres; parmi les céphélopodes, 1 genres
parmi les gastérooodes, 1 genre ; parmi lea
lamellibranches, 2 «enres ; parmi les forami»
niières, 3 eenres. Nous aurions donc, en ca-
ractères négatifs, pour distinguer l'étage la*
lunien des deux étages immédiatement su-
périeurs ou inférieurs, le nombre de 16%
genres.
Les caractères positifs pour distictguer
Fétase parisien de celui-ci nous sont donués
jiar 148 genres, qui, inconnus daiis Tépoque
antérieure, se montrent, pour la première
fois, avec l'étage falunien.
Parmi ces genres, ceux qui meurent dans
ce même étage, sans passer à Tétage sui-
vant, seront encore autant de caractères jfo-'
sitiis qu'on pourra invoquer pour le distin-
guer de Tétaffe subapennin, où, jusau*à
présent, ils iront pas encore été signalés^
Ces genres sont ainsi distribués dans les
diverses classes d'animaux : parmi les
mammifères, les genres pilhecus^ agnoihe^
ritim, ompAuryon, amphiarcios, picrodan^
machœromsy amyxodon^ hyctnodon^ oxygom-
phitiij dimyluSj megamys^ arehœomy$^ Heneth
fiber, palœomySf chalecomySf chtlodus^ ma-
eroiherium^ dmotherium^ chœrolherium^ ma-
crauchenia^ chalicolherium ^ hippotherium et
ciralherium : parmi les reptiles, les genres
megalocheiluseia$pidonete$: parmi les pois-
sons, le genre hemipri$ti$ ; parmi les céfMiakH
podes, le genre spiruUrostra; parmi les gas-
téropodes, les genres de^Aayefta etferuâstna;
parmi les mollusques bryozoaires, les genres
metidropora et uniretepora; parmi les échi-
nodermes, le genre scutella; parmi les poly-
piers, les genres deltocyathus, conoeyathus^
asirhelia gyrophyllia^ cnryptangia et Mtftico;
parmi les foraminifères, U» genres hauêrina
et dimorphina. Si nous joignons à ceux-ci
(pus les genres d'animaux existant depuis
plus eu moins longtemps, et qui se sont en-
core éteints dans cet étage, sans passer au
suivant,, comme les 29 genres ci-après dé-
nommés : parmi les mammifères, les genres
antrachotherium^ lophiodoneixiphius; parmi
les reptiles, le genre palœ^phis; parmi les
poissons, les genres oiodus^ corox, edaphô-
don, ischyodon , sphœrodus , smerdis ; parmi
les céphalopodes , le genre megasiphonia ;
parmi les lamellibranches, les genres myo-
concha et grateloupia; pumi les bryozoai- .
res, les genres radtopora^ capularia etpyri-
pora ; parmi les échinodermes, le genre co- ,
noclypus; parmi les polypiers, les genres .
aploeyalhuSf [aslroccmia^ funginella phyllo- -
cœniaf trochocyalhu$f actinoiœnia^ itytocœ-
nta, goniaraa, rhizangia^ s^piasttw et fup-i
$ammia; parmi les foraminifères». le genre
operculinaf nous aurons 69 genres pouvant
servir à distinguer l'étage falunien de l'étage
subapennin.
Sans compter plusieurs centaines d*es<
pèces d*animaux vertébrés et annelés, et de
plantes que nous n'énumérons pas ici, nous
avons, en animaux mollusoues et rayonué4
(3^7) Nous comparerons, aans ces caractères, ki deux sous-étages toopien et falunien.
A39
FAL
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
FAL
m
seulement, le nombre de 2,75&- espèces. Bien
entendu que nous en avons d*abord entiè-
rement séparé les espèces tougriennes men*
tionnées au sous-étage précédent. Si Ton
deyait prendre pour définitives les nom-
breuses espèces signalées par auelaues au-
teurs, comme se trouvant a la fois aans Té-
tage parisien et dans l'étage falunien des
environs de Bordeaux, de Dax, de Kleynspau-
wen, en Belgique, ou de Cassel, dans la
Hesse , il y aurait un grand nombre d'es-
pèces se trouvant dans les deux à la fois ;
mais ayant discuté wne à une toutes les
espèces indiquées comme se trouvant à la
fois dans \es deux étages, M. d'Orbigny a
reconnu qu'elles étaient toutes basées sur
de feusses déterminations. Nous n'avons
donc, jusqu'à, présent, aucune espèce qui
f)asse réellement de l'étage parisien à l'étage
àlunien. Sans discuter à fond la valeur des
mélanges nombreux admis par les auteurs
piémontais et allemands, entre l'étage falu-
nien et l'étage subapennin, et surtout sans
attacher une grande importance à ce mé-
lange, qui, sans doute, a eu lieu, les coquilles
étant mortes, sur les points où existe le
contact immédiat des deux étages, nous
trouvons néanmoins qu'il en existe, et nous
citerons les espèces suivantes :
II0LLC8QCE&
Rissoina pusilLa.
Cyprœa elongata.
SUiquaria subanguîna.
Cancellaria subcancellala»
— iK^bilicarts.
— ampuilacea.
— unianguiata.
— faricosa.
Triton doliare.
— beptagoniim.
— iniermcilium.
— tortuosum<
Nassa Serrata.
— prismalica.
Cassis texia.
Morio fasciatus.
Petricola rupeslris.
Mitra striatula.
Coiius pondorosus.
Murex polymorpbus.
Purpura striolala.
Buccinum poJygonum.
Dcntalium clephantiuum^
Venus subcincla.
— subplicatn.
Cardita intermedia.
— elonçata.
Chama grypînina.
En résumé, si des 2,754 espèces citées
comme faluniennes nous séparons provi-
soirement les 28 espèces précédentes, qui,
i)ar une cause quelconque, se trouvent dans
'étage subapennin, il nous resterait encore
2,726 espèces caractéristiques de cet étage;
et cependant nous avons la certitude que
nous ne connaissons pas peut-être la moilié
de la faune si considérable de cette époque.
Chronologie historique. — A la fin de- la
période pansienne, par suite d'une pertur-
bation géologiauc, se sont éteints 69 genres
d'animaux, sans compter les plantes. A la iin
de la période tongrienne, se sont également
éteintes 428 espèces propres à cette période;
et lorsque le calme a reparu dans les mers«
sont nés, en animaux divers, lMgeores(d28)
inconnus à l'époque parisienne, ainsi que
2,754 espèces également inconnues dans les
époques antérieures , et qui ne sont qu'une
faible portion de ce qui existe dans la nature.
A la fin de la période tongrienne, les con-
tinents et les mers subissent des change-
ments considérables. C'est, en effet, alors
que la mer se retire tout à fait de la partie
française du bassin anglo-parisien, et vient
former un bassin spécial qui occupe la
Srande dépression de la Loire et une partie
e la Bretagne, comprise entre Pontlevoy
et Dinan d'un côté, et Dinan et Tourtenay
de l'autre, nouveau bassin jusqu'alors étran-
ger aux dépôts marins tertiaires que nous
appellerons maintenant bas$in ligérien.k en
juger par les lambeaux, ce bassin devait
s'étendre, d'un côté jnsqu*à la Manche, et de
l'autre jusqu'aux côtes du Morbihan et de la
Vendée, en représentant un golfe très-pro-
fond,—Le second bassin maritime de celte
époque est encore le bassin pyrénéen, qui
reste à peu près dans la raèuie circonscrip-
tion, mais en s'avançanl encore vers l'ouest,
et laissant des atterrissements tout autour
à l'est. — Le troisième bassin français, le
bassin maritime méditerranéen, a complète-
ment changé de forme. Pendant la période
falunienne, il parait avoir envahi une \asie
surface antérieurement continentale, com-
ftrise entre les environs de Montpellier et
'ouest de Marseille, et s'étendant, au nord,
jusqu'au^x départements du Gard et de la
Drôme. Néanmoins, un golfe s'étendait au
nord-est jusqu'aux Basses-Alpes ; et un au-
tre, se dirigeant au nord jusqu'au départe-
ment de la Drôme, tournait au nord-nord-
est par l'Ain, et de là couvrait une partie
de la Savoie, de la Suisse, et s'étendait pro-
bablement jusqu'à Vienne, en Autriche, et
sans doute beaucoup plus à l'est. £n résumé,
nous avons encore en France trois mers, le
bassin ligérien, le bassin pyrénéen et le
bassin méditerranéen.
En Angleterre, la mer falunienne envahit
le Suffolk et le Norfolk, dont elle couvre
toute la côte ; et c'est probablement de ce
point que s'étendait la mer, jusqu^aux envi-
rons d'Anvers, en Belgique, gui, par ses
fossiles, dépend du même bassin, que nous
appellerons anglo-belge.
Les contïnenls se sont également modifiés.
Pour la première fois, depuis les terrains
triasiques, nous voyons, en eflet, le bassin
anglo- parisien devenir continental. Une
surélévation de toutes ses parties s*étend an
sud, jusqu'à Blois, et sur une ligne qui , de
ce point, passe par Laval; mais les continents
antérieurs perdent tout le bassin ligérien,
antérieurement exhaussé. Bans le bassia
(5tô) Les genres, en pettt nombre, p.as (spéciaux à la section tongrienne, y sont compris.
SOI
FAL
ET DE PALEONTOLOGIE.
FAL
502
pjréoéen, un grand atterrissement se fait à
re<î, sur les parties déjà exondées. En Pro*
fçdce, nous voyons le continent perdre toute
la partie que nous trouvons occupée par la
mer, entre Montpellier et Marseille. En ré-
sumé, entre les deux é|>oques, les continents
ont perdu tout le bassin ligérien , la partie
sud du bassin méditerranéen , et la France
approche déjà de la forme continentale que
oous lui connaissons aujourd'hui.
Les mers étaient, durant cette période»
peuplées d'un grand nombre d*animaux in-
eoonus dans les époques antérieures. Les.
crustacés amphipodes offrent leurs premiers
genres f ainsi oue les mollusques nucléo-
rancbes. En résumé» 89 genres marins ap-
paraisfent pour la première fois, parmi les-
quels dominent les mollusques gastéropodes
surtout,, au nombre de 20, parmi lesquels
des haliotis^ des turhintlla^ des ranella et des
dolium; puis les foraminifères, qui montrent
i5 genres nouveaux,' au nombre desquels
sont les potystomellaj \es dendrùina et les
6o/i9ifia ; enfin les crustacés, oui renferment
les genres pagurus , tutacus. momar^), por-
tunusj grapsusj etc.
Ce sont surtout les continents qui nous
offrent des animaux terrestres nombreux et
remarouables par leur taille ou leurs for-
mes. C'est, en effet, alors , qu'avec tant de,
mammifères aujourd'hui tout à fait perdus,
^mme les palaeomvs, les macrotherium, les
dinotherium, aux défenses gigantesques; les
toiodon, les mastodon, aux formes massi-
ves, ainsi aae beaucoup d'autres, apparais-
sent déjà les premiers représentants des
genres ours (ursus)^ felis^ mustekif phoca,
muiy castor^ rhinocéros^ taperus^ eervus, etc.,
qui peuplent aujourd'hui la surface de la
terre. C'est encore pendant cette période gue
se montrent, chez les reptiles, les premiers
représentants des couleuvres {coluoer) , des
grenouilles (rami), des salamandres; et chez
les poissons, les premières perches (perca)^
olosuj lebiaSy etc., etc., qui peuplaient les
eaux douces. Avec ces animaux, M. Bron-
gniart cite la flore suivante comme ayant
vécu durant cette période.
FLORE DE L'ÉTAGE FALUNIEN.
Crypiagamet amphigènei.
Nombre des espèces.
ALGUES.
CTstosetriles, 5
MKBrococdtes, I
ouancHOHS.
Hvstmiea, 1
I
Cryptogame* mcrogènes.
Antiies,
Fibcîtes,
MOC88E8.
FOUCfeEES.
Monoeoifflédoneê,
Zosieriles,
< Califiiies,
Huppia.
MKÎkWS,
I
I
Gulmites, ■
Bambusium,
Smilacites,
eEÂiiDiics.
LaUCÉES.
NoBlire dat espères;
i
I
FlabeUana,
Phœnicites,
Rodogeniles,
Dycotfflédones gymnosoemus.
C051FfcEES
Callitrites,
Sequoîtes,
Gl^p^trobites,
Abîeselites.
PiDiles,
Araacaiiles?
EieoxyloD,
Taxit^,
9
i
«
'i
1
4
I
3
i
I
Comptonia,
Myriça,
Betala,
BeUilioium
Allias,
Qu^tcus,
Fa^us,
Carpinus,
Ulmus,
Ficos,
PlaUous,
Populus,
Daphoogène^
Laums,
PimpûieHites,
Myriophyllites,
Getonia,
Terminalia,
CaljcaDthus,
PhaseoliteSy
Desmodopbynoin,
Doliehite^,
Ervtbriiia,
Auelocercis,
Bauhinia,
Mimositea,
Acacia,
Kbus,
Xantboxylon,
Jnglaiis,
RbamiiHS,
Ceanotbtts,
Acer,
Eobiloniam, .
Ncritioiuffi
Dicotyiédoneê angio9perme$,
HTaiCÉES.
BÉTULDiilS.
COPCLIFÈREII.
ULHACÊES..
ORÉES.
?LâTA1IÉE8.
SALlCIlfÉES.
lâi:rui£e8.
oatELLirEiies.
BàLOBàGÉES.
COMBRETÂCÉES.
CÂLTCA1ITHÉE8.
LÉCmilHECSES.
AHACAaaiÉBa.
XA9TH0XTLÉES.
ICGLAIfatfES.
RHAICIÉES.
ACÉRI5VÉES.
APOCtNÉBS.
5
%
f
t
i
5
^
«
m
Plumeria,
Apocynopliyiluiu,
bteinhauera.
FAL
DlCnONNAUŒ DE COSMOGONIE
FEU
m
RCBIACÉC8,
Nombre des espèces.
i
2
2
Le savant professeur s^exprime ainsi à
l'égard de celte flore :
«t Les caractèids les *plus frappants de
cette époque consistent dans le mélange de
formes exotiques propres actuellement à des
régions plus chaudes que l'Europe, avec
des végétaux croissant généralement dans
les contrées tempérées ; tels que les pal-
miers, une espèce de bambou, des lauri-
nées, des combrétacées, des légumineuses
des pays chauds, des apocynées analogues ,
d'après M. Unger , aux genres des régions
équatoriales , une rubiacee tout à fait tropi-
cale , unis à des érables , des noyers , aes
bouleaux, des ormes, des chênes, des
charmes , etc. , genres propres aux régions
tempérées ou froides. La présence de formes
équatoriales, et surtout des palmiers, me
paraît essentiellement distinguer cette épo-
que de la suivante. Enfin , on remarquera
aussi le très-petit nombre de végétaux a co-
rolle monopétale • bornés aux espèces rap-
Sorlées à la famille des apocynées par
[. Unger, et au eenre steinhauera^ fondé
sur un fruit qui a Jbeaucoup de rapport avec
celui des nauclea^ parmi les rubiacées. »
La présence dans les mers des bassins li-
gérien, pyrénéen et méditerranéen, d'un
nombre considérable d'animaux aujourd'hui
spéciaux seulement aux régions chaudes de
4a zone torride, tels, par exemple, que les
genres delphinula , pteroccras , solarium ,
fusus^ strombusy rostelîaria^ pyrula^ mi*
tra^ phorus^ conusj fasciolaria^ sigaretus^
cyvrœa^ marginetla ^ anciUaria, o/it'a, tere^
beUum^ terebra^ tiphis^ Curbinella^ sislrum^
oniscia^ perna^ pticatuîay corbiSf etc., etc.,
joints aux animaux terrestres , tels que les
rhinocéros f les tapirusj les munatus^ et tous
les genres éteints si voisins de ceux-ci, dé-
tnontre, de la manière la plus pérenipioire,
que les mers et les continents, en France,
en Angleterre et en Allemagne, étaient
sous une température unifornie, semblable
à la température de la zone équatoriale. La
chaleur centrale de la terre neutralisait donc
encore l'elTet des zones isothermes.
La puissance des couches, et surtout le
nombre considérable de coquilles qu'elles
renferment , nous donnent la certitude que
cette période a été, peut-être, l'une des
plus prolongées; elle était, de même que
les autres , soumise à l'action des oscilla-
tions du sol. La fin de cette période est mar-
quée par l'élévation , au-Jessus des eaux ,
de tous les bassins ligérien, pyrénéen et
méditerranéen, que nous avons décrits. Les
effets en ont été de dénuder d'une manière
si remarquable et de morceler les dépôts du
bassin ligérien, en anéantissant tous les
animaux terrestres et marins de cette épo-
que. C'est peut-être aussi lorsqu'en Europe
& est eflectuée la dislocation du S. 2^* O. au
N. 26* E., nui a surélevé le système dcA Alpes
occidmiates de M. Elie de Beaumonl. Nous
aurions donc encore , pour la fin de cette
époque, la dislocation qui a déterminé la
perturbation géologique , les traces cerlai
nés du mouvement des eaux que cette per-
turbation a produit, et pour résultai,
l'anéantissement de la faune de cette
époque.
FAVCLAIRE. Voy. Sigillaike.
FER. Voy, y Introduction.
FER OOLIÏIQDE. Voy. Aptien.
FER. «Son rôle dans la constitution de .a
terre. — Voy. Matièrea élémeutaibes du
globe terrestre.
FER viviANiTB. Voy. Fossiusation.
FEU CENTRAL. ~ Laissant de c6té ia
Question d'origine, nous allons examiner si
1 hypothèse de la fluidité interne de notra
{)lanète peut concorder avec l'astronomie et
a physique générale, deux sciences depuis
longtemps positives, depuis longtemps sorn
ties de 1 état hypothétique.
Je prie qu'on veuille bien -e remarquer ,
je ne mets nullement en doute qu'il y ait
dans le globe une force de caloricité , une
chaleur propre, quelle qu'en soit la cause ;
mais de là a conclure qu'aundessous d'une
épaisseur de 40 à 50 mille mètres il y a un
foyer doué d'une telle puissance que i'ima-!
Î;ination ne peut se la figurer, de là il y a
ûin , il y a une différence complète.
Les croissances uniformes de température
que la théorie pose comme un fait, n'ont en
réalité rien de constant, rien de régulier
dans la nature. Par exemple, le maximum
de croissance de la température » observé
dans l'eau des sources dans les mines, est
de 1" par 20 mètres de profondeur , le mini-
mum de 1** par 187 mètres; le maximum pour
l'eau des puisards dans les mires, est de i'
par li mètres, le minimum de 1" par 75 ir.è
très; le même maximum observe dans les
eaux des inondations anciennes des mines,
est de 1* par 12 mètres et le minimum de 1*
par 43 mètres, etc. La température du ror
n'est pas moins variable. Ainsi des thermo-
mètres à poste fixe, placés dans des niches
pratiquées à cet effet dans la roche et der
rière des vitres, en deux mines de Saxe, ont
été observés trois l'ois le jour durant l'espace
de deux ans. Il est résulté de ces observa-
tions que la croissance de la température
n'était pas la même selon les lieux : ainn
dans un lieu cette croissance était de l*par
60 mètres de profondeur, dans un autre de i'
par 37 mètres, dans un autre de i* par 73
mètres, dans un autre de 1" p^r 42 mètres,
dans un autre de l"* par 38 mètres , et enfin
dans un autre de 1" par 33 mètres, La pro-
portion moyenne de l'au^nientation de la
chaleur, calculée d'après les résultats obte-
nus dans six des mines de houille les pliis
profondes du Durhani et du Nor thumberland,
est de 1** cenlig. pour 24 mètres de profon-
deur. Cette proportion a été de 1' cent, par
30 mètres de profondeur dans la mine de
Dolcoath (Cornouailles). 11 nous serait facile
d'augmenter l'énumération de ces différen-
ces, mais ce que nous avons dit suffira pour
FEU
ET DE PALEONTOfjOGIE,
FEU
506
prouver le défaatd'afiiformitédans Taccrois-
semenide la température intérieure du çlo--
be, lait sur leauel repose notre première
objection à la tnéorie du feu central.
Comment de ces variations a-t-on pu dé*
dnire des formules de croissance fixes de 1*
par %9 par 30, par M à 50 mètres ? On a
établi une moyenne entre les diverses quau-*
lités données par les c^ervations. Or » les
moyennes sont des choses purement artifi^
défies, des procédés à notre usage, mais il
n*en existe pas dans la nature. Aussi, se-
rait-ce faire un étrange abus que de conclure
de Tunité et du caractère d'une moyenne à
l'unité et au caraclère de la cause. On s'est
conduit comme celui qui, d'une moyenne sur
la température annuelle, en induirait que
Tété etThiver sont la même chose, et dépen-
dent d'un rapport toujours semblable entre
la terre et le soleil, etc. C'est le sophisme
connu dans l'école sous le nom de Fallacia
aecidentis,
A cette objection on a tâché de répondre
par une nouvelle hypothèse. On a supposé
une épaisseur variable a l'écorce du ^lobe,
de telle sorte que le trajet à parcourir par
le calorique étant plus consideralile en cer-
tains lieux, il ^y fusait moins sentir. Cette
réponse est loin' d'être satisfaisante, car les
distances existantes entre les points d'obser-
vations sont le plus souvent trop petites
pour qu'on puisse y trouver une place suffi-
sante pour nn épaississement capable d'ex-
pliquer l'effet des différences observées en-
tre les températures. Attribuerait-on ces dif-
férences aux diverses capacités des roches
pour la transmission du calorique ?
Mais ces mines dans lesquelles on trouve
de pareilles variations sont creusées dans
des terrains de nature sensiblement sembla-
bles. S'il existait, sous la mince écorcequi
nous supporte, un feu d'une intensité im-
mense et que l'on pourrait considérer com-
me agissant depuis un temps infini compa-
rativement à nos expériences, ce serait le
cas d'appliquer une loi de la physique sur la
transmission du calorique, en vertu de la-
quelle tous les corps, quelle qu'en fût la na^
ture, devraient présenter un éiat de chaleur
rayonnante parfaitement égal à la même
profondeur. Or , puisqu'il n'en est point
ainsi, puisque la température varie en rai-
son des lieux, en raison de la composition
chimique, il y a lieu de croire que la cha-
leur propre du globe est tout autre que celle
qui est généralement admise aujourd'hui.
On s'est servi de l'hypothèse de Tincandes-
tence interne de la terre pour donner une
théorie des phénomènes volcaniques. On a
prétendu que les volcans étaient des soupi-
jTîaiL par ou s'échappait le trop plein de la
^natière incandescente. Mais comment expli-
^ \uer ce trop plein ? N'admettez-vous pas que
\a surface solidifiée s'est moulée sur la i)ar-
Vie restée à l'état de fluidité ignée, et que de
f)lus c'est cette surface qui seule, jusqu'à ce
1 oor, a empêché le foyer central de perdre
^m calorique? Pour qu'il y eût un trop
r^cin, il faudrait donc que fe foyer central
acquit une chaleur plus grande que celle
quil possédait au moment de la formation
de l'écorce, une chaleur capable de le dila-
ter. Or, d'où lui viendrait ce» accroissement
de chaleur? Ou bien, d'où reçoit-il les ali-
ments qui peuvent le forcer è briser son en-i
veloppe pour se faire jour au dehors?
Pressé par cette objection, on a répondu
en supposant que, par l'effet de la rétraction
opérée dans l'enveloppe solide par le refroi-
dissement, la masse fluide interne est sou-
mise à une pression croissante et est eu déti»
nitive obligée de s'épancher au dehors, en
rompant en quelque point les barrières qui
la serrent et la tiennent enfermée. On a cal-
culé qu'une .'contraction de l'écorce du globe,
capable de réduire le rayon terrestre seule-
ment d'un millimètre, suffimit pour fournit
la matière nécessaire aux épanchements de
cinq cents éruptiona volcaniques.
A cette h vpothèse, il y a une objection de
fait , c'est-à-dire fondée sur Tobservation.
S'il était vrai que les effets volcaniques fus->
sent dus à la pression qu'exerce sur la
masse fluide l'enveloppe solide, en se con-
tractant sous l'influence du refroidissement,
il arriverait que les éruptions volcaniques
seraient continues, que les volcans seraient
INirtout et toujours en activité. Or, les érup-
tions sont, en tous lieux, des exceptions pas-
sagères qui succèdent à des périodes plus
ou moins longues de repos. On ne comprend
pas, dans cette théorie, comment il peut y
avoir des tremblements de terre, ni d'où
viennent les gaz et les vapeurs aqueuses,
hydrochloriques. etc., qu'émettent le plus
grand nombre des volcans, et même les im-
menses volumes d'eau qu'Us rejettent quel-
quefois. Il ne |)eut en effet exister aucune
substance semblable dans la partie de la
terre en ignition, d'où ces substances, beau-
coup plus légères que le fluide minéral, ont
dû être chassées longtemps avant que la
température fût sensiblement diminuée. En-
fin le feu central n'explique point pourquoi,
sur 205 volcans en activité, 107 sont dans
des lies et 96 sur des continents, à des dis-
tances toujours peu considérables de la mer.
Une circonstance de f>osition aussi remar-
auable ne peut être raisonnablement consi-
érée ix>mme indifférente : elle est certaine*
ment motivée par une cause naturelle et
aussi générale qu'elle-même.
Si maintenant nous passons à la discussion
d'un autre ordre de phénomènes, nous vou-
lons parler de la tnéorie sur la formation
des montâmes, nous trouverons matière à
une nouvelle série d'objections. L'auteur de
cette théorie, M. Ëlie de Beaumont, contrai-
rement à la théorie précédemment énoncée,
suppose que l'écorce du globe ne se contracte
ni ne se resserre par t'effetdu refroidissement.
Selon lui , c'est la masse fluide , en contact
avec l'enveloppe solide, qui continue à se
refroidir et se contracte d'une manière pro-
portionnelle à ce refroidissement. En consé»
quence le diamètre de la masse centrale va
en diminuant, et par suite il se forme des
vides intérieurs. Alors l'écorce, manquant
MOI
FED
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
FEU
as
d'appui, fléchi 1, se ridé et prend une forme
en quelque «sorte ondulée. Il distingue deux
espèces d aciioos, la flexion lente et la rup-
ture instantanée, d*où résultent deux eflets
différents : tantôt Técorce solide se plisse et
se ride; tantôt elle se fracture assez large-
ment pour permettre Tépanchement du fluide
incandescent intérieur. De là deux espèces
de montagnes et de vallées, celles qui sont
produites par les rides et les plissements, et
celles qui sont formées parles épanchements
de matières à Tétat fluide ; de ta les volcans
et les Qlons.
utre Tobjection générale que nous ferons
valoir plus loin contre Téiat de fluidité in-
candescente de intérieur du globe, il y a
plusieurs objections de détail que Toa peut
opposer au système que nous venonsd'esq^u if^-<
scr. Nous né répéterons pas les observations
que nous avons émises plus haut relative-*
ment aux phénomènes volcaniques et qui sont
applicables ici. Nous nous bornerons à une
seule objection, et nous la tirerons des obser-
vations géologiques recueillies par les parti-
sans même de cette doctrine. Ces observa-
tions nous apprennent en effet que les masses
énormes dont on attribue l'apparition à des
épanchements, sont sorties du sein du globe
à Tétat solide. M. Boussingault a remarqué
que les tracbytes, qui forment la masse
f)rincipale des Andes, devaient être déjà à
'étal de solidité rigide fors de l'exhausse-
ment de ces montagnes ; car ils présentent
partout des arêtes aiguës et des angles sou-
vent tranchants. M. ulie de Beaumont lui-
même a remarqué que le Mont-Rose, pour
parvenir à l'exhaussement qu'il possède au-
jourd'hui, a fracturé et brisé violemment les
couches qu'il a soulevées pour se faire place.
Ce n'est point ainsi que se serait compor-
tée une matière fluide. Aussi a-t-on renoncé
à admettre que les épanchements des por-
phyres et des trach^tes aient été fluides; on
affirme aujourd'hui qu'à leur apparition ils
étaient déjà passés à l'état pâteux ; de telle
sorte qu'ils n ont pu ni s'étendre en coulées
sur le sol , comme ils eussent fait s'ils eus-
sent été fluides, ni acquérir les apparences
qui sont le propre des terrains décidément
volcaniques (basalte et laves), dont le re-
froidissement a Heu tout entier dans l'atmo-
sphère. Mais on ne voit pas comment des
masses de matière aussi considérables que
colles dont il s'agit ont pu passer de l'état de
fluidité ignée à celui d'une roche pâteuse,
dans le court trajet de 40 à 50 kilom., qu'el-
les parcouraient rapidement , puisqu elles
sont supposées poussées par une force irré-
sistible. Loin de perdre ae la chaleur, elles
auraient dû en acquérir par l'effet du frot-
tement. Si, d'ailleurs, ers matières se fussent
[présentées à l'état de pÀte , elles eussent
aissé d'autres traces de leur passage sur les
terrains qu'elles ont traversés, que des mar-
ques de rupture et de brisement; elles n'eus-
sent point présenté des arêtes aiguës et des
angles tranchants ; au contraire, elles eus-
sent pris des formes en rapport avec les ca-
vité;>. sièifies qu'elles formaient ou venaient
remplir ; elles se fussent, en un mot, com-
portées à la manière des dykes et des eu-
lOtS.
Elles ont donc dû sortir du sein delat8rre
à un état 'de solidification que l'on est en
droit de croire égal à celui des terrains au
milieu desquels elles venaient prendre place.
Or, en supposant que l'intérieur de la terre
soit à l'état de fluidité ignée, est-il probable,
d'après les lois de l'hydrostatique, que ce
fluide comprimé ait poussé au dehots des
masses solides plutôt que d'y passer lui-
même?
Abordons maintenant directement la théo-
rie de la fluidité centrale et i{pée du globe,
et examinons si elle est scientifiquement
admissible.
Suivant cette théorie, le globe présente-
rait encore aujourd'hui, au delà d'une croûte
peu épaisse, un état de fluidité ignée et com-
plète, qui occuperait un peu plus de 126 par-
ties sur les 127 que possède le diamètre ter-
restre. Pour s'assurer que cette conclusion
est scientifiquement inaccepjable, il suffit de
suivre les phénomènes du refroidissement
et d'en soumettre la marche aux lois connues
de la physique*.
Ce refroidissement a dû commencer sans
doute par la surface, au milieu d'un espace
dont la température est seulement, selon
Fourier, de 50 degrés au-dessous de zéro.
Voici donc ce qui sera nécessairement ar-
rivé : chaque fois qu'un groupe quelconque
de molécules aura passé, par la perte de son
calorique, à l'état de condensation conforme
à sa nature, par exemple, la yapeur à l'état
d'eau, le gaz à l'état de combinaison, le mi-
néral à l'état solide, etc., chaque fpis, ce pe-
tit corps, ayant acquis, en raison de sou
moindre volume, un poids pi us considérable,
sera descendu rapidement dans les profon-
deurs de la matière embrasée jusqu au mo-
ment où, ayant pris, dans ce milieu, une
nouvelle dose de calorique, il auraremontéà
Ia place qu'il avait çccupée d'abord.
Chaque partie de la matière en ignition dût
éprouver un grand nombre de fois ces mou-
vements alternatifs de précipitation et de
dissolution ; et cette circonstance concourut
puissamment sans doute à liAter la déperdi-
tion du calorique et à Téquilibrer jusqu'à
un certain point dans la masse entière. Tels
durent être les phénomènes du refroidisse-
ment, tant ceux qui se passaient dans une
atmosphère d'air, de gaz et d'eau en vapeur,
que ceux qui s'accomplissaient dans les
masses fluidifiées. Pourcesderniers, en efl'et,
si lafluidité de la matière oflrait un obstacle
plus considérable à la précipitation des
masses refroidies et cristallisées, la force qui
les attirait en bas était aussi plus grande.
Si elles étaient moins soumises au mouve-
ment centrifuge, elles obéissaient davanta^^e
au mouvement centripète. La masse minérale
fluide dut, en conséquence^ subir ce mouv«>-
ment alternatif de précipitation et d'exhaus-
sement, cette sorte de bouillonnement dont
nous avons parlé, dans la durée du temps
m
FEV
ET DE PALEONTOLOGIE.
FLO
510
même ou des événeinenU semblables araient
Heu dans Fatmosphère.
L'effet de re mouTemenf alternatif dut
être pareil dans les^deux cas. En définitire,
pour les minéraui/il dut ayoir ce résultat ,
que les matières descendant vers le centre»
i mesure qu'elles se refroidissaient à la sur-
bce, elles ne cessèrent de remonter qu'à
hnstant où, en raison de la capacité spé-
ciale de chaque genre de corps pour le
calorique» elles ne trouvèrent plus dans ce
centre une Quantité de calorique suffisante
(lour les fonarede nouveau. C'est seulement
alors que commença Tœuvre de la cristalli-
sation (329).
Ainsit en suivant le phénomène du refroi-
dissement du globe supposé d'abord fluide,
mais en donnant à la force d'attraction et à
la force centrifuge les rôles qu*elles durent
avoir, nous trouvons que les parties les plus
solides du globe doivent être celles qui en
ooeupent lesprufondeurs;nous trouvons que
le centre de la terre, au lieu d'être fluide, est
ciistallisé.
Si, d*un autre cAté, nous tenons compte
des phénomènes généraux d'attraction qui
ont dû se passer alors comme ils se passent
aujourd'hui, on ne peut mettre en doute
que la masse fluide du globe ne fût, comme
les mers de nos jours, sujette à des marées.
Ces marées n'étant gênées par aucun obsta-
cle, ne devaient pas s'élever plus haut que
celles qui ont lieu dans les mers complète-
ment libres, ainsi que la mer Pacifique. Ces
marées atteignaient donc une élévation de
deux à trois mètres, élévation considérable
et suffisante pour rompre en morceaux une
couche solidifiée qui jBÛt été déjà fort épaisse.
Qu'on en iuge par Faction qu'elles exercent
sur les glaces polaires, quoique celles-ci,
par TeSèt de leur léjçèrete spécifique et de
icnr séparation, résistent infiniment moins
à la puissance du flux et du reflux. En outre,
ne devait-il pas j avoir, dans cette mer de
feu, des courants, qui, à eux seuls, eussent
été suffisants pour briser la mince éeorce qui
aurait voulu se produire?
De l'étude du refroidissement de la terre
(o!29) On eélébre physicien anglais, le pror«>sseur
Danieil, dans les expéneDces qu*il a faites pour dé-
lerminer la chaleur de certains corps à leur point de
fiuîoo, a trouvé constamment qu*on ne pauvait éle-
ver la leflipéraivre d*un grand creuset contenant du
fer, de Vor ou de Tardent fondu, d^un seul degré
4i|.-dessus du point de fusion de ces divers métaux,
(4Di qu^une barre de Tun d'eux était plongée dans
^ portions à l'état liquide. H en étau de même à
'^t^ard de diverses autres substances : quelque con-
^il^rables que fussent les quantités de matière en
'iiaÂoii* leor chaleur ne pouvait être augmentée tant
*| fie quelques parties solides, plongeant dans les par-
^<<fs liquides, n'étaient point fondues, chaque nou-
^^Hle quantité de chaleur se trouvant instantanément
t^orbée pendant leur liquéfaction. On savait dc|à
f avssi longtemps qu*un fragment de glace reste
,jn^ l*eau, m ne peut élever la température de ce
^.jqpdde au-dessus du 0* centigrade.
8t donc la chaleur du centre de la terre s^éléve,
finsi qu'on Ta calorie, ii 250,000* centigrades, ou a
l«s de 160 fois la chaleur du fer iondu, suivant le
s'opérant selon les lois physiques actuelles,
nous avons été amenés à conclure que le
centre du globe est plus solide que son
éeorce. Cette conséquence est conforme aux
calculs astronomiqrues. Clairaut a démontré
que la masse du globe n*e$t pas d*une den-
sité homogène, que cette densité crott de la
surface au centre. Le savant astronome
Laplace a dit : «La précession des éqni-
noxes et la nutation de Taxe terrestre indi-
quent une diminution dans la dénoté des
couches du sphéroïde terrestre, depuis le
centre jusqu*à la surffice... Les principes
de rbydroslatiqoe exigent que, si la terre a
été primitivement fluide, les parties voisines
du centre soient en même temps les plus
denses. »
Les résultats obtenus par les physiciens,
relativement à ladensitéduglobe, ne varient
que de sept centièmes; aussi M. d'Aubuis-
son s*est-il cru autorisé k en conclure que
« la densité moyenne du globe terrestre est
environ cinq fois plus grande que celle do
Teau, et, par conséquent, presque double de
celle de I éeorce minérale du globe (330). »
Voilà donc ce que constatent de la manière
la plus positive et sous une forme nullement
hvpothetique, l'astronomie et la physique :
c^st que les parties internes du globe sont
plus denses et plus pesantes que son éeorce.
Or, s'il n y avait, comme on Va dit, au-des-
sous ce cette mince enveloppe qu'une masse
fluide, incandescente, soumise en certains
points, à une chaleur égale h 250,000 degrés
centigrades, n'en présentant nulle part
moins de mille à deux mille, et occupant en
outre 125 parties du diamètre terrestre sur
127, il serait impossible que cette portion
moyenne du globe fût plus dense que la sur-
face. 11 faut donc renoncer h la théorie dont
nous faisoub ici la critique sous peine de
nierleslois les plus incontestables de deux
sciences depuis longtemps positives. — Voy.
Tebre.
FLORE FOSSILE.— Les végétaux actuels,
contemporains de l'espèce humaine, ont^ été
précédés à la surface de la terre jfrtir d'aa-
tres végétaux dont on retrouve des traces
nombreuses dans certaines roches ou ter-
pyromélre perfectionné, Il est évident que les parties
supérieures de la mase fluide ne pourront se main-
tenir pendant louglenips à une température èplé
seulement à celle que réclame la fusion des roches.
Une tendance coiilinuelleà un étal unifoimedecha^
leur devra se manifester, et jusqu'à ce que cet équili-
bre soit établi par le n:ébnge des parties liquides,
douées de densités diflerentes, la surface ne pourra
commencer à se solidifier.
(550) Ici toutefois une question Intéressante se
trouve soulevée à regard de la forme que les ma*
lériaux, soit liquides, soit solides, prendraient,
s'ils étaient soumis à Ténorme pression qui doit
s'exercer au centre de la terre. L*eau, si elle conti-
nuait à diminuer de volume suivant le degré de corn-
pressibilité que rexpérience a indiqué, doublerait
de densité à la profondeur de 54 lieues, ei sérail
aussi pesante que le mercure à celle de 151 lieues.
Le docteur Youug a caleuié qu'au centre de la terre
l'acier serait réduit au quart de son volume et la
pierre au huitième du sien. (Mrs Souucevill^s Co»-
nexioH of the physical science*^ p. 90.)
su
FLO
DICTIONNAIRE 0£ COSMOGONIE
FLO
SIS
res,, en particulier dans les mines da
houille.
Ce fait, de la plus haute importance pour
les géologues, aoi^ aussi être étudié par les
botanistes, car il appartient à Thistoire du
règne végétal, et la détermination des fos-
siles végétaux, sur Taxactitude- de laquelle
reposent toutes les conséquences que Ton
pjeut en tirer, est une question purement
au ressort des botanistes.
Les pétrifications animales ont été re*-
marquées de tout temps, mais ce n*est que
depuis le siècle dernier que les fossiles vé-.
gétaux ont attiré sérieusement Tattentioa
des savants, probablement parce gue les
organes des plantes, n'étant pas aussi solides
que les os et les coquilles, se $ont moins
bien conservés dans les entrailles de la
terre.
. Antoine de Jussieu (331) fut un des pre-
miers à recoiinaltre la différence qui existe
9ntre les végétaux fossiles des mines de
bouille et ceux qui croissent aujourd'hui
dans les mêmes pays. Il remarqua aussi
l'analogie inattendue qu'ils présentent avec
ceux des climats équatoriaux. Divers mé-
moires furent publiés dès cette époque sur *
ce sujet intéressant, et Scheuchzer donna
dans un ouvrage spécial {H&rbarium dilu-
vianum) des ûgures assez exactes de divers
fossiles végétaux. Mais celte branche de la
science ne pouvait faire de progrès réels
que lorsque la géognosie et la botanique
en auraient fait elles-mêmes. Il fallait que
l'esprit d*observation eût placé la géologie
sur ses vraies bases ; que la botanique ne
fût plus régie par des systèmes artificiels,
Sui rendent difficiles les compacaisous entre
es êtres analogues; que fa majorité au
moins des espèces actuellement existantes
fût connue; et que celles des pays chauds
surtout eussent été étudiées.
Au commencement de ce siècle on put
déjà s'en occuper utilement, et dès lors un
grand nombre d'écrits ont paru sur ce sujet.
En 1804, M. de Schlotheim (332) donna
des figures plus parfaites que celles de ses
f)rédécesseurs, des descriptions plus détail-
ées, et des comparaisons souvent heureu-
ses avec les espèces actuelles. La nomen-
clature des plantes fossiles qu'il décrivai
.aissait cependant à désirer.
En 1820, commencèrent les publications
de M. le comte de Stemberg (333), qui font
époque dans celte partie de la science. Dès
lors un grand nombre d'ouvrages et de mé-
moires, contenus surtout dans les collec-
tions académiques, ont Ajouté chaque année
aux connaissances des géologues et des
botanistes. Un grand nombre de mines de
houille ont été examinées sous ce point de
vue, surtout en France, en Allemagne, en
(551) Mem. de Caead. dtê sciences, 1718.
\il5fi) B/M^hreibung merkwûrdiger Kréuîerabdrùcki
und Ppanzen Versieinerungen, Gotha, 1804.
(535) Versuch einer geoqnosliseh 'botatHschen Dar»
iteilung der Flora der Vorvelt, 4 fasc., in-folio.,
Leipsick, 1820-^, ouvrage tradvil en français par
M. le comte de Dray.
Angleterre et en Suède (334), ce qui a per-
mis d'établir des comparaisons intéressan-
tes entre des végétations contemporaines
éloignées.
En 1828, M. Adolphe Brongniart entreprit
la tâche de rapprocner les documents épars
Subliés par un si grand nombre de savants.
lans son Prodrome d'une histoire des végé^
taux fossiles (335), il a réuni avec un soin
scrupuleux les faits alors connus, et grâces
à cette clarté de rédaction, dont il a souvent
donné des preuves, il a attiré t'atlenlion de
tous les hommes intruits sur les conséquen-
ces de l'étude des fossiles végétaux. Il con-
sidère ceux-ci d'abord sous le point de vue
botanique , ensuite sous le point da vue
géologique. Dans la première partie il indi-
que comment on compare les fossiles végé-
taux avec les plantes actuelles, comment il
convient de les nommer, de les classer;
enfin il passe en revue toutes les familles,
genres et espèces de végétaux fossiles alors
connus, et mentionne leur gisement, qui
indique à la fois leur époque d'existence et
leur habitation sur l'ancienne surface du
(;lobe. Dans Ta seconde partie, il examine
es fossiles trouvés dans chaque couche de
terrain en divers endroits ; il donne la pro-
portion des grandes classes de végétaux
dans chacune de ces couches; et il termine
1)ar des conclusions curieuses sur l'état de
a. surface terrestre, aux époques indiquées
par la position relative des couches.
Le Prodrome de M. Ad. Brongniart est
devenu la bosedetout travail sur les fos-
siles végétaux. Dès lors il a continué lui-
même à publiei: de nouvelles descriptions
de végétaux fossiles (336). En Angleterre,
MM. Lindley et W. Hutton, qui réunissent
à un haut degré les connaissances botani-
ques et géologiques nécessaires, ont entre-
pris en commun , une flore fossile de la
Grande-Bretagne, comprenant les figures et
les descriptions des végétaux trouvés à l'étal
fossile dans ce pays (337). En partant le plus
souvent des mêmes idées que M. A. Bron-
gniart, ces deux savants diffèrent quelque-
fois d'opinion, et se livrent alors à des re-
cherches du plus grand intérêt. Au moyen
de ces ouvrages tout récents, on peut se
faire une idée assez complète de l'état de
cette partie de la science.
ARTICLB PREUIEB
Les parties délicates et minutieuses de
l'organisation végétale n ont pas pu se con-
server intactes dans des couches de terrain
solidifié; aussi est-on obligé de se borner
dans l'examen des fossiles végétaux à 1*^
comparaison des organes volumineux, cou-
me la tige, les feuilles et quelques fruits»
Les plantes à l'état de germination, les
(334) NiLSON. dans Mém. de Vaead. des sdenc. ^
Stockholm ; 1824. — Agardb, ibid.
(335) ln-8% Paris, 1838.
(336) HUt. des vég. foss.^ iii-4o, paraissanl par
livraison^.
(337) Fomle Flora, in-8'' ; Lcuidr^; joamal (ri-
mcsiriel, qui conlinuo depuis 4831.
513
FLO
ET VE PALEONTOLOGIE.
FLO
Sfi
fleurs et la plupart des fruits ou graines, ne
se retronrent pas. Les es^ièces les plus her-
l>acées» les plantes analogues aux confer-
Tps, aux itbampignons, aux lichens, s*il en
eiistaity peuvent également avoir disparu,
oa se retrouver dans un état plus ou moins
altéré.
Les tiges ligneuses ont été changées «en
fJerre, par suite d'un substitution graduelle
r!e molécules solides aux molécules qui cons*
titoaîent le bois ou Fécorce. La forme n'est
point altérée. Les feuilles se distinguent
plutôt sous forme d'empreinte ; elles se dé-
tachent en noir oru en gris sur les fragments
de pierre.
Pour comparer utilement ces vestiges aux
espèces actuellement vivantes, il faut choi-
sir pour ces dernières des échantillons des
, mêmes organes par conséquent des tiges et
des feuilles. L'arrangement des couches li^*
gneuses des dicotylédones, celui des fibres
des monocot^flédones, se reconnaissent bien
dans les fossiles, si on rapproche les échan^
tillons pétrifiés de fragments de ces deux
catégories de tiges. Ceci fait sentir l'utilité
des collections de bois dans lesquelles l'é**
eoree et le corps ligneux ne sont point dé»
natures, et oili une nomenclature certaine
peut offrir des termes de comparaison La
texture du bois, vue à la loupe, et manifes»
tée plus clairement en faisant polir les sur-
faces, est aussi un bon moyen de reconnaî-
tre l'analogie d'un fossile avec l'une des
dasses de végétaux vivants.
Avec des procédés de ce genre, il est rare
que l'on ne découvre pes une certaine
ressemblance, qui permet de rapporter le
fossile h une fiimille existante. Quelquefois
un grand nombre d*espèces se rapportent à
des formes aujourd'hui très-rares.
Dans Torigine on leur donnait quelque*
Mois éds noms dont la terminaison en luhis
indiquait l'état de fossile, et il est peut-être
à regretter oue cet usage n'ait pas été suivi,
pour éviter les équivoques entre des genres
fossiles et vivants. Augourd'hui on se con-
tente de faire des noms de genres et d'es-
fxèees à peu près comme pour les plantes
^vantes, et on les rapporte avec ou sans
hésitation aux grandes classes et aux famil-
les existantes. Ainti Upidodendron insigne
est une espèce d'un genre fossile de la fa-
mille des lycopodiacees; equisetum colum-
mare est une espèce fossile du genre vivant
epiifrlvin. Dans ce dernier c^s il convient
«i ajouter au nom spécifique l'épithète /b«-
Mîle ou un signe quelconque.
Lorsque Tanalo^e avec un genre existant
f'^i reconnue, mais que l'on ne sait i^as, vu
i'ah^^ence des organes de la fructification, si
1 '^pèce fossile appartenait réellement au
mèoQie eenre ou à un ^enre voisin, on se
•tf^rt deïi terminaison xtes ajoutée au nom
^u genre vivant: Ainsi zamites est un genre
£-^^sile analogue au zamia. lycopodiies au
lycopodiumy etc. Si cela était nécessaire, on
pourrait adopter des familles analogues aux
familles existantes, avec une terminaison
de la même nature, comme filiciiînées povît
une famille analogue? aux fougues.
Les fossiles végétaux se classent ou sui-
vant l'époque de leur existence, ou selon
leurs caractères botaniques.
Le premier point de vue est sans contre-
dit le plus important. Les végétaux que I on
trouve enfouis dans une même couche ont
dû vivre sous les mêmes conditions, et pré-
senter un certain ensemble, comme les es-
pèces qui coexistent maintenant. 11 faut
donc les comparer entre elles avant de les
rapprocher de végétaux d'une autre é|)oque.
Les classifications botaniques doivent donc
être subordonnées^ pour lea fossiles, aux
classifications géologiques
Quant aux couches dont ta superposition
à des époques successives a formé graduel-
lement la croûte de notre globe, on sait que
les çéologues ne sont |H1s d'accord sur la
meilleure manière de les classer. Souvent
ils partent de caractères tirés de la nature
des fossiles; mais pour étudier la réparti*»
tiondes corps fossiles eux»-mêmes> il fout
au contraire ne s'appuyer que sur lea dis«
tinctions minéralo^ques.
M. Ad. Brongniart (338) énumère qua-
torze formations géologiques contenant des
traces de végétaux.
Une formation se compose de plusieurs
couches, présentant des caralères communs,
qui semblent indiquer une origine ou un
mode de formation analogue. C^estle cas dea
couches de houille, de celles de craie, etc.
Chaque formation répond à une certaina
époque. Toutes ces formations, qui ont suivi
les terrains primitifs, où il n'existe aucune
trace d'êtres organisés, .sont classées par
M. Brongniart en quatre grandes catégonea»
répondant à des périodes très-longues.
âBTlGUC SECOITD.
rmsMiiM viuoDK ms Irart OMiondb.
Première époque, — Schistes et calcaires in"
férieurs à la houille (339) . —Cette formation , si
riche en madrépores et animaux des classes
inférieures, est pauvre en végétaux fossiles.
M. Ad. Brongniart n'en connaissait, en 1^8,
que treize espèces.
Ce sont uniquement des cryptogames, plus
une espèce dont la classe botanique est dou-
teuse. On remarque k algues (plantes mari-
nes) d'un genre appelé fucoides^ et , en fait
de plantes terrestres, 2 équisétacées d'un
genre calamités^ 3 fougères et plusieurs lyco-
podiacees, la plupart en mauvais état.
Toutes ces espèces sont diflérentes de cel-
les qui existent aujourd'hui. Quelques-unes
se retrouvent dans la formation suivante.
Deuxième époqwt. — Houille. — La houille,
dont les gisements sont si bien connus à
'- ^^38) Amu 4a se. sol., dot. 1828, p. 5; et Prod. raîns adoptée par If. Ad. Brongniart dans son niu.
^^ ^ véy. iasmUs^ 1828, à la fin. des vég. foss.
'^^) Mon» suîToos ici la classification des 1er-
515
FLO
DiCTiONNAIRk: DJE COSMOGONIE
FLO
«S
cause de leur utilité» se compose unique^
ment de débris de végétaux transformés en
matières charbonneuses. Dans les couches
les plus épaisses, on trouve des troncs d^ar^^
bres encore verticaux.
Ce qui est remarquable dans cette forma-
tion, ce n*est pas seulement le grand nombre
des espèces, dont M. Ad. Brongniart énu-
mèreSbSconnues déjà en 1828, mais surtout
le petit nombre de familles auxquelles ap^-
* partienuent ces espèces, et la proportion des
grandes classes, extrêmement différente de
celle qui existe aujourd'hui dans les mêmes
régions.
La classe des œtiiéogames (fougères, mar*
siléacées, équisétacées, lycopodiacéesi domi-
nait dans une proportion très-extraoruinaire.
Elle formait à elle seule les 2f3 ou les 5i6 de
la végétation, tandis que maintenant elle ne
s'élève guère qu'au 30'. La plupart étaient
arborescentes , analogues aux fougères en
arbre des pays tropicaux actuels. Plusieurs
prêles (equisetum) en arbre donnaient au
paysage un aspect singulièrement éloigné
de tout ce que nous connaissons aujourd'hui.
Les autres cryptogames manquaient complè-
tement à cette époque, ainsi que les plantes
marines, ou dû moins elles étaient fort ra-
res, car on n'en a pas encore découvert. Il
existait à peine ijik de monocotylédones,
parmi lesquelles on remarque trois palmiers
et quelques graminées. On sait que cette
classe forme aujourd'hui la 6' partie des vé-
gétaux» Quant aux dicotylédones , dont le
nombre est si remarquable dans notre épo-
que, il est douteux aue la formation dont il
s'agit en possédât plus d'un tiers. M. Ad.
Brongniart en indique 21 comme douteuses,
mais M. Lindley (3^0) s'efforce de démontrer
que les genres sigiilaria et stigmariay rap-
portés aux œthéogames par M. Brongniart,
sont des dicot}[lédones analogues aux atioci'-
nées, euphorbiacées et cactées. Il y a 49 es-
pèces de ces deux genres, parmi les 258 énu-
mérées dans le Prodrome des végétaux fos-
siles, ce qui, avec les 21 douteuses, ferait
seulement 70 espèces dicotylédones
Avec cette modification, et en partant des
Satre grandes classes adoptées par M. de
ndolle (3/^1), la flore des mines de houille
se comiX)serait comme suit, d'après les es
oèces connues en 1828r
CRYPTOG.VIIES.
Proporiion
sur lUO espèces.
Arnphîgaaies, 0 0
iliiliiéogainesy équisétacées, ik
— fougères, 89
— niarsiléaeées, 7 170 66
— lycop«»diacées, 60
PBA!fÉRO<SÀME&
Monocotylédones, palmiers. 3
— cannées; I 18 7
^ indéterminées, 14
A reporter. 188 73
(540) Fo$$U Flora.
(541) Bibl. uiiiv., 1833, vol. 111, p. 259.
Repori.
Dicotylédones, sigiilaria,
— stigmaria,
- douteuses,
Nombre total.
m z
10
41
3 19 19
258 m
Sans doute des recherches ultérieures mo-
difieront ces proportions I mais il n'estpas
probable qn*elles ôtent à cette époque se.^
principaux caractères : la prédomimut d»
œthéogames ligneuses^ et la taille giganttt(i\u
de ces espèces^ relativement à celles qui eiis-
tent aujourd'hui.
La découverte la plus reuiarquable qui se
soit faite dans les fossiles des minesdehouilk
depuis le travail de M. Brongniart, c'est celle
de quelques conifères (3^2), famille qui joue
un grana rôle dans Ie« époques subséquen-
tes, et qui, sous le point de vue botaniqae*
est, parmi les dicotVlédones, une de cdles
qui approchent le plus des œthéogames.
Troisième époque. — Calcaire pénétn rf
schistes bitumineux. — Cette formatioD est
pauyre en fossiles des deux règnes, ù^
schistes de Mansfeld et les couches houillè-
res de Hoganes, en Scanie, que les géologues
rapprochent des schistes, ont présenté a
M. Ad. Brongniart seulement 8 espèces rc
connaissables.
Elles sont toutes marines. Septd*enlreè
les constituent le genre fucoidts; une ap[)tf*
tient aux naïades
DnxiiMB rétiODK.
Quatrième époque. — Gris bigarré.— }l. Ad
Brongniart ne cite que 19 espèces de ct^
formation trouvées principalement à Scoit?-
les-Bains. Leur découverte est due, cd
grande partie, è M. Voltz, ingénieur (b
mines à Strasbourg. Elles se classent cornas
suit :
CR\TTOGAlf£S.
Sur 100 o^
Anipbigames, 0 I
iClbéogames, équisétacées, 3 on
— fougères, 6
PBikMÉIIOGAMfiS.
Monocotylédones, 5 Se
Dicotylédones, 5 %
Total.
9 m
Autant qu*on peut iuger des proporiiofi>
par des chiffres aussi faibles, il paraît qoeV
nombre des phanéro^james dépassait celui
des cryptogames, tandis que c'était riaterse
dans les formations antérieures.
Les ^genres sont extrêmement différent^
de ceux de la houille. A peine y en a-t-il us
de commun, et certainement aucune esp^'V
n'est semblable. Elles sont toutes terres-
tres.
Cinquième époque. — Calcaire eonchyiien.
— Celte formation, dit M. Ad. Brongniari.
qui paraît presque entièrement marine, b>
offert,. jusqu'à présent, que des fragmenb
qu'on ne peut considérer que comme des
542) Fossil Fiera
S17
FLO
ET m PAUKONTOLOGIE.
FLO
518
traces de la végétation qui courrait proba-*
btement alors quelques points de la terre,
mais dont les débris plus nombreux n'au-
raient été enfouis aue lors de la formation
des couches arénacees ou argilleuses qui re-
couTrent ce calcaire.
Les mieux caractérisés de ces débris sont
une fouL^ère et une cjrcadée, découverte près
de Luiiéville par M. Gaillardot. Il y a aussi
quelques fucus.
Sixième époque. — Keuper^ marne$ irri*
iée$ et lias. — La prédominance des cyca^
dées est le trait caractéristique de cette épo-
que, car sur ^ espèces reconnaissables,
elles constituent la moitié. Il ii*y a point
d'autres dicotylédones , une seule monoco-
tylédone et dix œlhéogames. Aucune plante
aquatique.
Septième époque. — Formation jurassique.
— M. Ad. Brongniart comprend sous ce
Dom la série des couches oolithiques des
géologues anglais et quelques-unes des cou-
ches qui les séparent de la craie, comme les
sables ferrugineux et le grès de la forêt de
Tîlsate. Le grès vert (green fand) en est
exclu.
Le Jura n*a fourni qu'une seule espèce h
/énumération faite en 1828. La plupart sont
de Whitby, Portland et Slonesfieldy en An^-
gleterre.
Sur 51 espèces énumérées par M. Ad.
Brongniart en 1828, d'après un grand nom-
bre de géologues, il y a trois espèces ma^
rines.
Le ncfrobfe des cycadées est Irès-remar^
qaable. Il v en a 17, dont 11 du genre
samia actuellement vivant^ c'est-A^ire que
€ette famille« qui forme à peine un millième
1*6 la végétation actuelle et qui croit seule-
iieiit près de Téquateur, formait alors la
n-oitié de la végétation euroî^éenne. On re-
n arque aussi dans cette flore six conifères,
deux liliacées, et» comme dans toutes les
époques précédentes , beaucoup de fou^-
géres.
La proportion des grandes ciasses est
doue.
CBTFTOGAHES.
S«r 100 espèee».
AnpIrigaiiDes (algues), 3 6
iClbéocuBes (dont 21 fougères), 25 45
PBASÉAOGAIIES.
M onoeotTlédones (lili^cées), 9 i
I>icoljlédooes 'c-cadëes et conif.), » 45
Toul.
51 100
es espèces de fougères sont fort JifTé-
rentes de celles des autres formations.
Uuilième époque. — formation crétacée. —
M. A;l. Brongniart réunit dans ce parapraphe
îe^ fos^siles de la craie proprement dite» et de
la i^lauconie sablonneuse ou sable vert
Qreem s4Ênd des Anglais), qui lui sert de
Les végétaux connus en 1828, dans cette
formation, sont des plantes marines au
i^OAiibre de 17, glus une plante terrestre (cy-
cadée) de la craie inférieure de Scanie. La
tlupart proviennent de Tile d'Aix, près de
a Rochelle» de la montagne des Voirons^
près de Genève, etc.
On peut présumer que la seule espèce
terrestre dé<'Ouverte jusqu'à présent crois-
sait sur la limite de deux formations, ou
sur le bord d'un vaste océan qui recouvrait
alors une grande partie de l^urope.
Les 17 espèces marines se composent de S
conferves, 1 i algues, k naïades (genre xoste^
rites) i il y a donc
CmiPTOGAMES.
Ampaigames,
JElbéogames,
FIU9ÉR0GAIKS.
Monocotylédonesi
Dicotylédones^
Total.
Sur 100
15
l
1
n
G
18 100
Neuvième époque. — Formation marno-
charbonneux. — Cette formation comorend
Targile plastique, les psammttes mollasses
et les dépôts de lignites qui les acc(Hn| a-
gnent souvent.
Les débris végétaux en sont rarement re-
connaissables, soit à cause de leur nature
fragile, soit qu'ils aient été broyés dans
un grand bouleversement du globe, l^s li-
gnites, en particulier, offrent tantdt une
réunion de végétaux dans leur position ver-
ticale naturelte, tantôt un amas de frag-
ments de bois, de feuilles et de fruiU di-
vers, comme les courants et les fleiives
en accumulent aujourd'hui dans certaines
localités.
La nature de ces végétaux esl toute diffé-
rente de celle des couches antérieures à la
craie. Ce sont des dicotylédones dont le
nombre considérable est attesté par des
fruits détachés de la tige, plusieurs pal-
miers et quelques fougères; aucune plante
marine.
On a reconnu un érable, un noyer, un
saule, un ormeau, des cocos, des pins et
d'autres espèces qui peuvent se rappçrtcr
aux genres existants. Il y a beaucoup de co-
nifères, mais aucune cycadée. Celte végéta-
tion ressemblait beaucoup à celle qui nous
entoure aujourd'hui.
Les proportions ne peuvent pas être don-
nées. H suffit de constater la prédominance
des dicotylédones.
Dixième époque. — Calcaire grossier.—
Cette formation d'origine marine a été bien
observée près de Paris et au Monte -Bolca.
Elle offre beaucoup d'algues et quelques
plantes terrestres de diverses classes, qui pa-
raissent avoir été entraînées des terres voi-
sines dans l'Océan. Elles diffèrent peu des
espèces terrestres de la précédente forma-
tion. On remarque plusieurs dicotylédones
du genre phyllites.
(hiziime époque.— Formation lacustre pa-
lœothérienne.-lJi présence des mammiieres
appelés pa/tfofAfrittffi a déterminé le nomUc
Si9
FLO
DICTIONNAIRE DE COSMOGOiNIE
FLO
cette formation, où l'on trouve, soità Aixen
Provence, soit à Paris et ailleurs, quelques
fossiles végétaux.
Ils sont analogues aux lignites quant aux
genres, mais les espèces diffèrent.
Tous sont terrestres.
Sur dix-sept espèces énumérées par M. A,
Brongniart, on remarque une mousse, un
equisetuiHy une fougère, deux chara^ une li*
Jiacée , un palmier, deux conifères , et plu*-
sieurs amentacées,
Douzième époque, — Formation marine 5«-
périeure,— Un très-petit nombre de fossiles
végétaux ont été trouvés à Tétat de débris
dans ces couches, gui composent certaines
collines subapennines. On remarque une
noix très-commune à la Morra , près Turin
l jugions nua>taurinensis). Elle est toujours
dfétachée de la plante, et sans doute elle flot-
lait dans les eaux voisines de quelque terre»
Treizième époque — Formation lacustre
supérieure. — Les meulières de Montmo-
rency contiennent cinq ou six plantes fossiles
Jifférentes, q^ui- toutes paraissent être des
plantes aquatiques^ analogues h celles qui
croissent encore dans les étangs peu pro-
fonds. La fréquence des chara et la présence
i*nn nymphœa annoncent un dépôt formé
Jans les eaux peu profondes.
Quatorzième époque,— Formation contem^
poraine des végétaux actuels. — Les couches
de tourbe se ferment sous nos yeux, et con*
tiennent uniquement des débris d*espèces
végétales qui vivent encore dans les mêmes
régions. En Ecosse, où ce genre de formation
s'opère assez rapidement, M. Lyell a remar-
qué des graines de chara conservées dans de
la tourbe, exactement comme dans certaines
formations antérieures. Les lignites n'étaient
que des tourbières d'une époque beaucoup
plus ancienne.
Le point <le transition entre les tourbières
et les couches antédiluviennes est d'une
haute importance pour l'histoire naturelle»
puisque c est là que se trouve le passage des
espèces actuelles aux formes ^antérieures.
ARTICLE TROISIÈME.
Rapport entre les végétaux des régions
diverses à chaque époque,
11 est naturel de se demander si, à chaque
époque géologique, les mêmes espèces, gen-
res et familles, existaient simultanément et
uniformément en tous pays, ou s'il y avait
comme à présent des formes de plantes spé-
ciales à certaines régions, des groupes natu-
rels limités à de petites étendues de pays, et
d'autres répandus au contraire sur des es-
paces immenses.
Pour répondre à ces questions, il faudrait
d'abord que les géologues fussent bien cer-
tains que les couches semblables ou analo-
gues, situées dans des pays très-distants, ont
constitué aux mêmes époques la surface.de
notre glooe. La circonstance que certaines
couches de mûme nature sont superposées
semblablement, en Amérique et en Europe
par exemple, est bien une probabilité qu'elles
ont été formées en même temps et do la mèine
manière. Quand elles contiennent les mêmes
espèces fossiles, les géologues en tirent une
nouvelle preuve d'identité ; mais le natura-
liste qui se demande au contraire ai les es-
pèces étaient semblables dans des couches
contemporaines ou successives , ne peut pas
employer ce genre de preuve sans tourner
dans un cercle vicieux.
Une autre difficulté résulte de ce que les
fossiles végétaux ont été examinés dans un
petit nombre de pays seulement, et d'une
manière encore très-incomplète. Ainsi, on
ne peut rien conclure, quant à la distribution
géographique, des plantes du terrain de tran-
sition, puisque l'on ne connaît que quatorze
espèces de cette époque, dont treize recueil-
lies en Europe et une seule dans l'Amérique
septentrionale. Il faut évidemment ne com-^
parer sous ce point de vue que les époques
dont on connaît beaucoup d^espèces recueiU
lies dans des pays éloignés.
Les deux cent cinquante-huit espèces de
la formation houillière énumérées parld.Àd.
Brongniart soht intéressantes à comparer
sous ce point de vue, parce qu'elles ont été
recueillies en Europe, dans l'Amérique sep-
tentrionale ,* la Nouvelle-Hollande et Tlnde.
En jetant un coup d'oeil sur le tableau de
M. Ad.Brongniart et sur la flore fossile d'An»*
tleterre, on voit aussitôt que les mines de
ouille de divers points de l'Europe, nolam
ment de Saint-Etienne, du nord de l'Angle-
terre, de Belgique et de Bohême, ont très^
sauvent offert les mêmes espèces fossiles.
Ceci n'a rien de surprenant, puisque les flo*
res actuelles de tous ces pays sont extrême-
ment semblables. Mais ce qui est digne de
remarque» c'est que sur vingt-trois espèces
des mines de houille de l'Amérique septen-
trionale, quatorze ont aussi été trouvées en
Europe. Une telle proportion, certaineraenl
plus forte que dans les plantes actuelles de
ces deux régions , atteste une similitude bh*
sez grande. Ces deux parties du monde né'
taient peut-être pas séparées à cette époque,
ou bien il existait des îles interméaiaire^.
Sur trois espèces de la Nouvelle^Hollande,
une a été aussi trouvée dans la mine de
houille de Rajmahl dans l'Indè. De cette der-
nière origine, M. Ad. Brongniart ne connais-
sait, en 1828, que deux espèces, dont Tune
(fov^ère) est l'espèce comnaune avec la Nou-
velle-Hollande, et l'autre constitue un genre
de palmier très-distinct.
Ces faits semblent attester pour cette épo-
que une plus grande uniformité de végéta-
tion k la surface de la terre, que pour l'éjjO-
que où nous vivons. Non -seulement i»l"-
sieurs espèces croissaient indifféremm^n'
dans des pays très-éloignés , mais encore les
proportions des grandes classes étaient asse?
uniformes. Ainsi, les œthéogames ffougères
lycopodiacées, etc.) dominaient égalemci'
en Europe, en Amérique et en Australie.
Partout elles constituaient environ les deui
tieis des espèces.
Comme aujourd'hui , les espèces phanéro-
games avaient en moyenne une habiiatiof
s»
FLO
ET DE PALEONTOLOGIE.
FLO
Sit
moins étendae que les cryptogames^ car sur
neuf phanérogames d'Amérique, quatre ( ou
hk pour 100) étaient communes avec l'Europe,
tindis que sur quatorze cryptogames, il y en
avait onze (soit 78 pour lOO).
Les formations suiTantes, jusqu*au calcaire
jurassique, offrent un trop petit nombre d^es*
pèces de localités différentes pour que Ton
puisse en tirer quelque comparaison de ce
genre. Dans le terrain jurassique examiné en
Allemagne et en France , il est remarquable
combien peu des mêmes espèces ont été dé-
couyertes en plusieurs localités. Sur cin*
cHunten^tMine espèces énumérées par H. Ad.
Brongniart, je n'en vois que deux qui soient
indiquées à la fois dans deux de ces pays. 11
eu est de même pour les formations subsé-
cpentes ; d'oil Ton peut conclure gue, depuis
1 époque de la bouille, la diversité des ré-
gions contemporaines a été extrêmement
sensible.
AmnCLB QCATRièXB.
Rapports entre les végétaux d époques et de
périodes successives.
Un bit important domine l'histoire des
▼éffétaux fossiles, c'est que la même espèce a
été rarement trouvée f d^une manière certaine^
éamê deux formations différentes^ et jamais
dans deux formations ^parées par une ou
plusieurs autres.
11 parait que les révolutions du globe, qui
ont fait changer subitement, \ diverses épo-
ques, la nature du sol, ont détruit toutes ou
presque toutes les espèces végétales, et qu'a-
près chaque bouleversement de ce genre de
nouvelles espèces ont vécu au-dessus du
terrain des anciennes.Bans toute l'épaisseur
d une même couche, on trouve peu de varia-
tioDS de la même espèce, et rien n'indique
des modifications graduelles déformes, par
lesquelles les espèces auraient passé insen-
siblement d'une formation ou époque h une
autre.
Entre les espèces végétales de deux forma-
tions successives, il y a souvent des rapports
assez frappants. Elles se classent à peu près
dans les mêmes genres ou dans les mêmes fa-
milles, et la proportion des espèces de chaque
grande classe est peu différente. Quelquefois
on a trouvé la même espèce dans deux for-
mations superposées et analogues, mais ce
sont des cas bien rares. Le Prodrome de
M. Ad. Brongniart contient trois espèces
communes au terrain de transition et à la
iiouille, quatre communes au lias et au cal-
caire jurassique, une au calcaire jurassique
et à la craie. Ce sont les seuls cas connus
d*ane manière certaine, et c'est toujours en-
tre des couches subséquentes assez analo-
gues.
De temps en temps on trouve une forma-
tion recouverte par une couche d'une nature
toute différente, qui d'ordinaire contient un
très-i>etit nombre d*êtres organisés ayant vé-
ca dans de Teau salée ; puis, au-dessus de
cette couche, commencent d'autres forma-
tions très-ditrérentes, où Ja proportion des
mandes clas5;es de vé(;étaux nest plus la
même, et où les espèces ne sont jamais sem-
blables à celles qui ont précédé. M.Ad.Bron-
gniart est parti de ces faits remarquables
pour grouper toutes les formations en qua-
tre grandes périodes. Pendant la durée de
chacune de ces périodes , la végétation n a
f>résenté que des changements graduels et
imités. Certaines espèces en ont remplacé
d'autres analogues, d'une manière plus ou
moins brusque, plus ou moins complète. Au
contraire, d une période à l'autre le passage
a été extrêmement sensible sous tous les
points de vue : les genres sont rarement les
mêmes, la proportion numérique des classes
est trèsKiifférente, les espèces ne sont jamais
identiques.
Ces quatre périodes répondent k quatre
grandes catégories de terrains que plusieurs
géolo^es admettent déjà par d autres consi-
dérations.
La première période, depuis les premiers
terrains de transition jusqu'à la fin du dépêt
de houille, est caractérisée par l'énorme
proportion des cryptogames, surtout de ces
espèces de fougères, équisétacées et lycopo-
diacées arborescentes, dont nous pouvons
à peine trouver des analogues aujourd'hui,
et seulementdans les climats les plus chauds.
L'Océan a recouvert cette végétation remar-
quable, puisque dans le calcaire pénéen on
trouve à peine quelques espèces, qui toutes
sont mannes.
La deuxième période offre une végétation
spéciale mal connue. Au çrès bigarré, qui
contenait un peu plus de phanérogames que
de cryptogames, toutes fort dififerentes de
celles de la première période, a succédé
une longue inondation salée (terrain con-
chylien).
Avec la troisième période commence le
règne des cycadées, de cette foimille anomale
que les botanistes ont rejetée alternative-
ment d'une classe à l'autre, et oui paraît en
définitive former une division aes dicotylé-
dones, voisine des cryptogames. Elle consti-
tue à elle seule la sioitié des végétaux de cette
période; les vraies cryptogames ne forment
d'abord que le tiers, puis jusqu'à la moitié
de l'ensemble des espèces; enfin Ta mer dé-
truit de nouveau cette végétation extraordi-
naire. L'épaisseur de la couche de craie
montre que ce' e submersion a duré bien
des siècles.
Enfin la quatrième période, dans laquelle
rentre notre époque, est caractérisée par la
prédominance des phanérogames sur les
cryptogames, et des dicotvlédones parmi les
phanérogames. Une inondation salee, suivie
de trois d'eau douce, ont bouleversé quatre
fois pendant cette période la surface du glo-
be, et détruit à quatre reprises les esp^s
végétales, avant l'apparition de celles qui
existent aujourd'hui. La proportion des di-
cotylédones est toujours restée considérable;
c'est le trait caractéristique du développe
ment actuel du règne végétal, depuis la for-
mation de la craie.
Le tableau suivant présente le résumé de
la végétation des quatre nériodes. Il es|
Dicnosm. de Cosmogoivik ei db pALioNTOLOcn.
17
t2S
FLO
WCTlONiNAlRE DE COSMOGONIE
FLO
Sl4
fondé sur ceux du Prodrome de M. Ad. Brou-
guiart, en plaçant dans les dicotylédones les
genres stigmaria et sigillariaf suivant l'opi-
rion de M. Lindley, et en ramenant les six
classes admises par Fauteur aux quatre ad-
mises par de Candolle (343)
péTHxJe. period. péri'td. périod
CAYPTOGAIIÊS.
Âmphigames,
^théognmes,
i
176
7
4i
3
51
13
9
PHANÉROGAMES.
Monocolylêdones,
DicolylcJones,
48
52
5
5
5
35
25
117
Nombre total,
250
25
72
164
Soit :
Cryptogames,
Phanérogames,
180
70
15
10
Si
58
22
142
Total,
2o0
25
72
164
« Eu présence de ces résultats, il est ira-
possible de ne pas reconnaître avec M. Ad.
Brongniarl que les végétaux les plus parfaits,
c'est-à-dire qui ont les organes les plus
nombreux, les plus distincts, ont suivi les
moins parfaits; en d'autres termes que le
rè^ne végétal, comme le règneaniraal, a été
en se penectionnant depuis un nombre in-
déQni de siècles.
« Je sais que les auteurs tiela Flore fossile
d'Angleterre ont rejeté cette théorie (344),
mais je ne trouve pas que leurs motifs soiont
sujQlsants. La circonstance que l'on n'a pas
encore trouvé dans la houille des cryptoga-
mes inférieures, telles que les champignons,
mousses, etc., n'est pas une objection, car
vu la petitesse extrême de ces plantes, elles
doivimt avoir échappé plus que les autres
à toutes les recherches, et ont sans doute été
détruites plus complètement dans les révo-
lutions du globe. L absence ou la petite pro-
portion des monocotylédones herbacées,
dans les couches anciennes, en comparaison
des palmiers, bananiers, etc., que 1 on peut
regarder comme plus parfaites, s'explique en
partie par les mêmes causes et par la na-
ture des stations : les mines de houille, cel-
les du moins qui valent la peine qu*on les
exploite, sont des forêts pétrifiées, et dans
nos forêts actuelles on trouve peu de grami-
nées, joncées et plantes analogues. S*il en
existait alors, c'est dans les filons très-min-
ces de terrain houiller qu'on pourrait les
trouver. Enfin, en admettant, avec M. Lind-
ley, que les stigmaria ei sigillaria soient ces
dicotylédones, on voit que la prédominance
des ffithéogames dans la première période
n'en subsiste pas moins; elle est seulement
moins forte que M. Brongniart ne le suppo-
sait.
(343) Les cycadées et les conifères sont considé-
rées comme un groupe (gymnospermes) des dicoty-
lédones, qui touche aux monocotylédones et aux
ablkéogames. Nous réunissons les mousses aux aethéo-
games. Ces changements modifient très-peu les opi-
« Si r(»n veut ar^er des détails, on peut
s'étayer de ce que Tes premières dicotylédo-
nes qui apparaissent appartiennent en grande
proportion à ces formes douteuses (cycik
dées, conifères, et certains genres anofBiatx}
3ui ne sont certainement pas des die^ylé-»
ones parfaites. Mais, dans des questions
aussi générales, quand on possède aussi peu
de matériaux, et que 1*on a reconnu d'ail-
leurs que la hiérarchie des familles ne peut
pas être constituée rigoureusement sous
forme d'échelle ou de série linéaire comme
on le voulait autrefois, il vaut mieux se
borner, ce me semble, à comparer en gros
la pro[)ortion des grandes divisions du règne
végétal pendant certaines périodes très-éten-
dues.
(c Personne ne nie -qu^ les phanérogames
ne soient plus complètement organisées,
f)lus parfaites aux yeux des naturalistes, que
es cryptogames. Quelques transitions de
formes, quelques groupes de phanérogames
qui peuvent être égaux ou même inférieurs
à certains groupes de cryptogames, ne sau-
raient altérer cette vérité. Or, si l'on
compare ces deux grandes divisions du règne
végétal, on ne peut se refuser à reconnaître
que, pendant les quatre périodes géologi-
ques admises par M. Brongniart, la propor-
tion des phanérogames a toujours été en
augmentant.
« Cette toi de perfectionnement existe
donc dans le règne végétal, comme dans
l'autre. La seule difi*érence me parait être
que les grandes divisions du règne vé^^étal
ont toujours eu des représentants, tandis
que les vertébrés, par exemple, manquaient
tout à fait dans les périodes les plus an-
ciennes. Au surplus, cette différence n'étonne
pas, si l'on réfléchit à la distance immense
qui séparé les animaux inférieurs des supé-
rieurs, et à l'homogénéité comparative des
grandes classes du Tègne végétal
« Quelques philosophes ont émis l'idée
que les êtres organisés fossiles servent de
complément aux êtres actuels, en comblant
les lacunes qui se remarquent entre certai-
nes classes, et en donnant une symétrie
complète au tableau, maintenant irrégulier,
des aflînités. Cette hypothèse hardie échappe
à notre examen ; car si la période actuelle
est un perfectionnement xles êtres organisés
antérieurs, on peut avec tout autant de rai-
son , et en s'appuyant d'une probabilité
fondée sur ce qui s est passé , regarder les
êtres organisés actuels comme une pierre
d'attente pour des perfectionnements ulté-
rieurs. Si ce qui est arrivé maintes fois se
répète de nouveau, l'homme et toutes les
espèces coexistantes feront place un jour à
d'autres espèces, dont quelques-unes seront
organisées d'une manière [Aus complète, et
dont l'ensemble sera suj)érieur à tout ce qui
a existé auparavant. Voilà ce que l'analogie
niuns de M Brongniart sur le développcjD^nt du rè-
gne végétal.
(344) Introd. au prem. vol.; LoniJr., 1851. en an-
glais.
fi£5
FLO
ET DE PALEONTOLOGIE.
FLO
596
nous indique, et, en pareille matière/ les
prédictions fondées sur ce qui est déjà arrivé
sont sans doute les moins hasardées que Ton
puisse faire (345). »
▲RTIGLB CINQUIEUB.
De quejçues conséquences de l'éttute des fossi-
les végétaux.
L*étude générale des fossiles a ces consé-
quences importantes pour Thistoire de notre
globe. Cest à la géologie de les examiner.
Cependant, comme les déductions tirées des
fossiles végétaux reposent sur des considé-
rations purement botaniques, je crois né-
cessaire d*en indiquer ici quelques-unes.
Les conditions physiques dans lesquelles
une localité a dû se trouver sont souvent
mieux indiquées par les végétaux fossiles
Sue par les animaux. On ne saurait avoir de
oute sur l'existence d'une plante dans Teau
douce ou dans Teau salée, dans un lieu sec
ou humide, très-chaud ou tempéré. On en
\uge facilement par les conditions nécessai-
res aux plantes de formes analogues, qui
existent aujourd'hui.
M. Ad. Brongniart a donné plusieurs de
ces inductions avec une sagacité remar-
quable.
Les iBthéosames arborescentes de la pre-
mière périoae ont dû vivre dans une atmo-
sphère plus chaude et plus humide que celle
des tles aujourd'hui situées même sous l'é-
quateur. On sait que les fougères et lyco-
podes des pays tempérés et septentrionaux
sont toujours de petites plantes, dont la tige
rampe ou se cache iréquemment sous terre.
Vers Tég^ateur on trouve des fougères et des
Ivcopodiacées ligneuses. Leur nombre est
d'autant plus çrand que la région est plus
cAaude et humide. M. Brongniart conclut de
tt, avec raison, que les forêts qui composent
là bouille ont cru probablement sur des îles,
i une épOQue où la température du gloLe
était plus élevée que maintenant. Les lies de
l'Ascension et de Sainte-Hélène, où les fou-
gères et plantes analogues forment le tier»
ou la moitié du nombre des phanérogames,
approchent un peu de cette antique végéta-
tion ; seulement les dimensions des espèces
sont plus petites.
Les tles ou archipels qui ont formé les
bassins de bouille étaient entourés d'un
océan dont les^ terrains de transition sont
rindice.
Quelques géologues ont considéré les ar-
bres fossiles des mines de houille comme
ayant été transportés de terrains voisins ; ils
se sont efforces de justiGer par quelques
exemples la position verticale habituelle de
tes troncs d'arbres ; mais cette hypothèse est
repoussée par d*autres naturalistes. M. Ad.
(545) Alp. ra Candollb, ïnlrodnctian à ta Bota--
«M€, t. Il, p. 243. Le lecteur appréciera ces Idées
théork|oes.
(M6) Introduction au deuxième vol. de la Fossil
(347) On objectera peut-être que les mathémati-
oeist ont démontré que, dans les conditions actuelles
Brongniart défena avec conviction Tidée de
Deluc, que les arbres des mines, de houîHo
ont été enfouis sur place, et MM. Hutton et
Lindley, qui viennent de discuter cette ques-
tion (&6), partagent la même opinion.
Pour expliquer la nature charbonneuse de
la houille, M. Ad. Brongniart croit nécessaire
de supposer que l'atmosphère contenait
alors une proportion de gaz acide carbonique
su[)érieure de beaucoup à celle qui existe
maintenant. Comme il devait y avoir peu de
terreau, il fallait que les plantes vécussent
en absorbant par les feuilles, et en fixant
beaucoup de carbone tiré de Tair. M. T. de
Saussure a d'ailleurs démontré qu une pro-
portion de 2, 3, k et jusqu'à 8 pour 100 de
gaz acide carbonique dans l'air, favorise la
vésétation. On peut donc expliquer ainsi la
taille gigantesque des espèces de la première
périoae. L'existence simultanée de beaucoup
de reptiles, et l'absence des mammifères,
sont favorables à cette hypothèse ingénieuse.
Depuis une époque si reculée, la vie de tant
de végétaux et d'autres causes peut-être
ont pu réduire de beaucoup le gaz acide car-
bonique répandu dans l'air, et augmenter
l'épaisseur des terrains propres à la végéta-
tion des plantes actuelles.
L'autaur de l'Introduction au premier vo-
lume de la Flore fossile d Angleterre attire
l'attention des savants sur ce singulier fait,
que les mines de houillts du Canada et de la
baie de Badin contiennent des plantes ana-*
logues è celles des autres couches de houille^
par conséquent k celles qui vivent aujour«
d'hui sous réquateur. Or, la différence de
température, relativement au temps présent,
peut s'expliquer de diverses manières , en
particulier par le refroidissement très-lent,
mais continuel, du elobe terrestre dans l'es-
pace ; mais M. Lindley remarque, avec rai-
son, que les plantes des pays équatoriaux
ont besoin de lumière, et aune lumière dis-
tribuée également, autant que de chaleur.
Un très-petit nombre d'espèces végétales
peuvent supporter la privation de la lumière
pendant quelques mois.
C'est une des causes qui empêchent les
espèces des pays tempères de s'avancer jus-
qu'au nord et cie végéter avec vigueur dans
les serres les plus chaudes des pays septen-
trionaux. Il devait en être de même des
plantes fossiles analogues à celles de nos
régions équatoriales. Or, comme l'in^alité
des jours dépend de la position de la terre
relativement au soleil, if faut, pour que des
fougères en arbre aient pu vivre là ou est le
pôle arctique maintenant, que l'inclinaison
de la terre sur le plan de l'écliptique ait
changé (347).
C'est ainsi que des observations de détail
de Funivers, Taie de la terre ne peut pas avoir changé
de position. Mais les fossiles de la bouille remontent
à une époque où les conditions fondamentales des
calculs pouvaient être dilBerentes.
Nous suivons dans cet article les idées théoriques
de M. Alp. de Candolle et de plusieurs autres ' sa-
vants, sans les condamner ni les défendre.
5S7
FLO
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
FLO
SSS
conduisent quelquefois à constater des faits
de la plus haute importance.
Rajouterai que des recherches multipliées
sur les fossiles végétaux pourront peut-être
indiquer par la suite remplacement des pôles
et de l'équateur à chaque époque géologi-
que. II suffira de découvrir, malgié Tuuifor-
mité apparente des végétaux antédiluviens,
iians quelle direction croissaient et décrois-
eraient en nombre les espèces qui exigent le
plus de chaleur et la lumière la plus uni-
forme, dans chaque période géologique.
J*en ai dit assez pour faire comprendre
rintérèt des recherches sur les fossiles vé-
gétaux, et la reconnaissance que nous de*-
vons aux naturalistes distingués qui, depuis
quarante ans, poursuivent ce genre d*étude
avec tant de succès.
CONCLUSIOI*
Outre les senres de végétaux fossiles dont
nous avons fait mention dans cet article , i!
y en a plusieurs autres d'une nature encore
plus obscure , et dont on n'a retrouvé au-
icune trace, ni parmi les végétaux actuelle-
ment existants, ni dans aucune couche pos-
térieure au groupe carbonifère (3W). Plu-
sieurs années s'écouleront encore avant que
Ton arrive k saisir complètement Im carac-
tères de cette végétation primitive du globe.
Les plantes qui ont essentiellement contri-
bué a la formation de la houille, formation
si importante et si pleine d'intérêt pour nous,
se rapportent principalement aux genres
dont nous venons d'essayer d'esquisser l'his-
toire, les calamités , les fougères, les lyco-
podiacées, les sigillarias, et les stigmarias ;
€'*est dans les couches carbonifères de r£u-
(548) Quelques-unes des plus nombreuses parmi
ces plantes entêté réunies sous le nom d'astérophy-
iiies à cause de la disposition rayonnée de leurs feuil-
les autour des rameaux.
(549) La considération des rapports numériques
dans rétude de IVnsemhle des conditions de la flore
de ces périodes reculées a beaucoup perdu de sou
importance par les résultats auxquels a été conduit
le professeur Lindley sur la résistance qu'offrent à la
décomposition les plantes immergées dans Teau.
(Flore fossiUy n" 7, t. UI, p. 4.) Ce savant a tenu
plongées dans un bassin d*eau douce, pendant plus
de deux ans, cent soixante-dix-sept espèces de plantes
choisies parmi ^«lles qui représentent dans la créa-
tion actuelle, soit les espèces qui se montrent cons-
tamment dans les mines de houille, soit celles que
Ton n'y rencontre jamais; il a trouvé :
1' Que les feuilles et Técorce de la plupart des
plantes dicotylédonées te décomposent complète-
ment en deux années, et que parmi celles où ces
parties résistent la plupart appartiennent aux deux
familles des conifères et des cycadées.
^Que les plantes monocotyiedonées peuvent résis-
ter plus longtemps à Taction décomposante des eaux
et surtout les palmiers et IfS scitaminées ; mais que
les graminées et les joncs se détruisent complè-
tement.
3* Qu'on voit se détruire de môme les champi-
gnons, les mousses, et toutes les formes inférieures
de végétation.
i"' Que les foogères offrent une remarquable per-
sistance lorsqu'elles ont été plongées étant encore à
l'tut vert ; car aucune de celles qui ont été sou-
ropo que ces plantes ont été le plus souYent
recueillies, mais on rencontre les mêmes es-
[)èces dans les mines de houille du nord de
'Amérique, et on a des raisons de penser
que de semblables débris existent dans tou-
tes les . formations houillères de la même
époque , sous des latitudes très-nlifféreiites,
et dans des points du globe fort éloi^^nés',
comme dans l'Inde, à la Nouvelle-Hollande |
dans l'île Melville et dans la baie de Baliio.
Les conséquences les plus imporlàntès
3ue nous puissions déduire de l'état actuel
e nos connaissances sur les végétaux aux-
quels la houille doit son origine, sont les
suivantes :
l"" Que ces végétaux ont été pour la plu-
part des cryptogames vasculaires, et surtout
des fougères ;
2"* Que parmi ces cryptogames , les équi-
sétacées atteignaient une taille gigantesque;
d'houe les plantes dicotyléuonées , qui
constituent les deux tiers à peu près des vé*
gétaui actuels, n'occupaient qu'une placo
peu importante dans la flore de ces périodes
reculées (349).
k'' Que, bien que plusieurs genres éteints,
et même des familles entières, n'aient aucua
représentant dans l'état actuel des choses,
et que ces groupes aient môme entièrement
disparu, passé la formation houillère, elles
tiennent cependant aux végétaux modernes
l-ar les principes généraux de leur structure
et par des détails d'organisation qui nous
montrent en elles des parties détachées d'un
seul et vaste plan rempli d*ensemble el
d'harmonie.
Mous terminerons cette étude que nous
venons de faire des plantes auxquelles la
mises à rcxpcrieuce n'a disparu aans le temps ea
question, mais que leur frucliiicaliou dispanut com-
plètement.
Bien que ces résultats inûrment jusqu^à un cer-
tain point la valeur de nos connaissances relative-
ment à la flore complète de chacune des n^riodes con-
sécutives de la chronologie géologique, ils ne modifient
en rien ce que noua savons sur le nombre des plan-
tes réiUtantes qui ont contribué à la formation de la
houille, non plus que sur les changements qui se
sont accomphs dans les proportions relatives et dan»
les caractères spécifiques des fougères et des autres
plantes dans les divers systèmes de végétation oi se
sont succédé à la surface du globe.
Nous pouvons ajouter à cela que aes troncs et
des feuilles de étcolylédones angintpermei se sont
conservés en abonuance dans lei» fv^rmaliODS ter*
tiaiies, il ne parait pas y avoir de motif pour que,
s*il eût existe des végétaux de celte irtbu pendant
que se formaient les terrains des périodes secoa-
uaires el de transition, il n*eût pas pu en échapper
quelques-uns à la destruction» au milieu des Vx-
mations sé<iimentaires de ces époques reculées.
11 est rendu compte dans le Magasin d*Hittoirt
naturelle de Londres (janvier 1834. p. 54)» de qoel-
ques expériences pleines d*inlérel qu'a faites
M. Lukis sur la succession dechaDgcmenisde fonae
qu*éprouvent les parties corticales et internes d<f
tiges de plantes charnues, du êoupervivum ërh-
reum^ par exemple, aux diverses périodes de leur
décomposition. Ces expériences expliquent certaines
apparences analogues qn^olTreat plusieurs planta
fossiles de la formation houillère.
FLO
ET DF. PALEONTOLOGIE.
FOR
SSO
lioiu««e nous parait ûevoir son origine^ par
un coup d*ϔl rapide sur les divers change-
meots qu*a subis dans la nature cette im^r-
tante production Tégétale, et sur les services
qa*elle rend aux arts et à rindustrîe.
Peu de personnes sont au courant des
érénenieuls merveilleux qui se sont succédé
dans réconomie de notre planète : et il en
est é^lenient peu qui sachent combien les
applications combinées de Findustrie et de
la science humaine sont subordonnées à la
priKluclion de la houille , s^ource de chaleur
el lie lumière pour la métropole de FAngle-
lerre. L*é|ioi|ue la plus reculée jusqu'oCi
mius puissions remonter vers l'origmc de la
végélalion est celle où elle florissait dans les
marais et les forêts du monde primitif , sous
les formes gigantrsi|ues et majestueuses des
calamités, drs lépiiJodendrons et des sigil-
laires. Arraclii'C!» au siil qui les avait vues
naître par les teui|iètes et les inondations
d'an climat chaud et humide, ces plantes
furent entraînées dans un lac, dans vn golfe,
ou dans cjuelqtic mer peu éloignée. La,
après avoir Qfitlé h la surface jusqu'à co
que, saturées par Teau, elles soient tombées
au fonti, elles y ont été envelop|)ées par
les détritus des terres adjacentes, et, chan-
geant de conditions, elles ont f-ris place
parmi !cs minéraux. Depuis lors elles sont
demeurées longtemps dans leur sépulture,
où 9 soumises à une longue série d'actions
rhîuiiques et k do nouvelles combinaisons
dans leurs éléments végétaux , elles ont passé
k la forme minérale do la houille. Puis,
IVi|iansion des feux internes a soulevé ces
lits Uu fond des eaux, pour les élever à la
fiositîon quMIs occupent maintenant sur les
mon laines et les collines où Tindustrie hu-
maine lient aller les prendre. Ccst à cette
quatrième période que le mineur va chercher
la houille, assisté par les arts et la science
qui lui ont donné la machine h vap»eur et la
i.iin|»c de sûreté. Kenduo à la lumière et de
nouveau confiée à Télément aquatique, la
navîgatinn la traiis|iorte de la bouche du
puits d*estractioii sur la scène où le feu
lioil lui faire subir ses derniers et ses plus
îfuportants changements, ceux qui doivent
]«i lucllre enfin au service des besoins et du
bien-néire de l'espèce humaine. A cette der-
nière phase de son histoire, si riche en évé-
nements, la houille disparaît, et le vulgaire
la croit anéantie; ses éléments, en effet, se
dél>arrassent des combinaisons minérales
dans lesquelles ils ont été emprisonnés
fieodant des âges sans nombre; mais cette
destruction apparente n'est que le point du
départ d'une activité nouvelle, et d'une
nouvelle suUe de changements. Libres enfin
des liens qui les ont retenus si longtemps,
ces éléments retournent à leur atmosphère
natale , d*où ils furent appelés jadis à fournir
le principe de la végétation primitive du
globe; puis, le lenlemain, ils retournent
peut-être constituer la substance du bois
dans les arbres de nos forêts actuelles; et
quand ils auront repris ainsi leur place dans
le r^;na végétal de notre éi)oque, ils revien-
dront avant peu se remettre une seconde
fois au service de Tespèce humaine. Et lors-
que la décomposition ou le feu auront de
nouveau rendu à l'atmosphère ou à la terre
les mêmes éléments désagrégés, ce ne sera
que pour au'ils rentrent de nouveau dans le
cercle indéfini ou'ils sont destinés à parcou-
rir au sein de l'économie du monde maté-
riel.
FLORE DES TERBJàlNS HOCUXEHS Voffm
Carbonifêrie?!.
«
FLORE DE L ÉTAGE SCBAPB!f!II!f . Voy. SUB-
APEXSIlIf.
FORAMINIFERES. — Classe dezoopbytes,
appartenant à la division des zoophytes glo-
buleux. Les foraminifères sont, générale-
ment, des animaux microscopiques, non
abrégés, à existarice individuelle toujours
distincte, composés d'un corps entier et
alors arrondi ou divisé en segments. Ce
corps est, dans toutes ses parties, recouvert
d'une enveloppe testacée , rarement cartila-
gineuse, modelée sur les segments et en
suivant toutes les modifications de forme et
d'enroulement. De l'extrémité du dernier
segment sortent , soit par une ou plusieurs
ouvertures de la coquille , soit par de nom-
breux ix>res de son pourtour, (les filaments
contractiles, incolores, très-allongés, plus
ou moins grêles, divisés et ramifiés, ser-
vant à la reptation, et pouvant encroûter
extérieurement le test enveloppant.
Le corps (nom que nous sommes forcé
d'appliquer à la masse vitale) est quelque
fois entier, rond, sans segments, chez les
iromûi, les orbulina^ etc., qui représentent,
tous les âges, l'état embryonnaire de tous
les autres, et s'accroissent sans doute, par
la circonférence entière. Lorsque le corps
est divisé par lobes ou par segments, le
premier, semblable à l'état constant des
gromia, est d'abord rond ou ovale, suivant
les genres; une fois formé, il ne grossit
plus, s'encroûte extérieurement de matière
testacée ; et représente, plus ou moins, une
boule sur laquelle vient s'en appliquer une
seconde, plus grande, puis une troisième ,
plus grande encore, et ainsi de suite tout le
temps de la durée de Texistence de l'animal.
Les segments recouverts d'un test sont ag*-
gloméres ou contournés de différentes ma-
nières, on ne peut plus régulièrement, et
suivent, dans leur arrangement, des lois
mathématiques. En effet :
1* Chez les uns , il n'y a qu*un seul seg-
ment.
2* Les segments sont placés en lignes cir-
culaires.
3* Ils sont sur une seule ligne droite ou
arquée • lorossissant des premiers aux der*
niers.
k* Chez d'autres , placés les uns au bout
des autres, ils viennent s*enrouler oblique-
ment , ou sur le même plan , en représen*
tant une volute, une sphère régulière.
5* D'autres fois, ne s*enroulant pas, ils
croissent alternativement à droite et k gau-
che du premier, et successivement de cha^
S31
FOR
DICTIONNAIRE DE COSMOCaNlE
rOR
SSÎ
qiie côté de l'axe longitudinal fietit et s*en*
chevêtrant.
6* D'autres genres présentent une com-
plication de5 deux derniers modes dont nous
Tenons de parler, c'est-à-dire que» formés de
segments alternes , leur ensemble se roule
en spirale , soit sur le même plan » soit obli-
quement.
T Enfin ces sesments se pelotonnent au-
tour d'un axe, et latéralement à la longueur,
sur deux, trois , quatre ou cinq faces oppo-
sées, revenant,, après chaque révolution
complète , se superposer exactement les uns
aux autres.
Les segments s^agglomèrent donc dans
l'accroissement du corps, de sept manières
distinctes ; et ce sont ces modifications que
Ton a prises pour la base de la classifica-
tion.
Semblables, quant à leur forme, dans tous
his foramînifères , les filaments s'allongent
un point de prendre jusqu'à six fois le dia-
mètre du corps. Pliis ou moins nombreux ,
ils se divisent et se subdivisent dans le sens
de leur longueur, de manière à représenter
une branche. Ces ramifications s attachent
aux différentes matières avec assez de force
pour traîner le corps et le faire avancer. Si
les filaments sont semblables quant à leur
forme, ils varient beaucoup de position.
Chez beaucoup de genres ils se composent
d*un faisceau qui sort par une ouverture
unique et rentre, par le même point, dans
la contraction; chez quelques autres les fila-
ments se projettent seulement par chacune
des nombreuses petites ouvertures du test
S[ui recouvre le dernier segment. Qaelque-
ois encore les filaments sortent, non-seule-
ment par une grande ouverture du dernier
se^meut, mais aussi par les nombreux pores
qui criblent le test des derniers segments.
Eu résumé ces filaments , remplissant, chez
les foraminifères , les mêmes ronctions que
les nombreux tentacules des astéries, servent
à fixer l'aoîmal et sont, pour lui, de puissants
moyens de locomotion.
Lacontexture de lacoouille qui revêt
extérieurement les segments est très-varia-
ble; mais elle suit, presque toujours, les
divers modes d'accroissement dfont nous
avons parlé. Lorsque les segments sont pelo**
tonnés,, la coquille est opaque, d'une con-
texture serrée comme de la porcelaine et
sans indices de porosité extérieure. Lors-
que les segments sont alternes sans spire,
et lorsque l'enroulement spiral est oblique,
la coquille est poreuse, percée , sur les der-
nières loges, d un grana nomhro de petits
trous par où sortent les filaments, mais, qui
s'oblitèrent à mesure que lanimal n'en a
plus besoin. Quand les segments sont sur
une ligne droite^ lorsqu'ils s*enroulent sur
le même plan spiral, ou quand ils sont alter-
nes, la coquille inéquilatérale. Leur con-
texture est presque toujours transparente
comme du verre.
Les coquilles sont généralement libres^
néanmoins, il y a des exceptions dans les-
quelles ces coauilles, fixées sur un ooint dé-
terminé, s'y moulent et en orennent la
forme.
Tous les animaux sont composés d ua
corps de même nature, de filaments idesti-
oues. Ce corps nous offre donc seul, par
I arrangement régulier de ses segments dm
l'accroissement, un bon caractère pour des
coupes primordiales. Nous avons dit aussi
que la coquille revêt extérieurement tous
les s^^ents, en se moulant sur toutes leurs
modifications de formes et d'enroulement,
qu'elle en fait partie intégrante etqu'elleea
reproduit tous les caractères. Cet arrange-
ment des segments^ ou des loges de la co-
quille qui les contiennent, sera, dès lors, la
base de la classification, puisqu^il représente
la réunion intime des caractères zooiogiques
de ranimai et de la coquille. Ce mode de
classement est d'autant plus nécessaire,
qu'il permettra d'étudier et d'y comprendre,
sans connaître les animaux» les espèces qui
couvrent actuellement toutes les cotes mari-
times du monde, et toutes les espèces au
moins aussi nombreuses qui composent une
partie des couches de l'écorce terrestre.
Les foraminifères f malgré leur grande
ténuité, ont joué un rôle immense a cer
taines époques géologiques. En effet, leur
nombre est venu compenser leur taille, et
ils n'en ont pas moins formé quelquefois
des couches entières, telles que les terrains
carbonifères de Beloga, de Sowia,en Russie;
les bords de l'Ohio, aux Etats-Unis ; les cou-
ches nummulitiques des Pyrénées, des Al-
pes et de tout l'Orient, elles calcaires è
milioles de Gentill v, près de Paris, Les fo-
raminifères se sont parfaitement conservés
dans les couches terrestres. Le plus souvent,
ils ont encore leur coquille externe bien
intacte et seulement transformée; rarement
ils sont à l'état de moules intérieurs.
La réi)artition des genres et des espèces de
foraminifères à la surface du globe, depuis
la première anîmalisation jusqu'à nos jours,
démontre que cette division des animaui
rayonnes manque tout à fait dans les trois
premiers étages du monde animé, n'ayant
même montré qu^une seule forme générique
dans les terrains jpaléozoïques, et aucune
dans les terrains triasiques. Ainsi donc, la
progression croissante des formes généri-
ques ne commence qu'avec les terrains juras-
sfques, et se continue jusqu'à nous, non
sans laisser en arrière un bon nombre de
genres aujourd'hui tout à fait inconnus et
ensevelis dans les couches terrestres.
Comparaison desordres entre eux.— Nous
allons d'abord comparer les ordre? entre
eux poiu* nous assurer si tous ont suivi la
même marche dans leur apparition succès*
sive.
Les hilicoslègues manquent dans les trois
paléozoïques offrent 1 genre,
les terrains triasiques, aucun ; les terrains
îurassiques, 2; les terrains crétacés, 19;
les terrains tertiaires, 24; tandis que les
mers actuelles en nourrissent 21b, Ainsi les
S33
FOR
ET DE PALEONTOLOGIE.
FOB
m
hélioostègttes seraient toujours dans une
voie croissante depuis leur première appa-
rition jiisqu*à ivésent.
Les siickostfguti manquent dans les ier-
rains paléozoïques et triasiqnes. Leurs pre-
miers genres sont de Tétage liasien des
terrains jurassiques, qui en contiennent 6;
les terrains crétacés en offrent 5; les ter-
rains tertiaires, 8 ; tandis qu il / en a 11
dans les mers actuelles. Cette série est donc
toujours dans une voie croissante de déve-
lapement de formes.
Les monostêgues manquent dans les ter-
rains paléozoïques et triasioues. Le pre-
mier genre se montre dans Tetage bajocien
des terrains jurassiques, où l'on compte 2
genres. Les terrains crétacés n'en montrent
pas ; les terrains tertiaires en offrent k; les
mers actuelles en nourrissent le même
nombre, ce qui prouve que cette série est
dans une voie croissante de développement
g^érique, depuis les terrains jurassiques.
Le$ énalloêtèques manquent dans les
terrains paléozoïques, triasiques et jurassi-
ques. Les plus anciens genres sont de l'étage
néocomien des terrains crétacés, qui en
contiennent déjà 4. Les terrains tertiaires en
montrent 7, et les mers actuelles 9. Ainsi
les énallostègues sont en oléine voie
croissante de multiplication de formes.
Les agathistèçtàes manquent dans les trois
Îreroiers terrains. Leur premier cenre est
e rétage al bien des terrains crétacés, qui en
renferment'S. Les terrains tertiaires en of-
frent 6, et les mers actuelles 9. Cet ordre est
donc encore en pleine voie croissante de
développement de formes animales.
Les cyclosiêgues manquent également dans
les trois premiers terrains. Leur premier
genre est de l'étage albien des terrains cré-
tacés, où l'on en connaît 3. Les terrains
tertiaires offrent 2 genres, et les mers ac-
tuelles 1 seul. Cette série serait, depuis les
terrains crétacés, en voie décroissante de
développement de formes géné^ériques ,
contrairement aux autres ordres.
Les entomostegues manquent dans les trois
premiers terrains. Leur premier genre est
de l'étage sénonien, le deruiec des étages
créta*;és. Les terrains tertiaires en ont offert
3y et les mers actuelles 5. Cet ordre est donc
bien certainement en voie croissante.
£n résumé, tous les ordres, excepté les
cyclosiêgues, son* en pleine voie de dévelop-
fiement de formes génériques, depuis leur
première apparition jusqu'à Tépoque ac-
tuelle, où ils sont plus nombreux qu'à aucune
époque géologique. Comme il n y a pas de
degré de perfection bien tranché parmi cette
série animale, nous ne croyons devoir rien
conclure , quant à leur degré comparatif
d*ancienneté avec leur perfection zoologi-*
que.
Déductions zoologiques générales. — Les
comparaisons de l'ensemble numérique,
sans avoir égard aux ordres, nous donnent
nécessairement des résultats identiques aux
ordres. En effet, les foraminifùres montrent
1 genre dans les terrains paléozoïques, au-
cun dacs les terrains triasiques , 10 genres
dans les terrains jurassiques , 36 dans les
terrains crétacés, 57 dans les terrains ter-
tiaires , et l'on en compte 67 dans les mers
actuelles. .
Déductions cUmatolôgiques comparées, —
Les Joraminifères nous oSrent encore des
résultats identiques aux autres séries ani-
mides. Nous citerons seulement quelques
exemples pour constater que, jusque dans les
époques les plus rapprochées de nous,, la ré-
partition géologique n^a pas de rapport avec la
répartition actuelle. On ne trouve aujour-
d nui, à l'état vivant, que sous la zone torride
les genres orbiculina , alteolina , valtulina ,
asierigerina , cmphistegina , heteroestegina
et articulinaj tandis qu'ils se montrent fos-
siles à Vienne , à Paris , à Londres , à Bor-
deaux, etc., jusque dans les étages falu-
niens et subapenulns qui nous ont précédés
sur la terre. C'est une preuve de plus que
la terre a gardé sa chaleur centrale , de ma-
nière à neutraliser l'action des zones de la-
titude , jusqu'à rinstant où la faune actuelle
a été créée.
Déductions géographiques comparées. —
Si, pour nous assurer s'il a existé cjes cen-
tres constants de création , nous voulons
chercher quel est le rapportde la distribution
géographique actuelle, comparée a la distri-
Eution géographique des senresdeforamini-
fères dans les étages géologiques, nous ar-
riverons aux mêmes conclusions que pour
les mammifères. (Voy. ce mot.) £n effet , le
genre heterostegina ue s'est encore montré
vivant que dans l'archipel des Amis , les
holivina seulement sur les côtes du Chili et
de la Bolivia; les orbiculina , les ralculina ,
les asierigerina^ les articulina, qu'aux An-
tilles; tandis que tous ces genres,, ineon-
nus aujourd'hui dans la Méditerranée et
sur les côtes d'Europe , sont fossiles dans
les derniers étapes tertiaires de France,
d'Autriche, d'Italie, d'Angleterre , etc. , etc.
On voit qu'il n'y a pas plus de rapports pour
les animaux ûes classes inférieures que
Eour les animaux vertébrés , dans la distri-
ulion géographique ancienne comparée à
la distribution actuelle.
Déductions géologiques tirées des genres.
— Les caractères stratigraphiques négatifs
sont très-marqués pour les foraminifères.
En effet, comme aucun des genres fossiles
ne traverse tous les étages , les 73 genres
connus de foraminifères fossiles sont autant
de caractères négatifs qu'on peut appliquer
à reconnaître les terrains et les étages infé-
rieurs ou supérieurs , où ils ne se sont pas
encore . montrés ; 72 sont applicables aux
terrains paléozoïques , 73 aux terrains tria-
siques, etc.
Les caractères stratigraphiques positifs
sont d'autant plus marqués pour les forami^
nifères, qu'aucun genre n'occupant tous les
étages, les 73 genres connus sont limités
dans ces étages et peuvent servir de carac-
tères positifs pour ceux où ils se trouvent.
Sur ce nombre, 23 genres n'arrivent ra^
135
FOR
DICTfœtNAlRE DE COSMOGONIE
FOB
S36
jusqu'à nous et sont perdus pour l'époque
actuelle.
La persiêtanci des caractères positifs se
trouve, pour les foraminifères , aussi mar-
(juée que pour les autres êtres. On peut en
juger en jetant les yeux sur le tableau pour
les genres cristetlaria^ marginutina^ textu-
laria^ aheolina^ spiroloculina ^ etc.
Les déductions géologiques tirées des es-
pices sont, pour les foraminifères, dans les
mêmes conditions, c'est-à-dire, qu'à l'ex-
ception de très-peu d'espèces qui se trouvent
dans deux élages, toutes les autres sont
spéciales à leur éta^e particulier , et dès
lors seront caractéristiques de ces étages.
FORCE LUMINIQUE, qu'est^ef — Voy.
Debrevne.
FORCES PERTURBATRICES.— Les preu-
ves de Faction d'un Créateur plein de sa-
gesse, de pouvoir et de bienveillance, que
nous trouvons dans le règne animal et dans
le règne végétal, reposent, pour la plupart,
sur lliarmonie et la perfection des arrange-
ments que nous v avons rencontrés, et sur
les mécanismes admirablement calculés pour
leurs tins, dont Texistence s'est révélée à
nous daus l'étude que nous avons faite des
débris organisés du monde ancien.
Un argument d'une autre nature nous se-
rait offert par l'ordre, la symétrie, et la cons-
tance des formes cristallines qu'offrent les
substances minérales inorganisées qui en-^
trent dans la composition de notre globe. Et
si nous venons à considérer les grands phé-
nomènes géologiques qui se manifestent
^lans la disposition des couches et dans leurs
divers accidents, nous verrons une troi-
sième nature de preuves surgir des condi-
tions dans lesquelles la terre se trouve pla-
cée, et qui ont été produites par l'action de
forces perturbatrices que l'on pourrait croire
jusqu'à un certain point avoir agi au ha-
sard et sans loi.
Des phénomènes qui ont eu pour résultat
de soulever, d'enfoncer la surftice du globe,
dh l'iucliner et de la tordre dans tous les
sens, de la briser et de la disloquer, pour*
raient sembler au premier coup d'œil n'of-
frir que désordre et confusion. Mieux étu-
diés, ils nous démontrent l'existence d'un
(550) c Malgré le désordre et le cbaos apparent
qui se montrent dans la construction de la croûte
{.«^rrestre lorsque nous en contemplons la pby-
a^tjSiGmie extérieure, les géologues ont souvent
réussi k découvrir dans la place qu'occupent les mas-
ses stratifiées et dans leur arrangement une tendance
vers les lois géométriques. Dès lois semblables se
reconnaissent aisément dans les phénomènes des
lignes anticUnaUsj. des failles, des fissures, des filons
métallifères, etc.» (HopxiN, Researches in phy%ical
aeology, — Transactions de la société philosophique
de Cambridge, t. VI, ii* partie, 1855.)
c II est à peu près hors de doute, » dit Fauteur d*un
excellent article du Quarterlg-Review (septembre
183G, p. 5S7), < que les arrangements les plus par-
faits et les mieux ordonnés reconnaissent leur cause
daus des tremblements de terre dont les actions se
#ont produites avec des degrés divers de violence et
à des intervalles de temps divers, pendant une lou-
du^ série de siècles. Gei ordre qui règne à la surface
ordre, d'une méthode et d'an idan, josque
dans les actions de ces forées physiques Jei
plus turbulentes et les plus unissantes parmi
celles qui ont modifié 1 état de la planète que
nous habitons (350j.
Nous avons considéré dans un autre arti-
cle (Fby. Couches ciBBOiinriaBs) les avanta-
ges qui résultent pour nous de la disposition
des couches carbonifères sous forme de bas-
sins. Il nous reste à examiner d'autres avan-
tages qui résultent encore d'antres disloca-
tions de ces couches, par suite de failles ou
de fractures^ dislocations d'une haute impor-
tance par les facilités qu'elles procurent
pour l'exploitation des mines de houille; et
nous étendrons notre étude jusqu'aux effets
plus généraux qu'ont produits desdislocations
semblables dans d'autres couches où elles
ont établi des sortes de réservoirs destina
à recevoir des minerais métalliques d'une
grande valeur, et à régulariser reeoulement
des eaux de l'intérieur de la terre par l'in-
termédiaire des sources.
L'existence des failles^ et la position tar/f-
néCf que présentent d'ordinaire les couches
dans les terrains houillers , sont des faiis
de la plus haute importance, par le voisi-
nage plus ou moins étroit ou elles pia*
cent, par rapport à l'homme, les substapees
minérales qui y sont contenues. Par suite
de leur position inclinée y les couches le
houille qui n'ont que peu d'épaisseur soi:t
exploitées avec plus de facilité que m
elles offraient une direction horizoolale;
mais comme cette inclinaison des coucht^s
tend sans cesse à en faire descendre les ei-
trémités les plus basses jusqu'à des profon-
deurs inaccessibles, on voit s'v interposer
une série de failles dont le résultat est de
disposer les portions qui constituent une
même formation en une série corres[)OD-
dante de tables ou d'étages successifs, situés
les uns à la suite des autres, et s'élevant
continuellement de bas en haut, et depuis
les points de dépression les plus profuoils
jusqu'à la surface. Souvent un effet tout
semblable est produit oar des onduiationt
ou des sortes de torsions oui» outre les avan-
tages de la position inclinée qu'elles don-
nent aux couches, ont celui de les tenir à
du globe, nous en sommes donc redevables i des
forces qui n*ont été généralement regardées «toe
comme des agents de ruine et de deslnieiioD, vais
que de puissantes considéralions no«s montrent
aujourd^nui comme n*ayanl été par rapport au globe
dans son état primitif, comme elles le sont pea'-éire
encore dans 1 état actuel, que les intrumenis d'an
renouvellement incessant. 1! est prouvé parles effels
de ces forces souterraines qu'elles sont soumises à des
lois générales, et que ces lois reconnaissent leur prin-
cipe dans une sagesse el dans une prévoyance in-
finies.
c Les causes d'un désordre apparent dans les^rstéme
du monde, si nous venons à eoibrasser dans un seul
coujfd'œil leurs opérations pendant une longue série
de siècles, nous apparaissent comme ayant eu pour
résultat définitif une grande somme totale de bien. e(
comme a^ant été subordonnées à des lots générales
déterminées, utiles, nécessaires peut-être, pour (^
le globe parvint à un état habitable.» {Ibid,^ p. 5^)
ssu
^OR
ET DS PALEC^iTOLOGIE.
FOR
pea de distance de a suiface. La disposition
en bassins, qu*oflirent si sonvent les gise-
ments hoatJIers, tend à produire les mêmes
conséçiuences bienfaisantes
Mais un autre bienfait résulte encore de
Texistence de ces failles ou fractures (351),
sans lesquelles les trésors qne contiennent
plusieurs profondes et riches mines fussent
demeurées inaccessibles à Thomme. Si les
schistes et le grès, qur alternent avec la
houille eussent été disposés en des couches
continues et sans fractures, les eaux se fus-
sent rassemblées à la surface supérieure,
dans les excavations des couches poreuses
du grès, en des masses qui eussent défié
toutes les forces mécaniques que Thomme
eût pu employer avec fruit pour effectuer
Tépuisement des mines, tandis qu'il a suffi
de ce système simple de failles pour que
Teau n*y puisse être admise qu'en quantité
salwrdonnée à la puissance nnmaine. Par
suite de cette disposition, les couches qui
constituent un bassin houiller, se trouvent
panacées en masses ou nappes distinctes, ir-
régolières dans leurs formes et dans leurs
dimensions, dont aucune ne se continue sui-
vant un même plan dans tout un district de
quelcpie étendue, et dont chacune est d'ordi-
naire séparée de celle qui en est la plus voi-
sine par une digue d'argile imperméable
!|ui remplit les fissures produites par la
raclure de l'enveloppe terrestre dont les
failles ont été la conséquence.
Supposons qu'une nappe épaisse de glace
soit brisée en fragments à contours irrégu-
liers, et que ces fragments viennent à se
réunir de nouveau après s'être inclinés ir-
régulièrement d'une laible quantité par rap-
port au plan de la masse primitive, ces
fragments de glace ainsi réunis nous offri-
ront la même apparence extérieure qu'of-
frent les parties constituantes des masses
brisées ou des nappes dont se composent,
comme nous l'avons dit, les terrains bouil-
lers. La glace, oui se forme postérieurement
(351) Les tailles, dit M. Conybeare, consistent
dans des fissores qui traversent les couches, en s*êten-
dant soofeul à plusieurs milles de distance, en des-
eendant à ane profondeur que Ton n*a pu reconnaître
que dans un tres^petit nombre de cas. Elk^ coîn-
cid^tit avec un abaissement des couches de Tnn de
leurs côtés, on, ce qui revient au même, avec un
eihaassement des couches de l'autre côté, de sotte
qu'on est conduit à penser que la môme force qui
a déchiré ces roches a été c^use que Tun des bords
de rooverturc ainsi produite dans la masse fracturée
&*esFl sooleYé, ou que le bord opposé s*est abaissé.
Ordinairement les fissures sont remplies d*argile.
{Ceoloaif of England and Waiet.)
(55*21 Si une mine de bouille où Teau abonde, dit
M. ikiddle, n'était pas coupée pardcsdikes,rexploî-
talion en serait rendue impraiic^ble. la masse tout
enliére des eaux qui y pourrait être contenue cou-
lani sans ictemiptiou dans toutes les cavités qui
pi-tiTeot s'y trouver. Les failles remplissent Toflice
d«-t caissons que Ton emploie pour la construction
des ponts, et partagent la houillère en des districts
déparés les uns des autres. (Lettre de M, John Buddie,
mgémUur distingué et inspecteur des mines, à New-
caîstle, écrite au révérend dodear Buckland le 30
aofcaibfe 1851).
et qui soude entre elles les diflérentes nap-
pes, représente Taille et les débris qui
remplissent les failles et isolent, comme par
des sortes de cloisons on de murs, ces por-
tions adjacentes d^une même couche qui
furent primitivement formées dans un seul
plan continu , de la même manière que les
nappes de glace auxquelles nous les avons
comparées. C'est ainsi que chaque nappe ou
table inclinée des terrains houillers est en-
fermée dans un système de murs plus ou
moins verticaux, formés par une argile
broyée provenue, à Tépoque même où eurent
lieu les fractures et les dislocations, des lits
de schistes ar^leux de la même formation.
Telle est l'origine de ces ioinlures et de ces
séparations qui, bien quelles surviennent
souvent à contre-temps au milieu du travail
des mines et qu'elles en viennent arrêter
brusquement les progrès, bien qu'elles jet-
tent souvent le désordre dans les portions
des couches qui se trouvent en contact im-
médiat avec elles , n'en sont pas moins con-
sidérées dans l'ensemble de leurs résultats,
comme la sauvegarde des exploitations et les
digues k Tabri desquelles peuvent s'en
exécuter tous les travaux (35S).
Ces mêmes failles, outre l'obstacle qu'elles
opposent à l'envahissement, par d'énormes
quantités d'eau de points où les inondations
seraient des causes de grands dommages,
nous rendent encore d'autres services de la
plus grande importance, en s'emparantde
ces mêmes eaux dans un but utile et les
amenant à la surface où elles se déversent
en une série de sources tout le long de la
ligne suivie par la faille elle-même, révé-
lant même souvent ainsi l'existence de la
fracture située au-dessous. Ce rôle impor-
tant que jouent les failles dans l*hydraulique
de notre globe , elles en sont en possession
dans les terrains stratifiés de toutes les for-
mations, et il est également probable que la
plupart des sources qui sortent des terrains
non stratifiés sont maintenues en actirité
En creusant les galeries d^nne mine de bouine,
les mineurs évitent avec soin de s^approcher troji
d'une faille, car ils savent que s'ils venaient à de-
Iroire cette barrière naturelle , une irruption des
eaux qai sont amassées de Tautre côté, et Tinonda-
tîon de leurs travaux, en seraient une conséquence
fréooente.
Vers Tan 1825, on creusa à Gosfortfa, aux envi-
rons de Newcastle, un puits de quatre-vingt-dix
brasses du cété mouillé d'un dike, et ce putls m
trouva tellement inondé que force fut de Tabandon-
ner. Un autre puits fut entrepris du côté sec d .
même dike, à quelques mètres scolement dn pre-
mier, et Ton y put descendre jusqu'il une profon-
deur de deux cents brasses sans avoir éprouvé au-
cun obstacle de la part des eaux.
On construit parfois dans les mines de bouilles des
di^es artîGcielles destinées à remplacer les bar-
rières naturelles des dikes et des failles. M. Uultoa
en a construit dernièrement une de cette nature près,
de Manchester, dans le but d'arrêter Teau qui des-
cendait de la partie supérieure des couches poreuses,
dans la portion basse desquelles il exécutait eci.
excavations, et dont la continuité s'est trouvée ainsi
interrompue.
FOR
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE.
FOS
W
par Taction des failles qui les traTersent.
De semblables solutions de continuité dans
les masses que forment les terrains primi-
tifs, et dans ceux qui occupent Tinterralle
compris entre ces terrains et la formation
houillère , se montrent sur une grande éten-
due dans les exploitations des filons métal-
liques. Il 4rriTe fréquemment qu'un filon
est coupé brusquement par une faille ou par
une fracture perpendiculaire à sa direction,
et que les deux parties jprimitivement conti-
nues se trourent séparées par un interralle
considérable. La fracture est ordinairement
remplie par un mur d'argile qui tire proba-
blement son origine du broiement des por-
tions de roches qui ont été ainsi yiolemment
séparées. Il existe des failles semblables
dans les mines du Cornouailles où on les
désigne sous le nom de flucan^ et elles y
rendent souvent les mêmes services que
celles qui traversent les mines de charbon ,
en préservant les mineurs contre l'inonda*
tion , par une série de di^es naturelles qui
traversent les terrains suivant toutes les di-
rections, et interrompent toute communica^
tion entre la masse au sein de laquelle les
travaux on^ lieu et les masses situées de
l'autre côté du flucan ou de la dieue (353).
Nous devons ajouter encore (^ue les failles,
dans une mine de houille, en interrompant
la continuité des couches, de telle sorte que
les bords des nappes brisées se trouvent ap*
pliqués contre des couches d'un schiste ou
d'un grès non susceptible de s'enflammer,
mettent à l'abri des ravages d*un incendie
tout ce qui se trouve en dehors de la nappe
même où l'incendie aurait commencé. Sans
cette précaution , des gisements de houille ,
tout entiers, pourraient être consumés et
complètement détruits.
Après avoir contemplé cet ordre de cho-
ses si admirablement disposé pour procurer
aux habitants de notre globe les matériaux
propres à satisfaire leurs premiers besoins
et à alimenter leur industrie, il nous est
impossible d'attribuer tout l'honneur de ce
merveilleux arrangement à l'action aveugle
des causes fortuites. Il est dangereux sans
doute d'invoquer trop tôt les causes finales ;
mais, comme d'un autre côté dans plusieurs
branches des sciences physiques, et plus
Sarticulièrement dans celles qui s'occupent
e la matière organisée, nous connaissons
mieux la fin de plusieurs arrangements que
nous ne connaissons les arrangements eux-
mêmes, il serait assurément tout aussi peu
philosophique de se refuser à admettre les
causes finales quand l'ensemble général
d'un phénomène et les témoignages qu'il
fournit nous y conduisent sans euort, que
de les iuvoouer gratuitement alors que nous
(555) c J*ai surtout pour objet de voir si Tarran-
gement des liions et les autres phénomènes analo-
Sues ne nous fournissent pas des preuves qu'ils ont
té dirigés par un plan, et s*ils ne sont pas dans des
connexions probables avec les autres phénomènes de
notre globe.
c Les filons métallifères, et les vcinos de quarz,
etc., semblent être des canaux destinés à la circula-
n'y serions conduits par aucune considéra-
tion de c^tte nature. Nous pouvons donc à
coup sûr nous croire autorisa à voir, dans
les arrangements géologiques décrits plus
haut, un système de sagesse et des disposi-
tions pleines d'une bonté providentielle,
ayant pour but de fournir aux besoins et
au bien-être des créatures mii devaieui
peupler ce globe, où leur influence, qui
s'est manifestée des le premier instant de sa
création, n'a pas cessé un seul instant pen-
dant toute la durée des révolutions et des
convulsions qui en ont successivement mo-
difié la surface.
FORCES DAifs LA MATiÈBB, huT onfîfie,
leurnaiure. — Voy. Laplacb.
FORMATION bb la tebbb, dbs puiii-
TES, DU SOLEIL, otc. Voy. Cos mots
FORTIS. Foy. Géologib.
FOSSILES. — Les anciens comprenaient
sous ce mot toutes les substances minérales
utiles extraites de la terre par des fouilles
directes. Plus tard, dans les divisions établies
par Linné, le nom de pétri ficaia vint, comme
division des fossilia^ s'appliquer aux corps
organisés fossiles. Aujourd'hui la significa-
tion du mot fossile est très-variable, suivant
les auteurs : ainsi tel géologue, prenant en
considération les seuls caractères dérivés de
ta nature organique du corps enfoui et de
son degré de transformation minérale plus
ou moins avancée, ne place au rang des fos-
siles que ceux de ces corps chez lesquels le
ehangement est complet; tels autres, plus
réservés, se sont contentés , pour condition
essentielle de fossilisation, de la transfor-
mation partielle de la structure organique,
d'une décomposition ou d'un remplissage
imparfait du corps enfoui. Ub grand nombre,
sans précisément tenir compte des caractères
empruntés aux divers changements organi-
ques ou chimiques, font figurer en première
ligne l'Age présumé du corps organisé enfoui
au sein des couches. Ils n'oni vu de vérita-
bles fossiles que dans des dépôts relative-
ment très^anciens ; plusieurs même sont
allés jusqu'à rechercher exclusivement par
delà le déluge des ves|iges véritablement
fossiles, en rejetant comme tels tous ceux
des corps organisés qu'ils rencontraient dans
les dépôts modernes- de l'époque actuelle.
Pour ces derniers paléontologistes, la nature
des couches, leur structure et leur compo-
sition minéralogique étant généralement en
rapport avec leur âge présumé, les débris
organisés qu'ils ont découverts dans les dé-
f)ôts«meubles, les roches élastiques, les grès«
es argiles, enfin les terres plus ou moin»
superficielles et qui caractérisent souvent la
désagrégation ou la désunion des parties
composantes, ne leur ont pas paru méritée
lion des eaux et des vapeurs souterraines; et les non-
brenses veines d*argiles, on flucan confies, comnie
on les nomme dans le Cornouailles, qui les coiiD^nl
et y sont quelquefois contenues, permettent ainsi le
travail des exploitations à des profondeurs où sans
re secours touUravail de Thomme aurait été impr^
tic.ibl€> I (R. W. Fox, On the mines of ComvalL —
Phit. rran»., 1850, page ÎOi).
511
FOS
ET M PALÉQEITOLOGlfi
ros
le nom de fossiles. Enfin la plupart des dé-
finitions dn mot fossile» proposées josqu*k
ee jour, s'appliquent excloslTement aux por-
. lions intégrales des corps organisés qu*on
renoonire dans les couches ; sans qu*on ait
pris garde qu'il est des fossiles qui ne pré-
sentent plus de portions organiques en na-
ture dans le soi, mais seulement une image
de leur forme. Nous voulons parler des em-
preintes de pas d'animaux et des traces de
«lion laissées sur la rase par les organes
de moQTement des animaux nageurs. Ces
sortes de représentations ne sont, fx>ur ainsi
dire, que des souvenirs,, des vestiges phy«-
siologiques des mœurs et des habitudes des
animaux perdus, qui, conservés dans les
couches, attestent tout aussi bien que les
débris organiques l'existence d'animaux ja-
dis virants et qui nous semblent, à tous
é^rds, mériter Je nom de fossiles.
En résumé, les principes sur lesquels on a
cro pouvoir fonder lesdiverses dérmitions da
ruot fouilty proposées jusqu'à ce jour, sont :
leur état organique ou cbiniique, leur âge, la
nature des couches qui les contiennent, enfin
la nature même de la représentation orga-
nique. Ces principes, vrais lorsqu'ils sont
pris dans leur ensemble, lorsqu'on les con-
sidère dans leurs rapports respectifs, sont
au contraire insuRisants ou incomplets quand
on les prend chacun en particulier, et peu-
vent roérae induire en erreur relativement
i la véritable origine des corps organisés
qu'on rencontre dans les couches.
Plus large dans notre manière de voir,
nous donnerons le nom de fossile à tout
corpa <m vestige de corps organisé enfoui na*
iurtltemeni dans tes couches terrestres et se
trouvant mujourfhui en dehors des conditions
nonnaUs et actuelles d^existence. Un fossile
n'est pas seulement pour nous le corps or-
^nisé, avec son relief, ses contours, sa
forme extérieure; il suffit qu'il nous ait
laissé, dans des couches, des traces quelcon-
3oes, non équivoques, de son existence,
^oe la structure organique en ait été dé-
truite, la composition altérée, transformée
partiellement, changée d'une manière plus
complète; que les éléments premiers en
aient dispara totalement, ou aient été con-
servés; que la cavité en ait été remplie, la
snfistance propre pénétrée de substances
étrangères; qu'il çise dans une couche for-
mée d'hier, ou bien dans une couche plus
ancienne; que cette couche soit compacte,
grenue, terreuse, cristalline, dure, friable
ou élastique, peu nous importe... Tous les
corps organisés que nous rencontrons au
sein des couches terrestres^ dans des condi-
tions qui ne sont plus les conditions nor-
males a'exislence, sont k nos yeux de véri-
tables fossiles. Par exemple, les huîtres
(osiroa edulis) et les autres coquilles qui se
trouvent dans les buttes de Saint-Michel en
merm (Vendée), bien qu'elles aient con-
servé leurs couleurs et tous leurs caractères
organiques, sont fossiles pour nous, panje
qu^elles existent à vingt mètres au-dessus
du niveau où elles pourraient vivre dans la
mer voisine, et à douze kilomètres de dis*
tance des rivages actuels ; elles sont fossUcs,
parce qu'il a fallu un mouvement géologique
pour les sortir de leur lieu normal d exis-
tence, et peur les placer où elles sont au-
jourd'hui.
Les fossiles, suivant la série à laquelle ils
appartiennent, sont divisés en fossiles végé-
taux et en fossiles animaux. Les animaux
fossiles reçoivent, suivant la classe, l'ordre
auquel ils appartiennent, les mêmes déno-
minations que les animaux vivants, et ren-
trent dès lors dans la nomenclature zoolo-
gique ordinaire. Les animaux vertébrés fos*
siles, tels que les mammifères, les oiseaux,
les reptiles, les poissons, viennent se classer
dans des familles naturelles, de même que
les animaux annelés, mollusques et rajon-
nés (les crabes, les insectes, les coquilles,
les polypiers, etc.). Presque toutes les classes
d*animaux vivants ont leurs représentants à
rétat fossile ; il en est de même des plantes.
Les fossiles, suivant leur analogie avec les
espèces qui vivent actuellement dans les mers
ou qui se retrouvent dans des couches dis-
tinctes, sont divisés en fossiles identiques^
en fossiles analogues et en fossiles perdus ou
défruits,
Ijes fbMsiles identiques sont, en tout, sem*
blal)les aux espèces actuellement vivantes,
bien qu'ils ne se trouvent plus dans les con-
ditions normales d'existence actuelle. Les
huttres (ostrea edulis) , le littorina littorea^
fossiles aes buttes de Saint-Michel en l'Herm,
sont identiques aux huîtres comestibles, à la
littorine de nos cêtes. La tonne (dalium per*
dix)^ fossile dans le calcaire blanc de l'Ile de
Cuba, est identique à la même espèce vi-
vante sur les cêtes des Antilles, etc.
On a, outre mesure, augmenté le nombre
des espèces identiques sur des détermina-
tions faites à la légère. On a trouvé, par
exemple , un grand nombre d'espèces
identiques entre les coquilles du calcaire
grossier du bassin de Paris et la faune des
mers actuelles, tandis que, jusqu'à présent,
tous les prétendus identiques que nous
avons pu étudier diffèrent spécifiquement de
la manière la plus frappante, lorsqu'on veut
les comparer avec une critique sévère. Le
nombre des espèces identiques entre les
espèces vivantes et les espèces fossiles est
bien plus restreint qu'on ne l'avait pensé.
Elles ne se trouvent guère que dans les
étages géologiques les plus rapprochés de
nous, dans les couches qui dépendent de
l'époque actuelle et qui forment notre étage
contemporain f comme les buttes è huttres
de Saint-Michel en l'Berm.
Lorsqu'entre deux étages géologiques dis
tincts et en -contact on rencontre la même
espèce, on peut dire aussi qu'elle est iden-
tique. Vammonites discus de Fétage bajocien
de Bayeux (Oalvados) est l'identique de l'a..
âtscus^ qu'on rencontre à Ranville (Cal.va-'
dos), dans l'étage bat^onien. On 'trouve des
identiques entre les espèces de Vétage yari-
sien inférieur et supérieur, près de Chau-
mont (Oise) et è Anvers : on en voit encore
Bi3
VOS
DlCTlOMUlilE DE COSMOGOMB
FOS
&U
entre quelques autres étages ; mais les iden*
tiques de ce genre sont des exceptions et
tiennent, le plus souvent, à des remanie-
ments postérieurs à leur prenvier dépdt.
On dit également fossiles identiques^ quand
on compare des couches géologiques du
même âge, mais géograpbiquement très-
éloignées les unes des autres. L*étage dévo-
nien de TAmérique du nord renferme des
espèces identiques au même étage en Europe
[spirigerina relicular€s) ; Télage néocomien
de Colombie renferme des espèces identi-
ques avec l'étage néocomien de France et de
Suisse [cardium peregrinum). Les couches
sénoniennes de Pondichéry renferment des
espèces idenliaues avec celles de Fiance,
avec celles de l*Amériaue du nord {Vostrea
larva^ Lamarck). Les étages des Etats-Unis
montrent le belemmtella mucronaia^ iden-
tique à celui des mêmes couches en France.
L'étage parisien montre des identiques de
cette sorte avec Tétage correspondant do la
Caroline du sud, aux Etats-Unis (le cardita
planicosta, Lamarck).
Les fossiles analogues ^ tels que nous les
considérons, ne peuvent être pris qu'en gé-
néral. Us ne peuvent servir a désigner r-es
semi-espèces de certains auteurs, lesquelles
n'existent réellement pas dans la nature,
mais bien l'analogie qu'on remarque dans
les formes de deux faunes locales de mémo
flge, éloignées l'une deTautre. Nous nous
servons de ce mot dans deux acceptions
différentes. 1* On dit que telle série de fos-
siles est analogue h telle autre, quand elle
se trouve dans les mêmes conditions çéolo-
fj^iques, bien qu'elle ne renferme pas d iden-
tiques communs : ainsi les coquilles fossiles
de l'état falunien du Chili sont analogues
aux coquilles fossiles de nos faluns de France,
parce qu'elles se composent les unes et les
autres d'une série de genres différente de la
série qui vit actuellement sur les côtes voi-
sines. 2* On peut dire encore que telle série
de fossiles est analogue h telle autre, lorsque
le faciès^ l'ensemble des formes, des genres
et des espèces se ressemblent, n'y eût-il
d'ailleurs aucune espèce identique. L'étage
carboniférien des Andes boliviennes ressem-
ble, sous ce rapport, au même étage en Bel-
gique et en Angleterre; les fossiles' jurassi-
Sues de l'Himalaya ont le même ensemble
e formes que ceux de l'étage callovien de
France et d'Angleterre.
Les fossiles perdus ou détruits sont ceux
qui n'ont plus de représentants dans les
mers actuelles, et qui ont tout à fait disparu
de la surface du globe. On peut dire que
toutes les couches terrestres, depuis les
t)tus anciennes jusqu'aux époques tertiaires
es plus rapprochées de nous, ne contiennent
que des fossiles perdus.
Les fossiles perdus peuvent quelquefois
constituer des familles natui»lles bien cir-
conscrites, dont aucun des genres n'a sur-
vécu , comme la famille des mégathéridées ,
dans l'ordre des édentés, celle des ptérodac-
t^lidées ou sauriens volants parmi les rep-
tiles, les lipidoldes parmi les poissons | les
ammonites ammonidées parmi les mollos-
3ues, les crino'ides cystim parmi les échino-
ermes, etc.
D'autres fois ces formes constuaent seu-
lement des genres perdus dans des bmilles
dont quelques genres sont encore viTAots,
tels que le mastodonte parmi les prohasd-
diens, les mosasaurus^ les iguanodt-n, les
ickthyosaurus^ les ptesiosaurus {laruii les
reptiles, les genres ;ia//roni<rus parmi les
|X)issons, les irinucleus panni les crustacés,
icsliiuites parmi les tnoliusqneSi les apio-
crinus^ les dysasier^ les mneo/iiia parisi les
animaux rayonnes.
Lorsque les fossiles perdus ne forment
PhI^ de ramilles, des genres distincts des fa-
milles, et des genres actuellement vivants à
la surface du glol>e, ils olTrent seulement dei
espèces fterdues appartenant à des genres
de la faune actuelle L'ursus cultrident est
une es|>èco lerduo «lu genre urtut;k
mammouth une espèce perdue- du genre
éléphant, H en est du même des carcharias,
/rniiif, ûrif/ns, etc « du genre acluei cardm-
ruts (rc(pi:n) parmi tes poissons; dn nau/i-
lus koninckiu du i'hehj hemisphœrua, |«riui
les mollusques, des adaris biumtnbQ(kiu
du pentacrmus ùrtareus parmi les échinu-
deniies, tiu meandnna retis» lo no, de l'aiirM
6arri/briiifj (Mtcti.) parmi les zooptjytcs.
Los fossiles ne sont pas perdus^ sculemenl
par rapport h la nature actuelle; les fa-
milles, les genres et, dans tous les cas, (es
espèces 0 sont eniure |»rcsque tous ô'un
étage g6*il«)gi<|uu è l'autre. Les ammoium
qui ont ces^é tresibter arec les dernières
couches de terrain» crétacés, soct peMues
relativement, pour les terrains ternaires (;ui
les ont suivis; les orlhoceraïuet sont i^cr*
dues pour les terrains jurassiques, pc'Mitic
les derniers représentants do ce |;enrc rcv
tent dans les étages inférieurs. En général
les espèces d*uii étage géologii|uc uc | as^an{
pas 21 Vétago suivant, il en résulte t|uc rh^-
que épofjiie géologique contient une faune
particulière, caractéristique, et que,preH|ue
toujours, la faune enfouie dans un tcriaio.
dans un étage, est entièrement («cnluc |<ar
rapport au terrain, a roiago (pu lui suc-
cède.
Comparativement h ce qui exî>le lïujour-
d'Iiui, on se sert du moi faune fostile,]^^^
désigner rensemhledo la zoologie, tous les
animaux ciui ont peuplé une époi|uc géolo-
gique quelcon(]ue ou une superlicie définie.
Comme on peutpa/lT de la faune aclutlk
pour désigner tous les animaux qui cou-
vrent la terre aujourd'hui, on peut dire éb^
lenient, la faune fossile de Céiage carbonift'
rien^ la faune fossile de l'étage oxfordien, w
faune fossile lertiairede Paris, pour tous les
êtres qui vivaient à ces diverses époques
géologiques. Alors la faune désigne \^s^^^'
maux fossiles d'un âge géologique^ et ce sont
des faunes chronologiques^ des faunes succes-
sives, qui se sont remplacées dans l'ordreûe
superposition des étages terrestres.
En d*autres cas, on se sert du mot laune
515
FOS
ET DE PALEONTOLOGIE.
FOS
516
pour désigner une circonscription géogra-
Shiqoe quelconque. Comme on dit aujour-
liui la faune d'Afrique, la faune d'Améri-
oue, pour désigner tous les animaux d'A-
irique ou tous les animaux d'Amérique, on
|ieut aussi dire, en parlant des animaux fos-
siles dans le même sens, que là faune fooile
du bassin de la Touraine ou de l'étage falu-
nien de la Touraine est nombreuse ; que la
faune fouite du bassin tertiaire des environs
de Paris est la plus riche en espèces, etc., etc.
Relativement à Vhabitai^ ou milieu dans
lequel les animaux fossiles paraissent avoir
vécu, en les comparant k ce que nous ob-
servons auiourd'liui, ils sont terrestres^ flu-
tiatiUê el lacustres^ palustres ou marins.
Les fossiles sont terrestres iorsiju'ils ha-
bitaient exclusivement les terrains sortis
des eaux, les eontinents. Les mastodontes^
les paleoiherium^ les mylodon^ les limaçons
(AWix), les r/tfcoj/oma sont des animaux ter-
restres dont Tes organes respiratoires pren-
nent Tair en nature, et qui ne peuveut vivre
dans d'autres conditions.
Les fossiles sont fluviatiles^ lacustres ou
palustres^ lorsque, d'après leurs caractères,
on diaprés la composition de leur faune, on
reconnaît par comparaison qu'ils ont vécu
dans les eaux douces d'une rivière, dans un
lac, ou dans un marais. Certains poissons ,
parmi les animaux vertébrés, les planorbis,
.es symnea^ lesphysa^ les anodonta, les unio
}>anni les mollusques, sont des animaux
fossiles fluviatiles^ lacustres ou palustres^
qui vivent effectivement en séparant, des
eaux douces, au moyen de branchies, Fair
propre à leur existence. On a quelquefois
abusé de ces caractères en géologie, mais
une saine critique peut ramener les choses
à leur limite réelle.
Les animaux fossiles sont marins ^ lors-
S s'ils ont dû habiter exclusivement la mer.
n doit, suivant leur manière de vivre, les
subdiwiseT encore en fossiles côtiers^ ou du
littoral, comme les ichtkyosaurus^ lesp/ma-
saurus, qui vivaient probablement sur les
rivages, les frftrirmum, les itivr^x, les ceri-
thium^ les ryprœa^ tes renia, les huîtres
''o'^trea), quelques oursins, qui ne pour-
raient vivre sur les côtes qu'è telle ou telle
profondeur. On a souvent donné le nom de
fossiles pétagiens aux animaux que, par ana-
lo.^e, on croit avoir habité les hautes mers,
comme beaucoup de cétacés, les céphalo-
poJes (nautilus ammonites)^ les conutaria et
les hyalea^ parmi lee animaux naollnsques,
qai paraissent avoir vécu, ainsi que leurs
analogues d'aujourd'hui, au sein des océans
et ne s'approcher des côtes que lorsqu'ils y
sont portés, de leur vivant, par des causes
fortuites, ou après leur mort par la nature
légère de leur coquille, comme on le voit
de la spirula fragilis^ du nautilus pompi-
iiiâs 0tc.
Les différences qu'établissent entre les
animaux fossiles I habitat et les ui verses
conditions du milieu d'existence, de climat
ou de disUribution géographique, sont d une
haute importance en Paléontologie, cl peut-
être, jusqu'à présent, ne leur a-t-on pas ao-
cordé toute la valeur qu'elles méritent.
Quant à rage des fossiles^ dans les cou-
ches terrestres, chacun les a divisés à sa ma-
nière, en les appelant anciens ou modernes;
mais il faut oublier, aujourd'hui, ces déno-
minations purement relatives. li en est ainsi
des noms qui avaient rapport aux anciennes
divisions employées dans les divers systè-
mes géologiques, tels que fossiles primaires,
secondaires^ tertiaires et quaternaires^ main-
tenant beaucoup trop vagues pour être ri-
goureusement appliqués à lâge réel des
couches terrestres. Sous ce rapport, les
noms des séries chronolo^ques, qui déri-
vent de l'âge relatif géoloçque des fossiles,
suivront les noms de divisions fournies par
l'étude des faunes.
On a souvent appelé subfossiles des co-
quilles qu'on rencontre quelquefois en grand
nombre sur certaines côtes, et qui sont abso-
lument identiques à des coquilles vivant
encore aujourd'hui dan$ les mers voisines.
On en trouve sur toutes les côtes du mondCf
sur le littoral de l'Amériaue -méridionale,
des Antilles, de France, de ^orwége« etc., etc.
Ces coquilles appartiennent, pour lious, à
l'étage contemporain, parce qu'elles dépen-
dent de la faune contemporaine de l'homme*
Suitant le degré de transformation miné^
rale^ les fossiles peuvent être organiques p
semi-organiques ou inorganiques^ c'est-à^ire
ne conserver de leur état primitif que les
formes extérieures qui seules attestent en-
core leur existence. En effet, tantôt le fos-
sile est conservé en nature^ n'ayant subi que
de légères modiCcations, soit uans s^s carac-
tères physiques extérieurs, soit dans sa
composition chimique. Beaucoup d'osse-
ments sont dans ce cas, ceux surtout qu'on
extrait des cavernes à ossements et des brè-
ches osseuses les plus modernes. Les insec-
tes qu'on rencontre quelquefois si bien con-
servés dans les résines fossiles n'ont proba-
blement aussi subi aucune espèce de chan-
gement organique ou chimique. La substance
combustible qui leur sert de gangue est res-
tée k l'état d'enveloppe extérieure; et la na-
ture même de cette substance , semi-fluide
et glutineuse au moment où elle enveloppait
les corps organisés, ne permet guère de sup-
poser qu'elle ait pénétré plus intimement
dans ces corps. Nous citerons également, au
nombre des fossiles conservés en rature^ les
mollusques qu'on rencontre en certains dé-
pôts travertins très-modernes, calcaires ou
siliceux, où les coquilles se montrent conser-
vées avec leur nacre, avec leurs couleurs.
Grand nombre de fossiles des dépôts contem-
porains paraissent encore avoir gardé la plus
grande partie de leur matière animale.
Néanmoins, la conservation des couleurs
chez les coquilles n'est pas toujours en rap-
port avec leiu degré de transformation, avec
leur âge géologique; car nous connaissonSy
dans 1 étage dévonien de PaSralh (Prussejft
des coquilles avec leurs couleurs {turbo suh^
eostatus). Nous en possédons de l'étage siné-
murien de Pouilly (Côte-d'Or), de TéUge
5i7
FOS
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
ros
54S
btyocien ae Bayeui (Calvados), de Tétage
. néocomien des Basses-Alpes {pecten alpinusL
' de l'étage turonien inférieur des bords de la
Loire [lostrea columba), et de tous les étages
tertiaires. Le brillant de la nacre» chez les
coquilles qui en étaient pourvues, se con-
serve aussi parfaitement dans les couches
terrestres d*âges géologiques très-diÉFérents.
Elle a tout son éclat sur les fossiles des éta-
ges oxfordiens de Russie; elle le montre
encore sur les coquilles de l'étage albien ou
du gaull de Folkstone (Angleterre), de Wis-
sant (Pas-de-Calais), de Machéroménil (Ar-
dennes), etc., sur quelques coquilles de
Tétage cénomanien de la montagne Sainte-
Catherine, à Rouen (Seine-Jnférieure), de
l'étage sénonîen des Montagnes-Rocheuses
fbtats-Unis), et sur les coquilles de presque
tous les dépôts tertiaires.
D'autres fois, on dit que le fossile est
altéré. C'est le cas du plus grand nombre
des ossements de vertébrés qu'on rencontre
dans les cavernes et dans les brèches osseu-
ses; c'est le cas aussi de la plupart des
coquilles tertiaires, celles, par exemple, que
fournissent en si grande abondance les bas-
sins subapennin, parisien et de la Gi-
ronde, etc. Dans ces sortes de fossiles, la
matière animale a disparu en partie ou en
totalité; les principes solubles en ont été
éliminés et entraînés par les eaux inGltran-
tes; il n'est resté du corps enfoui que la
charpente osseuse ou l'enveloppe calcaire,
en quelque sorte nue, et ne contenant plus
que les principes insolubles et les sels per-
manents, terreux ou alcalins.
Enfin, le plus souvent, le corps organisé a
été complètement transformé^ soit en conser-
vant une partie de ses principes constituants
qui auraient subi une nouvelle disposition
moléculaire, soit en acquérant des principes
étrangers qui l'auraient remplacé en totalité
ou en partie. Tous les fossiles des terrains
les plus anciens sont, à peu d'exceptions
près, dans ce cas. — Voy. Fossilisation.
Quand le corps organisé a été remplacé par
des substances, on dit qu'il a éié pétri fie., il
faut bien distinguer le sens restreint que
nous donnons au nom pétrification^ du sens
plus général que nous avons donné au mot
fossile. Le mot pétrification désigne tout
corps organisé enfoui dans les coucnes, dont
la forme extérieure a été conservée, la struc-
ture intérieure plus ou' moins détruite et
remplacée par une matière toute différente
de la matière organique dont il se composait
à l'état vivant. Souvent la matière minérale
qui a fourni à la pétrification est, à peu de
chose près, de même nature que la matière
organique elle-même; ainsi, le test des mol-
lusques qui se compose en grande partie, à
l'état vivant, de carbonate de chaux, demeure
à l'état de carbonate après sa conversion au
sein des couches calcaires. De même, les
ossements qui offrent à l'état y vant une cer-
taine quantité de carbonate et une plus forte
proportion de phosphate de chaux, conser-
vent, à l'état de pétrification, le premier
principe ea totalité, le second en partie, de
telle sorte que la pétrification ou la conver*
sion minérale du corps organisés est, le plus
souvent une simple épigénie minérale. La
pseudomorphose est rarement complète.
FOSSILES, controverse relative à leur im-
ture. Yoy. Géologie. — Attribtiés au D^-
luge. Yoy. Géologie et Chaubàrd. — Lmr
origine diaprés les savants du xvi* siêclt.
Voy. JEHAN (de Saint-Clavien). — Ont'ili
été créés tels que nous les trouvons dans les
strates f autrement^ ontnls vécu? Voy. Pa'>
CHON.
FOSSILISATION. — On comprend sous
ce titre général tout ce qui se rattache, plus
ou moins directement, aux changements par
lesquels un corps vivant et jadis aniroo a
'passé d'une éj^oque, alors actuelle, aune au«
tre époque qui n est plus , en laissant, dans
les roches terrestres , des traces impérissa-
bles de sa forme caractéristique.
§1.
Conditions de fossilisation dérivant de la no-
ture et delà composition chimique des corps
vivants.
Pour qu'un corps organisé soit suscepti-
ble de laisser au sein dés couches des traces
durables de son existence, il ne suffit pas
que sa dureté et sa consistance lui permet-
tent de résister à l'action mécanique des mi-
lieux environnants, et de conserver ainsi sa
forme jusqu^à consolidation complète des
sédiments oii il se trouve enfoui ; il faut en-
core que sa composition chimique soit telle
au'il puisse en même temps échapper à la
ëcomposition organique, et que la dissolu-
tion de chacune de ses parties ne soit pas
immédiate après sa mort.
La nature physique d'un corps organisé,
c'est-à-dire sa c/>nsistance, sa solidité , sa
dureté, etc., est essentiellement en rapport
avec sa nature chimique, et connaître celle-
ci, c'est^ en quelque sorte , déterminer les
caractères physiques : or la nature des éié-
roents chimiques n'est pas, à beaucoun près,
la même chez tous les animaux ; elle pré-
sente, il est vrai, des caractères généraui
communs à toute la série animale, mais elle
comporte aussi des différences particulières
propres à chaque classe, à chaque ordre, ou
même à chacune des parties d'un même
corps organisé. Suivant ces différences, les
caractères physiques varieront dans le même
rapport , et la fossilisation offrira des modi-
fications semblables.
La composition chimique comparée des
fossiles de toute la série animale n^avait
guère, jusqu'à ce jour, fixé d'une manière
spéciale l'attention des géologues et des pa-
léontologistes; du moins aucun travail d*en-
semble n'avait encore été publié sur ce su-
jet. M. Hugard a essayé de combler cette la-
cune, en réunissant les matériaux épars dans
les ouvrages et en y ajoutant d'autres maté-
riaux bien plus nombreux, fruit de ses pro-
t)res recherches. Une communication quil <
aite dernièrement sur ce sujet, à la Société
géologique de France , contient le résumé
s»
roâ
ET DE PALEONTOLOGIE.
FOS
550
de son Irarail» dont nous ne ferons que don-
ner ici une analyse succincte.
Panni les caractères chimiques qui distin-
guent les animaux entre eux, les uns, atons-
nous dit, sont communs à toute la série ani-
male. La présence de l'azote, i>ar exemple ,
âractérise assez bien toute substance ani-
malei et la distingue des substances végéta-
les; les autres sont propres à telle ou teHe
dif ision de cette série, ou même, dans cer-
tains cas, à telle ou telle partie d un même
corps or^nisé. Les caractères communs ne
noos oectjperont pas ici ; leur étude nous en-
traînerait à de trop longs détails et à des dis-
cussions inutiles. I^s caractères chimiques
mécioux ont pour nous une importance plus
directe; ce sont aussi ceux-là que concerne
principalement le travail de H. Hugard.
Bans ce travail, l'auteur a groupé les faits,
d'après les affinités chimic^ues de composi-
tion des corps oi^nisés qu il passe successi-
vement en revue; cet ordre est celui que
nous adoptons dans les considérations qui
suivent.
(h, dtntij cartilages des mammifères. — La
composition chimique des os de mammifè-
res peut se résumer par les chiffres moyens
suivants: cartilage, complètement sofuble
dans Teau, ^,17; vaisseaux, 1,13 ; phosphate
basique de chaux, avec un peu de fluorure
de calcium, M,Ol; carbonate de chaux, 11,30;
phosphate de magnésie, 1,16; soude avec
une très-petite quantité de chlorure de so-
dium, 1,20, =100 (Berzélius). Ces différents
chiffres, comparés, nous démontrent que
les matières terreuses l'emportent de beau-
coup, par leur quantité relative, sur les ma-
tières animales, et que le phosohate de
rhaax forme même, à lui seul, plus de la
moitié de Tensemble de la matière osseuse.
Le phosphate de chaux possède une dureté
considérable ; sa stabilité chimique est très-
grande; faits qui seuls nous expliquent déjà
pourquoi les os et les dents sont de toutes
les parties d'un mammifère celles qu'on ren-
contre le plus fréquemment à l'état fossile.
Do reste, tous les os du squelette, ou même
les différentes parties d'un même os, ne con-
tiennent pas les mêmes quantités proportion-
nelles de matière animale et de matière ter-
reuse. Les os longs des membres offrent plus
«je matières terreuses que ceux du tronc; les
o^ des membres supérieurs en renferment
un peu plus que ceux des extrémités infé-
rieures, et en général les extrémités soumi-
ses à un travail plus actif, en présentent plus
f^ue ceux qui le sont moins. Les os spon-
rieux sont aussi toujours relativement moins
lerreax que les os plus compactes. De ces
(lits, il est naturel ae conclure que telle ou
fclle partie du squelette, tel ou tel os, ou
fuéme les différeutes parties d'un même os,
ti'offrîront pas des conditions semblables de
Arçsilîsation. C'est ce que prouve, en effet,
ic nombre comparé des différentes parties
tia squelette qu on trouve à Télat fossile.
Les cartilages, c|ui, sous plus d'un rapport,
l^eo^ent être assimilés aux os proprement
^aits« offrent cependant une composition chi-
mique assez différente par les proportions,
sinon par la qualité des éléments qui les
constituent. Les principes terreux que nous
avons vus s'élever jusqu'à 66,50environ pour
100 dans les os, ne sont plus que de 1 à 2
Gur 100, au maximum, dans les cartilages,
gélatine en constitue la majeure partie;
or, on sait que ce dernier principe est bien
peu stable : nous n'aurons donc pas lieu de
nous étonner si l'existence des parties carti-
lagineuses du squelette des mammifères n'a
pas souvent été constatée à l'état fossile,
malgré la dureté et la résistance presque os-
seuse que présentent quelques-unes d'entre
elles. Du reste, ce que nous venons de dire
des cartilages des mammifères s'applique
également a ceux d'oiseaux et de reptiles,
mais non aux cartilages de poissons.
Les dents de mammifères offrent, dans les
différents groupes, une composition chimi-
que à peu près semblable à celle des os dan^
les mêmes vertébrés, du moins quant à 1?
nature des éléments qui les forment ; il n'en
est pas de même de la quantité relative dei
éléments comparés entre eux. L'un des prin-
cipes terreux, le phosphate de chaux, est ic5
en quantité bien mus considérable que dani
les os en général. Nous avons tu que dans
ceux-ci la quantité du sel terreux s'élevai<
en moyenne à 54,0V pour 100 ; dans la subs-
tance des dents, cette quantité n'est jamais
au-dessous de 60 et peut aller même jusqu'à
64 et 66. Les dents doivent k leur dureté et
leur ténacité considérable la forte proportion
de phosphate qu'elles contiennent. Du reste,
la composition de la dent n'est pas identique
dans chacune de ses parties ; l'émail contient
une bien plus forte proportion de phosphate
que l'ivoire, et la substance corticale qui
existe chez quelques mammifères contient,
à son tour, bien moins encore de principes
terreux que \es deux précédentes; de là des
différences essentielles de dureté; de là
aussi des conditions variables de fossilisa*
tion.
Les défenses de divers mammifères, et en
particulier de certains pachydermes, l'ivoire
de quelques animaux du même ordre , les
cornes de cerfs ont la plus grande analogie
de composition avec les dents. Les cornes,
toutefois, contiennentuneplusfaible quantité
de phosphate et de carbonate terreux. Ce-
pendant les cornes de cerfs ne semblent pas
différer par leur composition des os eux-
mêmes.
La composition chimique des os d'oiseaux
diffère peu de celle des os de mammifères;
les proportions seules des éléments varient,
pour un même poids. A volume égal, un os
d'oiseau contiendra une aussi forte propor-
tion de sels terreux que l'os d'un animal
appartenant à la première classe de verté-
brés, bien que, sous ce volume égal, sa den-
sité soit beaucoup moindre à poids égaux.
Cette même proportion des sels terreux dans
un os d*oiseau sera de beaucoup supérieure
à la quantité des mêmes éléments dans tout
autre os de 'vertébré. Si donc la qualité des
éléments constitutifs des os d*oiseaux no
5SI
FOS
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
FOS
S52
pottt saffire À la faire distinguer de ceux de
tous les autres yertébrés, la quantité de ces
mêmes éléments pourra suppléer à ce dé-
faut, et Ton conçoit, dès à présent, combien,
dans ce cas, la différence quantitative pourra
être utile au paléontologiste indécis sur la
nature de fragments osseux dont les carac-
tères zoologiques ne lui paraîtraient pas
suffisamment tranchés.
La composition des os de reptiles n'a pas
encore été étudiée eh particulier; toutefois,
il est à présumer qu'elle ne diffère pas beaur
coup de celle des deux classes précédentes.
Des oi de poUsons. — La quantité des
matières terreuses est, relativement à la ma-
tière animale, beaucoup moindre dans ces
os que dans ceux des classes précédentes. Ce
fait nous explique pourquoi les os de pois-
sons sont rares a l'état fossile; il nous four-
nit en même temps un excellent moyen pour
distinguer ces os à Tétat fossile, par le seul
caractère de la quantité absolue , sous un
poids donné, de quelques-uns de leurs élé-
ments essentiels; enfin il nous fait compren-
dre pourquoi les poissons étant rarement
conservés à l'état fossile avec leur forme et
leur volume réel, on les rencontre toujours
Irès-déformés et aplatis , ou même le plus
souvent , représentés par leurs écailles.
Quant aux cartilages dont se compose uni-
quement le squelette de toute une division
de la classe des poissons, leur composition
diffère peu de celle des cartilages des autres
classes de vertébrés ; c'est toujours du phos-
phate de chaux, de magnésie , de fer, envi-
ron 0,1600; du sulfate de chaux, 0,1200; des
traces de soufre, d'alumine, de silice, de
potasse; et tout le reste, pour 100 parties,
est de la matière animale. Cepenclant les
cartilages de certains poissons présentent
une dureté et une résistance presque égales
à celles des os proprement dits : dans ce
cas, leur fossilisation a pu devenir'plus fa-
cile, et effectivement, il n'est pas rare de
rencontrer des poissons cartilagineux fos-
siles. Toutefois dans ceux-ci, on remarque
qu'il n'est plus rien resté d'organique que
la forme; leurs principes élémentaires ont
été totalement remplacés par des substances
adventitielles de nature pierreuse qui ont
pénétré , dans tous les sens , le corps per-
méable assez résistant pour conserver sa
forme pendant toute la durée de la fossilisa-
tion, mais qui ne l'était pas assez pour
échapper ensuite à la décomposition orga-
nique.
Les cornes des ruminants^ la carapace des
chéloniens^ les écailles des reptiles ^ aes pois*
sonSf le squelette iégumentaire des annelés^ se
ressemblent par une composition commune.
Quelques-uns de ces organes se rencontrent
fréquemment à l'état fossile; aussi est-il im-
portant de bien connaître leurs véritables ca-
ractères chimiques, afin d'en mieux compren-
dre les différences de fossilisation. Nous ne
possédons pas encore de données bien certai-
nes sur la composition chimique de la cara-
pace cornée des chéloniens. Son origine fait
présumer quelle n'est pas très-différente de
celle des écailles de reptiles et de poissons,
sur lesquelles nous allons donner quelques
détails. Les cornes creuses des ruminants
sont probablement aussi dans le même cas.
Les écailles de reptiles consistent principa-
ment, à l'état frais, en une sorte de suos-
tance cornée qui contient à peine, chez quel*
ques genres, le crocodile dans le jeune Age
par exemple, 1 et 1|2 pour 100 de matière
terreuse, et pas plus de 3 pour 100 dans les
écailles du même animal, qui forment la
crête dorsale et qui paraissent en contenir le
plus. La très-faible proportion de matières
terreuses dans les écailles de celte grande
classe de vertébrés explique facilement leur
rareté à l'état fossile. Souvent les écailles
2u'on a cru devoir attribuer à des reptiles
talent au contraire des écailles de pois-
sons ; et en effet, nous verrons plus loin aue
celles-ci offrent des conditions bien plus
favorables de fossilisation que les premières.
Les écailles de poissons diffèrent essentiel-
lemeilt de celles des reptiles, quant aux pro-
portions des éléments qui les constituent.
Nous possédons un grand nombre d'analyses
d'écaillés de poissons vivants et fossiles.
Toutes démontrent que, dans ces écailles, la
Eroportlon des sels terreux l'emporte de
eaucoup sur celles des éléments analogues
pour la classe précédente. Le phosphate de
chaux y entre à lui seul dans fa proportion
de 42 à 46 centièmes de la masse totale;
c'est-à-dire que l'écaillé d'un poisson .offre
presque la composition d'un os. On voit par
là combien il sera facile de distinguer, à
l'état fossile, une écaille de poisson de celle
d'un reptile. D'un autre côté, les écailles de
poissons ne devront pas être rares dans les
couches, et, en effet, ce sont quelquefois les
seuls organes qui représentent l'animal à
l'état fossile. Du reste, les écailles de repti-
les, lorsqu'elles existent conservées dans les .
couches, y sont généralement remplacées
par une matière siliceuse ou calcaire ; au
contraire, les écailles de poissons retiennent
toujours, à l'état fossile, une quantité consi-
dérable de phosphate de chaux , comme le
prouvent un grand nombre d'anal pes chi-
miques de ces écailles, entreprises par
M. Hugard, sur des échantillons pris à diffé-
rents Ages géologiques. Nous insisterons
donc ici encore une fois sur les différences
essentielles de composition, ou du moins de
proportions dans les éléments qui consti«
tuent les écailles de poissons et de reptiles,
en rappelant combien ces différences peu-
vent être utiles pour la détermination zoo-
logique de débris fossiles appartenant à Vune
ou à l'autre des deux classes de vertébrés;
car il est souvent impossible de distinguer
par les seuls caractères anatomiques ou ex-
térieurs des écailles prises dans l'une ou
l'autre de ces deux classes.
Les ongles^ les piquaniSy les crins^ les
poilsj les cheveux^ etc., ont entre eux la plus
grande analogie de composition, et diffèrent
a peine, même dans la proportion des élé*
ments qui les constituent. Nous n'insiste^
rons donc pas plus longtemps sur Timpcr*
.*
53
FOS
ET DE PALEONTOLOGIE.
FOS
554
i^xîce des caractères que peut fournir leur
composition chimique comparée pour la
distinction des classes auxquelles ils appar-
tiennent. Notjs dirons seulement que chacun
d'eux n*esl qu'une simple dépendance du
tissu cuticulaire, et comme tel se compose
presque exclusivement do matière animale
semblable au mucus. On y rencontre, de
plus, un peu de phosphate de chaux, du
carbonate de la même hase, de Toxyde do
n:anganèse, du fer oxydé, du fer sulfuréy une
quantité notable de silice et une quantité
plus notable encore de soufre. Cette der-
nière circonstance mérite de fixer un instant
notre attention. On attribue à la décomposi-
tion de substances animales la grande quan-
tité de soufre, généralement à Vétat de sul-
fure, qu'on rencontre dans certaines cou-
ches d'origine sédimentaire où abondent
effectivement certains débris organiques.
L'explication nous parait peu probable, ou
du moins insuflisante.
Les plumes, chez les oiseaux, dé{»endent,
comme les organes précédents, du système
cuticulaire; elles se composent également,
en grande partie, de mucus animai.
Que conclure de tous ces faits? Qu'on es-
ivérerait en vain trouver avec abondance, à
réiat fossile, la plupart des organes aue
nous venons de citer : d'al*ord leur solidité
et leur résistance aux agents mécaniques
extérieurs n'est pas très-grande, et puis ils
se composent d'éléments, tout à fait insta-
bles, dont Ja putréfaction s'empare i>rompte*
ment. Car la plus grande partie de ces élé-
ments sont solubles. Aussi les cas de crins,
).oils, ongles, etc., fossiles, cités jusqu'à ce
jour soDt-ils extrêmement rares et, en quel-
que.<;orte, exceptionnels.
Des téfumerUs et autres pièces cornées des
animaux annelés. — Dans l'embranchement
des annelés , la classe qui compte le plus
grand nombre de représentants a l'état fos-
sUe est, sans contredit, celle des crustacés.
La classe des annélides, moins toutefois les
tubicoles, et celle des arachnides n'ont
laissé, au sein des couches, que quelques
vestiges de leur existence. Après les crusta-
cés, viennent, par ordre d'abondance, les in-
sectes, puis les cirrhipèdes. Ceux-ci, par la
g.a nde analogie de leur enveloppe testacée
avec celle des mollusques, se rencontrent
ahondamment dans quelques terrains. Voyons
jijsqu^èquel point les conditions chimiques
«îe ces différents corps pourront expliquer
l«Mir ai>ondance relative dans les couches
.f-rreslrea
L'«»nveloppe solide des crustacés est for-
mée d*unc grande quantité de carbonate de
rhaux, d'une moindre quantité de matière
animale et d'une quantité toujours décrois-
sante de phosphate calcaire. Toutefois la
jiroportîon de ces éléments varie avec l'ani-
mal de tel ou tel ordre, ou môme quelques-
uns d'entre eux |)euvent disparatlrc com-
|ilétciuent suivant le genre. On voit, en ef-
fet, tel cruslacé présenter une enveloppe
j'xtérieurc à peine cornée, tandis que tel
autre j^résenlcra cette même enveloppe en-
croûtée de matière calcaire et constituant u.i
test d'une solidité remarquable, comparable
même, dans certains cas, à celle des os des
animaux supérieurs. Lorsque le squelette
téguroentaire du crustacé est de nature seu-
lement demi-cornée, elle se compose pres-
que en entier d'albumine et d'une substance
particulière nommée chitine, substance qu'on
retrouve é^^alement dans les téguments des
insectes. Lorsqu'au contraire la carapace du
crustacé est osseuse, on y rencontre, outre
l'albumine, les éléments que nous avons
cités ci-dessus ; mai.s dans l'un et l'autre
cas, la substance qui en constitue la base et
qui donne leur forme aux téguments est la
chitine, principe organique, découvert d'a-
bord qar M. Odier, retrouvé, plus tard, par
d'autres chimistes et étudié tout spéciale-
ment par M. Milne Edwards. Ce savant zoo»
logiste a reconnu, dans la carapace du car-^
cin menade, environ lOO^iour 100 de chitine,
i8 d'eau, G3 de sels mêlés à un pou de ma-
tière animale soluble à froid dans une pe-
tite quantité d'acide "hydrochlorique faible
et environ 8 d'albumine. Dans les segments
dorsaux des anneaux abdominaux du même
animal, il a trouvé 20 pour 100 de chitine et
64 de matières salines.
Cette observation prouve que certains
crustacés offrent les conditions h^jtlus fa-
vorables à la fossilisation : composition rhi'
mique et solidité se réunissent pour les pré-
server de la désorganisation putride ei de la
destruction mécaniaue. Aussi les crustacés
I)résentent-ils en général, un degré de con-
servation remarquable à lëtat fossile, quel
que soit, du reste, leur âge géologique ; tels
sont, par exemple, les fameux trilobites de
Dudley, les crustacés décatH)des de bien d'au-
tres localités ; et si nous ne trouvons pas un
très-grand nombre de ces animaux a l'état
fossile, dans toute la série des autres ét4ges,
c'est qu'apparemment la classe en était moins
nombreuse en individus que dans la nature
actuelle. N oublions pas, du reste, que leur
composition chimique varie beaucoup dans
chacune des familles, dans cliacun des gen-
res, ou même dans chacune des espèces.
Le tégument externe dans les instetes est
souvent aussi, comme dans les crustacés, de
consistance rigide et cornée; il se compose,
ainsi que iesailes, chez ces mêmes animaux :
!• d'une maîière animale particulière qu'on
a nommée entomoléinej la même que nous
avons iïéfk nommée chitine dans les crusta-
cés ; â** d un autre matière animale propre,
qui a reçu le nom de coccine: 3" d'huile co-
lorée diversement suivant les espèces. A ces
trois sortes de principes organiques, il faut
ajouter de ))etites quantités d'alumine, do
sous-carbonalc de potasse, de phosphate de
chaux, etc. On voit , par cette composition,
que les téguments des insectes ont la plus
grande analogie avec la corne des an > maux
vertébrés. Ce que nous avons dit des condi-
tions de fossilisation de ces derniers organes
sapplique donc é^^alemcnt aux organes de
composition analogue qu on retrouve chez
les insectes. Les insectes n'ont la'"*''^ ^ ^-^^M
D;cTJox?i. DE Cosmogonie et de Paléontologie.
S55
FOS
DICTIONNAIRE DE COSMOGONOSL
FOS
W
fossileque de trôs-rares débris de leur sque-
lette. Dans quelques cas plus rares encore,
les ailes, qui ont la plus grande analogie de
composition avec les autres parties du sque-
letfe tégumcntaire, paraissent bienconser*
Yées. Les insectes renfermés dans Tambre
sont un cas tout à fait exceptionnel sur le-
quel nous ne croyons pas devoir insister ici.
De$ coquilles des mollusques , etc. — De
4ous les animaux, ceux qu'on rencontre le
plus fré(}uemment à l'état fossile sont, sans
contredit, les mollusques , soit que le nom-
bre de ceux-ci ait été réellement plus con-
sidérable que celui des autres animaux, aux
différentes époques géologiques, soit que
leur habitude d existence dans les eaux les
«it placés dans des conditions plus favora-
i)les de conservation , soit enfin que la na-
ture de leur enveloppe solide en ail rendu la
transformation plus facile. La composition
chimique du test des coquilles est telle qu*on
ne doit pas s*étonner de leur bonne conser-
vation dans les couches même les plus an-
ciennes. Cette composition n'est pas tou-
iours identique dans chaque classe de mol-
lusques, où elle offre des différences dans
les genres , dans les espèces. Toute coquille
est composée de matière animale et de car-
bonate de chaux ; seulement, les plus com-
pactes montrent une plus forte proportion
de ce dernier principe. Voici à peu près les
nombres proportionnels qui pourraient rc-
]>résenter la èomposition chimique de la
coauille des mollusques : carbonate de chaux,
95 a 96 pour 100 ; pnosphate de chaux, 1 à 2 ;
eau , 1 à 1 et 1t2; matière animale, 1. Les
coquilles des céphalopodes contiennent bien
plus de matière animale que celles des au-
tres classes, Certaines. coquilles d'acéphales
renferment, outre la matière animale et le
carbonate de chaux , du phosphate calcaire,
du carbonate de magnésie, de Toxydede
fer, et même, dans quelques-unes, celles des
huîtres par exemple , la proportion de ma-
tière animale est si minime, qu'à peine en
peut-on tenir compte. Cette dernière cir-
constance nous explique l'énorme quantité
d'huîtres fossiles qu'on rencontre dans la
plupart des couches.
Les téguments testacés des cirrhipèdes et
ceux des annélides tubicoles offrent , è peu
de chose près , la composition élémentaire
des coquilles de mollusques.
Carapace testacée f carapace siliceuse ^ de
certains animaux microscopiques, dits /b-
raminifères et infusoires , etc. — Nous igno-
rons SI, jusqu'à ce jour, on a essayé de faire
Tanalyse chimi|)ue des organes de ces ani-
maux, à l'état vivant. Quel que soit le résul-
tat obtenu, on peut affirmer par avance que
ces organes, surtout ceux aont la nature
était siliceuse , oirt dû offrir, dans tous les
cas, les conditions les plus favorables à la
fossilisation ; on sait , en effet, que certaines
roches, en couches très-étendues dans quel-
ques localités, le tripoli par exemple, sont
complètement formées de débris de la cara-
pace siliceuse de ces singuliers animaux.
Des polypiers. — On connaissait déjà» de-
puis fort longtemps, d'une manière eèné-
raie, la compos tion chimique dedifférenU
polypiers. Hatchett avait donné, dans les
Fhilosophical Transactions^ vol. XVII, des
résultats d'analyses qualitatives faites sur
des dendrophyllies, des gorgones, deslubi-
pores, etc., et l'on savait, d^près ces analy-
ses, que les polypiers consistaient principale-
ment en carbonate de chaux imprégnant une '
sorte de membrane de nature gélatineuse»
laquelle retenait , jusqu'à un certain degré,
la forme et la structure du zoophyte, après la
dissolution de celui-ci dans l'acide azotique.
Dans certains polypiers, Hatchett avait
trouvé une petite proportion d'acide phos-
pborique. Les proportions relatives de car-
bonate de chaux, ae phosphate de chaux, et
de matière animale avaient paru extrême-
ment variables dans les différents genres.
Depuis Hatchett, M. Silliman jeune a cru
devoir soumettre, d'après les moyens
plus parfaits que nous possédons aujour-
d'hui, à de nouvelles analj^ses plus rigou-
reuses, la composition chimique, non-seule-
ment qualitative , mais encore quantitaiitt^
des zoophytes pierreux. Dans la plupart das
coraux calcaires qu'il a examinés^ il a trouvé
une petite quatitité, sur 100> de magnésie,
d'alumine, (le fer, de silice, d*acide phospbo-
riq^ue et de fluor, outre le carbonate de cuaui
qui constitue, après qu'on a séparé la ma-
tière animale , les 97 a 98 centièmes de Ja
masse totale. La tige cornée de la jjforgoma
setosa lui a fourni une proportion considé-
rable d'alumine, outre de l'acide phosphori*
que, un peu de carbonate de chaux et 93
pour 100 de matière animale. Tous ces résul-
tats sont consignés dans un ouvrage de
M. Dana, intitulé Sur la structure et la clas-
sification des zoophytes^ et dans différents
endroits du Journal américain dirigé par
M, Silliman. Nous trouvons une explication
suffisante de Toriçine des éléments qui conh
posent les polypiers , dans la composition
même des eaux de la mer où ils sont appe-
lés à vivre et dans celles des fonds solides
où ils ûient leur demeure. Il est inutile de
développer ici les transformations successi-
ves que les polypiers doivent subir en cas-
sant à l'état fossile; ils ne perdent guère,
t)Our passer à cet état, que la quantité varia-
>le de matière animale qu'ils contiennent.
La composition chimique des polypiers est
d*une haute importance en géologie , pour
expliquer la formation de couches puissan-
tes qui, dans certains étages, sont presque
exclusivement composées de polypiers.
Pour compléter ce que nous avons à dire
sur la composition .chimique comparée
lies diverses parties organiques qu^on peot
rencontrer à 1 état fossile , nous ajouterons
auelques mots sur celle des coproîithes des
ifférentes classes de vertébrés. Nous avons
annoncé ailleurs {Voy. Coprouthes) nue les
coproîithes diffèrent entre eux par la forme;
ils diffèrent également par la nature chimi-
que, qui se résume dans les principaux chefs
.«uivants : fLes coproîithes de mammifère*
(( eux des cavernes de Lunel Viel, ]'ar exew
8S7
FOS
£T DE PALEONTOLOGIE.
FOS
S58
pie) sont c3mposés, pour 1000 parties, de
phosphate de chaux, 625; carbonate de
chaux, 150; eau, lâO; limon siliceux coloré
par l'oxyde de fer, 55 ; matière organique,
des traces, mais en moindre quantité que
dans les os ; fluorure de calcium, des traces ;
perte, 50. — â* Les coprolithes d'oiseaux,
ceux de Chicopee , par exemple, ont fourni
h l'analyse pour 100 : eau, matière organi-
que, urate et sels volatils d'ammoniaque,
10,30 ; chlorure de sodium, 0,51 ; sulfates de
chaux et de magnésie, 1,75 ; phosphates de
chaux ei de magnésie, 39,60 ; carbonate de
chaux, 34k77; silicate, 13,07. Ces résutats of*
frent la plus grande analogie avec ceux que
fournit le guanoj matière coprolithique d'oi-
seaux, non fossile. — 3" Les coprolithes de
reptiles. — 4* Les coprolithes de poissons
paraissent composés de phosphate et de car*»
bonate de chaux, jusqu*à 90 pour 100, de
phosphate de magHésie> d'oxydes de fer et
de manganèse, de silice, de traces de matière
animale, etc. Si nous comparons ces diffé-
rents résultats d'analyses de coprolithes, em-
pruntés aux quatre classes de vertébrés,
nous trouverons que les coprolithes de mam-
mifères diffèrent peu de ceux des poissons,
et ne s'en distinguent que par la forme; que,
«ians les coprolithes de reptiles, la quantité
de phosphate et de carbonate calcaires parait
moindre ; enfin que, dans les coprolithes
d'oiseaux, la proportion ou même la seule
présence d'acide unque suffira toujours pour
les distinguer de ceux de toutes les autres
classes. Au reste, la composition générale
des coprolithes est sensiblement différente
de celle de toutes les autres parties organi**»
ques et servira à les séparer facilement tle
c-elies-ci , quelles qu'elles soient. Ajoutons
toutefois qu'il est difficile de se faire une
idée exacte de la composition chimique com-
parée des différents coprolithes ; car ces corps
n'étaient pas parfaitement compactes et im-^
r>erinéables k l'état frais; de sorte que, dans
la plupart des cas, ils ont été pénétrés, avant
de passer à l'état fossile, d'une plus ou moins
grande quantité de substances étrangères.
Les considérations qui précèdent, relati-
rement à la composition chimique comparée
dans les corps organisés vivants de fossiles,
nous conduisent, en résumé, aux principales
conclusions suivantes :
La composition chimique n'est pas la même
rlans toute la série des corps k l'état vivant ;
elle varie suivant les grandes divisions du
rè^ne animal, suivant les classes, les ordres,
les genres, les espèces, ou même suivant les
différentes parties d'un même individu;
Du caractère de la composition chimique
dépend essentiellement le caractère physi-
que du corps organisé ; et des deux caractè-
res réunis découle essentiellement l'une des
conditions les plus importantes de la fossi-
lisation ;
La composition chimique est telle, même
è l*éiat fossile, que dans le plus grand nom-
bre de cas, on peut déterminer, par les seuls
caractères qu'elle fournit, le ran^ç zoologi-
c|ue du corps fossile;
D'autres considérations, qui seront déve-
loppées dans le cours de cet ouvrage, nous
montreront que, par la composition chimi*
que, on peut déterminer jusqu'à un certain
degré, l'Âge géologique du fossile;
Enfin la composition chimique comparée
des différents fossiles nous fournira de très-
utiles renseignements sur les circonstances
qui ont pu accompagner la formation de cer-
taines couches fossilifères.
I. Il
Substancts minérales fossitisantes*
Ainsi que nous Tavonsdit précédemment,
la conservation d'un corps organisé dans les
couches terrestres dépend de sa nature plus
ou moins résistante, de sa composition chi-
mique et des milieux qui l'entourent lors
de son enfouissement dans les couches ter-
restres. Que les sédiments soient produits
par le lavage des continents ou par la tritu*
ration des côtes maritimes due à l'action de
la mer, il n'en est pas moins vrai que les sé-
diments déposés par les eaux sont les plus
Suissants agents de conservation des corps,
^r les éléments arrachés aux roches préexis-
tantes sont principalement pierreux ou ter-
reux, tandis que les roches salines métalli-
Ïues ou combustibles sont des exceptions.
jxx premiers se rapportera la silice, aux se*
conds le carbonate de chaux. Les deiîx subs-
tances qui forment la majorité des fossiles,
sont la silice^ et plus sp^^ialem^vnt le cal-
caire. La plupart des fossiles paléozoïques,
jurassiques, crétacés ou tertiaires sont a Té-
tât de carbonate de chaux. Tantôt cette subs-
tance minérale y est à Tétat grossier, tantôt
à l'état compacte , tantôt à l'état spathique.
Lorsoue la dépouille animale présentait une
cavité assez large pour permettre au sédi-
ment grossier de s'introduire, celui-ci a pé-
nétré, en remplissant rintérieur, et l'enve-
loppe testacée, déjà composée de carbonate
de chaux, s'en est assimilé une nouvelle quan-
tité arrachée au sédiment environnant et qui
est venu remplir les vides laissés par la
soustraction de la matière animale ; aussi le
test est^il généralement plus compacte dans
les fossiles que les cavités intérieures
qu'il circonscrit. Lorsqu'au contraire, le
corps organisé ne présentait aucune cavité à
remplir, et seulement une masse solide à
mineraiiser, cette minéralisation n'a pu s'o-
pérer qu'au moyen de molécules très-fines,
et alors la totalité de cette masse a passé à
l'état de carbonate de chaux compacte. Lors-
qu'enfin ce remplissage s'est fait dans des
circonstances favorables au groupement ré-
gulier des molécules fossilisantes, le carbo-
nate de chaux a pris la forme spathique
Cette forme est plus fréauente dans les an-
ciens terrains. Dans les fossiles tertiaires, le
carbonate do chaux est, pour ainsi dire,
resté ce qu'il était h l'état vivant; seulement
le test est devenu plus poreux, par l'ablation
de la matière animale qu'il contenait à l'état
vivant; et le carbonate de chaux en est plus
terreux que compacte
55»
FOS
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
ros
La silice, bien que plus rare que le car-
bonate de chaux dans les fossiles, est cepen-
dant encore assez fréquente, beaucoup plus,
4lu moins, qu'aucune autre dos substances
minérales qui vont suivre. Comme le cal-
caire, la silice peut être tenue dans les eaux
à l'état d3 dissolution ou à Tétat de suspen*
sion fine, ou enfin à l'état de sédiment gros-
-sier. A ce dernier état, la silice provient de
la désagrégation, de la trituration par les
eaux, de roches préexistantes; elle consti-
tue les grès, les sables, etc. Les fossiles à
l'état de grès ne sont pas rares ; mais on ne
les rencontre qu'à l'état de moules intérieurs,
Templissant, par exemple, des coquilles de
.nkfvllusques ou tout autre corps à cavités li-
bres intérieures ; la matière siliceuse, trop
grossière pour pénétrer la coquille, n'a fait
que remplir là cavité qu'elle circonscrit.
Vàns la plupart des cas, cette coquille elle-
même a disparu en laissant un vide ;
car tes couches de grès sont essentiellement
perméables aux eaux, et celles-ci ont ainsi
Im facilement entraîner ou même dissoudre
a matière calcaire des corps organisés seu-
lement; aussi est -il rare de rencontrer des
fossiles entiers convertis en grès, On doit
remarquer que dans plusieurs localités, les
fossiles des grès sont en carbonate de chaux.
La silice à l'état de division fine parait avoir
été beaucoup plus puissante pour pénétrer
les substances oi^anisées, et dans tous les
cas où un fossile se présente à l'état siliceux,
la silice, pour remplir ce fossile, semble
avoir subi une véritable dissolution ; du
moins présente-t-elle toujours les caractè*
res physiques généraux qui se sont formés
sous de telles circonstances. Tels sont les
Suartz hyalin, compacte, vitreux,, incolore^
iversement imprégnés de substances métal-
liques étrangères, quartz-agate, calcédoine,
cornaline , etc., quartz-silex , pyromaque»
eorné,etc.,quartz-^aspe, quartz-r6inite> etc.
Nous pourrions placer ici, comme subs-
tance minérale fossilisante d'une certaine
fréquence^ le sulfure de fer (pyrite ou sper-
kise). Certaines couches des terrains juras-
siqpies ou crétacés paraissent contenir une
énorme quantité de fer à l'état de sulfure,
ei dans ces couches,, comme dans celles oui
contiennent beaucoup de. silice, ce sont les
corps organisés qui en contiennent les plus
fortes proportions; même en certains cas,
les fossiles en sont totalement pénétrés, tan-
dis que les couches qui contiennent ces fos-
siles n'en présentent que fort peu. Les fos-
siles à l'état de fer sulfuré abondent surtout
dans certaines couches des éta^^es jurassi-
ques, dans l'étage liasien de Vieu\-Pont
(Calvados), dans l'étage collovicn des Va-
ches-Noires, dans l'étage néocomien des
Hautes-Alpes, etc. Les corps ainsi péjiélr(^'s
appartiennent à toutes les classes d*animaux,
mais principalement aux ammonites.
On sait jusqu'à quel point abondent, dans
l'argile bleue de Shepey, les gt*aines fossiles
à l'état de pyrite.
La décomposition des pyrites de fer a quel-
quefois donné lieu à un accident de fossili-
sation fort remarquable. On voit dans cerla?-
nescou3hcs, des fossiles entièrement couverts
en soufre natif, et ce corps simple, qu'on ne
peut guère supposer avoir remplacé à priori
les corps organisés , s' v trouve ainsi , sous
rinfluence de certaines forces, au nombre des
substances minérales fossilisantes. M. Braun
(35^*) cite, sur le territoire des communes
de Willel, Libros et Riodeva, dans la pro-
vince de Feruel (Aragon), une couche régu-
lière de marne g}[pseuse imprégnée de sou-
fre, dont la partie inférieure contient une im-
mense quantité de restes organiques, surtout
des PlanorbeSy quelques lymnées, etc., avec
leurs moules intérieurs formés par le soufre.
Très-souvent leur test se trouve parfaitement
conservé. La partie supérieure contient
aussi de nombreux fossiles, mais ils sont
presque entièrement confondus dans la ro-
che mélangée de soufre et de marne bitu-
mineuse, contenant 50 à 70 0/0 de soufre.
> Les substances minérales^ beaucoup plus
accidentelles que les précédentes, dans les
fossiles, sont : parmi les substances ter«
reuses, la barytine (sulfate de baryte). K
existe, aux environs d'Alençon, un gisement
de fossiles ainsi convertis en sulfate de ba*
ryte, consistant en polypiers (a^^rcra) et en
coquilles bivalves (lima). Ces fossiles for-
ment des masses disséminées au milieu d'un
sable argilo-ferrugineux qui contient quel-
ques graines de feldspath» sur le granit et
au-dessous du calcaire oolytique. M. Dela-
noue a rencontré, près de Nontron (Dor-
dogne),un calcaire magnésien cx>ntenant des
béiemnites dont la substance a été remplacée
f)ar de la barytine. On trouve , dans la même
ocalité, des tellines et autres coquilles con-
verties en cette substance. Plusieurs localités
en Angleterre contiennent également des
fossiles barytiques.
On voit, dans certains endroits du Derby-
shire» en Angleterre,, des fossiles à l'état de
fluorine (chaux fluatée), particulièrement
des crinoïdes et quelquefois aussi des mol-
lusques testacés.
Le gypse (sulfate de chaux hydratée) rem-
plit rareufient les fossiles creux. Les osse-
ments de vertébrés qu'on rencontre en abon-
dance dans les gypses tertiaires de la France
en offrent rarement, à Tanalyse» la moindre^
parcelle. Toutefois, on renconlre des cris-
taux de gypse dans la cavité de certaines
coquilles.
La série des substances minérales dési-
gnées, en général, sous le nom de pierres^
et composée en grande pactia de siiicates à
ba^cs terreuses multiples ne se rencontrent
pas à l'état fossile,, excepté Je quartz et ses
varioles , qu'on fait rentrer dans cette grande
classe. On cite néanmoins des moules de
fossiles testacés, à l'état de àornbUndt* La
plupart àespierres sont des substances essen-
tiellement cristallines, et dont la crisialUsa-
tion s'est opérée par fusion ignée ou par
(554) Bull. S9C. féol., voL 13, p. Uà.
581
FOS
ET DE PALEONTOLOGIE,
Foa
S6t
sublimation. On conçoit que In présence de
corps organisés est impossible au milieu de
semblables agents ;car9 en supposant même
(]u*r1s eussent existé dans les couches au-*
jourd*hui pénétrées de ces sortes de subs-
tances ignées, la chaleur, produite lors de
la production de celles-ci, les aurait infailli-
blement anéantis.
Les substances métalliques sont plus fré-
quentes dans les fossiles. Nous avons vu les
fossiles à Tétat de sulfure très-abondants
dans certaines couches. Les corps organisés
convertis eu /imoniïc (fer peroxyde hydraté),
ne sont peut-être pas moins abondants : du
moins sont-ils plus généralement répandus
dans la série des terrains. Souvent, les fos-
siles à Tétat de limonite ne sont que des
épigénies formées aux dépens de fossiles
d abord pyriteux et dont le soufre aurait
disparu pour faire place àToxygène* D'autres
fois, les corps organiques ont été convertis
directement en limonite; c'est le cas des
fossiles qu'on rencontre en grand nombre
dans certaines couches oolitiques , à la for-
mation desquelfes le fer n*a pas moins de
part que le calcaire ou d'autres substances
non métalliques. La limonite se trouve ordi-
nairement a Tétat terreux ou compacte ;
aussi, est-ce à cet état que se rencontrent les
fossiles convertis en cette substance.
H existe également des fossiles à Tétat de
fer oligisU (sexquioxyde de fer). Tout le
monde connaît ces coquilles si remarquables
de cardinia, de lima, de gastéropodes et de
polypiers, qu*on voit en immense quantité
dans la luroachelle ferrugineuse de l'étage
sinémurien de Beau regard (Côte-d'Or). Le
test de ces fossiles singuliers est complète-
ment converti en fer olinste très-cristallin
et lamellaire, de la variété dite spéculaire.
(jueiques-uns sont simplement à Tétat d*oli-
giste rouge terreux ; a autres à Télat de li-
monite. Jamais Tintérieur de ces bivalves
ainsi minéralisées n'est rempli lui-même par
le fer oligiste spéculaire.
Le fer vivianile (fer phosphaté, fer azuré)
se rencontre quelquefois oans les fossiles,
en remplissant la cavité, tapissant cette ca-
vité de cristaux , ou plus rarement y prenant
la fdace du test lui-même. Les fossiles con-
vertis en vivianitc nous offrent , comme nous
l'avons déjà vu ci-dessus, un magnifique
exemple d épigénie minérale. Le phosphate
de chaux, qui constituait la plus grande partie
du corps organique à Tétat vivant, a fini par
perdre en lotalité sa base alcaline, Toxyde de
calcium , pour «^attribuer une autre base mé-
tallique, 1 oxide de fer; de là, formation du
phosphate de fer. Ces sortes d'épigénies sont
|>eutHêtre plus fréquentes qu*on ne le pense;
seulement, dans un grand nombre de cas, la
transformation chimique s'est faite de telle
sorte que la structure organique ou les formes
extérieures des fossiles ont été anéanties;
c'est alors surtout qu*on a la vivianite pulvé-
rulente, si fréquente dans certains terrains
abondants en débris or^niqucs.U existe en
Oimée un dépôt tertiaire où se trouvent
ries coquilles dont le tcct est en partie con-
servé avec 5a substance »rimitive, tandis que
rinlérieur est rempli ae cristaux diverse*
ment entre-croisés de vivianite prismatique
bleu foncé. M. d'Orbigny possède de magni-
fiques échantillons ainsi tapissés de cristaux
de fer phosphaté, qui lui ont été donnés
par M. Hommaire de Hell.
A la Bouiche, en Bourgogne, on a trouvé
des vertébrés fossiles dont l'intérieur était
tapissé de cristaux de cette substance. Le fer
phosphaté bleu pulvérulent revêt quelque-
ibis, sous forme de belles taches bleues, la
surface de certaines coquilles; tels sont
quelques échantillons de Grignon, près de
Versailles. Dans ces sortes d'épigénies , on
rencontre encore quelques traces de matière
organique: ainsi M. Thompson a trouvé,
dans un échantillon de vivianite, 2,80 sur
100 de cette matière. Enfin, on rencontre,
dans certaines couches, des fragments d'i-
voire, des dents ou autres parties de divers
animaux pénétrés de fer phosphaté, qui leur
a donné une couleur bleue. Cette couleur
les a fait comparer aux ^tirguot^e^ orienta-
les, qui ne sont autre chose que des substan-
ces pierreuses colorées par de l'oxyde de
cuivre, et susceptibles de recevoir un beau
poli. Les fausses turquoises (calaîtes), qui
seules doivent nous occuper ici, ne préscn*
tent pas une transformation organique com-
plète. Le phosphate de fer y existe en faible
Juantité, proportionnellement au phosphate
e chaux qiii subsiste encore.
Sidérose (fer carbonate). Cette espèce mi-
nérale n'existe guère dans les fossiles qu'à
l'état lithoïde ou compacte. Tout le monde
connaît ces sortes de masses sphéroïdales
aplaties ou noduleuses, irréguliêres, de fer
carbonate dont la grosseur est variable,
qu'on rencontre quelquefois en grand nom-
bre dans certaines couches de l'étase carbo-
niférien, souvent disposées sur des plans
parallèles à la stratification. Ces masses ar-
rondies {sphérosîdérites^ fer oolitique des
houillères) sont pleines et compactes; mais
on remarque souvent qu'elles se composent
de couches conoenlriqnes, et qu'au milieu
se trouvent, parfois, des corps organisés,
des poissons fossiles. Ces nodules de fer car-
bonalé lithoïde ne sont pas exclusifs aux
terrains houillers. On voit dans Télage lia-
sien , au milieu d'argiles très-fines, aux en«
virons de Nancy (Meurthe), par exemple,
des nodules semblables, contenant un
échantillon d'ammonite, ou beaucoup d'au-
tres coquilles.
Le cuivre fournit quelques-unes de ses
espèces au remplissage des corps organisés ;
la chalkopyrite (sulfure double de cuivre et
de fer) parait même avoir, sous ce rapport,
quelque fréquence. C'est surtout dans les
terrains triasiques que les émissions sulfo-
cuivreuses (si telle est Torigine du cuivre
qu'on rencontre en certaine abondance
^ans ces terrains) paraissent avoir exercé
une action plus marquée. Les schistes bitu-
mineux de Mansfeld contiennent de nom-
breuses empreintes de poissons dont les
écailles 5ont à l'état do cuivre sulfuré Berg-
803
FOS
DICTIO.NNAIRE ÙE COSMOGONIE
FOS
304
mann a cité une anomie complètement con-
Tertie en cuivre sulfu-ré, qui aurait été
trouvée en Norwége , dans une gangue de
minerai de fer magnétique (?). EnGn , on dit
qu'il existe en Sibérie des végétaux trans-
formés en chalkopyrite. La c/ia//:o«//ie (cui-
vre sulfuré) existe à Frankenberg (Hesse) ,
sous forme do petites masses ovales et apla-
ties, dont la surface présente des espèces
d*écailles imbriquées à la manière des cônes
de pin. Cotte configuration a fait penser à
quclaues naturalistes que les tvpes de cette
pseudomorphose pourraient liien être des
portions de cônes de pin , qui auraient été
pénétrées ou même remplacées par le cuivre
sulfuré. D'autres croient que ce sont les épis
d'une espèce de graminée, le Phalaris but^
bosa de Linné. Quoi qu'il en soit , cette va-
riété de cuivre sulfuré <}u*on a nommée ,
dans le pays, argent en épis, se trouve dans
des filons qui traversent le terrain primitif,
et reposent sur une gangue argileuse. Ces
deux circonstances semblent exclure Tidée
que la pseudomorphose ait été produite sur
une substance végétale , ou pour mieux dire
sur une substance organique. Enfin on cite
des fossiles transformés en azurite et en
malachite, entre autres des végétaux en
Sibérie.
Le plomb est représenté, dans les fossiles,
par la galène (plomb sulfuré). Il existe aux
environs de Seraur (Côte-d'Or) des huîtres
complètement transformées en cette subs-
tance; mais, le plus souvent, elle a été
trouvée seulement en cristaux disséminés
dans des végétaux. On cite également une
belle impression de feuille découverte sur
dn plomib sulfuré, dans les houillères de
Zwickau.
Il existe, dans certains districts du Missis-
sipi supérieur, riches en gisements de
plomb, des calcaires dont les fossiles sont
remplis de galène.
Le mercure cinabre (mercure sulfuré),
plus ou moins mélangé de substances im-
pures, remplit quelquefois les cavités de
coquilles de mollusques ; rarement il rem-
place la substance môme de leur test. Le
mercure sulfuré appartient aux terrains pa-
lâeozoïques, les roches qui le renferment en
p!us grande abondance sont le grès houiller
proprement dit, le grès quartzeux, les
schistes bitumineux et les argiles endurcies
subordonnées au calcaire qui recouvre la
première de ces roches. Presque toujours ,
dans ce dernier gisement, le mercure sul-
furé est accompagné de débris de corps or-
ganisés, tels qu'empreintes de poissons, co-
Suilles fossiles, bois silicifié, petits amas
e houille et d*anthracite.
Le zinc présente deux espèces principales
ayant quelque abondance dans la nature : la
calamine (ziuc silicate) et la blende (zinc sul-
furé). La calamine, dans beaucoup de pays,
existe en véritablss couches étenaues; on a
cru reconnaître, dans ces couches ou dans
les dépôts qui leur étaient immédiatement
liuperposés des échantillons de cette subs-
Ittitce leuipUs^ant des coi aux ou des coquil-
les. Bergman» assure aussi avoir tu de la
blende sous forme de coraux. Ces deux faits,
ou du moins le dernier, sont sujets à cou-
troverse.
Il nous resterait , pour terminer la liste
des substances minérales rencontrées jus-
qu'à ce jour dans les fossiles, à parler de
certaines substances charbonneuses qui rem*
}>lacent quelquefois les corps organisés en-
buis dans les couches. Telles sont, en par-
ticulier, les substances bitumineuses; mais,
comme, dans ce cas, la matière de remplis-
sage provient de la décomposion même des
principes charbonneux dont le corps de l'a-
nimal était en partie formé à l'état vivant,
nous en parlerons, plus tard» en traitant du
processus ou procédé de la fossilisation.
S III.
Processus de fossilisation,
La fossilisation^ ou pour mieux dire, le
processus de la fossilisation est une sorte d(^
phénomène par lequel un corps organisé
perd plus ou moins de sa jiature primitive
et normale pour se convertir en une subs-
tance nouvelle qui, sous la forme du corps
organisé lui-même, présente des carai*tères
de romposition chimique ou de structure
plus ou moins différente du corps origiuiire.
On distingue plusieurs modes de fossilisa-
tion. On connaît plusieurs procédés de fos-
silisation.
Fossilisation par altération ou mieux pat
ablation simple. Le corps organique perd
une partie de ses éléments premiers, et en
général, d'abord sa matière animale plus
vite décomposable et volatile. C'est le cas de
la plupart des fossiles récents des cavernes,
des coquilles contemporaines, etc. Ce mode
de fossilisation semble être le premier pas-
sage par lequel le corps organïsé, qui doit
devenir plus complètement fossile, com-
mence ses phases de transformation.
Fossilisation par incrustation^ à la sur-
face. C'est une sorte de procédé mécanique
dont reflfet est de recouvrir, d'envelopper»
et même, jusqu'à un certain point, de péné-
trer un corps par une substance nainerale,
3ui vient se montrer à sa surface, comme
es cristaux d'un sel se groupant autour
d'un fil qu'on suspend dans une dissolution
saturée. Après cette incrustation, le v^rps
intérieur [)eut avoir disparu par une cause
quelconque, ou bien avoir échappé à la de^-
truction et subsister avec toutes ses formes
et sa nature première. Le corps intérieur,
totalement détruit, a laissé après lui un vide
qui représente sa configuration extérieure
ou intérieure et un nouveau mode de fosM-
lisation s'ajoute alors au premier, celui de
la pénétration^ que nous aurons occasion
d'expliquer tout à l'heure. Les substance*
minérales inscrusiantes sont principalement
le carbonate de chaux et la silice. On sait
crue le carbonate de chaux est soluble dans
1 eau ordinaire, à la faveur d'un excès d'a-
cide carbonique. Toutes les eaux contien-
nent de i acide carbonique ; il en est mèoie
FOS
ET DE PALEONTOLOGIE.
FOS
56»
((ui en ooDliennent plusieurs fuis lecr vo*
lame: mais, à l'air et à la tein|«érature ordi-
naire, Texcès cFacide, en vertu de sa force
éiftstiqne, ne tarde pas à reprendre l'état de
gaz, ce qui explique très4»ien comment les
eaai acidulées on gazeuses forment des in-
crustations sur les corps qu'elles baignent.
Telles sont, par exemple, les eaux de- Saint-
Philippe en Toscane* de la fontaine de Saint-
AlljTe« près de Clermont. Lorsque Tincrus-
latTon est longtemps prolongée, elle ne tarde
pas à se communiquer, de proche en proche,
dans rintérieur de la masse du corps in-
crusté; et, alors, au premier phénomène
Tient s*aiouter celui de la pénétration. Peu
de fossiles sont simplement à l'état d'tn-
cruMtaiion.
On a encore Quelques antres exemples de
substances minérales incrustantes, comme
les sulfures de fer ou de cuivre, la limonite,
etc., mais ces cas sont beaucoup plus rares.
On cite toutefois de fort beaux exemples de
concrétions pyriteuses dans certains terrains
(les argiles de Dires, Tar^le plastique ter-
tiaire, etc.). Sans ce dernier étage, les corps
organisés, enveloppés de la croûte py^riteuse,
sont altérés^ mais non pas complètement
remplacés. Cette croûte elle-même est essen-
tiellement tuberculeuse, mamelonnée, ce
qui ne permet aucun doute sur son mode de
formation.
Fossiiisaiion par introduction mécanique
grossière. Ce mode de fossilisation se rap-
fiorte principalement aux corps organiques
dont 1 enveloppe, osseuse, cornée ou testa-
rée, présente une cavité plus ou moins close,
munie toutefois d'ouvertures qui permet-
tent une entrée facile aux matières des sédi-
ments environnants. On rencontre ce mode
lie fossilisation dfos la plupart des mollus-
ques fossiles dc.it le test circonscrivait une
cavité intérieure fins ou moins complète où
pouvait s'opérer très-l ibrement Fin troduction •
méeaniqne des substances minérales envi-
ronnantes. Le test, dans ces coros, est assez
résistant; les substances minérales intro-
duites pouvaient en prendre facilement la
fonney en donnant dinsi naissance à ces sor-
tes de novaux de remplissage que nous avons
appelés des moules intérieurs. — Voy. Moule.
— Le test ainsi enveloppé à l'extérieur, rem-
pli à l'intérieur, perd msensiblement, sous
riiiflaence de certaines circonstances envi-
ronnantes, une partie de ses éléments cons-
tituants. Ces casse présentent fréquemment;
mais en général le test a acquis de nouveaux
I»rincipes empruntés à la couche elle-même
qui Tenveloppe.
Fossilisation par pénétration moléculaire^
oo en quelque sorte par introduction plus
intime de matières beaucoup plus ténues.
\j3L pénétration est une sorte de (iltralion
des matières solides au travers de la masse
'rganique. Elle accompagne souvent lesin-
«.mstations chez lesquelles il est rare que
\^ matière incrustante s'en tienne à la sur-
face extérieure. Peu de fossiles ont échappé
à son influence: car, dans tout liquide chargé
«le sédiments , les parties sédimentaires
peuvent se trouver à un état d'extrême
division , voisine , pour ainsi dire , de
l'état de dissolution. Un sédiment très-Gn
n'aura pas de peine à pénétrer des substan-
ces déjà altérées, et chez lesquelles le dé-
placement des premiers éléments qu'aura
entraîné la décomposition, aura laissé, par
là même, de nombreux vides îutermolé-
culaires. Toutefois, la matière animale peut
être pénétrée de substances minérales sans
rien perdre, pour ainsi dire, de sqs élé-
ments organiques: ce qui distingue ce pro-
cédé d'un autre, celui de la substitution^
oit la perte des éléments est plus ou moins
complète. Enfin, pour bien distinguer la pé-
nétration de l'introduction, il nous suffira
d^ajouter que celle-ci a lieu dans les cavi-
tés qui lui sont offertes, tandis une celle-là
se fait au travers des parois elles-mêmes
de ces cavités, ou encore au travers des
corps pleins dans toute leur masse. Un seul
exemple fera comprendre cette distinction.
On rencontre souvent des ammonites dont
la dernière loge, celle qui est immédiate-
ment en rapport avec le milieu environnant,
se trouve remplie par des cassures, de la
pAte plus ou moins grossière qui forme la
couche oii elles ont été déposées, tandis
que les autres loges sont remplies d'une
pAte fine ou même seulement tapissées de
cristaux. La substance minérale qui rem-
plit cette dernière loge est ici une substance
introduite; celle qui remplit les loges sub-
séquentes, et qui est souvent d'autant plus
fine que les loges sont plus éloignées de
la première, ainsi que les cristaux eux-mê-
mes, a pénétré, au contraire, à travers la
coquille du cépbalopo<le. «
Fossilisation par substitution : un élément
étranger pénètre dans la substance organi-
que, pour y remplacer mécaniquement un
ou plusieurs éléments, ou même pour y
remplacer le corps total. Ce cas est assez
rare, car, dans la plupart des corps organi-
sés qui paraissent au premier aspect com-
plètement remplacés, on rencontre encore
des indices de matière animale; tels sonli
par exemple, des lérébratuies etdes productus
des roches siluriennes de Malvern, qui ont
laissé pour résidu de légers flocons de ma*
tière animale ressemblant à la membrane
fraîche d'une coquille-
Onsaitaussiqucdans les boissilicifiés, qui
qui offrent l'un des meilleurs exemples de
minéralisation connus, la matière végétale
existe encore, suivant les expériences de
Parkinson.
Les coquilles remplacées par le fer oli-
giste de Semur fournissent peut-être le plus
bel exemple de substitution totale.
Fossilisation par conversion chimique. Ici
le procédé n'est plus mécanique, comme
dans la plupart des cas précédents. Des lois
secrètes, que nous ne connaissons encore
que par leur effet, président à ce nouveau
mode de fossilisation. Tantôt la conversion
chimique s'exerce sur les éléments organi-
ques eux-mêmes qui constituent le corp,<
soumis à cette sorte de couyersion. Ca.
567
FOS
DICTION^NÂUŒ DE COSMOGONIE
FOS
5<>g
éléments entrent alors dans de nouvelles
combinaisons donnant lieu h des corps com-
posés nouveaux qui ronservent toutefois
leur forme première; telle serait, par exem-
file la conversion de certains animaux en
ûtume. Parfois d'autres éléments extérieurs
arrivent pour se combiner aux éléments
existant déjà ; enfin, laniôt la conversion
chimique est partielle, tantôt elle est com-
plète.
Fossilisation par transformation de la
structure intérieure. C\»st un simple acci-
dent de cristallisation par leqiïel les mo-
lécules ont pris un nouvel arrangement et
se sont groupées entre elfes, suivant des faces
ou dans des directions électives, propres à
chaque espèce minérale; accident fréquent
à réiat fossile. Le carbonate de chaux^ qui
constitue en çranrie partie le test des co-
quilles, et qui présente généralement une
structure compacte, rarement fibreuse, à
l'état vivant, acquiert ainsi dans les fossiles,
une structure lamellaire, souvent même .spa-
thîquo, et quelquefois nettement fibreuse >
chez certaines espèces. Souvent les subs-
tances organiques solides, en passant à l'é-
tat fossile, au lieu de perdre complète-
ment leur structure organique première,
changent seulement quelrrues-unes de leurs
propriétés physiques. Tel corps, d'opaque
Su'il était (des astartés de 1 étage oxfor-
iea) devient translucide ou même transpa-
rent; tel autre est plus cassant^ tel autre
plus léjçer, et ainsi de suite.
Après avoir décrit les divers modes de
fossilisation, il nous sera facile d'expliquer
te processus lui-même de la fossilisation.
Dans tous les cas précédemment supposés,
la fossilisation n'a pu se faire que par Vun
des trois procédés suivants, et quefquefois
par deux ou les trois réunis : par voie mé^
canique, par voie galvaniquey par voie élec^
tro^himtqu^s.
Si, de nouveau, nous passons en revue
ces divers modes de fossilisation qui va-
rient pour chatjue fossile, suivant l'espèce,
suivant le milieu environnant et suivant
les substances minérales qui ont fourni à
leur transformation ; si nous cherchons les
causes qui ont amené leur changement, ce
phénomène si simple en apparence nous
apparaîtra plus complexe, car à ce phéno-
mène se rattache, pour ainsi dire toute l'his-
toire de la formation et des transformations
des cmiches solides.
Lorsque les corps organisés simplement
livrés à eux-mêmes sont exposés à Faction
des a;jçnts extérieurs et à Finfluence directe
de Fàir atmosphérique après leur mort , la
décomposition en est complète. La simple
altération des corps fossiles est donc un
phénomène naturel essentiellement lié aux
lois de décompos tion cpii régissent l'ensem-
ble du règne organique. Lorsqu'en effet les
matières animales ou végétales humides sont
abanionnéesàellos-mèmesà la température
ambiante , bientôt l^urs principes se sépa-
rent. Les uns se combinent dans un autre
ôrdi^, et donnent lieu à bcau?ou;> de pro-
its, parmi lesauels on compte l'eau, le
c carbonique, I acide acétique, l'ammo»
duits
gaz
niaquc , l'hydrogène carbonné, etc.; les
autres, qui se dégagent, sont formés avec
ccux-ri et emportent eux-mêmes une por-
tion delà matière à demi décomposée. Quand
la matière organique a le contact de Tair
libre,. elle fmit par se dissiper ainsi tout
entière ; mais, lorsqu'elle est enfouie dans la
terre immergée, ou enveloppée dans les sédi-
ments sous-marins, quelques-uns de ces
éléments subsistent encore dans ces milieux
après la décomposition, et c'est sans doute à
la présence des substances animales, désa-
grégées et disséminées après leur décompo-
sition, çu'il faut attribuer Fodeur féline ,
tantôt bitumeuse, tantôt alliacée, tantôt amo-
niacale , etc. , que répandent certaines
roches , lorsqu'on les casse ou qu'on les
frotte, les calcaires noirs, carbonifères, par
exemple , et en général les roches compo-
sées d'une grande quantité de débris orga-
niques.
Enfin, lorsque la matière animale» outre les
parties charnues, vasculo-cellulaire, molle,
etc. , contient des parties solides salines, à
bases terreuses ou alcalines , celles-ci sont
les dernières à subir une décomposition
totale. Elles perdent d'abord leurs principes
volatils ; tels que ceux que nous avons énu-
mérés ci -dessus. Leurs autres principes plus
fixes finiront bien à la longue par disparaî-
tre eux-mêmes, mais ils résistent longtemps.
Lorsqu'après leur première altération par
la perte de quelques-uns de leurs éléments»
les os fossiles sont plus poreux, plus légers,
Elus cassants, et que les sédiments viennent
les envelopper, ils offrent tous les élé^
ments nécessaires à une conservation com-
plète. N'oublions pas qu'au nombre des
principes constituants qui résistent le plus
longtemps à la décomposition dans les ani-
maux , il faut citer principalement les
phosphates et carbonates de chaux, le phos*
phate de magnésie, des traces d*alumine,de
silice , d'oxyde de fer, etc., principes que
nous avons rencontrés dans les os des verté-
brés , et dans les enveloppes cornées ou tei-
(acées des animaux appartenant aux autri$
grandes classes du règne animal.
L'introduction, comme la pénétration, sont
des procédés de fossilisation faciles à com-
prendre. Nous ne nous y arrêterons pas plus
longtemps. Nous ajouterons seulement ici
que l'altération par décomposition putride
ou par soustraction simple , prépare généra-
lement les fossiles à la pénétration, et que
celle-ci sera, dans tous les cas, d'autant
plus prompte et plus facile que le corps lui-
même sera [>Ius poreux et conséquemment
plus perméable, Il est même assez difficile
de concevoir qu'un corps, une coquille de
mollusque par exemple, puisse être péné-
tré de substances étrangères, s'il n*a pas
préalablement perdu quelques-uns desprin-
cij>es qu'il contenait à l'état vivant.
La substitution dans les fossiles n*a de
mécanique que le transport des molécules
substituées; mais les forces qui président à
S6f
OS
ET DE PALEONTOLOGIE.
FOS
£70
ce transport sont compliquées et difficiles à
saisir. Nous croyons que rélcctrieité de
contact et Pélectricité pnr inOuence jouent
ici un grand rôle, pour déterminer le
départ premier des molécules qui Tont s'u*
nir à la substance organique » pour en
déplacer des substances déjà existantes et y
former quelquefois de nouTclles combinai-
sons. A ce moment commence l'affinité chi*
miqne, et les deux forces réunies (peut-èlre
n*est-ce qu'une seule et même force accusée
Car des résultats un peu differenls) contrit
uent à former lentement les modifications
qu*ici nous avons désignées sous le nom de
substitutions. Le galvanisme etTélectro-cbi-
mie ont été encore bien peu étudiés sous
le rapport de leur influence dans les phéno-
mènes naturels, mais les savantes expérien-
ces de M. Becquerel à ce sujet ont déjà fait
faire un grand pas à la science , et nous
voyons du moins clairement , dès aujour-
dliai y ce qui nous reste à faire pour com-
pléter nos documents sur ce sujet. L'attrac*
tif>n électriçiue jointe aux affinités chimiques
nous fournit d'excellents moyens pour expli-
quer la substitution dans les fossiles , et ces
forces cachées sont, sans doute, plus gêné*
raJes qu*on ne Ta cru jusqu'à présent.
Dans les substitutions électro-chimiques,
le corps organisé re|)résenle probablement ,
par rapport au milieu ambiant, Tun des
pôles d une pile voltaïque dont le milieu
Serait le pôle Apposé positif ou négatif; fait
d^autant plus vrai qu un grand nombre de
substances minéralesqui entrent dans la com-
position des fossiles pétrifiés sont insolu-
oles par les moyens connus ; que leur trans-
port n'a pu, par conséquent, se faire parun
mojen simplement mécanique ou chimique
et que la substance elle-même du fossile est
souTent totalement différente de celle des
couches environnantes. On dit, dans ces
e&^là, que le corps organisé a servi de
point de départ à la matière minérale tenue
en dissolution ou en suspension qui est
Tenue se grouper autour d'un centre ou d'un
axe, comme des cristaux d'alun, par exem-
ple, on de sulfate ferrique autour des corps
étrangers qu'on introduit quelque-fois dans
leurs dissolutions, pour les faire cristalli-
ser; or qu'est-ce que ce point de départ ou
cette sorte d'attraction moléculaire, sinon
une dépendance des effets électroK^himi-
qccs T
Sous rencontrons à chaque pasT dans les
roaches fossilifères, des exemples remarqua-
bles de ces sortes de phénomènes, postérieu-
rement à leur dépôt, ou même se continuant
encore de nos jours. H n'y a rien en cela
d^étonnant. La diversité i\es éléments dont
se composent les roche?, la nature des fos-
siles à l'état vivant, qui diffère totalement de
celle de ces roches elles-mêmes, le degré
plus on moi us grand d'humidité qu'elles
renferment, deviennent en certaines circons-
tances, les éléments d'autant de piles qui
donnent lieu à des courants électriques puis-
sants, quoique imperceptibles. Tiran»! nom-
bre d*oolitbes ont été ainsi formi»s : les
sphérosidcrites, lea incrustations pyriteuses,
les silex noduleux enveloppant des cpri^s
organisés, etc., sont dans le même cas. On
sait que la plupart des grains oolithiques
contiennent à leur centre un^rain de sable,
ou un petit corps organisé qui a servi pro-
bablement de centre d attraction à la matière
oolithique. Autour de ce centre se sont
groupées plusieurs couches concentriques
successives de cette matière. Les oolilhes
calcaires et les oolithes ferrugineux sont
dans le même cas. Les rognons sphéroidaux
plus ou moins réguliers de fer rarl)onaté li-
tho'ide qu'on rencontre dans les terrains
bouillers (ainsi nommés fer oolithique des
houillères), ont une origine analogue. Ces
sphéroïdes sont pleins et compactes, mais on
remarque qu'ils se composent d'une croûte
formée par la réunion de plusieurs couches
enveloppantes qui se séparent on calottes
creuses. Ordinairement riniérieur en est
rempli de cristaux de quartz de chaux car-
lionatée ; plus souvent, il contient des corps
organisés.
Nous avons {uirlé de l'origine des rognons
de silex qu'on rencontre abondammentdans
divers terrains, comme les silex pyroma-
ques de la craie, etc. Ce sujet a fixé long-
temps] attention desçéolo^es, et plusieurs
opinions plus ou moins différentes ont été
émises sur leur mode de formation. Nous
ne voyons là qu'un phénomène purement
électriaue dont les forces umllipHées ont
agi, à i époque de la formation des couches
e( postérieurement à leur dépôt.
Un autre phénomène non moins général
et non moins puissant que les forces eiectro-
chimiques, le galvanisme et réiectricité
simple, a dû présider an remplissage des
fossiles: c'est l'électro-magnétisme. Le phé^
nomène de la substitution, des incrustations
et, en partie, de la conversion chimique,
que nous avons vu emprunter à l'électro-»
chimie des forces dont les résultats sont
pour nous irrécusables, est aussi, dans
quelques cas, étroitement lié arec Télectro*
magnétisme ; mais, c'est surtout à cette der*-^
nière série d'agents souterrains qu'il faut
rapporter la transformation cristalline et les
accidents divers de cristallisation qu*on ren**^
contre si fréquemment dans les fossiles , et
surtout dans les fossiles des anciens étages*.
On sait combien sont décisivesles expérien-^
ces faites, depuis quelques années, en An-
gleterre, sur la puissance, la direction , la
nature des courants magnétiques dans l'in*
térieur des roches, et sur les effets produits
par de tels courants. Ces courants ont une
action directe sur la formation des minéraux
et sur la transformation moléculaire des
roches qu'iis traversent. PcutHêlre ces sortes
d'effets s'expliquent-ils par la filtration au
travers des masses minérales d'eau chargée
principalement de dissolutions métalliques.
Les minéraux se déposeraient, ainsi suivant
leurs conditions électriques, et la direction
des dépôts serait influencée par celle du œé*
ridien magnétique. On sait aussi que cette
direction a une tendant e générale de l'est à
S7l
FOS
D1CT10NNAIUE DE COSHOGONIË
FOS
m
Toaest, du nord-est aa sud-ouest. On con-
naît, du r'îst^, les travaux de M. Becquerel
à ce sujet ; ils sont antérieurs à tous les
autres dans le même (^cnre. Les forces élec-
tro-magnétiques paraissent agir avec plus
d'intensité dans Jes terrains les plus an-
ciens; leur action dans ces terrains asit
sans doute encore de nos jours autant qu'elle
a agi aux époques anciennes. Là , sont les
plus nombreux filons , veines ou masses
minérales et principalement métalliques.
Les roches sédimentaires ont rarement con-
servé, dans ces terrains, leur texture pre-
mière, grossière, compacte, terreuse; elles
V sont devenues plus ou moins cristallines,
lamellaires; leur couleur a changé, et les
fossiles qu'elles contiennent ont générale-
ment [lassé à un état cristallin, qui contraste
môme, dans nombre de cas, avec la texture
moins cristalline des roches elles-mêmes
qui les contiennent. Tels sont, par exemple,
les marbres bélemni tifères de la Tarentaise, et
les calcaires coralliens des environs de La
Rochelle.
Les corps organisés qui se détachent ainsi
nettement de Ta masse, étaient probable-
ment déjà fossiles quand a commencé sur
eux Taction électro-magnétique; elle n'a
fait ainsi que transformer leur structure
ittiéneure, sans ajouter de nouveaux élé-
ments à la pétri lication. C'est aussi aux
forces incessantes de l'électro-magnétisme
souterrain, qu'il faut rapporter ces filons
qu'on voit quelquefois sillonner, dans tous
les sens, la plupart des fossiles de certaines
localités. Nous possédons de nombreux
échantillons ainsi traversés de i)etits filons,
provenant des étages carboniférien, liasien,
albien, etc., etc. Ce singulier phénomène
s'observe surtout d'une manière remar-
cfuable à Mont-de-Lans (Isère), sur des
échantillons de bélemnitcs. Tantôt le filon
participe de la nature môme de la substance
minérale qui remplit le fossile; tantôt ces
liions sont de nature différente, le plus sou-
T6nt quartzeux ou métalliques. Ces faits
sont au plus haut point dignes de notre at-
tention, et nous expliquent combien de forces
83crètes, que nous ne connaissons pas assez,
parce que nous n'en faisons pas l'objet d'ob-
servations directes, agissent incessamment
dans les couches souterraines et peuvent
très bien nous expliquer la plupart des
transformations qu ont subies les roches, et
que nous avons trop de tendance à attribuer
à des actions générales de métamorphisme
direct par l'action immédiate de la chaleur
de contact. Le métamorphisme à de grandes
distances est certes inadmissible. Les forces
électro-chimiques ou ma-çnéli(jues sont uni-
versellement rt'pnndues dans les masses, et
donnent une meilleure idée des effets pro-
duits à de grandes distances, et sur de larges
étendues.
Le mode de transport des molécules miné-
rales dans les fossiles, ou le groupement de
celles-ci, dans telles ou telles circonstances
particulières, au moyen de courants élc;>
tri<iucs souterrain-, olfre que'«iucfoi5 des
accidents dignes d'intérêt, et qui nous don-
nent une juste idée de la force de ces cou-
rants. Tantôt l'enveloppe testacée qu'on
rencontre à l'état fossile, demeure avec la
même composition et la même nature que
les couches environnantes, Tintérieur ou la
cavité se tapissant de cristaux à formes très-
nettes ; tantôt cette enveloppe testacée elle-
même est de nature plus ou moins différente
de celle de la couche environnante, tandis
que sa cavité est remplie par la matière de
la couche elle-même; tantôt la cristallisation
a paru soumise à certaines lois symétriques,
toujours les mêmes pour la même espèce
(les échinodermes). Les fossiles présentent
unecristall isationa'autantplus nette, aueleur
cavité a été moins remplie par la substance
minérale qui a pénétré dans leur intérieur.
Lorsqu'il existe un vide dans la cavité du
fossile, la filtration des substances minérales
solubles au travers du test est plus facile, et
la dissolution, une fois introduite, trouvant
l'espace libre au groupement moléculaire des
substances qu'elle dépose, donne lieu, sous
l'influence cle l'électricité, à une multitude
de petits cristaux qui tapissent l'intérieur de
la cavité, en affectant les formes propres àcha-
que substance. Souvent la nature de ces cris-
taux est difTérentedecelIe de l'enveloppe tes-
tacée elle-même. Dansies ammonites deFou-
tenay (Vendée), par exemple, les loges sont
souvent tapissées de cristaux de guartz, tan-
dis que le test lui-même est palcaire, suivant
la nature des couches où on les rencontre.
Un spatan^e, qui existe dans la collection
minéralogique du Muséum d'Histoire natu-
relle, présente le test à l'état calcaire et spa-
thique, la croûte qui l'enveloppe en partie
est crétacée; l'intérieur du spaiangue est re-
vêtu d'une couche mince de silex, et sur
cette dernière enveloppe intérieure on re-
marque de nombreux cristaux de baryte et
de strontiane sulfatée. Les divers genres de
la grande classe des échinodermes présen-
tent fréquemment de ces accidents de cris-
tallisation plus ou moins remarquables.
Leur structure poreuse favorise, sans doute,
plus spécialement chez eux, la transforma-
tion moléculaire au moyen des agents élec-
triques; et la perte de la petite quantité de
matières animales que ces corps contiennent
permet plus promptement ces sortes de trans-
formations.
En appliquant artificiellement les divers
moyens que la nature a employés pour faire
des fossiles, on est parvenu, par des expé*
riences modernes, à des résultats Irès-rap-
prochés. On connaît les belles expériences
de M. Gœppert, entreprises ilans le but do
changer des substances vé^jétaleset aniraal<*s
en substances terreuses et métalliques,
sans altérer leur tissu ni leur structure. Il
obtient ces changements au moyen db dis-
solutions assez concentrées, dans lesquellts
on laisse tremper ces substances jusqu'à ce
3 ne les solutions aient entièrement pénétré
ans rintérieur des corps organiques. En
exposant ceux-ci à un feu assez vif,' il dé-
truit le tissu organique et obtient la subs-
»55
ros
ET DE PALEONTOLOGIE.
FOS
^m
;jnc6 des caratières que peut fournir leur
cciinposition chimique comparée pour la
distinction des classes auxquelles ils appar-
tiennent. Nous dirons seulement que chacun
d'eux n'est qu'une simple dépendance du
fissu cuticulaire, et comme tel se compose
presque exclusivement de matière animale
semblable au mucus. On y rencontre, de
plus, un peu de phosphate de chaux, du
carbonate de la même hase, de Toxyde do
manganèse, du fer oxydé, du fer sut furé^ une
quantité notable de silice et une quantité
plus notable encore de soufre. Celte der-
nière circonstance mérite de fixer un instant
notre attention. On attribue à la décomposi-
tion de substances animales la grande quan*
tité de soufre, généralement à Tétat de sul-
fure» qu'on rencontre dans certaines cou-
ches d'origine sédimentaire où abondent
effectivement certains débris organiques.
L*explication nous parait peu probable, ou
du moins insuflisante.
LesplumtSj chez les oiseaux, dépendent,
comme les organes précédents, du système
cuticulaire; elles se composent également,
en grande partie, de mucus animai.
Que conclure de tous ces faits? Qu'on es-
Férerait en vain trouver avec abondance, à
état fossile, la plupart des organes que
nous venons de citer : d'abord leur solitlité
et leur résistance aux agents mécaniques
extérieurs n'est pas très-grande, et puis ils
se composent d'éléments, tout à fait insta-
bles, dont Ja putréfaction s'empare i>rompte-
ment. Car la plus grande j>artie de ces élé-
ments sont soiubles. Aussi les ras de crins,
j.oiU, ongles, etc., fossiles, cités jusqu'à ce
jour sont-ils extrêmement rares et, en quel-
que 5orte, exceptionnels.
Deê iégumenls et autres pièces cornées des
animaux annelés. — Dans l'embranchement
des annelés , la classe qui compte le plus
grand nombre de représentants à l'état fos-
sile est, sans contredit, celle des crustacés.
La classe des annéiides, moins toutefois les
tubicoies , et celle des arachnides n*ont
laissé, au sein des couches, que quelques
vestiges de leur existence. Apres les crusta-
cés, viennent, par ordre d'abondance, les in-
sectes, puis les cirrhipèdes. Ceux-ci, par la
g.ande analogie de leur enveloppe testacée
avec celle des mollusques, se rencontrent
a!>ondamment dans quelques terrains.Voyons
jusqu*àquel point les conditions chimiques
#ïe ces différpnls corps pourront expliquer
l<Mjr abondance relative dans les couches
.«•rrestres.
l/cnveloppe solide des crustacés est for-
mée d'une grande quantité de carbonate de
r;]iaux, d^une moindre quantité de matière
animale et d'une quantité toujours décrois-
sante de phosphate calcaire. Toutefois la
proportion de ces éléments varie avec rani-
mai de tel ou tel ordre, ou même quelques-
uns d'entre eux peuvent disparaître com-
plètement suivant le genre. On voit, en ef-
fet, tel crustacé présenter une enveloppe
extérieure à peine cornée, tandis que tel
autre [présentera cette même enveloppe en-
croûtée de matière calcaire et constituant u.i
test d une solidité remarquable, comparable
même, dans certains cas, à celle des os des
animaux supérieurs. Ix^rsquc le squelette
tégumentaire du crustacé est de nature seu-
lement demi-cornée, elle se compose pres-
que en entier d'albumine et d'une substance
particulière nommée chitine^ substance qu'on
retrouve écçalement dans les téguments des
insectes. Lorsqu'au contraire la carapace du
crustacé est osseuse, on y rencontre, outre
l'albumine, les éléments que nous avons
cités ci-dessus ; mais dans l'un et l'autre
cas, la substance qui en constitue la base et
qui donne leur forme aux téguments est la
chitine, principe organique, découvert d'a-
bord qar M. Odier, retrouvé, [)lus tard, par
d'autres chimistes et étudié tout spéciale-
meiit par M. Milne Edwards. Ce savant zoo*
logiste a reconnu, dans la carapace du cor-
cin menade, environ 100 pour 100 de chitine,
18 d'eau, 63 de sels mêlés à un pou de ma-
tière animale soluble à froid dans une pe-
tite quantité d'acide "hydrochlorique faible
et environ 8 d'albumine. Dans les segments
dorsaux des anneaux abdominaux du même
animal, il a trouvé 20 |X)ur 100 de chitine et
54 de matières salines.
Cette observation prouve que certains
crustacés oifrent les conditions les plus fa-
vorables à la fossilisation : composition rhi'
mique et solidité se réunissent pour les pré-
server de la désorganisation putride et de la
destruction mécanique. Aussi les crustacés
présentent-ils, en général, un degré die con*
servation remarquable À l'état fossile, quel
que soit, du reste, leur âge géologique ; tels
sont, par exemple, les fameux trilobites de
Dudley, les crustacés déca^KHles de bien d'au-
tres localités ; et si nous ne trouvons pas un
très-grand nombre de ces animaux a l'état
fossile, dans toute la série des autres éUges,
c*est qu'apparemment la classe en était moins
nombreuse en individus que dans la nature
actuelle. N'oublions pas, du reste, que leur
composition chimique varie beaucoup dans
chacune des familles, dans cliacun des gen-
res, ou même dans chacune des es|>èces.
Le tégument externe dans les insectes est
souvent aussi, comme dans les crustacés, de
consistance rigide et cornée; il se compose,
ainsi que lesailes, chez ces mêmes animaux :
1* d'une manière animale particulière qu'on
a nommée entomoUine^ la même que nous
avons déjà nommée chitine dans les crusta-
cés ; 2* d'un autre matière animale propre,
qui a reçu le nom de coccine: 3- d'huile co-
lorée diversement suivant les espèces, A ces
trois sortes de principes organiques, il faut
ajouter de \Ki\ics quantités d'aiumino, do
sous-carbonalc de potasse, de phosphate de
chaux, etc. On voit , par cette composition,
que les téguments des insectes ont la plus
grande analogie avec la corne des animaux
vertébrés. Ce que nous avons dit des condi-
tions de fossilisation de ces derniers organes
s'applique donc é^j^alemont aux organes de
composition analogue qu'on retrouve chez
les insectes. Les insocte^ n'ont lai v^é à l'é^M
DîCTIO^:^, DE COSWOCOME ET DE PALÉONTOLOGIE.
18
675
CAS
DICTIOISNAlhE DE COSMOGOiME
CAS
57(i
nue tout entière de cette formation ; mais
ces espèces ne reproduisent qu'un p'îtil
nombre des formes que l'on rencontre main-
tenautdansTensemble des fougères vivantes,
et elles appartiennent en presque totalité à
la tribu des polypodiacées , qui renferme
encore maintenant le plus grand nombre
d'espèces arborescentes (360). Bans cette
même formation se rencontrent des frag*
ments de tiges de fougères arborescentes,
M. Brongniart voit dans cet ensemble de
circonstances les indices d'une végétation
analosrue à celles des lies des régions équi-
noxiaus du globe, et il en conclut que les
mémois conditions de chaleur et d'humidité
qui favorisent la végétation actuelle de ces
GANOIDIENS. Voy. Poissons.
GASTÉROPODES (7«(rTfl/), ventre, woûç, tro-
3of, pied). —Cette classe de mollusques, à
laquelle appartient le limaçon, a été ainsi
nommée par Cuvier, parce que les animaux
qu'elle renferme rampent sur une partie
charnue, très-variable dans sa forme, placée
sous le ventre et à laquelle, par analogie,
on a donné le npm de pied. La partie supé-
rieure se recouvre d'un manteau charnu,
entier ou non, recouvert ou renfermant une
coquille. En avant est la tète, plus ou moins
distincte, pourvue ou non de tentacules qui
remplissent les fonctions d'organe du tact,
ou sur lesquels ou près desquels sont placés
les yeux, lorsqu'ils existent. Au-dessous
des tentacules est ToriGce buccal, muni ou
non de lèvres et de mâchoires armées de
dents. Les gastéropodes, suivant qu'ils vi-
vent sur la terre ou dans les eaux, respirent
l'air en nature par un réseau vasculaire, ou
tardes branchies dans l'élément aqueux,
es sexes sont séparés sur des individus ou
réunis sur le môme.
Les gastéropodes manquent quelquefois
de coquille, alors ils ne laissent pas de trace
de leur existence dans les couches terrestres;
mais le pi us sou vent ils ont une coquille, ra-
rement interne, .{)resque toujours externe.
Les coquilles externes existent dans le plus
grand nombre des genres. Elles sont rare-
(360) Les foujîèrcs arborescentes qui ornent nos
contrées tropicales modernes allcigneiil une taille de
quarante à cnupianlc (licds.
On voit dans IVscaJicr dû Muséum britannique
une fougère arborescente haute de miaraute pieds
ahophila brunonlana provenant de Silhot, dans le
ïîengale. Les liges de ces fougères se distinguent de
celles de tous les nKmocolylédoncs arborescents par
la forme spéciale et la disposition des cicatrices que
laissent les pétioles après que les feuilles sont tom-
bées. Dans les palmiers et dans K's autres arbres
monocotylcdones, h s feuilles ou leurs pétioles em-
brassent la tige et laissent des cicatrices transver-
sales, allongées en forme d'anneaux, et ayant leur
Îdus grand diamètre (!ans le sens horizontat. Dans
es fougères, à la seule excoplion près des an^iopte-
r s, les cicatrices sont ellipliques ou rlsombotJalos,
et leur diamètre veflical est le plus gi and.
M. kù. Broiignluit (llisl »in' des vcuctaux fussiUSf
lies doivent avoir exercé une plus grande
influence encore sur la végétation du globe
pendant la formation des couches carboni-
fères de la série de transition.
Dans les couches de la série secondaire,
les fougères ont beaucoup perdu de leur
importance numérique, soit absolue, soit
relative. Elles forment un tiers à peu près
de la flore connue de ces périodes intermé-
diaires de la géologie.
Dans les couches tiTtiaires, leur nropor-
tion aux autres végétaux est à peu près celle
où nous les voyons dans les régions tempe*
rées actuelles de notre globe.
FRACASTORO Voy. Géologie.
FUSCHSHËL. — Voy, Géologib.
6
ment symétriques ou formées de parties pai-
res; d'ordinaire elles sont spirales, et alors
enroulées obliquement, montrant, d'un côté
la saillie formée par la spire, de Tautre \i
bouche ou Youverlure par où sort Tanimal,
et au centre. Taxe sur lequel les tours vien-
nent s'appliquer, qu'on nomme columeiU.
Lorsque celle-ci est creuse , on rappelle
ombilic. Le côté de la bouche qui touche la
columelle, nous l'appelons bordcolumellaire:
et le côté extérieur, labre. Ces coquilles va-
rient exlraordinairement de forme, depuis
la spirale incomplète, la spirale formée d'un
Eetit nombre de tours ou d'un çrand nom-
re ; ceux-ci formant une saillie conimie,
une spire surbaissée, ou fortement prolon-
gée, et alors turriculée.
La bouche de la coquille est également
très-variable de forme : elle est entière lors-
qu'elle n'a pas de sinus ; à bords unis, lors-
que les bords fpnt toute la circonférence,
ou & bords désunis^ lorsque les bords sont
Interrompus par la columelle. La j)Ouche est
échancrée, sinueuse, lorsqu'elle offre, près
du bord columellaire, un sinus par où sort
le tube respiratoire de l'animal. Elle est ca-
naliculée lorsque cette échancrure se pro-
longe en un tube plus ou moins fermé.
L'ouverture est souvent protégée par une
pièce cornée ou testacée qu'on appelle oper-
cule, dont les fonctions sont de protéger
l
. 261. Lxxix ctLXxx) a décrit et figuré la tige et
a feuille d*une fougère arborescente {Anomopiem
Monqeolii), du grès bigarré de llcilegenberg daos
les Vosges. On rencontre, dans la formation dtt nou-
veau grès rouge de ce même district, de belles feuil-
les de cette espèce ayant encore leurs capsules de
fructification adhérentes aux folioles..
Bf . Col ta a public un ouvrage intéressant sur les
débris fossiK s de fougères arborescentes aue Ton
rencontre en abondance dans le nouveau grès rouge
de Saxe, près de Chemnitz. (Dendroltthen Dresde et
Leipsick, 1832). Les débris consistent surtout dans
des fragments de tronc de plusieurs espèces perdues,
que leur structure rapproclie assez des fougères ar-
borescentes actuelles, pour que Ton paisse les rap-
porter presque sans hésitation aux espèces arbores-
centes de celle famille, qui était répandue sur la
surface de l'Europe à celte époque ocs formatiOM
secondaires.
577
CAS
ET me: PALEO}(TOLOGiE.
CAS
575
ranimai lorsqu'il se retire dans sa coquîHe.
êù rencontre fréquemment de ces opercu-
les fossiles.
On dlrise les gastéropodes en 7 ordres ;
l*ies pulmonibranrhesj ^ lespertinibranches,
3* les 9cutihranche$ ^ h* les teciibranches ^
5* les nudibranches^ 6* les nurUobranches^ et
7* les piéropodes. De ces divisions, les nu-
dibranches seuls n*ont pas de représentants
fossiles.
Depuis la première animalisation jusqu*à
nos jours, les gastéropodes se sont montrés
assez nombreux dès le commencement du
monde animé, et ils ont touiours été en pro-
gression eroissanle jusqu*à I époque actuelle ;
car les formes qui restent en arrière, dans
cette marche croissante, sont loin d*étre aussi
nombreuses que celles qui persistent.
Les peciinioranches , qui renferment le
buecm, ont déjà juiru en nombre arec Tétage
silurien, le premier du monde animé, et ils
se sont auementés d'une manière progres-
sive jusqu à répoque actuelle. Ils montrent
en effet 19 genres dans les terrains paléozoï-
•ues, 17 dans les terrains triasiques, 31
ëans les terrains jurassiques , 52 dans les
terrains crétacés, et 80 dans les terrains ter-
tiaires, tandis que le chiffre est encore bien
plus élevé dans répoque actuelle. Ainsi cette
série animale aurait toujours été et est en-
core en voie croissante de multiplication de
ibrmes, par suite de créations successives à
tous les Âges du monde.
Les smtibranches^ qui renferment la pa^
itile^ n'offrent pas tout à fait la même mar*
che. On compte 3 genres avec Tétage silu-
rien, le premier du monde animé, $epi dans
les terrains paléozoîques ; 3 dans les terrains
triasiques ; k dans les terrains jurassiques:
« dans les terrains crétacés, et dans les ter-
rains tertiaires. Mais il est à remarquer que
ces genres se renouvellent bien plus chez
les pectinibranches, puisque la moitié reste
en arrière et que le nombre des genres en-
core vivants est seulement un peu plus élevé
qne celui des terrains paléozoîques. On
pourrait dire que cet ordre est^ en quelque
sorte, dans un état stationnaire de dév^lon-
Iiement, mais non dans une voie réelle
d'augmentation.
Les piérapodesj qui renferment Vkyale^
toujours en petit nombre, ont deux genres
dans les terrains paléozoîques, qui commen-
cent avec rétame silurien, et trois dans les
terrains tertiaires. Comme on connaît un
assez çrand nombre de genres vivants, on
|.eut dire qu'ils sont aujourd'hui en voie
croissante cie développement générique.
les teetibranehes qui renferment la bulle
eommencent par 1 genre dans les terrains
jurassiques , 1 dans les terrains crétacé,
4 dans les terrains tertiaires. Comparé
aux genres vivants^ ce nombre montre
eooore les tectibranchesdans une voie crois-
sante de développement de formes.
Les piilBiofit6mncAef , qui contiennent le
l'maçonj manquent complètement dans les
lerrains paléozoîques , triasiques , jurassi-
Ques et crétacés ; ils commencent donc seu-
lement dans les terrains tertiaires et vont
croissant en nombre jusqu'à l'époque vtuelle
où ils sont à leur maximum; ainsi ils se-
raient en pleine voie croissante.
Pour les nucUobranchfêy comme on n'en
connaît qu'un çenre fossile des derniers éta-
ges tertiaires, ils sont dans le même cas que
les pulmonibrancbes.
La comparaison de ces différentes séries
animales, par rapport à leur progression de
formes, les montrerait toutes à l'exception
des scutibranches (presque stationnaires),
dans une voie croissante de progression gé-
nérique. Considérées suivant leur époque
d'apparition comparée à leur rang de per-
fection, les gastéropodes nous montrent trois
séries: les pectinibranches, les scutibran-
ches et les stéropodes, au premier étag^de
l'animalisation , bien que la première série
soit infiniment plus panaite que la dernière
dans ses organes et dans son genre de vie.
D'un autre cdté, moins parfaits que les pec-
tinibranches, les tedibranches paraissent
onze étages plus tard, et les nuciéobran-
ches, vingt-cinq étages après. On aurait par
ces faits, une preuve que les gastéropodes
n'ont pas suivi, pour ces séries, une pro-
gression régulière de perfectionnement ; re-
Ï rendant, quand nous voyons les pulmonés ,
es seuls animaux terrestres de cette classe ,
se montrer les derniers, c'est-à-dire vingt-
quatre étages plus tard que les animaux
marins, on serait tenté d*en conclure, mal*
gré les exceptions , que la loi du perfection-
nement successif, suivant l'époque chrono-
logique d'apparition des gastéropodes , ueut
ètreappuyée encore par lesfaitsqui précèdent.
Déductions zoologiques générales. — Main-
tenant, si nous prenons l'ensemble des
genres , sans avoir égard à Tordre auquel ils
appartiennent, nous trouverons une marche
croissante très- régulière. Nous voyons, en
effet, avec la première animalisation dn
globe, 12 genres dans l'état silurien, et 29
avec les terrains paléozoîques ; là dans les
terrains triasiques, 38 dans les terrains ju-
rassiques, 57 dans les terrains crétacés,
103 dans les terrains tertiaires. L*? chiffre
étant encore bien plus élevé dans Féfjoque
actuelle, où les genres sont au maximum
de leur développement, on doit en conclure
que, pris dans .leur ensemble, les gastéro-
podes ont toujours multiplié progressive-
ment leurs ibrmes, de|.uis le premier â^eda
monde animé jusqu'à nos jours.
Déductions physiologiques. — Parmi les
genres que nous trouvons à l'état f ssilc,*
nous en voyons quatre : les turbo , les sto-
mAtia^ parmi les pectinibranches, les hélcion,
parmi les scutibranches, et le raginella par-
m*! les ptéropodes, c'est-à-dire trois types
d'organisation différente qui ont traversa
tous les âges du monde géologique , depuis
la première animalisation jusqu'à l'époque
actuelle. Ce fait, que nous n'avons pas eu à
signaler dans les autres séries animales, est
d'une grande importance. Lorsqu*en effets
nous étudions comparativement ces genre»
fossiles avec leurs analogues vivants, nou#
il9
GËN
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
GtM
Mo
ne trouvons aucune différence appréciable ;
on doit donc croire que leur organisation in-
terne était la même. S*il en est ainsi, comme
tout porte à le penser, il faut en conclure
que les conditions d'existence n'ont pas
changé depuis les époques géologiques les
plus anciennes jusqu*o nos jours, au moins
pour les animaux marins, qui respirent
dansTeau salée, au moven de branchies.
Déductions climatologiques comparées. —
Il est peu de séries animales qui oilrent plus
de faits que celle-ci, pour prouver que la
température , môme des deux derniws éta-
ges géologiques qui nous ont j)récédés sur la
terre, était, en Europe, identique à la tem-
pérature des régions tropicales. Il nous suf-
lira, pour le prouver, tfe citer les genres :
onisciay dolium^columbellay turbinelhyharpa^
oUta^ ancyllaria^ etc., etc., qu'on trouve vn
Allemagne, en Angleterre, en France, en
Italie, tandis qu'ils sont exclusivement des
régions les plus chaudes des mers actuelles.
Les déductions géographiques sont encore
ici les mêmes que pour les mammifères.
{Voy. ce mot).
Déductions géologiques titées des genres. —
Les caractères stratigraphiques négatifs
sont très -marqués, puisque sur les 138
genres fossiles dépendant des gastéropodes,
i34 n'occupent pas tous les étages, et qu'ils
sont au contraire limités dans leurs étages,
do manière à donner des caractères néga-
tifs pour tous ceux où ils ne se trouvent pas.
Les caractères stratigraphiques positifs
sont aussi très-saillants. Les idk senres li-
mités dans les étapes, sont, en eflet, autant
de caractères positifs propres à les faire con-
naître sous toutes les formes minéralogi-
Ques, Ces caractères sont d'autant plus cer-
tains, que, sur ce nombre, 32 genres sont
perdus pour l'époque actuelle. La [>ersislan-
(îe des caractères positifs est encore plus
tranchée pour les gastéropodes que pour
lesautres séries, comme le prouvent jesgen-
respleurotomaria, natica, trochus^ cerithium^
fusuSf turritella^ mitra, triton^ etc., etc.
Les déductions géologiques tirées des es-
pèces, nous prouvent, a très-peu d'expres-
sions près, que les jG,2]3 es{:èces de gasté-
ropodes que M. d'Orbigny a discut^^os dans
son Prodrome de paléontologie^ sont caracté-
ristiques. Chacune, en particulier, n'occupe,
en ctlet, qu'un seul étage qu elle peut par-
faitement caractériser.
tfAULï. Voy. Alb:en.
GELÉES, leur action désorganisatrice —
Voy. Couches sédimentaires, art. IL
GENERËLLL Voy. Géologie.
GENESE, interprétations diverses du i"
fibapitre. — Voy. Jehan (de Saint-Clavien ) ,
liucKLAND, Marcel de Serres, Godbfeoy»
Dbbretne, Pachon, Maupied, Chaubard,
tilalre, jours-périooes, cosmooonie gu xvi
ei X.V1I* siècle etc
GENESE MATERIALISTE.— Avant d'ap-
précier les efforts de la scierce orthodoxe,
pour concilier les découvertes modernes
avec la révélation mosaïque, il convient <]>
voir raison d'une hypolnèse cosmogoiiiquc
qui n'est que le panthéisme, c'est-à-dire, en
di^finitive, le matérialisme; car, en science,
une doctrine panthéistique est toujours ré-
ductible à unedoctriue purement matérialiste.
Dans les sciences qui ont p)our objet la re-
cherche des causes ou des origines, il est un
critérium qui donne tout de suite la mesure
de la puissance coordinalrice et de la valeur
d'une doctrine : c'est le résultat final, la con-
clusion rigoureuse qui ressort de l'ensemble
de ses raisonnements et de ses principes.
Or, quel est le point de départ, le principe
fondamental de la Genèse matérialiste? Sa
formule est nécessairement celle-ci :i{exû(€
de toute éternité dans l'espace infini une somme
finie de matière; cette matière^ douée de pra»
priétés ou de forces essentielleSy a produit et
produit encore tout ce vaste ensemble^ toute
cette succession de phénomènes qui constituent
notre monde.
Cette formule est l'essence même de la
conception matérialiste , et l'on n en pour-
rait retrancher un seul terme sans que le
matérialisme ne cessât d'être à l'instant
En effet, si la matière n'est pas éternelle,
elle a été créée : donc il existe en dehors de
la matière une puissance qui lui a donné
Têtre. De plus, on ne peut admettre qu'une
somme finie de matière, autrement le mou-
vement serait impossible ; car une matière
intinie dans res])ace infini, ce serait le pleîR
absolu; or, le mouvement ne peut être conçu
3ue dans le vide, l'impénétrabilité étant une
es propriétés essentielles de la matière.
Nous avons ajouté que la matière pos-
sédait des propriétés ou des forces essen-
tielles; ces lorces sent nécessairement fmies
comme la matière, finies aussi comme nem-
bre, car il serait anti-logique, absurde, de
reconnaître des propriétés iaiinies dans un
être fini. Puisque ces forces sont essentielles
à la matière, elles sont éternelles comme la
matière. Autrement la matière les aurait re-
çues, ce qui impliquerait encore une créa-
tion que le matérialisme rejette. Enfin, puis-
Î|u'elles sont éternelles et essentielles, ces
orces ne sont susceptibles ni d'accroisse-
mentf ni de diminution.
I^ conclusion dernière d'une pareille doc-
trine, c'est donc le fatalisme, plus la viola-
tion la plus flagrante des lois qui sont la base
de la raison humaine. Car qu*est-ce qu'une
matière éternelle, incréée, existant par elle-
même, et qui pourtant est tinîe, limitée,
bornée dans son essence comme dans ses
propriétés?...
Mais si cette matière éternelle, incréée,
n'est pas seulement de la matière purement
et simplement, c'est de la matière disposée,
façonnée, arrangée, agglomérée en globes,
en mondes, organisée en corps de la native
la plus diverse. Et cette organisation de la
matière n'est pas éternelle : elle a commen-
cé; le matérialisme le proclame. Se fondant
sur les découvertes de la chimie moderne et
sur celles, aujourd'hui fort ébranlées, qui ont
été faites dans l'astronomie stellaire, princi-
palement par les deux Herschell, lescosroo-
gonistc panthéistes ont eu recours à une
StI
GKZI
ET DE PALEONTOLOG».
GEN
hKl
hypothèse renouTelée des écoles de la Grèce,
et particalièrement de la secte d'£picure.
Ils ont prétendu qae. dans le pnneipe » la
matière existait disséminée dans l'espace , à
Tétat élémentaire, mo!é«nilaire, nébulaîre,
gazéiforme, tous mots synonymes; que cha-
cune des molécules qai composaient cette
matière était primitivement tenue en place
par Taction simultanée de deux forces : l'une
répulsire, la chaleur; l'autre attractive , la
^ravitation ; et enfin, que cette matière dif-
fuse s'étant successivement condensée par la
déperdition de la chaleur, a formé tes soleils
ou les étoiles, les planètes et leurs satellites, et
tous les corps célestes qui remplissent l'espace.
Telle est la théorie générale matérialiste
dans toute sa rigueur.
Voyons maintenant à quelles conclusions
scien tifiques nous condui t une pareille théoria
L'hvpothèse matérialiste suppose que ,
dans U princîpe^']a matière existait à Fétat
nébulaire ou diffus, soumise à deux forces
contraires, le calorique et la pesanteur. Mais
cette formule, dans le principe^ n'est-elle |ias
une évidente contradiction dans la doctnne
qui soutient Téternilé de la matière? Il n'y a
pas eu de principe^ il ne peut pas y avoir'eu
de commencement à cet état nébulaire et
diffus de la matière ; de toute éternité elle est
diffuse et soumise à deux forces contraires,
la force répulsive, et son antagoniste, la force
attractive. Mais alors il s'en suit de trois
choses l'une : ou la force répulsive l'empor-
tait sur la force attractive, et, dans ce cas, la
matière aurait dû se disperser, s'évanouir
sans limite et sans terme dans l'espace infini,
et puisque cette prépondérance de la force
répulsive est un phénomène qui s'accomplit
de toute éternité, de toute éternité aussi a dû
avoir lieu cette dispersion de la matière, dis-
jjersion par conséquent illimitée , infinie
fomme l^étemité et l'espace; ou bien, au
contraire, c'est la force attractive qui prédo-
minait, et alors la matière aurait dû tendre à
se condenser en suivant la loi inverse du
rarré des distances, et puisque cette conden-
sation dure depuis l'éternitié, cette contrac-
tion de la matière devrait être infinie ; ou
bien, enfin, la répulsion et lattraction se t)a-
lançaient, étaient de toute éternité égales et
contraires, et, dans ce troisième cas, tout
mouvement aurait dû être éternellement im-
possible. Ainsi, le matérialisme ne peut po-
ser la Question d'origine sans tomber dans la
plus palpable contradiction, et quand on lui
en ferait la concession, il n'en resterait pas
moins renfermé dans les limites d'une triple
impossibilité.
Ce n'est pas tout : l'hypothèse veut que la
force de répulsion domine par l'effet ciu re-
froidissement ou de la déperdition du calo-
rique, et qu'ainsi l'attraction devenue pré-
pondérante opère la condensation de la ma-
iière. Ici encore il y a une contradiction et
une impossibilité. En effet, entre deux mo-
lécules matérielles dont les températures
sont égales, il ne saurait se produire aucun
effet tberœolo^iqne ; or, la matière diffuse
étant nécessairement et de toute éternité
également ineandescen:e dans toute sor
étendue, tout phénomène thermologique de
molécule à molécule était impossible : il n'a
donc pu y avoir aucune déperdition de cha-
leur; l'équilibre entre les températures de
chaaue molécule est éternel et doit persévé-
rer à jamais, suivant les lois fondamentales
Ïui régissent les phénomènes de la chaleur.
>u'est-ce donc que celte déperdition de la
chaleur que suppose l'hypothèse? Elle na
peut signifier autre chose que la dissémina-
tion de la chaleur dans l'espace. Mais l'es-
pace, c'est Je vide absolu, et la chaleur étant,
d'après la tnéorie, une propriété essentielle
de la matière, il ne peut y avoir chaleur là
où il n'y a pas matière ; s'il n'en érait ainsi,
il faudrait admettre la matière infinie ou le
plein absolu, ce qui serait une absurdité. La
chaleur n'a donc pu se perdre dans l'espace.
Est-ce assez de contradictions? Non, rhjr-
pothèse matérialiste porte encore à la logi-
que une dernière atteinte que nous devons
signaler. En effet, elle conclut directement à
la solidification complète de toute matière
par la déperdition totale de la chaleur pri-
mitive. De l'aveu de tous ceux qui 1 ont
adoptée, notre état phénoménal actuel tout
entier n'est que la série des termes par les-
quels le phénomène marche de son origine
où de son premier terme qui est la diffusion
illimitée et l'incandescence excessive de la
matière vers sa fin, vers son dernier terme,
qni est la condensation illimitée et le froid
absolu. Or, quel que soit l'espace de temps
qui s'écoule entre le premier et le dernier
terme de ce phénomène général, ce temps
est nécessairement et essentiellement limité,
puisque ce temps mesure une série de phé-
nomènes dont le nombre est fatalement dé-
fini : par conséquent, le phénomène général
tout entier a dû nécessairement être accom-
pli de tout temps, puisque la matière est,
par hypothèse, éternelle, et que toute durée,
quelque longue gu'on la suppose, est tou-
iours et nécessairement nulle par rapport à
l'éternité; d'où il suit enfin, comme dernière
conséquence, que tout ce qui existe n'existe
pas : ce qui est une absurdité métaphysique.
Ainsi, jusqu'à ce qu*il devienne possible
d'effacer de l'esprit des hommes le signe spi-
rituel qui répond à l'idée d'infini et qui est
la base de toutes les sciences , toute doctrine
matérialiste sera nécessairement ou une con-
tradiction scientifique ou une absurdité mé-
taphysique.
G EN KE8 FOSSILES, dédlctiotvs géologi-
ques. — Si nous considérons, dans ses rap-
ports intimes avec la géologie, le genre ra-
mené à sa juste valeur,nous verrons avec évi-
dence que le genre, une fois bien défini, est
un caractère positif on négatif d'une grande
importance, pour arriver, par comparaison
avec les faits acquis à la science, a recon-
naître l'âge relatif d'un lambeau de terrain
séparé des étages supérieurs et inférieurs
qui devraient l'accompagner, ou d'une con*
trée sur laquelle on n'a pas de données
géologiques. Le tableau suivant fera res-
sortir cette importance.
S83
CKN
DICTIONNAIRK DE CCS.HOGOME
RÉCAPITULATION GÉNÉRALE
DU KOMBRE DES GENRES VIVANTS ET FOSSILES
Appartenant aux divisions zoohgiques suirantes :
GENRES.
G EN
6M
DIVISIONS
H
us
•
ZCOLO;iQUES.
FOSSILES.
eu généra
05 «
•H
S «3
r. -jt 3
H «A
C. z n
K c 2
K^minircrcs.
279
ils
47
68
464
413
Oiseaux. •
300
U
57
6
26<$
44
heplilcs.
Poissons.
200
67
45
54
420
67
65S
278
70
499
5(:0
278
CnisUicés (361).
268
100
52
68
46«;
400
Céphalopodes acélabulifêres.
53
18
5
45
*/>
18
Céphalopodes leulaeulifcres.
5$
56
i
55
>
56
Guslcropodes lerreslres el fluvialiles.
22
17
46
4
5
17
Gasléropodes marins.
116
421
90
31
25
4
447
Lamellibranches fluvialilcs
a
5
5
1
6
5
Lamellibranches marins.
101
92
67
25
9
M
85
Brachiopodcs.
41
A\
9
52
1
5
58
Rryozoaires.
Ecuinoderincs échinîdes.
86
69
21
48
48
2
67
92
71
22
49
21
74
Eclilnodernies crinoiJes.
K9
58
2
56
4
58
Echiuodcrmcs aslérotdcs.
20
6
5
5
44
6
Echinodermes ophiuroiJes,
20
40
4
9
40
40
Zoophyles.
509
216
58
478
95
216
Foraniiiiircres.
87
75
50
25
44
75
Amorpliozoaircs tcstaccs.
3<$
55
9
4
5S
Amorphozoaires cornés.
45
4
4
1
44
1
Totaux. 2,799 4,475
659
953 4,524
4G
4,457
Du tableau précédent qui contient, moins
Î6& insectes, les annélides et les autres ani-
maux mous qui n'ont pu laisser de traces
dans les couches lerreslres, Tenserable ap-
T)roxiraatif, par série zoolo^ique, \\{is nom-
bres de genres généralement admis en zoo-
logie et en paléontologie, on peut déduire
les proportions suivantes:
Les.gcnres vivants et fossiles conuus s'élèvent
environ à ' 2,799
Sur ce nombre, sont seulemeul'vivanls et
uon fossiles. 4,524
11 reste en genres fossiles. 4,475
Si ces 1473 genres occupaient tous les éta-
§e$ géologiques, depuis le commencement
e Tanimalisation jusqu'à présent, ils ne so-
raiontd*auoune utilité pour la géologie; mais
il n'en est pas ainsi : car, sur ce nombre y
nous trouvons :
Genres fossiles, occiipant tous les étages. 46
Genres perdus, limilés dans les élages. 955 \
Genres encore vivants , limités dans les ) 1457
étages 559 1
Total égal, 1475
Ainsi donc, il est certain que, sur les
1(^73 genres connus à l'état fossile, 16 seu-
lement traversant tous les éla:.^es, il re2>te
1457 genres limités dans les éUi^es et of-
frant des moyens d'application en géologie :
cl 6ur ce nombre 933, ou près dos deux tiers,
Cellement limités, qu'ils sont perdus pour
Tépoquc aolucilc. On voit encore que ces
1457 genres, bien constatés dans les étages,
nous donnent, comi)arativemcnt par leur
présence ou par leur al.sencè dans les ter-
rains el dans les étages géologiriucs, 1457 ca-
ractères po5t7i/ir, et 1457 caractères n^fgatifs^
en tout 2914 caractères stmh'ffraphiqufsù'xïnf*
grande puissance, parce que, se rattachant
a toutes les séries animales, ils se trouvent
dans toutes les conditions diverses de fossi-
lisation et de dépôts terrestres et marins.
Voyons successivement ces deux caractères
slratigraphiques.
Des caractères strati graphiques négatifs,—
Nous appelons ainsi les caractères que lour-
nit dans un terrain , dans un étage, fab-
sence des genres, de la forme r.oologique,
reconnus jusqu'à présent en d'autres ter-
rains, en d'autres élages. Donnons en quel-
ques exemples saillants qui ressortent de
la réi>arlition des ôlres à la surface du gloire.
Quand nous voyons les triloOiies^ un grand
nombre de céphalopodes, de brachioi>odes,
de bryozoaires, de crinoïdesv de zoophj-
les, etc., ne pas sortir des ttrirains |»aléo-
zoï((ue$, et disparaître à celle époque, cef
genres deviennent autant <;'e cnraolères né-
gatifs pour tous les étapes rowiï>''is dans «es
terrains triasiciucs, jurassitjuc» rretacés et
tertiaires, où ilsmamiuent jusqu'à jirésenl,
Presrpjc tous les genres tie mnniinifores,
de reptiles, de poissons, i)eanct>up do genres
de mollusques gastéropodes, de mollusques
laniellibranchcs, etc., etc., ne descendent,
au contraire, jamais, d'après les connais*
(561) Les donnH's sur lofi insectes vi sur Icsnnné- rni devoir ne pas citer ici les genres de cgb deux
lidcs laissant encore beaucoup à dôsiror, nous avons t>crios.
a:.
GE>i
ET DE rALEÔNTOLOGB.
CE!^
M6
sanecs acluellest dans les terrains, paléo-
zoïaues, et peuTenl leur fournir des ca-
ractères négatifs constants. En résumé,
comme nous! avonsdît plus hau(,nousToyons
que sur U73 genres, 1457. peuvent nous
otfrif des caractères né.zalife dans les ter-
rains et dans les étages. En supposant même
qu^on découvre quelques exceptions h ces
résultats, le chiffre principal est si consi-
dérable, qu'il restera toujours, pour cha(|ue
terrain, quelques centaines de formes gé-
nériques pouvant servir de caractères stra-
ti^phiques négatifs, comme on pourra le
voir dans le tableau suivant destiné à faire
ressortir, par terrain, et suivant les divisions
zoologiques, le nombre des genres qu*on peut
appliquer diaprés nos tableaux successifs.
Il résultera évidemment de ce tableau,
gae les caractères né^tifs sont d*une haute
importance en géologie, comme moyen d'ap-
plications, |K)ur déterminer, par comparai-
son avec ce que nous connaissons, Tâge de
ces lambeaux isolés uu'on trouve quelque-
fois sur Mes roches d'éruption, ou pour ar-
river k connaître Page des animaux fossiles
rapportés de contrées sur lesquelles on n'a
pas de données géologiques suffisantes.
Caractères êlratigraphiqueê positifs. —
Nous appelons ainsi les rormes animales,
les genres qui existent dans un terrain, dans
UQ étage, et dont les limites connues dans
ces terrains, dans ces étages, offrent autant
lie caractères positifs, en opposition avec les
caractères négatifs. En prenant, en effet, le
contre-pied de ce que nous avons dit aux
caractères négatifs, on aura les caractères
positifs ; on verra, par exemple, que presque
tons les genres de mammifères, de mollus-
ques terrestres, offrent, ainsi qu'une raulti-
tiulc de genres des autres classes, un moyen
de reconnaître les terrains tertiaires; auo
beaucoup de céphalopodes, de brachiojpooes,
di% bryozoaires sont, avec les trilobites et
an grand nombre de genres des autres sé-
ries, des moyens puissants de reconnaître
les terrains paléozoïques. En6n, en prenant
les ^nltats numériques qui précèdent, et
ceu\ qui suivent, nous voyons, pour toute
la zoologie, 1457 genres offrant, par leurs
limites dans les étages géologi€[ues, d'excel-
lents caractères positifs. Ces limites mêmes
sont si vraies que, sur ce nombre de 1i57
genres limités dans les étages, 539 arrivent
seulement jusqu'à nous, après avoir traversé
pins ou moinsdc terrains et d'étages ; tandis
que 933, ou près du double, se sont éteints
suceessiveroent dans les âges du monde , et
ne sont pas arriva jusqu'à notre époque.
On voit que, dût-on trou ver quelques genres
plus on moins étendus, au delà des limites
«loi nous sont connues aujourd*bui, il en
restera toujours, pour chaque terrain et pour
chaque élagc, un nomlMre assez considérable
pour les caractériser parfaitement.
En noos résumant sur les caractères stra-
tigrapbiques ^es genres, on voit que les
t$57 genres offrant des caractères positifs
itous donnent, par leurs limites dans les
ii^es géologiques, autant de caractères né-
gatifs, et, par conséquent, St9l4 caractères
stratigraphiques, qu*on pourra invoquer pour
reconnaître l'Age d'un terrain, d'un étage,
sur lequel on n'aur* pas de données géo-
logiques, aussi cer >«inement que si des es*
pèces identiques venaient en indiquer la
contcmporanéité parfaite avec des étages
bien connus. Il résulte des ensembles de
faune, tellement tranchés, qu'avec de l'ha-
bitude, en pdrtantdosfailsac<(uisà la science,
on arrive, par comparaison, à dire posi-
tivement que cette laune fossile, sur la-
quelle on n'a pas de renseignements géolo-
giques, doit être placée dans Tordre 'chro-
nologique, seulement à tel âge stratigraphi-
que. C'est un des résultats auxquels ont
conduit les recherches sur la |ialéontologie
générale; résultat qui, comme on l'a vu,
n'offre, jusqu'à présent, que 16 exception!^
sur 1473, ce qui ne modiGe, en rien, la gé-
néralisation et l'importance de ce caractero
d'application tiré du genre.
Persistance des caractères stratigraphiques
positifs. — Sous celte rubrique, nous avons,
a chacpie classe, parlé d'un caractère des
genres, qui a autant d'importance zoolo-
gique que géologique. C'est cette persis-
tance qui fait que, lorsqu'un genre cora-
inence à se montrer, il se trouve ordinai-
rement dans tous les élages intermédiaires,
jusqu'à ce qu'il disparaisse entièrement ou
qu n arrive à l'époque actuelle. Les gen-
res éteints pour la faune contemporaine,
comme ceux qui ont encore des représen-
tants dans la faune actuelle, sont dans le
même cas. Citons quelques exemples. Parmi
les mammifères, on voit les genres lutra^
ranisy rirerra, se montrer dans tous les
étages, depuis leur première apparition jus-
qu'à l'époque actuelle ; les oiseaux dont on
connaît si peu de traces fossiles, montrent,
néanmoins, ce caractère. Il en est de mêoie
des genres noÊililus, ammonites^ orthoesra^
titts^ parmi les céphalopodes; des genres
trorhusj turbOf chêmnitna^ parmi les gas-
téropodes; des genres acicula^ cardium.
nuctUa, parmi les lamellibranches ; des gen-
res terébratula^ rynchonélla, atrypa^ orthisn
spirifer^ parmi les brachiopodes ; des genres
diastopora^ entalophora^ parmi k^ bryozoai-
res ; des echinus^ des cidaris^ des pentacri-
fiiM, parmi les échinodermes; des synos-
trea^ parmi les zoopby tes ; des cristelMria ,
parmi les foraminifères, etc., etc. Quand on
comi are le nombre des genres qui offrent
cette persistance si marquée à travers tous
les étages, à ces Quelques formes i^lées,
ne dépassant pas fe chiffre de Iroîf powr
cent^ qui» au contraire, attestent une grand#
interruption entre le premier étage oik Up
sont nés et ceux où ils reparaissent de nou-
veau, on est forcé de conclure q^e la. pef-
sistance est le fait général, tandis qpie ki
non -persistance est l'exception.
Nous insistons beaucoup sur cette con-
clusion, basée sur la généralisation des fiûts,
parce qu^elle nous offre, dans legenre foripant
exception, unmotifdeplusde l'étudier scit|-
puleusemenl, aiiade voir si cette exception
DlCTIO^.'V Dk: COSUOI.O?(1B et DC PllÉO.NTOlOiïlC.
19
5r
G^
IiICTIONNAlRK UK COS\IOCO.M£
GEO
5»
rsl réelle, on s\ cHe n f^i f»«*, «léu riiiîn<^ par
une feuss*?<JéltTnjin;i!ion. On a rer-oonu que
ÏH'ancoupiie ces exc<-[ilioiis étaient, en effet,
produites par «Jfs erreurs. Néauoioins, comme
il en reMe emcre, il est lK>n de se fixer sur le
jugement qu'on en doit fi^irter, sous le raf>-
porl des earactères straligrapliiques. Quand
un genre manque dans un oa plusieurs éta-
RÉCAPITULATION GÉNÉRALE,
gcs« font en é!anl représenté dans les eu
^es inférieurs et supérieurs, il faut croire
que, s'il n*a pas été rencontré dans les étages
intermédiaires, il doit, sans aucun douter
evîster sur des points géologiques emore
inconnus à la Siience, et sa nom-prùence
dans cette partie intermédiaire ne peut fttre
regardée comme un fait négatif.
SCITAXT LES MT1SI0XS ZOOIjOCIQIE.S,
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Reptiles.
Poissons.
2
65
18
49
27
47
16
51
21
46 276
67
491
15
265
56
222
46
232
Ul
131 1,000
Cnistarés
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60
2
92
36
64
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H
76 1,000
Céplialopofles acélalNilirères.
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1
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12
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Géptialopodes tentacutifcrcs.
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14
7
29
7
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14
22
1
Gastéropodes terrestres et fluviaiilcs.
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17
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17
•
17
1
16
17
2* 1 6.215
OaslérofMNles marins.
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20
101
38
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5
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Laniellibrancbes marins.
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52
40
59
33
69
Bracliiopodes.
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16
7
34
8
33
20
21
8
33 1,513
Hryo/oaires.
lù'hinmlermTS écliînldes.
2i
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3
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48
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2
69
19
.52
39
32
35
58 695
£diinodenDes crinoides.
40
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2
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7
51
2
56 286
KchinodHrmes astéroïdes.
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5
1
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3
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5 40
E^sbiitodermes opblorolJes.
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8 !9
Zoophyiés.
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12
204
57
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6.n
135 1,133
r«i.'ariiniféres.
1
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1
73
10
63
36
37
57
16 657
Aworpbozoaires testacés.
S
52
iO
25
17
18
27
8
1
54 409
Amarphozoaires cornés.
•
1
1
1
»
i
1
>
1
» 3
Totaux. . . 324 1,129 130 1,337 384 1,096 452 1,022 730 719 22,937
GEOLOGIE (Histoire de la). — La géo-
logie (de 7Â, terre, et Xôvoc, t^ilé on icience)
est la science qui traite des changements
successifs qui se sont opérés dans les règnes
organiqiie et inorganique de la nature : elle
rechercne les causes de ces changements et
leur influence sur les modifications que la
surface du globe et sa structure intérieure
ont subies. A l'aide de nos investigations sur
l*état de la terre et de ses habitants, en des
temps reculés, nous acquérons une connais-
sance plus parfaite de sa constitution, et
iious obtenons des notions plus étendues sur
les lois qui, à Tépoque actuelle, gouvernent
-ses productions animées et inanimées. Lors-
que noud étudions Thistoire , la comparai-
son de rétat présent et de Tétat passé de là
société donne à notre jugement sur la nature
humaine, plus de rectitude et de profondeur.
Nous découvrons la longue série d'événe-
ments qni, peu à peu, ont amené les choses
•à leur état actuel. Si nous prenons soin d'en-
chaîner les effets à leurs canses nous arri-
vons sans peine h classer et h graver dans
notre mémoire uiie multitude de rapports
compliqués, tels que les diverses parlicula-
rilés du caractère nationaî, les différents de-
grés de perfectionnement moral et intellec-
tuel , et une infmité (fautres circonstances
qui, sans Taide de THistuire, seraient oa
mal comprises ou dénuées d'intérêt. De
même que la condition présente des nations
est le résultat d'un grand nombre de change-
ments antérieurs» les uns d'une date extrê-
mement ancienne, les autres d*une origine
récente, les uns graduels, les autres subits et
violents; de même l'état du monde physique
est le résultat d'une longue suite d'événe-
ments. Si donc nous voulons ajouter quel-
que chose à nos connaissances sur l'ordre
actuel, il nous faudra rechercher les effets
aui, dans les temps anciens, ont été le pro-
uit des diverses opérations de la nature.
Quand nous jetons un coup d^œil en ar-
rière sur les annales des nations, nous re-
marquons souvent avec surprise combien 1^
succès de telleou telle bataille, dès longtemps
oubliée par la niasse des peuples, a eierr)
d'influence sur le sort de plusieurs millions
de nos contemporains. Nous trouvons qu'à
cet événement éloigné se rattachent les bor-
nes géographiques d'un grand Etat, le lan-
gage actuellement parlé (lar ses habitants,
leurs mœurs caractéristiques, Uurs lois et
w
CEO
ET DE PALEONTOLOGIE.
CEO
r9î
lears opinions religieuses. Mais combien
plos étonnants encore et plus inattendus
sont les rapports qui viennent nous frapper,
fMûod c'est ITiistoire de la nature que nous
interrogeons I La forme d'une côte, la confi-
fDFation intérieure d*un pays, Texistence et
étendue des lacs, des YaÛées et des monta-
gnesy peuvent souvent, dans des régions de-
puis longtemps tranquilles, être attribuées
à quelque action ancienne de tremblements
de terre et de volcans. A ces convulsions
éloignées peuvent aussi se rattacher, d'une
manière distincte, la fertilité actuelle de cer-
tains pays, la stérilité de quelques autres,
FéiévatioB du sol au-dessus du niveau de la
mer, le climat et diverses autres particula-
rités. D'un autre côté, on peut encore rai>-
porter un grand nombre de traits caractéris-
tiques de la surface du globe, soit à Faction
produite jadis par certaines casses lentes et
tranquilles, telles que les dépôts sédimen-
taires qui se sont ibrmés dans les lacs ou
dans rOcéan, soit à raccroissement des tes-
tâtes et des coraux.
A ces divers exemples, j'aiouterai encore
les couches de charbon que 1 on trouve dans
certaines localités. Ces couches sont comi>o*
sées de substances végétales, lesquelles ont
été antrdbis entraînées dans des mers et des
laes. Outre que, depuis la formation des de-
puis en question, ces mers et tes lacs ont
été comblés, les terres mêmes sur lesquelles
jadis s'élevaient les forêts qui alimentaient
les couches de charbon ont oisparu ou chan-
gé de forme; les rivières et les courants qui
servaient au transport des masses végétales
Q*ont laissé aucune trace ; et les plantes, de
même que les espèces auxquelles elles ap-
partenaient, ont, depuis bien des siècles,
disparu de la surface du globe. Cependant la
prospérité commerciale et la force numéri-
que d'une nation peuvent aujourd'hui dé-
pendre, en très-grande partie, de la distribu-
tion locale du combustible déterminée, com-
me on le voit, par cet ancien étal de choses.
La géologie est aussi intimement liée à la
plupart des sciences physiques que l'His-
toire Test h la morale. Un historien devrait,
s*il était possible, être à la fois profondé-
ment versé dans la morale, la politique, la
jurisprudence, lart militaire, fa théologie;
UaDs toutes les sciences, en un mot, qui
péarent le conduire à la connaissance la
plus parfaite des affaires humaines, on de la
nature morale et intellectuelle de Fhomme.
De même, il serait à souhaiter aussi qu'un
géologue pût avoir des notions élendues,
tant sur la chimie et sur la physique que
»ur la minéralogie, la zoologie, Fanatomie
comparée, la botanique, et toutes les autres
branches des sciences qui se rapportent à la
nature organique et inorganique. A Taide
de œs connaissances, Vhistorien et le géolo-
gue manqueraient rarement de tirer des con-
séquences exactes et philosophiques des
'livers monmaeiita qui rendent témoignage
ries événements passés. Ils sauraient h quelle
coBibinaboo de causes devaient se rappor-
ter certains effets analogues à ceux qui se
passent sous leurs yeux ; ils pourraient sou-
vent suppléer, par induction, à des rensei-
enements positifs sur un grand nombre de
rails non consignés dans les annales défec*
tueuses de Tantiquité. Mais comme une si
grande variété de connaissances ne peut
^lère se rencontrer dans un seul individu,
il devient nécessaire, pour alleiiidre ce but,
que ceux qui cultivent les sciences, dont
nous venons de parler, réunissent leurs
talents et leurs efforts. Ainsi Thisiorien s'ai-
dera des lumières de Tantiquaire et de celles
des hommes qui s'adonnent aux diverses
branches de la morale et de la politique ; de
son côté, le géologue aura recours à diffé-
rents naturalistes; à ceux surtout qui se
livrent à Télude particulière des débris fos-
siles que les espèces perdues d'animaux et
de plantes ont laissés.
L'analogie des monuments consultés en
géologie et en histoire ne s'étend, toutefois,
qu'à une seule classe de monuments histo-
riques, à ceux dont on peut dire que le ha-
9ard les a chargés de perpétuer la mémoire
des événements passés. Les canots, par
exemple, et les haches de pierre quon
trouve dans les tourbières d'Angleterre, don-
nent aux nouveaux habitants de cette Ile une
idée des arts grossiers et (\cs mœurs de leurs
t)rédécesseurs ; les pièces de monnaie que
'on rencontre parfois dans la terre indiquent
la date du règne de tel ou tel empereur romain;
lesancienscampementsfontconnaltréleslieux
occupés autrefois par des armées envahis-
santes, et la manière dont étaient construi-
tes les défenses militaires ; les momies
égyptiennes nous fournissent des données
sur l'art d'embaumer, sur le mode de sépul-
ture en usage dans l'ancienne ^ypte, sur la
stature moyenne de l'espèce humaine dont
les indivious peuplaient cette antique con-
trée. Or ce genre de monuments coromé-
moratifs, qui ne le cède à nul autre en au-
thenticité, ne forme qu'une faible partie des
ressources de l'historien, tandis qu'en géo-
logie, il constitue la seule preuve qui soit
à notre disposition. Nous ne pouvons donc
espérer d'atteindre à la connaissance par-
faite d'aucune série d'événements , m de
parvenir à suivre leur enchaînement lors-
que ces événements remontent, au delà des
temps historiques. Quant au témoignage des
monuments géologiques, s'il est souvent in-
complet, il possède, en revanche, Tavantago
d'èlre à l'abri de tout soupçon d'inexacti-
tude. Nous pouvons, il est vrai, tout aussi
bien nous tromper dans les conséquences
que nous déduisons des faits soumis à nos
observations, que nous sommes exposés à
nous méprendre sur le genre et sur 1 impor-
tance des phénomènes qui s'opèrent dans le
cours journalier delà nature; mais ici, du
moins. Terreur ne peut aller au delà de Tin-
lerprétation, de sorte que si cette interpré-
tation est exacte , nos connaissances devien-
nent certaines.
Tant que dura l'enfance de la civilisation,
les limites de l'histoire, de la poésie et de
la mvthologie rosîèrcnt indéterminées; il en
^31
GEO
D1CT!0NNÂ1U£ DE COSMOGOMG
GLO
m
lut de môme de la géologie : ta nature dis-
tincte et' son but positif n'ayant été recon-
nus que très-tard, elle demeura longtemps
confondue avec plusieurs autres sciences.
Au temps de Werner même, c'est-à-dire, à
la fin du xvin* siècle, elle n'était considérée
que coiniiic une branche secondaire de la
minéralogie; il fallait, suivant De^marest,
la ranger dr.ns le domaine de la géo;^raphie
j)hysique, La cause la plus probable et la
]»lus p:énérale de celte confusion tenait à ce
que 1 ou voulait imposer «^ la géologie de
découvrir le mode d'ori;4;ine de la terre, ©u,
comme riraa^inaicnt quelques-uns, d'étu-
dier *es effels des forces cosmogoniques mi-
ses en usage par fauteur de la nature pour
tirer cette planète du cbaos, et pour l'ame-
ner au point d'hùbUabilité et de perfection
où elle est aujourd'hui. Hutton fut le fire-
mier qui tenta de tracer une ligne de démar-
cation fortement prononcée entre sa science
favorite et la cosmogonie ; il déclara que la
géologie était entièrement étrangère « aux
questions relatives à l'origine des choses. »
Les doctrines les plus anciennes des phi-
losophes de l'Inde et de l'Egypte s'accordent
toutes h attribuer la création première du
inonde à un être infini et tout puissant. Tou-
tes aussi soutiennent d'un commun acconi
que cet être, existant de toute éternité, a
détruit et réformé plusieurs fois le monde
et ses habitants. « Les Institutes ou Lois de
Manou, » le livre sacré des Indous, auquel,
dans sa forme actuelle , sir William Jones
attribue, pour le moins, une ancienneté de
huit cent Quatre-vingts ans avant Jésus-
Christ, renierme, en vers remarquables ,
l'exposé suivant du système de destruction
et de reproduction alternatives du monde :
L'Etre dont la puissance est incompréhen-
Êtblcy nCayant rréé^ moi (Manou) et cet univers^
s'absorbera de nouveau dans tintelligenve su-
prême^ abandonnant ainsi le temps de Nner»
giepour le temps du repos.
Quand cette puissance s'éveille^ le monde
reçoit son entière expansion ; mais dés miun
sommeil tranquille vient à s'emparer (telle^
tout le système s'anéantit.,. Car^ tandis quen
quelque sorte elle repose^ les âmes revêtues
d'un corps et douées du pouvoir d'agir ces*
sent de se livrer à leurs diverses actions^ et
l esfrit lui-même devient inerte.
' Mançu décrit ensuite l'absorption de tous
les èlrcs dans la sunrème essence , et Tâme
do Dieu assoupie elle-même, et demeurant
pendant un certain temps plongée dans la
première idéc^ ou dans tes ténèbres. Puis il
ajoute (vers. 57) : Ainsi ^ par une succession
alternative et constante dneures de veille et
d heures de repos^ cette immuable puissance
revivifie et détruit, dans un ordre éternel, cet
immense assemblage de créatures douées ou
non de mouvement.
Il déclare ensuite qu'il y a eu une longue
succession de manwantaras, ou périodes,
dont la durée a été, pour chacune, de plu-
("62) Institutes de ta toi hindoue, ou Code de Ma-
ffov/traduit du sanskrit par iirWiLLUsi Jones; 1790.
sieujs milliers de siècles, et continue ainsi :
Il y a aussi des créations et des destruc-
tions de mondes innombrables: mais Vitre
ejalié au suprême degré semble se jouer de
tout cela, tant il l'accomplit avec facilité; de
plus, il recommence sans cesse pour h seul
plaisir de donner du bonheur aux êtres quil
crée (362).
La compilation du Code de Manou ne fut
ni l'œuvre d'un seul auteur, ni celle d'une
même époque; aussi, est-ce à cela, sans
doute, qu'il faut attribuer la plupart des
inégalités qu'on y remarque, soit dans le
style, soit dans la matière. Toutefois plu-
sieurs passages relatifs aux attributs et aux
actes de n l'Etre infini et incompréhensible»
y sont rendus d'une manière vraiment su-
blime, et traités avec une grandeur de coih
ception remarauable ; tels sont» entre autres,
quoique passanlement mystérieux, les frag-
ments cil s plus haut. Cette cosmogonie
renferme tout à la fois tant d'imaginations
puériles et tant d'absurdités monstrueuses,
qu'on est souvent tenté d'imputer au hasard
les faibles lueurs de vérité, ou la coïnci-
dence apparente qu'on retrouve entre les
dogmes orientaux et les faits observés. Cette
prétendue révélation n'est ^s» cependanl^iiii
pur effet de l'imagination ; il est aisé d'aper-
cevoir les rapports qu'on y a ménagés avec
les opinions et les observations des natura-
listes. On y remarque certaines théories as-
tronomiques évidemment déduites du raison-
nement et de l'observation. Ainsi, par exem-
ple, il y est énoncé au'au pôle nord l'année
était partagée en un lon^ jour et une longue
nuit; que le longjour était marqué par la pré-
sence du soleil vers le nord, et la longue
nuit par son séjour dans la partie sud. Qnàni
aux habitants de la lune, il est dit que leurs
jours sont égaux aux mois des mortels (363).
Si de telles propositions ne p'^uvent être
considérées comme de simples conjectures,
nous n'avons, [lar la même raison, aucun
droit d'attribuer au hasard Topinion si fort
accréditée que la terre et ses habitants
ont jadis subi une suite de révolutions
et de catastrophes interrompues par de
longs intervalles de tranquillité. Or, cette
théorie peut avoir eu deux origrines diffé-
rentes : 1" les traces évidentes et palpables
des révolutions anciennes qui ont eu lieu
sur tous les points de la surface de notre
planète, et 2" les débris d'animaux marins
renfermés dans les couches solides du globe,
lesuuels sont si nombreux qu'on peut s'at-
tendre à les voir devenir un sujet d'obser-
vation pour tous les peuples un peu avancés
en civilisation, pour ceux surtout chez qui
une certaine classe d'hommes s'adonne tout
particulièrement à la méditation et ft Tétude*
Ces circonstances une fois établies^ il sem-
ble naturel d'en tirer des conséquences,
non-seulement en faveur des changements
énormes qui ont dû s'accomplir Sans les
siècles passés , mais en faveur aussi des oé-
(3G3) Maxou, /îi$/.,c. 1, ce ei 67^
GFO
ET DE PALEo^rroLocle.
GCO
S9»
riodes de calme cl de désordre qui se sont
suef édé alleraativement ; — de c&lme, alors
que les animaux fossiles vivaient, crois-
saient et se multipliaient; — de désordre,
alors que les coucnes, dans lesquelles furent
enfouis ces mêmes animaux, se trouvèrent
Iransportées de la mer au sein des conti-
Dents, et soulevées au point de faire partie
de hautes chaînes de montagnes. Quelque
portés que soient certains auteurs modernes
a rabaisser Pavancement intellectuel et 1 an-
tique civilisation des peuples de TOrient, ils
peuvent, néanmoins, sans craindre de se li-
vrer à des idées exagérées sur les progrès
de la science parmi ces peuples, accorder
aux théories curieuses, soumises k notre
examen, quelque fondement basé sur des
faits observés. Quant aux catastrophes uni-
verselles et aux destructions d'êtres organi-
sés telles qu'elles sont interprétées par les
brahmes, ce sont des théories vraiment in-
soutenables.
Les prêtres égyptiens n'ignoraient pas que
les couches inférieures des plaines du Nil
renfermaient des coquilles marines ; ils sa-
vaient fort bien aussi que les collines envi-
ronnant la grande vallée en contenaient égale-
neot (364), d'ailleurs, les excavations con-
ftidérables que nécessitaient la multitude de
travaux nationaux exécutés anciennement
par les monarques d'Orient, font re^^arder
comme une chose impossible, que les philo-
sophes de ces contrées n'aient pas eu con-
naissance des fossiles nombreux cpe ren-
fermaieiit certaines couches de terrains alors
en exploitation. Beaucoup de ces travaux
consistaient en citernes et en canaux im-
loenses ; or, nous savons qu'en des temps
plus récents (au xiv* siècle de notre ère},
le déplacement de terre auquel des entre-
prises semblables donnèrent lieu, mit au
jour des phénomènes géologiques qui atti-
rèrent l'attention d'un peuple moins civilisé
que ne Tétaient jadis un grand nombre de
nations orientales (%3).
Mais, quoique les braliraes aient pu, aussi
bien que les prêtres de TE^ypte, avoir «on-
nai£a»aoce des fossiles existant dans certains
terrains, il est possible que ces preuves
niaient senri qu'à corroborer la doctrine
des destructions et des reformations suc-
cessives du monde; et uuo cette doctrine,
de même que les traditions religieuses
de la plupart des natims, ait eu pour
cri^ne première le peu d avancement de
l'état social. D'un autre côté il se pour-
rait également qu'elle eût pris naissance
dans Tes récits exagérés des catastrophes
<3Si> Békoootc, Euterpe, 12.
;365) Il est fait meiiitou de cette circonstiince dans
«B aMBiiscrit persan de rhistorieii Ferisbia, rdatif
à réfaLUssanent et av progrès de Fempire mahomé-
tan éaas llade. Ce maaoscrît, qui aHjoonTbui fait
partie de la bililjotliégiie de la Compagnie des Indes
Orieatales, appartenait orif inaîremeot à la bibliolbè-
ém soltan Tîpoo, d'oo il fut rapporléen 1799
le colood Briggs. l*a même circonsiance a rc-
it éréille FatleiitioB dà docteur Bockland, qui
é â ee sojct dans d^assez longs déuiils (GéoL
Trmmê.^ n* série, toI. U, part, ni, p. 589). — L'iii»-
partieUes, mais sourent eifroyables, aux-
quelles donnent lieu, parfois, certaines com^
binaisons de causes naturelles. Les déluges et
les éruptions Yolcaniaues, ces deux puissants
résultats de Faction oe Teau et du feu, sont,
à la surface du globe, les principaux instru-
ments de destruction. Plus loin, nous signa-
lerons l'étendue d'un grand nombre de phé-
nomènes terribles qui, dans le cours actuel
de la nature, se reproduisent de temps à
autre ; nous nous bornerons, quant k pré-
sent, à observer aue, d'une part, ces é?éne-
nements sont tellement propres è inspirer
une grande terreur, et que, de l'autre,
ils entraînent des suites si souTcnt funestes
à des multitudes de peuples, au'il n'est, pour
ainsi dire, pas besoin, ni ae Tamour du
menreilleux qui caractérise les nations igno-
rantes et à demi cirilisées, ni moins encore
de l'imagination exaltée des écrivains orien-
taux, pour qu'on soit disposé à les transfor-
mer en conflagrations et eu cataclysmes gé-
néraux.
Le grand déluge des Chinois, que leurs
traditions font remonter au temps de Yaou ,
c'est-k-dire à un peu plus de deux mille ans
avant l'ère chrétienne , a été confondu , par
quelques auteurs, avec le déluge universel
de l'Ancien Testament. Mais M. Davis, qui a
accompagné en Chine deux ambassadenrs
anglais, et qui a étudié avec le plus grand
soin les traaitions écrites des Chinois, rap-
porte qu'il y est fait mention de leur déluge,
plutôt comme ayant interrompu les travaux
de l'agriculture, que comme ayant entraîné
la destruction générale de l'espèce humaine.
11 ajoute gu'après l'inondation, des actions
de grâces furent rendues au grand Yu pour
avoir « ouvert neuf canaux, à l'effet de reti-
rer les eaux qui courraient les collines peu
élevées, ei baignaient le pied des plus hautes
montagnes. » H.Davis donne à entendre qu'un
çrand débordement des eaux de la rivière
Jaune, Tune des plusconsidérables delà terre,
pourrait, même à ré|)oque actuelle, occasion-
ner un nouveau déluge semblable à celui de
Yaou, et ensevelir sous ses eaux les plaines
les plus fertiles et les plus peuplées de la
Chine. La rupture des aiguës d'un canal ar-
tificiel, dans lequel une partie des eaux de
la rivière Jaune ont été détournées, a, plu-
sieurs fois, dans les temps modernes, donné
lieu aux plus terribles accidents ; la possi-
bilité qu un j^areil malheur se renouveîle
est, pour le gouvernement, une source d'in-
quiétudes continuelles. Or, n'est-il pas aisé
ci in:aginer romliien cette inondation peut
avoir été plus considérable encore, si ja-
lorien Feristha rapporte qu'en l&i (on 1360 de notre
èrr), le roi, dans la rue d*opérer la jonction des ri-
vières Séilma et Sui]efte,eBiploYa 50,000 hommes à
coQper un monticule, et que dans ce monticule oii
trouva des ossements d*bommes et d]élcphanls, dont
quelques-uns étaient pétrifiés , tandis que d'antre:»
avaient conservé leur apparence osseuse. Les pro-
portions giganiesques observées dans ceux de ces os-
sements qu*on croyait être des ossements humains,
prouvent qu^ls ont apparteiîu à quelqoes-Qns des
plus grands pacbydermes.
M)5
GEO
DICTIONNAIRE DE COSMOCONIE
GKO
m
tnats quelque tremt>Ienient de terra violenl
ébranla la vallée eu question (366).
M. de Uumboldt rapporte, qu*en 1766,
après le tremblement de terre qui engloutit
une grande partie des habitants de Cumana,
il y eut, à la suite des grandes pluies dont
furent accompagnées les convulsions sou-
terraines, une saison d*une fertilité ex-
traordinaire. Suivant les idées d'une antique
superstition, les Indiens^ dit-il , céle^braient
par d€S fêtes et des danses la destruction du
monde et Vépoque prochaine de sa régéné-
ration (367).
Ueiistence de tels rites, parmi les nations
grossières do rAmérique du sud est des
plus importantes, en ce qu'elle montre Tef-
fet que peuvent produire, sur Tesprit d'un
peuple ignorant et barbare, les retours plus
ou moins éloignés de ces grandes catastro-
{ihes. Les superstitions d'une tribu non civi-
isée se propagent successivement parmi les
divers étapes de la société, jusqu'à ce que,
frappant 1 esprit du philosophe , elles en
viennent à exercer sur lui une influence
puissante. Les traces des révolutions an-
ciennes de la surface du globe lui révèlent
alors loriginc évidente des traditions qui
ont été transmises, de génération en géné-
ration, sur la foi du chasseur sauvage, dont
l'imagination efl'rayée traça une image infi-
dèle de ces manifestations terribles de délu-
ges et de tremblements de terre, à l'aide
desquels toute la partie de la terre a lui
connue fut simultanément ravagée.
Quant è ce qui regarde la cosmogonie des
prêtres égyptiens, on en retrouve beaucoup
de traces dans les auteurs appartenant aux
sectes grecques , qui empruntèrent de l'E-
gypte la plupart dfe leurs traditions, celle,
entre autres, des anciennes destructions et
réformations successives du monde (368).
Plutarque nous apprend que cette doctrine,
rapportée des bords du Nil par Orphée, ce
1>oëte si célèbre dans les temps fabuleux de
a Grèce, fut le sujet d'un de ses hymnes ;
dans les vers d'Orpnée; la durée de chaque
monde successif se retrouve exprimée,
comme dans les systèmes indiens (369). Les
retours de ces grandes catastrophes étaient
déterminés par la période de Vannus ma-
gnus^ ou grande année, — cycle qui se com-
posait des révolutions du soleil, de la lune
et des planètes, et dont l'accomplissement
était marqué par le retour simultané de
tous ces astres au si)^ne d'où l'on supposait
3u'è une époque très-éloignée ils avaient
û partir. La durée de ce grand cycle était
diversement évaluée. Suivant Orphée, elle
était de 120,000 ans ; d'autres la crovaient de
300,000; et selon Cassandre, enfin, elle dépas-
sait de 60,000 an« ce dernier nombre (370).
Platon, dans son Timée, dit, d'une ma-
nière expresse que les Egyptiens croyaient
(S66) Voyez FarUcle ât Davis sur c les Chinois,»
}>*imié |)ar la société pour la propagation des conuais-
sanccs utiles, vol. I", p. 137, 147.
(367) HuMBOLDT et BoNPLAMD. (V. Mai. hhl.,
vol. 1, n. 30.
(5l)8j MytholJgypt dePRicHAR», cap. 177.
que de temps à autre ie monde était sujet
h des déluges et k des conflagrations, que
c'étaient là les moyens dont les dieui su
servaient pour mettre un terme à la malice
humaine, et pour purger la terre des crimes
qui sy commettaient ; qu'après chaque régé-
nération , le genre humain se retrouvait
dans un état parfait d'innocence et de bon-
heur : mais qu'ensuite il recommençait in
sensiblement à dégénérer, et retombait dans
le vice et l'immoralité. C'est celte doctrine
égyptienne qui a donné lieu à la fable de
lage d'or et de l'âge de fer. Les stoïciens
adoptèrent, sans aucune réserve, le système
de catastrophes destinées à opérer, k de cer*
tains intervalles, la destruction du monde.
Ils admettaient deux sortes de ces catastro-
phes : ie c^tacl^rsme ou déluge, genre de
destruction qui anéantissait l'espèce hu-
maine entière, ainsi que toutes les produc-
tions animales et végétales de la nature; et
Tecpyrosis ou conflagration, autre mode de
destruction qui occasionnait la dissolution
du globe lui-même. C'est aussi des Egyp-
tiens qu'a été empruntée l'idée de la cor^
ruption progressive de l'horame. Suivant
cette croyance, vers la fin de chaque époque
de repos, les dieux , poussés à bout par la
méchanceté des hommes, leur envoyaient
un déluge pour Ics exterminer; après quoi,
Astk*ée redescendait des cieux et rendait à
la terre un nouvel âge d'or (371).
Le rappon qui existe entre la doctrine des
révolutions successives du globe, et les
énoques marquées par la perversité de Ves-
pece humaine , est bien plus naturel et bien
plus intime qu'on n'est porté à le croire
d'abord. Les peuples non civilisés sont tou-
jours prêts à considérer les grandes calami-
tés comme des châtiments infligés par Dieu
à la malice humaine. Lo récit lait è Solon,
par les prêtres égyptiens, de la disparition
de l'Atlantide sous les eaux de TOcéan •
représente de même cet événement, qu'a-
vaient précédé plusieurs secousses de trem-
blement de terre, comme une marque de la
colère de Jupiter envers les habitants de
cette lie, dont la dépravation était parvenue
à son comble (372). Lorsque , par suite des
causes qui viennent d'être exposées, ou de
toute autre considération , l'opinion que la
terre avait subi plusienrs destructions eut
une fois prévalu, il devint naturel d'en con-
clure que l'espèce humaine avait été détruite
et recréée autant de fois qu'il y avait eu de
catastrophes ; et comme ces exterminations
successives étaient attribuées à la vengeance
céleste, il fallait en même temps, pour rendre
hommage à la justice divine, supposer qu'à
chaque régénération, l'homme renaissait dans
son premier état d'innocence et de pureté.
Une très-grande partie de l'Asie, habitue
par les plus anciens peuples dont les tradi-
' (560) Plut., De defectuoracHlorum^p. 12: Ceh-
soRiKirs, De die natali. V. aussi la Mglhol. égfjpt. de
pRICBABDfP. 482.
(370) MythoL é^ypt, do Prichard, p. 182.
(371) MythoL égypt. de Paichabd, p. 195.
(372) rfm.fedePLAJON.
597
CEO
ET DE PALEONTOLOGIE.
GEO
59t
lions soient parvenues jusqu'à nous , a tou-
jours été sujette à d'effroyables tremble-
ments de terre. Plus tard nous aurons à
décrire les effets et les bornes géographiques
de ces terribles convulsions souterraines.
Quant h TEgypte, qui presque en tout temps
a été exempte d'un tel fléau, il eist à croire
que c'est de l'Orient que lui est venue la
tradition de ces sortes de catastrophes.
La mythologie égyptienne faisait interve-
nir dans ses fictions un principe à la fois
mâle et femelle^ auquel elle attribuait le déve-
loppement de l'embryon du monde, confor-
mément, à très-peu près , au mode d'incu-
bation. Lorsque , d'après cette doctrine, la
première masse chaotique eut été produite ,
sous la forme d'un œuf, par un être indé-
pendant et éternel, il laliut le concours
mystérieux du principe à la fois tiMê et
femelle uour transformer les éléments com-
posant la matière, en êtres organisés.
Cette conception bizarre, dont on peut à
peine se retracer le souvenir sans rire, ne
semble pourtant pas différer essentiellement,
en principe , de certaines idées cosmologi-
ques émises dans l'Europe moderne par des
hommes d'un talent remarquable et d'un
génie supérieur. Les philosophes éevptiens
sedonnèrent la tâche périlleused'étabhr quel-
ques rapports entre le mode de reproduc-
tion tel qu'il existe dans le monde , c'est-à-
dire, celui qui par la génération détermine
la naissance d'individus nouveaux, et le
mode d'opération à l'aide duquel l'auteur de
la nature créa les premiers êtres organisés.
Il n'était ni absurde , ni contraire à rien de
cequi nous est connu dans l'économie de
l'uoiTers, de supposer que certaines lois
générales avaient pu présider à l'oridne
première des êtres créés, ou à la première
apparition d'espèces nouvelles dans notre
système. Hais l'hypothèse par laquelle on
^dmettait qu'il y avait quelque analogie
entre ces lois et celles qui régissent la repro-
duction continuelle des espèces, était une
hypothèse entièrement gratuite. D'un autre
cdté, il ne serait ni déraisonnable, ni offen-
sant pour la puissance suprême, d'imagi-
ner que des lois générales puissent présider
à la création de mondes nouveaux; et s*il
était donné à l'homme d'être témoin de la
naissance de ces mondes, il pourrait, par
induction, raisonner sur l'origine du sien
propre. Mais de pareilles données n'étant
pas à sa portée, if a tenté d'y suppléer en
cherchant à découvrir quelque analogie
entre les agents présentement employés à dé-
truire, k reproduire, et à changer perpétuel-
lement la surface du globe, et ceux à l'aide
desquels la première masse confuse de la terre
fut tirée du chaos, et amenée, sans doute,
jiar suite d'une énergie toujours croissante,
de l'état d'embryon à l'état d'habitabilité.
Je ne m'occup3rai pas de la diversité de
nuances qui peuvent exister entre les divers
systèmes si péniblement établis sur ces
itàses, et les mystères de « l'œuf du monde »
(iê^) AjusToiB 2iE9fLts oiscaus, 694.
3,
de la fable égyptienne. C'est une question
qu'il serait peut-être dangereux de soule:*'er;
car plusieurs de nos contemporains pour-
raient fort bien ne pas avoir autant de
f>atience qu'en montrèrent les Athéniens,
orsque la fiction de l'œuf du chaos, intro-
duite par Orphée dans leur mythologie, fut
tournée en dérision par Aristophanes,
ui, dans un hymne solennel, fit intervenir
es oiseaux chantant : Comment la nuii
au noir plumage conçut dans le vaste sein de
l'Erèbe^ et déposa un amf^ d'ot), par la suite
des temps , naquit VAmour^ tout resplendis-
sant de l'éclat de ses ailes dorées; puis^
comment l Amour féconda le Chaos aux
ailes rembrunies^ et donna naissance à la ràc,e
des oiseaux (373).
Après avoir séjourné plus de vingt aiis en
Ejgypte, et, suivant Cicéron, après avoir
visité l'Orient et fréquenté les poilosophes
persans, Pythagore, de retour dans son
pays» y introduisit la doctrine de la dé-
chéance progressive de l'espèce humaine par
rapport a son premier état d'innocence et de
bonheur. Quant à la théorie de Pyttiagore ,
touchant la destruction et la réformation de
la terre, on ne peut réellement, d'après
Tesquisse qu'Ovioe nous en a laissée, se
dispenser de convenir qu'elle est incompara-
blement plus philosophique qu'aucune autre
version connue des cosmogonies enfantées
par les sectes orientales ou égyptiennes.
Bien qu'Ovide ait représente Pythagore
comme professant sa doctrine en ).)ersonne ,
il n'en est pas moins vrai que certains éclair-
cissements relatifs à cette doctrine résul-
tèrent d'événements naturels qui n'eurent
lieu qu'après la mort du philosophe. Toute-
fois, malgré ces anachronismes, le récit du
poète doit être regardé comme la peinture
fidèle des dogmes de l'école pythagoricienne
Eendant le siècle d'Auguste; car, bien que
I doctrine puisse y être en partie modifiée »
toujours est-il que la substance du dogme
primitif doit au moins s'y trouver repro-
duite. Ainsi considéré, ce récit est aussi
instructif que curieux, en ce qu'il renferme
un sommaire habilement trace de la pluoart
des grandes causes de changement actuelle-
ment en action sur le globe, — causes qui
viennent à l'appui du principe de révolution
progressive et constante, iidiérent à la na-
ture de notre système terrestre. Ces doc-
trines, il est vrai, ne sont pas directement
appliquées à l'explication des faits géologi-
ques ; en d'autres termes, on n'y retrouve
aucune donnée sur les changements accom-
plis dans les siècles passés, ni sur ceux que
réservent aux âges a venir ces fluctuations
incessantes. Si de telles idées sur les chan-
gements géologiques eussent été mention-
nées, on n'aurait pu, en vérité, trop admirer
une anticipation aussi extraordinaire, et
notre surprise eût dû égaler celle des astro-
nomes, au sujet de la ^route que suivit le
philosophe de Samos pour atteindre à la
connaissance du système de Copernic.
99è
GEO
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
GEO
«00
Eiamlnous maintenant les passages les
Îilus frappants de \a relation d^Ovi/le
374) : Rien ne meurt dans ce monde ; les
choses ne font que rarier et changer de
forme. Naître , signifie simplement qu'une
chose commence à être différente de ce qu'elle
fut auparavant: mourir, veut dire qu'elle cesse
d'être la même chose. Cependant, quoique rien
individuellement ne conserve longtemps la
même forme, le tout reste constant dans son
ensemble. Ces propositions générales sont
ainsi appuyées par de nombreux exemples,
tous tires de phénomènes naturels, à l'ex-
ception du premier qui a rapport au rem-
placement de rftge d'or par l'âge de fer. Ces
•xemples sont cités dans l'ordre suitant :
1. La terre ferme a été convertie en mer.
S. La mer a été changée en terre. Des
coquilles marines gisent loin de l'océan , et
l'ancre a été trouvée au sommet des collines.
3. Des vallées ont été creusées par les
•aux courantes, et des inondations ont en-
traîné des montagnes jusqu'au fond de la
mer (375).
4. Des marais ont remplacé des terrains
secs
5. Des terrains secs, à leur tour, ont été
transformés en eaux stagnantes.
6. Durant des tremblements de terre, cer-
taines sources ont tari ; d'autres ont jailli du
sein de la terre ; des rivières , telles , entre
autres, que l'Erasinus, en Grèce, et le My-
sus, en Asie, ont abandondé leur lit pour
aller reparaître ailleurs.
7. Les eaux de quelques rivières, de dou-
ées qu*ellp.s étaient d'abord, sont devenues
amères. Telfes sont celles de TAnigre, en
Grèce, etc. (376).
8. La forination de certains deltas et de
certains dépôts nouveaux a donné lien à la
réunion de plusieurs lies au continent: c'est
ainsi qu'aujourd'hui Pharos se trouve jointe
h l'Egypte, Antîssa à Lesbos, etc.
9. Plusieurs presqu'îles ont été détachées
du continent et sont devenues des lies; nous
citerons, entre autres, Leucadie, et aussi la
Sicile, qui, suivant la tradition, était jadis
!374| Mélamorph. d*OviDE, lib. xv.
375) Eluxie mons est dednctus in œquor. (Y. 267.)
Le sens de ce dernier vers est un peu < bscur ;
maU considéré par rapport à IVnsemble da sujet,
en peut supposer ipf il (ait allusion au pouvoir (fes-
truclcur des torrents, des rivières et des inonda-
lions.
(376) Peut-être esMl fait allusion ici aux effets ré-
ftuhaDt du mélange de ces eaux avec celles des sour-
ces minérales nouvelles que les tremblements de
terre font naître souvent dans les régions volcaniques^
(377) Ceci se rapporte sans doute au dégagement
de gaz inflammable qui a lieu dans le territoire de
Bakou, à Pouest de la mer Caspienne; à Pietramala,
dans les Apennins Toscans, et en plusieurs autres
tiens.
(378) La plupart de ces propriétés semblent être
tout à fait imaginaires , comme celles qu'actuelle-
ineni encore tant de gens attribuent aux eaux mi-
nérales.
, (379) Dans un savant et judicieux essai (De novU
insults, cap 19) Raspe a donné à entendre, d*une ma-
nière extrêmement probable, que Toriffine de toutes
les traditions relatives à certaines *flcs anciennes
réunie au continent par un isthme que U
mer a entraîné.
10. Certains pays ont été submergés pat
l'effet de tremblements de terre. C'est ainsi
que Buris et Hélice, deux villes de la Grèce,
ont été ensevelies sous la mer, où on les voit
encore, avec leurs murs inclinés.
11. Trézène, dans le Péloponnèse, ofire
l'exemple d'un autre phénomène : celui de
la transformation de plaines en collines, par
l'effort de l'air comprimé cherchant à s'ou-
.vrir un passage.
12. Il est des sources où la températura
varie à différentes époques. Il en est d au-
tres dont les eaux sont inflammables (377).
. 13. Certains courants ont le pouvoir de
pétrifier et de convertir en marbre les corps
qu'ils touchent.
Ib. Il existe des sources et des lacs dont
les eaux produisent des efTets délétères, ou
possèdent des propriétés médicinales très*
marquées (378).
15. Certaines tles et certains rochers, ti^ls
que les lies Cyanées et Uélos, ont fini, après
avoir été flottants et sujets à dq très-violents
mouvements, par rester stationuaires et im-
mobiles (379).
Les ouvertures volcaniques ne conservent
pas toujours les mêmes positions ; soit que,
par suite des convulsions du globe, certaines
cavernes viennent à se fermer et d'autres à
s'ouvrir, soit que les matières combustibles
qui alimentent leurs feux finissent pars^épui-
ser, etc., etc. Ainsi , par exemple, il fut un
temps où l'Etna n'était pas un mont igni-
vome, comme viendra sans doute un jour où
il cessera de brûler.
Après cette énumération des diverses cau-
ses oe changement qui agissent dans le monde
inorganique, suit immédiatement la doctrine
de la génération équivoque mise en avant
pour prouver les changements analogues
qui, perpétuellement, ont lieu (larmi les êtres
organisés (380).
On ne peut, en général, d'aorès les cos-
roogonies égyptienne et orientale, ainsi que
d'après la version grecque de ces mêmes
de la Méditerranée qu'on prétendait avoir successi-
vement occupé diverses positions avaiii de devenir
stationnaires, est due aux changements énormes qui,
par suite d'éruptions soos-mariiies et de tremûe-
ments de terre, s*étaient opérés dans lem*s foTm^s;
— circonstances dont les lies émergées dans les
temps historiques offrent plusieurs exemples récents.
Dès que les convulsions qui avaient occasionne ce^
changements cessaient, les iles étaient réputées fixes.
(380) La supposition que Pvthagore rappoita de
rOrient, non-seulement le système d^one succession
éternelle de catastrophes violentes et universelles, et
de périodes de repos, mais aussi la doctrine des ré-
volutions périodiques résultant do Taction continue
des causer ordinaires, n*a rien d'inconqiatible ^tec
h mythologie hindoue; en effet, Brahma, VUbiiou
et Shiva, la première, la seconde et la iroisicnte
personne de la Trinité hindoue, représ<^ntaienl cha
eu ne séparément les pouvoirs créateni-s, coiiserra*
teurs et destructeurs ae la divinité. I^a coeiîslence
de ces trois attributs, agissant tous Rimultanéôient,
pouvait trés-bicn s'aceorder avec ridée de c!iangc-
mants perpétuels , mais partiels, Pt susceptibles de
produire à U longue une révolution complète. Qjaant
COI
GEO
ET DE PALEONTOLOGIE.
GEO
GOi
cosmogonies , attacher aucun sens déQni à
ces mots : dê$iruction du monde ; car, tantôt
ils paraissent s'étendre à notre système pla-
nétaire tout entier* tandis que d autres fois
ils semblent s'appliquer seulement è queU
qae révolution de la surface terrestre.
^ D'après les ouvrages qui nous sont restés
d'Aristote» et d'après le système de Pytha-
Sore qui vient d'être exposé, il est aisé
*apercevoir que ces deux philosophas ont
considéré les causes de changement actuel-
lement existantes dans la nature, comme
propres à déterminer, |)ar la suite des siè*
clés, une révolution complète. Aristote va
iiiême jusqu*à regarder les catastrophes ac-
cidentelles, qui de temps k autre se mani-
festent, comme contribuant chacune pour sa
part au eours régulier et ordinaire de la na-
ture. Le déluge de .Deucalion, dit-il, qui
n*affecta aue la Grèce, cette partie, entre
autres, qu on appelait Hellade, fut occasionné
Kr les inondations considérables qui eurent
lu durant un hiver pluvieux. Mais ces hi-
vers extraordinaires, ajoute-t-ily quoique re-
▼enant à certains intervalles, ne se reprodui-
sent pas toujours dans les mêmes lieux (381).
^ Censorinus rapporte que, suivantl'opinion
d*Aristote, le globe était sujet à des inon-
dations générales, alternant avec des confla-
grations; aue le déluge constituait l'hiver
de la grancfe année ou cycle astronomique ;
tandis que la conflagration, ou destruction
par le feu, formait Tété, ou l'époque des plus
grandes chaleurs de cette même période
(â82). Si, comme le suppose Upsius, cette
citation de Censoripus est la reproduction
exagérée d'un passage du Traité des Mi-
Uareêf elle doit être considérée comme une
reproduction aussi grossière qu'infidèle de
la doctrine du philosophe de Stagyre; car,
dans ce traité, le but général de son raison-
nement tend évidemment vers une direction
opposée. Il rapporte plusieurs exemples de
ebangements pareils à ceux qui, de nos
jours , continuent à s'accomplir d'une ma-
nière constante, et insiste avec une certaine
emphase sur les grands résultats que, dans
le cours des siècles, ces changements peu-
vent produire. Il cite des lacs qui se sont
desséchés, et des déserts qui, à la longue,
sont devenus fertiles par t'influence des ri-
Tières qui y ont établi leur cours. Il signale
raoeroissement du delta du Nil depuis Ho-
mère jusqu'à l'envasement du Palus-Méotide
Ïui eut heu soixante ans avant le temps oii
.ristote vivait. Bien que dans le même
chapitre l'auteur ne dise rien des tremble-
ments de terre, d*autres parties de son traité
indiquent qu'il n'était pas étranger aux* ef-
fets résuitacl de ces phénomènes (383). C'est
ainsi, par exemple, que, faisant allusion à
Tappantion d'une des iles-£oliennes, qui
précéda «ne éruption volcanique, il s'ex-
prime de la manière suivante : « Les révo-
a la ftdion exprimée dans les vers de Bfanou que
nous avons cilcé plus bnut, fiction relative aux
rtlourt atteniulfs a consiauis des heures de vnllc
et de sommeil du Graiul Etre, rllc parait se rappor-
ter au système drs gr.in(los catasimphes griiémles
lutions du globe sont si lentes, comparati-
vement a la durée de notre vie, que leurs
progrès sont tout à fait insensibles (XavOftvc};
d'un autre côté, les migrations des peuples,
après de violentes catastrophes, et leur éloi-
gnement des lieux où la scène s'est passée,
occasionnent souvent l'oubli de grands évé-
nements (38&).
Les connaissances que possédait Aristote
sur les pouvoirs destructeur et re|)roducteur
de la nature se laissent apercevoir dans ses
divers ouvrages; mais cest surtout dans
l'introduction et à la fin d'u douzième cha^-
pitre de son Traité des Météores^ qu'elles
se montrent dans toute leur étendue, ainsi
que l'on peut en juçer par la manière doi)t
est conçue la première phrase de ce traité :
Il est certains pays où la distribution des
terres et des mers n'est pas en tous temps la
méme^ c'est-àrdire que telle partie qui a uns
époque était terre^ devient mer ensuite; et jjfua
telle autre qui faisait partie de la mer devient
terre à son tour. De plus^ il y a tout lieu de
croire que c'est d'après une certaine loi^ et
dans le cours d'une période déterminée^ que
s'opèrent ces changements. En concluant, il
ajoute : Comme le temps ne périt jamais ^ et
que l'univers est éternel, on ne peut supposer
Îme le Tanats et le Nil aient toujours coulé. Les
ieux où ils prennent naissance durent élr^
secs jadis; leur existence bien certainement a
des bornes 9 car le temps seul n'en a pas.
Toutes les autres rivières subissent le même
jsorl; toutes naissent et toutes meurent; la
mer n'a pas plus de constance : sans cesse
nous la voyons abandonner certains lieux et
en envahir d'autres, La terre ne présente donc
?}as toujours le même aspect: là où nous fou-
ons aujourd'hui un sol continental , la mer
a séjourné et séjournera encore; la région où
elle est à présent fut jadis, et redeviendra plus
tard encore un continent. Le temps modifie tout.
Ces remarques d'Aristote donnent tout
lieu de croire que non-seulement les Grecs
avaient emprunté à leurs devanciers la théo-
rie relative aux révolutions périodiques du
monde inorganique, mais qu en outre, leurs
propres observations les avaient en parti o
conduits à ces mômes idées. Quant à ce qui
regarde les anciens changements de la na-
ture organisée, rien ne peut faire supposer
qu'ils s en soient occupés. La circonstance
môme des débris marins renfermés dans des
roches solides, quoique observée par quel-
ques-uns, et bien qu'ayant servi de liàse'à
certaines s|>écuialions géologiques, n'éveilla
jamais l'attention des naturalistes, ni ne les
guida dans leurs recherches, il serait très-
possible que la théorie de la génération
é(juivoque eût contribué pour beaucoup h
l'indifférence qui régnait a cet égard ; pcut-
ôlre aussi qu'en donnant lieu de supposer
que lé monde organique était sujet à la plus
grande instabilité et à un état incessant de
suivies de créations nouvelles cl de périodes de repos..
(581) De meteor., lib. i, cap. Iz.
(589) De die nat.
(585) De meieor,, lib. ii, cap. U, 15 et 16.
(5Si) De $i€tcor., lib. n, cap. 14, 15 Cl 16.
f95
GCO
DICTIONNAIRE
fluctuation, la croyance de la production
spontanée d'êtres Vivants provenant de la
terre ou de la matière corrompue» empêcha
les phénomènes qui indiquent d'anciens
changements d'exciter une vive curiosité.
Les Egyptiens, il est vrai, et les Stoïciens
après eux avaient enseigné que la terre,
jadis, avait donné naissance à quelques ani-
maux monstrueux, dont l'espèce s'était en-
suite perdue. Toutefois, il paraît que l'opinion
dominante était qu'après chaque grande ca-
tastrophe les mêmes espèces d'animaux
étaient de nouveau reproduites. Celte
croyance es* 'x primée dans un passage de
Sénèque» où, en parlant d'un déluge futur,
il dit : Tout leg animaux seront recréés^ et
rhomme, affranchi du crime^ sera rendu à la
I erre (385)..
Une vieille tradition arabe, relative à la
théorie des révolutionssuccessivesdu globe,
semble faire exception à la règle générale.
Cette tradition, qui a été reproduite en latin
()ar Abraham Ecchellensis (%6), renferme
'idée de la création de divers genres et es-
pèces. Suivant les Gerbanites, secte d'astro-
nomes qui florissait quelques siècles avant
"l'ère chrétienne , tous les trente-six mille
quatre cent vingi-cinq ans^ un couple d'ani-
maux mâle et femelle de chaque espèce était
créé^ et donnait^ en se reproduisant^ de nou--
veaux habitants à la terre. Mais lorsqu'une
révolution des orbes célestes, comprenant cet
espace de 36,k2& ans,, se trouvait accomplie,
d'autres genres et d'autres ESPicBS suc-
cédaient aux premiers II en était de même
des plantes et de toutes les autres produc-
tions ; le premier ordre étant détruit, celui
qui le remplaçait éprouvait, à son tour, le
même sort , et ainsi de suite indéfini-
ment (387).
De même que les Grecs nous ont transmis
par leurs ouvrages les doctrines d'un grand
nombre de philosophes orientaux et égyp-
tiens, de même aussi, les écrivains du temps
d'Auguste et des siècles suivants nous ont
mis à portée de connaître les opinions des
anciens auteurs grecs. Strabon surtout, au
second livre de sa géographie, se livre à
d'assez longs développements sur les opi-
nions d'Eratosthènes et de plusieurs autres
Grecs, relativement à un des problèmes les
plus difficiles de la géologie, savoir, les cau-
ses auxquelles doit être attribuée la présence
d'un grand nombre de coquilles marines
DE COSMOGOKfE GEO f04
dans certaines couchdft irès-^levées et irès-
éloignées de la mer.
Il cite, entre autres^ l'explication dornée
à ce sujet par Xanthus le Lydien. Ce philo:
sophe prétendait que Jadis les mers avaient
eu une étendue plus grande que celle
qu'elles offraient de son temps ; suivant lui,
elles s'étaient desséchées en partie, c'esl-à-
dire, d'une manière Ifioins complète que
certains puits, certains lacs et certaines ri-
vières d Asie, qui, de ses jours aussi, et
durant une saison de sécheresse, s'étaient
trouvés entièrement privés d'eau. Après
avoir traité cette coniecture sans plus d*é-
Fards qu'elle n'en mérite, Strabon passe à
hypothèse de Straton le physicien. Ce phi-
losophe avait observé que la quantité de II*
mon, transportée dans le Pont-Euxin par les
rivières qui s'y jettent, était si grande, que
son lit devait nécessairement aller en s'éle-
vant, tant que ces rivières continueraient à
y verser la même quantité d'eau ; par suite^
il pensait que lorsque originairement le
Pont-Euxin était une mer intérieure, son
niveau avait dû, à raison des causes ci-des-
sus mentionnées, atteindre une hauteur qui
permit à cette mer de franchir ses digues, et
de s'ouvrir, près de Byzance, une commu-
Dication avec la Pronontidé. Il supposait, en
outre, qu'un dessécnement partiel avait dû
convertir déjà la partie gauche du Pont-
Euxin en un sol marécageux ; enfin que,
par la suite des temps, cette mer tout entière
se trouverait ainsi transformée en un te^
rain solide. On a, de même, prétendu que
la Méditerranée s'était jadis ouvert, aux co-
lonnes d'Hercule, un passage dans l'Océan ;
que les coquilles marines trouvées en si
grande abondance près du temple de Jupiter-
Âmmon, en Afrique, pouvaient fort bien
«♦voir été déposées par quelque mer inté-
rieure ancienne, qui, à la longue, se fraya
une issue nouvelle, et abandonna le lit où,
pendant longtemps, ses eaux avaient reposé.
Strabon rejette cette théorie comme étant
insuifisaiite pour rendre compte de tous les
phénomènes observés, et il en propose une
autre qu'il a imaginée lui-même. Cette der-
nière est d'une très-grande profondeur, et
commence à présent seulement à être ap-
préciée par les géologues modernes. Ce
n'est pas, dit Strabon, parce que les terra
couvertes par les mers furent originairement
de hauteurs différentes, que les eaux se sont
(385) Omne ex intégra animal generabitur, dabi ■
turque terris homo inscius scelerum. {Quœst, Nat,,
ni, c. i9.)
(586) Cet auteur était professeur de syriaque et
d'arabe à Paris , où il publia une traduction Uiline
<le plusieurs manuscrits arabes, traitant de diverses
branches de la philosophie. Cet ouvrage a toujours
été considéré comme étant d'une très-grande autorité.
(387) Gerbanitœ docebant ëingutos triginta sex
mille annos quadringentos^ viginti quinque bina ex
singulis animalium speciebus nroduct, marem scilicet
ac (eminam, ex quibus animalia propagantur, hune-
que inferiorem incolunt orbem. Abtoluta autem eœ-
ieêttum orhium circulations, quœ illo annorum confi-
ciiur ^paiio^ iierum aiia producuntur animalium ge-
i^tr^^e' species quemadmodum cl planifirum ttliaruni-
que rerum, et primu$ destruitur ordo^sicque in tn/iM-
îum producitur. (Histor. Orient,, suppl., per Aun-
hamum Ecchellensum , Syrum Maronitam, cap. '
et 8 , ad calcem Chronici Oriental.; Parisis; t lyp.
regia, 1685, in-fol.
fait rapporter le nombre vingt-cinq à la période
d'années, et non au nombre de. couples de» espèces
créées au même moment. Suivant rinterpréuiipn
de Fortis, vingt-cinq espèces seulement auraient *te
créées ensemble; mais le sens du passage ne saonit
admettre celte construction. {Mém. sur VUht. nuu
rf«?/7«fl/Tf,vol. !•', p.îOS.)
eor>
CKO
ET BK PAI-KONTOr-OClE.
CKO
eo6'
«u élevées oh abaissées^ ou retirées' de certains
lieux pour en inonder d* autres ; la vraie rai-
son de ces divers phénomènes est que la même
terre tantôt s^élève et tantôt se déprime; et
que la mer^ obligée de suivre ces divers mou-
xementSf tantôt franchit ses bornes^ et tantôt
rentre dans ses limites. C'est donc au sol que
doit être attribuée la cause dont il s'agit : soit
à ce sol qui forme le fond de ta mer^ soit à
celui qu'elle inonde parfois ; le premier^ néan"
moins, étant,, à cause de son humidité, plus
mobile que l'autre, on conçoit aisément qu'il
doive être sujet à des altérations plus promp^
tes, et jouer un plus grand rôle dans raccom-
plissement des phénomènes (388). Jl convient,
ajoute encore Strabon, de tirer nos explica-
iions de choses qui tombent sous les sens, et
qui, telles que les déluges, les tremblements
de terre, les éruptions volcaniques (389) et
les soulèvements spontanés de terrains sous^
marins, se reproduisent en quelque sorte
tous les jours. Celte dernière circonstance
entraîne nécessairement avec elle le soulë-
vetnent de la mer ; de même que le phéiio-
mène opposé , c'est-à-dire l'affaissement
iioureau des mêmes terres, occasionne de
nouveau sa dépression. Il ne faut pas croire
que les petites îles soient seules suscep-
tibles de participer au soulèvement et à
1 al>aissement de la mer ; les grandes îles
et les continents sont également sujets à ce
double mouvement, qui se manifeste indif-
féremment à l'égard de grandes et de petites
étendues de terrain. Ainsi, par exemple, on
a vu quelquefois des habitations et des
▼ilies entières, telles que Bure, «Byzona et
plusieurs autres, être englouties par des
tremblements de terre.
Ailleurs, en faisant allusion à cette tradi-
tion que la Sicile a été séparée de l'Italie par
une cause violente, le savant géographe ob-
serve que depuis que dans ces régions le feu,
les matières ignées et l'eau ont trouvé des
orifices qui leur servent d'issue, le sol voisin
de la mer n'est que très-rarement ébranlé
par des secousses souterraines ; tandis qu'au-
trefois, lorsaue les volcans de l'Etna, des lies
de Lipari, d Ischia et plusieurs autres, n'a-
Taieiit point encore d'ouvertures, le feu et
Tair comprimés devaient, suivant toute pro-
babilité, produire des effets bien plus vio-
lents (390). Ce passage de Strabon nous
prouve que ce n*est pas une doctrine nou-
Telle que celle qui porte à considérer les
volcans comme des soupapes de sûreté, et à
croire que les convulsions souterraines, qui
précèdent ou accompagnent les premières
éruptions d'un volcan, sont incoraparable-
inent plus terribles que celles qui peuvent
avoir lieu lorsqu'une fois les orifices de ce
même volcan sont bien établis.
(388; Quod enim hce atlollitur, aut subiidH et tel
ittumàat quœdam loea, tel ab tîs recedit^ ejus rei
causa non est, auod alla alii$ sala humiliora tint aut
altiora; ied quod idem solum modo altoUiiur, modo cfe-
primiiHr; êimulqueetiam modoaUolliiur, modo depri-
mitur mare; itaque tel exundat vd in huum redit locum,
Postea, p. 88. Re$iat, ut cau$am adscribamus solo,
éite quod mari iube$t, site quod inundalur; potiut
tamen ci quod mari iubeêL Hoc enim multo e$t mo-
Un autre pa^sajjc 'Ju nic>mc auteur f391J
nous apprend qu il clnît de dogme punni
les druides , (|ue l'univers est iiiniiorlol, et
destiné h survivre h des catastrophes occa-
sionnées par l'eau et |)ar le feu. On ne sau-
rait douter que cette doctrine, ainsi que la
nlupart des connaissances que possédaient
les prêtres de la Gaule, ne leur aient été
transmises par leu peuples de rOrienl. César
dit qu'ils faisaient u.^^age de lettres grecques
dans leurs calculs arilnmétiques (392).
Ce philosophe n'avait point u'opinions
théoriques, à lui personnelles, touchant les
changements qui s'accomplissent à la sur-
face de la terre. Sur ce sujet, comme sur
tous ceux dont il a fait mention dans se»
ouvrages, il s'est borné àiouer le simple
rôle de compilateur), ne se oonnant pas plus
la peine de discuter les faits qu'il a rappor-
tés, que de les citer avec ordre. Toutefois,
l'énumération mi'il nous a laissée des lies
nouvelles qui s étaient formées dans la Mé^
diterranée, ainsi que de plusieurs autres
révolutions naturelles, montre que les
anciens avaient su observer leschangemenls
qui, de mémoire d'homme, s'étaient pro*
duits à la surface du globe.
Telles semblent être les opinions qui,
avant l'ère chrétienne , prévalaient à l'égard
des révolutions anciennes de notre planète.
Quoique aucune recherche particulière
n'eût été faite dans le but exprès d'inter-
préter les vesti|jes des changements [ assés,
ces vestiges étaient trop évidents, trop pal-
pables , pour qu'il pût être possible de ne
point les remarquer; de plus, l'observation
des phénomènes présentait trop de preu-
ves des changements continuels qui s'opè-
rent sur la terre , pour qu'il fût permis aux
philosophes de ^croire que la nature était
dans un état de repos, ou que la surface du
globe n'avait jamais subi et ne subirait ja-
mais de changements. Mais ces mêmes ob-
servateurs n'avaient pas comparé attentive-
ment les résultats des actions destructrices
et reproductrices des temps modernes, avec
les résultats des causes qui agirent dans les
temps anciens; ils ne s'étaient même jamais
avancés jusqu'à faire la moindre conjecture
sur l'ancienneté relative soit delà race hu-
maine, soit des espèces d'animaux et do
plantes qui vivaient de leur temps, et des
espèces qui avaient appartenu a l'ancien
monde organique. A grands frais d'applica-
tion et de travail , ils étudièrent les mouve-
ments et les positions des corps célestes , et
acquirent quelques connaissances sur les
trois règnes de la nature; mais l'histoire
ancienne du çlobe, quoique écrite en
caractères aussi frappants qu'imposants,
était restée pour eux comme un livre
biliut, et qnod ob humiditalem celeriu$ mutari oossil.
(Strahoh, CeQrg.^eû'ii, Aimelov.; Anist. 1707; lib. i.)
(389) Eruvtiotu volcaniques , eruptionee fiatnum p
dans la traduction latine, et dans reriginal fti-ee
«va^joiQuaTa , éniDtions ga/.fusos? un boui'soufY&u-
meius ue terre? (Ibid., p. 95.)
(590) Strabon, lib. vi, p. 590.
(591) Strabon, liv. iv.
(593) SiRABO.fy liv, \i, cliap. 15
607
r.£o
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
GEO
m
scellé dont ils ignoraient jusqu'à Texistence.
Après la liécatience de l'empire romain ,
la culture des sciences physiques fut remise
en rigueur avec quelque succès par les Sar-
rasins, vers le milieu du viii* siècle de
notre ère. A cette époque , les ouvrages des
auteurs classiques les plus célèbres s'ache-
taient à grands frais des Chrétiens, et étaient
traduits en arabe; en même temps que, d'un
autre côté, AUMamoun, fils du fameux Ha-
roun-Al-Raschid , contemporain de Charle-
magne, recevait à sa coiir de Bagdad, avec
les marques de la plus flaltcuse distinction»
les astronomes et tous les savants étran-
gers qui s'y présentaient. Ce calife et plu-
sieurs de ses successeurs trouvèrent beau-
coup d'opposition et de jalousie de la part
des docteurs de la loi mahométane, qui
voulaient que les musulmans bornassent
leurs études au Koran, redoutant les effets
que pouvaient produire le ^oût trop gé-
néralement répandu des sciences physi-
ques (393).
Presque tous les ouvrases des anciens
écrivains arabes sont perdus. Parmi ceux
du X' siècle, dont quelques-uns ont été con-
servés , nous citerons un petit traité d'Avi-
cenne le physicien , « sur la formation et la
classification des minéraux, » ouvrage dans
lequel cet auteur a fait preuve d'un talent
inconstestable. Son second chapitre , Sur la
came des montagnes j est surtout très-digne
de remarque. Les montagnes , dit-il, sont
dues, les unes à des causes essentielles, et
les autres, à des causes accidentelles.
Comme exemple de causes essentielles, il
cite les Iremblemenis de terre violents f par
lesquels le sol se trouve soulevé et change en
montagnes. Quant aux causes accidentelles ,
la principale est l'excavation produite par
l'eau, — phénomène qui, en donnant heu
à des cavités , rend saillants les terrains en-
vironnants, et en fait des éminences (3%).
Ce fut dans le même siècle qu'Omar, sur-
nommé El Aalem^ ou le Savant^ écrivit sur
La Retraite de la Mer. Cet auteur parait
s'être assuré, par la comparaison des cartes
de son temps avec celles des astronomes in-
diens et persans, faites deux mille ans aupa-
ravant, que, depuis les temps historiques,
des changements considérables avaient eu
lieu dans Ta configuration des côtes dé l'Asie;
il trouva qu'à certaines époques anciennes
la mer avait été plus étenaue. Une autre
circonstance, le grand nombre de sources et
(593| Mod, Univ. l/tsi., vol. 11, eh. 4, sect. 3.
(394) Mantes quandotfue fiunt ex causa essentiati ,
ifuandoque ex causa acctdentali. Ex essentiati catuci,
ut ex vehementi motu terne elevatur terra, et fit mow.
Accidentali^ etc. (De cowjelatione lapidum. Ed. Ge-
DANi ; 4682.)
(595) Von HoFF Ge$chuhte der Veràndenigen der
Krdoberftàcke^ vol. 1*% p. 406 , que cite Delisle, bey
llismanii Weil^und VolkergeicidUe ^ alte GeschUn
ter theil, s. 234.
(396) Les persécutions srabes relatives à des
tlo^mes hérétiques, en matière de théologie,
êiiient souvent trés-sauguinaifes. Dans le temps
où la science jouissait de la plus haiite estime,
la» mabométans étaient divisés en deux sectes*
de marais salais répandus dans l'intérieur
de l'Asie, vint encore le confirmer dans cette
opinion. En des temps plus récents, Fallas tira
de ce phénomène la même conséquence.
M. de Hoff a suegéré l'idée, extrêmement
probable, oue ce nirent les changements de
niveau de la mer Caspienne (dont plusieurs,
vraisemblablement, ont eu lieu dans les
temps historiques), et les dispositions géolo-
fçiques du district où elle est située, qui, en
indiquant oue cette mer avait abandonné
son ancien lit, conduisirent Omar à sa théo-
rie de la retraite générale de la mer (395).
Toutefois, quelles qu'aient pu être les preu-
ves sur lesquelles reposait son système, il
fut déclaré en opposition avec certains pas-
sages du Koran ; et l'auteur, sommé de uiire
publiquement la rétractation de ses erreurs,
s*exila volontairement de Saniarcande, pour
se soustraire à la persécution (396).
Les opinions cosmologiques exprimées
dans le Koran étant fort peu nombreuses, et
ne se trouvant, d'ailleurs, introduites dans
ce livre que d'une manière tout à fait inci-
dente, il serait assez difficile de comprendre
comment elles auraient pu jouer un rèle
aussi imporfant dans une discussion relative
aux révolutions anciennes du globe. Le nro-
phète déclare que la terre fut créée en (Jeux
lours, et qu'aussitôt sa création accomplie
les montagnes furent placées à sa surface;
que, durant ces deux lours et deux autres
encore, les habitants destinés à la peupler
recurent l'existence; et qu'en deux nou-
veaux jours, enfin, les sept cieux furent
créés à leur tour (397). Le Koran n'ajoute
aucun autre détail au sujet de la création, et
s'exprime d'une manière tout aussi brè^e
en parlant du déluge, à Toccasion duquel il
dit que les eaux s'échappèrent d'un four
(fable bizarre, que l'on suppose avoir été
empruntée aux maçes persans, qui repré-
sentaient les eaux diluviales comme sortant
du four d'une vieille femme (398); que tous
les hommes, à l'exception de Noé et de sa
famille, furent noyés; mais que Dieu avant
dit ensuite : -c O terre, engloutis tes -eaux; el
toi, ciel, reliens tes pluies I » les eaux dimi-
nuèrent à l'instant (399).
Nous pouvons supposer qu'Omar a repré-
senté l'abandon de la terre par la mer, comme
ayant été graduel, et que son hypothèse exi-
geait, pour l'accomplissement de la retraite
des eaux, un plus Krand nombre dô siècles
que n'en admettait la croyance musulmane;
Tune soutenait que le Koran était incrëé , et araii
subsisté en Dieu même de toute éternité; FauUv,
dite U secte des motazalites, tout en admettant que
le Koran était d'institution divine , n<; faisait dater
son origine que du moment où il avait été révèle an
prophète à la Mecque , et accusait ses adversaires»
de croire à deux êtres éternels. Les opinions de cba-
cune de ces sectes furent admîsea par différents ca-
lifes successivement ; et Ton vit quelquefois leor;
partisans respectifs, mieux aimer perdre la lèle« ou
mourir sou4 le fouet, q\^ Je renoncer k leur
croyance. (Mod. Univ. Iftst., vol. II. ch. 4.
(597) Koran, ch. 41.
(598 Koran. Tradiict. dcSale, ch.ll. (r./diicir.)
(399) Ibid.
ao
CEO
ET DE PALEOXTOLOGiE.
GLO
6I#
c:ir on doit conclure du Koran, que Thomme
ei la planète qu'il habite furent créés en
roéoie tem^; et quoique Mahomet n*ait pas
déterminé d'une manière expresse l'ancien-
neté de la race humaine, H donne cependant
une sanction implicite à la chronologie
m€»saiqne, par la rénération au'il témoigne
pour les patriarches hébreux (M)0).
On oonsenre à la Bibliothèque impériale
de Paris, un manuscrit arabe intitulé : Mer^
Teilles de la nature^ dont l'auteur^ Mohammed
Kazwini, fl«»rissaitau wif siècle de l'hégire,
ou Ters la fin du xiir siècle de notre ère (^1 ).
Outre diverses remarques sur les aérolithes,
les tremlilements de terre et les changements
de position gne la terre et la mer ont éprou-
vés successivement, il renferme la belle
narration suivante que l'auteur met dans la
bouche de Kidhz, personnage allégorique.
— Passantunjourparune ville très-ancienne,
et prodigieu)$ement peuplée, je demandai à
l'un de ses habitants depuis quand eHe était
fondée. — « C'est, me répondit-il, une cité
• puissante; mais pour vous dire depuis
« combien de temps elle existe, cela m'est
• ak)Solument impossible, et k ce sujet, nos
« ancêtres étaient tout aussi ignorants que
« nous. » Cina siècles plus tard, je repassai
par le même lieu ; n y apercevant aucun
vestige de la ville , ie voulus savoir d'un
pavsan qui cueillait des herbes sur son an-
cien emplacement, combien de temps s'était
écoulé depuis sa destruction. « Sur ma foi,
« dit-il, vous me fiiites-là une question
« étrange. Ce terrain n'a jamais été autre
• que ce qu'il est à présent. » — Mais n'y
eut-il donc pas anciennement une vaste
eité? lui demandai -je encore. « Jamais, ré-
« pliçiua-t-il, autant du moins que nous en
« puissions juçer par ce que nous avons vu;
^ je vous dirai même que jamais nos pèies
< ne nous en ont encore parlé. ^ Cinq cents
autres années après, je revins encore aux
mêmes lieux; cette fois, la mer en oecupait
ia pUue. Ayant aperçu des pécheurs sur
:^es rivages, je leur demandai depuis quand
la mer avait envahi ce terrain. « Un homme
• comme vous, dirent-ils, peut-il bire une
• semblable question? Ce lieu a toujours
« été tel qu'il est aujourd'hui. » Au t>out de
cinq cents nouvelles années, j'y retournai
encore. La mer n'^ étant plus, je voulus sa-
voir depuis combien de temps elle s'était
retirée. Un homme a qui je le demandai me
répondit, comme tons les précédents, c'est-
à-dire, que les choses avaient toujours été
ainsi que ie les voyais. Enfin, après un laps de
temps éjoii aux précédents, j'y retournai pour
la dernière fois, et je trouvai, en place d'un
yen désert , une cité florissante, plus peu-
(400) Kossa, g ouTenieor du calife At-MamAd , fut
Tmateur d*an lîTre ÎPlitulé : Histoire des Patriarekes
et des Prophètet éewiê ta créatiou du wuntde. {Mad,
r«ffv. tfûl., Tol. Il, rh. 4.)
(401) Tnuluit Mr MU. Cliexy et île Sacy , ei rite
^r Jf . Elie de Bcaamoot. (Am. des ëciemcet iwir.,
(iOi) Vo§. les extraits des maDuscrits de LéoDard
i, lesquels soot acttieUement à la biblîoibéque
pléeet plus riche en monuments somptueux
que la première que j'avais vue. Voulant
alors connaître la durée de son existence ,
je m'adressai aux habitants, qui me dirent :
« L'origine de cette ville se perd dans la nuit
< des temps, nous ignorons cfepuis quand elle
c existe, et nos pères, à ce sujet, n'en sa-
«^ valent pas plus que nous. »
Ce ne fut guère qu'au commencement du
xvr siècle que les phénomènes géologiques
commencèrent à fixer l'attention des nations
chrétiennes. A cette époque, une controverse
des plus vives s'éleva en Italie, au sujet de la
nature véritable et de l'origine des coquilles
marines et des autres corps organisés fosssiles
que l'on trouvait en at)ondance dans les
couches de cette contrée. Le célèbre peintre
Léonard de Vinci , qui , dans sa jeunesse,
avait conçu le plan de plusieurs canaux na-
vigables qu'il exécuta lui- même dans le nord
de ritalie, fut un des premiers qui sut ap-
pliquer, au sujet en question, un raisonne-
ment logique et sain. Il prétendait que la
x^se des nvières avait recouvert l'extérieur
et pénétrée l'intérieur des coquilles fossiles,
alors que ces corps reposaient au fond de la
mer près du rivage, (m assure, disait-il, que
ces coquilles furent formées dans les collines
par f influence des étoiles , mats s'i7 en fût
ainsi jadis^ pourquoi n'en serait-il pas encore
de mime aujourahui. Qui fourrait me dire
où sont les étoiles formant a Fépoque actuelle
dans les collines les coquilles t espèces et
d'âges différents quon y trouve. Comment ^
bailleurs, se rendre compte, à Vaidedesétoiles^
de F origine de ce gracier dont les parties
n'ont pu être arrondies que par le mouvement
de Feau courante, et qu'on rencontre à diverses
hauteurs? Comment, enfin, expliquer, par
une telle cause, la pétrification des feuilles et
des plantes marines que renferment aussi les
collines (MS).
Les excavations bites en 1517, à Foecasioa
des travaux qu'on exécutait à Vérone, mi-
rent au jour une multitude de pétrifications
curieuses, et donnèrent lieu aux spéculations
de divers auteurs, parmi lesquels nous cite-
rons, entre autres, Fracastoro (M3). Celui-
ci déclara que, dans son opinion, les co-
auilles fossiles avaient toutes appartenu à
es êtres vivants, lesquels vécurent jadis,
et multiplièrent là où se trouvaient alors
leurs dépouilles. Il démontra combien, pour
expliquer l'origine de ces fossiles, il était
absurde de recourir à une cerisine . force
plastique, douée, disait-on, du pouvoir do
donner aux pierres des formes organiques.
Fracastoro prouva , à l'aide d'arguments non
moins puissants, qu'il était tout aussi peu
sensé d attribuer la situation des coquilles en
de riiistltutde France. Ces eitraits, des k Yentori,
ne sont pas mentionnés par Broccbi; c*est M. Hal-
lain qui, le premier, a fixé sur eux ratteniioii. Léo-
nanl de Vinci mourut en 1519.
(4«S) Mmsimm eeleM. Vagst le DiMeemn de ftw*
elii tur les nrogrèt de Fétedede la emttkgHologk fos-
sile en Italie. Dans ce discours, qneliioes-mies des
notices sur les auteurs iuliens ont plus d'étendue
que je n'ai pu leur en donner ici.
^\
GEO
DrCTlONNAIRE DE COSMOGONIE
GEO
m
quostionau ddluge biblique, ainsi que quel-
ques-uns soutenaient obstinément qu'on de-
vait le faire; car, disait-il, outre que celte inon-
dation fut de trop courte durée pour produire'
le déplacement de ces corps , on doit remar-
quer aussi qu'elle fut occasionnée presaue
entièrement par des eaux fluviales. D un
autre côté, en admettant même que l'inon-
dation eût été capable de transporter les
coquilles à de grandes distances , elle n'au-
rait pu que les disséminer sur la surface du
sol , et non les ensevelir à d'immenses pro-
fondeurs dans l'intérieur des montagnes.
Rendus aussi évidents , de tels faits eussent
mis un pour toujours à la discussion , si les
passions humaines ne se fussent trouvées
engagées dans la dispute; car, bien que quel-
ques doutes restassent encore dans certains
esprits, il est probable que bientôt ils auraient
disparu en présence des découvertes nouvel-
les faites peu de temps après, sur la structure
des fossiles et de leurs analogues vivants.
Mais , bien loin d'accorder aux idées aussi
îusles que philosophiques de Fracastoro,
l'attention qu'elles m -ntaient, tout le talent
et la force de raisonnement des savants ne
furent, durant trois siècles, employés qu'à
discuter ces deux questions préliminaires
et toutes simples, savoir : si les fossiles
avaient appartenu à des êtres vivants ; et si ,
une fois cette circonstance admise, tous les
phénomènes ne pouvaient pas s'expliquer
par le déluge de Noé. Jusqu'alors, il avait
été de croyance générale, dans le monde
chrétien, que l'origine de la terre remontait
seulement à quelques milliers d'années, et
que , depuis la création , le déluge était l'u*
nique catastrophe qui eût produit quelque
changement considérable a ia surface du
globe. D'une autre part, l'opinion que la
conflagration de notre planète devait avoir
lieu bientôt était presque aussi générale-
ment répandue. Cependant l'époque du millé-
naire attendu se nassa sans catastrophe. Il
semble que, dès lors, il n'eût plus dû en
être question que pour rire aux dépens de
c^ux dont la crédulité se trouvait si heu-
reusement trompée.
Bien qu'au xvi* siècle il devint néces-
saire d'interpréter plus largement les pro-
phéties, et d assigner à la conflagration du
monde une date plus éloignée, les spécula-
tions des premiers géologues n'en renfer-
ment pas moins une allusion constante à
l'accomplissement prochain d'une telle ca-
tastrophe. Quant à ce qui regarde l'ancien-
neté du globe , les opinions des siècles d'i-
çnorance se maintinrent également à cette
époque, sans la moindre modiflcation. Aussi,
lorsque plus tard on voulut entreprendre de*
détruire, par des preuves physiques, un
article de foi si généralement accrédité , une
alarme très-vive s'empara de tous les esprits,
et il ne fallut rion moins que la tolérance et
la franchise qui régnaient parmi le riergé
italien, pour. qu il fût permis de débattre
ce sujet en toute liberté. Les prêtres eux-
(404) De Foêsilib., p 109 et 176.
mêmes prirent chaudement parti dans la
controverse ; les uns se prononcent pour tel
côté de la question, et les autres pour tel
autre. Tout en regrettant vivement le temps
et le talent qui, dans cette circonstance,
furent consacrés à la défense de principes
insoutenal)les , on ne peut s'empêcher de
rendre justice au peu d'acrimonie qu'entraîna
cette polémique, comparativement à celle
3ui se maniresta dans les disputes que,
eux siècles et demi plus tard, on vit éclater,
de ce côté-ci des Alpes ^ parmi certains écri-
vains.
Le système de disputes scolastiques, en-
couragé dans les universités du moyen Age,
avait non-seulement conduit à des habitu-
des d'interminables ai*guties, mais en était
même venu jusqu'à produire ce dangereux
effet que souvent des propositions absurdes
et extravagantes se trouvaient préférées à
des idées raisonnables et justes, par cela
seul qu'elles exigeaient plus de talent pour
être soutenues ; le but de ces combats intel-
lectuels était la victoire et non la vérité. 11
n'y avait pas une seule théorie, quelque
subtile et bizarre qu'elle fût, qui n'eût ses
partisans, pourvu toutefois qu'on pût la rap-
porter à quelque idée populaire; et comme
dans la création de leurs systèmes, les cos-
mogonistes ne s*en tenaient pas à l'action
des causes connues, les adversaires de Fra-
castoro combattirent ses argiiments en sup-
posant des causes imaginaires, lesquelles
aififéraient les unes des autres bien plus de
nom que de fait. Ainsi, par exemple, Andréa
Mattioli, célèbre botaniste qui expliqua
Dioscorides, adopta cette opinion de l'habile
mineur allemand, Agricola, qu'une certaine
« matière grasse, materia pitiguis^ » mise en
fermentation par la chaleur, donnait nais-
sance à des formes organiques fossiles.
D'après ses propres observations, Mattioli^
cependant, en était venu à conclure que le«
corps poreux, tels que les os et lescoquitle^f
pouvaient, comme étant perméables à C9
qu'il appelait le suc lapidtfiani^ être trans-
formés en pierre. D'un autre côté, Fallop-
piode Padoue imagina que les coquilles pé-
trifiées étaient produites par la fermentation,
dans les lieux mêmes oii on les trouve, et
que dans certains cas, leurs formes résul-
taient des mouvements tumultueux des
exhalaisons terrestres. Tout célèbre analo-
miste qu'il était, il soutint que certaines
défenses d'éléphants que, de son temps, on
avait trouvées dans la Fouille, n'étaient au-
tre chose que des concrétions terrestres.
Suivant toujours ces mêmes principes, il
alla jusqu'à considérer les vases du Monte
Testaceo, à Rome, comme n'étant, très-pro-
bablement, que des impressions naturelles
S li s'étaient formées dans le sein de la terre
^ OW. Animé du même esprit, Mercati pré-
tenclit que les coquilles fossiles conservées
par le pape Sixte V dans le musée du Vati-
can, et dont, en 1574, il avait publié des fi-
gures très-exactes, n'étaient tout simple^
615
Ci»
ET m: PAL£OMOLOCI£.
GEO
6U
meotqoedef pierres dont la configuration
particulière devait être attribuée à i*in-
fluencedes corps célestes. Quant à Olivier
de Crémone* à qui ^st due la description
des débris fossiles d'un riche musée de Vé-
rone, il se borna k considérer ces corps
eomme de simples « jeux de la nature. »
Parmi les conceptions bizarres de ces
temps, quelaues-unes furent jugées moins
déraisonnables que les autres, en cela qu'el-
les offraient des rapports avec la théorie de
la génération spontanée d'Aristote, ensei-
gnée alors dans toutes les écoles (405) . On
conçoit, en effet, que des hommes imbus
dès leur première jeunesse de Tidée que la
plupart des plantes et des animaux vivants
avaient été formés par le concours fortuit
d'un certain nombre d'atomes, ou qu'ils
avaient puisé la vie dans la matière organi-
que corrompue, pouvaient facilement se
persuader que les formes organiques, sou-
Tent mal conservées qui se rencontrent dans
l'intérieur des roches, devaient leur exis-
tence à des causes également obscures et
mystérieuses.
Ce siècle, toutefois, ne fut pas entière-
ment dépourvu d'auteurs professant des opi-
nions plus rationnelles et plus graves .que
celles oui viennent d'être exposées. Un ou-
vrage ue Cardan, publié en 1552, et dont le
titre, Ih mbUlUate^ correspond k ce que de
nos jours on appellerait ptiilosophie trans-
cendante, devait naturellement nous donner
à penser qu'au chapitre des minéraux se iton^
Teraient plusieurs théories subtiles, la sub-
tilité étant le type caractéristique de presque
toutes les doctrines d'alors. Néanmoins ,
qnand 1 auteur en vient à traiter des coquilles
pétrifiées, il n'hésite pas à déclarer qu'elles
Indiqumt d'une manière évidente 1 ancien
séjour de la mer sur les montagnes (U)6).
Cesalpioo, botaniste célèbre , pensait que
les coquilles fossiles avaient été anandonnées
sur les continents lors de la retraite de la
mer, et que leur pétrification s'était opérée
durant la solidification du sol (i07). L'année
suivante, 1587, Simeone Majoli (i06), dont
les idées cc»uicidaient pour la plupart avec
celles de Cesalpioo , alla plus loin encore. Il
prétendit qu'il n'y aurait rien d'impossible à
ce que les couuilles et autres substances
sous-marines au Véronais et de quelques
aalros districts , eussent été vomies sur la
terre par des explosions volcaniques , telles
que celles oui, en 1538, donnèrent naissance
au Monte-Nuovo, près d<^ Pouzzole. C'est
cette supposition qui semble avoir servi de
base aux théories de Uooke, de Lazzaro
lloro, de Hutton et de plusieurs autres écri-
vains qui, plus tard, cherchèrent aussi à éta-
blir des rapports entre l'action des volcans
et les gisements des coquilles fossiles.
Deamns après, Imperati se déclara en fa-
veur de l'origine animale de ces corps ; mais
en admettant toutefois la possibilité de la
(466) AaiSTon, Trmîé de$ ammaux^ chap. 1 et 15.
(405) Baoccei, Con. fou. êubmp.^ Di$c^ «ai pro-
grrsn, vol. I", p. 57.
(iOT; Dt nutallicië.
végétation des pierres, phénomène qn*il ex-
pliquait par la force « d'un princiiM» inté-
rieur, » à l'appui duquel il citait les dents de
poissons et les épines d'échinides que Ton
avait trouvées à 1 état de pétrification (409).
Palissy, écrivain français, publia divers
ouvrages scientifiques.il traita, entre autres,
de « 1 origine des sources attribuées à l'ean
de pluie, » et entreprit, en 1580, de com-
battre les idées répandues en Italie par plu-
sieurs de ses contemporains, au sujet des
coquilles fossiles que ceux-ci supposaient
avoir été, toutes sans exception, déposées
par le déluge universel. // fui le premier^
dit Fonteneile un siècle et demi plus tard, en
parlant de lui dans VHistoire de f Académie
des sciences^ qui osa tou/entr, à Pariê^ que le§
debrii fossiles des testacés et des poissons
avaient jadis appartenu à des animaux marins.
Comme ce serait une tâche aussi inutile
que fiistidieuse d'énumerer la multitude d'é-
crivains italiens qui, vers le commencement
du xvii* siècle, avancèrent des hypothèses
toutes plus fantastiques les unes que les au-
tres, nous nous abstiendrons d'en parler;
nous ne ferons d'exception qu'en faveur de
Fabio Colonna qui, seul, mérite d'être dis-
tingué de la foule; car, bien qu'il s'aban-
donnât au dogme qui rapporte au déluge do
Noé l'origine de tous les débris fossiles, il
sut résister à l'absurdd théorie de Stelluti,
et ne pas admettre que le bois fossile et les
ammonites n'étaient autre cbase que de l'ar-
gile dont les formes avaient été déterminées
par des eaux sulfureuses et par la chaleur
souterraine du globe. Fabio Colonna indi-
qua les différents états des coquilles fossiles,
établissant entre elles les distinctions sui-
vantes : savoir, 1* la simple empreinte; 2* le
moule, et 3* les débris de la coquille elle-
même. C'est à lui aussi aue revient le mé-
rite d'avoir, le premier, aémontré que parmi
les fossiles, tous n'ont pas appartenu a des
testacés marins, et que quelques-uns pro«
viennent de testacés terrestres (ilO).
De tous les ouvrages publiés à cette é|)o-
que, le plus remarquable fut celui de Sté-
non, savant Danois, qui,après avoir professé
quelque tem|»s l'anatoroie à Padoue, alla è la
cour du grand duc de Toscane, où il résida
plusieurs années. Son traité porte le titre
pompeux de De solido intra solidum «lo/ura-
titer contento (16C9), titre qui, pour bien
rendre Tintention de l'auteur, peut se tra-
duire ainsi : Sur les pierres précieuses^ les
cristaux et les pétrifications organiques ren-
fermés dans les roches solides. Cet ouvrage
atteste la priorité de l'école italienne<fansles
recherches géologiques, el signale en même
temps les obstacles puissants qui, dans ce
siècle, furent opposés a l'admission générale
des idées propres k favoriser les progrès de
la science. Tous ceux qui ne pouvaient se
résigner à croire qu'avant la formation d'une
grande partie des montagnes qui recouTrent
(408) iHes canicutares,
(409) Staria nantële.
(410) 0$éerv. tugli mnimali aquat. e unest.; itf26.
r>r.
GEO
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
GEO
116
globe, la terre pût avoir été habitée par
des èlres vivants, maintenaient l*opinion
qjic les coquilles fossiles et les autres corps
marins n*étaient pas d'origine animale. Ce
fut h l'occasion de cette controverse que
iSlénon, ayant disséqué un requin qu on ve-
nait de prendre dans la Méditerranée, prou-
va que ses dents et ses os étaient identiques
avec ceux de plusieurs fossiles trouvés en
Toscane. Il compara aussi les coquilles qui
avaient été découvertes dans les couches
dTtalie aux espèces analogues vivantes, si-
gnala leur ressemblance , et indiqua les
nuances diverses qui distinguaient dès co-
quilles simplement calcinées, ou qui n'a-
vaient perdu que leur gluten animal, de
celles dans lesquelles s'était opérée une subs-
titution complète de matière pierreuse. Dans
sa division des masses minérales, il insista
beaucoup sur l'origine secondaire des dépôts
qui renferment des dépouilles d'animaux ou
iles fragments de roches anciennes.il établit
une distinction entre les formations d'origine
marine et les formations d'origine fluviale,
in Jiï|uanl, comme moyen de reconnaître ces
dernière^, les graines, les herbes, ou même
ies troncs et les branches d'arbres que sou-
vent elles renferraent.il se prononça aussi en
faveur de l'horizontalité primitive desdépôts
sédimentaires, dont il attrihuait| la position
actuellement inclinée ou verticale, tantôt à
quelque dégagement devap^rs souterraines
capable de soulever de bas en haut la croûte
de la terre, et tantôt à l'affaissement de cer-
taines masses solides reposant sur des cavi-
tés souterraines.
Sténon prétendit être à même de prouver
que la Toscane devait avoir eu successive-
ment six conQgurations distinctes, ayant été
deux fois couverte entièrement par l'eau,
mise à sec deux fois , avec un niveau uni-
forme, et deux fois enfin avec une surface
inégale et irrégulière (411). II fit tous ses ef-
forts pour concilier avec l'Ecriture sainte
ses nouvelles idées, et ce fut dans ce but
2u'il signala certaines roches comme ayant
té formées avant l'existence de toute espèce
d'animaux et de plantes. Malheureusement
il choisit pour exemple de ces roches cer-
taines formations calcaires et de grès de son
propre pays, lesquelles renfermant, ainsi
qu'on Ta reconnu depuis, quelques débris
d'animaux et de plantes, ne peuvent pas
môme être rangées parmi les couches les
plus anciennes des séries secondaires. Sté-
non chercha à faire entendre que Moïse, en
disant que les eaux du déluge avaient cou-
vert le sommet des montagnes les pi js éle-
vées, n'entendait parler que des plus hautes
collines existantes alors, lesquelles ne pou^
valent avoir une élévation bien grande. D'a-
près sa supposition, les eaux diluviennes
provenaient de l'intérieur de la terre où elles
(41 i ) Sex Uaque dUtvietas Etruriœ faciès aanoscimus
autnbû fluida^ bh plana et stcca, bis asperafuent, elc.
(412) Scilla cite la remarque de Cieéron à Tocea-
sîon d'une certaine pierre trouvée dans File de
CUiio, laquelle, suivant la tradition, ajrant été sépa-
rée eu deux parties, présenta la tète de Paniscus en
s'étaient réfugiées, lorsque, orianaireiBent,
la séparation de la terre et de la mer s*éiait
opérée. De telles hypothèses n'étaient certes
pas faites pour ajouter au mérite du traité
de Sténon ; loin de là, au contraire, elles ne
pouvaient que diminuer l'autorité de filles
de ses -opinions qui étaient basées sur des
déductions justes et rigoureuses des faits et
de l'observation. Dans ces derniers temps,
néanmoins, elles ont servi de germe à di-
verses théories populaires; revêluesdelongs
développements, elles ont été reproduites et
présentées comme des idées nouvelles par
plusieurs de nos contemporains.
Scilla, peintre sicilien, publia, en 1670, un
traité latin sur les fossiles de la Cal(d)re, ac-
compagné de très-bonnes gravures. Cet ou-
vrage offre la preuve de 1 influence prolon-
gée que conservent d'ordinaire les dogmos
souvent réfutés; car c'est surtout contre l'in-
crédulité obstinée des naturalistes, à réganl
de la nature organique des coqnilles fossi-
les, que l'auteur dirige les plus habiles res-
sources de son esprit et de son élomieo-
ce Iki^). De même que plusieurs naturalistes
célèbres de son temps, Scilla s'abandonna à
la croyance populaire que toutes lescoquiiln
fossiles étaient en même temps les effets et
tes preuves du déluge biblique. £n profes-
sant cette opinion, était-il entièrement de
iionne foi ? Il est permis d'en douter. Quant
h plusieurs de ses contemporains qui suivi-
rent la même voie que lui, bien que leur
manque de sincérité fût complètement avéré,
ils mirent tant d'empressement à déraciner
les idées généralement admises à l'égard de
la nature des fossiles organisés, qu'on les au*
rait crus volontiers disposés à faire toutes
les concessions possibles pour fixer invaria-
blement l'opinion sur ce point. Ces transac-
tions étaient peu éclairées; il ne serrait
pour ain^i dire à rien que la nature des do-
cuments fût enfin bien comprise, si les hooi-
nies n'avaient pas la liberté d'en drerdes
conséquences exactes.
Los théologiens italiens , allemands,
français et anglais, qui, à cette époque, eth
trèrent dans Ta lice, étaient en si grand
nombre, qu'il serait trop long d'en faire
rénumération ; €[uant à ceux oui refusèrent
d'adopter l'opinion que tous les débris or-
Saniques marins étaient autant de preuves
u déluge biblique , ils furent , dès ce ino-
ment, exposés à l'accusation de ne ries
croire des saintes Écritures.
Plus d'un siècle s'était écoulé depuis Fra-
castoro ; et à peine pendant ce temps toot
employé à propager la croyance qoe les
fossiles organises n'étaient que de simples
jeux de la nature, de faibles efforts avaient-
ils été faits pour se rapprocher d'une saine
théorie. Une nouvelle période d'un siècle et
demi fut ensuite perdue à consacrer rbjp
rdtef. — Je veux bien croire^ dît Torateur, (pu «("
figure j90uvail avoir quelque ressemblance avec P<'^
eus ; maiê je n'admetêrai jamais qns eetu rtunt-
blance fût telle qu^on pKl aUribuer au ciseau de Set-
pas la tête en question; carie hasard nlmUijeubU
parfaitement (a vérilé.
ai
ÇFJd
ET DE PALEONTOLOG!R
CEO
Gi&
Ihèse mise en avant |iar ceux qui prélcn*
daient que renfouissement de tous les corps
ùrgmisés dans les couches solides était
rœuTre du déluge de Noé. Jamais , dans
aucune branche delà science, illusion théo-
rique ne se mêla plus sérieusement à Tob-
serration exacte et à la classiGcation systé-
matique des. faits. Les progrès rapides de la
.fëologie, dans ces derniers temps , doivent
mre particulièrement attribués à la détermi-
nation précise de Tordre de succession des
masses minérales, établie à Faide de la ré-
gularité de leur superposition etde la nature
des différents eor^^oi^aniques qu'elles ren-
ferment. Toutefois, loin de vouloir recon-
naître la moindre distinction dans Tensem-
bledes couches, les vieux partisans de la
théorie diluvienne étaient portés, au con-
traire, d'après leur système, à confondre
les divers groupes de strates, à rap|)orter
tous les phénomènes à une cause unique,
et à une seule époque, de très-courte durée,
plutôt que de les attribuer à un certain
nombre de causes dont Taction se serait
continuée pendant une longue suite de pé-
riodes. Ils ne voyaient les phénomènes que
comme ils voulaient les voir, tantôt déûgu-
rant les faits, et tantôt déduisant de données
correctes de fausses conséquences. De nos
jours, par bonheur, les choses ont changé
de face ; le vaisseau confié à noire direction
n*ayant plus besoin, |)our avancer, de lutter
contre un courant contraire, un très-petit
nombre d^années suflirait, à présent, pour
faire faire autant de progrès à la science que,
sous rinfluence despréjugésaueuous venons
de signaler, elle en fit, dans respacede trois
siècle.
. En suivant Thistoire de la géologie, le lec-
tenr doit s*attendre à voir, depuis la fin du
.xra' siècle jusqu'à la fin du xviii*, la
5cieoce marcher aussi souvent en sens
réirograde qu*en sens progressif. Dans
celte revue, il devra s'appliquer à remar-
quer les retours fréquents à des erreurs
plusieurs fois combattues, et l'abandon de
certaines opinions aussi judicieuses que
saîoes pour des idées de la dernière absur-
dité. Souvent aussi il aura à s'arrêter soit
sur une argumentation futile , soit sur une
lijpothèse cliimérique, non à raison de
riatérét que de tels sujets offriront par eux-
méfnes, mais à cause que plusieurs des sys-
tiètnes les plus extravagants ont été imagi-
nés ou contestés par des hommes d*un talent
reconnu. En un mot, l'esquisse des progrès
de la géologie n'est autre chose que l^is-
foire aune lutte perpétuelle et violente
entre des opinions nouvelles et des doc-
trines anciennes, qui , sanctionnées par
la foi implicite de plusieurs générations,
(413) De testmceU fouitibus Mut. Septalumt,
(414) Les opinions de Boyie, aaïquelles Quirini
bit aflasion ici, avaient élé publiées quelques années
aoparavam dans un petit article intitulé Sur le fond
d€ la airr. D'après des renseignements obtenus des
pécbenrs de perles, Bo}1e conclut que lorsque les
Tabacs sont à sîi on sept pieds de liauieoraunlcssus
de l'caa^oo n*âperçoit pas le moindre signe d^agita-
soiit censées reposiT sur lautorilé des
staintes Écritures. Quoique oflfrant le plus
grand intérêt pour auiconque se livre à l'é-
tude de la philosopnie de Tesprit humain,
cet examen, toutefois, ne saurait suffire à
celui qui, dans Tétude des sciences physi*
ques, aspire à trouver des vérités.
Eu 1676 (Vi3), Quirini soutint , contraire-
ment à l'opinion de Scilla, que les eaux du
déluge ne pouvaient avoir transporté des
cor{>s pesants sur le sommet des montagnes,
l'agitation de la mer ne s'étant iamais (ainsi
que Boyle l'avait démontré)* étendue à de
grandes profondeurs (Vi4j; il nia, de plus,
que les testacés eussent pu vivre, comme
quelques-uns le prétendaient, dans ces eaux
diluviennes ; car, outre, disait-il, que « l'inon-
dation fut de courte durée, les grandes pluies
anéantirent la salure de la mer. s Quirini
fut le premier écrivain qui se hasarda à sou-
tenir une opinion contraire à celle qui fai-
sait du déluge de Noé un cataclysme uni*
verset. Quant à la nature des coquilles pétri-
fiées, il pensait que, puisque ûi^s molécules
solides se réunissaient dans la- mer four
former les coquilles des mollusques, le même
mode de cristallisation pouvait tout aussi
bien se produire sur la terre. Pour expli-
quer ce dernier cas, il supposait que les
germes des animaux avaient pu être dissé-
minés dans la substance dont sont formées
les roches, puis développée par l'humidité.
Toute chimérique qu'elle était, celte doc-
trine, par cela seul qu'elle refusait d'ad-
mettre l'explication, donnée {lar la théorie
diluvienne, de la position des corps fossiles,
ne laissa pas d'avoir de nombreux partisans,
môme parmi les raisonneurs les plus graves
de l'Italie et de l'Allemagne.
A cette époque, la doctrine par suite de
laquelle les coquilles fossiles étaient consi-
dérées comme n'ayant jamais appartt^nu à
de véritables animaux, se soutenait encore
en Angleterre, où celte question ne com-
mença que beaucoup plus tard à être agitée.
Le docteur Plot, dans son Hhtoire naturelle
de rOxfordêhire (1677), attribua l'origine des
coquilles et des poissons fossiles à une reriu
Îlasttque latente^ propre à la terre. En 1678,
ister ajouta, sous la dénomination de pierres
turbinées et bivalves^ les espères fossiles aux
coquilles de la Grande-Bretagne, sur les-
Suelles il avait fait précédemment un travail
^une exactitude remarquable. « Que ces
pierres, dit-il, soient ou ne soient pas d'ori-
gine terrestre, \es animaux qu'elles repré*
sentent si fidèlement n'en sont pas pioins
des animaux perdus. » Cet auteur paraît avoir
élé le première signaler la longue continuité
des principaux croupes de strates que ren-
ferment les séries britanniques, et h pro-
tion il qui.ize brasses de profondeur; et que, même
par un veut fort, le mouvement de Peau diiniiiue,
prodigieusemeal à la profondeur de douze à quinze
pieds. Ce fni aussi a la même source que Boyle
puisa ses i n for lua: ions au sujet de Teiistence des
courants, qui, à des pr(/ron<!eurs diverses, suivent
des directions opposées. ((E'vrr<'stf«fioj^/f,ToL lit,
p. 110; Londres, I744.J
?l. DE GOSXOGONIB ET DE PaLEOHTOLOGIE.
20
6f9
GEO
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
GEO
m
poser la construction de cartes géologiques
régulières (^15).
Ce fut en 1680 que Leihnitz, célèbre ma-
thématicien allemand, publia, sous le titre
de Protogœa, sa théorie de la formation de
la terre. II pensait que le globe, à Torigine,
avait été une masse lumineuse brûlante qui,
de[)uis sa création, s'était constamment re-
froidie; que lorsque la croûte extérieure de
ce globe eut perdu suflisammcnt desa chaleur,
pour que la condensation des vapeurs pût
avoir heu, ces vapeurs avaient formé, en tom-
bant, un océan immense, lequel avait couvert
îe sommet des plus hautes montagnes, et en-
touré la terre de toutes parts. Il supnosaitaussi
qu*cn passant de Tétat de fusion à 1 état solide,
la croûte avait dû prendre une structure vési-
culeuse et caverneuse, et que les déchirures
qui s'y étaient faites en plusieurs endroits,
ayant permis à l'eau de se précipiter dans
les cavités souterraines, il s'en était suivi
l'abaissement du niveau de l'océan primitif.
C'est à la rupture de ces vastes cavernes
qu'ont été attribués la dislocation et le dé-
rangement des couches, dont Sténon avait
fait mention, ainsi que les mouvements vio-
lents qu'éprouvèrent les eaux supérieures, et
les inondations considérables qui résultèrent
de ces grands mouvements. Après avoir été
ainsi agitées, les eaux, dans les intervalles
de tranquillité qui suivirent, déposèrent les
matières sédimentaires qu'elles tenaient en
dissolution, et ce furent ces dépôts qui cons-
tituèrent les diverses couches de pierre et
de terre qui forment Técorce du globe. « On
peut donc, dit Leibnitz, attribuer aux masses
primitives une double origine ; l'une, due
au refroidissement des matières en fusion ;
et l'autre à la concrétion résultant d'une so-
lution aaueuse (i!^16). La répétition de ces
causes (la rupture de la croûte et les inon-
dations qui s'ensuivaient) donna lieu à la
formation de nouvelles couches, lesquelles
se succédèrent jusqu'à ce que* les causes en
question eussent été réduites à une condi-
tion d'équilibre tranquille, et qu'un état de
choses plus durable eût été établi (417). »
Les OEuvres posthume» de Robert Hooke^
aussi avantageusement connu comme ma-
thématicien que comme physicien, parurent
en 1705. Elles renferment un discours sur
les tremblements de terre^ qui, d'après les
renseignements fournis par l'éditeur, fut
écrit originairement en 1668, mais revu plu-
sieurs fois ensuite (418). Hooke est souvent
d'accord avec les meilleure auteurs italiens
et anglais qui s'occupèrent de géologie avant
(415) y oyez Texceilente introduction de M. Cony-
oeare, à Touvrage intitalé : Ouilinet of the geology
of Engiand and Wales (E$quis$e$ de la qéologie de
l'Angleterre et du pay$ de Callei)^ page li.
^(416) (Inde jam duplex origo ti^telUgilur primo^
rum corporum, «na, cum ab ignis, fusione refrigesce^
rentf altéra^ cum reconcretcerent ex solutione aqua^
tum,
(417) Redeunte mox $imili causa strata subindeatia
o/î» imponerentur, et faciès teneri adhucurbis tœpius
novata est. Donec quiescentibus causiSj atque œquili^
bratiSf consmenlhr emergerct rerum itatus.-^ Le
lui ; mais rien dans ses ouvrages ne prouve
qu'il ait partagé les idée^ hardies de Sténon
et de Lister, ou de Woodward, son conlempo-
rain, relativement à l'étendue géographique
de certains groupes de couches. Son traité,
toutefois, est| à l'égard des causes des chao*
gements anciens qui eurent lieu dans les rè-
gnes organiques et inorganiquesdelanatur^,
l'œuvre la plus philosophique de ce siècle.
Quelle trivialy dit-il, que puisse paraître
à certaines personnes un objet tel qu une co'
quille pourrie^ de pareils monuments de la
nature n^en présentent' peut moins des témoi-
gnages d'antiquité plus authentiaues que des
pièces de monnaies ou des médailles; celles-ci
Îwuvant très-bien^ de même que les livres^
es manuscrits et les inscriptions^ être imitées
par Vart et le dessin, ainsi que tous les tik^
vants tiennent aujourd'hui pour certain que
cela s'est souvent pratiqué. D'un autre cité,
il faut bien convenir que la lecture des archi-
ves de la nature et tes travaux nécessaires
pour parvenir à en extraire une chronologie,
et à établir la durée des périodes pendant les-
quelles tels changements et telles catastrophes
se sont accomplis, forment une tâche qui, bien
qu'elle ne soit pas impossible, est au moins
tris'difficile (419).
Quant à Textinction des espèces, Hooke
savait fort bien que les nautiles et les am-
monites fossiles, ainsi que plusieurs autres
coquilles et squelettes fossiles trouvés en
Angleterre, appartenaient à des espèces dif-
férentes de celles qui étaient aies connues ;
mais il mettait en doute que ces premières
fussent éteintes, sachant combien, à l'égard
de toutes les espèces marines, de celles sur-
tout qui habitent les mers profondes, les
connaissances des naturalistes étaient bor-
nées. Cependant, dans quelques parties de
ses ouvrages, il semble porté à adopter l'o-
pinion que plusieurs espèces avaient été
perdues ; et se livrant à (Quelques considé-
rations sur ce sujet, il va jusçiu'à laisser en-
tendre qu'il pourrait y avoir des rapports
entre la disparition de certaines espèces
d'animaux et de plantes, et les changements
produits par les tremblements de terre qixi
se sont manifestés dans les temps anciens.
Quelques espèces, observe-l-il avec la plus
grande sagacité, sont particulières à certains
lieux, et ne se rencontrent pcis ailleurs. Si donc
tel ou tel lieu a été englouti, il est assez pro»
bable que les êtres animés qui y vivaient, en
comptam même des animaua: aériens et aquà'
tiques, ont tous été détruits en même temps ;
car les corps animés, soit végétaux, soit ani-
rapport fait en 4852 par M. Conybeare, à l assocî»-
lion britannique sur les progrès de la géologie, ren-
ferme une excellente analyse des principes de Leib-
nilz, exposés dans son Protogœa^
(418) Dans rintervalte de 1688 à 1703, époque de
sa moit, il lut à la Société royale dirers Mémotrcs,
et prononça plusieurs discours sur des sujets rclKî^
aux fossiles et aux effets produits par les ircnil)le-
knents de terre*
(419) Œuvres posthumes, ICK^ture du 29 Urriex
6il
CED
ET DE PALKONTOLOCIE.
GEO
0:^2
fMiiijr, à la nourriture el à rexisten^e des-
queit Fair est nécetsairej ne peuvent manquer
a être détruits par Ceau^ etc. (^20). Il ajoute
ensuite que les tortues et toutes les çrandes
ammonites que Ton troure dans Ttle de
Portiand , semblent avoir été engendrées
dans des pays beaucoup plus chauds; et il
enconclut que jadis TAngieterre a dû séjour-
ner sons les eaux des mers intertropicales!
Pour expliquer ce phénomène, ainsi que
plusieurs autres du même senre, Uooke
s^abandonne à diverses spéculations sur la
possibilité de certains changements dans la
position de Taxe de rotation de la terre,
changements qiril attribue à tm déplace-
ment du centre de gravité^ analogue aux ré-
Tolutions du pôle magnétique^ etc. Toutefois,
loin d*étre proposées comme dogmes, toutes
ces diverses conjectures n'ont, pour aina
dire, été mises en avant que dans Tespoir
de provoquer de nouvelles recherches et de
nouvelles expériences.
Hooke ne craignit pas de se mettre en
opposition avec les préjugés de son siècle,
en combattant l'étrange idée que la nature
n'avait formé des corps fossiles que dans
ta rue de produire une imitation du règne mi-
merai. Il soutint que les pierres figurées
étaient, en réalité^ les corps âivers eux-mêmes
Su*elles représentaient y ou les moules pétrifiés
e ces corpSy et non, comme quelquesuns Va
raient imaginé, un lusus naturœ consistant
dans laformation inutile d'êtres sansbut (^21 ).
Lorsqu'on objectait à Hooké que sa doc-
trine de l'extinction des espèces faisait in-
jure à la sagesse et à U puissance du sou-
verain Créateur de toutes choses, il répon-
dait que de même qu'il y a des l>ori]es à
la vie des individus, de même aussi il |>eut
j avoir une certaine limite à la durée des
espèces; que, du reste, ses opinions n'a-
vaient rien de contraire aux saintes Ecri-
tures, puisque dans la Bible il est dit que
notre système est en voie de dégénération,
et tend à sa dissolution finale; qu'enfin,
comme toutes les espèces seraient aétruites
quand cette catastrophe aurait lieu, il no
lui semblait pas qu'il fût moins d'accord
«ree la Sagesse divine qu'elles s'éteignissant
successivement, c'est-à-dire les unes dans
un temps, et les autres dans un autre, que de
s'éteindre toutes dans un même moment (i^).
Le but principal de Hooke était d'ex-
pliquer comment les coquilles avaient été
transportées sur les points les plus élevés
(i90) Œutres posik., p. 327.
lA2i) Œmwêê postk. , kcttiredala fé\rier 1688.
Boûke a explique avec une dartéadmirable les divers
modes soivant lesquels les substances organiques
peavent se lapidifier. Il cite entre autres, à Tappui
de soo raisonnenient, les fragments de bois de pal-
■ner stiidiés qui avaient été rappurlés d*Afrique,-et
a« sujet desquels M. de La Hire avait lu, en juin
Iti92, un Mémoire à rAeadémie royale de France.
Dans ee Mémoire éiaieiit signalés, non-senlemeot les
udies qui parcouraient le tronc dans toute sa Ion*
^ueor, m^is eneore les racines qui se trouvaient à
À'une de ses extrémités. DeLa Hiie^ dit Hooke, traita
aussi de certains arbres oui avaient été pétrifiés
c la rtvîère qui arrose Baban, ville située dans
des Alpes ^ des Apennins^ des Pyrénées rt
dans antérieur des continents en g 'néraK Ces
circons!ances, dit-il, et plusieurs autres en-
core, peuvent avoir été occasionnées iwir
dos tremblements de terre, phénomines
qui souvent ont transformé des plaines en
montagnesy des montagnes en plaines^ des
mers en continents et des continents en mers;
qui ont donné naissance à des rivières là
où il n^en existait pas^ en ont englouti d'au-
tres qui depuis longtemps subsistaient ^etc.^
etc.f et quiy depuis la création du monde ^
ontf en un moty apporté les plus grands
changements à la surface de la terre^ et
placé les coquilles^ les ossements, les plantes^
les poissons et les autres corps organisés, fos-
siles, dans' les lieux où, à notre très-grande
surprise, nous les trouvons aujourd'hui (iS3).
Quoique cette doctrine eût été exposée en
termes presque aussi explicites par Stra-
bon, qui s'en était servi pour rendre compte
de la présence des coquilles fossiles dans
l'intérieur des continents, et quoique Hooke
ait souvent emprunté le secours de ce géo-
graphe et d'autres auteurs anciens, on ne
peut disconvenir, toutefois, que le rétablis-
sement de ce système et les développe-
ments qu'il lui donna, n'aient beaucoup con-
tribué auxprogiès de la science moderne.
Hooke fit ]'énuinéra:ion de toutes les con-
vulsions souterraines qui, à sa connaissance,
avaient pris place dans les annales de li
nature depuis la terrible catastrophe deSo^
dôme et de Gomorrhe, jusqu'au tremblement
de terre du Chili de 16^ Selon lui, le sou-
lèvement du fond des mers, ainsi que l'a-
baissement et la submersion des continents,
pouvaient, de même que la plupart des iné-
galités de la surface du globe, s'expliquer
Far l'action de ces causes souterraines. A
appui de cette supposition, il cite le soulè-*
vementde la côte voisine de >'aples, qui eut
lieu durant Véruption du Monte-Nuovo ; et
celui du sol de l'Ile Saint-Michel qu'occa-
sionna, en 1591, une autre éruption. H ne
fait aucun doute (quoique, dît-il, la chose
soit bien plus diflTicile a prouver), qu'il n'y
ait eu autant de tremblements de terre dans
les divers points du globe situés sous l'O-
céan, que dans les parties continentales; al-
iénant, pour confirmer cette opinion, l'in-
commensurable profondeur de la mer dans
le voisinage de certains volcans. En témoi-
age de 1 espace qu'embrassent quelquefois
les mouvements souterrains simultanés, il
le royaume d'iira. Cette rivière offre, sur une éten-
due de dix lieues, la propriété remarquable de pétti-
fier le bois.» *Atf point où la science est parvenue
aujimrd^huf, fes d^ouvertes importautes d animaux
et de végétaux fo^siics, qui ont (té faites récemment
par M. Crawford et le docteur Wallich, près de llr-
raouadi, ne présentent rien dVxtraordinaire ; mais
ee qui Test beaucoup plus, c*est rattentton <|ue, de-
puis plus d'un siede déjà, le bo!s silidfie de ee
fleurie a attirée de la part des observateivs, — Vôtres
Céot.*lratts.^ vol. Il, part, m, p. 577, seconde série.
De La Hire cite le P. Duchatz, dans le second vtri.
des Obsenations faites dam les Indes, par
(Jm) Œttwres pastli., lectare-du 29 mai 168$.
(4^) (Envrei poslk., p. 312.
4* '•"
GEO
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
GEO
m
luenlionnc le tremblement de terre qui se
lit sentir en 1690 dans les Indes occidentales,
et qui, par ses secousses, souleva ou re-
pouaa de bas en haut une étendue de terrain
plus considérable en longueur que les Alpes
et les Pyrénées.
Hooke, ayant déclaré que rhji>o thèse favo-
rite de son temps, celle qui attribuait au dé-
luge de Noé Torigine des corps fossiles ma-
rins, était une hypothèse absolument insou:
tenable, se crut, en quelque sorte, obligé de
substituer une autre théorie diluvienne à
celle qu'il repoussait. Mais cette nouvelle
théorie dont il était l'auteur, le jeta dans
des diflicullésetdes contradictions sans nom-
bre. « Il se pourrait, dit-il, que durant la
grande catastrophe, les parties continentales
eussent, par suite d'un affaissement, été
transformées en mer; et que, par l'effet d'un
soulèvement, les mers se fussent trouvées
changées en continents; de même aussi^
ajoute-t-il, i7 serait fort possible ^ue, durant
t intervalle compris entre la crémation et le dé-
lugef des corps marins eussent été ensevelis
sous Vocéany dans des sédiments (4^24). v Après
cet énoncé , vient une dissertation sur la
séparation de la terre et des eaux mention-
née dans la Genèse ^ — opération durant la-
quelle il est dit que certaines parties de l'é-
corce terrestre furent repoussees en dehors
et d'autres en dedans, etc. La théorie dilu-
vienne de Uooke ressemblait beaucoup à
celle de Sténon, et était entièrement opposée
aux principes fondamentaux qu'ilproiessait,
.ainsi qu'à la prétention qu'il avait d'expli-
quer les révolutions anciennes du globe d une
manière plus naturelle qu'on ne l'avait fait
encore. Aussi, lorsqu'en dépit de ce dont il
s'était vanté è ce sujet, il se vit obligé de
. recourir à une ancienne crise de la nature
et qu'il se mit à vouloir prouver, non-seu-
lement que les tremblements de terre étaient
devenus moins intenses, mais qu'en outre,
les Alpes, les Andes et diverses autres chaî-
nes avaient été soulevées dans l'espace de
quelques mois, il fut forcé d'admettre une
si grande rapidité dans les changements
auxquels il faisait allusion, que son système
ne parut guère moins extravagant qu'aucun
des plus bizarres de tous ceux qu'avaient
enfantés ses prédécesseurs. C'est à cela,
sans doute, qu il faut attribuer l'indifférence
non méritée avec laquelle fut accueillie sa
théorie des tremblements de terre.
Ray, naturaliste célèbre et contemporain
de Hooke, eut aussi le désir d'expliquerles
phénomènes géogéniques par des causes
moins hypothétiques que celles auxquelles
jusqu'alors on avait eu recours (4.25). Soniff-
sai sur le chaos et la création renferme un
système qui, dans son ensemble aussi bien
qiie dans plusieurs de ses détails, s'accorde
•avec celui de Hooke, dont il ne diffère que
'sous le rapport de la lucidité avec laquelle
(424) (Emre$ posth., p. 410.
(4i5) Les discours physico-lhéologUfues de Ray
parurent peu à près le grand ouvrage d'Hooke sur les
tremblements de terre, liay parle de Uooke comme
les connaissances de Ray en histoire nain*
relie et diverses observations originales le
mirent à même d'en faire l'expositioa. Il
donna à entendre que les tremblements
•déterre pourraient fort bien avoir été les
causes secondaires employées lors delà créa-
tion, à produire la séparation de la terre et
des eaux, et à opérer fa réunion des eaux en
un seul et même lieu. Comme Hooke, licite
le tremblement de terre de 16M, qui, sur
une étendue de plusieurs centaines de lieues,
avait ébranlé violemment la chaîne des An-
des et y avait occasionné beaucoup d'altéra-
tions. Ray aimamieux admettre, comme cause
du déluge, un changement dans le centre de
gravité de notre planète, que de faire inter-
venir les tremblement sde terredans cet évé-
nement. Ces mots : la rupturedes sources du
grand abime^ lui semblaient indiquer que
(}uo]que cause inconnue pouvait avoir fait
jaillir à l'extérieur les eaux souterraines.
Parmi les écrivains anglais, Ray fut un des
fremiers qui s'étendirent sur les effets de
eau courante à la surface du globe, et de
rem[)iètement de la mer sur les rivages.
L'action de ces causes lui semblait tellement
importante, qu'il les considérait comme une
indication de la tendance de notre système
vers sa destruction finale ; et il s'étonnait do
ce que, vu l'immense quantité de matières
entraînées par les rivières, ou arrachées par
la mer aux falaises, la terre ne marchât {mis
plus rapidement vers un état de submersion
générale sous les eaux de l'océan. Les écrits
de Ray nous font voir que la détérioration
graduelle de notre système, et sa destruc-
tion future par le feu, constituaient un arti-
cle de foi tout aussi rigoureux que Tétait à
leurs yeux l'origine récente de notre pla-
nète. Ses discours, comme ceux de Hooke,
sont d'un très-erand intérêt, sous ce rap-
port surtout» quils attestent le mélange di-
dées relatives tout à la fois à la physique et
à la théologie , qui régnaient dans l'esprit
des philoso[)hes contemporains de T^ewlon.
En renonçant à son avancement dans l'Eglise,
plutôt que de prêter contre les presbytériens
un serment qu'aurait désapprouvé sa cons-
cience, Ray donna une preuve non équi-
voque de là droiture de ses principes. D'un
autre côté, comme sa réputation dans le
monde savant le plaçait trop haut pour que
le désir de se rendre populaire put l'enga-
ger à s'asservir au goût physieo-tnéologique
de son siècle, on est tout étonné de rencon-
trer dans ses essais sur la physique un si
grand nombre de citations des Pères de VE-
glise et des prophètes ; de le voir cherchant,
clans une page, a expliquer les anciennes ré-
volutions du globe, à 1 aide des plus strictes
règles de l'induction ; et traitant gravement,
dans la page suivante, la question de savoir si
le soleil, les étoiles et le ciel tout entier parîi-
ciperontà l'anéantissement de la terre, quand
d'un homme c qu'il Iionorait tout particulièrement
pour son savoir cl les connaissances profondes qu'il
possédait à l'égard des mystères de la nature.» —
On ihe Déluge, cliap. i\.
GEO
ET DE PALEONTOLOGIE.
GEO-
€26
Tien Ira le moment de la grande conflagration.
Parmi les contemporains de Hooke et de
Raj, Weodward, professeur de médecine,
tùl celui dont les connaissances sur la struc-
ture de Vécorce terrestre acquirent le plus
d*ex(ension. Il se livra avec un soin tout
particulier à Teiamen de plusieurs parties
oes couches britanniques; et la collection
méthodique d'échantillons qu'il légua h TC-
niversité de . Cambridge , ou elle existe en-
core dans Tordre où il Tarrangea lui-même,
montre le pas immense qu'il fit faire à la
science, quant à la manière de déterminer
Tordre de la superposition des strates. D'a-
près le grand nombre de faits recueillis par
Woodward, il était permis d'attendre de sa
part des idées théoriques plus vastes et plus
rationnelles que celles de ses contemporains ;
mais son désir extrême de faire concorder
tous les phénomènes observés avec lés récits
sacrés de la création et du déluge, Tempè-
cha de répondre à ce qu'on était en droit
d*espérer de lui, et le conduisit aux résul-
tats les plus erronés. Il pensait qu'au temps
du déluge, toui le globe ierreetre avait été en
quelque iorte broyé et diisoui^ et que le$ cou^
ckes qui s'étaient formées ensuite provenaient
de cette masse confuse foù elles s étaient dé-
gagées à la manière dont un sédiment terreux
quelconque^ tenu en dissolution dans un li-
quide^ se sépare de ce liquide (^26), A Tappui
de cette opinion, il alléguait que les corps
marins occupent dans les couches terrestres
des positions analogues à leur degré de pesant-
leur: cest-à^ire^ que les coquilles les plus
lourdes se trouvent dans la pierre, les plus lé-
gères dans la craie, et ainsi de suite (427).
Aussitôt que eetté proposition fut émise,
Ray s'empressa d'en aémontrer la fausseté ,
en prouvant que souvent dés corps fossiles,
tant lourds que légers, se rencontrent ensem-
ble dans laméme couche, U alla même jusqu'à
dire, chose bien forte de la part d'un con-
tt^mporain, que Woodward avait probable^
tnent intenté les phénomènes dont tl parlait,
tout exprès pour étayer son hypothèse hardie
et bizarre (iâ8).
Ce fut vers le même temps que Bumet
imblia sa Théorie de la terre (^29), dont le
titre : Théorie sacrée de la terre^ contenant le
récit de Foriainedu globe^ et de tous les chan-
gemenis généraux qu'il a déjà suftû, ou doit
subir encore jusqua la consommation de tou-
tes chosesy offre une empreinte exacte du ca-
ractère de l'époque. C est tout au plus si
Miiton lui-même, en peignant dans son poème
les scènes de la création, du déluge, du pa-
radis et du chaos, avait osé donner un aussi
libre essor à son imagination. Burnet expli-
qua pourquoi la terre primitive jouit avant
le déluge d'un printemps perpétuel. U dé-
(4S6) Essey Umetés a natural histanfof iheeartm,
iCdS, Préfaoe. (Esseî sur VBUtoire mauretie,
de Im terre, PiéEioe.)
(427) tessey lamards a natmrat histonf of the earth,
(42H) Comseamemces of tke Déluge iCouséquences
4m Déimge), p. I€5.
{IS9) La première publication 4e cet ouvrage ,
montra comment la croate du globe, h force
d'avoir été sillonnée de fissures par t les
rayons du soleil, i» finit par éclater; et com-
ment, par suite de cette rupture, les eaux
diluviennes parvinrent è s'échapper de l'a-
bîme central supposé qui les renfermait.
Burnet était en trop bonne voie d'explica-
tion pour s'en tenir le ; aussi, non content
d'avoir interprété le passé, il voulut encore
f prédire l'avenir. A cet effet, il exhuma des
ivres des auteurs sacrés, et même de plu«
sieurs autorités païennes^ certaines notions
prophétiques relatives aux révolutions futu-
res du globe; fit la plus terrible peinture de
la conflagration générale, et prouva qu'un
nouveau ciel et une nouvelle terre sortiraient
d'un second chaos, après quoi viendrait le
bienheureux millénaire.
Il est, je pense, nécessaire d'avertir le leo
teur que suivant l'opinion de plusieurs écri-
vains recommandables de ce siècle, le texte
de l'Ecriture sainte donnait tout lieu de pré*
sumer que le jardin où, lors de la création,
furent placés nos premiers parents, n'était
pas situé sur la terre, mais au-dessus des
nuages, dans la région moyenne de l'espai-^
qui sépare la lune de notre planète. Burnet
aborda ce sujet avec une gravité vraiment
comique. Il accordait volontiers que le para-
dis n'eût jamais été situé en Mésopotamie,
mais il n admettait pas qu'il eût été placé
ailleurs que sur la terre 9*^ et voulait que ce
fût dans l'hémisphère sud, et près de Téqua-
teur. Butler s'empara de cette conception bi«
zarre, et en fit un des plus puissants épiso-
des de sa satire, dans laquelle, passant en
revue les nombreuses connaissances d'Hu-
dibras, il dit :
Ue knew the seat ofFandise,
CoBlel tell ÎD what dogree ît lies ;
And, as he was disposed, couU prove ît
Bdow Ibe moon, or else above it (i30).
Cependant le même monarque, qui passe
pour ne s'être jamais endormi sans avoir le
{foëme de Butler sous son oreiller, s'était dé*
elaré le patron du livre de Burnet, pour le-
quel il avait une prédilection si grande, qu'il
en ordonna la traduction du latin en anglais.
Outre que, sous le rapport du style, la Théo^
rie sacrée pût être considérée comme une
ceuvre éloquente, l'ouvrage, quant au fond,
annonçait une puissance d'imagination vrai-
ment peu ordinaire. C'était, comme l'a dit
Buffon, un très-beau roman historique. Mais
ce jugement, tout équitable qu'il est, ne s'ac-
corde guère avec celui qu'on en portait du
temps de l'auteur. A cette époque, onie re-
garclait comme un ouvrage scientifique pro-
fond, dont Steele parlait avec admiration
dans le Spectateur en même temps qu'Ad-
dison en faisait le .plus pompeux éloge dans
qui fut faite en latin, date de I680-IG90.
(430) Il connaissait la longitude ,
Aussi bien que la latitude
Du paradis, et le plaçait.
Selon riiumeur dont il était,
bfssoos, ou par-dessus la Inné.
{Hudibras, de Bvtlee, ciiant 1.)
Ci7
GEO
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
GEO
m
une ode latine. Vers la fin même du siècle
dernier* Warlon, dans si>n Essai 9ur Pope^
ne craignit nas d'avancer que Burnet joignait
à une grande puissance d'imagination le don
})récieux du jugement.
Une autre production de la même école,
et qui se trouve également empreinte du
caractère de Tépoque, est la Nouvelle Théorie
de la Terre^ par Whiston. Dans cet ouvrage,
l'auteur a cherché à prouver, ainsi que l'in-
dique le titre très-detaillé de son livre, que
les grands événements de la création du
monde en six jours, du déluge universel et
de la destruction générale par le feu, tels
qo'ilssont décrits dans les saintes Ecritures,
:»ont parfaitement d'accord avec la raison et
la philosophie. Whiston fut d'abord partisan
de Burnet ; mais sa croyance à l'infaillibiHlé
de cet écrivain se trouva fortement ébranlée
par l'opinion émise par Newton, savoir,
a n'en astronomie tout portait à révoquer en
oute que l'inclinaison de l'axe de la terre
eût jamais éprouvé le moindre changement.
Or, ce changement constituait un des prin-
ripaux dogmes du système de Burnet, qui
l'avait emprunté d'un Italien nommé Ales-
landro degli Alessandri. Celui-ci s*en était
f ervi vers le commencement du xv siècle,
])0ur expliquer Tancienne occupation des
continents actuels par la mer. Depuis, les
Arguments de La Place sont encore venus
&rùouter à ceux de Newton, contre la probabi-
Iw té d'aucune ré vol ulion ancienne de ce genre.
Lo souvenir de la fameuse comète de 1680
était encore présent à tous les esprits, quand
Whiston commença à se livrer à ses études
cosmologiques. La principale nouveauté de
son système consistait dans la cause qu*il
assignait au déluge, lequel, selon lui, de-
vait être attribué au passage d'une comète
dans le voisinage très-rapproché du globe
terrestre. Après avoir ainsi déterminé la
cause de l'augmentation des eaux à la
surÉace de la terre, il adopta Thypothèse de
Woodward» et soutint comme lui, que tous
les dépôts stratifiés étaient le résultat du « sé-
diment chaotique du déluge. » Whiston fut
un des premiers qui se risquèrent à propo-
ser d'interpréter le texte cle la Genèse au-
trcmont qu'il ne l'avait été jusqu'alors, afin
que la doctrine, qui enseignait que la terre
avait existé longtemps avant la création de
riiommi*, cessât d'être regardée comme hé-
térodoxe. Il eut l'art de répandre un air de
probabilité sur les parties les plus invrai-
semblables de sa théorie, et sembla ne vou-
loir procéder à l'établissement de ses diver-
ses propositions qu'avec la plus çrande ré-
serve, el h l'aide seulement de démonstra-
tions mathématiques. Dans un discours qu'il
, fit à la louange de la théorie de Whiston,
Hooke insista particulièrement sur le mérite
des explications qu'il avait su donner de
tant de choses merveilleuses, qui, jus-
(131) An examination ofDr.^ BumeCs theory (Exa-
men de la théorie de Burnet), etc., 2* ëJit. 17^4.
(452) Raniazzini alla jusqu*6 dire que Burn 't avait
i>Ti ^ande partie omprunle ses id^cs à un dialogue
duu reriAiu Patrizio; mais Brocclii, après avoir lu
qu'à lui, étaient restées inapplicables. Son
livre fut, ainsi que celui de Burnet, critiqué
et réfuté par Keill (^1), de même que tous
ceux qui, pour rendre compte des phéno-
mènes naturels, proposèrent des causes pu-
rement hypothétiques. Whiston retarda la
marche de la vérité en détournant les es-
ririts de la recherche des lois de nature sub-
unaire, et en les engageant dans de vaines
spéculations, tant sur le pouvoir qu'il attri-
buait aux comètes de déplacer les eaux de
Tocéan pour les répandre sur la terre, que
sur la résolution en eau des vapeurs de
leurs queues, et sur plusieurs autres sujets
de même valeur.
John Hutçhinson , qui avait été employé
par Woodward à faire sa collection de fos-
siles, publia, en 172ib, la première partie de
ses Principes de Moise^ dans laquelle il ri-
diculisa l'hypothèse de Woodward. Accou-
tumés à déclamer hautement contre la science
humaine, Hutçhinson et ses nombreux par-
tisans soutinrent que les livres desHébreui,
fidèlement traduits, présentaient un système
complet de philosophie naturelle. On confit
aisément qu'avec de telles idées ils dussent
avoir plus d'une objection à faire à la théo-
rie de Newton sur la gravitation.
Ce fut à peu près vers cette même époque
qu'Acdrea Celsius, astronome suédois, pu-
blia ses remarques sur la diminution et
rabaissement graduels des eaux de la Bal-
tioue. — Voy» Sollàveuent.
Dans le même temps, Scheuzer, en Aile-
magne, s'efforçait de prouver dans un ou-
vrage intitulé : Complainte despoissons{n(ï6)t
S|ue la terre avait été remodelée une seconde
ois au déluge. En 1732, Pluche soutint aussi
la même thèse; mais en 1753, d'Holbach,
après avoir examiné les différents essais
tentés pour rapporter au déluge de Noé
toutes les formations anciennes» démontra
Tinsuflisance de cette cause.
Je reviens avec plaisir aux géolog;ues d*Ita-
lict qui, après avoir précédé, ainsi qu'on Ta
déjà vu, les naturalistes des autres pays,
dans leurs recherches sur l'histoire ancienne
de la terre, conservaient encore sur eux, à
Tépoque à laquelle nous voici arrivés, une
prééminence marquée. Ils réfutèrent et
tournèrent en ridicule les systèmes phy-
sico-théologiques de Burnet, de Whiston et
de Woodward (432). Vallisneri (433), entre
autres, fit remarquer, dans ses commentaires
sur la théorie woodwardienne, combien les
intérêts de la religion, aussi bien que ceux
de la saine philosophie, avaient souffert du
mélange continuel des saintes Ecritures a vih;
des questions relatives à la physique. Ixs
ouvrages de cet auteur sont reoiplis d'obser-
vations originales. C'est à lui que la scieme
est redevable de la première esquisse géné-
rale des dépôts marins de l'itaiie, de leur
étendue géographique, et des débris organi-
ce dialogue, assure qu'il n*y a rien, pour ainsi dire,
d'analogue entre les systèmes de ces deux écrivains,
si ce n'est la bizarrerie (]ui les caraclértsc.
(435) Dei Corpimarini,Lettcrc crUichCy etc.; t"il*
ù^
CEO
ET DE PALEONTOLOGIE
GEO
650
ques les plus caractéristiques qu'ils ren*
lerment. Dans son traité intitulé De F origine
dei iources^ il démontrô leur rapport avec
Tordre des couches, et souveat même avec
les dislocations de ces couches, et se livre à
une dissertation philosophique contre les
opinions de ceux qui regardaient Tétat con-
fus de récorce terrestre comme un signe
manifeste de la colère de Dieu, excitée par
la malice des hommes. Dans son chapitre
préliminaire, il se vit obligé de soutenir
eootre saint Jérôme et contre quatre au-
tres des |)rincipaux traducteurs ne la Bible,
sans compter plusieurs professeurs de tliéo-
lo^e, « que les sources ne venaient pas de
la mer en passant par des siphons souter-
rains et des cavités, et en perdant leur salure
en chemin, » cette théorie n'ayant d'autre
soutien queletémoigna^esoi-disantiiifaîllible
des saintes Ecritures, sur lequel avaient un
peu trop compté ceux qui Tavaient imaginée.
Quelque répugnance qu'il eût à générali-
ser les données résultant des riches maté-
riaux recueillis dans ses voyages, Vailisneri
avait été si vivement frappé de la continuité
remarquable des couches marines les [»Ius
récentes qui s'étendent d'une extrémité à
lautre de fltalie, qu'il en était venu à con-
clure que jadis l'océan avait couvert la sur-
face entière du globe, et, qu'après y avoir
longtemps séjourné, il avait uni par s'en
retirer peu à peu. Cette opinion, quelque
insoutenable qu'elle fût, était pourtant bien
moins déraisonnable que la théorie dilu-»
vienne de Woodward« que Vailisneri, et
après lui, tous les géologues toscans, cora-
l>atlirent de tout leur pouvoir, en opposition
aux membres de l'institut de Bologne, qui
mirent un zèle extrême à la soutenir (Ul\).
Parmi les autres écrivains de cette même
époque, nous citerons d'abord Sfiada, prêtre
lie Grczzana, qui, en 1737, essaya de prou-
Ter que les corps marins pétriGés qu'on
avait découverts dans le voisinage de Vé-
rone , n'étaient pas d'origine diluvienne
(i35) ; puis Matani, qui tira une conséquence
semblable des coquilles trouvées à Vollerra,
et en divers autres lieux; et enGn, Constan-
tini qui, d'un autre côté, entreprit de soute*
iiir la vérité du déluge , et de prouver cpie
rilalie avait été peuplée par les enfants de
Japhet (i3G). On doit à cet auteur d'assez
bonnes oiiserrations sur la vallée de la Brenta
et plusieurs autres localités.
Lazzaro Moro, dans son ouvrage publié
en 1740, et avant pour titre : Sur tet corps
marins que ton trouve dans les montagnes
{V37), essaya d'appliquer aux phénomènes
(réologiques décrits par Vailisneri, la théorie
lies tremblements de terre, telle qu'elle avait
été exposée par Strabon, Pline et différents
(454) Baocaii, p. 28.
<435) Ikid.^ p. 33.
(436) îbid,, p. 37.
(437) Smi erostacei ed altri corpi marini ehe $i
ixotamo tut mcnlù
(438 Bien qa^on graiMi nombre des idées de Me-
ro fe rapportent à celles de ifooke et de Ray , Il
e^ â présumer poartaDt qu*il n*cut pas connaissance
autres auteurs anciens qui hii étalent fami-
liers (&%). Un phénomène remarquable qui
eut lieu de son temps, et que Vailisneri
avait également signalé dans sqs lettres ,
éveilla son attention sur le pouvoir de sou-
lèvement des forces souterraines. En 1707 ,
une lie nouvelle jaillit aux environs de San*
torin, dans une partie très-profonde de la
Méditerranée. Cette lie, qui d'abord n'était,
pour ainsi dire, qu'un point, grandit si ra*
pidement, qu'en moins d'un mois elle se
trouva avoir un demi-mille (la sixième partie
d*une lieue) de circonférence, et 25 pieds
(7 m. 6) environ, d'élévation au-dessus de
la marque de la haute mer. Bient6t après ,
elle fut couverte de déjections volcaniques ;
mais dans le principe c'était un rocher de
couleur blancne, à la surface duquel adhé-
raient des huîtres et des cruslacés vivants,
lloro, dans la vue de ridiculiser les diverses
théories alors en vogue, su|)[)Osa très-in-
génieusement l'arrivée dans cette lie de
plusieurs naturalistes ignorant son origine
récente. L'un, aussitôt, en appelle aux co*
quilles marines comme preuve du délugs
universel; un autre soutient que ces co*
quilles attestent l'ancien séjour de la mer
sur les montagnes; un troisième prétend
qu'elles ne sont autre chose que de simples
jeux de la nature; tandis qu'un quatrième ,
enfin, aflirme qu'elles ont pris naissance et
qu'elles ont vécu dans quelque ancienne
caverne du roc constituant lile, où l'eau
salée se trouvait introduite sous forme de va*
]!eur, par l'action de la chaleur souterraine.
Moro donna la j)reuve d'un très-bon juge-
ment en faisant intervenir, à l'appui de sa
théorie du s^mlèvement des continents par
des mouvements souterrains, les failles et
les dislocations de couches observées par
Vailisneri dans les Alpes, ainsi que dans di-
verses autres chaînes, et décrites )ar ce
naturaliste lui-môiuc. 11 opposa aux hypo-
thèses de Bunict et de Woouward plusieurs
objections fondées sur des raisonnements
aussi judicieux que solides; mais, d'un au-
tre côté, il tint si peu de compte de la pro-
testation de Vailisneri, qu'il alla jusqu'à
essayai de faire coordonner chaque partie
de son propre système avec le récit bibli-
que de la création. Le troisième jour, dit-il,
le globe fut couvert, sur toute son étendue,
d'une couche d'eau douce, ayant partout la
même profondeur; et quand il plut à l'Etre
suprême de faire apparaître les continents,
la surface unie et régulière de la terre, com«
Ksée, de roches primitives, se brisa par
ffet' d'explosions volcaniques. Ces roches»
en s'élevant au-dessus du niveau des eaux»
formèrent des masses montagneuses dont
les fissures livrèrent passage aux métaux en
des ouvrages de ces deux auteurs, p^r la raison
qu*ils n*avaienl pas été traduits, et qu^il y a lieu de
supposer que Moro ne savait pas Tanclais. On re-
marque, en effet, qu'indcpendamment de ce qa*il ne
cite jamais ni llooke ni Ray , il renvoie toujours
pour ses dtatjpns de Burnel à Tédiiion latine , ef
pour celles de Woodward, à réditionfrançaîse«
^ùl
GEO
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
GEO
6,12
fusion et aux sels que renfermait Tintérieur
(lu globe. Peu à peu, les exhalaisons volca^
niques eommuniquèrent aux mers leur sa-
lure; et \ mesure que ces parties liquides
de la surface terrestre perdirent de leur
étendue, elles augmentèrent de profondeur.
Le sable et les cendres vomis par les volcans
furent régulièrement disposes sur le fond
de l'océan, et formèrent les couches secon-
daires qui, à leur tour, furent soulevées par
des tremblements de terre. Il est inutile de
suivre cet auteur dans tous les détais où il
entre sur le mode de création employé les
jours suivants, à l'égard des végétaux et des
animaux ; nous nous bornerons simplement
à faire remarquer qu'un très-petit nombro
des théories cosmologiques anciennes avaient
su ménager aussi bien les idées reçues.
Moro eut cela de commun avec Hutton,
qui phis tard soutint quelques-uns des
mêmes principes, que Texlrème prolixité de
son style lui rendu le secours d'un com-
mentateur nécessaire pour mettre ses idées
en lumière. Tous deux, à cet égard, furent
également Uien f)artagés ; car, si le géologue
écossais «tut s'estimer heureux d'avoir Play-
fair pour avocat, Moro ne le fut pas moins
lorsque, neuf ans après la publication de sa
théorie, Cérillo Generelli, un de ses plus
ardents admirateurs, se chargea d^en laire
l'exposition dans une des séances de l'Aca-
démie de Crémone. Ce savant frère Carme
ne se piquait pas d'avoir observé, par lui-
même ; mais il avait assez étudié pour être
parfaitement en état de soutenir les opi-
nions de Moro, à l'aide d'arguments tirés
d'autres auteurs. Le choix qu'il nous a laissé
des doctrines les mieux établies de son
temps est si judicieux, que nous pensons
faire plaisir au lecteur en lui en présentant
ici l'analyse succincte; elle le mettra à
même de juger quel était en Europe, et
{nincipalement en Italie, l'élat de la géo-
ogie vers le milieu du siècle dernier.
Les proiluctions marines que l'on rencon-
tre à chaque pas dans les montagnes sont,^
dit-il, des monuments que la terre a soi-
gneusement conservés aans son sein pour
rendre témoignage de certains événements
passés. D'après les réflexions de Moro, il est
presque impossible de ne pas être persuadé
que la présence de ces corps dans les mon-
tagnes soit due à d'anciens tremblements de
terre, qui auraient changé de vastes étendues
de mer en continents, et des terres habitées
en mers. Cependant , comme ici plus qu'en
aucune autre partie des sciences physiques,
l'expérience et l'observation sont indispen-
sables, nous devons nous hâter d'appeler les
faits à notre aide. En quelque part qu'on ait
creusé la terre, on a toujours trouve qu elle
était composée de diverses couches ou ter-
rains superposés les uns aux autres, et con-
sistant, les uns en sable, les autres en roc,
«n craie, en marne, en houille, en pierre-
ponce, en gypse, en chaux et en diverses
autres substances. Quelquefois ces matières
sont pures, mais quelquefois aussi «lies sont
mélangées d'une manière confuse. SouTent
elles renferment des squelettes de poissoDS
marinsetplus souvent encoredescoquillesdes
crustacés, des coraux,des plantes, etc. Cen'est
pas, au reste, en Italie seulement que lescho*
ses se passent de la sorte : il en est de même
en France, en Allemagne, en Angleterre, en
Afriaue, en Asie et en Amérique ; dans les
couches les plus éloignées de la surface ter-
restre, aussi bien que dans celles qui en sont
le plus près ; sur les montagnes comme dans
les mines les plus profondes; et dans le yoI-
sinage de la mer ainsi qu'à plasieurs cen-
taines de milles de ses bords. Woodwarda
supposé que ces corps marins se rencontrcot
Sartoutr sans exception ; mais Yallisneri et
farsilli ont afiirmé qu'il existe des roches
dans lesquelles il ne s'en trouve aucun. Les
débris des animaux fossiles consistent prin-
cipalement dans les parties les plus solides
de ces animaux, et tout porte à croire qise
les couches les plus dures ont dû être mol-
les au moment où de tels corps y ont péné-
tré. On rencontre aussi dans certaines strates
des productions végétales à divers états de
hiaturité : ce qui prouve qu'elles y ont été
déposées dans des saisons diSérentes. £d
Angleterre et ailleurs encore, enatrouTér
dans des couches superficielles qui n'ayaient
jamais été couvertes par la mer, des éléphants,
des élans, et divers autres quadrupèdes
terrestres. Quoique les alternances de cou-
ches marines et ae couches renfermant des
productions terrestres et marécageuses soient
rares, il s'en présente cependant quelquefois.
Les animaux marins sont disposés en grou-
pes distincts dans les couches 'souterraines^
avec un ordre admirable ; ici les huîtres, là
les dentales ou les coraux, etc., arrangement
dont, suivant Marselli ; les côtes de 1 Âdria-
tiqueoffrcntaujourd'hui l'exemple (439). Mais
il nous faut abandonner la doctrine, jadis
si populaire, qui refuse d'admettre que les
corps organisés fossiles doivent leur origine
à des êtres vivants, de même qu'il nous faut
renoncer aussi à expliquerla position actuelle
de ces mêmes fossiles, soit par l'ancienne
théorie de Strabon, soit par celle deLeibuilz.
soit enfin par le déluge universel, tel qu'iU
été expliqué par Woodward et plusieurs
autres. Il ne serait pas raisonnable non pln^^
dit Generelli, de mettre en jeu la Divinité
au gré de nos caprices^ et de lui faire foin
des miracles pour le seul plaisir de confirmer
nos hypothèses prématurées. — Très-sawnii
académiciens ! ajoute-t-il encore, fai en hor-
reur tous ces systèmes qui^ bâtis en ffl/r, «^
peuvent se soutenir sans miracle^ et jt rait
essayer^ avec Fassistance de MorOy de tous
expliquer comment ces animaux marins o»'
été transportés par des causes naturelles deni
les montagnes {hhQ).
Après cela, vient l'analyse succincte de la
théorie de Moro, à l'aide de laquelle Gene-
(459) Saggio fisico intorno alla storia dcl ttsnfe, (iiO) De crostaceic di aUreproduz, dd mare,eic*l
part. I, p. Î4. i7i9.
6S3
GCO
ET M PALEONTOLOGIE.
GEO
€51
relli assure qu*on pcot rendre compte de
tous les phénomènes, comme Yallesneri dé-
sirait si ardemment qo^on le Ot, c*est-è-direi
Mfu rto/airr, sans priions^ sans kvpoihêseSf
sans miracles (Ul). Le Carme s'applique en-
saite à ooml>aitre une objection très-ration*
nelle que Ton faisait au système de Moro,
considéré comme moyen propre à expîiauer
d*iffie manière naturelle les révolutions oe la
terre. S'il est vrai, disait-on , que jadis les
tremblements de terre aient été les agents
d'aussi grands changements que ceni que
Moro^ leur attribue, comment se fait-il que,
depuis les temps historiques, leurs effets
aient été si peu considérables? Cette même
difficulté s^était, comme on sait, présentée
à Hooke, un demi-siècle auparavant, et l'a-
vait obligé de recourir à une ancienne eriu de
ta nature. Toutefois, Generelli défendit sa po-
sition en faisant remarquer combien, dans l'es-
pace de ces six mille dernières années, les ré-
cits d'irruptions, de tremblements de terre,
d'Iles nouvelles, de soulèvements et d'affais-
sements de terrains avaient été nombreuses,
et cela sans compter ceux de ces événements
qui étaient restés inattestés et dans l'oubli,
et dont le nombre devait être bien plus con-
sidérable encore que celui des premiers. 11
en appela aussi au témoignage de Vallès -
ceri pour |;rouvcr qu'il n existait que très-
peu île masses minérales renfermant des
Coquilles, comparativement aux roches dé-
pourvues de débris organiques ; et il pensait,
en outre, que ces dernières pouvaient avoir
été créées, à Forigine^ telles qu'on les voit
aujourd'hui.
Generelli décrit ensuite la dégradation des
montagnes et des continents, à iaauelle l'ac-
tion des rivières et Aes torrents donne lieu
incessamment, et Gnitpar les considérations
suivantes : « Serait-il possible , dit-il, que
cette dégradation se fût continuée pendant
six mille ans, et bien plus encore, peuz-i^/rf,
et que les montagnes fussent restées aussi
grandes qu'elles le sont à l'époque actuelle,
si leurs pertes n'eussent été réparées? D'un
autre côté, peut-on raisonnablement sup-
poser que Tauteur de la nature ait réglé îe
monde suivant des lois telles que la ]uirtie
solide de la terre aille toujours en diminuant,
jusqu'à ce qu'enfin elle se trouve entièrement
submergée par les eaux? Et quel est l'esprit
rationnel qui consentirait à admettre qu'au
milieu de tant d'objets créés, les montagnes
seules diminuent journellement de nombre
et de volume , sans que leurs perles soient
jamais compensées? Cela serait tellement
contraire à l'ordre de la Pt*ovidence, qui
règne et se manifeste d'une telle manière dans
toutes les autres créations , que l'on ne peut
vraiment s'empêcher d'attribuer à la même
cause qui , dans l'origine des temps, fit sortir
les montagnes de l'abîme , la production de
celles qui depuis sont venues sucessivement
réparer les partes que les premières ont pu
éprouver, soit par suite d'affaissement ou de
brisement, soit par l'effet de tontautre genre
<4il) f'Seoza violenze, senza finxioui, sen^a sttp-
fosii, senza rainicoli. » yùe croUacti e di aitrepr^dus.
d'altération. Cela une fois admis, on com-
prendra aisément pourquoi, sur tant de
montagnes, il se trouve un si grand nombre
de crustacés et d'autres animaux marins. »
Dans l'extrait que je viens de donner des
travaux de Generelli, non-seulement j'ai
iait rénumération la plus scrupuleuse des
lUts et des opinions que l'observation a
confirmés récemment, mais de plus, et tout
en ayant soin de passer sous sdence ce qui
depuis cet auteur a été reconnu comme
étant inexact, j'ai présenté l'analyse fidèle
du traité tout entier, à la seule exceptiou
de l'hypothèse de Moro, que Generelli adopta
avec tout ce qu'elle a de bon et de défec«
tueux. Maintenant il me reste à faire remar*
quer que, bien que cet admirable essai em-
brasse le plus grand nombre des principes
fondamentaux de la géologie, il ne uiit nulle-
ment allusion à l'extinction de certaines
classes d'animaux; sujet sur leauel il est
évident que, du temps de Generelli, aucune
opinion n'était fermement établie en Italie.
On concevra sans peine comment Lister et
plusieurs autres naturalistes anglais avaient
dû se déclarer depuis longtemps en faveur
de la perle des espèce?, tandis que Scilla et
la plutiart de ses compatriotes hésitaient
encore ^ admettre cette extinction, si l'on
considère que les musées italiens étaient
remplis de coquilles fossiles appartenant à
des espècea dont un très-grand nombre vi«
vait alors dans la Méditerranée , et que les
collecteurs anglais, au contraire, ne |)Ou«
vaient retrouver aucune espèce récente dans
les couches qui , à cette é(K>que, étaient ex*
plorées chez eux.
Le côté le plus faible de ce système de
Moro consistait dans la supposition que
toutes les roches stratifiées devaient leur
origine è des éjections volcaniques, sup|)Osi-
tion dont ses adversaires, et Vito Amici par*
tîculièrement, prirent soin de faire ressortir
l'absurdité (Uâ). C'est au désir extrême qu'a-
vait Moro de représenter la formation des
roches secondaires comme s'étant accomplie
dans une période excessivement courte, et
à l'aide seulement d'agents connus dans la
nature , qu'il faut attribuer l'erreur dans
laquelle il tomlia. L'opinion d'après laquelle
on admet que les torrents, les rivières, les
courants, les déluges partiels et tous les di--
vers genres d'action de l'eau courante ont
en jadis une énergie plusieurs milliers de
fois plus grande qu'à présent, aurait, au
temps de Moro, parut tellement absurde et
incroyable, et aurait en outre exigé tant
d'liyp«)thèses violentes, que c'est jX)ur cela
sans doute qu'il aima mieux faire intervenir
les éjections volcaniques comme ayant pro-
duit les matières dont les couches se oom*
posent,* que d'attribuer ces matières au
transport effectué par l'eau courante. Cette
Iiréférence, d'ailleurs, s'explique enooro pan
e peu de connaissances que nous possédons
à I égard des véritables causes des convul-
sions souterraines, circonstance qui fait qut^
âcl mare^ew, ; I7i9.
(4i2} Sut testaeei deUa Sicitia.
f
t
i
655
GEO
DICTIONiNÂIRE DE COSMOGONIE
GEO
636
la yiolence avec laquelle s'exerçaienl autre-
fois ces convulsions peut être indéfiniment
augmentée en théorie > sans qu'il y ait lieu
de taxer d'absurdes et de contradictoires
toutes les conjectures qu'il est possible de
faire II ce sujet.
M[arsiHi, le même que celui dont Gene-
relli a mentionné Touvrage, se livra à des
recherches intéressantes sur le fond de TA-
drialique. Il fut conduit à ce genre d'obser-
vations, parce qu'il avait remarqué dans le
territoire de Parme, que les coquilles fos-
siles n'étaient pas dispersées au hasard dans
lés roches, mais qu'elles y étaient, au con-
traire, disposées avec un ordre parfait, sui-
vant certains genres et certaines espèces, ,
C'est, du reste, ce qu'avaient observé avant lui
Spada, près de Vérone, et Schiavô, en Sicile.
Dans la vue de répandre un nouveau,
jour sur ces questions, Vitaliano Donati
entreprit des recherches du môme genre,
maïs plus étendues que celles dont s'était
occupé Marsilli. Ces recherches, qui eurent
lieu aussi dans TAdriàtique, M firent dé-
couvrir, h l'aide de sondages souvent répé-
tés, (|ue des dépôts de sable, de marne, et
des incrustations tuffacées , parfaitement
analogues à ceux des collines subapenni-
nes, étaient en voie de s'accumuler dans
cette mer, II déclara que certaines régions
sous-marines étaient totalement dépourvues
de coquilles, tandis que d'autres, au con-
traire, en possédaient un plus ou moins
grand nombre, telles surtout que les genres
arca^ pecten^ venuSf murex et quelques au-
tres, qui y vivaient réunies en familles. Il
aïllrma aussi avoir trouvé, dans diverses lo-
calités, une masse formée de coraux, de co-
quilles et de diverses espèces de crustacés,
mêlés confusément avecae la terre, du sable
et du gravier. A un pied (trois décimètres
environ), ou plus, de profondeur, les subs-
tances organiques étaient complètement pé-
trifiées et réJuites à Tétat de marbre ;à moins
d'un pied de la surface, elles approchaient
davantage de leur état naturel, et à la surface
enfin, elles étaient vivantes, ou du moins
dans un très-bon état de conservation quand
ellos avaient cessé de vivre.
Baldassari, naturaliste contemporain de
Buffon et de Donati, prouva, que les débris
organiques des marnes tertiaires du terri-
toire de Sienne étaient groupés par familles,
d'une manière exactement semblable à celle
h laquelle ce dernier avait fait allusion.
Ce fut dans son Histoire naturelle^ publiée
en 17i9, que Buffon fil connaître pour la
première fois ses irlées théoriques sur lès
révolutions anciennes du globe. H adopta
tout à la foi s l'hypothèse d'un noyau primitif
îçné, et celle de l'océan universel de Leib-
mtz. Les plus hautes montagnes, dit-il, fu-
rent jadis recouvertes par cette enveloppe
aqueuse ; puis, les courants marins, exer-
çant une aiUion très-violente , creusèrent
des vallées sous-marines profondes, et for-
mèrent des couches horizontales, en entraî-
nant de certains lieux des matières solides,
(i45j Hiit. nat.f lom. V, édiUon de rimprimerie ro
pour les déposer ailleurs. La retraite d une
partie des eaux de l'océan , dans des ca-.
vernes souterraines, occasionna la dépres-
sion de son niveaui et, par suite, la mise k
sec de qiielques portions de terre. Buffon ne
semble pas avoir profité, comme Leibnitz et
Moro, des observations de Sténon ; car, au-
trement, il n'eût certes jamais émis l'opi-
nion que les couches étaient çénéralemenl
horizontales, et que celles qui renferment-
des débris organiques n'avaient subi aucun
bouleversement depuis l'époque de leur for-
mation. Il était tellement convaincu de l'ac-
tion puissante qu'exercent annuellement les
rivières et les courants par le transportdes
matières terreuses, de niveaux élçvés à des
niveaux plus bas, qu'il allait jusqu'à entre-
voir Tépoque à laquelle cette cause occa-
sionnerait la destruction générale des conti-
nents actuels. Quoique en géolo^eil n'e^t
point fait d'observations par lui-mèuie, il
dut à son génie do rendre son hypothèse at-
travante, et sut, par l'élocpience cfe son style
et la hardiesse de ses idées, éveiller la cu-
riosité de ses compatriotes, et provoquer en
eux un ardent désir d'investigation.
Peu après la publication de son Histoire
naturelle j dans laquelle était com|.rise sa
Théorie de la Terrey il reçut une lettre offi-
cielle (en date de janvier 1751) de la Sor-
l>onne, ou Faculté de Théologie de Paris,
qni lui donnait à savoir que quatorze pro-
positions de ses ouvrages « avaient été trou-
vées repréhensibles et contraires à la foi
de l'Eçlise. » Le premier de ces passages
incriminés, et le seul qui eût rapport à la
géologie, était ainsi conçu: « Ce sont les
eaux de la mer qui ont produit les mcnla-
gnes et les vallées de la terre... ; ce sont les
eaux du ciel (jui, ramenant tout au niveau,
rendront un jour cette terre à la mer, qui
s'en emparera successivement» en laissant à
découvertde nouveaux continents semblables
à ceux oue nous habitons. BufiCon fut invité
par la Facu'ié, en termes très-courtois, à
donner l'explication,, ou plutôt à faire la ré-
tractation de ses opinions hétérodoxes ; co
à quoi ayant consenti, isa déclaration, fut ap-
prouvée, en assemblée générale par la Fa-
culté, qui l'engagea à la publier dans le
Eremier ouvrage qu'il donnerait au public,
es premiers mots de ce document curieux
étaient ceux-ci : « Je déclare que je n'ai eu
aucune intention de contredire !e texte de
l'Ecriture; que je crois très-fermement tout
ce qui y est rapporté sur la Création, soit
pour l'ordre des temps, soit pour les circons-
tances des faits ^ et que/a6andofifie ce qvif
dans mon /itre, regarde la formation de (a
terre^ et en général, tout ce qui pourrait
être contraire, à la narration de Moïse (U3).*
Le grand principe auquel Buffon fut ap-
pelé à renoncer, consistait simplement dans
cette donnée, savoir, que les montagnes et
les vallées actuelles de ta terre sont dues à des
causes secondaires ; et que^ par la suite des
tempsy ces mêmes causes détruiront tous les
continents^ collines et valléesy et en rqfrodui"
yalp, Paris, 1769.
C57
CEX>
ET DE PALEONTOLOGIE.
GEO
€58
roni d'auires semblables. Or, quelque défec-
tueuses que puissent ^tre certaioes idées de
BuCTon, sa doctrine de Torigine secondaire
des continents actuels n'en reste pas moins
aujourd'hui aussi fermement établie que la
rotation de la terre autour de son axe. D'un
autre côté, Topinion qu'il émit que les par*
ties du globe, maintenant à découvert, pour-
ront un jouréire envahies par les mers, s'ac-
crédite de plus en plus, à mesure aue Tex-
périence nous fait mieux apprécier les chan-
gements actuellement en voie de s'accomjilir.
Dans un très-volumineux ouvrage intitulé
Toffage en Toscane , iloi et 175i, Targioni
s'appliqua à achever l'esquisse de la géolo-
gie de cette région, commencée pr Sténon,
soixante ans auparavant. Malgré le défaut
d*ordre et de concision qui règne dans les
mémoires de cet auteur, ils ne laissent pas,
toutefois, d'offrir beaucoup d'intérêt, par
suite du grand nombre d'observations exac-
tes qu'ils renfermenL D'un autre côté, bien
que Targioni ne se soit pas beaucoup atta-
ché aux vues générales, il s'est cependant
oecut)é de forigine des vallées, sujet à l'é-
gard duquel il ne partageait pas l'opinion
de Buffon,qui attribuait principalement cette
origine aux courants sous-marins. Le natu-
raliste toscan s'efforça de prouver que toutes
les vallées des Apennins, tant grandes que
petites, avaient été creusées par des rivières
et des inondations dues à la rupture des di-
^es de certains lacs, après la retraite de
focéan. Il soutint aussi que les éléphants
et les autres quadrupèdes que Ton rencontre
si fréquemment dans les dépôts lacustres et
ail u viens de l'Italie, avaient habité cette
contrée, et n'y. avaient été transportés ni par
Anoilial, ni par les Romains, comme quel-
ques-uns le prétendaient, non plus que par
ce qu'il plaisait à d'autres d'appeler une car
tasirophe de la nature.
En 1756, parut le traité de Lehman, miné-
ralogiste aJlemand, et directeur des mines
de Prusse, à qui on doit aussi une division
des montagnes en trois classes. Dans la pre-
mière il plaça celles qui, formées en même
temps que le monde, étaient antérieures à
la création des animaux, et ne contenaient
aucun fragment d'autres roches ; dans la se-
conde, il réunit celles qu*il attribuait à la
destruction partielle des roches primitives,
occasionnée par une révolution générale ; et
dans la troisième classe, euûn, il rangea les
montagnes qui devaient leur origine en
partie a des révolutions locales, et en partie,
au déluge de Noé.
L'auteur d'une traduction française de cet
ouvrage, qui parut en 1759, exposa, dans sa
F réface, des idées extrèm ementjud ideuses sur
action des tremblements de terre, ainsi que
surceHe qui résulte descausesaqueuses (îi^}.
A cette époque, Gesner, botaniste de Zu-
rich« publia un excellent traité sur les pé^
trîGi^trons et sur les révolutions terrestres
dont ees mdmes pétrifications rendent té-
(iil; Essai funekisk nat. des cimcfies de lu terre,
1759.
moignage (1^5). Après une énuméralion dv-
taillée des différentes classes de fossiles ap-
partenant aux règnes animal et végétal, et
des remarques sur les divers états de pétri-
fication dans lesquels on les trouve, il se
livre à des considérations ingénieuses sur
lesjrapports de ces fossiles avec certains phé-
nomènes géologiques; nbservant que les
uns, tels que ceux d'CKningen, ressemblent
aux testacés, aux poissons et aux plantes
qui vivent près du lieu de leur gisement,
tandis que d'autres, comme les ammonites,
les grjrphytes, les bélemites, etc., appar-
tiennent soit à des espèces inconnues, soit
à des espèces qui ne se trouvent que dans
l'océan Indien, ou dans quelques autres mers
très-éloignées. Pour aider ses lecteurs à se
faire une idée de la structure de la terre, il
leur donne, d'ajTès Varenius, Buffon et plu-
sieurs autres naturalistes, la reproduction
de diverses coupes obtenues en creusant des
puits; il signale ensuite la différence qui
existe entre les sSrates horizontales et les
strates inclinées^ et, dans une dissertation'
sur les causes de cette diff«*rence, il fait al-
lusion à l'examen du lit de l'Adriatique, au-
quel Donati s'était livré quelques années
auparavant; il mentionne aussi le remblaie-
ment des lacs et ries mers | ar les sédiments;
les dé|>ôts de coquilles en voie de se former
à ré|)oque actuelle; et plusieurs effets con-
nus des tremblements de terre, tels aue l'a-
baissement de certaines régions, ou le sou-
lèvement du lit de la mer, pbtnomène ca-
pable de donner naissance à des Iles nou-
velles, et de mettre à sec des couches ren-
fermant des pétrifications. L'océan, dit-il,
altandonua ses rivages dans plusieurs con-
trées, comme sur les bords de la Baltique;
mais là, par exemple, cette action s'est pro-
duite d'une manière si lente durant les vingt
derniers siècles qui se sont écoulés, qu'en
supposant que les Apennins, dont les som-
mets sont couverts de coquilles marines,
eussent été élevés dans la môme proportion,
il leur aurait fallu 80,000 ans pour atteindre
leur hauteur actuelle. Or, dépassant de dix
fois, au moins, Tâge du monde, un tel laps
de temps nous obligerait à rapporter le
phénomène en question à la simple volonté
de Dieu, qui, suivant Moïse, ordonna « aux
eaux de se réunir tous en un même endroit,
et aux continents de s'élever au^Iessus du
niveau des mers. » Gesner se servit des
idées de Leibnitz pour expliquer la retraite
de l'océan primitif. Son essai annonce beau-
coup d'érudition ; et ses commentaires sur
les auteurs italiens, allemands et anglais
qui l'avaient précédé, décèlent autant de
bonne foi que de discernement.
L'année suivante, Arduino (U6\ dans ses
Mémoires sur les montagnes de Padoue^ de
Tieence et de T&one, établit, d'après des ol>-
servations originales, la distinction des 6i*
verses roches dont se compose la croûte du
globe : il les divisa en primitives, secondaires
(H^) lobn GEs?in, paMîé h Lrvde, en btia.
(416) Giomalf de! GriseUm, 175».
630
G£0
DICTIONNAIRE D£ COSMOGONIE
GEO
m
et tertiaires, et prouve qu*une suite d'érup-
tions volcaniques sous^-marines avalent eu
lieu dans les régions qui viennent d*èlre
énoncées.
En 1760, le Rcv. John Michel), professeur
de minéralogie à Cambridge, et zélé partisan
fte Woodward, publia, dans les Transactions
philosophiques^ un Essai sur la cause et les
phénomènes des tremblements de terre. Son
attention avait été attirée sur ce sujet par le
violent tremblement de terre qui s était fait
sentir à Lisbonne en 1755. Il émit des idées
originales et philosophiques sur la propaga-
tion des mouvements souterrains, et sur les
cavernes et les fissures dans lesquelles
on pouvait supposer que la vapeur était
produite. En cherchant à prouver à quel
point sa théorie était applicable à la struc-
ture du globe, il se trouva amené à décrire l'ar-
rangement et le bouleversement des cou-
ches, l'horizontalité ordinaire qu'elles présen-
tent dans les paysde plaines, et leur état con-
vulsionné et fracturé dans le voisina;je des
chaînes de montagnes. Il expliqua aussi, avec
une exactitude surprenante, les rapports qui
Qxistent entre les crêtes centrales de certai-
nes roches anciennes, et les bandes longues
^ étroites dont la composition terreuse ,
pierreuse et minéralogique est analogue à
celles de ces crêtes^ en même temps que leur
direction est semblable. Dans ses générali-
sations, qui résultent en très-grande partie
de ce qu'il avait observé sur la structure
géologique du Yorkshire, il laissa apparatre
plusieurs idées nouvelles, que développè-
i.ent d'une manière complète d'autres natu-
ralistes qui vinrent après lui.
Bien que les écrits de Michell fussent en-
tièrement dégagés de toute espèce de con-
sidérations physico-théologiques, quelques-
uns de ses contemporains n'en continuèrent
pas moins encore a soutenir ou à combattre
avec ardeur l'hypothèse de Woodward. Cat-
cott, partisan de la doctrine de Hutchinson ,
et auteur d'un Traité sur le Déluge^ publié
en J761, fit allusion à plusieurs des ouvra-
ges écrits soit pour, soit contre cette hypo-
thèse. Il s'appliqua particulièrement à réfu-
ter Texplication des saintes Ecritures, propo-
sée par l'évéque Clayton, son contemporain.
Ce prélat avait déclaré que le déluge ne
pouvait être considéré comme un- fait rigou-
reusement vrai^ si ce n'est pour le point du
globe qu'habitait Noé avant ce grand événe-
ment. Catcott insista sur l'universalité du
délu{[e, d'après les traditions d'inondations
mentionnées par des auteurs anciens ou par
des voyageurs, comme ayant eu lieu aux
Indes Orientales, en Chine, dans l'Amérique
du Sud, et en divers autres pavs. Cette par-
tie de son livre n'est point dépourvue de
mérite, bien que, pourtant, on n'y voit
guère de quel poids peuvent être, par raj)-
port à rargumeut de l'évoque, les traditions
(447) Sut eorpiniarinidel Feltrino, 4761.
( i48) Spécimen historiœ naturalii globi terraqueif
prœcipHe de novis e mari uatis imulis ; Amstclodami,
1 705. Raspe fut aussi l'éditeur des Œuvres philoso-
en question ; car, même en les MjppofAnt
authentiques, rien ne firouve que les catas-
trophes dont il y est fait mmtion aient eu
lieu contemporairement; plusieurs d'entre
elles, au contraire, sont très-posiiivemeut
représentées par les auteurs anciens quitc&
citent comme étant arrivées sucGe85iY&-
ment.
Les doctrines d*Arduino, dont nous a\ons
parlé il y a quelques instants, furent confir-
mées plus tard par Fortis et Ûesmarcst, sur
les lieux mêmes où Arduino les avait pui-
sées peu de tant auparavant. Ainsi que fial-
dassari, ces deux auteurs s'appliquèrent à
compléter l'histoire des coucnes subapen-
nines. L'ouvrage d'Odoardi (W7) renferme
un argument décisif en faveur de la dilTé-
renced'Age qui caractérise les couches a^^en-
nines anciennes , et les formations sob-
apennines d'origine plus récente. L'auteur
y reconnaît, en outre, que les couches dont
se composent ces deux groupes sont discor-
dantes entre elles, et il en conclut qu'elles
doivent avoir été formées par des sédiments
provenant de différentes mers, et k des épo-
ques trèsnéloignées les unes des autres.
En 1763, Raspe, savant Hanovrien, publia,
en latin, une histoire des Iles nouvelles (U8].
Dans cet ouvrage , l'auteur réunit tous les
récits authentiques des tremblements de
terre qui avaient produit {quelque change-
ment permanent dans les parties solides du
^lobe, et en fit une critique extrêmement
ludicieuse. Il pas^sa en revue tous les meil-
leurs systèmes qu'avaient proposés au sujet
de l'histoire ancienne de notre.planëte, soit
les auteurs anciens, soit les écrivains mo-
dernes, et sut apprécier à leur juste valeur,
d'une part, le mérite, et, de l'autre, les dé-
fauts dont n'étaient exemptes ni la doctrine
deUooke, ni celles de Ray, de Moro, deBnf-
fon , et de plusieurs autres , ténaoignant
d'ailleurs une erande admiration pour l'hy-
pothèse de Hooke, et s'attachant a prouver
?ue son explication de l'origine des couches
tait plus exacte que celle de Moro.'Pour
ce qui regarde les théories de oes deux
auteurs, relativement aux effets des trena-
blements de terre , il reconnut qu'elles
étaient d'accord en tous points. Bien que
les idées de Raspe sur la structure géologi-
aue du globe fussent peut-être moins har-
ies que celle de Michell; dont, au reste, il
ne connaissait pas le mémoire, il ne laissa
pas, toutefois, d'ajouter quelaues argu-
ments à la théorie de Hooke , et de la rendre
telle, disait-il, que l'auteur l'eût écrite lui-
même , s'il fût venu plus tard. Quant aux
périodes qui furent les témoins de tous les
tremblements de terre auxquels nous devons
l'élévation de diverses parties de nos conti-
nents et de nos lies, Raspe dit qu'il ne pré-
tend pas en assigner la durée et encore moins
soutenir l'opinion avancée par Hdoke à cet
phiqties de Leibkitz; Amsterdam et Leipzig, i7^«
et Fauteur du Catalogue raisonné des pierres fina as
Tassief ainsi que des Voyages du baron Uunchn-
sen.
su
GEO
ET DE PALEONTOLOGIE.
GEO
Ui
^^anl, saroir, que las convulsions sonterrai-
ncs s*étaient presque toutes manifestées
duiant le déluge de Noé. 11 considère les in-
dications apparentes de l'ancienne chaleur
tropiquale du climat de l'Europe, et les chan-
gements qui se sont opérés parmi les diver-
ses espèces d*animaui et de plantes, comme
deui des problèmes géologiques les plus
ol)Scurs et les plus diiuciles à résoudre. A
regard des lies qui, depuis les temps histo-
riques ou traditionnels, sont sorties du
sein de la mer, il déclare que quelques-
unes d'entre elles sont formées de cou-
ches renfermant des débris organiques ,
et non, comme Buffon le prétendait, de ma-
tière volcanique seulement. Il termine son
ouvrage en exhortant vivement les natura-
listes a examiner avec le plus grand soin les
Iles qui s'étaient élevées, en 1707, dans FAr-
chipel grec, et« en 1720, dans les Açores,
et a mettre à profit ces précieuses occasions
d*éludier la nature dans êon acte f enfante^
meni, Raspe ne comprenait pas comment
les écrits de Hooke avaient pu être négligés
pendant plus d*un demi-siècle ; mais ce qui
a droit d étonner plus encore, c*est que Tex-
position brillante de la théorie de cet auteur,
laite par Raspe lui-même, ait, à son tour ,
pendant plus d*un autre demi-siècle» excité
aussi peudlntérèL
Fucnsel, physicien allemand, publia, en
17G2 une description géologique du {lajs
compris entre le Thuring liVald et le.Bartz,
et un mémoire sur les environs de Rudels-
tadt (U9); plus tard, en 1773, il fit paraître
un ouvrage théorique sur Thistoire ancienne
de la terre et de Thomme IhSO). Les connais- .
saooes de Fuchsel dépassèrent de beaucoup
celles de Lehman , son prédécesseur. Il sut
f^faitement distinguer, tant par leur posi-
tion que par les fossiles qu'ils contenaient ,
plusieurs croupes de couches différents entre
eux soua Te rapport de Tâge, et correspon-
«lant aux formations secondaires actuelle-
ment reconnues par les géologues dans di-
verses parties de TAUemagne. Il supposait
que les continents européens étaient restés
couverts par la mer jusqu'à la formation des
couches marines que l'on désigne en Alle-
magne sous la dénomination de Muschelkatk,
et pensait que les plantes terrestres renfer-
ma dans plusieurs dépôts de l'Europe,
attestaient Texistence de la terre ferme dans
le voisinage de Tanciennemer, — circons-
tance d'où il était naturel de conclure qu'un
continent avait dû , jadis, occuper la place
de roeéan actuel. Il expliquait la dispari-
tion totale de ce continent, en disant que
l'enfoncement successif de plusieurs de ses
parties* dans des cavernes souterraines, avait
grmdueilemeni déterminé son engloutisse-
ment général sous la mer. Quant à l'état de
bouleversement dans lequel se trouvent à
présent un grand nombre de couches sédi-
J449) Acia aeadenûœ eUctoraiis moguntimt^
. Il, Erfoit.
<450) Ces détails sur Focbsel sont tirés irune ei-
etliaite analyse de ses mémoires, due à M. Kefers-
{JcurnJtU géclogie^ lom. Il, ocl. 1830.)
mentaires, €pï*i\ considérait comme ayant
dû être horizontales à Torique, iJ Tattri-
buait à des oscillations postérieures du sol.
Il pensait que, de même que les anciennes
périodes virent naître des plantes et des
animaux, de même aussi l'homme dut figu-
rer parmi les êtres animés de ces temps prii-
mitus. Mais tous les hommes, dont peu à peu
la terre se peupla, ne dérivèrent pas d^nn
seul et même couple ; ils furent créés sur
divers points de la surface du globe, et des
centres de naissance furent aussi nombreux
que les langages primitifs des nations.
Fuchsel, dans ses écrits, laisse apercevoir
un très-vifdésir d'expliquer les phénomènes
géologiques, autant que possible, par l'ac-
tion de causes connues, et, quoique plu-
sieurs de ses hypothèses soient entièrement
dénuées de fondement, ses idées n'en sont
pas moins bien plus d'accord avec celles qui
dominent généralement aujourd'hui, que ne
le sont les théories promulguées postérieu-
rement par Wemer et ses partisans.
Guslavus Brander publia, en 1776, ses
Foiiilia Hautonientia, ouvrage qui renferme
d'excellentes figures des coquilles fossiles
trouvées dans les couches marines les plus
modernes de l'Angleterre. On a, dit-il dans
sa préfëcejodoplé diterêet opinions touchant
la question de savoir quand et comment ces
corps ont été déposés. Les uns pensent que ces
dépôts sont dus au déplacement graduel de
la mer^ et qu'ils ont mis un temps considé^
rable à se former, etc., tandis que d autres,
et c'est le plus grand nombre, en -rapportent
la cause au déluge. Cette conjecture, toute-
fois, ajoute Brander, doit être considérée
comme purement hypothétique, lors même
qu'oh admettrait l'universalité du cataclisme
dilurien. Suivant lui, les testacés et les au-
tres animaux fossiles provenaient, pour la
plupart, d'espèces inconnues; et quant à
ceux qui appartenaient à des espèces con-
nues, il supposait que leurs anafog^ues vi-
vants habitaient les latitudes méridionales.
Soldani appliqua avec succès ses connais-
sances en zoologie .à l'explication de This-
toire des masses stratifiées. Il prouva que,
de même que les zoophites et les testacés
microscopiques vivants habitent les profon-
deurs de la Méditerranée, de même aussi les
espèces fossiles se trouvent dans les dépôts
qui, par la ténuité de leurs molécules et par
1 absence complète des galets, indiquent
qu'ils se sont formés dans une mer profonde,
ou loin du rivage. Cet auteur est le premier
qui ait observé l'alternance des couches ma-
rines et des couches d*eau douce qui existe
dans le bassin de Paris (451).
En 1793, une controverse animée s'éleva
entre Fortis et Testa, autre naturaliste ita-
lien, à l'occasion des poissons de Monte-
Bolca. Les lettres (V52) de ces deux savants,
écrites avec autant de vivacité que d*élé-
(i5l) Saggiû orithografco, etc. ; 1780, et autres
ouvrages*
(ABt) Lelt, $u ipesci fosiili de monte Botca; Milan;
17Ô3.
613
CEO
DICTiONNAiRE DE COSMOGONIE
GEO
Cil
gance, font voir qu ilsalgnoraient pas qu un
Krand nombre de coquilles subapcnnincs
étaient identiques avec des espèces encore
existantes, et que quelques-unes d'entre
€lles avaient leurs analogues vivants dans la
zone torride. Fortîs mit en avant une con-
iecture assez bizarre : il supposa que, lorsque
es volcans du Vicentin étaient en activité,
les eaux de l'Adriatique avaient une tempé-
rature plus élevée que l'ellcs qu'elles ont eue
depuis que ces volcans ont cessé de brûler;
et, par suite de ce raisonnement, il fut con-
duit à croire que les coquilles particulières
i des régions beaucoup plus chaudes que
Titalie pouvaient avoir peuplé jadis les mers
de cette contrée. Quant à Testa, il semblait
disposé à penser gue les espèces de testacés
dont il s'agit étaient encore communes aux
mers équinoxiales et à celles de son propre
pays, appuyant cette opinion sur ce que plu-
sieurs de ces espèces, qu'on avail cru pen-
dant longtemps appartenir exclusivement à
des régions plus cliaudcs, avaient été pos-
térieurement trouvées dans la Méditerra-
née (153).
Tandis que, de concert avec Cortesi et
Spallanzani , les naturalistes italiens dont
nous venons de parler s'occupaient active-
ment à signaler Tanalogie qui existe entre
les dépôts des mers modernes et ceux des
mers anciennes, et la manière d'être, ainsi
que Tordre d'arrangement des habitants de
ces mers ; et tandis que, d'un autre côté, les
recherches relatives aux roches volcaniques
anciennes jet modesnes se poursuivaient avec
quelque succès en Italie, Whitehurst (4^54)
et Wallerius, deux des observateurs les plus
originaux parmi les écrivains anglais el alle-
mands, employaient leurhabiletéà soutenir,
suivant la vieille hypothèse Woodward , que
toutes les couches avaient été formées par
le déluge de Noé. Whitehurst, toutefois, ra-
cheta en quelque sorte celle erreur par la
description parfaitement exacte qu'il lit des
roches du Derbyshire ; el de plus, il répara
le tort que ses fausses idées théoriques
avaient pu faire à la science, en fournissant
lui-môme des armes pour les combattre.
Ce fut vers la fin au xviii' siècle que la
nécessité de diviser en groupes distincts les
différentes masses minérales dont se com-
pose la croûte du globe, commença à se faire
sentir généralement, et que l'examen des
rapports que ces masses ont entre elles de-
vint l'objet favori des éludes de tous ceux
qui s'occupaient de géologie. Pallas el Saus-
sure figurent au premier rang des savants
dont les travaux contribuèrent le plus à ce
(453) Cel argumeutde Tesla a été confimé, il y a
quelques années, parla certitude qu*on acquit que «les
loarcnands de coquilles, dans la vue de tirer un plus
Î^rand profit de certaines espèces de la Méditerranée,
es avaient pendant longtemps vendues pour des» co-
quilles appartenant à des latitudes plus méridio-
nales et plus éloignées. Il parait, surtout d'après
plnsieurs certaines d'expériences faites par le capi-
. laine Smith, dans la Méditerranée, de la surface à
huit brasses de profondeur, que la température de
cette mer est de 5« 1;2F. (l-tit cent,), terme moyen,
plus élevée que celle de la partie occidentale de
résultat. Après un examen attentif des deui
grandes chaînes de montagnes de la Sibérie,
Pallas annonça que les roches granitiques
occupaient le milieu de ces chaînes; aue b
roches schisteuses s'appuyaient laléraWnl
contre le granit, et que les roches calcaires,
à leur tour, reposaient sur les schistes,-
arrangement qu'il considérait comme éUnl
îa preuve qu'une loi générale avail présidé i
la rormation de toutes les chaînes composées
principalement de roches primitives (io3\
Dans ses Voyages en Russie (1793 et 179ij,
il fit plusieurs observations importantes sur
la disposition des couches modernes situées
près du Wolga et de la mer Caspienne, el
prouva qu'à une époque assez récente de
riiistoire de la terre, l'élendue de cette mer
avait été plus considérable qu'elle ne Test
aujourd'hui. Son mémoire relatif aux osse-
ments fossiles de la Sibérie, attira rattenlioa
des observateurs sur quelques-uns des phé-
nomènes géologiques les plus remarquables.
Il diclara avoir trouvé dans le sol cou^elé
un rhinocéros tout entier, encore pourvu
de sa chair el de sa peau. Cette circonslanfe
qui, d'abord avait paru douteuse, fut conlir-
méc quelque temps après par la découverte
que 1 on lit sur les bords de la mer du Nord
d'un éléphant enfermé dans une masse lie
glace (456).
Les sujets relatifs à Tliistoire naturelle
qui tiièrent rattentionde Pallas, furent trop
multipliés pour qu'il pût consacrer m
grande partie de ses travanx à la géologie
exclusivement. Quant à Saussure, il s'atta-
cha surtout à l'élude de la structure des Al-
f>es et du Jura, et fournit à la science des
données dont ceux qui vinrent après loi
devaient profiter d'une manière si utile. H
n'eut la prétention de déduire aucun sys-
tème général de ses intéressantes et nooi-
breuses observations ; et le petit norahrf
d'opinions théoriques qui lui échappèrent
semblent, comme celles de Pallas, avoir pris
naissance dans les spéculations cosmolo-
giques des auteurs qui l'avaient précédé.
En 1775, Werner fut nommé professeur
de minéralogie à l'Ecole des mines de Frer-
berg, en Saxe. Il dirigea son attention, noa-
seulement sur la composition et les carac-
tères extérieurs des animaux, mais aussi sw
ce qu'il appelait /a j^ojno«i>, c'est-à-dire, là
position naturelle des minéraux dans cha-
que espèce de roches, le groupement de ces
roches, leur distribution géographique et
leurs rapports divers. Les phénomènes ob-
servés dans la structure du globe n'avaient
rOcéan Atlanlique. Ce fait trés-imporUnl peut, jo^
qu'à un certain point, aider à expliquer la m»
par suite de laquelle plusieurs espèces sont cor
ini nés aux latitudes des tiopiques et à celles de u
Méditerranée.
(454) Inauiry into the original tlale and fom&i^^^
of the eartn (Recherches sur Torigine et la foiif-*'
tion delà terre); 1778.
(455) Obierv. sur la formation des mnltÇ^'-
(.ici. petrop,^ ann. 1778, part, i.)
(456) Nov. comm. peir. xvii; Cvyitn, ^M
Pailas.
it
ei5
GEO
ET DE PALEONTOLOCIE.
GEO
eu»
guère serri jusqu'alors qu'à fournir d'inté-
ressants sujets de discussion philosophique;
mais quand Wemer signala leur apftlication
è Tusage pratique de 1 art du mineur, l'élude
de ces phénomènes fut, dès ce moment,
considérée par une classe d'hommes très-
nombreuse, comme devant constituer une
des parties les plus essentielles de l'éduca-
tion qui convenait à leur profession; et
depuis lors, la géologie fut cultivée en Eu-
rope d'une manière plus systématique, et
avec plus d'ardeur quu jamais. Werner joi-
gnait à une imagination brillante un esprit
orné d'une immense variété de connaissan-
ces. A sa science favorite il associait l'étude
de toute espèce de suicts; et dans ses leçons,
qu'il savait orner d une foule de digres-
sions intéressantes, il indiquait tons les
usages domestiques des minéraux, ainsi que
leurs propriétés médicales ; Tintluence de la
composition minéralogique des roches sur
le sol, et celle du sol, à sou tour, sur les res-
sources, la richesse et la civilisation de
l'homme. De même, disait-il, que les vastes
F laines sablonneuses de la Tartane et de
Afrique maintenaient leurs habitants à
l'état de bergers errants; de mèuie aussi,
suivant lui, les montagnes granitiques, et
les teixains calcaires et d*alluvion situés à
des niveaux intérieurs, donnaient lieu à des
différences marquées dans les mcsurs, ainsi
que dans les de^^rés de bien-être et d'intel-
ligence de ceux qui les habitaient. L'histoire
même des langues, et les migrations des
espèces, avaient, prétendait-il encore, été
déterminées \iàr la direction de telles ou
telles couches particulières. Les qualités de
certaines |iierres à bâtir devenaient pour lui,
quekjuefois, Toccasion d'un long discours
sur I architecture de différentes époques et
de dilférep*^ peuples; comme aussi la géo-
graphie physique d'un pays l'amenait sou-
vent à traiter de la tactique militaire.; Le
charme de ses manières et son éloquence
excitaient Tenthousiasme de ses élèves, au
point que plusieurs d'entre eux, qui n'a-
raîent eu d*at>ord d'autre ambition ^ue d'ac-
quérir quelques notions superficielles de
minéralogie, se dévouaient, une fois qu'ils
l'avaient entendu, à l'étude de cette science,
«xkmme à la orincipale affaire de leur vie. Ce
f t«t ainsi qu en peu d'années une petite école
des mines jusqu'alors inconnue en Europe,
s'éleva au rang d'une grande université, où
des hommes déjà distingués dans la science
se rendaient des pays les plus éloignés pour
entendre le grand oracle de la géologie, dont
ils avaient étudié la langue dans la seule
intention de pouvoir le comprendre (^57).
Wemer avait la plus grande antipathie
r^ur le travail mécanique de récriture ; aussi
l'exception d'un traité important sur la
ForwuUiim des filons ^ ne put-il jamais se
résoudre à écrire qu'un petit nombre de mé-
moires, lesquels encore ne contiennent au-
coQ développement de ses opinions généra-
les. Quoiqu il fût d'une modestie excessive, et
(157} Covio, Bloge àt Wemer.
que cette modestie allflt même quelquefois
jusqu'à la timidité, il se livra aux généralisa-
tions les plus hardies et les plus tranchantes,
et sut inspirer à tous ses disciples une foi im-
plicite dans ses doctrines. Leur aduiiratiou
))Our son génie, et les sentiments de recon-
naissance et d'amitié que tous ils éprouvaient
pour lui, étaient sans doute bien mérités;
mais la suprême autorité qu'il exerça sur les
opinions de ses contemporains fut quelque-
fois préjudiciable au progrès de la scien'^e,
au point de balancer les avantages qu'elle
retirait de ses talents. S'il est vrai que i'éio-
.quence soit la première, la seconde et la
troisième chose nécessaire à un orateur po-
pulaire, il est tout aussi vrai que les voya*
ges sont la première, la seconde et la troi-
sième condition de succès pour ceux qui lié-
sirent acquérir des notions étendues et pré-
cises sur la structure du globe terrestre. Or,
Werner n'avait f as voyagé dans des pays
éloignés; il s'était borné à explorer une pe-
tite portion de l'Allemagne, et de là l'erreur
dans laquelle i} tomba et qu'il fit partager
aux autres, savoir, que la surface entière
de notre planète et toutes les chaînes de
montagnes qui existent dans le monde, n'é-
taient que la représentation de ce qu'on ob-
servait dans son propre pays. Bientôt le dé-
sir de confirmer les généralisations de cet
illustre maître, et de découvrir jusque dans
les parties les plus éloignées du globe les
formations universelles qu*il supposait avoir
été, à diverses reprises, simultanément pré-
cipitées d'un dissolvant commun , fluide
chaotique f sur toute Tétendue de la terre,
devint le but principal de l'ambition de tous
ses élèves. Mais il parait qne le professeur
saxon s'était trompe dans 1 interprétation de
plusieurs phénomènes des plus importants,
parmi ceux mêmes qu'il avait observés dans
le voisinage de Freyberg. Ainsi, [lar exem-
ple, le porphyre que l'on rencontre à une
journée de distance de son école, et auquel
il avait donné le nom de porphyre primitif,
fut reconnu depuis, non-seulement comme
envovant des dykes et des veines dans les
couches de la formation houillère, mais en-
core comme recouvrant en masse ces mê-
mes couches. D*un autre côté, il demeure
avéré aujourd'hui que le granit des monta-
gnes du Cartz, que Werner croyait être le
noyau de la chaîne, traverse les autres cou-
ches jusqu'à Goslar ; en même temps que
dans l'Erzgebirge , plus près de Freyber^e
encore, le micaschiste, au lieu de recouvrir
le granit , ainsi qu'on l'avait supposé, vient
abuter brusquement contre cette roche. De
plus, M. de Seekendorf a trouvé récemment
dans le granit du Hartz, des fragments de
grauwacbke schisteuses, renfermant des dé-
bris organiques.
Le principal mérite du mode d'enseigne*
ment de Werner consistait à diriger inva-
riablement l'attention de ses disciples sur
les rapports constants qui se manifestent
dans la superposition de certaines masses
€17
€E0
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
CEO
minérales ; mais , ainsi qu*on Ta vu, plu-
sieurs géologues italiens et autres l'avaient
devancé dans la découverte de cette loi gé-
nérale. Quant aui principales divisions des
couches secondaires établies par le célèbre
professeur William Smith, auteur anglais, h
I ouvrage duquel je reviendrai dans un ins-
tant, en fit, vers le même temps, de son côté,
la base d*une classification des couches bri-
tanniques.
Si à l'égard du basalte et des diverses au-
tres roches ignées, la théorie de Werner avait
une certaine originalité, il faut bien conve-
nir aussi que, d un autre côté, elle ne lais-
sait pas dêtre extrêmement erronée. Les
basaltes de Saxe et de Uesse, sur lesquels ont
porté plus particulièrement ses observa-
tions, consistaient en masses tabulaires qui
recouvraient la partie supérieure de? v^fli-
nes, et n'avaient aucune liaison avec les
niveaux des vallées actuelles, comme plu-
sieurs des formations basaltiques de l'Au-
vergne et du Vivarais. Suivant lui, ces tia-
saltes n'étaient, ainsi que toutes les autres
roches de la même famille qui pouvaient se
trouver ailleurs, que des précipités chimi-
ques résultant des matières tenues en dissi>-
lution dans Tcau. Non-seulement il niait
qu'ils fussent les produits de volcans souy-
marins, mais il allait même jusqu'à soutenir
que dans les premiers âges du monde il n'y
avait pas de volcans du tout. Sa théorie étart
doublement opposée h la doctrine qui ad-
mettait l'action permanente des mômes cau-
ses; car, outre qu'il introduisait sans scru-
'pule, dans son système, plusieurs causes
imaginaires qui , après avoir produit jadis
de grandes révolutions dans l'intérieur de la
terre, avaient, à la longue, cessé d'agir, il
•en faisait aussi intervenir de nouvelles, dont
l'action n'avait commencé à se manilester
que dans les temps modernes. Parmi celles-
ci, il faisait figurer au premier rang les feux
souterrains, qu'il considérait avec raison
comme étant la cause de changement la plus
énergique.
Dès! année 1768, et avant, par conséquent,
que Werner eût commencé ses études mi-
nératogiques , Haspe avait reconnu d'une
manière très-positive l'origine ignée des ba-
saltes de Uesse. D'une autre part, Arduino
avait, ainsi que nous l'avons déjà tu, signalé
l'analogie qui existe entre les nombreuses
variétés de trapps du Vicentin et les pro-
duits volcaniques, et de cette analogie il
avait conclu que la formation de ces trapps
devait être attribuée à d'anciennes irruptions
sous-marines. En 17C6, Desmarest, conjoio-
tement avec Forlis, étudia le Vicentin, et
confirma les opinions d'Aniuino. En 1772,
' Banks, Solander et Troïl, comparèrent le ba-
salte colomnaire de l'Hécla avec celui des
Hébrides. Collini, en 177k, reconnut la vé-
ritable nature des roches ignées situées sur
les bords du Rhin, entre Andernach et Bonn.
En 1775, Guettard visita le Vivarais, et éta-
CI8
blit te rapport qui existe entre les couraïus
basaltioue et les laves. Enfin , en 1779, Fau-
jas publia sa Description des volcans du Yù
varais et du Velay^ et fit vo r de quelle ma-
nière les courants du basalte s'étaient échaiv
pés de cratères qui, aujourd'hui encore, se
trouvent dans un si bel état de cooserya^.
«on (458).
De saines opinions sur la nature véritable
des anciens trapps régnaient depuis vingt
années en Europe, lorsque Werner, jwJe
^eulfaitde son autorité, occasionna à cet
égard un mouvement rétrograde dans les
esprits, non-seu'eraent en renversant une
théorie vraie, mais en y substituant, en
outre, la doctrine la plus an li philosophique
qu'on pût imaginer, La prépondérance sou-
tenue ae ses dogmes , relativement aux ro-
ches en question, était d'autant plus surpre-
nante, qu*une multitude de faits nouveaux,
et tous plus frappants les uns que les au-
tres, s*accumulaient journellement en fa-
veur des opinions vraies qui dominaient
avant les siennes. Après s'être livré à un
examen très-attentif de l'Auvergne , Desma-
rest s'occupa de classer par âges les divers
volcans qu'on y observe. H les divisa en
trois époques, et rangea dans la prem\èro
les plus récents , ou ceux dont les cratères
sont encore entiers. Les laves que ces vol-
cans ont jetées forment des courants qui se
-sont répandus dans les plaines voisines, en
se moulant sur les inégalités de la surface
du sol. Dans la seconde, il comprit ceux oili
les cratères ont dis[)aru totalement , où les
courants sont placés à la superûcie des plai-
nes élevées, ei où différentes portions de ces
courants sont séparées par des vallons larges
et profonds. Dan^ la troisième,- enfin, il plaça
ceux qui, plus anciens encore que les au-
tres,* ne laissent apercevoir aueune trace de
-cratères ni de scories. Il remarque, en ou-
tre, que les matières qui constituaient ces
derniers offraient la plus grande analogie
avec certaines roches situées dans d'autres
parties de l'Europe, mais dont l'origine vol-
canique était contestée par l'écxile de Frey-
berg (ii59}.
La carte d'Auvergne de Desnaarest est un
ouvr#je d'un mérite i»eu ordinaire. La prc-
raièro'chose qu'il fit , en entreprenant cette
tAche, fut le relèvement trigonométrique ila
pays ; puis il traça la partie relative à la géo-
graphie physique, travail dont il s'acquitu
avec une exactitude rigoureuse et un talent
graphique admirable. Il essaya en méine
temps de représenter, sans l'aide des cou-
leurs, une infinité de détails géologiques,
tels, entre autres, que les différents âges,
et même quelquefois la structure des ro-
ches volcaniques , qu'il trouvait moyen de
distinguer des rociies granitiques et des for*
mations d'eau douce. Ceux qui ont soigneu-
sement étudié l'Auvergne, et suivi les traces
des différents courants de lare au*oa y ren-
contre, depuis les cratères qui les ont pro-
(i58) CuvEiR, Eloge de Desmarest. vantes Voy, aussi les Mém. de Vlntt.^ Siences ma-
(459) Journ.de pitys.y vol. XUl, p. 118 et sui- tbémat. eipliys., vol. Yl,p, ti9^
6i9 GEO ET DE PALE(MHTOLOGlE.
doits jusqu'à leurs HœUcsrqui ont observé
les divers chapeaux basaltiques isolés qui s'y
trouvent ; les rapports de certaines laves avec
les vallées actuelles ; Tabsence de ces rap-
GEO
6{tf
ports dans quelques 3as; ceux-là, dis-ie«
peuvent seuls apprécier l'extrême fidélité
de ce travail, que tout, en vérité, concou-
rait à rendre aussi intéressant que possible ;
car, indépendamment de ce qu aucune au-
tre région d'une pareille étendue , en Eu-
rope, n*ofirait peut-être une série de phé-
nomènes aussi variés et aussi magnifiques
que TAuver^ne, il a appartenu à Desma-
rest de réunir tous les genres d'instruction
nécessaires à Taccomplissement d'une tâche
aussi difficile, tels que les connaissances
mathématiques qu'exige la construction
d'une carte , celles qui caractérisent le mi-
néralogiste éminent, et, de plus, une ha-
bileté peu commune en fait de généralisa-
tion.
Dolomieu, autre contemporain de Wer-
oer, avait trouvé des basaltes prismatiques
parmi les anciennes laves de l'Etna. En 1784,
il observa les alternances <le laves sous-ma-
rines et de couches calcaires que présente
le Val di Noto, en Sicile, et décrivit, en 1790,
les phénomènes du même genre qu'on re-
marque dans le Vicentinet dans le Tyrol.
Montlosier publia^en 1788, un essai sur la
théorie des volcans d'Auvergne , ouvrage où
à des observations locales extrêmement
exactes se trouvent réunies des vu^s assez
étendues. Cependant, qui le croirait ? Mal^
gré tant de laits évidents , les disciples de
Werner n'en restèrent pas moins disposé^
à défendre ses opinions envers et contre
Ums, allant jusgu à soutenir, dans la plé-
nitude de leur loi, que l'obsidienne même
éiaii un précipité aqueux. Aveugles qu'ils
étaient, par leur vénération pour le grand
professeur, ils brûlaient d'impatience de
▼oir la lutte s'ouvrir entre eux et leurs
adversaires. De leur côté, les Yolcanistes ne
furent pas longtemps sans éprouver une
disposition semblable. Le ridicule et l'iro-
nie devinrent les armes favorites des deux
sectes rivales, qui, s'en servant de préfé-
rence à de bonnes rai&ons, finirent par don-
ner À leur controverse un caractère d'amer-
tume dont, jusqu'alors, les questions rela-
tives aux sciences physiques n'avaient, en
quelque sorte, offert aucun exemple. Des-
marestseul, qui depuis longtemps tenait en
réserve une ample provision de matériaux
pour réfuter cette théorie, restait en dehors
de la dispute ; si bien que chaque fois
3u*uD neptuniste zél^ cherchait à l'engager
ans quelque discussion, il se contentait de
lui répondre : « Allez et voyez (kW). w
Il serait sans exemple qu'une guerre,
ayant pour motif quelque matière grave,
eût éclaté sur le continent avec l'énergie,
i>our ne pas dire la fureur, qui caractérisa
la lutte dont il s'agit, sans que les habitants
de nie voisine de la France y eussent pris
part. Quoique, en Angleterre, les esprits ne
fussent pas dominés par l'influence person-
nelle de Werner, ceux que leurs connais- '
sances mirent h même de s'associer à la dis-
cussion, soutinrent le côté faible de lia
question, s'efforçant de trouver quelques
bonnes raisons pour justifier leur enthou-
siasme eu faveur des erreurs du théoricien
allemand. Pour aider le lecteur à compren-
dre les motifs particuliers de ceux qui, pous-
sés par l'esprit de parti ou par d'autres
vues, entrèrent dans la lice, il est néces-
saire de mettre sous ses yeux l'esquisse des
opinions professées par Uutton, contempo-
rain du géologue Saxon. Hutton avait reçu
une éducation conforme à Té.tat de méde-
cin, qu'il devait embrasser; maïs, ne se sen-
tant point de {;oût pour cette profession, il
résolut, tout jeune encore, de se contenter
de la position modeste, mais indépendante^
que lui avait assurée l'héritage de son père,
et de s'adonner entièrement à l'étude des
sciences. Il résidait à Edimbourg, où 11 se
trouvait entouré de plusieurs hommes d'un
mérite éminent, qui, tous attirés par la sim-
plicité de ses mœurs et la sincérité de son
caractère, étaient devenus ses amis. Son
amour pour la science, qui ne se démentit
jamais, l'engagea à faire de fréquentes ex-
cursions dans différentes parties de TAn-
ffleterre et de l'Ecosse, ce qui lui donna
roccasion d'acquérir une habileté peu com-
mune coinme minéralogiste, et d'étendre les
grandes erbelles idées qu'il avait comme
géologue. Il communiauait les résultats de
ses observations sans la moindre réserve,
et avec l'abandon qui convient à un homme
qui n'a d'autre mobile que l'amour de la
vérité. En 1788, lorsque ses idées lui sem-
blèrent assez mûres, il publia sa Théorie de
la terre (Ml) , la même que plus tard, en
1795, il développa d'une manière bien plus
oomplète dans un ouvrage séparé. Ce traité
est le premier dans lequel il ait été déclaré
que la géoloeie est tout à fait étrangère aux
aueêiioHê reuuives à l'origine des choses;
le premier dans lequel ont ait tenté d'écar-
ter entièrement toute cause hypothétique,
et tâché d'expliquer les anciens changements
de l'écorce terrestre par l'action exclusive
d'agents naturels. Hutton s'efforça d'établir,
§our sa science favorite, des principes aussi
ien déterminés que ceux que Newton avait
appliqués à l'astronomie; mais malheureu-
sement la géologie n'était pas encore assez
avancée pour fournir à aucun naturaliste,
quel que fût d'ailleurs son génie, les don-
nées nécessaires à la réalisation d'un tel
but.
La structure actuelle de notre planète^ dit
Hutton, révile les ruines Sun monde ancien.
Ainsij par exemple^ tout atteste. que les cou^
ehes^ dont sont formés nos continents^ ont jadis
séjourné sous la merf et que les matériaux
dont elles se composent proviennent des débris
de continents préexistants. D^un autre cdtéf
(i60)Cwicft, Eiùçe de Desmaresl.
(iOI) Ed. pkii. fr«fM. ; 4788 (Trunsacliont philosophiques (T Edimbourg.)
DiCTioïfx. drXosuogopiib et de Paléontologie.
21
tsi
GEO
DIGTIONNAIRE 0£ COSMOGONIE
CtO
et
mon-seulement les forces qm agissent aujour-
dhui sont les mêmes que celtes qui agissaient
\mtrefoiSy mais^ de ptusy elles se comportent
'exactement de ta même manière y détruisant
tout y jusqu'aux roches les plus dures, soit par
voie de aécomposition chimiquCy soit à Vaide
dune action mécanique violent Cy et transport-
tant les matériaux qu^ elles ont déplacéSyjus^
qii*à la mery oà ceux-ci se disséminent et don--
nent naissance à des couches analogues à celles
d'autrefois. Bien que sans consistance au
moment où s'opère leur dépôt sur le fond de ta
mery tes couches ainsi produites subissent plus
tard différentes modifications dues à la cha-
leur volcanique y qui les solidifie y les soulève y
les fracture et les contourne en tous sens.
Quoique Huttoti n'eût jamais exploré de
régions de volcans 'en activité, il ne formait
pa? le plus léger doute sur Torigine ignée
iiu basalte et de divers autres trapps; il était,
en outre, convaincu que plusieurs de ees
roches avaient été injectées à l'état de fu-
sion, dans des fissures de couches anciennes,
ot il attribuait leur compacité, ainsi que la
différence d'aspect qu'elles présentent avec
les laves ordinaires, a ce que leur refroidis-
sement s'était opéré sous la pression de la
mer. Dans la vue d'éloigner toutes les ob-
jections soulevées contre cette théorie, sir
James Hall, son ami, entreprit une suite
d'expériences des plus curieuses et des plus
instructives, tendant h montrer Tarrange-
ment cristallin et la texture qu'affecte la
matière en fusion, quand elle se refroidit
sous une haute pression.
Le défaut de stratification du granit, et son
analogie, sous le rapport du caractère miné-
ralogique, avec d'autres roches que Hutton
considérait comme étant d'origine ignée, le
portèrent à conclure que le granit provenait
aussi de matières qui avaient été fondues.
Toutefois il comprit que ce fait ne pouvait
être pleinement confirmé que s'il parvenait
à découvrir, au contact du granit et des
couches voisines de celte roche, des phéno-
mènes semblables à ceux que présentent si
constamment les trapps. Résolu de soumet-
tre sa théorie à cette épreuve, il se rendit
aux monts Grampians, et s'y livra à l'exa-
men le plus attentif de la ligne de jonction
du granit et des masses stratifiées qui lui
sont superposées. Enfin, en 1785, ses efforts
furent couronnés d'un succès complet : il
trouva dans le Glen-Tilt les preuves les plus
ft'appantes et les moins équivoques de la
justesse de ses opinions. Là s'ourent à la
vue des veines de granit rouge, qui, en se
dégageant de la masse principale, traversent
le schiste micacé noir et le calcaire primaire.
I^ couleur et l'aspect des couches strati-
fiées, coupées par le granit, diffèrent telle-
ment de ceux de cette roche, qu'ils rendent
très-sensible l'exemple qu'on observe dans
cette localité. De plus, l'altération du cal-
caire en contact avec le granit offre une ana-
(i62) Platfajb's Works (Œuvres de Playfair) ,
vol. IV, p. 75.
logie parfaite avec celle qui résulte da ^oU
sinage des veines de trapps par rapport ai»
strates calcaires. Ce fait, qui venait confir'
mer son système, lui causa une satisfaciion
si vive, que, suivant sou biographe, les
{^ides qui l'accompagnaient crurent, i en
juger par les démonstrations de joie aui-
quelles il se livra, qu'il avait découvert une
mine d'or, ou tout au moins d'argent (ifô).
Sachant fort bien oue la même tnéone ne
pouvait pas servir a expliquer l'origine des
schistes prtmatret, terme qu'il employait de
préférence à celui de primitifsy Hutton était
assez porté à considérer ces schistes comme
formés par voie de sédiment, puis altérés
par la chaleur, et comme i)rovenant origi-
nairement de la décomposition de roches
antérieurement existantes.
A l'aide de la découverte importante de
ces veines de granit, où l'avait conauit^par
induction, une classe de faits entièrement ï
part , Hutton ouvrit la voie h des idées coin-
ftlétement nouvelles. Vallisneri avait sipalé
e fait général de l'existence de certaines
roches ne renfermant aucun débris oi^ani-
3 lie, et il en avait conclu que la formation
e ces roches devait avoir précédé la créa-
tion de tout être vivant. Moro, Generelli,et
Î)lusieurs autres auteurs Italiens, adoptèrent
a même opinion. De son» côté, Lehmann re-
gardait les montagnes qu'il avait appelées
primitives comme autant de parties du
noyau originel du globe. Ce principe était
devenu un article de foi dans l'école de
Freyberg; et s'il arrivait que l'on témoignât
le moindre doute sur la possibilité de uire
remonter les recherches géogéniqucs à Tori-
(fine de l'état actuel des choses, on en appe-
ait avec triomphe aux roches granitique,
il semblait que sur ces roches était écrite en
caractères distincts cette inscription mémo-
rable :
Dinanii a me ru)n fur eou ereate.
Se noneterne (465).
On peut se fi jurer, d'après cela, quelle*
sensation produisit Hutton, lorsqu'il essajra
de porter une main sacrilège sur des cam-
lères que déjà tant de gens regardaieni
comme sacrés. « Je ne puis , disait le çéoto-
gue écossais , trouver dans l'économie du
monde, ni les traces d'un commencement,
ni la perspective d'une fin, » déclaration (pj
parut bien plus alarmante encore, q»»^!^
vint s'y joindre la doctrine gui admejtaw
que tous les changements anciens da glû^
avaient été produits par l'action lente a«
causes encore existantes. L'imagination »•
tiguée des efforts qu'il fallait faire pourcoc»-
prendre l'immense espace de temp néces-
saire à l'anéantissement de tous les conti-
nents, par un procédé aussi insensible»
n'entrevoyait, après avoir erré au milieu JJ
ces interminables périodes, aucun point û*
repos, même à la distance la plus éloignée-
(4G5) f Avant mot rien ne futciéé
Sinon ce qoi est éternel. »
{L'enfer de Dante, clianl, m.)
GCO
Et DE PALEONTOLOGIE.
GEO
634
Les roches les plus anciennes étaient oonsi-
déréest non comme ayant été créées primi-
tiTcment, dans Tétat où elles sont aujooi^
d*biii , mais comme prorenant des débris
d'autres roches plus anciennes encore. On
les regardait, en outre, comme les dernières
d^une série antérieure, qui, peut-être, elle*
même, arait appartenu à quelque monde
préexistant. Dételles idées étaient, relaiire-
menl àfimmensité des temps passés, comme
celles auxquelles la philosophie Mewto-
nienue ataiL donné naissance à Té^rd de
Tespace, c*est^-dire, qu'elles étaient si
tastes, que ce qu'elles offraient de sublime
ne pooTait manquer de produire surl'es-
pril numain un sentiment pénible, dû à son
incapacité d'embrasser un plan d'une éteti-
doe aussi prodigieuse. Comment', en effet,
contempler, sans un profond saisissement, la
nnltitiule innombrable de mondes qui , si-
tëés entre eux à d'énormes distances, se
succèdent jusqu*aux confins de l'unirers vi-
sible, où d'autres systèmes non moins nom-
breux se laissent encore faiblement aperce-
voir T
Le trait caractéristique de la théorie hut-
Ionienne consistait, ainsi que nous avons
Îm l'entreToirdéjà, dans l'exclusion de toutes
es causes que 1 on considérait comme étant
en dehors de Tordre actuel de la nature. Mais
Hutton n'alla jamais au delà de ce qu'avant
loi dé^à, Hooke , Moro et Raspe avaient
avancé sur les changements géologiques que
poon aient occasionner les causes qui, de
nos jours, donnent lieu aux mouvements
souterrains, si un temps suffisant leur était
accordé. Il semble, au contraire , être resté
bien en arrière de quelques-unes de leurs
idées, surtout ' lorsqu'il refuse d'admettre
que les sédiments contribuent à modifier la
coDfiffliratfon extérieure de l'écorce terres-
tre. Il imaginait que, dans le principe, les
continents avaient été détruits graduellement
par l'action de l'eau , et que, lorsque leurs
mines eurent fourni les matériaux néces-
saires a la reproduction de nouveaux conti-
nents, ceux-ci furent soulevés par l'effet de
quelques violentes convulsions. Or, une
semblable théorie, exigeant la supposition
d'une alternance de périodes de bouleverse-
ment générel et de périodes de tranquillité,
Hatton dut nécessairement admettre qu'un
tel ordre de choses avait toujours existé et
qo'il subsisterait toujours.
Sans son exposition du système de Moro,
GenerelU avait sut>eaucoup mieux concilier
les fSûts Observés arec le cours ordinaire de
la nature; car, en même temps qu'il était
d*aeeord avec Hutton, relativement à la des-
traction et à la reproduction continuelle
des roches, et à la manière uniforme dont
s*aceomplissaient ces phénomènes, il consi-
dérait le rétablissement des montagnes par
▼crie de soulèvement, c'est-è-dire, par l'effet
d*nn mouvement de bas en haut , comme
étant le résultat d'une opération tout à la
ftns constante et synchroniaue. Envisagée
néparément, aucune de ces théories ne sa-
lîibit k toutes les conditions du grand pro-
blème qu'un géologue, qui rejette les causes
rosmolo^ques, est appelé à résoudre; mais
il est du moins très-probable que dans leur
ensemble elles renferment les germes d'un
système complet. De même qu'on ne peut
mettre en doute que des périodes de bou-
leversement et de tranquillité se sont
sucoMé tour à tour dans toutes les régions
du globe , de même aussi ne peut-on nier
que, considérée par rapport au ghbe ter^
resire entier j Ténergie des mouvements sou*
terrains a, suivant toute apparence, été cous*
tamment uniforme. Il se pourrait , en ou-
tre, que, durant une longue suite d*années«
la force qui occasionne les tremblements de
terre fût restée limitée, ainsi qu'elle Test
actuellement à certains espaces vastes, mais
détermina ; puis, que se déplaçant graduel-
lement, elle eût été se faire sentir en d'au-
tres lieux, qui, après un repos de plusieurs
siècles, fussent ainsi devenus à leur tour le
théâtre de l'action souterraine la plus éner-
gique.
L'explication proposée par Hutton et par
Pla^fair, son commentateur, à l'égard de
l'ongine des vallées et des formations allu-
viales, était aussi très-incomplète. Ces deux
géologues n'attribuaient aucune des inégali-
tés de la surface terrestre aux mouvements
qui ont accompagné le soulèvement des
continents; ils supposaient qu'en général
le creusement des vallées était dû à Faction
séculaire des rivières qui y établissent leur
cours, et semblaient otiblier entièrement la
force de transport et d*érosion que les vagues
de l'Océan devaient nécessairement exercer
sur les continents, durant leur émersion.
Bien que Hutton possédât en minéralogie
et en chimie des connaissances très-élen-
dues, il n'avait, à l'égard des débris orga-
nises, que des notions fort limitées qui ne
lui servirent, ainsi qu'elles l'avaient fait pour
Wemer, qu'à caractériser certaines couches,
et à prouver leur ori^e marine. D'un autre
côté, comme la théorie, qui admettait d'an-
ciennes révolutions dans la rie organique»
n'était pas encore complètement établie , il
en résulta que beaucoup de gens refusèrent
d'adopter 1 hypothèse de Hutton, donnant
pour raison qu'une doctrine, qui s'appuyait
surdes périodes indéfinies, ne pouvait être
admise sans le secours de preuves qui, ainsi
que ces révolutions, fussent de nature à at-
tester Tancienneté du globe. Qoelques-un s
même, jugeant cette doctrine incompatib le
avec les vérités révélées, allèrent jusqu'à se
lirrer à des soupçons fort peu charitables
sur les motifs de son auteur. Ils l'accuser eif t
d'avoir conçu le dessein de fidre revivre le
dogme païen d'une $ucces$ian étemelie , et
de nier que ce monde ait jamais eu un com-
mencement. On trouve, dans la Biographie
de Huiton, par Playfair, le commentaire
suivant sur cette partie de leur théorie :
« Dans les mouvements planétaires , là où
Tceil de la ^métrie a pénétré si avant, soit
dans le passé, soit dans l'avenir, nous n'a-
percevons aucune trace du commencement
ou de la fin de l'ordre de choses actuel. Je
G55
GLO
DIGTIONNÂIIIE DE COSMOGONIE
CEO
€S6
dirai môme qu'il serait déraisonnable de
supposer crue de pareilles traces pussent
^xisteY mielqûe part. L'auteur de la nature
n^a pas aonne & l'univers de lois qui , ainsi
que les institutions humaines, portent en
elles-mêmes les éléments de leur propre
destruction. Il n'a point voulu que ses ou-
vrages eussent aucun symptôme d enfance ou
de vieillesse, ni qu'ils fussent empreints
afaucun signe à l'aide duquel il fût possible
d'évaluer leur durée future ou passée. Bien
que, suivant toute apparence, il puisse met^
tre jfin au système actuel à un certain mo-
ment déterminé, ainsi que très -probablement
il lui a donné naissance aussi^ nous pouvons
être bien assurés qu'une telle catastrophe ne
sera jamais le résultat des lois aujourd'hui
existantes, et que rien de ce qui est à notre
portée ne peut nous la faire prévoir (464). »
L'esprit de parti qu'excitèrent contre elle
les doctrines huttoniennes, et le manque
avéré de sincérité et de modération qui si-
Snala la controverse relative à ces mêmes
octrines, ne pourront être justement aperé-
eiés du lecteur que s'il se rappelle 1 état
d'excitation où se trouvait, à cette époque ,
l'esprit public en Angleterre. En France,
une certaine classe d'écrivains s'efforçait,
depuis plusieurs années , à saper les bases
de la religion chrétienne, dans la vue de
diminuer 1 influence du clergé. Leurs suc-
cès , auxquels vinrent encore s'ajouter les
conséquences de la révolution , alarmèrent
les esprits les plus résolus. Qu'on juge, d'a-
près cela, de l'effet qu'un tel progrès dut prô-
dv.ire sur les hommes timides, pour qui la
moindre idée d'innovation était aussi redou-
table que les fantômes qui parfois, dans un
songe terrible, se présentent à un esprit
malade.
Voltaire s'était emparé des découvertes
modernes de la physique pour en faire une
de ces armes puissantes avec lesquelles il
savait si habilement répandre le rioicule sur
les saintes Ecritures.
Ayant reconnu que les systèmes de géo-
logie en vogue de son temps avaient été com-
binés de la manière la plus adroite pour
s'accorder avec la Bible, et pour faire coïn-
cider les faitit observés avec le récit mosaï-
f[tie de la création et du déluge, il n'en fal-
ut pas davantage pour lui inspirer une pré-
vention défavorable contre les géologues ,
(AU) PLÀiPAn*8 Works, vol. IV, p. 56.
(465) 11 p.rélendait, en faisant allusion aux théo-
ries de Buriiet , de Woodward , et de divers autres
auteurs physîco-tbëoiugiens , quils voulaient de
grands changement» dans la scène du monde,
comme le peuple en vev* aux spectacles, t Chacun
d^ux. » disait-il encore, < détruit et renouvelle la
terre à sa mode, ainsi que Descartes Ta foriiiéc;
car, la plupart des philosophes se sont mis sans
façun à la place de Dieu; ils pensent créer un
univers avec la parole. > {Dissertation envoyée à
C Académie de Bologne, sur tes changements arrivés
dans notre globe.) Ciette critique, et bien d'autres en-
core, dirigées centre les cosmogonistesj n'étaient
mallieureusemant que irop fondées.
(i66) Dans M essai , il dit : i Presque tous les
nâluralistcs sont persuadés aujourd'hui que les dé-
dont il considérait la science comme une de
celles que les théologiens avaient enrôlées
avec le plus de succès dans leur cause (Û5).
Sachant ({u'on regardait encore, générale-
ment , Timmense quantité de coquilles fos-
siles renfermées dans Finlérietir des conti-
nents , comme une preuve du déluge uni-
versel , il résolut d ébranler cet article de
foi , et chercha , dans la vue d'arriver à ce
but le plus vite possible , à répandre des
idées de scepticisme sur la nature réelle de
ces cx)quilles , et à réhabiliter ropinion qui
les faisait considérer, au xvr siècle, comme
des jeux de la nature. Quoiqu'il prétendit
que les impressions végétales quon troU'
vait dans certaines couches provenaient de
plantes véritables, il no laissait pas, néan-
moins, d'être parfaitement convaincu, ainsi
que Ton peut en juger par son Essai sur la
formation des montagnes (46C) , que les co-
quilles fossiles avaient réellement appartenu
à des testacés vivants. Quelquefois, s'adres-
sant aux esprits vulgaires , il changeait de
manière de raisonner, et prétendait, au mé-
pris de toute vraisemblance, et quoique
connaissant fort bien la vraie nature dos
coqurMes recueillies dans les Alpes, ainsi
?ue dans diverses autres localités , qu'elles
talent originaires d'Orient, et qu'elles
avaient été détachées des chapeaux de pèle-
rins venant de Syrie. Du reste, les nom-
breux essais qu'on a de lui sur différents
sujets relatifs k la géolosie sont tous de na-
ture à fortifier les prqugés existants. Ils
montrent que l'auteur ne connaissait pas
l'état réel de la science; peut-être aussi
accusent-ils son manque de sincérité (^67).
D*un autre côté, ceux qui, tout en sachant
3ue ses attaques avaient pour but de discré-
iter les saintes Ecritures , ne connaissaient
pas la vraie portée de la question , auraient
fort bien pu considérer la vieille hypothèse
diluvienne comme étant à Tabri de toute
controverse, si, pour la cooQbattre, Voltaire
n'avait su trouver de meilleur argument que
la dénégation de la nature réelle des débris
organiques.
Ce n'est qu'en observant avec une atten-
tion soutenue les difficultés provenant de
causes extérieures , que l'on peut expliquer
la lenteur et la répugnance qui , en géolo*
fie, ne manquent jamais d'accompagner
adoption des vérités les plus simples. Ainsi.
pots de coquilles, au milieu de nos terres, soni des
monuinenls du long s^our de l'Océan dans les pro-
vinces oik ces dépouilles se sont trouvées. > Ailleurs
encore, en parlant des coquilles fossiles de la Tou-
raine, il admet leur véritable origine.
(467) Pour donner un exemple du désir qu^il avait
de répandre du doute sur toute espèce de données
géologiques, nous rapporterons le passage suif ant :
< On découvrît , ou Ton crut découvrir , il v a
quelques années, les ossements d*on renne et J^vn
hippopotame, pi^ d*£tampes, et de là on eondot
que le Nil et la Laponie ayaieai été autrefois sur le
chemin de Paris à Orléans; mnis on aurait dâ plu-
tôt soupçonner qu*ua curieuK avaii eu autrefois ,
dans son cabinet , le squelette d^uii renne et d'un
hippopotame. »
657
GEO
ET DE PALEONTOLOGIE.
GtO
G58
par exemple , on a vu plusieurs naturalistes
nabiles présenter les débris fossiles de cer^
tâins animaux marins comme une des preu-
yes les plus irrécusables d*un événement
rapporté dans la Bible, et cette conclusion
passer pour infaillible durant un siècle en-
Yes nouYelles et inespérées. Plusieurs de
ceux qui ne se laissèrent pas prendre à ces
fausses apparences, se donnèrent bien de
^arde , toutefois « d*en détourner les autres ,
jugeant qu'une semblable erreur ne pouvait
avoir qu*un bon résultat, et pensant, en
agissant ainsi , ne commettre qu'une pieuse
fira*ide.
Les choses restèrent dans cet état jnsou'à
ce qu^une secte nouvelle vint enfin s'effor-
cer de détruire les idées erronées qui domi-
naient alors. II est vrai que cette secte, appa-
raissant avec des idées nostiles aux saintes
Ecritures, ne renversa les idées établies que
|K>ar les remplacer par d autres non moins
irrationnelles.
En Angleterre, les hérétiques vuleanistes
se virent, peu après cette époque, en butte
aux imputations les plus outrageantes.
Pour comprendre toute la malveillance des
persécutions dont ils furent Tobjet , il fau-
drait nécessairement se reporter au moment
où ces persécutions eurent lieu; car, bien
qu'en tout temps les accusations d'incrédu-
lité et d'athéisme laissent après elles quel-
que chose d'odieux, c'est surtout quand
1 exaltation politique est portée à son com-
Me« ainsi qu'elle l'était à l'époque dont il
s'agit, que leurs effets sont le plus funestes.
Pour donner une idée de la manière dont on
appréciait ceux contre qui de pareilles ac-
cusations étaient dirigées, il suffira de dire
que des hommes d'une réputation trèsnéqui-
voque, sous le rapport ae la morale, leur
élaientgénéralement préférés dans le monde.
le passerai sous silence les ouvrages d'un
Çtma nombre de théologiens dont la suscep-
tibilité, à l'égard de certains points qui ex-
citaient alors la plus vive inquiétude dans
Tesprit public, peut paraître excusable ; je
ne parlerai pas non plus de l'aimable poète
Cowper (468) , que l'on serait très-étonné
de voir prendre parti pour telle ou telle
doctrine relative k la physique ; mais parmi
les auteurs qui se firent remarquer par leur
intolérance, ]e placerai au premier rang plu-
sieurs laïques qui eurent des droits réels à
une réputation scientifique. Tels furent,
entre autres, Williams, inspecteur des mi-
nes d'Edimlx>ure, qui, en 1789, publia une
JJisioùre naturelle m règne minéral^ ouvrage
de beaucoup de mérite pour l'époque, et
d'une grande utilité pratique sous le rap-
port des excellentes données qu'il renferme
sur les couches de houille. Je dois dire ce-
pendant que , dans sa préface, il présente la
aeS) Theiatk, bouk m. The garden (La tât-he,
bvre m. Le jardin),
[iS9) La tàcke^UsTC m, Le jardin^ p. 59.
théorie de Hutton sous un jour complète-
ment faux, et qu'il accuse ce naturaliste
d'avoir considère toutes les roehes comme
n*étant autre chose que des laves diflérAnt
de couleur et de structure les unes à l'égard
des autres. Il lui reproche ensuite de s'être
emparé de tout ce qui existe, pour en faire
un appui à sa doctrine de l'élemité du
monoe, s'applique à faire ressortir Tin-
fluence pernicieuse de ces idées sceptiques .
comme conduisant tout naturellement i*
l'incrédulité et à lathéisme, et ne tendant i
rien moins qu'à déposséder le souverain
Créateur de Tunivers de son emploi su-
blime (^9).
Tout en n'étant pas dépourvu de connais-
sances assez étendues comme chimiste et
comme minéralogiste, Kirwan, président de
l'Académie royale de Dublin, ne laissa pas
toutefois d'avoir, dans le monde savant, une.
réputation bien au-dessus de celle à laquelle
son mérite lui donnait droit. Dans l'intro^
duction de ses geologieal e$êay$ (essais géo-
logiques), ouvrage publié en 1799, il dit que
la eatne géologie ajoutait une noutelle force
à la religion , et était appelée à dissiper
certains systèmes athées ou impies, tels que
ceux qui avaient été émis récemment (470).
Il fut le défenseur outré de la théorie qui
admet l'origine aqueuse de toutes les ro^
ches; et c'est tout au plus si Bumet et
Whiston allèrent aussi loin que lui dans les
efforts qu^ls tentèrent pour faire des écrits
de Moïse un rempart à leurs opinions. t
Beluc, dans le Discours préliminaire de
son Traité de géologie {hli)f dit : Le$ armes
de ceux qui attaquent ta religion révélée ont
changéf et il faut y conformer $a défense : on
Fattaque par la géologie, et eest nécessaire^
ment une science à acquérir par les théolo'
giens. Le même auteur attribue le défaut de
durée ou le manque de succès des anciens
systèmes géologiques, à leur nature anti-
mosaïque, et k l>sprit contraire à la fu-
blime tradition^ dans lequel ils étaient con"»
çus. Ces suppositions, qui, de même que
plusieurs autres assertions analogues, se
trouvent répétées dans les ouvrages de De-
luc, semblent avoir été confirmées par quel-
qiies auteurs modernes; cela fait que, dans
1 intérêt de la justice, nous crevons devoir
déclarer qu'aucun des divers géologues dont
nous venons de passer les ouvrages en re-
vue, ne s'est rendu coupable d'effbrts ten-
dant h détruire les dogmes de l'Ecriture, à
l'aide d'arguments réellement empruntés à
la saine physique.
Hutton répondit aux attaques de Kirwan
non-seulement avec la plus vive chaleur,
mais encore avec toute l'indignation que
devaient lui faire éprouver des reproches
aussi peu mérités que ceux qui lui étaient
adressés. Il avait toujours témoigné^ dit Play-
fair, une profonde admiration pour finten-
tion bienfaisante qui se manifeste dans Vor^
a70) Introduction^ p. S.
'171 ) Pkris, 1909.
659
GEO
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
GEO
66»
dre de Funiven; et iluffectionnait pardessus
taut^ dan$ m théorie^ ce qui pouvait répara
dre quelque elarU sur les causes finales.
Pour ce qui regarde Pl^yfair personnelle^
ment, on peut dire, sans manquer à la vé^
rite, qu'il n'existe po5at d'ouyrages scienti-
fiques anglais qui contiennent des passages
plus éloquents que les siens sur la grandeur
et l'harmonie que Ton remarque jusque
dans les moindres détails de la création :
aussi, peut'^on dire de ces ouvrages qu'ils
sont l'eipression sincère d'un esprit qui
s'attache a l'étude de la nature comme à ce
qu'il y a de plus propre à nous porter vers
la contemplation de la cause première de
tout ce qui existe. Dans tout autre moment,
Vélé^ance et l'énergie du style de Playfair
auraient assuré aux théories huttoniennes
la plus grande popularité; mais, par une
coïncidence singulière, le neplunianisme et
Vorthodoxie étaient alors rangés sous la
même croyance» et le préjugé dominait à
tel point, que la majorité se trouva entrai*
née à admettre l'hypothèse du fluide chao-
tique, ainsi que plusieurs autres idées cos-
mologiques de Werner. Ces fictions, le pro-
fesseur saxon les avait empruntées de ses
Prédécesseurs, sans les améliorer en aucune
içon, et même sans le3 modifier d'une
manière notable. Quant à la tolérance avec
laquelle elles furent accueillies, on ne peut
Vattribuer, qii'à ce que, ne reposant ni sur
l'Ecriture, ni sur des données que le bon
sens pût admettre, on les considérait comme
trop conjecturales et trop dénuées de fon-
dement, pour craindre qu'elles pussent ja-
mais heurter bien viyemeut les préjugés
existants.
Suivant Deluc, la première distinction es-
sentielle à faire entre les divers phénomènes
qui se manifestent à la surface de la terre,
consistait à déterminer les résultat^ des caur
ses actuelles ^t ceux dont les causes ont cessé
d'ei^ist^r. Il supposait que la forme et la
com[>osition de 19 niasse de nos continents
devaient, ainsi que leur élévation au-dessus
du niveau dis la mef, être attribuées à des
causer qui n'agissaient plus, et que la mise
k ^ec de ces continents avait eu lieu à Té-
Foque peu ancienne de la retraite subite de
Océan, dont les eaux avaient pris place dans
des cavités souterraines. Il pensait aussi que
les roches, qui composent la Cfoûte de la
ter^e, avaient commencé à se foriper dans le
temps où le granit s'était précipité d'un cer-
tain liquide primordial; qu'ensuite, d'autres
couchas reniermant des restes d'êtres orga-
nisée s'étaient déposées à leur tour, jusqu'à
ce qu'enfin la mer acfuelle, formant en quel-
que sorte le risidu du liquida primordial,
cessât de produire des couches piiuéra-
les (W2), Toy. Delco.
Tandis que les opinions des écoles rivales
de Frey berg çt d'Edimbourg faisaient grand
bruit et étaient chaudement soutenues par
de zélés partisans, les travaux de Williams
Smith, ingénieur anglais, pfité désavantages
de la fortune et de ceux que procure dans le
monde une position élevée, étaient i peine
remarqués. Cet auteur publia d'abord, en
1790, son Tableau des couches 6rirann}fupi,
dans lequel il proposa un mode de classifi-
cation applicable aux formations secondaires
de l'ouest de l'Angleterre. Bien qu'entre
Werner et Smith il n'y ait jamais eu de com-
munications relatives à leurs traraui, cet
ouvrage fait voir que non-^seulement soi)
auteur avait, à l'égard des lois qui président
à la superposition des roches stratifiées, dei
idées toutes wernériennes ; mais, qu'en ou*
tre, il savait fort bien que l'ordre de succes<
sion de certains groupes n'était Jamais in*
terverti, et que, môme en des points très*
éloignés les uns des 'autres , ces groapes
pouvaient être identifiés à l'aide des corps
organisés qu'ils renferment.
Après la publication de l'ouvrage qui rient
d*ètre cité, Smith s'occupa de la construction
d'une carte géologique générale de l'Angle*
terre, travail, que par suite du grand désin^
téressement de sou esprit il s'empressait de
communiquer à tous ceux qui désiraient ea
avoir connaissance, ne craignant pas que ses
Idées fussent émises par d'autres que par
lui, et fournissant au contraire, à ses con*
tcmporains, tous les moyens possibles de
concourir à l'accomplissement de la tâche in-
téressante et laborieuse qu'il s'était proposée.
Sa carte, complètement terminée en 1815,
est un monument qui atteste tout Ma fois
un talent original et un^ persévérance mi-
ment extraordinaire; car, pour se mettre à
même d'exécuter fidèlement un pareil tra-
vail, Smith n'ayait pas craint d'explorer tout
Je pays à pièd'j et cpla. uon-seuleçaenl sans
rassis tance d'aucun obseryateur qui l'eût
précédé, mais encore sans aucun aide qui
prît part à ses recherches. II avait réussi, de
t)lus. à classer par divisions naturelles toute
a série si cqmpliquée des roches brilanni-
3ues. D'Aubuisson, un des élèves les plus
isti^gués dé Werner, paya un juste tribut
d'éloges à ce travail remarquable, en faisant
observer que ce que plusieurs minéralogifta
célèbirçs avaient mis un demi-siècle à fairtpw^
une petiU partie de V Allemagne , un ww
homme Vavail exécuté pour F Angleterre «•
tiire{Vî3).
Werner fut oblijçé de créer un nouveau
laugage pour désigne^ les subdivisions de
«roches qu'il introduisit dans la science.
Quelques-uns de ses termes techniques, tels
que ceux de grauwfi^che, de gneiss et plu-
sieurs autres, furent admis dans tous ie$
pays de l'Europe. Quant à Smith, il appliqua
à sa nomenclature un grand nombre de noms
lo<»ux anglais, dont la résonnaûce était sou-
vent barbare, ainsi que l'on peut en juger
par les désignations de çault, de corabrasîii
de clunchclay, etc. Plusieurs de ses subdi-
visions conservent encore, dans les nomeii'
clalures anglaises, la place qu'il leur a assi*
(472) TraiU élémentaire de géologie ; Paris, 1809.
(475) Voyez le mémoire du docteur Fitton, déjà ciié, p. il6,
GEO
ET DE PALEONTOLOGIE
GEO
goée; de sorte qa*il est facile d*en déduire
ses droits de priorité par rapport à leur clas-
sification.
L'animosité/qui régnait entre les factions
rivales de Saxe et d jEcosse, en était venue
an point que les dénominations de neptu-
nistes et de yulcanistes équivalaient à des
termes de reproche. Quant a la recherche de
la véritéy elle était également négligée par
les deux partis ; car chacun d'eux avait bien
plus à OBur de trouver des arguments favo-
ratdes k sa propre cause ou contraires à celle
de ses adversaires, que de concourir au pro-
grès réel de la science. Sur ces entrefaites
apparat une nouvelle école qui, s'appliquant
k conserver la plus stricte neutralité et pro-
fessant la plus complète indifférence pour
les systèmes de Hutlon et de Werner, con-
sacra tous ses travaux à Inobservation. La
réaction provoquée par Texallation des sec-
tes antagonistes disposa dès lors les esprits
è une râerve extrême. Les idées hypothéti-
ques firent place au doute et k Tincertitude ;
et^ dans la crainte de s'exposer au soupçon
de pepcher pour un parti ou pour un autre,
<iqelqiies géolosues poussèrent le scrupule
jusqu*k ne vouloir se fiûre aucune opinion
mu les causes des phénomènes dont ils
étaient témoins, et jusqu'à se montrer scep*
tiques dans les cas mêmes où les consë-
2ueaces, qui découlent naturellement des
lits observés, ne permettaient, pour ainsi
dire, aucun doute.
Kep qu'à l'époque à laquelle ce changa-
ment eut Heu, la prévention contre toute es-
pèce de théorie fût portée un peu trop loin
peut-être, il n'en est pas moins vrai que riep,
dans un tel moment, ne pouvait être plus
heureux que l'inlerruption des nombreux
essais qui, en si peu de temps, avaient été
tentés a l'yard de ce que l'on appelait les
théories de ta terre. Mais, pour atteindre le
bot vers lequel tçndait l'école dont il s'aeit,
une grande masse de données nouvelles de-
venait nécessaire. La société géologique de
Londres, fondée en 1807, en fournit un bon
nombre pour sa part. Multiplier et recueillir
les observations, en attendre patiemment le
résultat dans l'ayenir , tel était le bul que se
{iroposaient les hommes de la nouvelle école.
is avaient pour maxime favorite que le mo-
ment d'adopter un système générai de géolo-
B'e n'était pas encore venu, mais, que pour
hâter, on devait, durant plusieurs années,
s*occuper exclusivement du soin de préparer
aux générations futures les matériaux néces-
saires pour arriver à cette fin. En ne cessant
d'agir d'après ces principes, ils eurent en
peu d'années entièrement désarmé les pré-
ludés et mis la science qu'ils cultivaient à
couvert de l'accusation d'être une science
dangereuse, ou tout au moins imaginaire.
C est, ainsi que Ta remarqué un auteur
moderne célèbre, à trois des principales na-
tions de l'Europe, rAllema2;ne, l'AnKlelerre
et la France, que trois des branches Tes plus
importantes de la géologie ont dû, pendant
le demi-siècle dernier, leur avancement suc-
cessif iyîh). En effet, n'est-ce pas en Alle-
magne, là où, pour la première fois, les ca-
ractères minéralo^qnes des roches furent'
décrits avec précision par Werner, que l'é-
tude systématique de ce que l'on peut appe-
ler la géologie minéralogique prit naissance
et se développa avec le plus d'activité? D'un
autre côté, l'Angleterre n'a-t-elle pas le droit
de revendiquer pour sa part le plus grand
nombre des travaux que nécessita la classifi-
cation des formations secondaires caractéri-
sées par leurs fossiles? A ces travaux con-
coururent principalement Smith, dont nous
parlions tout à l'heure, et plusieurs des
mcmbces les plus actifs de la Société géolo^
gique de Lojidres.Quant à la troisième bran-
che de la science, celle qui se rapporte aux
formations tertiaires, eUe naquit en France,
où elle dut son origine au magnifique ou^
vrage de Cuvier et Brongniart, publié ^i
1808, sous le titre d'EsêaU sur la géographie
minéralogique et sur les débris organiques des
environs de Paris.
Le langage technique de la science et les
méthodes actuelles de classification peuvent
encore nous faire reconnaître les différents
Eays où, à des époques diverses, ces trois,
rancbes distinctes de la çéolo^e commen-
cèrent à être cultivées. Ainsi, par exemple»,
de même qu'un irès-srand nombre de roches
et de minéraux simples ont conservé jusqu'à
présent les noms allemands qui leur ont été^
donnés dans le principe, de même aussi Ie&
terrains secondaires observés en Europe ont
continué à être désignés par des noms ana<^
logues aux types anglais, auxquels noua,
avouerons en passant qu'on les a trop ex-
clusivement rapportés. Enfin, pour ce qui
regarde les subdivisions qui , pour la pre-
mière fois , ont été établies dans la série de
couches du bassin de Paris, elles ont été
considérées comme autant de groupes nor-.
maux auxquels on a cru devoir comparer
tous les autres dépôts tertiares de l'Europe,
alors même que souvent rien ne justiGait cq
rapprochement.
Nulle époque ne pouvait être plus favo-
rable à la découverte d'un grand nombre dQ
fossiles bien conservés dans le voisinage de
Paris que le commencement du siècle ac-
tuel; car jamais, auparavant, l'histoire na-
turelle n'avait été cultivée avec autant
d'enthousiasme dans cette capitale de la
France. Les travaux de Cuvier en anatomie
comparée, et ceux de Lamarck en conchy-
liologie, placèrent ces deux parties de la
science à un rang auquel, jusqu'alors, on ne
les avait pas jugées susceptibles de s'élever.
Les investigations de ces savants eurent ac-
cidentellement pour effet de dissiper le pré-
jugé qui avait longtemps prévalu relative-
ment au début d'analogie qu'on supposait
exister entre l'état ancien et l'état moderne
du globe. Une comparaison attentive des
esp^es récentes et fossiles, et les conséf .
qucnces déduites de cette comparaison pc^
(471) WflcwELL, Bûtuh critic (critifiue britannifittf)^ n. xvii^ p. iS7^ i83K
«35
GEO
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
GEO
6(14
rapport à leurs mœors, accoutumèrent le
géologue à regarder notre planète comme
ayant été, à diverses époques successives, la
demeure d'animaux et de plantes d'espèces
différentes; les unes terrestres, les autres
marines, d'autres, enGn, lacustres et fluvia-
tiles. De telJes considérations firent insen-
siblement disparaître les idées fantastiques
de catastrophes et de confusion chaotique,
auxquelles s'était livrée l'imagination des
premiers cosmologistes. On découvrit des
preuTes nombreuses de la précipitation tran-
Suilie des matières sédimentaires, et du
éveloppement lent et progressif de la vie
organique. Quand plusieurs auteurs, au
nombre desquels était Cuvier lui-même,
persistaient a soutenir que le fil de tinduc^
tion était rompu (b75), ils professaient un
dogme c[ue dans la pratiaue ils étaient loin
de confirmer, puisque, dans le rapproche-
ment qu'ils établissaient entre les espèces
récentes et fossiles, ils procédaient d'après
les règles les plus strictes de l'induction.
L'adoption des mêmes noms de genres, et
Suelquefois des mômes noms d'espèces pour
ésigner les débris des animaux fossiles et
leurs analogues vivants, était un point es-
sentiel pour familiariser l'esprit avec la
donnée de l'identité et de l'unité du système
& des époques très -éloignées. C'était, en
quelque sorte, reconnaître qu'une partie, au
moins, des antiques annales de la nature
était écrite en un langage vivant. L'impôt -
lanee croissante de 1 histoire naturelle des
diébris organiques peut donc être considérée
comme le trait caractéristique des progrès
de la géologie durant le siècle actuel ; car,
indépendamment de ce que cette branche de
la science est déjà devenue d'un immense
secours dans la classification géologique,
elle continue encore chaque jour à fournir
de nouvelles données, propres à étendre et
à agrandir les idées relatives aux anciennes
révolutions du globe.
Quand on compare le résultat des travaux
qui ont été exécutés pendant ces cinquante
dernières années avec celui des observations
faites dans le cour^ des trois siècles précé-
dents, on ne peut s*empècher de prévoir le
haut degré d avancement auquel, suivant
toute probabilité , la géologie est appelée à
parvenir, non-seulement dans la suite des
temps, mais à l'aide même des efforts de )a
génération actuelle. Jamais peut-être, en un
aussi court intervalle, aucune science, si ce
n'est l'astronomie, ne mit au jour un si
grand nombre de vérités nouvelles et im-r
prévues, et ne renversa autant de prélugés.
Ainsi, par exemple, de même que l'illusion
de nos sens nous Gt considérer la terre
comme étant en repos, jusqu'à ce qu'après
bien des siècles l'astronome eût reconnu
(qu'elle était emportée dans l'espace avec une
inconcevable vitesse, de même aussi la sur-
face de notre planète fut regardée comme
n'ayant éprouvé aucune altération depuis
sa création, jusqu'au moment où, à son tour,
le géologue eût constaté que non-sealemem
elle avait été jadis le théâtre d^innombrables
changements, mais que, déplus, elle était
encore, à présent, sujette à de lentes, mais
incessantes fluctuations. La découverte d'au-
tres systèmes que le nôtre dans les régions
sans bornes de l'espace fut le triomphe de
l'astronomie. Reconnaître le même système
à travers plusieurs transformations, feotre-
voir, à diverses époques successives, omé
de vallées, de montagnes, de mers, delaci
respectivement différents, suivant chacune
de ces époques , et peuplé d'habitants nou-
veaux ; tel fut le iruit, telle fut la noble
récompense des recherches géologiques. Le
f;éomètre mesure les régions de l'espace et
es distances relatives des corps célestes;
quant au géologue, c'est le temps qu'il
compte. Pour évaluer les myriades de siècles
qui passent sous ses yeux, ce n'est pas
1 arithmétique qu'il emploie, mais certains
symboles, })résentant à l'esprit des idées
mieux déGnies de l'immensité du temps, que
des figures ne pourraient le faire; c'est celte
enchaînement d'événements physiques, cette
longue suite de phénomènes qui, dès les
périodes les plus reculées de Tnistoire du
globe, ont eu lieu soit dans le monde animé,
soit dans le monde inorganique.
Pour ce qui regarde la question de savoir
si nos recherches, relativement à l'histoire
de la terre et à sa structure, seront, sous le
rapport de . l'utilité pratique , d'un aussi
(;rand avantage pour le genre humain que
a connaissance aes cieux, c'est à la posté-
rité seule qu'il appartient d'en juger. L'ap*
f>lication de l'astronomie aux arts utiles ne
eur devint réellement profitable que lors-
que cette science se fut enrichie des obser-
vations recueillies dans l'espace de plusieurs
siècles, et lorsqu'elle eut réussi à remplacei,
par une théorie rationnelle, les préjugés qui
dominaient avant elle. Quant à la géologioi
outre qu'elle ne commença à être cultivée
qu'à une époque de beaucoup postérieure à
celle qui fut témoin des immenses progrès de
l'astronomie, elle eut constamment à lutter
contre les préventions les plus opiniâtres,
chaque fois que, jusqu'à ce jour, elle cher-
cha à se rapprocher de quelque principe
basé sur une saine doctrine. Toutefois, les
avantages pratiques qui en sont déjà résultés
n'en ont pas moins une importance réelle
Pour ce qui est des généralisations aux-
quelles cette science a donné lieu, elles lais-
sent encore beaucoup à désirer, et tout
porte à croire que c'est à ceux qui viendront
après nous que, sont réservés les fruits les
plus précieux de nos travaux. Quoi qu'il en
6oit| c'est pour nous qu'aura été le charine
de la découverte ; et si, pour explorer le
noble et admirable champ offert à nos re-
cherches, nous avions besoin de quelque
encouragement, nous pourrions le trouver
dans ce qu a dit un grand historien de notre
(475) Discours sur tes révolutions de la surface du fflobe.^
6«
M
GLÀ
£T DE PALEONTOLOGUE.
QIA
606
époque, que cHui qui rappelle à la vie ce qui
a ctsêé aéire^ ressent une jouissance égaie à
celte ds créer (476).
GÉOLOGIE , comment elle se distingue de
la Cosmogonie. — Voy. Géologie.
GESN)iA. Voy. Géologie.
GIRAFE, première apparition.-- Voy. Sub-
(•ISEMENT DES fossiles hvuaiiis. Voy.
floiiiiE fossile.
GLAIRE (M. rahbé). — Dans le premier
Tolume de rourrage qu*il a publié sous le
titre : Les livres saints vengés ^ M. Tabbé
Glaire, professeur d*Ecrilure sainte à la fa-
culté de théologie de Paris, a donné Tinter*
prétation suivante du premier chapitre de la
Cenese.
I. Les interprèles, tant anciens que moder-
nes, sont loin de s'entendre sur le vrai sensdu
récit dans lequel Moïse nous retrace Torigino
de Puni vers. Cependant, en bonne critique, ce
désaccord ne devrait point tourner au préju-
dice do texte sacré lui-mème, vu qu*un écri-
vain qui, comme Moïse, réunit évidemment
tous les caractèrcsderbistoricn le plussincère
et le plus éclairé, n*est nullement responsa^-
l»)e du manque de lumières de ses traduc-
teurs et de ses interprètes. Quoiau'il en soit,
ce désaccord se manifeste dès le premier
irerset. En eOet, on le traduit au moins de
<i6ax manières différentes {VH} ; les uns le
rendent par : Au commencement Djkd créa le
citt et la terre: et les autres le rattachent
ainsi au verset suivant : Au commencement
fit Dieu créa le ciel et la terrcy la terre étuit
informe et nue,
La première de ces traductions se rappro-
che davantage des anciennes versions (£78),
et nous devons dire qu'elle est généralement
adoptée. Cependant elle présente une difû-
culié qui a été justement remarquée. L*ei-
pression adverbiale au commencement^ étant
Jéterminée par Tarticle, se trouve nécessai-
*ement incomplète. Il est vrai que Ton con-
sidère comme sous- entendu les mots le
empSf ou toutes choses : mais, outre que Ta-
lalo^e de la langue sainte ne permet point
ine pareille ellipse (W9), cette expression
insi complétée serait tout à fait inutile, et
jrmerait même un non-sens. Car, comme
/en de ce qui peut servir à constituer le
jmps n*existait avant la création du ciel et
c^ la terre, elle signiGerait uniquement
u*au commencement du ciel et de la terre ^
Ueu créa le ciel et la terre. La traduction va-
ue et indéterminée des Septante , dans un
^mmencement^ n*est pas plus satisfaisante,
iFp on a droit de demander : quel est ce
Dromenceiuent ?
Dans rbjpothèse que cette expression dût
(476) NiEBiTHR^s Hht. of Rome (nistoire romtiine
i Niebuhr).
(477) Nous ne mentionnons en effet ici que les
aduc&ions qui ont été Ti^iies sur le texte primitif,
-îs dans sou sens propre.
(478) La version des Septante a tradnil dam un
^mmeneement ; la |iaraphrase dialdalque d^Onkeios,
ins dts UnfDê ancieus.
C479^ T. Waltheta dans ses etttpus hebmct^
se détacber do ce qui suit, on pourrait la tra-
duire, comme le chaldéen, dlans des temps
ancienSf anciennement^ en considérant tout le
verset comme un véritable sommaire, ce qui
est assez dans le style de la Bible ; mais il
ne faut point se dissimuler que cette inter-
E relation dénature le vrai sens du terme bé-
reu RESGHiTH, qui signifie commencement ^
origine ou principe^ comme Ta parfaitement
rendu la Vulgatc, et non point simplement
temps anciens. Nous verrons aussi un peu
plus bas k quelles erreurs a donné lieu cette
manière d'envisager le premier verset de la
Genèse comme une proposition isolée et com-
plète en elle-même.
La seconde traduction , c'est-à-dire celle
qui lie le premier verset au suivant , quoi-
que généralement abandonnée aujounrhui,
nous a paru la seule conforme au texte hé-
breu, et en même temps la moins favorable
à tles inductions opposées à la saine doc-
trine. Sans entrer dans toutes les preuves de
détail que nous pourrions alléguer, nous
nous bornerons k dire que l'expression bb-
BEscuiTH ne se trouvant jamais ailleurs dans
la Bible, sans être suivie d'un complément,
ce serait violer les lois de llierméneutique
les mieux établies que de la détacher ici des
mots qui suivent [lAo]. Le vrai sens du texte
original est donc littéralement : Au commen-
cement de Dieu créa le ciel et la terre {in
principio quo Deus creavit cœlum et terram)^
La terre était informe et nue ; ce qui est dire
en d'autres termes, que lorsque le Tout-
Puissant tira du néant le ciel et la terre ,
cette planète, loin d'être belle et ornée comme
nous la voyons aujourd'hui, n'offrait au con-
traire que l'image de 4a nudité et du chaos
le plus âflfreux.
Sans parler ni des interprètes juifs et pro-
testants, ni de tous les catholiques qui ont
admis cette explication, nous citerons ce-
pendant le P. Mariana. Le savant Jésuite ex-
plique les mots de la Yuleate :. In principio
creavit j en disant que l'bebreu signifie : m
principio creandij le prétérit étant mis pour
le gérondif, comme dans Osée (i, 2), puis il
ajoute : «c Voici donc comment j'interprète
ce passase : Au commencement du temps»
lorsque Dieu créait le ciel et la terre, c'est-
à-dire, tout ce que le ciel et la terre contien-
nent... la terre était, etc. [h&i). »
D. Calmet, après avoir dit que quelques
nouveaux critiques, tels que Grotius, Vata-
ble et plusieurs rabbins, voudraient que l'on
traduisit : Au commencement ^ lorsque Dieu
créa le ciel et la terre^ la terre était informe:
ou bien : Avant que Dieu formât le ciel et la
terre^ la terre était informe^ lyoute : « Hais»
outre que ces traductions sont contraires à
p, 139, 140, cite bien quelques phrases dans les-
quelles, selon lui, le mot cd/, io«/, esi sous-enlendu ;
mais nous pensons qu'il a mal analysé les unes, et
que les autres n*ont pas de rapport avec celle qui
nous ocTupe en ce moment.
(480) Les seuls passasses où se trouve cette ex-
pession sont, d*après les concordances de Buxtorf,
Jet. XXVI, 1 ; xxvu, 1 ; xxviu, 1 ; xlix, S4.
. (181) Ma«u>'4 in Cencsim Scholia^ y 1,2.
667
GLA
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
GLA
m
la foi en favorisaot Topinion de réternité de
la matière, elles sont aussi contraires au
texte dé Moïse, qui distingue ces deux pro-
positions qu'on voudrait unir (hSS). »
Nous ne saurions admettre cette dernière
assertion, pour les motifs que nous Tenons
d*exposer. Quanta la précédente, elle ne nou^
Sarait ^lus pas [exacte ; car Texplication du
. Mariana n'a jamais été, que nous sachions,
frappée d'aucune censure tnéologique. D'ail-
leurs, la conséquence que l'on tirerait de ces
traductions en faveur ae l'éternité de la ma-
tière, ne serait nullement logique. L'abbé de
la Chambre, docteur de la société et de la
maison de Sorbonne, dont la i)arfaite ortho-
doxie n'est pas suspecte, a émis sur la ques-
tion présente, un sentiment opposé à celui
djB D. Calmet; voici ce gu'il dit (lans son ex-
cellent Traitide la véritable religion : « Les
interprètes sont partagés entre eux sur le
sens qu'il faut donner au premier verset de
la Genèse. Il y en a qui disent que Moïse
enseigne que Dieu a tiré immédiatement du
néant le monde visible. C'est pourquoi ils
traduisent : Lorsque le temps a commencé y
Dieu créa le ciel et la terre; ta terre^ sortie de
ses mains f était informe et toute nue. D'autres,
au contraire, prétendent que Moïse marque,
simplement que le monde, tel qu'il, est au-
jourd'hui, n'est point éternel, sans détermi-
ner si Dieu l'a tiré immédiatement du néant;
c'est pourquoi ils traduisent : Dans le mo-
ment^ ou avant que Dieo créât le ciel et la
terre^ la terre était informe et toute nue. Ces
deux interprétations sont catholiques ; elles
supposent Tune et l'autre que Dieu a tiré la
matière du néant, mais, elles diffèrent en ce
IK)int : la première dit que Dieu a tiré im-
médiatement du néant le ciel et la terre ; et
la seconde, au contraire, annonce que Dieu
a tiré le monde d'une matière préexis-
tante, qu'il avait auparavant fait sortir du
liéant {kS3). »
Ainsi, la traduction, qui rattache le pre-
mier verset de la Genèse au second , outre
qu'elle est la seule qui rende fidèlement le
texte primitif, n'implique nullement l'é-
ternité de la matière ; et par conséquent on
ne saurait légitimement la condamner comme
contraire à la foi. Mais passons à l'explica-
tion philologique des mots suivants dont le
vrai sens a été encore l'objet de nombreuses
et vives discussions.
II. C*est avec raison que la Vulgate a rendu
le mot hébreu baba par creavit^ il a créé;
car c'est l'idée de création qu'on attachait à
i^e moi dans la nation judaïque. Nous en
avons la preuve la plus irrécusable dans ce
(482) Calmct, Comm, Utt, sur la Genèse^ p. 2, 3.
(4S3) Traité de la voie religion, t. lY, p. 213, UA.
(484) // Mach. vu, 28. Le texte grec ne saurait
être plus ciair et plus précis - e non jam existent
libus fecit ea Deus; ou bien selon le Ms. Alex, de
Londres non e jam exi$untibus.
(485) Simon (Uist. cril. du Y. T., 1. m, ch. 2) dit .
I R. Al)en-Esra dans son commentaire sur ce pas-
sage réfute Topinion de quelques interprètes juifs
qui expliquent ce verbe hébreu produire de rîen. »
Nous croyons devoir fairç observer /ju'il y a dans le
beau passage où la mère des Machabées dit
à un de ses fils que Dieu a créé de rien le
ciel, la terre et tout ce qu'ils contieh-
nent(48('). De plus, la version arabe Ta tra<
duit par un verbe qui signifie rigoureuse-
ment créer. C'est aussi le sens que lui ont at-
tribué, d'un accord presque unanime, les
rabbins les plus savants (11^85), les interprètes
chrétiens, protestants et catholiques. 11 serait
inutile et superflu de reproduire ici leurs
témoignages; cependant il en est un que
nous pouvons d'autant moins passer sous si-
lence que son autorité doit être décisive pour
la plupart de nos adversaires ; nous voulons
parler de celui de W. Gesenius, si connu
par son savoir philologique et ses principes,
rationalistes. Après avoir exposé les diffé-
rents sens du verbe hébreu bara, ce savant
«goûte : Quelques-uns prétendent que de Té-
tymologie et de la signification propre de ce
verbe on peut conclure que l'auteur du pre-
mier chapitre âe la Genèse a voulu nous
parler, non point de la création ex niAifo,
mai$ d'une simple disposition de la matière,
qui est éternelle. Cependant, d'après ce que
nous venons de dire, il paraît clairement que^
ce verbe employé à la forme kal a unje signi-
fication tout à fait différente de son sens pri-
mitif, et qu^l signifie la production d'un ob-
jet nouveau , plutôt que le simple arrange-
ment et la simple disposition d'une matière
déjà existante. D'ailleurs^ là liaison du dis-
cours dans toute cette section prouve clairer.
ment que, dans le premier verset de la (?«-
nèse^ il s'agit de la création première ex
nihilo de ce monde à l'état informe et gros-»
sier, tandis que, dans les autres versets de ce^
même chapitre, il est question de la dispo-
sition et de l'arrangement de cette masse
chaotique. C'est ainsi que l'ont entendu les
rabbins, les écrivains dû Nouveau Testament
et la mère des Machabées, contrairement au
sentiment de l'auteur du livre de la Sagesse
(xi, 17), qui, imbu des doctrines des Grecs^
suppose que la matière est éternelle (U6).
On objecte , il est vrai, que les Septante
n'ont pas cru que Moïse voulût parler d'une
véritable création, puisqu'ils ont rendu Ibé-
breu BARA par a fait , mais cette conséquence,
paratt bien peu logique. Procope de Gaze so
plaignait déjà de son temps, que quelques-
uns, abusant de cette traduction des Septante„
prétendaient que Moïse, instruit à l'école des
Egyptiens, croyait que l'univers avait été.
formé d'une matière préexistante, et* qu'il
avait voulu nous inculquer ce sentiment en
l'inscrivant au commencement de son li-
vre (487). Mais cette difficulté, pour 6tre an-
texte do rabbin \tjrand nombre^ la plupart.
(486) G. Gesenii Thésaurus philologicus critienSf clc,
p. 236. Cette dernière phrase de Gesenius contient
une erreur; le contexte çt le but deTauteurde h
Sagesse prouvent jusqu^à Tévidenoe que le sens de
ce fiassage est, que non-seulement uicu a créé la
malière, mais encore qu*il Ta sagement disposêi^
^487) Voy. les paroles de Procope, traduites en
latin, dans J. H. Hott»grr {Bist. créât, examê»
tMoL philolog., p. 18), et plus complètement dans
les remarques que le P. Soucie t a aioutèes à Toa*
'*
GL>
ET DE PALEaNTOLOGlE.
GLA
«"0
cienne» n'en est pas plus solide. En effet, il
tàiMi eoDsidérer qa'il en est en grec comme
en hétireoy et généralement comme dans ton-
tes les langues; Fusage permet et veut même
2ue Ton donne à un mot une signification
tfférente de celle que son étymologie semble
exiger, el c*est pour avoir oublié ou négligé
eette loi sacrée de linguistique, que 1 on a
TouJu attribuer également au verbe baba la
signification de créer. C'est donc par Tusage
2ue les Grecs ont fait du mot ir« tîy qu il
lui juger du sens qae les Septante ont réel-
lement prétendu v attacher au premier ver-
set de la Genèse. Or, c*est incontestablement
un idiotisme de leur langue, que de se ser-
vir du verbe faire dans le sens de créer ^ et
técîproquenient d'employer le verbe créer^
en lui donnant la signification de faire. Té-
moin cet article du symbole de Constantino-
ple : Je crois en un seul Dieu, créateur du
ciel U de la Urre; article où le terme grec
9M«r%9, à la lettre factorsm^ est pris néces-
Miremeet dans le sens de creaiorem; per-
sonne n'oserait en douter.
D'un autre côté, en vertu du même prin-
eipe de linguistique que nous venons d'in-
voquer, on donnait au mot* qui signifie pro-
prement créeTf le sens de faire une chose
d'une autre qui existait déjà; l'auteur du
livre de la Sagesse nous en fournit un exem-
ple frappant, lorsqu'il dit : // n'étaii pas
difficile à voire main loute-puissante^ qui a
créé tout, lemonde éCune matière informe^ etc.
Les mots tout le monde désignent évidem -
ment, en effet, tout ce qui a été tiré de la
terre, et ces autres matière informe^ ne pou-
vant s'appliquer qu'à la terre, laquelle était
primitivement informe et nue^ selon le texte
même de laCenete, il suit nécessairement
que le verbe créer n'a ici d'autre sens que
celui de fair coproduire an moyen d'une ma-
tière déjà existante.
Beaucoup d'interprètes, tant catholiques
que protestants, objectent encore que le
terme hébreu baba a été employé plusieurs
fois dans le récit même de la création, pour
les verbes faire, former de quelque chose, et
que par conséquent il ne signifie point par
lui-même extraction du néant. C'est en par-
ticulier le sentiment du P. Mariana, et celui
de l'abbé de La Chambre, que nous avons
déjà cités. Voici comment ce dernier s'ex-
pliifue sur cette question. « 'La force du
mot hébreu baba n'emporte pas avec elle
cj-troetion du néant. U faut dire la même
chose du mot latin creare, et du mot fran-
çais créer. Souvent ces termes signifient
simplement former d'une matière préexis-
tante. C'est dans ce sens que saint fiasilc
(W8) a expliqué les paroles de Moïse. Il
dit positivement qu'il y avait déjà quelque
chose avant la formation du monde visi-
vrage de R. SiiDOo, intitulé : Crilique de la Biblio-
TBCQCE Bcs ACTCcis ECCLÉsusTiQDCs dc M. Dejnn.
(•M8) HoMÊélie premièTe sur (^ouvrage des $ix
(489) Ici |f fiaranl auteur ajoute : < Faiit-ii un pah-
M^e iHus forniel ? En voici un au-dessus de toute
-■_ , 1^ Scifneurcréq (en hébreu tara) rhomttts
ble.... Il est inutile d'objecter que le mot
BABA sienifie extraction du néant. Moïse lui-
même lui donne un autre sens. En parlant
de Dieu, qui commande aux eaux oe pro-
duire les poissons, il dii: Le Seif/neur créa
de grands poissons {Gen. i, 20, 2J ) ; creavii
en latin et baba en hébreu; or, il est clair
ou'il ne les tira pas du néant puisqu'il les
forma de l'eau («89). »
Il est vrai que les termes baba, creore,
créer, sont les seuls dont on puisse se ser*
vir pour exprimer l'ex^rac/tofi du nù$nt.
Mais, comme ils sont équivoques, on ne peut
dire que Moïse leur a donné ce sens, à
moins qu'il ne vienne nous dire lui-même
que c'est sa pensée, ou qu'il n'y ait dans
son discours quelque chose qui nous dé*
termine à le croire. Or, Moïse ne dit rien
qui puisse faire entendre que ce soit là sa
pensée. Tertnllien, en proavant contre Her-
mogène que la matière est tirée du néant ,
convient, après avoir parlé des livres de
Moïse, que l'Ecriture n est point claire sur
cet article, non pronuntiavit Scriptura super
hoc ex nihilo facta esse ornnia (490).
Sans chercher à ramener les textes cités
de saint Basile et de Tertullien à un sens
qui ne serait point défavorable à notre thèse,
nous nous bornerons à montrer qu'on au-
rait tort de prétendre que le verbe baba
désigne, dans le récit cosmogonique , la
simple conformation ou disposition d*une
chose déjà existante. Nous en convenons pour
Iatroisièmeformeoucopjugaison(ptAe/),mais
nullement pour la jiremière {kal). Car, quoi
qu'on en aise, il n'est pas un seul exeni-
ple biblique de cette première forme où
l'idée de création proprement dite ne se
trouve renfermée; et, quant au passage
(Gen. I, 21,) allégué par Tabbé de La Cham-
bre, et, après lui, par Rosenmûller, il nous
a paru bien mal choisi, vu qu'il s'a^t ,
dans cet endroit, d'une véritable création.
Le texte, en effet, ne dit pas que l'eau fôt
la matière ex qua de la formation et de
l'organisation des poissons, comme il l'ex-
prime si formellement, lorsque Dibu forma
le (!orps de l'homme du limon de la terre
(II, 7).
RosenmiUler n'a pas été plus heureux
dans la citation du chap xuii, 7 ; d'i^irte,
car, dans ce passage, l'éloquent prophète,
loin de vouloir établir la synonymie
de BABA et de tatsab et hasça, mar-
que, au contraire, la gradation de ces
trois verbes, dont le premier désigne l'ex-
traction du néant ; le second, la formation,
la disposition, et le troisième, Yaekhement,
la confection pleine et entière. A la vérité,
plusieurs enc&oits de \9iGenise (i, â6; h, h)
où il est question de l'origine du ciel,
de la terre et de l'homme, semblent prou-
dm limon de la terre. {Gem^ n, 7). >'C*est mbs coa-
tredit par ioatteolion que rahbé de La Cbaabre a
cité ce passage ; car le texte hébreu porte non point
le verbe iaba, miis tatsab, fonner, façonner.
(490) Trailé de la vérilaHe rétinien , t. IV ,
p. 244^247.
671
GL\
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
GLA
C^
ver que baea n*cst qud le synonyme de
UASÇA, qui signifie faire^ former. Hais si
l'on examine avec attention ces passages,
on verra aisément que les deux verbes ont
|)U être employés réciproquement Tun pour
rautref sans qu'U y ait entre eux une vé-
ritable synonymie, car le ciel et la terre,
étant, aussi bira que Tbomme, composés
de plusieurs substances, dont les unes ont
été tirées immédiatement du néant, et les
autres d*une matière déjà créée. Moïse a
Eu employer indifféremment les deux ver-
es pour marquer leur origine.
EnGn les critiques et les interprètes, dont
nous venons de parler, soutiennent que
lURA ne signifie point, dans son sens primi-
tif, /tVfr, extraire du néanty faire de rien {ex
nihilo productio)^ puisque même les auteurs
grecs et latins, qui ont inventé le mot créer
en leurs langues , n*ont pu lui attacher ce
sens, d*autant plus que ce que nous appe-
lons aujourd'hui création ou production de
rien leur a été tout à fait inconnu ((^91). '
C*est en effet une question qui a été fort
agitée, que celle de savoir quel a été le vrai
sentiment des anciens philosophes sur le
dogme de la! création. Mais cette question
ifest^elle point indépendante de celle qui
nous occupa en ce moment? Etserait-il bien
logique, par exemple, de vouloir expliquer
Moïse par Platon, c'est-à-dire de prétendre
Sue le législateur des Hébreux n'a pu avoir
es idées et des doctrines autres que celles du
philosophe grec ? Ainsi, il ne s'agit nulle-
ment de connaître l'idée exacte et précise
que se formaient les païens de la création,
mais plutôt de savoir comment Moïse et les
Hébreux entendaient ce point de doctrine.
Or, il faut s'aveugler volontairement pour
ne point reconnaître que iamais terme
obscur ii*a reçu d'explication plus claire et
plus satisfaisante que celui qui fait l'objet
de cette discussion.
En effet, quel commentaire à la fois plus
riffoureux et plus lucide que la formule
itiéme qui exprime la création des divers
êtres qui reçoivent l'existence? Dieu dit : Que
la lumière soii^ et la lumière fut... Dieu dit
encore : Que la terre se couvre ie verdure^
ft la terre $e couvrit de verdure... Dieu dit
auêêi : Que les eaux fourmillent d'une multi-
tude d'étreg animés; et que des oiseaux vo-
lent sur la terre et s'élèvent dans les airi. Et
DiKU créa les grands poissons^ etc., et toutes
sortes d'oiseaux. 11 n'est pas possible, en
effet, de mieux exprimer le pouvoir et l'acte
créateur; la puissance divine opère par le
3eul vouloir, et sans employer ni matière,
ni sujet, ni instrument.
Noua trouvons dans d'autres écrivains sa-
crés cette même explication du mot créer.
Le Psalniiste, invitant les justes à célébrer
les louanges du Seigneur, donne ce motif :
H a parlée et toutes choses ont été faites; il a
commandé^ et elles ont été créées (492). Dans
(49!) lf4RiA!i.c fit Geueùm Scholia, p. 2.
(492) P$. XXXII, 9.
(193^ Judith. XVI, 17; la Vul^ate porte texliiellc-
nient do même que le grec : mi$i9ti spiriium tnum,
son beau cantique, Judith nous donne 1^
même idée de la création lorsqu'elle s'écrie*
Que toutes vos créatures vous obéisteni; mr
vous avez parlé^, et toutes choses ont éUfah
tes; vous avex envoyé votre sou^s^ ttdtu
ont été créées (1^93). Au contraire, dans tou^
les écrits des philosophes anciens, on ne
saurait nous montrer un seul passage où
l'ori^ne des choses soit racontée de celte
manière. Et si Ton nous demande la raisoa
de cette différence, nous répondrons que les
Hébreux, étant le seul peuple de l'antiquité
qui ait bien connu l'unité, la spiritualité,
1 éternité et la toute-puissance de Disd,
sont aussi le seul peuple qui ait cru à l«
création proprement dite; l'un est la consé-
quence de l'autre. Aussi voyons-nous toutes
les nations de la terre, qui n'ont point eu
une notion juste et exacte de ces attributs
de la Divinité , supposer que le monde est
éternel, que Dieu est l'âme de l'unirers, que
les Ames numaines en sont unejportion, el
par une conséquence inévitable , que le
monde n'a pas été tiré du néant, c'est-à-dire
créé de rien.
Nos adversaires auraient voulu que pour
exprimer la création sans équivoque, Moïse
eût dit gue le monde avait été fait di nn;
mais qui ne voit au contraire 1 amphibolo-
gie que présente cette expression? Les JuiEs»
auxquels son livre était destiné, hommes
pour la plupart ignorants et grossiers, n'aa-
raient-ils pas confondu (comme l'ont fait au
reste des philosophes mêmes), la cause el*
ci ente avec la matière ex qua? C'était oa
danger inévitable que le sage législateur de-
vait prévenir.
Ou nous nous trompons d'une manière
bien étrange, ou il résulte clairement de
celte discussion que la philologie ne saurait
nous fournir aucun argument solide contre
le sentiment généralement reçu, que dans
le récit de la cosmogonie mosaïque, leverii}
BARA exprime la création proprement dite,
Yextraction du néant.
Ce serait peut-être ici le cas de montrer
que le mot Èlouih n'implique point la pia-
rali té des dieux; mais nous réservons eette
discussion philologique pour le moment oii
traitant de la création de l'homme, nos)
aurons à expliquer le pluriel du verbe/ûâow»
dont le sujet est Dieu.
IH. Les mots ciel et terre^ qui forment le
complément du verbe dans le premier m«
set de la Genèse^ étant en hébreu déterminés
par l'article, et précédés de la particule ew
tnrme primitivement et proprement dé-
monstratif, mais qui le plus souvent ne se
traduit pas, signiQent nécessairement refw'
terprètes qui, détachant le premier ter>r
du suivant, ne voient dans ces deuî nioi^
que la matière première, que les éléwer.i?
qoî est, selon nous, pour : mistsfi smriUim oris /£'.
comme on Ut au P$. xxxn, 6, d'où les paroW«
Judith ont été évidemment empruntées.
«T$
€LS
ET DE PALEONTOIX)GIE.
€LA
r4
primitifs, que Dieu aurait crées avant tout»
et dont il se serait servi pour former le reste
des créatures. Comment, d*ailleurs, se Ggu*
rer Teiistence d*un ciel avant la création de
rétendue, de Tospace, de Tait, de la lumière
et des astres? Ne sont-ce point là, aucoi>-
traire, les éléments constitutifs d'uû ciel
tel que nous pouvons le comprendre? De
même, qu*est-ee qu*une terre qui n*a aucune
des conditions, aucune des propriétés es-
sentielles h Tètre que nous concevons sous
ce terme?
Une preuve manifeste que ces mots ne se
trouvent employés ici que par anticipation,
e*e8t que les choses qu'ils expriment ne re-
çurent que plus tard leur origine et leur
dénomination. Ainsi, ce fut seulement au
second jour que le nom de ciel fut donné à
l^étendue et a l'espace que Dieu venait de
créer; et au troisième, que la partie lerme
du glot)e fat appelée terrif lorsqu'à la voix
toute-puisaante du Créateur, les eaux qui la
couvraient se furent retirées en un seul lieu
et eurent reçu elles-mêmes le nom de
mers.
Quant au sens étym(»logique, le mot du
texte scHAVATiif, €ietÂXf dérive d'un verbe
inusité en hébreu, mais dont l'analogue en
arabe désigne Yélévation^ la kauteur. Le nom
KmETs, si on veut l'expliquer par l'a-
rai>e, désigne quelque chose de &(m, d'infé-
rieur ; signification qui lui convient d*autant
mieux qu'elle forme un contraste parfait
avec celle de schamaim, cieL On peut remar-
quer ici avec quel naturel, quelle simplicité,
mais en même temps avec quelle exactitude,
Moïse s'exprime dans son récit. On sentira
curtout un peu plus bas l'importance de cette
observation.
IV. — Les mots qui c(Mnmencent et ceux
3ui terminent le second verset offrent des
ifficultés philologiques assez embarras-
santes pour les exégètes ; de là le peu d*ac-
cord qui règne entre eux pour en assigner
la véritable signiflcation. Les termes hé-
breux TOflou vABOHou out été, selou nous»
parfaitement rendus dans la Vulgate par
tiuinit et vaeua, c'est-à^lire informe et nuf,
£n vain, des interprètes verront-ils dans ces
mots Texpression d'une révolution et d'une
dévastation de notre globe, pour en con-
clure que Ho'ise a voulu parler, dans son
premier verset, d'une époque bien anté-
rieure à celle dont il parle dans son second.
£o vain diront-ils, en faveur de leur opinion,
qn'isaïe, annonçant la désolation future de
1 Idumée, se sert de cette même expres-
sion (xxxiv, f I) ; nous répondrons que le
but du prophète n*a pas été de peindre, par
cette image, l'acte même du ravage et de la
destruction de l'Idumée par s^s ennemis
vainqueurs, mais l'état de dépouillement et
de nudité complète aui doit suivre la dévas-
tation. Un passage de Jérémie. justifie plei-
nement notre explication : /'at vu ta terrcj
ei je n*y ai trouve qu^un chaoe et qu'un tide
affreux (tohou vabohou). J'ai regardé les
^ieuXf et ils étaient sans lumière. J ai vu les
montagneSf et eUes tremblaient : fai ru lee
collineSf et elles étaient ébranlées. J'ai jeté
les yeux de toutes parts^ et il n'y avait pas
Mn seul homme; tous les oiseaux même du
ciel s'étaient retirés. J'ai vu le Carmel lui'
même changé en un désert: et toutes les viliee
détruites devant la face de Jéhovah, et parle
feu de sa colère (iv, 23-26). Il est évident, en
effet, que le prophète a voulu représenter
la terre réduite au premier état de nudité et
de stérilité où elle fut créée, c'est-à-dire
sans ornements, sans hommes, sans animaux,
et couverte de ténèbres. Si nous devions
faire ici l'office de commentateur, nous ajou-
terions d'autres témoignages bibliques à
l'appui de notre explication ; mais ceux que
nous venons de rapporter s'ont sulfisants
pour notre objet.
Nous ne nous arrêterons pas au scrupula
des critiques, qui rejgardent comme cho^
quant d'imaginer queTËtre souverainement
sage ait créé le chaos, qui n'est autre chose
Sue le désordre ; une seule considération
oit le faire évanouir. Quand même l'Etre
souverain, qai, à ce seul titre, ne doit
conipte de ses œuvres à personne, n aurait
eu aautre dessein que de faire mieux ap-
pré«:ier à l'homme l'ordre et la belle har-
monie du monde actuel, en le lui présentant
comme sorti du désordre et du chaos, sa
sagesse infinie serait entièrement à l'abri de
tout reproche.
Les derniers mots de ce même verset
n'offrent pas moins de difllcultés. Et d'abord
les anciennes versions ne sont nullement
d'accord sur la manière de les rendre. Les
Î paraphrases chaldaïques d'Onkélos et do
. onathan, de même que la version arabe^
y compris l'édition d'Erpénius, l'ont entendu
d'un vent qui souiBait sur les eaux et les
agitait. Plusieurs Pères, entre autres Ter-
tullien et Théodoret (494), suivis d'un certain
nombre d'interprètes tant juifs que chré-
tiens, ont adopté ce sentiment, vers lequel
nous inclinons nous-mêine, pour les motifs
que nous allons exposer.
Tout le monde convient que le nom
de Dieu ajoutée un nom lui donne souvent
la force et la valeur d'un superlatif. Ainsi
l'expression du texte sacré Rouah Elohim,
que l'on rend généralement par Vesprit de
Dieu, peut fort bien signifier uti vent violent.
La question se réduit donc uniquement à
savoir si c'est ici réellemen* son sens. La
raison qui nous porte à le croire est le moi
suivant hbrabefbth, qui lui sert d'attribut,
•et qui, quoi qu'on en dise, ne saurait signi-
fier autre chose que s'agitamt. En effet, ce
même mot se présente dans le Deutéronome
(xxxii, 11), où il est appliqué à l'aigle, qui,
pour exciter ses petits a voler, agite et se-
coue ses ailes au-dessus d'eux. Le verbe
d'où ce mot dérive ne se trouve qu'une seule
fois, c'est dans Jérémie^ xxiu, 9. Or, dans ce
passage encore, il signifie évidemment Vor
^i/aa'on; car le prophète, après avoir dit.:
Mon -eeeur a été brisé au milieu de mai, ajoute
immédiatement : Tous mes os se sont agiêée
(194) TtaTVtL., Canrr. Hermogen.^ c. 5S; TflRMOiirf, QuiStL 8, in Cems.
<7S
eu
MCùËMOCùyiE
CL.%
(Rasavoc). Aussi, non-seulement le Targum
et lu rersion syriaqnet mais encore les
Septante et la Vnlgate elle-même ont traduit
es ce sens eaniremmerwmi Çk9S), En vain
Toudrait-on recourir aux idiomes syriaque
et arabe, pour attribuer un autre sens à ces
mots; les lois de rherménentique s'y oppo-
sent ; car elles prescrirent impérieusement
dVxpliqucr rbébreu par l'bébreu liii-ocême,
toutes les fois qn*il j a possibilité de le
faire. Or, il n*y a évidemment ici aucun
obstacle.
On sent bien que, donnant au mot mahs-
Fcra le sens d^agUer^ nous ne pouvons con-
venablement assigner à son sujet celui d*e»-
ÎrU de Dnu ; la disparate entre les deux
iées nous paratt par trop étrange et par
trop choquante. Nous voudrions an moins
trouver un autre passage de la Bible qui fût
de nature à nous foire vaincre notre répu-
gnance. Voilà la cause principale et même
unique qui nous a porté à ne voir en cet
endroit qu*un simple vent par lequel Dieu
agitait la surface des eaux (496).
D^autres traduisent Texpression de Tori-
ginal par le souffle de Dieu ; cette traduction,
comme on le voit, tout en rendant servile-
ment la lettre du texte, n'offre aucun sens
clair et précis k Pesprit, et elle aurait be-
soin elle-mAme d*une interprétation.
Mais le sentiment qui attribue aux paroles
du texte original le sens rigoureux de Tei-
ptit de Dieu est le plus généralement reçu ;
3e(dndant tous ceux qui le partagent ne
Texpliquent pas de la même manière. En
effet, les uns, en partant de Tidée que cette
npression désigne assez souvent dans fE-
cnture la vertu divine, qui, quoique invi-
sible, comme le soufBe et le vent, pénètre
toute la nature, anime, vivifle et iéconde
tous les êtres, veulent qu*elle simifie ici la
fuiêsance créatrice^ c'est-à-dire l'efficace de
opération divine qui préparait les eaux
de la terre à la fécondité ; et les autres,
parmi lesquels on peut compter la plu-
part des Pères, l'entendent du Saint-Esprit
même, inspirant la chaleur et la vie aux
eaux dont le monde nouveau devait sortir.
Pour nous, nous le répétons, il nous f)a-
ratt difficile de concilier l'idée de l'Esprit-
Saiot même, inspirant la chaleur et la vie
aux eaux dont le monde nouveau devait
sortir. 11 nous parait difficile de concilier
l'idée de l'Ësprit-Saint avec aucune le celles
(i95) Gesenius dit à ce sojet (Thetanr., p. 1283) :
c LXX. Yolg. Taiig. Pescb. eonîrendêcunt mers con-
jectura ex conteittt ducta, quae taroen coni relique
verbi uso non satis r4>ngniit. i Or, cet usage se
réduit aux deux seuls passages de la Genèu et du
DeutéronotMe dont le sens est précMmeot contesté.
C*est bien plutôt Gesenius luî-méme qui traduit par
pure conjecture; car après avoir expliqué le verbe
nébren par : fovii puHos avis, incubmî putlis , il
ajMite : < Dein vaiUaviî super pullos, > comme si
cette dernière signification pouvait eiégétiquement
se dédoire de la première.
iiW) Le savant P. Mariana ne paratt pas eroire
4a on puisse douter de la vérité de ce sens, lors-
qo^n dit d*une manière si affirmative : < Aer inquie-
|os erat : Sriaivos DowRi , id est, ventua a Deo ex-
que Ton peut attacher au mot menkfetk :
car^ qu'on l'entende dn mouvem^i ii*Qn
oiseau qui étend ses ailes sur ses petits pour
les couvrir, on pour les exciter et les ares-
ser à voler; on même de la manière donr
il échauffé ses oeufs pour les animer ^
les faire éclore, on ne saurait l'appliquer
convenablement à l'Esprit-Saint Si toutefois
le respect si légitimement dû au témoignage
des samts docteurs de l'Ef^ise nous portait
k embrasser leur opinion sur ce point, nous
ne pourrions le fSure qu'en prenant les pa-
roles du texte biblique, non point dans le
sens littéral, mais dans le sens spirituel.
y. Le mot jour^ en hébreu toh, setronve
répété deux fois dans le verset cinquième,
et pris évidemment dans deux sens diffé-
rents. D'abord, il est oonaidéré comme sj"
noujrme de lumière, puisqu'il est dît : Et
Ihsu appela ta lumière jour. C'est 1« partie
du temps où il fait clair, et que les Latins
ont exprimée par dîA. C'est en ce sens en*
core qu'il est pris dans Zaekarie^ ch. xjv,
vers. 7, et peut-être aussi dans /o6, m, 5<
£n second lieu, il est employé comme une
certaine durée de temps^ resMce qu'embrasse
le soir réuni au matin, om 1 espace de vingt'
quatre heures, qui chez nous est compris
entre midi et minuit, et minuit eV midi ;
c'est le vut6éfttpav des Grecs.
On a voulu entendre ce mot pris dans le
dernier sens, d'un long espace de temps in«
déterminé, d'une /ipofve. Mais on n'a pas
considéré qu'il faudrait nécessairement dans
ce cas que le mot hébreu fût au pluriel.
Anssi est-ce avec raison que Rosenmûller
conclut du récit de Moïse (ju'il serait difli*'
cile d'exprimer d'nne manière plus précise
et plus claire, qu'il s'a^ptici d'un ^'oiif as*
/tire/, et nullement d'un espace qu embras-
serait un grand nombre de jours ou d'an-
nées (497). On prend, il est vrai, assez sou-
vent dans l'Ecriture le mot jour pour un
moment ou uii temps indéterminé, ce qni <
lieu également dans les autres langues;
mais alors il y a toujours dans le contexte
Quelque indice de cette accej^tion ; ainsi on
cfit fréquemment : un jour y il iC arriva que ;
un jour viendra: au jour où ; pour à un cff'
tain temp$f il arrivera; un temps, un moment
viendra: lorsque. Nous n'insisterons pts
davanta^je sur ce point ; il ne saurait, à
notre avis, offrir une difficulté sérieuse à
un bébraïsant (496).
dlatus, sine adiectîoue Domiai manilndinan Mrii
^U8 intelligit : Pm/ni. lxvii, motu Dei rnorn fi»9^-
Itaque vastus spiritus et aer rsncBATun, agitalniur *
id proprie signidcat hebraicum sic liet»raeu& (kioicla}
merahepheth significal molionem et agitaiionem,i (/*
Gen. SchoL^p. 2.)
(497) f Dtem mtelligendum esse naturalem, n^
que vero plurium si^e dierum, sive annorun spi'
tium, viz disenius dedarari potuit bac formab. >
(Schol. in Geji., i, 5.)
(498) Quelques inierprètes donnent encore f^
preuve ce passage de I £xode : c Pendant six )0ht9
lu pourras travailler... mais le se^èoDe est na joar
de repos qui doit être consacré à rEiernel ton Diec*
Car, en six jours rEteriiel a fait le ciel, la terre,
la mer, et tout ee qu'ils contiennent, et il t'en re-
m
€LÀ
ET DE PALEONTOLOGIE.
GU
671
VL Nous trouvons dans les versets sui-
vants des termes qui Ont d*autant plus be-
soin d'être expliqués, que les incrédules s*en
softt servis pour attaquer la véracité du ré^
cit mosaïQue. D'abord^ le mot hébreu ra*
QUH,ren(lu dans nOs versions par firmament^
signifie proprement étendue [expansum^ ; car,
eutre que le verbe dont il dérive signifie
battre^ frapper une lame de métal, et de là
rétendre f la rendre ductile en la frappant ^
tous la3 passages où il se trouve confirment
pleinement ce sen§. D'ailleurs, l'explication
qu*en donne Moïse lui-même enlève tonte
espèce de doute à cet égard , puisqu'il en
fait un svnonyme de Ciel^ lorsqu'il dit,
que DiBO tut donna le nom de ciel. Or, nous
avons déjà vu que le mot ciel signifie lui-
même hauteur^ élévation^ c'est-à-dire une
vaste étendue de bas en haut. Seulement,
OAGiAH igoute à cette idée celle d'une éten-
due horizontale, que lui donne sa propre
étymologie.
Ainsif comme nous l'avons déjà remarqué
ailleurs (499), Moïse ne pouvait choisir un
terme plus propre à peindre l'objet qu'il vou-
lait exprimer; car, dès que nous élevons les
3"eux oe la terre, ce qui nous frappe unique-
inent« c'est cet espace immense, cette vaste
étendue dans Laquelle la vue semble se per-
iire. Quelques traducteurs ont rendu le mot
hébreu par atmosphère^ qui, sans y répondre
d'une manière tout à fait exacte et complète,
l'explique cependant assez bien, puisque
r*est dans cette étendue ou espace crue se
trouve contenue l'atmosj^hère, c'est-à-dire
la couche qui enveloppé je globe terrestre
et contient les vapeurs aqueuses qui, en s'é-
levant de la terre, se condensent, se rappro-
chent, forment les nuages, les brouillards,
les pluies, la neige, la grêle et la rosée.
il résulte de cette explication, c|ue créer
cette étendue ou atmospnère, c'était donner
à ces vapeurs un milieu qui pût les recevoir
et les séparer des eauiL des mers. Il résulte
encore que par les eaux supérieures dont il
parle au verset 7, Moïse entendait évidem-
luenl ces vapeurs aqueuses de l'atmosphère,
et par eauxxnférieures^ celles qui forment les
mers. Il résulte enfin que rien dans tout ce
récit ne prouve, comme le prétendent nos
adversaires, que Moïse ait cru que les cieux
étaient Une voûte solide.
Quant à certaines expressions répandues
Jans la Bible, et qu*on pourrait nous op-
f)Oser, nous dirons que ce sont de pures
3)étaphores qui se trouvent dans toutes
es langues* et sur le vrai sens desquelles
e peuple hébreu ne pouvait nullement pren-
^osé le septième jour ; c*est pourquoi il a béni
e joor de ee repos et Ta déclaré saint (xx, 9-ii ). >
lais cette preuve nous semble peu conchiante; car
3rs aftéme qu'il 8*agirait d'époques dans le récit de
I créaiHMi, rien n^empèdieraUd'y comparer les sept
jors de la semaine.
(499) Le Pentatenque avu une traduction fran-
tme^ «le., I. I" Genêsc, p. 9.
(5ÔO} TAeMur. phitotog. erilic, p. I5f9.
(50I ) Cette expmsion, comme on va le voir im-
lédtalcmeDt, est ^ussi susceptible du sens de avec
dre le change. Gesenius Ini-même reconnaît
3 ne dans la description poétique qu'ils font
u firmament, les Hébreux parient le langage
vulgaire, bien qu'ils sachent parfaitement
qu'il renferme quelque chose d'inexact (500).
VII. A la parole toute-puissante du Créa-
teur, la terre se trouve couverte de verdure,
de plantes renfermant de la semence féconde, {
et d'arbres chargés de fruits (vers. 11-12). *
Ici se présente pour la première fois l'ex-
pression LEMiNO , que 1 on rend générale-
ment par selon son espèce^ mais qui, à notr^
avis, signifie à la lettre avec son ressemblant:
et, ajoutée aux arbres fruitiers, désigne les
arbres semblables en tout à ces derniers, et
qui en différent seulement par les fruits qu'ils
ne portent point comme eux. Sans cela on
serait en aroit de demander qui a créé les
arbres et les plantes sauvages (501).
De même au verset 21, où il est question
de la création des animaux, cette expression
signifie également avec leurs irmÂfaMea,
c'est-à-dire avec leurs femelles. Car autre-
ment où trouverait-on la création des f^
melles? et d*aillenrs cette explication n'est*
elle pas suffisamment indiquée par ce qui
suit immédiatement? EtDnu,.. les bénit en
disant : Soyez féconds^ nmltipliez^ous. Il
nous semble qu il n'y a pas Hou d'en douter»
quand on compare les versets 27 et 28, où il
est dit textuellement en des termes mutuel-
lement équivoques : £t Dieu créa Vhomme
à son image; il les dféa méUe et femeUe^
it leur dit : Soyez féconds^ multipliet^^wms.
Ce n'est pas ici le Jieu de monter com-
bien rinterprétation selon leur espèce^ selon
leurs espèces^ est peu fondée sous le rapport
grammatical et lexicographique ; nous
créons l'avoir fait suftisamment aillenrs
(502); mais nous devons faire remarquer
(}ue tout en retenant le nom d'espèce, cette
interprétation n'en établit pas la réalité, ou
bien elle nous la représente sous une idée
vague, incomplète, et par là même très-favo-
rable aux définitions erronées de certains
naturalistes; car, pour constituer Tespèce,
if faut absolument le concours des deux
sexes, mâle et femelle; concours d'ailleurs
parfaitement établi (lar notre traduction :
avec sa femelle^ avec leurs femelles.
VIII. Il ne sera pas inutile de faire ooser-
ver ici que dans le verset 20, rendu ordinai-
rement par : Que les eaux produisent des
êtres antmés^ etc., le sens littéral est : Quê
les eaux abondent^ soient remplies^ fourmil-
lent (scateant) d^ êtres animés: et cpie par con-
séquent les eaux ne sont ici ni la matière
ex fiMi, ni la cause efficiente oit créatrice
sa femelle. Nous aimerions encore mieux supposer
que Moïse a réellement parlé des deux sexes des
Sntes, que d'admettre la traduction ordinaire, i#-
ion espèce^ pour les motifs exposés dans cette
discussion même.
f502) Yoy. Le Pentat. avec nne traénçtion fran-
çatu^ etc., 1. 1'% GcNÈss, p. 0-il. Introduet. histor.
et erit. aux livret de CAneien et du Nouveau Testa
ment.^ 1. 1«', AacaaoL bisl.. p. 128; et Leme» heèt.
et ékaîd., p. 524, 925, 2« édit.
679
CTOÛ
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
GOD
CEO
des poissons, etc. Cette dernière est assez
clairement exprimée dans le verset suivant,
où il est dit : Ce$l ainri que Dieu créa les
grandi monstres marins^ etc. Quant à la ma-
tière ex ^gua, le terme même BARi, créa,
Terclut entièrement.
GLAUCONIE GROSSIÈRE. Foy. Parisien.
GLAUCOME SABLEUSE. Voy. Albibm.
GLAUCONIE CRAYEUSE. V. Cénomaniev.
GLAUCONIE INFÉRIEURE. F. Subssonien.
GLEIG (ÉvÊQUB anglican), interpréta^
tion du récit de la création. — Voy Bucrland.
GLYPTODON. Voy. Mammifères.
GODEFROY(503).— La théorie cosmogoni-
que de cet auteur est une des plus audacieuse-
inent téméraires qui aient été imaginées
dans le but de concilier la science moderne
avec la Genèse. Aussi* cette théorie, loin
ct*opérer la conciliation désirée, n*aboutit
qu*a compromettre le livre sacré. 11 serait
bien étrange, en effet, qu'un livré écrit sous
rinspiration divine n eût été compris par
personne pendant plus de 3,500 ans, et n*eût
pu Tètre qu*au 19* siècle , à Tépoque des
systèmes les plus opposés, les plus aventu-
reux, les plus incertains, dans un siècle où
une science orgueilleuse et voulant, à tout
prix, se passer de Dieu, se livre à tout le
dévergondage de ses spéculations insensées.
C'est un bien triste labeur, en vérité , que
d*aller prendre les rêves cosmogoniqucs et
toutes le3 témérités scientifiques de notre
temps, pour nous les présenter comme la
traduction fidèle ou le commentairedu texte
sacré. Rien n'égale, comme nous le montrons
dans divers articles de ce Dictionnenre^ l'au-
dace de ces interprétations qui sont la con-
fusion la plus incroyable du langage humain.
On en aura une Idée en lisant l'analyse dé-
taillée que nous allons donner du livre de
M. Godefroy,en l'accompagnant de quelques
observations.
« Le premier de tous les livres porte ins-
crit en tète le nom mystérieux de l'Etre
éternel et créateur; et dans cette première
de toutes les cosmogonies, le ciel et la terre
ont une même origine, et leur naissance
£ récède tous les temps : Au commencemeni
Heu créa le ciel et la terre. Tel est le début
de la Genèse.
a Alors le Livre des générations du ciel et
de ta terre nous révèle ce qu'était la création
en ce premier instant de la nature : une ma-
tière informe , un abtme dans les ténèbres ;
mais Tesprit de Dieu se portait au-dessus
de ces éléments, et la lumière fui. C est le
premier jour. >»
Non, la création tout entière n'était point
telle que vous Tinsinuez ici, une matière ins
forme f un abtme dans les ténèbres: cela
n'est dit que de la terre seule : Terra auiem
erat inanxs et vacua^ etc.
« Ainsi, d'après la Genèse , la lumière est
le premier produit de la création , et son
a|)parition date du premier jour ou de la
première époque de la nature, p
La lumière n'est pas le premier produit
(505) La eosmogonie de la févélution ou ieê quatrepremieri jours de la Genèse en présence de la science
moderne^ «• éJit., 1847.
de la créatien ; le contexte s'oppose à cette
opinion. La terre et les eauxi sont videm-
ment créées et nommées avant que Dieu
prononce le /Sa/ lux.
« C'est en présence de nouvelles doctrines
scientifiques que nous discuterons, en les
comparant avec ces nouvelles doctrioes,|tous
les faits que renferme Tbistoire des premiers
Ages du monde. C'est en présence des intes-
tigations de rastronomie,de la physique, dcila
chimie et de la géologie, aue nous allons in-
terroger les archives sacrées sur la condition
primitive de l'être un et multiple nommé uni-
vers, et sur les lois primordiales qui ont pré-
sidé à l'organisation du ciel et de la terre.
« Nous reprenons le récit historique , que
nous citerons toujours textuellement.
« Au commencement Dieu créa le ciel et
la terre, in princinio creaviê Deus cctiumtl
terram. (Gen. i, 1.)
« Si la ressemblance du çlobe terrestre
avec les autres globes planétaires décèle une
origine commune , l'état actuel de l'astrono-
mie ne nous permet pas de douter que le
soleil lui-même n'ait une génération pa-
reille à celle de ces planètes ou satellites*
qui ont tant d'analogie avec lui par leur
forme, leur mouvement, leur densité, etc.
Mais notre système solaire,* malgré son
immense étendue, n'occupe qu'un point
dans l'espace : des mille millions d'autres
soleils brillent comme lui de leur lumière
propre. C'est ce vaste univers , ou ce grand
tout résultant de l'ensemble des étoiles ou
soleirs , et des planètes ou satellites, que le
Créateur, ^au commencement des temps fit
jaillir du néant par un seul acte de sa toute-
puissante volonté.
« Cependant ce ciel du commencement et
cette terre créée en même temps que le ciel
ne sont pas le ciel et la terre que nous
voyons; car, d'après la Genèse encore, la
première formation du ciel et la constitution
définitive de la terre ne datent, l'une, que
du deuxième, et l'autre, que du troisième
jour ; et ce n'est que le quatrième jouf que
le soleil, la lune et les étoiles, c'esl-à-dire
tout ce qui constitue le ciel, brillent dans
le champ de la création. La création du ciel
et de la terre du commencement des temps
n'est donc que la création de la matière cons-
titutive du ciel et de la terre. )»
Ainsi Moïse, dans le premier verset et dans
le second, donue le nom de ciel et celui de
terre à ce qui n'est en réalité ni l'un ni l'au-
tre, mais seulement la matière élémentaire du
ciel.et de la terre, ilsemble que, si Moïse avait
voulu désigner la prétendue mcuière consii'
tutive que vous supposez , rien sans doute
ne lui aurait été plus facile que de le dire,
en employant d'autres termes que cœlum ei
terra qui ne peuvent s'entendre ainsi qu*( n
faisant la plus grande violence au texte. iVon
est probabile materiam solam sine forma créa-
tam esse, nec talis vocari posset cœlumf <iil
Cornélius à Lapide [Curs. compl. t. V, col.
128). Aussitôt après le premier verset,
GOD
ET DE PALEONTOLOGIE.
GOD
6tt
Ibise ajoute : Terra auiem erai inanis tt
vaeuoy etc. Cette forme du récit ne permet
pas d'admettre Tinlerprétation forcée à la-
quelle vous avez recours; Moïse nomme ici,
séparément du ciel, la terre dont la création
a été expressément désignée dans le premier
Yerset. Deux choses très-distinctes sont évi-
demment mentionnées comme créées au
commencemenif le ciel et la terre. De ces deux
choses Moïse négli^^e la première, le ciel»
pourne s'occuper que de la seconde, la /rrrf.
£t cette terre existe, est créée et distinguée
du ciel 9 puisqu'elle est inanis et tacua, c est-
l^lire MMU arbres^ sans fruits et sans aucun
ornement ^traduct. du P. de Carrières) et que
de plus elle est recouverte par les eaux.
« Cette doctrine, comme nous l'apprenons
de saint Augustin, est celle des anciens in-
terprètes, qui, par ces mots, le ciel et la
TsamE, ont entendu la matière dont ont été
formés le del et la terre, et toutes les mer-
Teilles que renferment le ciel et la terre ;
la matière de tous les corps de la nature, des
globes lumineux et des slobes opaques. Et
le grand interprète de 1 Ecriture fait voir
qu*eo effet il n'est pas possible d'entendre,
partes premières paroles de la Genèse, au-
tre chose que la matièbe do ciel et de la
TCEBE, nisi nuUeriam cali et terrœ, la matière
qui allait servir à la formation du ciel et de
la terre, id est materiam quœ cœli^st terrœ
fermuun capereposset ; et qu'il faut dire avec
Ions les interprètes, sous peine de tomber
dans l'absurde, que Dieu a d'abord c<'éé la
matière du ciel et de la terre , et qu'ensuite
il a donné la forme à cette matière. »
Saint Augustin, dans ses Confessions (1. xn,
c. 20 et 28, et I. i deGen. contra Manich.^ c.
7), émet effectivement cette opinion. Mais le
Berne Père dit (I. i deGen. ad litt.^ c. ik) :
kmu materiam eodem instanti temporis fuisse
sma forma donatam et omatam^ et lib. n Ih
Ctr. D., c. 9, il entend par cœlum les anges,
el par terram la première matière informe ,
ee qui fiait dire à Cornélius à Lapide : Prius
eu musticum^ posterius improbabile. Corné-
lius â Lapide est loin de se ranger au senti-
ment de saint Augustin. Ce commentateur
€tit : Maxime prooabile est^ per cœlum sic
isuMigi primum et summum ^ scilicet empy^
remm^ quod Paulus vocat calum tertium^
Jtmeideœtum cœlif quodque sedes est beatorum^
mii poMsim omnes docent. (Curs. compl. t. Y,
eol. 138.)— Cornélius à Lapide ajoute : Est
kmt sententia B. Clementis^ accepta ex ore S.
Feiris ut ipse aithi Reeognit.; Origenis hic Ao-
amI. 1 ; Theodoretij Alcuini, Rabbani, Lyranij
FkitoniSf M, De mundi opificio^ S. Hilarii
m pe. cxxxv ; Tkeophili Antiocheni ad Anta^
è^ekum 1. u ; Junilii ^-Bedœ^ Abulens, Cathor
rmi, Straei m glossa ord. hicj S. Anselm.
L I Ae imagine mundi^ c. 28 ; 5. Bonav. in 2 ;
dist. 12; Ruperti 1. 1 in Gen.f c. 6; Gulielmt
Paris. 1, p. I, De universo^ c. 31 et U). Aiex.
Alemsm p. ni Suaifiur théologie. ^ quœst. 43;
memb. 2; Hugon. Victor in Sent, tract. 2f
1 ; Brunonis Carthus. Patriarchœ l.i de No^
vis.j c. 2; Lud. Molinœ i p., qu 86, sub ini»
tium operis primat diei mundi ^ et aliorum;
adeo ut S. Bonacent. hanc sententiam asserat
esse communiorem^ Catharinus vero esse veris--
simam {loc. cit. col. 129). — Vous voyez que,
quoique voiis en disiez, il s'en faut bien que
vous ayez pour vous le sentiment de tous les
interprètes.
« Quel était l'état de cette matière du ciel
et delà terre? C'est ce que le livre divin
nous révèle tout d'abord. Dès le second ver-
set, nous sommes avertis que la terre du
premier jour était à l'état simple, qu*elle
était VIDE ET TAi!iE, i!fcoiiPosÊE, ct que la
création tout entière n'était alors qu'un
abtme invisible, ou une matière ditfuse,
impalpable. »
Ainsi le terra autem erat inanis et tacua
veut dire non que la terre, mais la création
tout entière n'était qu'une matière diffuse ,
impalpable. Quel incroyable bouleversement
du langage I
« Cette terre vide et vaine^ dans la Vulgate,
intisible et incomposée dans la version des
Septante, n'est qu'un vide et un rien xhu^
Mi «v^» dans la traduction d'Aquila, une m-
formité et une nullité nvôv 7«i oOdtv dans la
traduction de Théodotion, une matière diffuse
et inerte «^yôv wc «^npirov dans celle dehym-
maouê; et nous apprenons de MM. Cbaubard
et Marcel de Serres que le texte chaluaïque
porte mot pour mot : alors la terre étMt
matièrt informe à tétat de molécules élémen-
taires : et la version samaritaine , qui est
l'ancien texte hébreu, une matière divisée
jusqu'à être impalpable ^ jusque Fannihi'
latton (59i),» interprétation étrangement exa-
gérée et adoptée pour les bénins du sys-
tème. Le P. de Carrières, se conformant
au sens qui s'offre d'abord, et qui est pré-
senté |)ar le commun des interprètes qui
n'ont pas de théories préconçues, oit simple-
ment : « La terre, en sortant du néant, était
informe et toute nue, sans arbres, sans fruits,
sans aucuns ornements. » C'est ce que font
entendre les mots hébreux tohu vauohu^ et
c'est ainsi qu'ils ont été traduits par Jona-
thas le chaldéen, par les Septante, etc.
« Or, d'après la Genèse^ cet état de nature
première n est pas seulement celui de la terre
du premier jour; c'est encore l'état de la
création tout entière : l'universalité de la
création n'était alors qu'un abîme, une masse
inerte de matière diffuse. La lumière elle-
même, ce premier produit de la création,
n'était pas encore : les ténèbres régnaient
sans partage sur l'abime unique du ciel et
de la terre, sur l'abtme du ciel dont la dispo-
sition première date du deuxième jour; sur
l'alilme de la terre qui n*est distinguée et
séparée ou détachée de l'abtrae unique du
premier jour, que par ce deuxième jour de la
création. »
(504) M. CaAirBAAn, Elém. de CéoL^ p. 37, 38. < on état de diffusion qoi irait jasqu'à rimperceptî-
c iufermis et seriformis^ diaprés le texte de Tlié- t bililc ou rincomprébensibililé.» (M. M. de Suies,
. Le lexle samaritain emploie d^autres exprès- De la Ci^mog. de Mmse eomp, aux faits géoiof.p
qui préseDlent œ qui fut plus tard la terre dans p. 50.) (GoDsraoi .)
Dicn0!f. PF C0SM0G05I8 BT DE PaLE05TOLOGIB. 23
605
GOD
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
GOD
M*
« L'universalité de la création, dites-vous,
ifétait alors qu'un abime , uue masse inerte
(le matière diffuse »
Cornélius à La|nde réprouve ce senti-
ment. « Improbabile est, dit-il, quod cen-
sent Gabriel, in 13, dist. lâ,q. I, et Marsil.,
ibidem, chaos hoc, sive, ut sapiens loquitur,
materiam informem fuisse materiam primam.
Tel solara; vel certe informalam tantum for-
ma quadara rudi, obscura, generali et com-
muni corporeitatis, ita ut tantum esset in
potentia ad oranes particulares formas su-
scipiendas, ut censuit Abalensis. Ex hoc enim
Mosis locO'^^onstat, primitus fuisse ereatam
terram et cœlum : ergo materia primitus
creata non fait form» expers, sed particu-
lari cœii et terr» forma induta et imbuta. >
(Curs. lompl.y t. V. col. 132.)
Et les ténèbres étaient sur la face de rabtme.
Vous entendez i>ar (Ufîme la même chose
que par le terra, du môme verset, et par le
cœlun et terram du premier versot, c'est-à-
dire une masse inerte de matière diffuse. Ce
sentiment est rejeté par Cornélius à Lapide
comme nous venons de le voir. Il est en
vérité bien étrange qne Moïse ait pris tant
de détours, ait eraf>loyé tant de termes im-
f propres et qui devaient donner si longtemps
e change sur sa pensée, pour dire qu'au
commencement Dieu créa une immense
masse de matière gazeuse, chaotique, impal-
pable» qui remplissait l'espace sans bornes,
et que c'est avec cette matière élémentaire
qu'ii fit le ciel ou les astres et la terre. C'est
la fameuse hypothèse astronomico-chimique
que les panthéistes et les naturistes ont ima-
ginée pour expliquer, sans Dieu, la formation
du monde matériel. Le vulgaire des commen-
tateurs a entemlu tout simplement que les
ténèbre étaient sur la face de Vabime, c'est-
i-dire sur la face de l'abîme d'eau où \di terre
était absorbée, suivant le P. de Carrières. On
comprend qu'un abîra» d'eau ait une face ou
surface, et que cette surface soit dans les
ténèbres, mais comment comprendre la /ac«
d'une matière à Yétat de gazj de tapeurs émi-
nemment subtiles, d'ime matière divisée ju^--
m à être impalpable, jusque l'aMnihilatton?
Est-ce qu'un amas de gaz et de vapeurs émi-
nemment subtiles peuvent s'appeler un
abîme? L'atmosphère est-elle un abtme? Et
{>eut-on dire d'une matière gazéifiée jusqu*à
'annihilation qu'elle a des ténèbres ou de la
lumière à sa surface ?
Et V esprit de IHeu se portait sur les eaux
(trad. de M. Godefroy). « Nous devons dire
et nous dirons tout d'abord que, sous ce nom
d^eaux^ nous entendons la même chose que
sous le nom d'abîme, c'est-à-dire la matière
informe de l'univers. )» (P. 15.)
Ainsi le mot aquœ, les eaux, a ici exacte-
tfient la même signification qne le cœlum du
premier verset, que le terra et Vabyssus du
second verset; ctel, terre, abîme, eau, quatre
mots synonymes dans le langage de Moïse I
M. Godefroy voit partout et en tout la ma*
tière élémentaire, son hypothèse a les plus
impérieuses exigences, il ne recule devan
aucune interprétation pour y satisfaire. Le
P. de Carrières, bien plus sobrement, a tnr -
duit : L esprit de Dieu était vorté sur hs emx,
Us disposant à produire Us créatures qui]
en voulait former.
Mais que faut-il entendre pa. ces mots :
r esprit de Dieu? Plusieurs commentateurs
entendent un vent violent, un vent deDiev,
une montagne de Dieu, etc., en hébreu,
signifie un grand vent, une haute mon!a-;ne*
Presque tons les Pères veulent que ce "soit
le Saint-Esprit lui-même, ou la troisième
personne de la sainte Trinité, et l'Eglisea
consacré cette interprétation dans la Wné
diction des fonts, lorsqu'elle dit : Tu supef
ùquas foturus cas ferebaris.
Pour M. Godefroy, ce n'est ni le xent \A
le Saint-Esprit, Nous avons déjà vu trois ou
Juatre énigmes que Moïse a données à
eviner à ses lecteurs, et qui n'auraient été
devinées que de notre temps ; en voici uce
cinquième dont M. Godefroy a tout aussi
heureusement trouvé le mol que pour les
précédentes. Selon lui , par spiritut Dei,
Moise déôij^ne le calorique!!!
a Dans la cosmogonie sacrée, l'esprit do
Dieu qui se porte au-dessus des eaux , est
le principe actif de la création ; et dans cette
cosmogonie, c'est de l'action incessante de
cet esprit de Dieu, ou du principe calorifique,
que procèjent toutes les opérations de la
Sagesse créatrice, pendant les quatre jours
consacrés à l'organisation des mondes, ou
de tous les globes de l'univers. » Qu'en pense
Cornélius à Lapide? « Pro ferebatur (éM\)
hebraice est merachephet, quod teste S.
Basilio, Diodoro et Uieronymo in Quaést.
bebraic. in Genesim, est volucrum, dum
super ova et pullos quasi pendulœ leniler
agitatione alarum se librant» motitant, et
volitant (unde ArabicaBiblia babent :ro(ï(a-
bat,ulale8se gerebat, alissenhovebat:ChalààiCS
vero, insufflabat), iisque deinde incubant,
calorem aspirant , fovent et animant. Pari
modo Spiritus sanctus superferebatur, vel,
utTertull. legit, supervetlabatur àquis, non
loco aut motu, sed omnia superante ac pra-
cellente potentia , sicut superfèrtur rébus
fabricandis voluntas et idea artiQcis, inquil
S. Augustinus, 1. i jDe Genesi eut liU.y c. 7. »
{Curs. compl.y t. V, col. 133).
D'après le système d'inierprétatîoA de
M. Godefroy, voici comment les trois pre-
miers versets du i)remier chapitre de la
Genèse devraient se traduire.
1. <c Au commencement, Dieu créa la ma*
tière gazéiforme ou nébulaire dont il fit plus
tard le ciel et la terre. »
a 2. Terra autem, or la terre... impossible
de traduire ainsi ; il ny a pas encore de
terre; il n'v a que la matière nébulaire;
terra signine donc encore ici la matière
nébulaire dont la terre comme le ciel sera
faite, laquelle terre n'est distinguée et sé-
parée ou détachée de rabtme vnique don!
elle fait partie en ce moment que le deuxième
jour de la création (p. 6). — Il faudrait donc
traduire ainsi c^ second verset ; t Or, k
matière, dont la terre devait ôlre faite , était
m
WD
ET DB PÂLEdMTOLOGIE.
GOD
inmit et raetia^ c'est-à-dire à l'état nébulaire
ou gazéiforme. »
Hais c'est ce que disait déjà la premier
verset, suivant M. Go<iefroy, et d'après lui,
te verset ne peut signifier autre chose.
< Les ténèbres étaient sur la face de la
uatièrp nébulaire, et le calorique se portait
à la surlilce de cette Uiéme nïatière. »
3. « Et Dieu dit : Que la lumière soit et
ia lumière fût. »
Après avoir examiné la valeur de Tinter-
préiaiion du texte sacré pour les trois pre-
miers versets de la Genèse, au point de vtte
de riiypotlièsB de M. Godefroy, nous allons
entrer avec lui dans le domaine de la science.
Serons-nous plus satisfaits? voyons.
Llnterpréiaiion du texte sacré de la Genèse
par M. Godefroy, n'est autre chose que Tap-
pliiation des théories scientifiques modernes
a ce texte.
0 Cet ordre de création si éloigné de nos
idées et de nos conceptions (il est vrai qu'on
croit rêver en voyant celui que vous avez
inia^^iné], celle suite méthodique d*opéra-
tions successives si longtemps inintelligible,
se trouve mervei^lleusement d'accord avec
des faits qui ne devaient être connus que
dans le xix' siècle (p. Si-). »
Ainsi^ jusqu'aujourd'hui, c'est-à-dire pen-
dant 3,500 ans, on n'avait point compris et
J on ne pouvait comprendre le récit gêné-
siaciael M. Godefroy ne met pas un instant
en doute que la science moderne ne soit dé-
finitivement la science infaillible. Tout est
(rouré, tout pst découvert, tout est dit en
matière de cosmogonie, de géo^nie, de
physique, de chimie, d'astronomie, etc. Et
c;Hto merveilleuse science du xix^ siècle
n'est autre chose que ïe commentaire du
premier chapitre de la Genèse. Nous avons
TU, en effet , comme le texte sacré se plie
beureusement à cette exégèse.
Parmi les échecs récents éprouvés par ces
ibéories cosmogoniques aventureuses, nous
cTÏieronâ la résointion en étoiles d'une cer-
taine classe de nébuleuses, sur lesquelles ces
hautes spéculations s'appuyaient comme sur
ane base «pie l'on croyait inébranlable. Le
finissant télescope de lord Ross, vient de
Taire évanouir ces sortef; de nébuleuses et
de les résoudre en étoiles. 11 n'y a plus de
tiiatière nébuleuse éparse en amas divers
tians Tespace, il n'y a plus que de brillantes
«étoiles groupées aiversement dans les pro-
r4jndeiirs de l'immensité, groupes que l'on
eontinnera d'appeler nébuduses si Von veut,
mais qui n'ont rieri de commun avec la ma-
tière diffuse, formant, dans les cieux , des
9inas qui allaient se refroidissant et se con-
iensaot pour devenirdes mondes, des étoiles
nx soleils nouveaux. Aujourd'hui ces idées
^oni au nombre des chimères , et, c|uoi
fu^en aient dit quelques savants qui avaient
KUi IÀ:-<ies8U5 de superbes systèmes, l'œuvre
le la créaition est achevée et complète.
Vo vons toutefois comment M. Godefroy
>rpr*Aiaii avec les nébuleuses avant qua le
télescope de lord Ross les eût mises à néant.
« Newton avait dit, à Kl fin de son livre
des Principes, que l'arrangement si ad-
mirable du soleil, des planètes et des satel-
lites ne pouvait être gue l'ouvrage d'un être
intelligent et tout-puissant. En présence de
cette profession de foi si philosophique ,
M. Laplace déclare que cet arrangement des
planètes peut être lui-même un effet des lois
du mouvement , et que la suprême Intelli-
gence peut l'avoir fait dépendre d'dn phé-
nomène plus général. « Tel est, ajoute-t-îl ,
« suivant nos conjectures, celui d'une ma-
« tière nébuleuse éparse en amas divers dans
<i l'immensité des cieux (503). »
« Depuis longtemps \vs nébuleuses avaient
attiré toute Tattention des astronomes. Déjà
Simon Marins , en 1(512 , Huygens , en
1656, avaient signalé quelques nébuleuses ,
et Measier, en 1784, avait publié ses obser-
vations sur celte partie si intéressante des
cieux. Mais Herscliell , au moyen de ses
puissants télescopes, a considérablement
surpassé les autres astronomes dans ses dé-
couvertes. Sa publication sur la constitution
du ciel et l'organisation des corps célestes,
insérée dans les Transactions philosophiques
de 1811, est le recueil le plus précieux que
la science ait jamais Hvré aux méditations
du philosophe.
« Cet iniatigable explorateur des cieux,
qui a observé les nébuleuses pendant plus
de trente années, divise ces objets astrono-
miques en un grand nombre de classes, d'a-
près leur degré de lumière. La première
classe^ ou le premier degré, est ce qu'il ap-
pelle nébulosité obscur e, nébulosité étendue
et diffuse j nébulosité extrêmement faible, d'une
blancheur entièrement laiteuse, au il n'est pos-
sible d\ipercevoir qu'en rassemblant une /w-
miêre considérable au moyen des plus puis»
sants instruments. Dans les classes suivantes,
la matière nébuleuse passe à un état tou-
jours de plus en plus lumineux, jusqu'à ce
qu'elle arrive à la forme dite planétaire,
« Ces gradations successives qui s'obser-
Ventd'un groupe à l'autre, rendent extrê-
mement probable, disent les astronomes, I4
conclusion à lajjuelle on est naturellement
conduit, que chaque état de la matière nébu-
leuse résulte de la condensation de cette
matière, qui, dans son état complet de dif
fusion, ou d'invisibilité absolue, remplissait
originairement tous les espac- s célestes.
« Conformément à ce haut point de vue,
notre ciel, où toutes nos étoiles* n'étaient
dans Torigine qu'une seule et même nébu-
leuse, que la condensation a transformée en
une multitude de systèmes distincts, plus
ou moins indépendants.
n Dans sa Cosmogonie, H* Laplace ne
s'explique pas sur la division dé cette im-
mense nébuleuse en groupes séparés. Il ne
s'occupe que de la formation de notre sys-
tème solaire déjà détaché des autres systè-
mes, et qu'il assimile, dans cet état, à l'un
de ces a$tre$ problématiques connus en l^« ;
(509J Es^poêitivn du système du monde, p. 395, 5* édiUon.
«87
GOD
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
GOD
€8S
Irooomie sous le nom d'étoiles nébuleuses.
«*Le soleil, dans son état primitif, ressem-
er blait aux nébuleuses que le télescope, dit-
« il, nous montre composées d'un noyau
«r plus ou moins brillant, entouré d'une né-
« bulosité qui, en se condensant à la surface
« du noyau, le transforme en étoile. »
a Nous reviendrons , lorsqu'il en sera
temps, sur ce qu'il y a d'inexact dans cette
exposition. Nous n'avons besoin présen-
tement que de connaître Tétat originel
de la matière constitutive de tous les
corps de l'univers. Or, sur ce premier point,
mais sur ce premier point seulement, la
doctrine du savant géomètre est absolument
la même que celle de nos physiciens et de
nos astronomes.
«c Si l'on conçoit , par analogie , toutes les
« étoiles formées de cette manière, continue
« M. Laplace, on peut imaginer leur, état
« antérieur de nébulosité, précédé lui-même
« par d'autres états dans lesquels la matière
« nébuleuse était de plus en plus diffuse, le
«no^au(le no^au problématique) étant de
« moins en moins lumineux. On arrive ainsi,
« en remontant aussi loin qu'il est possible,
«r à une nébulosité tellement diffuse, que
n Ton pourrait à peine en soupçonner l'exis-
« tence (506),» c'est-à-dire, pour reproduire
les propres expressions d'Herschell citées
par M. Ampère, c'est-à-dire que la matière
dont les mondm sont composes était d'abord
à tilat gazeux (507).
« N'est-ce pas là évidemment celte matière
vide et vaine^ invisible et incomposée^ celte
matière impalpable et divisée jusqu'à Vanni-
hilation^ que Tau teur inspiré de la Genèse
nous représente comme la matière constitu-
tive du ciel et de la terre? N'est-ce pas là ce
quasi-néant, ce vide ténébreux^ dont l'intelli-
S[ence humaine ne saurait ni sonder la pro-
ondeur à cause de son immensité, propter
profunditatem vastissimam^ ni concevoir la
nature à cause de son informité, propter
ipsam informitatem? »
Nous n avons pas à nous occuper de cette
comparaison que l'auteur établit entre la
première classe de nébuleuses on nébulosités
étendues et diffuses^ nébulosités qui n'existent
que dans le cerveau de quelcfues savants, et
sa matière nébulairc primitive, désignée
avec la clarté que nous avons signalée dans
les premiers versets de la Genèse. — Voy.
NÉBULEUSES.
Après avoir cité un passase de Herschell le
fils, sur les nébuleuses, M. Godefroy ajoute :
n Bientôt nous suivrons l'illustre astro-
nome dans son développement du magnifi'
que problème^ comme il l'appelle. 11 nous
suffit présentement de savoir que la science,
proclame que les vraies nébuleuses ne font
naître l'idée d'aucune étoile, et que l'exis-
tence de la lumière est antérieure à la for-
mation des globes lumineux; car les astro-
nomes ne mettent pas plus en doute la trans-
formation future des nébuleuses en étoiles
/S06) Exposition du système de monde^ p. 410 et
(507.) Théorie delà terre t Revue des Deuo^Mondes^
que Vétat antérieur de nébulosité de$ étoiles
existantes (508). »
Ces astronomes là ont une foi robuste
qui ne le cède qu'à celle ^e M. Godefroy a
mise en eux.
« Mais, remarquons- e bien , ce n*est pas
seulement dans cette production de la lu-
mière avant la formation du soleil et des
. étoiles que la cosmogonie de Moïse est si
digne de toute notre attention. Ce qui étonne
encore , c'est de voir l'historien de la créa-
. tion nous parler des opérations de la nature
Îui ont préparé la naissance de la lumière,
a matière créée était vide et vaine , impal-
pable et divisée jusqu'à l'annihilation, et
des ténèbres universelles régnaient sur la
face de l'abîme. Cependant le principe calo-
rifique, jusque-là confondu dans la masse
moléculaire, sedégageait, s'envolait au-des-
sus de l'abîme, qui se condensait, qui se
liquéfiait, SUPER aquas: l'Esprit de Dieu, un
principe mystérieux, se portait au-dessus
de l'abîme fluide pour vibrer à sa surface.
Et c'est alors qu apparaît la lumière : Et
FAGTA EST LUX. >»
La masse moléculaire , divisée jusqu^ à V an-
nihilation^ renfermait du calorique {Spiri-
tus Det), ce calorique se porte à la surface
de l'immense masse [ferebatur super aquas)
et devient lumière (et facta est lux). Cette
incommensurable masse , d où devaient sor-
tir notre système solaire , toutes les étoiles
et tous les systèmes d'étoiles ou nébuleuses
connues et inconnues, avait un dian;4t7«
qui effraye l'imagination En vertu de quelle
loi le calorique se portait-il à ^a surface?
où allait-il ? y a-t-il aujourd'hui une déper-
dition de calorique à la périphérie du soleil,
des étoiles? Il vous faut une condensation,
une liquéfaction ; pour cela vous admettez
un dégagement de calorique; mais a-t-il pu
y avoir réellement un pareil dégagement?
vous l'affirmez le plus gratuitement du
monde. Le dégagement de calorique tous
amène à un dégagement de lumière; celte
lumière pour vous, c'est le calorique qui
entre en vibration à la surface de la masse
fluidiforme. On ne voit pas la raison, dans
votre système , de votre appréciation de la
sublime parole : Dixitque Deus : fiai lux^
et facta est lux. « Lan^a^e solennel et tout
divin, dites- vous, mais Tangage significatif ,
parce que la lumière est le premier produit
de la création. « L'existence de la masse
moléculaire , dans les dimensions que vous
savez, était pourtant un assez joli produit.
Et le calorique donc? 11 n'y en avait pas
mal , je suppose.
M. Godefroy nous fait l'honneur de rap-
peler une appréciation que nous avons por-
tée sur la théorie astronoraico-chimique que
ff beaucoup d'esprits du premier ordre,
disons-nous à la page 273 de la S' édition
de notre Nouveau Traité des sciences géoto-
giques , appellent grande et simple. » Sans
doute, pourvu que l'on rejette la cosmogonie
1" juU. <855.
(508) Expoi^du sffUhne du monde^ *i. S96
GOb
El DE PALEONTOLOGIE.
COD
C9v
et la gëogénie au-delà du secono verset du
i>reniier chapitre de la Genèse ^ comme Ta
lait Villustre Buckland , etc. , et qu ou ne
s*ayise pas de traduire le texte sacré par la
nomenclature physico-chimico-astronomi-
3ue moderne , nous sommes prêt à applau-
ir à tous les efforts que l'on tentera dans
ce but élevé , di^ne des plus hautes intelli-
gences. Nous ne blâmons que les interiiré-
tatiOQS violentées, tourmentées* absurdes,
données au texte de la Genè$e pour y trou-
ver les théories si incertaines, si téméraires,
si mobiles , d'une science aussi orgueilleuse
qu'impuissante.
M. Godefroj revient à sa masse gazeuse
et à son calorique (Spiritut Dei).
< Le calorique est hypothétiquement con-
sidéré comme un fluide dont la distribution,
en proportion diverse parmi les molécules
de la matière pondérable, constitue les trois
formes générales : gazeuse, liquide et solide.
Nous sommes conduits, de la sorte, à envi-
sager la chaleur comme la puissance pri-
mordiale et modératrice de l'univers, et
comme le principe sur lequel repose la
constitution immédiate de tous les corps de
la nature. Si nous ne sommes pas encore
autorisés à prononcer des décisions do^a-
tiques sur la nature abstraite de la chaleur,
si son essence est encore un mystère, nous
savons du moins d'une manière certaine, et
c>st tout ce qu'il nous imnorte ici de sa-
voir, que les liquides renferment plus de
calorique latent que les solides, et les gaz
pius que les liquides, et que le passage des
gaz à l'état liquide ou solide est toujours
accompagné d'un prodigieux dégagement de
caloriqne qui se répana à la surface ou sur
les corps environnants. La simple condensa-
tion suffit è la production de ce phénomène,
eomme le montre Texpérience si connue du
briquet pneumatique, où la compression
semble exprimer et chasser, hors ae l'air
froid, son approvisionnement latent de cha-
leur et de lumière. On a expérimenté qu'une
condensation d*air au cinquième de son vo-
lume produit une chaleur d'ignition. Il nous
sera donc {lermis aujourd'hui de voir dans
cette première condensation de la matière
gazeuse de la création la première m/vnifes-
tation de la Sagesse créatrice, ou l'exécution
de ce premier ordre du Créateur : Que la
LUMifcBE sorr. •
Si le texte sacré a beaucoup k se plaindre
de la théorie qui lui est appliquée ici, la
vience, de son cAté, n'aurait pas moins à
dire. Vous admettez du calorique dans votre
masse gazeuse; mais pourquoi voulez-vous
Ju'il se porte k la surface? Son action est de
ilater indéfmiment, s'il y est en excès, cette
immense masse de gaz dans le vide qui l'en*
TiroDoe. Pour, qu'il y eût condensation et
dégagement dé caloric[ue et de lumière, il
faudrait une compression. Et d'où viendrait-
elle ? 11 n*y a que le vide en dehors de la
matière moléculaire, et par conséquent dila-
talatioD indéfinie ou jusqu'à équilibre de
<li$tribution de calorique entre les matières
à rétat gazeux. Vous faites du Créateur un
chimiste qui n'y entend rien.
M. Godefrov achève de traduire le texte
qui concerne l'œuvre du premier jour :
« Dieu vit que la lumière était bonne, et
il sépara la lumière d'avec les ténèbres. Il .
donna à la lumière le nom de jour, et aux !
ténèbres le nom de nuit. Et du soir et du
matin se fit le premier jour. »
M. Godefroy ne fait aucun commentaire
sur la première partie de ce texte. 11 nous
semble pourtant qu'il eût été convenable de
s'expliquer sur cette séparation de la lu-
mière d'avec les ténèbres. Cette séparation
est une œuvre du Créateur qui appartient au
premier jour. Qu'est-ce que cette sépara-
tion? Nous ne voyons, dans l'hypothèse de
M. Godefroy, qu'une masse gazeuse incom-
mensurable, à la périphérie de laquelle il
affirme qu'il ^ a de la lumière ; soit. Mais,
encore une fois, comment le Créateur sépare-
t-il cette lumière d'avec les ténèbres? Nous
ne voyons que de la lumière, et cet état de
chose dure au moins pendant toute la pre-
mière époque; car, pour M. Godefroy, les
jours génésiaques sont des époques.
Dieu donna à la lumière le nom de jour,
et aux ténèbres le nom de nuit. Jour ici ne
doit pas signifier époque; c'est impossible»
évidemment. Que signifie-t-il? Un jour de
24 heures? Mais comment était-il mesuré»
je vous prie? expliquez-vous. La nuit aussi
est mentionnée par opposition au jour. Il
est donc question ici d un jour et d'une nuit
ordinaire? Si ce n'est pas cela» qu'est-ce
donc?
M. Godefroy passe outre, et entame une
discussion sur ta valeur des jours génésia-
3[ues. Nous en renvoyons l'examen à Tarticle
OUAS PERIODES.
Passons à l'œuvre du second jour. « Dieu
dit aussi : Que le firmament soit fait au mi-
lieu des eaux» et qu'il séparejes eaux d'avec
les eaux,
Dixii quoque] Deus : Fiai fhrmamentum m
medio aquarunif et dividai aqua$ ab aquis.
[Gen, I, 6.)
<« Et c'est au centre de la masse molécu-
laire de la création, c'est au milieu des eaux
sur lesquelles la lumière vient remplacer
les ténèbres de labtme du premier jour»
que Dieu fait le firmament pour constituer
le ciel du deuxième jour. Et fecit Deus /Ir-
mamentum^ dirisitque aquas quœ erant sub
frmamento ab his quœ erant nsper firmu"
mentum: et factum est tia, voeavitque Deu$
firmamenium ealum ; et factum est vespere et
mane dies secundus. {Gen. i, 7, 8.)
« Dans les fastes de la science humaine»
comme dans le récit de la révélation divine,
un mot présente d'un seul trait l'ensemble
de tous les faits en système céleste. Si nous
interrogeons les savants, ils nous diront
qu'une même force constitue l'essence de
tous les corps, produit la stabilité de tous
les êtres, attache et resserre la matière de
tous les globes, lie toutes les sphères entre
elles, et les retient chacune dans sa forme
spéciale. Ils nous diront que, semblable k
• » 4 '
6M
GOD
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
çop
m
une chaîne immense, celte puissance indé^
finie s'i^tend h toute Tirnukensité de Tespace,
({u'elle embi'asse toutes les parties de la
matière, que par elle enfin tout est lié, coor-
donné et mis CD harmonie avec une sa-
f^esse, une régularité et une constance qui
irappartienneot qu'à Dieu même.
Dieu parle, et le cbaos se dissipe à sa voix :
Vers un centre commun tout gravite à la fois.
Ce ressort si puissant, Tàme de la oalure.
Etait enseveli dans une nuit obscure ;
Le compas de Newton, mesurant Punivers,
Lève enfin ce grand voile, et les cicux sont
to">'«rls (509).
tf Telle est la force mystérieuse que ia
science humaine désigne par le nom d'at-
traction, de pesanteur, de force centripète,
de gravitation universelle ; et que, dans son
religieux enthousiasme, elle proclame « le
o chef-d'œuvre de rintelli^ence créatrice et
^ l'objet éternel de ladmiration des auges
« et des hommes (510). »
« Mais cette force inconnue qui préside à
l'organisation du ciel, celle force qui sert
de lien et de support à tout iuntvers maté-
riel (511), le livre divin l'avait appelé ce gui
affermie^ ce qui consolide^ ce qui solidifie,
ou simplement eirmamemt, firmamentum. »
(P. 30 et suiv.)
Les commentateurs jusqu'ici ont émis sur
le sens de ce mot des opinions bien diffé-
rentes. Les uns, parmi lesquels il faut ron*
ger saint Augustin, pensent que le firma-
meut est la moyenne région de Tair, inter-
posée entre les eaux supérieures ou les
nuages et les eaux inférieures , celles des
fleuves, des sources, elc. Les autres, et ceux-
ci sont les plus nombreux, disent que le
firmament dont parle ici &toïse, est le ciel
étoile et tous les globes célestes qui sont
dans son voisinage au-dessous comtue au-
dessus, jusqu'au ciel empyrée. Hœc est^ dit
Gornëlius à Lapide, communis Patrum sen-
tentia^ Philonis, Josephiy S, BasiUi, Ain-
brosiiy Procopii, Theodoreti, Chrvsostomij
Btupnrtiy Gennadii ét'&sverianii in Cat. Gra3-
corum, Hilarii in Psal. cxxxv, Btdm kib. De
Nat. rerum, iusidni, q. 98, Augmt, Hb, ii
De Ci vit. D., cap. ul^, et Jam. OnAelt, Ole-
astri , Lipomani , Molinœ et aliorum multo-
rum. (Curs. compl.y t. V, col. IW.)
Citons M. Godefroy : h Pour nous, dit-il,
BOUS a(>puyaDt sur le texte primitif, sur la
traduction des Septante, sur toutes les ver-
sions anciennes et sur presque toutes les
Tersions modernes, nous entendons ces ex-
pressions de la Genèse, fiât firmainenlum in
medio aquarum^ et factuni est itafiniuunentum
cœlum, nous entendons ces expressions,
d'une force centrale imprimée à la matière
fluide de la création et de l'universalité des
phénomèaes qui en sont réi^ltés. Et, ce que
nous entendons, nous l'exprimons ainsi :
« Qu'il y ait faisant tehma ferub au cen-
tre, firwàmentam in média ; qu'il y ait una
force centrale qui affermisse, qui condense
les eaux de l'abtme, et qn'en les condensant
elle les divise, ûat firmamentum in média
aquarum et dividat c^uqs ab aqui$ ; et Dien
donna au firmament, mais au firmament
A1.NSI FAIT , factum est iia, au résultat de
l'opération du firmament, ou à l'ablo*^ ju
premier jour ainsi condensé et divisé , le
nom générique de ciel, et factum est ita^tO'
cavitque Deus firmamentum cœlum,
a C'est-à-dire que la matière fluide de la
création, placée sous l'infiuence de la force
centrale, se condensait et se consolidait, et
que parle fait même de cette condensation,
ces eaux de l'abîme unique du premier jour
se divi-saicnl en agglomérations distinctes,
en aliîmos distincts et séparés^ pour coti-
stiluer le ciel ou les divers systèmes cé-
lestes, r
Nous aurons à revenir plus loin sur ceiie
hypothèse d'une force centrale et de cette
division de l'abîme unique en aggloméra-
tions distinctes. Nous nous bornerons ici à
quelques observations.
Le firmamentum, c'est l'attraction.
V^oici donc, (raj)rès les idées de M. Gode-
froy, comment il faudrait traduire les 6' 7*
et 8' versets :
« Que raltraclion soit faite au milieu de la
masse moléculaire, et qu'elle sépare la masse
moléculaire de la masse moléculaire.
« Et Dieu fil l'attraction, et il sépara la
masse moléculaire qui était sous l'attraction
de celle qui était au-dessus de l'altraction.Et
cela se fil ainsi.
« Et Dieu donna à l'attraction le nom de
ciel. Et (lu commencement à la fin se fit la
seconde époque. »
M. Godefroy avance que la traduction des
Scptanlo, toutes les versions aaciennes et
presqtie toutes les versions modernes, en-
tendent ))ar firmamentum une force centrale.
Nous avons vu plt^s haut qiHl n'en est rien.
Cornélius à Lapide s'en explique ainsi : 5i-
CHti œs (Ixiiâum fundendo atstenditur et con-
dcnsatur, ita hic aqua densaia in cQ*h$, ror a-
tur grœce oT'Tùi'^iUK, /an'rie firmamentum ; est
enim firmam'enium qtuisi murus in medio
aquarum, id est, inter duas aquas, superaj
scilicét et inféras iriterjectus, easque ab twrf-
cem dispescens et coércens, { Curs, compl.*
tora. IV, col. 142.) Et plus loin ; Verum dico^
firmamentum esse cirlum stetlàtum , omnesque
orbes ealestes illi vicinos, iam inferiores quam
superiores usque ad empyreum.
Il produit ensuite cinq principales raisons
è l'appui de ce senti meut, t^a cinuuième est
celle du sentiment comaïun des Pères que
nous avons cités plus haut. Tous les com-
mentateurs entendent donc du ciel le fi^c-
mentum du second iour, ainsi que le texte lo
dit formellement. 11 n'est donc pas exact d'a-
vancer que les ver^io^ permettent de tra«
duire firmameiptum par je ne sois quelle fûrce
centrale ou faist$nl tenir ferme an cetiire,
Îui n'était encore venu jusau'ici à l'espril
e personne.
(509) Voltaire, Elém, de la phiios. de Newton.
/510) Syst. du monde, par L\mrkrt.
(,M1) Discours $ur l'élnde de ta pMo^hie «al.,
«95
GOD
ET DE PALEONTOLOGIE.
GOD
e»4
M. fiodefroy est ooligé de placer sa force
(enirale^ ou ]*aUractioii , au milieu de la
ina^se rooléeola re, m médio aquarum; mais
Uoïse ajoute que ce firmament est destiné à
s/prrer les eaux des eauTj ou la masse molé-
culaire de la masse moléculaire. Si le prma-
mentum est faUraction au centre^nous com-
prenons que cette force centrale condense
toute la mas.^e moléculaire en un î^iobe» mais
nous ne pouTons comprendre ouVile la se-
iiare en deux parties ou deux gloltes, qu*elle
la divise eu agglomérations distinctes. Qu*ou
lasse intervenir p<iur cela la puissance du
Créateur, je le veux bien ; mais alors qu^on
n^invoque pas la science dont les lois sont
tout opposées aui effets qu'on veut obtenir
ici.
Le septième verset devient complètement
inintelligible. Qu*est-ce que séparer la ma^se
moléculaire uni était au-dessous de la force
centrale, de la masse moléculaire qui était
au-dessus de celte même force? Qu'est-ce
qu'une force qui a un dessous et un dessus?
Le huitième verset est également travesti
d'une manière bizarre : Vocatiique Deus fif-
«a/fien/um cœlum^ et Dieu appela ciel Tat-
traf lion ou force centrale. Mais dans Tinter-
préîation de M. Godefroy il y a deux firma-
ments, la force centrale de la masse au-des-
sous et la force centrale de la masse au-des-
sus, afirës la division en deux de la masse
unique primitive. Et cependant Dieu ne
l»arle jamais qiie d'un firmament qu'il nomme
eitL Dans la Bible, c*est évidemment le fir-
marnent qui est fait ; dans II. Godefroy, c'est
le firmament lui-même qui opère.
Quoi qu il en soir, le firmament est resté
synonyme de cff/ , dans le sens de la voûte
apparente au-<lessous de laquelle nous voyofis
se mouvoir les corps célestes, et c'est une
étemelle protestation contre le sens étrange
donoé à ce mot par M. Godefroy. CœU enar^
rami gloriam Dety et opéra manuum epu an-
uuntiat firmamentum.
n Ce que nous voyons dans le livre de$ gé--
méraiions du ciel et de la terre ( Gen. ii, 4),
leote la tradition, dit M. Godefroy, l'a vu
arec nous ( page 65 ). » Nous avons yu ce
qu*ii en est de ces assertions audacieuses.
« Sans doute, ajoute M. Godefroy, nous
sommes loin de prétendre qu'il n'y a pas
beaucoup de va^e, d^incertitude, et sourent
flitaie beaucoup d'inexactitude dans les ex-
plications de ces anciens interprètes sur cette
canse efficiente de tout ce qui existe, sur ce
firmament du deuxième jour qu'ilsappellent,
tes uns le cordon ombilical du monde, le mi-
lieu des eboses ; les autres, le mystère du
sein maternel, l'enfantement de la niture
(saÎDl Emasif, in G en.). Sans doute tous ces
interprètes n'ont pas saisi dans tous ses dé-
veloppements la grande loi qui a présidé à
Tofi^nisation des mondes... Mais nous de-
vons eonstater qu'ils ont reconnu que le fir-
nament de l'hébreu, dans sa signification
C'witire et radicale, exprime l'action d'af-
mir et de solidifier ce qui était aupara-
vant rare et fluide. Firmamentum keoraice
THOtur EAKii, cujui radix eaka tigm^ficat
firmare ac solidare rem aliquam quœ pnu$
fluida erat et rara.» (Curs. compl.^ t. V.j
Oui, nous reconnaissons que les commen-
tateurs admettent que firmamentum dérive
en latin comme en grée et en hébreu d*un
mot oui signifie affermir^ solidifier; mais
assurément il ûe s'en suit pas du tout qu'ils
y reconnaissent l'attraction. Ils n'y voient
que le ciel étoile, comme nous l'avons mon-
tré plus haut.Et cela est si vrai, que l'auteur
du commentaire auquel vous empruntez la <
citation que vous venez de faire admet, avec
Procope, Théodoret,Bède, saint Jusân etl>aau
coup d'autres , qu'au-dessus du firmament
fait le second jour, ou ciel étoile, sont les
eaux supérieures, véritables eaux^et qu'elles
sont là pour beaucoup de raisons qu'il énu-
mère, et que nous n entreprendrons pas de
discuter ici. Le lecteur les trouvera à la co-
lonne m du tome V du Curs. compL publié
par M. l'abbé Migne. Ce qui nous suffit en
ce moment, c'est de constater que vous êtes
en flagrante contradiction avec ci^tte tradition
sur laqnelle vous prétendez vous appuyer.
M. GcHlefrov, après a\oir interprété divers
passages de l^Ecriture et des commentateurs
avec le même bonheur quHl a interprété le
texte de la Genèse, résume ^insi la concep-
tion de son imagi native :
« L'opération du deuxième j tnr est ropéra-
tion par laquelle le Créateur tonne la forme
à la matière; et cette formation de l'univi^rs
matériel est proclamée l'ouvrage du firma-
ment. Dans cette architecture céleste, les
masses stellaires et planétaires, les mondes
et les systèmes de mondes sont également
oompris. La terre n'est point nommée dans
la dédicace de l'édifice de la création, parte
que le soleil, la lune et les étoiles ne sont
Kint nommés dans cette dédicace. Les glo-
s célestes et le globe terrestre ne sont pas
encore nominativement distingués, parce
que cet édifice , ouvrage du firmament , est
un tout uniforme dont chacune des parties ,
modelée sur le même patron et assujettie à la
même loi, n'a encore rien de distinctif. La
terre n'est point nommée, et les astres, oui
constituent le ciel, ne sont point nommés ,
Krce que le ciel du deuxième jour comprend
iniversalité des choses créées , parce que
ce ciel du deuxième jour est le ciel du fir-
mament, l'ouvrage tout entier du firmament,
l'introduction de la forme dans la matière
créée, ou la formation de la création en-
tière i^
Ainsi, il est bien entendu que toute ce4e
œuvre du deuxième jour n'est qu'une ébau-
che, et qu'aucun des mots dont se sert Moïse
dans ce récit du second jour comme dans ce-
lui du premier, n'exprime rien de ce qu'il
paraît exprimer.
Après avoir emajé si malheureusement
de traduire les sixième , septième et hui-
tième versets du i" chapitre ce la Genèse par
le roman cosmogonii^ue de Laplace, M. Go-
defroy présente les iuées herschéliennes sur
la nature deb nébuleuses, et analyse les ima-
ginations des astronomes sur ce snjet. M. Go.
defroy veut qu'à l'origine du monde , il n\
«Ô5
GOb
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
GOD
PS^
M
ait eu qi^^me incommensurable nébuleuse,
divisée par l'altraction en nébuleuses secon-
daires ; il prétend le prouver par le texte
de TEcrilure, et le confirmer par ce qui
s*est dit et écrit depuis Herschell sur les
nébuleuses, lesquelles, comme on sait, sont
devenues nulles aujourd'hui, de probléma-
tiques qu'elles avaient toujours été (Voy, l'ar-
- iticie Nébuleuses] : c'est là aue nous discu-
' terons les idées de M. Godeiroy, de M. Mar-
cel de Serres, etc.
M. Godeiroy passe ensuite à la formation
des planètes et du soleil. Le mouvement gy-
ratoire imprimé à la nébuleuse d'où doit sor-
tir tout notre système planétaire , détache
successivement des anneaux à Téquateur de
ce globe nébulaire ori^^inel. De là le soleil et
• les planètes. Voy, PLàNÈTES.
A Torigine, c'est-à-dire aux temps décrits
par les premiers versets du i" chapitre de la
Genèse^ ou autrement à la première époque
génésiaque, il n'y avait qu'une masse uni-
que dont les éléments devaient constituer
tous les mondes existant aujourd'hui dans
l'espace. Il a fallu faire au second jour la
part des cieux, qui dut être la grande part,
et la part de notre globe terraqué. C'est ce
que dit Moïse par les eaux en dessus du fir-
mament et les eaux en dessous de ce même
firmament. M. Godefroy veut que ce soit le
firmament, c'est-à-dire l'attraction qui ait
fait ce partage. Il suppose, dans la masse
> immobile des éléments originels, d'innom-
brables centres d'attraction, de manière que
chaque masse particulière se condensait sur
place, en agglomérant les molécules qui se
trouvaient dans les limites de sa sphère d'at-
traction, et s'isolant ainsi des masses voisi-
nes. Qui est-ce qui détermine ces centres
d'attraction? aucune loi connue. M. Gode-
froy imagine cela pour la commodité du sys-
tème. Mais il y a dans le texte : Fiat firmor
tnentum in medio aquarum et dividat aquas
ab aquis. Or, le firmament c'est l'attraction,
les eaux sont la grande masse moléculaire.
Il faudrait être bien difficile pour ne pas ad-
mettre comme conséquence d'une interpré-
. tation aussi lucide qu'il s'établit des cen-
tres d'attraction dans ladite masse primi-
tive.
Voilà donc l'attraction, ou mieux encore
le faisant tenir ferme au centfe^ suivant la
traduction nouvelle du firmamentum par
M, Godefroy, qui divise en agglomérations
infinies la masse moléculaire originelle; si,
à présent, vous tenez à arranger le septième
. verset avec ce procédé cosmogonique , vous
vous en tirerez comme vous pourrez.
Et fecit Deus firmamentum^ divisitque
aquas quœ erant sub firmamento^ ab his quœ
erant super firmamentum. Qu'est-ce que di-
viser les eaux , c'est-à-dire les aggloméra-
tions de matière nébulaire qui étaient sub
firmamentum^ c'est-à-dire au dessous de l'at-
traction, d'avec les eaux ou agglomératioiis
de nMttière moléculaire quœ erant super fir-
(Sit) Version des Septante (itc irvvotyi^ynv fuov ).
(515) Le sens que présente PHébrea n'est pas res-
treint et limité comme celui ottert par la Yulgate.
mamentum^ qui étaient au-dessiis deVatlrac-
tion?
Quoi qu'il en soit , pour M. Godefrey,
l'agglomération au-dessous de l'altraction,
c'est notre globe terrestre, comme nous al-
lons le voir dans le chapitre suivant.
Avant de passer à 1 œuvre du Iroisième
jour, M. Godefroy nous donne ses idées sur
l'origine des comètes, des nébuleuses el sur
la formation des planètes et du soleil de no-
tre système. Nous renvoyons aux articles
Comètes, Nébuleuses, Plâhètes, Soleil.
Arrivons au récit du troisième jour géné-
siaque. M. Godefroy le commente de la ma-
nière suivante :
« Le troisième jour, les eaux délachtede
l'abîme originel pour être en firmamenl au-
dessous, constituent une masse unique, une
conglomération unique ; et c'est du scinde
cette conglomération unique sous le ciel
que surgit le globe déjà consolidé de la
terre.
« Les deux premiers jours, la lumière T^
nait remplacer les ténèbres sur la face de
4'ablme de la création, tandis que le firma-
ment agissait au centre de ce même abîme
qu'il divisait en abîmes distincts et sépara.
Mais voici qu'il nous est révélé que, sous le
ciel, il n'y eut qu'un seul abîme; que les
eaux en firmament au-dessous constiluèrenl
une seule et unique conglomération, ooe
congrégation unique, une syti agogue niçrs;
et que le globe terrestre, appelé ici \im^
fut le produit du firmament , t^ii au ifito
de cet abîme unique sou» le ciel : I^Wtero
Deus : Congregentur aquœ^ quœ sub céo iwiij.
in locum unum (m congregationem uwcm, w
synagogam unam) (51 2J : et apmreol orido.
Et factum est ita (Gen. i, 9] . « Alors Dieu dil:
« que les eaux sous le ciel n'occupent qu un
tf seul lieu, et que les eaux ne forment socs
« LE ciel (513) qu'une seule congréxato
« qu'une synagogue unique; et que la»
« apparaisse. Et il fut fait ainsi.»
« Dans le récit de l'œuvre du troisièffle
jour, il n'est plus question que des eaux m
firmament au-dessous ; et c'est du milieu*
ces eaux séparées des eaux en firmamenla*'
dessus , c'est du nilieu de ces eaux sous »
ciel que le noyau solide, le ferme, apparwt^
Mais remarquons qu'il est spécifié que '^
éléments séparés des éléments du ciel inm
conOnés dans un seul lieu, pour ne compost
qu'une seule et unique agglomération, ub«
synagogue unique, in locum tinum, in *iNJ"
gam unam. Moïse, dont la mission spécia)'?
était de nous révéler les origines du globeQO«
nous habitons, ne nous parle que de lag'!^
mération de ces éléments sous-célestes. S4|S
en notant que les éléments qui ne sont pas i<^
éléments du ciel furent con^^lobés en sToa-
gogue unique, pour n'occuper quun>«C'
lieu sous le ciel, pour ne constituer (i^^^
seul système sous-célesle , fl nous donne «
entendre qu'il n'en a pas été ainsi pour i^*
éléments constitutifs du ciel, pour les «i*^"
Dans l'orî j;inal il n'y a point de proposition iac^»!^
Texpression sub cœlo n*esl point Siccom^sfi» •■
mots qnœ stmt, ((Godefroy.)
697
GOD
ET DE PALEONTOLOGK.
GOD
ments qui composent le firmament du des-
sus, altitudmii firmamentum^ le firmament,
qu'il appellera bientôt le firmament du ciel,
frmamenium cœli. Cette épithëte ou cette
dénomination de coni;lomération unique ap-
pliquée au firmament du dessous, aux eaux
constituées en firmameht sous lb ciel, par
opposition au firmament du dessus, aux
eaux constituées En fibmamettt d'eti haut,
Et FiBMAifB5T DU CIEL, ccttc quallficatiou
distinctive n'a plus aucun sens, du moins
dans^sa signification relative, si elle ne sert
à. marquer une différence essentielle dans le
mode f l'agglomération ; si elle n'indique qu'à
Topposite des choses terrestres ou des élé-
ments sous le ciel (51^), les choses célestes
ou les éléments du firmament du ciel ont
constitué une infinité d'agglomérations dis-
tinctes dans l'immensité de l'espace.
« Mais Toici qu'en même temps il nous
est révélé que les éléments qui englobent
l'aride ou le noyau solidifié de la terre sont
les éléments qui composent aujourd'hui tou-
tes les mers du globe, au milieu desquels
s'était effectuée cette solidification du globe
terrestre. Voici qu'il nous est révélé que
ces eaux extérieures du troisième jour sont
les paux de toutes les mers et de tous les
fleuves, qui passent, à leur tour, de l'état de
Tapeurs a l'état d'aggrégation , de condensa-
tion, en se déposant à la surface du globe
terrestre solidifié le deuxième jour, à la
surlace du globe terrestre fah* firmament
▲c MILIEU DBS BAUX : Et vocavU Deus aridam
ierram, eongregaiionesque aquarum appel-
tmcit maria : n Et Dieu donna à rélement
m aride le nom de terre ; puis il donna le
« Dom de mer aux amas des eaux, aux con-
« eréjgations des eaux. » Ainsi se termine la
relation historique de la première partie de
Fceuvre du troisième jour» avec la formule
sacramentelle ordinaire : « Et Dieu vit que
« cela était bon : Et vidit Deus quod e$$ei
banmm { Gen. i, 10). v
« Ici nous ne devons nous occuper que de
ce qui est relatif à la constitution jihysigue
du êlobe terrestre. Or, sur ce premier point,
seul accessible aux investigations de la
science, sur le double phénomène de la con-
densation des eaux à la surface de la terre
et du surgissement de cette surface au-des-
sus de son enveloppe liquide, il n*^ a plus
et il ne peut plus y avoir qu'une voix parmi
les savants. Toutes les toéories modernes
amènent à cette conclusion, qu'à cette épo-
aue les eaux de toutes les mers et de tous les
enves étaient tenues en diss<tlution dans
Falmosphère, qui devait occuper une grande
étendue autour de la terre ; que les eaux
sont le dernier produit de la condensation
de la matière originelle ; que ce ne fut qu'à
la dernière épajue, ou après l'entière soli-
dification de la surface du globe terrestre,
que les eaux, jusque là retenues à l'état de
vapeurs, purent enfin se condenser et se dé-
poser à cette surface
« Les eaux du troisième jour s*agglomé-
rèrent dans un seul lieu, pour ne constituer
qu'une seule conglomération ; et c'est du
sein de cette conglomération unique sous le
ciel que surgit ensuite le globe déjà conso-
lidé de la terre : Et appareat arida^ et roco-
tit Deus aridam terram. Puis, voici que l'his-
torien de la création ajoute qu'à l'apparition
de la terre, les eaux furent distribuées dans
les divers bassins des mers; ce qu'il ex-
prime en disant que Dieu donna aux amas
des eaux, aux congrégations des eaux, le
nom de mers, congregationesque aquarum
appellatit maria.
« Considérons tout d'abord, en n'envisa-
geant plus le récit historique que sous son
point Je vue spécial, par rapport à la terre
et à sa constitution physique, considérons
que ce précis synoptique fait état de deux
opérations distinctes et successives : de la
condensation ou de l'agrégation des eaux
élémentaires à la surface du globe terrestre
fait firmament au milieu de ces mêmes eaux;
et de révulsion de ce firmament inférieur
appelé ici élément aride, ou de l'émersion
de l'élément central consolidé dès le deu-
xième jour. Que les eaux du firmament sous
le ciel s'agglomèrent dans un seul lieu,
qu'elles ne constituent qu'une seule songlo-
méralion, in locumunum, in congrégation
nem unam ; c'est la première opération. Et
que l'élément aride paraisse, et appareat
arida ; c'est la seconde opération. La pre-
mière opération, ou la condensation des
eaux élémentaires à la surface de la masse
solidifiée du noyau central, détermine leur
nouvelle modalité ou leur liquéfaction. Et la
seconde opération, ou révulsion de la masse
solidifiée au-dessus de la masse liquéfiée,
détermine la division de cette cohorbcatioh
OHiOGE des eaux en co9i«Ré6ATiON8 multi-
ples ; dernière opération qui constitue l'état
physique du globe terrestre, d'où résultent
les dénominations distinctives de mers et de
continents : Et vocatit Deus aridam terratiHf
congregationesque aquarum appellavit ma-
ria.
« Le troisième jour, les eaux du dessous,
c'est-à-dire les eaux séparées des abîmes
f>réj)arés pour les deux, ces eaux sous cé-
estes, placées le deuxième jour sous l'in-
fluence du FAISANT TENIR FERME, COUtinUCUt
d'obéir à l'action de cette force centrale qui
agit en dernier lieu à la surface : et ces eaux
du troisième jour se condensent en s'agglo-
méraiit, congregatione spissata^ autour ou à
la surface du globe terrestre fait firmament
dès le deuxième jour, ou en même temps
que les globes célestes, etenim firmavit of"
hem terrœ^ parata sedes tua ex tune. Hais,
parce que l'agglomération de ces eaux prin-
ci[»es est la cause efficiente de leur liquéfac*
tion, parce que cette agglomération est l'o*
pération même qui détermine leur trans-
mutation en une masse aqueuse qui enve-
loppe l'aride ou la masse solide, $em
(5U; uus le siéde de Voltaire on n*aarait pas Aujoord^boi le bons sens public ferait iastice d'
.«driié de noas demander si la leire est seut lecieL paralle objection, (Godefrov.)
GOD
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
J60B
"m
longe laleque subsidens^ Moïse ne distingue
que par son universalité, il ne distingue que
I)ar sa qualification de seule et unique cette
eonglomération primitive, des congloméra-
tions qui constituent les mers ^ l'appaeitiok
DE LA TERRE.
« Avant Tapparition de la terre, les eaux
du troisième jour ordonnées pour composer
une conglomération unique sous le ciel,
ne sont pas distinguées autrement des eon-
glomérations préparées pour les cieu%; ces
eaux du troisième jour ne sont pas autre-
ment distinguées des eaux soumises le dieu-
xième jour à Faction du firmament pour la
génération de tous les cieux, ex qua abysso^
iive aqua densata atque solidata facti sunt
cœli omnes, êive firmamentum die secundo.
Mais, à ce nouvel nrdre du Créateur : Que
le ferme ap);.araisse, appareat arida, nous
comprenons que les derniers produits de
celte conglomération unique sous le ciel
sont de la même nature que les conglomé-
rations qui vont constituer les mers.
« Nous n'ignorons pas que certains com-
naenlateurs n'ont voulu voir, dans la double
Of)ération décrite ynr Moïse, qu'un seul et
même événement qui aurait mis nos conti-
nents à découvert par la retraite des eaux.
Mais rien dans la g('Ographie physique ni
dans le récit historique ne favorise celte opi-
nion. Si les eaux qui enveloppaient le globe
dans l'origine, comme le disent ces commen-
tateurs, s'étaient rassemblées ou retirées
dans un seul lieu^ comme Texoliquent encore
ces mômef commentateurs, il n'y aurait sur
toute la .«urface de la terre qu'un seul bas-
sin pour toutes les eaux ; il n y aurait
qu une seule et même naj)pe d'eau, il n'y
aurait qu'une mer unique. Et pourtant nous
voyons la surface de la terre partagée inéga-
lement eu terres et en eaux ; nous vofjrons
ces eaux former plusieurs océans ou plu-
sieurs mers extérieures, et chacune de ces
mers extérieures former, sur chaque conti-
nent, un certain nombre de mers intérieures
ou méditerrannées. Ajoutons qu'il est avéré,
en géologie, que ces mers intérieures étaient
beaucoup plus multipliées autrefois qu'au-
jourd'hui ; que dans l'origine, les mers
moins profondes qu'elles ne le sont main-
tenant, occupaient un très-grand nombre
de centres ou bassins plus ou moins res-
serrés, et souvent sans communication au-
cune entre eux. Or, l'interprétation de ces
commentateurs ne saurait être en contradic-
tion manifeste avec l'observation, sans être
en même temps directement opposée à la
lettre «lu texte sacré ; et c'est ce qui arrive
€n effet.» Cette explication n'est évidemment
qu'une subtilité.
« ]>ans le récit génésiaque, les eaux s'ag-
^louièrent ou se rassemblent en un seul
-UEu, pour ne former qu'cNE seule et même
conglomération, in locum unumj in congre-
gationem unam: et dans ce même récit, ces
eauxxsont confinées dans divers lieux, elles
forment plusieurs amas, plusieurs conglo-
MiRATiONsou plusieurs MERS : « Congregaiio-
nesque aquarum appeUapit nuirta, et il donna
le nom de mers aux amas des eaux, aux co!f-
GLOMÉRATioN DES EAUX. » Evidemment n>$
amas des eaux en des lieux différents, ou
selon l'expression originale, ces coNGRiGA-
TioNS DES EAUX, qui deviennent autant de
mers, ne sont pas le résultat du Dsssemhle-
roent des eaux dans un seul lieu, ou de leur
agglomération en une seule masse, ek ine
SEULE congrégation. Ce qu*il pouvait yairoir
d'obscur dans le 9* verset est clairement ex-
pliqué par ce qui précède et parce qui suit;
par ce qui précède, puiscjue nous sommes
avertis que ces eaux, qui s agglomèrent soos
LE CIEL, font partie des eaux élémentaires
tirées de Tabime universel du premier jour,
et condensées et consolidées dans leur milieu
dès le second jour; et par ce qui suit, puis-
3ue ces eaux agglomérées sous le ciel ne
oivent occuper qu'un seul et même Heu,
ne doivent composer qu'une seule et
même masse, une seule et même con-
grégation ; et que les eaux, dont il est
question dans le verset suivant, sont di-
visées et partagées en plusieurs masses,
en plusieurs congrégations, pour former au-
tant de mers dans des lieux différents. Il faut
donc qu'il y ait eu une opération intermé»
diaire entre cette agglomération des eaui
élémentaires en une seule congrégation
aqueuse ou en une mer universelle, et la
distribution des eaux de celte congréj^alion
unique en -plusieurs congrégations ou plu-
sieurs mers. Cette opération intermédiaire
est révulsion terrestre, ou le surgissement
de la surface solidifiée du globe au-dessus
de cette enveloppe liquide, au-dessus de
cette mer primitive.
« Cette vérité capitale rassort en toute
évidence de chacune des expressions des
deux versets de la Genèse que nous exami-
nons ici : u Que l'élément aride paraisse : »
Taride, par opposition à ce liquide univer-
sel, Télément aride, par opposition h Vi}^
ment aqueux ; paraisse : l'élément aride
n*était donc pas visible auparavant, il étai^
donc caché, couvert, enseveli, l'eau lerecou*
vrait donc entièrement; et c'est du sein des
eaux qu'il apparaît, appareat : car telle est
l'expression simple, mais sublime de Tori-
ginal. £t Dieu donne à ce nouvel élément
qui apparaît è découvert le nora de terre, et
il appelle les amas des eaux mers. Les amis
DES eaux, congregationes aquarum : il d*t
avait qu'un seul amas, qu'une seule napp^
d'eau, congregationem unam, avant TappÀri*
t.'on de la terre ; mais la terre, en apparais-
sant, en se montrant au-dessus de Vimmen-
site de ces eaux, les a divisées, et d'une
mer universelle elle en a fait plusieurs
mers, congregationesque aquarum appellovit
maria. Ce nom de mers n*est donné aux eaut
qu'après qu'elles eurent été divisées par le
surgissement de la masse intérieure, conso;
lidée dès le deuxième jour; et la terre, qui
n'apparatt qu'après la formation des eaux,
reçoit «on nom la première, parce que, avant
son ap.iarition, l'universalité des eaux n'élail
susceptible d aucune dénomination particu-
lièrep parce qu'auoune autre dénominatioa
GÛD
£T DE PALEONTOLOGIE.
GOB
\(^
}uo eelle d'amas nni'que, d'agglomération
tHTifjue ne convenait à leur universalité. »
Ainsi, pour résumer, Yaquœ d\ï9' verset
ngnilie tes eaux du dessous, mais ces eaux
du dessous, lecteur, ne sont pas les eaui
jue vous connaissez ; ce sont les eaux qui
lurent séparées des abtmes préparés pour
les deux, le deuxième jour, sous rinfluence
ju FAiSA?(iT TBNiR FERME, OU eu langage un
•>eu plus humain^ sous Tinfluence de Tat-
iractioQ. Qu'était-ce que ces eaux principes,
^mme les appelle notre auteur? était-ce
ies eaux à l'état de vapeur? Etait-ce seule-
ment les éléments dé Teau, l'hydrogène et
.'oxygène? En ce dernier cas sous quelle
.ircssion ces gaz se sont -ils combinés pour
faire de Teau?
Quoi qu'il en soit de ces questions et de
nilie autres que la physique et la chimie
30iirraient adresser à rauleur, non seulement
Ici mais à chaque pa^e de son livre, toujours
»t-il que, d'après M. Godefroy, la première
opération du troisième jour consiste à li-
{uéGer les eaux élémentaires et à les a^lo-
tnércr, congregentur^ en un seul lieu, m
ênumiocum^ c'est-à-dire en une mer uni-
r'erselle enveloppant notre globe tout en-
tier. 11. Godefroy veut que ce soit là le sens
iu •• verset.
Ce n'est qu'au f 0* verset que ces eaux, oui
^iirrent la terre enUère, sont rassemblées
tfi plusieurs con^iomérations ou plusieurs
siers ! c(mgreg€Utones aquarum.
Voyons maintenant comment les inter-^
©rèlps ont entendu ce 9* et 10* verset.
Voici la traduction du P. de Carrières :
« Dieu dit encore : que les eaux qui sont
rt^tétn sous le ciel , et qui cottwent ta face
de 4a terre^ se rassemblent en un seul lieu,
et que Félémenl aride paraisse, et cela se fil
lirssi
«^ Dieu donna à Vélémmt aride le nom de
tonre, et il appela mer toutes ces e*ux ras-
veti^blées. Et il vit que cela était bon et
conforme à $€$ desseins. »
C'est ta le »entimcnt unanime des [^Pères
ït des commentateurs.
M. Godefroy place ici quelques observa-
ions sur la formation des terrains intermé-
iiaires nu de transition, appelés paléozoi-
jues |)ar Phillips, Murchison, A. d'Orhi*
;ny, etc., et sur les soulèvements. Nous
envoyons la discussion de ces deux points
ux oQOts Jouas , p6rioi>es et Soulève-
Quant au 11' et 12* verset qui concernent
I création des premiers végétaux, voici ce
ue M. Godefroy a tma^né pour leur don«-
<?r la Itimière qui était nécessaire à leur
éTelopr nnent. Figurez-vous qu'à Torigine
t* notre système planelo-solaire, il n'y
vaitqu*un globe dun volume prodigieux,
omposé de la même manière que le soleil
'aujourd'hui, s'il -en faut croire M. Gode-
^^Y' Ainsi, cette masse globulaire primitive
t«i£ formée d'une masse moléculaire cen-
/•a/e cl'oû sont sorties, parleffet du mouve-
f//jetit rotatoire, toutes lesplanèles; et au-
•^^»a ^ de cette masse moléculaire était une
atmosphère d'une étendue immense et pro-
dijneusement raréfiée, terminée par une en-
veloppe lumineuse qui serait aujourd'hui
ce que les astronomes aprieilent la photos-
phère du soleil. La terre, lancée des flancs
du noyau central , se trouva au troisième
jour dans l'atmosphère solaire, au-dessous
et à une distance convenable de la photos-
phère qui l'éclairait et l'échaufl^ait. Voici
tout au long la théorie de M. Godefroy.
K £n revenant ainsi par les déductions de
la science moderne au récit de l'historien
de ta création, nous comprenons que Té-*
lectrisation était encore peu avancée, ou
que le fluide électrique ne manifestait en-
core sa présence que d'une manière impar-
faite, et que ses effets calorifiques éiaient
peu éner^^iques encore à la troisième épo-
que génésiaque, c'est-à-dire à une époque
où la masse centrale et l'atmosphère du so-
leil avaient encore une extension considé-*
rable. Et, puisque la théorie d'accord avec
l'observation nous ap|)rend que le plus 8ub«
til de tous les fluides exerce son empire
dans les régions de l'espace où l'air at-
mosphérique est porté au [>lus haut degré
de raréfaction qu'il soit possible d'imaginer,
nous comprenons que la terre et toutes les
planètes ont pu opérer leurs révolutions
dans un milieu qui devait être moins ma-
tériel que le vide le plus parfait de la ma-
chine pneumatique. C'est sur cette afmos**
phère primitive que se développait Tatmos-
obère électrique, ou, si on 1 aime mieux,
l'atmosphère éthérée de tout le système
planéto-solaire, en tout semblable à l'at-
tnosphère lumineuse, purement superpcielUj
de ces sphères immenses appelées nébuleu-
ses [Planétaires.
<f En tout cas, l'existence d'une enveloppe
lumineuse ou la concrétion du fluide lu-
mineux dans les plus hautes régions de
l'atmosphère solaire est une preuve toujours
subsistante de la vérité du récit de l'histo-
rien de la création, qui nous apprend qne
la lumière a brillé dans les cieux avant
l'apparition du soleil ; que la lumière est
un corps différent et indépendant du soleili
ou que, dès le premier jour, le fluide lumi-
neux fut réellement et ph^ysiquement séparé
de la matière opaque (pu compose les glo-
bes célestes : ki facta est lux^ et divisit
tucem a tenebris; et que, relativement à la
terre, le soleil ne fut environné de son au-
réole lumineuse, ou que la nuit ne succéda
au jour et le jour à lanuitau^à la quatrième
époque de la création : ift iucerent sup er
terrant et prœessent diei ac nocti.
« Maintenant, puisqu'il est pareillement
démontré «que l'atmosphère du soleil est
entièrement comprise sous cette enveloppe
lumineuse, et qu'elle ne s'étend point au
delà, il est démontré par cela même c|ue
toutes les opérations de la nature primitive,
si habilement exposées par M Laplace,
n'ont pu s'effectuer qu'au sein même de
cette atmosphère ou dans Tesi ace compris
entre le noya*u central et l'auréole lumineusQ
du monde planéto-solaire.
705
GOD
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
GOD
704
« Nous ne répéterons pas ce que nous
airons dit ailleurs, pour établir que la terre
et toutes les planètes n'ont pu prendre nais-
sance qu'aux limites successives de la masse
moléculaire et constitutive du y.lobe solaire,
jlu noyau central du soleil, et que l'orga-
nisation de la terre, dun volume et d'une
masse comparativement si minimes, fut
Eécessairement antérieure à l'organis/^tion
du globe central. Mais nous avons ici à ré-
pondre à une dernière objection.
« Quand la masse du ^lobe solaire était
oocore à l'état de vapeurs, ses éléments
constituants se renfermaient sans cesse
dans un espace moins étendu proportion-
nellement a leur condensation, et par con-
séquent son atmosphère se resserrait et les
particules de l'enveloppe lumineuse de
cette atmosphère se rapprochaient les unes
des talves dans la proportion de la dimi-
nution de la surface de cette enveloppe. A
une certaine époque déterminée par la Ge-
nèse, le troisième jour de la création de la
matière et de la production de la lumière,
la terre se couvrit d'une première végéta-
tion; et pourtant il n'y avait point encore
de luminaires pour marquer le jour et la
nut7, et pour distinguer les temps et les sai--
sons^ les jours et les années. Ainsi, d'après
la Genèse^ la terre, à cette époque, opérait
encore sa révolution dans l'enceinte com-
prise sous cette enveloppe lumineuse , d'où
elle allait sortir pour être soumise à l'al-
ternance du jour et de la nuit, et bientôt
après à la vicissitude des saisons. Mais,
va-t-on nous dire, comment la végétation
a-t-elle pu se développer au milieu de cette
atmosphère de la masse constitutive du
noyau soiaire?
« Avant de répondre directement è cette
dernière objection, il nous sera permis d'op-
poser à notre tour une oilliculté bien autre-
ment inesiplicable dans lesystèmede M. La-
place et dans tous .es systèmes à effluxious
solaires, il nous sera permis de retourner
contre nos adversaires la difficulté qu'ils ont
opposée avec tant d'insistance à l'exactitude
du récit biblique.
a Les terrains cambrien, silurien et houil-
1er se retrouvent avec les mêmes caractères
non-seulement en France, en Angleterre,
en Allemagne, mais encore en Russie et jus-
qu'en Sibérie et au voisinage des pôles, dans
des contrées où régnent des nuits de plus
de deux mois et où Ta végétation est absolu-
ment nulle aujourd'hui ; et ces mêmes ter-
rains occupent de grands espaces en Améri-
que et renferment des plantes analogues à
celles qui vivent aujourd'hui sous 1 équa-
: teur. Il ne suffirait pas de répondre que la
température climatérique des pôles était
alors aussi élevée aue i est maintenant celle
des réglons tropicales : que le climat primi-
tif du globe était indépendant de la chaleur
solaire, car un certain degré de température
(515) y ny. Echo du monde savant^ dn 2 octobre
1856. — Afialyée du Cours de Géologie professé au
Colléye de France, par M. Elie de Beacjmont. etc.
n'est pas la seule condition nécessaire à la
végétation. Puisque la lumière est indispen-
sable . à la végétation, puisque les plantes
ont-besoin de la lumière pour croître et se
reproduire, comment concevoir que cette
végétation primitive ait pu exister indépen-
damment de toute lumière? On a eu recours
à un déplacement de l'équaleur, à un choc de
comète contre la terre; on dit aujourd'hui
3u'on manque d'expériences pour savoir si
es plantes pourraient vivre privées de la
lumière du soleil, éclairées seulement par
la lune et par les étoiles (515); toutes hypo-
thèses ou conjectures' qui témoignent de
l'impuissance des géologues à expliquer un
fait naturel.
a Un célèbre phvsiologiste a bien compris
toute la difficulté de la position, M. de Can-
dolle a bien compris l'impossibilité de con-
cevoir la manifestation de semblables phé-
nomènes vitaux sous l'influence de la faible
lumière qui éclaire aujourd'hui les pôles de
la terre, lorsqu'il recourt à ces suppositions:
« Peut-être un jour trouvera t-on quelema-
« gnétisme terrestre et ime haute température
« dii globe ontpu produire jadis une lumiàre
«( inconnue maintenant; peut-être décoor
« vrira-t-on que les aurores boréales ont été
t autrefois plus fréquentes et plus inten-
« ses que dans notre époque. » Et ailleurs :
« M. Lindiey remarque, avec raison, que les
c plantes des pays équatori aux ont besoin de
« lumière et d'une lumière distribuée égale-
« ment, autant que de chaleur: un très-petit
« nombre d'espèces végétales peuvent sup-
*( porter la privation de la lumière pendant
« quelques mois. 11 faut donc, pour que des
« fougères en arbres aient pu vivre la où est
<K le pôle arctique maintenant, que l'inclinai-
ff son de la terre sur le plan del'équateur ait
« changé. » Puis le grand botaniste exprime
encore sa conviction en ces termes : « Ce
a qui me parait toujours un fait, c'est aue
a les végétaux fossiles de la baie de fiatGn
a étaient éclairés autrement que ceux qui
« viventdenosjours dans cette région (516). >
<i Avouez donc que la nécessité de trouver
une autre lumière pour les végétaux fossiles
des régions polaires nous ramène au récit
de Moïse. Avouez que cette grave difficulté
ne trouve sa solution que dans la théorie
mosaïque, et que les conséquences que
fournit tout naturellement le récit de l'his-
torien inspiré ne sont que la reproduction
exacte et parfaite de ce qui caractérise le
dépôt universel des premiers terrains de
transition ; car, dans cette théorie, la lumière
régnait sans partage sur toute la surface du
Î;lobe, puisque la nuit ne succéda au jour et
e jour à la nuit qu'à la quatrième époque
de la création.
« Venons à la grande objection.
t II ne peut s'agir dans cette objection que
de la température du lieu que la terre occupait
relativement à la distance où elle se trouvait
(516) BibL univers,, avril 1835. — Iniraductitm
à Vélude de ta Botaniquej t. II, c. 6.
GOD
ET DE PALEONTOLOGIE.
GOD
706
da fojer de la chaleur et de la lumière « car,
aoant k la température propre ou originelle
de la terre, on peut dès cette époque la eon-
ikiérer comme suffisamment abaissée pour
lesb^ins de la Yé^étation. Or, Tinfluence
du disque lumineux sur les régions que la
terre parcourait à la fin de ce troisième jour
de la Genèse ne pouvait être beaucoup plus
considéralile que Tinfluence qu il exerce au-
ourJ*hui. En effet, s il est vrai que Tinten-
sité de la chaleur et de la lumière est en
raison inverse du carré des dislances, il est
vrai aussi que les surfaces des globes sont
comme les carrés des diamètres. Ainsi, en
supposant qu*à cette époque la terre opérât
sa révolution k une distance de Tenveloppe
lumineuse éçale au rayon actuel du globe
ioial du soleil, la chaleur qu'elle en recevait
aurait été environ h8 mille fois plus grande
que celle qu'elle reçoit présentement de cet
astre, si la densité de Tenveloppe incandes*
eente eût été la même qu'aujourd'hui. Mais,
dans cette hypothèse, la surface de cette
enveloppe était 48 mille fois plus grande; et
par conséquent la température qui en ré-
sultait pour la terre n'était pas supérieure à
celle que le soleil lui communiquée réi)oque
actuelle, toutes choses égales d ailleurs.
< Nous disons toutes choses égales d'ail-
leurs: car il est plus que probable qu'à cette
époque l'auréole lumineuse du soleil dont
la puissance sidérale augmentait incessara-
mentaufuret à mesure de la déperdition du
laiorique des masses sol^re et planétaires,
il est au moins infiniment probable que ce
réceptacle unique delà chaleur primitive de
tout le svstème planétaire, était loin d'avoir
i cette époque 1 énergique activité que nous
loi connaissons. Remarquons encore qu'en
raison du. prodigieux développement de
eette surface lumineuse, l'action de cette
surface était infiniment moins puissante sur
le glotie terrestre, qui ne répondait direc-
tement, à cette distance, qu'à une très-petite
partie de cette immense surface.
« On conçoit dès lors que la terre pouvait
être beaucoup plus rapprochée encore de
l'enveloppe lumineuse, sans que la chaleur
qu'elle en recevait fût beaucoup plus grande
Îue celle qu'elle reçoit aujourdiiui du soieil.
ossi est-ce bien moins à la proximité du
disque lumineux qu'au oéj^agement de la
cbaîleur produite par la solidification de la
inssse intérieure de la terre et par la con-
densalion de la masse centrale du soleil, que
BOUS attribuons la chaleur d'origine qui se
maintient encore dans Téeorce superficielle
du ^lobe.
m Ajoutons à ces considérations péremp-
loires que l'atmosphère de la terre , encore
peu épurée et beaucoup plus chargée qu*au-
jourd nui, devait protéger puissamment sa
sorface contre le rayonnement du fluide lu-
ixiÎDeux, et nous concevrons que l'immersion
même du globe terrestre dans ce fluide lumi-
neux si prodigieusementdilaté n'aurait pu in-
fluer que bien faiblement sur sa température.
(^517) Rmpporî de M. âkago a t Académie des scien-
CM. sâaee da M octobre 183G.
« On verra tout à l'heure que si le fait
d'une pareille immersion parait être une
condition absolue de notre hypothèse, les
phénomènes de la nature nous autorisent à
ne recourir qu'à une simple station de la
terre dans des régions plus ou moins rap-
Srochées des régions or*cu{>ées alors oar ce
uide lumineux.
« Or, il est possible que cette station de
la terre n'ait été qu'instantanée; car, qui dira
3ue le Créateur n'a f>u activer les opérations
es agents naturels qu'il venait de mettre en
action? Sans doute mille ans sont devant
lui comme un jour, et un jour comme mille
ans; mais, tout en imprimant une marche
naturelle aux phénomènes de l'univers, son
auteur n'a-t-il pu rendre plus rapide le déve-
loppement des êtres ? Pour ne citer qu'un
seul trait, l'ordonnateur des mondes n a-t-il
pu circonscrire l'atmosphère du soleil, sinon
dans ses limites actuelles, du moins en
deçà de l'orbite terrestre, à l'instant même
où il prononça cet arrêt solennel : Qu'il y
ait des luminaires dans le firmament du ciel
pour faire la distinction du jour et de la
nuit? Toujours doit-on convenir qu'il ne
répugne fias aux lois de la nature que
de brusques transitions se soient opérées
dans les globes nouvellement formes, et
particulièrement et à plus forte raison
dans lesatmosphères de ces globes; car il
y a sur cedernier point des données ac-
quises.
^ Tous les astronomes ont admiré, sans
pouvoir les expliquer, les changements
physiques de la comète de Halley, si remar-
quables par leur étendue et par leur promp'
titude. Sir- John Herschell , qui a été favori-
sé au cap de Bonne-Espérance d'une belle
et longue exhibition de cette célèbre comète
à son retour du périhélie, écrivait à M.
Arago que l'enveloppe parabolique de la co-
mète, aperçue )K>ur la première fois le éh^
janvier 1836, se forma sous les yeux des
observateurs avec une si étonnante rapidité
qu'on la voyait augmentera vue d'œil, et
que son volume visible fit plus que doubler
dans la journée du 26 janvier (517). De leur
côté, les astronomes d'Europe avaient ob-
servé, avant le passage au périhélie, un
aflaîKissement graduel et rapide dans la
nébulosité de cette comète , et des secteurs
lumineux extrêmement variables. « Quand
« on voudra expliquer ces singuliers chan-
«r gements de forme, dit M. Arago, il faudra
« ne pas oublier que ces secteurs, si subite-
« ment détruits et si subitement renouvelés,
« n'avaient pas moins de deux cent mille
« lieues d'étendue. » Ei ailleurs : « Je ne re-
« garde plus comme impossible qu'il se ma-
« nifeste dans le noyau d'une comète, dans la
« totalité ou dans quelque partie de sa cho-
« velure et de sa queue des changements
« d'intensité presque subits (518). »
c Mais ces changements d intensité pres-
que subits jusque dans lenoyau d'une comète^
sont aujourd'hui des faits acquis et directe*
' (518> inw. 1836. p. Î21 et 235,
m
GOD
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
GOD
7li
mosphèro primitive de la masse génératrice
de tout le système planéto-solaire. Mais
>ces molécules des dernières couches atmos-
phériques allaient acquérir un mouvement
de rotation en rapport avec la longueur de
leur rayon vecteur, et en même temps une
force centrifuge égale à leur pesanteur, pour
s*étendre circulairementdans le plan de Té-
quateur, et former ainsi ce quon appelle
aujourd'hui la lumière zodiacale, et qu'on
devrait appeler la nébuleuse zodiacale. Ce-
pendant la pellicule lumineuse qui encei-
gnait cette immense atmosphère se déchirait
et s'entrouvrait par Telfet de ce mouvement
f)|i.is rapide, pour se4)orter et se replier sur
es parallèles à Téquateur, en se rapprochant
sans cesse do la masse centrale.
« Il serait inutile d'objecter que la zone
sidérale ou la pellicule lumineuse comprise
dans le plan de cet équateur universel au-
rait dû se détacher pour se coordonner
aux atmosphères des planètes , ou pour
continuer son mouvement révolutif à
la même distance de la masse centrale. Car
les phénomènes de Fécartement de l'enve-
loppe du soleil ou des couches lumineuses
qui Hottent au-dessus de son atmosphère,
ces phénomènes, dont nous sommes tous ks
jours les témoins, attestent que cet ordre est
celui de la nature. Nécessairement la même
cause existant dans l'origine des choses a dû
produire les mêmes effets qu'aujourd'hui;
c'est-à-dire que l'enveloppe lumineuse de-
vait se déchirer et s'entr ouvrir dans les ré-
Sions équatoriales. Seulement, ces effets
ans cette origine étaient incomparablement
i)lus marqués, à cause du prodigieux déve-
oppement de la surface, ou de F amincisse-
ment de la pellicule lumineuse.
a Mais, SI cet ordre est celui de la nature,
l'immersion de notre planète dans la couche
lumineuse qui constitue la pellicule sidé-
rale du soleil était à peu près impossible ,
fmisqu'à cette première époque , comme à
'époque actuelle, la terre opérait sa révolu-
tion dans le plan de l'équateur solaire , et
qu'alors la couche lumineuse, si prodigieu-
sement dilatée, devait céder au moindre ef-
fort, et par conséquent demeurer entr'ou-
verte dans le plan de l'équateur. Ces déchi-
rements et écartements de l'enveloppe lu-
mineuse n*ont rien de surprenant ni même
d'insolite puisqu'aujourd'h'ui il existe encore
dans cette enveloppe lumineuse du soleil, de
ces éclaircis en forme de bandes obscures
dont la largeur souvent surpasse plusieurs
fois le diamètre de la terre.
« Et ainsi s'explique la mystérieuse appa-
rition des véj^étaux sous 1 influence de la
lumière primitive, antérieurement à l'orga-
nisation de l'astre régulateur du jour et de
la nuit, antérieurement à la confection dr
globe central, de ce foyer de toutes les or
bites, où convergent toutes les grandes
forces de notre monde planétaire.
« En rendant encore ici hommage à Tau-
(527) Et fÊrœ$H beitiU^ universœque terrœ, {Gen^ i,
^.) — Consiiiuiêtihinwnem u$ dammareiur rreaturo^
teur inspiré de la Geniscy nous dirons que
nous ne sommes pas moins frappé de la sa
gesse qui a présidé à la disposition de l'u
nivers et de tout ce qu'il renferme, que de5
analogies qui existent entre les récits de la
science et les récits de la révélation. Dieu
ordonne aux végétaux de croître avant que
le soleil marque la succession du jour et de
la nuit, parce que les végétaux n'ont {las
besoin, pour croître et se reproduire , que
la nuit succède au jour et le jour à la nuit.
Puis il constitue 1 astre régulateur du jour
et de la nuit, des saisons et des années ; et
alors, et seulement alors, il crée les ani-
maux de toute espèce, et enfin Thomme, né
pour commander a la nature instinctive et
régner en dominateur responsable sur toute
la surface de la terre f527). »
Croyez-vous, grave lecteur, qu'il soit né-
cessaire de nous arrêter à démonter ce
gigantesque échafaudage cosmogonique ?
Nous ne le pensons pas, et nous présumons
que vous prendrez tout cela pour ce qu'il
vaut, c'est-à-dire pour un épisode au milieu
du roman. L'imagination de M. Godefroy a
des ressources inlinies, et Ton s'aperçoit en
le lisant que s'il avait été è la place de Job»
quand Dieu lui posait tant de sublimes pro-
blèmes, il n'eût pas été un instant embar-
rassé pour répondre.
Suivent dans le livre de M. Godefroy trois
longues dissertations. La première intitulée :
Théorie dr la terre ; la seconde : Créa-
tions SUCCESSIVES ; la troisième : Délcgb
UNIVERSEL. (Voy. CCS mots.)
. Arrivons a l'œuvre du quatrième jour.
M. Godefroy commence par rappeler en
peu de mots ses conceptions interprétatives
ae la Genèse,
« Le grand miracle de la toute-puissance
divine proclamé, in principio creavil Deu$
cœlum et terram^ le récit de la Genèse ne pré-
sente plus qu'un ensemble dû faits qui ren-
trent tous sous l'empire des lois naturelles
déterminées par la volonté du Créateur,, et
qui par là s'accordent dans leurs généralités
avecles observations ou les déductions de la
science. » Nous avons vu qu'il n'en est rien.
«c Ainsi, au premier jour, le principe ré-
f)ulsif se dégage de la masse moléculaire de
a création pour se porter à la surface de
cette masse fluide, et bientôt ce principe
universel devient lumineux : Fiai lux.i» G* est
une imagination étrange.
« Au second jour, la matière encore fluide
de la création se contracte et se condense
par l'effet de ce rayonnement du calorique ;
et « la matière destinée à composer le
«c monde, >* « la matière de tout l'univers, »
K la matière d'où sortirent tous les cieux
« aussi bien que le globe terrestre, » est di-
visée en amas distincts ; et ces aggloméra-
tions diverses, désormais soumises à l'in-
fluence d'une force centrale qui domine à
son tour toutes les parties de la matière»
constituent « ces vastes corps du ciel et de
quœ a te fada est, ut ditponat orbem terrarum m
œauitate et ju$iilia. fSap, ix, 2 5.)
...<■->
us
GOD
£T MS PiOEONTCMjOGIE.
GOD
7U
c «a terre •précédemBieat désignés sous le
« BOOid*al:wie,>paisoe qu'alors «cette masse
« immense, ininie, sans mouyement et sans
> fond, n*était point encore divisée ni dis-
« Criboée : Fiai frmamtnimm et dimdat. •
C*est une autre imagination.
« An troisième jour, Tagglomération des
éléments constilutils de la terre est distin^-
guée ^les agglomérations constitutiTes du
ciel. Ce qui a été fait firmament au-dessous
ne forme qu'une seule agglomération; et
celle agglomération unique sous le ciel a^iéit
à ee commandement nouveau et tout spé^
€m\ : Que la terre ferme apparaisse : Anpi^
rtai arida. » Nous en sommes restés la du
roman. OmtinuonS).
n U n*est pas encore iail mention du fir«>
nsament du c^L Ce n'estcfu'au quatrième
jour que Iheu dit : Qu'il y ait des luminaires
dans le firmament du ciel : Fiami lunUnaria
im frmamunto rarft.
« Mais qu'est*oe que ce firmament du ciel?
^ quels sont ces luminaires du quatrième
jour? C'est C9 que Moïse Ta nous apprendre.
« L'historien de la création ne se borne
pis à nous dire oue des luminaires furent
institués dans le nrmament du ciel; il nous
dit en même temns quels sont ces luminai-
res, et pour quelles fins ils furent institués,
et encore quel est ee firmament du ciel dans
lequel furent institués ces luminaires. Le
texte porte :
c Dieu dit ensuite : Qu'il t ait des lumi^
naires dans le firmament du ciel pour sé-
parer le jour et la nuit, et distinguer les
temps et les saisons, les jours elles an-
nées; qu'ils brillent dans le firmament du
ciel, et cj(iiM1s illuminent la terré. Et il fût
fait ainsi. Dieu fit donc deux grands lu-
minaires; Tun plus grand, pour présider au
f' ur, et l'autre moins grand, pour présider
la nuit : DixU autem Deus : /lani Immi"
noria infirmamento rœft, ei dhidani diem
aenocttmy H smi in signa €i (empara, et
'dieê et «iMMf, ut Ineeant in frmamenta cati
et illumnent terram. Et faetum ut ita. Fe-
dtque Deuê dua luminaria magna, ftun»-
nare mo/ua ni prmeuet diei^ et Inminare
wUnuê ut prœeseet noeti, »
« Puis la Genise ^oute un mot, un seul
mot : « et les étoiles, et stetUu, » pour mar-
3uer que la manifestation du ciel étoile ou
n firmament du ciel est aussi le résultat de
cette dernière disposition du Créateur. Ce
mot ainsi çlacé incidemment au milieu du
récit historique, réôriyain sacré continue en
ces termes s
c Et il les mit (les deux luminaires] dans le
« firmament du ciel pour luire sur la terre,
< pour présider au jour et à la nuit, et pour
« séparer la lumière et les ténèbres. Et po"
m. smi ea in frmamenta eœlif ut lueerent «u-
c per ttrram^ et prœeuent diei ae nocti^ et
m diéiderent hicem ae tembroM. » {Gen. s, 14,
15, le, 17, 18.)
« LaVulgate fptt» etpoeuit ea»; mais c'est
une erreur manifeste de saint Jérôme. Dans
lliéfereu, et dans la tersion des Septante, ce
pronom ea$ delà V'ul^ate est du m&uic genre
que le substantif lummaria^ et se rapporte à
ce substantif, c'est-à-dire aux deux lumi-
naires. La corrélation existante entre ce der-
nier membre de phrase et ce qui précède,
fait Yoir au'en effet il n'est question ici que
des deux luminaires, et nullement des étoi-
les. La concordance et la correspondance
parfaite des expressions employées dans ces
deux propositions sjnonymiques ne laissent
aucun doute à cet é^^ard. »
Les commentateurs et les traducteurs bé-
breisants n'ont point fait cette découverte.
n Si une idée commune aux mots ciel ot
fh-mament les fit employer indifféreiumeiU
pour désigner les cieux ou l'universalité des
menreillesdes cieux, cesdeux termes, néan-
moins, eurent toujours -des différences ipar-
qoécs, ou chacun une signification particu-
lière. Chez tous les écrivains sacrés, le mot
ciel, d'une signification généralement, plus
étendue, désigne particulièrement les e^
paces célestes, le lieu où sont disséminés les
corps célestes, et le mot firmament, ces corps
célestes eux-mêmes. Ainsi, tous les auteur>
des Livres saints emploient indifféremment
ces expressions, l'armée du ciel, la milice du
ciel, les astresdu ciel, les étoiles du ciel, etc.,
dans le sens de firmament du del. Mais au-
cun des auteurs inspirée ne s'est servi de ces
expressions, Farmée du firmament, la milice
du firmament, les astres ou les étoiles du
firmament, parce que, dans la langue sacrée,
cette expression, fe firmament du ciel, est
un terme générique qui comprend dans sa
commune acception l'universalité des mer-
veilles des cieux, parce que c^est le mot sa-
cramentel. sous l'acception duquel est dési-
Çié collectivement tout ce qui constitue le
ciel. Enfin, chez tous les auteurs bibliques,
le ciel désigne généralement la sphère cé-
leste; et, chez. tous les auteurs, le nrmament
du ciel, le firmament d'en haut, ou tout sim-
plement le firmament quand il s^agit des
choses du cfel, désigne toujours les corps
ou les ouvrages que renfermée cette sphère.»
Ceci n'eist qu' une pure subtilité à laquelle
on a recours pour le besoin du svstème.
« Ces idées distinctives ont été ntelisées
par la plupart des interprètes. De la il est
arrivé que certains commentateurs, ne faisant
plus attention à la différence qu'offrent ces
expressions dans leur synonymie, ont défi-
guré le récit historique, en transportant au
Îuatrième jour ce q^ui fiût l'objet principal
e l'ceuvre du deuxième jour. » Comment
auraient-ils pu jamais s'en douter? U fallait
les cosmôgonistes du xix* siècle pour trou-
ver toutes ces savantes interprétations.
c De là aussi leurs erreucs d'interprétation
sur le firmament du deuxième jour, substi-
tué au chaos universel, à l'abtme du premier
jour, sur ce firmament, cause productrice et
conservatrice de l'univers matériel ou du
ciel universel, du ciel considéré dans son
universalité absolue, du système du monde
enfin, de ce système universel, dont une |:ar-
tie retient le nom de ciel ou de firmament
du ciel, parce que le ciel est la plus grande
Dicnosni. d« Cosiiooo?iie bt hb PALftosrroLoaiE.
23
7J5
GOD
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
€0D
lî^
^ la plus belle partie de ce produit du fir-
mament.
« Le deuxième jour, la grande loi de Tu-
niyers est promuleuée : ta forme est intro-
duite dans la matière; etie produit de cette
force nouvelle est l'univers matériel, produit
'appelé aussi allégoriquement et sjmt)Olî-
^uement firmament, du nom de sa cause
Ïroductrice et conservatrice : Voeavitaue
^eu$ firmamentum cœlum, » Ainsi, selon
vous, le firmamentum est -une allégorie. Tout
le monae s'y était trompé jusqu'ici. Sans
Newton, il est probable que vous vousy seriez
trompé comme tout le monde, et cfue vous
n'auriez guère songé à voir dans ce mot
4e synonvme d'attraction. Si Newton n*était
pas né, le firmamentum restait incompris
pour un nombre indéfini de générations k
Tenir, comme il l'avait été depuis Moïse qui
pourtant avait dû écrire pour être entendu,
qui, en sis servant du mot firmamentum^ sa-
vait ce qu'il disait sans doute et voulait
être compris.
ff Ce n'est que le quatrième jour que la lu^
mière vient faire rornement de ce firma-
ment du ciel compris dans le firmament du
deuxième *jour , dans ta formation effectuée
ce deuxième Jour, la (ïen^âe distinguant ainsi
et nous apprenant à distinguer la lumière des
corps célestes de leurs éléments constitutifs
ou de leur firmament du deuxème jour.
« Cette distinction, éminemment siçnifica-
4ive, se trouve reproduite chez tous Tes au-
ieurs sacrés. Comme Moïse, ces autres écri-
vains inspirés distinguent toujours le firma-
ment du ciet, ou les globes célestes de la
lumière qui fait Tomement de ce firmament
du eieU Ainsi, ils distinguent le globe solaire
de la lumière dont il est revêtu, iol et lumen
{Eccle. XII, 2); ils distinguent tes étoiles de
leur lumière propre, omnes stellœ et lumen.
{Pi. cvm, 3.) Revêtu de lumière comme d'un
vêtement, amictus lumine sicut ve$timento^ te
Dieu eréateur a revêtu les globes célestes de
sa lumière indéfectible, de même qu'il a re-
vêtu le globe terrestre d'une atmosphère
nébuleuse : Ego feci in cœlis ut ortretur
lumen indefitieni^ et iicut n^fula iexi omnem
terram. » (Ps. cm, 2; EcclL xxnr, 6.)
Si cette distinction estéminem ment significa-
tive, elle est encore plus évidemment subtile.
« Il faut bien le proclamer hautement,
puisque te Livre des générations du ciel et
de Iff terre nous l'a formellement révélé,
jusqu'à cette- quatrième et dernière époque
de la formation de l'univers matériel, jus-
qu'à ce quatriènie et dernier jour de la cos-
mogonie génésiaque, il n'y avait point sur
la terre de succession de jour et de nuit. La
terre n'avait point de luminaires pour faire
la distinction du jour et de la nuit, de la
lumière et des ténèbres. Dieu n'avait point
encore disposé de luminaires dans te firtna^
ment du ciel pour luire sur la terre, pour
(^résider au jour et à la nuit, et séparer la
umière et les ténèbres : ut lucerent super
terram^ et prœeesent diei ac nocti^ et divxde^
rent lucem ae tenebras. La lumière, ee pro
duit du premier fiât de la Sagesse créatrice,
la lumière, qni avait remplacé, au commen-
cement des choses, les ténèbres universelles,
•régnait à son tour, sans partage, sur la créa-
tion tout entière. Mais a la quatrième épo-
que, è cette dernière époque de la prépara-
tion des cieux, cette lumière, qui se conden-
sait à la suiiaice des globes préparés pour les
cieux, œthera firmabai eunum^ cette lumière
du premier ^our abandonne la terre; et,
pour la première fois, la terre va voir la nuit
sucoéder au jour, et le jour succéder à la
nuit. Pour la première fois, la terre va dis-
tin^er un jour d'un autre jour : Fiani /umf-
naria et dividant diem ae nêctem; et pour la
première fuis elle va avoir ses jours et ses
années, ses mois et ses saisons : Et sint m
eigna et lempora et diei et annos. »
Les interprètes, à la presque unanimité,
sont d'un sentiment bien différent, et \è
contexte est tout à fait contraire également à
cette opinion. Dès le premier jour, au qua-
trième et au cinquième verset, il est dit que
Dieu divisa les ténèbres d'avec laiumière{^às)^
appela 'la lumière jour, et les ténAre* ntiî/,
et que du soir et au matin se fit le premier
jour. Cette dernière formule est répétée
dans les mêmes termes, avant comme après
la création du soleil, à la fin de chaque jour
génésiaque. Si la lumière avait régné san$
partage jusqu'au quatrième jour, pourquoi,
dès le premier jour, le Créateur fait-il cette
division des tâièbres et de la lumière, et
appelle-l-il la lumière jour, et les ténèbres
nml? Jour désigne une duriée déterminée,
pendant laquelle la lumière brille; nuis
désigne de même une durée que mesure
l'absence de la lumière : ce sont deux mots
corrélatifs. Le jour et la nuit sont nommés,
et ils n'existaient pas t Ils sont nommés dès
le premier jour, et ils n'existeront qu'au
quatrième^ rfuit^ jour^ mentionnés ici de^
milliers d'années avant qu'ils existassent,
seraient évidemment hors de propos, et les
mots ténèbres et lumière étaiept les seuls
convenables, les seuls nécessaires, les seuls
sans doute dont Moïse se serait servi, s'il
n'eût pas eu à désigner une durée mesurée
et alternative de l'un et de l'autre phéno-
mène. Ici, il n'est pas possible d'entendre
par le mot jour une époque; et, puisque
Moïse emploie exactement le même mot
pour désigner chacun des jours génésia-
ques, on n est nullement fonaé à croire qu'il
passe subitement, et sans en avertir, du sens
propre au sens figuré. Du reste, ce senti-
ment des jours-coques n'est pas soutenable,
comme nous le démontrerons h l'article
JocBS'-PéRioDEs. Il a contre lui le texte sacré
et l'interprétation de tous les commenta-
teurs. II est en contradiction avec les foits
les mieux constatés de ta science, et il trou-
ble les plus belles harmonies du plan de la
création. C'est ce que nous ferons voir à
l'article indiqué.
GODEFROY, ses idées sm' la nature et la
(528) Le P. de Carrières ajoute : ordonnant qu^elles te iuccéàassent Cune à l'autre*
m
uox
ET DE PALEONTOLOGIE.
HOV
718
formation des nébukuiéi. — Voy. Nébulvusb^ ;
— Êur la formaiian du ioleil. — Voy, Solkil;
— Murla formation des planètes. — Voy. Pla-
Hins. — Réponse à ses attaoues contre Thy-
pothèse antéhexamérique. Voy. Jéiian (db
SAINT-CLATlElf).
GRANIT. Voy. Vlniroduciion.
GRAVITATION UNIVERSELLE, sa cause,
Muivani M. Maupied. — Voy. Maupied.
GRENOUILLES, première apparition. Voy.
SDBÂPBlIlfllf.
GRÈS. Voy. RoGHBS fossilifèbbs.
GRÈS DE FONTAINEBLEAU. Voy. Fàlc-
GRÈS VERT. Voy. Alubr.
GRUYER, son opinion sur f attraction. —
Voy. Laplace.
GUIRAUD (H. ALBXAirDBB). — Ce saTant et
ce poète distingué a émis des idées étranges
sur Torigine des choses et sur le sens des
premiers chapitres de la Genèse. Cest un
roman de plus. — - Voy. sa Philosophie eatho^-
lique de thistoire.
GYPSE. Voy. Roches FOssiLipàBES.
GYPSE DE MONTMARTRE. Voy Pabi-
SIEN.
H
HAHITES. — Si nous imaginons qu'une
haculite se recourbe yers son milieu de ma-
nière à ce que ses deux extrémités devien-
nent à peu près parallèles, nous aurons la
forme la plus simple du genre de coquilles
cloisonnées , que leur courbure a fait dési-
fner sous le nom de hamites. On roit des
amîtes où ce mode de courbure se montre
dans sa plus grande simplicité; d'autres
espèces de ce genre sont d'une forme
beaucoup plus contournée, soit qu'elles
eoQStitiient une spirale serrée comme l'ex-
trémité postérieure de la spirule, ou que
cette forme spirale soit beaucoup plus ou^^
TeHe (529).
Il est probable que quelques-unes de ces
coquilles étaient en partie extérieures et en
partie loffées à l'intérieur du corps ; et que,
dans celles' qui offrent des épines , la por-
tion armée de cette manière demeurait exté-
rieure. On connaît neuf espèces de hamites
dans la seule formation du gault faisant suite
immédiatement à là craie dans les enti-
rons de Scarborough. Quelaues-unes des
plus grandes espèces sont oe la grosseur
du 'poing (390).
HERSCHELL, ses idées sur la constitution
eu soleil. - Voy. Souil. _
HISTOIRE DE LA GÉOLOGIE. Vov.
Géologie.
HOMME. — L'homme existe-t-il à l'état
fossile T Telle est la question que beaucoup
d'écrivains ont sourent adressée aux zoolo-
gistes et aux géologues. En consultant les
oits bien constatés , il n'y a , pour nous ,
aucun doute pour FaffirfnatiTe» surtout dans
(S29) Les haiiiiles oflrent avec les ammonites les
Mêmes rapporte que ks Utilités avec ks aauUles ; ce
sooc, en qadqae sorte, des coquilles de Ton oa de
)*aotie de ces daix senres, qoi n'aitnieni ëlé qii*in-
eomplécemeni déroulées.
Les boculiies et les hamites se rapprodient des
aattMmIieS par denx de leurs eanicicres : d*abord
par la posilîOD on^oocupe lear sipliOD da celé dorsal
M posiériear detla coquille; pais parla constnic-
lioB foliacée des bords de leurs cloisons transver-
aales, là oà ces doiaons s'unissent à la coquille ex-
éricmre. Cette éemiére est fortifiée en outre par des
l'acception que nous donnons au mot Fos*
siLB. (Voy. l>ossiLB.j En effet, bien qu'ils ne
soient qu'exceptionnels , on a rencontré des
ossements humains , ou des olqets fabriqués
par l'homme, sur l'ancien et le nouveau
continent, dans les conditions des autres
fossiles.
. En Europe on les a observés dans les ca-
vernes, les brèches osseuses et le terrain
meuble diluvien. Les premiers en ont oITert
à KoBstriz , en Saxe ; à Vruhloch et à Zalm-
locb , en Franconie; à Hendipp, à Burring-
ton, etc , en Angleterre, à Gibraltar; eu
Dalmatie , à Mialét , à Bite » à Pondres et à
Sauvinargues, en France, dans la province
de Liège, çn Belgique, etc* Les alluvions
plus on moins anciennes en renferment
auelauefois dans le Lehm des bords du Rhin,
ans les alluvions de Srems (Basse- Autriche)
etdeCanstadt (Wurtemberg), etc. Ces dé-
bris humains ont été également découverts
en Amérique. On en a parfois trouvé dans les
cavernes de Withe (Kentucky) , dans celles
de la protince de Hinas-Geraês , au Brésil ,
que les recherches de M. Lund ont rendues
célèbres. On a signalé des ossements hu-
mains non loin oe la mer, au lieu dit le
Moule, à la Guadeloupe (Antilles), dans
une roche solide, mais renfermant seule-
ment QcS coquilles identiques aux coquilles
qui vivent encore sur la même côte. Enfin
M. d'Orbignv a observé , dans les plaines du
centre de 1 Amérique méridionale, sur les
rives du Rio-Secun , alQuent supérieur de
l'Amaarane , sous 6 mètres d'alternats de
sable fin mélangé d'argile , des morceaux de
replis ou côtes transfersales, et qoi sont coastmiies
exactement iTaprés les mêmes prioeipes qoe nous
avons dqi Eait ressortir en parlant des ammonites.
Certaines espèces de hamites, de même ^oe cer*
taines ammonites, ont leur siphon mai]|uial logé
dans on tube qui les surmonte à la manière d*un^
coquille. 11 en est d^autres dont la face dorsale est
armée de chaque cfité d*une série d*épines.
(530) La kamtes grandU (Sowckbt, M. C; 595),
Sui se trouye à Hythe, dans le sable vert, atteint cette
imension.
719
ROM
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
flOM
7)0
poterie et beaucouD de rouleaux de terre
cuite fabriqués par rhomme.
•Maintenant, que nous avons admis Thom-
roe à rétat fossile» il reste à cherchera
•quelle époque appartiennent les restes obser^
^és. Les derniers étages géologiques falunien
et subapennin, qui ont précédé Tépogue
actuelle, ont-ils montré, sur quelques points
du globe, des traces humaines dans les cou-
ches marines ou terrestres gui y correspon-
dent? Nous croyons pouvoir répondre par
la négative ; car aucun fait bien constaté ne
vienarait appuyercette assertion. Les restes
humains sont donc spéciaux aux cavernes ,
'aux brèches osseuses ou aux alluvions.
Tant qu'elles ont donné accès aux eaux,
les cavernes ont pu recevoir de nouveaiu
sédiments avec des restes d'animaux ter-
restres, et elles renferment, dès lors, des
fiiunes d'Ages différents. Aujourd'hui môme,
les grandes cavités souterraines reçoivent
'encore des sédiments et les ossements que
peuvent entraîner les eaux pluviales. 11 est
donc d'autant plus certain que les restes
humains y ont été portés depuis Vépoquo
actuelle, qu'ils se trouvent toujours mélan-
gés avec d autres ossements de mammifères
appartenant à la faune contemporaine. Les
brèches osseuses n'étant, le plus souvent,
qu*un amas formé dans les cavernes et dé-
nudé ensuite , rentrent dans les mêmes cir^
eonslances. Pour les restes humains rencon-
trés dans le Lehm des bords du Rhin, ou
dans les alluvions , leur Age géologique est
plus facile à constater que la présence des
coquilles terrestres et fluviatiles qui les ac-
compagnent. En effet, toutes ces coquilles
sont identiques aux espèces qui vivent au-
jourd'hui sur les berges ou sur les coteaux
voisins. Nous avons dit que les ossements
-humains 4és roches solides de la Guadeloupe
sont également mélangés avec les coquilles
marines des mers ao.uelles des Antilles* Il
resterait , dès lors » démontré que les restes
humains fossiles, lorsqu'ils ont été bien
observés , se sont rencontrés partout avec
d'autres êtres dépendant de l'époque ac-
tuelle, et qu'ils sont fossiles dans les dépota
contemporains, comme le sont les huîtres
de Saint-Michel-en-l'Herm (Vendée), les
dépôts littoraux de beaucoup de points de la
Méditerranée, de l'Amérique méridio-
nale, des Antilles, etc. , etc. Ce fait positif
aurait d'autant plus de valeur , qu'il serait
corroboré parle fait négatif dix manque com-
plet d'ossements humains dans les couches
^traliGées ou marines des deux derniers
étages qui nous ont précédés à la surface de
notre planète.
Giiement des fossiles humains. — Amé-
rique septentrionale, à Saint-Domingue,
des squelettes humains avec produits de
l'industrie humaine , dans un calcaire marin
récent.
A la Guadeloupe, squelettes humains avec
flèches , fragments de poteries , etc. , dans
un palcaire marin extrêmement dur.
* ^ lie de-San-Lorenzo, dans une couche ma-
rine, des fragments de fil de coton, du
jonc tressé-, la tète d'une tige de bl^ de Tur-
quie.
Le sol de remblai de TEtat de Tnessée a
montré aussi des ossements humains.
Amérique méridionale, dans les cavernes
à ossements du BrésiU un crAne humain
avec des animaux d'espèces éteintes.
Europe. — France : les cinq cavernes de
Bize près Narbonne (Aude) , ont fourni des
dents et des ossements humains , avec pote-
rie, os travaillés; antilopes, etc., animaux
perdus dans des couches de galets , d'argile
calcaire rouge.
A huit ou neuf lieues de distance des ca-
vernes de Bize , on rencontre celle de Sal-
le-lès-Cabardès , dans le vallon de la Cclso ,
département de l'Aude. Dans cette cavenie,
avec des galets et des os d'animaux perdus
et d'espèces vivantes^ on trouve des os-
sements humains et des fragments de po-
terie.
La caverne de la contrée de Miollet sur le
Gardon, près d'Aiiduse, département du
Gard, se compose de deux galeries placées
l'une au-dessus de l'autre. Dans la galerie
inférieure est un enduit stalagmitique sous
lequel se trouvent les os humains mêlés
avec ceux d'animaux encore vivants; ils
sont contenus dans un limon durci , sablon-
neux , semblable à celui que charrie le Gar-
don encore aujourd'hui.
Dans l'autre galerie le limon diffère un
peu; il est plus onctueux, plus coloré, la
couche en est plus épaisse et les os humains
y sont pluLS bnsés. Dans cette vase on a ob-
servé des restes d'ours mêlés confusér
ment avec ceux de cerfs, de chevaux, d'au-
rochs, de poterie et d'ossements humains.
Dans une cavité de la galerie inférieure »
on avait premièrement trouvé deux crAnes
humains mêlés à des os d'ours; puis, à peu
de distance , on trouva une petite statue
romaine et six bracelets de cuivre; enfin on
trouva, dans cette même couche d'arçile, des
os et des dents travaillés de main d'nomme.
Près de Poudres, département du Gard, à
deux lieues de la. caverne de Lunel-Vieil,
existe une autre caverne ouverte dans le
calcaire moellon; le sol en est formé par un
sédiment terreux, arénacé; il renferme des os
brisés et des coprolithes. M. de Christol a
extrait de la coucne limoneuse du sol la plus
basse un fragment de poterie.
M. Dumas a trouvé à Sommières une d^iit
molaire humaine dans le sédiment stalagmi-
tique. Le limon contenait encore des os
d'un homme d'une grande taille avec des
animaux perdus et vivants.
Dans la caverne de Sauvinargues, à une
demi-lieue de celle 4ont on vient de parler ,
M. de Christol a trouvé des ossements do
bœuf, de cerf et d'homme presque à la sur-
face du sol.
Un sguelette humain a été trouvé daDS-oA
travertin qui continue de se former à Saint
Martial près de Martres de Veyre (Puy-de-
Dôme).
Un tibia humain dans une couche d*atter-
7il
HOU
ET &E PALEONTOLOGIE.
UW
ifi.'
rissement» au 4eyant do Taocieinie Ger-
gOTîa.
£a Italie, des fragments de sculpture , de
poterie, des restes* de bAtiments dans des
strates marines à Pouzzoles» près de Naples.
£n Belgique» dans la proyince de Liège,
sur les deux rîTes de la Meuse, près d'Engi-
lioul, et sur les bords de la Vesare , près de
Gaffontaine, existent plusieurs cavernes.
Les os humains que Riedmann a détermi-
nés d*une manière bien certaine existent
dans presque toutes les cavernes des rives
de la Meuse, mêlés à des os d'animaux
d'espèces perdues. On y a trouvé entre
autres deux crânes humains. Ces os humains
étaient absolument dans les mêmes circons*
tances et le même d^ré de conservation que
ceux des animaux perdus ; et tout prouve
que les uns et les autres avaient été trans-
portés.
II en est absolument de même des cavernes
sur la rive droite de la Vesdre; les osse-
ments humains s'y trouvent dans les mêmes
circonstances. Les ossements humains des
cavernes de Li^e peuvent se rapporter à
six individus dinerents.
En Suède^ divers ouvrages d'art et des dé-
bris de vaisseaux dans des couches de
marne et de sable marin , près de Stoc-
kholm.
Saxe; dans des brèches osseuses de Saxe,
les fossiles humains sont accompagnés d'os
de rhinocéros, de eoquilles d'eau douce ; etc.
M. Boue a trouvé, en 18^ de l'autre côté
de i'Aar, dans le pays de Bade, des os hu-
mains placés à diverses hauteurs et dans des
endroits où rien ne pouvait iaire supposer
Texistence d'uu cimetière.
Le même observateur a fait connaître,
d'autres crânes humains que le comte de
liazoumowski a trouvés à Bade , près de
Vienne, mêlés à des ossements d'animaux
d'espèces perdues, où qui vivent maintenant
dans les régions équatoriales.
Des ossements numains , avec d'autres
fossiles d'espèces perdues, ont été trouvés
b diverses profondeurs, dans une caverne
grpseuse de la vallée étroite de l'Elster, qui
Fetend de Kaschwitz jusqu'au Kostritz, non
loin de Géra.
On a encore trouvé entre Messen et Dresde
des ossements humains placés dans les mê-
mes circonstances qu'à Kostritz.
Des ossements et des squelettes humains
ont été aussi trouvés dans quelques cavernes
d'Angleterre; ainsi dans les cavernes de
Glamorgand, les fossiles humains sont asso-
€iés à des os d'éléphants, de rhinocéros, etc.,
et accompagnés de divers produits d'arts ,
tels que aiguilles en os, haches et couteaux
en silex.
Divers uarties de rAUemagne , entre au-
tres la vaUée du Danube, ont offert des crA-
nes semblables à ceux découverts par H.
Doué et placés à diverses hauteurs.
Enfin plusieurs des animaux perdus, sur-
tout des herbivores, se retrouvent constam*
ment dans les tourbières, et très-sou vent avec
des produits de Pindustrie,. des squelettes
humains et quelquefois avec deseadavres cou-
verts de vêtements extraordinaires dont la
chair est devenue savonneuse, des tiges et
des graines de plantes qui croissent dans
nos tourbières ou marais identiquement
les mêmes et sans la moindre modifica-
tion (531).
Nous n'avons pas recueilli tous les gise-
ments de fossiles humains, et cependant
dans les seuls que nous venons d'indiqocr,
on doit, en ne tenant compte mie des osse-
ments, sans {varier des débris de l'industrie,
évaluer au minimum à soixante et quelques
individus de notre espèce, les ossements
fossiles trouvés dans ces gisements.
HOOKE, $eê idéu âur Us soutêvemmts. —
Voy. GéoLOore.
m)PKINS(H. W.)— A partirdef837, époqyo
à laquelle ce savant communiqua à V Associa-
tion briianique pour ravanctmenl des scien-
ces le commencement de ses Recherches sur
la géologie physique, M. Hopkins a publié suc-
cessivement plusieurs Mémoires dont nous
allons rendre compte. Les aperçus nouveaux
qu*on y trouve sur la théorie de la terre, le
grand nombre de calculs auxquels l'auteur
s'est livré à ce sujet, et l'extrême réserve
qu'il a mise dans ses conclusions, méritent
une attention particulière
Dans la première série de ses recher-
ches (532), M. Hopkins, avant d'entrer en
matière, fait remarquer qu'il y a, pour les
corps, deux modes distincts de refroidisse*
ment : l'un pour les corps solides ou impar-
faitement fluides, et qu'il nomme refroidis-
sement par conduction ; l'antre jpour les mas-
ses dans un état de fluidité tel que les par-
ticules] composantes peuvent se déplacer et
se mouvoir entre elles : c'est le refroidisse-
ment par circulation ou par érection. Les
lois du premier mode sont assez connues :
mais il n'en est pas de même de celles du
second. A l'origine du globe, alors qu'il était
dans un état de fluidité parfaite, le prem ie *
refroidissement a eu lieu par circulation , et
le changemeiit de ce premier mode, dans lo
second, a dépendu de certaines conditions.
Si, d'une part, la tendance à se solid ifier
par le refroidissement diminue de la cir-
conférence au centre, de l'autre, la tendance
à se solidifier par la pression, augmente dan s
le'même sens; mais les lois de ces deux
phénomènes étaient peu connues. M. Hopkins
déduit seulement de cette proposition, que
si l'augmentation de température, en ,s'cn-
fouçant dans la'masse, est assez rapide pour
s'opfioser à la solidification que tend a dé-
terminer la plus grande pression, il y aura
propension vers un état imparfaitement
fluide de la masse, et ensuite vers sa solidi-
fication dans ses parties supérieures ; tandis
(551) LwcH, Le monde ftimiaf^ t. V\ p. 140, trad. {PUUot. transe, of the t. Soc, of Lonion pour 1839,
de MuUel. part, ii, p. 581).
(552) Rt$earche$ in phy$ical geology, First-series
7i5
HOP
DicTioHfujftE m: GOSHOGONIE
HOP
m
que si c^est la pressioa qui remporte. Je
passage de la fluidité parfaite è Vétàvbe-
fluidité imparfaite, et enfin la sobdiflcatton,
commenceront par le centre.
Dans le premier cas» il n*7 aura solidifia
cation de la croûte externe que lorsque toute
la masse sera à un état imparfaitement fluide;
car, jusque-là, il y aura tou^urs circulation;
et celle-ci devra cesser presque en môme
temps dans toute TétenduejlQ^la masse, la-
quelle commencera aloffasertifroidir, M
conduction, très^rapidément à ta surface
et très-lentement à rintérieur, & cause du
peu de conductibilité des roches. Nous ne
savons point encore Tépaisseuf probable
de la croûte terrest/e, dans rby(>othèse de
sa fluidité primitive, ne connaissant pas
rinfluence d'une liante température pour
résister à la solidification , comparée ou
opposée à celle d'une grande pression qui la
déterminerait ; seulement, Téta^ actuel de la
surface du globe beijmet d'admettre Texis-
tcnce d'une cfoûtê solide, dont l'épaisseur
est très-pelito reladvement au rayon.
Bans Je seConcT cas, celui où la pression
vers le centre, l'emporterait sur la tempé-
rature , le refi:t)idi^seix][ent par conduction
commencerait' par le centre, tandis que les
parties supérfeures se refroidiraient encore
£ar circulation, et cela dans le même temps.
Tais on coi/çoit que le premier mode tendra
à gagner sAr le secohd, qui cessera dès que
toute la m&sse externe ne sera plus parfaite-
ment fluiqe. La partie superficielle se refroi-
dira alorsi très -rapidement ; une croû4e ex-
terne se ^oriBera et saccrolti'a de haut en
Las, bien plus vite que la solidification n'aura
lieu au-ddssus du noyau central antérieure-
ment consolidé. Le globe pourra donc être
composé d'une enveloppe solide , et d'un
noyau ceiitral également solide, séparés
l'un de l'autre par la matière fondue, mais
moins fluide que celle qui pouvait exister
vers le centime, dans la première hypothèse.
Quant à l'épaisseur de la croûte externe, elle
J courra être, ôomme dans le premier cas, très-
àible, relativement au rayon. Mais, dans
l'état actuel debos connaissances, dit M. Hop^
kins, il n'est ))as possible de prononcer si
la croûte exterbe et le noyau solide sont à
présent réunis, ou s'ils sont encore séparés
par la matière en fusion.
Ainsi, tout en admettant avec Poisson que
la solidification à p\x commencer par le centre,
le savant profeâsftui^ de Cambridge est loin
de penser que la surface s'est solidifiée
la dernière ; car, il est évident aue l'encroûte-
ment a dû se produire à la suriace avant que
toute la partie inlel'ne fût devenue solide,
distinction que M. Hopkins considère comme
très-importante pOtar l'explication des phé-
nomènes çéologiqilips subséquents. En ré-
sumé, si 1 on regardé le globe comme ayant
été originairement àTétat de fluide parfait,
on ne peut pas, dit-iu arriver encore à des
conclusions plus précises que les suivantes :
1" Le globe peut êti^ formé d'une enve-
loppe extérieure solide et d'une masse in-
terne dont la fluidité est la plus grande au
<;etttre. L'épaisseur de l'enveloppe peut dre
/très-faible, comparée au ravon, et la fluidité
au centre approcher de celle qui admet le
refroidissement par circulation.
S* Le globe peut être formé d'une enre-
loppe extérieure solide et d'un noyau cen-
tral également solide, séparés l'un de l'autre
par une matière en fusion. L'épaisseur delà
Cfoûte et le rayon du noyau solide peuTeot
être très-faibles, eu égard au rayon delà
terre, et la fluidité de la masse intermédiaire
est alors beaucoup moindre que ceHe qui
permet le refroidissement par circulatioa.
3** Enfin , la terre peut être solide de la
surface jusqu*au centre.
' L'observation directe du mode de refroi-
dissement du çk>be, en lui supposant une
origine fluide i^ée, nous laisse donc eo-
core très-incertains sur l'état actuel de sa
partie centrale. Cette incertitude résulte,
non de l'imperfection de la partie mathéma-
tique des recherches , mais du manque de
détermination expérimentale de Yaleors
qu'il sera toujours très-diflicile, sinon im-
possible, de déterminer avec exactitude.
. M. Hopkins recherche ensuite si l'on ne
trouverait pas des preuves deria fluidité
centrale dans les phénomènes de la préces-
sion et de la nutation, car l'action directe
des forces qui les produisent doit être très-
difl'érente sur la partie interne, suivant que
celie-cî est solide ou liquide. On adénootrt
que ces phénomènes étaient d'accord ayecla
solidité interne supposée dans certaîaes bv-
pothèses rationnelles, relativement à la loi m
densité, mais ils ne paraissent fàs avoir été
étudiés relativement a la fluidité interne sup-
posée, et c'est ce problème dont l'auteur s oc-
cupe particulièrement. Après avoir appliqué
successivement l'anal vsea l'attrAction du so-
leil sur la croate solide, connne à celle de la
lune, puis à la pression exercée intérieure-
jaMH sur les parois de la croate par la
masse fluide soumise à l'attraction solaire et
lunaire, et enfin à la force centrifuge « il
considère la tendance des forces agissant
sur le fluide interne pour le mettre en mou-
vement, et trouve qu'en réalité les acUons
du soleil et de la lune ne déterminent point
cette tendance, et que l'axe de rotation ins-
tantané du fliiide interne sera exactemeut
semblable à celui de la croûte, et de même
ordre. Ehfin, il arrive (p. M3) h ces autres
conclusions.
1* Quelle (luc soit l'épaisseur de Tenve^
loppe, la precession sera la même que si
toute la terre était homogène et solide.
2** La nutation lunaire sera la même qs^
pour un sphéroïde homogène, et ft un tel
degré d'approximation que la différence e^t
inappréciable à l'observation.
3' La nutation solaire sera aussi sensible-
ment la même que pour le sphéroïde hoiuf)-
gène, à moins que l'épaisseur de la coque
ne soit très-approchée d'une certaine valeur
un peu moindre que un quart du rayon te^
restre, auquel cas cette mutation deviendra
beaucoup plus grande que pour le sphéroïde
solide
fÊ»
ET D£ PALiONTOLQGifi.
HW
7tt
: fc* Outrv ces moovemettts- de précession
•I de Dutalipn, le pj^ïe de la terre aurait un
l»elit mouTement circulaire dépendant en-
tièrement de la fluidité întérieure. Le rayon
du cercle ainsi décâl serait le plus ^and
lorsque Tépaisseur de Técorce seraH la
moindre, mais Tinégaiité ne pourrait excé-
der, pour la plus faible épaisseur de Técorce,
une quantité de même ordre que la nutatioii
solaire».
0ans un second Mémoire , H. Hopkins a
traité la même question en supposant Tin-
térieur de la terre fluide ei hétérogène, on
mieux,, le fluide interne et Técorce comme
étant des corps de nature différente. Parmi
les problèmes qu*il a examinés se trouve *
oelui de la permanence de Tinclinaison de
Taxe de la terre, depuis la première forma-
tien de la croûte, et en admettant que la so-
lidification ait commencé par la surface.
Enfin, dans la troisième série de ses re-
cherches, Tauteur s*occupe de Tépaisseur et
de la constitution de la croûte terrestre, et
en particulier du minimum â*épaisseur
comi^atible arec la Taieur de la précession
obsenrée. Dans le ç^s de la terre,, le passage
de la partie fluide à la partie solide n*est pas
immédiafe comme il Tavait d*abord sup-
r(é. Sl^l'on considérait comme fluide toute
masse qui n*est pas parfaitement solide,
ou comme solide toute celle qui n'est pas
parfiiitement fluide, on donnerait une trop
uiblé ou une trop grande épaisseur à la
croûte ; aussf H; uopluns admet-il une sur-
fioe d*égale fluidité, ou si Ton reut d*égale
solidité, intermédiaire aux deux surbces de
parlSûte solidité et de parfaite fluidité, et
telle que, si tout ce qui est au-dessus était
pai^tement solide et tout ce qui est au-
dessous complètement fluide, la précession
et la nutation seraient les mêmes que dans
le cas où le passage de la solidité de la
ooûte à la masse fluide interne serait gra-
duel et continu. 11 nomme cette surfiice,^tfr-
fàee effective interne^ et sa distance à la sur-
lace extérieure , épaiseeur effective dit la
croûte.
Le degré de solidité et de fluidité d*un
point quelconque de Tintérieur du globe
dépena en |>ai3tie de sa température et de la
pression qui s'y exerce, et, après avoir indi-
qué, d*uae manière relative, la surface de
même fluidité ou solidité passant par ce
poinl, M. Hopkins fait voir que la détermi-
nation des formes des surfaces isothermes à
Tintérieure du sphéroïde, est entièrement
approchée lorsque Fellipticité est petite, et
le temps pendant lequel le refroidissement
a lieu est très-grand, comme on peut le sup-
poser pour la terre.
11 déduit de la marche analvtiaue du pro-
blème, qu'il faudrait descencire a une pro-
fondeur ^le à environ un cinquième du
layon terrestre avant d*arriver à la surface
d*é^e fluidité avec une ellipticité de la
valeur exigée, c'est-à-dire que l'épaisseur
effective de la croûte doit être égale, à un
quart ou un cinquième au moins du. rajron <
terrestre pour que la .préctssiôn- ait la va-
leur observée.
. Ce résultat de calculs assej compliqués fait
penser à l'auteur qu'il n'y a point, comme
on l'a supposé, de communication entre les
oriflces volcaniques et la surface du noyau
fluide interne, et que la matière fondue des
volcans actuels se trouve dans des réservoirs
d'un* étendue limitée, constituant des lacs
souterrains, mais non un véritable océan. Il
attribue à la même cause la plupart des
grands soulèvements reconnus, excepté
peut-être le plus ancien, car, à l'époque de
ces divers soulèvements, la croûte terrestre
était déjà d'une énorme épaisseur. Cette
supposition de lacs souterrains ignés, à une
faible profondeur, s'accorde d'ailleurs avec
les recherches fondées sur les principes do
la mécanique pour les phénomènes d éléva-
tion, tels qu'il les a donnés dans son Mé--
moire sur la géologie plufiique (533). Ces
parties fluides, placées au milieu de la
croûte solide, de même que leur perma-
nence dans cet état , seraient dues à une
plus ^nde fusibilité de la matière qui les
constitue.
Comme conséquence de ses Mémoires pré-
cédents, M. Hopkins insiste de nouveau sur
la permanence de l'inclinaison moyenne de
l'axe terrestre, sur le plan de l'écHptique
(page 53), en faisant remarquer gue les preu-
ves de cette permanence n'avaient été jus-
qu'alors basées que sur Thypothèse de la so . '
lidité entière du globe, présomption qui,
quel que soit l'état actuel de notre planète»
ne peut jamais être admise comme nécessai-
rement applicable à toutes les époques anté-
rieures à Texistence des êtres organisés à sa
surface. Mais cette proposition étant dé-
montrée vraie, en l'appliquant à la terre de-
f>uis l'origine de son enveloppe externe so-
lde, doit fidre regarder comme essentielle-
ment fausse toute hypothèse établie sur le
changement de position de l'axe de la terre,
soit que l'on suppose l'intérieur avoir été
solide et fluide, soit qu^on le suppose encore
tel aujourd'hui.
nus loin, l'auteur démontre que, quand
même la pression des éléments de la terre
ne serait pas telle cpi'il en résultât la solidi-
fication d une partie de la masse, la conclu-
sion relative à l'épaisseur de la croûte ter-
restre serait encore vrai^o fortiori. Ainsi, la
détermination de la dernière limite à cette
épaisseur est indépendante de l'effet incon-
nu de pression, ou, en d'autres termes, de la
détermination expérimentale de température
de fusion, pour difTérentes substances sous
de hautes pressions.
Il a fait voir également que la température^
actuelle de l'intérieur de la terre ne peut
être due à sa chaleur originaire, si la tempé-
rature de fusion pour la matière est indé-
pendante de la pression à laquelle la matière-
(533) Reaemrckes in pkmêicot oeologm (Recbercbes sor la céoloffie phraoïM») [Transat, oftke Camkrid^
Ml. Soc., TOI. % p.lVÎfe5.|fc6]. ' B^ 1 P . f- i V-
m
icft
DICTkKfNAIRE DE COSMOGONUl
1»
fondue est soumise; car» dfois ce cas» elle
doit être sans doute suffisante à la profon-*
deur de if% ou 1;5 du rayon terrestre pou?
fondre toutes les roches de la partie solide
sous la pression de l'atmosphère ; par eon-*
stfquent» h ces profondeurs, ta matière serait
& 1 état de fusion, et la croûte de la terre de--
vrait être très-mince, à moins que la solidi-t
ficatiôn n'ait été déterminée par la pression ;
or, comme M. Hopkins a prouvé q^ue cette
croûte ne pouvait être très-miftce, il tfi ré-
sulte que sa proposition est démontrée, c'est-
à-dire que la température de fusion est dé*
pendante de la pression à laquelle elle esl
soumise.
Nous n'avons pu faire connaître que très-
succinctement les principaux points de la
question à laquelle M. Hopkins a appliqué
les calculs très-variés rie 1 analyse, et queN
ques-uns des résidtats qu'il en a déduits;
mais ils suffiront peut-^tre pour indiquer la
voie dans laquelle il s*est engagé, et que
nous désirerions voir suivie par les person<«
nés qui, famittarisées comme lui avec le mé-^
canisme des formules, le sont également avec
toutes les données de h physique eipéri*.
mentale et les résultats de la géologie mo-
derne. Les conclusions de l'auteur sont sans
Joute encore plutôt négatives que {«ositives,
mais elles témoignent du désir de cherchei:
1»
ïà vérité avec une extrême bonne foi, et m\
beaucoup plus utiles que ces hypothisM
hardies et tranchantes oasées sur des élé-
ments incomplets et qui s'écroulent deiant
le plus simple bon sens. M. Hopbns, dans
ses applications directes des mathématiques
h certains pays affectés par l'action des fer-
ces souterraines , a fait voir quel parti oo
pouvait tirer de ce mode de recherches, lors-
ou'on possédait également bien et sans idée
théorique préconçue, tous les éléments d'un
problème, à quelque ordre d'idéw oi d^
faits qu'ils appartiennent.
HOUILLE^ Voy. Flobb Fossas et VM-
TAUX FOSSILES. — Soh Utilité. — foy, Coc-
CHES CARBONiFiREs et Ylfitroduction.^SH
origine et sa (ormcUion $uivMt AT. Mmtpità,
— xoy. Maupie» et ïlniroducfiofif Cibboxh
FéniEN, etc.
HÙTCHINSON, Voy. <;6olo6Ii.
HUTTON. Voy. Géologie.
HUTTON (W.), $€s opiniom «nr ^ti Hjé^
taux fo$sile8. — Voy. Flobb fossob,
HYDROGÈNE, âon rdte dam la tonUil^
Uon de la terre,— Voy. Matièbbs ÉLimcTinn
no OLOBS TVBBBSTBE.
HYLiEOSAURE. Foy. Iotanoboii
HYPOTHESES* ou'm/btU-i/pMierr-rq^
Cosmogonie.
I
ICHNITES. Yoy. Eufebuntes physk)logj(-
OUES.
ICHTHTOSAURE (t;(Ovf , poision^ 9«vper,
Uxard). — Animal marin de l'ordre des sau-
riens, dont plusieurs espèces fossiles pré-«
sentent une organisation ibrt extraordinaire.
Elles offrent des combinaisons de formes et
de structure presque incroyables, et qui les
mettaient en harmonie avec des modes d'eiis-i
tence dont aucun exemple ne nous est offert
par les espèces actuelles de la classe des rep-
tiles. Leurs restes abondent, surtout dans le
lias et dans les formations ooHtiques de la
série secondaire (534) : et ce ne sont pas seule*
ment des animaux voisins des crocodiles ou
des gavials du Gange que l'on y rencontre ,
mais aussi, et en bien plus grand nombre,
Ces lézards gisanCesques qui habitaient les
mers et les golfes des époques où cette his-
toire nous reporte.
f'armi les espèces les plus remarquables
de ces reptiles, il en est quelques-unes qui
ont été reunies pour constituer le genre ich-
th>osaure IpoissonMzard)^ ainsi nommées
. à ca'Jise J'une certaine ressemblance de leurs
(SSI) Le dépôt principal où ron ait trouvé ces ani-
maux est le lias de Lyine -Régis; mais Hs abondent
aussi dans tonte retendue ou^occupe cette formation
en Ancieterre, c'est-à-dire aepuis les côtes du Dorsel
juBoua celles du Yorkshirc, en traversant les comtés
de ^mmerset et de Leicester. On les rencontre
aussi dans le lias dv la France et de l'Allemagne.
vertèbres avec celles des poissons. Si nooi
étudions ces créatures sous le rapport de
leurs organes de locomotion et des moyens
d'attaque ou de défense qui résultent de leur
structure extraordinaire , nous y trouv^^roos
des comibinaisons de formes et d'ac^aBg^
ments mécaiiiiqiieSxqiit se rencontrent encore
dispersées dan$ certains Qrdxes oo dans cer*
taines classes actuellement existantes, miis
jamais réunies dans un seul genre. Cest m
qu'un même individu off^ la museau d'on
marsouin et les dents du crocodilei^ la téied'uo
lézard et les vertèbres d'un poisson, le ster-
num d'un ornithorhynque et les nageoires
d'une baleine. L'ichthyosauce, par sonaspett
général, devait rappeler de bien près le ruar-
souln moderne,^ ou l'épaplard (rfc/pAww*-
orca). U avait quatre pattes élar^es, sortes
d'avirons , et son corps se terminait en ar-
rière par une queue lonçue et puissante. Les
pl^us grands de ces reptiles ont dû avoir plus
ae trente pieds de long.
On connaît sept ou nuit espèces dn genre
ichthyosaure , et elles se ressemblent luiiics
par les points généraux de leur organisalion,
Le genre ichthyosaure paraît avoir cQmmeoe« i^
le muscbelkalk, et être parvenu jusqa^à lafon^
tion crétacée en traversant la période o^Jiibiqoe k"
entière. La couche la plus rëoente dans bqi|dK^
ait trouvé quelques restes an^rtenant à ce geii|
est la marne crayease de Douvres, o« Us oi^ ^
découverts par M. ManU^II.
KH
ET DE PALEONTOLOGIE.
ICH
13*
el par la présence de ces diTer» organes sin-
guliers dans lesquels Ressaierai de faire Toir
des mécanismes et des arrangements en rap-
pel arec leurs habitudes et leur mode ae
Tie.
TAe. — Le tête, qui chez tous les animaux ,
est la rj^on la pins importante et la plus
caractéristique, Sut Toir, au premier coup
d'cBfl, que les icbthyosaures étaient des
reptiles qui , bien que Toisins des crocodiles
modernes par plusieurs de leurs caractères »
ae rapprochaient néanmoins encore dayan*
Ufgd aes lézards. Ils ressemblent aux croco-
diles plus qu*à aucun autre animal « par la
forme et Tarrangement de leurs dents. Mais»
ta lieu oue Touverture de leurs narines
aoit placée, comme chez ces derniers, à
Feitrémité du museau , on la Toit , comme
chez les lézards» tout près de l'angle anté-
rieur de Torbite oculaire. Mais, ce que teur
télé offre de plus remarquable, c'est le vo-
lume extraordinaire des yeux qui dépassent
ceux de tous les animaux non contempo-
rains (535). Leurs mâchoires doivent avoir
en une ouverture énorme; car elles ont
jusau'à sixpieds dans la plus grande espèce,
lickthyotaurut plalyodon; et on ne peut
révoquer en dente que la voracité de cet
animal ait été en proportion de ses moyens
de destruction. Son cou est court comme
celui des poissons.
Denis. — Les dents de Tichthyosaure sont
coniques , et ressemblent beaucoup h celles
des crocodiles; mais elles sont beaucoup
plus nombreuses, puisque, dans certains cas,
on en trouve jusqu'à cent quatre-vingts.
Elles varient du reste suivant les espèces , et
ne sont point implantées dans des alvéoles
profondes et séparées, comme celles de ces
derniers animaux ; mais elles sont rangées
dans une rigole longue et continue , creusée
dans l'os maxillaire, et oJ!l la séparation en
alvéoles distinctes est représentée, à l'état
de vestige, par quelques replis f>eu saillants
qui tiennent aux parois de la rigo.e et s'é-
lendent dans Tintervalle des dents. Xe mé-
canisme à l'aide duquel les vieilles dents
::ont remplacées par des dents nouvelles,
est à peu près le même dans les ichthyo-
saores que dans les crocodiles. La dent nou-
refle prend naissance au pied de l'ancienne ;
celle-ci , par suite de la compression latérale
{SS5)Qb voit dans b eofleclkHi de M. Johnson, k
Bnstol, le crine d^oa ichthvosaanis piatyodon, dont
les «viles orbitaires ont 44 ponces dans kar plus
grand diamètre.
(538) La sdéroliqne osseuse des îebthyosaures se
rapprodie beaneoiip pour sa forme du cercle osseux
qui entoure ia pupUle de Taigle doré. Dana Tun
counne dans Tautre cas , cette disposition a pour
but de Elire varier retendue de la vision distincte,
de façon k ce que fanimal puisse découvrir sa
proie aux «fistanees les plus éloignées comme aux
distanees les plus courtes. Ces plaques osseuses
aerveni encore â conserver à la partie proéminente
ëe reeil celle saillie qui est si remarquable chez fies
oiseaux. Chex les hiboux, oè la vision à de arandes
distances est incompatible avec leurs hanitudes
nocturnes, le cercle ossrui, d'après les observations
qu'elle éprouve, a sa base bientAt absorbée,
et son corps finit par tomber pour iaire
place à celle qui doit lui succéder.
Comme les habitudes de rapine des icb-
thyosaures les exposaient, ainsi que les cro»
ccdiles de nos jours, à la perle fréquente de
leurs dents, il a été abondamment pourvu,
dans les uns et dans les autres, à ce qu'elles
fussent continuellement remplacées.
Teux. — Le volume énorme de Tœil des
icbthyosaures est une des particularités les
plus remarquables de leur organisation. La
grande quantité de lumière que ces orjçanes
pouvaient admettre, par suite de ce diamè-
tre extraordinaire, devait leur donner une
puissance de vision remarquable, et nous
trouvons ailleurs des preuves que ces yeux
Souvaient remplir tout à la fois les fonctions
u microscope et du télescope. A la partie
externe de la cavité orbitaire où cet œil
était logé, se trouve une série circulaire
de plaques osseuses minces et pétrifiée*
entourant l'ouverture centrale où fut la
pupille. Pour la forme et Fépaisseur, cha-
cune de ces plaques ressemble beaucoup aux
écailles d'un artichaut : ce cercle de plaques
osseuses n'existe pas dans les poissons;
mais on le trouve dans les yeux de plu-
sieurs oiseaux (536), ainsi que dans ceax des
tortues terrestres et marines, des lézards, et
même, bien que moins développé, dans ceux
des crocodiles.
Chez les animaux vivants, ces plaqueai
osseuses sont fixées dans la tunique externe
de l'œil, ou sclérotique , et leur action a
pour résultat de modifier la convexité de la
cornée. Si elles sont ramenées en arrière,
la cornée transparente se trouve repoussée
en avant, son rayon diminue, et 1 ceil de-
vient un microscope. Viennent-elles à re-
prendre Teur position lorsque l'œil est en
repos, elles en font une sorte de télescope.
Les parties molles de Tœil des ichthvosau-
res sont entièrement détruites, mais la con-
servation de ce curieux appareil de plaques
osseuses nous fournit une preuve que les
Jeux énormes auxquels ils servaient jadif
'enveloppe extérieure étaient des instru-
ments d optique d'un pouvoir prodigieux^
et su5ceptibles de varier leur action de telle
sorte que l'ichthyosaore pouvait découvrir-
sa proie aux plus grandes comme aux plus^
de M. Tarrd, est eoneave et proloiifé en avant, 4a
telle façon i|iie la surface externe de Viml se trouve
|iorl^ à rexlrénité d*aB lonf tube, et sàiUe ainsi
en dehors des plumes légères ovi forment an duvet
aaloar-dela tète. Cet anteor ajoute : Véumàme éê
tUion dami jtnmêent Us fmusms m été prohmblewÊeui
refusée aux yems d^ ki^us; Mm im spkériàté pitu^
tùfsssdérahU du crisiëfim et de im eomée elles ses of»
seaas de proie leur dorme une imtetuité de vmsmi
plus en rapport avee tobscmritéde Voimùsplàre ok
s^eserce leur aetUm wismeUe, Ces oiteamx pemeeM iiro
comparés ans persormes myopes fin aotciu les oijsis
pins grands et pius ctairs, pomrem qu*iis sotent piaeé»
è lu dislance nalnrelie de knr oisiem distinese, parm
^lls le voieni sons nm an^ pins ffmsd. fK
Anaiùme des oiseaux de proie [Zooêogieai éo
tome lU, ^ 188] )
731
ICI!
DlCT10iNNAIft& DE COSMOGONIE
ICH
751
petites distances, au sein de robscnrité des
nuits et des abîmes de TOcéan. Enfin nous
ÏtrouTODS un nouveau caractère qui associe
la famille des lézards Tanimal auquel ap-
partenaient des jeux ainsi conformés et en
même temps l'éloigné à une grande dis-
tance de la classe des poissons (537).
Un autre genre aulilité qu'offrait ce
curieux appareil de lames osseuses, c'est
qu'il soutenait la surface externe de ce
▼aste globe oculaire, dont le volume ex-
cédait souvent celui de la tétc d'un hom-
me, et lui donnait la force nécessaire
pdur supporter la pression des eaux pro-
londes. En outre, comme les narines occu-
f>ent l'angle antérieur oculaire de l'orbite,
es yeux se trouvaient nécessairement élevés
au-dessus de la surface des eaux, toutes les
fois que l'animal y venait prendre l'air né-
cessaire à sa respiration, et ces importants
organes recevaient encore de leur enveloppe
osseuse un service précieux, par la protec-
tion qu'ils y trouvaient dans cette circons-
tance contre les injures des vagues.
Mâchoires. — Les mâchoires des ichthyo-
saures, de même que celles des crocodiles et
des lézards qui se prolongent plus ou moins
en un bec saillant, sont formées par l'assem-
blage de plusieurs lames disposées de façon
à reunir la force, l'élasticité et la légèreté à
un bien plus haut degré que n'eussent pu le
faire des os isolés, tels que ceux qui consti-
tuent les mâchoires des mammifères. Il est
évident qu'une mâchoire inférieure aussi
mince et en inème temps aussi allongée
que le sont celles des crocodiles ou des
ichthyosaures , et qui devait avoir pour
emploi de retenir les grands et puissants
animaux qui formaient leur proie, eussent
été comparativement faibles et faciUs à bri-
ser, si elles n'eussent été composées que
d'un os unique. Aussi chaque moitié laté-
rale de la mâchoire inférieure était-elle for-
mée de six pièces distinctes.
Cet arrangement de la mâchoire infé-
rieure, dans le but de réunir la force et
l'élasticité avec le plus petit poids de maté-
(557| Une disposition analogue a été accordée
aux poissons, dans le but d'opposer à la pression du
liquide ambiant la résistance nécessaire pour que
les yeux conservent leur forme. Elle consiste dans
Tossilication de la capsule extérieure; maïs, chez
oes derniers animaux, Tossiication est ordînaire-
inent simple, bien que ]>lus ou moins complète sui-
i vaut les difleréntes es}»èces, et la lame circulaire
osseuse n'est jamais divisée par des sections trans-
i versales en un srand nombre de plaques, comme
cela a lieu dans les lézards et dans les oiseaux. Les
capsules oculaires osseuses sont souvent conservées
daîiè les tètes de poissons fossiles. On en rencontre
«H aboodanee dans Targîle de Londres, et quelque-
fois aussi dans la craie.
(538) L*os corouoîde pénètre entre le dental et
ropercuiaire, et ses ttbres sont dirigées oblique-
ment, tandis que celles de oes deux derniers os sont
horizontales et parallèles. La force de résistance de
cet organe est 'considërablement accrue par celte
flireclioa diagonale des fibres, sans que son poids
ni ion volume s*en augmentent de la plus laililH
quantité. H existe une pareille structure dans les os
riaux possible, est en tout semblable k
celui qu'on donne aux lames de bois élas-
tiques ou d'acier qui entrent dans la com-
position d'une arbalète ou d'un ressort de
voiture. Dans la mâchoire de l'ichtbyosaure,
comme dans les deux cas que nous venons
de citer, les lames sont plus nombreuses et
plus épaisses sur les points otl doit s'exer-
cer un plus grand etfort; elles sont plus
minces et en nlus petit nombre vers les
extrémités, là ou l'action est beaucoup moin-
dre. Ceux qui ont été témoins du choc qui
ébranle la* tête du crocodile, lorsqu'il fenne
brusquement ses mâchoires longes et min-
ces,, ont pu voir combien le maxillaire infé-
rieur eût été exposé à se briser, si chacune
de ses moitiés n'eût été formée que d'un
seul os. Les mètnes dangers eussent été- une
conséquence de la même simplicité de struc-
ture de la mâchoire inférieure chez l'ichlbyiv
sauré. Dans Tun comme dans l'autre c^s,
ces six lames plates et minces de longueur
et de force diflferentes, enchevêtrées et for-
tement liées les unes aux autres, pour for-
mer chaque moitié de la mâchoire infé-
rieure, compensent la. faiblesse et là fra^-
lité qui étaient une conséauence nécessaire-
de l'allongement extrême au museau.
M. Conybeare signale encore, dans la mâ-
choire de l'ichthyosaure, un arrangement
fort remarquable, et tout à fait analogue k
certaines dispositions adoptées depuis peu
dans Tarchitecture navale (538).
Vertêbres,^La colonne vertébrale de J'icK-
tbyosaure est composée de plus de cent
vertèbres; et bien qu'elle supporte une tête
qui ressemble beaucoup à celle d'un lézard,
elle offre dans sa structure les plus grandes
analogies avec le mode d'organisation propre
k la colonne vertébrale des poissons. Cet
animal ayant été créé pour une locomotion
rapide à travers les mers, des vertèbres à
facetfes concaves, telles que celles qui i)ar
leur mécanisme contribuent à donnes aux
poissons leur grande puissance de locomo-
tion (539), étaient beaucoup plus en rapport
avec de telles fonctions que les vertèbres
de la tête des poissons, et aussi, bien qirà. un degré
moindre, dans la tète des tortues. (Géolég. trafisac^
London, t. V, p. 565, et nouv. série, 1. 1'% p. llS.y
(S39) La section d'une vertélire de poisson offre
deux cônes creux réunis par leur sommet au centre
de la vertèbre et rappelant la forme d'un sablier;
mais la base de chacun des cènes, au lieu d*étre fer-
mée, comme cela a lieu dans le sablier, par udc lame
plate et élargie, se termine par un bord mince coname
celui d*un verre à pied, et qui s'applique sur le bord
o|)posé de la vertèbre adjacente. L e^cc vide que
laissent entre eux ces deux cônes creux e&i rempli
par une substance molle et flexible, ayant la forme
de deux cônes solides juxta-poscs par leur base, et
disposés de façon que chaque cône creux vertébral
s'applique exactement sur l'un de ces cônes élasti-
ques pleins qui le remplit et lui permet de.se mou-
voir dans toutes les directions. Ce mode spécial
d'articulation donne à la colonne vertébrale tout
entière une grande puissance, et lui. ^permet une.
flexion rapide dans tous les sens au sein des eaux.
Mais, comme la flexion verticale est beaucoup moîus
nécessaire que la flexion latérale^ elle se iriNive
ica
ET DE PALEONTOLOGIE.
iCH
TU
•olides des léxards et des crocodiles. Mais
d'un autre côté, ces côaes creux juxta-posés
ne pooTaîeat entrer cooime élément dans la
colonne vertébrale de quadrupèdes destinés
à habiter la terre ferme ; cette partie essen*
tielle de leur charpente solide étant presque
à angle droit avec les membres» devait être
liiMinée par une suite de pièces osseuses,
larges et aplaties, et serrées avec une force
eoosidérable les unes contre les autres. Il
«^ donc évident que si à des créatures d'une
taille et d*un volume aussi considérables
Sue les ichthyosaures, et une fois pourvues
e vertèbres construites sur le même prin-
cipe que celles des poissons, il eût été donné,
au lieu de rames élargies , des membres or-
ganisés de la manière ordinaire, elles n'eus-
selit pu se mouvoir sur le sol, sans qu*il en
résultât de graves lésions dans leur char-
pente osseuse (5U)).
Côies, — Les cotes sont minces , et pour
la i^flupart bifurquées à leur extrémité su-
périeure ; il 7 en a dans toute la longueur
de la colonne vertébrale, depuis la tète jus-
qu'au bassin, et c'est un rapport de plus
entre la structure de richthyosaure et celles
des lézards actuels. Cn grand nombre de ses^
os se réunissent en avant du thorax. Les
cAtes du côté droit s'unissent à celles du
côté gauche, à l'aide de certains os intermé-
diaires analogues aux portions cartilagi-
Caiilée par des apophyses épineuses, soit qa^elles
cfaevandieBi les unes an -dessus des autres, ou
^*clles soienl simplement cooligués.
Cest là une dlsposilion mécanique d'une grande
niiiîié ^r des animaux construits comme le sont
les poissons. La queue est pour eux le princi-
faï ofgane de locomotion» et le poids de leur corps
étant constamment soutenu par Teau dans laquelle
ib sont uloosés, n^exerce sur les bords par IcMuels
les venéores sont en contact, qu'une pression faible
ou tout à fait nulle.
(310) Sir T. Home a de plus ebserré une particn-
lanlé an canal spinal qui n'existe dans aucun autre
nalMal. La portion annulaire n'est point soudée au
carpaéela vertèlire comme ches les mammifères; elle
my est point non plus réunie par une suture comme
ckez ks crocodiles , mais elle en demeure entière-
ment distincte, et s'y articule à l'aide d'une t^ ovale
cmprimée, reçue dans unecaTÎté glénoidale. M. Co-
■ybâre ajoute que ce mode d'articulation concouit,
avec la «Dsposition çupuliforrae des artieulatîons
inierveftéiirales, poiir donner plus de Hexibilité à la
tûkmnt et'rendre plus faciles ses mouTements o^du-
litoirea. Car, si ces diverses psrties eussentété soli-
4iâées cdnme cbei les mammifères, les apophyses ar-
lîcnlaifes« serrées comme elles k sont sur tout l'en-
icnUe de la colonne, eussent rendu impossibles dans
ses diverses parties tous les mouvements oui, à l'aide
ém WÊOàt d'articulations que nous Tenons de décrire,
deviennent faciles.
(541) Ces arcs ttemo-eostaux faisaient probablé-
■Msl partie d'un appareil condensateur qui donnait
à ces animaux la nculté de comprimer Pair dans
nmérieur de leurs poumons avant que de s'enfon-
eersoss les eaux. M. Faraday (Loiid. and £df«.
MNuL Jfof ... oct. 1855) a indiqué un moyen à Talde
riKMnme peut lui-même disposer ses organes
a à prolonger considérablement son séjour
■ne atmospoèreimpuriï ou sous Peau, comme
le prationent les pèdieurs de perles; et ce mo^en a
dé connrmé par les expériences de sir Graves
€. Ilongliton. Si, après avoir, à l'aide d'une inspira-
neuseSy intermédiaires et sternalesdes e6tes
chez les crocodiles, et aux os gui, chez le
plésiosaure y forment ce que M. Conjbeare
a appelé les arcs sterno-costaus. Cette struc-
ture avait probablement pour but d'admettre
dans la poitrine une quantité d'air considé-
rable et de permettre ainsi à l'animal de
demeurer longtemj^ sous les eaux, sans
avoir besoin de venir à la surface (5^1).
Sternum. — A un animal créé pour habiter
la mer, sous la condition de venir respirer
lair atmosphérique, il fallait un appareil
qui lui permit de plonger sous les îlots et
de revenir à leur surface avec une égale
facilité. Cet appareil, nous le trouvons r&li-
sé, avec un déploiement de puissance vrai*
ment prodigieux, dans les rames antérieures
de richthyosaure, et dans la manière non
moins extraordinaire dont se combinent les
os de l'arcade sternale, ou de cette partie du
thorax à laquelle les rames sont fixées.
Ces os, bar un rapprochement curieux,
offrent à tres-peu près les mêmes combinai-
sons que ceux gui constituent la même ar-
cade, dans rornithorhynque de la Nouvelle-
Hollande (5^2), animal qui passe sa vie à
chercher sa nourriture au fond des lacs et
des rivières, et qui, comme richthyosaure,
est forcé de revenir à la surface pour y res-
pirer Tair atmosphérique.
Ainsi, voilà une race d*animanx qui se
tion profonde, fait pénétrer dans les poumons ane
quantité d*air aussi considérable que possible, on
cesse tout mouvement respiratoire, le temps que
Ton pourra passer sans reprendre balemesera dou-
ble ou plus ^ue double de celui qu'on eût pu passer
sans cette précaution préparatoire. Quand MM. Bru-
nel jeune et Gravatt descendirent, à Paide de U clo-
che a plongeur, à une profondeur dVuTiron trente
Ijieds dans le trou par où la Tamise avait fait irrup-
tion dans le4unnel à Rotberbitie, M. Brunel plongea
au-dessus de la docbe, après avoir inspiré profon-
dément Tair comprimé qui y était contenu, et il
éprouva qu*il pouvait demeurer deux fois plus loua-
temps sous Teau que dans les circonstances ordi-
naires.
Buckland tient aussi de M. Gravatt qu1l peut
plonger et demeurer jusqu^à trois minutesaous Teau,
desquelles il comprime innïédiatement Tair de ses
organes respiratoires par une forte contraction des
muscles du thorax et se jette à Teau. Cette comprcs^
sion des poumons a de plus encore cet avantage que
le poids spécifique du corps s>n aecrott, et par con-
séquent aussi la rapidité avec laquelle il tombeau fond.
H est probable que tous ces avanta^ se trou-
vaient réunis dans le mode de respiraUon de rich-
thyosaure et du plésiosaure.
(5tô) Cet animal nous offre ramalpme singulier
d*un quadrupède à fourrure dont la Douche est ar-
mée uun beCr comme celui d*un canard, dont les
quatre pieds sont palmés, dont la femelle allaite ses
petits, bien qu'elle paraisse être ovoTivipare, et dont
le mâle a les jambes années d*ergoU. — Voyes les
Mémaireêâe M. R. Owen sur YormUhorkffndnu pmra^
doxM, dans ks Tramêmetiams pkHoêopki^ueê de
Londret 1832, deuxième partie; et 1854, deuxième
partie. — Vov. aussi son Mémoire sur le même stf-
[•4, dans les trûtuaeîiotu de Im SoeiM géûtoàfftÊe dk
Londres; 1855, troisième partie. L'auteur y lait Toii
tant dans l^p|Nuretl de la reorodnction que dans
m
tCH
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
ICH
•n»:
sont éteints à Tépoque où s*est terminée la
série secondaire des formations géologiques,,
et qui oflFrent dams leur structure un ensem-
• tile de dispositions fondées sur le même
principe que celles qui, de nos jours, ont
été employées pour produire les mômes ré-
sultats chez l'un des quadrupèdes aquatiques
les plus curieusement organisés de la Nou-
velle-Hollande (5i3Î.
Rames, — Par la forme de ses extrémités,
richthyosaure s'éloigne beaucoup des lé-
zards pour se rapprocher des baleines. Dans
nfi animal aussi ^rand, qui se mouvait dans
les flots avec rapidité, et devait venir respi-
rer Tair à leur surface, ij fallait que les
membres antérieurs du lézard eussent subi
de grandes modiflcations pour servir ces
habitudes de cétacés. Leurs extrémités ont
dû devenir des nageoires au lieu de pieds;
et sous ce point de vue elles offrent, à un
degré encore plus élevé que les nageoires
de la baleine, la combinaison de la force
avec l'élasticité. La série d'os polygonaux
qui constituaient les phalanges des doigts
varie en nombre suivant -les espèces. Il y
en a plus do cent dans quelques-unes. Ils
diffèrent pour leur forme de ce que sont les
phalanges, soit chez les lézards, soit chez
les baleines, et c'est à cet accroissement en
nombre, en même temps qu'aux différences
dans les dimensions, quil faut ^tribuer
l'augmentation de puissance et d'élasticité
qui s'j fait remarquer. Ce bras et cette
main, convertis ainsi en un aviron élasti-
que, et recouverts de leur peau, devaient
ressembler beaucoup, pour leur apparence
extérieure, aux rames sans doigts, distincts
du marsouin et de la baleine. Leur position
à la partie antérieure du corps estaussi à peu
près Ja même. Dans ces animaux.» on voyait
en outre des extrémités ou nageoires pos-
térieures qui manquent dans les cétacés^
et qui remplaçaient probablement la queue
aplatie et liorizontaie de ces derniers; ces
rattes postérieures étaient de moitié plus
petites que les antérieures (5U).
M. Conybeare fait observer, avec la saga-
cité qui lui est ordinaire, que les motifs qui
ont déterminé cette modilication dans les
proportions accoutumées des membres ix>s-
téHeurs chez les quadrupèdes en général,
sont les mêmes auxquels oh doit attribuer la
(liminution Relative des mêmes parties chez
les phoques, et leur disparition complète
phez les cétacés, et se trouvent dans la né-
cessité de placer le centre ou point d'appli-
cation de 1 action latérale des organes de lo-
comotion au-devant du centre de gravité.
C'est pour la même raison gue les ailes des
oiseaux sont fixées à la partie antérieure du
corps ; et, dans les vaisseaux ainsi que dans
d^iiitres appareils, une foule de rapports entre cet
juiimat cl les reptiles.
(5i5) L'écliidné ou fourmilier épineux, de la Nou-
.velle*Hollanile« est le seul mammifère terrestre
connu chez lequel on irouve une fourchette et des
clavicules seroblaliiés.Omroe cet animal se nourrit de
fourmis, et se relire dans des terriers profonds, cette
structure j^eut être Tune des causes prmcipalcs de la
les bateaux à vapeur, le centre d'action des
Suissances motrices^ soil qu'elles résident
ans les voiles ou dans les roues à palettes,
occupent, par rapport au centre de gravité,
la même position. Dans les poissons, il est
vrai, l'organe principal de locomotion , la
queue», occupe l'extrémité postérieure du
corps ; mais cet organe ,.. par son mode spé-
cial d'action, produit une force impulsive,
un vis a tergo, et agit par- conséquent dans
des conditions tout autres que des organes
fixés latéralement (545)..
Pour terminer cet article, dans lequel nou$
venons de passer en revue avec détails Tun
des genres les plus intéressants et les plus
anciens parmi tous ceux que la science géo*
lo^que a restitué» à la lumière, je crois de*
voirprésenter Quelques considérations sur les
causes finales ae ces déviations iemarq(uables
du type primitif, celui du lézard ; dévtatioDS
par suite desquelles richthyosaure* réunit
une combinaison des caractères qni s'ajou-
tent au tyi)e commun dans les poissons^ les
baleines et les ornithorynques.
De mèoae qu'un lézard, créé pour vivre
au sein des eaux à la manière des poissons^
n'a dû recevoir des vertèbres d'une forma
analogue à celle des poissons que dans lo
but d une locomotion plus rapide, de mémo
aussi le choix pour les extrémités postérieur
res d*une forme qui les rapproche des avi-
rons de la baleine a dû avoir pour but do
convertir ces extrémités en de vigoureuses
nageoires ; et le don d'une fourchette et do
clavicules analogues à celles de l'ornithoryn-
que est un troisième et non moins frappant
exemple des admirables prévisions k Vaido
desquelles il est donné à des animanx d'une
certaine classe de pouvoir vivre dans Télé
ment assigné à l'existence d*une classe diffé-
rente. Si donc les lois de la corrélation des
parties sont moins rigoureusement mainte-
nues dans richthyosaure que dans les autres
créatures éteintes que nous retrouvons narmi
les débris des formations primitives, il n'en
est pas moins vrai que ces déviations, loin
d*être l'œuvre du hasard, ou d'accuser d'im-
perfection le travail de Tintelligence créa-
trice» sont des exemples de plus de l'arraa-
gement parfait et du choix plein de sagesse
qui conduit et régularise jusqu'aux aberra-
tions en apparence les plus contraires ï
toute règle» * ,
Pourvu de la colonne veclébrale don
poisson comme organe d'une progression
rapide; des nageoires de la baleine et du
sternum de l'omithorhvnque comme instru-
ments d'élévation ou d abaissement au seip
des eaux, le ceplile qui nous occupe offrait
une combinaison d'arrangements mécani-
ques que nous ne trouvons plus que rép&r-
fmissance considérable aveola<^uelle il fouille la icrr^
ly a aussi chez leta^ouun rodimeiît cartilagineux de
fourchette qui parait desliné k remplir le même M»
(5^4) Chez rornithorhynque aussi,. Pexpana»
membraneuse ou palmure des pieds postérieurs est
beaucoup moins étendue que celle des pieds aa-
fA|*|p|||>a
(5i5) Ynirtsar. of ihe GeoL Soc, I. V,p. 5T9.
75?
IGU
ET DB PALEONTOLOGIE
IGU
T38
lis sar trois classes disllnctes do règne ani*
nud. Si, destiné à produire des mouvements
verticaux au sein des eaux, le sternum des
omithorhjn^uest nos contemporains, aflècle
des eombinaisons de formes qui ne se ren-
contrent que dans un seul autre genre de
mammilières, ce sont, d*un autre côté, les
mêmes combinaisons que nous trouvons
dans le sternum de l'ichtii vosaure du monde
primitif; de telle sorte qu à des temps sépa-
rés les uns des autres par des intervalles
d'une durée an deU de toute appréciation,
nous voyons un même résultat obtenu par
des instruments tellement identiques, qu'il
ne nous est plus possible de douter qu'un
même plan, qu'une intelligence unique aient
préside originairement à leur arrangement
C'était une fonction nécessaire et spéciale
dans l'économie du lézard-poi&son des an-
ciennes mers que de monter a la surface des
eaux pour j respirer l'air atmosphérique, et
de descendre au fond pour y chercher sa
nourriture: or, les mêmes mouvements sont
encore, de nos jours, paiement spéciaux et
nécessaires à l'omitborhynqiie à bec de ca-
nard dans les lacs et les rivières de la Nou-
Telle-HoUande
L'aimission dans ces animaux de pareilles
déviations du ty|)e respectivement propre
aux groupes dont ils font partie , dans le but
de les harmoniser avec des déviations iden-
tiques des habitudes générales de ces mêmes
groupes, offre une combinaison de compensa-
tions et d'arrangements tellement semblables
dans leursrapports, tellement identiouesdans
leur objet, tellement jparlaits dans la subor-
dination de leurs diverses parties et dans
leur accord avec Tbarmonie et la perfection
de l'ensemble, qu'il nous est impossible de
nj pas reconnaître l'action d'un seul et
même principe éternel de sagesse et d'intel-
ligence qui a présidé, du commencement
jusqu'à la fin, a l'cBuvre tout entière de la
création.
IGUANODON. — Tons les reptiles fossiles
(516) L]hvlaBOsaiire oo iéiard de bois fui décoa-
Tcrt en 1103 dam b forêt de Tilsale, comié de
Sosiex. Ce léiani «traordinaîre parait avoir eu
cnvinMi 35 pieds de long. Ce qui le caraclérise
rtool, ee foui les restes d*os allongés, plais et
nu», %m furmaîenl sans doule une éiionne
raofe cutanée, semblable aux cpiiies cornées qui
samoatent le dos des modernes i^anes. Ces os ont
de 5 i 17 pouces de long, et <fe 3 à 7 pouces et
demi de lar]ge à leur base. Oii trouve avec ces os des
délNÎs de grandes pbqoes tégumcnlaires osseuses,
oo écailles épaisses, qui probawemenl étaient logées
dans bi peau.
(547) On n*a rencontré jusqulci riguanodon, k
urne sade exception prés, qne dans la formation
wealdienne d'eao dooce du sud de rAngleterre, for-
mation Intermédiaire entre les dépôts marins
noliiîqnes de bi pierre de Fortbnd, et les dé-
néls de saUe vert (grmaland) de la série crétacée.
Ln décmnrerteqoe IVm a faite en 4854 (Pm. flMa,,
jwUeC 4854, p. 77) d'une partie considérable do
sqndeite de Pua de ces animaux dans les carrières
de Keatisl»>ilay, près de Maidstone, est une preuve
^ae rexisteBee dreetle espèce n*a pas eu pour limite
répoym ai s'est termiaée la foramiioB wealdienne.
L*iadivida auquel appartint ce squeletle fut pndMh
ira
ne furent pas carnivores ; il existe aussi dans
la même grande famille des espèces remplis-
sant les fonctions d'herbivores et en oflfrant
tous les caractères. De ce nombre est le genre
suivant, dont nous devons la connaissance
aux savantes recherches de M. Mantell. Non-
seulement cet historien infatigable de la for-
mation wealdienne d'eau douce, a rencontré
dans ces dépôts de la période comprise entre
la série oohtique et la série crétacée des dé-
bris de plésiosaures, de mé^osaures, d'hr •
IcBOsaures (546) et de plusieurs espteesde
crocodiles et de tortues; mais il a décou-
vert en outre, dans la forêt de Tilga'e , les
débris de l'iguanodon* (547), reptile encore
plus gigantesque que le mégalosâure, et qne
son système dentaire démontre avoir été
herbivore. Les dents de Tieuanodon ressem-
blent si parfaitement par leur structure aux
dents de l'iguane moderne , qu'elles ne lais-
sent aucun doute sur les rapports intimes qui
existent entre ce dernier reptile, notre con-
temporain, et le premier, le plus gigantesque
de ceux qui ont disparu de la surface du
§1obe. Si nous observons que les plus gran-
es espèces d'iguanes vivants ont rarement
plus de cinq pieds de lon^, tandis que leur
congénère fossile dut avoir une taille douze
fois plus considérable , nous ne pourrons
nous défendre d'uc mouvement d'étonne-
ment en rencontrant dans des organes aussi
caractéristiouesque Test le système dentaire,
une ressemblance qui vajpresque iusqu'à l'i-
dentité entre les reptiles les plus énormes de
la création ancienne et un genre qui ne ren-
ferme maintenant oue des espèces propor-
tionnellement si faioles. Suivant Cuvier, l'i-
guane commun habite toutes les contrées
chaudes de rAmérique ; il passe la plus
fçrande partie de sa vie sur les branches, où
il se nourrit de fruits, de semences et de
feuilles. La femelle va quelquefois à l'eau,
riur déposer dans le sable ses orafs, qui sont
peu près de la grosseur de ceux d'un pi-
geon (548).
Mement entraîné par les eaux delà mer, de la même
manière que cens dont on retrouve ks osaementa
dans les dépôts d*eau douce sous-jaceati à celte for-
mation manne, ont dû être entraînés dans qadqae
embouefanre de fleuve. Ce squeletle unique se voit
maintenant dans le musée de M. Mantell , et il est
Tenu conlinner presque toutes let conjectures que ce
savant avait établies sur des os isolés rapportes par
lui au genre isuanodon.
(548) Dans un appendice i an mémoire inséré dans
les Transactions géologiques de Londres (nouvelle
série, L Hl, iii« nartie) au sujet d*os fossiles de
riguanodon trouves dans llle de Wightet dans Tile
de Purtiecfa, Buekland a dté les faits suivants qui
démontrent les habitudes berbivores des iguaries
actuds.
Dans le printemps de 1899, M. W. J. Broderip
vît un Iguane vivant, d^enviroa % pieds de km^,
dans une serre des pépinières de M. Miller près
de Bristol. Cet animal refusa tous les inseeies qu'on
lui oflirit ainsi que.iaaleeȏee de noarritare ani-
male; mais, s'étant approchéde qaeiques pieds de
ImricoU que Ton avait pbcés dans cette serre pour
V Uter leurdéveloppemeat,!! se mit à eamnagerles
leuilles, et depuis ce moment on Ta aaarri avec cette
plante. En 1828, le capitaine Belcher rencontra daaa
7S0
IGU
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIB
KO
)K
De ce fait que les iguanes modernes ne se
rencontrent que dans les régions les plus
chaudes de notre globe, nous sommes auto-
risés à conclure qu'une température égale à
celle de ces contrées» sinon plus élevée, ré-
gnait sur les côtes maintenant tempérées du
sud de r Angleterre, à Tépooue où elles
avaient poiir habitants des lézards aussi
énormes que Tiguanodon. Il est prouvé par
un fragment de fémur de la collection de
M. Hantell que Tos de la cuisse de ce
reptile surpassait en grosseur celui des élé-
phants les plus grands. Ce fragment a 22
pouces de circonférence dans sa moindre
épaisseur y et il a dû avoir en longueur
environ & ou 5 pieds. Et si Ton vient à
comparer les dimensions de cet os mons-
trueux avec celles des dents fossiles qui
l'accompagnent, on voit que ce rapport est à
peu de chose près celui qui existe entre le
fémur de Tiguane et ses dents si caractéris-
tiques et si semblables à celles de Tiguano-
don-(5^9).
Les grandes cavités médullaires du fémur
et la forme des os des pieds démontrent
'que l'iguanodon, comme le mégalosaure, était
organisé pour une locomotion terrestre.
Une analogie de plus existe entre le rep-
tile fossile et ses congénères actuels ; c'est
l'existence d'une corne osseuse surmontant
le museau. Deux faits d'organisation aussi
remarquables que cette corne nasale d'une
part, et de l'autre le mode de dentition dont
aucun exemple ne se rencontre ailleurs que
chez les iguanes, fournissent, dans leur pré-
sence simultanée, une preuve nouvelle de
Funiversalité de ces lois de coexistence des
parties dent l'empire n'est pas moins absolu
sur les genres et les espèces qui font partie
de l'univers fossile que sur les existences
qui composent le règne animal du monde
actuel.
Dents. — Comme les dents sont les orga-
nes les plus caractéristiques et les plus im-
portants de l'animal tout entier, j'essaierai
de faire voir qu'elles ont été l'objet d'un
arrangement providentiel, soit dans leur
structure, soit dans la matière dont elles
se renouvellent, soit enfin dans le mode
tout spécial suivant lequel elles s'adapteut
à un régime essentiellement végétal. Ces
dents ne sont point logées dans aes alvéo-
les distinctes comme celles des crocodiles ,
mais fixées, comme cela a lieu chez les
lézards, à la face interne de l'os dental,
nie Isabelle des troupai d'Iguanes qui paraissaient
oinoivores. Os dévoraient avec avidité les œufs
d'oiseaux , li^ intestins des voUilles toées et les
Insectes.
(549) M. Vantail a comparé avec soin les os de
riguanodoD S ceux de Figaane dans huit points dis-
tincts de leurs squelettes respectifs, aûn d'obtenir de
cette comparaison le rapport de ces diverses parties,
et il a été conduit aux nombres qui suivent pour les
dimensions principales de ee reptile extraoraiuaire.
Pieds.
Du boot du mosesD à rextrénilé de It queue, 70
ÎJÊ queue seule, SS ifi
. Clrconrérenee du corps. Il t;i
M. Mantell a calculé que le fémur de Tiguanodou
auquel elles sont sondées par l'une des b*
ces de la substance osseuse de leur racine.
Les dents des quadrupèdes herbivores, si
Ton en excepte les défenses, forment deux
groupes à fonctions bien distinctes, les in-
cisives et les molaires ; les premières des-
tinées à saisir et à arracher au soi ou aux
{liantes les substances végétales alimentaires,
es autres à les broyer et à les préparer
pour qu'elles descendent dans Testomac. Les
lianes, bien qu'ils soient en grande pai^
tie herbivores, offrent une exception frap-
pante à cette règle générale. Comme leurs
dents sont peu propres au broiement des ali-
ments, elles les laissent passer dans i'es-
toihac presjque sans leur avoir fait subir
aucune division.
Le reptile géant qui nous occupe possède
des dents tout à fait pareilles a celles de
l'iguane, et d'un aspect tellement herbivore
que Cuvier, au premier coup d'oeil, pensa
que ce devaient être celles de quelque rhi-
nocéros.
L'étude de c«s dents nous fera connat-
tre de remarquables dispositions qui les
rendent propres à la fonction de brouter
des substances végétales, telles que le cla-
thraria et d'autres plantes analogues, que
l'on rencontre ensevelies avec les restes de
Tiguanodon. On connaît la disposition et
la force des tenailles en fer qui servent à
arracher les clous du bois où ils sont en-
foncés. Il est d'autres pinces ou cisailles
encore plus puissantes, destinées à couper
des fils de métal, et qui les divisent avec
autant de facilité qu'un fil est divisé par
une paire de. ciseaux. Dans les dents do
l'iguanodon, la place qu'occupent les bords
tranchants, leur mode de courbure, les points
où elles deviennent plus larges ou plusétr«)i"
tes, sont à peu près les mêmes que dans ces
puissantes tenailles en acier; et .l'on peut
se convaincre que ces organes, soit pour
aecacher, soit pour trancher, offrent les mê-
mes «vantages.
On T observe deux arrangements dis-
tincts ooDl le but est de maintenir toujours
acérée leur arête tranchante, depuis la sor-
tie des gencives jusqu'au moment où les
dents étaient usées jusqu'à n'être plus
qu'un tronçon. C'est d'abord leur arête ai-
guë et dentée qui descend des deux cAtëSt
depuis la pointe jusqu'à la portion la plus
élargie du corps de la dent. Puis, une com-
pensation à la destruction graduelle de cette
était vingt fois aussi grand que celui de Figuane ;
mais, comme la longueur des animaux ne [croiLpas
toujours en raison de leur posseur, on n*e$t pas
autorisé à en conclure que Tiguanodon ait atteint la
taille de iOO pieds, quoique selon toute probabilité
il ait été fort près de 70.
' Avec on corps d'un volume aussi énorme, cet ani-
mal était impropre à poiiter aux arbres; il B*avsil
pas roccasion de se servir de sa queue pour grimper
comme le fait Tiguane; aussi lesdimensionsdes ver-
tèbres caudales, dans le sens de la longueur, ^bodI-
elles beaucoup moindres: d'où il résulte que la queuo
elle- même devait être proportioanellemeiit beaiicoap
-plus courte.
741
IXC
ET DE PALEONTOLOGIE.
«F
7lt
«réie dentée, par Tapplication d*one lame
mince d'émail à la lace antérienre de la
dent, laquelle conserrait ainsi son fil acéré,
tandis que le reste de sa substance se détrui-
sait par suite de ses fonctions (550).
A mesure que la couronne s'usait ainsi
de haut en bas, une al^sorption simultanée
s*eierçait à la racine, causée par la pression
d*une dent nourelle qui naissait pour rem*
placer l'ancienne, jusqu'à ce que celte des-
truction , agissant d'une manière incessante
aux deux extrémités, eût réduit la portion
moyenne de Tancienne à la condition d'un
tronçon creux qui tomlMdt de la mâchoire
K urètre bientôt remplacé. A ce dernier état.
Forme de l'organe avait entièrementchangé;
sa couronne avait pris la forme aplatie de la
couronne des incisives humaines; elle ne
IK>uvait plus s'acquitter que d'une mastica-
tion imparfaite, et elle étaitdevenue presque
inutile comme instrument tranchant.
H n'existe pas, je crois, un autre exem-
p\e de dénis aussi merveilleusement cons-
tituées comme instruments mécaniques des-
tinés à couper et à déchirer la substance
Tégétale des plantes coriaces et résistantes ;
et nous trouvons dans ce mécanisme animal
des plus curieux, une harmonie parbdte de
toutes les diverses parties qui constituent
la dent et de toutes les proportions de cet
organe avec les fonctions spéciales qu'il est
appelé à remplir, en môme temps que des
modifications que l'orjgane subit, en rai^rt
avec les conditions diverses où il se trouve
placé aux diverses périodes de sa destruction
successive. Et à moins que de nous refuser
à appliquer aux ouvrages de la nature les
mesures qui nous servent dans l'apprécia-
tiôn des ouvrages de l'art humain, com-
ment pourrions-aous voir ces instruments,
où la beauté des dispositions mécaniques
s'allie à une si grande simplicité de moyens,
et où tout est préparé à Tavance pour tou-
tes les phases successives de leur emploi ,
sans nous sentir pénétrés de cette conviction
firofonde que tous ces arrangements pren-
nent leur origine dans les desseins d'une
haute intelligence.
INCANDESCENCE oaiGiHELLB de la teebb.
Fpy. Pbbtukbatioiis géologiqcbs-
(550} De t'mème qae dans les rongeurs, la
iadâfaiie do trancunl des deots éuii une consé-
de Teiislenoe d*ane lame d*éniaU qui rerêi
ijenent leur bce antérieure. La substance plus
de llnlérieur, Tivoire, devant 8*user plus rapi-
Il qtie rémail, et d^aulanl plus rapidement
qv^elle tnit plus éloignée de cette dernière lame, la
se trouvait ainsi toujours lailtce oUiqne-
et conserrait à sa partie intérieure une aréle
comme œb a lieu dans des tenailles.
Les dents jeunes, au moment de leur sortie of-
Iraieat la forme d*une lancette, avec un trandiant
étalé de chaipie côté s*éteiidant depuis la pointe îos-
£*! la portion la plus éhrgie, ainsi que cela a lieu
■s les Iguanes conlempprains. La dentelure cessait
ft oè la dent avait le pm grand diamètre, c*est-a-
dire aa point précis jpnssé lequel, si elle se Ht co»-
liaaée, ette n*eàt été d*ancnn eiét dans la fonction
et coappr; Â nKsure que ces arêtes en sde s*usaient
fttlOMplc^en^ent , elles âaient remplacées dans
action tranchante par b lame antérieure d*é-
INCRUSTATION. Yoy. FossiusatiOw.
INFINIMENT PETITS. Foy. Ihfcsoibes.
INFCSOIRES. — D'après Ebrenberg, les
infusoires, que jusqu'à lui oa avait regar-
dés comine à peine organisés, possèdent une
structure interne qui rapfielle celle des ani-
maux les plus éïewés. H leur a trouvé des mus-
cles, des intestins, des deuts, des glandes de
diverses sortes,desyeux,des nerfs, des appa-
reils de reproduction mâle et femelle. Il a vu
Su'il y en a dont les petits naissent vivants,
'autres qui se reproduisent par des œufs,
et quelques-uns par une division spontanée
de leur corps en deux ou plusieurs animaux
distincts. Ils ont une puissance de repro-
duction telle qu'un seul individu {hydaiinn
ienta) en a produit un million en dix jours,
quatre millions en onze jours, et seize mil-
lions en douze jours. Le résultat le plus
étonnant de ses observations, c'est que les
plus petites taches colorées du corps du mc-
na$ iermo (lequel n a en diamètre que jiji'
de li^e) n ont qu'un 4^000 de ligne, et que
l'épaisseur de la membrane stomacale doit
être comprise entre TTritt/ ^^ »»fitf * de li-
Sne. Or, cette peau elle-même doit contenir
es vaisseaux d'un diamètre encore moindre,
et dont il devient impossible de calculer les
dimensions {Mhitmdtungem der Acadtmû der
Wissenschaftem xu Berlin^ 1831). Ebrenberg
a décrit et nguré plus de SOO espèces de ces
animalcules : la plupart ne se rencontrent
que dans certaines infusions végétales dé-
terminées; quelques-unes seulement se
montrent dans presque toutes les infusions.
Un grand nombre de végétaux en produi-
sent à la fois plusieurs espèces, dont quel-
3ues-unes se propagent avec plus de rapi-
ité que les autres dans certaines de ces in-
fusions. Tout le monde sait avec quelle
promptitude apparaissent et se propagent les
animalcules dans Tinfusion de poivre, et ce
cas suffit à donner une idée de tous les
autres.
Ces observations des plus curieuses jet-
tent d'importantes lumières sur la question
des générations équivoques , question si
obscure et depuis si longtemps en litige. Ce
&it bien connu que des aniinalcules de ca-
ractères déterminés apparaissent dans les
mail, et la disposition qu^atR^ctalt cette lame lui don-
nait encore une force nouvelle, et rendait son action
plus complète. La face antérieure des dents est, en
eflel, parcourue, dans le sens de sa longueur, par
des rcnlis etdes siOons alternatifs; ces replis, qui
formaient Uk comme des arcs-boulants, avaient pour
bot d'empèeber rémail de s*écalller ; et le boni tran-
chant légèrement ondulé, qui résultait de Taher-
' nanœ de ces replis et de ces sillons, constituait une
suite de petites gouges, ou de petits ciseaux canne-
lés. Il résultait & là ^ne les denu, sous Faction des
mâchoires, constituaient un îustroment d*un eflfet
bien plus complet pour trancher les Végétaux que si
kur email eâl formé une seule ligne droite conti-
nue. Par suite de ces divers arrangemenU, les dents
demeuraient également propres à remplir leurs fone-
•ions, dans toutes les phases qu^elles subissaient,
depuis le moment où elles naissaient sous la forme
d*ttne bmcetae aiguë, jusqu'à celui oà leur usfre était
complète.
74S
INF
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
INF
74*
infusions animales et végétales préparées
arec de Teau distillée, en reçoit une explica-
tion probable ; et les infusoires ne parais-
sent pas différer beaucoup des autres ani-
mauXt quant aux princines qui président à
leur propagation. Ce cpi ils offrent, sous ce
point de vue, de plus remarquable, c*est
qu*ils présentent^ reunis dans une seule fa-
mille, les trois modes de reproduction vivi-
pare, ovipare ou scissipare.
€e qu*il est difficile d*expliauer« c*est
comment les œufs ou le corps aindividus,
déjà précédemment existants, peuvent trou*
ver accès dans chaque infusion ; mais cette
^ explication est déjà facilitée par les faits
analogues que présentent plusieurs cham-
pignons que Ton voit naître, sans aucune
cause apparente, partout où une matière
. animale ou végétale se trouve exposée à la
décomposition sous certaines conditions de
température d*humidité. Pries explique la
production subite de ces véeétaux par Thy-
pothèse que des sporules légers et presque
invisibles^ dont lia compté plus de 10,000,000
dans un^ul individu, «ont continuellement
en suspension dans l'air, et vont se déposer
sur tous les points. La plus grande partie de
ces corpuscules demeure stérile , parce
qu'elle ne rencontre pas de conditions con-
venables; ceux au contraire qui trouventces
conditions, ae développent avec rapidité, et
donnent eux-m6a>es naissance à d'autres
sporules destinés à remolir les mêmes
fonctions.
On peut expliquer de même la reproduc-
tion des infusoires. L'excessive petitesse des
œulls et du corps de ces animalcules leur
permet sans doute de flotter dans l'air de la
même manière que les sporules invisibles
des champignons, après que diverses causes,
et peut-être Tévaporation elle-même, leur
ont fait quitter la surface des liquides où ils
se sont formés. Chaque goutte d'eau qui
s'évapore d'un étang ou d'un fossé, pendant
l'été, entraîne peut-être avec elle des mil-
lions de ces ceuis pu de ces corps desséchés,
pour les dissiper dans l'atmospnère, comme
les atomes oui constituent la fumée^ Puis
ces corpuscules reprendront vie dès gu'ils
seront tombés dans quelque milieu qui leur
transmette l'excitation nécessaire. M. Ebren-
berg en a trouvé dans le brouillard, dans
l'eau de pluie et dans la neige.
Si le grand océan aérien qui entoure le
S lobe est ainsi chargé de pr4ncipes de vie
ottant continuellement en compagnies des
atomes que nous voyons scintiller dans un
' rayon de lumière, et prêts à se ranimer
aussitôt qu'ils auront rencontré un milieu
favorable à leur dévelofipement, cette con-
dition de l'atmosphère constitue un ensem-
ble de dispositions calculées pour la dissé-
mination presque indéfinie de Télément vi-
tal dans les liquides de la surface actuelle
du globe ; ^t cet ensemble de dispositions se
trouve en harmonie avec la population qui
fourmillait dans les eaux de rancien globe,
population qui nons est attestée nar les my-
riades de débris microscopiques. (Vay. Ncm-
MDLITBS.)
M. Lonsdale a découvert que la craie de
Brigbton, de Gravesend, et des environs de
Cambridge, est remplie de coquilles micros-
copiques. Ou peut en détacher des milliers
d'un seul petit bloc, en les grattant sous
l'eau avec une brosse à oncles. Le même
observateur a reconnu, parmi ces coquilles,
des ({uantités immenses de valves de cypris
marins (cythérines), et seize espèces de fo-
raminifères
INSECTES. — Bien au'à l'époque actuelle
le plus grand nombre aes habitants de notre
globe appartienne k la classe des insectes,
cette importante division du rème animal
n'a laisse dans les couches de la terre que
peu de traces de son existence. Cette cir-
constance est due, selon toute probabilité, à
•ce que la plus grande partie des débris ani-^
maux fossilisés doivent leur origine à d^
•êtres qui ont habité Teau salée, où Ton ne
croit pas qu'il se rencontre, dans la création
dont nous faisons partie, plus d'une ou
deux espèces d'insectes.
Mais, alors même qu^aucuiie rencontre
n'aurait été faite de ces articulés à Tétat fos-^
sile, la présence dans certaines couches de
scorpions et d'araignées, fS&milles organisées
Tune et l'autre pour se repaître d*insectes ,
nous fournirait un puissant argument aprîort
en faveur de l'opinion qu'à la même époque
e;Listait déjà cette classe si nombreuse d'a-
nimaux, aux dépens desquels nous voyons
que les arachnides se nourrissent. Cette pro-
.habilité a reçu une con^rmation complète
de la découverte de deux coléoptères appar-
tenant à la famille des curculionides, dans
le minerai de fer de Coalbrook-Dale , et
d'une aile de corydale.
Cette rencontre , dans la même fornaation
carbonifèT*e, de débris fossiles qui nous at-
testent l'existence, à ces époques reculées,
de la grande classe insectivore des arachni-
des, en même temps que des insectes (}ui ont
dû former leur nourriture, est un fait plein
tout à la fois d'intérêt et d'importance. En
l'absence de cette remarquable découTerte ,
nous eussions pu conclure de l'abondance
des plantes terrestres l'abondance probable
des insectes , et cette dernière probabilité
entraînait celle de l'existence, a la même
époque, d'arachnides créées pour circons-
crire dans de justes limites l'accroisse-
ment excessif des premiers. Mais , ce qui
n eût été qu'une probabilité est devenu pour
nous une certitude, et nous pouvons main-
tenant remplir une importante lacune dans
Thistoire de la vie animale depuis Tépoque
où se déposèrent les couches carbonifères.
Les couches de la série carbonifères de
Coalbrook-Dale, et d'autres bassins houil-
liers qui renferment des coquilles d'unio,
se sont formés dans les eaux saumâtres ou
dans les eaux douces, ce qui rend iacile
d'expliquer pourquoi l'on y rencontre des
insectes et des arachnides. Ces articulés , en
effet, ont pu y être entraînés des tcTte» cii»*
convoîsines par les mêmes torrents Çî<i y
715
JEQ
ET DE PALEOOTOLOGIE.
JEH
746
ont iFmsporté les régétaux (orresires aux-
Suels nous derons les productioBS des lits
e la bouille.
Dcj)Qis loogtemps déjà , dans le schiste
Tolîtiqae de Stonesfield* l'un des étages de
la séné secondaire» on a reconnu des elytres
d'insectes. Ces débris appartiennent tous à
des coléoptères; et plusieurs, d'après M. Cur-
tis, sont fort Toisins des bupres»1es , genre
qui abonde maintenant dans les latitudes
chaudes (551).
Le comte Munster possède dans sa collec-
tion Tîngt-cinq espèces d'insectes fossiles
treurés dans la calcaire jurassique de So-
leflfhofen, dont cinq appartiennent a la iamille
actuelle des libellules. On y roit en outre
uiie grande ranatre et quelques coléoptères.
On a récemment découvert de nombreux
insectes fossiles dans le cvpse tertiaire de la
formation d'eau douce oAix en Prorence.
M. Marcel de Serres en mentionne soixante-
deux genres appartenant surtout aux ordres
des diptères, des hémiptères et des coléo}>-
tères, et M. Curtis «rapporte tous les échan-
tillons proYcnant de cette localité, qu'il a eu
occasion de voir, à des formes aue l'on re-
trouTe en Europe , et pour la plupart à ûts
Smres qui existent encore maintenant [552).
n rencontre aussi des insectes dans la li-
gnite d'Orsberg» sur le Rhin.
INTESTINS. Voy. Copboutbes.
ISOTHERMES (Zones), cjcistaient-eiles à
répoque qui a précédé immédiaUment TAcm-
me. — Yoy. Scbafentci?!.
j
' JEHAN (DE SAINT-CLAVIEN). — Nous
demandons la permission d'exposer ici briè-
▼emeni au lecteur l'interprétation du pre-
mier chapitre de la Geniu^ à laquelle nous
donnons la préférence, comme la plus sim-
ple et la plus naturelle, comme celle qui nous
semble le plus en harmonie avec le texte sa-
cré et les déoouTertes de la science (553).
Nous ferons siliyre cette courte exposition
de qoelaues mots de ré|ionse aux attaques
peu réfléchies dont cette mterprétation a été
robjet de la part de l'auteur oe la Cosmogo-
nie de la rétélaiian. Nous opposerons au peu
de consistance scientifique de M. Godeiroy
la fxàYé autorité de Monseigneur le cardinal
Wiseman qui rejette, comme n'étant ceriai-^
nemeni pa$ saiiêfaiionief l'opinion des^ours-
périodesj et adopte la théorie que nous ayons
soutenue arec MM. Buckland, Chalmers, Des-
douits, Genoude, etc.
« Au milieu de eette fluctuation de rêres
contradictoires et d opinions incertaines, les
livres sacrés offrent à l'esprit humain un
port assuré ; il ne s*agit que de ne pas choi-
sir les interprétations qiû choquent notre
raison ; car Dieu l'a donnée, comme il nous
a donné les livres saints. S'il est un merveil-
leux sublime oui subjugue cette raison, il
est un merveilleux absurde qui la révolte. »
(M. DE MOHTEBON.)
« Au commencement de tous les temps.
Dieu, qui de toute éternité acait résolu de
faire de rien les choses qu'il a faUes (S5fc),
créa le ciel et la terre. »
(551) Diaprés M. Ang. Odier, les éljtres et les an-
tres parties de Tenveloppe cornée des insectes ren-
UAwûuÊk me sobstanee pariîcolîére , la ekitime ou
étfÊtrime^ qui se rapproche iwaveoup da principe vé-
n&d cêMui siMs le noni de là§mne. Ces parties des
"% brilent sans se bonrsoafler eomne la
et aussi sans lépandre Todeur de matière anî-
et en laissant' après elle an cbarbon qui en
tAfonnc.
M« Odier a olisené q«e les poils dn scarabée nasi-
eonscrvent lenr fome aptes qn*on les a heùr
lés, et il en oondot qoe ces poils difirent de cenx
des aiûnan Tcnébrn. Cette drosnstance explique
fisnimmi les poils se sont conservés sur Tcnveloppc
oomée do scorpioa de Bohême.
Diaprés le mène auteur, les nervures des scara-
bées sontcomposées de chitine, et il en est de même
des lames molles que Too relire de renveloppe cms-
lacée d'an crabe, après en avoir séparé la chaux.
Covier lait observer que les téguments des enlo-
mostracés sont pintdt cornés qoe calcaires, et que
sons ce point oe vue ces animaux se rapprochent
beaucoup de b nature des insectes et des arachnides.
(?«pes le ^omrmat Zoologique^ Londres , 1825;
t.Hs^ llll.)
J582) Fsyes VEdim^r§k new. Pkil. Jomnel, oO.
ÇSSy^ La Ceuèwéiantb base delà religion, ceux
qoi la voulaient détruire ont toujours protesté coii-
Ire ces archives du f^enie humain, au nom d*une
DlCTIO!>5. UE C0SM0G0?fIE ET DE PALio^tTOLOGIE.
physique erronée, de la physique de leur siècle ; H
pour comble de malheur, les défeuseurs de la réli-
gton, toujours moins versés que les philosophes
dans rétnde des sciences naturelles, et prenant pour
article de foi les opinions de leur éeole, ont préten-
du soutenir Tune par Tautre la Genèse et la physi-
que des siècles précédents. C'est ainsi qne saint Cnry-
sostome, Lactance et plusieurs antres, appellent
baiiuires , ceux m, parlant sens preuves^ avamcent
qne te ciel i'étena aussi par dessous terre. Cest de ta
même source^ dit encore Lactance, que leur est venue
ridée des antipodes, imaginant que celte partie de la
terre qui est opposée à la nôtre était penplée et habi-
tée comme ceUe-H,
c En des temps moins éloignés de nous les dé-
couvertes les |>lu$ importantes et les plus certaines
ont été contestées de la même manière : zèle indis-
cret, qui, aux yeux de prétendus philosophes, a fini
par rendre la religion paiement responsable é^%
interprétations maladroiles de la Gemhe et de milh
erreurs de Tesprit humain, qne Ton donnait pour
sacrées parée qu'elles étaient anciennes.
f Les notions les plus sûres en physique, et les
traditions les plus authentiques, loin de contredire
le récit de Moïse, se réunissent pour le contirmcr. >
(J.^h. K MmiTBBOSi, Euai sur la lilUralure aes
Hébreux^ 1. 1*', p. 6.
(554) Le P. de Carrières. Nous empruntons sa
traduction avec son commentaire.
2i
m
jEn
dictio?<nâire de cosmogonie
JER
m
Ce verset est un énonci^ sommaire de la
création des éléments matériels de Tunivers
à une époque reculée, au delà de toute me-
sure, et qui a été suiv.ie de périodes durant
lesquelles se sont accomplies toutes les ré-
volutions géologiques attestées par les dé-
couvertes de la science (553).
«( La terre était informe et toute nue,
les ténèbres couvraient la face de Tabtme
dVau où la terre était comme abiorbée; et
Tesprit de Dieu était porté sur les eaux, tes
disposant à produire les créatures qu'il en
voulait former. »
Ce second verset décrit la fin de cette
période indéfinie qui a suivi la création pre-
mière. La terre existe ; les eaux existent ;
elles sont distinctement mentionnées ; mais
notre planète est enveloppée de ténèbres et
elle est dans cet état de trouble et de con-
fusion qui annonce la ruine d'un monde
antérieur. La science la plus positive constate*
aujourd'hui vingt-sept révolutions géolo-
giques qui ont détruit la faune et la flore
d'autant d'époques nettement caractérisées
£ar des faunes et des flores toutes spéciales.
A catastrophe décrite dans ce second verset
serait celle qui a terminé Tétase subapennin,
lequel a immédiatement précédé l époque
actuelle, f Koy. Sub4pbni«i!i.)
« Or, Dieu dit : Que la lumière soit, et la
lumière fut. » Les vapeurs denses , produites
par le trouble des éléments, avaient enve-
loppé la terre de ténèbres temporaires. Le
premier acte de la sagesse et de la toute-
puissance du Créateur est de ramener le
calme et la lumière à la surface de la terre.
Mais on conçoit sans peine aue ces épaisses
vapeurs commencent à se dissiper, que la
lumière commence h renattre sans que les
corps célestes qui produisaient cette lumière
ressassent d'être obscurcis, la purification
complète de l'atmosphère n'avant eu lieu
' qu'au quatrième jour, époque a laquelle les
(555) € L*anciennelé de notre globe peut être anté-
rieure au récit de Moise. Selou Topimon de M* de La
Prise, toutes les révolutions géologiques peuvent
être arrivées entre b création et le premier jour. En
vaio objecterait-on ou^il est au moins singulier de
Mpposer un intervalle de plusieurs milliers de siè-
cles entre deux phrases qui se suivenL Une foule
d*exemples autorisent cette interprétation. Dans la
roéme phrase d*un récit, d'ailleurs très-circonstancié,
le serviteur d'Abraham, Eliézer, conduisant ses cba-
roeaui, part des environs d'Arbé dans U Palestine,
et arrive au fond de la Mésopotamie ; il en est de
même de son retour et de voyages encore plus longs
que le sien. ,
« Si Ton suppose que toutes les révolutions du
globe aient preœdé le récit de Ifoise, on ne doit plus
être arrêté par cette expression, € Dieu créa (a) les
cieux et la terre. > Uiie moitié des Juifs ne crojait
pas que Dieu eût fait le monde avec rien et crée la
matière; mais il fiouvait Tavoir créée antérieure-
ment. Or, si elle préexistait, eUe avait dû subir des
modifications. Parmi les lois imposées à la nature
(a) Selon Elehkom, tara ((Teû vient bar. Ois) signlHe,
1* eogendrer, 9* créer, produira, 5* fooiler une oatioo.
Il est employé daot le |isaume or pour créer de imr*
teau, feeréer;'9ii cette accepUoa IneootesUble est très-
Iniiorunie ici. Elle irouverait sans répliqtte que l'on
peut «iiteodre, p«r !«•« iireniiers niols de HoHe, noe nou-
ve*le di&postlioa irélénietiU précxiitaou et créés ï aue
astres qui dispensent la lumière, se trou-
vèrent dans de nouvelles relations avec la
terre, nouvellement modifiée (S56), etatec
Tespèce humaine dont cette terre allait de-
venir le séjour.
« Dieu vit que la lumière était bonne U
conforme à ses desseins; ainsi il Tapproma;
et il sépara la lumière d'avec les téaèbrei.
ordonnant qu'elles se succédassent,
« 11 donna h la lumière le nom de jour» et
aux ténèbres le nom de nuit. Et du soir et
du maUn se fit le premier jour. »
Le grand phénomène de la sueçessioa dn
jour et de la nuit, est, comofte toute chose,
rcBuvre de Dieu , mais c*est ceiui qui mani-
feste de la manière la plus éclatante ^ba^
monie de 1* univers, la poîasanoe, FinteHi-
gence et la sagesse infinie du suprême lé-
gislateur des mondes.
Toutes ces sublimes dispositions sont rs^
pelées à l'homme parce qu'il en est le but
final et que leur notion constitue la première
base de ses rapports avec son divin auteur.
11 en sera ainsi de toutes les œuvres sui-
vantes. Moïse décrit sommairement l'admi-
rable ordonnance de la création matérielle;
mais qu'une partie des grandes lois qui h
constituent ait déjà existé antérieurement
et qu'il ne s'açisse ici que d'une restauration
avec les modifications que la sagesse dn
Créateur apporte à son œuvre en introdui-
sant l'homme au milieu de ce grand théâtre
de sa puissance, c'est là un point qu'aucun
root dans le texte ne défend d'admettre et que
tout dans la science tend à démontrer de la
manière la plus positive.
Conformément à la précision du teite et
à toutes les exigences de la science qui re-
pousse toute autre interprétation, nous pre-
nons le mot jour dans son acception natu •
relie, et nous rejetons l'insoulenable hypp-
thèse des jours'périodes. — Voy. ce mol (557).
Continuons notre ihterpréution du récU
^r le Créaiear, une des mienx «mnoes est «pie li
matière ne peut exister sans changer de fonaes. U
Gemèsê elle-même semble autoriser ou plutôt èam
cette acception dn mot créer : eUe dit plusieurs m
Sue Diieacrém Tbomme et la femme, et ccpo*
•Bt elle dît positivemeoc aue Dieu it Vhmm
avec la terre ronge (6) don^il a tiré son immii«
que^la ienuie ne M qu^ine eélede rhemme, fm-
née par les mahia de là Divinité. O» peut donc m-
bien supposer qu*il s'agit d*uoe nouvelle dispostuou
des élémenu d^nn monde détroit par une des révo-
lutions dont nous avons parié, t (MOHTBaoH, ap* ^**
p. 10.)
(556) lusqu'à ce moment, jusmi^à l'avènement de
lliomme, les lignes isothermes n^avalent pascxisii'i
et les faunes et les flores éuient les mêmes sa^
g Mes qu'elles sont aujourd'hui sous les tropiqttÇ^
n sait que dans Képoque actuelle les faunes et vs
flores sont toutes locales.
(557) Vay. la Note uddmomulU à la fin du f »-
lume.
époque bien ititérienr<^. ti signlReation prMtiva^^
•*acconle avec l'arabe ei veut dire : il a ooQ|«é, coofw s^*^
U hache. Cepoudaot, Micliaelis le fait venir dedeus m-
bes, run arabe et lautre ^aqae, dgniflMt tous de«t
U a créé,
(6) àdamah^ d'où vient Àdan^
718
JEU
ET DE PALEONTOLOGIE.
JEU
750
génésiaque. Nous semmes à TceuTre du se-
eood jour*
« Diea dit aossi : Que le Qrmaroent soit
fiât tu milieu des eaui et qu*il sépare les
eaoi de la ierre d*ayec les eaux du ciel. »
Pour nous comme pour tous les commen-
tateurs jqui ne sont point de ceux-là qui ,
Toojoofs loin do droit sens ront cbercbcr leurs
[pensées.
(BotiXAr.)
le frmament c'est Tatmosphëre (538).
m Et IMeu fit le firmament ; et il sépara les
eaux qui étaient sous le firmament, de celles
qui étaient au-dessus du firmament. £t cela
se fit ainsi. •
Ce lerset est parfaitement clair; il n'en a
pas moins été lobjet des plus bizarres inter-
prétations. Nous renroj^ons au commentaire
. de Cornélius à Lapide iCurtuê eompL^ t. V,
col. 14a, lU, Itô) et à rarticle Godetbot de
ce M^ict iawÊGÎTt.
• Et Dieu donna au firmament le nom de
ciel. >
C'est ains^i que nous disons encore tous
les jours que le citl est chargé de nuagtê^ que
les oùeoMX Tùleni dans le ciel , etc. Moïse
parle au moins quatre fois des oiseaux du ciel.
.{Gtm. I, as, 28; m 19, âO.) Ainsi, dans ce
Terset, évidemment le firmeatuni ou ciel c'est
Tatmosiriière.
« Et du soir et du matin se fit le second
jour.
« Dieu dit encote . Que les eaux qui sont
^êsiéeê son» le ciel, ei qui cauvretU la face de
1rs terre^ se rassemblent en un seul lieu , et
que niémeul aride paraisse. Et cela se fit
aîDsi. 9
A l'exception de M. tiodefroyf Foy. ce
mot), nous ne connaissons aucun interprète
qui n'ait donné à ce verset le sens qu'il pré-
sente naturellement.
m Dieu donna à FéUmeui aride le nom de
terre; et il appela mers tou^^s ces eaux ras-
scoiMées. El il vit que cela était bon ei eon-
fanne à ses desseitis. »
Ce verset s'eiplique lui-même.
m Dieu dit encore : Que la terre produise
de llieriie verte qui porte de la graine, et
des arbres fruitiers qui portent du fruit,
chacun eelon son espèce, et qui renferment
leur semence en eux-mêmes pour se repro-
duire sur la terre. Et cela se fit ainsi.
«La terre produisitdonc de l'herbe verte qui
portait de la graine selon son espèce, et des
arlires fruitiers qui renfermaient leur se-
mence en eux-mêmes, chacun selon son es-
pèce. Et Dieu vit que cela était bon ei con-
forme à ses desseins,
n Et du soir et du matin se fit le troisième
jour. 9
La création des végétaux le troisième jour
et avant la création du soleil , a beaucoup
embarrassé les cosmogonistes à hypothèses
qui ont voulu voir des iours-périodes dans
les jours de la Genèse. M. Marcel de Serres
imagine de les Caire traverser toute cette
troisième époque h letat de germes, et de
ne les faire croître et se dévolopper qu'à la
quatrième époque , après la création du
soleil. M Godefroy.a recours à un moyen
non moins extraordinaire et très-compliqué
2ue nous avons fait connaître à l'article
ODSraOT.
« £t Dieu dit aussi : Que des corps de lu-
mière soient faits dans le firmament du ciel,
afin que, par rinéaaliié de leur éclair ils sé-
parent le jonr et la nuit , et que, par leurs
mouvemenis réglés^ ils servent de signes pour
marquer les temps et les saisons, les jours
et les années.
« Qu'ils luisent dans le firmament du ciel
et qu'ils éclairent la terre. £t cela fut fait
ainsi.
c Dieu fit donc deux grands corps lumi-
neux; l'un plus grand pour présider au jour,
et l'autre moiiidre pour présider à la nuit.
Il fit aussi les étoiles.
« Et il les mit dans le firmament du ciel,
01» tï les créa, pour luire sur la terre.
« Or, Dieu fii ces corps de lumière pour
présider au jour et à la nuit, et pour sépa-
rer la lumière d'avec les ténèbres. Et Dieu
vit que cela était iK>n ei conforme à ses des^
seins.
€ Et du soir et du matin se fit le quatrième
jour. »
L*œuvre du quatrième jour consiste dans
une adaptation nouvelle 6es corps célestes à
des fonctions d'une grande importance pour
notre planète et spécialement pour l'esi^èce
humaine qui allait y pren.1 m place. Mais il
n'est point dit que la substance même des
astres ait éié appelée à exister pour la pre-
mière fois le qualrièmejour, leur création
ayant été annoncée d'avance dès le premier
verset. La mention si brève accordée aux
myriades de mondes qui remplissent l'im-
mensité de l'univers, nous montre claire-
ment que Moïse n'accorde d'autre intérêt
aux phénomènes naturels que celui qui ré-
sulte de leurs rapports avec l'homme. Aussi
ne devons nous pas plus nous étonner de le
voir passer sous silence les phénomènes de
la géologie , que nous ne le sommes de le
voir omettre, dans le récit du quatrième
jour, la description des phénomènes astro-
nomiques.
L'établissement, au commencement de
l'époque actuelle , des lignes isothermes
inconnues iusque-là sur notre planète, aussi
bien pour létage qui a précédé immédiate-
ment l'homme que pour tous les étages an-
térieurs, est un fait singulièrement remar-
quable, et il confirme le sentiment gue nous
venons d'exprimer d'une disposition nou-
velle des corps célestes qui avaient jusque-là
éclairé et fécondé la terre.
Nous n'avons aucune observation à faire
sur les œuvres du cinquième et du sixième
jour. Les versets oui les décrivent sont par-
faitement clairs. Ils ne présentent de diili-
cultes que dans les hypothèses cosmogoni*
(55S) Vogez, à rartide GoKraoi réinuif e loterpréiatieB 4e ce cosaof onisle.
75!
i£il
ÛICTlONNAIliE DE COSMOGONIE
lEH
1S1
queSi et particulièrement dans celle des
jour9'périodes. — Voyez ce mot.
La grande erreur des interprètes, tant
anciens qUe modernes, a été de vouloir faire
(Je Moise uii cosmogoniste et un géologue.
Tant qu*on persistera dans cette roie , on ne
rencontrera qu'insolubles difficultés et inex-
tricables embarras, et du côté de la Genèse
et du cAté de la science. On imaginera de
laborieux systèmes qui expliqueront tout et
n'expliqueront rien , constamment en con-
tradiction, ou ayec le texte ou avec la
science, souvent avec Tunet Tautre, tou-
jours opposés et divisés entre eux , réalisant
le chaos dont ils prétendent tirer le monde.
Le lecteur pourra s'en convaincre en lisant
les nombreux articles de cosmogonie répan-
dus dans ce Dictionnaire,
L'interprétation que nous venons de don-
ner au premier chapitre de la Genèse nepou-
vait pas convenir aux auteurs de gros livres
de cosmogonie. Elle ne laisse aucune prise
aux systèmes, et l'imagination n'y trouve
\tas matière à enfanter d'ambitieuses hypo-
thèses. Elle parait surtout avoir contrarié les
conceptions gigantesques de M. Godefroy ;
son erand défaut, à ses veux , c'est d'être
simple. Il est vrai qu'il n aperçoit là , ni la
matière diffuse primitive qui remplit l'éten-
due sans bornes et que Moïse, selon lui,
appelle terra^ cœlum^ aqua^ abyssus^ etc. ; ni
le calorique qui s'en va fermer une couche
lumineuse au pourtour de cette masse in-
commensurable de gaz {fiai lux); ni r attrac-
tion oui divise en innombrables masses
secondaires la grande masse primitive (fiât
firmamentum in medio aquarum et divtdat
aquas ab aquis) ; ni le mouvement rotatoire
qui fait jaillir de toutes ces masses secon-
daires dautres masses qui s'en vont se
métamorphoser en planètes, lesquelles en-
fantent à leur tour, par le même procédé,
des satellites, gui n'enfantent rien du tout;
ni encore cette invention , tout à fait neuve,
qui , pour le développement de la végétation
au troisième jour , place notre planète entre
le globe solide ou liquide , on ne sait , du
soleil , et sa photosphère jusqu'au quatrième
jour, époque à laquelle cet état de choses
change par des raisons tout aussi plausibles,
2ue celles qui l'avaient fait admettre, les
tonnantes exigeni;es de ce prodigieux sys-
' tème.
On aura une idée de la compétence de cet
auteur pour exercer sa critique, par le pas-
sage suivant , qu'il place au début de ses
attaques :
« Beaucoup d'éci ivain? , dit-il (p. 266), ne
voient que des indices de révolutions dans
les phénomènes géologiques, mais ces révo-
lutions tiennent plus au roman que de l'his-
toire : jamais la chaîne des êtres n'a été
rompue par une de ces révolutions géné-
rales oui auraient nécessité des créations
nouvelles. »
(8SI9) Cours éiém. de Paléontologie, I. U, p. 255,
par M. Aie. d^Orbicsit.
(560) Conrt elém. dePaléont,, U !!« p. 251. Le ce-
La proposition contradictoire est le bit l»
plus positif et le mieux démontré de lagto-
lo^ie et de la paléontoloj^e.
« Nous livrons ces faits, ajoQte-t-il,aui
méditations des auteurs de 1 hypothèse qii
rejette les créations des végétaux et des
animaux des temps géologiques, atec la
formation du ciel et de la terre, au delà do
point de départ de la narration mosaïque,
au delà du premier jour de la Genete. i
(P. 267.)
Les auteurs de l'hypothèse en auestioQ
n*auront pas besoin de se livrer k de longues
méditations pour découvrir que M. Godefrof
ignore jusqu'aux premiers éléments dn
sciences sur lesquelles il veut bAtir dêi
théories, t Ce fait reste définitivement ae>
quis à la science , que les faunes terrestres
et marines ont été anéanties à chaque époque
géologique ; que , dès lors , chaque changtf
ment chronologique de bune dans les étages
dénote une perturbation géologique unifer-
selle; et que ces faunes successives, cooqik^
sées d'espèces , sont les ( aractères les pim
constants qu'on puisse invoquerpourdistiii-
guer les divers âges géologiques des cou-
ches stratifiées depuis se rommencemeol (k
lani malisation sur le globe t( rrestre (359j* >
« Unepremière création, d' t encoreM.d'(h'
bigny, s est montrée aves l'ftage silurien ()e
jiremier des terrains fASsilileres). Aprèsia-
néantissem'ent de celle-oi, par uneciuse
géologique quelconque, après unlspde
temps considérable, une seconde création a
eu lieu dans Fétage dévonien , et succei^i-
vement vingt-sept fois des créations distinc-
tes sont venues repeupler toute la terre de
ses plantes et de ses animaux , à la suite de
chaque perturbation géologique qui aiaït
tout détruit dans la nature vivante. Tel e$l
le fait, LB FAIT CERTAIN, maîs incompréhea-
sible, que nous nous bornons à constatef,
sons chercher à percer le mystère surhumain
qui Tenvironne (560). •
Nous comprenons que ces faits^là ruinent
£ar la base une hypothèse comme celle è
f . Godefiioy. Il faudrait avoir, pour s'en
relever, autre chose à leur oppc^r que d«
assertions gratuites ou des dénégations qui
font trop voir qu'on n'est point au courant
des matières dont on parle , ou que, si t^
saisit les faits dans toute leur portée, on m
pas assez de courage pour en convenir
En présence dé ces résultats de la seieo^
la plus positive, qui viennent ainsi reofer-
ser les romans cosmogoniques , et donner
pleinement raison à 1 interprétation g^n^*
siaque qui met la narration sacrée en dehors
de toute discussion géologique, M. Gode-
froy ne trouve rien de mieux à Caire poor
réfuter Mlff. Desdouits, Buckland, etc.,qoe«i
citer les passages de leurs livres oà ilséK-
blissent « que l'histoire de la création oest
que l'histoire de la réorganisation don
monde primitif, qu'il ne s'agit dans rœun«
lèl>re paléontologitle,N. Pietet^déCeDdianiêiDetWse.
Cest celle de tous les savants de notre époque f»
sont comDéicnts en cette matière.
755
JEQ
ET DE PALFX)NTOLOGI£.
JEll
7:4
des sii jours que d'une transformation d*un
ancien monde naufragé, etc. » Il ne par-
donne pa3 à M. Desdouils d'aroir considéré
comme neuve cette idée qui est confirmée par
tontes les découyertes de la science. Dans
son zèle contre les nouveaux docteurs ^
comme il les appelle , il s*écrie emphatiaue-
ment : « C'est ainsi que sont frappés d^m-
paissanee tons ceux qui , au mépris de cet
oracle de nos livres saints, tentent de contre-
dire la parole de rérité : Non eontradic&s verbo
teritalis uUo modo et de mendaeio inerudi-
tionii tmœ eonfundere, (Eccli. if, 30[561].)
« L oracle est accompli en tous points : la
sentence portée contre les norateors a reçu
son entière exécntion; car cette réorganisa-
tion d*un ancien monde naufragé, ou cette
substitution d'un monde noureau à un monde
usé ou ruiné, est en même temps en contra-
diction flagrante ayec les faits géologiques
mieux ajipréciés et mieux connus. » (P. ^2.)
Nous venons de voir que c'est jdstement
le contraire qui est yrai ; mais H. Godefroy
n'en peut pas convenir; ce serait la ruine
de son système. On ne iait pas un gros livre
plein de choses tout à fait extraordinaires
en matière d*exégèse et de science cosmogo-
niqne, pour voir le fruit de tant de labeurs
s'évanouir tout à coup devant les faits. Ces
(ails, on ne les détruira pas , on sent bien
que cela est impossible, on les niera auda-
ciensement ; c'e^t plus commode, et il y aura
toujours quelgue lecteur qui se contentera
d'une dénégation.
« LVil^^fieuce d'une création détruite, con-
tinue M Godefroy, puis recommencée sur un
jilan tout nouveau ne peut se soutenir en
présence de ces attestations réitérées de la
science, qu'un grand nombre d'esnèces vé-
gétales et animales, se montrant à tous les
e?ages de la série des terrains, se sont per-
jiéiuées jusqu'à nos jours. » (P. 273.) c'est
encore ici précisément le contraire qui est
la vérité.
Aa lieu de prolonger une discussion où
Ton n*allègue contre nous que des arguments
de la forée de ceux oue nous venons de si-
{^naler, nous allons mire entendre la voix
ffDpcKsante d*un homme aussi célèbre iiar
an scieoee profonde qu'éminent par le rang
qu'il occupe dans la hiérarchie ecclésias-
limie, nous voulons parler de Mgr le cardinal
Wiseman.
m On a prétendu, dit M. Godefroy, que
raatenr des Diecoun sur les rapports entre
in e€i€nee et lu religion rétélée s'était pro-
nooeé eontre les périodes indéterminées et
en CiTeur de la nouvelle hypothèse. » (P.
37^ note première.)
Vcrilà inen en effet ce que nous avons
prédaedu dans notre Nouveau Traité des
srienets géologiques (p. 2fô, noie deuxième).
Nous allons le prouver en citant les paroles
liftâmes de M^ Wiseman.
l^^illnstre cardinal va se trouver ainsi au
1^1) H esl curieux de tron* le pliis auilacieux des
roniradideors de la parole de vériié, invoiiuer coii-
tx*: ceux qn\ ne peissrnt pas connue lui Vauloriié
nombre des novateurs^ des nouveaux doc-
teurs, frappés d' impuissance j qui ont contre^
dit la parole de vérité, car, lui aussi, comme
on va le voir, admet antérieurement h ré|io-
que où Moise commence son récit une série
d'anéantissementset de renouvellements des
faunes et des flores qui auraient précédé le
premier jour génésiaque.
Parlant de rhypotnèse des savants qui,
comme MM. Godefroy et Blarcel de Serres,
prétendent que la disposition des fossiles
dans les couches correspond exactement h
Tordre dans lequel leurs classes res|)eclives
ont été produites selon l'Ecriture, Mgr Wi-
seman s'exprime ainsi :
<« Cette hypothèse, cette tentative pour
mettre d'accord l'historien juif avec la phi-
losophie moderne peut paraître k plusieurs
manquer de la précision nécessaire pour
établir un parallélisme aussi circonstancié.»
(Dise, in, première partie, col. 171, édition
Migne.)
âi, il y a vingt ans, l'hypothèse en question
paraissait déjà au docte président du collège
anglais de Rome manquer de précision, que
dirait-il aujourd'hui où tant de faits sont
venus confirmer les aperçus de son génie.
Mais, dès lors il avait compris toute l'inanité
de ce système. Voici comment il le juge
dans un autre passade :
« Quelques écrivains ont tenté de lire les
jours de la création dans les apparences ac-
tuelles de Tunivers, et de tracer une histoire
de chaque production successive , depuis
celle de la lumière jusqu'à celle de l'homme,
d'après les monuments me nous offre la
face du globe. Tout cela, bien que louable
dans son objet, n'est certaiyemett pas sa-
TISFAISAHT DANS SES RÉSULTATS. » {ibid.„
col. 158.)
il nous semble que rien ne saurait èiro
plus formel, plus explicite contre les pé-
riodes indéterminées. Les dénégations de
M. Godefroy n'y peuvent rien, et toute la
tactique à laauelle il a recours dans la note
de la psLgo 27i est impuissante contre le lan-
gage si précis du savant auteur. Nous étions
donc bien fondé à prétendre que Mgr Wise*^
man s'était prononcé contre fhypothèse des
jours-périodes. Celte première partie de nos
prétentions est suffisamment prouvée ; dé*
montrons la seconde, c'est-à-dire, faisons
voir que réminent prélat s'est prononcé en
ftivenr de l'hypothèse que àf . Godeflrov ap-
pelle nouvdte, que MM. Buckland, Chalraers,
Debdouits, etc., ont présentée, et que nous
avons nous-mème adoptée dans ce Diction-
noire et dans notre Nouveau Traité des
sciences géologiques.
Nous prions le lecteur de lire avec atten*
tion le passage remarquable que nous al-
lons extraire du troisième Discours sur les
rapports entre la science et la religion révélée
prononcé à Rome en 1835; il y verra ({ue la
thèse que nous soutenons n'est *f as si nou-
iPiin passage de Hvcriitirc qu'on p?ut à si bon droit
rélorqiier cojilrc lui.
r55
JEH
DÏCTlONNiaRfi DE COSMOGONIE
lEH
1S(
rellc^ et qu'elle a été celle des premiers
Pères de 1 Eglise. Il y verra aussi quelle était
Thypothèse que Ton préférait à Rome, dans
le haut enseignement, dès 1835 et quelles
étaient déjà les remarquables tendances
d'une exégèse basée sur des découvertes qui,
depuis, ont pris tant d'extension et n'ont plus
laissé le choix sur les théories conciliatrices
entre la science et la Geni$e.
« En premier lieu, le géologue moderne
doit reconnaître et reconnaît volontiers
l'exactitude de cette assertion : qu'après que
toutes choses eurent été faites, la terre doit
avoir été dans un état de confusion et de
chaos ; en d'autres termes, que les éléments,
dont la combinaison devait plus tard former
l'arrangement actuel du globe, doivent avoir
été totalement bouleversés et probablement
dans un état de lutle et de conflit, i^uelle a
été la durée de cette anarchie ? quels traits
particuliers offrait-elle ? Etait-ce un désor-
dre continu et sans modifications, ou bien
ce désordre était-il interrompu par des in*
tec valles de paix et de repos, d'cxistencQ vé-
gétale et animale? L'Ecriture l'a caché à
notre connaissance ; mais en mAme temps
elle n*a rien dit pour découra^^er l'investiga-
tion qui pourrait nous conduire à quelque
hypothèse spéciale sur ces questions. Et
même il semblerait que cette période indé-
finie a été mentionnée à dessein, pour lais-
ser carrière à la méditation et à 1 imagina-
tion do l'homme. Les paroles du texte
n'expriment pas simplement une pause
«momentanée entre le premier fiât de' la
création et la production de la lumière;
car la forme grammaticale du verbe, le par-
ticipe, par lequel l'esprit de Dieu, l'énergie
créatrice, est représenté couvant Tablme, et
lui communiquant la vertu productrice, ex-
prime naturellement une action continue,
nullement une action passa^jère. L'ordre
même observé dans la création des six
jours, qui se rapporte à la disposition pré->
sente des choses, semble indiquer que la
puissance divine aimait à se manifester par
des développements graduels, s'élevant ,
pour ainsi dire, par une échelle mesurée
de l'inanimé à l'organisé, de l'insensible à
rinstinctif^ et de l'irrationnel à l'homme. Et
Ïuelle répugnance y a-t«il à supposer que,
epuis la première création de Tembryon
grossier de ce monde si beau, jusqu'au mo-
ment oOi il fut revêtu de tous ses ornements
et proportionné aux besoins et aux habi-^
tudes de l'homme, la Providence ait aussi
voulu conserver une marche et une grada-
tion semblables, de manière à ce que la vie
avançât progressivement vers la perfection,
et dans sa puissance intérieure, et dans ses
instruments extérieurs? Si les apparences
découvertes par la géologie venaient à ma-*
(SaS) Hicereke sulta geologia ; Roverele, 1924,
65-
(563) Bibr. i, 2. — De même, an des titres de
Dieu dans le Koran est : U Seigneur des mondes
(^ura 1).
' {ù%A)Itt$titvletofhinduhw.\Louû. i8S5. ch. 1,
nifester l'existence de quelque plaa s«m.
blable, qui oserait dire qu'il ne s>coor^e
i)as, par la plus étroite analogie, avec iea
voies de Dieu dans l'ordre physicrue et mo-
ral de ce monde ? Ou qui osera affirmer que
ce plan contredit la parole sacrée, lorsqu'eux
nousT laisse dans une complète obscanté sur
cette période indéfinie dans laquelle l^iaitre
du développement graduel est placée! J'ii
dit que l'iiicriture nous laisse sur ce point
dans l'obscurité, à moins tauteibis qee nons
ne supposions avec un pecsonnage qui oc-
cupe maintenaal une naute position dans
l'Ëglise, qu'il est fait alluMon a ces réfola-
tiens primitives, à ces destmctions et à œs
reproduetions, dans le premier cba|Âtre i%
VEecléêia$te (Mi), ou qu avec d'autres, nous
ne prenions dans leur sens le plus littéral
les passages où il est dit que des atoniks OLt
été créés (563}.
« Il est vraiment singulier que toutes les
anciennes cosmogonies conspirent i nous
suggérer la même idée, et couserfeot la
tradition d*une série primitive de révolu-
tions successives par lesquelles le moode
fut détruit et renouvelé. Les institutes de
Menou, l'ouvrage indien qui s'accorde le
plus étroitement avec le récit de l'Ecrilure
touchant la création, nous disent : if y a p^
créations et des destructions de mondts w-
nombrabtes: VEtre suprême fait tout cela
avec autant de facilité que si c'était unjeu;n
crée et it crée encore indéfiniment pour ré-
pandre te bonheur (564). Les Birmans ont
des traditions semblables ; et Von peut TOir
dans l'intéressant ouvrage de Sangermano*
traduit par mon ami le docteur Tandy, une
esquisse de leurs diverses destructions du
monde par le feu et Teau (565). Les Eg^P'
tiens aussi avaient consacré une P*f?î^^
opinion par leur grand cycle ou période
sothique.
« Mais il est beaucoup plus important, f
f>ense, et plus intéressant d'observer qne
es premiers Pères de l'Eglise chrétienne
paraissent avoir eu des vues exactemcni
semblables ; car saint Grégoire deNazianifit
après saint Justin, martyr, suppose une pé-
riode indéfinie entre la création et le pr^
mier arrangement régulier de toutes cho-
ses (S66). Saint Basile, saint Césaire et On-
gène sont encore plus explicites ; car ils ex-
pliquent la création de la lumière antérieure
a celle du sokil, en supposant que oe lumi-
naire avait déjà existé auparavant, n**^Jl'}:
ses rayons ne pouvaient pénétrer jusque J«
terre, à cause de la densité de l'atmosphère
{rendant le chaos, et <pie cette atmospWre
Ût assez raréfiée le premier iour pour lais-
ser passer des rayons du soleil sans qu on
pût néanmoins distinguer encore sondisque»
n. 80, p. 15, conip., d. S7, 74, etc.
(565) A descHption •f îke Bwrmese empm, {•-
primé' pour la fondation des tradadîons orieataKit
a Rome, 1853, p. 29.
(566j Oral. 2, t. 1", p. 51, édit. Bëiicd.
757
JEH
ET DE PALE0!«T0L0G1£L
lEH
75«-
qui De fui complélemenl dévoilé que lo
troisième jour (567).
• •••••••••••••y
Je tiens à faire Toir que sans toucher à la
foi, l'espace ne manque pas pour tout ce que
la géologie moderne pense avoir le droit de
demander. Je tiens à montrer (et les grandes
autorités que je yiens de citer me rassurent
parfaitement sur ce poinl} que tout ce qui
a étéréclaméf demandé par cette science, a
été accordé autrefois par ces hommes qui
furent rornement et la lumière du christia*
aismeprifflitif, et qui, assurément, n'auraient
pas sacrifié une lettre de TEcriture.
« Hais TOUS me demanderez : Qu'est-ce
qui rend nécessaire ou utile de supposer
«insi quelque période intermédiaire entre
l'acte de la création et Tarrangement des
cho^s créées telles qu'elles existent main-
tenant? D'après mon plan, je dois tous ei<*
pliquer ce point, et je vais essayer de le faire
avec toute la brièveté et la simplicité possi*
hies. Depuis peu d'années, un élément nou-
Teauet fort important a été introduit dans
l'obs^rTalioD géologique, je Teux dire la dé-
couverte et la comparaison des débris fos-
siles. Tous mes auditeurs savent déjà sans
doute que dans plusieurs parties du monde
on a trouvé des ossements énormes que l'on
aTait coutume d'attribuer h l'éléphant, ou
mammouth, comme ou disait d'après un mot
sibérien qui désigne un animal souterrain
fabuleux. Outre ces restes et d'autres sem-
blables, de vastes accumulations de coquil-
lages et des empreintes de poissons dans la
pierre» oomme à Monte-Boica, ont été décou-
rertes dans tous les temps et dans tous les
pavs. On était dans l'usage de rapporter tout
eela au délu^ et d'y voir une preuTe que
les eaux avaient couTcrt le globe entier et
détruit toute Tie terrestre, en même temps
qu'elles aTaient déposé les productions ma-
rines sur les continents. Mais peut-être me
croirez-TOUs à peine, si ie vous dis que pen-
dant plusieurs années fa plus vive contro-
verse fut agitée dans ce pays-ci (en Italie)
sur la question de savoir si ces coquillages
étaient des coquillages réels et avaient autre-
fois renfermé un animal ; ou bien si ce n'é-
taientque des productions nalurelles,formées
|iar cequ'onapi>elaitune puissance plastique
île la nature, imitant les formes réelles. Agri-
cola, suivi par le judicieux Andréa Mattioli,
affirma qu^uoe certaine matière grasse, mise
en fermentation par la chaleur, produisait
ces formes fossiles (568). Mercati , en 1574»
soutint obstinément que les coquillages fos-
siles recueillis au Vatican par Sixte-Quint,
étaient tout simplement des pierres qui
(567) S. Basu.., Hexamer.^ hom. 2; Paris, i6IS,
p. 23; S. C^SAftics, Dial., i, Bihlioth. Pair. Gal-
a.A«»i; ¥eo., 1770, t. VI, p. 57 ; Oriceh., Periétrck.^
lib. IT, c 16, 1. 1"; p. 17i, édiL Bénéd.
(568) f Agriciila sognava in Germania che alla
iDrmaûoae di questi corpi fosse concorsa non so
anal BUleria piugtie, aie^sa in fermeoio dal calore.
Andréa MaUîoli addotlo in Italia i ni'desimi pre-
findîij. > (BnoGcai, Conchioiogia fo$êile ênbapen-
mifm, U I*", MUan, 1814. p. v.)
avaient reçu leur configuration de TinOnence
des corps célestes (569;; et le célèbre méde-
cin Fallope àssnrsLxX que ces coquillages étaieni
formés partout où on les trouvait ^ par le mau^
vement tumultueux des exhalaisons terrestres.
Et même ce savant auteur était si opposé à
toute idée de dépôts, qu*il soutenait hardi-
ment que les fragments de poterie qui for-
ment le singulier monticule connu de tous
tous sous le nom de monte Testaceo, étaient
des productions naturelles, jeux de la na-
ture contrefaisant les ouvrages de Tbom-
me (570). Tels étaient les embarras auxquels
ces nommes zélés et habiles se trouTaient
réduits pour expliquer les pbéuomènes qu'ils
avaient obsenres«
c A mesure que Ton obserra avec plus de
soin et d'attention l'ordre et les couches dans
lesquelles on trouvait ces restes d'animaux,
on s'aperçut qu'il existait un certain rapport
entre ces deux choses. On remarqua encore
3ue plusieurs de ces restes étaient enseyeti&
ans des situations où l'action du déluge, si
Tiolente et si étendue qu'on la suppose, ne
saurait avoir pénétré. Car nous devons sup^
poser que cette action s'est exercée à la sur*
iSace de la terre et a laissé sur son t^ssag»
des signes de perturbation et de destruction,
tandis que ces restes d'auimaux ont été trou-
vés au-dessous des stralîticatioqs qui for-
ment l'écorce extérieure de la terre ; et ces^
couches reposent sur eux avec tous les symp-
tômes d'un dépôt graduel et tranquille. En-
suite, si nous rapprochons ces deux observa-
tions l'une de l'autre, en supposant que le*
tout ait été déposé par le déluge, nous de*
vrons nous attendre à trouver ces débris
fossiles dans une confusion complète, tandis
qu'au contraire nous cTécouvrons que la cou-
cne la plus basse, par exemple, présente une
classe particulière de fossiles ; \nxis les cou-
ches qui sont superposées contiennent éga-
lement des classes tout à fait uniformes do
fossiles, quoique dans plusieurs cas ces fos^
siles diffèrent de ceux des dépôts inférieurs»
et ainsi jusqu'à sa surface. Cette synétrie de
déposition pour chaque couche, tandis qu'elle
dinère des précédentes, suppose une succes-
sion d'actions exercées sur des matériaux
divers, et point du tout une catastrophe coif-
vulsive et violente* Mais cette conclusion
parait mise hors de doute par une découverte
encore plus inattendue. Tandis que dans les
terrains meubles et partout où le déluge est
supposé avoir laissé des traces, nous trou-
vons les ossements d'animaux appartenant k
des genres qui existent actuellement; parmi
les fossiles ensevelis h de plus grandes pro-
fondeurs rien de semblable ne se découvre.
(569) c Egli niega che le conchiglie b|Mde faUa
sieno vere conchiglie, e dopo nn lungbissimo dis->
corso sulla materia e sulla forma sosianziale eoii-
c'hiode che sono piètre in cotai gnisa coiifigarate
dair influenza dei corpi celesii.i (/oid., p. \ni.)
(570) Concepiscc più faciloiente cbe le cbioedola
iropietrite siano state generato sul luof|0 dalla fer-
menlazione, o pure cne abbiano acquistata queU«>
fonna mcdianic il movînicnto vcrticoso délie
lazioiii terreslri. » (P. vi.)
TCO
JEU
DICTIONNÂIBE DE COSMOGONIE
no
760
Au contraire^ leurs squelettes nous tepr^-
seutent des monstres qui, considérés dans
leurs dimensions et dans leurs formes, n*ont
pas môme d'analogue parmi les espèces ac-
tuellement existantes, et paraissent avoir été
incompatibles avec la coexistence de la race
humaine.
. « Cette dernière considération mérite quel-
ques explications, parce qu'elle préparera
ceux qui n'ontpas étudié cette science & com-
prendre ces dé:'.ouYertes récentes. Des per-
sonnes s'étonneront peut-être qu'à l'inspec-
tion de quelques os brisés, on puisse former
un jugement sur les animaux auxquels ils
appartenaient. U y a quelques années ce
problème n'aurait-il pas paru absurde ; re-
construire un animal d'après un de ses os l
Et cependant, nous pouvons le dire avec vé-
rité, il a été résolu de la manière la plus
complète. H n'est peut-être pas nécessaire
d'observer que rinuividualité de chaque es-
pèce d'animaux est si parfaite, que chaque
os, presque chaque dent, est suflisamment
caractéristique pour déterminer ses formes.
L'étude approfondie de ces variétés et les ré-
sultats analogues auxquels elle conduit tou-
ipurs, furent la base sur laquelle Cuvier posa
Ld merveilleux édifice de cette nouvelle
science. Les habitudes ou les caractères des
animaux, comme j*ai déjà eu occasion de le
i^emarquer^ impriment leurs particularités
sur chaque portion de leurs formes. L'ani-
mal Carnivore n'est pas tel seulement dans
ses griffés ou dans ses serres; chaque mus-
cle doit être proportionné à la force et à l'a-
gilité qu'exige sa manière de vivre, et chaque
muscle creuse une cavité correspondante
ilans l'os qu'il embrasse ou sous lequel il
I)asse. Rien n'est plus curieux gue les ana-
ogies convaincantes quoique inattendues,
par lesquelles Cuvier conurme sa théorie;
car il montre un rapport constant et toujours
Eroportionné entre des parties oui ne sem-
ient avoir aucune connexité, telles que les
pieds et les dents.
« Cependant lorsqu'il commença à appli-
3uer ses principes d anatomie comparée aux
ébris d^ossements extraits des carrières de
Montmartre» il découvrit bientôt qu'on ne
pouvait les rapporter à aucune espèce actuel-
lement existante sur le globe. Mais les prin-
cipes scientifiques qui le guidaient étaient
si certains, qu il répartit facilement ces os-
sements entre différents animaux suivant
leurs dimensions et leursstructures diverses;
et il prononça qu'ils représentaient des ani-
maux de la classe des pachydermeSfOn à peau
épaisse, et très-étroitement alliés au tapir.
Il distingua deux genres, découvrit môme
plusieurs subdivisions, et leur donna des
noms appropriés. Il donna aux deux genres
les noms de polœotbtrium ou ancien animal,,
(571) Voyez ses principes dans VExtrait if un ou-
vrage sur les espèces de quadrupèdes dont on a trouvé
(et osumenls dans rintérieur de la terre^ p. 4 ; dans
«on discours préliminaire des Recherches sur les os •
^fiifi. foss.^ V. I, p. 58, publié aussi séparément. Voyez
encore vol. IIl, p. 9«ct suiv.,pour les procédés suivis
da^ns la création, comme il dit, des nouveaux genres
et anoflothtrium ou désarmé, parce quelua
était distingué de l'autre par le manque de
défenses. Ces résultats ne doivent pas nésD-
raoins 6tre considérés comme de pures con-
jectures : car, lorsqu'on a en le bonheur,
après (^u'il eut construit à l'aide de semblables
analogies le squelette d'un animal, de dé-
couvrir un squelette entier ou une partie
que l'on ne possédait pas encore,onatrouTé
qu'il avait eu constamment raison dans ses
suppositions, et je ne pense pas que dans du
seul cas on ait eu besoin de modifier sa re-
construction conjecturale (571).
« Dans quelques occasions les naturalistes
ont été assez heureux pour découTrir la dé-
pouille de ces monstres, dans un état assez
complet i)our dispenser du laborieni pro-
cédé que je viens de vous expliquer. Lîs-
pagne, par exemple, a été de bonne heore
en possession d'un squelette presque coio-
plet du megatherium^ comme on rappelle
maintenant ; il fut envoyé de Buenos-Arres.
en 1789, par le marquis de Loreto, et déposé
dans le cabinet de Madrid ; Juan fiautisti
Bru publia des planches qui le représeo*
tàient. D'autres fragments, etmèmeunepor-
tion considérable aes ossements du méirie
animal, ont été depuis apportés en Anjle*
terre par M. Parisfi, et présentés par loi as
Collège royal de chirurgie ; par bonheur ils
servent en grande partie i remplir les ^es
du spécimen de Madrid (572). Nous êfous
ainsi un animal avec la tMe et les é|»^Qles
du paresseux, et cependant avec des nem-
bres et des pieds qui tiennent le milieu enlre
ôeux de Tarmadille et du fourmilier. Mais en
même temps il doit avoir égalé les éléphants
de la plus haute taille, car il avait 13 pieds
de long et 9 de haut.
# Plus étranges encore sont les classes
dViniroaux alliées aux sauriens ou lézards;
les énormes dimensions et les formes pres-
que chimériques de quelques-uns d entre
eux seraient a peine conçues par rimaginî-
Cion. Le megalosaurus^ comme rajustement
nommé le docteur Buckland, avait au mm
30 pieds de long, et même à en juger d'après
le spécimen trouvé dans la forêt de Tiljcaie
dans le Sussex, il parait, toute réductioo &ite,
avoir atteint la longueur efl^ayanle de W
ou 70 pieds (578). Vtchthyosaurus ou léanl-
poisson, quand il fut découvert en partiei
présentait de si étranges anomalies, que Ion
pouvait h peine supposer que ses membre
appartinssent au même animal. Ce at w
qu après des découvertes répétées queCo-
rtybeare et de La Bêche produisirent un ani-
mal avec la tête d'un lézard, le corps dun
Eoisson et quatre nageoires au lieu de pattes.
a taille de quelques-uns de ces monstres
doit avoir été énorme, comme les spécimcDS
du muséum britannique peuvent le prouver
*
- (572) Voyez une plandie indiquant les pir^
suppléées par chacun de ces spcciinei», ^^l*'.,
Geohgical Transactions^ nouTcltes séries, ym .^
1835, planche xliv, avec une description deî«w«
par Bf . Clift, p. 437.
(;;73) Ibid,, vol. l, 1823, p. 391.
711
ET DE PALEOXTOLOGIK.
im
762-
aux ohsenàleuts. Plus faalastiqae encore
est la Ibrme du pUsiQsaurus ou» comme on
le nomme maînlenant avec plus d'exactitude^
emalioêOMruêj ou lézard marin, qui, aux ca-
ractères remarqnés dans les autres, joint un
cou plus long que celui d'aucun cygne, à
reitrémité auquel est une tres-petile
tète (574). Enfin, pour ne pas tous arrêter
plus longtemps à ces explications, on a dé-
couTert un autre animal bien plus extraor-
dinaire, et je pourrais presque dire fabuleux.
CoTier lui a donné le nom de piérodaeiyle^
C'est lui qui le i>remier détermina les carac-
tères de cet animal d'après undessla de
Collini ; il eut la satisfiietiOB de roir ensuite
sa décision confirmée par plusieurs spéci-
mens. U déclare cet animal le plus étrange
de Tanden monde: car il arait le corps d'un
reptile ou lézard, arec des pattes excessive-
ment longues, manifestement formées comme
celles de U cbanTe-souriSy pour déoloyer
une membrane au moyen de laquelle il pou-
rait Toler; puis un long bec armé de dents
ai^ës; et il doit aroir été couvert non de
poiis ni de plumes, mais d'écaillés (575).
m Ces exemples , entre bieji d'autres , peu-
vent suffire pour vous laire roir que les es-
pèces d'animaux que Ton a trouvées ense-
Telies dans la pierre calcaire ou dans d'autres
roches, n'ont pas de types correspondants
dans le monde actuel ; et si nous tes oppo-
sons aux senres existants trouvés dans les
couches plus superficielles, il nous faudra
conclure que les premiers n'ont pas été dé-
truits par la même révolution qui enleva les
derniers de la surface de la terre, à l'excep-
tion des couples conservés par l'ordre de
Dieu.
. % Quelques naturalistes, malgré les avan-
tages que nos géologues ont tirés des fossiles,
même dans la comparaison des couches mi-
néralo^ques, ont persisté à les exclure de la
géoloçie comme étrangers à la science (576).
Mais il est impossible de fermer les yeux h
la nouvelle lumière que ces découvertes ont
répandue sur son étude, et par conséquent
de'négliger la considération des rapports que
I« seîfrnce ainsi élargie soutient avec les ré-
cits de l'Ecriture; et puis, quoique notre con-
clusion puisse paraître négative, elle est, ce
me semble, d'une haute importance : car le
premier pas dans la connexion d'une science
avec la nivélation, après Qu'elle a passé la
période tumultueuse des théories informes et
contradictoires, est que ses résultats ne soient
point opposés à la révélation ; et c'est là dans
le lait une confirmation positive. Car, ainsi
queje le démontrerai d'une manière plusap-
|irofondie dans me a dernier discours, la ma-
nière édatante avec «aquelle l'histoire sacrée^
soumise à Texamen des inrestigations les
plus diverses, défie tous leurs efforts de dé-
(»74) Voir CeologUal Tramiacltûnê^ voL I, |>p« 43,
i.^75) OêtemaUs fouiU$^ \o\. \\\ p. 56; vol. V,
pari. IL» p. 379; mc la Bêchc, dam les Tran$aeiioMS
^épU^iqu$^ vol. Ul. p. il 7.
(576) Par exempl**, le docteur Hac Cullocli, daus
couvrir en elle aucune erreur, forme, par
l'accumulation d'exemples variés, une preuve
positive extrêmement forte de leur inatta-
quable véracité. Ainsi, dans le cas présent,
SI l'Ecriture n'avait admis aucun intervalle,
entre la création et l'organisation du monde,
mais qu'elle eût déclaré que c*élaient des
actes simultanés ou immédiatement consécu-
tif, nous eussions peut-être été embarrassés
pour concilier ses assertions avec les décou-
vertes modernes. Mais au lieu de cela elle
laisse un intervalle indéterminé entre les
deux, et même elle nous apprend qu'il y eut
un état de confusion et de lutte, de dévasta-
tion et de ténèbres; elle nous montre la mer
dépourvue d'un bassin convenable et cou-
vrant ainsi tantôt une partie de la terre, tan*
tôt une antre ; dès lors nous pouvons dira
avec vérité que le géologue lit dans ce peu
de lignes l'histoire de la terre, telle que ses
monuments l'ont établie : une série de déchi-
rements, d'élévations et de dislocations; des
irruptions soudaines d'un élément que rien
n^enchatnait, ensevelissant des générations
successives d'animaux amphibies; un abais-
sement subit des eaux, calme, mais inat-
tendu, embaumant dans leurs divers lits des
myriades d'habitants aquatiques (577) ; des
alternatives de terre et de mer, et de lacs
d'eau douce ; une atmos|ihère obscurcie par
d'épaisses vapeurs carboniquesqui, absorbées
graduellement par les eaux, s'edaircirent et
produisirent les masses si étendues des for-
mations calcaires, iusqu'à ce qu'enfin arri-
vât la dernière révolution préparatoire i^our
notre création. Quand la terre fut suffisam-
ment brisée pour cette magnifique diversité
que 0ieu voulait lui donner, et pour produire
ces points d*arrêt, ces barrières que les des-
seins providentiels avaient d4:^i(^és, Tœuyre
de ruine fut suspendue, du moins jusqu'^au
jour d'un plus grand désastre \ et la terre do-
meura dans cet état d'inertie léthargique
dont elle fut délivrée par la reproduction
de la lumière et l'cBuvre subséquente des six
jours delà création, m
Mgr Wiseman continue la démonstration
de sa thèse en Taupuyai it sur les influences
dynamiques ou forées intérieures qui ont
déterminé le surgissement des diverses
cbaines de montagnes, qu'il regarde avec
M. £lie de Beaumont et tous les géologues
comme lacausedes révolutionsde lasurlacodu
g[!obe, par les changements que leur forma-
tion a opérés dans les limites et le régime des
mers, des Jacs, des fleuves, etc. Nous croyons
inutile de citer ici ces nouveaux dévelop-
pements et nous pensons que Texlrait oui
iirécède suflit bien pour prouver que M,^
NViseman s'est prononcé en faveur de Tby-
pothèse qui rejette les créations des végé-
taux et oes animaux des temps géolotn-
80D SysleM of Geolûçg, wiUk a tk€or§ of ^ eartk
Loiidoii, 1831, vol. 1« p. 430.
(577) Voir »e La BfcCBE, (|ui a très-bien traité ce
Kint dans ses Rtsearches tuio theoretical Ceoloff,
mdon, 1834, cbap. H, p. 242.
w%
JËB
DICilONNAIRE DE COSMOGOr^lE
JOO
tl\
ques, aTOc la formation du ciel et de la
terre, au delà da point de départ de la nar-
ration mosaïque (578).
Concluons par une dernière considération
sur la nature du récit sacré.
Si nous cherchons è nous rendre compte
du but que s*est proposé Moïse, dans le
rCcit de la création, nous ne pourrons dou*
tefr a\ïil n*ait voulu surtout prémunir les
Israélites contre l'idolfltrie des nations qui
les entouraient. On sait que, dans ces Ages
reculés, princif>a1ement en Orient, cette iao-
lAtrie consistait dans le cuite et Tadora-
tion de la terre et des éléments, du soleil,
de la lune, de ces corps célestes, pleins
de magnificence, qui se meuvent avec une
si harmonieuse régularité dans Tespace, et
qui paraissent remplir un rôle si impor-
tant dans révolution de tous les phénomè-
nes de notre monde (S79). Rien n*était donc
plus propre è détourner un peuple déjà si
enclin à sacrifier aux dieux étrangers, que
Je proclamer que ces glot>es et ces astres,
et tout ce qu'ils renferment, sont Touvrage
d'un créateur unique et tout-puissant, à
qui seul doivent être rendus toute gloire
i*t tout hommage.
L'objet des communications divines fiiites
à Moïse a donc été de nous donner des lu«
mières morales, de fixer nos convictions
religieuses, de nous donner des règles de
conJuite, d'établir des dogmes ou d'impo-
ser des devoirs, conformément aux vues
que Dieu s*est proposées toutes les fois
qu'il s'est manifesté aux hommes par des
révélations, mais nullement de nous ensei*
gner les sciences phjsiaues et naturelles,
et de nous révéler les (ois par lesquelles
il a créé et gouverne l'univers. Qui ne com-
prend que de telles révélations scientifi-
(578) Parmi les âdTcrsaires de cette interprétation
présentée |Mir M||r Wiseman, Desdouits. Buckbnd,
Cbalmers, etc., il faut compier M. l'aboé Maiipiêd
dans SOR livre : Dîm, Vhamme et k monde (1851),
M. Maiipied prétend que des éerivmm catholi^ueê
oiU eopié el mû en avant u »ifstème d'interprétation
êom dtuuuion^ tans examen^ etc. Sans accepter celte
décision nn peu tranchante, nous dirons qne ces
écnvaim ont mieux fait de se ranser dn côté de
deux illustres savants, comme Buckiand et Mgr Wi*^
setnan, qne d^masiner des théories aussi excentrî-
qnes one celles de II. Maupied à la solte de M. Cbau-
bard < Voy. ce mot) et du P. Debreyne (f^09..ee
mot). Ces éerivaim catkotiqutê dont M. Maupîed
parle avec tant de dédain, sont las des systèmes
cosmogoniques h&tis sur la Genèse ; on les compte
par centaines, el les derniers venus, comme celui
de M. Tabbé Maupied ( Vou. ce mol), ne sont pas les
moins propres à les en dégoAter. Ayec une miasi*
nation un peu folle, rien ne nous paraît plus facile
que de faire une bypotlièse transcendante sur le pre-
mier chapitre de la Genèse: mais les romans, même
f^eientittqaes et bibliques, ne sont pas du goût de
tout le monde.
(579) € Us sont vains , tous les hommes en qui
n'est pas la science de Dieu ; car ils n*ont pu, des
hiens qui paraissent, s'élever k comprendre celui qui
est ; ils n*ont pas, en considérant les œuvres, connu
qnel clait Tonvricr.
< Mais le feu, le vent, Tair, la multitude des étoi-
les, Fabime des eaux, le boleil, la lune, voilà ceux
ques dépassent les Ibrces de lliomne damt
les conditions physiques et morales où il
est placé ? Il ne s*agit de rien moins, eo
effet, que d*embrasser dans ce qu'elles ont
de plus intime toutes les œuvres et toates
les voies de l'intelligence infinie. M'esi-ct
pas demander une communication de l'om-
niscience? Quel que soit, en effet, le point
de la science des opérattous divines auquel
Thistorien sacré se serait arrêté, on aurait
toujours pu accuser son récit d'imperfec-
tion ou d oubli pour Jes choses qu'il an-
rail passées sous silence. Ainsi, il n'aurait
pu se mettre fc l'abri des reproches que
jmr une révélation complète de tout ce qu'il
va de mystérieux dans les mécanismes des
mondes matériels et dans les forces. qui Its
mettent en mourement. Mais alors, au lien
de quelques chapitres, il lui anrail fallu
écrire une encyclopédie des sciences d'une
étendue e( d'une profondeur telles, que
tout le génie du savant le plus universel
pourrait à peine s*en flaire une idée. 11 j
a donc une véritable déraison à vouloir
trouver, dans le livre sacré, une histoire
complète et détaillée des opérations de ia
toute-puissance créatrice, lesquelles appar-
tiennent à des époques et à un état de cho-
ses qui n'offrent aucun rapport direct ^m
res()ece humaine. N'est-il pas d'ailleurs éri-
dent que l'imperfection du ianga|$en*aurait
jms même permis de les décrire? (r«)f.
BUCKLAND, JOVRS-FÉRIODKS, OtC.)
JOSUÉ , son déluge. — Voy, DEBunii
Chaubard.
JOUUS PÉRIODES. — Vers la fin du de^
nier siècle, & raction du déluge auquel ou
avait rapporté généralement jusque-là l'eU'
sevelissement des fossiles dans tes couches
du globe» on substitua un système nouTeao,
qii*ils ont crus les arbitres da monde.
c Si, entraînés par leur beauté, ils les odI regv^
des comme des dieux, qu'ils appreaneDt couibieiie4
plus beau leur dominateur, puisque, souree ^ ^
beauté, il les a créés tous;
c Et s'ils ont admiré la force et le pouvoir des
créatures, qu^ils comprennent par là combies «(
plus puissant et plus fort celui qui les a faiitt. *
(Sap. xiii, 1,2,5^4).
' Le sabéisme était la religion de la plupart des peu-
ples de rOrient. Ce mot vient de tuba, Tuis^
(armée), et désigne les adorateurs de Yarmée ^
deux.
Ce qui vient confirmer encore le sentiment (|M
nous émettons ici sur le but que Moisc avait en tuCi
dans le récit de la création, cV'st son insistance à
recommander , presoue à chaque naee de la Loi, dlio-
norer la cessation oe» wuvres du Trés-Haiii pf jj
cessation de tout travail mautiel le septième jour de
chaque semaine. Vntlà, disait-il aux Israébics^ w
m«f^H« à laquelle on reconnaîtra le peuple de Oie*.
{Exod. XXXI, 15). En effet, ce repos religieui fU»*
une profession expresse de rctoiuiuitre rœ4ivre <ic>
six jours, de rejeter réteruité du monde, et de k
regarder le soleil, la lune el tous les êtres divinise
dans la nature par les Egyptiens, les Arabes et »
Chaldéens, que comme des masses de matière qm
n'avaient d^action et de beauté que ce oiril a^i' P
à rEternel de leur en donner |>our Je «rvîcc de»
crâlures ifitcili gril les.
1«5
lOV
ET DE PALEOtiTOLOGIi;
U)h
1»
celui lies p^fiodfi» indéfinitst souieou prin*
cipalement parDelac (Voy. ce mol)» et oui
consiste à regarder les six jours de la créa-
tion comme autant de périodes d'une durée
indéterminée. Cette opinion acquit un cer*
tain crédit après les travaux de Guvier oui
pourtant) dans son Diêcoun $ur les révolu^
tUns du. globe (p. 129), se défend d'admet-
tre des créations successives. Cependant il
revient .tant de fois sur ces époques, sur la
différence entre la création actuelle et les
créations anciennes (Diit.f etc., p. 2; 329;
^3 , etc.) (full est impossible de ne pas y
sa véritable pensée. Quoi qu'il en soit,
logues, qui veulent absolument trou*
système cosmogonique dans le pre-
ûtre de la Genèse^ continnent d'à-
ce svstème, malgré les nombreuses
'es objections dont il est passible, et
lent au texte sacré qu'il torture
[rangipent, et du côté des laits de la science
kvec Isuelle il ne peut se concilier.
lyssinous, dans sa conférenre sur
le déjpie, n'a pjêb pea contribué à faire
adoflflr cette opinion par quelques tbéolo*
Dans ce discours, le célèbre orateur
m tout le système géologiquede Cuvier
^s termes r « Si l'on regarde chacun des
j^rs de la création comme une époque indé*
^pmiuée, qui peut savoir quelles modi-
ications, quelles variations la terre a su»
dans ces premiers tem|)s ? »
c Ces expressions dubitatives, dit un sa-
vant théologien, ne préjugeaient rien, il est
vrai; mais les intelligences de second et
de troisième ordre acceptent de telles dio-
ses comme des Térités désormais incon-
testables, parce qu'elles sont appuyées sur
I autorité de deux nom.*» illustrés comme
ceux de Frayssinous et de Cuvier ; et c'est
ce qui arriva : le svstème des périodes in-
déterminées devint le dogme de tous les
iournaux, de toutes les revues dites catho-
jî<fues, qui l'exploitèrent longtemps comme
une mine féconde ; de là il passa dans les
ouvrages d'écrivains catholiques, animés
d'excellentes intentions ; alors journaux, re«
vues, livres pullulèrent à l'envi pour ren-
dre un culte au système devenu leur idole;
chacun, sur cette base, exerça son imagi*
nation è torturer le texte de Mo'ise pour
7 trouver ce qui n'y est pas, et à saisir quel-
ques lambeaux de faits géologiques pour
corroborer l'accord merveilleux des six /pa*
queg de Mo'ise avec les couches du globe.
Chaque nouvelle empreinte, chaoue nou-
veau fossile qu*on trouvait dans les assi-
ses du sol, était une démonstration qui fai-*
sait tressaillir de joie et se pAmer d'ébabis-
sement tous ces zélés défenseurs de la ré-
vélation, qui descendaient en esprit dans les
profondeurs du sol pour y contempler les
diverses assises dont ils n'avaient pas la
plus légère notion, et pour y compter les
fossiles sans savoir ce que c'était. La plupart
de ces faiseurs d'articles et de volumes n'a^
vaicnt aucune notion des sciences naturel-
les, ils n'avaient pas n^émesouvent lu les
ouvrages dont ils embrassaient les doctri-
nes, ou bien ils les avaient lus sans pouvoie
les comprendre. Faut-il s*étonner mainte-
nant de rencontrer dans presque tou$ ces
écrits, les principes scientifiques les plus
déplorables, acceptés eomme des vérités; tels
que, ^r exemple, le principe panthéiste
matérialiste de la transformation des es-
pèces animales et véjgétales (580). »
Le mot ydm qui signifie un jour natu-
rel, et Qu'on a traduit par époque^ a bien, h
la vérité, ce dernier sens queluuefois dans
l'Ecriture, comme dans toutes les langues,,
mais alors le contexte détermine clairement
l'acception dans laquelle il convient de le
prendre. Or, dans le premier chapitre de la
fffRÀe, où ce terme est répété jusqu'à six
fois, rien n'indique qu'il doive y recevoir:
une signitteation autre que celle qui est la.
plus naturelle et la plus commune. Loin de
là, les mots ve$pere et mane^ soir et matin,
emplojrés pour distinguer le commencement
et la fin a un jour ordinaire, démontrent
avec une iialpabie évidence qu*il s'agit d'un
jour vul^ire et non d*un jour^^période o^
métaphorique ; de sorte qu en supposant à
Moïse l'intention de Aire comprendre des
jours semblables à ceux qui résultent au-r
^urd'hui de la révolution diurne du globe»
il n'aurait pu se servir d'une expressioa
plus précise et plus claire.
M. Marcel de Serres cite le quatrièmei
verset du second chapitre de la Genèse
comme un exemple ae l'emploi du roo4
Îfdm dans le sens d'épofue. En effet, c'est
e sens qu il parait avoir dans ce verset,
et il nous semble que cette signiûcatioa
est peu favorable ici a l'opinion que soutient
ce savant. On conçoit très-oien en effet que
l'ensemble des six jours de la création puisse
être considéré comme formant «ae époque ;
mais l'esprit est moins satifait de l'idée qui
se présenté relativement à ce verset, quand on
regarde les six jours génésiaques comme six
époques : on trouve alors qu'il est moins
exact de se servir du mot époque pour dé-
signer un ensemble d'époquee^ — Comment^'
demande M. Marcel de Serres, d'après l>e-
luc, comment, en pariant de la première
éfioque. Moïse aurait-il pu l'assimiler à
des jours de vingt-quatre heures, puisque
ceux-ci sont mesures par des révolutions
de la terre sur son axe, en présence* du
soleil, et que cet astre n'a été disposé qu'à
la quatrième époque pour répandre la In^
mière sur la terre ?
Mais pourquoi vous plalt-il de vous em-
barrasser dans des diliicultés qui n'exis»
tent que parce que vous voulez h toute
force voir une création là où il n'y a qu'une
réorganisation? Vous voulez que le soleil
n'ait été créé que le quatrième jour, mais
cela n'est dit nulle part. Nulle part il n'est
écrit que la substance même du soleil et '
de là lune ait été appelée à exister pour
la première fois le quatrième jour; le texte
(580) Dhw^ rhomne et te monde, I. 111, p. 206, par M. l/abN Mavpied.
767
JFOÙ
DiGTIONNÀIRË Dn COSMOGONIE
JOC
Kl'
peut également signifier que ces corps cé-
lestes furent à cette époque spécialement
iklaptés à certaines fonctions d une grande
importance pour i*es{;èce humaine : à
rerser la lunaière sur \e globe ; à régner
9ur le jour ettsur la nuit ; » — <c à fixer les
mois et les saisons, les années et les jours.»
— Quant au fait même de leur création, il
arait été annoncé d'avance dès le f>remier
yerset. Bst-il une interprétation plus simple,,
plus naturelle, c[ue celle qui suppose que
ces ténèbres qui couvraient le soir du pre-
mier jour, n^élaieut que des ténèbres tem-
poraires, produites par faccumulation de
vapeurs denses « sur la face de l'abtme, »
et qu*un commencement de dispersion' de
ces vapeurs rendit la lumière à la «urCsce
de la terre le premier jour, sans^ que pour
Cela les causes qui produisaient cette lu-
mière cessassent d*6tre obscurcies? On con-
Îoit alors comment la purification complète
e l'atmosphère au quatrième jour fut cause
^ue le soleil, la lune et les astres apparu-
rent dans la voûte des cieux et se trouvè-
rent dans de nouvelles relations avec la
terre, nouvellement qiodifiée et avec l'es-
pèce humaine.
Ces mots, que la lumière soie (yelii or),
n'impliquent nullement que ia lumière n'ait
jamais existé antérieurement; on peut les
interpréter simplement dans le sens d'une
substitution de la Jumière aux ténèbres sur
la surface de notre planète.
H. Marcel de Serres appelle ndondanee
imuiU cette répétition de soir et de matin à
propos de chaque jour génésiaque. La re--
dondance n'en existerait cas moins quand
te mot j/âm aurait la signification d'époque^
oar sans doute toute époque a son commence^
mmt et sa /Su, comme chaque iour a son êoir
•t son maiin» Mais en répétant à chaque
ydm qu'il a eu son ^oir et son matin. Moïse
a prévenu les difficultés qu'on aurait pu op-
poser à un récit qui porte sur un ordre de
phénomènes antérieurs à l'homme, et où le
(Mfaut de précisiou aurait pu. si faciloment
induire en erreur. Malgré la précision rigou-
r<euse qu'il a apportée, par exemple, dans sa
définition de chacun des jours de la création,
MM. Marcel de Serres, Godefroy, etc., n'en
ont pas moins pris ces jours pour des. p^to-
def, et le vespert pour une série de boule-
versements, etc.
* Mais voici un dernier argument tiré du
text9, qui parait décisif à M. Marcel de
Serres ; il lur semble confirmer puissamment
*(5dl) Dans Phypothèse des joun-pêriodes ^ Dieu
sr ri'pose après rcDUYre de rhaqtie époque et pen-
dant toute la durée de ceUe-<ïi de h même manière
ifu'il se repose pendant Tcpoque aeiuelle après avoir
créé rborame^.efl sorte qne la gramlc Ogure du tra-
vail liebdomadatre disparaît et que toutes les hautes
harmonies do monde moral comme celles du monde
pbvsimic sont troublées.
; (58i) Si nous avons recours à Pexamen compara-
tif des divers passa«^cs de IJ£«^ritiire, où 1rs jours de
1«1 création sont rapj^clés par Moîs\ nous ne trouve^
rons rien encore qui puisse justifier une intcrprcia*
tiou aussi témcraii^mcut hasardée ; au' couUrahe,
sa nr.anièrede vx>ir. « Après chaque journée,
dit-il, l'écrivain sacré a soin de nous arcrtir
par les mots fuit vespere et fuit fmme, qu'elle
est complètement écoulée. Mais lorsqu'il est
question de la septième époque, il ne parle
plus du soir et du matin. On se demande la
cause de eette omission et d'une eiceptioa
aussi remarquable. » Voilà en effet gui est
bien surprenant. Le Créateur a terminé ses
œuvres le sixième jour , et Moïse dit que re
sixième jour eut, conme les jours préeé-
dents, son soir et son matin, afin opooiie
le prenne pas pour une durée indéfinie; le
lendemain Dieu cesse de créer et se repose,
et parce que Moïse ne dit pas que ce jour da
repos du Seigneur eut un soir comme les
jours génésiaques, cela étonne M. Marcel de
Serres. En vérité ce qui étonne ici c est cette
singulière observation. Comment ce savant
ne voit-il pas que si Moïse avait répété la
formule par laquelle il termine chacun des
jours du récit sacré, il eût fait croire que le
Créateur ne se reposa qu'un jour, leseptième
seulement? Est-ce que les jours qui suivi-
rent le septième ne doivent pas être consi-
dérés aussi comme des jours de repos du
Seigneur (581)7 Quelle raison j aurait-il
donc d'appliquer au septième jour ime for-
mule qui n'est applicanle qu'aux jours de la
oréation, et nullement à ceux du repos ou
de la cessation de créer (562) ?
S'il y a lieu de s'étonner ici, ce n'est pas
do l'omtMtofi signalée par M. Marcel de
Serres A propas du septième jour, mais de
l'interpretatKMi donnée par le même sarant
au mot f>eÉpere (ereb). Les géologues qui in*
tarprètent le mot yém par ^qu€ indéimiet
prétendent que le mo^tn, tnane Cocker] , si-
gnifie le eommencementf Faurore d'une pé-
riode ou d'une création, et le fotV vupere^
une révolution^ une catastrophe» marquant
la fin de cette même période, et c'est ainsi
qu'ils expliquent la formation des terrains
et l'ensevelissement des fossiles que ces te^
raiiis renferment, c En répétant à chaque
yém qu'il y a eu un soir et un matin, dit M.
Harcelde Serres, Moïse en a fait une période
h part, et nous a indi({ué que de grands bou-
leversements l'ont distinguée de Tère sui-
vante, ainsi que nous l'apprennent les faits
géologiques (583) » Or, Moïse se sert des
mots vfspere et mane^ en parlant du com-
mencement et de la fin du premier et du
second jour. De quel bouleversement s'agit-il
à la fin de ces deux prétendues périodes?
Supposerez - vous arbitrairement que te
imit entraîne à croire qu'il 6*a^it de jours véritables:
Vont iravaillerêx pendmit tit jours, dit Aoîse aoi b-
raélites, et vouê wmê reposere%Uuptiimê^ piitrceqte^t
Seigneur a faii le 4M et ia Urre eu six jour$ ei u
ê*$êi reposé le septième. (Exod, xx, 10, li.)
Moïse einploie ici le même terme pour exprimer
les jours delà création elles jours ordinaires; un
langage aussi constamment équivoque n'uuraiHl
pas jeté les esprits dans «ne erreur încvilaWc,qaan{l
il était si facile à Hoise de la prévenir?
(585) De la Cosmogonie âc Mohe, 1. 1", p. U d
169, etc.; 1841.
KHI
ET DE PALEONTOLOGIE.
lOU
770
Dièoie mot signifie un une chose» Ut une au-
tre, selon les besoins du système? Moise
emploie encore le même terme pour dési-
gner la fin du sixième jour auquel la créa-
lioD de rhomrae, des animaux saurages et
domestiques, appartient. S'il y a eu une
catastrophe, un boulerersement à la fin de
cette *përio(le, comment les animaux actuel-
lement existants, et l'homme principalement,
cnt-ils pu échapper à cette rérolution ! Pour-
quoi d ailleurs ces anéantissements, ces
destructions successives d'œuTres dont le
Créateur «'était applaudi lui-même après les
aroir faîtes, et dont il ayait dit, de chacune
en particulier , qu'elle était bonne , et de
ioutes ensemble, qu'elles et^eni par faiiemeni
bonnes j talde boxa.
Remarquez ce regard complaisant du
Créateur sur toutes les cnirres oui viennent
de sortir de ses mains : Vidit Deue cuncia
quœfecerai et erant valde bona. (G en. i, 31.)
Nous appelons l'attention sur ce cuncia
qum fecerat.
Bans tout ce récit de Thistorien sacré, si
roa^ififfue quand on lui conserve sa sim-
idicité originelle si naturelle et si vraie, il
n'est nulle |iart question de destruction ou
de substitution aune création nouvelle à
une création détruite; et ce dernier verset,
si précis et si clair, montre avec la dernière
évidence que toutes les œuvres des six jours
^ont là, sous le re^rd du Dieu tout-puis*
sanf qui les fit, qui les harmonisa, et qui
Jes contemple avec amour : vidU DeuMcancla
qaœ fecerai et erant talde bona,
£t cette divine approbation avait été don«>
née par le Créateur a chacune de ses œuvres
en particulier, au jour où elle fut faite, en
sorte que tout concourt à montrer, avec une
palpable évidence, qu'il n'y a rien de plus
opposé au sentiment des ^éolo^es perio'
diêtee que cette formule si précise, et que
Ton ne peut sans bouleverser le langage et
toutes les idées admettre, dans le récit sa-
cré, ces destructions et ces catastrophes
successives suivies de créations nouvelles
qui ne sont mentionnées nulle part
Plus on médite ce chapitre de la Geniee^
Î lus on le trouve, k chaque Jigne, contraire
la théorie des jours - époaues. Moise y
divise le temps d'après la méthode judaïque,
comptant chaque jour du commencement
de la soirée au commencement de la soirée
sairaute. Aussi tous remarquerez que
dans la formule répétée six fois : factum est
vespere et manediesunus. ... secundus,,, ter-
lt«#, etc., le vespere est toujours placé
avant le wmne selon la manière de compter
des Jui£i et de plusieurs autres peuples
anciens. Est-ce pour plus de clarté et de
précision que Moïse, emploie pour désigner
une tooque dune durée indéfinie, une
formule qui ne convient qu'à la désignation
du jour ordinaire, et gui en est comme la
définition et la caractéristique? Si le vespere
signifie la fin d'une époque, il est assez
étrange que la fin de la première époque
soit mentionnée avant son commencement,
Factumque est vespere et'mane^ d'us linm.
Mais on comprend fort bien que, la lumière
s'étant manifestée par la volonté de Dieu k
l'heure de midi, tradition consacrée par la
manière de compter le temps chez les
Juifs, etc., la durée qui s*écouIa depuis
cette henre jusqu'à minuit ait été appelée
soir^ et que la durée depuis minuit jusqu'au
midi suivant ait été désignée par le terme
de matin. Cet intervalle de temps d'un midi
au midi suivant, du commencement d'un
soir au commencement du soir suivant, est
ce qui formait un jour chez les Juifs. Mais
employé pour désigner une époque, ce lan-
Sage ne se comprend plus, le tespere qui
ési[jne la fin de 1 époque étant constamment
place avant le mane^^jui en désigne le com-*
mencement.
Les géologues périodistes ont quelquefois
recours S des interprétations qui font bien
Ku d'honneur à leur science ou à leur
. nne foi. Ecoutez M. Godcfroy :
. « Bans la Genèse^ chaque |iériode de temps
pu chaque ordre de création estpareillcinent
limitée entre un soir et un matin : ainsi [ut
fait du soir au matin le premier jour , le se-
condjour^etc.
«Mais les jours naturels, les jours so^
laires sont composés de jour et de nuit, en
lemf)s moyen de douze heures de jour et de
douze heures de nuit, et entre un soir et
un matin il n'y a qu'un demi-jour ou douze
heures, et , précisément, cette portion d'un
jour naturel, ou ces douze heures comprises
entre le soir et le matin sont les douze heu^
res de nuit. »
Alors très-satisfait de son observation
au'il croit ou feint de croire triomphante,
ajoute : « Les jours genésiaques ne se-
raient-ils que des portions de jours? Vou-
drait-on que les jours de la création né
fussent que des jours de nuit? » (P. U.)
Ce dernier trait lui a paru sans doute
fortpiauant, mais assurément il n'y a pas
un seul de nos lecteurs qui ne le regarde
comme une preuve d'ignorance ou de mau-*
vaise foi, car il n'y en a pas un seul qui ne
sache que la traduction de M. Godefro^ :
« Ainsi fut fait du soir au matin le premier
jour, le second jour, etc. » est tout sjm*
plement un contre-sens. Moise dit : « Et du.
soir et du matin se fit le premier jour, le
second jour, etc., » c'est-à-dire, que de^
douze heures appelées foir et des douz<}
heures appelées mo/tn, se fit chacun des jours
génésiaaues.
De telles ressources font peu d'honneur à
un svstème.
. A la fin de l'article Godeitrot, nous avons
déjà fait voir que le quatrième et le cin-
quième verset ne j>ermettént aucun dout3
sur l'existence du jour ordinaire dès le pre-
mier acte de la Toute-Puissance créatrice.
Dieu sépara la lumière des téfkeb'res (ordon^
nasU qu'elles se succédassent Fune à Vautre.
ajoute le P. de Carrières), et il donsM à la
lumière le nom de jour et aux ténèbres le no»
de nuit. Telle est Torigine du grand phéno*
mène de la succession du jour et de la nuit;
cette succession admirable de la lumière et
771
JOU
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
lOU
7?.
des ténèbres, Hotse tient à la simaler comme
un effet de la puissance du Très-haut ; c*est
Dieu qui t'a établie» et si nous en sommes
peu frappés, c*est qu*il n'est point de phé-
nomèue avec lequel nous soyons plus fa-
miliarisés ; mais pour qui y prend garde, il
n'en est point déplus merveilleux. Moïse en
précise rinstitution en termes qui ne lais-
sent aucun doute possible. Dieu sépare la
lumière des ténèbres à l'instant même où il
vient de prononcer le fiât lux; à peine cette
sublime parole est-elle dite, que l'ère d'un
monde nouveau a commencé, laquelle se
composera d'une succession indéfinie de
jours et de nuits. Parmi les périodistes, les
uns se sont tus sur ces versets^ comme
M. Godefroy; les autres ont balbutié,
comme M. Marcel de Serres (t. I*% p. 12 et
(0). Ils ont compris que cette désignation si
incontestable du jour et de la nuit et de
leur succession dès le premier jour géné-
siaque, c'est-à-dire, pour eux, dès la pre-
mière époque, est une chose assez embar-
rassante dans leur système. A quoi bon, en
effet, mentionner le jour et la nuit et leur
succession, trois immenses époques avant
la création du soleil, pendant lesquelles la
lumière régna sans partage, comme dit
M. Godefroy ?
Moïse aurait dû réserver cette mention
pour la quatrième époque : c'était si bien là
sa place. S*il ne l'a pas fait, c'est aue les
jours génésiaques sont des jours orainaires
et non des jours-périodes (584).
Il ne fut jamais rien imaginé de plus con-
traire à l'esprit et à la lettre du récit de
Moïse que lesjours-péricdesj ni de plus op-
posé en même temps à ht science. On veut
que les six jours soient six époques; mais
pourquoi donc six époques seulement, lors-
jusqu'à Tétage subapennin. Citons les pro-
pres paroles du plus savant, du plus emi-
nent paléontologiste de notre époque : < Une
première création, dit M. A* (fOrbigny,
s'est montrée avec Tétage silurien. Après
l'anéantissement de celle-ci, par une cause
géologique quelconque , après un laps de
temps consiaérable, une seconde création a
eu lieu dans l'étage dévonien, et successi-
vement VINGT-SEPT FOIS DES CBiATIONS DIS-
TINCTES SONT VENUES BEPEtPLEE TOUTE' LA
TBEEB DE SES PLAINTES ET DE SES ANIMAUX , h
là suite de chaque perturbation géologique
qui avait tout détruit dans la nature vivante.
Tel est le fait, le fait ceetain, mais in-
compréhensible , que nous nous bornons à
constater, sans chercher à percer le mystère
surhumain qui Tenvironne (S85). »
« Quand, sur les lieux, dans les étages qui
(584) La forme dn globe terrestre et son aplatis-
Mineni aux pôles indiquent suffisamment i^"'u a dû
tourner autour du soleil dés Torigioe de» choses.
Or, d*aprés la Genè$e , cet astre n'aurait été fait
qu*apréâ les végéuux , et , comme on trouve des
Ira4'4;8 de végétaux dans les terrains de transition, il
s'ensuivrait que la terre aurait tourné sans soleil
'se sont succédé régulièrement, on cherthe
le mode de distribution de ces faunes suc*
cessives , on trouve toigours que dans les
dernières couches de l'étage inférieur s'ar-
rête la faune de cet étage ; que le, elle 8*est
entièrement anéantie : car les premières
couches fossilifères de l'étage qui le reconm
renferment, de suite, des êtres très-diffé-
rents des premiers, et constituent une faune
distincte de la faune de l'autre étage. It ré-
sulte de ces faits, que tout le monde peut
constater dans la nature, et à tontes les épo-
ques géologiaues, que chacun démêlages qui
se sont saccédé dans les âges du monde*
renferme sa faune spéciale, bien tranchée,
distincte des faunes inférieures et supérieu*
res, et que ces faunes ne se sont pas snccé-
dé par passage de forme ou par remplace-
ment graduel, mais bien par anéantissemeot
brusque. Comme, en effet, on ne rencontre
nulle part de transition d'une faune spécifi-
que k une autre, au contact de deux âm
successifs ; que les. êtres se sont succède ï
la surface du globe, non par modificatkui
de formes animales, par passage , mais bioo
[)ar extinction des espèces existantes , et pir
e renouvellement des espèces à chaque
énoque géologique, l'extinction des espèces
d une faune à chaque étage est évidemment
un tait général aue contirrae, sar tous les
points du globe, l'infection des limites des
étages, et qui, en aucune manière, nepeat
être révoqué en doute, (586). »
« Sur tous les noints où il v a diseor*
dance, dit un peu plus loin le même anteuri
nous trouvons les limites tranchées entre les
étapes géologiques superposés, et les faunei
qu'ils renferment. Sur tous les points où h
concordance existe, où les étages se soot
succédé régulièrement, dans leur ordre natu-
rel chronolugique, dans tous les terrains ja-
rassiques des côtes du Calvados, des Deui*
Sèvres et de la Charente -Inférieure; dans
tous les étages jurassiques et crétacés des
Alpes ; dans les étages triasiques, jurassi*
ques, crétacés et terliaires superposés saas
lacune et sans grande discordance, des Vos-
ges jusqu'en Touraine, ou dans vingt-deui
étages sur vingt-sept, que trouvons-nous en-
core? Nous remarquons que sur les points
concordants, les étages sont aussi bien mar-
qués, et qu'ils r^iferment, comme leséta^^
discordants, des faunes spéciales distincîeSf
s'arrètant aux mêmes limites. Da reste,
quand nous voyons que , depuis notre épo-
que, aucune espèce n a disparu de la faone
actuelle, on ne pourrait expliquer les fan*
nés successives des étages concordants des
régions non disloquées sans des effets gé-
néraux produits par une dislocation partielle
d'un point quelconque. Il est donc évident
que Feffet prévu aux causes géologique
pendant toute la période des terrains primiti/i^ et ^
Iranâîlion. L*arffument lire de raplati&semeot v
la terre ans pôles est pcremploîre contre TopiaioA
des jourê-pénodes,
(585) Court ilém. ât Paiéontotogit^ U II, p. tdl.
(586} Ibid., p. 25i.
773
iOU
ET DE PALEONTOLOGIE.
JOU
TU
s'est réalisé sur tous les points, puisque des
bassins géoIogicTues, restés, pour ainsi dire,
intacts, sans dislocation apparente, pendant
la plus grande partie des Ages du monde,
n'en remennent pas moins des faunes aussi
distinctes que les points disloqués. Ce lait
reste donc définitirement acquis à la science»
que les bunes terrestres et marines ont été
anéanties à chaque époque géologique ; que
dès lors chaque cnangement chronologique de
laune dans les étapes dénote une perturba-
tion géolo^que universelle; et que cesfaunes
successives, composées d'espèces, sont les
caractères les plus constants qu'on puisse
invoquer pour distinguer les divers âges géo-
logiques des couches stratifiées depuis le
commencement de Vanimalisation sur le
globe terrestre (587). »
Rien ne sera plus facile que de constater
ce faiit pour chacun des vingt-sept éta^ifes qui
composent Téchelle des terrains fossilifères
et dont on trouvera Thistoire dans autant
d'articles de ce Dictionnaire.
En présence de ee résultat le plus incontes-
table de la science, on ne peut que déplorer
Taveuglement de ces savants qui s'obstinent
â chercher une cosmosonie dans le pre-
mier diapitre de la Gèni$e^ et qui ont ima-
giné les j&urê-époque$f prétendant concilier
ainsi avec le teite sacre les découvertes de
la science, la formation des terrains et Ten-
sevelissement des fossiles. Quand cette
triste théorie s'est introauite, la géologie
et la paléontologie étaient encore au ber-
ccau« Ces deui sciences ont singulièrement
progressé depuis Deluc, et, à mesure qu'elles
ont avancé, les difficultés se sont multipliées
contre le système prétendu conciliateur. Il
M reçD d'abord un orand échec, lorsqu'il y
a quelques annéest »^ télescope de Ross fit
voir des étoiles parfaites là où Ton préten-
dait voir de la matière nébulaire et diffuse
qui se transformait en- mondes nouveaui, et
aujourd'hui enfin ce système reçoit le coup
de ^âce par les découvertes de la paléonto-
logie, qui démontre avec la dernière évi-
dence, et par des preuves de fait, que ce ne
sont jpas six époques^ six révolubons, six
créations seulement qu'il faudrait, pour
concilier Moïse avec la science, mais vingt-
sept au moins pour expliquer la destruction
et le renouvellement des êtres organisés,
«dmaiix et végétaux, à la surface de notre
frianèle.
Dans ces vingt-sept époques, ne sont point
comprises la première et la seconde époque,
4m le premier et le second jour de la Genèse.
Ces deux époques-là , la science ne peut les
atteindre. Aussi l'imagination de nos oosmo-
gonistes y est à l'aise. Toutefois , il s'en faut
que ee qu'ils en ont dit soit à l'abri de tout
eontrAle, comme nous l'avons montré à l'ar-
ticle GoDBFROT, et comme nous le ferons
▼oir encore à l'article Maegbl de Sbeabs,
etc. Afrivé à la troisième époque, l'embarras
devient sérieux. Les partisans des joiirv-p^
ricdee ne voudraient , dans les terrains pa^
léozoiques, que des végétaux; Moise ne
mentionne, en eflet, le troisième jour, que
la création des plantes. Hais, dans ces pre-
miers terrains fossilifères, n'ya-t-11 effective-
ment que des végétaux? Il le faudrait, pour
les besoins du système , mais voilà qu'A s'y
trouve une faune de plus de 3,180 es|)èces.
Avant l'apparition des êtres organisés , il fal*
lait que les continents fussent devenas stables,
que les mers fussent circonscrites, que la tem-
pérature f6t propre à l'animalisation.
« Enfin, dit un profond observateur, la Toute-
Puissance créatrice se meta l'cBUvre; les conti-
nents se couvrent de végétaux : les mers ren-
fermentdans leur sein de nombreux animaux*
Tous ces êtres ont-ils été créésà la fois ou suc-
cessivement? Ont-ils couvert tout le glol>e à la
fois ou se sont-ils répandus peu à peu dans les
mers? Telles sont les deux graves questions
que nous devons d'abord nous adresser, en
cherchant à y répondre. Pour que l'harmonie
de l'ensemble existât dans la nature , il fallait
que tous les êtres fussent créés à la fois ,
cartons vivent aux dépens les uns des autres
On sait que beaucoup d'animaux vivent de
débris de végétaux , et que le plus grand
nombre se nourrissent u'êtres plus petits:
c'est au moins la loi générale actuelle. Ce
fait, doit faire croire aprjort , que les plantes
et les animaux ont été créés à la fois. Cest
aussi ce que présente la nature ancienne*
puisque les mêmes couches renferment si-
multanément un grand nombre d'animaux
de toutes les classes et des plantes marines.
La première question semblerait donc être
résolue, par le raisonnement aussi bien que
par les faits, dans le sens d'une création
générale simultanée. Pour répondre à la se-
conde question, les faits viendraient encore
f trouver que , lors de cette première anima-
isation du glol>e, comme à toutes les créa-
tions suct^essives qui ont suivi, les êtres ont
été créés partout à la fois ; car on trouve, sur
tous les points du globe , les mêmes êtres,
les mêmes étages, quelle que soit» du reste,
la distance des points entre eux ; et les formes
animales nées en Europe avec la première
animalisation du globe, sont identiques à
ci'lies qu'on trouve dans les autres parties
du monde. Nous devons d'autant plus le
croire que les mêmes résultats se montrent
à chacun des étages qui se sont succédé de*
depuis le commencement du monde animé
jusqu'à présent, et notamment quatre fois
dans les terrains paléozoîques.
« Les terrains paléoxoiques avaient des
continents et des mers.... Toutes les classes
marines y étaient représentées, et il n'y
manquait aucune des formes types de classes
que nous avons aujourd'hui ; toutes soumises
aux mêmes lois que les êtres actuels par
rapport à leurs zones de profondeur dans les
mers.
« Il n'y avait pas moins d'animation sur
les continents : des insectes nombreux re»>i-
rent l'air en nature par des trachées; ues
arachnides respirant par des poumons, ani-
maient, de leurs brillantes couleurs » des
iStT) Cemn éUmenlâre de P^éoatologie, L ii, f, SHS.
"775
JOI]
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
JOC
776
sites où se déployait tout le luxé de la végé-
tation (588).
« En résumé, danâ cette première période
' de ranimalisalion du globe, toutes les classes
d*animaux marins 6t terrestres avaient déjà
des représentants, excepté les mammifères,
les oiseaux et les myriapodes. Tous les modes
'différents de respiration des êtres existaient:
Teau, par des branchies ; Tair, en nature , au
'moyen de trachées ou de poumons (589). >
Vailà donc les animaux contemporaiirs
des plantes et datant de la même époque, et
[)0urtanl, d'après la Geniscy interprétée par
es périodistes, les animaux n'auraient été
créés qu*à la cinquième époque ou le cin-
quième jour. Le système est donc ici en fl£|-
grante contradiction avec les faits géologi-
ques (590).
Nous avons dit que les es[)èces animales
de la période de transition s'élevaient à
.3,180. D'après des communications faites à
M. d'Orbiguy, les recherches de M. Barande,
sur la Bohème, doivent considérablement
augmenter les faunes de Téta^e silurien in-
férieur et suiiéneur, c'est-à-dire le premier
étage fossilifère.
Durant cette période, h quatre reprises
différentes, des perturbations géologiques
énergiques ont détruit tous les êtres, et Qua-
tre lois aussi les mers sont rentrées aims
leurâ limiwa, et une nouvelle création a
remplacé l'ancienne, création composée d'es-
pèces presque toutes différentes.
Dans les terrains triasigues, beaucx)up de
, genres éteints durant la période paléozo'ique
ont été repipiacés par d'autres au moins
aussi nombreux, et toutes les espèces y sont
^totalement différentes. Deux fois aussi, après
ranéanlissement des plantée et des animaux,
'une nouvelle création repeuple la terre, de
plantes et d'animaux différents des A)oqûes
j)récédentes. Première apparition aes oi-
seaux, des* tortues, des crustacés décapodes
*et des céphalopodes acétabulifères.
Lés terrains jurassiques, qui suivent im-
médiatement la p(Sriode triasique, renfer-
ment plus de 4,000 espèces d'animaux entiè-
» ■* *
(588) Coléoptères, licmiptères, lépidoptères, ap-
tèi*es, névropleres.
(589) Cours éUmenlaire de Paléontolo^ , p. St83.
(590) Â propos de rapp.irition des animaux dans
les plus bass>es couches des lerraius de irantition^
les éditeurs du' quinzième volume des Démomlra"
Hors étangéliqnes, publiées par M. Tabbé Miffne, ont
essayé de répondre an docteur Bnekland quj faisait
au système de M. Marcel de Serres Tobjection sur
laquelle nous insistons en ce moment. Malgré le
retours à I9 science du P. Pianciaid, rien n'est plus
faible que cette réponse et ne démontre mieux les
embarras d*une fausse voie dans laquelle on 6*est
engaj^é. L*auleur de la Note s^exprime ainsi en ter-
minant ses ^considérations : t Enlin, il est une ob-
serraiion bien simple, qui enlèTc complètement toute
difficulté; cette observation, la voici : Moïse nous dit
Meu que Forgamsation de notre globe a en lien en
-è\x époQucs (c'est.justemeut ce qui est en question)
.«t il indique à grands traits les résultats progressifs
.de Taction «^.riatrice pendant chacune de ces pério-
jdns; mais il ne dit rien des révolutions géologiques
ddiit on' a trouve les vestiges dans Ics cniraifies de
la terre ; il ne dit pas qu il y ail, eu un cataclysice
rcment différents des animaux des périodes
antérieures et postérieures.
Ce nombre se divise en dix zone$ supei;^
posées, formant, dans Tensemble des ter*^
rains jurassiques, autant de faunes chrono-
logiaues ou d'époques qui se sont succédé
régulièrement les unes aux autres.
Chacune de ces dix zones a montré une
faune spéciale, distincte de celle des zones
inférieures et supérieures, qui constitue un
étage, une époque bien caractérisée, de la
même valeur que Tépoque actuelle.
A la suite des terrains jurassiques vien-
nent les terrains crét&cés, caractérisés par
plus de 5,000 espèces d'animaux entièrement
ditTérents des animaux des périodes anté-
rieûréis et postérieures. Ce nombre se divise
en sept zones superposées, formant, dans
Tcnsemble des terrains crélacés, autant de
faunes chronologiques ou d*ét)oques qui se
sont succédé régulièrement les unes aux
autres. Chaque zone a montré une ISsiinc
spéciale, distincte des zones inféiieures et
^ufiéHeUres, qui constitue un étage, une
époque bien caractérisée, de la môme valeur
queVépoque actuelle.
■ Enfin, au-dessus de la i>ériode erétario
sont les terrains tertiaires, dans lesquels ii
existe plus de 8,000 espèces d'animaux en-
tièrement ditférents des animaux des nério-
de3 antérieures et de l'époque actuelle. Ce
nombre se divise en cinq zones superpo-
sées, formant, dans Tensemble des terrains
iertiaires, autant de faunes chronologiques
ou d'époques qui se sont succédé régulière'
ment les unes aux autres. Chaque zone a
montré une faune spéciale, distincte des
.zones inférieures et supérieures, qui consti-
tue un étage, une époque bien caractérisée,
de la même valeur queVépoque actuelle.
. Nous le demandons encore, que devient la
prétendue conciliation de la ueniêt avec la
science, en présence de cette succession
d*ètres organisés anéantis vingt-sept fois et
vingt-sept fois créés de nouveau, et chaque
fois avec une faune et une floie presque en-
tièrement nouvelles? Moïse ne mentionne
â la (in de Tépoque où fût créé le ré|[nc végéui,
puis un autre après la création des poissons , eu;.
(En effet il ne dit pas un mot de ces vingusept cata-
clysmes dont noue parlions, tout à Tbeure; mais sa
.contraire à la Un de cluique jour génësiaqiie le
Gréalcur s'applaudit de ^on œuvre €^ Ja trouve
bonne.) La science moderne ne le dit pas davaniaM*
11 se peut donc fort bien que les terrains de traûf-
ffoif , ofi sont ensevelis pèle-mélé les premiers d^ris
végétaux et animaux, aient été formes après la crt^
tion d*une partie du r^e animal, ac qu'aucun botf-
leverseiiient ne soit arrivé lorsque les plantes cou-
vraient seules la face de la terre. > Il est vrai <|a^
la science ne dit pas plus ^ue Moïse c|u*il y}^ ^
un cataclysme après la création du ré^ne vcgéult
unis un autre après la création des poissons, etc.,
la science constate des faits et non les songes drs
cosmogonistes. Des la première conehe fôssîliie^t
elle trouve des animaux avec des végétaux, le méttie
{ihénomène se répète jusqu'à vtegt<-8ept fois dans
'échelle des terrains; eUe prend le fait natoitlk^
n^ent comme U se présente,, et préfère un fait à w
révc, fruit d'une imagination égalée dans les oéce«-
sites d'un faux système q'ti ne vit que de ficlion»*
d
m
VU}
IT HKPALMNIWiOCiB.
JOU
lié.
qu'une ieule erétrtioii de'YégétAuit ot/d*a«*'
près les ihre^tigatloiis tfe !a science le» plus
irréfragables, il aurait existé ringb^ept flores
toutes différentes» spécifiquement et cbrono-
logiquement. Kous ne voirons dans la Genist
Sue deut créations d*ammaux ; ei l'échelle
es terrains nous en révèle vin^sepi« par-
faitement caractérisées par des espèces toutes
différentes. Que deviennent les jours-périodes
au milieu de ces faits? Comment les earacté'^
riser, les délimiter? Quelle peut être leur
signification? On aura beau tourmenter le
teitc, il n'en sortira jamais vingt-sept créa*
tions et vingt-sept anéantissements d'espèces
animales et végétales autant de fois diOnren-
tes. Si le vèspere marque un cataclysme, une
destruction, et fe nianv, un renouTcIlement,
une création, il n*j a dans la Genêie que
trois veâptre et autant de mane dont on
puisse tirer parti pour expliquer Tappari-
tion des fitres organisés et leur anéantisse-
ment. Il T a loin dé là au tableau que les
décourertes paléontologiques nous présen-
tent. Et puis, nous devons lé redire, cette
signification de catastrophe, donnée au mot
Ttspere^ est repoussée par cette formule, ré-
pétée après chaque création : Et vidit Deui
quod t9$H honum.
Si les jours démiurgiques sobt des époquei^
lîiomme appartient donc A deui époques, à
la sixième, qui est celle où il a été créé, et à
la septième, qui dure encore. La Genisei
après avoir mentionné la création des ani-
maux terrestres, des reptiles et de Tbomme,
termine par la formule ordinaire : Il y tut
un soir et un matin^ et f^ fe sixième joùr^
Quel que soit Tinstant que les partisans des
y/7iirj-^^r/o(fe9 choisissent dans cette sitième
époque, pour y placer 4a création de Thom-
jiie^ ils ont à résoudre une difficulté à la-
quelio il ne nous parait pas facile de répon-
oro d'une manière satisfaisante. Il est na-
turel, sans doute, d'admettre que* le eom-
inencement de chaque époque est caractéri-
sé par une création particulière ; c'est, du
reste, ce que soutienuent les savants dont
nous combattons en ce moment l'opinion;
ainsi lé commencement du premier jour est
marqué par l'apparition de la lumière, celui
du second jour, par la création du firma-
ment ; ainsi desjours qui suivent. 11 serait
tout à fait arbitraire aexcepter le sixième
jour^ et de refuser d'admettre que le oom*
inoncement de cette époque a été signalé par
l<i création des animaux terrestres et par
celle de l'homme. Mais alors l'homme a donc
travecsé toute cette, sixième époque, et nous
. Selon ia Grnike^ les bêtes de la terre, les »
reptiles, 4es animaux domestiques, ont été
créés, ainsi que Tbomme, le sixième jour. .
Or, les restes fossiles de ces animaux ont
été entassés dans les terrains tertiaires et
supérieurs, tels que les gypses du bassin da
Paris, etc. Comment se fait-il qu'il ne se
trouve, dans ces mêmes formations géologi-*
ques, non-seulement aucun ossemeut appar^-^
tenant à Thomme, mais même aucun monu-
ment de SOH industrie? Et puis ces terrains
étant le résultat de dépôts lents et successifs,
leur formation a nécessairement exigé un
grand nombre de siècles. Et Tbomme, qui
est de la môme époque, aura subsisté pen-
dant cette longue durée !.. Pour éviter cette
difficulté, établira-t-on deux époques dans
une époque ?Dira-t-on que Dieu créa d'abord
les animaux terrestres, puis l'homme beau-
coup plus tard 7 Mais sur quoi fonderait-on
cette aivision d'une époque en deux, quand
Moïse réunit cette double création en un^
seul jour, en une seule époque? Rien ne
serait plus arbitraire que de prétendre quo
les animaux des terrains tertiaires ont été
créés au commencement du sixième jour et
ont traversé toute cette longue période, mais
que l*homme^ rapporté à cette même époque
Str Moïse, n'est venu qu'après la formation
e ces mêmes terrains, c'est-à-dire après un
intervalle de temps extrêmement considéra-
ble. L'avènement, la création de l'homme
marquerait donc la fin, le soir de cette
sixième époque ? Le mot soir aurait dons
ici un sens tout différent de celui qu'on lui
donne dans les autres versets, ce que rieu
ae justifie (591).
Nous disons qu'il est impossible de rap-
porter la création de l'homme à la mètofi
époque que celle des mammifères ensevelis
<Mns les terrains tertiaires, il est démontré
en effet de la manière la plus irrécusable et
par les faits les plus positifs de la science^
que ces animaux ont été anéantis et créés de
nouveau jusqu'à cinq fois avant l'apparition
de l'homme, puisqu'on ne trouve aucun
vestige de celui-ci dans les étages oii sont
entassés en si grand nombre les débris fos-
siles des mammifères. Le texte est donc id
en contradiction avec la science, puisqu'il
lait de Thomme le contemporain des ani-
maux mammifères et qu'il place son avène-
ment à la même époque que ces derniers* .
Il y a plus. Les ftunes et les flores de ces
cinq étages tertiaires sont toutes tropicalest
aussi bien dans les régions polaires que sous
la zone torride. Ainsi, pour en citer un
voilà rejetés hors des temps historiques exemple, dans le dernier étage de ces ter-
Ce n^est pas tout. Comment arriver à la rains, l'étage subapennin qui a précédé io^-
septième époque, celle du repos du Créateur?
Si 0ieu s*est reposé immédiatement après
la création de Tbommc, son dernier ouvrage,
sorti de ses mains au commencement de la
sixième époque, la sixième et la septième
époque se confondent.
(59f) Quand on lit attentivement le second cba-
pilre^ la Gênàêe ex ipi^on arrive au 19' verset; la
firemiére pensée qui se présente sptinlanément à
'espiU, c*est celle de la création tonte récente des
médiatement l'époque actuelle, la France,
l'Angleterre, et le reste de l'Europe, étaient
peuplés de singes, de rhinocéros, de tapirs,
d'éléphants, d'hippopotames, de girafes, etc.,
etc. Le cantcmnement isotherme des faunes
et des flores est, au contraire» le caractère
animaux : FormatU igitur Dominui Deui ae numo
cunciis animantibus îerrœ^ et univertiê volatUibm
cœli, adéuxil ea ad Aéam^ nt widerel qitid voeaM
ea, 6Cc«
DiCTIOVN. PK C0SU0G0:<IB ET PE PALâOKTOLOGIlS.
Sa
m
joo
DICTIONNAIRE W COSMOGOKiS
joe
TU
'eiLCIusif dt notre époque. Ce ne sont donc
(Kis seulement ces anéantissements et ces
renouvellements successifs d*animanx mam-
mifères , répétés jusqu'à cinq fois , qui ne
permettent pas de faire remonter la création
de rhomroe jusqu'à ces époques reculées,
mais de plus il existe ce caractère si dis-
tinctif, si tranché, entre l'étage subapennin
et l'époque qui le suit immédiatement où
l'homme est apparu, l'époque actuelle, que
. les lignes isothermes n'existaient pas, que
; la faune et la flore de cette époque étaient
tontes tropicales, tandis qu'à l'arrivée de
f'homme sur notre planète, les conditions de
la température et la distribution de la cha-
leur ont été profondément modifiées. C'est
de Tapparition de l'homme, en effet, que
date 1 établissement des lignes isothermes
dépendantes, comme on sait, de deux cau-
ses : des lignes de latitude, plus ou moins
rapprochées des pôles, ou du degré d'élé-
vation des lieux au-dessus du niveau de la
mer. Aussi les grands traits de dissemblance
qui existent entre la faune subapennine et
ta faune actuelle sont qu'avec la dernière
époque géologique qui nous a précédés sur
la terre, a disparu toute l'uniformité distri-.
butive des êtres qui plaçait, aussi bien dans
les régions chaudes que dans les régions
froides, toujours des faunes spéciales aux
zones tropicales. Loin de suivre cette mar-
che, les êtres fossiles de l'étage contempo-
rain sont absolument distribués comme la
-faune actuelle , c'est-à-dire qu'ils suivent
-toutes les lignes isothermes terrestres et
marines qui 'existent de nos jours sur les
continents et dans les mers. On reconnaît
partout les fossiles de l'époque contempo-
raine à leur identité la f>lui positive avec la
faune locale la plus voisine.
La conséquence de ces faits incontesta-
■bles. c'est que l'homme n'a pas vécu, n'a pu
'vivre à l'époque subapennine, le dernier
étage des terrains tertiaires, et qu'il n'a pas
eu a franchir la révolution qui a terminé
cette époque et enseveli dans le terrain de
cette formation tant de mammifères qui s'y
sont complètement éteints et qui n'ont pas été
reproduits dans l'époque actuelle. L'homme
n'ap|)artient donc pas à la :sixième époque,
ou bien il faut en exclure, contrairement
au texte sacré, l'apparition Jés mammifères ;
c'est-à-dire que , de tous côtés, on ne voit
qu'inextricables embarras, et qu'il est dé-
montré avec la plus palpable évidence que
la théorie des jours-périodes est également
inconciliable et avec le texte de la Genèse ,
comme les cosmogonistes l'interprètent, et
avec les découvertes de la science. . ,
Nous n'insisterons pas sur des considéra-
tions de divers autres ordres, qui nous con-
duiraient au même résultat. Nous en avons
dit assez pour montrer toute l'inanité de ce
système qui, du reste, aujourd'hui n'a plus
guère pour partisans que ceux gui sont res-
%é^ en arrière du mouvement scientifique.
^ M. Marcel de Serres, dans son livre de la
Cosmogonie dfi fdotse^ a soutenu l'hypothèse
des Jours^riodes, II suppose partout que
Mo'ise a fait une cosmogonie, et il met iionF-
lamment en preuve ce qui est en question.
Nous allons le laisser parler lui-même.
« Lorsque la science cherche à comprec-
dre la cosmogonie de Moïse, là plus ancienne
et la seule raisonnable de toutes celles qui
sont parvenues jusqu'à nous, elle éprouve
dès le début une difficulté sérieuse. Celle
dilliculté a divisé les meilleurs esprits et lei
divisera longtemps encore. Elle tient à U
manière dont on aoit placer, dans le récit de
Moïse, les événements géologiques qui a^
sont succédé ici-bas.
« D'après certains physiciens* ces éréne-
ments n'y sont pas même indiqués, car le
législateur des Hébreux n'était pas plus
obliffé d*en parler que d'en nier l'existence:
dès Tors, ils doivent être compris dans celte
période indéfinie qui a précédé non-seule-
ment la disposition de la terre dans son élat
actuel, mais celle des astres de notre sjrslèŒe
planétaire. Selon d'autres. Moïse aurait dis-
tingué deux sortes de créations, l'une gén<^
raie et primitive, qui aurait eu lieu dans la
période indéterminée écoulée depuis le com-
mencement des temps; ce serait pendant
cette période que tous les astres et par con-
séquent toute la matière serait sortie da
néant à la voix de Dieu. Là seconde création
se rapporterait à l'arrangement particulier
de la terre et des autres corps célestes de
notre système planétaire» dont la formation
primitive aurait eu lieu au commencement,
a Lors de cette seconde création, ou plutôt
de cette disposition nouvelle, se seraient
succédé les événements géologiques dont
le récit de Moïse nous présente l'exposé fi-
dèle jusqu'à l'apparition de Tbomme. ^
« Cette diversité dans la naanière d'inter-
préter ce récit en a entraîné une autre non
moins grande, dans le mode d'interprétation
du mot hébreu iom. Les uns ont pris celle
expression dans le sens le plus littéral, c'est-
à-dire comme un jour de vingt-quatre heu-
res, et les autres, au contraire, ont supposé
qu'il désignait plutôt une époque indéter-
minée.
^ A cet égard, chacun a le droit de choisir;
car l'Eglise n'a rien décidé.Ses docteurs sont
divisés sur cette question aussi bien que les
savants. Pour ne rien dissimuler, nous di-
rons que dans ce moment même , MM Le*
tronne, Desdouits et Buckland soutiennent
la première hypothèse; tandis qu'avec Cham-
pollion, nous avons adopté Topinion con-
traire, professée du reste par Deluc et Cu-
vier.
« U est donc d'un très-haut intérêt p^ur
savoir si la cosmogonie de Moïse s'accorvle
ou non avec les iaits géologiques, de déter-
miner ce qu'il faut entendre par les six jours
mentionnes dans la Genèse^ et quelle «iurée
on doit leur attribuer. Ces jours doivent-ils
être considérés ou non comme des périodfi^
de temps indéterminées, et convient-il ^^
penser que la création a été successive ou
instantanée?
« Ces questions, étudiées dans ces dernier^
temps par l'observation des ohénomènes dd
7S1
JOU
ET »K PAUS0KT0L0G1E.
KHi
rs2
la nature, semblent avoir été résolues de
manière a ne laisser aucun doute dans les
esjTits. Les résultats obtenus par une science
qui n*aTalt pas été soupçonnée des anciens
philosophes, prouvent que la création n*a pas
en lieu d*un seul jet, mais a été successive.
Dès lors, les six jours doivent être des es-
paces de temps dont il est impossible de fixer
te terme et la durée. Ils ne peuvent être du
moins des jours de vingt -quatre heures, à
raison de la grandeur et de rimportance des
événements qui s'y sont passés.
€ Entre les créations des êtres orgnnisés,
plusieurs révolutions ont anéanti les diver-
ses générations qui ont apparu aux différen-
tes phases de la terre. Notre planète pacifiée
a reçu les êtres qui l'animent maintenant,
rfaomme lui a été donné pour maître et pour
dominateur. Comment tant de modifications
auraient-elles pu s*opérer, et un si grand
nombre de générations se succéder dans des
intervalles de temps aussi courts que le se-
raient les six jours de la création, si on les
considère comme des jours de vingt-quatre
heures?
4 Après de pareils faits, il est difficile de
ne poi.it admettre que d*aussi grands événe-
ments ont dû exiger des espaces de temps
bien plus longs. Dès lors le mot iom doit ex-
primer plutôt des époques indéterminéesque
des jours semblables aux jours actuels.
« Pour affaiblir cette conséquence qui dé-
rive de la nature des choses, on a supposé
que ces révolutions n'avaient pas dû être
▼iolentes, puisque leurs traces n avaient pas
pénétré une grande épaisseur de notre pla-
nète et n'avaient troublé que quelques ré-
gions peu étendues. Mais a-t-on oublié
30 elles apparaissaient dans tontes les parties
a monde, comme à toutes les hauteurs où
nous pouvons porter nos pas ? Les deux hé-
misphères, tous les continents, toutes les
lies offrent des traces de ces révolutions et
de nombreux corps organisés fossiles* Nous
en découvrons les restes partout, aussi avant
que nos travaux nous permettent de fouiller
1 intérieur de cette terre sujette à tant de vi-
cissitudes.
«Produites successivement, ces révolu-
tions qui ont vu nattre et périr un si grand
noml>f e de générations , ont dû exiger une
langue suite de siècles. Comment pourrait-il
en «voir été autrement, lorsqu'À chacune de
ces révolutions correspond une série d'es-
pèces totalement différentes de celles oui
avaient été ^lélruites et de celles oui plus
tard ont été anéanties ? Mais lors même quo
toctes ces données géologiques ne nous se-
raient pas fimrùiss par l'observation des cou-
ches terrestres, il suffirait de lire avec quel-
que attention le texte de la Genêêe^ pour être
convaincu que les jours de la création ne sau-
raient être assimilés à des jours ordinaires.
L'expression iom, traduite en grec par ifuf«,
en latin par dies^ désigne souvent dans ces
trois langues une époque indéterminée, com-
prenant un ensemble d'événements plus ou
moins mémorables. Rien n'e»t {dus commun
dans FEcriture que cette manière de parler.
A seb yeux, les successions des siècles son^
comme un seul jour. Mille ans, dit le pro-
8 bête, sont comme le jour d*bier qui a passé.
Daniel prend les jours de la semaine pou;*
des années dans sa fomeuse prophétie sur
Tavénement du Messie.
« Saint Paul appelle un jour tout le temps
qui est donné à l'homme voyageur sur la
terre. Saint Pierre dit aux jours de Noé, ce
qui signifie simplement Tépogue oîï vivait ce
patriarche. L'Eglise nomme lour de l'éter-
nité, jour éternel, cette ère de bonheur sans
fin promise aux justes, et emploie cette ex-
Eression dans ce sens dans la plupart des
ymnes. Nous donnons également au mot
jour la signification d'épo(][ue, et c'est ainsi
que nous disons les beaux jours de la Grèce.
« Le langage de Moïse ne saurait, du reste»
être compare à celui du physicien ou du sa*
vaut qui discute sur une question contro-
versée. Encore, même sous ce rapport, n'est-
il pas dans les sciences un langage de con-
vention qui, s'il était pris dans son sens lit-
téral et rigoureux, conduirait aux plus graves
erreurs? L'ilnnuatr^ du bureau des longitudes
parle constamment du cours du soleil , de
son lever et de son coucher, quoique dans
l'opinion des savants qui le rédigent tout
cela ne smt qu'apparent.
« Ces expressions sont aujourd'hui telle-
ment consacrées par . l'usage , que ceux qui
s'en servent ne réfléchissent pas plus sur leur
véritable sens que ceux de qui ils les tien-
nent. Il y a plus, tout autre langage paraî-
trait aux uns et aux autres tout au moins ex-:
traordinaire, si ce n'est peut'^tre ridicule.
« Dans la Genèse (chap. 11, v. fc), Moïse em-
ploie également le mot iom dans le sens d'é-
poque. Après avoir détaillé les œuvres de la
crâtion, il en ftdt une sorte de récapitula-
tion, en disant : TelUs ont été les générations
des êtres au jour où Dieu créa te ciel et la
terre,
« Or, dans ce passage, cette expression ne
signifie pas un jour de vingt'^uatre heures,
mais plutôt les six jours ou les six époques
de la création. Elle comprend donc des temps
ou des époques indéterminés. D'ailleurs,
ainsi que l'a lait observer Deluc , comment,
en parlant de la première époque, M(Hse ao-
rait-il pu l'assimiler à des jours de vingt-
quatre heures, puisque ceux-ci sont mesu-
rés par des révolutions de la terre sur son
axe, en présence du soleil, et que cet astre
n'a été disposé qu'à la quatrième époque,
pour répandre la lumière sur la terre? Dès
lors McHîse ne pouvait pas compter par jours
des temps où les jours n'existaient pas en-
core, et il ne pouvait pas leur donner un
soir et un matin, lorsque, d'après lui-même,
il n'v avait encore ni lever ni coucher du
soleil.
« Ajoutons qu'aujourd'hui même il existe
une grande diversité dans la manière d*eO'>-
tendre ces espaces de temps que nous nom-
mons jours. Chez certains peuples, ils ne
oomprennent pas vingt-quatre heures, mais
uniquement la moitié de ce temps, tandia
que d'autres les conunencent \ six neures du
m
lOV
DICriOKHf AHIK DS COSMOOONIS
iO(^
m
matin. Cependant «fans Tusage le plus géné«
râl, 1 heure de minuit est fixée pour le com-
mencement et la fin de cet espace de temps,
en sorte que la journée est comprise dans
Tintervalie qui s*écoule d'un minuit à l'autre.
« Les Indiens distinguent leurs calpoê ou
leurs jours en deux ordres : les uns qu'ils
considèrent comme humains et les autres
cbmme divins. Ils ont en outre des calpas de
Brahma bien plus loues enc/Ore. Un seul dé-
signe la durée de mille younga^ c'est-à-dire
lie mille de ces âges après chacun desquels
fe monde doit finir pour reprendre une
tffxistence et une forme nouvelles^ Aussi,
dans le style oriental, chaque jour de la
création est comme un calpas d une durée
indéterminée. D'autres raisons non moin$
évidentes que celles que nous avons nien-
:Cionnées semblent prouver qu'en traduisant
rexpression hébraïque iom par jour, on se
jette dans des difficultés inextricables, car i)
faut pour lors prendre tout le récit de la
Création à la lettre. Comment, en adoptant
cette interprétation purement littérale, ex-
i)Iiquora-t-on ce passage : Dieu nomma la
lumière jour y et les ténèbres nuii?{6enèsej i,
V. 5.) C'est la lumière qui éclairait pour lors
la terre dont Moïse entendait parler, car il
n*en existait pas d'autre. Le soleil n'avait pas
ehcore reçu son atmosphère lumineuse, qui
sSule lui a permis de répandre sur la terre
ses rayons qui l'éclairent et qui réchauffent
(^ar leur action vivifiante. l>ès lors le mot
tom du cinquième verset de la Genèse ne
^'applique nullement à une époque détermi-»
née par la rotation du globe autour du so-
leil éclairant, mais à la lumière primitive,
(mi à la seconde époque jaillit à la voix d0
Bien.
«Que faut-il donc entendre par cette ex-
pression iom? Ne devons-nous pas dire
avec saint Augustin qu'il ne fiiut pas se hâ-
ter de prononcer sur la nature des jours de
la création, ni affirmer qu'ils fussent sem-
blables à ceux dont se compose la semaine
ordinaire? Revenant sur la même idée dans
le plus fini de ses ouvrages, la Cité de Dieu^
il ajoute qu'il est difiicile d'imaginer quelle
était la nature de ces jours. Si le saint doc-
'teur pense gue l'on ne peut savoir ce qtie
?«ont les six jours de la création , il croit que
l'on peut affirmer ce qu'ils ne sont pas. Il
•/iéclare donc qu'ils n'étaient point sembla-
bles aux jours ordinaires.
« L'opinion de saint Augustin s'accorde
parfaitement avec celle qu'ont professée
«aînt Athanase et Origène. Ces docteurs
ii'ont point partagé l'opinion de saint Bar-
jiabé, lequel, poursuivant ses vues allégori-
ques, a voulu voir dans les six jours de la
/Création une figure de tous les événements
gui doivent se succéder sur la terre jusqu'au
jour du jugement. A ses yeux, ces six jours
signifient autant de milliers d'années, et ces
six mille ans sont le terme que Dieu a mar-
qué à tous ses ouvrages.
« Il y aurait de Ja témérité, ainsi que Fa
fart observer Chatopollion, à fixer une durée
'ituelcônque à ces six périodes €e sont des
jourSf mais des jours à la manière biUique,
c'est-à-dire des époques par lesquelles^Ùoise
a voulu désigner les opéralioas successivei
du Créateur. Ce sont les six journée de
Dieu, ou comme dit Bossuet, six progrès par
lesquds le monde est devenu ce ^qHI estais
jeurd'bui, et qu'on ne saurait assimiler i dos
jours actuels.
«L'ensemble du récit de Moïse s^accorib
parfaitement avec cette interprétation , el
surtout ce fuit nesp^re et {hU mone^qoi
comme un refrain revient après chaque
journée. Si ces tVm étaientides jours ordi-
naires, ils ont dû avoir ua soir et im malin.
Pourquoi donc cette redondance inutile daos
un ouvrage d'ailleurs si concis? £Ue sj
trouve, parce que Moïse a voulu insister m
H profonde démarcation qui a divisé pir
ères les temps antérieurs a rhoauDe,eti
complètement séparé chaque époque de la
suivante.En répétant à chaque iom qu li aen
son soir et son matin , il an a fait une pé-
riode à part, et nous a ainsi indiqué qued»
frands bouleversements l'oat distingué de
ère suivante, ainsi que nous rappreoDeal
les faits géologiques,
n Un dernier argument tiré du texte doqs
semble décisif; il confirme puissammem
cette manière de voir. Après chaque joar>
née, l'écrivain sacré a soin de nous avenir
par les mots fuit vespere et fuit mané, qu'elle
est complètement écoulée. Mais lorsqu il e^t
question de la septième époquet il ^ l^^^
plus du soir et du matin. On se demande b
cause de cette omission et d une eioe^ttioQ
aussi remarquable.
- « Ne serait-ce point parce que ce jour a»
pas encore atteint son terme et sa &n, comoe
eenrqu! l'ont précédé? Dès lors n'est-il )>&)
évident que ces mois lo soir et le oMiiQ
désignent uniquement Ja fin ef le commeih
cernent d'une période ? C'est aussi dans k
même sens qu il a été pris par Daniel, \^'
qu'il dit usque ad ve^eram et nutne dits éit
milliatrecenti. On ne peut du reste doDiKC
une autre réponse à cette difficulté. Kneffei.
le tel te de k Genèse^ si incohéreat d<(e
l'opinioir contraire, devient clair et préa»
lorsqu'on traduit le mot iom par époque.
« On trouve ainsi un accord remaniod»)^
entre les paroles de Moïse et ce que ^
science nous apprend. Cette série de |^
grès ou de révolutions successives qui i&t*
ment les six jours, s'est donc terminée |*
une septième époque de repos, qui vli^
eu encore son terme. Celle-ci , qui s coe*
mencé après la sixième, c'est-à-dire aprè*
l'apparition de l'homme, dure mainteMOt ei
constitue la période historique à laqoelk
nous appartenons.
ff Ainsi se trouve expliquée l'absence ô^
ce vespera et mane^ lorsçiu'il est question^
la septième époque; en interprétant de cetf
manière le texte, on est frappé de ténén
tien pour un livre dont les moiadresoaroleS
-ont une si haute portée.
« Cette opinion est loia d*ètre en opp<^
tion avec les doctrines reli^peuses. D'af^^^
tous les docteurs, il est p^mis de voir dafi^
m
40U
£T DE PALEONTOI.a£lE.
iOU
7S6
h^ sii jour$ .des périodes indétermioées.
L'Eglise» ainsi que nous rappreaoeiU Bos-
suet et Frajrssinous, a laissé ce point de dis-
cussion aux reciierches et aux investigations
de tous. Nous dirons donc, avec ces deux
illustres prélats, que la chronolc^e de Moïse
date moins de Tinstant de la cr&tion de la
matièFe, que de la création de Tboinuie, qui
a eu lieu h la sixième époque. Les dates ou
les supputations d'années que nous donne
le léipslateur des Hébreux et qui forment la
chronologie des livres saints, ne remontent
pas à Torigine de Tunivers ni même à celle
de la terre, mais uniquement i Torigine du
genre humain.
c D*ua autre c6té , comment pouvoir se
rendre compte de ces géné.*ations, dont
Tancienne existence est attestée par tant de
.témoignages conservés dans les couches de
là terre, si Ton suppose qu'elles ont été
créées et anéanties dans t'espace de six
jours 7 On ne peut pas non plus las conce-
voir comme créées dans le commencement
4es temps et dans cette période indéfinie qui
a précédé la disposition actuelle de la terre,
car évidemment notre planète n'était pas
alors susceptible de recevoir les êtres nom-
breux qui s'y ^nt succédé pendant les pé-
riodes géologiques.
« Ceux qui se sont opposés à ce mode
d'interprétation ont bien saisi que les nom-
jMreuses couches fossilifères de la surface du
globe ne pouvaient pas avoir été déposées
dans des périodes aussi courtes que le se-
raient les six jours de la création. Pour les
expliquer, ils ont eu recours à des miracles
bien plus étonnants que les faits qu'on cher-
che à expliquer. Les uns ont soutenu .que
I>iea avait créé tout aussi bien les fossiles ,
dans leur état pierreux, que les êtres a«v
tuellemeut vivants. D'autres ont observé que
relui qui avait tiré la matière du néant avait
fort bien pu en disposer toutes les parties à
son gréf et lui donner, au moment même de
sa création, la forme et les dispositions qui
fdouTaieDt lui convenir. Leirfiysicien et le
Idéologue se taisent devant de pareils rai-
sonnements, car il n'y a plus rien à expli-
quer lorsqu'on parle de miracles.
« On pourrait cependant. faire observer
que Dieu a donné à l'univers les lois admi-
niAes qui le régissent et qui y maintiennent
Tordre et l'harmonie; aussi dans la sagesse
îofinîe qui a présidé à l'établissement de
ces lois. Dieu ne s'est jamais écarté des
règles ^ii'il a imposées k la nature. Depuis
son ongine, l'univers se meut d'après les
toémes principes et est entraîné par les mê-
mes forces. Si quelquefois. là puissance di-
vine a suspendu ses règles immuables, c'est
nniquement lorsqu'elle a voulu frapper l'i-
magination des hommes et vaincre- leur
incrédulité. On ne voit |)as ici quels auraient
pu être les motifs du Créateur pour in.ler-
Yeriir et suspendre sans nécessite les lois de
la nature.
« Une dernière observation a été adressée
è M. Cahen lorsqu'il a publié sà trailuetion;
cjgnme elle est telalire k notr^ manière
d'interpréter le mot tom, nous devons 7
répondra. On a objecté que Dieu ayant ter-
miné toutes ses œuvres a la septième époi-
que, il n'était pas présumable qu'il se fAt
reposé pendant tout ce temps; un jour de
vingt-quatre heures suffisant a cet ésard. Ce
serait se faire une bien faible idée de la
Divinité que de supposer qu'un travail
Quelconque, même celui de la création de
1 univers, pAt être pour elle un sujet de fa-
tigue. Tout ce que r£criture a voulu indi-
quer, c'est qu'à la septième époque. Dieu
avait terminé toutes ses œuvres et qu'il
l'avait bénie comme celle h laquelle il avait
cessé de produire et de créer.
«r Cette doctrine est-elle contraire à la
sanctification du septième jour de nos scr
maines, institué en mémoire du repos de la
septième époque ? Nous ne saurions le penr
sen Nous avouerons, avec M. Cahen, que
nous ne pouvons voir dans cette interprér
t&tion rien qui attaque cette sanctification^
car pour nous, comme pour ceux qui ne
voient autre chose dans le mot tom qu'une
époque indéterminée, jour consacré au
Seigneur est un jour à oart« un jour saint et
sacré.
« II est enfin une dernière observation
que l'on peut adresser à ceux qui considè-
rent le mot tom comme se rapportant, non à
des époques indéterminées, mais à des jours
semblables à ceux qui composent la semaine
ordinaire. En adoptant cette interprétation^
on est obligé de supposer que toutes les an«>
ciennes générations dont les couches ter-
restres nous ont conservé la singulière f^é-
néalosie, ont été formées avant la création
dont Moïse nous a tracé le récit, opinion
tout à fait contraire au texte de TEcriture.
Si, 4>our éviter cette difficulté, on prétendait
Sue les couches fossilifères sont les débris
'un ancien monde, on ne serait pas plus
avancé; car il est dit dans ce texte, qu'on
voudrait toutefois respecter, ({ue la terre
créée au commencement, était informe et
.dans le chaos, lorsqu'il a plu à Dieu d'en
or(^aniserla surface. Comment dès lors pou-
voir admettre que le globe aurait été habité
antérieurement à l'époque oîï il a reçu tes
dispositions propres à permettre à la vie
d'y déployer toute son activité?
. « Ces difficultés sont tout à fait insoluble^,
si l'on suppose que le mondé a été créé en
six jours. Elles s évanouissent au contraire
.en donnant au mot tom un sens beaucoup
plus étendu, ainsi que le fait la Bible elle-
même dans une infinité de passages de la
jGenise et de YExodéf sens qui a été égale-
ment adopté par Ezéchiel et Daniel. Aussi
préférons - nous suivre l'inlecprétation )f
plus propre à concilier les phénomènes na-
turels avec KEcriture sainte.
« Nous le devons d'autant plus, qu'il est
impossible que les terrains primitif et de
sédiment aient été produits dans l'espace de
.six jours. En effet, ces derniers, formés par
un grand nombre de couches, aussi diné-
rentes par leur nature chimique que pat \^
, êtres qu'elles recèlent^ obé oécc^saiMBieiîi
7r
JOU
OICTIONNAIIIB DE COSMOGONIE
iOU
n
exigé, pour leur précipitation, de longs in-
nervai] es» car toute disposition en couche
indique des dépôts lents et successifs de
substances suspendues dans un liquide. Il
7^ a plus : ces tranches de séparation entre
es divers dépôts, originairemeut horizon*
taies, ont pour la pludart été dérangées dans
leur position primitive. Elles se montrent
plus ou moins inclinées et souvent même
rerticales. De pareils effets annoncent évi-
demment qu à la suite de leur formation
elles ont dû être bouleversées, changement
qui a dû exiger, dans leur inclinaison, des
intervalles de temps plus ou moins longs.
« La diversité de nature chimique de ces
tranches né permet pas non plus de douter
au'ellés niaient été formées à des époques
istfnctes et sans doute très-éloignees les
une^i des autres. Les êtres fossiles qu'elles
recèlent en si grand nombre viennent encore
à Tappui de cette assertion. En effet, ces
corps organisés changent complètement dans
leurs caractères spéciflques, suivant la si-
tuation ou la profondeur des formations où
Us sont ensevelis. Enfin les animaux qui
fourmillent au milieu des divers dépôts de
sédiment, s*jr trouvent dans les Ages les
plus différeqts, circonstance qui ne peut
guère se concilier avec une création aussi
prompte que le serait celle des six jours. Les
faits physiques nous disent donc qu'il s'est
écoulé un long intervalle entre la première
apparition de la vie sur la terre et celle de
l'homme, et de plus grands encore anté-
rieurement à ces deux époques.
« Après cette digression peut-être un peu
longue mais nécessaire, résumons succincte-
ment les faits que nous venons d'exposer.
« Il en résulte évidemment que si 1 on ne
considérait pas le mot iom dont Moïse s*est
servi comme exprimant une époque indé-
terminée, on ne pourrait pas se former une
idée de la création en harmonie avec ce que
les faits physiques nous en apprennent. Si
l'on ne voqlail pas suivre cette interpréta-
tion, il serait à peu près impossible de don-
ner au récit d^ Moïse un sens raisonnable,
et surtout de le faire concorder avec les faits
les plus positifs et les mieux démontrés. On
I^eut apprécier l'exactitude de la Genèse en
'adoptant, et l'on est frappé de l'accord
qu'elle présente avec les observations géolo-
ffiques. En envisageant le grand oeuvre du
législateur des Hébreux sous l'influence
d'une iQterpétatîon, nous osons le dire, né-
O0issaire, on demeure pénétré d'admiration
pour SQZk auteur» qui, il y a plus de trois
mille ans, avait proclamé ce fait si remar-
quable de la succession des êtres vivants, en
Mison directe de la complication de leur
(592) f Combien y a-tril de teinps« demande mi
ttttronoroe allematra, que les atomes^ semés dans
l'espace par le souffle de TEtre incréé, commencéreRt
k se moaToir poor la première fois, et à se transfor-
mer en globes solaires et en globes terrestres, d'après
les lois que la volonté divine prescrivit à la nature?» —
A cette question, le Judicieux traducteur répond avec
M. Frayssinous, comme avait réf>ondu Bossuet avec
les Pères de li primitive Eglise, Origéne, saintiérôme,
laint Augustin, saint Athanaie, etc., comme ont ré-
organisation. Cependant ce fait ne nous est
connu par des observations positives que
depuis moins d'un demi-siècle. »
' Comme M. Marcel de Serres, M. Gode-
froy veut faire de Moïse un ccsmogonisteel
soutient les jours-périodeê ^ mais ils sont
loin de s'entendre sur la manière d'expli-
quer le texte sacré et de comprendre de la
même manière chacune des opérations du
Créateur pendant ces six épo(]ues. Novs
avertissons le lecteur de se tenir en garde
eontre les citations et contre les amoritéti
qu'on invoque. La plupart n'ont pas grande
valeur. Ce sont le plus souvent aes auteors
incompétents sur ces hautes questions qui
adoptent une opinion toute faite qu'ils trou-
vent à leur convenance. D'autres fois on at-
tribue à tous ce qu'un seul a dit. Ainsi, pa^
exemple , -M. Marcel de Serres et H. tiode-
froy, essayant d'interpréter dans lear sens
le vespere et le mane ^ mettront en note*
« inurdnm non tam de primo diei temporf
quam rei aut aciionis de qua agitur^ disent
tous les commentateurs. » ICosmeg. di
Motse^ p. U; Cosmogonie de la révélatmt
p. 43.) La Térité est que ce texte est du seul
commentateur Pagnin. Saint Augustin sur
l'autorité duquel on cherche à appuyer la
théorie des jours-périodes ^ a exprimé sur la
nature de ces jours les sentiments les plus
divers, ce qui fait dire h Cornélius a Lapide
en parlant de ce j^ère : Dubie et disputânds
lo^iiur in quϐtione^ tU ipse at<, tunt dtf*
ficillimaj nec salis se ipsum oxplical. (Curs.
comp/., t. V, col. m, édit. Migne.)
M. Godefroy démontre longuement quelti
mot dies, niiip^t^jour^j se trouve dans FScri-
ture avec la signification d'époque, de dnré«
plus ou moins longue ; cela n'est contesté
par personne , et cette figure est de toutes
les iansues. Toute la question consiste à
savoir s il a aussi ce sens là dans le premie?
chapitre de la Genèse; nous ne le pensons
pas et pour des raisons qui nous paraisseat
décisives.
« Tant d'auteurs divers ont parlé de ce*
jours de la Genèse, qu'il est peut-être inutile
de faire remarquer ici (][ue, dans le langage
de l'Écriture , le mot ;oi»r signifie soutent
un laps de temps, une période indéterminée}
et que Moïse surtout n a pu entendre borner
ce mot h la durée d'une révolution solaire »
puisque lui-même nous apprend que le soleil
n'a brillé au firmament que le (^atrième
jour, que les jours et les années n ont eu©-
mencé qu'avec le quatrième jour ; et cnccrei
fmisqu'après avoir énuméré les six jours de
a création, il emploie le Dième moij»^
pour exprimer les six iours mêmes ou tout
le temps de la création (592j.
pondu Burnet, Buffon,Deluc, Duguet, Kirvan, Anipèrti
Cuvier, Ghampollion , etc., cl comme rëpondcny»
core MM. Beilrand, Demerson , Silliman, Salud^f;
Cahen, etc., c qu'on peut regarder les six joars oc
la création comme des pénodes de temps imlélfr0|-
nées; que la chronologie de Moïse (i;*te moins te
FinsUnt de la eréatio» défa maiière, que de fii'SjJJ*
de la création de Tliorome.i {Considérûtions féi^^*
inr la dispos, derunivers^ par Bouc.) . •
A cette gestion , nous répondrons aojoun! m
tM
JOO
ET DE PALEONTOLOGIE.
lOU
790
« Pour p6«r qu'on soit versé dans l*é(ude
■ de l'Bentnre sainte, éeriyait saint Augus-
€ tin, on sait que c'est sa coutume de se ser^
€ Tirdu mot jour pour celui de temp$ (593).»
C'est Tobseryation que font pareillement les
Uhéolo^ens et les critiques des deux der-
niers siècles(SM). Le savant Bailly avait éga-
lement remarqué que , chez les Orientaux ,
le mot que nous rendons par jo«r a une
signification primitive que donne exacte •
ment le terme chaldéen rare, révolution,
période, succession défaits on de temps
fS05j. Aussi, chez ces mêmes Orientaux,
I*hlstoire des générations des patriarches et
des iirincipaux faits arrivés de leur temps,
portail le titre d*histoire des jours, verba
éierum (596).
c II en est de même des mots ioir et mn/fft,
qui, joints ensemble, n'ont pas un sens fixe
•t invariable dans la langue hébraïque , et
dre et ordre, eanfuêian él dispoêiiion régu^
lUre^ comme l'ont remarqué tous les inter-
prètes (597) et les savants d'un autre ordre
« Dans la célèbre prédiction de Daniel sur
le règne d'Alexandre et de ses successeurs, le
commencement et la fin des événements
annoncés sont appelés le soir et le matin de
ces événeinents, vespere et mane (599).
^ « Dans celte môme prédiction , Tabomina-
tion de la désolation sera dans le lieu saint ,
et après une longue profanation le sanc-
luaire sera purifié : Du soiraumatiny porte le
texte , ou oe cette profanation du sanctuaire
à sa purification, il se passera deux mille
trois cents jours (fiOO). Ces molsioir et malin
OBt donc ici deux acceptions différentes;
l'une, relative au désorcire qui précède et
nécessite la purification du sanctuaire et à
l'ordre rétabli par cette purification, et l'au-
tre , relative au commencement et à la fin
d'une période de temps d'une durée déter-
minée et nettement limitée.
« Dans la Genèse^ chaque |jériode de
temps ou chaque ordre de création est {)a-
reiliement limité entre un soir et un matin:
Ainsi fut fait du ioir au matin U premier
jour, le second jour, etc.
«vec MM. Ro9e1ly de Lorgnes, Nérée Boubée,Cbau-
terd, Marcel de Serres* Auffii8teNicolas,.en emprun-
tant ici les expressÎQDS de deux de ces auteurs, «que
Boo-seulemeiit en peiu, mais qaî'om doit donner au
moi jour^ employé par Moïse, le sent îllimiié dV-
pofjtu, 9 parce que c il est évident que Moise n*a
pas Toola parler de jours tels que nous 1^ en-
lendoos.»
(593) Scripturamm more sanctarum diem pont
Mierepro iempore,<|uî illas lîUeras,quamlibet negli-
weater legeril, nesdt. (De dw'l., JM, i. xx, c. il.)
(594)>oT. La Genèu avec reipiicaiiû» de$ saimU
Krtt. Paris, 1682.— Uiêtoire criiiqme de la phUoiO-
fkU^ L 1", p. 192, Amsterdam, 1741.
(595) Hiêtoire de rattronomie maciemmt^ p. 103.
(596) C*esS le nom qu^avait cliez tes Hébreux te
Ihrre des Paralioomènes.
■ (597) I ItUerdum iiaii tam de priaio diei tempore
fMfP rei aut aclionU de qaa aqitnr^ disent tous les
« Mais les jours naturels, les joofs jof ii-
res sont composés déjoua et de nuit, en
temps moyen de douze neures de jour et de
dou2^e heures de nuit, et entre un soir et un
matin il n'y a qu'un demi-jour ou douze
heures, et, précisément, cette portion d'un
jour naturel , ou ces douze neures com-
Erises entre le soir et le matin sont les douze
eures de nuit.
« Les jours eénésiaoues ne seraient-ils que
des portions de jour? Voudrait-on que les
jours de la création ne fussent que des jours
de nuit ?
« Biais, dans le récit historiaue, la lu-
mière est le premier produit de la création ;
et ce n*est qu'après trois de ces jours do
lumière, ce n*est que le quatrième jour de
la production de la lumière que, pour la
première fois , la nuit succède au jour et le
jour à la nuit, et que commence le cours
des saisons, des jours et des années. (Gen.
I, li-18.)
« Que Toulent dire donc ces mots f otr el
matin f » demande ici un profond penseur. —
« lis veulent dire simplement le commence-
ment et la fin d*une période , selon le mode
de « supputation usité parmi les Juifs do
compter leurs époques à partir dp soir (601).»
€ Saint Augustin , même lorsqu'il lui ar-
rive de ne plus faire attention k ce mode de
supputation tout particulier au peuple iuif
et si éloigné des usages des autres peuples,
saint Augustin conserve encore à ces expres-
sions déterminativesle sens que réclame la
contexture du narré biblique; en expli-
quant, en conséquence de cette interver-
sion , que le soir exprime la fin d*une créa-
tion ou formation, vesperam terminani con-
ditœ creaturœj et le matin, le commence^
ment d'un autre ordre de formation , mana
autem, initium condendœ aller ius (602).
Preuve manifeste oue saint Augustin a com-
pris que les jours de la Genèse devaient s'en-
tendre, que ces jours de la création ne
pouvaient et ne devaient s'entendre que de
périodes de temps indéterminées, que d'au-
tant d'ordres successifs de formations dis-
tinctes.
« Aussi, dans la conviction du saint doe^
leur, le jour qui a suivi les six jours de la -
créat'on ou les six ordres génésiaques, e$t
comroeniaieurs.» (M. M. de Sukes, op.. rti./p. 375
et 43.)
(598) H. Blac», cité dans tes AunaUs uniten. da
la Relig., n* d*août 1852.
f Ainsi donc, dans la Ceaèu, cmidut M. Bland, te
soir n*expriroe que te désordre existant avant une
création ; te malin, que Tordre qui j succède ; et te
jour est la création achevée, ou bien Tépoque oà
elte a eulteu.»
(599) Et Visio ve$pere et manSt iuœ dicta. est,, t^ra
est : tu ergo tisionem signa, <ima post maltos dtes
erit. {Dan, viii, 26..
(600) Usquequo peceatum desolalioms quœ farta
est, et sanctuarium etfortitudo conealcabituf f ei Jt j»l
tt : Vsqne ad nsperam et mane, dies dao millia tre-
centi^etmmndahtur saerificiam, {Ibid., 13, U.)
(601) M. Au^sle Nicolas, Etudes pkilosopkiiacs
turle christianume, L I«% p. 385, 386.
(602) De Cen.ad lifter., l iv, c. 18.
791
lOU
DICTI(»(NÂIAE
Tordra actuel des choses, Tordre de la sta*
bilité des choses, créées , ideo ereatura tmi-
. versa in Creatore $uo semper manebit. Dans
son explication 9 le septième jour a eu son
matin ou son commencement sans avoir eu
de soir ou de un, septimus dits mane habue^
rit sine vespera^ ta est initium sine fine^
parce que ce septième jour est le commen-
cement d*un état fixe et permanent, initium
manendi et quiescendi tottus quod conditum
estf parce qu'il a été sanctifié pour subsister
à jamais, quia sanctificasti euin ad permanr
sionem sempilernam (603).
« Mais rendons aux mots soir et matin
leur véritable signification, leur signiQca*
tion de commencement et fin que réclament
etlemodede supputaliou en usage chez le
Jeuple hébreu et le contexte génésiaque.
lors nous pourrons donner de Timportante
question qui a fait le sujet de tant de discus-
sions, une solution complète et décisive :
alors il nous sera démontré que le septième
jamt est un jour sans limite ; il nous sera
démontré que le jour qui a succédé aux six
;îpurs delà création est le jour actuel, le
^^ur qui se continue, qui se poursuit, le
jour eûfin dont Thomme est mis en posses-
sion.
A Chez les prophètes, le règne du Messie,
les temps évangeliques ne comportent qu'un
seul et même jour, dies una; et ce jour
unique, qui a eu son commencement ou son
temps du soir, temporevesperi^ se poursuit
ot se continue sans interruption.
« Chéries prophètes, les temps du règne
du Messie constituent un jour unique, aies
una , non un jour composé de jour et de
nuit, non dies ne^ue nox^ mais unjourtou^
jours ouvert^ un jour qui a eu son temps du
soir ou son commencement, sans avoir son
temp^ du matin: la lumière qui se manifes^^
tcra au commencement d9 ce jo;ir, DA?fs le
TEMPS DD soiM, if» tempore vesperi^ brillera
.san$ interruption , ei-ié lux et erit in die illa :
et, pendant toute la durée de ce jour, leSei^
uneur régnera sur toute la terre dont il sera
le seul Dieu et où son saint nom sera seul
adoré (60&-) , son sépulcre glorifié et sa croix
invoquée (605),
« C*est ce jour, diem metim, qui luit sur
nos tètes depuis dix-^huit siècles, qu*Abra-
ham' a désiré voir et qu'Abraham a vu (606) ;
et le premier homme a vu la première lueur
(605) DeGen. ad titier,^ L iv, c. 18, -r- Cmfess*^
1. xiii, c. 35, 56.
(60 i) Et érit dies una, quœ nota est Domino, non
dies neaue nox, et in tempore vesperi erit lux et erit
in die illa, Exibunt aquœ vivœde Jérusalem, médium
earum ad mare orientale^ et médium eanim ad marif
novissimum in wstate et in hîeme erunt. Et erit Deui
rex super omnem terram, in die illa erit Dominus
tcntfs, et erit nompn ejus unum, {Zachar. xiv, 7, 8, d.)
(605) In die illa, radix Jesse qui stat in signum
populorum, ipsum génies deprecabuntur ei erit sepul^
frum ejus gioriosum: et erit in die illa. Usai, i^
(606) Abraham pater tester exsultavii ut videreS
diem meum, vidit et gavisus est, (Joan, vin, 56.)
(607) Ei prwdicabitur hoc evangelium regni in uni-
verso orbe, in iestimonium omnibus gentibns, et tune
DE COSMOGONIE itiftO M
46 ce jour dans Ja priHnière-.pfiMease Jdiia
rédempteur» è lui faite à la natsaance de et
septième jour&anctiiîé par eette pronesse^et
dont notre septièmejourbebdoomdaire est II
signe représentatif, de mémeque nossix joors
sont les comméaM>ratifs perpétuels des six
jours qui ont précédé Tordre actuel, qui oot
précédé le jour de la révélation faiieà l'homme
})réyaricateur, à Adam, \ Abraham, à tcos
es patriarches ; le jour qu'avec Abraham el
tous les patriarches nous nou3 réjoaissom
de voir,f7f4t^ et gavisus est, e% jour enfia(|tt9
rHomme-Diett a appelé aon jour : ditm
meum^ et qui ne doit prendre un, coflune il
nous ^n assure Jui-mème, qu'après^()^e la
bonne nouvelle dçisoar^g)Qe.d^.misér,]iaordo
aura été aiinoncéeà tous les peuples de )4
terre, et ttmc peniet con^unmstê^o (6(nj[.
« Puis, selon les prophètes de la Loi évan*
gélique, les hommes rendront gUnre et hom*
mage à TenvQ^é de Dieu pendant toute la
durée de ce jour, jusqu'au jour de Fêler-
nité f608)^ jusqu'à ce graniJQur de la mnir
feslation de satoute^uissance (609), quiseïf
le grand jour de la confusion^ de ceux qui
l'auront inéconnu (610)^.et de tpus ceux qui
ont été réservés pour faire éclater la iu>
tice divine çendmite grasid jour de l'mr-
«17/(611),
« Disons donc, avec les docteurs de l'E-
glise, au'il nous est absolument impossibU
d'apprécier la nature ou de déterminer U
durée des temps de la création, ou des jours
génésiaques qui ont précédé l'époque so
tuelle, iîlum diem^ vel illos dieSf qui ejus rt*
petilione numeraii suntf in hae nostra mor-«
talitate lerrena^ experiri ac sentire non fQs-*
sumus: que nous savons seulement, dun»
certitude qui exclut jusqu'au moindre doule,
minime dubitemus^ que les jours ériuméiés
dans la ^enè^eoutéte entièrement difTérenU,
longe aliter^ des jours qui composent, daas
la période actuelle, les semaines, les mois
et les années; enfin tout à fait dissemblables
aux jours que nous connaissons, non eos ilw
(qùiagunt n^domftdam) similes^ sed multuM
impares minime dubitemus (612).
<% bisons avec les docteurs de l'Egljse,
aue ces jours de la Genèse sont autant d'or-
ares d'oriçine et de nature, et non de leni[)S
ou de durée qu'il nous soit possible de mesu-
rer, non durationis ordinem^ted solum origi'
nis et naturœ (613), autant d'ordres .d'exécur
veniet consummatio, (Matth, xxiv, II.)
(608) Ipsi gloria et nunc et in diem œlernilsM.
{Il Petr, m, 18.)
(609) yid diem magnum omnipotentis M* {^P^^-
XVI, 14.)
(610) AbscQHdite nos a facie sedentis super thrm»
et ab ira Âgni, quoniam venit dis* UM^nus irœ iwi-
rum. {ApoCmYi, 16,17.)
(61 1) Injudicium niagnidieitincnlis setsrms iw
ealigine reservQvit. (Jud^ 6.)
(612} Vfrf. saint Augdst., De Gen, ad tUier.^ c.2'
cl c. 18, 26. — De civil. Dei, 1. i, c. 6.
Vid. et OaiGEif., De principiis, l. iv, n'I^-^
Conîra Celsum. I. iv, n" 50, 55. — S. Aidam*.
Contra Arian., ii* 60.
(615) fin omnlhufihis operibas non ponH ''«r*'
as
.100
ET m PÀlXiWlQLOQK.
JUR.
m
lion des lois imposées par la volonté dirine à
lamalièrede la création, rerum omnium occa-
iiones^ causas et foiestates a Ded confe-
€tu$ (614] ; et que, si l'ordre actuel des cho-
ses u*ex]ste que depuis six ou sept mille
ans, cet ordre des choses de notre monde a
été précédé de siècles de temps compara-
bles seulement aui siècles ou aux temps de
^éternité, stx millia necdum nostri orbU im-
plentur amti, ei çuantas prius œtemitaies^
ipiania tempora^ qaantoi $œculorutti origines
[uisse arbUrandum est (615).
« Ou bien, disons avec les savants du siè-
cle, c que nous n*avons aucun moyen d*ap-
« précier la durée des époques dont il s*agit;
< que. c^est un calcul de même nature que
« celui de la distance des étoiles à la terre. »
pisons avec ces savants que « les six jours
^ de la création ne sont que les six mula-
« tioDS par où passa la matière pour former
« l'univers tel que nous le voyons aujour-
c d*hui; » c qu^on ne doit y considérer aue
« Tordreet la succession des créations (61 6; ; »
Sarce que ainsi nous nous trouverons repro-
uire et les propres expressions de Moïse, qui
appeile ces jours de la création les générations
du ciel et de la terre au tem|)s de leur for*
matioa, islœ sunt geuerationes cœli et terrœ
manda creata suntf in die quofecit Dominus
heus emlum et terram^ et les expressions des
autres prophètes qui nomment ces mêmes
jours un temps éternel : prœparatit Jerram
IB etiemo tempore {Bar, iii, 32).
« Ce sont ces jours dont il est impossible
i des êtres qui ne vivent qu'un instant, in
kac nostra mortalitate terrena^ de compren-
dre la valeur ou de déterminer la durée, ce
M>ot ces jours si diff^^rents de nos journées
que Bossuet, dans l'impuissance où il se
trouve d'en spécifier la nature, désigne par
lu nom de mooBis : « Dieu, dit Bossuet,
m après avoir fait (^'abord comme le fond du
« monde, en a voulu faire l'ornement avec
« six différents progrès qu'il a voulu appeler
o six jours (617). »
€ Hais qui nous dira l'étendue de ces pro-
grès, qui nous dira la durée incommensura-
ble de ces « six époques de la nature (618), »
de ces phases de la création, de chacune de
ces générations du ciel et de la terre? Qui
nous fera connaître la valeur des jours de
CELUI devant lequel, selon le langage de
l'Ecriture, mille ans sont comme un jour,
comme une heure, comme un instant insai-
sissable, comme un pur néant (619) ; la na-
ture ou la valeur des jours de CELUI qui
tioois ordioem, sed solum origiDÎs el natarae. >
(8. Tww., I, p. 9, 1, IN eorp. art.)
(614) In prinâpio igilur mundum esse canditum
éicems^ sigmjicat renm omnium oceûs$ione$, causas et
foêesiaies à Deo fuisse confectas^ (S. Gregob, Ntss.
îo llexam^)
(615) Oo rerra ailleurs combien M. Jehan a ea tort
de vouloir approprier à son livpoUiése d'une création
atitégésésiaque œ teile i|u'ii cite de saine Jérôme ,
MB Hsmaeam Traité des sciences gésiag. p. 358,
s'appelle TAncien des jours ou. rcternelf
Anuquus dierum (Dan. vu, 9), et dont les
jours sont des jours de réternité, ei egressus
ejus ab initio, a diebus cetemitatisf (ifïcA.
V, 2.) » Yoy. Dell'c.
JURASSIQUES (Terrajks;. — Troisième
grande époque du monde animé. Ces terrains
tirent leur nom de la chaîne du Jura, quoi-
qu'ils y montrent un moins beau dévelop-
pement que sur le versant occidental des
Vosges et du plateau central de la France,
Nous comprenons , sous le nom de terrains
jurassiques f tous les étages, depuis et j
compris les grès inférieurs du lias et le lias
inférieur (étage sinémurien], jusque et y
compris rétage portiandien; mais non le
Purhec^ le Wealde-Clay des Anglais. La
série complète de tous les étages se voit du
versant occidental des Alpes à V assy (Hauter
Marne}.
La France nous donne pent*étre le plus
I>el ensemble de ces terrains, comme le
démontrent si bien les beaux travaux de
MM. EUe deBeaumont et Dufrénov, résumés
dans leur magnifique carte géofogii^ue de
France. On les trouve dààs les bassins pa-
risien, pyrénéen et méditerranéen.
Eu Angleterre , les terrains jurassiques
ne sont pas moins bien développés qu'e^
France; ils forment, en effet, une large
l>ande, qui part de Lyme-Regis (Dorsetshirek
et traverse toute TAn^leterre, au nord-nord*
est, jusqu*au Yorkshire. Ils couvrent divers
points de TEspague, du Portugal, dé ritalie,
du Piémont, de la Suisse, de TAllemagné,
de Luxembourg, de la Souabe, dti Wurtemr
ber^, de la Westphalie, de la Saxe, de la
Bavière, etc. Ils commencent dans TAsie
mineure, se montrent dans la Crimée, cou-
vrent le centre de la Russie et vont de Jà
ju5qu*à la mer Glaciale, des deux côtés des
monts Ourals. On les connaît dans TAmé-
rique du nord, dans la province dlndiana ;
dans TAmériqne méridionale, à la Cordillère
de Coquimbo (Chili). Grâce aux recherches
de rinfortuné Jacquemoot et de M. Grant^
on les a retrouvés dans THimalaya et dan^
la province du Cutsch (Indes orientales).
En résumé, nous connaissons aujourd*hui
les terrains jurassiques sous la zone torride;
au sud , jusqu*au 30' de^ré, et au nord , du
7' jnsqu*au 68* degré de latitude. Les points
où ils se montrent répartis comme des ja^
Ions d attente à la' surface du globe , nous
prouvent qu'on les retrouvera sur beaucoup
d*autres lieux de TAsie et do l'Afrique, ou
%r édît. («;.
(616) Uutoire sHtiq. de U ffkUos., U I", pL 169,
— Exam^M de VcoLvre des ûx jours , par M, an f ib»
arssAC. — Buttetin unirenc!^
(617) Elévations sur ta création; EUv. sur tes $i»
jours,
(618) M. Ckwen, Menuet d'Histoire unhersn
(619) Miite anm ante ocnioê tuas tanqaam dies
tustema qmm prmterHt^ et cnsiodia in noctCr qase pra
niêttta kahenimr {Ps, lssxii, 4).
(a) Kotts A'tTons pa découvrir Jaos le IbTe de II. Gudefroy lVii*ir(tfi où < e f«rl nuus e>l nonlré. (Ttoie de M. Jcmiv.)
Tf5
JUR
0IGT10.\NÂlllfi M COSMOGONIE
iUR
7S6
\
n*on( f»as encore pénétré les investigations
l^iogiques. Qaoi qùMI en soit» ces points
isolés, disséminés à des distances considé^
rabics les uns des autres, sont , dans l*état
actuel de nos connaissances géologignes,
d*un immense intérêt, puisquMIs établissent
que ces terrains, comme nous Ta vons trouvé
pour les deux groupes précédents, ne sont
jias des dépôts partiels, mais qu'ils dépen-
dent d'une troisième grande époque géolo-
gique, qui s'est manifestée sur toute notre
planète a la fois.
« Beaucoup de divisions ont déjà été pro-
jiosées pour les terrains jurassiques, les
unes déduites des caractères minéralogiques
des couches, les autres basées sur la présence
de tel ou tel fossile dominant, quêlaues-unes
mêmes sur la couleur de la roche ne lias, le
jura brun et le jura blanc des Allemands),
ou seulement en quatre parties (le lias,
Toolithe inférieur, 1 oolithè moyen et Too-
lithe supérieur). Rien de plus commode
quelquefois que ces termes vagues , d'infé-
rieur, de moyen, et de supérieur; car ils
n*obIigenf à aucune limite réelle et ne
compromettent nullement ceux qui s'en
servent ; mais , dans l'état actuel de la
science, il faut plus de précision. Nous ne
chercherons pas a discuter ici la valeur des
coupes établies dans les méthodes; toutes,
lorsqu'elles sont dues à l'observation im-
médiate, et non aux idées théoriques, offrent
des faits partiels ou généraux d'un ^and in-
térêt; néanmoins, quand il s'agit de les
coordonner, on se trouve de suite arrêté.
Gomment grouper des faits basés sur la com-
position minéralogique seulement, quand
on a vu, par l'étude des causes actuoiles,
que ces limites sont tout à fait illusoires?
[Vov. CoLCHES sÉDivENTAinEs.) D*un autre
côté, comment oser se fier aux nomenclatures
des fossiles indiqués dans une série quel-
conque de couches, quand on voit la déter-
mination de ces fossiles si légèrement faite
par les auteurs , qu'il faut souvent en re-
trancher la moitié? Il devient donc impossi-
ble d'établir actuellement une concordance
parfaite entre les éléments hétérogènes ins-
crits dans les annales de la science géologi-
que. Devant ces difficultés insurmontables,
nous n'avons trouvé qu'une solution pos-
sible : c'était d'interroger la nature elle-
même. Nos premières observations sur le
sol de la France nous ont fait reconnaître
qu'en remontant ou descendant la série des
couches sur des points éloignés, on trouvait
partout la même succession de corps orga-
nisés fossiles , cantonnés dans les mêmes
limites de hauteur géologique, quelle que
fût, du reste, la composition minéralogique
des couches qui les renferment. Nous avons
suivi partout les horizons géologiques au
pourtour Ues bassins, afin de séparer les
«simples facieê de profondeur des Ages dis-
tincts. Après un grand nombre d'années de
recherches , pendant lesquelles nous ne
marchions que de conQrmations en confir-
mations, sans trouver defaitscontradicloire^,
nous avons acquis la certitude que les ter-
rains jurassiques s'y divisent nettenieiU eu
dix étages ou zones superposées, aussi bien
limités par les faunes respectives qu'ils ren-
ferment, qiie par les lignes de démarcation
stratigraphiques relevées sur tous les points.
En les suivant l'un après l'autre au pourtour
des bassins, nous avons reconnu qu'ils ne
se confondent sur aucun point, et qu'ils re-
présentent bien autant d'époques géologiques
distinctes, succédant les unes aux autres
dans un ordre constant et régulier. Nous
nous sommes ensuite assuré que ces dé-
viations étaient les mêmes, sur toutes les
parties du globe étudiées jusqu'à ce jour, et
qu'elles étaient dès lors l'expression des
grands faits géologiques qui se sont succédé
pendant cette longue période.
A Ces divisions, en commençant par les
plus inférieures, sont les [suivantes : étases
«fn/mtirtfii, /raiiten, toarcien^ bajocien^ oa-
Monten, callovien^ oxforditn^ corallien^ im-
méridgien et portlandien. On verra par la
synonymie de chacun d'eux que plusieurs
avaient été parfaitement sentis, surtout par
les géologues anglais, qui , dans leurs divi-
sions, ont toujours tenu plus de compte des
caractères paléontologiques ; tandis que ces
divisions souvent méconnues ailleurs, par
suite de préoccupations minéralogiques et
de peu de valeur qu'on accordait aux fos-
siles, ont amené beaucoup de ra[)prochc-
ments fautifs avec ces coupes anglaises. On
trouvera peut-être ces divisions trop nom-
breuses; mais, comme nous venons de It
dire, elles sont l'expression des limites ira-
cées par la nature et n'ont rien d'arbitraire.
Elles ont toutes une égale valeur, une égale
importance. Il faut ou les adopter toutes
sans exception , ou les supprimer entière-
ment, pour ne faire des diverses époques
qui se sont succédé dans les terrains juras-
siques, qu'un seul tout qui serait trop inons-
trueux. Il est certain que les étages, tels
que les donnent la superposition rigoureuse
et la limite des faunes qu ils renferment, sont
aussi tranchés dans les terrains jurassiques
que le sont, par exemple, lès étages silu-
rien, devonien et carboniférien dans les ter-
rains paléozoïques (620). »
Puissance des étages, — Voici le résumé que
nous donnent, h cet é^ard, tous les étapes.
Etage ponlandlen 60 métrés,
— kimniérldgîen 450
— corraltîen 500
— jxfordien 150
— calloviea 150
— liallijnien 60
— haiocien 60
— toarcien 150
— liaislen 150
— siiiémurien 500
Total. 1550 mètres environ.
En indiquant ces chiffres^ évidemment
approximatifs, nous croyous être beaucoup
au-desçous de la vérité, pour les Alpes, pour
(6.20) Cours éUm, de PaNent,, par .Vie. d*OaBio>Y, t. III.
wt
Mi
trr DK PMJUXUOLOCVL
JLK
7fS
le Tenant occidental des Vosges, et pour la
suite des étages» depuis Avallon jusqu*à
Tonnerre.
Dédmeiianâ tirées de ta nature des sédiments
et des fossiles. — Nous ne pouvons que ré-
péter ici le résumé de ce que nous trouvons
partiellement dans les étages : c^estoue tous»
successivement, étaient soumis aux lois phy-
siques qui régissent la nature actuelle. A
chacune de ces époaues, il 7 avait des con-
tinents, des mers* Ces mers avaient, comme
aujourd'hui, des parties littorales , des par-
ties sous-marines voisines des côtes, des
parties sous-marines profondes, avec des ani-
maux Tvropres à i:hacune de ces zones en
particulier. Ces mers avaient des courants
sous^narins, des côtes battues de la vague et
des golfes tranquilles , identioues à ce qui
existe actuellement. La nature aes sÀliments
etdescoquillesqu^ils renferment, nousdonne
encore la certitude que, pendant cette longue
période de terrains jurassiques, il existait
de fréquentes oscillations du soi, analogues
à ce qui existe dans le nord de IIEurooe. Cela
est surtout prouvé par la superposition , les
DOS sur les autres, de dépôts côtiers des
étages toarcien, bajocien, bathonien, callo-
vien et oxfordien, à Chaudon (Basses-Alpes).
^ Caractères paléontofofiqwu. — Chercfions
d*ahord les caractères qui peuvent dUlstin-
goer ces terrains des grandes périodes pré-
cédentes et de celle qui Ta suivie.
L'absence totale, dans les terrains juras-
siques, des 42 genres qui étaient positifs pour
les terrains triasiques en lait autant de
raractères né^tifs qu'on peut invoquer pour
distinguer celui-ci.
Les terrains jurassiques se distinguent des
terrains crétacés )rar tous tes genres qui ,
diaprés les recherches actuelles, n'existaient
pas encore dans cette période et ne sont nés
qne postérieurement, avec la période créla-
cée. Ces genres ont la répartition suivante
dans les dasses animales : parmi les oiseaux,
3 genres ; parmi les reptiles, 9 genres; parmi
les poissons, 90 genres ; parmi les crustacés,
5 genres ; parmi les mollusques céphalopo-
des, 9 genres ; parmi les mollusques gasté-
ropodes, 26 genres ; parmi les mollusques
biachiopodes, 12 genres; parmi les mol-
lusques bryozoaires, 21 genres ; parmi les
écfainodermes, 35 genres ; parmi les zoo-
pbytes ou polypiers^ 56 genres; jwrmi les
Sioéinvriai,
tiaisicn.
foraminiferes , 29 genres ; parmi les amor-
phozoaires, 18 genres. Nous avons donc 268
{genres parus postérieurement aux terrains
jurassiques et |>ouvant dès lors servir de
caractères né^tifs, le manque complet de
33 ordres d'animaux.
En résumé , pour distinguer les terrains
jurassiques des périodes supérieures ou in-
férieures, nous avons 10T7 genres pouvant
donner des caractères négatifs.
Pour distinguer les terrains jurassiques
des terrains triasiques, nous avons les 292
genres donnés à ces derniers terrains comme
négatifs et qui deviennent ici très-positifs ,
attendu qu'ils coiLmencent seulement avec
les terrains iurassiques et sont encore in-
connus à repooue antérieure, au moins
dans rétat actuel des recherches.
La période jurassique se distingue des
terrains crétacés par tous les genres nés et
éteints dans cette période, ainsi que par
ceux qui, nés antérieurement, s'j sont é^-
lement éteints* sans passer aux terrains
crétacés. Ils forment un total de iSk genres
ensevelis pour toujours dans les terrains
jurassiques.
La combinaison de dOk genres nouvaiu
donner des caractères négatils avec les ter*
rains immédiatement supérieurs et infé-
rieurs, joints aux 292 genres positife don-
nant élément des caractères distinctifs avec
ces terrains, vient nous donner le faciès
d'ensemble zoolosique de chacun en parti-
culier. La fiiune ne la période jurassique a
son cachet tout à fait spécial, consistant en
la présence de ce nombre considérable de
formes spéciales de tous les ordres d*ani-
maux. Néanmoins, malgré les diflTérences
qui l'en distinguent, elle forme un ensemble
zoologique intermédiaire entre les terrains
triasiques et crétacés, aussi bien par ses ca-
ractères que par sa superposition.
Ajoutons aux caractères stratigraphiques
donnés par genres, les caractères plus mul-
tipliés encore que présentent les espèces.
Les terrains jurassiques se distin^cnt en
effet des périodes supérieures et inférieu-
res, indépendamment de près de 600 es>
pèces d*animaux vertébrés et annelés par
le nombre énorme de 3,717 espèces d'ani-
maux mollns<)ues et rayonnes. Ces espèces
sont ainsi distribuées dans les étages^ en
commençant par les plus inférieurs.
TOTAOS.
174
301
Rajocicn,
Bacbonies,
GsUovieo,
Oxlbrrfiai,
CMattien,
KinuaérÎMlgicD,
pftIapdicB,
Ii9
NooAre réd des «spcces rooiniunes après
la MppressioB des chifîres répétés, 96
ICsf êcet renmMréM itef
Espèces apédalct
detti 00 Iruis étage» a la Msm
M ■■seul éugc
1
173
1
300
>
288
7
586
11
535
26
255
-57
lOz
27
628
IS
183
Z
57
605
546
739
655
199
CO
5 717
5,816
KIH
JMCTIO^NAIRE D£ C0SMOGO9ÎIE
Km
«M
EiL résumé, comme on peut en ju^^er par
\e tableau précédent, et parles détails spé-
ciaux qu'on trouvera aux étages, où nous
(kvous donné le résultat consciencieux de
tous les faits bien constatés, on peut en dé-
duire:
1* Qu*ll existe dans les terrains jurassi-
ques plus de <^,000 espèces d'animaux en^
tièrement différents cTes animaux des pé-
riodes antérieures et postérieures.
2* Que ce nombre se divise en 10 zones
superposées formant, dans Tensemble des
terrains jurassiques, autant de faunes chro-
Tîoloçjques, ou d époques qui se sont succédé
réOTlièremcnt les unes aux autres.
S* Que chaque zone a montré encore une
faune spéciale distincte de celle des zones
inférieures et supérieures, qui constitue un
élaiçe, une époque bien caractérisée, de la
même valeur que l'époque actuelle.
4* Que les espèces qui se trouvent, par
accident ou autrement, dans deux eu plu-
sieurs de ces étapes à la fois, et dont on a
eiagéré le nombre d'après de fausses don-
nées, ne s'élèvent en réalité, d'après les
recherches actuelles. j>ar rapport aux es-
pèces spéciales, qu'à 1 J/2 pour 100; chiffré
Irop peu important pour changer en rien
les résultats propres aux faunes spéciales
«ttccessives.
La présence, pendant cette période, des
mêmes genres et des m&nes espioos d'ani-
maux, depuis la zone torride jusqu'au cml$
polaire, prouverait que la température éidit
uniforme sur le globe, par suite de la cha-
leur centrale, et qu'aucune ligne isotherme
n'existait encore sur le globe. La composi-
tion de ces faunes démontrerait aussi qu'elle
était analogue aux fiiunes tropicales ao-
tuelles.
' Les oscillations da sol sont on ne peut
plus marquées durant les terrains jurassi-
ques. Leurs traces sont surtout visibles pat
les lignes littorales superposées de quelques
points.
* A dix reprises successives, des perturba-
tions géologiques, plus énergiques que les
oscillations, sont venues interrompre l'ani-
mation de la terre et des mers à détruire
presque tous les êtres. Après chacune de
ces grandes catastrophes de la 1erre, le
calme est revenu ; de nouveau, toute la na-
ture a été repeuplée dé ses plantes et de ses
animaux. A chaque fois, si les genres sont
en partie restés les mêmes, les espèce** ont
entièrement changé, ainsi qu'on peut le
voir par les faunes respectives.
Quelques auteurs font surgir, pendant
cette pift-iode les roches plutonienues qui
dépendent des baisâtes, des ' porphyres py*
roxéniques, etnéme des granits, M. Cor-
dter ne naralt pas l'admettre.
K
KASWINL Foy. ttÉOLOOiE.
• KEPLER, belle prière. Voy. Buckland.
KEyPER. Voy, SâUirifiiEN.
- KIMMËRIDGIEN (Étage). — Neuvième
étage des terrains jurassiques et le quin*
;Zième de TécheUe totale des formations
Kéolosiques. Ce nom dérive de celui de la
ville ae Kimméridge^ où, en Angleterre, a été
décrit lu premier type de cette période géo*
.logique ; c*est Vêlage supérieur du système
poliikique^ V argile ixHonJleurj le Portland*
4lone des Anglais, etc.
i Le grand nomlnre de points où Tétage qui
/lOttsoccujpe a été rencontré dans les bassins
^^lo-parisien et pyrénéen , doit nous faire
croire qiill s*est déposé partout avec régula*
rite sur Vétage corallien, et que, sll ne se
voit jpas sur tous les points, c'est par suite
de changements de niveau postérieurs ; qu*il
a été recouvert par des étages crétacés et
tertiaires, ou qull a subi (fes dénudations
partielles. Autour du bassin anglo-parisien.
Use montre avec un grand développement
de cuuches.
^ En Angleterre, où nous trouvons la con-
tinuité du bassin anglo-parisien , l'étage
forme, sur les autres terrains jurassiques,
une bande qui traverse encore, du sud au
nord, une grande |:ai tiède TAngleterre.
En additionnant les couches qui compo-
sent rélaj^e, soit depuis Châteiaillon jusqu'à
lafmdu Rodier, route de Rochefort, soit
depuis Villeneu ve-la-Comtesse jusqu'au de*
là de Saint-Jean-d'Angély (Charente-Infé«
rieure}, on arrive à trouver pour puissance
environ 80 mètres. A Tonnerre ou à Sainlo-
Colombe-en-Puisaye (Yonne), on l'a évaluée
à 70 mètres. En Angleterre, on lai a recounu
jusqu'à 150 mètres.
Nous voyons au Havre des dép6t$ sous-
hiarins formés sous l'influence d'une pé*
riede d'agitation déterminée par des cou-
rants, et d'autres déposés pendant le repo»
prolongé : les premiers^ marqués par Tas*
semhlage des couches remplies de (-oquiUes
placées mortes où elles sont; les autres, par
des argiles où Ton retrouve beaucoup de oo-
quilles bivalves en place dans leur portion
normale d'existence. A l'île d'Oléron co
sont, au contraire, des dépôts sous-marinsi
formés seulement dans une période de repos.
La localité la plus remarquable parles faits
de ce genre qu'elle présente est, sans con-
tredit, la pointe de Gh&telaillon. Elle so
compose de couches variables, épaisses,
plongeant légèrement au sud. Les couches
formées de bancs de calcaires marfleui et
d'argile, qui s'étendent à marée basse dans
la mer actuelle, sont pour n«>us le type
d'un dépôt sous-marin voisin, ou môme au
niveau inférieur des marées de la côte, et
sous rintîuçnce de larges j>erlurba(ious n^r
mi
Km
Cr DE PÂLl!X>.XTOLQGlfi.
KLE
«02
turcllesi niûuieulaaées, démonlrées par la
réparation des bancs ; en cfiet, e\]es olTrcnl
fiartout une incroyable auantiléde coquilles
amelUbrancbes» de phoîadomya^ de mactra^
de ccromya^ iTanatina^ de thracia^ de pinna^
etc., dans leur position normale d*existenee,
les unes ca famille, les autres isolées. On
y voit encore, par places, des centaines de
ctylilus^ autour du point où elles adhéraient
par leur bj'ssus, et des groupes de pitiM
dans la position vertû^e. Kien n*est remar-
quable comme ces bancs; on y Yoit les êtres
marins tels gu ils Tivaient» et l'on prend,
fiour ainsi dire, la nature passée sur le fait
de son existence, comme pour animer en*
core lljistoirc ancienne de notre planète; oa
dirait même que les dernières com:hes ont
été recouvertes subitement par une aiHuence
plus uu onliuaire de sédiments, qui a tout
étouOe au-dessous. En résumé, nocs verrons
à Cbâlelailloii des dépôts littoraas accéder
i des dé|K>ts côtiers sous-marins qui indi-»
cmeraient un relèvement lent de ces côtes,
oéterininé par laccumulation des dépôts,
cpmme nou5 en avons signalé dans les cau-
ses actuelles; le Cait ne sera pas même ex«
ccptionneit les couches kimméridgiennes
du Calvados et de Saint-Jean-d'Aogély nous
montreraient un phéflomène absolument
semblable.
Caraeiiriê paléonioloqigueê. — La Caune
de Tétage kknméridgieii (mre encore i côté
d*une disparité presque complète des es-
pèces, des formes génériques, voisines de
la faune précédente. On reconnaît qu'elle
ftit partie de ce grand tout des terrains
jurassiques.
Pour distin^er Tétage kimméridgien de
répoque antérieure, nous avons aujourd'hui
les kQ genres qui existaient dans celle-er,
^ns arriver jusqu'à cet étaçe. Ce ré:>ultat
montre encore que les terrains jurassiques
•antinuent leur période de décadence ; oette
décadence ressort surtout de la valeur des
çaffMtèr^ Bégatifs inférieurs, très-nom'»
breiix, comparés 9ux caractères négatifs su-
Rieurs, presque nuls» et du peu de carac-
tères posiliiis ticés des genres que nous
ATOns à siçialer.
Pour limite supérieure, nous n'arons, en
effet, parmi les reptiles, que le genre c€ti4H
r, qui, ineonnu à l'état kimméridgien,
se rencontrerait dans l'étage portlandien.
Four limites avec l'étage inférieur nous
avons 4 genres qui manquent encore à cette
épocpie ei ne paraissent qu'avec Tétage kim*
flâéridgien, parmi les rpi»tiles : les genres
jlaResaumf, êêreptùtjfanàylmê^ emjfê et pla^
leaiya.
Avec le genre êiemnÊKmrus^ mentioiuié seu*?
leiDoit dans l'éla» kimméridgien, et qui
peut être invoqué eomme limite positive
eveeTélage portlandien, nous avons encore
les 10 genres suivants, qui s'éteignent dans
rétame kimméridgien sans passer au port-
landien; parmi les reptiles» les genres
ÎplesioMouruêf iekoÊtmruê^ piiammÊruê; parmi
es poissons, les genres oêlerocanihus^ êtro^
pkoduSf thri$$op$; parmi les mollusques la-
mellibranches , les genres posidonomya^
eeromya et pinnigena; parmi les écblno^
dermes, le genre clypeuê.
] Indépendamment des espèces d'animaux
vertébrés et annelés, et des plantes, noua
4vons seulement, en animaux mollusques
et rayonnes, le nombre de 199 espôèes* En
séparant de ce nombre les 13 espèces que
nous avoiis rues se trouver en même temps
dans l'élage corallien, et les 2 espèces sui-
vantes : pterocera octani, Delabèche, et
pecten IcmellosuSf Sow., qui se rencontrent
dans l'étage portlandien, il restera encore
184 espèces spéciales et caractéristiques dç
l'étage kimméridjpen.
^ Chronologie historique. — Avec les der^
nières couches de l'étage corallien restent
ensevelis, pour toujours, 40 genres d'ani-
maux qui. existaient dans cette période, eç
même temps que 630 espèitcs d'animau^
mollusques et rayonnes qui, avec les autre3
séries animales, formaient la faune de cette
époque. Après ce mouvement géologique^
lorsque le calme a reparu sur la terre» son|
nées dans l'étage kimmérid^en, avec ouelf
ques genres nouveaux, 186 espèces danir
maux mollusques et rayonnes. .
Les mers, avec moins d'al>ondance, poss^
daient k peu prto les mêmes genres ; seule ♦
ment les espèces étaient différentes de celles
de rétage corallien. Les céphalopodes y sont
peu nombreux, et les genres dominants y
eomme les ceromya et autres, dépondeni
principalement des lamellibranches et des
«astéropodes, qui vivaient près des côtes»
le plus généralement sur des sédiments fins,
lei Ton ne voit plus de récits, et à peine
Juelques zoophyies viennent-ils témmgnec
e l'existenee de cette série animale.
Les eoBtineBts,indépendaffiment des genres
d'animaux déjà cités dans les étages préoé*
dents, nourrissaient sur leurs bords mari*
times qneiques genres nouveaux de t^j^
tiles, tels que les sauriens: sienosaurus-^
êireplotpwMtf^uê ^ et des tortues des genres
êmtfê et pUuemyê. C'est du reste, tout ce
qui nous est resté de la faune terrestre de
eette période, où pas une plante n'est encore
connue.
KIRWAN. Voy. Géologob.
KLEE (FuBeÉMCK). Cet auteur a publié,
en 1846, à Copenhague, un livre intitulé : La
déluge^ consiaéraiionâ géoiofique$ et Aif leri»
^ues $ur leâ demierê caiaely$moi eu globe .
édition française, Paris, 18^7. M. Klee traite,
dans son livre, des matières les plus graves
et les plus importantes et s'érige en réfor-
mateur universel. Son but principal, son
but «inoneé du moins, est 1 explication d^
déluge.
« Dans tous les temps, dit M Godefniy,
ks. savants ont fût les plus grands efforts
pour trouver une cause physique à un évé^
nement dont ils ne pouvaient nier la réalité
sans démentir la nature, qui en a partout
grevé les fastes en caractères inefiaçaUes.
Cependant une voix qui s'est Ait «itendre i
toutes les nations assigne au dAuoe, et aux
circonstances diverses de ce grandf ei terri*
«33
ILE
DlCT10N!<AUtE DE COSMOCaMB
KLC
m
ble événement des annales bibliques , une
eause d*un ordre supérieur, d*un ordre tout
différent de 1 ordre de la nature. On sait ce
qui est advenu de toutes les hypothèses pro-
posées; et pourtant tant d'essais infruc*
tueuxy tant de tentatives-malheureuses n ont
pu convaincre tous ces savants de leur im-
puissanoe.
« Naguère encore un géologue, dont le
nom a eu du reteoiissement dans la science,
nous disait, avec toute Tassurance aue lui
inspirait la satisfaction d*avoir résolu éCun
même coup quatre ou cinqfiroblèmes :
« Supposons qu*un astre quelconque rep-
« contre obliquement la terre dans son mou-
« vemenl; que devra-t-il arriver? Le choc
« violent de Tasire fera dévier le globe ter-
« restre, ou le fera retourner sur lui-knème;
« son double mouvement de rotation, diurne
« et annuel, seront l'un et Fautre suspen-
« dus, ou ralentis un instant De là la
« dispersion des blocs erratiques, celle des
« dépôts caillouteux; la disparition subite
< d*un grand nombre d*animaux terrestres,
c et la présence, dans les climats froids et
c tempérés, des ossements de quadrupèdes
c dont les analogues vivants habitent les
t pavs chauds (621). »
« Nous avons répondu à ce géologue : Si
te mouvement de translation de Ta terre
autour du soleil était suspendu un seul ins-
tant, la terre, en vertu de la force centrale,
qui ne serait plus et ne pourrait plus 6tre
oontrebaianeée, tomberait en ligne droite sur
k! soleil; ainsi son mouvement de rotation,
ce mouvement diurne serait suspendu pour
toujours. Le double mouvement de la terre
aera-t-il seulement ralenti, alors il est bien
certain, puisque la terre a, non-seulement
un moutement de rotation à l'équateur de 7
iieues par minute y mais encore une vitesse
de translation de 7 lieues par seconde ou
de U2 lieues par minute, il est bien certain
que notre malheureux globe serait boule-
versé de fond en comble. Ce ne serait [Ans
an déluge : il faudrait voir dans un pareil
événement le chaos des poètes et des mytho-
logistes; ce serait alors, comme récrivait
Lalande en 1773, Vaceompliesement des sii^
des et la fin du monde. Mais nous savons
maintenant que nous n'avons rien à crain*
dre de semblable de la masse volatile et tout
à fait insignifiante des comètes; car, il iSsiut
bien le dire, Vastre quelconque aue vous in-
voquez, ne saurait être autre cnose qu'une
comète; lés comètes sont évidemment les
seuls astres que la* terre puisse rencontrer
dans sa course annuelle au tour du soleil. »
Aussi est-ce sur cette rencontre de la terre
par une comète, est-ce sur un pareil dépla-
cement de Taxe de rotation de la terre, ooca-
tianné par le choc d'une comète, que, plus
réuemment encore^ M. de fioueheporn a
essayé de fonder une Théurie nouvelle des
(021) M. N. BooB«E, QMof. Aément.
(6iS) HéflMire présenté k 1 Acadéroie des sciences,
• inlttet 1844. Voy. BecoicpoRN.
(635) U Muge^ etc., p* 116.
révolutions du globe: et cela, parce qu« le
calcul des probabilités lui a moBtré qu'ea
supposant dix passages annuels de comètes
dans les limites de l'orbe terrestre , touks
les chances de rencontre de la terre par un
de ces astres devaient être atteintes en iroii
millions d'années (622).
Rebuté par tant et de si inextricables dif-
ficultés, 1 auteur étranger qui se présenie
aujourd'hui pour VexpTication du aéiuge tt
du phénomènes qui s'y rapportent^ emploie
une autre méthode. S il a encore recours au
déplacement de l'axe de rotation de la terre,
il^ n'attribue plus ce déplacement au choc
d'unecomète. Dans l'enseignement nouveau,
la cause du déplacement de Taxe, ainsi qui
celle du déluge^ doivent être cherchées dans it
développement intérieur du globe (623).
Celle couse sera-t-elle plus facile k trouver
dans cet intérieur du globe terrestre que
dans le ciel des comètes? C'est ce que nous
ne pouvons dire ; car le savant 6lraD|;er,
M. Frederick Kiee, ne s'explique pas sur ce
point. Ce silence est d'autant plus fteheui
et surtout d'autant plus surprenant, que
l'auteur annonce que sa « théorie doit eier-
cer une influence puissante et uniTerselle,
non-seulement sur la géologie, mais aussi
sur plusieurs autres sciences, notammeDt
sur la mytholo^e, sur l'histoire, sur TiS"
tronomie, particulièrement sur la théorie
exposée par Laplace quant aux mouvements
des corps célestes (€2^). » Mais, parce que
cette cause, quelle quelle soit, eiigeun
effet subit, instantané, il enseigne qu'on m
peut peu décider avec certitude : V t si Noé
a prévu cette catastrophe ou non ; » 2* f s'il
a, par cette raison, bâti un navire d'une con^
truotioH particulière; » 3* « s'il s*est passé
sept jours, comme le dit la Bible, avant que
rin>ndation atteignit la demeure de Noé;»
k' « si la pluie continuelle a duré quaraote
jours et quarinte nuits, » etc.^ etc. (625;.
En procédant de la sorte on devait arriver
à des résultats curieux. On arrive, en effet,
à apprendre^ du mtcrr oa la biblk hêii»
« qu'il a existé d'autres hommes sur li
terre du temps d'Adam; » et même oa
arrive à savoir « qu'Adam, chassé d'E^teOf
a dû trouver la Babylonie passablement peu-
plée (626).» Puis une interprétation corrttlt
du onzième chapitre de la Genèse apprend
« aue Babylone a été fondée déjà avant k
déluge, h
Cette dernière découverte est consigoée
dans le ehapitre intitulé : Hypothèse qut la
ville de Eabylone a existé orofU le iélugtiti
que les images de TApocalypse ont été tiriti
de la catastrophe du défwcemitnt de foxt éé
globe^ surtout de la ruine de cette ville , ^
truite tors de cette ce^astrophe.
En outre, il est exposé dans oe cbapilK*
que « vraisemblablement Babylone fat H
« ville la plus importante de l'étal «ooo»
(6t4) Page S35.
(6S5) Page 315.
(6i6) Deuuéiae parik, eksf. S.
tta
KÎJÊ
rr M MLfi05T0L0CIK.
€ desdieux OU Elobim, qui semble avoir été,
« APBàsCBLCI DBS ATLAUTBS, le pluS puîSSBUt
4 des Etals avant le déluge ; » car, dans Thr-
pothèse dont il s*agit, lAilaniide déiruUe
aussi lors de ceile catastrophe^ a été fEtat
civilisé lepius ancien (^7).
Voici comment tout ceci se -démontre ou
s'explique :
L Europe est TAtlantide donlparle Platon,
ou, pour reproduire les propres expressions
de Fauteur, « TAIlantide des anciens est
l'Europe actuelle (628). v Or, < de même
• qu'on peut démontrer que, dans notre
• ère, la civilisation a suivi la marche
• du soleil de l'orient à l'occident , de
« même elle Ta suivie avant le déplace-
« ment de Taxe, en passant de l'Eurofie dans
• l'Asie occidentale, située alors h peu prAs
« h r occident deVEuropt^ et en s arrêtant
« aux Indes et dans la Chine, où le soleil,
• pour ainsi dire, j'eil arrêté et a changé sa
« direction (629). »
Ce qui signifie qn avant cette rétrograda-
tion frar il est question ici bien moins d'un
simple déplacement de l'axe que d'un détonr*
nement, d'un changement de rotation ou
d'un mouvement rétrogratle), l'Europe ac-
tuelle était à Forient de l'Asie occidentale
d'aujourd'hui, c*est«è-dire à l'orient de la
Babjlonie, et par consé<{uent'h l'orient de la
Chine, d'oà la civilisation , en conséquence de
la nouvelle marche ou nouvelle direction du
soleil, est revenue ensuite, en repasssant par
les Indes et par la Babylonie, jusijne dans
rEorope actuelle, son berceau primitif; avec
eette diflérenise, néanmoins, aue, cette fois,
le soleil n'ajant plus changé de direction,
m elle a contmné sa route du cdté de l'oeci-
dent , en passant dans TAmérique (6M). »
Voilà pourquoi FAmérigne^ çut se éétt^
lippe avec une force gigantesque^ pans
derant f Europe qui^ en général^ ne fait plus
que de lents progrès (631).
Mais, en même temps, voilà comment it
est démontré dans la nouvelle méthode
explicative, qu'à part l'Amérique , l'Atlan-
tide on l'Europe, le dernier des États civi-
lisés dans l'ère actuelle, a été TEtat civilisé
le plus ancien dans l'ère antédiluvienne, et
▼oilà commenti'Etat de ces dieux ouElohim,
dont Babylone fut la C2pitale ou la ville la
plus importante avant le déluge, a pu être
appelé par l'auteur de l'explication, un état
MOMoiiiB, comparativement à l'Atlantide ou
à FEurope de la civilisation antéadamique.
Voilà aussi , sans doute , d*où vient que
lea t^ptiens, qui, « probablement auront
« édiappé à la mort dont les menaçaient la
• grande inondation , les éruptions volca-
« niques et les autres phénomènes de la
« nafnre qui ont accompagné le déplacement
• de l'axe (682), » eiis^gnaient aux Grecs de
(627) Paige 5tl.
(628) f Je pose donc rhypotlièse ^logique-bist<>-
fû^ae qa^rAtianîide éesanciensesl PEurone sctmeile^
et qee tes kMiaatw qmi périrent par le éétmge^ sont
Irt AUaates om les Titans des anciens » (Pag. 229).
<629) DeMxiôK partie, ckap. 13.
|6Se) ilNxiéeie paitie, chsf. IS.
l'Europe qu'autrefois le soleil se levait à
l'occident et se couchait à l'orient.
•* Enfin, voilà comment il se fait que « la
« théorie développée dans cet écrit doit
' « exercer une influence puissante et uni-
^ verselle sur l'astronomie, particulièrement
«r sur la théorie exposée par Laplace quant
c aux TBouvements des corps célestes. »
Effectivement, cette transformation d'un
mouvement de rotation primitivement Ui-
ri(^ d'orient en occident, ce mouvement
originaire d'orient en occident transformé
accidentellement en rotation d'occident en
orient, renverse les principes les plus fon**
damentanx de Fastronomie, et avec ces prin-
cipes fondamentaux, tout l'édifice oosmogo-
nique de Laplace.
Tels sont les résultats princi|)aux de cette
i^irLi7B!ic« PUISSANTS ET vxivehscixb que
II. Frederick Klee promet à sa théorie ex-
plirative du déluge.
Cependant, comme Fauteur du livre que
nous examinons déclare lui-même que»
« tant qu'on n'aura pas reconnu la jusiesse
« des- idées principales avancées daas ce
« livre, il serait hors de propos de dévelop-
« per plus exactement ces ditférents résuJ-*
• tats (633), 9 nous ne nous en inquiéterons
pas autrement. Et véritablement nous
n'avons j>as à nous préoccuper de ces résul-
tats, puisque nous sommes en mesure de
ineltre le lecteur à même de juger en toute
eonnaissance de cause de lajusteue des idées
pri$uipaies avancées dans ce litre. Il nous
suffira présenteanent , sans que nous ayons
besoin de suivre plus longtemps le nouveau
réformateur dans ses considérations sur lo
déluge de la Genèse et sur la Bab^lone de
ï Apocalypse 9 considérations si différentes^
de celles de Calvin on de Jurieu sur cette
Hiêiiie Babyloiie de VApocalypsCf il noua
suflira de reproduire cette autre conclusion
à laquelle est encore arrivé Fauteur de Tex-
plication du déluge : •
c II est donc probable qu'il ne fut plus
« créé d'hommes après le déluge , à moins
« que ce ne soient les malheureux Papuas »
€ ou le peuple remarquable des Bohémiens»
c dont lepparilion au milieu d'une période
« historique est encore une énigme (634). ^
On voit queM« Frederick Kleea tenu tout ce
que promettait cette épigraphe de son livre:
Croire tout déroavert est oee encer preCaede,
C'est prendre riionioa peer les lignies du monde.
S'il n'a pas tenu ce que promettait le
titre de ce même livre, s*il n a pas atteint
h but principal qu'il se proposait, FejrpIiV «-
Iton du déluge , s il a manqué son bût. c'est
?[u'il est écnt dans le livre divin, qtf e la con-
usion est le partage de quiconque, par men-
songe ou par ignorance, contredit la parole
de vérité (635\
(632) Page 311.
. (6331 Page 335.
. i63i) Page 16S.
(633) Nom cùturaduas serbo serUaûi uUo
et de mendacio inenditioms îmm confsnâert, ,
un
L
LAMBiXMRANCHfiS oa ACÉPHALES.
-^Oame <lenoll«sqviesà laquelle appartient
rtraitre. Les lamellilnBcbes HiaMiveDl de
tête et sont bies plus sédentaires que les an-
tres moHosqnes. Ik sont frios, en effet ,
œlte légèreté, i«tte aetUité des cépbaiopa-
des; ils ne rampent Déme pins snr les ro-
ebersp eonme les gastéropodes. Dooés qnri-
qnefeis de la loeomotion, ils ne 1 exercent
qaed*une manière incomplète, llssecaehent
dans le saMe oo dans la vase, se déplacent
en y traçant uo léger sillon« s'j enfoncent
plus profèndéoient, on creusent des esTités
au sein des rochers calcaires ; et dans ees
deux derniers cas, ne chagent pas déplace,
Uii se fixent encore an rocher par nnbjsana.
ott bien y adhèrent d'une manière plus in*
tiinepar leur coquille mèane, dont la ma-
tière calcaire s^unit an sel et réâste ainsi à
la Tagne.
Les lamellibranches , diaons^nons, man*
quent de tète, et dès lors sont dépourvus des
organes de la vision, de Taudition et de la
préhension. Ils ont une bouche sans dents ,
itiunie de lèvres charnues , tentaculaîres ,
placées à la partie inférieure, au milieu d'un
énorme manteau qui enveloppe Iteîmai, se
divise, le plus souvent, en deux grandes
lames paires susceptibles de s^onvnr et de
se fermer , et qui est presque tonionrs ex«>
térieurement pourvu d'une coquilieealcaîre
tiraite, en faisant intimement partie et pro-
tégeant l'enserohle. En dedans de ce man*
teau sont les viscères, les branchies formées
de chaque cAté , dd deux feuillets minces,
fégulièrement striées %n long et en travers,
quelquefois en avant sous deux tubes dis->
nncts, dont l'un est le tnbe branehml.
La bouche est h une extrémité; le tube
anal h l'autre. Entre ces deux parties , mais
plus près de la bouche, existe chez beaucoup
de genres un pied unique ; masse charnue»
cjp^lindrique ou compnmée, dont le méca^^
nisme de contmciion permet à ces êtres le
seul mouvement dont ils sont susceptibles.
Indépendamment des muscles propres au
manteau, laissant des empreintes palléales
sur la partie anlérietu*e de la coquille, on
ToU djuoe yalve à l'autre, un, deux ou plu-
sieurs muscles transrerses, qui servent à les
fermer ; tandis que le seul effet du relâche-
ment de ees musclée dattache laisse la
coquille ouverte , un ligament corné ,
élasti^^e, placé au point d'union d«)s deux
valves, les forçant toujours h s'ouvrir. C'est
la force contraire des musclés d'attache et
du ligament qui, à la volonté de TanioMiU
ouvre et ferme la coquille.
La coquille des lamellibranches est ordi-
«drement formée de deux pièces; quelque-
is, néaoiuoins, elle en a plusieurs autres
diversement placées sur la charnière. Cette
eoquflle est fixée aux rochers; alors elle est
irre^lière, montrant toqjoars son point
d'attache, ou bien libre et le plus srmTent
sjrmétrique. Lorsque ' les deux pièces oq
valves sont égales, on les dit ^rrofr^i;
lorsqu'elles sont iné^Ies, on les dit tn^ipi-
ro/rcf ; lorsqu'une ligne tracée à partir do
crochet, au bord, peut séparer la Take en
deux parties ^ales, elle est équilatéralr,
dao> le cas ou les deux côtés sont alors iné-
gaux, elle est, au contraire» Mguilatéralt.
< Chacun, jusqu a présent, dit U. d*0(t)h
gnj , a repr&enté les coquOles de lamelli-
branches, suivant une position arbitraire,
qualifiée , quelquefois , de position analo-
wûfme. Tous ceux «j^ui ont étudié les coquil-
les dans leur position naturelle, ont r^
connu, qu'un so/m, une pkoïa$t une Delncob
ont toujours les tubes en haut, sailiaols à la
surface du sable ou de la roche qui, les rea-
ferme, afin de pouvoir respirer. La position
anaiomiqoe, admise par quelques auteurs,
renverse précisément tous les organes, de
manière à placer en bas ce qui dans la sta-
tion normale, esten liant, absolumealcomme
un homme qu'on mettrait les pieds en l'air.
Si, sans tenir compte de Tétat Dormal , on
suivait ainsi, dans la position des êtres, oœ
marche purement systématique, on arrive-
rait aux conséquences les plus disparates.
Faudrait-il donc» en effet, parce que, dans
la slation habituelle, l'homme a la coloaoe
vertébrale suivant uee ligne verticale, et
perce qu'il porte la tète à leitrémilé supé-
rieure de cette ligne, faudmit-il, disossr
nous, figurer le$ autres mammifères daus
une position analogue? Non, et personne n t
encore songé à chamger pour eux la siatioa
normale, pas plus qu*on n'a cherché à re-
tourner un écbinide, en lui mettant la bou-
che en haut, position contraire à la nature.
Itous croyons donc qu'il faut donner aui
êtres, en toute cireonslance, dans les figures
qui les représentent, une position analogue
à celle qu ils ont l'habitude de prendre (iaitf
les diverses phases de leur existence.
t Comme nous l'avons ftôt renaarqueraoi
gastéropodes, la conchyliologie aywt été,
pour ainsi dire, regardée pendant lon^op^
comme une branche séparée de la sciei€<^
qui traite de animaux mollusques, les auteurs
parmi lesquels nous pourrions citer des
noms très-cotmus, avaient ol'u poufoir »
dispenser même de voir lu mer » avant d ^
crire sur les animaux qui y vivent exclusi-
vement, et borner leurs études à des re-
cherche* de ciUfinet, C'est ainsi qu'ils avawni
cru devoir fixer arbitrairement Ja position
d'une coquille sans consulter la nature, pour
s'assurer si ce qu^'ils éublissaient ci*ncordaH
avec elle. Nous croyons donc que la p<^^'
tion toute deoentention donnée par les au-
LAM
ET DE PALEONT<H.0GIE.
LAIl
810
leurs prorenait de leur manque d'obserra-
tion sur les êtres rivants; car personne»
même les anatomistes les plus distingués
ilans leurs planches anatomiaues, n*eût
▼oulu changer la station normale des mam-
mifères connue de tout le monde , pour les
placer dans une position uniforme.
« Si dans beaucoup de cas la manière de
représenter les êtres pouvait être indiffé-
rente, il n*en est pas ainsi pour les mollus-
ques lamellibranciies. La géologie et la pa-
léontologie ont, en effet, le plus grand
besuîH de connaître parfaitement leur posi-
tion normale, afin de savoir si leurs nom-»
breox restes* qu'on rencontre dans les cou-
ches terrestres, sont encore dans celte même
position, ce qui arrive fréquemment , et in-
dique que ces êtres sont sur le point où ils
ont vécu. C'est donc dans un but d*appli-
eatioo que nous avons choisi cette posi-
tion.
« Nous avons fait remarquer qu'il existait
une grande disparité entre la station nor-
male de rbomme et celle des quadrupèdes
ordinaires. On en trouve encore un exem-
ple dans la station normale des poissons
formés de parties paires, comme la carpe,
comparés aux poissons non symétriques ,
eomme la sole ; puisque les premiers pren-
nent, dans la station normale, une position
verticale, dans le sens de leur compression
tandis que les autres sont, relativement aux
premiers, couchés sur le côté. Nous insiste-
rons sur cette comparaison, attendu que
chez les lamellibranches bivalves il en est
absolument de même, lorsqu'ils sont sjmé-
triaues ou non symétriques. *
vofuilles symétriques. Ithaque fois qu'une
coquille bivalve est tout à fait symétrique
dans ses parties, qu'elle est équivalve, on
peut dire, a priori que sa position normale
est verticale ou presque verticale, dans le
sens de la longueur* Les genres solen^
stfo, luiraria^ pelricola^ panopœa^ etc.,
dont la forme est la plus allongée, en sont
des exemples. Ordinairement très-enfoncés
soit dans le sable, soit dans la vase, où leurs
tubes exécutent sans cesse un mouvement
de va-etTvieqt pour arriver à la surface»
leur position est tout à fait perpendicu-
laire.
Lorsque 1^ coquille , également allongée,
se creuse un trou dans la pierre, ainsi qu'on
le voit pour les genres pholas^ lithodomus^
peirieoUf clavageliay etc., la coquille est
encore perpendiculaire, les tubes en haut, la
bouche en bas.
Lorsqu'une coquille libre, symétrique,
est plus on moins^ovale ou arrondie, comme
celle des genres venus ^ cardiuin^ tellina^
nueulaf peeiunculusy area^ itAto, anodonia^
mmeira^ danux^ cyclasj elle est encore ver-
ticale, les tubes en haut et la bouche en
t»asy mais quelquefois elle s'incline un peu
décote.
Pourvues d'un byssus qui les fixe au ro-
eber, les coquilles symétriques ont des po-
sitions peu différentes : chez les arca^ ïos
cmrdUa, elles se fixent de manière à conser-
ver la même attitude que les peirUola h
l'état libre; chez les les myiiius^ les pinna^
la position varie, le crochet de la coquille
étant alors placé en bas, au lieu de se trou-
ver sur le côté, et la partie baillante des
valves en haut. Dans ce cas, néanmoins,
l'animal est dans la même position relative,
en ce que la bouche est toujours en l)as et
l'anus en haut*
Coquilles non symétriques. Si, a priori^
une coquille bivalve, symétrique dans ses
parties, annonce une station normale verti-
cale, dans le sens du grand diamètre, on est
également certain gue toutes les coquilles
bivalves non symétriques ont parmi les mol-
lusques, une position naturelle tout & fait
distincte et analogue à celle des soles, ou
mieux, des pleuronectcs par rapport à la
carpe ou aux autres poissons ; c'cst-à-diro
que Vanimatf ou la coquille, au lieu de
présenter les parties paires, ou la Ugqe de
séparation de ses deux lobes du manteau, et
des valves, suivant une verticale, les mon-
tre dans une direction horizontale; ainsi
dans la station normale, les coquilles non
symétriques sont, relativement aux autres,
comme si elles étaient couchées sur le côté.
Il V n*a plus chez elles de valve droite et de
valve gauche^ comme on peut le dire de tous
les genres de coauilles symétriques; mais il
y aura toujours alors une valve supérieure et
une valre inférieure.
A rexception de la corbula^ anomale parmi
les coquilles libres, vu son irrégularité
(quoique 5a station normale soit verticale) ,
tous les autres bivalves non symétriques
sont fixes, soit au moyen d'un byssus, soit
par la coquille elle-même.
Lorsqn elles sont fixées par un byssus,
elles sont beaucoup moins irrégulières ; et
il faut quelquefois un examen scrupuleux
Knr découvrir les différences d^une valve k
utre.
Lorsqu'au contraire la coquille est fixée
au sol , ou aux corps sous-marins par la
matière calcaire de la coquille elle-même,
non-seulement les deux valves supérieures
et inférieures sont très-iné;^1es,mais encore
ces I Douilles, étant contraintes à se confor-
mer, ;«^ur leur accroissement, à l'espace qui
leur est échu, on les voit, soit en se moulant
sur les corps où elles sont parasites, soit en
se modifiant suivant les conditions d'exis-
tence où elles se trouvent, changer telle-
ment de forme et d'aspect chez le& divers
individus d'une même espèce, qu'il faut
oublier tout à fait les limites ordinaires de
variation et leur faire une part beaucoup
plus large, quant aux caractères spécifique^*,
comme il arrive pour les genres chama^
spondylusy plicatula^ et surtout ostrea.
En résumé, la station normale des co-
quilles de mollusques acéphales est verticale,
les tubes en haut, la bouche en bas, chez
toutes les bivalves symétriques; tandis
qu'elle est horizontale, la bouche d'un côté
et Tanus de l'antre, chez toutes l«s coquilles
non symétriques. Dans le premiei cas , il y
aura une ralce drbite et une valre femeke^
D1CTI095. DU Cosmogonie et de PALéoTiroLOGiB.
26
sir
LAM
OlCTlONVArRE DE COSMOGONIE
UH
8tt
dans Tautre une valve supérieun et une
valve inférieure.
Là répartition des genres et des espèces
de lamellibranches à la surface du globe,
depuis la première animalisation jusqu à
nos jours y démontre que cette division des
mollusques s'est montrée déjà nombreuse
avec le commencement du monde animé, et
qu'elle a toujours été en progression crois-
sante jusqu'à l'époque actuelle. Ici, comme
pour ic*s gastéropodes, les çcnres qui restent
en arrière, dans cette marcne toujours crois-
sante, sont loin d'être aussi nombreux que
ceux qui persistent ; ainsi, c'est encore la
série animale qui montre le plus de régu-
larité dans la multiplicité des formes de
{)lus en plus grande, en remontant des figes
es plus anciens jusqu'à notre épo que.
Les orthoconques sinupalléalesy dont dé-
pendent la clovxs (venus), le solen^ ont mon-
tré déjà quatre genres avec l'étage silurien,
le premier des figes animés. De la, sans in-
terruption, leurs genres vont en augmentant
de nombre jusqu'à l'époque actuelle, où
ils sont à leur maximum de développement.
Cette série a donc augmenté progressive-
ment ses formes d'une manière régulière, et
elle est encore en pleine voie croissante
de développement générique.
Les orthoconques intégropalléales , dont
dépend Yanodonte ou la moule des étangs^
ont offert cinq genres avec la première
animalisation du globe, à l'étage silurien.
Ils ont suivi , après , la même marche
croissante aue Tordre précédent et avec la
même régularité jusqu à l'époque actuelle
où ils sont à leur maximum de développe-
ment générique. Ils sont donc toujours en
voie croissante.
Les pteuroconques , dont dépend YhuUre
comestible, offrent deux genres avec l'étage
Silurien, la première des zones animées;
et, comme les deux ordres, ils vont en pro -
gressien croissante régulière de nombre de
genres jusqu'à l'époque actuelle, où ils
atteignent leur maximum de développe-
c;ent.
Il résulte de l'examen qui précède, que,
bien qu'ils soient à des degrés très-diffé-
rents de perfectionnement dans leurs cara-
tères, les trois ordres de lamellibranches
ont suivi une marche identiquement pa-
rallèle, dans le développement toujours
croissant de leurs formes génériques, jus-
qu'à notre époque, où ils sont plus nombreux
qu'ils ne l'ont jamais été.
Déductions zoologiques générales, — Com-
parés dans leur ensemble numérique sans
javoir égard aux ordres, les genres de la-
mellibranches mènent nécessairement en-
core aux mêmes conclusions. Ils montrent
11 genres avec l'étage silurien, le premier
de T'animalisation du globe ; 23 genres dans
les terrains paléozoïques ; 27 dans les ter-
rains triasjques; 52 dans les terrains juras-
siques; 59 dans les terrains crétacés; 67
dans les terrains tertiaires, tandis qu'on en
compte plus de 75 dans les mers actuelles;
ainsi nm doute que, soit d'après les ordres ,
soit dans leur ensemble , les genres de la-
mellibranches se sont, de[)uis le commeQ'
cément du monde animé jusqu'à présent,
toujours augmentés d'une manière rép-
lière.
Déductions climatologiques comparéa, -
Nous pouvons ici répéter la même eonclusion
que pour les autres séries anim^des : c'est
que la distribution climatologique ancienne,
même jusqu'à Tépoque qui nous a précéiés
sur le globe, ne suit, en aucune naaiète,
la répartition actuelle. Ainsi dttis nos wm
les genres avicula^ptmajplicatula^tivdHB^
tella, capsQy aspergillum^ etc., soDtspéciaox
seulement aux régi<His tropicales, tandis
que nous les trouvons dans les couèes
géologiques, même les plus rapprochées d»
nous, dans toutes les parties ae l'Europe,
jusque très-loin vers lenord. Encere ici une
preuve que, par suite delà cbalour centralet
le globe terrestre a assez de chaleur propre
pour neutraliser tout à fait raotioodeszoïKis
isothermes de température
Déductions géographiques comparées.— h^
genres trigonia^ tridacna et corbis, \m
exemple, se trouvent aujourd'hui eiclusire-
ment dans les régions chaudes du Grand
Océan, en Océanie et datfs l'Inde. On ren-
contre les fossiles des trigonia en Améri-
que, en Afrique et dans toute l'Europe; des '
corbisy dans toutes les parties de TEarope;
des rridocna, en Pologne. Onvoit, dès^ors,
3 ne la distribution géographique ancienne
es lamellibranches, comi>arée à leur dis-
tribution actuelle, montre qu'il n'y aaiKun
rapport. Ainsi la distribution actuelle est
toute spéciale à notre époque , et ne se
rattache nullement à des questions générales
de cantonnement jancien et persistant à la
surface du globe.
Nous ajouterons ici une comparaison oui
tient aux habitudes et à l'organisation des
mollusques. Noos voulons parier des genres
spéciaux à l'eau douce, comme les u«io,
les anodontes; nous dirons encore, ainsi
qu'aux gastéropodes, qu'à l'exception des
cyclasy dont une partie est manne, et de
quelques unio, propres à Tétage néocomiBn,
tons les autres genres commencent avecle
premier étage tertiaire
Déductions Géologiques tirées des gmn.
— Les caractères stratigraphiques négaiil^
sont on ne peut plus tranchés jpour ces mol-
lusques lamellibranches. En ciret, à l'excep-
tion des 7 genres qui traversent tous 1«
étages, les 92 autres étant limités dans iears
étages, peuvent être appliqués corow*
caractères négatifs, pour les terrains ou le*
étages, soit supérieurs, soit inférieurs) ^
ils ne se sont pas encore rencontrés. Ainsi»
genres peuvent servir de caractères négali»
pour les terrains paléozoïques où ils man-
quent, et il en est de même pour tous \^
autres.
Les caractères stratigrorthlques potw
sont très-marqués pour les iamellibranclies
suivant l'extension qu'ils occupent dans le>
étages géologiques ; ÏJs le sont d'autant piu^»
qu'a rexco])tioii de 7, le^ 92 autres su»'
SIS
LAP
ET DE PAL£UNT0L0G1E.
LAP
SU
limités dans leurs étages et peuvent sonrir
de caractères positifs pour les étages où ils
se trouvent, et cela d*autant mieui (fue»
parrai eux, 25 n'arrivent i>as jusqu'à nous
et sont perdus pour l'époque atiuelle.
La persiitance des caractères positifs est
très-marquée dans cette série animale,
cemme on peut le voir pour les genres
atituta^ htcina^ mitylus^ pecten^ lima^ pli-
calula^ renus^ spondylus^ chema^ amphide-
$ma^ etc., etc.
Pour les déductions géologiques tirées des
espèces f nous iiouvons dire, qu'à très-peu
d^exceptions près, les 5,301 espèces connues
sont caractéristiques de leurs étages et peu-
vent les faire reconnaître sous les diverses
formes minéralogiques quMIs montreront
suivant les lieux.
LAMENNAIS, opinion sur la force de ré-
pulsion. — Voy. Laplace.
LAPLACE (Marquis de}. — Quelqu'un a
dit plaisamment, en parlant de tous les s;^'s-
tèmes imaginés pour expliquer la formation
de la terre : Vastronome se figure la terre
comme une nébuleuse condensée: le chimiste
y toit une boule de potassium et de silicium
oxydés : Félectromagnétiste se plaît à y dé-
couvrir ranalogue d'une battene galvanique :
le zoologiste ne manqtie pas d'y reconnaître
un énorme animal^ un être ayant ri>, dont les
rolcans sont les narines^ dont les laves sont
U sang et dont les tremblements de terre
sont les battements artériels.
On ne s'est pas contenlé d'inventer une
foule d'hjpotbèses sur la formation de notre
planète ; les savants en ont imaginé un
grand nombre, qui embrassent la formation
non-seulement do notre système solaire,
mais de l'univers lui-même tout entier. Nous
n'avons pas l'intention d'entrer dans aucun
détail au sujet des romanesques inventions
qui ont été proposées dans les xvn* et xviu*
siècles, sous le nom pompeux de théories de
l'univers, avant que les découvertes scienti-
fiques soient venues donner au moins une
ombre de vraisemblance à ce qui a été tenté
de notre temps dans ce genre de hautes spé*
culations. U est juste de ne pas confondre
les théories admises aujourd'hui dans la
science avec les hypothèses qui ont été pro-
posées avant qu'aucune observation exacte
les ^ustiGât.
Nous ne nommons Buflbn que pour rap-
peler la réfutation que Laplace a faite de son
système. En vertu des premiers principes
de la mécanique, il est démontré que si les
planètes étaient sorties du soleil, soit par le
choc d'une comète, comme le prétena Buf-
fon, soit par une force intérieure inhérente
h sa masse incandescente, comme le sou-
tiennent des géologues plus modernes, elles
reviendraient toutes raser sa surface à clia-
(636) (Test ce qull faut forcémenl reconnaître et
proclanier baoïement ; car, nier celte création et ad-
mcUre un commencement^ un principe^ c*est, ainsi
qne no«s Pavons démonlré, un non-sens, une Impos-
(^7; Baniel Bcrnoolli avait iléjâ calculé les chan-
cune de leurs réfolutions, et ne pourraient
jamais circuler dans des ellipses comme
celles que nous leur connaissons.
Quant à la théorie de Laplace, elle est
devenue fameuse. Ce n'est pas Laplace qui
l'a inventée, mais il la développée avec une
grande habileté et appliquée à notre système
planétaire. Elle a été acceptée plus ou moins
complètement par tous les savants qui se
sont occupés des Questions d'origine, comme
Lamarck, Geoffroy-Saint-Hilaire, etc., etc.
L'idée première de cette hypothèse cosmo-
gonique appartient à W. HerscLell. L'illus-
tre astronome anglais y fut conduit par ses
recherches sur les nébuleuses^ recherches
qui ont pris une grande extension par les
traTaux de son Qls.
Cette conception consiste à admettre qu'il
existait ou commencement^ dans le principe^
c'est-à-dire après que Dieu l'eut créée (636},
une matière disséminée dans l'espace à l'état
de molécules plus petites que toute quan-
tité donnée, soumise à deux forées simulta-
nées, l'attraction et la répulsion, et qui.
condensée par le refroidissement, aurait
formé tous les corps célestes, y compris les
nébuleuses^ qui ne seraient autre chose que
cette matière diffuse se condensant j^our for-
mer maintenant encore des soleils nou-
veaux.
Laplace, s'emparant de ces données, dans
sa Mécanique céleste^ appliqua la théorie
herschélieune à la formation de notre sys-
tème planétaire. Cette application parut d'au-
tant plus plausible qu'elle a le mérite de ne
mettre en jeu, pour opérer la formation de
notre monde, que deux agents les plus sim-
ples et les plus généraux, que nous pré-
sente sans cesse l'ensemble de nos études
naturelles, la pesanteur et la chaleur. La-
place s'efforce, dans l'hypothèse cosmogo-
nique qu'il développe, d expliquer tes cir-
constances générales qui caractérisent la
constitution de notre système solaire ; telles
que l'identité de la direction de toutes les
circulations des planètes d'occident en orient,
l'identité de toutes leurs gyrations dans le
même sens ; la constance du même phéno-
mène et dans la circulation orbitaire et dans
la g}Tation des satellites ; la faible exci*ntri-
citedes orbites des planètes et de leurs sa-
tellites, alors que toutes les courbes ellip-
soïdales sont également possibles; enOn,
l'inclinaison peu considérable des plans or-
bitaires sur le plan de l'équateur solaire (637j.
Une fois notre soleil formé par la conden-
sation de la matière diffuse et phosphores-
cente d'une immense nébuleuse, Laplace
détache successivement de son atmospnère,
supposée primitivement étendue jusqu'aux
limites de notre monde, chacune des pla-
ces d*ttBe dispositiofl aussi remarquable. Laplace,
compléiantces caknls, en avait conclu ^ue si la dis-
tribution du sysleme planélaire avait été Feflet de
haprd. Il y a? ait, suivant le calcul des probabilitm
15 1 miltiardib à fuirier contre un que cette dispoit-
tJoii aaraii été tout autre que celle^qui existe.
SIS
LAP
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
LAP
M
nètes de notre système, ci il fonde sa théorie
sur les considérations sniyantes :
1* En Yertu de la théorie générale de la
rotatioit, et plus spécialement en rertu du
théorème général des aires, il doit exister
on rapport constant entre les dilatations et
les contractions successives d*un corps et
la durée même de sa rotation, la rotation
devant s'accélérer quand la contraction aug'
mente, et se ralentir lorsque la contraction
diminue, de telle sorte que les variations
angulaires et linéaires, que la somme des
aires tend à éprouver, soient exactement
compensées.
2* Il existe un rapport non moins cons-
tant entre la vitesse angulaire de rotation
du soleil et Textension possible de son at-
mosphère : la limite de cette atmosphère est
inévitablement fixée à la distance ou la force
centrifuge, due à la rotation du système,
devient égale à la gravité. Doi\c si, par une
cause quelconc^ue, une portion de cette at-
mosphère venait à se trouver placée au delà
de cette limite, elle cesserait aussitôt de faire
fartie intégrante du soleil , et continuerait
circuler autour de lui avec la vitesse ac-
quise au moment même de la séparation,
mais sans pouvoir participer aucunement
aux changements qui surviendraient dans la
rotation solaire 'postérieurement à cette
même séparation.
Ainsi, la limite mathématique de Tatmo-
sphère solaire a dû diminuer sans cesse, h
mesure que le refroidissement a rendu la
gjration de cette nébuleuse plus rapide ; et
cette atmosphère a dû nécessairement aban-
donner successivement des zones de ma-
tières diffuses, qui. ont constitué Tétat pri-
mitif de nos planètes. Celles-ci, détachées de
la nébuleuse principale, se sont condensées
nussi par Tenet de leur propre refroidisse-
ment, et ont ainsi engendré des satellites en
vertu des mêmes causes qui les avaient
elles-mêmes engendrées.
Telle est la ttiéorie générale de Laplace
dans toute sa rigueur.
Cette hypothèse, bAtie avec des hypo-
thèses, est contestable de tous points. Et
d*abord, construite en dehors de Tinterven-
tisn d*une cause première, créatrice de la
matière et des forces qui la régissent, elle
ne serait autre chose que la genèse matéria-
Mste, dont nous avons déjà fait voir l'absur-
dité et les impossibilités. Il faut, de toute
nécessité, reconnaître que ni les atomes ni
les corps qui en sont composés n*ont Texis-
tence infinie, immuable, indivisible, de Dieu
et des idées éternelles; ils durent^ et par
conséquent ils ont commencé d'être, et leur
existence actuelle n*a rien de nécessaire.
Les lois de leur activité, de leur puissance
motrice et de leur mobilité, ne sont pas plus
nécessaires que leur existence même. La
contingence est le caractère de toutes les
lois mécaniaues, même les plus élevées,
ainsi que lont démontré Laplace, Biot,
Poisson et A. Comte lui-même, pour les
cinq grandes lois qui dominent toute la mé-
canique.'Il faut donc admettre une raison
suffisante, extérieure et supérieure aax
atomes, qui a déterminé ces lois. L'ordre
actuel n'est donc point la consécpience né-
cessaire des propriétés et des lois de la ma-
tière, telles que l'observation les découvre;
mais cet ordre suppose de plus un arranse-
roent primitif, une distribution première
de toutes les parties de la matière, de telle
sorte que de cette disposition première les
f»roprietés et les lois de la matière aient
ait sortir Tordre actuel, qui autrement se-
rait sans raison suffisante.
La théorie de Laplace prena pour point
de départ les nébuleuses^ ces apparences cé-
lestes si longtemps problématiques. On a
avancé que certaines nébuleuses étaient des
amas de matière que l'attraction concentrait
actuellement. Mais une pareille h^'pothèse
est inconciliable avec la précipitation si ra-
pide, nécessaire pour (^érer la conflagration
et la liquéfaction ignée des molécules, telle
qu'il faut la supposer à l'origine des corjis
planétaires, et Yon ne se rend pas compte
pourquoi, après tant de milliers d'années,
il en reste encore è se former. On a crvk
pouvoir déduire immédiatement d'oftierra-
tions faites à différentes époques^ qu*il s'est
opéré des changements effectifs dans la nébu-
leuse é^ Andromède^ puis dans celle du Mvin
Argo et dans les filaments isolés quijtffsr-
tiennent à la nébuleuse d^Orion; mais rinégak
puissance des instruments employés à ces di-
verses époquea^ les variations de notre atm(h
sphère^ et d'autres influences de nature opti-
que, jettent un doute légitime sur une partis
de ces résultats^ quand on les considère comms
des termes de comparaison légués par tkis-
toire des deux. (Humboldt, Cosmos^ p. 89.)
John Herschell, dans son Traité d'astrono-
mie^ n* 619, parlant de la nébuleuse décou-
verte par Huyghens en 1556, dans la cons-
tellation d'Orion, émet la même opinion.
On s'accorde généralement aujourd'hui à
reconnaître comme démontrée la résolution
en étoiles de toutes les nébuleuses. Ainsi,
nos pressentiments ne nous trompaient pas,
lorsqu'il y a dix ans nous écrivions dans
notre Nouveau Traité des sciences géoloci"
ques^ chap. 9 ; « L'opinion gui regarde les
nébuleuses comme une agglomération d'é-
toiles trop éloignées pour être aperçues dis-
tinctement à Taide de nos instruments d'op-
tique, nous paraît la plus vraisemblable. Il
y a dans le ciel des groupes qui ne présen-
tent à l'œil nu qu'une masse confuse de lu-
mière, et dont on distingue très-bien les
Erincipales étoiles avec le secours de simples
ésicles. Tel est le cas pour les pléiades. H
y a d'autres taches lumineuses qu'on ne f^^
vient à résoudre en groupes d'étoiles qn«0
moyen de télescopes d'un fort pouvoir d'am-
pljtication. Ce qui a résisté è des grossisse-
ments de 50, de 100, de 150, de 200 fois, ccde
quand on peut pousser les grossissements
jusqu'à Um et au delà. Ainsi Herscbell
est parvenu à transformer en agglomérauons
d'étoiles la plupart des nébuleuses qne Meis-
sier, pourvu de lunettes moins puissant^»
croyait irréductibles , et qu'il appelait o^
«r
LAP
ET DE PALZONTOLOGIE.
LAP
SIS
■ ■
nébaleuses sans étoîlesL A ce point de Tue,
sans contredit le plus raisonnaole, les nébu-
Icnses sont cootraires plutôt gue favorables
h Th jpothèse astronomîco-ohimîque ; car ce
seraient des mondes tout formés, et non k
rétat naissant. »
Quelques années après, un astronome
amateur, lord Ross, parTenail à construire
un télescope à réQeiion de deux mètres d*Ott-
Terture. Toutes les fois que Ton a dirigé ce
eîgantesaue instrument vers une des nébu*
feuses, elle a complètement changé d*aspect,
et s*est si souvent transformée en étoiles
distinctes, qu*on ne peut plus raisonnable-
ment douter qu elles ne soient toutes réso-
lubles, ainsi que le grand Herscbell Favait
d^abord supposé (638j.
Abordons les autres conditions de llijpo-
thèse cosmogonique, et voyons si elles pré-
sentent plus de solidité.
La théorie suppose dans la matière des
forces motrices qui lui seraient inhérentes :
Tattraction , la répulsion , etc. Que faut-il
S user de Torigine et de la nature de ces
rcesT
Nous touchons ici à une question philo-
sophique fort controversée, et que nous
croyons devoir exposer avec quelque éten-
due avant de passer outre.
Quelle idée devons-nous nous faire des
substances matérielles qui composent l'uni-
Ters? Sont-elles douées d'activité interne
seulement, comme le veut Leibnitz? Les
eorps, suivant lui, seraient exclusivement
composés de (>etites âmes dépourvues de
toute action réciproque les ^unes sur les au-
tres et sans aucune activité externe {Système
nouveau de la nature et delà communication
des substances^ p. 126, etc. ; Monadologie^ p.
705, etc.)
Cette activité externe est remplacée par ce
Îu'il appelle Vharmonie préétablief c est-%-
ire par Faction de la puissance créatrice
qui aurait misdans la nature de chaque être,
pris isolément, le principe de tous les phé-
nomènes qui doivent se succéder en lui.
Dans ce s vstème , les causes finales ne sont
plus que la volonté de Dieu, qui les réalise
par un acte éternel. La conséquence logi-
que qui en découle , c'est qu'il ne fondrait
plus chercher dans les sciences physiques
comment tel corps agit sur tel autre, mais
en vue de quelle fin Dieu foit correspondre
tel phénomène particulier à tel autre, dans
Texistence simultanée, mais isolée, de ces
deux corps. On a vu 1& un abus étrange des
causes finales et une hypothèse tout a fait
erronée, contraire à l'expérience, au sens
commun et à la raison.
Les cartésiens ont émis une autre opinion :
ils refusent toute activité aux substances
corporelles. Malebranche n*y voit que des
causes efficientes, qui sont seulement les
rauses occasionnelles des volontés particu-
lières par lesquelles Dieu opère tout dans
Id monde. Cette hvpothèse , aussi contraire
qpie la précédente a l'expérience et au sens
commun, qui nous disent que nous agis-'
sons sur les corps, que les corps agis-
sent sur le nôtre et sur nous et les uns
sur les autres, cette hypothèse, disons-nous,
conduit à faire regarder les substances com-
me de simples phénomènes de la cause qui
produit tout en elles et qui les produit elle»-
mêmes de nouveau à chaque instant ; en un
mot, elle conduit directement au spino-
sisme. Descartes fait de l'étendue le seul 4it-
tribut de la matière; Leibnitz, au contraire,
supprime l'étendue et réduit tout à une force
interne dont nous ne pouvons trouver dans
les substances corporelles aucun indice , et
qui est inconciliable avec l'étendue.
Cn illustre mathématicien de nos jours
a renouvelé l'hypothèse cartésienne (H. Cau-
ohy, dans \ts* Comptes rendus des séances
de r Académie des sciences^ 1845). Il refuse
aux corps toute activité, toute causalité. Les
forces physiques sont tout à foit étrangères
à la matière : elles ne sont autre chose que
Dieu même, agissant immédiatement dans
l'étendue d'après certaines lois. C'est la subs-
titution pure et simple de la cause première
aux causes secondes.
Enfin , il est sur cette ouestion un troi-
sième sentiment : c*est celui qui considère
les substances comme douées d'activitéf
mais d'activité externe. Suivant cette opi-
nion, il ne peut exister de substances essen-
tiellement passives, car ce seraient des subs-
tances sans loi, toute loi étant une loi d'ac-
tivité; des substances sans facultés régies
par des lois, par conséquent sans attribut ;
car tout attribut implique l'activité , est une
condition générale qui détermine les modes
d'activité oont une substance est capable.
Que serait-ce , par exemple, que la sim-
plicité? Ce serait la simplicité de rien, si ce
n'était pas la simplicité d'une force indirisi-
ble ; l'indivisibilité du néant n'est pas la
simplicité : car le néant n'est ni simple ci
multiple : il est le néant et rien de plus.
Que serait-ce que l'étendue d'une substance
inactive? Ce serait une étendue purement
idéale, l'étendue de rien ou Fétenaue d'une
chose quelconque, indéterminée, que l'es-
prit conçoit , mais qui n'appartient a aucun
corps réel.
L'étendue n*est réelle que par la puissance
résistante, par l'impénétrabilité, qui est une
force limitée à un certain espace , mais \n*
yincible dans ces limites, llne substance
inactive serait l'abstrait purt ou plutôt le
néant. L'esprit ne pourrait concevoir en
elle aucune manière d'être; car qui dit ma-
nière d*étre dit existence réelle et nersis-
tante, et cette existence est impossible sans
attributs et sans facultés. Il ne pourrait se
manifester en elle aucun phénomène; car uip
phénomène est un changement dans les mat>
nières d'être, et puisqu'elle ne pourrait eu
avoir, elle ne pourrait en changer. Des phé-
nomènes dans une pareille substance seraient
sans support, sans sujet véritable ; ce serait
une idée purement abstraite, uu plutAt,
(<S58) Voy. rarl.N£BCLCi;SE8.
SI9
KAP
DICTIONNAIRE D£ COSMOGONIE
LAP
W
comme nous lavons démontré , il n'y aurait
pas de phénomènes possibles, tout phéno-
mène supposant nécessairement Tactivilé
de la puissance qui en est le sujet.
La passivité est subordonnée à Pactivité,
et la suppose évidemment. Car pour qu'il y
ait un phénomène passif, il faut qu'il y
ait une substance agissant sur une autre; et
pour que celle-ci soit passive, il faut qu'elle
ait une force capable de recevoir uneimpres-
sion ; car rien n'éprouve rien. 11 faut qu'elle
réagisse ; ainsi, un atome , mis en mouve-
ment par une impulsion, possède une force
motrice égale h celle que l'impulsion lui a
appliquée, car ici la réaction est égale à Fac-
tion. Telle est la loi des corps en ce qui con7
cerne la force impulsive.
Comment dans une substance inactive la
passivité pourratl-elle déterminer un phé-
nomène? Pourquoi tel phénomène plutôt
que tel autre , puisqu'une telle substance
n'aurait aucune faculté propre, et par con-
séquent point de loi? Ne voit-on pas que lo
phénomène passif d'une substance , c est le
phénomène actif d'une autre substance en
rapport avec la première; que c*est pour
celle-ci une excitation et rien de plus? Mais
une excitation, bien qu'elle ait son principe
dans l'activité d'une substance, et qu'elle
existe comme acte de cette substance, n'exis-
terait pas à titre de phénomène passif pour
une autre substance en qui elle n'exciterait
aucun phéiiomène d'activité. Un phénomène
passif n'existe donc, h ce titre, dans une
substance, qu'autant qu'il produit une réac-
tion dans cette substance. Et ce qui le dé-
montre, c'est qu'un phénomène identique
en lui-même et dans l'être qui le produit,
excite des réactions toutes différentes, sui-
vant les substances auxquelles il s*appHque
comme phénomène passif. Or, si la subs-
tance qui protluit ce phénomène identique
était seule la cause des phénomènes qui en
résultent dans d'autres substances, ces phé-
nomènes devraient être tous semblables en-
tre eux, quelle que fût la nature de ces
.substances, dont lo rôle serait purement
passif. Mais il n'en est pas ainsi ; tout ce
qu'il y a de semblable^ c'est Pexcitalion ; ce
qui diffère, c'est la réaction. La raison en
est que celle-ci est produite par l'activité de
rubstances difl'érentes, régies par différentes
lois, en vertu desquelles telle substance
réagit de telle manière à propos de telle ex-
ntalion donnée. Il y a donc action réelle des
substances les unes sur les autres et réaction
de ces substances (639).
Outre la substance infinie, cause première
et absolue, qui se fait éternellement elle-
même tout ce qu'elle est nécessairement
et qu'elle peut être , et en qui par consé-
quent toute succession de phénomènes est
impossible, il y a deux ordres de substances,
comprenant toutes les causes secondes : ce
sont lés substances simples et les substan-
ces étendues. L'activité des premières est
interne et externe à la fois ; elle est varia-
ble, successive et progressive ; nous n'avoni
pas à nous en occuper ici. L'activité des
substances étendues est purement externe;
elle est immuable en elle-même, variabla
seulement dans ses effets, suivant les subs*
tances extérieures et les objets auxquels elle
s'applique. Les phénomènes de cette activité
externe, régis parles lois immuables qui
les déterminent toujours infailliblement ds
la même manière , dans les mêmes circons-
tances, résultent en partie de l'activité, tou-
jours involontaire, de ce* substances, en
partie de l'action exercée sur elles par le^
substances qui se trouvent en rapport avec
elles. Si les phénomènes de l'activité externe
d^un même agrégat de ces substances ne sont
pas toujours les mêmes dans les mêmes cir-
coristanccs, c*cst que la nature et les pro-
priétés de Tagrégat changent suivant sa
constitution intime, bien que les substances
qui le constituent , c'est-à-dire les atom?t
premiers, ne changent ni de nature ni (t
propriétés.
Le caractère essentiel de la substance éten-
due, en tant que force, c'est que l'activité do
chacune de ses parties constitutives se borne
à un effort externe de son mouveajent d'ac-
tion et de réaction auquel elle ne peut rien
changer par elle-même. Résister au change-
ment de mouvement et au passage du refos
au mouvement ou du mouvement au repos,
détruire dans le moteur, par cette résistance,
une partie de la quantité de mouvcnieni
égale h celle qu'il produit dans le mobile,
recevoir ainsi le mouvement et le commu-
niquer suivant les lois invariables; enfin,
sans se mouvoir soi-même, tendre d'une
manière uniforme h mouvoir les autres
corps, de sorte que cette' faculté toujours en
exercice produise invariablement son effet
sur tout corps étranger auquel elle peut
s'appliquer, c'est là de 1 activité externe, et ce
qu on ne peut refuser à la substance étendue
A présent, si nous considérons le phéno-
mène universel de l'attraction , nous trou-
vons que le mouvement est produit par une
force qui n*appartient pas à la substance en
tant qu'elle se meut, mais en tant qu'elle at-
tire une autre substance. En effet, s'il n'j
avait aucune action exercée par le con^s at-
tirant sur le corps attiré , comment le corps
attiré, même en lui supposant l'intelligence,
proportionnerait-il l'intensité de son mou-
vement à la masse du corps vers lequel il se
précipite ? Le corps attirant doit nécessaire-
ment être, soit la cause efficiente, soit !«
cause finale de ce mouvements Mais une
cause finale n'agit qu'autant qu'elle est con-
nue, ou, pour mieux dire, ce n'est pas elle
qui agit, mais elle est le motif par lequel un
être intelligent se détermine à agir. Or, pour
que chaciue particule du corps attirant tût
connue de cnaque particule du corps attire»
il faudrait toujours l'action à distance; u
faudrait de plus, dans chaque particule de
matière, non-seulement une âme intellig^înle
analogue aux monades de Lcibnitz, maii
(65Q} Voy. H, Martin. Phil. de la na/., 1. 1", p. 217, etc.
ttl
LAP
ET DE PALEONTOLOGIE.
LAP
8tt
des organes do sensation, pour i»e mettre en
reUlioD avec les particule» attirantes. Qui
ne voit la fausseté de ces deux dernières hy-
pothèses et leur inutilité , puiscj^u^elles ont
clles-mènies besoin de la première hypo-
thèse à laquelle oo voudrait les substituer?
La première seule est vraie. Dans Tattrac-
tion réciproque de deux corps, chaque par*
ticule de l'un agit comme force motrice sur
€lia.|tte particule de Tautre avec une éner-
gie constante, dont Teffetest en raison in-
verse du carré de la dislance. (H. l^Iarlin.)
« Mais, objecte-t-on,raction à distance est
inconcevable : un corps ne peut agir là où i!
n'est pas« m
Si ce prétendu axiome était vrai dans le
seus qu'on lui prête, il faudrait nier la com-
munication du mouvement par le contact
En effet, 1 atome moteur n*est en aucun ins-
tant dans aucune partie du lieu occupé en
ce même instant pir l'atome oui reçoit l'im*
pulsion. Donc, en a^ssant oans ce dernier
* atome, le premier agit là où il n'est pas lui-
raèrne. D'ailleurs, qu'est-ce que la présence ?
Ne peut-on pas dire qu'une force est en (]uel*
que façon présente partout où elle agit di*
reclement« et qu'en un certain sens, la pré-
sence d'un coi^ s'étend aussi loin oue S9i
puissance motrice immédiate? La présence
d'action d*un eorps est liée à la présence cor-
porelle; car la puissance d'impulsion et de
résistance ne peut s'exercer qu'aux limites
mêmes du lieu actuel du corps, et la puis-
sance attractive, proportionnelle au produit
des masses, c'est-à-oire an produit des som-
mes des étendues réelles dont se compose le
corps attirant et le corps attiré est en raiscm
inverse du carré de la distance qui sépare
les centrée de gravité de ces deux corps.
On a imaginé (Clark, Euier, d'Alembert,
Cudworth) un médiateur invisible, intangi-
ble, à Taide duquel l'attraction se réduirait
à une eommunication de mouvement par le
contact, hypothèse qui ramènerait a une
simple impulsion l'action à distance. En sup-
primant ainsi toute source naturelle et per-
manente de ouissance motrice, on est obligé
de recourir à une série d'interventions spé-
ciales de la Divinité pour rétablir le mouve-
ment toujours près de se perdre dans l'uni-
vers où tant d'impulsions contraires se dé-
truisent sans cesse : hypothèse non-seule-
ment inutile et gratuite, mais fausse et pleine
d'évidentes contradictions. Elle a été I écueil
où est venu é(-houer le génie de Leibnitz et
de Deseartes.
Les spéculations cosmogoniques sont des
questions compliquées d autres questions
qui aboutissent pour la plupart à des difli-
cultés insolubles, à des contradictions ou à
des impossibilités. L'attraction, qui joue un
^i grand rAle dans toutes ces hautes théories
sur la formation des mondes, nous a conduits
à examiner les hypothèses présentées sur la
nature et l'origine des forces qui se manifes-
tent dans les substances matérielles. Nous
av4ins vu que les plus profonds penseurs sont
partagés sur ce point L'opinion de Leibnitz
et celle de Descartes et de son école noui»
ont paru insoutenables, malgré l'autorité da
si grands noms, et nous avons incliné à re-
connaître dans la matière une activité ex-
terne, un effort externe d'action et de réac-
tion auquel elle ne peut rien changer elle«-
même. rîons admettons que toute substance
est inséparable de sa nature propre, et que
cette nature consiste en une certaine activité
réglée par certaines lois, c'est-à-dire en cer-
taines facultés et en certains attributs que
ces facultés supposent. Les effets de cette
activité diffèrent suivant les circonstances ;
mais dans les substances dépourvues de
liberté , des lois immuables établies par le
Créateur déterminent inrariablement le rap-
port entre les circonstances et les réactions
de chaque substance proprement dite.
Aussi, pour définir par exemple une sul»s-
tance chimique, il ne suffirait pas de dire ce
qu'elle était quand on l'a vue ; il faut dire
ce qu'elle devient et ce qu elle opère dans tel-
les et telles circonstances déterminées. Qui
ne sait que les qualités d'un corps à l'état so-
lide ont souvent bien peu de chose decomniun
avec les qualités de ce même corps à l'état
liquide ou gazeux ? Mais ce corps, dans les
mêmes circonstances tant internes qu'exter-
nes, aurti toujours les mêmes propriétés re-
connaissables. C'est ce que n'avaient pas
compris les anciens, qui croyaient que la
nature propre d'une espèce de corps dispa-
raissait sans retour, quand les qualité?, con-
sidérées à tort comme distinctives, venaient
à changer. Ils ont ignoré la persistance il^s
substances déterminées et de leurs proprié-
tés spécifiques dans les chan^i^ements d'état
et dans les combinaisons chimiques : et c'est
là une des raisons pour lesquelles ils n'ont
jamais eu de chimie proprement dite, de
chimie scientifique.
Mais revenons à l'attraction.
C'est à l'étude de cette force qui régit
l'univers que nous en sommes restes. Nous
avons repoussé rhypoUièse d'un médiateur
invisible et intangible, au moyen duquel
on prétend réduire l'attraction à une com-
munication de mouvement par le contact.
Nous ne voyons qu'un système insoute-
nable et plein de contradictions dans l'o-
pinion de Leibnitz, qui attribue la pe-
santeur et l'attraction universelle à la pres-
sion de l'élher, et dans celle de Deseartes,
qui veut l'expliquer par ses tourbillons.
Des hypothèses plus récentes ne nous sem-
blent pas plus heureuses. Ainsi, M. Gruyer
(640) suppose que l'espace est rempli d'ato-
mes d'une matière subtile, que ces atomes
se meuvent en ligne droite dans toutes les
directions, avec une vitesse infinie, qui com-
pense l'extrême petitesse de leur masse,
i>t qu'ils choquent avec une fréquence comme
infinie chaque atome de la matière pondéra-
ble. On peut l'arrêter dès le premier pas,
et lui demander d'où viennent «es atomes ei
i6W) Principes 4e phih$&phie phtfêique; Paris, ISI5, p. 407-450.
o3»
LAP
DICTIONNAIRE D£ COSMOGONIE
LAP
n\
où ils vont; quelto cause détermine la dirce*
tion de. chacun d*eui, quelle cause fait qu'il y
en a tout juste autant à se mouvoir dans une
direction que dans une autre? M. Gruyer lui-
infime comprend qu'il faut que les vitesses
et les directions de ces atomes, qui se croi-
sent sans cesse en tous les points de Tuni-
vers, restent toujours les mêmes. Ainsi il
établît, de sa pleine autorité, un principe
nouveau de mécanique, en vertu duquel
tout atome de matière subtile, choquant un
autre atome semblable, mais immobile, im-
primerait à celui-ci une vitesse é^ale à celle
qu'il avait lui-même et qu'il perdrait tout
entière, et» par conséqruent, deux atomes qui
se choqueraient en allant également vite en
sens directement contraire, se substitue^
raient chacun au mouvement de l'autre, mé-
canique évidem^ment en contradiction avec
la mécanique générale, pour ce qui oon-
cerae les lois de la communication du mou-
vement. Combien d'autres arguments que
nous omettons et qu'on pourrait opposer à
cette hypothèse I
£nfin oa a voulu considérer l'attraction
comme un résultat de la répulsion (6U), et
celle-ci comme la seule force primitive qui
s'exerce à distance. On prétend expliquer
les attractions mutueUes dedeux corps pondé-
rables par les répulsions inégales que Véther
exercerait .sur eux, do même que deux corps
flottants non mouillés semblent s'attirer :
hypothèse gratuite, inutile, inconcevable.
En effet, si entre les molécules de l'éther et
celles do la matière pondérable il y a répul-
sion ; s'il y a répulsion entre les molécules
mêmes de Téther, et s'il n'y a nulle part at-
traction réelle, la matière pondérable et l'é-
ther même doivent se dissiper dans l'espace,
à moins toutefois que l'éther où nage la ma-
tière pondérable ne soit renfermé en vase
clos. Cest s'obstiner à vouloir expliquer le
connu par l'inconnu. SI la répulsion est
réelle, pourquoi l'attraction universelle, dont
les lois sont mieux connues et si simples,
ne le serait-elle pas? Au fond, que gagne-
rait-on à substituer la répulsion universelle
à l'attraction universelle? 11 en résulterait
tout simplement que la répulsion serait, de
même que Taltraclion, une force de la ma-
tière agissant à distance.
laissons là ces vaines hypothèses, qui
créent des difllcultés inextricables, pour
éviter une difficulté imaginaire, et recon-
naissons que l'attraction est une cause, non
un simple résultat; que c'est une force pro-
prement dite, une puissance motrice appar-
tenant à la substance étendue et pondérable,
ayant Dieu pour principe nécessaire, comme
l'existence même des corps ou celle de l'or-
dre du monde, en un mot comme l'existence
de toutes les choses dont la non*texistence
n'implique point contradiction.
Quant à la répulsion, cette force antago-
niste de l'attraction, elle n'a point donné
lieu à de si grands déttats. Pourtant il s'est
trouvé un contradicteur dont nous dironf
un mot : c'est M. Lamennais.
Ya-i'il des forces répulsitesf sedeman-îe-
t-il. Ce serait certes quelque chose tétrangt'
ment mystérieux que ces forces opposéttà
la f finit/ comme à t attraction^ et qui h com-
battraient sans cesse: que des forces qui ttn-
draient directement à la séparation d$t élé-
ments de tout ce qui est^ à la dissolution Je
funivers^ Supposez que leur action^ plu» puis-
sante que les résistances qu'elle rencontre^ eût
atteint f libre de tout obstacle^ son termt dtr-
nier^ que resterait-il^ que subsisterait-il? Dn
composés^ dissous jusque dans leurs demitm
particules concevables ; Vidée même de corpi
disparaîtrait; tout s^évanauirait dans la nuil
de l'espace vide (W2)... C'est très-possible,
mais fiourquoi supposez-vous? Avec des
suppositions, on va où l'on veut. Faites ici
la supposition contraire, vous arriverez i
une autre contradiction avec les faits. Tous
méconnaissez la première loi de Tunims,
celle de la pondération des pouvoirs delà
nature ; vous paraissez oublier que tout «
balance et s'équilibre dans Tœuvre du Créa-
teur, dans les forces et dans les agents^oDl
il a fait dépendre la conservation et l%ar«
monie du monde : Omnia in menswra et nu^
mero et pondère disposuit.
Pour M. Lamennais, le calorique, regaidé
par tous les physiciens comme l'agent, sinoa
unioue, du moins princi{)al, de la répulsion,
est te fluide de la tie: la dilatation dans les
corps est un phénomène vital.
Avec ce mot de vte , de vie universelle^ ap-
pliqué même à des êtres qui ne sont pasri-
vantSf on croit avoir dit quelque chose, od
croit même avoir tout dit. En voyant la fai-
blesse des arguments de M. LameoDaii
contre la loi de la répulsion, on comprend
que le célèbre écrivain n'ait guère pins de
chance de succès dans ses attaques contre
les principes de la physique, que dans ses
tristes agressions contre de hautes et saintes
doctrines, dont les divins rayons ne cou-
ronnent plus son génie. Telum imbàlt «i^*
Quoi qu'il en soit des négations de M. I>
mennais, la répulsion est universellemeol
admise comme la cause des dilatations et d^
changements d'état des substances maté-
rielles, et sans cette force, en effet, toutes
les ondulations, par exemple celles du cajo-
rique, de la lumière et du son , seraient lœ*
Sossibles, ainsi que l'a démontré M. hm^-
fous croyons donc qu'en bonne physique
comme en saine philosophie, il faut «anael-
tre et l'attraction et la répulsion, ces deoi
modes particuliers de la force générale pr
laquelle la matière agit à distance , a «»«
manière continue, suivant des lois iovana*
blés fixées par le Créateur,
Après cette diçression^ dont riacunaurt
saisi le rapport immédiat avec le sujet qui
nous occupe, nous allons rentrer dans i ei«*
mcn de la théorie cosmogonique do Lap»^
(641) M. DE Saint-Venant (Mémoire sur la ques-
iK/aar savoir s'il curiste des masses continuée; Paris,
{U^)Ksquisse dune phUosophie^ LîS, p. 1»«
Sis
LAP
ET DE PALEONTOLOGIE.
LAP
826
Le point de dé|Mirt de la théorie est la
supposition d*nne immense sphère entière-
ment sazense à une température eitrème-
ment éJeTée...
On voit d^à tout ce qu'il y a d'arbitraire
dans ce poiot de départ. Pourquoi, en effet,
ne remonte-t-on pas plus haut que la sphère
pazeuse incandescente? La science et la phi-
losophie, quand il s'agit de l'origine des
choses^ permettent-elles de supposer que
c'est là l'état vraiment primitif de la matière?
fTantorisent-elles pas au contraire à admet-
tre que la matière a pu |;a$ser par plusieurs
autres états antérieurs avant d'arriver à celui
de gaz, puisque dans les gaz les atomes sont
déjà groupés en mo1<fcules? Pourc^uoi toute
la matière n'aurait-elle pas été primitivement
à l'état d'atomes chimiques, ou même d ato-
mes premiers, suivant la distinction de cer-
tains théoriciens? Pourquoi même ne pous-
serait-on pas cette division jusqu'à l'atome
du fluide universel, de VéiherY Et au delà
encore, qui peut dire, gui peut ima^ncr ce
qu'ont pu être la matière et tes lois gui la
régissent? Qui nous déroulera la série de
toutes les transformations de la matière et le
^'eo de tous ses éléments, obéissant à toutes
es nécessités, à toutes les puissances et les
énergies de leur nature, dans les différentes
B hases de leur existence, sous la main de
lieu qui les modifiait et les dirigeait vers
le çrand but de Tordre et de l'harmonie,
qui devaient un jour témoigner si magnifi-
Suement de sa puissance, de sa sagesse et
e sa tH>nté?
Mais puisque dans le champ infini des hy-
pothèses, on s*est arrêté à celle d'une im-
mense sphère de gaz à l'état d'incandes-
cence, acceptons-la et constatons si elle peut
se concilier avec les exigences et les princi-
pes reconnus de la science.
Laplace donne à cet immense amas de gaz
la forme d'une iphêre. Il emprunte cette
forme aux néouleuses, qui ont jeté tant d'il-
lusions dans la tête de tous les cosmo.^onis-
tes depuis HerschHl. Mais aujourd'hui que
ces fantastiques nébuleuses se sont éva-
nouies du ciel pour faire place à des soleils
luirfaits et non embryonaires, toutes ces
analogies qu'on a voulu établir entre elles et
l'état primitif des choses ont disparu avec
elles.
Quelle loi maintenait cet immense amas
de ^z dans la forme sphérique? L'attraction?
Mais la répulsion ne devait-elle pas être pré-
i'OnJéraote et l'emporter dans cette matière
^azeuze, incandescente, puisque c*est encore
^•ujourd*hui la condition pour tous les gaz
soumis à nos expériences? Il semble donc
que ce n'est pas une allumera tion sphéri-
f^ne, mais une dispersion infinie de la ma-
t'.ère gazeuse dans l'espace , qui devait être
la conséquence d'un pareil état de choses.
L'attraction qui constitue la cohésion étant
insensible dans les corps à l'état gazeux,
ïious sommes en droit de conclure Qu'elle
était nulle Jans la masse élémentaire aont il
s'agit. Y avait-il l'attraction atomigne appe- *
lée affinité? Pour que ce mode d action de
l'attraction puisse s exercer, plusieurs condi-
tions sont nécessaires : il ne suffit pas que
la matière soit gazéifiée, il faut déplus, pour
qu'il y ait combinaison, qu'il y ait pression
et par conséquent résistance. D'où est venue
cette pression? Qui est-ce qui a produit cette
résistance dans une matière élémentaire foi^
mée de gaz essentiellement élastiques, in-
candescents et soumis à une expansion in-
définie en tous sens? Evidemment il n'y
avait pas de pression, et par conséquent pas
de combinaison possible. Ainsi, on ne voit
pas qu'il pût y avoir place pour aucune des
espèces connues d'attraction. Nous venons
de voir que dans une immense sphère de
matière nébulaire ou gazéiforme à l'état
d'incandescence, comme celle que Laplace a
supposée, il n'y avait place pour aucune des
espèces connues d'attraction. Nous pourrions
tittenclre que l'illustre géomètre ait assigné,
en de hors du Créateur, une origine accep-
table de cette grande loi du monde physique.
En attendant qu'on la découvre, nous la
supposerons trouvée, et nous allons voir où
elle peut nous cooduire.
D'abord, où la placerons - nous ? Sans
doute au centre de I immense masse globu-
laire. Mais alors les éléments de la nébu-
leuse, à mesure qu'ils se solidifieront par le
refroidissement, iront se précipiter vers le
centre qui les attire, et nous n'aurons ainsi
qu'un globe solide énorme au lieu d'un
système de globes. Comment préviendrons-
nous ce grave inconvénient? Par le mouve-
ment de rotation qui déterminera l'action de
la force centrifuge, antagoniste de l'attrac-
tion, ainsi que le prétendent les iiartisans de
la théorie astronomiitv-chimique. Soit 1 Mais
d'où naît un pareil mouvement dans la né-
buleuse? Ici encore se présentent de nou-
velles et inextricables difficultés.
Eu effet, comment mettre en mouvement
sur elle-même cette immense sphère de va-*
peurs, dont l'énorme expansion devait em-
brasser au moins l'énorme sphère de Nep-
tune ? Parmi les lois de la physique ou de
la mécanique, en connalt-on une seule d'où
l'on puisse déduire l'origine du mouvemen »de
rotation ? Laplacen'en connaît aucune. Cepen
dant « cette masse, dit M. Henri Martin,
ne pouvait avoir un mouvement naturel de
rotation ; car, pour produire un tel mouve-
ment dans une sphère entièrement çazeuze,
il faudrait produire sé{)arément, suivant ui\
même axe, des révolutions de même durée
pour toutes les couches concentriques dont
elle se compose, en appliquant à ces couches
des forces centrales et des forces tapgepr
tielles différentes, suivant le rayon de cha-^
que couche. Or il est impossible de conce*i
voir une cause physique qui donne ce ré-«
sultat (643). »
Nous avons admis l'attraction, guoiqu'op
ne donnât aucune raison de son origine dans
l'hypothèse de Laplace. Admettons de même
i^5} PkUm^hietpiriî. delà nature^ C. Il, p. 196.
iS7
LAP
D.CTIONNAIRË 4)£ COSMOGONIE
LAP
m
j8 mouTeroent gyraioire et procédons à la
formation de notre système planétaire.
La nébuleuse tourna sur elle-même. A
mesure qu^elIc se refroidit, des masses s*en
détachent par Teffet de la force centrifuge*
Voici d'abord la planète Leverrier ou c[uei«
que autre planète inconnue plus éloignée
encore, qui se détache de la première^ cou-
che équatoriale condensée de l'atmosphère
solaire.
Cette couche équatoriale, on le suppose ,
Î>ossède une force centrifuge suffisante pour
iaire équilibre à Tattraction centrale, et par
conséquent elle peut se soutenir indépen-
dMument de la force d'expansion des cou-
ches antérieures concentriques, sur les-
quelles dès lors elle a cessé de peser, Figu-
re^YOus donc un anneau qui, pour Neptune,
par exemple, avait au moins deux mille
quatre cent millions de lieues de diamètre.
£h bien I c'est avec cet anneau prodigieux
qu'il faut faire une planète, un globe. Cher-
chez à vous rendre compte de la manière
dont le phénomène a dû s'opérer; comment
les éléments de Tanneau qui se trouyaient
à deux mille quatre cent millions de lieues,
sont venus trouver ceux qui étaient placés à
l'autre extrémité du diamètre. Vous répéte-
rez ladite opération autant de fois que vous
aurez de planètes à former. Puis, quand vous
aurez ainsi obtenu toutes les planètes, ne
croyez pas que votre construction est ache-
vée. Que votre monde est bàtif que tous les
problèmes cosmogoniques sont résolus. 11
vous faudra encore, premièrement, répéter
la même opération pour obtenir chaque sa-
tellite. Oui, les planètes une fois formées
et tournant sur elles-mêmes , on ne sait
pourquoi, émettront à leur tour, et à l'instar
de la masse primitive d'où elles sont sorties,
f)lus ou moins d'anneaux qui deviendront
eurs satellites.
^ Vous aurez, secondement, à expliquer
l'origine de la force tangentielle, dont La*
place ne s'occupe iias, trouvant plus com-
mode, sans doute, de prendre comme un
fait les mouvements elliptiques des planètes.
Cependant, sans impulsion primitive, ce
mouvement elliprique des planètes, quand
même on le supposerait éternel, n'en serait
\ias moins un effet sans cause (iii^k).
Ce n'est pas tout. Puisque Tattraction agit
en raison directe des masses, la sphère so-
laire , perdant de sa masse chaaue fois
qu'une couche équatoriale s'en détachait
pour former une planète, a dû faire varier
le mouvement de la première planète déla-
chée autant de fois que celte opération s'est
renouvelée, c'est-à-dire au moins dix à douze
fois. Ainsi pour Uranus, par exemple, l'at-
traction ne serait aujourd'hui que le dixième
de ce qu'elle était à l'origine, et il en aurait
(644) La foc3 fan^enliclle d'une planète est civile
qui la porte à suivre une laiigenle à son orbile. Cette
forceesldiie à Fimpulsion primitive par laquelle
cette plancte^a été lancée dans Tespace, impulsion
3ui, pour aucune des planètes, n'a passé par le centre
c gravite. Le c;;rccau qui roule sous les coups de
baguette de Tcnfant se meut en vertu de la force
été de môme proporlionneUement po«r too-
tes les autres planètes. Chaque m(xnficatio&
dans le mouvemeal d'une planète a dûeo
déterminer une autre dans sa forme, et p^r
suite amener une série de variations profon-
des dans tout l'ensemble des phénomène)
qui se rapportaient à e«tte planète.
On fait sortir les satellites de la masse des
planètes : ils devraient donc participer i la
nature de la masse d'où ils tirent leur ori-
gine ; cependant la lune, par exemple, e'a
pas d'atmosphère, tandis que la terre eo i |
une. D'où vient encore que, parmi ces ph-
nètes, il en est qui n'ont pas de satellites on
qui n'en ont qu'un, tandis que d*aiitres en
ont jusqu'à sii, sept, etc.? Enfin, commem
expliquer l'origine des comètes? Lesferi4
on venir, comme les planètes, de la mm
gazeuse principale? Pourquoi alors ne sont-
elles pas soumises aux mêmes lois de foriM
et de révolution...?
Combien d'objections nouvelles ne pour-
rions*nous pas soulever contre celle auda-
cieuse et vaine hypothèse I Mais c'est assei.
Terminpns par une réflexion d'un Hm\
illustre qui a passé sa vie dans les pliu
hautes contemplations de la nature et u
ses lois :
Le monde dee formations céUttes âoitèn
accepté comme un fait^ comme une ionmn
tutelle qui se dérobe aux spéculutionsit
Vesprii par l'absence de tout enchatnmm
visible de cause à (ffet. En d'autrn /rrniu,
les rapports de grandeur absolue et àt poii*
tion relative des axes^ les relations (fui txik
tent dans le système planétaire entre k$ d»
sitéSj les durées de rotation et les excenim
tés^ ne nous paraissent pas autrement nérft^
saires dans la nature aue la diitrihuiin
rebuive dts axes^ les relations qyÀ ei\t\n\
dans les contours de ses continents onkkiii
teur de ses chaînes de montagnes ; poitU dth
générale qu'on puisse établir. Sous ces dirm
rapports^ dans les deux ou dans les inéçalità
des couches terrestres, ce sont autant ûtjcii*
naturels produits par le C4^nflit de forcet ffw^
tiples qui ont agi autrefois dans de$ rondc
tions tout à fait inconnues (645).
Ainsi donc, dans cet ordre de baut«
spéculations, on sent h chaque pas la n^
silé de recourir à une intelligence qiù >
conçu et exécuté un plan d'ordre et d'ba-
nionie, d'invoquer la volontéd'un législalear
qui a imposé dos lois à la matière pav
1 exécution de ses conceptions et pour «
conservation de son œuvre à mesure qo'^!^^
se développait. Mais quelles étaient ces loti.
Oui peut le dire? 11 est probable qu*
écha})peront toujours aux invesligalionsd^
la science, et que « celui qui a étend» le»
cieux et donné la loi à toute leur arine«
{Isa:, XLV, 12)^ s'en est réservé le secfel.
tnnjji'nlîolle. Si le coup de baguctle ëfaîl frappé >H«
le diaméln», le cerwaii potin ait éîre projHeen!>^
droite, tiiuis il ne (ournei'ait pas sur lui-iM«w- ^*
a ralcuié que Tiin pulsion pour la terre a an pA^
par un point situe à neuf lieues envirou tk- tw
centre.
{i}Vô) De Hlmbolj>t, Cosmos, 1. 1'% p. IW.
8«
LEC
ET DE PALEONTOLOGIE.
LEP
ts»
« Car mes pensées ne sont pas tos i>ensées,
et mes roies ne sont pas fos Toies, dit
TEternel ; autant les cienx sont élevés au-
dessus de la terre, autant mes-yoies sont au-
dessus de TOS voies et mes pensées au-dessus
de TOS pensées. » (Jiaie, lt, 8, 9.)
LAPLACE, ses idées nir la constiiution du
ioleil réhuées par M. Godefroy. — Voy. Sa-
LEiL.^ — Son hypothèse sur la formation des
les et débais avec M. Godefroy. — Voy.
Planâtes.
LECOUTURIER (Hehbi). — Ce citoyen so-
cialiste est auteur d'un livre intitulé : La
Cosmosophie ou le socialisme universel. Paris,
IKSO. C est un ouvrage aussi impie qu'i-
nepte. Nous n avons pas l'intention d*en
donner une analyse, mais nous en transcri-
rons le chapitre li, intitulé La Mythologie
de la Genèse; cela suffira pour faire apprécier
cette conception extravagante.
« Des temps historiques. — Les temps bis-
toriques datent pour nous de Moïse. —Ce
n*est pas qu*on doive regarder comme arti-
cle de foi tous les récits de cet historien.
< 11 est le premier écrivain dont les livres
nous soient parvenus ; quand il parle de ce
qu'il a fait, de ce qu'il a vu, de ce qui s*est
passé dans une époque et dans des contrées
peu éloignées de lui, il mérite quelque
créance, abstraction faite du merveilleux
dont il s'est environné dans le but évident
defirapper l'imagination d'un peuple crédule,
grossier et sensuel, dont il voulait être le
législateur.
« Mais oij^and Moïse, se disant inspiré,
prétend s'élancer au delà des limites de la
nature humaine et remonter, par la tradi-
tion, le cours des temps, depuis son époque
jusqu'à la venue de Tbomme sur la terre, il
fait du roman ; c'était son droit; mais don-
ner ce roman pour de l'histoire, c'est de la
mauvaise foi.
« Si nous ne connaissons rien de positif
au delà des temps décrits par Moïse, ce n'est
yas une raison pour faire commencer là
iliistoire de Thumanité, ainsi que cela s'est
fSul pendant près de quarante s^les d'igno-
rance.
< Adam est-il le premier homme? — Si*
comme nous l'avons établi, le premier
homme est né dans les climats polaires, et
si, comme Moïse le rapporte, Adam est né
vers le Ti^re et TEuporalc, il est évident
qu'Adam n est pas le premier homme, parce
que dans le principe la tero|>érature ix>Iaire
a pu seule être supportable à fbomme ; il a
fallu un immense refroidissement du ^obe
et par conséquent des milliers de siècles
avant que l'abaissement de la température
ait permis à l'homme de vivre dans des ré-
gions qui sont pour nous aujourd'hui les
régions torrides.
« En mesurant la distance du passé au
présent, on peut mesurer celle du présent à
l'avenir. — Partant de ce principe, on peut
dire qu'il s'était écoulé une infinité de siè-
cles depuis faction de l'esprit sur la matière
jusqu'à la formation du premier corps orga-
nisé; il ne s*en était pas écoulé moins de-
puis l'organisation du premier végétal et du
firemier animal jusqu'à la naissance de
'homme ; il doit s'en être écoulé tout au-
tant depuis l'apparition de la rat-e humaine
vers les pôles jusqu'à sa venue vers les ré-
gions de l'équateur.
^ Par conséquent, il est de foute impossi-
bilité qu'il n'y ait que 6,000 ans qui nous
séparent du premier nomme.
c D'un autre côté, îes hommes primitifs,
descendant en ligne directe des animaux,
trahirent longtemps leur origine. — Par
leurs formes matérielles, par leurs appétits,
par leur instinct, ils ressemblèrent beau-
coup plus à leurs ancêtres qu'à l'homme tel
que nous le connaissons aujourd'hui.
€ Les premiers hommes, au lien d'être
des types de beauté, selon le portrait qnu
Moise nous fait d'Adam et d'Eve, furent au
contraire des espèces de brutes, moitié sin-
Ses, moitié hommes, selon le portrait peu
atteur qu'Hérodote nous ^ laissé des Tro-
glodytes.
n Portrait d'Adam et d'Ere. — Adam et
Eve, s'ils ont existé tels qu'on nous les dé-
peint, étaient des civilisés; ils étaient pleine
de raison ; ils avaient l'inteiligence eiercée ;
ils auraient eu le jugement sûr, la cons-
cience inCûllible ; ils auraient toujours su
distinguer le juste de l'injuste, le bien du
mal, sans la funeste pomme qui se trouva
sur leur chemin. — lis respectaient les loi:»
de la décence; ils sont les inventeurs de la
feuille de vigne, une les statuaires leur ont
empruntée. — Us étaient vigoureux etbcaux.
— Ce noble couple non-seulement n'aurait
pas été déplacé dans notre société, mais en-
core il y aurait paru avec avantage.
« Adam et Eve ne sont donc pas les pre-
miers-nés de la race humaine. lis sont très-
rapprochés de nous par le temps, par les
lieux qu'ils habitaient, par leur conforma-
tion et par leurs mœurs. -— 11 y a infiniment
plus de distance du premier homme à Adam
que d'Adam à nous. — Et même, il semble
que la température du glol>e n'ait pas sen-
siblement changé depuis son époque jusqu'à
la nôtre, puisque l'embouchure du Tigre et
de l'Euphrate, sié^e du paradis terrestre,
était déjà très-habitable de son temps, et
que de nos jours c'est encore un des )viys
les plus chauds de la terre. »
Quand on a lu l'ouvrage du citoyen Le-
couturier, on incline assez à croire que
Tauteur est effectivement un de ces hommes
primitifs qui descendent en ligne directe des
animaux. C'est un des meilleurs arguments
en faveur de sa thèse.
LEHMAN. Voy. Géologib.
LEIBNITZ. Voy. GioLOGU. — Son opinion
sur les forces de la matière. — Voy. Lah.ace.
LÉONARD DE VINCI. Voy. Géologib.
LÉPIDODENDRON { de deux mots grecs
qui signifient arbre à écailles ). — Le genre
lépidodendron corop-end plusieurs espèi-es
de plantes fossiles d'une grande taille, qui
abondent dans la formation houillère. Plu-
sieurs particularités de leur structure les ont
ùâ\ couiparer aux conifères ;- mais d*autres
8$i
LEP
Dictionnaire de cosmogonie
LIA
m
circonstances et leur aspect général, moins
Jeur Jurande taille, les font. ressembler beau-
coup aux lycopodiacées. Cette tribu ne ren-
ferme pas maintenant 'd'espèces qui attei-
gnent plus de trois pieds en hauteur, et ce
sont pour la plupart des plantes faibles et
rampantes» tandis que leurs représentants
fossiles les plus anciennes paraissent avoir
atteint les dimensions des grands arbres fo-
restiers (646).
Les lycopodiacées de Tépoque actuelle
sont soumises à peu près aux mêmes lois
que les fougères et les equisétacées , sous
le rapport de leur distribution géographi-
que; elles sont plus erandes et plus nom-
breuses dans les localités chaudes et humi-
des situées entre les tropiaues, et surtout
dans les petites tles. Les aiiinités des lépi-
doJendrons avec ces plantes, leur taille et
leur abondance parmi les fossiles de la for-
mation carbonifère, ont conduit les auteurs
qui ont écrit sur les plantes fossiles à cette
conclusion , que ce fut sous Finfluenco
d*uiie grande chaleur, d*une humidité con-
venahle, et U*une position insulaire crue les
végétaux de cette famille atteignirent les di-
incnsioni gigantesques sous lesquelles ils
nous apparaissent dans les dépftts de transi-
tion ; et ce résultat vient à Tappui du résul-
tat tout semblable auquel nous «vous été
conduits par Texamen des calamités, avec
lesquelles on les trouve associés (647).
Suivant MM. Lindley et Htitton , les lépi-
doJendrons constituent, après les calamités,
la classe do fossiles la plus abontante dans la
formation houillère dû nord de l'Angleterre.
Ces végétaux atteignent parfois des dimen-
sions énormes ; on on rencontre des frag-
ments de tiges qui ont depuis vingt jusqu à
quarante-cinq pieds de longueui^; et une
tige comprimée que Ton a rencontrée dans
la houillère de Jarrow mesurait auatre
pieds deux pouces dans son plus grand dia-
mètre. M. Ad. Brogniart éji cite trente-qua-
tre esjsèces dans son catalogue des plantes
fossiles de la formation houilfèrc.
La structure intérieure des lépiJoden-
drons a montré que ces végétaux tenaient le
milieu entre les lycopodiar^ées et les coni-
fères (648) , et les conséquences gue tire
H. ie professeur Lindley, ae la position in-
iermédiaire qu'occupe ce curieux genre
éteint de plantes fossiles , sont en harmonie
(6iG) Diaprés le professeur Lindley, les lycopo-
jliacées actuelles sont inlermédiaires entre les fou-
fàres el les conifères «Pune part, les fougères et les
mousses d*uno autre. Elles se rapprochent des fou-
gères par Tabsence d'un appareil sexuel, et par IV
miJancc des vaisseaux annulairei de leur tige; des
"Conîfêrt^s, par l'aspect des tiges de quelques-unes des
pttis grandes espèces ; des mousses, par leur aspect
j^'énéraL
(047) Les feuilles des lycopodiacées actuelles sont
simples el disposées en spirale autour de la tige; et
rites laissent, sur la suriace de cette dernière, des
cicatrices de forme rbomboïdale ou lancéolée, dans
lesquelles se \oient les empreintes de vaisseaux.
Dans les lépidodendrons fossiles, des cicatrices^
lotîtes semblables, et roniarquahles à la fois par leur
parfaite avec les corollaires que nous avoiis
déduits de Texistence de conditions analo-
giies dans des genres éteints d*animaux fes-
siles. — « Cette découverte est du plus haut
intérêt pour les botanistes ; car elle doDoe
gain de cause à ces esprits sagement systé-
matic{ues, qui soutiennent que Ton peut
ex'pliquer certaines lacunes qui, au seio
de l'état actuel des choses, se font sentir
dans la série graduelle de roreanisaticD,
en lui assignant pour cause 1 extinction
de genres et même d*ordres tout entiers
dont Texistence manquait à Tharmonie que
nous croyons avoir existé dès l'orieine du
monde , dans la structure de toutes les par-
ties du règne végétal. Les lépidodendrons
établissent entre les végétaux à fleurs et
ceux qui n'en ont pa^ une liaison plus
étroite que n'eussent pu le faire les equisé-
tacées, ou les cycadées, ou tout autre genn
Îui nous soit connu, i» (Liicolet et Huttos,
lore fossile , t. Il , p. 53. }
LEPIDOIDES. Voff. Poissons
LIAS SUPERIEUR. Voy. Toarcikx.
LIAS INFERIEUR, Voy. Sinémcru!!
LIASIEN (ETAGE). — Deuxième élace
des terrains jurassiques et le huitième de la
série totale des formations géologiques. Ce
nom est dérivé de celui de /laa donné pri*
mitivement par les Anglais à cet étage.
L'étage liasiensuitabsolument, en France,
la même distribution géogranhique que Té-
tage sinémurien , sur lequel il repose p8r«
tout ; mais , de plus , il se montre sur beau-
coup d'autres points où cet étage manque.
Partout où se trouve l'étage sinémurieo,
l'étage liasien repose en couches concor-
dantes sur lui, et en suit toutes les allu-
res, toutes les dislocations. Lorsque les
couches plongent vers le centre des bas-
sins, il plonge parallèlement; lorsque les
couches sont relevées de diverses maniè-
res , comme dans les Alpes , il a subi les
mêmes relèvements, sans aucune modifi-
cation. On le trouve en couches concor-
dantes, tout autour du plateau central de
la France , sur les deux versants des Vos-
ges , dans les Alpes , le Jura , et autour du
massif de la Bretagne. Partout, en An^le^
terre, la môme superposition existe ainsi
qu*en Allemagne et dans le Wurtemberg. H
n y a aucun doute, dès lors , que cet élago
n*ait succédé régulièrement, sur tous les
grandeur el par leur beauté, se voient disposées
comme des écailles en spirale sur toute la surfs»
des liges. Une division nombreuse de ces cryf^togS'
mes se compose d^espèces arborescentes el dicbo-
tomes, el dont les branches sonl couvertes de sim-
ples feuilles lancéolées.
La forme des écailles varie sur les diflërenupoiiiis
d^une même tige ; ainsi celles qui sont les plus vtM-
aines de la base sonl de forme allongée dand le stdi
vertical.
(G48)' Ycyez h Bulletin annuel delà SociUi pA^f.
de YorAsAire, pour Tanuée S832; les végétens J»
siles, par Wituam, S855, pi. xn el xni, el la Fion
fossile, de MM. Ltolet cl Hcttoji, pi. xctui «
xqrx.
UA
ET DE PALEONTOLOGIE.
LIA
8Ô4
points, à Télage sinémurien, et qu*il ne l*ait
hniri dans Tonlre chronologiqac.
Nous crojons pouvoir évaluer l'épaisseur
des couches de létage comprise depuis les
couches à oslrea arcua/a jusqu'à la Qn de
Voslrea cymAïufii, sur les coteaux voisins de
Semor, à 150 mètres environ.
Caractères paléontohgiques. — Le carac-
tère dominant de la faune , c'est le rapport
d'ensemble qui existe entre l'étage précé-
dent et le suivant , quant aux formes géné-
riques ; car toutes les espèces sont distinc-
tes. Voici pourtant les caractères généraux
que nous donnent toutes les séries animales
comparées.
Caractères négatifs tirés des genres. —
Pour distinguer l'étage liasien de Tépoque
antérieure, nous n'avons aucuns genres
qui , nés antérieurement, meurent dans l'é-
tage sinémurien, sans passer à l'étage lia-
sien ; ce qui prouverait , plus que tout le
reste, ce que nous venons d'avancer; mais
nous avons , pour séparer l'étage liasien de
rétage toarcien qui lui succède, tous les
genres qui manquent encore dans le pre-
mier, et paraissent pour la première fois
dans le second ; c'est-à-dire 18 genres gui
seront les caractères négatifs, pour distin-
guer l'étage de celui qui lui succède régu-
lièrement.
Pour caractères diOërentiels de cet étage
et de l'étage sinémurien, nous avons tous
les genres qui naissent avec l'étage qui nous
occupe et paraissent être inconnus aux épo-
ques antérieures, c'est-à-dire, quarante
^nres pouvant donner des caractères posi-
tifs^ entre l'étage liasien et sinémurien.
Parmi ces senres, ceux qui naissent et
meurent dans l'étage liasien peuvent encore
nous donner des caractères positifs différen-
tiels avec l'étage toarcien, où il^ n'existent
plus, au moins d'apr&s nos connaissances
actuelles. Ces genres sont les suivants :
parmi les poissons, les genres myriacan^
thuM, squatoraya^ cyclarthrus^ astropterus^
rhondrostena 9 saurostomus^ conodus^ am~
blyurus , dapédus ; et parmi les crustacés , le
genre coleia. En tout 10 genres , plus le
Kenre cardinia , né antérieurement , qui s'y
éteint encore. On voit que, malgré les rap-
ports d'ensemble qui unissent cet étage aux
époques supérieures et inférieures , u reste
encore des caractères spéciaux aux genres.
Tandis qu*on voit les caractères minéra-
logiques des couches liasiennes changer sur
les différents points où elles se trouvent ,
les caractères paléontologiques restent in-
variables, et sont partout on ne peut plus
positifs. En effet, quelle que soit, dai'«-
leurs, la composition minéralogique , la
nature a doté cet étage de 301 espèces carac-
téristiques. Excepte le plicatula spinosa^
qui se trouve gueiquefois , mais rarement ,
dans l'étage sinémurien, et le lima thalia
qui se trouve dans l'étage supérieur, toutes
les autres espèces sont caractéristiques de cet
étajge. Nous avons donc 299 espèces pour les
animaux mollusques et rayonnes seule-
ment ; car nous n avons pas compris dans
ce nombre les 65 espèces de plantes, ci
les nombreuses espèces d'animaux vertébrés
et aunelés que nous y pourrions ajouter. On
voit, par ce résumé, que les caractères ti-
rés des espèces sont on ne peut plus posi-
tifs, puisqu*à deux exceptions près toutes
sont spéciales à cet étage. Parmi ces espèces,
il en est néanmoins qui, plus répandues
dans les diverses localités, peuvent montrer,
plus que les espèces rares , l'horizon géolo-
gioue qu'elles constituent.
Chronologie historique. — L'étage précé-
dent a dû finir, comme tous les autres, par
une grande perturbation géologique dont
nous connaissons les résultats positifs. C'est,
en effet , à cet instant que se sont éteints ,
avec les plantes, avec lesanimaux vertébréset
annelés, 173 espèces d'animaux mollusques
et rayonnes. Les traces de ce mouvement
sont, du reste, encore visibles par les grès
à gros grains et les arkoses de la base de
l'étage des Deux-Sèvres et de la Sarthe.
Lorsque le repos est venu remplacer l'agita-
tion , sont nés W genres inconnus jusou'a-
lors, avec 300 espèces d'animanx mollus-
ques et rayonnes, qui, avec toutes les espè-
ces des animaux vertébrés et annotés, et les
plantes, sont les restes connus de la faune
*^i de la flore de cette époque.
Nous ne trouvons en Europe rien de
changé, à la fin de l'étage siuémunen, dans
la circonscription des mers.
Les continents donnés par les corps flot-
tants ont, par la même raison, des limites
identiques à celles de l'étage précédent.
Les mers nourrissaient, plus nombreux
que jamais , d'énormes reptiles sauriens des
genres icbthyosaurus et plesiosaurus, si re-
marquables par leur* taille et par leurs for-
mes, disposes qu'ils sont à vivre constam-
ment dans les eaux. Les uns avaient l'as-
Sect d'un poisson, les aulres étaient munis
'un long cou , et pouvaient , comme les
cygnes, tout en nageant à la surface , saisir
au loin leur proie. Avec les sauriens vi-
vaient les premiers ptérodactyles, autres
reptiles singiuliers , qui, probablement rive-
rains, puisqu'on les trouve dans les couches
marines, avaient la faculté de voler au
moyen de longues ailes ressemblant pour
la forme à celles des chauves-souris. Uu
grand nombre de poissons touiours cuiras-
sés, des nouvelles familles lépidotidées ,
chimœridées et accipensexidées , se dispu-
taient le domaine des mers , avec un grand
nombre de céphalopodes des genres ammo^
nite, nautile et oélemnite; tandis que
les côtes , avec tous les genres qui existaient
dans les mers sinémuriennes, nourrissaient,
de plus, les genres de coquilles plerocfra ,
ditremaria^ inoceramus^ hippopodium; des
astéries, des ophiures et autres échinoder-
ines,. et quelques nouveaux genres de fora*
miniCères. Quelques plantes marines vivaient
encore à cette époque.
Les continents, avec des animaux terres-
tres probablement détruits , tels que des Iih
sectes, peut-être des oiseaux , étaient cou-
verts de nombreux végétaux, principale*
85$
IIAM
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
MAM
«te
ment des fougères , des cicadées et des
conifères, dont Télégant feuillage devait en
animer toutes les parties.
Nous ne pouvons expliquer la fin de Té-
tage liasien que par une commotion géologi-
que dont les traces seraient encore données :
1* par la discordance de stratification; 2" par
la conservation des points littoraux, ce qui
no peut exister sans un affaissement ; 3*" par
les traces de mouvement des eaux au com-
mencement de l'étage suivant ; et enfin 4'
par les limites des faunes qui coïncident
Rarfaitement avec ces éléments d*; vérité,
ous ne doutons pas que ces limites ne
soient données, de plus, par Une grand* per-
turbation géologique qui a eu lieu loin d Eu-
rope, les seuls points sur lesquels nous
connaissions la disposition géologique des
étages.
LIGNITE. Voy. V Introduction.
LIMITES DES FAI]?)ES GKOtOGIQUBS. Voy,
Espèces fossiles
LIMONITES. Voy. Roches fossilifèbbs.
UMDLES. Voy. Trilobitbs
LINDLEY, set opinions sur k$ téfiiom
fossiles. — Voy. Flore fossile.
LISTER. Voy. GéoLOGiE.
LITDITES. — On trouve avec les orlbo-
cératites dans le calcaire de Ttle tfOllanduii
genre de coquilles cloisonnées qui en sont
voisines et que Ton a désignées sous le nom
de lituites. Leur extrémité la plus petite
est contournée en spirale, tandis que Tex-
trémité la plus crande se continue en un
tube droit d'une longueur considérable, par-
tagé par des cloisons qui ont leur face con-
cave en avant et sont traversées par un si-
phon. La grande ressemblance qui existe
entre ces coquilles et celles de la spirale
moderne nous conduit à penser qu'elles ont
dû remplir des fonctions analogues dans lé-
conomie de quelque céphalopode perdu.
LOPHiODON. Voy, Mammifères.
LUMIÈRE ZODIACALE. Voy. Vhkrihutl
Soleil.
LUNE, son rôle dans la création prtmitm.
— Voy. MÊRAT. — Réfléchit-elle (a (umuri
du soleil? — Voy. Chaubard«
m
MACROTHERIUM Voy. Mammifères.
MAISTRE (Comte me), €ité à propos des
mammouths de Sibérie. — Voy. Mammouths.
MAMMIFÈRES. — Comme les animaux
appartenant à cette première classe des ver-
tébrés offrent une charpente solide comme
point d'appui des organes du mouvement,
et un squelette composé d'os et de dents, ces
parties dures se présentent dans les condi-
tions les plus favorables h leur conservation.
Les os sf? trouvent, en effet, complets dans
les couches sédimentaires du globe et dans
les cavernes. On rencontre quelquefois tou-
tes les parties d'un squelette rapprochées
les unes des autres dans la même couche;
ce qui arrive dans les argiles limoneuses
des pampas de Buenos- A jres et de la bande
orientale ; dans les gypses de Montmar-
tre, etc. D'autres fois, et c'est le cas le plus
fréquent, on voit seulement des os isolés
dans les couches, ou des os amoncelés et
p61e-m6le dans les cavernes.
De toutes les parties du squelette des
mammifères, les clents sont, sans contredit,
celles qui résistent le mieux aux agents des-
tructeurs; aussi se trouvent-elles dans un
état parfait de conservation, lors même que
les os sont presque décomposés, ou roulés,
comme dans les raluns de la Touraine.
Un fait exceptionnel très- remarquable est
le fameux squelette de rhinocéros rencontré
en Sibérie, et qui paraissait complètement
conservé au milieu des glaces. 11 était , en
effet, couvert de sa peau ; et Ton voyait, sur
quelques points, des parties considérables
de muscles, de tendons, encore attachés
aux os.
Ou trouve auelauefois les oarlies cornées
des roamvpifère^ encore intactes, telles qo»
les ongles des megalonyx rencontrés dut
les cavernes du Brésil.
Quelques auteurs ont cru reconnaître da
empreintes physiologiques de pas de maoï-
roiières et surtout des pas d'hommes; mai^
il parait certain que ces soi-disant trsces
humaines étaient le produit de Tari. Pocr
les autres traces au sein des couches ancico-
nés , qui ne renferment aucun reste d't^
appartenant aux mammifères , on doit sup-
poser qu'elles étaient les traces de cerlaics
reptiles dépendant d'une classe moins éJerêe.
il parait qu'on a rencontré dans les ca-
vernes à ossements de Lunel-Vieil, province
de Liège (Belgique), des coprolites, ou/ff»
fossiles, qu'on a cru devoir rapporterai^
mammifères.
C& divise généralement les maromifère)/^
deux grandes divisions : les monoAàfi^^
et les didelphiens.
Les premiers, les plus parfaits, sont prie-
cipalement caractérisés par leur motie è
développement : ils naissent déjà poum;'
de tous leurs organes ; mais les cararlèr*?
ostéologiques qui les distinguent netteioHîi
consistent en 1 absence des os inarntpia»^*
destinés, chez les didelphiens, i soutenir
les parois de la cavité viscérale en avant da
bassin.
§ 1. Mammifères monodelphievs.
Eu prenant pour base l'organe du touche:
ou de k locomotion, on a divisé lesw^*
mifères monodelphiens en ordres, qui ^^
des représentants à l'état fossile.
Premier ordre. Bimanes —Les 6wiiaji«ï*
renferment qu'un seul genre, le genre i*^*'*
S37
VAM
ET EVE PALEO^nOLOdC.
Ksa
pl ce genre ne contiept qu'une] seule espftce,
\ homme. {Voy. ce mot.)
Deuxième ordre. QcADRCiiiNEs. — {Vojf.
SnGES.)
Troisième ordre. Cabtiassiebs. — Parmi
les carnassiers que CuTier sépare sous le nom
de plantigrades jpn rencontre, à l'état fossile,
les genres suivants :
Le genre ursus renferme plusieurs espè-
ces dont aucune n*a son analogue virant.
On cite VU. culiridens, dans Tétage falunien
de Sansan, et à Georgen-Gmund, en Bavière.
Dans rétame sul«af)ennin, les couches meu-
bles supérieures du val d*Arno ont fourni
Vursuê cuUridens. Des dépôts dtf même âge
ont offert , aux environs de Montpellier et
an Puy-de-Dôme» Vursus areemennh et-rtif-
iridens. Les cavernes et le diluvien, peut-
être du même A^e, de la France, de 1 Alle-
magne, de l'Angleterre, de la Belgique, et
quelques ^brèches osseuses, en ont offert ûes
débris. Ces débris se rapportent générale-
ment à Vursus $pelstu$ de Blumenbach, que
Cuvier appelait Vaun de$ cavernes ^ ours à
front bombé. Cette espèce est effectivement
caractérisée en ce que chaque os frontal
forme une protubérance arrondie, de telle
sorte que, relevée sur la partie fiostérieure
du front, la Ii;aie du proôl tombe, par une
tente très-inciinée , sur la base au nez.
'ours des cavernes avait une taille au moins
d*un quart en sus des plus grands ours ac-
tuels. On rencontre encore, mais plus rare-
ment, dans les cavernes dn midi de la
France, 1*17. arctoideus^ pUioriifeimetopoleiar
nus. Vursus giganteus et leodiensis existent
dansr les cavBrnes de Liège avec plusieurs
ossements de VU. prisaù^ qu'on a trouvé
{)Ius spécialement dans la caverne de Gai-
enreuth. M. Milne Edwards a cité un frag-
ment de erftne d'ours, dans une hrèche os-
seuse d'Oran, en Alsérie. EnQn, M. Lund a
trouvé les débris oe son ursus brasUiensis
dans les cavernes du Brésil.
Les genres perdus suivants sont connus à
l'état fossile.
Le genre agnotkerium^ Kaup, a été trouvé
dans tes cavernes d'Eppelsbeim.
Le genre ampkjfeyon^ Lartet, dans l'étage
binnien de Sansan.
Le genre iœnoiheriumj Blainville, dans les
gypses de l'étage parisien.
Le genre ampkyareios^ Blaihv., dans les
collines subhimalayennes de l'étage proba-
blement falunien.
Les genres encore existants ont montré le
genre mêles ( mêles aniediluvianus^ Schm.) ,
dans les cavernes de Belgique, de France,
d\4ngleterre et d'Allemagne.
Parmi les carnassiers que Cuvier sépare
5oas le nom de digiii^raaes^ les uns ont, en
arrière de la carnassière d'en haut et d'en
bas, une seule dent tuberculeuse ; leurs
pattes sont brèves, et leur corps long et ef-
filé : on les a nommés pour cette raison ver-
miformes. Tels sont les putois, les martres,
les loutres, les mouffettes. Les autres ont
deux dents tuberculeuses pfates derrière la
carnassière supérieure, qui e'ie-raème a un
talon assez lai^e ; tels sont les cniens et les
civettes ; enQn Tes autres n ont point de denta
derrière la carnassière d'en t>as ; tels sont
les chiens et les hyènes.
Parmi les genres encore existants de cette
série, le genre kyœna est le plus intéressant.
Les diverses espèces d'hyènes vivantes ha-
bitent actuellement les parties chaudes de
l'ancien continent (Perse, Arabie, Abyssinie,
Cap) ; or, le même genre se trouve abon«
damment répandu en espèces et enindivi*
dus, à l'état fossile, sur tous les (:oints de
l'Europe. On connaît plusieurs espèces fos-
siles ahyènes, oui toutes s(mt perdues pour
la nature actuelle. L'une des plus remar-
quables est Yhycena spœlea. Godf., dont les
restes se rencontrent cuins la plupart des ca-
vernes osseuses du continent.
Les quatre genres qui ont laissé des débris
encore assez nombreux dans les coacbes
terrestres, sont : le genre luira, dont on
compte quatre à cinq espèces dans Tétage
falunien.
i^ genre canis (chien, renard, loup}, qui
ont montré plus de vingt espèces, depuis
l'étage i)arisien ;
Le genre fHis (chat, tigre, lion, lynx),
dont on connaît vingt espèces dans les étages
supérieurs ;
Le genre viverra se montre depuis Tétage
parisien ;
Le genre mustela, depuis l'étage falunien.
Ces espèces se trouvent à Eppelsheim , h
Altstatd, près de Moesskirch (Allemagne), au
Puy-de-Dôme, en Auvergne; à Sainl-Géran
(Allier) ; dahs l'Himalaya.
Les genres qui n'ont pas de représentants
actuels sont les suivants : le genre pterodon^
Blainville, de l'étage fiiiunieo ;
Le genre machairodus, Kaup., de Tétage
falunien d'Altstadt, près de M«BSSkin:h:
Le genre amyroaon^ Cault. et Falc, de
l'étage falunien de mimalaya;
Le genre hyeenodon de Layser, d'Auvergne;
Enfin les genres speothos , smilodon , et
icticyon, Lund, des cavernes du Brésil, pro-
bablement de l'étage subapenuin, comme
les ossements des pampas.
Quatrième ordre. Amphisibs. — Les extré*
mités ne sont plus disposées spécialement
pour la marche, mais au contraire, pour la
natation ; aussi les os des membres sont- ils
courts et munis d'articulations anguleuses,
en rapport avec le peu de mouvements qu'ils
exécutent : ils ont le bassin étroit, les apo-
physes des vertèbres grêles et écartées , la
dentition des vrais carnassiers, etc. On les
divise en deux tribus : les phoques, les mor-
ses. Les phoques (phoca) ont quatre ou six
incisives en haut, quatre en bas; leurs cani-
nes sont pointues et leurs mAchelières^ au
nombre de vingt, vingt-deux ou vingt-quatre,
sont toutes tranchantes ou coniques, sans
aucune partie tuberculeuse, et ne peuvent
être distinguées en fausses et vraies mO'»
laires, comme celles des carnassiers. Les
morses (trickechus) ont à la mâchoire supé-
rieure deux énormes canines, qui se dirigent
en bas et atteignent souvent jusqu'à deux
K59
MAM
DICTIONN^URE DK COSMOGONIE
UAM
m
pieds de long. Entre ces défenses sont pla-
cées deux incisives semblables aux molaires
qui| au nombre de quatre de chague c6léy
en haut et en bas, ont toutes la lorme de
cylindres courts et troncjués, La mâchoire
inférieure manque d*incisives et de canines
On connait quelau^s débris de ces genres ,
dans les étages laluniens de la Touraine ,
d'Angers, de Dni, en France ; du Suffolk ,
en Angleterre; dans les couches de Télage
subapenntn de Baltrigen (Souabe}; dans la
Virginie, etc.
Cinquième ordre. CnefROPriRBS. — Tous
les genres fossiles appartiennent aux genres
actuellement existants. Le genre vespertUio
a montré des représentants (K Pansiensis^
Cuv.) dans les g,y pses de Téta^c parisien, dans
les étages supérieurs de Weisenau, d'Œnin-
gen, dans les cavernes de Liège, du Kent et
au Brésil.
Le genre molossus a montré des espèces
dans 1 étage parisien de Kyson (Suffolk) et
dans les cavernes du Brésil.
Les genre$ rhinolophutj Geoffroy, et phi/l-
loêloma^ Cuvier, aujourd'hui propres à 1 A-
raérique, ont aussi montré leurs espèces
fossiles dans les cavernes du Brésil.
Sixième ordre, Insectivores. — Les genres
éteints sont au nombre de quatre :
Le genre palœcosphalax^ Owen, des ca-
vernes d'Angleterre.
Le genre oxygomphius^ Meyer, de l'étage
falunien d'Allema^e.
Le genre dimyïas, Meyer, de l'étage fa-
lunien.
Le genre spalacodan, Charl., de l'étage
Sttbapennin d'Angleterre.
Les genres encore existants sont : les
erinaceus^ Linné, dont V£, arvernensis,
Croizet, dépassait des deux tiers la taille de
notre hérisson, et se trouve dans l'étai^e
falunien d'Auvergne, et une autre à Sansan.
Le genre cenienes^ lUiger, a offert une
espèce en Auvergne, dans l'étage peut-être
subapennin.
Septième ordre. Rongeurs.— On rencontre
un grand, nombre de genres éteints, et d'au-
tres qui ont encore des représentants dans
la nature actuelle. Les premiers sont : Le
genre megamgy d*Orb., deiétage falunien d6«
la Patagouie (Amérique méridional^).
Le genre archœomysy de Layse et de Parieu.
VA. arvememis s'est montré dans l'étage
falunien de TAuver^^ne ;
Le genre lonchophoruêf Luml, des cavernes
du Brésil;
Le genre Irogontherium^ Fischer, qui re-
présente une portion de mAchoire inférieure
du îrogonUitrium Cuvieri^ Owen {Castor
gigantesque de Cuvier), trouvée à Bacton,
côte de Norfolk, dans Tétage parisien .
Le genre steneo/tter, GeoffiX>y, de Tétage
falunien de France ;
Le genre palœomysy Kaupi de l'étage falu^
nien u'Eppelsheim ;
Le genre chalichomys^ Kaup, une espèce
du même lieu;
Le genre chetodus^ Kaup, une espèce du
même lieu;
Le genre tkeridomySf Jourdan, de TéUp
subapennin de France, et quelques aalrei
mal déterminés.
Les genres encore existants sont les sui-
vants :
Genre sciurusj Linné, dont une espère est
de Tétage parisien ;
Genre arctomys^ Gmelin, de l'étage bh
nien des environs de Mayenne, à £ppd-
shcim, Weisenau;
Genre tnyoocus^ Gmelin, de l'étage pari-
sien de Montmartre;
Genre mus^ Linné, des étages fatunies
et subapennin, dans les cavernes etdaosk?
brèches osseuses des deux continents ;od
en connait plus de vingt espèces ;
Genre cricetus^ Cuvier, de l'étage falunien
et des cavernes d'Europe;
Genre dipus^ Gmelin, dans les cavenifs
de l'Allemagne;
Genre arvicola^ Lacéi»ède, de lïtagcfalo-
nien et subapennin, de THimalafa, du
Puy-de-Dôme et à Œningen;
Genre dasyprocta^ lliiger, dans les rs-
vernes du Brésil, mais aussi dans les ^abl»
supérieurs et les cavernes de Liège, etci
Puy-de-Dûme, en Auverxne. Cebit est d'l^
tant plus curieux, que les dasyprotla m
aujourd'hui spéciaux à l'Amérique méridn^
tiale;
Genre aitlacodon; Swind, des cavernes du
Brésil ;
Genre echimys^ Geoffroy, des étages sé-
apennins d'Auvergne; c'est un fait curiedi,
car les echimys sont de Tlnde et de TAid^
rique ;
Genre ctenomys^ Blainville, deux espèce
sont de l'étage suba))ennin des paniiiasde
Buenos-Ayres et des cavernes du Brésil:
Genre castor^ Linné, de l'étage faluoieîi
et subapennin de Russie, d* Allemagne et i!^
France ;
Genre myopotamuSf Commerson, des ca-
vernes du Brésil ;
Genre spermophylus^ Cuvier. Ou conoali
deux espèces de l'étage falunien de Mayenrt
Du reste, beaucoup des espèces du g^&re
mua, surtout, ont besoin d'étro revues ar^
beaucoup de . soin, {)our savoir si elles dif-
fèrent des espèces vivantes. Or ncsepottr-
rait-il ))as que le plus grand nombre deoire
elles eussent appartenu à des individus jiii>
ou moins récents, qui auraient habita ^''
cavernes postérieurement à leur remiSis^'*
par les ossements des autres manioiirtres
qu'on y rencontre ? Leur habitude de Thr.'
dans les trous et de se fabriquer des bé-
tations souterraines porterait à le croire.
A l'exception des genres dasyproda ?<
echimys , rencontrés fossiles en EuroF;
tandis qu'ils n'habitent plus nujôunl'liui c^
TAmériquo méridionale, tous les autrt^
genres se rencontrent aujourd'hui lbs>il^
sur les mêmes lieux qu'ils habitent encore:
mais ces deux exceptions, jointes à quelque-;
autres, chez les chéiroptères^ et cbei i?j
pacA^dermea, suffisent pour dènDontrerqu"
en e^t des mammifères comme des autf^
séries animales, qui ne subissent duIIcw?'''
S4I
MAM
LT DE PALEONTOLOGIE.
MAM
%i2
dans les temps passés, la répartition géogra-
phique actuelle.
Huitième ordre. Edettés. Les mammifères
qui composent cet ordre ont pour caractère
principal Fabsence de dents sur le devant
de la bouche ; les doigts sont garnis d*on«
gles très-forts, arqués et solides, qui se
rapprochent plus uu moins, de la nature
de la corne, et enveloppent le doigt, un
peu comme dans les ordres qui vont suivre.
On les divise en familles, dont deui ont
des représentants à l'état fossile.
Première famille, — upodonta , qui se
rapprochent le plus des fourmiliers, toujours
uépourvus de mâchelières , et dès lors de
toute dent. On compte, dans cette famille,
trois genres perdus et un seul genre exis-
tant encore. «îenres perdus : genre glos-
Moiheriumf Owen, des pampas de Buenos-
Ayres et des cavernes du Brésil.
Genre macrotkerium , Lartet. L*un des
deux seuls édentés frissiles que Ton ait trou-
Tés jusqu'aujourd'hui en Europe a été créé
d*après quelques ossements et quelques dé-
bris de dents molaires découverts dans l'é-
tage falunien du dépôt de Lansan. Le macro-
tkerium avait les phalanges unsuéales des
pangolins et des dents semblables à celles
des paresseux. Certains auteurs ont pensé
qu'une espèce de pangolin, qu'on cite éga-
lement à Éppeisbeim, et qu'on a caractérisée
par une seule phalange unçuéale, découverte
dans le dépôt de cette localité, appartiendrait
au maeroikerium.
Deux genres existants ont encore des
représentants actuels, XemyrmecophagvL, dont
M. Lund a découvert deux espèces dans
les cavernes du Brésil.
Le genre orycieropusj Desmarets, dont on
connaît des espèces dans Tétage sutmpen-
oin des pampas.
Seconde famitle des dastpides. — Cette fa-
mille renferme les dasypus^ caractérisés par
le manque de dents canines. Leurs dents
molaires sont cylindriques, mais leur car^^ '
tère particulier et le plus remarquable est
le test écailleux et dur, composé de com-
partiments semblables à de petits pavés,
recouvrant leur tètes, leur corps et sou-
vent leur queue. Cette substance forme un
bouclier sur le front, un second très grand
et très-convexe sur les épaules, un troi-
sième semblable au précédent sur la croupe,
et entre ces deux derniers, plusieurs bandes
parallèles mobiles, qui donnent au corps
la fiiculté de se ployer. La queue est
lantAt garnie d'anneaux successifs, tantôt
seulement comme les jambes et divers tu-
liercules.
Parmi les genres perdus qui se sroupent
autour des aasypuêf on peut citer Te genre
glmiodou^ Owen. On n en connaît encore
qu une seule espèce, c'est le çenre davipes ,
Owen (décrit en 1838 sous le nom de da-
sfpat giganieue^ par MM. Vilardebo et Isa-
belle), dont la taille ég;alait le tiers environ
de celle du migaiherium. Ses formes le
rapprochent essentiellement des tatous. Ses
dents, au nombre de seize à chaque mâ-
choire, sont creusées latéralement de deux
larges et profonds sillons qui en divisent
la surface molaire en trois portions ; de là
le nom de glmtodon. Le pied de derrière
a une forme très-remarquanle ; il est massif,
et s^s phalanges unguéales sont courtes et
déprimées. L'animal était protégé à Texté-
rieur par une carapace solide, com|H>sée de
plaques qui, vues en dessous, paraissent
nexagonales et sont unies par des sutures
dentées, et qui, au contraire, forment en
dessus des sortes de doubles rosettes. C'é>
tait un animal de taille gigantesque, propre
à l'étage subapennin des pampas de Buenos-
Ayres.
Genre clamydotherium^ Lund, deux espè^
ces des cavernes du Brésil.
tienre hoplophorusj Lund, trois espèces
des cavernes du Brésil.
Genre pachyikerium, Lund, des mêmes
lieux.
Genre euryodon^ Lund, des mêmes lieux.
Genre xenurus^ Lund, encore des mêmes
lieux.
Le seul genre existant aujourd'hui, qui
a montré de nombreux restes fossiles,
est le genre dasypus, Linné, dont on con-
naît des espèces fossiles dans les couches
de Tétage subapennin de France {D. fôsêilis)^
dans les cavernes du Brésil et dans l'A*
mérique du Nord.
Troisième famille des wieATiiiaiDES. —
Cette division est exclusivement composée
de genres perdus pour l'épomie actuelle.
Genre megaiherium^ Cuvier, [Voy. ce mot).
Genre megalonyr^ Jefférson. Il avait de
grands rapports avec le paresseux : les
membres antérieurs, en effet, étaient beau-
coup plus longs que les postérieurs ,
et rarticulation du pied était très-oblique
sur la jambe. La queue de cet animal était
forte et solide, ses formes, en général,
étaient toutefois moins lourdes que celles
du meaatherium. Il est propre aux cavernes
du Br&il, où il a montré quatre espèces.
Genre mylodon^ Owen. De même que les
deux genres précédents, celui-ci est allié
de très-près au paresseux ; il a été trouvé,
du reste, dans les mêmes gisements. Ses
dimensions n'étaient pas, à t>eaucoup près,
aussi considérables que celles du mégathé-
rium ; mais l'animai ne différait guère de
celui-ci que par les caractères des dents ;
celles-ci, au nombre de dix-huit, quatre
molaires de chaque côté à la mâchoire
inférieure, et mq de chaque côté à la
mAchoire supérieure, comme ehez le mé- ^
gathérium» n'étaient plus similaires comme
celles du dernier animal ;mais à la mAchoire
supérieure, la première était subeiliptique,
la seconde elliptique, et les autres^ tnan-
ffulaires, à surface interne creusée d'un sil-
ion ; à la mAchoire inférieure, la première
était elliptique, la pénultième tétragone, et
la dernière grande et bilobée^ Toutes ces
dents sont à surface usée, plane ; forme in-
diquant naturellement que Tanimal se nour-
rissaitde végétaux, etdans ceux-ci choisissait
probablement les feuilles et les tendres
IhcnOff. DE COSXOOONIE «T DE PALé05TOU>6a.
27
843
MAM
DiCTlONNAlRE DE COSMOGONIE
MAM
SU
bourgeons. Suivant M. Owen, le mylojon
formerait, un lien entre les animaux on-
guiculés et les animaux ongulés; et effec-
tivement, il présente à la fois des sabots
et des griffes 'à chaque pied. Les trois es-
pèces connues sont propres à l'étage sub-
apennin des Pampas de Buenos-Ayres.
Genre sœlidotheriumy Owen, une espèce
propre à Tétage subapennin des pampas.
Genre platyonyx^ Lund. On en connaît
six espèces propres à Tétage subapennin des
cavernes du Brésil.
, Genre cœlodon^ Lund, de la même époque,
des cavernes du Brésil.
Genre sphenodon, Lund, delà même é^îo-
que et des mêmes lieux.
Les édentés, représentés par quelques
genres seulement , à l'époque actuelle ,
avaient leur maximum de développement
de formes génériques à l'époque de l'étage
subapennin, c'est-a-âire à 1 époque qui nous
a précédés à la surface du globe
Neuvième ordre. Pichidermes. — Ce sont
des mammifères dont les doigts ne sont plus
libres , mais bien enveloppés d'un sabot
corné. Presque, ious sont herbivores. On les
.divise en plusieurs familles.
Famille des ÉLÉPHASiDEs ou proboscidiens
pourvus de cinq doigts à tous les pieds, de
défenses longues sortant de la bouche, et
d'une longue trompe servant à la préhen-
sion, dont le type est Téléphant, elephas^
Linné. Il y a des genres perdus et d'autres
encore existants. Parmi les premiers se re-
marquent les genres suivants : Genre Mas-
iodonf Cuvier. Cet animal présentait, en
général, les formes extérieures de l'éléphant;
mais il en différait essentiellement par ses
molaires : celles-ci étaient surmontées de
mamelons coniques , du moins dans le
jeune âge de la dent, au lieu de présenter
une couronne plane, comme celle des élé-
phants; de plus, la mâchoire inférieure était
.munie, dans le jeune Age, de deux petites
défenses. A part ces différences, le système
osseux du mastodonte étaitf à peu de chose
près, celui des éléphants. Si l'on ea croit les
descriptions données, jusqu'à ce jour, de
différents débris des mastodontes, ce genre
compterait au moins quinze à vingt espèces,
parmi lesquelles deux ou trois beaucoup
f>lus distinctes et plus répandues que .toutes
es autres, ou plus caractéristiques des ter-
rains. Le M. giganteuSf CuVc, de l'étage
subapennin des Etats-Unis, en Europe, en
Asie et à la Nouvelle-Hollande. Le M. an-
guslidens^ Cuv., de l'étage falunien, à Ep-
pelsheim, àGeorgens-Gmund (Allemagne), à
Sansan (Gers), d'Amérique et d'Asie. Le
M. longtroslris f Kaup., de l'étage falunien
.d'Allemagne et do France. Les autres sont
d'Amérique, d'Asie, d'Europe.
Genre dinptherium. {Voy. ce mot.)
Le genre elephas montre des espèces per-
dues et des espèces encore vivantes. Ce
.genre est caractérisé, à la mAchoire supé-
rieure, par deux énormes défenses : celles-
ci ne sont autre chose. que des incisives qui
ont pris un accroissemeot extrême et se
sont recourbées en bas et en avant. Aveclw
défenses, on remarque, à chaque mâchoire»
de chaque côté, une ou deux molaires coni
posées de lames de substance osseuse , en-
veloppées d'émail, et liées ensemble par de
la substance corticale, comme il arrive chez
beaucoup de rongeurs; la couronne offre
une surmce sensiblement pîaric. Au lieu de
se remplacer verlicalement, ainsi que chez
les autres mammifères, les molaires se rem-
placent d'arrière en avant, de façon qu'à me-
sure qu'une mâchelière s'use, elle est, en mô-
me temps, poussée en avant par celle qui vient
après. Il en résulte que l'animal a laulôt
une, tantôt deux mâchelières de chaque
côté, suivant les' époques. On a cité jusqu'à
[)résent huit ou dix espèces fossiles. La plus
connue est VE. primigenius^ Blumenbach,
bu mammouth , caractérisé par les lames
plus rapprochées de ses molaires. On l'a
rencontre fossile en Europe, dans l'Améri-
que septentrionale,' dans l'Asie septentrio-
nale, vers les régions polaires, principale-
ment en Sibérie. On sait que le premier
individu complet a été trouvé sur les bords
de la mer Glaciale, récemment détaché de la
glace où il était enveloppé, avec ses chairs et
sa peau, couverte de crins noirs ayant jus-
qu'à quarante-deux centimètres de longueur,
et d'une espèce de laine r'ougeÂtre très-abon-
dante. Transportée par les courants vers le
pôle, à la fm de la dernière période géologi-
que, ou anéantie sur les lieux mêmes, cette
espèce n'en est pas moins perdue pour Té-
poque actuelle. Les autres espèces parais-
sent être de la même époque, en France, en
Italie, en Belgique , en Allemagne et dans
l'Himalaya, {voy. Mammouth.
Les pachyaermes ordinaires , sans trompe
préhensible, manquent encore de défense
développée, et ont quatre, trois ou deux
doigts aux pieds. Les genres perdus de cette
division sont les suivants : Genre chœropo-
tamiis^ Cuvier. Dents molaires intermédiai-
res entre celles des pécaris et des hippopo-
tames ; canines courtes et aplaties à la mâ-
choire inférieure. Les deux premières es-
pèces sont de l'étage parisien a Montmartre,
et de l'Ile de Wight, et trois autres de l'étage
subapennin de France et d'Asie.
Genre hyracotherium , Owen (ainsi nom-
mé à cause de la grandeur de ses orbites).
Il rappelle le chœropotamu$ pour la denti-
tion, avec la différence que les molaires an-
térieures sont plus grandes, à proportion, et
plus compliquées; les canines sont celles
des pécaris. Les deux espèces connues sont
de rëtage parisien d'Angleterre.
Genre anthracothtrium^ Cuvier. II res*
semble aux cochons par les molaires de la
mâchoire inférieure; il présente aussi de
l'analogie avec les anoplotherium par ses
molaires supérieures. Ces molaires sent au
nombre de sept ; les canines ressemblent à
celles des tapirs ; les incisives inférieures,
au nombre de auatré , sont couchées en
avant, comme celles des cochons. Le nom
d'anthracotherium a été donné à ce genre
très-remarquable, parce que, dans Tune des
S45
HAM
ET DE PALBONTCMjOGK.
8M
première5 localités où Ton eu ait trouvé des
débris (Cadibona;près de Savone, Piémont),
ces débris, renfermés dans les lignites, sont
fortement noircis par du charbon. On en
connaît cinq espèces, dont trois paraissent
élre de Télage f^risien, les autres de Tétage
falunien d*Eppelsheim, de Sansan.
Genre lophiodon^ CuTier. Voisin des ta*
pirsj ce genre en diflère par les premières
molaires supérieures , qui ne présentent
qu*une^eu]e colline, par les molaires posté-
rieures pourrues de trots collines au li^u
de deux , et parce que toutes ces dents
ont des collines plus obliques. Ce genre
a fourni de nombreuses espèces, et ses dé-
bris, dans Tétage fiilunien, sont, en quelque
sorte caractéristiques. On en connaît onze
espèces fossiles : deux paraissent être de
l'étage suessenien, les autres de Tétage fa-
lunien de France et d'Allemagne, à Ëppel-
sheim, à Argentan, à Boutonnet.
Genre po/<rorAerttfm, CuTier. Il a quarante*
quatre dents, savoir 7 incisives,! canines
aiguës et un peu plus longues que les incisi-
ves, et f molaires dont les supérieures
sont carrées, et dont les inférieures sont for-
mées de deux croissants. Leurs os nasaux,
relevés comme dans les tapirs, montrent
quMIs ont eu une petite tromije Qexible; leurs
pieds antérieurs et postérieurs ont trois
doigts. Leurs formes extérieures rappe-
laient celles des tapirs. On en connaît déjà
«me à douze espèces. Le maximum de dé-
veloppement du genre a en lieu avec Télage
parisien de Montmartre et de Londres, où
Ton en compte neuf espèces ; les autres sont
de rétage falunien de Sansan.
Genre anoploiherium. Cuvier. considérait
ee genre comme ayant à la fois des affinités
avec les rhinocéros, les chevaux, les hippo-
fiotames, les cochons, les chameaux. Ses ca-
ractères principaux sont les suivants : qua^
rante-quatre dents disposées en une série
<^oatinue et sans interruption, caractère que
l>>n ne retrouve que dans Thomme et dans
les singes. On compte | incisives, -f£| canines
qui ne dépassent pas les incisives, et qui leur
ressemblent pour leur forme, et 7^ molaires,
dont les antérieures sont comprimées, et
dont les postérieures sont carrées à la mA-
choire supérieure et à deux croissants à la
mâchoire inférieure. Les pieds antérieurs et
postérieurs n'ont que deux doigts développés
comme chez les ruminants, et, dans quel-
ques espèces, portent de petits doigts acces-
soires ; mais les os du métacarpe et du mé-
tatarse ne forment point de canons, et,
comme dans les autres pachydermes, restent
toujours séparés. Des trois espèces connues,
deux sont de Tétage parisien de Montmartre,
de rtle de Wi^t en Angleterre, et de Eger-
keingen (Soleure), la troisième de Tétage
snbapennin d'Asie.
Les antres genres perdus sont les suivants :
Genre poiamohippuSf Jn^r, de l'étage snb-
apennin do Sonabe.
Genre chstrotherium ^ Cauteley et Faloo-
ner, voisin du sus^ de Tétage snbapennin de
l'Himalaya.
Genre xiphodon^ Cnvier; une seule es-
pèce de l'étage parisien de France.
Genre adapis^ Cuvier; la seule espèce de
l'étage parisien de Montmartre.
Gerre kypotkerium, Meyer. Des quatre
espèces connues , Tune est de Télage pari^
sien de Londres, une de l'étage falunien de
Weisenau, les autres sont de l'étage fub-
apennin.
Genre macrockenia^ Owen; une espèce
de l'étage falunien de Patagonie.
Genre toxodon, Owen. ms deux espèces
connues de la république Argentine, l'une
est de l'étase falunien {T. paranensîê)^ Tau-
tre de Tetage snbapennin des pampas
(r. plaiensis).
Genre elasmoiherium^ Fischer ; deux es-
pèces de l'étaçe snbapennin de Russie.
Genre chahcotherium^ Kaup. ; les deux es-
pèces connues sont de l'étage falunien d'Ep-
pelsheim.
Genre oploiherium^ de Layser et Parieu ;
les trois espèces connues soiît de l'étage fa-
lunien de Weisenau« d'Auvergne, et une
d'Asie,
Les gcufes de pachydermes fossiles en-
core vivants sont les suivants : genre hippo-
poiamusj Linné. Les pieds sont fourchus, les
doigts en nombre pair. Les esj^ièces fossiles
trouvées en Europie ont 7 incisives, tandis
que les espèces fossiles de l'Inde paraissent'
en avoir eu |. On rencontre les espèces fos-
siles dans l'étage snbapennin d'Europe, de
TAmérique septentrionale, de la Nouvelle-
Hollande, de ruimâlaya.
- Genre diVo^y/ef, Cnvier. Les espèces fossiles
sont le double plus nombreuses|que les espè^
ces vivantes. On on connaît cinq dans les ca-
vernes du Brésil.
Genre sus, Linné. Les molaires sont an
nombre de vingt-quatre ou vinet-huit, à
couronne tuberculeuse au fond de la bouche,
mais plus ou moins comprimées et tran-
chantes en avant. Trois espèces ont paru
dans l'étage falunien d'Eppèlsheim , de San-
san ; les autres sont de ratage snbapennin
des cavernes et des brèches d%urope.
Les autres ffenres, qui ont les doigts im-
pairs, n'ont plus les pieds fourchus. Genre
rkinocér0$i Linné. Une des espèces fossiles,
le il. îickorkinuê^ Cuvier, devait avoir deux
cornes. On en connaît, en tont, une dizaine
d'espèces fossiles, dont quatre de l'étage*
falunien d*Eppelsbeim , de Sansan; parmi
ceHes de l'étage snbapennin, le il. itrAorJimiia,
Cuvier, se rencontre partout, et jusque dans
les glaces du p61e nord.
Genre fnptnif, Unné. Ils ont, à chaque
mâchoire, six incisives et deux canintrs,
séparées par un intervalle vide des molaires,
Îui sont au nombre de quatorze en haut et
e douze en bas. On en connaît six espèces
fossiles, les unes de l'étage falunien d'Ep-
pèlsheim, les autres de l'étage subapenmn
d'Auvergne et du Brésil.
Famille des soupinns, solidumgukL^ carac-
térisés par l'existence d'un doigt unique, on
du moins un seul sabot à chaque |ried. On
rapporte à cette famille le genre éteint Atp-
S47
MAM
DICTiONNAïaE DE COSMOGONIE
MAM
Ul
potherium^ Kaup. Cet animal, s'il appartient
bien réellement à la famille des soîipèdes,
était caractérisé par la structure de se5 mo-
laires, dont la lame d'émail forme, dans l'id-
lérieur de la dent, des plis nombreux en
zigzag, et par la nature du pied antérieur,
qui présentait des rudiments d'un quatrième
doigt. Vhippotherium a été trouvé à Eppel-
sheim, étage falunien.
Le type encore vivant de la famille est le
genre cheval, equus^ Linné, dont la tète est
allongée, un i)eu comprimée latéralement.
Chaque m&choire porte six incisives, suivies
de cnaque côté d une canine, qui manc^ue
souvent chez les femelles, à la mâchoire in-
férieure surtout, et d'une série de six molai-
res à couronne carrée, marquée de cinq
croissants, deux extérieurs et trois inté-
rieurs, formés par des lames d'émail qui s'y
enfoncent; entre les canines et les molaires
se trouve un grand espace vide. Les espèces
fossiles sont de l'étage subapennin d'Europe,
d'Asie, des i)ampas et des cavernes de l'Amé-
rique méridionale, où le genre n'existait pas
vivant, avant, la conquête.
Dixième ordre. Ruminants. — Leurs prin-
cipaux caractères sont : le manque d'incisi-
ves à la mâchoire supérieure, les pieds
pourvus de sabots, et, souvent, le front armé
de cornes soutenues par un axe osseux; ils
ont, de plus, six ou huit incisives à la mâ-
choire inférieure. Entre les incisives et les
molaires, il existe généralement un espace
vide; chez quelques genres, seulement, des
canines. Les molaires sont presque toujours
au nombre de ) 1, à couronne large et mar-
quée de deux doubles croissants, dont la
convexité est tournée en dedans dans les
supérieures et en dehors dans les inférieu-
res. Les pieds sont terminés par deux doigts,
dont les os métacarpiens et métatarsiens
sont réunis en un seul os, nommé canon:
quelquefois, il existe, en outre, à la partie
]>ostérieure du pied, deux petits ergots, ves-
tiges de doigts latéraux. Cbez tous ces ani-
maux, excepté cbez les chameaux et chez les
lamas, le pied est fourchu. Les jambes sont
sèches, fines el longues; mais le fémur et
l'humérus sont courts.
Première famille. C amelibjb. — Ils ont six
incisives à la mâchoire inférieure, et le pied
n'est plus fourchu. Ces incisives sont au
nombre de deux en haut; il existe des cani-
nes à chaque mâchoire, et les molaires sont
au nombre de vingt ou vingt-deux , au Keu
de vinfft-quatre. On connaît dans cette série
un seul genre perdu, le genre mericotheriumf
BojaHus, des régions glacées de la Sibérie,
étage subapennin.
Deux des genres vivants ont laissé des tra-
ces dans les couches géologiques, le genre au-
ckenia^ lUiger, dont deux espèces fossiles se
sont rencontrées dans les cavernes du Brésil.
On sait que les espèces vivantes sont spé-
ciales à l'Amérique méridionale.
Genre camelus^ Linné. On en connaît qua-
tre espèces fossiles de l'étage subapennin :
trois d'Asie et de France, et une de l'Améri-
que méridionale
Deuxième famille. Gbrvidje. — Indépen-
damment des carActère$ également propres
à la troisième famille, tels que les huit iDà.
sives à la mâchoire inférieure, le pied four-
chu, ils ont des cornes caduques, uon recou-
vertes d'un étui extérieur corné. On connaît
de cette famille des genres perdus et d^autres
ec<Gore représentés. Les genres perdus sont
les suivants : genre sivatherium^ Cautley el
Falcon^r. Ce senre forme un passage assez
naturel centre Tes grands pachydermes el les
ruminants; en effet, tout en présentant la
cornes qui caractérisent la plupart des ani-
maux de ce dermer ordre, la tète était proi»-
blement munie d*u3e trompe, comme celle
des proboscidiens, si 1 on en juge, du moins,
par la forme des os du nez, ceux-ci se rele-
vant.et se prolongeant en une voAte pointue,
au-dessus des narines externes. L^s cornes
étaient au nombre de quatre, deux naissant
du sourcil, entre les orbites, et s'écartanl
l'une de l'autre, et deux autres probables,
plus courtes et plus massives, qui ont dt
être posées sur aes protubérances très-sail-
lantes que présente le crâne dans sa partie
siipéro-postérieùre. Cette portion du crâne
offre, du reste, de l'analogie avec celle oui,
chez l'éléphant, occupe une place semblable.
La tète du sivatherium égalait à peu près en
volume celle de l'éléphant ; le cou de cet
animai bizarre devait donc être bien plus
fort et, par conséquent, plus court que celiii
de la girafe. A l'opposé de la tète, qui olfrail
un allongement remarauable dans un sens
antéro-postérieur et infero-supérieur, la face
était courte, ce qui, joint à la forme des os
du nez et à la direction même très-inclinée
de la face et. du front, contribuait à donnera
celte tète une des formes assurément les
plus singulières cfu'il soit possible de ren-
contrer. Les molaires supérieures, les seules
connues, sont au nombre de six, et présen-
tent tout à fait les caractères de celles des
ruminants. La seule espèce connue paraît
être de l'étage falunien de l'Himalaya.
Genre dremoiherium^ Geoffroy, qui repré-
sente deux espèces dans l'étage subapennin
d'Auvergne, en France.
Parmi les genres encore existants, k
genre cervua, Linné, offre un très-grand
nombre -d'espèces fossiles , dont dix-hnil
dans l'étage ialunien d'Eppelsheim, de San-
San; les autres dans Tétaçe subapennin oui
a précédé la faune actuelle. L'une des pto
remarquables a été le ctrvu» megactrot,
Hart., ou cerf à bois gigantesque de Cuvier,
dont les bois ne mesuraient pas moins de
3 mètres d'envergure; les perches de ws
bois étaient palmées et dirigées horizontale-
ment vers leur extrémité. Des tourbi*^
d'Irlande, et d'une grande partie de TEo'
rope.
Genre moschus^ Linné. On en connan
deux espèces fossiles des étages falonien
d'Allemagne, et subapennin du Bengale.
Genre camelopardalis ^ Linné, dont trois
espèces d'Asie et de France , élage snl)-
apennin.
Troisième famille. Boyw/R. — ttur carK*
84f
lAM
ET DE PALEONTOLOGIE.
HAM
81»
1ère principal est d'aroir des cornes persis-
tantes, osseuses, revêtues de corne. Ln seul
genre de cette division n*exisle plus, le
genre lepioiherium^ LuimI, des cavernes du
Brésil.
Parmi les genres encore existants, le
genre boeuf, 6o«, Linné, offre toutes ses
espèces dans Fétage subapennin d'Europe,
d*Asie et de TAmérique septentrionale.
Genre aniilope^ Linné. On eu connatt
trois espèces de Fétage lalnnien d*Eppel-
sheim, de Sansan, et quelques-unes de
Fétage subapennin.
Genre capra^ Linné. On en connaît quel-
ques espèces dans Fétage qui a précédé
1 époque actuelle.
Onzième ordre. CÉTAcés, cetacea. — Leur
forme générale se rapproche de celle des
poissons. Ils manquent complètement de
membres postérieurs; les membres anté-
rieurs existent et se composent des mômes
os que ceux des ordres supérieurs des mam-
mifères ; mais, seulement, lliumérus et les
os de Favant-t>ras sont raccourcis, ceux de
la main aplatis. Quelquefois les phalanges
sont en plus grand nombre que chez les
autres mammifères. On trouve, à la partie
postérieure de Fabdomen, deux ou trois
osselets rudimentaires suspendus dans les
chairs, et qui sont les vestiges d*un bassin.
An-dessous des vertèbres caudales, on re-
marque des os en forme de Y, dont la fonc-
tion, à Féfat vivant, est de donner insertion
anx muscles fléchisseurs de la queue. Les
vertèbres cervicales, au nombre de sept,
S'?nt très-courtes, et, en général, presque
lontes souJées ensemble. Enfin le rocher,
portion do crâne qui contient Foreille in •
terne, au Heu d*etre confondu avec les
autres pièces du temporal, est séparé du
reste de la tête, et n'y adhère que par les
ligaments, etc., etc.
Famille des MAnkTwm, Ils ont des dents
molaires à couronne plate. Les uns, comme
les fMinatut, n*ont, à Vâge adulte, ni incisi-
ves ni canines, et leurs molaires, à couronne
carrée, sont au nombre de huit i»artout ; les
antres, comme les halicore, ont des défenses
|K>intues qui sortent de la mâchoire supé-
rieure. On connaît de cette famille plusieurs
genres éteints. Genre metarytherium, Cris-
tol. U avait le squelette et les défenses des
dogongs, les molaires des lamentins. On
connaît le squelette entier de cet animal. Le
genre est propre à Fétage falunien de la
Tonraine et de Maine-et-Loire, et à Fétage
subapennin.
Genre zeuglodon^ Owen. Les molaires sont
etraagfées au milieu, au point qu'on les
dirait formées de deux parties réunies par
un mince pédicelle. La mâchoire inférieure
est creusée en dedans, comme celle des
cachalots. Des membres courts et déprimés
prouvent que cet animal avait la forme des
cétacés, et que la queue était son principal
instrument de procession. L'espèce connue
est de Fétage parisien d'Alabama, aux Etats-
Unis.
Les deux genres encore existants sont : le
genre Ao/tcore, Uliger, dont on connaît une
espèce de Fétage falunien à Rodersdorf, en
Suisse ;
Le genre manatus^ Cuvier, dont on cite
une espèce dans Fétage filunien, une autre
dans Fétage subapennin de l'Amérique sep-
tentrionale.
FamilU des DELPemiius, dont la tète est
généralement petite, proportionnée avec le
corps, et dont les mâchoires sont pourvues
de dents. On connaît deux genres éteints.
Le genre xipkius^ Cuvier. La tète diffère de
celle des hyperoodanSf en ce que les maxil-
laires ne se redressent point sur les cdtés
du museau en cloison verticale, et en ce que
l'espèce de mur situé derrière les narines
forme un demi-dôme au-dessus de ces cavi*
tés. On les trouve dans Fétage parisien de
Provence, dans Fétage falunien d'Anvers.
Genre fratonodon, Owen, de Fétage pari-
sien de Felixtow, en Angleterre, où l'on en
cite quatre espèces.
Les genres encore existants qu'on a pu re-
connaître , d'après quelques os isolés, sont
les suivants : genre de/pAtnti#, Linné, dont
les deux mâchoires ont des dents simples
nombreuses. On en connaît une espèce de
Fétage parisien de FOme ; les autres sont de
Fétage liilunien de Dax (Landes), de Mary-
land (Etats-Unis) et de Fétage subapennin.
Genre monodon^ Linné, dont les mâchoires
ont, pour toutes dents, de longues défenses
droites implantées dans Fos maxillaire. On
en a tronvédes débris dans le diJuviam d'An-
gleterre et de Sibérie.
Genre pkffêeur^ Linné. Il a, avec le grand
développement de tète des baleines, des dents
coniques à la mâchoire inférieure. Une es*
pèce est de l'étage falunien de SufTolk, e!i
Angleterre, et d'autres débris appartiennent
à l'Amérique septentrionale.
Famille des BALxnwM. Leur tète occupe
au moins le tiers de la longueur totale, et
leurs mâchoires sont toujours dépourvues de
dents, et munies seulement de fanons cor-
nés. Les genres suivants, fossiles, ont leur
maximum de développement spécifique à l'é-
poque actuelle. Genre balœnopiera^ Lacépède.
Les trois esoèces citées sont de Fétage sub*-
apennin de Fltalie.
Genre ftatena, Linné, dans Fétage falunien
de la haute Souabe, dans l'étage subapennin
du Piémont et des Etats-Unis.
§ II. MAMMlFàBES DIDELPniEXS.
Les petits naissent généralement dans l'c-
tat imparlait. Leurs caractères ostéologiques
consistent, comme nous l'avons dit, dans la
présence des os marsupiaux. Ces os partent
de l'arcade du pubis, s avancent de là, entre
les muscles de Fabdomen, sous forme de V«
destinés à soutenir la région mammaire et
une sorte de poche ventrale où la mère logo
ses petits. Lesdidelphes forment, en quel-
que sorte, une série parallèle à celle des mo-
nodelpbes; en efiTet, ils se partagent en une
série de groupes tout A fait comparables ,
pour certains caractères, à la plupart de ceux
des monodelphes onguiculés. Parmi les mar-
851
MA.>f
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
HAM
m
supiaux, par exemple, les uns, les phalan-
gersy unt le pouce plus ou moins opposable
aux autres doigts ; et , pourvus crincisives,
de canines et de molaires, représentent bien
la division des quadrumanes ; d'autres, com-
me les sarigues , ressemblen t, par leur sys-
tème dentaire, aux insectivores à longues
incisives, et leurs molaires h collines trans-
versales, correspondent aux rongeurs, par
exemple, les phascoloraes; enfm, parla dis-
position du système dentaire, ou par Tab-
sence de dents, la division des monotrèmes
se rapproche de l'ordre des éJenlés.
Devons -nous ranger dans la division des
tlidelphes les fameux ossements fossiles trou-
vés à Stonesfield, en Angleterre, dans les
couches jurassiques? On croit aujourd'hui
que ces ossements appartiennent è des mam-.
mifèi*es; mais il n'est pas tout à fait aussi
certain qu'ils aient été des didelphes. Trois
opinions ont été succcsssivement émises sur
leurs aiTmités : quelques auteurs les consi-
dèrent comme des insei-îti vores monodelphes ;
d'autres les rapprochent des phoques ^ à
cause de leurs dents nettement tricusoides;
d'autres enfin y voient des didelphes.
M. Owcn admet cette dernière opinion com-
me la plus probable. Si cette opinion se con-
firme, elle consacrera l'un des faits les plus
extraordinaires que puisse offrir l'histoire
des premiers âges géologiques de la terre.
Ce fait constaterait rexistence, à une époque
géologique ancienne, d*animaux appartenant
à une classe dont la création, si l'on en juge
par tous les faits çéolo^ques recueillis jus-
qu'à ce jour, ne devrait dater que des pre-
miers temps de la période tertiaire. Malgré
l'autorité des savants justement célèbres qui
rapportent les fossiles de Stonesfield à de vé-
ritables mammifères, nous ne pouvons nous
empêcher d'émettre encore quelque doutes.
En étudiant comparativement les formes ani-
maies de toutes les séries^ dit M d'Orbigny,
nous avons reconnu que les exceptions étaient
le plus souvent basées sur de fausses détermi'
nations. Des caractères internes irrécusables
nous ont fait reconnaître y par exemple^ aue
les prétendus conus, du lias de Normandie^
quand le genre cône ne réparait qu'à la fin de
tépoque crétacée, bien qu ils aient tous les ca-
ractères extérieurs de ce genre, appartiennent
à une tout autre famille, dont les espèces fos^
siles sont nombreuses à cette époque» Nos dou-
tes ne se fondent pas seulement sur cette règle
générale, mais encore sur la présence de md-
choires inférieures à Stonesfield. Pourquoi ,
si ce sont de véritables mammifères, n'a-t-on
jamais décrit des têtes osseuses ou tous autres
ossements qui, joints à la mâchoire, confirme*
raient la détermination? Tout en décrivant
ici les genres en question, nous pensons qu'ils
pourraient appartenir aux reptiles, comme
on l'a déjà pensé; ou bien que des mâchoires
inférieures , comme la partie la pltM étroite,
seraient tombées des étages tertiaires dans des
fentes des étages jurassiques, comme nous Va-
rans vu pour les coquilles de V étage liasien de
Fontaine^Etoupe four {Cahadof)y renfermées
dans les fossiles degrés de Fétagt silurienne
férieur.
Les deux genres rencontrés dans ces con-
ditions, sont : le genre phascolotherium,
Broderip, qui se rapproche des didelphes
Kr trois molaires fausses et quatre vraies.
; seule espèce connue appartient au\ ter-
rains jurassiques de Stonesfield.
Le genre ihylacotherium , Owen, voUin
des dideljjjes, s'en distinguait par des mo-
laires plus petites et plus nombreuses. On
coni>ait deux espè!;es du même lieu.
Les genres encore existants sont les sui-
vants : genre didelphis, Linné. Quand toutes
les espèces vivantes sont propres à l'Améri-
que, il estcurieuxd'en rencontrer deuxdans
létale parisien de Montmartre, près de Pa-
ris, a Provins et à Kyson(Suffolk); lesaotrcs
sont des cavernes du Brésil.
Genre dasyurus, Geoffroy. Une espèce des
cavernes de la Nouvelle-Hollande.
Genre thylacinus, Temininck. Une es|)tce
est des mômes lieux.
Genre halmaturus, IIlip:er. Quelques es} è-
ces sont fossiles des cavernes delaNouvelle-
Holtonde.
Genî^ hfjpsiprinnus , Illi.^cr. Une espèie
est des mêmes .liînix«
i IIL RÉSUMÉ PALÉONTOLOGrQtiî SUR LES
MAMMIFÈRES.
Comparaison géfiérale.—Eii jetant un coup
d'œil sur la répartition chronologique dos
genres et des espèces de mammifères à la
surface du globe terrestre , depuis le com-
mencement de l'animalisation jusqu'à Tépo-
que actuelle, on est, tout de suite, frappé de
ces faits généraux, qu'à l'exception de deux
formes encore douteuses , l'ensemble des
mammifères manque dans les quatre pre-
miers âges géologiques du monde, mais qu'us
se sont montrés très-nombreux avec les ter-
rains tertiaires, et qu'ils ont toujours mar-
ché en progression croissante depuis leur
première apparition jusqu'à la dernière épo-
que qui nous a précédés sur la terre. On
voit encore que les formes çénériques qui,
à chacun des étages, ont cesse d'exister, soui
souvent en nombre supérieur aux genres qm
se sont conservés jusqu'à nos jours. Ainsi,
d'un côté, progression croissante de l'enseï»-
ble,et,de rautre, des formes animales étein-
tes dans los âges géologiques et complètement
inconnus dans la faune actuelle.
Comparaison des ordres entre eux. ^ky^^^
de pousser pJus loin les comuaraisons géné-
rales, nous allons comparer les ordres entre
eux, pour reconnaître si les diverses sénés
connues aujourd'hui à l'état fossile, ont ele
réparties d une manière uniforme, suivant
leur instant d'appairilion à la surface du
globe. , ,
Les didelphes.— SU touten doulantducjas-
sement des fameux didelphes de StonesûeicJ
parmi les mammifères , nous les y plaçons
provisoirement, nous verrons qu'ils ont paru
a l'époque jurassique de l'étage bathoni^^n;
c'est-à-dire treize étages avant tous les autre|
mammifères, à une époque oii les granJ'
8uS
MâU
ET DE PALEONTOLOGIE.
H^
reptiles sauriens purement marins . atteî-
g* aient leur maximum de développement, et
où Ton ne connaissait pas encore d'animaux
purement terrestres. Après ces animaux ex-
ceptionnels et douteux, les vrais didelphes
se sont montrés pour la première fois , avec
les autres mammifères, dans les terrains
tertiaires de Tétage parisien ; de cette
époque où ils étaient re|irésentés par un seul
genre , ils ont encore laissé quelques traces
dans rétage suLapennin, tandis qu'ils sont
aujourd'hui représentés par plus de quatorze
formes génériques différentes. En résumé,
le maximum des genres se trouvant à l'épo-
que actuelle, leur développement zoologique
esl en progression croissante.
Les camitcres se sont montrés, d'abord, à
la surface du slobe, sous trois formes géné-
riques , avec 1 étaçe suessonien , le ^iremier
âes terrains tertiaires; l'étage parisien n'en
a pas offert davantage ; l'étage felunien en
contient treize ^ l'étage subapennin onze:
tandis que le maximum est dans la faune af>
luelle, où l'on en connaît plus de vingt-cinq:
ainsi le développement zoologique des car-
nivores serait ae nos jours en progression
croissante.
Les ron^eurf présentent leurpremifT genre
dans le plus ancien des étages tertiaires, l'é-
tage suessonien. Trois genres sont connus
dans Tétage parisien ; dix dans l'étage falu-
nien, eisept àaus l'étage subapennin. La
laune actuelle étant représentée par un maxi-
mum d'au moins cinquante formes zoologi-
ques, on voit que l'ordre des rongeurs est
encore en urogression croissante.
Les pachydermes offrent leurs deux pre-
miers genres avec l'étage suessonien, qui
est, des terrains tertiaires, le plus ancienne-
ment déposé. L'étage parisien en renferme
huit. Leur maximum de développement zoo-
logique a eu lieu durant les élages ialunien
et subapennin, qui montrent chacun quinze
genres, tandis que la faune actuelle n'en
contient que neuf. Contrairement aux trois
ordres qui précèdent, les pachydermes se-
raient aeluellemeutdans une période décrois-
sante, puisque leur maximum a eu lieu à
une é[K)que passée.
Les quadrunuines manquent , jusqu'à pré-
sent, dans le premier étage tertiaire; ils sont
représentés par une seule dent au sein de l'é-
tape parisien; par deux genres dans l'étage
faliinien, et par quatre seulement dans l'é-
tage subapennin; tandis quelafauneacluelle
montre un maximum d'au moins /reit/e gen-
res. Les quadrumanes sont donc en progres-
sion croissante dans la faune contempo-
raine^.
Les chéiroptères manauent dans l'étage
suessonien; ils offrent a peine un genre
avec rétame parisien, deux avec l'étage falu-
nien, trois avec Tétage subapennin, quand
la faune actuelle en a plus de trente^trois.
Les chéiroptères sont, aujourd'hui , en pro-
gression croissante de formes.
Les cétacés 9 inconnus dans le premier
«Hagc tertiaire, ont montré quatre genres
djns l'étaje parisien, ifrp/, dans Téla^ie fa-
lunien, cinq dans l'étape subapennin; mais
la fiiune actuelle contient le maximum de
quinze genres. Ils sont en progression crois-
sante dans la faune actuelle.
Les amphibies manquent dans les deux
premiers étages; ils ont deux genres dans
chacun des étages falunien et subapennin,
et leur maximum de développement se ma-
nifeste à l'époque actuelle par plus de dix
genres. Ils sont, dès lors, en progression
croissante.
Les insectivores manquent dans les deux
premiers étages tertiaires; ils montrent trois
Î;enres dans l'étage falunien, quatre dans
'étage subapennin; mais leur maximum,
formé de neuf genres, existe aujourd'hui.
Ils se trouvent donc en voie croissante de
développement.
Les édentés manquent aussi dans les deux
étages inférieurs des terrains tertiaires ; ils
offrent un genre dans Tétage falunien, et
seize f ou le maximum de développement
dans l'étage subapennin qui nous a précédés
à la surface du globe; car la faune existante
n*a pins aue neuf sentes connus. 11 en ré-
sulte que les édentés, comme les pachyder-
mes, sont dans une période décroissante
avec la faune contemporaine.
Les rtimifiartlf qui, comme les amphibies,
les insectivores et les édentés, manquent
dans les deux premiers élages tertiaires,
montraient trois senrcs dans l'étage falu-
nien, huit dans l^tage subapennin, tandis
que le faible maximum de dix existe avec
la faune actuelle. Les ruminants sont, néan-
moins, dans une période croissante de dé-
veloppement zoologique.
La comparaison de ces différentes séries
de mammifères nous montre, dans une pé-
riode décroissante de développement de
formes zoologiques , les édentés et les pa*
chydermes, tandis que les autres ordres, ou
le plus grand nombre sont, au contraire,
en voie croissante de développement géné^
rique. Nous insistons sur ce lait, en appa-
rence peu important, mais qui nous conciuit
à trouver déjà, chez les mammifères,, une
grave exception à la loi sur la perfection
successive des êtres eu. marchant des étages
inférieurs aux supérieurs; perfection qui
disparaît souvent, quand on met en paral-
lèle les différentes séries animales. Compa-
rons encore l'instant d^apparition des ordres
à la surface du globe avec le développe-
ment des facultés chez les mammifères,
pour chercher des raisons pour ou contre
ce perfectionnement. Si Ton considère les
ossements de StonesCeld comme apparte-
nant à de véritables mammifères, cette loi
de perfectionnement trouve un grand argu-
ment dans l'arrivée prématurée de mammi-
fères didelphes, les moins parfaits dans leur
organisatioa, è une époque relativement
ancienne ; mais ce fait isolé, établi sur un
des animaux peu connus, n'empêche pas les
didelphes bien certains de manquer dans le
f premier âge tertiaire, et d'être, de toutes
es séries, la plus en voie croissante de dé-
veloppement générique à l'époque actuelle.
1
855
MAM
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
MAM
VJi
ex
a
et sous ce rapport, presque en parallèle
avec les quadrumanes; tandis que les céta-
cés, moins parfaits sous le rapport des or-
ganes du mouvement, se sont montrés sur
fa terre après les carnivores, les rongeurs
et les pachydermes, en même temps que les
quadrumanes. 11 y aurait encore ici une
sorte d'exception à la loi qu*on a regardée
comme générale.
D*un autre côté, sans avoir égard au\
ceptions citées, et adoptant l'hypothèse
ui voit des didelphes dans les ossements
e Stonesûeld, on trouvera que les plus
anciens des mammifères appartiennent à la
série la moins parfaite de cette classe détrcs;
qu'ils ont été suivis, mais seulement dans
les terrains tertiaires, des carnivores, des
rongeurs, des pachydermes, avec le premier
étage; des quadrumanes, des chéiroptères,
des cétacés, dans le second; des ara pnibie?,
des insectivores, des édentés et des rumi-
nants, dans le troisième. Que les carnassiers,
les quadrumanes surtout, mieui conformés
que ceux-ci, appartiennent à la série en voie
croissante de développement de forme, et
qu'enfin, l'homme, le plus parfait des êtres,
n'a été créé qu'avec l'ensemble de la faune
actuelle. On en conclut que, chez les mam-
mifères « la série prise suivant les ordres a
néanmoins marché vers sa perfection dans
la superposition chronologique des Ages
géologiques jusqu'à notre époque.
Déaucfions zoologiques générales. — La
comparaison des ordres nous apporte des
exceptions à la marche croissante des formes
zoologiques, en remontant dans les étages
géologiques, mais toutes ces exceptions
disparaissent, si Ton prend l'ensemble des
mammifères, sans tenir compte de ces dif-
férents ordres. En laissant de côté les deux
genres de Stonesfield cités dans l'étape ba-
thonien des terrains jurassiques, mais en-
core douteux, nous voyons, en effet, tous
les autres apparaître dans les terrains ter-
tiaires, et montrer la progression suivante
du nombre des genres ou des formes zoolo-
Siques, en observant l'ordre chronologique
0 succession des étages de la croûte ter-
restre. Dans l'étape suessonien, le premier
des terrains tertiaires, six genres; dans l'é-
tage parisien, vingt-un: <lans l'étage falu-
nien, cinquante^sepi: dans l'étage subapen-
mUf soixante-douze. Comparés a l'ensemble
de plus de 210 genres de la faune actuelle,
ces nombres prouvent jusqu'à l'évidenro
que, pris dans leur ensemble, depuis leur
première apparition sur le globe, les mam-
mifères multiplient de plus en plus leurs
formes zoologiques, et qu'ils sont mainte-
nant à leur maximum de développement,
avec l'homme qui est, sans contredit, l'être
le plus parfait de toutes les créations pas-
sées et actuelles.
Déductions climatologiques comparées, —
L'étude de la répartition des genres do mam-
mifères actuels, suivant les grandes lignes
isothermes du globe, montre que tels ou tels
genres sont auiourd'hui cantonnés dans la
zone 6iuatoriale qu'ils ne franchissent ja-
mais , tandis que tels autres, au contraire,
se trouvent partout répartis à penprès^*
lement, et n ont plus que leurs espèces can-
tonnées dans des limites de températun
[)ropres. Prenons quelques exemples parmi
e.» premiers pour arriver à quelques i-on-
clusions générales de climatologie. Personne
n*ighore que tous les quadrumanes ou sin-
ges, les éléphants, les hippopotames, les
rhinocéros, les tapirs, les girafes, etc., elc,
sont aujourd'hui spécialement propres aui
régions tropicales, ou aux contrées encore
très -chaudes c|ui les avoisinent ; et c'est une
conséquence indispensable de leurs condi-
tions propres d'existence, déterminée ^x
leur genre de nourriture. Voyons main-
tenant oil se trouvent, soit les mêmes gen-
res, soit les genres voisins, dans les étages
géologiques. Les singes fossiles se sont
montrés dans le Suffolk, ])ar 52* de latitude
nord, à l'époque de l'étage falunien. Les élé-
phants fossiles et les autres genres voisins,
tels qM^Xemastodon., ont été rencontrés par-
tout en Europe, en Amérique, dans les ré-
gions tempérées et froides, et jusqu'à la ioer
Glaciale : les girafes, les hippopotameSt les
rhinocéros et les tapirs fossiles, avec les
genres qui s'en rapprochent, tels qucles
anoplotherium, les palœothtrium, etc., etc^
étaient surtout très-abondants en France, en
Allemagne, dans les régions presque froides.
On doit nécessairement conclure de ces faits
qu'à l'époque où les singes fossiles vivaient
en Angleterre et en France, où les autres
genres cités aujourd'hui comme propres aui
régions tropicales, couvraient la France,
l'Angleterre, la Suisse, l'Allemagne etjQ^
qu'à la Russie, la température de ces régions
était inflniment plus élevée qu'aujoord hui,
et qu'elle devait égaler la température des
tropiques. De plus, on doit croire, que, sous
une telle température, ces pays étaient cou-
verts de tout le luxe actuel de végétation
propre à la zone torride, car, sans cela, ces
animaux n'auraient pas pu exister.
Déductions géographiques comparées,—]^
répartition géographique des genres actuels
de mammifères à la surface du globe, nous
donne par exemple , les tatous {dasypuf],
les dasyprocta^ les echimys^ les didelphet^
seulement en Amérique; les camelus,]ts
rhinonocérosy les hippopotamusy seulement
en Asie et en Afrique ; les orycttrojms au
cap de Bonne-Espérance, et le genre cberal
Œquus)j seulement dans l'ancien continent.
Quelques zoologistes ont, dès lors, éw
très-étonnés lorsqu'ils ont été obligés de 5i
gnaler des dasyhus^ des doawproc/d, diJ
echimysy des didelphes fossiles dans les éta-
ges parisien et falunien de France, (le*
orycteropuSy des equusy des camelus fossiles
dans l'Amérique du sud, des hippopotumun
la Nouvelle-Hollande, des rhinocéros, d«
girafesy en France, en Russie, etc., etc. I»
se sont récriés, le plus souvent, sur ces înts
qu'ils regardaient comme une anomalie «d-
gulière et très-curieuse. Leur étonneraent
s'explique par cette seule raison qu'ils sa-
vaient étudié que les mammifères; car, en
«7
IIJLM
ET UE PALEmrOiXMME.
H.iM
anticipant un instant sur les faits que nous
donnent Tensenible des êtres et leur répar-
tition, nous reconnaîtrons dans cette ano-
malie supposée le fait général, que dans
tous les â^es géologiques, les êtres ont une
distribution tout à fait indépendante de la
répartition géographique d'aujourd'hui, et
que leur esfjèce de cantonnement dans des
zones isothermes, ou sur des régions conti-
nentales spéciales, n*a réellement commencé
qu'arec I époque actuelle. Nous sommes
même heureux de trouver chez les mammi-
fères, les animaux cantonnés, par excel-
lence, dans les conditions actuelles, des
faits assez nombreux pour prouver qu'ils
suivent les lois générales qui président à la
distribution uniforme des genres dans les
ipèmes âges géologiques sur tous les points
du globe à la fois.
Bidueiiont géotogiques iirée$ des genres. —
La forme zoologique nous donne, par la pré-
sence ou par Tabsenee des genres dans les
étages géologiques des caractères stratigra-
figues négatifs ou positifs.
Les caractères stratigraphiques négatifs
donnés par les mammifères dans leur appli-
cation à la stratification des terrains et des
étages sont faciles à déduire. Sur 115 genres
rencontrés fossiles, pas un ne traversant
tous les étages, et tous étant , au contraire,
cantonnés dans les étages dont il n'occupent
qu'une très-courte série, ils offrent, pour les
terrains et pour les étages où ils manquent,
autant de caractères négatifs; ainsi ces cent
quinze genres j dont aucun n'a montré de re-
présentants dans les terrains paléozoïques,
triasiques, crétacés, et dans neuf étapes ju-
rassiques sur dix, sont autant de faits oui
prouvent la spécialisation des formes zoolo-
giques dans les étages géologiques, et qui
pourront servir à reconnaître ces étages par-
tout oit ils se rencontreront.
En comparant seulement entre eux les
différents étages des terrains tertiaires, nous
arriverons encore à trouver, pour chacun en
particulier, des caractères négatifs donnés
par les faits actuellement connus ; car il en
ressortira que les 107 genres qui manquent
dans l'étage suessonien peuvent le caracté-
riser encore mieux que les six genres qu'on
feite. Que les 90 genres qui manquent à
étage parisien, nue les 42 genres qui sont
inconnus dans l'étage falunien sont autant
de faits négatifs qu on peut invoquer pour
reconnaître ces étages, lorsque la superpo-
sition laisse des doutes sur l'âge réel au-
quel on doit les rapporter.
Caractères stratigraphiques positifs. Nous
appelons caractères positifs^ les formes ani-
males, les genres, qui existent dans un ter-
rain, dans un étage ; ainsi pour nous, les
1 15 genres connus fossiles sont autant de
bits positifs propres à caractériser les étages
où ils se trouvent. Les genres qui parcou-
rent une série plus ou moins grande des
étages peuvent servir, pour tous ces étages
à la fois, comme les genres canis^ viterraf
aciuruêf etc., et ces genres qui traversent
plusieurs étages sont au nombre de kO,
tandis que ceux qui n'occupent encore au-
jourd'hui qu'un seul étage sont au nombre
de 75. Dès lors, les genres caractéristiques
de leurs étages spéciaux connus comme les
sept de l'étage parisien, les 23 genres spé-
ciaux de l'étage falunien, et les 42 genres
propres à l'étage subapennin, dont 25 sont
ensevelis pour toujours dans l'éi^oque qui
nous a précédés sur la ferre, seront autant
de formes caractéristiques de ces différents
étapes qu'on pourra invi^quer comme faits
positifs, quand on aura des doutes sur un
gisement géologique dont la stratification ne
sera pas certaine.
Persistance des caractères positifs. — Nous
ne terminerons pas ce qui a rapport aus
caractères positifs, sans faire ressortir un
fut que nous comparerons dans toute la
série animale. C'est que, lorsque une série
animale commence à se montrer, elle se
trouve généralement dans tous les étages
intermédiaires iusqu'à ce qu'elle finisse, ou
Qu'elle arrii'.; à l'époque actuelle. I^s genres
teints pour la faune terrestre, comme ceux
qui arrivent jusqu'à présenter des espèces
encore vivantes, sont dans le même cas,
comme on peut le voir pour les genres ofi-
Aracoikeriumf paUeotherium^ canis^ urtia,
etc. Quand un genre manque dans un étage,
tandis qu'il est représenté dans les étages
inférieur et supérieur, comme on le voit
pour les genres /mm, sciurus^ halieore^elc.f
etc., on doit croire que, s'il n'a pas encore été
rencontré dans les étages intermédiaires, il
doit sans doute exister sur des points encore
inconnus à la science, et sa non-présence
dans ces parties intermédiaires ne peut être
regardée comme un fait réellement négatif.
Déductions géologiques tirées des espèces^
— En comparant les travaux consciencieux
des Cuvier, des Owen, des Mejer, des Kaup
et de tant d'autres savants qui ont écrit sur
les mammifères fossiles, on reconnaît que
chaque fois qu'une espèce a été établie sur
assez de matériaux rencontrés dans un étage
géologique certain, elle se trouve propre à
cet étage, qu'elle peut servir à caractériser.
Ou peut voir la vérité de ce fait surtout dans
le résumé que le docteur Giebel a fait des
mammifères fossiles connus. Il en ressort
évidemment que les espèces sont propres à
des étages spéciaux ; car, bien que cet au-
teur ait séparé le dilutium et les catemes de
son tertiaire supérieur, qui est notre étage
subapennin, on pourra voir aux considéra-
tions générales sur ce dernier étage, oue
nous regardons comme contemporains les
cavernes et le diluvium qui contiennent des
espèces perdues; seulement les uns sont
des dépôts marins, et les autres des dépôts
terrestres d'une même époque géologique.
En nous résumant, nous dirons que, par-
tant de ce principe, nous pourrons regarder
les quatre cents espèces fossiles de mammi-
fères comme étant presque toutes caracté-
ristiques de leurs étages respectifs.
MAMMIFÈRES RUMINANTS, de , leur
première apparition^ — Vog. Faummi
830
MAM
DICTlONNAmE DE COSMOGONIE
MAM
8^
• MAMMIFÈRES, rarement entraînés parles
fleuves, — Voy. Subipennin.
M-AMMOUTHS DE aJRÉRIE. — PaHas et
plusieurs auteurs ont prétendu que les os
du mammouth se rencontraient en très-
grande abondance dans toute la partie basse
de la Sibérie qui, de l'ouest à Test, s'élenil
depuis les limites de l'Europe jusqu'à TA-
mérique, et, du sud au nord, depuis la base
des montagnes de l'Asie centrale jusqu'aux
rivages de la mer Arctique. Bans cet espace,
qui n'est guère moins étendu ^ue l'Europe
entièi-e, on a trouvé de l'ivoire fossile pres-
cjue partout, sur les bords de l'Irtisk, de
1 Obi, dii Jéniséi, de la Lena et de diverses
autres rivières. Quant à des débris d'élé-
j)hanls, on n'en rencontre ni dans les ma-
rais, ni dans les plaines basses, mais seule-
ment dans les lieux où les bords des rivières
offrent de hauts escarpements de sable et
d'argile. Pallas en a conclu Irès-judicieùse-
raent que, si Ton pouvait faire des coupes
dans tous les terrains élevés, situés entre
les grandes rivières, on y trouverait très-
probablement des ossements semblables.
Déjà, avant Pallas, Strahlenberg avait établi
que, lorsque par suite de leur débordement,
les grands fleuves viennent à se creuser un
nouveau lit, on ne manque jamais de ren-
contrer un grand nombre de fossiles de ce
genre.
Quant au gisement de ces ossements, Pal-
las les trouva en quelques endroits associés
à des débris marins, tandis qu'ailleurs, ils
n'étaient accompagnés que de bois fossile
ou de lignite, qui, suivant cet observateur,
paraissait provenir d'une tourbe carbonisée.
Pallas découvrit aussi sur les bords du Jé-
niséi, par 56 degrés de latitude, et au-des-
sous de la ville de Krasnojarsk, des molaires
et des os d'éléphant renfermés dans des
couches de marne jaune et rouge, alternant
avec du sable grossier et du gravier. Où se
trouvaient aussi bçaucoupde fragments pé-
trifiés de saule et de différents autres arbres.
Ni là, ni dans le pays environnant, il n*y
avait de coquilles marines; on n'y rencon-
trait que des couches de charbon (GW). Mais
beaucoup plus loin encore, en ueseendant
le Jéniséi, on recueillit près de la mer, par
70 degfés de latitude, des molaires de mam-
moulh, auxquelles se trouvaient associées
des pétri(i(^ations marines (650). Pallas cite
encore plusieurs autres localités de la Sibé-
rie, où des coquilles marines et des dents
de poissons accompagnent les os du mam-
mouth, du rhinocéros et du buffle de Sibérie
ou bison {bos pri<icus). Ce n'est ni sur les
(6i9) Pallas, Rehse in Russ. Rciche, p. 409,
fG50) Nov. Corn. Petrop,^ vol. XVII, p. 584.
(851) Nov. Corn. Pètrop., vol. XVII, p. 591.
(632) Journal du. Nord; Saint Pétersbourg, 1807.
< Au momeni où je vous parle, les honinies qui
savent admirer peuvent aJuiirpr à Taise le Mam-
mouth trouvé Tannée dcntière à l*cmbouclnire cic
la Lena, par le !»oixant4*,'(iralor7.iènH'. dogré de lal\-
tude. Cet animal était incrust:^ (notez bien) dans uni^
niasse dî»g':if:(*, «'i rivé de plt^ieun tvh.es au-drêsm
bords de l'Obi, ni sur ceux du Jéuiséi, mats
bien sur les rives de la Lena, qui, de ces
trois fleuves est le plus oriental, et où, à
parité de latitude, le froid est beaucoup plus
intense, que certains débris fossiles ont été
trouvés dans un état de conservation vrai-
ment extraordinaire. En 1772, Pallas dé-
couvrit, à Wiljuiskoi, au 64* degré de lati-
tude, sur les bords de la rivière de Wiljui,
tributaire de la Lena, le squelette d'un
rhinocéros {R, tichorhinus) qui avait été
extrait du sable où il avait dû rester pen^
"dautdes siècles, à l'état de congélation, le sol
de cette contrée étant toujours gelé jusqu'à
une certaine profondeur au-dessous de la sur-
face. Ce squelette, qui pouvait être comparé
à une momie naturelle, émettait une odeur
analogue à celle de la chair en putréfaction.
Quelques parties de son corps étaient encore
couvertes de poils noirs et gris. Sa tête et
Tun de ses pieds, celui qui fut envoyé à
Saint-Pétersbourg, en étaient surtout telle-
ment garnis, que Pallas se demandait si on
ne devait pas supposer que le rhinocéros
de la Léua avait nabité les régions tempé-
rées de l'Asie centrale, d'après cette circons-
tance que son pelage était beaucoup plus
chaud que celui du rhinocéros d'Afri-
que (631).
En 1806, plus de trente ans après la dé-
couverte de ce rhinocéros, M. Adams trouva,
bien plus au nord encore, le squelette en-
tier d'un mammouth, qui avait été engagé
dans une masse de glace sur les bords de
la Lena au 70* degré de latitude. Les parties
molles de cet animal étaient en si parfait
état de conservation que les loups et les
ours en mangèrent la cliair. Dans son sque-
lette, qui figure au muséum de Saint-Péters-
bourg, on remarque surtout la tête dont le
tégument, ainsi que plusieurs ligaments,
sont encore entiers. La peau de cet animal
était couverte de soies noires semblables à
celles d'un sanglier, et qui, plus épaisses
que des crins de cheval, avaient de 12 à 16
pouces (3 à idée.) de long; elle était en
outre revêtue de crins d'un brun rougeâtre,
de 4. pouces (1 déc.) de longueur environ;
et cnun d'une laine de la même couleur,
ayant 1 pouce (25 mil.) de Ions. Plus de
trente livres de cette fourrure furent ex-
traites du sable humide qui bordait la ri-
vière. Ce mammouth avait neuf pieds (â m.
75) de haut et seize (4m. 87) de long. Sans
tenir compte, des énormes défenses recour-
bées dont il était armé. Il est bien rare que
les plus grands éléphants mAles actuellement
vivants surpassent cette taille (652).
du $ol. C*eiie glace s étant mise h diminuer par je 'l'
sais quelle cause physique, on a commencé à ^[
ranimai depuis cinq ans. — Hélas ! dans un ^
plus fertile en c<mnaissenrs actifs, nous Dossea^
rions une merveiiîe qu'on serait venu voir de lopw>
les parties du monde, comme les musulmans alw^"
à la Mecque, — un animal antédiluvien entier jus-
que dans ses moindres parties cl suïceptiWc/lcfl^-
baumement; on aurait pu tenir dans ses maw* *•
œil qui voyait, un cœur qui battait il y a S"*-^,
mille ans. Quh talia fando Umperet a hcT^^'*-
8St
M.VM
ET DE PALEONTOLOGIE.
MâM
D*apr&s ce qui précède J on voit que le
mammouth, au lieu d*élre à poils ras comme
les éléphants actuels de linde et de TAfri-
que, était pourvu d*uue enveloppe de four-
rure velue et très-épaisse, qui était proba-
hiement aussi impénétrable à la pluie et au
fibid que celle du bo^ musqué (653). Tout
porte donc à croire que cette espèce avait
été dotée par la nature de tout ce qui pouvait
la mettre à même de résister aux vicissitu-
des d'un climat septentrional. £n outre, il
est ceftain que depuis le moment où les
scjaelettes du rhinocéros et de Télépbant
ci -dessus décrits furent ensevelis dans la
Sibérie, au 6k* et 70* degrés de latitude
oerd, le sol dut rester gelé, et Tatmosphèrcr
conserver une température presque aussi
basse que celle qui y règne aujourd'hui.
L'ivoire que l'on trouve dans toute la partie
septentrionale de la Russie, est, suivant
Tiiesius, d'une telle fraîcheur, que l'on a pu
faire des ouvrages au tour avec les milliers
de défenses fossiles qui ont été déjà tirées
de cette contrée, et dont on fait un commerce
considérable, sans compter l'immense quan-
tité qui en reste encore. Quant aui sque-
lettes d'éléphants fossiles que renferme cette
même partie de la Russie, il pense que leur
nombre surpasse encore de beaucoup celui
de tous leseléph^ntj; qui vivent actuellement
sur la surface entière du globe.
Mais lorsqu'il s'est trouvé enlièremeot dégagé, rani-
mai a glissé au bord de la mer, et là il esl devenu
la pâture des ours blancs, et les sauva^^es ont scié
les défenses qu*il n a plus été possible de trouver.
Tel qu'il est cependant, c'est encore un trésor qui
oe peut être déprécié que par Tid^ de ce qu'on
aurait pu avoir. J*ai soulevé la télé pour ma part.
Cesl un poids pour deux maîtres et pour deux la-
quais. J'ai touché et retouché Toreille encore tapis-
sée d€ poil. J'ai tenu sur une table et examiné tout à
mon aise le pied et une petite portion de la jambe.
La sole, en partie rongée, avait plus d'un pied de dia-
mètre; la peau esl parfailementconservée ; les chairs
racornies ont abaodomié la peau et se sont durcies
autour de Fos; ce^ndant roJeur est encore tfès-
fu.leel Irès-désagreable. Cinq ou six fois de suite,
j*ai porté le nez sur celte chair. Jamais Fhomme le
plus voluptueux n'a humé le plus délicieux parfum
de rOrient avec la suavité du plaisir que m*a causé
rôdeur fétide d'une chair antédiluvienne putréfiée.
— Maintenant, monsieur le eomte, que monsieur de
Biiffon vienne nous faire des contes de fées sur le
refroidissement du globe ! Si l'on cueillait la pèche
M I ananas sur les bords délicieux du WaigaU; si les
animaux du tropique vivaient dans ces belles con -
trée», quelle magie a conservé les parties tendres de
leurs cadavres, je ne dis pas dans les premières
couches de terre meuble, mais au-dessus même de
In surface de la terre comme vous venez de le voir.
La montagne de glace qui entourait le mammouth
«'esl-eUe Torméc pendant qu'il faisait chaud? ou
bien le cadavre s*est-il conservé en* attendant qu'il
lit froid, etc. ? •
{Leitre de Jf • ie eomte i. de Matstre à If. le comte
He VurgaOf à Caglieri, Si-Pétersbourg, l*' nov.
1807).
(055) Fllmirt, £d. ne». phiL jownu^ n* xii,
p. 285.
Bien que Tévèque Héber affirme avoir vu {Narr.
o( a journal througk the upper protinces of india, —
f Sécil d'^un voyage dans les provinces supérieures de
rinde, vol. Il, p. 166-210), dans la chabie infériem-e
Bien que récemment on ait découvert des
débris oe mammouth dans les roches de li-
mon gelé et de glace qui, dans la baie d*£-
schscnoltz (Amérique russe» lat. 6G' N.),
s*étendent à Test xlu détroit de Behring, on
ignore quelles pouvaient être, au juste, les
limites des régions occupées par cet animal.
A mesure gue la fonte de la glace occasionne
ïa destruction de ces rocher, les défenses et
les ossements qu'elles renfermaient retom-
bent sur le sol, n*a van t plus d*appui pour se
soutenir ; et le limon qui était mélangé avec
la glace, laisse échapper une irès-forte odeur
de matière animale (G5V).
Lorsqu*oo réfléchit aux différents faits qui
viennent d*ètre énumérés, on se trouve na-
turellement porté à en conclure qu*une vaste
région de TAsie centrale, comprenant peut-
être la moitié de la partie méridionale de la
Sibérie, dut jouir, à ure certaine époque de
rhistoire du globe, peu éloignée, géologique-
ment parlant, de la période actuelle, a*uii
climat assez doux pour produire les pâtura-
ges nécessaires à la sulisistance de nombreux
troupeaux d*éléphants et de rhinocéros ap^
parienanià des espèces distinctes de celles qui
vivent de nos Jours. On croit, en général, que
les grands nerbivores exigent pour leur
nourriture une végétation excessivement
ai)ondante ; mais, suivant M. Darwin, c*cst
là une erreur complète, et qui provient^ dit-
des montagnes de rilimalaja, vers les limites nord-
est du territoire de Delhi , entre les 29' et 30*
d^és de latitude, un cléphaitt indien de petite
taille couvert d^une épaisse fourrure, ce témoignage
ne suffit pas pour dttruire Topinion génératemeiil
admise que la variété dont il s*agit est excessive-
ment rare. If. Roy le (ex -inspecteur du Jardin bota-
nique de la Compagnie des iiidcs orientales, à Saba-
runpore) qui se trouvait dans Tlude au moment où le
journal de Tévèque Héber parut, se l.vra vainement à
toutes les recherches possibles pour ot>tenir quelques
preuves certaines de Teiistence de ces élénhanl>,
dont au reste, il n*avait jamais entendu parler jus-
qu'alors, quoique demeurant à Saharuupore, par 30*
de latitude nord, c*eslrâ-dire précisément à Vextri-
mile septentrionale de la zôiie des éléphants. D'un
autre côté M. Everest ne fut guère plus heureux;
c:ir, après s'être livré aux mêmes recherches, il ob-
tint, pour tout renseignement, le récit d*uncrencon«
tre faite h Delhi d*uii seul de ces animaux, dont le
corps était revêtu de longs poils extrêmement touf-
fus. La plus grande hauteur, dit M. Everest, à b-
quelle on rencontre réiépbant sauvage dans les
montagnes au nord du Bengale, correspond à un
eerUin endroit que Ton nomme >bhun ; cet endroit,
dont rélévalion surpasse de 4,000 pieds (plus de
1,200 mètres) le niveau de la mer, est s.tué sous le
31' degré de latitude nord. Sa température moyenne
annuelle peut-être de 64» P. (I7« 78 centiç.) envi-
ron; quant à ses extrêmes de température, ils offrent
une différence qui s'élève jusqu'à 36* F. (20* cen-
t!g.) â peu près; la température movenne de jan-
vier étant de 45* (7* 22 centig.)»el celle de juin , qui
esl le mois le plus chaud, de Ht» F. (27* 22 oenifg.)
{EsEULsr.Onclimauof foss.Eleph.^ journ. ofAsiat.
Soc. ^ Sur le climat des éléphante fossiles, par
Everest ; Journal de la Société asiatique. — K* 25,
p. 21.)
(05 i) Voi|«2 la description de ces ossements, par
le d' BiCKLAîm, Appen. to Beechey^s Voy. (Suppié-
iiiciit au Voyage de IWccliey.)
SS5
MAM
DIGTI0I<(NAIR£ DE COSMOGONIE
MAM
Uk
i\f des données que nous possédons sur VInde
' et les iles indiennes ; ces données nous ayant
accoutumés à associer^ dans notre imagination^
de nombreuses troupes éTéléphants à atmmen-
ses forêts^ et à d'impénétrables jungles. Ce-
pendant^ en réalité^ ces deux circonstances
ne se trouvent pas toujours réunies^ ainsi que
les parties méridionales de V Afrique^ compris
ses entre le tropique du capricorne et le cap
de Bonne-Espérance en fournissent la preuve.
Ces régions, quoique stériles et désertes^ sont
remarquables par le nombre et la grandeur
de leurs quadrupèdes indigènes ^ parmi les-
quels on compte un éléphant^ cinq espèces de
rhinocéros, un hippopotame, une girafe ^ le
buffle du Cap, Vélan, deux zèbres, le quagga,
deux gnous, et plusieurs antilopes. Le nombre
des individus dont ces diverses espèces se com-
posent est, du reste en rapport avec celui des
espèces elles-mêmes. Ainsi, par exemple, le
' docteur Smith raconte qu'en une journée de
marche qu'il eut occasion de faire sous le 2i'
degré de latitude sud, il rencontra, sans d/*
vicr beaucoup ni d'un côté ni de l'autre, cent
cinquante rhinocéros et plusieurs troupes de
girafes; ceux qui raccompagnaient avaient
tué huit hippopotames la nuit précédente. Ce-
Îendant le pays ne produisait que quelques
erbes, et quelques buissons dont la hauteur
ne dépassait pas quatre pieds (1 "* 4) ; les mi'
mosa arborescentes s'y trouvaient en plus pe-
tit nombre encore, de sorte que les chariots
\ dss voyageurs n'étaient pas entravés dans leur
marche, qu'ils pouvaient suivre à peu près en
en ligne droite (655).
Pour expliquer comment un St grand
nombre d animaux peuvent trouver une
Alimentation suffisante dans ces régions , on
a supposé que le bois taillis dont ils font
leur nourriture ordinaire était d'une nature
. très-nulritîve. On a remarqué, de plus que,
si la végétation ne devait pas être regardée
comme très-abondante, sa croissance, en
revanche , était des plus rapides. Aussitôt ,
dit le docteur Smith, qu'une place a servi
de pâture aux animaux de ces contrées, elle
5e retrouve couverte d'une végétation nou-
velle. En somme , il demeure constant, toute-
fois, que, mal|4,ré la prompte reproduction
de la végétation, la quantité de nourriture
nécessaire aux grands herbivores est défini-
tivement bien moindre qu'on ne le croit or-
dinairement. M. Darwin pense que la somme
. totale de la végétation qui, en un temps
donné, recouvre le sol de la Grande-Bre-
tagne, doit être dix fois plus considérable
3ue celle qui , sur un espace égal, se pro-
uit vraisemblablement dans les parties in-
térieures de l'Afrique méridionale (656). On
remarque en outre , comme exemple du peu
de rapport qui existe entre l'abondance de la
nourriture et la dimension des mammifères
; indigènes, que , tandis que la partie déserte
de l'Afrique méridionale renferme un nombre
si considérable de grands animaux, le Brésil,
(655) Dakwin , Journal of Traveti in S. Am^a,
etc., 183i-1836; Voyage du Heagle, p. 98.
<C*a3) Dabwin Journal of tràveU in S. Amerka,
dont la végétation est d'une richesst et d'une
vigueur sans égales , ne possède pas un seul
grand quadrupède sauvage (637).
Bien qu'il n'y ait nul doute que de nom-
breuses troupes de mammouths et de rhi-
noiéros ne pourraient aujourd'hui vivre
f rendant toute l'année dans la Sibérie, dont
e sol reste couvert de neige tout l'hiver, ce
n'est pas à dire, pour cela, qu'une végétation
propre à nourrir ces grands animaui naît
pu , jadis , croître et prospérer entre les 40* et
60* degrés de latitude nord.
D'après le docteur Fleming, la nourritun
que l espèce wtuelle d'éléphants préfire ne
peut nullement nous mettre à portée de dé-
terminer celle de l'espèce éteinte, ni même de
former une conjecture probable à ce sujH.
Aucun de ceux, dit-il, qui connaissent k
caractère araminivore de nos bêtes /aurei,
telles que le chevreuil ou le cerf, n'auraient
pu supposer que le lichen fût la nourritutî
du renne.
Plusieurs voyageurs rapportent que, mal-
gré le froid excessif qui, relativeoQent à la
partie occidentale de l'Asie, règne aujour-
d'hui à parité de latitude dans la partie
orientale de ce même continent, on retrouve
dans cette région , non-seulement des forêts
de sapins, mais aussi des bois de bouleaux,
de peupliers et d'aunes, qui s'avancent, en
bordant la Lena , jusqu'au 60* degré de lati-
tude nord.
On a prétendu également qu'ainsi qu'à
l'époque actuelle les animaux des climats
septentrionaux émigrent suivant les saisons,
il se pourrait aussi que l'éléphant et le rhi-
nocéros de Sibérie eussent eu pour habitude
de se rapprocher du nord en été. Le bœuf
musqué abandonne chaque année ses quar-
tiers d'hiver méridionaux, et traverse la
mer sur la glace pour aller patlre pendant
quatre mois, de mai à septembre , les riches
pâturages de l'île Melville, située sous le
75* degré de latitude. D'après cela, ne doit-
on pas supposer que, durant les vives cha-
leurs des courts étés du nord , les mani-
n.ouths pouvaient, sans dépasser le cercle
arctique, aulantque le bœuf musqué, étendre
leurs excursions depuis les régions centrales
ou tempérées de l'Asie, jusqu'au 60' paral-
lèle de latitude?
Or, dans ce cas , la conservation de leurs
ossements, et même quelquefois de leur
squelette entier, dans la glace ou dans le
sol gelé, peut s'expliquer, sans qu'il soit
nécessaire, pour cela, d'admettre aucune
révolution subite , soit dans l'ancien climad
soit dans l'état primitif de la surface du
flobe. Il y a tout lieu de supposer qû«
époque où vivaient Téléphant et le rhino-
céros dont les espèces sont éteintes, les
basses terres de la Sibérie s'étendaient moins
vers le nord qu'à présent ; car on sait que les
strates qui forment ces basses terres, et dans
lesquelles sont enfouis leurs T[)ssemenls, lu*
etc., p. 9lD. ,
(657) BuRCHELL, cité par Darww, iM., p- 1<'>'
8Ô3
MâH
ET DE PALEONTOLOGIE.
UèM
rent, à Torigioe , déposées soas la mer/ On
sai^en outre, d*après les faits, que le voyage
de Wangrel , exécuté en Iffif, ISKel 1823,
a si bien mis en évidence qu'un soulève*
ment lent da sol , analogue à celui oui s'o-
père dans une partie de la Suède, a lieu en
ce moment, d'une manière incessante, sur
les bords de la mer Glaciale. Ainsi donc,
de même que les rivais du golfe de Bothnie
augmentent d'étendue, non-seulement par
Tenet des sédiments qu'y apportent les ri-
vières, mais aussi par suite de l'élévation,
et conséquemmentdtt dessèchement du fond
de la mer, de même il se pourrait qu'une
semblable combinaison de causes eût, dans
les temps modernes, occasionné l'aman-
dissement de la bande de terre basse, où ont
été trouvés, en Sibérie, des coauilles ma-
rines et des ossements fossiles. Ln tel chan-
gement dans la géographie physique de .cette
ré^on tendrait nécessairement, en impli-
quant l'accroissement constant des terres
arctiques, à augmenter Vin tensi té des hivers.
Or, ne doit-on pas conclure de là qu'avant
que la terre ferme eût acquis une aussi
grande étendue vers le nord , Thiver et l'été
de la Sil>érie offraient des différences de
température moins considérables que celles
qu'ils présentent aujourd'hui^ et n'est-il pas,
en outre , extrêmement proliable que c'est
plutôt à nneaugmenlation du froidde l'hiver,
qu'à une diminution générale de la tempé-
rature moyenne annuelle , qu*est due l*ex-
tinccion définitive du mammouth et de ses
contemporains?
En jetant un coup-d'œil sur la carte, le
lecteur verra comment, à présent, toutes les
gv^ndes rivières de la Sibérie coulent du
sud au nord , se rendant de régions tempé-
rées vers des régions arctiques ; et eomment,
par suite de cette direction, elles sont toutes,
ainsi que le Mackensie. dans l'Amérique du
Nord , sujettes à des débordements considé*
râbles ; circonstance qui s'explique par la
grande quantité d'eau courante que ces ri-
vières reçoivent dans la partie supérieure
on Déridionale de leurs cours, alors qu*elles
sont complètement gelées, sur une étendue
de plusieurs centaines demiiles près de leurs
emiiouchures , où elles restent bloquées par
la glace pendant six mois de Tannée. Dans
cet état de choses, on conçoit ce qui doit
natorellement avoir ^îeu: ces eaux courantes,
ne trouvant pas d'issue , se répandent sur la
glaee; souvent, aussi, elles changent de
direction et entraînent avec elles, soit des
lorèts entières qnand elles en rencontrent
sur leurs passages, soit d'énormes quantités
de terre et de gravier, mêlés de glace. Or, les
rivières de la Sibérie étant au nombre des
plus grands cours d'eau du monde (le Jé-
Biséi a 2,500 milles ou 900 lieues de lon-
gueur, et la Lena, 2,000 milles, ou plus de
700 lieues), on conçoit facilement que les
aniiBaua qui tombent dans leurs eaux peu-
vreot non-seulement se trouver transportés
à de très-grandes distances, dans la direction
de la 'mer Arctique, mais aussi qu*avant
d'arriver à cette mer ils peuvent échouer
sur la glace, ou même être gelés par
suite de leur ensevelissement dans quel-
que masse de glace. D*un autre côté , ne
serait-il pas également possible que plus
tard, la glace venant à se rompre, ils con-
tinuassent leur marche vers TOcéan, et qu'en-
suite ils finissent par être ensevelis dans les
dépôts fluviatiles et sous-marins qui , d'or-
dinaire, s'accumulent près de Tembouchure
des rivières.
M. de Uumboldt a remarqué que , près des
bords de la L.éna, à quelques pieds de profon-
deur, le sol reste toujours gelé sur une épais-
seur consiJéral>le. Or, on comprend qu'un
squelette, qui, dans un tel climat et dans une
telle réi^ion, viendrait à êlre enchAssé dans
la glace et le limon , pourrait bien y rester
indéfiniment sans être atteint de putréfaction
(658j. Aujourd'hui, suivant le professeur
Baér, deSaint-Péterst>ourg, la terre se trouve
constamment gelée jusqua la profondeur de
MO pieds ( 122 mètres environ ) , à Yakutzt «
ville située sur la nve occidentale de la Léna«
au 02* degré de latitude nord, et à six cents
milles ( plus de 800 lieues) de distance de la
mer polaire. Ce fait n'autorise-t-il pas à sup-
poser que, dès l'époque à laquelle vivait le
uammouth,c'est-èAlire lorsque la partie basse
de la Sibérie avait moins a'étendue vers la
nord, et que son climat était par conséquent
pins tempéré qu'il ne Test à présent, le froid
avait déjà assez d'intensité pour que les
rivières, coulant dans la direction où eHes
coulent encore aujourd'hui, puissent, après
avoir entraîné du sud au nord les corps des
animaux qui s'étaient noyés dans leurs eaux»
donner lieu à leur ensevelissement dans des
glaces flottantes et dans du limon gelé.
S'il est vrai que le squelette du mammouth
dont nous avons parlé ait été trouvé enfermé
dans de la glace, sans mélange de limon »
on pourrait supposer que l'animal avait été
englouti sous quelque amas de neige. Sui-
vant le docteur Richardson , dans certaines
régions du nord de l'Amérique, actuellement
habitées par un grand nombre de quadrupèdes
herbivores, les neiges se convertissent sou-
vent en glaciers permanents. Ces neiges sont
poussées par le vent sur les flancs des roches
escarpées , où elles forment des talus incli-
nés, de plusieurs centaines de pieds de haut;
puis, ^uand vient le dégel, des torrents se
précipitent des hauteurs enrironnantes , en*
traînant avec eux du terrain d'alluvion et du
gravier. Ce sol nouveau se recouvre bientôt
de végétations, et protège la neige qui Ini
sert d appui contre l'action du soleil. L*eatt
pénètre parfois, il est vrai, dans les fissures
et les pores de la neige ; mais , comme elle
y gèle aussitôt ; elle ne fait que hâter la trans»
formation de la masse en un seul glaçon
compacte. Or, les choses se passant de la
sorte, on comprend qu'il puisse arriver quel-
quefois que les animaux qui paissent dans
les vallées situées sur les bonis de la
(198) llca90L»T, Fra§m:ttU de gé4À0^'e et de ciimaloiogie 9$iatijue%^ t. H, p. r*03.
8G7
MaR
DICTlONNAiRH DE COSM0GO?ilE
MAR
tu
ou de quelque rivière « au pied de rochers
analogiaes 'a ceux dont il vient d'êlrc ques-
tion, se trouvent engloutis dans les neiges,
et que ces neiges, une fois transformées en
glat^ons solides, les transportent vers les
retiens f/olaires.
En définitive, toutes les considérations
auxquelles nous venons de nous livrer ^lor-
tent h croire que le mammouth, de même
que quelques autres quadrupèdes éteints,
conforinésde manière.à vivre sous les hautes
latitudes, ont très-bien pu habiter la partie
septentrionale de TAsie, à une époque où le
climat était plus doux et plus uniforme
qu*il ne Test à présent. Les terrains dans
lesquels se trouvent les mammifères éteints,
dont il a été précédemment question , appar-
tiennent à Tépoque tertiaire fa plus moderne;
quant aux dépôts tertiaires les plus anciens,
la nature des coquilles fossiles qu*ils ren-
ferment, attestent une température d'autant
plus élevée quMls datent d*une période plus
reculée. Ainsi, par exemple, on trouve dans
les plus anciens de ces dépôts , désignés sous
le nom d*éocèncs, des coquilles du genre
nautile et divers reptiles tels que certains
crocodiles et certaines tortues de mer et de
terre , qui offrent , sous le rapport de leur
structure , quelque analogie avec ceux que
de nos jours on ne rencontre que dans des
latitudes très-chaudes.
MARBRES. Voy. V Introduction.
MARCEL DE SERRES. — Comme nous
Tavons vu à Tarticle Jours — fériodbs, ce
savant soutient la théorie des époques indé*
terminées. Ce système naquit vers la fin du
siècle dernier, et fut principalement soutenu
f»arDeluc (Foy. cemot). Il consistée regarder
es six jours delà créationcommeautantde pé-
riodes d*uneduréeindéterminée. Ce furentles
travaux de Cuvier qui contribuèrent surtout
adonner quelque crédit à cette opinion. On
sait que Cuvier, pour expliquer la forma-
tion des teirains de stratification , admettait
jusqu'à quatre ou cinq envahissements suc-
cessifs do la mer sur les continents. On
5*empara de ces idées et on essaya de les
ajuster au texte de la Genèse. M. Marcel de
Serres a composé un livre exprès sur ce
sujet. C'est Tauteur qui a le mieux formulé
et le plus habilement soutenu cette thèse.
Voici ce système tel qu'il est développé par
le savant professeur de Montpellier, dans un
de ses principaux ouvrages, la Cosmogonie
de Moïse,
' Suivant M. Marcel de Serres, par les mots
in principio^ il faut entendre une période
indéfinie qu'on peut supposer avoir précédé
de plusieurs millions d années les six jours
ou les six époques de la création ou organi-
sation du monde , mentionnées dans la Ge-
nèse. C'est dans cet immense intervalle que
Dieu créa la matière ou la substance dont
les planètes, les étoiles et tous les corps
célestes sont composés, ainsi que Kéther et
les attnosphères dans lesquelles les astres
sont disséminés.
Ecoulons Fauteur lui-même développant
ses idées.
« Moïse parait avoir distingué dans son
récit deux sortes de créations : Tune, géné-
rale et primitive qui eut lieu au commenr^
ment;raulre, particulière à noire globe^
qui so rapporte aux temps plus récents, où,
dans sa sagesse infinie, Dieu trouva Imaden
orgaixiser la surface et de la peupler d'èir&
vivants.
« D*après ce grand législateur, la matière
qui compose les coi'ps célestes , la terre et
les autres corps planétaires, aurait étérré^e
dans le principe. Ces mots au commence-
ment indiquent une période indéfinie, biefi
antérieure aux époques également indéler-
minées, pendant lesquelles le g!obea()n5
sa forme sphéroïdale, et a reçu lés vé^élam
et les animaux qui devaient y répandre h
vie et le mouvement.
« Pendant ha preiaTère pézmle^ o» pbiùi
au commencement , ainsi que le ])orte le
texte hébreu. Dieu créa la matière, on k
dont il forma le ciel et la terre , car, cçîVà
toute la matière. Par l'effet de sa touti^poi^-
sance, la substance dont les étoiles, ks
planètes et tous les s^ sternes stellaires sotii
composés, ainsi que 1 éther et les atmospht-
res dans lesquelles les astres sont disséminés.
sortirent du néant. Ils précédèrent donc L^
disposition et larrangement propre à chamo
des corps célestes. A cette primitive cr»
tion du ciel renfermant les systèmes stejhi-
res et la terre se rapporte le premier lenel
de la GemiMt^ Au commencement JHtu cm
ce qui fut les deux et la terre.
« C'est donc sans fondement que ecrîaioi
commentateurs ont traduit ce pasfa;ee3
disant que Dieu aurait créé au premier jour
les cieux et la terre, car nulle part Muk
n'affirme que la terre soit sortie du néaniw
preinter jour, mais bien au comment emeni.
Or, par ces mots , il faut entendre une pé-
riode indéfinie , suivie également d*éfK>qu^
indéterminées dont rien ne peut faire appiv-
cier la durée. Pendant ces époques sucit-s-
sives ont eu lieu les diverses opratiOG'
physiques, ouïes différentes modificatiohs
delà surface du globe dont nous devons ii
connaissance à la géologie,
a Le premier verset de la Genèse s'octnpe
de la manière la plus explicite de la en^sM
de l'univers. D'abord du ciel, c'est-à-dir^dJi
l'espace où sont disséminés les différeou
corps célestes et planétaires , enfin , du sys-
tème général des astres. En second lieu , tii*
la terre qui, désigne, particulièrement notn
planète ; partie uu monde qui intére^s;^ >'^
f>lus Thomme et que la Genèses eu partin*
ièrcment en vue.
« Le législateur des Hébreux ne oau5 1
fourni aucune donnée sur la longueur <^
cette période , antérieure aux six époqut*
de la création. Faute de notions à cet é^^»
on peut supposer que des milhonsdannéf»
ont rempli I intervalle indéfini qui sépare ie
commencement de la première époque, oa
la terre reçut une forme et des dispositioos
nouvelles.
« Suivant nous, la matière qui conip*^
les cieux et la terre aurait été créée lu coo-
9Ù0
MAft
ET DE PALEONTOLOGIE.
MAR
870
nenccment. Elle n*atirait reçu et pris sa
forme et sa'disposi (ion actuelle, que pen-
dant les SIX époques de la création; tandis
que, suivant d autres naturalistes, les événe*
ments géologiques qui s*y sont succédé au-
raient eu lieu pendant cette première pé-
riode. Ces diverses manières d'entendre le
récit delà création ne portent nullement
sur son exactitude, mais sur la justesse de
Tune ou de Tautre de ces interprétations.»
Ainsi, M. Marcel de Serres distingue deux
grandes périodes : l'une qui se rapporte au
commencement des choses et à leur état
pour ainsi dire rudimentaire; il la nomme
Î période universelle , parce qu'elle embrasse
a création de l'universalité des corps céles-
tes et planétaires; l'autre période qu'il ad-
uiet, a reçu le nom de période céleste et
terrestre. C'est pendant cette période que les
corps célestes et planétaires de notre sys-
tème solaire reçurent leurs formes et leurs
dispositions actuelles.
Arrivé aux opérations des six jours, M.
Marcel de Serres traduit ces six jours par
six époques. Il se fonde sur ce que l'exprès-,
sion hébraïque tom, rendue* en grec par
e^c^K, en latin par diesy désigne souvent
dans ces langues, une épojiue d'une durée
indéterminée. Comment, d ailleurs, suivant
r4»bservation de Deluc, Moïse aurait-il pu
assimiler à des jours de vingt-quatre heures»
les premiers jours génésiaques, puisque le
sr» leil qui les mesure ne fut disposé pour
!^ite Gnqu*à la quatrième époque. Puis, si
:e:â jours étaient des jours ordinaires, ils ont
iùm avoir un soir et un matin : pourquoi
l(f ne cette redondance inutile de vespere et
hane qui revient comme un refrain après
:h0que journée? En répétant à chaque lom
|u*iJ aeu son soir et son matin, Moïse n'a-
-il i)as voulu nous indiquer que de grands
K)uicversements l'ontdistinguéde l'ère sui-
vante? Un autre argument tiré du texte
onfirme ce sentiment. Après 'chaque jour-
lée , i*éc;ivain sacré a soin de nous avertir
>ar les mots fuit vespere et fuit mane^ qu'elle
st complètement écoulée. Mais, lorsqu'il est
[uestion de la septième époque, il ne parle
»las du soir et du matin. On se demande la
ause de cette omission et d'une exception
ussi remarquable.
En dehors de c^tte interprétation, nul
lojen, suivant M. Marcel de Serres, de se
endre compte de la formation des terrains
rimitifs et de sédiment. En effet, ces der-
îers, formés par un grand nombre do
ruches p aussi différentes par leur nature
Mimique que par* les êtres qu'elles recèlent,
nt oteessairement exi^é pour leur précipi*
tiioQ de longs intervalles ^ c^r, toute dispo-
iien en couche indique des dépôts lents et
iccessifs de substances suspendues dans
n \iquide. De plus, l'étude de ces couches
émontre à chaque pas qu'à la suite de leur
irmation, elles ont dû être brisées, iucJi-
ées, relevées, tordues» bouleversées, phé*
orijénes qui ont dû exiger des intervalles
e temps plus ou moins longs.
Ce n'^st pas tout. La diversité de nature
ciiimiquc de ces tranches ne permet pas non
plus de douter qu'elles n'aient été formées à
des époques distinctes et très-éloignées les
unes des'aulres. Les fossiles qu'elles recè-
lent en si grand nombre viennent encore à
l'appui de celle assertion. Enieffel, ces corps
organisés changent com]»léleraenl dans leurs
caractères spécifiques , suivant la situaliou
ou la profondeur ùes formations où ils sont
ensevelis. Enfin, les animaux qui fourmil-
lent au milieu des divers déj;ôts de sédi-
ment s'y trouvent dans les âges les plus
différents, circonstance qui ne j>eul se con-
cilier avec une création aussi prompte q.:c
le serait colle des six jours. Les faits physi-
ques nous disent donc qu'il s'est écoule un
long inlervalle entre la première apparition
de la vie sur la terre et celle de 1 homme,
et de plus grands encore, antérieurement à
ces deux époques.
Concluons donc que, si l'on se refusait à
suivre rinterprétatiou présentée plus haut ,
il serait à peu près impossible de donner au
récit de Moïse un sens raisonnable, et sur-
tout de le faire concorder avec les faits les
plus positifs et les mieux démontrés.
Après ces préliminaires qui constituent ,
comme on le voit, le fond principal du sys-
tème, M. Marcel de Serres arrive à Texpli-
cation de chacun des jours-périodes de la
création.
Le premier jour, ou plutôt la première
époqiie, nous offre la terre déjà créée , pas-
sant de l'état vaporeux de$ nébuleuses a un
certain degré de solidité produite par l'effet
du rayonnement de la surface du globe. Le
toou boou on Vinanis et taeua de la Vulgate,
désigne une matière qui n'est ni solide ni
liquide , une matière sans forme quelcon-
que, mais susceptible de prendre toute
espèce de figure. Le spiritus Dei ou vent de
Dtfu n'est qu'un vent impétueux qui souf-
flait sur les eaux. L'état delà terre, au com-
mencement de cette époque, paraît donc
avoir été le même que celui par lequel ont
passé tous les corps planétaires, ces corps
ayant été,,àlcur origine, gazeux ou à l'état de
vapeurs. Ici , M. Marcel de Serres appuie
son opinion sur Texistence des nébuleuse?,
dont plusieurs semblent indiquer que les
particules gazeuses qui les composent corn*
mencent à se réunir en noyaux liquéfiés et
deviennent peu à peu solides.
Le mot hébreu or ou aor, en latin fur ,
s'applique aussi bien à la chaleul* ou au feu
et à la tiamme qu'à la lumière. Cette lumière
n'est qu'un effet des vibrations où des on-
dulations de Téther, excitées par des causes
guelconques. A la voix de Dieu, la lumièie
jaillit de l'obscurité qui avait régné jusque-
là sur la terre, et c'est ainsi quon doit^ en-
tendre la séparation de la lumière d'avec les
ténèbres.
Le mot ereb ou hereb {vespere) opposé à
boker {mane), doit être pris, comme nous
l'avons vu plus haut, iiour fin d'une période
ou d'une époque, etooA'er pour le temps
qui la précède ou qui l'ouvre, c'es'.-à-dirc
8G7
MaR
DICTiONNAIRH DE COSMOGONIE
IfAR
lié
ou de quelque rivière « au pied de rochers
analogues % ceux dont il vient d*étrc ques-
tion, se trouvent engloutis dans les neiges,
et que ces neiges, une fois transformées en
glanons solides, ies transportent vers les
régions polaires.
En définitive, toutes les considérations
(luxquelies nous venons de nous livrer por-
tent h croire que le mammouth, de même
que quelques autres quadrupèdes éteints,
conformésde manière à vivre sous les hautes
latitudes, ont très-bien pu habiter la partie
septentrionale de TAsie, à une ét)oque où le
climat était plus doux et plus uniforme
qu*il ne Test à présent. Les terrains dans
lesquels se trouvent les mammifères éteints,
dont il a été précédemment question , appar-
tiennent à répoque tertiaire fa plus moderne;
quant aux dépôts tertiaires les plus anciehs,
la nature des coquilles fossiles qu'ils ren-
ferment, attestent une température d'autant
plus élevée qu'ils datent d'une période plus
reculée. Ainsi, par exemple, on trouve dans
les plus anciens de ces dépAts , désignés sous
le nom d'éocènes, des coquilles du genre
nautile et divers reptiles tels que certains
crocodiles et certaines tortues de mer et de
terre , qui offrent , sous le rapport de leur
structure , quelque analogie avec ceux que
de nos jours on ne rencontre que dans des
latitudes très-chaudes.
MARBRES. Voy. V Introduction.
MARCEL DE SERRES. -- Comme nous
l'avons vu à l'article Jours — fériodbs, ce
savant soutient la théorie des époques indé*
terminées. Ce système naquit vers la fin du
siècle dernier, et fut principalement soutenu
f»arDeluc (Foy. cemot). Il consistée regarder
es six jours de la création comme autantde pé-
riodes d'uneduréeindéterminée. Ce furent les
travaux de Cuvier qui contribuèrent surtout
adonner quelque crédit à cette opinion. On
sait que Cuvier, pour expliquer la forma-
tion des teirains de stratification, admettait
jusqu*à quaire ou cinq envahissements suc-
cessifs do la mer sur les continents. On
s'empara de ces idées et on essaya de les
ajuster au texte de la Genèse. M. Marcel de
Serres a composé un livre exprès sur ce
sujet. C'est l'auteur qui a le mieux formulé
et le plus habilement soutenu cette thèse.
¥oici ce système tel qu'il est développé par
le savant professeur de Montpellier, dans un
de ses principaux ouvrages, la Cosmogonie
de Moïse.
' Suivant M. Marcel de Serres, par les mots
in principio^ il faut entendre une période
indéfinie qu'on peut supposer avoir précédé
de plusieurs millions d années les six jours
ou les six époques de la création ou organi-
sation du monde , mentionnées dans la Ge-
nèse. C'est dans cet immense intervalle que
Dieu créa la matière ou la substance dont
les planètes, les étoiles et tous .les corps
célestes sont composés, ainsi que Téther et
les atrnosphères dans lesquelles les astres
sont disséminés.
Ecoulons l'auteur lui-même développant
ses idées.
« Moïse paraît avoir distingué dans son
récit deux sortes de créations : l'une, géné-
rale et primitive qui eut lieu au commenrc^
ment; l'autre, particulière à notre globe,
qui so rap^)orle aux temps plus récents, où,
dans sa sagesse infinie, Dieu trouva Imnd'eu
organiser la surface et de la peui)lcr d'êtres
vivants.
« D*après ce grand législateur, la malièrp
qui compose les coi'ps célestes , la terre c(
les autres corps planétaires, aurait étérré{e
dans le principe. Ces mots au commence-
ment indiquent une période indéûnie, hm
antérieure aux époques également indéler-
rainées, pendant lesquelles le globe a pris
sa forme sphéroïdale, et a reçu lés vé^élaui
et les animaux qui devaient y répandre la
vie et le mouvement.
« Pendant ha preiaière p4àodc^ owpbiDi
au commencement , ainsi que le porte le
texte hébreu. Dieu créa la matière, ou ce
dont il forma le ciel et la terre , car, c'est là
toute la matière. Par l'effet de sa touttvpuis-
sance, la substance dont les étoiles, l6
planètes et tous les systèmes stellaires sont
composés, ainsi que 1 étber et les atmosphè-
res dans-lesquelles les astres sont disséminés,
sortirent du néant. Ils précédèrent donc 1?
disposition et l'arrangement propre à chaetiii
des corps célestes. A cette primitive créa-
tion du ciel renfermant les systèmes stellai-
res et la terre se rapporte le premier ferset
de la GemiMt^ Au ammeneemenî Dieu m
ce qui fut les deux et la terre.
« C'est donc sans fondement que ccrtaios
commentateurs ont traduit ce pasFa^ecn
disant que Dieu aurait créé au premier jour
les cieux et la terre, car nulle part Mobi*
n'affirme que la terre soit sortie du néanio»
premier jour, mais bien au commememe^.
Or, par ces mots , il faut entendre une pé-
riode indéfinie, suivie également d'é|ioqu«
indéterminées dont rien ne peut faire appré-
cier la durée. Pendant ces époques sucres-
sives ont eu Heu les diverses o{)ératido$
physiques, ouïes différentes modificatioB>
de la surface du globe dont nous devousia
connaissance à la géologie,
« Le premier verset de la Genèse s'occupe
de la nianière la plus explicite de la cn^atian
de l'univers. D'abord du ciel, c'est-à-dir<'-ti«
l'espace où sont disséminés les différents
corps célestes et planétaires , enfin , du sp-
tème général des astres. En second lieu , «i"
la terre qui, désigne. particulièrement notr»
planète ; partie au monde qui intéreîsi '^*
f)lus l'homme et que la Genèse a eu particu-
iôrement en vue.
« Le législateur des Hébreux ne nou5 a
fourni aucune donnée sur la longueur ^^
cette période , antérieure aux six époquo
de la création. Faute de notions à cet ép^
on peut supposer que des millions d'années
ont rempli I intervalle indéfini qui sépare ie
commencement de la première époque» «
la terre reçut une forme et des disposition
nouvelles.
« Suivant nous, la matière qui compo*
les cieux et la terre aurait été créée au cos^
MAIl
ET DE PALEONTOLOGIE.
MAR
870
nenccment. Elle n*durait reçu el pris sà
forme et sa'disposition acluelle, qne pen-
dant les six époques de la création; tandis
que, suivant d'autres naturalistes, les événe-
ments géologiques qui s*y sont succédé au-
raient eu lieu pendant cette première pé-
riode. Ces diverses manières d'entendre le
récit delà création ne portent nullement
sur son exactitude, mais sur la justesse de
Tune ou de Tautre de ces interprétations. »
Ainsi, M. Marcel de Serres distingue deux
grandes périodes : l'une qui se rapporte au
commencement des choses et à leur état
pour ainsi dire rudimentaire; il la nomme
hériode universelle y \mrce qu*elle embrasse
la création de Tuniversalité des corps céles-
tes et planétaires; lautre période qu'il ad-
met, a reçu le nom de période céiette et
terrestre. C'est pendant cette période que les
corps célestes et planétaires de notre sys-
tème solaire reçurent leurs formes et leurs
dispositions actuelles.
Arrivé aux opérations des six jours, M.
Marcel de Serres traduit ces six jours par
six éj)oques. Il se fonde sur ce que l'expres-
sion hébraïque lom, rendue en grec par
i^ifm^ en latin par diet^ désigne souvent
dans ces langues, une époque a*une durée
indéterminée. Comment, d'ailleurs, suivant
Tobservation de Deluc, Moïse aurait-il pu
assimiler à des jours de vingt-quatre heures,
les premiers jours génésiaques, puisque le
soleil qui les mesure ne fut disposé pour
cette fin qu'à la Quatrième époque. Puis, si
ces jours étaient des jours ordinaires, ils ont
dû avoir un soir et un matin : pourquoi
donc cette redondance inutile de vespere et
w^ane qui revient comme un refrain après
chaque journée? En répétant à chaque lom
qu'il aeu son soir et son matin, Moïse n'a-
t-il pas voulu nous indiquer que de grands
bouleversements l'ont distingué de l'ère sui-
vante? Un autre argument tiré du texte
confirme ce sentiment. Après 'chaque jour-
née , réc;ivain sacré a som de nous avertir
par les mots ^ttiïvejpffe eifuit mane^ qu'elle
est complètement écoulée. Mais, lorsqu'il est
question de la septième époque , il ne parle
plus du soir et du matin. On se demande la
cause de cette omission et d'une exception
aussi remarquable.
En dehors de cette interprétation, nul
moyen, suivant M. Marcel de Serres, de se
rendre compte de la formation des terrains
primitifs et de sédiment. En effet, ces der-
niers, formés par un grand nombre de
couches f aussi différentes par leur nature
chimique qne par les êtres qu'elles recèlent,
ont nécessairement exi^é pour leur précipi-
tation de longs intervalles , car, toute dispo-
sition en couche indique des dépôts lents et
successifs de substances suspendues dans
an liquide. De plus, l'étude de ces couches
démontre à chaque pas qu'à la suite de leur
formation , elles ont dû être brisées, incli-
nées, relevées, tordues» bouleversées, phé-
nomènes qui ont dû exiger des intervalles
de temps plus ou moins longs.
Ce n'est pas tout. La diversité de nature
chimique de ces tranches ne permet ^as non
plus de douter qu'elles n'aient été formées à
des époques distinctes et très-éloignées les
unes des'autres. Les fossiles qu'elles recè-
lent en si grand nombre viennent encore à
l'appui de cette assertion. En effet, ces corps
organisés clian^cnt complètement dans leurs
caractères spécifitpies, suivant la situaiiou
ou la profondeur des formations oti ils sent
ensevelis. Enfin, les animaux qui fourmil-
lent au milieu des divers cléi;ôls de sédi-
ment s'y trouvent dans les âges les plus
différents , circonstance qui ne j>eut se con-
cilier avec une création aussi prompte q::e
le serait celle des six jours. Les faits physi-
ques nous disent donc qu'il s'est écoule un
long intervalle entre la première apparition
de la vie sur la terre el celle de I homme,
et de plus grands encore, antérieurement à
ces deux époques.
Concluons donc que, si l'on se refusait à
suivre Imter^rétatiou présentée plus haut ,
il serait h f«eu près impossible de donner au
récit de Moïse un sens raisonnable, el sur-
tout de le faire concorder avec les faits les
plus positifs et les mieux démontrés.
Après ces préliminaires qui constituent ,
comme on le voit , le fond principal du sys-
tème, M. Marcel de Serres arrive à Texpli-
cation de chacun des jours-périodes de la
création.
Le premier jour, ou plutôt la première
époque, nous offre la terre déjà créée , pas-
sant de l'état vaporeux des nébuleuses à un
certain degré de solidité produite par l'effet
du ravonnemenl de la surface du globe. Le
toou hoou 0!i Vinanis et raeua de la Vulgate,
désire une matière qui n'est ni solide ni
liquide , une matière sans forme quelcon-
que, mais susceptible de prendre toute
espèce de figure. Le spiritus Dei ou rent de
Dieu n'est qu'un vent impétueux qui souf-
flait sur les eaux. L'état de la terre, au com-
mencement de cette époque, paraît donc
avoir été le même que celui par lequel ont
passé tous les corps planétaires, ces corps
ayant été,^leur origine, eazeux ou à l'état de
vapeurs. Ici , M. Marcel de Serres appuie
son opinion sur l'existence des nébuleuse?,
dont plusieurs semblent indiquer que les
particules gazeuses qui les composent com-
mencent à se réunir en noyaux liquéfiés et
deviennent peu à peu solides.
Le mot hébreu or ou aor, en latin fux,
s'applique aussi bien h la chaleur ou au feu
et à la uamme qu'à la lumière. Cette lumière
n'est qu'un effet des vibrations où des on-
dulations de Téther, excitées par des causes
quelconques. A la voix de Dieu, la lumièi e
jaillit de l'obscurité qui avait ré^né jusque-
là sur la terre, et c'est ainsi quon doit^ en-
tendre la séparation de la lumière d*avec les
ténèbres.
Le mot ereb ou hereb {vespere) opposé à
boker {maneU doit être pris, comme nous
l'avons vu plus haut, uour fin d'une période
ou d'une époque, eiooker pour le temps
qui la précède ou qui l'ouvre, c'es'-à-dirc
«71
MAI!
DICTIQNNAIRE DE COSMOGONIE
MAR
m
pour le commencement de cette même
ipoque.
M. Marcel de Serres déTeloppe ainsi ses
idées.
« Si nous comparons laVulgiateaTec la ver-
sion des Septante qu*ont suivie saint Chry-
soslome et l*Église d*Orient, cette dernière
semble plus d*accord avecrilébreu. D'après
celle-ci» la terre était d*abord invisible et
incomposée, ce qui rappelle beaucoup
mieux Tétat primitif de notre planète que
la traduction de Sacy et la paraphrase du
Père de Carrières. D'après ce dernier, au-
quel on doit le texte de la Bible de Vence, la
terre était aux premières éi>oques de sa for-
mation toute nue, sans fruits et sans orne-
ments.
« Ëvidemment cette paraphrase est loin de
donner la moindre idée de cet état primi-
tif de la terre, véritable chaos, que les Sep-
tante nous représentent dans un état com-
£let de diffusion invisibilis et incomposiia.
es ténèbres couvraient alors la suriiiee de
rabtmA.
«LaVulgatecommet une autre inexactitude,
en disant que la lumière fut faite, ce qui
semble indiquer une sorte de création , et
non un mouvement imprimé à la matière ,
dont Teffet fut rémission de la lumière.
Dans le texte hébreu t il y a littéral^eni .
lumière soit ^ et lumière fut; car, entre la
volonté divine et TexécutioB , il n*y a point
dlntervalle. Ces expressions donnent la
plus haute idée de la puissance de Dieu ,
qui exécute au moment où il veut et où il
Earle. Elles ne sont pas seulement admirâ-
tes par leur concision; elles le sont surtout
par leur justesse. Elles confirment tout ce
que les sciences modernes nous ont appris
sur la production et la marche de la lumière,
dont la vitesse est si prodigieuse.
1 Arrêté dès le début de notre travail par
les imperfections que nous avons cru recon-
naître dans la Vulgate et la version des Sep-
tante, nous avons cherché à nous rendre
compte de la véritable pensée du législateur
des iiébreux. Pour bien la saisir, nous avons
essavé de traduire le premier chapitre de la
Geneêe et une partie du second; voici les
versets que nous venons de rappeler. Ce qui
est la terre était une matière informe et dans
U chaos. Les ténèbres couvraient Pablme^ et
tes vents agitaient la surface des eaux. —
Dieu dit : Que la lumière soit et la lumière
fut, — Dieu vit que la lumière était 6onne, et
il la sépara d^avec les ténèbres. — Dieu nomma
la lumière jour^ et les ténèbres nuit ; de la fin
jusqu'au commencement ce fut la première
époque.
« La première observation que nous fe-
rons sur le texte hébreu, dont nous venons
d'essayer la traduction, se rapportera à boou
ou bou que nous avons rendu par chaos.
Saint Jérôme Ta traduit par tacua et ntAt/,
et Pagnin Ta considéré comme synonyme
de vacuum et d*tnane. Ces diverses interpré-
tations s'accordent très-bien avec notre ma-
nière d'entendre le mot boou; car une ma-
tière qui n'est rien, qui est vide et sans
forme, ne peut être ni solide, ai liqaidc,
puisqu'elle aurait pris une forme quelcon-
que : comme le texte dit positivement qu*elle
n'en avait aucune, on ne peut entendre le
mot boou qu'en concevant la terre dans un
état vaporeux et dans une sorte de chaos.
Aussi rétat primitif de notre planète a-t-il
été considéré, par le plus grand nombre des
commentateurs de la Bible , comme un mé-
lange désordonné de tous les éléments cons-
titutifs du globe, en un mot, comme le chaos
des anciens qu'aucune lumière n'éclairait
encore.
« Pour concilier à peu près toutes les opi*
nions, Noël a traduit le mot 60011 par ma-
tière gazeuse, susceptible de prendre toute
espèce de forme, circonstance exprimée par
l'expression tohou et t'oU jointe à la pre-
mière. D'après tous les traducteurs, cette
expression se rapporte h une chose informe,
qui est cependant susceptible de recevoir et
de prendre toute espèce de figure; re$ in-
forma^ apta ad recipiendam omnem formam,
« Quant aux mots rouar elotm qu oh a tra-
duits par l'esprit de Dieu, ils paraissent é^-
lement avoir été mal saisis. L'expression
rouar signifie plutôt vent ou air {ventut tel
aer) qu'esprit, par lequel elle a été rendue.
De môme le mot eloim ou aeloîm qui vient k
la suite du précédent, donne 1 idée d*on
très-grand vent : les Hébreux exprimant
quelquefois le superlatif, en ajoutant aa po-
sitif, le mot aeloim.
^ Ainsi vent de Dieu^ ne veut dire autre
chose qu'un très-grand vent, ou un vent im-
Sétueux. Du reste, rouar eloim peut signi-
er mot à mot souffle de Dieu , ce qui est
synonyme de vent ou d'un courant d'air.
Quant au mot ae/oim, on ne T^oute à un
autre que pour lui doàner de l'importance,
c'est-à-dire pour exprimer le superlatif.
- < Ces expressions ne signifient donc autre
chose , si ce n'est que le vent ou l'air volti-
geait sur la surfilée des eaux. Du moins, le
mot merachephet dérivé du verbe roehaph, le
movercj volitare^ exprime uniquement Vidée
d*un corps qui se meut et Toltige. Cette in-
terprétation, adoptée par Arius M ontanus, a
été suivie par plusieurs autres commenta-
teurs, qui ont considéré le mot rouar comtoe
exprimant, au propre, Tair en mouvementoa
le vent, et au figuré , l'esprit. C'est aussi ce
3ui nous a porté à traduire ce passage, en
isant que les vents agitaient la surlace des
eaux.
•r On se demandera, sans demie, quel étaU
donc cet état primitif de la terre V^^.^
Septante nous représentent comme invisibw
et incomposé, ou n'ayant aucune forme dé«
terminée que la vue pût saisir. Cet état pa-
raît avoir été le même que celui par lequel
ont passé tous les corps planétaires, ces
corps ayant été à l'époque de leur origiA^
gazeux ou è l'état de vapeurs.
« Cette opinion, fondée sur des faits déjà
assez nombreux, a porté Herscbell à adroit*
tre que la matière dont les mondes sont fer-
més a été d*aboni à l'état d*éther ou à Téta
gazeux. L'observation des nébuleuses, duDt
MAR
ET DE PALEOMOLOGiE.
UAR
SU
le nombre est si considérable lans Tunivers,
Ta conduit h ce résultat; parmi ces nébu-
leuses, il en est plusieurs qui semblent in-
diquer que les particules gazeuses commen-
cent à se réunir en noyaux liquéfiés, e* de-
viennent peu à peu solides, Téclat de ces
points augmentant, à mesure que la lumière
diffuse perd de son intensité.
« Ces différences correspondent probable-
ment aux diverses phases par lesquelles un
monde passe, depuis l'époque de sa formation
jusqn à ceHe de sa concentration , ou plutôt
de sa solidiflcation.
« Les données les plus positives fournies
par Tastronomie et la géologie, indiquent
également que la terre, comme les autres
corps planétaires , a été primitivement à
Tétat gazeux. Ainsi tous les matériaux li-
quides et solides, qui composent aujourd'hui
le globe terrestre, occupaient jadis un espace
beaucoup plus étendu qu'actuellement.
«I Cet état primitif de la terre se rappro-
chait beaucoup de celui sous lequel les co«
roètes se présentent à nous. Ces astres, qui
semblent aux premières époques de leur for-
mation, cessent d'être visibles lorsque leurs
vapeurs se condensent en un noyau solide,
lequel nous échappe dans l'immensité de
Tunivers par suite oe son extrême petitesse.
Les comètes acquièrent cette solidité, par
Teffet du rayonnement de la chaleur; elles
ne se maintiennent donc à l'état aériforme
que jusqu'au moment où l'excès de leur
température s'est dissipé à travers les espa-
ces célestes.
« Pour terminer ce que nous avons à dire
sur le texte des versets de la G^nise, qui se
rapportent à cette première époque, nous
ferons observer que le mot h^eb ou trebf
xesptr opposé à boker, mane, est pris le plus
ordinairement pour fin d'une période ou
d'une époque. Boktr s'entend au contraire
pour le lemps qui la précède ou qni l'ouvre,
interdum no% tam de primo diei tempore^
quam rei oui aciionit de aua agitur^ disent
tous les commentateurs. On ne s'écarte donc
pas du sens véritable et littéral du texte, en
traduisant boker par commencement et ereb
par fin.
■ D'après Fabre d'Olivet^ le mot hereb'
signifierait encore obscurité, ténèbres, le
couchant ou Toccident, ce qui indiquerait la
fia d'une période. Boker serait au contraire,
la lumière, l'aube ou l'orient* c'est-à-dire le
commencement d*une période (659). •
OHBmvATio?rs sur ceiie première période, —
On treavera la réfutation des opinions sou-
tenoesdans ce jpmrêgrajpbe à l'article Jocbs-
PÉBiODBs, à l'article GonsFaer, etc ; on aura
remarqué que là où M. Marcel de Serres
▼oit un reni violeni , M. Godefroy place du
co/ortffKe. M. Marcel de Serres traduit aussi
1 immms et tacma du deuxième verset par état
aaaiiformê ou mébmkâre de noire planète.
rkms avons vu à l'article GooKraoT ce qu'il
IMIml penser de cette singulière interpieta-
tion« A fait aussi intervenir les nébuleuses
et même les comètes à l'appui de son opi-
nion. Les unes sont des chimères» les autres
sont de la nature la plus problématique du
monde. Yoy. Nébuleuses et Comètes. Ait
mot JouEs-PÉBioDEs nous avons discuté le
sens de vespere et de mane.
Passant au second jour, M. Marcel de>
Serres traduit rakia (firmamentum) parfirma-
mentf mais en faisant remarquer que cette
expression n*a aucun rapport avec quelque
chose de dur et de solide comme les cieux
de cristal de Ptolémée. Pour lui, rakia si-
gnifie Vespaee^ Vélendue^ ou les corps qui y
sont répandus , ou Tatmosphère de la terre,
laquelle est destinée à séparer l'eau à l'état
de vapeur de l'eau dans sa forme liquide ou
concrète, ou enfin ce mot désigne la matière
éthérée, fluide immense dans lequel roulent
et circulent les astres. M. Marcel de Serres .
distingue le firmament du ciel dans lequel
Dieu placera les astres au quatrième jour,
d'avec le firmament de l'almo^bère.
Voici la traduction des 6% 7* et 8* versets
par M. Marcel de Serres. Nous citpns à la
suite l'interprétation qu'il donne de ces troia
versets.
« Dieu dit quU y aii un inierralle au milieu
de$ eaux et qu^il sépare lejt eaux dCaieee les .
eaux. — Dieu éienaii le firmament et sépara
lu eaux qui étaient au'de$$o%u du firmameni
de eelleê qui étaient au-deêtue. Il en fut
ainsi. — Dieu appela le firmament cieuw. De
la fin jusquau commencement ce fut la se--
conde époque.
« La pnnripale difficulté que fait naître le
texte dont nous venons d'essaver la tradue-
tion , tient au véritable sens du mot hébreu
rakia. Quoique nous l'ayons rendu par fir-
mament , nous devons faire remarquer que
cette expression n'a aucun rapport avec,
quelque chose de dur et de solide comme
les cieux de cristal de Ptolémée. Si, avee
tous îes commentateurs, nous l'avons tra-
duite, par firmament, c'est faute d'autre ex-
pression plus convenable, car au propre elle i
signifie étendue ou espace. M. Cahen Ta si .
lûen entendu dans ce sens, qu'il dit que.
Dieu disposa des luminaires dans l'étenaue..
du ciel. . *
. c Mais comme l'espace ne peut être vide, ,
on doit le supposer rempli d'une matière ,
rare, subtile, éminemment légère etdéli^<9, ,
comme paraît être la matière éthérée. Oè«
lors le mot rakia s'app»lique aur corps par-
venus au plus haut point d'amincissement t
ou de ténuité dont ils peuvent être suscep- »
tibles. Dans Tidée de rEcrituret cette ma-.,
tière éthérée est en Quelque sorte destinéeuà
soutenir les corps célestes qui ne sauraient^
la pénétrer. Elle cède cependant aux efforts
des corfis légers et se combine avec ceux qui
sont aériformes; ainsi, elle à pu être appelée .
solide et ferme* en un mot firmament» par
rapport aux astres qui j sont dissimiaés.
« Quoique dans sa signification prpiure al .
absolue, 1 expression rakia désigne Peàpaoe
ou l'étendue, elle a i^rfois un sens bêau-
(C5?) Cùsmogomê ie Moisi. U V\
DicTio7(!«. Dâ CosMOGOsn ET DE Pitéoirrotoegi;
r/5
M\K
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
MAR
l!(
coup plus limité el relatif aui nîatières ou
eux copps qui y sont réi)andus. Lorsqu'elle
m rapporte à la terre, elle s'applique à Tat-
xoosphère qui l'eatonre. Si, au contraire,
elle comprend l'ensemble des corps céles-
tes, elle désigne pour lors la matière élhé-
•rée, fluide immense dans lequel roulent et
circulent ces crstres^
- « Aussi, d'après cette idée, des commen-
tateurs ont considéré te firmament comme
une condition de l'affermissement, des pla-
nètes dans leurs orbites, en vertu de la loi
centrifuge qui les empêche de tomber sur
leurs soleils par l^ffet de la gravitation.
* Du reste, lorsque Moïse veut exprimer
rinfluence du firmament sur les choses de
la terre, il emploie uniquement le mot de
firmament. Ainsi, à la seconde époque où
l'écrivain sacré s'occupe de notre planète et
de la séparation des eaux, il dit : Que le fir-
mament ou l'atmosphère soit fait au milieu
des eaux.
« Lorsque, an contraire. Moïse veut ex-
primer la matière éthérée qui entoure les
virps célestes, autres que la terre, tel est,
pttr exemple, le soleil, il ne dit plus le fir-
mament, mais le firmament du ciel
«Ainsi on lit dans le quatorzième et le
cfuinzième verset de la Genèse : DixU autem
Deuê : fiant luminaria in firmamento cœli ut
hêeeant in firmamento cœh. Cette interpréta-
tion n'empêche nullement de considérer,
avec la Genèse^ le firmament comme étant la
même chose que le ciel. Nous-mêmes nous
comprenons sous le nom de ciel ou de firma-
ment> non-seulement la matière éthérée et
les corps célestes |ui y sont répandus , mais
encore l'atmolsphère qui, d'après Moïse, est
destinée è séj^arer les eaux d avec les eaux.
Dans les idées d^ ce grand législateur, il ne
s-agit nullement d'une mer courbée en forme
de voûte autour de la terre, mais de Teau
dans son état gazeux, que l'air sépare d'avec
l'eau dans sa fbrme liquide ou concrète.
•««Ainsi, lorsque l'expression rakia est sy-
nonyme de ciel, elle comprend non-seule-
ment l'espace dans lequel roulent les astres
stellaires, espace rempli par la matière éthé-
rée, mais encore ces corps célestes eux-mê-
mes. Lorsque cette expression se rapporte
uniquement à la terre, elle parait ne s appli-
(I)ier qu'à la couche aérienne oui l'entoure
ou à 1 atmosphère, tandis qu'elle a un sens
plus ëtenân lorsqu'elle est employée avec le
mot cali et que le texte hébreu dit le firma-
ment du ciel. Alors elle ne se rapporte pins
qn'è la matière éthérée répandue dans res-
pace de l'univers.
« Dieu, s'occupant des dispositions nou-
velles à donner a notre globe, fit le firma-
ment, rakioj et sénara les eaux qui étaient
ail-dessous de celles c|ui étaient au-dessus,
c1sst^^-dire des eaux disséminées en vapeurs
tlMa l'atmosphère. Le mot rakia comprend
ici l'atmosphère qui sépare les eaux d'avec
lés eaux, puisque celles qui s'y trouvent h
l'état aériformc s'y maintiennent tant qu'elles
conservent cet état, e.t que l'eau dans sa forme
liquide existe principalement à Usurbcedn
globe.
« D'un autre côté, lorsque Dieu donne aux
astres, tels que ie soleil et la lune, la faculté
de répandre la lumière sur la terre, cesl
dans le firmament du ciel qu'il les place, mais!
non dans le firmament de l'atmosphère. Ainsi
sous le nom de firmament du ciel. Moïse p^
ratt avoir compris l'espace rempli par la
matière éthérée, et sous celui de Crmament
l'espace occupé par Tair almosphériaue.
«Le motraiia, si notre manière de Tin-
terpréter est fondée, aurait ainsi plusieurs
significations, comme l'expression iclmmam
traduite successivement par »>r.ôc, caium,
et enfin par ciel, mais dont le sens est beau-
coup plus étendu- Cette expression, toujours
au duel ou au pluriel, semble annoncer qiie
les Hébreux distinguaient plusieurs régioos
célestes (6G0}. »
OesEnvATioN.— Pour M. Marcel de Serres,
le firmament c'est Talmosphère, la matière
éthérée, le ciel. Nous avons vu au motGow-
FROY que, pour celui-ci, le firmament c^csl
Vattraction: il réfute du mieux qu'il peut le
sentiment de M. Marcel de Serres.
Passons à l'œuVre du troisième jour.
A la troisième époque appât tiennent la
formation de VOcéan, l'exhaussement des
continents au-dessus des mers primitives, le
soulèvement des montagnes et l'apparilion
des végétaux. Comme on a découvert des
animaux à respiration aérienne au milieo
de cette végétation primitive et que les ani-
maux n'ont été créés qu'à la cinquième épo-
3ue, M. Marcel de Serres s'eSTorce de résou-
re cette difliculté en disant que Moïse q'i
Eas dû s'arrêter à des faits aussi peu doid-
reux que ceux qui établissent la présence
des animaux à respiration aérienne lors de
la formation des terrains houillers. L'auteur
pense que la beauté et l'étonnante vigueur
de cette primitive végétation doit être allri-
buée, d'une part, à l'absence d'animaux ler-
restres, et, d'autre part, à l'excès d'aci.e
carbonique qui existait alors dans Tatmo-
sphère.
Voici comme M. Marcel de Serres s'ex-
prime sur cette troisième épogue :
« A la troisième époque. Dieu réunit les
eaux pour en former la mer. La matière aride
parait et reçoit le nom de terre. La vie aj
existe pas encore ; mais, par l'effet de b
toute-puissance du Créateur, la terre se cod-
vre bientôt de plantes heri[)acées« d'arbres el
de végétaux de toute espèce.
« On lit en effet dans ta Genèse : Dieu et
Que les eaux gui sont sous le ciel se rassem-
blent en un seul /teu, et que Vêlement ariàt
paraisseJl en fut ainsi. — DieunommaNlémesl
aride^ terre^ et le rassemblement des ewur merf.
Dieu tit que c était bien. ~ Dieu dit : Que U
terre fasse germer des rcffétaiionSf rkeréi
avec sa semence^ les arbres fruitiers eeec Itun
fruits^ chacun selon son espèce et renfermait
levtr semence en eux-mêmes pour sereprodutr*
(CCÛ) Cosmogonie de !doi$c, toni. I", pag. i3 et sulv.
*77
Mvn
ET DE PALEOMOLOGiE.
SLVR
879
$ûr la terre. Il en fui ainsi.^La terre prodvUit
des tégétauT^ de rherbeportent sasemence, leg
arbres fruitiers renfermant ieytr semence^ tha^
cun selon son espèce. Dieu rit que c était bien.
— De la fin jusqu'au commencement ^ ce fut la
troisième époque.
« La formation de TOcéan ou des mers a,
d*après ce récit, précédé Tapparitioa des
continents.' Les Septante ont traduit ce pas-
sH^e en çiisanl : Quêtes eaux qui étaient so-is
ks deux se rassemblèrent en un seul endroit^
et que la partie solide parut. Ce fait est con*^
firme par les observations géologiques. Elles
prouvent que les mers ont recouvert la plus
grande partie de )a surface de la terre, et que
.es continents n*ont pris que peu à peu leur
conû^uration et leur étendue actuelles.
« D après Moïse, comme d*après les faits,
les premiers êtres qui ont embelli les terres
mises à découvert, sont les végétaux : pre-
mièrement les plantes herbacées, en second
lieu les arbres. Ce grand écrivain distingue
d*abord un germen et met constamment le
mot kerbam avant lignum^ quoique les arbres
frappent bien plus les regards que les herbes
proprement dites
« On a accusé Moïse d'erreur, parce qn*à
ses yeux les végétaux auraient précédé les
animaux, fait que ne conflrme point Tobser*
ration des couches fossilifères les plus an^*
ciennes.
« En efifet, des animaux de mer se mon^
trent ensevelis au milieu des couches de
transition où Ton découvre également les
premiers végétaux terrestres et marins, en
sorte que d après les observations géologi-
ques, Forigine des plantes et celle des ani-
maux dateraient de la même époque.
« Il j a plus, ces mêmes terrains de tran-*
sition et les dépôts houillers qui leur ont
succédé recèlent quelques insectes. Ces ani-
maux à respiration aénenne annoncent, aussi
bien que les végétaux , qu'il existait à ces
anciennes époques des terres sèches et dé*»
oouTertes. D'un autre c6té|, la simultanéité
de leur existence prouve que les uns et les
antres ont vécu à la même époque. Il faut
bien admettre cette conséquence , puisqu'ils
se rencontrent dans les mêmes couches de
transition.
« Sans doute ces observations sont incon*
teslabi^ mais en les opposant au récit de
récrivais sacré, on n*a pas assez remarqué
qtie« d'après les termes généraux de son ré-
ciu Moïse ne devait pas s'arrêter à des faits
atissi peu nombreux que ceux qui établissent
la prâence des animaux à respiration aé-
rienne lors de la primitive végétation. Des
reeherabes trte-minntieiises ont été néces-
saires pour découvrir quelques traces d'in-
sectes terrestres au miueu des terrains in-
lormédiaires et houillers. A peine connatt-
nn maintenant quelques individus qui aient
en une pareille station, et l'on Tondrait que
Hofoe se fût occupé d'une si minœ exeep-
timil
« Il n*j a du moins aucun parallèle à éta-
l»Ur entre les proportions des anciens végé-
taox et des anioiaux lerrestires. Les premiers
sont hors de toute comparaison sous ce rap*.
port avec les seconde, dont la rareté est ex-
ttèm's et qui se rapportent uniquement à des
insectes. Il y en a peut-^ire moins encore
lorsqu'on compare Ici uns et les autres à
l'époque de la formation des terrains houil-
lers, époque la plus éminemment végétale
des temps géologiques.
« Si les végétaux et les animaux terrestres
ont existé en même temps, il y a des difT^
rences extrêmes entre les deux règnes, sous
)e rapport de leur importance relative et de
leur développement. Aussi peut-on dire avec
quelque fondement que les végétaux terres-
tres ont réellement précédé les animaux qui
ont le même genre de station ; car tandis
que les premiers se font remarquer par leur
abondance, les autres se signalent j-ar leur
excessive rareté.
« On dira peut-être qu'outre les animaux
terrestres, l'époque de transition a vu égale-
ment apparaître sur la scène de l'ancien
monde des végétaux et des animaux marins.
Moïse n'a rien dit ni des uns ni des autres,
nous ne devons pas nons en étonner. Ces
détails de l'ancienne création devaient néces-
sairement échapper dans le grand tableau
qu'il nous en a tracé, avec d'autant plus de
raison, que les plantes marines de ces épo-
ques ont été fort rares, soit relativement à
leurs espèces, soit par rapport è leurs indi-
vidus.
« Les animaux terrestres ont paru lors de
la période de transition ; ils ont commencé
par un très-petit nombre d'insectes. Ces arti-
culés ont été comme la première annonce des
animaux qui consomment beaucoup d'air ;
du moins ces derniers n'ont brillé que fort
tard sur la scène de l'ancien monde. Les in-
sectes, les oiseaux et les mammifères n'ont
existé en grand nombre que lors de la pé-
riode tertiaire, une des plus récentes des
temps géologiques.
«Sans doute, dans l'immense intervalle
oui a séparé ces deux grandes périodes, bien
a'aulres animaux qui respiraient aussi l'a r
en nature ont fait partie ae l'ancienne créa*
tion. Mais leurr* esjfèces appartenaient aux
reptiles, animaux qui consomment peu d'air*
et qui se tiennent encore dans les lieux les
plus infects et les plus insalubres. Ces habi-
tudes, propres aux grands reptiles actuels,
et le çenre d'habitation qu'ils ont à peu près
choisi exclusivement , semblent indiquer
que ceux de l'ancien monde ont fort bien pu
, TiTre dans une atmosphère chargée d'jine
irrande quantité d'acide carbonique et sous
1 influence d'une température très-élevée« La
composition de l'atmosphère de cette période
a singulièrement fevorisé la primitive végé-
tation, mais elle a nui au développement des
animaux terrestres. Ils s'y décou vren t à peine,
leur organisation ne pouvant s'accorder avec
les cTrconstances d'un monde si différent
du nôtre.
• La partie la plus étendue du globe était
pour lors recouverte par les mers; dont les
eaux ne devaient pas avoif de» propriétés
contraires à la vie.On doit les supposer pro-
•«7D
MVR
DICTIONNAÎRE DE COSMOCOME
MAR
près à favoriser le développeraent des aoi-
îDtiux, car leurs profondeurs semblent avoir
été remplies, comme celles des mers actuel-
les, par une grande quantité d^spèces appar-
tenant à des classes assez variées.
t Les mers de cette période ont nourri
T)ôn - seulenfffmt des animaux invertébrés,
Jïârmi lesquels on distingue des zoophytes,
dQS£innélides,des crustacés, des mollusques,
mais encore des vertébrés, c'est-à-dire des
poissons de l'ordre des ganoïdes et des sau-
roïdes.Ces derniers ont participé à la fois du
caractère des reptiles et des poissons ; aiissi^
i raison de cette circonstance, on leur a
donné le nom de sauroïdes, dérivé du mot
grec (TaOctc, qui signifie lézard.
«Le caractère mixte de ces anciens pois-
sons, qui n'ont rien de commun avec les es-
pèces vivantes^ semble fte s'être perdu ddns
rette classe qu'après l'apparition d'un grand
nombre de reptiles. Il en a été de même des .
5inguliers animaux de cet ordre, qui ont été
si nombreux lor^ de la période secondaire.
Leurs raf[>pofts avec les poissons les ont fait
hommer ichtyosaures et pléstosaureê. Ce qui
nst remàrqiial)le,cesfeptiles participaient en
même temps du caractère des maovmifères
marins ou des cétacés. Enfin les grands lé-
xards terrestres de la même époque ont aussi
quelques-uns les caractères des pachyder-
mes, sortes def mammifères terrestres à peau
épaisse, dont les éléphants et les rhinocéros
nous donnent des exemples, et dont la créa-
firin a eu lieu beaucoup plus tard.
« Les sauroïdes semblent avoir tenu à la
fois la place des poissons et des reptiles, tout
romme les plus anciens des animaux de cette
fiernière classe, celle des poissons, des rep-
tiles, des oiseaux et des mammifères marins,
ou* même celle des mammifères terrestres
analogues aux tapirs et aux éléphants. Ainsi,
far unç suite d'essais et de tâtonnements, la
ftature serait arrivée à produire la création
<t3tuelle, bien plus perfectionnée que celle
des premiers âges.
« Les' poissons offrent, sous ^e rapport de
ia géolôgip zoologique, l'immense avantage
de s'étendre à travers tous les terrains et
d'offrir, dans une même classe d'animaux
tertébrés, un point de comparaison pour les
différences nue peuvent présenter, dans le
plus gr/and laps de temps connu, des ani-
maux construits sur un même plan. Ces ani-
maux sont d'autant plus intéressants è élu^
dîer, qu'ils comptent d^jà un grand nombre,
d'ei^pèces .fossiles appartenant, les unes à des .
lypes qui n'existent plus, et les autres à des
formes dont les rapports avec les espèces vi«
vantes sont des plus éloignés.
« Ce que nous venons de dire des végétaux
et des animaux qui ont vécu à la plus an-
denae dos époques où la vie s'est manifestée
sur k terre, nous amène naturellement à
faire connaître ceux de la seconde époque
ée cette première période.
« 1^5 animaux marins de cette époque s»
rapportaient à une assez grande variété de
genres de zoopbyles, d'annélidos, de crusta-
cés, de mollusques et de poissons.
^ Ceux-ci paraissent différer complètement
dps animaux de l'époque de transition, non-
seulement par leurs espèces, mais encore
par les familles auxquelles ils se rapportaienl.
Ils semblent avoir été carnivores, étant mu-
nis de grosses dents coniques et acérées, tan-
dis que celles des poissons de l'époque anté-
rieure, arrondies et disposées en cône obtus
ou en forme de brosses , annoncent des es-
pèces omnivores.
« On peut d'autant moins douter des habi-
tudes cfe ces anciennes espèces, qu'on re-
connaît dans leurs excréments les écailles
des poissons dont les premiers faisaient leur
nourriture; ces écailles sont môme souvent
déterminables. Il y a plus encore , certaines
portions plus ou moins considérables des in-
testins, ainsi que l'estomac et ses différentes
membranes, sont assez bien conservées pour
nous faire juger des événements qui se sont
passés au fond de» mers à des époques si
éloignées de nous.
«K A part cette diff'éreiïce^ If y a les plus
grands rapports entre la population de
groupe carbonifère et celle des terrains d*)
transition; toutes les deux sont caractéri-
sées par des animaux invertébrés marins et
terrestres, et par des poissons qui appartiens
nent à l'embranchement des animaux verté-
brés.Aussi, comme la végétation de ces deux
époques réunit à peu près les mêmes genres
de plantes, surtout parmi les cryptogames
semi-vasculaires, nous les avons rattachées
à la première période, ou la plus anciefUne
des trois grandes périodes, dans lesqu^il^
nous avons circonscrit les générations des
temps géologiques.
« L'ensemble de l'ancienne création proufi
donc que les espèces vivantes se sont suc-
cédé en raison directe de la cpDopKcatioH de
leur organisation. Les exceptions à cette loi
du progrès ont été extrëmetnent circonscrites.
Plus évidentes chez les végétaux que chez les
ahimaux, elles le sont par cela mâmed'autant
plus que l'orgaaisation est moins perfection*
née.
« En effet, on n'en voit guère de tranchées
que chez les cryptogames et les invertébrés,
les plus simples des êtres vivants. Elles de*
viennent, au contraire, fort rares chez les
phanérogames et les vertébrés ; car nous ne
saurions en voir dans rapparition de quel-
ques monocotylédons et gymnospermes à Té*
poque de transition et houillère, pas plus qao
dans celle de la présence des poissons à ces
anciens âges.
« Ces animaux représentaient pour lors à
eux seuls les vertébrés ; par cela mèEne ils
ont dû offrir dans leur organisation quelqnc
chose qui rappelai celle particulière aux rep-
tiles, cfasse déjà plus avanoée et qui n'avait
point encore paru. Après ces poissons sont
venus les reptiles proprement dits, qui ont
fini par prendre des caractères propres aut
oiseaux , aux mammifères, marins et terres*
très, c est-à-dire aux classes les plus élevée»
dans la sérié des animaux. On dirait* en
voyant l'orgamsation bizarre qni a earaclé'
risé les étranges sauriens (lézards) de la jfi*
m
»AR
ET Di: PALEONTOLOGIE.
MAR
m
nodc secondaire, que la nature s^essayait en
queloue sorte, par des tâtonnements succes-
sifs, à la reproduction des êtres plus parfaits
3ui plus tai'd devaient être les coinpagnobs
e I homme.
c Sans doute ces animaux, qui ont pçu per-
sisté sur la scène des anciens Ages, pour-
raient bien ftlrc considérés comme plus com-
pliqués gue les efpèces vivantes, puisqu'ils
réunissaient des caractères communs à plu-
sieurs classes différentes; mais si on prend
dans ce sens le mot do complication, il faut
nécessairement avouer que celle eipres.'^ion
est opposée à toute idée de perfectionne?
ment.
^ En effet, il ne peut y avoir progrès et
I rogrës réel dans une organisation quelcon^»
que Que lorsqu*il y a harmonie parfaite entre
les détails qui la composent et I.i constituent^
Qr, comment voir une pnreiile harmonie
entre les parties essentiellement disparates
de ces anciens reptiles, dont les proj ortions
étaient aussi gigantesques que les formes bi-
zarres ? Des ébauches aussi imparfaites ne
sauraient en aucune manière être considér
rées comme un progrès, et encore moins
comme une exception à la grande loi des an-r
clennes créations.
« 11 en serait de même encore lorsqu*on
f !mettrait que quelques individus de niam-r
mif&res terrestres ont réellement vécu lors
«ieFépoque secondaire. Si les mammifères de
Stnnesfield ont appartenu, non comme cet-»
(ains le supposent, à des reptiles , mais à de
véritables marsupiaux, la présence de ces
animaux à t'os anciens â^^'s serait sans doute
une exception è la loi du progrès. Mais cette
eiceptioô n*en prouverait pas moins la gé-
nérante de celîe loi, même en faisant abs-
traetloB de rimperfection do l'organisme de
ces animaux (661). On ne peut pas. sur quel-
ques ibdividus isolés, fonder quelques rap-
ports exacts sur des générations consiiîérécs
dans leur ensemble. Or, que sont les deux
ou trois marsupiaux découverts dans les ter*
rains secondaires de r.Xngîeterre, à côté du
nombre immense des reptiles qui ont carac-
térisé ces temps géologiques ?
« Us ne prouvent qu'une chose, c'est la
k^nteur avec laquelle la nature a produit les
élres les plus perfectionnés, et l'espèce d'hé-
sitation et comme d'incertitude Qu'elle a
mise dans la création des êtres les plus par-
feU«; car il est évident que ceuxrci n'ont
réellement paru qu'après le dépôt des ter-
rains crétacés, et n'ont été nombreux que
bien longtemps après leur formation.
« Ces poissons, reptiles des premiers âges,
cofBme ces reptiles poissons ^ oiseaux et
mammifères des époques moins anciennes,
étaient si fort dos ébauches d'une nature qui
devait se perfectionner de plus en plus, que.
(661) D'après, les obsenraiions de H. Owen, les
marsopûiux seraient les mammifères les plus impar-
faits, a cause de l'aplatissement et du défaut de cir-
ConYolutîoDS de leur cerveau, et enûnen ce que leur
c^!^«lel est tout à fait découvert On sait que plus les-
9n:niaux sont oerfectionnés et plus leur cervelet est
l^cotiTrrt fxir I enri^pbaîc ; Poi^nne eftsenlieî'emeot
par suite du peu oe liaisons ou de rappop;s
de leurs organes, ils u*ont pas pu durer
lorsque les circonstances qui les entouraieqi
ont été modifiées d'une manière queleonquo*
Xeurs conditions d*existence étaient si com-
plexes, que les animaux qui j étaient soumis
n^ont pas pu longtemps y satisfaire.Aussi les
premiers ont été à peu près bornés aux ter-:
rains de transition et houillers, et les secon.ls
n'ont traversé qu'un petit nombre de dépôts
des terrains secondaires moyens et ne sont
{las parvenus jusqu'aux plus récentes de ces
brmalions.
^ En voilà sans doute assez pour prouver
qu'uu pareil assemblage dW^^aiiismes aussi
di\crs peut bien, à la rigueur, éirc considéré
com:ne complexe, mais qu'il ne peut néan*
moins être regardé comme un véritable per«i
fectionnement (662). »
OasEavATioif. — Nous trouvons encore ici
une notable différence, dans la mahière d'in-
terpréler le 9* verset, entré M. Marcel de.
Serres et M. Godefroy. {Voy. l'art. Godet
FROT, cnÂtre du troisième jour,) Nous avons
montré à Tarticle JotBs-PÉRioDfis eombieq
était peu fondée cette opinion qui admet la
création des v;.'gé{aux avant celle des ani-
maux, ou du moins s'eiforce de faire croire
que celle de ces derniers a beaucoup moins
d'importance. M- Marcel de Serres, réunis-;
sant dans cette troisième période les terrains
intermédiaires et une partie des secondaires^
est encore moins acceptable que personne iL
soutenir cette thèse. On verra aux arlideai
PALÉozoÏQt ES (Terrains), et Triasiqijes (Ter-
BAi.^s) combien ce sentiment est erroné. Il
est une autre question extrêmement imf.or-».
tante sur laquelle les périodistes reviennent
continuellement, c'est celle de la complicar
tion des organes et du perfectionnement
progressif de raniinalisation à partir des
plus ancicRs terrains fossilifères. Nous roa-.
voyons à l'article Putsiolo^jie paléoxtouk
GiQCB la réfutation de cette erreur.
Les végétaux, à la vérité, ont été créés à
la troisième époque, mais, selon M. Marcel
de Serres, ils n'ont pu se développer qu'à la
S^uatrième» c'est-à-dire à celle ou le soleil
ut approprié de manière à leur fournir la
lumière nécessaire non à leur germination,,
mais à leur entier accroissement. C'est donc
à cette quatrième époque que le soleil et les
autres corps célestes, créés dès le commen-..
cément, reçurent des dispositions nouvelles
qui leur ont donné les moyens de remplir
le but de leur formation. Jusque-là ils
avaient été privés de cette vaste couche bril-
lante qui est la source et le véhicule de la
lumière.
« On a adressé à Moïse» dit M. Marcel do
Serres^ un reproche dont nous devons lo
jjustiGcr. Selon lui, les végétaux auraient
doroinateur pour lors. Or c'est ici tout le eontrairf .
DNin autre cété, les petits t'es marsup.au i éprouvent
leurs métamorphoses et an î veut à leur état* normal
au dehors du seio de leur mère ; signe éTidcDl d*ia*
férîorilé, et dont on ne découvre de traces que cbes
les animaux les plus bas placés dans la série
(66i) Cos^oçonie. de mise, t. !*'.
135
VAEl
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
HÀH
m
attparu antérieurement à répoqueoù le so-
leil û reçu son atmosphère Imoineuse, at-
mosphère qui seule a permis à cet astre de
répandre constamment la lumière sur la
terre ; et Ton a cru voir dans ce fait une im-^
possibilité physique.
*( Nous ferons remarquer à cet égard,
qu'indépendamment des rayons solaires qui
éclairent et vivifient maintenant notre pla-
nète, il eiistail pour elle, dans le principe
des choses» une autre source de lumière.
Cette lumière primitive suffisait probable*
ment à la germination des végétaux; Dieu
se borne à dire que la terre fasse germer les
J liantes et les arbres. Mais pour favoriser
eur développement, le soleil reçut bientôt
une disposition nouvelle qui lui eu fournit
les moyens.
« L'historien Charles Levesque fait obser-
,ver, que quoique l'existence des végétaux se
trouve placée avant celle du soleil, comme
corps lumineux, ceci nVst nullement con-
tradictoire. Leur existence a dû être anté-
rieure à îour développement, qui n'a pu avoir
Jîeu qu'après la formation des germes ; ces
germes n'ont pu pousser que lorsqu'une
partie de la terre a cessé d'être recouverte
par les eaux.
« D'après cette double circonstance, les
végétaux terrestres n'ont pu se développer
quà la quatrième époque, c'est-à-dire à celle
où le soleil a été approprié de manière à
leur fournir la lumière et la chaleur néces-
saire non à leur germination, car on peut la
considérer comme opérée, mais à leur en<r
.tier accroissement.
« La terre, qui vers la fin de la troisième
'époque avait reçu le pouvoir de foire germer
les plantes qui devaient bientôt couvrir de
leur verdure ses parties élevées au-dessus
des eaux , reçut, dès le commencement de
l'époque suivante, cette chaleur vivifiante
qui devait dorénavant en favoriser et en sti<>
muler l'accroissement. Depuis lors, le soleil,
pourvu de son atmosphère lumineuse, verse
ses puissants rayons sur la terre. Ils ne tari-
ront plus pour elle, à moins que la volonté
de celui qui a si bien coordonné toutes
choses, ne fasse rentrer dans le néant, des
œuvres qui proclament hautement sa sagesse
et sa puissance (663). u
Nous avons vu que M. Godefroy {Voy. ce
mol) a eu recours pour le développement
des plantes à un moyen de leur procurer de
la lumière et de la chaleur bien autrement
compliqué. Son hypothèse prouve au moins
de l'imagination. M. Marcel de Serres est
infiniment plus modeste et plus simple, mais
non moins malheureux dans son invention.
Il suppose les plantes créées en germina-
tion à la troisième époque et prenant leur
accroissement pendant la quatrième époque,
sous l'influence du soleil, pourvu seulement
alors de sa photosplière. Ainsi tout ce oue
!vl. Marcel de Serrer a dit des plantes et des
i^nimaux à cette troisième époque doit être
r*5porté èi la quatrième. Pendant cette troi-
(665) Cosmogonie de Moïse, 1. 1", p. 7î),
sième époque, il n'y a eu formation d'aucnn
terrain fossilifère. Les couches qui contiea-,
nentdes débris fossiles ne peuvent remon-
ter plus haut que la quatrième époque. 11
faut convenir que les 11* et 12' versets re-
çoivent ici une atteinte bien grave, et que
jamais aucun commentateur n a eu la peo-
sée de hasarder une pareille interprélatioQ.
M, Marcel de Serres est certes loin de justi-
fier Moïse du reproche qu'on lui a adressé
d'après de faux systèmes d'interprétation;
au contraire, il aggrave ce reproche. Qu'y
avait-il de plus simple, de plus logique, de
plus conforme aux fois physiologiques, que
de placer dans le sol, qui devait les porter,
les germes des plantes, au moment où ri
plaçait dans le ciel l'astre qui devait les faire
croître et les développer ? S'il v a eu pids
de sagesse à faire autrement, il serait bon
de le montrer. Mais à la pauvreté des rti<«
sons qu'on essaye, on voit assez que cela est
Impossible.
Constatons en le citant les explications
que donne M. Marcel de Serres sur le qua^
trième jour.
fi A la quatrième époque^ Dieu dit : Que des
corps lumineux soient disposés dans le firma-
ment du ciel^ pour séparer le jour d'avec la
nuity et qu'ils servent de signes pour marqutr
tes temps^ les jours et les années. — (?u[i/i
luisent dans te firmament du ciel et quilt
éclairent la terre; il en fut ainsi. — Dieu dit-
posa donc deux corps lumineux : tun plus
grand pour présider au jowr, et l'aulre
moindre pour présider à la nuit; il fit autti
fes étoiles. — // les plaça dans le firmament
du ciel pour luire sur la terre. — Pour pré*
sider au jour et à ta nuit^ et pour séparer la
lumière a avec les ténèbres ; Dieu vit que cV-
tait bien. — De la fin jusquau commence*
menty ce fut la quatrième époaue.
« Cette époque est donc celle où le soleil
et les autres corps célestes , créés dès 1«
commencement, ont reçu des dispositions
nouvelles oui leur ont donné les moyens de
remj>lir le but de leur formation.
« Tout ce que l'auteur de la création a fait
i 11 quatrième époque, pour denner au so-
leil une influence sur la terre, a été de dis-
poser autour de son noyau obscur et solide,
des auréoles lumineuses. Ces atmosphères
sont devenues pour notre planète la source
d'une infinité de biens.
ff En s'en {enant aux faits connus, on coo-
çoit aisément comment le soleil et toos les
astres ont pu être créés au commencement
et n'avoir pourtant reçu que beaucoup pl»^
tard le pouvoir de répandre de la lumière
sur la terre, car à leur origine ils étaient
privés de cette vaste couche brillante, q^i
en est la source et le véhicule.
« Ce que nous venons de* faire obsener,
relativement à l'atmosphère lumineuse qtti
a été donnée au soleil bien postérieurement
à sa formation, comme corps distinct, a aussi
lieu dans certains corps célestes qui ne sont
point encore termines. Les comètes» P*^
ItlR
ET DE PALEOISTOLOGIE..
MAR
8»
exemple^ sont» comme était le^ soleil avant
la quatriècQc époque de la création, des
astres aui premiers â^cs de leur formation;
aussi leur cours n'a rien encore de régulier
et elles n*o(rrent pas non phis une grande
fixité dans leurs formes et leurs dimensions.
c Ces astres peuvent très-bien nous don-
ner une idée des phases diverses par les-
<|uelles le soleil a passé depuis sa création
jusau*aa moment où il areçu Talmosphère,
ou les atmosphères lumineuses auxquelles
il doit sa grande influence sur la terre. Ces
faits nous font concevoir comment le soleil»
créé dans le principe des choses» n*a "^epen-
dant été dote de son pouvoir' éclairant que
bien longtemps après» c'est-à-dire à la qua-
trième époc|ue.
« Le soleil peut encore être comparé» sous
le rapport de sa composilirn» à. la terre;
comme elle» il i^aralt du moins environné
d'atmosphères» qui diffèrent cependant de
celle qui entoure le globe par la lumière
doQt eUes sont imprégnées. Or, d*aprè6 le
texte de- la Genèse^ I& terre créée dans le
principe eooime corps distinct et particu-
lier^ n*« reçu son atnMfesphère qu*à I& seconde
époque, tandis que celles auxquelles le so-
leil doit ses propriétés éclairantes» ne lui
ont été données qu'à la quatrième. Ce serait
donc là toute la différence qui existerait
entre ces deux astres; ils auraient ccnen-
dant cela de commun» de n'avoir été en
quelque sorte complétés que postérieure-
ment à leur création.
c Cette comparaison, fondée sur les faits les
pins incontestables» permet de saisir un des
points jusqu'à présent les plus obscurs du
récit de la création. Elle prouve, du reste,
combien peu les philosophes du siècle der-
nier pouvaient comprendre ce récit» qui ne
deviendra parfaitement clair que lorsque la
sqience sera assez avancée pour ix>nnaltre
toutes les causes qui ont exercé quelque in-
fluence sur la formation et l'appropriation
successive des différents corps célestes.
« Cette interprétation» la plus conforme
au texte de l'Ecriture, est la seule qui s'ac-
corde avec les faits physiques. En considé-
panl avec elle le système de l'univers dont
le soleil et les étoiles font partie, comme
eréés au commencement» on n*a point à se
demander comment la terre possède une
lumière et une température à elle propres»
et tout à lait Indépendantes de celles que
répandent sur elle les astres nombreux de
Tunivers.
« Le législateur des Hébreux n'a point
dit et encore moins voulu dire» comme on
le suppose assez généralement, qu'à la qua-
trième époque Dieu créa le soleil ; mais
seulement qu'il a disposé cet astre pour
éclairer constamment la terre. C'est Monc
aussi depuis cette ép<y:pie que le soleil rè^le
Tordre oes saisons» des jours et de> an-
nées.
« Ce mode d'interprétation a«. du reste,
î^vantage de faire accorder entre eux diffé-
rents passages de KEci-iture ; car* on ne sau*
lait MjpposfT que Mni^e ait pu cruif^^tue la
terre avaitététTééeavantlesoleiietleséloiies,
puisqu'il dit lui-même qu'elles louaient fii«u
avant la création de notre globe. H ne men-
tionne dans les versets de la Genète^ relatifs
à la quatrième époque», les phénomènes as-
tronomiques que sous le rapport de lei?r
importance, relativement à la terre et à
rhomme, et non en raison de leur im|K>r-
tance réelle dans le système général de l'u-
nivers.
« U y a» d'autant moins. de* doute à cet
égards que Moïse mentio&ne à peine les
étoiles» se bornant à dire que Dieu fit aussi-
los étoiles. 11 les nomme donc en quelques
mots» comme en passant, et en quelque sorto
Dour annoncer qu'elles furent disposées par-
la même puissance qui avait mis dans l'es*
pace le soleil et la lune. En effet, ces corps
lumineux sont bien plus importants et bien
plus nécessaires pour n^us que cette armée
innombrable de corps célestes, dont la gran-
deur surpasse pcut-^t;e de beaucoup celle
de l'astre qui nous éclaire.
€ Les premières plantes qui ont véoa
pendant ces anciennes époques, ne présen-*
test pas la moindre différence dans leur. or-
ganisation d'avec celles qui jouissent Main-
tenant des rayons du soleil. Cette lumière
Iirimitive ne parait pas avoir différé' de -la
umière actuelle;. les organes exhalants des
végétaux des terrains de transition et bouil-
1ers, sont lesmêuieset remplissent des fonc-
tions analogues à ceux des esf^èces vivantes.
W y a plus encore» les yeux de ces singu-
liers crustacés ou de ces tri lobites, si enfon-
cés dans les vieilles couches du globe^ sont
construits d'une manière tellement sembla-*^
ble à ceux des crustacés vivants, qu'il est
difficile de ne point supposer que les uns
et les autres ont éprouvé les effets du même
fluide lumineux,
« La structure des ori^anes de la vision
de ces crustacés qui ont peuplé le sein do-
l'ancienne mer, annonce encore que le fond
du liquide dans lequel ils ont vécu devait
être assez pur et assez transi arent pour per-
mettre à la lumière d'arriver jusqu'à ce»
organes, dont la conservation parfaite nous
a si complètement révélé la nature. Ainsi» à
l'époque où ces animaux forent pinçés au^
fond des mers du monde primitif» les rela-
tions mutuelles de la lumière étaient abso-
lument tes mêmes qu'actuellement.
« Ces instruments d^optique, d'une cons.
traction parfaitement en harmonie avec te
genre de rision particulier qu'ils dpvafeut
exercer» n'ont pas été produits par une sorti»
de tâtonnement, des formes les plus sim|)!es
aux plus compliquées ; ils ont été eonstraits
tout d'abord de manière à s'adapter aux
fonctions qu'ils devaient remplir cl au but
pour lequel ils avaient été créés.
' «-D'un autre côté» si nous considérons les
lèîes des plus anciens poissons, comme celles
dr^ j-.Ins anciens reptiles, nous les verrons
pourvues de cavités destinées à recevoir les
yeux et de trous pour le pas^ge des nerfs
optiques. On voit même cnez quelques in-
diYi.:u;> cerloines parties de IV^mI assez bien
m
MAR
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
MAR
conservées pour ju^er de leurs analogies
avec ces mêmes paKies des yeux des pois-
sous et des reptiles vivants. Enfin, ce qui
• 0*est pas moins remarquable, les organes de
. la vue des ichtyosaures, singuliers reptiles
de répoque du lias, sont assez bien conser-
vés pour qu'il soit possible de reconnaître
que ces yeux renferment un appareil encore
plus merveilleux et plus compliqué que ce*
lui dont sont pourvu^ certains oiseaux
(66^). » Voy, ICHTEVOSAUBE.
Observation. — Nous ne réviendrons
point sur cette étrange bizarrerie du sys-
tômey.que nous avons déjà signalée, et qui
place la création des germes des plantes à la
troisième époque et leur développement
fieufement a la quatrième; d'où il suit,
. ainisi que nous Tavons déjÀ remarqué, que
c*est seulement de la quatrième époque ou
du quatrième jour génésiaque, que date la
formation des terrains paléozoïques, triasir
. (^ues, etc. C'est aussi une idée assez singu^
hère de prétendre que le soleil, avant le
quatrième jour, devait être une comète.
C'est déjà passablement téméraire de cher-
cher ce qu il pouvait ôlre, mais le comparer
aux comètes sur la nature desquelles on ne
sait rien de certain, c'est introduire le ro-
man dans la science. Cependant M. Marcel
. de Serres insiste beaucoup $ur sqn i()ée^
Passant au cinquième jour, il s'exprime
. ainsi :
« A la cinquième époque. Dieu créa les
. poissons, les reptiles aquatiques et tous les
. êtres qui vivent dans le sein des eaux. Les
oiseaux peuplèrent et animèrent les airs.
Enfin, Dieu ordonna aux animaux aquati-
. ques de remplir les eaux de leurs tribus, et
aux volatiles de se répapdre sur la terre et
d'occuper l'atmosphère.
« Voici comment s*exprime le texte bé^
breu : Dieu dit que les eaux produisent des
animaux vivants qui nagent dans Feau^ et
?nie des volatiles volent sur la terre dans
'étendue du ciel, — pieu créa les grands
poissons et tous les êtres rampants que les
. Isaux produisirent selon leur espèce ; t7 créa
aussi tous les volatiles selon leur espèce ; Dieu
vil que c'était bien, — Dieu les bénit et dit :
Croissez et multipliez^ et remplissez les eaux
des merSf et que tes volatiles se multiplient
sur la terre. — De la finjusquau commence-*
nient ce fut la cinquième époque,
<i D'après ce texte, comme d'après les
faits géologiques, les premiers animaux
vertébrés ont été des espèces vivant dans le
sein des eaux, c'est-à-dire des poissons.
C'est mal à propos que les traducteurs ont
rendu le mot hébreu athanimin par serpent,
dragon, baleine, cétacé ; car il se rapporte
uniquement aux poissons de mer. Ce mot
racine, dont il n'existe aucun dérivé connu,
a été évidemment appliqué à tort aux cé-
tacés par cela seuleiqentque ces animaux,
les plus grands delà nature actuelle, habi-*
tcnt aussi le bassin des mers. Il y a d'au-
rB64) CMtnogonie de Moïse, t. I*% p. 80-102,
(6Q5) Cosmogonie de Motse, t. I*', p. 104, etc.
tant moins de doutes que lAonan se rap-
porte aux grands poissons^ comme sont, di-
sent tous les commentateurs , les ba-
leines.
« Si donc les divers interprètes de la
Bible ont traduit creavitque Deus eere
grandia^ c'est que, frappés de la grandeur
des baleines et de la plupart des mammifères
marins, ils ont cru devoir plutôt rapporter
l'expression athanimin aux cétacés qu'ils
connaissaient qu'à des poissons ou à dçs
reptiles çiganlesques, dont les races éteintes
leur étaient entièrement inconnues. Te)
n'est pas cependant le véritable sens du mot
athanimin , qui désigne uniquement un
grand poisson ou un reptile d'une dimension
approchant de celle des baleines. Cette
dernière interpiélation est ici peu admis-
sible ; car, après avoir parlé des grands pois-
sons, Moise nomme de suite les animaux
rampants qui vivent dans l'eau, ce qui ne
peut s*eptendre que des reptiles.
« Nous abandonnons cet objet de discus-
sion à ceux qui s'occupent d une manière
particulière aune langue dont l'étude est si
négligée parmi nous ; il doit nous suffire de
leur avoir soumis une question que leurs
lumières leur permettront de résoudre, sans
doute, beaucoup mieux que nous ne sau-
rions le faire nous^méme. Nous fei-ons seu-
lement remarquer que M. Cahen, en tra-
duisant le mot hébreu athanimin par cétacé,
convient pourtant que cette expression s'ap»
pliçiue à tous les animaux marins dont l'a-
gilité est fort grande, et particulièrement
eifxx poissons.
« Aux yeux de Moïse, la création des
reptiles aquatiques a été antérieure à celle
des espèce^ terrestres. Il place la première à
la cinquième époque, tandis que 1 apparition
des reptiles qm vivent sur la terre, n'aurait
eu lieu qu'à ta sixième, c'est-à-dire à celle
ou Dieu créa également les autres animaux
terrestres. Ainsi, d'après Moïse, comme d'à*
f)rès Tobservation des couches fossilifères,
es êtres qui vivent dans le sein des eaux,
soit poissonsu soit reptiles, auraient précédé
les animaux qui vivent sur les terres sèches
et découvertes. Mais ces derniers auraient
apparu avant l'homme ,' dont l'existence a
couronné en quelque sorte la création.
« Cette cinquième époque est donc celle
où les poissons et les ôtrçs qui vivent dans
le scindes eaux ont essentiellement dominé
sur la scène de l'ancien monde (665). •
Suivent de longues considérations sur les
poissons et les reptiles, qui sont en dehors
des idées théoriques sur la. Genèse oud«-
près la Genèse. M. Marcel de Serres retienl
encore à sa thèse de la succession des ani<
maux en raison directe àe la complication
de leur organisation. Nous renvoyons donc
encore le lecteur à l'article Physiologw n*
LÉ0NT0L0G1Q13E do cc Dictionnaire^ où cette
thèse est discutée (666).
La création des oiseaux appartient «»
(666) M. Harcd de Serres voit la création ^
reptiles ;iquatique9 dans le ÎO* verset quctoas»
MAR
ET D£ PALEONTOLOGIE.
cinquième jour. Voici ee qv*en pense
M. Marcel de Serres.
€ La Bible place* la première apparition
des animaux ailés à cette cinquième épo-
que. Nous disons animaux ailés, parce que
le mot oph dont elle se sert pour les dési«
Ker est un nom collectif qui embrasse tous
\ Tolatiles en général ou tous les êtres
Tolants. U est du reste remarquable que ces
animaux n'aient laissé qu*un petit nombre
de leurs débris dans les couches terrestres.
Cette rareté d'animaux ailés, et particuliè-
rement des oiseaux, est frappante, lorsqu'on
la comparer ii l'abondance, dans les diTcrs
dépôts terrestres, des animaux a(|uatiques.
Un comprend facilement pourquoi les habi-
tants des eaux sont si fréquents dans la plu-
part des couches de Técorce du globe ; mais
on ne conçoit pas si aisément pourquoi les
animaux ailés et surtout les oiseaux j sont
«u contraire si peu nomhreux.
« Cette circonstance Rendrai l-el le à la
eonibrmation du squelette des oiseaux et à la
composition de leurs os, ou dépendrait-elle
de ce que ces animaux ont pu ùcilement
échapper aux causes de destruction qui ont
fait périr les animaux aquatiques? Quoi
au'ii en soit, il est certain que les restes
es oiseaux et des autres animaux ailés, tels
par eiemple, que les ptérodactyles qui ont
Técu daiu> les temps géologiques, sont anssi
rares que les débris des poissons de ces an?
ciens temps sont abondants.
« Si les oiseaux ont été peu fréquents aux
époques géologiques, cette circonstance
tient peut-être à la composition de l'atmo^
sphère pendant ces époques. Chargée d'une
grande quantité d'acide carbonique, cette
atmosphère pouvait bien favoriser le déve*
loppementde l'ancienne végétation, et même,
jusqu'à un certain point, celui des animaux
a respiration incomplète, tels que les rep-
tiles et les poissons; mais elle ne pouvait
que nuire a des animaux qui respirent au-
tant que les oiseaux. Ces légers habitants
des airs sont plus nombreux dans le monde
actuel, l'excès d'acide carbonique s'étant
dissipé à travers les espaces interplanétaires,
ou ayant été absorbé par la brillante végé-
tation des diverses époques géologiques, ou
par la formation des masses calcaires (667).»
!!•* Marcel de Serres s'élonne de trouver
on si petit nombre de débris fossiles d oi-
seaux dans les anciens strates du globe ; il
s*évertue à en chercher la raison ; il s>n
|>renden définitive àla grande quantité d*acide
carbonique que lui et d'autres savants veu-
lent absolument introduire dans l'atmo-
sphère de ces époques reculées; c'est passa-
blement hypothétique, et ce gui ne l'est pas
moins, c'est d'en iaire dissiper Fexcès à
travers les espaces interplanétaires^ Quoi
qu il en soit, le savant imléontologiste,
M. Aie. d'Orbigny, pense qu'à l'épo^iue de
la formation des terrains triasiques, les
continents étaient animés par de nombreux
eiMDmfntateors entendent seulement de la cr^tion
A*s p^Nssons, dësÎKnés comme rampuits, parce quIU
a*efit pas de pieds.
^9ieaux.[Caur$H(m,4^palé0mi.9 L UI, p.
403.) Dix étages avant l'époque actuelle^
dans l'étage néocomien, le premier des ter-
rains crétacés, on connaît deux genres d'oi-
seaux palmipèdes, les genres paiœamis et
eimoliomis. Mais dès le cinquième étage
ils ont laissé de nombreuses empreintes.
(Fby. CoNCHTUBH.) Ces faits n'empêchent
point M. Marcel de Serres de supposer que
les oiseaux n*ontpoint existé avant lapériode
tertiaire, {Cosmogonie de Moise^ t. I**»
p. IGO.)
Arrivons à la sixième époque.
« A cette époque. Dieu créa les reptiles
terrestres et les mammifères, les races do-
mestiques aussi bien que les races sauvages.
Dieu couronna ensuite l'œuvre de la créa-
tion en faisant l'homme à son image. Il lui
prescrivit, comme aux autres êtres animés,
de croître et de s'étendre sur la terre. Pour
lui enïaciliter les moyens, il assujettit à son
empiré les poissons de la mer, les oiseaux
du ciel et tous les animaux qui se meuvent
sur le globe. Il lui donna encore tous les
végétaux, afin qu*ils lui servissent de nour-
riture.
« Mais écoutons le récit qui se rapporte à
cette sixième époque. Dieu dit : Que la lerrs
produise des animaux vivants, chacun selon
son espèce^ les animaux domestiques, les
reptiles et les bêles sauvages, selon leurs
différentes espèces ; il en fut ainsi. — Dieu fit
les bêtes sauvages de la terre selon leurs esr
pêces, les animatix domestiques et tous les
reptiles chacun selon son espèce: Dieu vit que
c était bien, — Dieu dit : Faisons t homme à
notre image et à notre ressemblance, quil
domine sur les poissons de la mer, sur les
oiseaux du ciel, sur les biles, sur toute la
terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur
la terre. — Dieu créa thomme à son image ;
il les créa mâle et femelle. — Dieu les bénit et
leur dit : Croissez et multipliez-vous, rem^
{}lissez la terre, assujrttissesrla, dominez sur
es poissons de la mer, sur les oiseaux du
ciel et sur tout aniirMl qui se meut sur la
terre, — Dieu dit : Je vous donne toutes les
herbes qui portent leur graine sur la terre et
tous les arbres qui renferment en eux-mêmes
leur semence, chacun selon son espèie, afin
qu'ils vous serrent de nourriture ; t{ en fut
ainsi. — Dieu vit toutes ses ouvres: elles étaient
parfaites : de la fin jusqti'au commencement,
ce fut la sixième époque,
« Cette époque a vu terminer la création
de tous les êtres vivants ; aussi comprend**
elle uniquement les êtres les plus avancés
en organisation ou les plus perfection*
nés (G(Î8). »
A propos des végétaux que Dieu donna à
Thoiume à la sixième époque pour sa nour-
riture, Tauteur remarque que ces « végétaux
ne pouvaient pas être les Diêroes que ceux
des premières époques ; car d*aprës la suc*
cession qui a eu lieu dans Tensemble des
choses créées, les plantes de la troisième
(667) Cosmogonie de Moiie^ u 1<% p. 129, c!c.
(668) Cotmtgonïi Ht Jloïff, U W, p. 151.
8tH
MAT
DICTtONiNAIRE DE COSMOGONIE
ITâT
époqtfe avaient dû, lors de la'sixième, avOik*
disparu depuis longtemps. » (Cosmog, de
Moisè, i, V% p. 137.)
L'observalion est très-juste ; mais ne
ftut-il pas bien de la bonne volonté pour
voir dans Moïse tant de choses qui rCy sont
point» dont il ne parle point, et qu^l ne laisse
supposer en aucune manière? Est-il permis
d'abuser à ce point du commcnlaire ?
«t On dirait que dans les idées de Moïse,
Dieu n'agit pas, à proprement parler, à
chaque époque ; mais que les formes nou-
velles que prennent les choses sont plutôt
l'action des causes naturelles, émanées de
son pouvoir divin, qu'un effet immédiat de
sa puissance créatrice. »(/6td., p. 138.) Rien
no nous parait moins dans les idées de Moïse
que la supposition qu'on fait ici.
M. Marcel de Serres revient h sa thèse de
la complication des organes et du perfec-
tionnement progressif chez les animaux
fossiles. Toutefois il ne peut s'emj^^cher de
cQiivenîrque les reptiles des plus anciennes
éDOques font exception à la loi générale.
(P. 143.) Voy. PUTSIOLOGIE PALEONTOLO-
^IQCE.
Discussion sur les didelphes fossiles de*
stonespeld. — Voy. Mammifères. Ces mâ-
choires de didelphes gênent les idées de
Tauteur. Les reptiles terrestres avant les ter-
rains tertiaires ne l'embarrassent pas moins;
ils sont pourtant fort antérieurs à ces ter-
rains aussi bien que les oiseaux dont l'ap-
parition n'est pas moins incontestable k
l'époque des terrains crétacés, ainsi que
nous l'avons déjà fait observer.
L'homme app.nrlenant à la sixième épo^
que, il se présente une petite difficulté dont
le savant professeur de Montpellier ne s'oc-
cupe pas; c'est de savoir comment on passe
de la sixième époque à la septième, qui est-
ce qiii caractérise le vespere ou la fin de
la sixième époque, et le mane ou le com-
mencement de la septième? Voy. Jours*
Fl'SRlODES.
MARCEL DE SERRES, ses idées sur la
nature des nébuleuses. — Voy, Nébuleuses.
MARÉES, leur action sur les dépôts de
«édiments. Voy. Couches s£Dm«NTAiREs.
MARNES SUPERIEURES. Voy. Toae-
ciEsr.
MARNES IRISÉES. Voy. Salifériew
MATERIALISME COSMOGONIQUE. Voy.
Genèse matérialiste.
MATIÈRE, sa création de rien a-t-elle été
admise par les anciens philosophes 7 Voy.
Chaubard — Eternité de la matière, réfu-
tation. Voy. Genèse matérialiste. —Quelle
est sa nature. Voy. Cosmogonie.
MATIERES ÉLÎÉMENTAIRES DU GLOBE
TERRESTRE. — Le soleil et les diverses
planètes connues de notre système solaire
oi}i des densités différentes ; il s'ensuit que
ces corps sont respectivement composés d'é-
léments différents, ou bion que les mêmes
éléments n'existent pas dans chaque planète
sous des conditions nrécisément égales. Une
dehsité donnée n est «Jonc point aécessaire
à l'existence d'une planète, et ear cons^
3uent rien ne démontre a pnori que la
ensité d'une planète, telle que la terre, ne
puisse avoir changé durant la succession
des temps.
Rien ne prouve d'une manière directe qii€
la matière dont sont composées les autres
planètes soit ou non identique avec celte
de la terre. Mais la simplicité et la grandeur
du plan do la création portent h supposer
3ue les caractères généraux de la matière n<»
oivent point être essentiellement différenls
dans les diverses planètes, et qu'il doit en
être ici comme dans le règne organique, où
nous voyons une variété inflnie de formes
résulter de la combinaison d'un petit nom-
bre de substances élémentaires.
<)n peut donc admettre^ sans blesser les
règles de la saine philosophie , que la ma-
tière des diverses planètes ne aiffère pas
essentiellement dans ses caractères géné-
raux i dès lors il doit exister dans chacun de
ces corps un agent ou une force quelconque^
qui y coatrebalance, d'une maiiière inégale,
les effets de la gravité : sans cela une çrando
planète , telle que Saturne, ne serait pas
moins dense que la terre. Que si l'on cher-
che quel peut être cet agent, c'est le calori-
que qui se présente d'abopd naturellement
à notre pensée. En effet, ce fluide imiiondé-
Kable est capable de changer k densité de
tous les corps; et il y a toute raison de
croire que toute la matière pondérable poll^
rait passer à Fétat gazeux par l'application
d'une chaleur suffisamment intense. On a
ealculé que l'effet de la pesanteur à la sur*
face du soleil était tel, qu'un homme, s'il
pouvait y être transporté, y serait écrasé par
son propre poids. Toutefois la densité du
soleil est comparativement peu considérable»
On en a conclu au'il doit exister, dans son
intérieur, une chaleur immense qui le rend
capable de résister à la pression énorme qui
s'exerce à sa surface (669), Ce raisonnemenl
n'est pas applicable seulement au soleil; il
doit l'être auSssi aux grandes planètes, telles
que Saturne, dont on regarde la densiu
de contrebalancer les effets de la pression
de la matière qui gravite vers le centre, et
de diminuer la densité qu'aurait la plaa^^^
sans l'existence de cette chaleur, rien ne
parait s'opposer a priori K ce qu'il puisse
exister, à l'intérieur de la terre aussi, «ne
chaleur considérable, capable d'en modifier
la densité. D'après ce qui précède, et en
admettant que la matière de notre planète
soit analogue à celle qui constitue lesaulre*
corps de notre système solaire, les différen-
ces de densité des planètes seraient dues
surtout aux différentes intensités de la cba-
leur dans chacun de ces astres.
Il parait 5 peu près certain que plusieurs
dvs planètes, celles du moins qui soBt coni-
parativement voisines du solHl, ont une ai-
v'669j IIerscii-ll, Trealhe on .4«/roMomy^p. îîôO. (670) /6/rf., p. 27îJ.
f»
VAT
ET JIE PAUXWTOLOGK.
MAT
tu
mosphère. Si on admet l'existence de ces
atmosphères, on a la preoTe que la matière
se trouTe au moins à deux états dans ces
eorps. Dès lors il n'y a aucune difficulté à
avancer encore d'un pas et à admettre aue
la matière peut exister dans toutes les pla-
nètes sous les trois formes, solide, liquide
et gazeu:>e. Ce que nous Tenons de dire n*est
peut-être point apfilicable aux astres d'un
moindre volume qui portent le nom de sa-
tellites. On suppose communément que la
lune n'a point d'atmosphère ; on ne peut ce-
pendant guère admettre cette supposition
comme étant d'une vérité absolue, si Ton a
égard aux caractères de volcanicité que pré-
sente la surface de notre satellite. Sir J.
Herschell a observé à la surface de la lune
des apparences qui le portent à conclure
qu'il y a sur quelques-unes des montagnes
lunaires da marques décisives de siratifica-
tion volcanique^ pravenani de dépôts succès^
sifsde matières d'éruption (671). Or, il fau-
drait que les éruptions volcaniques de la
lune fussent bien différentes de celles qui
ont lieu à la surface de la terre, pour qu'elles
ne fussent point accompagnées d'émanations
gazeuses. S'il se dégage des gaz dans les
éruptions volcaniques lunaires, l'action de
la pesanteur doit nécessairement les abaisser
& la surface de la lune, et ils ne peuvent en
disparaître que d'une des trois manières
suivantes ; i* par leur combinaison avec des
matières solides ou liquides ; 2* par l'action
d*un froid intense; 3* par l'effet d'une grande
pression. La pression a la surface de la lune
ne peut provenir que de l'attraction de la
lune même, et cette attraction n'est certes
point capable de condenser des matières ga-
zeuses. La combinaison avec des matières
liquides ou solides dépend nécessairement
des aflinités chimiques entre les divers
corps, et s'il existe quelque analogie entre
la matière de la lune et celle de la terre,
quelques-uns des gaz, dégagés par les vol-
cans lunaires, existeront pendant quelque
temps du moins à l'étal libre, avant de lâs-
paraltre totalement par leur combinaison
avec les liquides et les solides de la sur&ce.
Si donc les éruptions volcaniques lunaires
avaient lieu avec une certaine fréquence, il
devrait exister des gaz à la surface de la lune,
à moins aue la température de cette surface
ne fût teflement basse, que ces gaz en fus*
^ent condensés au moment même de leur
émanation.
Si l'on admet, d'après les calculs de Fou •
rîer, que les espaces planétaires ont une
température de — 50* centigrades, le rayon-
nement de la chaleur sera plus rapide dans
des astres d*un volume relativement peu
considérable, tels que la lune, que dans les
eorps plus volumineux, tels que Saturne;
pn supposant toutefois que les diverses pla-
nètes et leurs sateHites ont été formés con-
temporainemenl, que tous ces astres avaient
une même température initiale, supérieure
è celle de l'espace ambiauL et (\uih sont
tons composés de matière semblable. DaiKs
cette hypothèse la lune et la terre n'auraient
point conservé longtemps des températures
e^les, la première se refroidissant plus ra-
pidement que la seconde, en sorte qu'il aura
f^u ré^er un grand froid è la surface de la
une, tandis que la terre était encore à une
température fort élevée. D'après cette ma-
nière de voir, on pourrait su|)poser que la
surface lunaire est aujourd'hui à une tem-
pérature si basse, qu'il ne peut j exister une
atmosphère à l'état gazeux ; si ce n'était
l'influence des rayons solaires qui, sur les
parties au moins oui sont exposées au soleil,
doivent contrebaianct*r les effets du froid
supposé à la surface de la lune. 11 est donc
assez difficile de considérer la surface de
notre satellite comme entièrement dépouit-
lée de substances gazeuses, si l'action volca-
nique y est aussi fréquente qus certaines
apparences portent à le conjecturer.
Les taches blanches aux pAles de Mars
sont dues, croit-on, à la présence de grandes
calottes de neige, puisqu'elles disparaissent
lorsqu'elles ont été longtemps exposées au so--
leil^ et qu'elles couvrent de plus grands espsh
ces lorsqu'elles viennent de sortir de la longue
nuit de leur hiver polaire (672). On aurait là
une preuve que la matière inorganique
peut, à la surface de Mars, avoir les mêmes
formes qu'à la surface de la terre, et y obéir
aux mêmes lois.
De ce que les planètes seraient composées
d'élémens chimiques plus ou moins analo»
gués, il ne s'ensuit nullement que tous les
corps de notre système solaire soient formés
d'une matière identique. L'enveloppe lumi-
neuse qui sert d'atmosphère au soleil est
une preuve directe du contraire, à moins
qu'on ne veuille supposer aue quelques*
unes des lois qui régissent la matière eo
grand, et qui seraient dans un état de faible
activité, ou entièrement latentes dans les
planètes, ne régnent à la surface du soleil
avec une tout autre énergie, pour assurer
la conservation de Torganisation à la snr-
bcedes différents eorps qui gravitent autour
du grand centre de notre système plané-
taire. (jViLqu'il en soit, il ne s'ensuit point
de ce qa un corps est entièrement gazeux
ou composé de simples vapeurs, que ce
corps soit nécessairement doué d'une cha-
leur intense. Une température très-élevée
n'est pas plus essentielle à l'existence de
cette singulière masse de vapeur, connue
sous le nom de Comète d'Encke, au'elle ne
l'est à l'existence de noire atmosplière.
Que la matière des planètes ait, ou non,
été originairement à une haute température,
la forme de ces eorps est telle que les molé-
cules qui les composent doivent uéces5airc-
ment avoir pu jaâis se mouvoir librement
les unes par rapport aux autres. 11 est évi-
dent que ce n est point là l'état de choses
actuel à la surface de la terre, au moins dans
cette partie de l'écorce minérale qui forme
la surface émergée des continents, ou qui
(671 » !bid., p. 229.
(B72) HcRSCBEtL, Trfttthe on Àstrencmy, p. 279;
t95
HAT
DlCf lON^NAIRE DE COSMOGONIE
MAT
tw
constitue le lit de Tocéan. 11 y a donc en de
graQds changements dans les conditions de
notre globe ; car il n'est aucune répétition
des enets dopt nous sommes témoins ai>-
/jourd'hui qui puisse nous faire concevoir la
possibilité d'un libre mouvement des moIé:
cules de la matière terrestre les unes par
rapport aux autres. Lorsque nous supposons
Sue les eaux peuvent charrier des détritus
'un point à un autre de la surface terrestre,
et qu elles peuvent dé^aJer quelques par-
ties saillantes du terrain émergé, 'nous ad-
mettons nécessairement }^ preeiistence de
}a matière à Tétat solide, et par conséquent
t'imnossibilité dé la libre circulation des mo^
lécules de cette matière. L'eau ne peut en-
tamer la matière solide qu'autant qu'elle
xoule à la surface des terres, qu'elle est
.lancée soiis forme de va^es contre des fa-
laises» ou«bieR encore qu elle ronge les ter^
ras qui tendent à barrer son cours. Il est
ikonc évident qu'il a dû exister de la matière;
solide avant qu'il ait pu se déposer des ter-
rains d'origine mécanique, c'est-à-dire quMl
^ dû exister , soit aurdessus du niveau des
eaux, soit à une petite profondeur an-des^r
'SOUS, des terres qui auront pu fournir des
détritus, par suite de l'action des eaux à
leur surface. Neus connaissons dos masses
énormes de terrains de sédiment ; de sorte
f[ue, même en tenant compte des roches si*t
liceuses ou autres qui peuvent avoir été
produites par voie chimique pendant le dé-:
p6tdes terrains d'origine mécanique, il reste
encore une masse immense de matière qui
a dû exister à l'état solide antérieurement
au dépôt de toute roche mécanique. Quoi#
qu'il soit donc vrai que, si on accordait un
temps suOisant, l'action de reau sur les
terres émergées tendrait à rendre à notre
planète la forme sphéroïdale, il faut toujours
admettre au'il a existé, préalablement au
transport des détritus par l'eau, des roches
solides situées de manière à pouvoir être
entamée» par cette eau.
Il est fort difllt'.ile de concevoir que la pla-
nète terrestre ait pu tourner autour du soleil
avec une autre forme aue celle d'une sphère
ou d'un sphéroïde. Aamettre que la terre a
^lé jadis un solide irrégulier, ayant une
surface âpre et irrégulière, et que cette sur-
feuse a été successivement corrodée par l'ac-
tion de l'eau jusqu'à ce qu'elle eût pris la
forme sphéroïdale, c'est tout au plus une
hypothèse grossière , qui n'est nullement
d'accord avec la simplicité qui distin^^ue
d'une manière si frai^pante toutes les œuvres
de la création, et qui ne concorderait nulle-
ment avec les faits géologicpies connus. On
MSt donc autorisé à conclure q-je notre pla-
nète avait la forme sphériqiie ou sphéroï-
dale avant aue sa surface solide eût été cor-
rodée i>ar leau, et qu'elle fût capable de
supporter les détritus qui devaient s'y accu-
mufer.
^ Si l'on examine la composition chimique
<îe celle partie de Técorce de la terre oui
nous est accessible, on est frappé de 1 é-
Qorme volurpe d'oxygène qui enfre,soil [fins
la composition de Tair et de Teau, soit dan
celle des roches isfolides. L'oxygène constitce
h peu près les vingt centièmes du volume de
l'atmosphère ; il fortae la troisième partie,
•en volume, des gaz qui entrent dans là
composition de l'eau; et il est conlenaen
quantité immense dans les diverses roches
qui, prises en masse, ne sont guère qu'une
riiasse de substances oxydées. On peut esiv
nier que la siliee constitue au moins les i]
centièmes de l'ècorce minérale rfe notre
-globe Or la silice est composée, suivant Ber-
zélius,deitô,4 de silicium et SI ,6 d'oxygène,
tl s'ensuit que si loxygène contenu seule
ment dans la silice reprenait son état ga-
zeux, le volume de l'atmosphère en serait
immensément augmenté, et cette augmenta-
tion deviendrait énorme, si l'oxygène se dé-
gageait de tous les autres minéraai qui
composent l'ècorce du globe, ainsi que tlci
eaux qui existent à sa surface.
Les proportions de l'hydrogène, de Tazole,
du carbone, du soufre et du chlore sontloiu
d^être aussi considérables que celles de
l'oxyçène. L'hydrogène entre dans la coui-
Sositidn de l'eau ; il se dégage, combiné de
iverses manières, soit des volcans, soil île
certaines Assures de l'ècorce lerreslro, e;
dans les mines de houille. Il entre ou^si
dans la composition des divers combustibles
et dans les produits minéraux qui leursoo;
^naloçues ; mais c^est surtout d'après h
quantité totale de l'eau qui forme la mer,
les lacs et les rivières, de celle qui se irouTe
en suspension dans ralraosjThére ou disk-
minée mécaniquement dans les roches» qui!
faut calculer le volume da Fhydrogène. Pub-
3ue deux volumes d'hydrogène s'unissent
ans la production de l'eau avec un voluoie
d'oxyçène, il s'ensuit qu'en ne prenant en
considération que l'eau, le volume de ITij-
dfogène serait double dé celui de l^)ijgèiie.
11 est difficile d'estimer la quantité eilrécie-
ment variable de la vapeur aqueuse qui esl
disséminée dans l'atmosphère: dans cetie
circonstance, l'eau n'est guère que dans lifl
état de passage d'un point à un autre delà
surface solide ou liquide inférieure, et i
peine peut-on dire que les vapeurs aqueu-
ses fassent partie de l'atmosphère, quoi-
qu'il y en existe constamment pour ré.oii-
dre au grand objet auquel est destinée I Cu-
veloppe gazeuse de la planète terrestre. ^
L'eau domine tellement h la surface ^^
notre planète, qu'on pourrait être tenté t •
considérer l'hydrogène comme relativemerr»
plus abondant qu'il ne l'est en réalité. A rafit
de calculer la quantité d'hydrogène qui ci\^-
dans la mer, il faut en déjuire les sels f'
y sont en solution ; ce n'est pas là ui«
grande déduction, à la vérité, car il5 d*
montent qu'aux 3 ou 4 centièmesde lams^^e
totale. Si on considère l'étendue de l'océan,
et si on admet que sa profondeur roovertne
sioit de cinq mille mètres environ, il i«"''
avouer qu'il existe là un volume imiïif";^
d'hydrogène en combinaison. 11 faut 9fm
encore la grande quantité d'eau qui 5e ir)"^"
dis>émin^c mécaniquomcnf tlans lo^rociK^
»7
M.VT
ET ÏÏE PALEOMdLOGir.
MAT
Sans doute qu'une grande partie de cette eau
reçue de Tatmosphère pour jaillir ailleurs
soâs forme de sources, n*est contenue dans
les roches que comme dans un réservoir
momentané, et certes on ne peut rien ima«-
giner de plus simple ni de plus beau que
cette circulation de Teau destinée à Tentre-
tien de la rie animale et Tégétale. Mais il
eiiste en notre une quantité â'eau dissémi-
née dans les roches a un état latent, pour
ainsi dire, qui doit être fort considérable.
Dans les roches qui servent comme de ca*
naux souterrains aux sources, cette quantité
d'eau disséminée doit être énorme ; car ces
roches, qui font Toflice de filtres, ne per-
mettent te libre passage de Teau que fors-
qu'elles en sont complètement saturées.
tjà capillarité doit avoir une grande in-
fluence, soit pour disséminer mécanique-
ment l'eau dans les roches, soit pour Vy re-
tenir lors<iu'elle est ainsi disséminée : cette
action doit, jusqu'à un certain point, saturer
les roches diiumidité, et elle contribue sans
donte à donner aux sources- un écoulement
S lus uniforme. La capillarité et la gravité
mt descendre Feau beaucoup au-dessous
des points desquels elle peut retourner à la
surface sous forme de sources; de sources
froides au moins, car il est des circonstances
relatives aux eaux thermales qui porteraient
k croire que Teau qui en jaillit peut avoir
d renié jusqu'à des profondeurs considérâ-
mes. On peut ^ tmeltre , sans crainte d'er-
reur, que la plupart des roches contiennent
de rhomidité disséminée, car il en est bien
peu qui, exposées à unecbalenr convenable,
ne donnent pointde l'eau. Quelques serpen-
tines en contiennent jusqu'à 12 ou 15 cen«
tièmes. L'eau entre en outre dans la com-
Eisition de divers minéraux, dont elle parait
ire partie constituante; cependant la quan-
tité totale de l'eau , provenant de cette der-
nière cause, n'est pas d'une grande impor-
tance relative.
Une quantité considérable d'bvdrogène pa-
raît être contenue dans la bouille et dans le
lignite. Suivant le docteur Thomson, la
houille compacte (cannelcoal) en contient
21,56 pour cent. Le même auteur en porte
la ouantité contenue dans la houille collante
(caking eoal) de Newcastleà 4,18 seulement;
de sorte que les proportions de Thydro-^ène
variait considérablement dans ce minéral.
S'il est vrai que l'bjdrogène cart^oné existe
à un état de grande pression , et peut-être
roteie à l'état liquide, dans les vésicules de
la bouille, le volume d'hydrogène qui entre-
rait dans Dette combinaison doit être fort
considérable. On ne doit pas né^^liger, dans
ce calcul, rhvdrogène qui se dégage des vol-
cans, soit à 1 état de vapeur aqueuse, soit ca
combinaison avec d'autres substances gazeu-
ses. Il paraîtrait cependant que le de^fage-
meot de rhjdrogène, soit des oriikes'volca^
niques, solides fissures des roches, à l'état
de gaz inSammable. ne produit pas d'effet
sensible sur l'atmosphère , de sorte que la
quantité totale ne doit pas en être considé-
rable, à moins ou'il ne s'unisse avec i'oxy»
^ène de 1 atmosphère, par le contact des ma-
tières incandescentes des volcans, on par
l'effet de décharges, électriques. Au total, on
peut regarder l'hvdrogène commela seconde
en importance des substances gazeuses qui
entrent dans la composition de l'écorce du
globe terrestre.
L'azote est surtout important comme par-
tie constituante de l'atmosphère, dont il for-
me environ les 80 centième^;. Son existence
dans les corps organisa, animaux et végé-
taux, peut être regardée comme secondaire;
cest-à-dire que razote existant dans ces
oorps serait dérivé de l'atmosphère. Il y a
toute raison de croire en outre qu'il existe
de l'azote dans les roches nombreuses qui
contiennent ûe% restes d'animaux qui v ont
été enfouis vivants, on du moinsconservant
encore leurs chairs. On a la preuve directe
de l'existence de l'azote dans la houille par
les analyses du docteur Thomson, qui a
trouvé que ce gaz constitue les 15,96 centiè-
mes de la houille collante (raking coai) de
Newcastle; et on a quelques raisons de croire
que ce n'est là qu'un mimimum de la quan-
tité d'azote contenue dans certaines houilles»
à en juger par Tabondance des produits am-
moniacaux qui résultent de la (listillation de
la houille dans les fabriques de gaz pour l'é-
clairage^
Le carbone, indépendamment de son exis-
tence dans les corps organisés vivants, eet
enfoui dans l'éeorce terrestre en grande qu&n-
tité, tant dans les végétaux- fo6Si.e8 que dans
les couches calcaires, il entre pour 75,^
dans la houille collante (caking coai) de New-
castle; pour 75 dans la houille esquilleose
(tplhti coat) de Glascow, et pour 6i,72 dias
la bouille compacte {eatmel ceet). Cependant
c'est danslesmasses calcaires que se trouve
Iirobablementlaplus grande quantité de car-
K>ne. L'acide carbonique étantcomposéde vo-
lumes égaux de vapeur de carbone eldoxy**
gène, le voiume de la vapeur de carbone con- .
denséedans les couches calcaires doit être im .
mense. En adoptant 2,7 pour la pesanteurspé-
cifiquedelachauxcarbonatéepure.etestimant
le poids décent pouces cubes d'acide carboni-
que à kl grains, 377, chaque yard cube de
chaux carbonatée pure contiendrait 17,09S
Çieds cubes de gaz acide carbonique (673).
outefois, comme le calcaire est rarement
pur sur de grandes étendues, on ne commet-*
trait pas de grande erreur en estimant la
quantité moyenne de l'acide carbonique cos>
tenu dans chaque yard cube de calcaire à,
environ 16,000 pieds cubes. Si donc tout U'
carbonate de chaux constituant les masses
calcaires et celui qui est disséminé dans les
différentes roches, venait à être décomposé»
le volume d'acide carbonique qui s'en dé^»
gérait serait immense.
Le carlM>ne n'est pas en quantité fort con*
sidérable dans Falmosphère, mais la végéla*»
tation ne saurait avoir lieu sans qu'il y eo
^Tk) Ce caltal tu témâé sar la peMnltor spéciOi|M d^ua échiniiUaa IrM-psir dt narlire de Carrare.
MAT
MCnONNAlRE DE COSXOGO^nE
MAT
^
euste. M. Théodore do Saussure a trouvé
que 10,000 parties d*air atmosphérique con-
tiennent moyennement ^9 d*acide carboni-
que. Un grand nombre de sources minérales
' et de Assures de Técorec du ^lobe versent
constamment de Facide carbonique dans l*at-
raospbère. M. BischofT croit qu il se dégage
annuellement 219,000>000 HTres de ce gaz
des environs du lac de Laach ; ce qui donne-
rait, en prenant hl grainst377 pour le poids
de cent pouces cubes diacide carbonique, un
volume d'environ J 9855,000,000 pieds cubes
de gaz acide carboni({ue, se déversant an-
nuellement dans Tatmosphère sur une sur-
face de quelques milles carrés seulement.
Ces dégagements si considérables d'acide
carbonique sont , à la vérité » des accidents
locaui, limités le plus souvent, soit aux ré-
gions volcaniques anciennes, soit à celles
où il existe des volcans en activité; cepen-
dant la quantité totale d*acide cartontque,
qui se déverse ainsi dans l'atmosphère, doit
être fort importante, surtout en y compre-
nant le volume moyen de cet acide qui se
dégage annuellement par les orifices volcani-
ques eux-mêmes.
- Le soufre se trouve dans les roches en
rilos grande quantité qu'on ne |)ourrait d'a-
bord le supposer. On est assez porté à rap-
porter aux produits volcaniques toute idée
de l'existence du soufre dans les diverses
masses de Técorce terrestre ; cependant la
quantité de cette substance qu'on trouve
dans les terrains volcaniques, tpioique fort
considérable dans certaines localités, n'est ,
au total, que d'une faible importance. D'un
antre côté, le soufre est disséminé avec abon-
dance dans plusieurs terrains; à l'état de
snlfure de fer, il se trouve en grande quan-
tité dans les terrains surtout désignés sous
le nom de terraim $traiifit$ $upérieur$ ou
foêiilifiren^ et dans ceux qu'on appelle com-
munément trappéens. Le sulfure de fer est
tfès-dominant dans certaines argiles, et il y
a 'minéralisé souvent un grand nombre de
débris organiques. Les pyrites de fer sont
nécessairement fort abondantes dans les
schistes dont on extrait Falun, et qui en ont
reçu le nom de schistes alumineut. Les mi-
nornis de cuivre et de plomb exf/loités dans
les diverses parties du monde, sont presque
tous à I état de sulfures. Le soufre est très-
répandu aussi à l'état de sulfate de chaux.
Rien n'est plus commun que les cristaux de
sélénite dans les couches d argile, et les mas-
ses de gyi>sc occupent quelquefois des éten-
dîtes considérables. Le soufre ne se rencon-
tre pas dans les roches seulement, il est dis-
sémmé aussi dans l'Océan; car ie sulfate de
aoude est un des sels qui se rencontrent cons-
tamment dans toutes les analyses de l'eau
de la mer. M. Eichwald annonce que le sul-
fate de magnésie est commun dans les eaux
de la mer Caspienne. Le soufre est donc
loin d'être rare à la surface de la terre.
L'iraporlnncc du chlore provient surtout
dn rAle qu'il joue dans la composition de
Teau de la mer, le muriate de soude, le plus
abontlant des sels qtit y sont contenus, cons«
ti tuant environ les deux centièmes et demi
de cette eau. Les muriates de magnésie et de
chaux, qui se trouvent aussi dans Tean de
la mer, quoique en moindre quantité, doi-
vent pourtant contenir au total une quantité
considérable de chlore. Les diverses masses
de sel gemme renferment encore un Tolume
important de ce gaz. Lorsqu'on réfléchi! à
la grande quantité de matière qui a été dé-
posée dans la mer, soit par la voie chimique,
soit surtout par la voie mécanique, on alleu
d'être surpris en ne trouvant point dans ces
dépôts plus de traces de chlorides que les
chimistes n'y en ont découvert jusqu'ici.
Les autres corps simples non métalliques,
c'est^-dire le pWphore, le bore, le sélé-
nium, l'iode, le brftme et le phtore, nont
t^oint une importance géologique bien con-
sidérable. Le phosphore est connu surtout
d'après le rdie qu'il joue dans la compositioa
chimique des animaux. Les os de 1 homme
contiennaSàt, sur cent parties, d'après Berzé
lins, 51,0b de phosphate de chaux, et, dV
près M. Pepys , celte substance enlrerail
pour 78 centièmes dans l'émail des dents.
Comme partie constituante des minéraux, le
phosphore est rare ; mais il doit en exister
une certaine quantité disséminée dans le*
divers terrains fossilifères; car les ossements
fossiles de toutes les époques contiennentdu
phosphore. Le docteur Turner a trouvé 50
pour cent de phosphate de chaux dans une
côte et une dent d*ichthyosaure de Ljme-
Régis, et 29 pour cent dans une vertèbre du
même individu. lia trouvé aussi 2U milliè-
mes de phosyphate de chaux dans le palais
d'un poisson du calcaire carbonifère de Bris-
tol, et 188 millièmes dans un palais proîe-
nant de la craie.
Le bore entre dans la composition de plu-
sieurs minéraux, dont aucun, à la vérité, ne
se trouve en grandes masses, si on en ex-
cepte la tourmaline, qui forme, avec le quartz,
une roche qui se trouve en massesassez con-
sidérables dans certains pays, tels queleCor-
nouailles et le Devonshire, près du contact
des granités avec les schistes. On a calculé
que l'acide borique entrerait pour 1,79 dans
cent parties d'une roche composée à parties
égales de quartz et de tourmaline. L'acide
borique se trouve aussi dans certaines sour-
ces thermales. Le sélénium se troure en
quantités trop peu considérables pour a?oir
le moindre intérêt géologique. L'iode est
probablement répandu dans des proportioas
excessivement petites dans l'eau de la mer,
é*ott l'on croit que le tirent les ^nges« les
fucus et plusieurs autres corps organisés
marins; on Ta découvert aussi dans pln-
sieurs sources minérales. Le brome est pro-
bablement disséminé aussi dans toute I eau
de la mer; le docteur Daubeny et quelques
autres chimistes en ont reconnu dans plu-
sieurs sources minérales : il a encore une
autre analogie avec l'iode; c'est qu'on le
trouve dans les cendres de certaines plantes
et animaux marins.
Le phtore a plus d'importance en géologie
que les corps simples qui préèèdeat , ptn^-
901
ITAT
ET DE PALEONTOLOGIE.
KAT
qull entre dans la com(>ositiofl de certains
minéraux qui font partie constituante de
Fraudes masses de terrains. 11 se troure à
état d'acide flnerique dans le mica et Tam-
pbibole ; et ces deux minéraux , le premier
surtout, entrent dans la composition de plu-
sieurs reches qui occufientcie ^andes éten-
dues à la surface du globe. Quinze analyses
d«) micas de différents pajs, par Klajiroth,
Vauquelin, Rose et Beudant, ont donné une
moyenne de 1,09 pour cent d*acide fluori*
que, et Tanalyse de Thornlilende de Pargas
par Bonsdorf [analyse qui peut être regardée
comme la moyenne de celles de plusieurs
amphiboles de différents pays) a cfonné 1,5
pour cent de la même substance. On a cal-
culé que le gneiss avec mica contenait 0,36
pour cent d'acide fluorique ; le micaschiste,
0,5i; Tamphibolite et le grûnstein, 0,75; le
f;ranite avec mica, 0,18 à 0,21 ; le granité
syénite) formé de quartz, feldspath et am-
t#bibole, 0,5 ; le granité compose de quartz,
feldspath, mica et amphibole, 0,65; le grûns-
tein porjihyroïJe, 0,5. L'acide fluorique en-
tre probablement aussi comme partie cons-
tituante dans diverses roches trappéenncs,
difficiles à classer, mais que I on a toute rai-
son de croire amphiboliques. Si donc nous
étions certains que tous les micas contien-
nent de Tacide fluorique, nous pourrions en
conclure que le phtore n'est pas sans une
certaine importance dans la composition de
récarce minérale du globe terrestre; mais
il ne faut point oublier que la lithine rem-
place Tacide fluorique dans certains micas.
On ne sait pas exactement jusqu'à quel point
les micas à lithine sont répandus; on n'en
connaît même qu'une petite quantité jus-
qu'ici; mais il est possible qu'un examen
plus approfondi en fasse connaître davan-
tage. Le spath-fluor (apatite) est sans doute
le minéral qui contient la plus grande pro-
portion de phtore , mais, considéré géologi-
quement, il n'a que peu d'importance.
De toutes les bases métalliques des alcalis
et des terres, qu'on trouve à la surface de
notre planète, le silicium est de beaucoup
la plus importante , puisque la silice entre
eo si grande quantité dans la composition
des roches d'oriçine soit chimique soit mé-
cauique On a calculé que la silice est conte-
Doe dans les roches ci-dessous, dans les pro-
|>ortioos suivantes :
Le gBcbseootieni pour
cou vMties 70,06 à 71,86 de silice.
Le mcMchiM 61,94 à 73,07
— ampbibolîie 54,86
— jclittte cblorîtenx 65,71
— tchiêie tilqoeux 78,15
— feUsnaUi campacic 51,00 li 80,00
-> graaiT 65,96 à 7i,S4
— rocbe de «MnaallBe 68,01
— oteleiA i5l«86
— Krpentliéiiile 59,U à Gl ,85
— baialie UySO à 59,50
— Bedbsteia 7i,80 à 73,00
— icrpeiiane 42,00 à 45,07
-^ eopholide 58,49 à 00,55
La silice entrerait seule dans la composi-
ion du qoartzite pur. Lorsque cette roche
résulte de i^arlies égales do quartz ot de feld-
spath, la silice formerait les 82 centièmes do
la masse totale. La silice abonde aussi dans
des roches d'origine évidemment mécani-
que. La plus grande partie des masses im-
menses de conglomérats, grès et schistes ,
comprises dans le groupe de la çrauwacke,
est composée de silice. Il en est de même du
vieux grès rouge (si on le sépare de la grau-
wacke), du grès houiller, des différentes ro-
ches comprises sous le nom de nouveau grès
rouge, des couches nombreuses de grès et
d'argile du groupe oolithiaue, des divers sa-
bles et grès du terrain weaidion et du groupe
crétacé, et de plusieurs roches du groupe su-
pracrétacé. La silice est souvont disséminée
dans les couches calcaires elles-mêmes, et
quelquefois dans de^ proportions considéra-
bles. Ainsi lés silex de la craie forment quel-
quefois près d'un tiers de la masse totale du
terrain. Plusieurs autres calcaires contien-
nent de la silice disséminée, et les chaufour*
niers rapprennent è leurs dépens quelque^
fois, la silice et la chaux se combinant pen-
dant la cuisson pour former du silicate de
chaux.
L'aluminium paraît être, après le silicium,
la plus abondante des bases métalliques des
terres. Sa quantité totale est loin d'être aussi
grande que celle du cilirium ; mais il est
tout aussi généralement répandu. Les cal-
caires eux-mêmes sont rarement assez purs
pourn'eii point contenir du tout; il est en
quantité considérable dans plusieurs qui
sont recherchés en consé.]uetice pour les tra-
vaux hydrauliques. On a calcule que l'alu-
mine existe dans les roches ci-dessous dans
les proportions suivantes :
13,90 a*aluQiini»
13,08 à 15,45
15,56
8,95
13,20
15,00 à 30,00
10,37 à 14,3i
17,91
15,56
10,59
11, 50 à 16,75
10,84 à 11,50
ld,l4 è 13,86
Le fcneiss contieal poor
cent parties
Le micaschiste
T* aiDphîbolile
— schiste chloriteux
— schiste talqueux
— feldspath compacte
— granit
— roche de toarmaline
— ffrûiislein
— hypersthénile
— basalte
— pi*cbslein
— euphotide
Il y a bien peu de roches d'origine méea*
nique qui ne contiennent point d alumine.
Cette terre constitue, comme on le sait, )a
base des diverses argiles, et on doi* la re-
Erder comme un des éléments des roches
ï plus importants par leur abondance.
Le potassium et le sodium sont ensuite les
métaux les plus importants de leur classe.
La potasse est plus abondante que la soude
dans les roches; dans les végétaux la potasse
n'existe qu'autant qu'elle est dérivée de la
décomposition des roches qui la contenaient
originairement. Elle est très-répandue, irais
sa quantité totale est de beaucoup inférieure
h celle du silicium et de l'aluminium. Toutes
ou presque toutes les roches dos terrairis
stratifiés inférieurs contiennent de tapotasse^
hos
MAT
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
HAT
Ml
et on Dciit admettre, comme fort près de la
vérité, que cette sui)stance forme les cinq
ou six centièmes de la masse totale de ces
roches. Elle abonde plus ou moins suivant
les circonstances , dans presque toutes les
roches d'origjine évidemment sédimenlaire,
et, dans le fait, on doit considérer la potasse
comme se trouvant dans la plus grande par-
ties des masses minérales. On peut compter
aH'èlle constitue les six ou sept centièmes
e la masse des granits, et environ les sept
centièmes des grùnstetns et des roches ana-
logues.
L'importaooe principale du sodium est
dnc à sa présence dans certains feldspaths,
^I en ont reçu le nom de feldspath à base
(Je soude (albite), et qui font partie essen-
tielle de certains gneiss et granits. La soude
s'o rencontré en outré dans la roche de tour-
maline, dans quelques hypersthénites et cu-
rhes, dans les (rachytes, les pechstcins, les
basaltes , et dans certaines eupholides.
M. Beudant a trouvé qnc la soude entrait
pour 59 millièmes dans un basalte de Beau-
lieu. On ne peut donc révoquer en doute
que la soude n'existe dans les roches en quan-
tité considérable, en y comprenant surtout
les masses de sel gemme découvertes dans
divers pays ; cependant la soude est beau-
coup plus répandue encore dans l'océan ,
puisqu'elle y constitue la base du plus abon-
dant des sels dissous dans ses eaux.
Le magnésium et le calcium viennent
ensuite dans Tordre d'importance des
corps qui entrent dans la composition de
Técerce du globe. Il existe de la magnésie
dans toutes les roches des terrains stratifiés
inférieurs, à l'exception des quartziles purs
(sans mica) et de quelques eurites ou felds*
pêths compactes; elle est commune aussi
dans les roches sédimentaires, dans celles
surtout où le mica joue un rôle considé-
rable. Il est bien peu de calcaires qui ne
canliennent de la magnésie, et elle abonde
quelquefois au point que la roche en reçoit
le nom de calcaire magnésien. Elle fait partie
essentielle de la dolomie proprement dite^
dans laquelle le carbonate .'de magnésie
entre pour plus des 40 centièmes. La ma-
Snésie est aisséminée en outre dans les eaux
e Tocéan, dontlemuriatede magnésie formé
1e& quatre ou cinq millièmes.
Le calcium paraît avoir une plus grande/
iiyiporiance relative dans les terrains strati-
fiés supérieurs qjuie. dans ceux qui sont plus
anciens; car, quoique celte substance se
trouve constamment dans les gneiss, les mi-
caschisteS) les schistes chloriteux, talqueux*
et eYgileux, les eurites et les amphibolites,
elle j>' est loujourscn Irès-pelilesquanlités : si
ce n est dans rampiiibolite, dans laquelle le
calcium entre quelquefois pour près de 73
miilièiQCs, tandis qu'il ne forme guère que
les 5 millièmes et demi de la masse totale des
autres roches précédentes.Nousavons négligé,
dans ce calcul^ de tenir compte des roches
calcaires et dolomitiques associées aux ter-
rains stratifiés inférieurs? car ces rocOes
y sont pi'u abondantes, et eller n'ajoute-
raient qne peu de chose à la quantili to-
t:ile de la chaux; mais elles ontutiee^N
taine importance, en ce que lachauiy eiiste
<V Tétat de carbonate, tandis qu'elle est à
Télat de silicate dans les autres roches de
même â^c. On trouve de la chaux dans Ions
Kîs granits, mais en très-petite quantité, si
ce n'est dans le granit avec amphibole. Od
on a découvert aussi dans le grûnslein et
toutes les roches trappéennes, dans Thypcr-
sthénite, le balsate, le pechstein, la serpen-
tine, Teupholide et le trachyte. La fusibilité
relative des roches ignéesdépend de laquas*
t!té de silicate de chaux qu'elles renferment,
et, en conséquence, les roches qui conlieu-
nent une grande proportion d'amphibole ou
de pyroxène auzitesonl plutôt attaquées par
la chaleur que les autres. La chaux demi
plus abondante dans les terrains fossilifère!
(particulièrement vers le centre et la partie
supérieure de la série), dans lesquels ell?
se trouve à l'état dé carbonate ; elle se
trouve aussi, quoique en petite quantité, div
séminée dans lés eaux de lamer.En résnltit
on peut dire que le calcium est considérable*
ment répandu sur les continents et dansiez
onxxx; îl abonde surtout dans la partie
moj'enne et supérieure des terrains fossili-
fères, tandis qu il est dispersé en très-po*
tite quantité dans les terrains plus anciens
et dans les eaux del'bcéaB*
Les autres bases des alcalis ou des terres
le barium, le strontium, le glucinium, Tyl*
trium, le thorium, le zirconium et le lithina
se trouvent en quantités trop peuooDsidé*
râbles pour avoir aucune importance géolo-
gique, à l'exception peut-être du litiu&i,
qui pourrait bien se rencontrer dans plus <!•
n)'icas qu*on ne le suppose communément.
De tous les métaux dont les oxydes ne
sont ni des alcalis ni des terres, le fer et if
manganèse sont les plus importants en géo-
logie. En prenant la moyenne de trente ro-
ches ditférenles, et négligeant les noinerai?
de fer proprement dits, de toute espèce, on
trouve que le fer constitue à l'état doiftf?
les cinq centièmes et demi des terrains stra-
tifiés inférieurs. Le micaschiste avec grenats
contient pour cent parties 14,72 d'oiyde de
fer, le schiste chloriteux, 15,31, l'bjT)ers-
thénile, 12,6-2, et le basalte, 20,00 environ.
L'oxyde de fer constitue les 2 ou 3 centièmes
de la masse des granités eldes gneiss, ei te
3 ou 4 centièmes de l'ensemble des grijas-
teins et des roches trappéennes. Si Ton con-
sidère en outre la quantité de fer qui eiiste
à l'état tant d oxyde que de carbonate, de car-
bure, de silicate ou de sulfure, compreDflnl
ainsi tous les minerais de fer d'une cerlaine
importance, et si on a égard en même leup
à la proportion relative des .diverses roche?
entre elles, on trouvera qu'on ne doitp»*
beaucoup se tromper en admettant que lo
fer constilue à peu près les deux centièinc*
de l'ensemble de l'écorce minérale de notia
globe. Le manganèse est presque tout au^<i
généralement répandu dans les roches qû«
le fer, quoiqu'il s'y trouve dans des Dro|wr-
tions beaucoup plus petites. Il existe à p«îW
905
HAT
ET DE PALEONTOLOGIE.
^A
une roche qui ne contienne du fer, et il y
en a bien peu qui n'oiTrent quelque trace de
manganèse; cependant, à l'exception des lo-
calités dans lesquelles on en exploite les
rainerais , celui-ci n'existe qu'en quantités
Minimes. C'est dans le micaschiste avec gre-
nats aoe le manganèse se trouve en propor*
fions le plus considérables ; on a calculé que
l'oxyde de manganèse y forme les 123 dix-
millièmes de la roche. En prenant l'ensem-
ble des roches, on peut compter que le man-
ganèse ne forme pas moins que les 3 ou (
dix-millièmes de leur masse.
Les autres métaux, tels oue l'étain, le cui-
vre, le plomb, le zinc, 1 arsenic, Targent,
l'or, etc., considérés relativement à l'ensem-
ble des roches, n'ont que peu d'importance
géologique. Ils se trouvent' principalement
en filons, et quoique certes leur présence et
leur manière générale d'être dans ces filons
soient des objets du plus grand intérêt scien-
tifique, la quantité de ces substances relati-
▼etnent è la masse totale de l'écorce terres-
Ire est absolument insignifiante. Le chrome
est si fréquent dans les roches serpentineu-
ses, qu'il peut y avoir quelque connexité
entre ces deux substances; peut-être la cou-
leur verte des serpentines provient-elle de
celle de l'oxide de chrome. Le titane est
peut-être disséminé aussi plus généralement
qu'on ne le iiense, car il accompagne ordi-
nairement les minerais de fer. La manière
dont on reconnaît sà présence dans quel-
ques-uns de ces minerais, prouve évidem-
liient que des métaux peuvent être dissé-
minés dans certains minerais et pourtant
échapper aux analyses, à moins qu'on ne
soumette à des actions chimiques de grandes
masses des substances qui contiennent ces
métaux.
I^s principales substances qui entrent
dans la composition chimique de la surface
de notre planète peuvent êire rangées dans
Tordre suivant, d après leur degré d'impor-
tance.
Corps iimpU* mon mélaUiqMe$.
I. Oxygène. 3. Azote. 5. Soufre. 7. Pliiore.
S. Hjdrocéiie. 4. CarlMme. €. Chlore. H. Phosphore.
Bêtei métailhiMei de* aleaih et de» terreê.
I. Silicivm. 3. Potassium. 5. Maaiiësîain.
S. Alaminiun. i. Sodîom. 6. Calcium.
MéîmaxdOÊi 1er ûXfdet ne êomt ni de» terre»
ni de» alcaii».
I. Fer.
S. Manganèse.^
U paraîtrait donc que seize des subs-
tances que Ton considère communément
cooiaie des corps simples, constituent, pai^
leurs diverses combinaisons, sinon la tota-
lité, du mojns la quantité de beaucoup la
plus grande, de la matière gazeuse, liquide
ou soude, organique ou inorganique dont
nous connaissons Fexistenee à la surlace de
la terre.
(€71) Qiioi4|oe les idées du savant professeur soieut tioos, priocipaienieDt à la fin de l'expoeé de son
refulées dans la plupart des articles de ce Dîrlioii- système.
Mire, noas ajoitlerons ça ei .là quelques observa- (675) Gen. i, f, 14; Trad. de H. GLAma.
IIICTIOX. DE COSVOGONIC ET DE PlLÉONTOLOOIB. 29
MATTIOLI. Voy. Géologie.
MAUPIED (M. L*ABBé). — M. Tabbé Mail*
pied a publié, en 1851, un ouvrage considé-
rable intitulé : l>iett, rhomme ei le monde
connus par le» trot» premier» chapitre» de la
GenêtCf ou Cour» de phy»ique eacrée et de
co»mogonie mo»aique. Cet ouvrage est riche de
science et de philosophie critique. L*auteur
y poursuit à outrance les savants spéculatifs
et leurs hypothèses. Nous ne Ten blâmerons
pas, tout en faisant pourtant nos réserves;
car parmi les théories qu'il attaque, il en est
qui ne méritent pas à c« point son animad-
version, et toutes les difficultés qu il soulève
contre elles, sont loin d*ètre aussi sérieuses
3u*il rinsinue. Au reste, tout ce qu'il efsaye
e substituer aux systèmes qail reiette,
est également pure spéculation, pure hypo-
thèse. Pour notre part, nous ne sommes pas
Elus satisfait des hypothèses de M. 1 abbé
[aupied sur la Geni»e que de toules celles
Jpi ont été imaginées avant lui. Tous ces
rais de science nous paraissent faits en
[mre perte. Le lecteur va en juger. Voici
'interprétation scientifique que donne, du
iiremier chapitre de la Genê»e^ Tancien pro-
èsseur à la Faculté de théologie en Sor-
bonne (674).
Lor»que Dieu commença à créer le ciel et
la terre, la terre était vîde et dé»erte, et le»
tendre» régnaient »ur la turface de» eaux.
Et un vent violent »*agitaii »ur le» eaux. Et
Dieu dit : Que la lumière »oit^ et la lumière
fut. Dieu voyant combien la lumière était
bellcj la »épara datée lej ténèbre», et Vappelm
jour, aprè» avoir donné aux ténèbre» le nom de
nuit. Ain»i »e pa»»a te »oir et le tr.atin de ce
premier jour. Dieu dit de nouveau : Qu'une
étendue »e forme au milieu de» eaux; tfu'elle
le» eépare à jamai». C'eet ain»i que Dieu ft
l'étendue, et qu'il eépara le» eaux de de»»ou»
Valmo»phire d'avec celle» qui »oni au'de»»u»:
et il' nomma rétendue ciel ; ain»i »e pa»9a le
»oir et le matin du eecond jour. Dieu dit en-
core : Que le» eaux qui »ont au-de»»ou» du
ciel »e retirent en un »eul lieu, afn que la
partie ferme parai»»e^ et il fut ain»%. Bt Dieu
appela cette partie ferme terre , aprè» avoir
donné aux eaux ra»»emblée» le nom de mers;
et il vit combien cela était beau. Il dit encore:
Que la terre »e couvre de verdure, de plante»
renfermant de la eemence féconde: et que de»
arbre» fruitier» et d^autre» qui leur reiirem-
blent, s'élèvent de la terre, et qu'il» portent
de» fruit» qui contiennent leur semence; et il
fut ainti Ain»i »epa»»a le »oir et le matin
éCun troieième jour. Dieu dit : Qu'il y ait des
luminaire» dan» Fétendue de» deux... (675).
t Tel est le récit de Moïse sur les œuvres
de la création opérées depuis le premier
jour jusgu*au quatrième. Nous devons pren-
dre oe récit tel qu'il est littéralement. Nous
devons raisonner d'après ce texte et nulle-
ment d'après des interprétations ou des hy*
pothèses quelconques. Nons avons à démon-
trer 1* aue rien dans les sciences "^ '
$07
MAD
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
MAI]
M
et natnrelles n*iiifirHic ce récir, que rien ne
le eorabat; 2* nous tâcherons de faire TOir
que, au contraire, toutes les données cer-^
taines de la sciences tendent à prouver que
les choses ont dû se passer telles que Moïse
les raconte.
« Dieu a commencé sou œuvre par la
création de la terre, et cela devait être ainsi.
En effet, la création matérielle a été faite
pour l'homme, les faits de la science nous
le prouveront, et la raison nous Ta déjà
prouvé. Or, dans cet ensemble du monde
créé, la terre, qui doit être l'habitation de
l'homme, est évidemment la chose princi-
pale, les astres se rapportent à la terre et à
l'homme. Les questions de grandeur rela-
tive, d'importance apparente, etc., ne font
rien ici, parce qu'elles ne sont que les con-
séquences de la destination de ces corps;
or ces corps étaient destinés à la terre que
devait hal)iter l'homme. La terre a donc dû
ôtre logiquement le point de dé|)art de la
création, nous en donnerons plus tard de
nouvelles preuves ; c'est sur elle d'ailleurs
que tout ce qu'il nous importe de connaître,
tout ce qui ramène notre intelligence à l'in-
telligence divine, s'exécutera. Ce sera sur
elle, comme point d'observation, que nous
contemplerons l'univers.
« Dans le récit de Moïse, la création com-
plète de la terre ûuve trois jours. Le pre-
mier jour, la terre cl les eaux sont créées,
puis la lumière et la succession du jour et
de la nuit. Ce n'est que quand tout cela est
fait que l'historien sacré dit : £l il y eut un
soir et un matin^ jour un. Le second jour
Dieu créa le firmament, le ciel et l'atmos-
phère de la terre ; le troisième jour, il sé-
para la terre d'avec les eaux qui- la cou-
vraient, et rendit la partie exondée solide et
sèche, aridam. Ces faits sont contenus dans
les dix premiers versets, et tous appartien-
nent à fa création de la terre. La terre n'é-
tan t pas arrivée tout d'un coup à son étdt par-
fait. Dieu ne dit pas : Fiat terra^ que la' terre
*oit; car tous les fiât qui créent la lumière.
Je ciel ou l'étendue et l'atmosphère, etc., se
rapportent évidemment à la terre, puisqu'ils
la préparent à sa destinée, qu'ils la rendent
propre à être habitée, à être, en un mot, la
terre complète. Ceci nous ramène à exami-
ner de nouveau le sens du premier verset
relativement à ceux qui suivent. Nous avons
déjà vu qu'il ne peut pas s'entendre de la
création du ciel et de la terre. Moïse d'ail-
leurs parlait à un peuple qui croyait à cette
création, et son but ^tait de lui en raconter
le mode; c'est pour cela qu'il entre de suite
en narration |)arJIélat primitif où ae trouvait
la terre au premier instant de sa création :
e[\^itaUvide et déiertet et couverte par le$
eaux. Toutes ces raisons nous portent de
«lus en plus à admettre la traduction de
L l'abbé Olaire : Lorequé Dieu, commença i
créer le ciel et la terre, la terre était vide et
déeerte (676), etc.
(676) Cette dernière partie nous semble mieux
reudue par ce sens que par celui ;de M. Glaire: La
« La terre donc, au premier instant de »
création, était plongée dans les eaux, i) d>
avait encore aucun habitant, elle néuit
même pas propre à en recevoir? elle était
donc Vidé et déeerte^ inanie et vacua. Lescos*
mogonies de tous les peuples anciens i>m
conservé l'idée de la terre primilÎTe abîmée
sous les eaux, et on a exprimé celétoifur
le nom de chaos ; mais il faut bien se ganler
d'entendre par là le désordre, puisquiu
contraire il y avait un ordre parfailement
conforme aux lois da la matière; le noyu
solide de la terre occupe le centre, Teauen-
vironne ce noyau, des vapeurs s'élèvenl sur
l'immensité des eaux, et le mouvement s'é-
tablit sur les eaux et dans les vapeurs, d'où
résulte un vent violent. Spiritus Deiftréa-
tut super aquoi. On a entendu par spirilu
Dei^ un vent violent ; d'autres, Tesprif f-
condantf l'énergie créatrice: le premiers!
le sens naturel, un vent de Dieu, unt non-
tagne de Dieu signifient en hébreu w gmé
vent, une haute montagne. Le second senseM
le sens mystique : tous les deux sont vraLs
car dans ce vent même, c'était bien toujoun
la puissance de l'esprit divin qui agissait.
«c Mais entrons plus avant dans riolelli-
(;oncede ce texte; la terre et les eaux^ci
'entourent sont créées ensemble, avec leur^
lois et leurs propriétés; les eaux deraieui
contenir en dissolution des sels et de Taii.
comme elles en contiennent aujourd'hui et
probablement même davantage; car Dieu en
les créant marchait vers son but, qui éiailde
S>réparftrun séjour propre et convenable au\
tires organisés. Dôminus creans caiot^ ip^t
Deus formans terram, et faciem tnm, ifn
plaslee ejus : non in ranum creavit tm : ^
habilareiur, formai it eain (677). « Le Sei-
gneur qui a créé les cieux, a aussi formé l9
terre, c'est lui qui l'a f:iite, et qui lui >
donné sa forme {comme le potier donttl^
forme au vase) ; il ne l'a point créée en vaim
il l'a formée pour être habitée. » Mais, à
l'origine, la terre avec ses eaux était so5-
pendue dans le vide, et équilibrée w m
[)ropre poids ; on peut supposer qu'elle irait
e mouvement sur elle-même ; mais les te
de la gravitation , ou plutôt ses caos^
n'existaient pas encore, car il n'y avait point
d'autre masse que la terre ; rien ne pooTait
agir sur elle, et par conséquent le monTe
ment annuel n'avait pas encore lieu.
« Alors les eaux et les substances qu'elle)
contenaient subirent les lois de la vapoiiss*
tion, avec d'autant plus de puissance quUf
avait un vide parfait. C'est un fait acrniisa
la science, que les vaj^eurs se forment k^
ment dans Tair et instantanément dâ»i^
vide; le vide barométrique le démontre po-
sitivement. Qu'on y introduise avec préc«r
tion une ^utte d eau parfaitement pure H
privée d'air par la distillation: aussitAtceli«
eau, se vaporisant en partie, remplit le v^^
pèse sur la colonne de mercure et ta ^
descendre. Un autre fait non moins resif-
ferre n'était que néant e! j>kflOS. (M. MACPffa^
(677) hai. n.v, 18.
UàU
ET DE PALEONTOLOGIE.
MAC
Mê
quablCf c*est que Teau n'entre pas en ébul-
lition, et par conséquent en vapeur aux
cpémes de^^ pour toutes las hauteurs :
ainsi, au niveau de 'la mer», sous une pres-
sion atmosphérique ordinaire de 760 miilim.,
l-eau entre en ébullition à 100* de chaleur ;
tandis qu*au sommet du mont Blanc, par
exemple, où la pression atmosphérique n est
plus que de U7 millim., l'eau bout à 8i* en-
viron. Dans nos machines pneumatiques,
où nous ne pouvons guère obtenir une pres-
sion moindre de 30 millim., Teau bout à
30*; sous une pression de 5 millim., Teaa
bout à 0, c'est-à-dire à la température la
plus basse avant la glace.
« Immédiatement donc après sa création,
le vide parfait existant tout autour de la terre,
l'eau subit la loi de vaporisation instanta-
née. Or, la force expansive des vapeurs
s'exerçantdans tous les sens et indéfiniment
comme celle de' tous les gaz, la vapeur dut
continuer à se former avec une grande puis-
sance, puisqu'il n'y avait aucun olistacle, et
dès lors des ténèbres épaisses enveloppèrent
la terre et les eaux : Ei tenArœ erant super
faciem abussL Dans cette vaste enveloppe de
vapeurs épaisses, s'établirent dés courants,
fxarce que c'est une propriété des fluides de
fl*étre lamais en équilibre, mais, toujours
et parla moindre cause, dans l'instabilité du
mouvement; en outre, les liquides sont aussi
soumis à peu près à la même loi. Dès lors
l'énorme masse des eaux oui couvraient la
terre, trouvant ainsi que les vapeurs, une
résistance dans la masse solide du globe,
devaient perpétuer leur mouvement, par
leur élasticité même. Et si la terre avait déjà
un mouvement, elle devait exercer une ac-
tion sur les vapeurs et sur les eaux. De là
un vent violent qui vint de nouveau, en
agitant ces vapeurs, faciliter la vaporisa-
tion : Et ipiriiuê Dei fer ebaiur super aqua$i
ré()aississement de plus en plus considéra-
t»le des ténèbres en fut le résultat. Job ré-
sume poétiquement toutes les explications
aue nous venons de donner : Oui a renfermé
ta mer en ses digues j quand elle rompait ses
liens comme l'enfant qui sort du eei» de sa
mère? lorsque je V enveloppai des nuées comme
dCun vêtement^ et que je t entourai des ténè*
bree comme des langes de Fenfance (678).
^ Ces ténèbres étaient d autant plus gran-
des qu'il n'y avait encore rien qui vint en di-
Miiauer l'épaisseur, toutes les substances
cootenues dans l'eau s'y trouvaient pour la
plupart réduites en vapeur.
• Dieu va j apporter un nouvel ordre en
rréant la lumière, ou les fluides impondé-
rables : Et dixit Deus ; Fiat lux , et facta
est lux; ^et Dieu dit : Que la lumière soit, et
la lumière fut.»
« Le fluide lumineux, Téther est indépen-
dant des corps lumineux ; il put donc être
créé avant les corps qui déterminent en lui
les phénomènes de lumière.
« Quelle fut à r origine F effet de ce Huide
sur la partie créée du monde ? Cest là la
troisième question que nous nous étions
proposée touchant les fluides incoercibles ;
pour la résoudre rappelons-nous que ces flui-
des remplissent les espaces, qu'ils pénètrent
tous les corps, l'air, les eaux, la terre, etc. ;
qu'ils possèdent une élasticité et une subti*
lue au-dessus de tous les autres corps con-*
nus; qu'As sont les agents de toutes les
compositions et décompositions chimiques ;
que pas un seul de ces phénomènes n'a lieu
sans dégagement de chaleur et d'électricité,
ou sans la présence de l'un et de l'autre de
ces fluides. Rappelons-nous enfin qu'il y a
sou vent lumière dans ces mêmes phénomènes,
et qu'il suffit d'un mouvement assez rapide
dans le fluide éthéré pour produire les pbé*
nomènes lumineux.
c Dès lors, au moment de sa créationi cet
admirable fluide pénétra nécessairement les
ténèbres de vapeurs qui enveloppaient la
terre ; il pénétra la terre elle-même et les
eaux ; mais là il y eut mouvement , et
par conséquent lumière, qui apparut au
sein des ténèbres qu'elle dilatait et dissipait
en les pénétrant.
« Son action fut d'autant plus vive, oue
le fluide lumineux éprouvait une plus
^ande résistance de la part des vapeurs, ar*
rivées à une densité que leur hétérogénéité
devait rendre plus considérable; en second
lieu, de la part des eaux, et en troisième lieu»
de la part du noyau solide de la terre ; il
faut joindre à toutes ces causes de loouve*
ment l'agitation du vent violent qui Ctait
porté sûr les eaux ; enfin, outre ces mou-
vements, l'action de l'étber dut nécessaire-
ment produire des décompositisns chimi-
ques sur cette vaste étendue de vai^eurs hé-
térogènes; et ce fut une nouvelle cause de
lumière, qui dut être si brillante et si ma-
gnifique que Dieu lui-même eh admira les
efiTeL : Et ridit Deus lucem quod esset bona ;
tEt Dieu vit combien la lumière était belle.»
Mais après ce brillant effet du premier jour
produit par l'effusion de la lumière au sein
des ténèbres, les vapeurs, dilatées par fac-
tion de la chaleur et de Télectricité qui
avaient pénétré partout, donnèrent lieu par
la raréfaction, et même par Tébullition que
dut subir l'eau, à une nouvelle formation de
vapeurs, et il y eut par conséquent alter-
nance entre la lumière et les ténèbres, dont
les effets furent à jamais séparés; et c'est là
ce qu'exprime le texte sacré : Et ditisit Deus
lucem a tendais ; « Et Dieu sépara la lumière
des ténèbres. » C'est alors que leur création
étant achevée , Dieu appela la lumière
jour^ et nuit les ténèbres créées auparavant;
Appellavitque lucem diem^ et laïufrnw noctem.
Et voyez comme l'Ecriture est admirable,
les ténèbres sont créées comme la lumière,
car, dit Isaîe : Dieu a formé la lumière et
créé tes ténèbres^ et nous venons de le voir.
Mais les ténèbres existèrent avant la lumiè-
re, ce qui avait donc fait d'abord un soir,puis
un matin, et ce fut là l'osuvre du oremier
(67S) Jot xxxTin, 8, 9.
oti
UAU
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
MAU
m
jour : Factumque est vespert et mane^ diei
anus.
«Le premier jour nous a montré la terre
ccveloppée de vapeurs sillonnées par la lu-
mière; or, faction du fluide éthéré dut être
nécessairement de dilater les vapeurs, d*agir
en môme temps sur les eaux de manière 2i
former de nouvelles vapeurs, et ce fut là le.
second soir ou la seconde nuit. Cependant
cette immense atmosphère de vapeurs» mé-
lange confus de tons les éléments contenus
dans les eaux et gazéifiés, s*élait étendue jus-
qu'aux limites où iDieu voulait les arrêter ;
1 éther qui règne maintenant dans Tespace
leur oppose une résistance, tout en les pé-
nétrant il les arrête, et leur poids d^ailleurs
.es maintient autour de la terre ; le vide
était plein, Teau ne pouvait plus se vapori-
ser. Alors Faction du fluide éthéré sur ces
ténèbres vaporeuses ne fut nlus dissimulée
par la formation de nouvelles vapeurs, et
sous Finfluenco de Télectricité, d*autant plus
abondante qull y avait eu décomposition
d*eau ; la terre en était saturée aussi bien
2ue la masse des vapeurs, la séparation des
léments put s*opérer, des décompositions
•tde nouvelles combinaisons durent se for*
mer. Les éléments qui composent Tatmos-
pbère proprement dite (Kazote et Toxygène),
et que la chimie nous montre plus pesants
que ceux qui composent les vapeurs d*eau
pure (1 hydrogène et; Toxygène combinés),
s*étenairent naturellement en dessous, et
des nuages se lormèrent dans la partie su-
périeure ; ThvdroKène mis en liberté dut
monter dans les plus hautes régions de Tat-
mosphère, où les phénomènes météorologi-
ques nous le montrent toujours. De la sorte,
ily eut réellement une étendue, une atmos-
phère autour de la terre, entre le$ eaux et les
'eaux, entre les eaux liquides et les eaux en
vapeurs et l'ydrogène, entre le$ eaux qui
étaient au-dessous du firmament (da Tatmos-
Ïhère) et les eaux qui étaient au - dessus.
deu éleva-t-il une grande partie de ces
eaux vaporisées dans des régions plus éloi-
gnées de notre atmosphère, et où nous ne
Souvons les atteindre par nos observations
irectes? On peut le conjecturer, on Ta
supposé; mais la démonstration en est im-
possible par les données de la science dans
son état actuel. Ce qu*il y a. de certain, c'est
que l'hydrogène , élément de l'eau, existe
dans les plus hautes régions de notre at-
mosphère, et s*étend à des distances que nous
ne pouvons apprécier. Voilà donc comment
fut créé le firmament et l'atmosphère. L'é-
ther prit sa place définitive dans les espaces,
et l'atmospnère de la terre s'établit entre les
eaux et les vapeurs d'eau pure au delà des-
quelles s'élève encore l'hydrogène. Mais dans
cette opération, pour ainsi dire chiùiico-élec-
trique, des vapeurs séparées en atmosphère et
en nuages, de leur décomposition, de la mise
en liberté de l'hydrogène, cause et source
de lumière do la condensation da l'étber,
etc., il y eut production de lumière dans la
vaste étendue de ce laboratoire de l'univer^.
Or, tout ce'a ne se fil pas d'une manière ins-
tantanée , puisque le vide n'eiistait \\{\a
comme au premier jour; aussi, d'après le
texte, Dieu dit d'abord : Fiat firmamjtntwH
in medio aquarum et dividat aquas ab aqm:
« Qu'il y ait une étendue au milieu des
eaux, et qu'elle divise les eaux d'avec les
eaux. » Et après avoir commandé, Dieuft le
firmament^ sépara les eaux qui étaient au-
dessus du firmament de celles qui étaient au-
dessous^ et il appela le firmament^cid.W]
eut d'abord commandement, puis opéraUoQ
oui, déterminant le mouvement dans le
fluide éthéré, produisit la lumière et fit les^
condjour; ce second jour eut doue encore
un soir et un ma/tft, des ténèbres et de II
lumière.
« Il n*y a plus qu'un troisième perfectioo-
nement à opérer pour que la création de la
terre soit achevée. La lumière existe, l'at-
mosphère est formée, mais la terre est en-
core, plongée sous le reste des eaux qui Teo-
vekmpent. Le fluide éthéré, réiectricilé a
pénétré la masse de la terre ; là, se «ont ren-
contrées en contact des substances hétéro-
Sènes; de l'eau s'est décomposée» des foyers
e combustion souterraine ont dû se former
sur une vaste échelle ; des çaz se sont dé-
veloppés, ils ont, {lar leur putsfsance de di-
latation, la plus grande qui soit eneore
connue, soulevé d'immenses portions du
S lobe: des montagnes et des rallées se sont
onc formées, des bassins de mers se sont
creusés, et il n'a pas fallu longtemps (Mmr
cela, en quelques heures un tremblement di
terre peut parcourir le g^obe. Les eaoi
changent donc de niveau; dies ne couvri-
ront plus toute la terre, elles sont réunie^
dans un même )>assin, mais l'on cont.oil p4^
faitement que cet immense mouvement des
eaux sur elles-mêmes, joint à l'action dos
fluides souterrains, a dû (produire de nou*
velleset abondantes vapeurs. Cette trobiôme
formation de vapeurs fut ia troisième
nuit.
« La terre put se montrer en partie eioo-
dée ; mise à sec pour la première fois, elle
était nécessairement saturée de nombreui
sels que i'évaporation des eaux y avait lais-
sés en dépôt, et dès lors cette terre était {ar-
faitement préparée à ia production d'une vé-
gétation active. Or nous avons vu quel
frand et indispensable rôle la lumière e(
électricité jouent dans la production , li
germination , la nutrition et Taccroisse-
ment des plantes. Dès lors l'apparition su-
bite de cette immense quantité de plantes
diverses, dont la terre se couvrit à la parole
de Dieu, causa nécessairement un nourel
ébranlement dans le fluide lumineux <|Bi
avait à établir ses premiers et nouveaux
rapports avec ces végétaux auxquels il est né-
cessaire. Ces plantes d'ailleurs, cré^s ésRi
la plénitude de l'activité végétale, commea
cèrent à exercer , sous Ihnfluence de re
fluide, l'absorption des vapeurs où elles pui-
sèrent les premiers éléments de leur nour-
riture. Chaque plante fut comme une petite
pile galvanique, agissant sur rélectrieii^
souterraine et sur celle de l'atmosphère i^^e
911
MAL
ET DE PALEONTOLOGIE.
MAU
9U
nombreuses et nouTelles décoDii(x>sitioii5 de
gaz, aussi bien que des combinaisons, du-
rent aTOir !ieu sur toute J*élendne de la
terre, dans un même moment. Or, s*ii est
démontré en physique que la y^étation
i|ui se dévciop|ie lentement dans Tetat ac-
tuel, est une des plus grandes sources de
réiectricité atmosphérique et des météores
qui en sont la suite, que Ton juge de Teffct
que dot produire Tapparition et la forma-
tion presque instantanée de toute une ré^é-
tation adulte et en pleine activité au milieu
de la Taste étendue de Tatmosphère. Cette
combinaison d actions multiples dut donc
produire un troisième échûrcissemenl qui
lut le troisième jour, qui eut, comme les
précédents, un soir et un matin.
« Enfin, après la création des Yégétanx,
lorsque la lumière et Tatmosphère eurent
établi leurs rapports arec eux, le calme se
rétablit, Téther ne fut plus en vibrations si
actives, et le phénomène de la lumière ou
du jour céda la place à la quatrième nuit,
qui sera dissipée par la création du soleil ;
et, à partir de ce point, commencera la suc-
cession des jours et des nuits telle que nous
la f ojons maintenant.
« A toutes les considérations précédentes,
tirées de la nature des choses et des effets,
les plus certains et les mieux .constatés, des
substances créées jusçtu'ici, il faut arjouter
que la succession du jour et de la nuit n*est
pas uniquement le simple phénomène de la
présence ou de Tabsence du soleil sur Tho-
rizon; il y a encore bien d'autres choses. En
effet, rétat de Tatmospbère n*est pas le
même pendant la nuit et pendant le jour; sa
densité est beaucoup plus considérable pen-
dant la nuit, et c'est même là la cause qui
fjii qu on entend pendant la nuit les plus
lé.'crs bruits qu*on n'entendrait pas pen-
dant le jour, et que les sonsdiversont licau-
coup plus d'intensité et d'étendue. L'état
ilxï lluide éthéré n'est pas le môme non plus,
les variations diurnes de l'éleiironièlre
et celles de Tai^çuillede déclinaison le prou-
vent suilisammcnt : l'état de la terre e|
iliis eaux est aussi dillércot. Ijcs corps or^
ïiïsôs et vivants subissent toutes ces in«
fluences; le sommeil des plantes, celui des
a limaui en d<^|ieniicnt; la |ialliob^e prouve
la même chose |K>ur les malades, dont les
symptômes ne sont |)as les mêmes |>eBdant
l3 nuit et pendant le jour; la nuit est beau-
coup plus favorable au ri*pos et le j^ur à la
veilla. Tous cesfiiitset bien d'autres prou-
vent donc une mmlification générale de tous
les éléments du globe, modification qui a ses
périodes fixes, et auxquelles sont probable^
ment dus une foule de phénomènes dont on
ne connaît pas encore bien la cause; les
variations barométriques horaires et diur-
nes en dépendent certainement. Peut-on
dire que 1 influence du soleil est la seule
cause de ces modifications? elle y a sans
aocon doute une grande part, mais elle n'est
pas laseulc cause; les éclipses totales ou &
peu près totales, dont on pourrait ici invo-
quer l'expérience, prouvent au contraire
notre thèse. Le soleil est en effet absent ;
mais on n*a pourtant jamais l'effet complet
de la nuit, il s'en faut même de beaucoup.
11 y a donc quelaue chose de plus. Et d'ail-
leurs, si le soleil a une influence sur ces
modifications diverses du jour cl de la nuit,
c'est évidemment parce que son action est
combinée avec l'ordre général de ces modi-
cations. Ne serait-il pas aussi probable d'ad-
mettre qu'une fois la terre créée avec son
atmosphère de vapeurs, puis le fluide éthéré
répandu dans les espaces , ce qui eut lieu
le premier jour , il y eut des causes impul-
sives de mouvement dans ces fluides, et des
résistances, causes de répulsions dans les
vapeurs, les eaux et la terre 7 Dès lors les
flux et reflux de la mer élhérée, ceux des
vapeurs qui envelopfiaient la terre, et toutes
les actions qui se passaient dans le sein de
la terre, durent établir cette périodicité, cette
succession d'états et de modifications noc-
turnes et diurnes qui acquerront une plus
grande intensité et une plus grande stalnlité
par la création du soleil et des astres. Nous
pouvons dcmc, sinon rigoureusement con-
clure, an moins présumer avec fondement
que la division entre le jour et la nuit con-
sista en ^ande partie dans l'établissement de
cette pénodicite de modifications, qui devait
être SI importante et si nécessaire à l'exis-
tence de fa vie dans le monde. Or, comme
tout tendait là, il fallait en préparer à me-
sure les lois ^nérales.
< Cette loi des modifications générales
diurnes et nocturnes de tous les corps ad-
mise (et les données de la science tendent
à la confirmer), la mesure des trois pre-
miers jours n'offre plus aucune difficulté,
[misqu elle est réglée par cette loi, qui est
a même aujourd'hui qu'alors.
« D'autres raisons viennent encore à l'ap-
pui. La lumière, de quelque source qu'elle
vienne, se pro|)age dans toutes les direc-
tions, en ligne droite dans un milieu bomo-
Î;cne, et en ligne courlie dans un milieu
létéroçène ; mais la courbe ne suit pas la
convexité des corps : c'est même ta une
des causes de la succession du jour et de
la nuit sur la terre; car si le rayon de
lumière se recourbait suivant, la convexité
de la terre, au lieu de nous être renvoyé
iiar la réflexion de la lune, il entourerait
la terre, et nous aurions un jour ncrpé-
tuel. Or, quand la lumière fut créée, c*lle
put très-bien être créée dans un point (foù
elle se répandit dans tout Tunivcrs; un
texte d'isaie semble appuyer cette manière
de voir : Hoc dieit Dominuâ Deus^ créons
c€tlo$f et exiendens eo$ (679); car par les
cieux nous avons vu qu il fallait entendre
l'effusion de l'éther dans resj-ace Dieu cr^e
donc d abord le fluide* puis il l'étenJ ei ;ui
donne ensuilele nom de i:iel Cette effusrja 36
fluides dut déterminer un moL'vcox^m dap:
la terre ou autour d'elle ; quelle que »9ît
(C^O) t»ai. \L, ô
9i5
MAU
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
MAU
910
Ja manière dont ce mouvement se soit
opéré f oue la terre ait accompli sa ré-
volution diurne, ou que la lumière se soit
répandue autour d'elle, cela revient à peu
))rès au même, puisque la grandeur de la
terre en est la principale mesure ; par
conséquent la durée du premier jour fut
mesurée par ce mouvement quel quMl ait
été. Les deux jours qui suivirent furent
mesurés de la même manière, car les phé-
nomènes qui y donnèrent lieu, la création
(lu firmament, le dessèchement de la terre
et la production des plantes, s^accomplirent
également tout au tour de la terre.
« Il n'y a donc rien dans la science qui
puisse empêcher d'accorder aux trois pre-
miers jours à peu près la même durée qu aux
suivants, et cela nous suffit. Le texte sacré
d'ailleurs emploie, pour en marquer la
durée, les mêmes expressions que pour les
autres jours. Nous n avons donc* pas de rai-
sons pour ne pas les admettre semblables.
« Ainsi donc, les trofs premiers jours
de la création, bien qu'ils ne fussent pas
absolument comme nos jours actuels, furent
pourtant de véritables jours, qui eurent
j)our cause, comme les nôtres, le mouve-
ment du fluide lumineux ; la seule diffé-
rence fut dans la cause de ce mouvement
f{ui, pour nos jours, est le soleil, mais qui
Î>our le premier jour fut la création et l'ef-
usioh de la lumière; pour le second, l'ac-
tion chimique de la création de l'atmos-
phère et du ciel ; pour le troisième, l'ac-
;ion de la vég^étabilité.
« L'explication que nous venons de pro-
poser est simple, sans système, et fondée
uniquement sur les observations physiques
les plus générales comme les plus vulgaires
et les mieux démontrées. Toutes les ol)-
jeclions qu'on pourrait y faire sont sans
valeur, si l'on veut bien se rappeler ce
que nous avons déjà démontré dans nos
premières leçons.
« En effet, on ne peut tirer ces objections
que de l'état plus comp1i(]ué dans lequel
est actuellement notre univers, c'est-à-dire
de l'action combinée des lois générales
qu'on y observe. Or nous avons prouvé,
nous semble-t-il, que le monde n*apaspu
être créé par l'action de ces lois, qui, te-
nant aux j)ropriétés des corps, n'ont pu
exister qu avec ces corps. Mais quand même
on admettrait, contre toute raison, ees lois
existantes indépendamment des corps, on
sera toujours forcé de reconnaître qu'elles
n'ont pu régir ce qui n'existait pas, et j}ar
conséquent, dans ce cas-là même, elles
étaient comme n'existant pas, puisqu'elles
étaient sans action.
« Nous avons montré , en outre, que la
création a dû se faire d'une manière logique
et raisonnable ; c'est-à-dire que les corps
divers n'ont dû être créés que dans le mo-
ment où ils étaient nécessaires pour pré-
parer la création des corps qui devaient
suivre, mais qu'étant créés avec leurs pro-
Sriélés, ces propriétés ont exercé leur in-
ueace au moment même de leur création,
et que c'est de la combinaison des influen-
ces réciproques de ces propriétés diver-
ses» à mesure qu'elles étaient produites ,
qu'est résulté l'ordre actuel du monde. Cest
ainsi que l'homme étant le but final de la
création matérielle, la terre a dû être créée
la première, avec ses eaux qui en font une
partie essentielle et nécessaire. Mais c'e.'i
une propriété de ces eaux de se vaporiser
instantanément dans le vide : jiss ténèbres
ou les vapeurs sont donc la conséquence
immédiate de leur création. Il faut dissi-
per les ténèbres pour former une atmos-
phère. L'éther, qui comprend la lumière, la
chaleur et l'électro-raaiijnétisme, est créé,
et aussitôt son action divise , compose et
décompose les éléments en vapeurs, et do
là résulte l'atmosphère , et une première
division du temps par la périodicité des ac-
tions des fluides, il faut que la terre soit
mise à sec pour produire des végétaux. Les
bassins des mers sont creusés et ils recueil-
lent les eaux; de nouvelles vapeurs en dimi-
nuent la quantité, et la terre, mise à sec,
produit des végétaux avec lesquels vont se
mettre en rapport l'atmosphère, les vapeurs
et l'éther ; d autres créatures viendront en-
suite, et avec elles des influences nouvel-
les et multiples.
« Il est évident au'on ne peut conclure
de ce qui est actuellement ce qui fut alors;
on ne peut conclure que partiellement, en
défalquant l'action et l'innuence des corps
qui n'étaient pas encore créés, pour n'ad-
mettre que l'action des corps existants. Ep
un mot , il faut se placer au point de
vue de l'écrivain sacre pour discuter sa
thèse. Or c'est ce que nous avons fait. Us
objections ne seront donc valables qu'en
partant de ce seul point de vue; il faut le
trouver en défaut , en contradiction avec lui-
même, ou avec les faits scientifiques bieo
démontrés. Or on ne le fera pas, carnous
nous sommes appuyés sur les vérités phy-
siques les plus simples et les plus géné-
ralement admises, et que personne ne peui
nier.
« Nous avons pris également le texte dans
son sens le plus grammatical, le plus na-
turel et le plus rigoureux, et nous avons
vu que les données les plus générales et les
plus positives de la science s'accordent net-
tement avec lui. Nous verrons plus \m
qu'il n'en est pas de même, quand on teut
torturer le texte, pour l'accorder avec des
systèmes sans base.
« Nous pouvons donc conclure, et c'est
là la chose importante, que les trois pre-
miers jours de la création furent des jour«
de même nature que ceux qui suivirent.
du moins d'après les seules considérations
qne nous avons faites jusqu'ici ; et enfin
aue les œuvres de ces trois jours ont pu
s accomplir ainsi que les raconte Moise,
puisque les données de )a science, !<>>"
de s'y opposer, conduisent à accepter sou
récit. Nous avons quelques mots a ajouter
pour montrer que les choses ont dû se passer
ainsi.
917
MAC
ET DE PALCO.VrOLOGlE'.
MAU
9it
« £q etteU dans le récit de Moïse , la
lerre est d'abord créée avec ses eaux et
leurs Tapeurs ; puis la lumièret Fétenduet
le fimuuneot ou le del et ratmosphère, et
les eaux liquides sont séparées des eaux
en Tapeurs et de rhydrogène. Les bassins
des mers sont creusés, la terre est ensuite
exondée et produit les Tégétaux ; enfin le
soleil» la lune et les étoiles sont créés.
c 11 ne s*agit ms ici de raisonner sur
la puissance de Dieu, qui a pu faire les
choses comme il a voulu. Notre tâche con-
siste tout simplement à raisonner en ob-
servateur, avec les faits connus et les lois
3ue la science démontre. Or, à ce point
e Tue nous avons déjà démontré que le
monde n*a pas pu être créé à Tétat élémen-
taire, à Tétat gazeux, puisque alors, nulle
agrégation, nulle masse n'aurait pu se for-
mer ; en outre le mouTement n aurait pu
exister, puisqu'il n'y aurait eu que des for-
ces impulsiTes sans résistances, et par con-
séquent une dilatation indéfinie. 11 faut
doni- admettre création de masses et création
de fluides. Mais les masses ont-elles pu être
créées toutes ensemble aTant que les espa-
ces fussent remplis par les fluides éthérés?
La simple réflexion amène à conclure que
c'eût été là un désordre. En effet, nous
aTons prouTé que l'hypothèse de l'attraction,
comme propriété essentielle de la matière,
sans aucune canse, est une chimère inoon-
reTable. hès lors, des masses jetées ainsi
dans le Tide, sans aucun lien qui les équi-
libre, qui les retienne et les règle, sont
nécessairement exposées à des cnocs qui
doivent les détruire; en outre, l'harmonie
du poids de chacune aTec les distances
n'est réglée par rien, et quand les fluides
viendront, il faut leur supposer une puis*
sauce qu'ils n'ont pas, pour remettre tout
en place; tandis qu'au contraire, les mas-
ses arriTant lorsque l'espace est déjà rem-
pli par les fluides, elles s'y équilibrent
toal naturellement, elles sont retenues et
enveloppées par ces fluides, elles sont ré-
glées dans leurs mouTements respectifs par
raction impulsiTC des fluides et par leur
propre action de résistance. Les fluides
ont donc dû être créés aTant l'ensemble des
masses. Cependant ont-ils dû être créés, dans
notre monde solaire, aTant la masse de la
terre ? Non, et par une raison semblable;
îl^ n'y a aucun incouTénient à la création
d*oae seule masse primitiTe sans les flui-
des. Mais si les fluides sont créés tout d'a-
bord, comme il n'y a aucune résistance,
l'expansion indéfinie doit aTOir lieu, puis-
que telle est la propriété des' fluides ; au
heu que s'il existe une résistance, quand
les fluides arriTeront, la force ImpulsiTe se
co2nbiiie aTec la résistance, et les mouve-
ments en naissent; l'expansion indéfinie
n'a plus lieu ; de la sorte, le IcTier repré-
senté par la résistance de la terre est pré-
paré pour reccToir l'application de la force
des floides. En outre, la vaporisation des
t«80) Cm. 1, 6-8.
eaux était bien plus facile avant l'existence
des fluides. Mais s'il faut admettre que les
fluides sont composés des éléments de l'eau
réduits à leur état de simplicité; en un
mot, si l'air et l'éther sont les éléments
les plus subtils de l'eau, comme plusieurs
physiciens l'ont cru, il est impossible d'ex-
pliquer les choses, si la masse de la terre
et des eaux n'a lias été créée la première.
En effet, si les éléments fluides avaient été
créés les premiers, la loi de l'expansion
indéfinie, I absence de mouvement, ae résis-
tance, de causes, de pression, aurait à ja-
mais empêché l'agrégation des masses et
leur formation au milieu des fluides; au
contraire, la masse étant créée la première ,
la loi de la vaporisation instantanée dans
le vide fait surgir les vapeurs, et facilite
la décomposition des éléments subtils con-
tenus dans l'eau, pour en former les fluides.
]>e la sorte tout est conforme aux lois con-
nues, dont l'atmosphère et tous les fluides
sont des conséquences et des effets. Nous
verrons plus tard pourquoi les végétaux ont
dû être créés avant le soleil. Pour le mo-
ment, nous nous contenterons de remarquer
Ïue la création des astres, alors que les
uides remplissent l'espace, est en confor-
mité avee les lois du mouvement et que,
par conséquent, ils sont venus dans le temps
opportun. En effet, soit que le soleil ait été
formé par une concentration de l'agent de
la lumière, soit qu'il ait été créé d'une subs-
tance spéciale, il venait quand tout était
préparé ou pour le former ou pour le re»
cevoir. 11 en est de même des antres as
très.
« Avant d'aller plus loin, nous avons
à revenir sur nos pas, afin de ne rien lais-
ser de douteux, rien d'obscur. Nous avons
suffisamment exposé l'œuvre du premier
jour, la formation des ténèbres, la créa-
tion de la lumière et son action. Nous de-
vons maintenant dire un mot de l'oeuvre du
second jour, avant de passer à la théorie
de la terre dont la création est achevée
au troisième jour.
«Or voici l'œuvre du second jour dans
le texte de la Vul^te ; Dixii quoque Deu$ :
Fiat firmamenium in medio ajuarum^ et di"
vidai aquas ab aqui$. Et fectl Deus firma^
menium^ divisit^e aquas qum trant sub fir--
mamento^ ab hit quœ erani super firmamm-
tum. Et factum est ita. Vocavitque Deus
firmamentum^ cœlumj et factum est vespere et
mane^ diesseeundus (680). « Dieu dit em^ore :
Qu'il y ait un firmament au milieu des
eaux, et qu'il divise les eaux d'avec les
eaux. Et Dieu fit un firmament, et il divisa
les eaux qui étaient sons le firmament, de
celles qui étaient au-dessus du firmament.
Et il fut ainsi. Et Dieu appela le firmament,
ciel : et il y eut un soir et un matin, jour
second. » Nous avons déià expliqué la di-
vision des eaux par l'action cnimique du
fluide éthéré sur la décomposition des va-
peurs. Le seul ooint qui doive maintenant
019
MAU
DlCTlONXAÏflE DE COSMOGONIE
IfAtJ
.9Î0
lïous occuper, c est le mot /îrmom^nifwm qui
semble impliquer quelque «sbose de la soli-
dilév et considérer les cieui comme une
voûte solide et ferme. De là certains es-
prits ont pu prendre o casion de tourner
en ridicule ce qu*il leur a plu d'appeler
la physique de lÉcriture, et par suite d*en
tirer une objection contre Finspiration di-
vine, comme si Dieu avait dû charger ses
envoyés d'apporter aux hommes la science
lies choses physiques tonte faite, sans rien
laisser à Tinlelligence humaine h décou-
vrir.
. « Mais, avant toute discussion scientifique,
avant toute eiplication'plus ou moins plausi-
ble qu'il nous serait permis de proposer, il
est une remarque importante a faire ; elle
coupe court à toutes les objections, elle ren-
voie le ridicule à ses auteurs. Le but de
ia révélation n'est nullement le monde
physique, nilesscienceshumaines. L'homme,
être moral et social, pour lequel ce monde
physique a été fait, voilà le seul but que
Dieu pouvait se proposer en se révélant
à l'homme, afin de se faire connaître à lui ,
de lui apprendre en même temps sa pro-
pre origine, sa nature, ses destinées et
ses obligations. En se servant d'hommes
sipéeialement choisis pour être ses organes
auprès de leurs semblables, Dieu les re-
vêt de son autorité et de sa véracité. Mais
ces sublimes prérogatives ne sont point ac-
cordées à ces hommes pour leur individu,
elles leur sont données pour ceux vers les-
quels ils sont envoyés; il en est absolu-
ment des prérogatives des prophètes comme
des pouvoirs donnés à l'Église et aux prê-
tres. L'Église enseignante a reçu les pro-
ii^esses d'in&illibilité dans la doctrine, mais
les hommes qui sont revêtus de cette pré-
rogative ne sont pas pour cela infaillibles
pour eux-mêmes, ils ne le sont que pour
instruire l'Ëglise enseignée. Les prêtres ont
lepouvoirde conférer les sacrements, mais ce
pouvoir n'est pas donné pour leur individu,
il est donné pour les autres hommes. Dès
lors, puisque les prophètes, les envoyés de
Dieu, l'Église, les prêtres doivent exercer
leur mission vis-à-vis des autres hommes,
il est absolument nécessaire qu'ils em-
ploient les moyens propres à agir sur les
nommes auxquels ils se sont adressés; qu'ils
leur parlent un langage que les hommes
puissent comprendre, et qu'ils agissent d^une
iq^nière proportionnée à leur intelligence.
A ce point de vue» supposez Moïse venant,
en savant physicien, expliquer aux Hébreux
comment le ciel n'est pas quelque chose
de solide» mais un plein fluide, ou autre
chose à quoi ce peuple n'eût rien compris,
et jugez alors où serait le ridicule. Quand
bien même Moïse eût parfaitement connu
la nature du ciel, ce qui peut être, il de-
vait mettre de côté sa science pour parler
aux Hébreux un langage qu'ils comprissent,
I)aurvu qu'il n'y eût rien d'absurde dans
son expression. Qu'y a-t-il là d'étréu^e ?
absolument rien, et cette réponse est gé-
nérale pour toutes les diflicultés du même
genre Nous pourrions donc en rester là, si
la nature de ce cours ne nous obligeait à
aller un peu plus loin dans l'explication de
ee mot firmament.
a Si nous consultons la philosophie an-
cienne et spécialement la philosophie grec-
que, nous trouvons qu'un ffrand nombre de
philosophes ont considéré le ciel comine
une voûte parfaitement solide, à iaquelle
plusieurs fixaient les étoiles et les astres.
Qu'y aurait -il d'étonant si les Hébreux
avaient eu les mêmes idées, auxquelles
Moïse se serait accommodé? Mais nous allons
voir qu'il n'en est rien, et que la physique,
aussi bien que la philosophie des Livres
saints, n'a admis aucune des nombreuses
erreurs que nous rencontrons à chaque pas
dans les sciences humaines de Tanliquité :
et c^est déjà un fait bien remarquable.
« £n effet, pour la diflUcuIté oui nous oc-
cupe, le texte hébreu, qui est Voriginal, la
lève de la manière la plus coiûplète et lapins
satisfaisante, (V^pt W) teAt ruqiah : « Qu'il y
ait une étendue, » dit le texte ; le mot raqiah
vient du verbe raqah^ qui signifie à la forme
absolue broyer^ fouler aux pieds^ disjoindre
en broyant^ affermir^ rendre solide.
9i A Ta première forme causa tive, il signifia
disjoindre^ étendre; enfin à la seconde forme
oau^ative, il signifie étendre, expandere;QT,
c'est de cette de lanière forme qu'est tiré le
mot raqiah, qui signifie donc étendue: d'où
il suit que Moïse disait |aux Hébreux : Dieu
a fait la vaste étendue qui couvre vos tètes et
il Va appelée ciel.
^ Le même mot raqiali est pris dans TE-
criture au figuré pour signifier tout ce oui
sert d'appui, de protection; on lit en plu-
sieurs passages de l'Ecriture : Dieu est mon
raqiahy mon appui, mon protecteur. H signi-
fie tout ce qui sert de lien , tout ce qui
affermit, de quelque roaniè^e que ce puisse
être.
^ Les Septante ont traduit raqiah [ar
ortpitifM qui signifie appui, tout ce quiterf
à affermir, à consolider, et qui s'emploie
au propre et au figuré comme l'hébreu
raqiah.
« Le mol latin frmamentum a toutes le?
mêmes significations propres et figurées.
« A ne s'en teiiir donc qu'à Tétymolo^ie
des mots, l'euprcssion hébraïque signifiaul
étendue, ciel, aurait été traduite en grec et
en latin par <rtv/>iv^ft et ftrmamenlum, qpi
marquent quelque chose de solide; ce ((utl
faudrait peut-être attribuer aux idées philo-
sophiques des Grecs sur la solidité du cietr
et cela né prouverait absolument rien pour
la valeur de l'expression dont s'est servi
Moïse, mais montrerait seulement que les
interprètes se sont accommodés aux idées de
ceux pour qui ils traduisaient.
« Quoi qu'il en soit de ces étymologi^^»
en rapprochant les principaux textes de TE-
criture qui peuvent nous apprendre qtiel e
idée les auteurs inspirés attachaient à la
nature des cieux, nous verrons quelles
sont parfaitement conformes à ce que D(r(
lan:zues en disent. Nous lisons dans iob
m
«AU
£T DE PALEOMOLOGIE.
ÎIAU
923
(681) : Tu forsUam eun eo[Deo) fabricalus
€$ eœhSf qui iolidiisimi quasi œre fusi sunt.
£n hébreu : < Tu as peut-éirc étendu ayec
loi (Dieu) les cieux solides comme un mi-
roir fondu. 9 Les cieux sont ici comparés à
un miroir d'airain fondu; comme lui, ils
l>aFaissent solides et éclatants. Ezéchiel (682}
se sert à peu près de la même comparaison :
Et êimililudo super eapila animalium firma-
mtnii^ quasi aspectus cryskUli : « £t sur la
tôte des animaux la ressemblance du firma-
ment f comme l'aspect du cristal. » Ces
comparaisons, prises dans la nature appa-
rente des choses, ne disent rien sur la com-
position intime des cieux, elles répondent
au cristal des cieux ^ au miroir du firmament
de nos poètes, et roi là lout ; c'est un langage
poétique et nullement une nomenclature
scientitique. Si les écrivains sacrés. Vê-
taient servis de la nomenclature des sa-
rants, les poètes auraient pu se plaindre;
ils se sont serris du langage poétique, les
nomenclateurs se plaignent ; cela ne prouve
qu'une chose : chacun plaide pour robjet de
sa prédilection, et ne veut rien juger que
d*après la faible mesure des étroites limites
de ses connaissances.
c Souvent, dans l'Ecriture, les mots rœ/um
et firmamentum sont synonymes ; le Psal-
Doiste (683) dit en effet : Cœli enarrant glo-
riam Dei^ et opéra manuum ejus annuntiat
firmamentum : « Les cieux racontent la gloire
de Dieu, et le firmament proclame les œu-
vres de ses mains. » D'après les règles du
parallélisme hébraïque, les deux parties de
ce verset reproduisent la même idée, et
cœli et firmamentum signifient, par consé-
qruent, la même chose; cette identité de
signification est d'ailleurs prouvée par une
foule d'autres textes, et notamment par le
premier chapitre de la Genèse.
« Or voyons ce que TEcrilure dit des
cieux ou du tirmament: Hoc dicit Dominus
Deus^ creans eœloSf et extendens eos : firmans
lerram, et quœ germinant ex ea (68ï) : « Voici
ce que dit le Seigneur, qui a créé les cieux
et qui les a étendus, qui a affermi la terre et
ce qui germe d'elle* » Ego Dominus^ faciens
omnia^ extendens ccdos solus^ stabiliens ter^
ram et nullus mecum (685) : « Je suis le Sei-
gneur, j'ai fait toutes choses; seul, j'ai
étendu les cieux et affermi la terre, et nul
n'était avec moi. » Manus meœ tetenderunt
ceslos^ et atsmi militim eorum mandavi (686) :
c Mes mains ont étendu les cieux, et j ai
donné la loi à toute leur milice. » D'après
ces textes, le firmament ou les cieux sont
une étendue opposée à la terre qui est affer-
mie. Cependant nous lisons ailleurs que les
cieux ont été affermis; il est donc utile de
reeherober la signification de ce mot : Yerbo
Dàmini cmli firmmti sunt^ dit le Psalmiste ,
^ spiritu aris efut omnis virtu$ eorum (687).
Les cieux ont été affermis par la parole du
(681) Job'jxsm, 18.
(682) Euck. I, %
/685) Pi. xTiii, I.
|684) Isa. \i, 5.
(655) ha. iLiv, 24.
Seigneur, et loute leur armée par le soufile
de sa bouclie. » Or, l'armée des cieux, ce
sont les astres. Les deux et les astres ont
donc été affermis par la parole etj)ar le souf-
fle du Seigneur. Evidemment, ici, il s'agit
de l'ordre constant des cieux, des mouve-
ments réguliers des astres ; c'est Dieu qui a
établi cet ordre et ces mouvements; rex-
pression affermi ne peut donc signifier que
cet ordre et la régularité de ses mouvements,
ce qui n'entraîne nullement une solidité
matérielle, pas plus que le mot établir^ dont
nous nous servons dans le même sens en
français. (Dominus) qui firmavit terram super
aquas (688) , dit encore le Psalmiste : « Le
Seigneur qui a affermi la terre sur les
eaux. « La signification du verbe affermir ne
peut être douteuse ici ; elle ne peut expri-
mer que l'équilibre de la terre au milieu
des eaux; or, l'équilibre entraîne avec lui
ridée de fermeté, de résistance, de solidité ;
c'est cet équilibre «qu'exprime le verbe
affermir toutes les fois qu'il est question
des astres, du cie) , de la terre et des eaux
dans l'Ecriture; le livre des Proverbes va
nous le prouver d'une Jianière évidente;
c*est la Sagesse qui parle : Quando prœpara^
bat ratios^ aderam ; quando certa lege et gyro
taiiabat abyssos; quando œthera firmabat «tir-
sum^et librabat font es aquarum; quando circum*
dabatmari terminum suum et iegem ponebat
aquis^ne transirent fines suos ; quando nppende*
bai fundamenta terrœ^ eum eo eram, cuncta
componens (689). « Lorsqu'il préparait les
cieux, j'étais présente; lorsqu'il environnait
les abîmes d'un cercle immense et d*une loi
inviolable, lorsqu'il affermissait les régions
éthérées et qu'il équilibrait les sources des
eaux, lorsqu'il entourait la merde limites
et uu'il imposait une loi aux eaux, afin
qu'elle ne {tassassent point leurs bornes;
lorsqu'il suspendait les fondements de la
terre, j'étais avec lui, coordonnant toutes
choses. V
« C'est donc ici la loi de la libration géné-
rale de l'univers qui est peinte d'une ma-
nière admirable, et que lob va nous rendre
avec autant de poésie : ^t extendit aquilo^
nem super ractium, et appendit terram super
fitAi/um, ^1 ligat aquas in nubibus suis^ ut
non erumoant pariter deorsum. Qui tenet
vultum solii suif et expandit super iilud nt»
bulam suam. Terminum circumdedit aquis^
usque dum finiantur lux et tenebrœ (690).
« L'est lui qui a étendu faquilon sur le yidc
et suspendu la terre sur le néant; c'est lui
S[ui lie les eaux dans les nuées, afin qu'elles ne
(»ndent pas tout à la fois sur la terre ; c'est lui
qui soutient aux cieux Taspect de son trône
et qui répand au-devant ses nuages; c'est
lui qui a marqué leurs bornes aux eaux.
Jusqu'à ce que finissent la lumière et les
ténèbres. » Le prophète Isaïe peint la même
loi dans son langage sublime : Quis mensut
(686) ha. SLT, 12.
(687) Ps. xixu, 6.
(688) Ps. csixT, 6.
(689) Pror. viii, 27-50
(bOO; Job \\M, 7-10
9t5
MAU
DICTiONiNAmË DE GOSMOGOiNIÊ
MA»
m
€9t pugillo a^fuas^ et cœ^os patmoponderavitf
Quts appendtt tribus digitis motem terrœy et
libravit in pondère montée^ et colles in sta-
iera (691)? « Qui a mesuré les eaux dans le
creux 'de sa main et pesé les deux de ses
doigts? Qui soutient de trois doigts la masse
de la terre, et qui a équilibré les montagnes
sur leur propre poids et mis les collines dans
la balance? »
« Cette abondance de textes, auxquels on
{courrait en ajouter bien d'autres, ne peut
aisser aucun doute sur le sens de toutes ces
peintures poétiques. Les écrivains sacrés
ont donc voulu nous apprendre que c'est
))ieu qui a établi Téôuilibre des cieux, de
l'air et des nuages , des astres et des eaux
aussi bien que de la terre. Us se sont servis
du lanjiage poétique qui exprime ce que
voient les sens; il est facile de traduire leur
l)ensée en langage scientifique ; mais ils ne
pouvaient ni ne devaient se servir de ce
dernier langage, qui varie avec les progrès
de la science humaine, et il serait absurde
de leur en faire un reproche.
« De cet ensemble ressort aussi le sens ri-
goureux qu'il faut attacher au mot firma-
mentj soit qu'avec l'hébreu on l'entende de
rétendue des cieux, soit qu'avec les Septante
et la Vulgate on y attache l'idée de fermeté.
Dans tous les cas, ce ûrmament n'est autre
f'hose que Tadmirable équilibre qui règne
dans les espaces, qui règle les mouvements
des astres et celui de la terre.
*i Si maintenant vous voulez vous rap-
peler que nous avons démontré qu'il fallait
absolument admettre que les espaces de
noire monde solaire sont {remplis de flui-
des; que ces fluides sont des causes impul-
sives de mouvement; qu'ils opposent une
résistance aux solides ; que les solides leur
opposent à leur tour une résistance d'où
résulte la répulsion et les mouvements di-
vers, en vous rappelant tous ces faits, vous
comprendrez combien est juste et rigoureuse
l'expression de firmament pour désigner les
espai:es du ciel, puisque les fluides étendus
dans ces espaces sont le lien d'équilibre, la
cause de stabilité des mouvements des astres
et de la terre. Cette interprétation scientifi-
que découle de tout ce que nous avons dé-
montré jusqu'ici ; ce n'est point un de ces
efforts d imagination, une de ces idées creu-
ses, telles que pourraient le croire les per-
sonnes qui n'ont aucune idée nette et arrê-
tée sur les lois dur mouvement et sur ses
causes dans notre monde, et qui s'imaginent
que l'air et les fluides, à cause de leur sub-
tilité, ne peuvent rien affermir, rien solidi-
fier; personnes qui ignorent à ce point les
faits les plus vulgaires de l'expérience ,
Qu'elles ne savent pas que c'est le poids de
lair qui empêche la vaporisation des eaux
(>t qui les maintient, les affermit dans l'état
liquide. Le texte sacré est plus juste et plus
vrai.
« Considérez, en effet, ce qu'il dit : Fiat
firmamentum in medio aquarunif et dividat
aquas ab aquis, « Qu'il y ait un firanment
au milieu des eaux, et qu*il divise leseaui
d'avec les eaux ; qu'il divise les eaux aui
sont au-dessus du firmament d'avec celles
qui sont au-dessous. >» Or qu'est-<;e qui di-
vise les eaux liquides des eaux en vapeurs?
N'est-ce pas l'atmosphère composée de gaz,
plus pesants que les vapeurs d'eau, qui doi-
vent, par conséquent, s'élever au-dessus?
Mais n est-ce pas encore cette même atmos-
phère qui pèse sur les eaux des mers et les
maintient, les affermit dans leur état liquide
et dans leurs limites? Quel nom pouvait
donc mieux lui convenir que celui de /irma-
ment^ qui signifie tout ce qui affermit, tout
ce qui maintient, au propre comme au
fi juré?
ff Ainsi, la terre est environnée des eaux
liquides ; la terre et les eaux sont envelop-
pées par l'atmosphère qui maintient la terre
en équilibre et les eaux dans leur état liqui-
de; au-delà de l'atmosphère se trouvent des
eaux en vapeurs et de l'hydrogène, çiui sont
à leur tour comprimés par les fluides qui
remplissent les espaces et forment le ciel, et
au milieu desquels se meuvent avec ordre
les astres, et ainsi l'ordre est constant, tout
est affermi dans l'équilibre par les cieux eu ie
firmament. »
M. Maupied essaie ensuite une théorie dt
la lerre^ mais auparavant il s'efforce do dé-
molir les théories neptunienne et plutonten-
fie. Il a contre elles d'excellents arguments:
voyons s'il en a d'aussi décisifs en faveur de
la sienne.
a Scientifiquement parlant, dit-il, on ne
peut imaginer que quatre hypothèses fonda-
mentales sur l'origine de nôtre planète, pôrce
que nous ne connaissons la matière que sous
trois états : l'état solide, l'état liquide, et
l'état fluide ou gazeux ; par conséquent la
terre ne peut être supposée avoir existé ori-
ginairement qu' à l'un de ces trois étals, ou
bien à un étal mixte, qui serait la combinai-
son des solides , des liquides et des gaz. H
n'y a pas d'autre hvpothèse imaginable. Or
nous avons vu que l'nypothèse astronomico-
chimique, qui suppose la terre originelle*
rétat çazeux, est de tout point insoutenable
et inadmissible.
« L'hypothèse de la fluidité ignée, ou plu-
topienne, n'est pas plus solidement établie:
en contradiction avec un grand nombre de
faits, elle n'en explique aucun d'une manière
satisfaisante.
« L'hypothèse neptunienne ou de Hw
liquide aqueux, généralement abandonnée
aujourd'hui, n'a d ailleurs pour elle aucune
raison sérieuse, et elle est en contradiction
avec la plupart des faits observés.
« Aucune hypothèse n'a jamais prétendu
que la terre eût été créée à l'état purcmenl
solide : une telle hypothèse n'aurait d*aille»»rs
Dour elle aucun appui.
« 11 ne nous reste donc que le quatriènie
cas, savoir : que la terre a été créée sous le»
trois états, solide, liquide et gazeux, comin-
{691) Isa, XL, U.
9tt
MAU
ET DE PALEOfiTOLOGIE.
MAU
9dS
nés. Cette théorie n*a riea d^iclusif : elle
fait concorder toutes les sciences physiques
et ojorales ; elle rend compte de tons les Taits,
comme nous espérons le faire voir ; elle est
donc éminemment scientifique : or c'est la
théorie de Moïse.
« Quelle que soit lliypothèse qu*on em^
brasse, il faut nécessairement admettre que
la terre a été créée pour un but et qu'elle a
reçu une forme convenable à sa un. Or tout
nous prouve que la terre est faite pour ser-
vir de séjour aui autres êtres organisés et à
lliomme. £n outre» dans toute hypothèse, il
faut admettre une première création, au
moins celle des éléments: ce qui ne fait que
reculer la difficulté en l'augmentant. Si 1 on
veut en effet gue la terre ait été créée à l'é-
tat élémentaire ou gazeux , on est obligé
de reconnaître que la nature aveugle l'a en-
suite arrangée d'une manière harmonique
avec sa fin qui est de recevoir des êtres or-
ganisés : or, une telle prévision, dans une
cause aveugle, dans le hasard, n'est pas ra-
tionnelle. En outre, ce système enlève une
partie des propriétés de la matière et sup-
prime par conséquent es lois du monde phy-
sique ; et nous avons vu que, par le même,
il rend toute combinaison et toute formation
impossibles : il en est de même des autres
hypothèses. Puis donc qu'il faut admettre
une première création , n'est-il pas plus lo-
gique, et par là même plus scientifique, d'ad-
mettre que la matière a été créée avec tou-
tes ses lois essentielles et dans l'état conve-
nable au but de sa création? Cette théorie
est beaucoup plus scientifique qu'une hypo-
thèse exclusive et sans base; elle est con-
forme au grand principe d'Aristote ; qu'en
toute chose il faut rechercher la cause , et
surtout la cause première, et que nous n'a-
vons Ja science d'une chose que quand nous
eu connaissons les causes : ici nous avons la
cause finale et la cause première.
« En effet Dieu, en créant la terre, ne se
proposait évidemment rien autre chose que
de préparer aux végétaux, aux animaux, à
Thorome, un lieu propre à leur servir d'ha-
bitation ; il dut donc la créer dans l'état le
plus convenable à cette destinée. Or, si la
terre avait été primitivement àTétat gazeux,
rhî fusion ignée ou de liquéfaction aqueuse,
ce devrait élre un sphéroïde parfait de révo-
lution, sans la moindre inégalité, sans mon-
tagnes et sans vallées, par conséquent. Dès
\or% plus de cours d'eau possibles, plus de
températures, de climats variés, et par con-
^é luenl les êtres organisés n'auraient pu y
vivre : car il faut, à la plupart, des cours
d*eau , il faut, pour les divers êtres, des cli-
mats divers. Dans l'hypothèse même où il y
aurait eu de l'eau, il aurait encore fallu que
tous ces êtres eussent pu vivre sous le même
elimat. En outre, la structure actuejle du
globe prouve qu'il y a eu, dès l'origine , des
vallées, des montagnes et des cours d'eau :
sans cela, en effet, les terrains stratifiés, les
Gouehes secondaires et tertiaires n'auraient
pu 56 former. Car d'où seraient venus les détri-
tus, les terres charriée?, rapportées, puisqu'il
n*y aurait eu aucune pente, aucune cause de
transport? On ne peut pas dire que toutes
les montagnes auraient pu se former posté-
rieurement, et par là amener toutes les con-
ditions que nous demandons ici. Par quelle
cause, en effet , ces montagnes se seraient-
elles formées? Ce ne peut pas être par les
dislocations, les déchirerrients de la croûte
solide, dans l'hypothèse du noyau gazeux, ou
en fusion ignée, puisque nous avons prouvé
l'impossibililé de cette hypothèse; ce no
peut pas plus être par suite de la dissolution
aqueuse, puisqu 'au contraire, sous son in-
fluence, tonte inégalité, toute aspérité dis-
paraît. D'ailleurs nous avons montré que
cette hypothèse était impossible. Sera-ce
par les volcans? Mais les causes des volcans
œan<]uaient à la terre primitive, puisqu'elle
n'était pas en fusion: les volcans d'ailleurs
n'ont pu produire que des montagnes volca-
niques, des cratères éteints. Or, combien y
a-î-il de montagnes qui ne peuvent évidem-
ment pas être altribuées aux volcans? En
outre, c'est un fait aujourd'hui démontré en
géologie : la cause ignée et la cause aqueuse
ont agi simultanément dans des lieux divers,
et quelquefois dans les mêmes lieux, et cela
à toutes les époques postérieures à la créa-
tion. Cette belle observation nous ramène
donc encore à la nécessité des montagnes
primitives et des vallées pour la formation
des terrains aqueux, qui, même dans un
grand nombre de localités, sont antérieures
a l'existence des volcans.
« Ainsi, avec Buffon et l>eaucGup d'autres,
nous sommes conduits à reconnaître que la
terre primitive dut nécessairement avoir (les
montagnes et des vallées, pour qu|s les ter-
rains postérieurs aient pu se former, et que
les êtres org^anisés aient pu vivre, ^vec Pai-
las, le premier et le plus grand de tous les
géologues observateurs, nous sommes obli-
gés de considérer les montagnes granitiques
et toutes les montagnes de roches primitives,
comme ayant toujours été ce qu elles sont,
et par conséquent comme ayant été créées
avec la terre.
« La conséquence rigoureuse qui sort de
ces considérations, c'est que la toute-puis-
sance divine a créé la terre complète, avec
ses montagnes, ses vallées, ses mers, ses
cours d'eau et son atmosphère, en un mot,
propre à recevoir ses habitants divers. En
outre, la densité croissante de l'extérieur à
l'intérieur est une conséquence des mouve-
ments que la terre devait exécuter. La di-
vine conception, ayant en vue ces mouve-
ments, savait pourvoir, en calculant la den-
sité du globe de la manière la plus convena-
ble, à leur exécution. De là encore, pour les
roches primitives, l'état plus compacte de
demi -cristallisation, etc., afin aue les cou-
ches qui seraient suJ)erposées plus tard, soit
Îiar la cause ignée, soit par la cause aqueuse,
ùssent moins denses; de là encore la
variété de comnosition de ces mêmes
roches primitives dont les exfoliations,
les débris superficiels, devaient four-
nir des éléments à la végétation et à une
9i7
MAU
DiCTlONNAlKE DE COSMOGONIE
HAU
9»
fuale d'autres phénomènes. De là encore la
grande ressemblance entre les derniers ter-
rains primitifs et les premiers terrains se-
condaires 9 puisque ceux-ci sont formés des
détritus de ceux-là. La Cgure de la terre est
encore une conséquence de sa destination:
Dieu, voulant la soumettre à un mouvement,
dut lui donner une forme propre à ce mou-
vement ; et Ton ne conçoit pas qu*une intei*
iigence souverainement sage eût pu agir au-
trement. Or pouvait-ii laisser cette figure et
ce mouvement à déterminer au hasard, ou
à une cause aveugle, comme sont toutes les
causes physiques? Buffon arrivait déjà, par
K* calcul, à ces couséquences qu*il est impor-
tant de rappeler ici. La direction commune
du mouvement d*impulsion qui fait que les
planètes vont toutes d'occident en orient,
lui donnait , pour les sii planètes connues
de sou temps, Qk à parier contre f qu'elles
n'auraient pas eu ce mouvement dans le
même sens, si la même cause ne Tavait pas
produit. Or, le nombre des planètes s'étant
accru par les nouvelles découvertes, la pro-
babilité s'est accrue en proportion, et vient
fortifier la preuve que le mouvement des
planètes ne peut être dû au nasard, ni par
conséquent à une cause aveugle. ^
'^ L'inclinaison des orbites des six planètes
connues de Duiton n*excède pas 7 degrés et
demi; car, en comparant les espaces, on
trouve qu'il y a 24 contre 1 pour que deux
planètes se trouvent dans des plans plus
éloignés, et par conséquent,^ ou 7,692,624
à parier contre 1, que ce n'est pas par hasard
qu'elles se trouvent toutes six ainsi placées
et renfermées dans l'espace de 7 degrés et
demi; ou, ce qui revient au même, il y a
cette probabilité qu'un tel arrangement est
dû à une cause intelligente et créatrice. 11
faut ajouter que la forme sphéroïdale des
f planètes, que le degré de l'aplatissement de
curs pôles sont en rapport mathématique
avec la vitesse de leurs mouvements. Il y a
donc encore plusieurs millions à parier con-
tre un, que cette forme et cet aplatissement
ne sont pas dus à une cause aveugle, mais
bien à la cause toute-puissante qui a créé
ces planètes avec leur forme pour un but
déterminé. Mais H n'a été besoin pour cela,
ni de laboratoire de chimie, ni de fourneaux,
ni de compas, ni d*équerrés, ni de lunettes
astronomiaues ; Dieu a laissé ces faibles
moyens à l'homme pour observer ce que sa
puissance, sa volonté et sa parole ont pu pro-
duire en un seul moment.
« Tout nous conduit donc à regarder
comme la théorie !a plus probable, la plus
logique, la plus scientifique, celle qui ad-
met que la terre primitive a été créée d'un
seul jet ce qu'elle est, et propre à recevoir
des habitants; pour lui donner un nouvel
appui, il nous reste à montrer comment les
K.'iénomènes et les faits, que les diverses
ypolhèses ne peuvent expliquer, s'expli-
quent facilement dans cette théorie.
H La terre e:kt donc créée tout d'abord avec
sco montagnes et ses vallées primitives:
environnée d'eau de toutes parts, il se forme
aussitôt autour une atmosphère par suite de
la vaporisation des eaux. Ces trois états de
notre planète, ainsi combinés, reçoirent
TinQuence des fluides impondérables qui
sont créés alors et mis en rapport avec la
terre ; on conçoit qu'à ce moment même les
matériaux de la terre aient pu «ubir des mo-
difications. Des dislocations purent a?oir
lieu, et elles creusèrent des bassins aux
mers, sans qu'il y eût besoin d'un longtemps
pour cela, puisque Dieu opérait en se ser-
vant des agents qu'il avait faits. La terre ap-
paraît alors exondée ; sa surface était parse-
mée de montagnes et de vallées : les monta-
gnes étaient formées de granits, de porphyres
et de toutes les roches qu'on a appelées pri-
mitives ; ces roches, assez compactes et aiiseï
denses, offraient une résistance sufGsante
aux agents extérieurs, et préparaient une
base aux formations futures qui naîtraient
des lois physiques créées. Ces mêmes mon-
tagnes pouvaient déjà porter des gneiss, des
talcs, des schistes sur leurs flancs, le créa-
tour ayant ainsi disposé les choses pour
marcher à son but. La surface exondée, né-
cessairement imprégnée de sels abondants,
avait pu éprouver une première décomposi-
tion par suite des actions électriques. Les
mêmes raisons d'ailleurs qui nous obligent
à accepter la création de la terre complète,
nous conduisent aussi à admettre que les
montagnes et les vallées exondées renfer-
maient déjà des argiles ocreuses, des terres
vierges, propres à nourrir des végétaux. Dnc
fois cette première création opérée, les agents
naturels vont commencer leur cours. Les
fluides impondérables , électrique , magné-
tique et calorique, ont pénétre la terre ; ils
ne l'ont pas disloquée jusque dans ses entrail-
les, mais leur action d'impulsion et de résis-
tance ont déterminé au centre une force
centrifuge et à la circonférence une force
centripète; des soulèvements partiels ont
pu, par suite, se faire, soit promptemcnt,
soit a la lonsuô, comme il est à peu près
constaté qu'il s'en fait d'insensibles. Les
mêmes fluides agissant sur les métaux qui
n'étaient pas encore oxydés, auront déter-
miné des phénomènes ignés, d'autant plus
actifs que tous les métaux qui comj)Osent les
roches primitives, ont une granae affiail^
pour l'eau et la décomposent soit è la tempé-
rature ordinaire, soit à des températures
très-peu élevées.
« Rien n'empêche, par suite de l'aclioB
des fluides impondérables, d'admettre une
certaine chaleur au centre, pourvu qu'elle
ne le liquéfie pas ; rien n'empêche encore
d'admettre autour du centre une zone pâ-
teuse, telle que la demandent les géologues
qui conçoivent que la fluidité ignée ne peut
plus être soutenue. Cette zone pâteuse es!
le résultat de la concentration des actions
électriques et chimiques ; elle n'a pas existt
dès le prin«îipe et par conséquent ne nous
oblige pas à accepter rorieine ignée ou g«;
zeuse avec ses invincibles difficultés; au con-
traire, la terre, une fois créée, a pu, sansau-
.■
929
MAU
ET DE. PALEONTOLOGIE.
MAU
950
cun inconvéaieol de formation oa autre,
receroir de nouvelies modificalions déter-
minées par la création des fluides impondé-
rables ; alors, en effet, toutes tes conditions
étaient réunies; il y avait un noyau solide,
cause de résistance et de pression; une en^
velop(>e liquide et gazeuse, nouvelle cause
de résistance et d'impulsion tout à la fois ;
puis des fluides impondérables, causes d'im*
pulsion et de mouvement, agents de compo-
sition et de décomposition, sources de cha-
leur et d'électricité; il y avait dans les maté-
riaux solides, liquides et gazeux, tous les
éléments sur lesquels ces agents peuvent
exercer leur action, et toutes les conditions
pour la favoriser ; ce qui n*est pas dans toutes
les hypotîiëses que nous avons discutées.
Dès lors on conçoit que, jpar suite de cette
action, une zone pâteuse ait pu être détermi-
née autour du noyau central solide; non
plus d*abord comme cause, mais comme con-
séauence des lois et des propriétés des corps
creé^^j ^r conséquent ayant une cause ra-
tionnelle et logiaue, et devenant à son tour
le siège de pnénomèncs subséquents qui
auront leur rôle d'utilité dans les change-
gements successifs qui devront arriver à la
surface de la terre.
« En outre, l'action des eaux beaucoup
plus étendue dans l'origine que depuis, beau-
coup plus active, comme tous les faits géo-
logiques le démontrent, commença le dépôt
iles terrains de transition. La création des
végétaux et des animaux, surtout des ani-
maux marins, apporta de nouveaux éléments;
les produits organiques, la décomposition
de ces produits joints à toutes les causes pré*
cédentes d*électricité, d'actions chimigues,
métalliques et aqueuses, donnèrent lieu à
de nouveaux phénomènes. Car toutes ces
causes agissant soit à la surface, soit dans
l'intérieur des premières couches de dépôts,
soit dans la zone pAteuse que nous ne re-
poussons pas, firent naître les premiers vol-
cans. Plus tard, quand de nouvelles couches
se furent déposées, par suite du remanie-
ment des débris, des détritus du sol, des
calcaires primitib et des sels terreux divers,
|iar suite encore des détritus organiques, des
produits calcaires des animaux marins, etc.,
de nouveaux foyers volcaniques, moins pro-
fonds, purent s'établir dans ces nouvelles
couches, immédiatement sur les terrains ar-
mleux, débris aqueux des terrains primitifs;
les éjections volcaniques viennent confirmer
cette idée, puisque leurs bases sont des ar-
^\es siliceuses. Enfin, plus tard encore, à
mesure que la croûte du globe s'augmentait,
lie nouveaux volcans, toujours produits par
les mêmes causes et par de nouvelles, durent
s'établir plus superficiellement encore; en
sorte qu'u y aurait ainsi des foyers volca-
niques à presque tous les étages, tantôt s'im-
} plantant les uns sur les autres, tantôt se
brmant nouvellement ; Teau y jouant tou-
jours un grand rôle, aussi bien que l'électri-
cilé et les fluides atmosphériques. La diffi-
culté de faire venir l'eau dans ces foyers ne
doit pas embarrasser, si l'on considère que
l'infiltration de l'eau et son absorption & tra-
vers les couches de la teire a lieu continuel-
leraent, comme le prouvent les puits arté-
siens, et les sources qui coulent dans tous
les terrains, et même dans les roches grani-
tiques les plus compactes, où ces sources
sont peut^tre plus abondantes que nulle
part ailleurs.
« A toutes ces causes il faut joindre les
influences des astres de notre système sur
notre planète aussitôt qu'ils furent créés ; les
mouvements qui furent déterminés par là,
ne contribuèrent pas peu à modifier l'eiat de
la terre.
c A toutes ces mêmes causes, derélectricité,
de la chaleur, des actions chimiques, de la dé-
composition de l'eau, de la zone pâteuse que
nous supposons entourer le centre de la terre,
des mouvementsd'impulsion et de répulsion
produits dans le globe par l'action des fluides
divers, des mouvements planétaires, suite
des influences célestes de tous les astres d9
notre système, il faut attribuer les disloca-
tions du sol, les soulèvements et les abais-
sements qui ont pu produire de nouvelles
montagnes et de nouvelles vallées.
« U faut remarquer que toutes ces causes
durent être considérablement plus actives
dans le principe qu'elles fie l'ont été depuis ;
d'abord parce que, n*a^ant pas encore agi,
elles n'avaient {as épuisé les matériaux de
leur action; ensuite, parce que les eaux cou-
vraient une bien [)lus grande portion de la
terre, qui était moins considérable dans son
écorce stratifiée, parce que tous les terrains
les plus propres à l'action .ignée étaient à
découvert dans une bien plus vaste étendue;
Earce que la zone pâteuse, si elle existe, su^'
issant une moins grande pression, pouvait
être plus facilement soulevée; parce que,
enfin, toutes les modifications que celte
Srande cause même a opérées, ont soustrait
es matériaux du globe les éléments même
de son action. Dès lors nous voyons pour-
quoi il doit y avoir et il y a en effet une
bien plus grande étendue de terrains ignés
anciens, de montagnes soulevées, de volcans
éteints anciens qu'il n'v en a de récents et
actuellement en activité.
9 Enfin, plus tard et après les volcans primi-
tifs, et par des causes analogues, ont dû naî-
tre et s'échelonner à tous les étages, les salses,
les fontaines thermales, les sources calcaires
diverses, les eaux sulfureuses, etc., elc. ;
par ces mêmes causes sont explicables, la
chaleur croissante de la terre à mesure qu'on
descend dans sa profondeur, la chaleur des
eaux souterraines assez profondes, et tous
les faits géologiques attribués à la cause
ignée. »
M. Maupied aborde ensuite la création des
végétaux.
« Trois questions, dit-il, se présentent
d'abord à examiner : « 1* L'état du sol et de
Tatmosphère lorsque les végétaux ont été
créés ; S"* pourquoi ils sont créés avant le
soleil ? 3* et enfin , la nécessité de leur
création avant les animaux.
« L On a cru, jadis, que le végétal s^
951
MAU
01CTI0!fNAIll£ DE COSMOCOME
UAU
9Sl
nourrissait presque uniquement d*eau ; au-
loard'hui, 1 on sait que Tcau se décompose
a la vérité d£ns le tissu des plantes aux-
quelles elle fournit l'hydrogène; mais cette
f*au se charge aussi d'une multitude de
substances , de débris de végétaux et d*ani*
maux ; en outre, l'air, charge d'acide carlH)^
nique et de diverses vapeurs , concourt, par
son absorption, au moyen des feuilles, à
l'accroissement des plantes. La plante, ab-
sorbant Tacide carbonique et Teau, les
décompose dans son feuillage et ses parties
vertes, à J'aide de la lumière ; elle s'empare
du carbone du premier, de i'hvdrogène de
la seconde , et rejette en gaz I oxygène de
l'un et de l'autre. C'est surtout petnihni
l'humidité nocturne que les feuilles parais-
sent absorber davantage, et pendant le jour,
h la chaleur du soleil, qu'elles dissipent le
]>las. En effet, le gaz acide carbonique se
décompose en celle dernière circonstance ,
ainsi que l'eau ; le carbone du premier, Tby-
drogène de la seconde, se fixent dans le tissu
végétal qui s'élabore et se nourrit par ce
moyen. C'est pourquoi les végétaux les
mieux exposés à là lumière ont le tissu plus
ferme et ligneux , des couleurs vertes plus
foncées, des sucs plus élaborés, plus sapides,
nlus odorants, plus aromatiques, plus hui-
leux ou résineux. Au contraire, les plantes
tenues h 1 ombre absorbent bien de rhumi-
dilé et des autres principes, mais ne décom-
posent point l'aoïde carbonique, et le ren-
dent en gaz; aussi, ces herbes contiennent
peu de carbone, dissipent peu d'humidité,
ce qui fait qu'elles restent molles, pâles ou
étiolées, blanches et fades. Voilà pourquoi
l'on obtient des herbes peu sapides et fort
tendres, en les tenant dans l'obscurité ; mais
cet élat de débilité les empêche d'atteindre
la floraison ou de développer des fruits,
bien que leurs tiges puissent s'allonger
beaucoup. Les plantes s'asphvxient, comme
les animaux, dans le gaz acide carbonique.
« Les conditions du développement des
f)lantes sont une chaleur douce, jointe h
'humidité : mais l'air, en outre, y paraît
nécessaire. La chaleur imprime le mouve-
ment organique ; l'eau ne se borne pointa
distendre et a assouplir les parties, car elle
entre même en composition pour transfor-
mer la fécule en matière sucrée et mucila-
gineuse, comme on l'observe dans l'orge
germé. Trop de chaleur, comme au-dessus
de M" ou 50", altère le germe de la planlule,
et trop d'eau fait souvent aussi pourrir les
semences.
«r Beauceup de graines enfouies profon-
dément en terre, y demeurent longuement
sans germer, et lorsque les circonstances
les ramènent vers la surface du sol, elles se
défdoient. Des graines plongées dans le eaz
azote, ou l'acide carbonique, y sont restées
inactives, tandis qu'elles ont poussé avec
vigueur sous du gaz oxvgène; mais ce gaz
pur les fait ensuite périr. On a vu ab-
sorption d'oxygène et production d'acide
carbonique en ces premiers moments. Aussi,
des graines qui refusaient de germer, et
au*une longue dessiccation retenait dans
I engourdissement, comme celles de ninm
scandent ^ etc., macérées dans une solution
lég[ère de chlore, ont poussé. Le cresson aie*
nois ne met alors que six heures par c«
moven , lorsqu'il lui faudrait trois jours.
L'électricité produit des effets analogues el
ces semences,' trop poussées aabord,pett*
vent en périr d'épuisement.
« Si telles sont les conditions de vie pour
les végétaux, ils ont aussi leurs maladies
et leurs causes de mort; ainsi, quoique k
carbonne soit le principe dominant des Té-
gétaux*, ce ne sont pas toujours^les troncs
les plus compactes, ou dont le ligneux donne
le plus de carbone, qui sont les plus ri*
vaces, comme on l'a supposé, puisque cette
condensation excessive les obstrue et les
fait périr. Une trop grande sécheresse, une
humidité trop continue nuisent également
aux végétaux.
« Ces faits et ces observations prélimi-
naires établis, c'est d'eux que nous devrais
{partir pour rechercher dans le sol primitif
es conditions d'existence des végétaux; il
ne s'agit pas encore de leur création; eltn
n'est point le résultat des lois actuelles. Mais
une rois créés, des conditions de vie, d'cïb-
tence et de développement leur furent irv
médiatement nécessaire. Or, pour ipprécicr
ces conditions, nous devons scientill!]u^
ment partir des faits connus, des causes ac-
tuellement agissantes, parce qu'elles ri-.'
peuvent être que la continuation des causer
anciennes. Si par cette voie nous arrivousà
une théorie qui rende compte des faits, noos
serons évidemment plus dans la vérité que
si nous embrassions des hypothèses plus on
moins exclusives des faits, des observations
et des causes actuelles. La science n'étant au
fond que la démonstration du bon sensTul-
gaire, toute hypothèse qui blesse ou con-
trarie ce bon sens , est par là même faus«e
et suspecte. Jusqu'ici, nous n'avons fait que
vérifier et consacrer ce bon sens commun;
toutes nos conclusions nous y ont ramené;
si c'est pour nous une grande présomption
de vérité, ce doit être aussi un motif pour
continuer è marcher dans cette voie.
« A ces points de vue, dont 'a vérité ella
justesse ne peuvent être contestées, peut-oij
accepter certaines hypothèses qui ont é!é
présentées pour expliquer des faits parti-
culiers, tels que les charbons de terre, nu
houille? nous ne le pensons pas. On a sup-
posé, en effet, que le sol primitif était i»»;
E régné de carbone, et que ratmosphère élan
l'orgine presque exclusivement coropoy
d'acide carbonique; que, dès lors, les To-
taux avaient dû croître avec une plus grande
rapidité, et plus d'abondance; que leun
nombreux débris avaient dû, pendant celtt
période, se déposer dans Teau et y donner
naissance aux houilles. On a quelquefois
aussi supposé une chaleur originelle p u^
considérable, qui aurait activé la vég^éiat'"''
035
MAU
ET DE PALEONTOLOGIE.
UAU
W
et favori^^é son développement; enfin on a
été conduit à supposer que les végétaux les
moins complets avaient existé longtemps
avant les autres, et même que les végétaux
fossiles étaient d'une autre nature , et de-
mandaient des conditions d'existence diffé-
rentes de celles des végétaux actuels.
« Or, nous savons que des graines plon-
gées dans l'acide carbonique y demeurent
inact^ves ; que, dans ce gaz, les plantes s'as-
pli3'xtent comme les animaux; que si les
{liantes se nourrissent de ce gaz, elles ne
jteuvent cependant le décomposer et se Tas-
stmtlcr coniplétenient que sous Vinfluence
de Tatmospiière et de la lumière; qu'en de-
hors de cette influence, elles s'étiolent et ne
IHîuvent porter ni fleurs, ni fruits, ni par
eonsé({uent se repro<luire. Un sol imprégné
dfi trop de carbone et une atmosplière aa-
cide carbonique eussent donc été des causes
tminemnient destructives du rè^ne végétal
i.nmétliatcment ai>rès sa création.
« D*un autre coté, une clialeur au-dessus
de la température la plus élevée que nous
observons actuellement sur le globe, comme
au-dessus do 40* h 50*, altère les germes des
plantes, loin d'en favoriser le développe-
ment
« On est donc obligé d'admettre, ou que
les conditions primitives n'étaient pas es-
sentiellement dilTérenles des conditions ac-
tuelles, ou que la nature et In structure des
végétaux étaient ditférentes de celles des
végétaux actuels. De ces dent alternatives
le bon sens et la raison scientifique embras-
sent la première; les bynotbèses systémati-
ques, [Kiur ne pas reculer, soutiennent la
seconde. Or, l'étude attentive des végétaux
fossiles conduit à reconnaître en eux la
même nature, la même structure anatomi-
que, et |mr conséquent les mêmes fonctions
pfiysiologiques que dans les végétaux ac-
tuellement existants. La taille et les dimen-
sions qu'on invoque, quand même elles
seraient toujours ce qu'on les dit, ne prou-
reraient absolument rien, quant à la diffé-
rence essentielle de conditions d'existence ;
niles conduiraient tout au ])lus à admettre
i|ue les causes actuelles étaient ancienne-
naent plus énergiques et plus actives qu'au-
jourd'hui, sans que pour cela elles fussent
«lifférentes au fond. Des laits, dont on ignore
la cause , ne peuvent faire accepter des cau-
ses destructives de phénomènes connus; or,
telles sont les causes précédentes invoquées,
pour expliquer la formation des houilles.
Nous devons donc rejeter ces hypothèses et
reconnaître que le sol et l'atmosphère n'of-
frirent pas à l'origine des conditions bien
différentes de celtes qu'ils fournissent en-
core aujourd'hui aux végétaux.
« L'acide carbonique seul, l'oxygène seul,
Félectricité seule, une trop grande numidité,
des oxydes métalliques seuls, seraient au-
tant de conditions de destruction pour les
▼égétaux, tandis que ces éléments réunis et
combinés dans leurs influence;, sont les
miiditions favorables au dévetoppement et
à la vie des plantes. Or, en suivant la nar-
ration si simple et si naturelle que Mdù%
nous donne de la création, nous avons vu
l'électricité apparaître avec la chaleur et If
lumière, venir préparer les eaux et former
l'atmosphère ; les calcaires primitifs nous
prouvent suffisamment que Tacide carbo-
nique était répandu dans les eaux et dans
l'atmosphère en proportions convenables.
Le retrait des eaux pour former les mers a
laissé la terre exond<^e assez imprégnée
d'humidité pour favoriser la végétation;
enfin tout nous a conduits à admettre dans
le sol primitif des terres vierges avec des
oxydes métalliques, dont sont principale-
ment composées les roches primitives, et
qui sont tres-favorables à la végétation. Nous
avons donc, dans les conclusions naturelles
du récit de Moïse, les conditions de végéta^
tion les plus propres et les plus en harmonie
avec les faits et les observations de là
science, puisque ce sont absolument les
mêmes. Sous ce rapport, les végétaux ve-
naient donc dans le moment le plus conve-
nable à leur existence, à leur développe-
ment et à leur propagation.
« IL Mais pourquoi sont-ils créés avant
le soleil ? Cette question , quoique plus dif-
ficile à résoudre de prime abord, ne manque
cependant pas de quelques bonnes raisons.
Tout le monde sait, en effet, que, pendant
le jour, sous l'influence du soleil, les végé-
taux absorbent de l'acide carbonique et re-
jettent de l'oxygène, tandis que, pendant la
nu'it, ils absorbent de l'oxygène et rejettent
de l'acide carbonique ; or, 1 action de la lu-
mière, de la chaleur et de l'électricité ayant
probablement décomposé tous les éléments
contenus dans l'atmosphère primitive, il
fallait que les végétaux vinssent d'abord
absorber une quantité suffisante d'oxygène,
afin que, quand le soleil serait créé, ils
pussent, sous son influence, agir sur l'acido
cart)onique de l'atmosphère, l'absorber et le
remplacer par l'oxygène, et préparer ainsi
le séjour aux animaux : par là tout se faisait
avec ordre. Au lieu que, si les végétaux
avaient commencé par absorber laciofe car-
bonique, ce qui aurait dû se faire si le soleil
avait été crée avant eux , n'ayant point d'o-
xygène dans leurs tissus, l'assimilation du
can)Oue ne se serait probablement point
opérée, et ils auraient ainsi commence leur
existence par des causes de destruction. En
outre, il résulte des belles expériences do
M. Dutrochet, que la présence du soleil, en
faisant expirer de l'oxygène aux végétaux ,
serait plutôt défavorable que favorable à
leur accroissement; en les créant donc sous
l'influence du soleil , c'eût été les placer
immédiatement dans des circonstances défa-
vorables. Peut-être pourrait-on ajouter que
la présence du soleil eût encore empêché les
végétaux de se mettre parfaitement en rap-
port avec le fluide électrique, qui joue un
si grand rôle dans la végétation; le soleil en
effet paraît favoriser le dégagement de l'é-
lectricité des végétaux ; il fiillait donc que
les plantes fussent pour ainsi dire en équi-
libre électrique avant de subi*' l'action sa-
935
IIAU
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
MAU
936
lairc qui devait perpétuer la succession de
tous ces rapports. Sans aucun doute, la con*
naissance qe tous les rapports des ôtres, qu3
nous soramcs loin de posséder, nous ferait
découvrir bien d'autres raisons de cet or-
dre; mais celles-ci sont déjà bien suffisantes
pour nous montrer la sagesse et la divine
économie de l'œuvre de Dieu.
^ 111. Nous arrivons à la troisième ques-
tion préliminaire, la nécessité de la création
des végétaux avant les animaux. Notre glojie
offre à l'observation une série d'ôtres pro-
gressivement plus compliquésdans leur struc-
ture et leur organisalion intime, depuis la
pierre brute et le champignon, d'un lissu
simple, jusqu'à l'arbre élevant, vers le ciel,
des fruits délicieux, et depuis ré|.»onge ou
le polvpe, jusqu'à l'homme, chef-d'œuvre
d'intelligence et de perfection. C'est au
moyen de la complication des éléments
simples qu'a été produite cette élévation
progressive des êtres, dont nous contem-
plons les divers échelons. Ainsi, le minéral
est la base de laquelle tirent leurs forces les
véjjélaux qui élaborent, préparent ces ma-
ténaux bruts et inertes, la terre, l'eau et
Vair. Ensuite l'animal reprenant ces subs-
tances déjà travaillées parla végétation, les
fiorte au fatte de la composition animale,
au dernier degré de l'élaboration vitale, en
les imprégnant de sensibilité et de toute
l'énergie dont elles sont suscei)tibles.
tit Et, en effet, l'on peut dire que le végétal
est l'intermédiaire par lecpiel il faut néces-
sairement passer de la pierre brute, pour
parvenir aux animaux parfaits et à Thomme.
Sans les végétaux, il est certain que les
animaux terrestres ne sauraient subsister,
puisque les carnivores ne trouveraient pas
d'espèces herbivores qui les nourrissent; il
faudrait donc que tout le règne animal pé-
rît, s'il n'v avait point de végétaux. Le ver
de terre lui -môme se sustente de débris
de matières végétales ; les poissons, quoi-
qu'ils s'entre-dévorenl dans les abîmes des
mers, y trouvent, pour substances premières
soit des fucus et varecs, soit des animaux
qui en vivent, comme divers coquillages, etc.
Ainsi, le Créateur a dû faire précéder du
règne végétal le règne animal. Supposons,
en effet, une île nouvelle, soulevée au sein
des flots par l'éruption d'un volcan. Nul
animal ne pourra subsister sur cette terre
aride et désolée ; mais si quelques semences
de végétaux y sont jetées, voila des prairies,
des bocages qui s'accroissent, et bientôt
mille animaux heureux pourront^ trouver
l'abondance et la vie. C'est ainsi que des
bêtes farouches, repoussées dans les déserts
africains, y périssent comme le3 caravanes
de voyageurs, à moins qu'une source d'eau
saumètre n'arrose un terrain dans lequel
croissent alors des plantes. Bientôt une Ile
de verdure , ajjparaissant au milieu des sa-
bles afff eux , présente des nourritures aux
animaux et un lieu de repos au voyageur
qui succombait à la soif et à la faim. C'est
(6î«) 6>ii. î, il. 12.
ainsi que le Créateur, voulant produire dus
animaux, a dû créer un règne préparateur
de Jears aliments.
« 11 serait superflu de chercher à déve-
lopper les preuves d'une vérité si évidente
pour .tous, et nous devons conclure que les
végétaux ont été créés dans le moment
voulu par Je plan harmonique de la créa-
tion.
« Si maintenant nous pénétrons dans le
texte même de l'écrivain sacré, nous y lirons
plusieurs faits qui ont subi de violentes
attaques de la part des panthéistes matéria-
listes et des hypothèses systématiques que
nous devons examiner. Dieu avait donc mis
à découvert une partie de la terre, après
avoir préparé l'atmosphère par la création
de la lumière: Et aii : Germinet terra her-
bam virentetn et faeientem stmen^ et lignum
pomiferum faciens fructumjuxtugenusimmj
cujus semen in semetipso sit iuper ierram.
Et factum est ita. Et protulit terra hirbam
virentem^ et faeientem semen juxta genut
suumj lignumque faciens fructum^ et ùbeM
unumquodque sementem secundum speciem
suam (G92). Et d'après le texte hébreu: Dieu
dit encore: Que la terre se couvre de terdure^
dejflantes renfermant de la semence féconde^
et que des arbres fruitiers et dautres qai itut
ressemblent^ s'élèvent de la terre ^ et quili
portent des fruits qui contiennent leurst*
mence; et il fut ainsi. La terre fit donc soriir
de son sein de la verdure^ des plantes renfer-
mant de la semence féconde , et d'aulrei nm-
blables ; des arbres portant des fruits qui en
renferment la semence^ et d'autres arbut
semblables: et Dieu vit combien cela était
beau. Ainsi se passa le soir et le matin (i'vH
troisième jour.
« Il suit de ce texte si précis : l" que Dieu
a créé les végétaux par la puissance de sa
parole, et qu'ils n'ont point été pro<luit5
spontanément par les lois de la matière et
la puissance génératrice propre et native (io
la terre, comme on s'est efl'orcé de le soute-
nir; 2" qu'ils n'ont point été créés à Téial
de germe, de graines, mais à l'état adulte
pariait, propres à produire de la semenije
et à se continuer par la génération dans le
temps et dans l'espace; car le texte ne dit
fias : Germinet terra semen faciens herham et
ignum ; « que la terre se couvre de se-
mences faisant de l'herbe et des arbres ; »
mais il dit au contraire : a que la terre se
couvre d'herbes et d'arbres produisantde la
semence ; v 3" qu'il n'y a pas eu seulement
un certain nombre de types, de grands genres
créés, et desquels, par transformation suc-
cesive, seraient sorties les espèces, mais
que les espèces mêmes ont été spéciGque-
meiit créées; i"que les végétaux ont été créés
pour s'harmouier avec tous les points du
globe et avec tous les êtres qu'il devait re*
çevoir; 5" enfin il résuite de tous ces faits
qu'il y a plan, types, conçus et exécutés, eli
par conséquent, série végétale. »
M. l'abbé Maupied est fécond en hypo-
9S7
MAU
ET DE PALEONTOLOGIE.
MAU
tbèseft. H en a une aussi pour rœuvre du
Î[uatrième jour, ou créatiou du soleil» de la
une et des autres astres. Nous allons la
lUre connaître au lecteur.
c Nous avons dit { c*est M. Haupied qui
parle) que les fluides impondérables ^ont
probablement une des grandes causes, sinon
la seule, de la gravitation universelle comme
de la gravitation moléculaire ; qu'ils préside-
raient ainsi à tous les -mouvements des astres
età tous le^ phénomènes que lacbimie observe
dans la composition et la décomposition des
corps. Ce que nous ne présentions alors que
comme une idée plausible et en harmonie
a?ec la plupart des phénomènes connus,
acquerra un haut degré de certitude par les
considérations et les faits que nous devons
exposer ici. D'abord, l'éther ou le fluide
lumineux remplit nécessairement Timmen-
site de Tespace aussi loin que notre vue,
aidée des instruments les plus puissants,
peut s^étendre ; puisqu'il n y a ue phéno-
mènes lumineux que par les mouvements
de ce fluide, et que sans cela nous n'aper-
cevrions ni les astres de notre système, ni
les autres systèmes, ni ces immenses amas
d'étoiles nébuleuses, dont nous ignorons
la distance. II faut donc conclure de là que
tous les globes, tous les corps sont plon-
gés dans le fluide éthéré.
« Sous ce nom, il faut comprendre, comme
nous l'avons vu, la lumière, la chaleur, l'é-
lectrieilé et le magnétisme. La lumière se
transmet entre tous les corps célestes qui
renient dans Tespace; ce fiait n'a besoin
d'aocun développement. La chaleur se
transmet également, ou du moins parait se
transmettre du soleil k la terre, et la science
admet, par une analogie assez rigoureuse,
qu'il doit en être de même pour Tes autres
planètes; mais la terre a pourtant aussi
elle-même une chaleur qui lui est propre, et
Tanalogie ne permet pas de douter qu'il
paisse en être autrement pour les autres
planètes, et la science l'admet.
« L'électricité est répandue sur notre
globe, que l'on regarde comme le réservoir
commun de ce fluide, par rapport à tous les
corps (][ai existent snr ce globe. Les faits de
rexpérience prouvent que l'électricité est
répandue dans tous les corps; mais que
dans certains cas les uns manifestent cette
électricité d'une manière, et les autres d'une
manière opposée ; d'où l'on conclut qu'il y
a deax forces électriques , l'électricité posi-
tive ou vitrée, et l'électricité négative ou
résineuse. Ces deux électricités combinées
sont réiectricité générale ou neutre. Les
corps électrisés de la même manière se re-
poassentt et les corps électrisés d'une ma-
nière contraire s'attirent. La nature des
corps détermine leur mode d'électricité po-
siiiyre ou négative; mais les mêmes corps
peoTent être électrisés positivement par
rapport à certains corps, et négativement par
rapp^drl à d'autres. Dn corps èlectrisé d'une
manière quelconque décompose à distance
(695) PociLLCT, Eiém. de f»/iyi., t. II, p. 192, seconde édition.
DlCTlONH. DE C0SU0G0!«1E ET DE PaLÉOIITOLOGIB.
ÏQS électricités naturelles ou neutres de tous
les corps conducteurs qui l'environnent* Ce
n'est pas tout : le galvanisme, qui n'est
(|u'une branche de l'électricité, prouve que
1 électricité se développe au contact de tous
les corps hétérogènes. Et ta forée éUctro^
motrice découverte par Voila est urne force
unirerselle qui s^exeree au contact de toutes
les molécules des substances hétérogènes^^ qui
décompose sans cesse les fluides électrtqueSf
et gui donne naissance à des forces nouvelles^
dont les effets se font sentir a la matière pon^^
dérable. Or^ les éléments qui composent Im
terrcy soit à sa surface, soit à diverses pro*
fondeurs, sont mêlés et confondus^ de telle
sorte gu'H y a partout hétérogénéité entre leê
parcelles qui se touchent. Combien de subs^
tances diverses sont $nis€s en contact dang
les plus petits des êtres organisés^ et combien
de réactions électriques s'y doivent dévelop-
per l lui terre végétale ^ tes pierres f les ro--
cheSf les laves, les couches géologiques sont''
elles autre chose qu'une agrégation de prin-
cipes différents^ entre lesyueîs la force élec-
tromotnce doit agir aussi avec plus ou moins
dCintensitéf On aperçoit dune seule vue tout
ce gu*il y a de fécond dans cette découverte^
qui doit donner la clef d'une foule de phéno-
mènes (693).
« Ainsi donc, la terre et tous les corps
qu'elle contient, soit intérieurement, soit à
sa surface, sont plongés dans le fluide élec-
trique qui les enveloppe et les pénètre de
toutes^ parts. Les physiciens, considérant
que l'air atmosphérique est par lui-même
un mauvais conducteur de l'électricité, di-
sent qu'il presse continuellement sur la
couche électrii^ue qui enveloppe la terre et
l'empêche ainsi de se dissiper dans l'espace ;
quelque plausible que soit cette raison, il
nous semble qu'il y en a une autre bien
plus générale : le fluide électrique n'étant
que le fluide éthéré, est répandu dans l'im-
mensité de l'espace, et les corps ne peuvent
iamais en sortir; seulement leur nature et
leur constitution diverses asissent diflé-
remment sur ce fluide, et de la les phéno-
mènes que nous observons. Les autres pla-
nètes sont comme la terre, comme le soleil,
plongées dans le fluide électrique : or que
doit-il résulter de là?
« Le fluide électrique communique le
mouvement à la matière, qui reçoit d'une
manière passive toutes les directions que lui
imprime ce fluide; et, comme nous ravons
dit, deux eorps électrisés de la même ma-
nière tendent à s'éloigner l'un de l'autre,
tandis que les corps chargés de fluides
contraires sont attirés l'un vers l'autre.
« Cela étant ainsi, deux choses sufllsent
pour expliquer tous les phénomènes dv^
mouvement des astres : Tune que le soleil
soit électro-positif, et l'autre que les planètes
soient électro-négatives. Or, les mêmes ex-
périences qui servent à démontrer l'électii»
cité des corps divers se renouvellent tous
les jours dans l'univers. En effet, le scdeil^
80
m
MAU
DICTlONNAlitE t)E COS3ilOGONlE
MAU
m
étant éleelro-positif, doit attirer la terre,
qui est électro-négative. A mesure qu'elle
approche du soleil, son électricité négative
est neutralisée .par Télectricité positive du
soleil ; et lorsqu elle arrive au point extrême
de son périhélie, elle se trouve avoir reçu
du soliêii une quantité suffisante d'électricité
positivé, (Jui cause alors la répulsion de la
terre, laquelle s'éloigne du soleil en perdant
de plus en plus cette électricité positive, et
en recouvrant son électricité négative, qui,
nne fois arrivée à sa plus forte tension, ce
qui a lieu au )»oint extrême de son aphélie,
attire de nou\-eau la terre vers le soleil.
Telle est la cause de l'orbite elliptique que
la terre décrit autour du soleil dans son
mouvement annuel. Sans aucun doute l'état
électrique général de la terre est soumis à
l'influence de ces deux tensions électriques
extrêmes et opposées, et peut-être y aurait-il
ik une des causes qui occasionnent les mé-
téores électriques dans l'atmosphère. Ces
météores, en effet, ne se manifestent le plus
ordinairement que dans les deux époques
où les tensions électriques opposées sont
vers leur summum, c'est*à*dire en été et en
hiver, quoique plus rarement dans cette
dernière saison.
« Si telle est donc la cause du mouvement
annuel de la terre, celle de son mouvement
diurne ou de sa rotation sur son axe en
24. heures est au fond la même. L'échange
continuel et réciproque des électricités de
nom différent entre la terre et le soleil est
la cause de cette rotation diurne. L'expé-
rience du fi] de fer circulaire suspendu sur
le mercure, et qui tourne sur lui-même en
j)résence des fils juxtaposés de la pile élec-
trique, vient appuyer cette théorie (694).
n Ce que nous venons de dire pour la
terre doit se dire également de toutes les
autres planètes.
c II n est pas plus difficile de rendre compte
du mouvement des satellites. En effet, nous
avons vu que des corps électrisés électri-
* saient d'autres corps par influence ; mais ici
il y a plus, tous les corps sont plongés dans
le fluide électrique naturel, et nous savons
en outre qu'il y a des corps qui peuvent être
électro-positifs par rapport à certains corps,
et électro-néçatifs par rapport à d'autres. H
suffit donc ici que la lune, par exemple, soit
éiectro-positive par rapport à la terre, et élec-
tro-négative par rapport au soleil ; la pesan-
teur et le volume de la terre étant supérieurs
à la pesanteur et au volume de la lune, la
puissance électrique de la terré est nécessai-
rement plus forte que celle de la lune, puis-
qu'elle a plus de volume, et par conséquent
^'lone doit se mouvoir. autour de la terre.
Mais l'action électrique de la terre et celle
du soleil sur la lune se faisant équilibre,
ce]le<ci ne peut se mouvoir sur elle-même,
. (6941 c II y avait déjà longtemps que nous avions
élabore cette idée sur TaUraction , lorsque nous
avons été heureux de la rencontrer développée avec
plus d^élendue et âi nn autre point de vue, dans un
ouvrage intitulé : Vunivers expliqué par la révéla-
iioa^ par M. Chaubard. i H est vrai que cette sin-
et doit, par conséquent, toujours présenter
Ja même face h la terre, ce que l'obsenalifY,
astronomique confirme. H en est absolumfni
de même pour les satellites de toutes les au-
tres planètes. La même loi qui régit lemonT^)
ment des planètes est applicable aukcomèles.
« Nous ne pouvons développer daTanlâee
celle théorie, que nous livrons aux physi.
ciens et aux astronomes, bien conTaiocos
qu'en l'approfondissant ils y trouveront ]«
solution de toutes les difficultés qui s'élèvent
contre la théorie de l'attraction newionienne.
« Mais de cette action universelle des
astres et de la terre sur le fluide élhéré ré-
sultent les mouvements divers de ce fluide
à la surface de la terre, et, par suite, ma
doute, son influence sur la végétation et sur
les phénomènes divers de la vie organique,
[)hénomènes oui se manifestent à Tétat dé-
ectricité, de cnaleur et de magnétisme. C'est
encore à la même influence que bont dus les
])liénomènes de composition ei de décompo-
sition des corps. »
Nous avons vu plus haut, à propos de
l'œuvre du troisième jour, que M. Maupied
suppose que la terre a été créée d'un seol
jet, et admet ce qu'il appelle le sol de la
création. Suivant lui, la formation dugiolie
primitif avec ses montagnes, ses vallées pri-
mitives et ses premiers bassins des mers
ne pourrait être rationnellement expliquée
que par la même cause qui a créé tous les
êtres et leurs lois harmoniques. Mais eo
même temps il reconnaît que l'accroisse-
ment de la croûte du globe, les modifications
du sol de la création, comme celles dus4)i
secondaire, sont un résultat des lois créées
et des causes naturelles et multiples qui dé
composent et recomposent continuellemeol
la surface du globe. Ce sol secondaire, cota*
meut s'est-il formé? Voici à son sujet ouc
petite hypothèse:
« Cette distinction profonde, dit M. )JaQ«
pied, entre le globe primitif créé en harmo-
nie avec tous les êtres qui devaient rbabiter,
et avec les autres globes qui devaient régu-
lariser ses mouvements et y fixer les condi-
tions d'existence des êtres organisés, el
entre le sol de remblai, résultat des raodtâ-
cations poçtérieures du sol de la création;
cette distinction profonde, disons -nous,
semble parfaitement exprimée dans la oo-
menclature originelle de Werner, lorsqu'il
divisait les gttes généraux des minéraux ou
terrains en primitifs et en secondaires : le^
premiers étant créés, les seconds produii?
par la décomposition des premiers et uiK
nouvelle disposition.
« Cette distinction est aussi l'idée fonda-
mentale de BuSbn, même dans son sysiéwt
hypothétique, où il s'est trompé en voulact
créer le monde à sa façon.
« Deluc admet également qu'à Téfoque
gulièrc théorie se trouve dans M. Chaubanli rtr«
des auteurs qui ont étnis dans la science et $ur «>
Genèse le plus d'îulées bizarres. La présente il^^j^»
qiTi a été aussi empruntée à M. CbaubanJ par *^ ^'
F. Debreyiie , a été a[>pi ériée à Tarticle DrJtfT»-
( Voif, ce m6t.) (Wban (de Saikt-Cutid)
941
MA€
ET DE PALEONTOLOGIE.
MAU
nt
OÙ la mer couvrait les continents que nous
tiflbitons, elle avait pour fond tin sol mon-
tueux que ni elle ni aucune cause connue
n'avait fait, et que pour cela il appelle pri-
mordial. Parmi ces montagnes, les unes sont
immergées, les autres émergées et forment
des fies. Au nombre des montagnes jirimor*
diales il admet des montaznes ea!caircs, et,
par conséquent, datant de la création.
« C'est, enfin, d*une manière bien plus
nette encore, la thèse que soutient M. de
Blainville, dans ses cours et ses travaux, et
spécialement dans ses notes manuscrites,
sous le titre de Conception géologique ^ qu'il
a bien voulu nous communiquer, et que
nous donnerons ici, avec quelques dévcloi>
pements ajoutés:
« Il faut admettre^ dit-il dans ces notes, que
ce noyau central primitif, créé par la puis-
sance divine en masse ^ sans apparence de
couches^ offrait naturelhment, par suite de
son mode de formation, la cristallisation des
minéraux constituants, et , par suite de son
but, la création des êtres rivants, il offrait à
sa surface des points plus élevés que les autres,
et par conséquent des enfoncements intermé'
diaires et proportionnels aux élévations. Les
élévations formèrent les pics, les montagnes
primitives ; les enfoncements qui, de même que
les montagnes, différaient de grandeur dans
ie$ trois sens, formèrent les bassins contenant
la partie liquide, séparée de la partie solide.
« Ce point de la création directe du noyau
central pour entrer en harmonie avec tous
les êtres créés étant donc logiquement acquis
à la science générale comme à la géologie,
suivons l*histoire de ses modifications, telle
que les faits semblent nous l'indiquer.
« D'abord, par l'action de l'électricité, ou
mieux, du fluide éthéré général agissant sur
les matériaux du globe qui en est tout pé-
nétré, des réactions chimiques eurent lieu
sur les minéraux divers qui composaient le
globe ; il put en résulter çà et la une zone
pâteuse sous les granits ou dans leur inté-
riear ; de là des Sections norphjriques qui
brisèrent et surmontèrent ça et là les chaînes
granitiques auxquelles les porphyres sont
jioslérîcurs, puisqu'ils en coupent Iransver-
(aJernent la direction, et qu'ils les recou-
vrent le plus souvent, ou les pénètrent par
des Teines ou des filons. — On conçoit que
par ces phénomènes les bassins des mers
aient pu être modifiés et limités.
m Par Taction des agents physiques de
natures très-diverses, les alternatives d'élec-
trir-iléy tant intérieures qu'extérieures, du
l^lobe, celles de température en plus ou en
iiioins, agissant aussi bien sur le sol primitif
et les minéraux qui le composent que sur le
liquide contenu dans les bassins et sur Tat-
mospbère qui l'enveloppe, il est résulté
uou-seulement des évaporations et des con-
densations aqueuses plus ou moins considé-
rai>les et étendues, mais encore des désagré-
grations, des décompositions des minéraux
eonstituant les élévations, et qui, entraînés
par les condensations aqueuses coulantes è
la ."^urfàce, ont commencé à remplir les bas-
sins ou les excavations primordiales et na-
turelles de la surface du noyau.
« C'est ainsi qu'ont dû se former les pre-
mières roches de transition qui sont à moitié
cristallines et à moitié séuimenteuses, ce
qui leur a valu le nom de terrains hémily-
siens. Ce sont, en effet, des roches que Ton
a trouvées par toute la terre aussi bien que
les roches primitives qui doivent former le
fond de tous les bassins, et même en remon-
tant nlus ou moins haut le lon^ des pentes
des élévations, de manière à faire croire de
Erime abord à une sorte de soulèvement,
lais, en remarquant que les roches hémi-
lysiennes se distinguent en roches qui ne
contiennent aucuns débris organiques et en
roches qui commencent, au contraire, à en
renfermer; et -que les premières sont beau-
coup plus cristallines et composées de ma-
tériaux beaucoup plus semblables, pour la
substance de la texture, aux roches primi-
tives, et que les secondes, au contraire, sont
beaucoup plus éloignées de la texture et de
la composition des roches primitives, il y a
lieu à rechercher une différence dans leurs
causes et leur origine. Les premières, comme
les gneiss, etc., pourraient bien n'être qu'une
décomposition partielle des granits, opérée
sur place par les divers agents physiques
qui en auraient enlevé certains éléments et
auraient transformé leur texture compacte
en texture schisteuse , comme cela a lieu
encore dans les calcaires et même dans les
granités superficiels.
« Les schistes proprement dits, qui repo-
sent immédiatement sur le flanc des monta^
gnes granitiques, et qui ne contiennent
point de corps organisés, pourraient être re-
gardés comme pnmitifs ou comme une dé-
composition sur place de roches primitives
transformées.
« On peut encore, et même très-proba-
blement, regarder la plupart de ces roches
hémilysiennes comme un résultat de l'ac-
tion combinée des eaux et du fluide éthéré
{général au moment où celui-ci détermina
a couche pâteuse d'où sortirent les porphy-
res.
« Quant aux roches hémilysiennes dont
la composition est déplus en plus argileuse'
et oui contiennent des débris de corps orga-
nises, ils sont évidemment le résultat de la
décomposition des roches primitives par les
agents atmosphériques d'at>ord, qui produi-
sent des détritus; ceux-ci, remaniés et dis-
sous par les eaux, sont changés en argiles
on déposés en pulvescules très-fines ])ar voie
de sédiment enveloppant des corps organi-
sés; puis ils ont pu subir un dessèchement
par voie ignée, soit par la fermentation cbi-
mico-électriaue, soit par le résultatdes éma-
nations . prolongées de la couche pâteuse
primitive, soit même par la fermentation
des substances organiones huileuses qui au-
raient produit les huiles qu'on extrait au-
jourd'hui de quelques-uns de ces schistes.
Toutes ces causes, séparées ou réunies, ont
pu contribuer à la formation des «chistea
cristallins à débris organiques; ce que coa*
MAU
mCTIONNAIRE DE COSMOGONifi
MAU
^
Hrme, en plus d*un eas, leur crislallisalion
réguKère en rhomboèdres.
« Cependant, comme les élévations et les
enfoncements primitifs n'étaient pas sem-
niables dans lem^ dimensions, on peut con-
ceTOÎr que les végétaux et les animaux aqua-
tiques lurent créés, les premiers sur la plu-*
part des élévations, et les seconds dans les
différents bassins, comme cela paraît, en
effet, vérifié par les faits géologiques, tandis
qu'un petit nombre d*élevations continen-
tales offrirent toutes les conditions néces*
saires à l'existence des grands animaux ter«
restres que la puissance divine y plaça, lors
de leur création, et qui par suite se dévelop-
pèrent et s'étendirent suivant leur espèce, à
mesure que le sol habitable s'étendit aussi
de plus en plus ; cette manière de voir est
du reste confirmée par les faits géologiques,
nui nous montrent les premières formations
faites dans des mers profondes, riches en
animaux marins, et dépourvues d'animaux
terrestres, tandis que les formations de ri-
vages, (|ui semblent postérieures, renferment
des animaux terrestres.
« Dès lors, à mesure que les mers se res-
serraient par une cause ou par une autre, et
que le sol émergé s'étendait, on voit com-
ment les agents physiques inorganiques,
continuant d'ajçir, non pas uniformément
sur tous les points de la terre, ce qui n'a ja*
mais eu lieu, les agents organisés ont com-
mencé, pour ainsi dire, à leur venir en aide.
Et ainsi la décomposition, la destruction des
roches primitives ont eu lieu de plus en
plus, en fournissant des sables et des argi-
les, puis, avec les mélanges, des con^omé-
rats, des poudingues, des marnes, qui, étant
!c résultat de causes pour ainsi dire mécani-
ques, n'ont plus été modifiés par les mêmes
causes que les couches hémilysiennes ; nos
nombreux poudingues, superposés à nos
schistes cristallins, dans le fond de nos val-
lées des montagnes noires, à Gourin, démon-
trent pleinement ce fait. Les calcaires ont
commencé en même temps sur plusieurs
points. Par là les bassins se sont de plus en
plus comblés inégalement sous tous les rap-
ports, tant sous les rapports de la variété
dans la nature minéralogique, que sous ceux
d'étendue et de puissance ; en même temps
qu'aecidentellement des parties inor^ani-
Sies de corps organisés (carbone, silice,
aux, etc.), conservant plus, ou moins de
leurs formes et de leur structure organique,
sont venues s'y joindre, et dès lors se sont
formés ces terrains, les premiers dans la
série dite secondaire, qui ont reçu le nom
de houillers, calcaires, etc.
f Les houillers apparaissent les premiers,
parce que les végétaux créés sur tous les
points du Kiobe, avant que les grands ani-
maux qui aevaient s'en nourrir y soient ve-
nus, ont dû déposer leur détritus, dans les
(895) f n semble, en effet, qne la marche des
ehangements dans reiiveloppe liauide de la terre,
iTaprfs ce que nous voyons, est d'une plus grande
éteodee des eaux douces et d^unc moindre des eaux
localités convenables, sur le fond des bas-
sins primordiaux, oii se sont aussi rencon-
trés les débris d'animaux ^marins oad'ean
douce.
« Dans le même temps, Ipa animaux ma-
rins ont déposé leurs dépouilles sur d'autres
points des bassins primordiaux, où les
animaux terrestres ne pouvaient encore
arriver à cause de la vaste étendue des
mers.
« On voit comment dans ce premier cotn^
blement des bassins, nécessairement rempKs
d^eau, la quantité de traces de corps organi'
ses végétaux et d*animaux marins est bien
plus grande que celle des animaux terrestres
3ui n ont pu venir Qu*après, quand, par suite
u comblement des bassins, le sol émergea
Eu leur offrir une plus vaste étendue et qd
ien plus grand nombre de points d'habita-
tion.
« Comme il est impossible d^admef tre que
le bassin actuel des mers ait pu être circons-
crit, et, par conséquent, formé par le soulè-
vement des rivages qui le limileut, ces ri-
vages étant souvent constitués par des cou-
ches horizontales et des formations éTidero-
ment marines, n'est-on pas forcé d admettre
qu'ils ont été nécessairement produits, au
moins dans beaucoup de points, par des en-
foncements considérables , ainsi que BuQfou
l'a supposé et que Deluc Ta admis après lui,
ou bien que les mers auraient baissé de ni-
veau, et que la coupure de ces rivages serait
le résultat de Térosion des eaux et des cau-
ses atmosphériques, auxquelles il faudrait
ajouter l'influence du tassement par les lois
e la pesanteur, etc.
« Hais à mesure que le règne animal s'é-
tendait à la surface de la terre, il derait
entrer de plus en plus dans la part que to
corps organisés prennent, par leurs parties
solides, a la formation des nouvelles rociies
qui entrent dans la composition des terrains;
et comme retendue des eaux salées augmen-
tait en mteie temps que celle des eaui
douces diminuait (695)> on voit commeni,
dans la composition de nouvelles strates ou
couches, non-seulement la partie organique
augmentait, mais d*abord et surtout la parue
organique marine, ce qui a produit les ter-
rains tertiaires et quaternaires, dans les-
quels se trouveront aussi des êtres organises
terrestres. »
Les terrains géologiques et leurs dirisioDS
par étages se sont-ils formés successive-
ment et indiquent-ils autant d'époques dur
tinctes, ou bien faut-il admettre le synchro-
nisme ou la contemporanéité des formations-
M. l'abbé Maui)ied admet le sjnchronisioe.
C*est en géologie, comme on voit, une révo-
lution radicale.
Le lecteur jugera de la valeur des raisons
Sue M. Maupied produit en faveur de sà
lèse :
salées, k une dimînuiion des premières et à uae aot*
mentalion de salure des dcrniéi^es par une cau^a
probablement Of^aiiique. i
us
1L\U
ET DE PALEONTOLOGIE.
MAC
Mt
< Deux grands tàiis^ dit-ii, domiDent la
aaperposilion des couches de tous les ter*
raies qui comiX)sent TéoDrce du globe, de-
puis le sol primitif, jusqu'aux formations
récentes.
« L*un de ces faits nous montre dans les
localités où on les trouve, la généralité des
couches du sol primaire (intermédiaire des
auteurs) en stratification concordante, c'est-
à-dire, ayant même direction et même incU-
naison entre elles; il nous montre les cou-
ches du sol secondaire en stratification concor-
dante entre elles et avec le sol primaire, et,
enfin , les couches du sol tertiaire sont dans
la même disposition entre elles et avec les
précédentes : ce dit, observé sur un assez
grand nombre de |K>ints du globe, est désor-
mais acquis k la science. I^ conséquence lo-
gique et naturelle à en tirer, c'est que toutes
ces couches primaires, secondaires et tertiai-
res, ainsi disposées, prouvent faction d'une
cause continue et presque toujours la même,
t|ui n'a cessé d'ag!r dans le même sens, dans
chaque iocalilé, depuis le commencement
jusqu'à la fin des dé))6tsi seulement les élé-
ments, les matériaux sur lesquels elle a agi,
cint varié par son action même compliquée
de causes diverses et nombreuses.
^ La succession do ces dépôts est, en effets
tellement continue, les coucnes diverses sont
tellement engrenées les unes aux autres i^
au'il est plus rare de trouver les limites de*
eux roches bien tranchées que de les voir
se fondre ensemble, soit nar [lassage, soit par
fJtemance (096J, et que I on ne peut souvent
f isarqucr, ie ne dis pas les divisions de dé*
tails, mais bien plus les grandes divisions
de terrain primaire, secondaire et tertiaire,
que d'une manière artificielle, et, dans un
grand nombre de cas, tellement conjectu*
raie, que les géologues systématiques ne
I>euvent encore s'accorder sur ce qui appar-
tient à un terrain plutôt qu'à 1 autre. Ce
désaccord ne prouverait- il pas qu'il serait
temps de bannir de la science les idées trop
systématiques, pour s'en tenir plus rigou-
reusement à la succession naturelle des phé-
nomènes f Quoi qu'il en soit, il est évident
qu'on ne peut plus accepter l'idée hypothé-
tique de révolutions successives qui auraient
produit cette succession de couches, de ter-
rains si intimement liés, qu'ils ne peuvent
être que l'effet d'une cause unique et conti-
ntie^ quoique diversement modifiée dans ses
effets, suivant ;les localités et leurs circons-
tances.
m Le second fait, qui domine toute la suc-
cession des terrains, parait de prime abord
entièrement opposé au premier; il nous ré-
rèle, eneffett des bouleversements, des dis-
locations qui ont produit des affaissements
et des soulèvements simultanés, et comme
]iar un effet de bascule, dans les couches du
sol qui compose les montagnes ou qui les
aroisme. Ces bouleversements paraissent
avoir eu lieu à toutes les époques et avoir
agi sur toutes les couches déjà formées, lors-
qu'ils eurent lieu.
c Les couches superposées dans ces lo-
calités sont très-souvent en stratification'
discordante, c'est-à-dire que les couches su-
périeures ont une direction et une inclinû-
son différentes de celles des couches infé-
rieures, ou même opposées. On en a conclu
que les couches supérieures avaient été dé-
posées après la dislocation des couches infé-
rieures, et par des causes différentes; (ette
conclusion parait vraie et légitime dans plu-
sieurs cas, mais dans les autres elle n'est
pas à l'abri de toute discussion et de tout
doute. On a encore conclu des faits précé-
deuts que l'on ne pouvait accepter 1 action
de causes continues, mais que ces faits prou-
vaient des révolutions diverses et de lon-
gues intermittences dans la suite des dépôts^
4 Cependant, cette dernière conclusion est
tellement opposée à notre premier fait gé-
néral, qu'il est impossible de l'admettre sans
contrôle. Si donc nous pouvons interpréter
les effets de la cause quelconque des boule-
versements, de manière à les faire s'accor-
der avec ceux de la cause principale et ran-
tinue qui a produit les stratifications concor-
dantes, il nous semble que nous serons plus
certains d'être dans la vérité. Or, cet accord
n'est pas aussi dilBeile qu'on a bien voulu In
croire.
< En effet, il est certain qu'il a fallu que
les dépôts disloqués fussent formés avant
d*être soulevés ou bouleversés ; la cause qui
a formé les dépôts a donc commencé à agir
la première ; elle a agi pour former les dé-
1>ôts réguliers» Qon disloqués, et ceux qui
'ont été après leur formation. Elle a donc
a^ d'une manière générale. Mais sur cer-
tains points plus ou moins étendus, les cou-
ches déjà formées ont été brisées, la dislo-
cation a produit d'un côté des affaissements,
de l'autre des soulèvemeats. Dès lors le bas-
sin aqueux a été modifié dans sa forme, dans
ses limites ; les courants ont changé de di-
rection, et les nouveaux dépôts qu'ils ont
formés ont dû se stratifier d'une manière
discordante aux premiers. Mais il n'jr a pas
eu pour cela intermittence dans l'action de
la cause des dépôts, puisqu'au contraire les
faits paraissent prouver qu'elle a acmiisplus
d'énei^e ; qu'elle a eu une plus grande abon-
dance de matériaux à sa disposition, par
l'effet même des dislocations. Ainsi ces deux
grands faits, en apparence si opposés, le fait
des stratifications concordantes et celui des
stratifications discordantes, sont dus à une
même cause continue, qui a été dans le der-
nier cas modifiée dans ses effets et la direc-
tion de ses dépôts par la cause des disloca-
tions et des soulèvements.
« Sans discuter tous les faits de détail que
Ton pourra ramener à cette règle générale
quand on voudra, nous concluons que tous
les dépôts sont le produit de causes conti-
nues, et qu'il n'y a point eu, par conséquent,
de ces révolutions étonnantes qui auraient
(696j A. Boit, Cnid. dugéol., X. V\'p. 510.
947
MAU
DICT'iONNÂIRE DE COSMOGONIE
UâU
bouleyersé à la fois toute la surface du globe
et détruit les êtres organisés qui y vivaient.
Nous concluons enGn que la cause aqueuse
et la cause ignée ont été synchroniaues ou
contemporaines dans leurs effets, le plus
souvent combinés.
' « La manière tout artiGcielle dont un a,
jusqu'ici, présenté la superposition des cou-
ches iqui composent le sol, n'est propre qu'à
induire en de graves erreurs les personnes
qui n'ont point approfondi le sujet. On peut
ramener a quatre classes toutes les subs-
tances qui composent le sol de dépôts; ce
sont des sables et des grès, des argiles, des
substances charbonneuses et des calcaires.
Chacune d'elles domine dans certaines cou-
ches et s'y présente sous des formes et des
textures variées, suivant les terrains , les
localités et les circonstances qui les ont rao-
diQées pendant ou après la formation des
dépôts. Or c'est par ces variations acciden-
telles qu'on les distingue en un très-grand
nombre de couches qui alternent les unes
avec les autres dans leur superposition pour
former chaque terrain. Mais, comme assez
ordinairement les mêmes couches occupent
et devaient occuper, comme nous l'avons
prouvé, des positions analogues dans les di-
verses localités, puisque les unes sont des
débris des roches primitives et des for-
mations de rivages, les autres, des forma-
tions d'embouchure, les autres, des forma-
tions de pleine mer, etc., qui doivent, par
conséquent, toujours se trouver en succes-
sion, on en a conclu que les couches ana-
logues s'étaient formées dans le même temps
et par les mêmes circonstances et les mêmes
causes ; c'est ce gu'on a appelé le synchro-
nisme de formation, sur lequel nous allons
revenir.
« On a ensuite considéré la superposition
de ces couches nombreuses comme si elles
se trouvaient toutes réunies dans une même
localité, et formant une série continue et
sans lacune de toutes les couches connues.
C'est sur cette série ainsi complétée artiG-
ciellement qu'on a établi les divisions, les
subdivisions des terrains divers, qu'on a
fondé les hypothèses de formations contem-
poraines, pour toutes les couches qui oc-
cupent la même place dans la série artiG-
cielle, les hypothèses du temps et de la du-
rée qu'il a fallu pour réaliser cette longue
série de couches superposées et souvent al-
ternantes. De là, en grande partie, les siècles
JnGnis dans lesquels se perd l'origine de
nôtre globe ; le temps n'a rien coûté, on Ta
.multiplié jusqu'à effrayer les imaginations
les plus hardies. Cependant celte série arti-
ficielle de la superposition continue et sans
lacune des couches, est, on peut le dire avec
certitude, tout ce qu'il y a de plus opposé .à
la réalité des faits; d'abord, il n'est pas une
seule couche, dans toute la série des terrains,
qui n'apparaisse en plusieurs points à la su-
perficie du sol, sans être recouverte par au-
cune autre: ici, c'est le sol primaire qui est
k la superficie ; là, c'est le terrain rarbonifère;
plus loin, le terrain triasique; puis le ju-
rassique; ensuite le crétacé; aillenrs, ee
sont les diverses assises du terrain tertiaire.
En second lieu, en descendant des terrains
récents aux plus anciens, nous retrouvocs
une autre marche analogue ; le sol tertiaire
repose immédiatement sur le granit et sûr
les schistes primaires (calcaire grossier de
Dinan en Bretagne, etc.); ailleurs, le terrain
crétacé repose sur le terrain primitif, sans
intermédiaire ; ailleurs , le sol jurassique
repose sur ce mêm« terrain primitif, etc., en
sorte qu'on peut afiirmer encore qu'il nest
probablement pas une seule couche caracté-
risée d'un terrain quelconque qui, sur quel-
que point du çlobe, ne repose immédiate*
ment sur le soi primitif. Or de ce bit géné-
ral résulte que toutes les couches d'uu te^
rain quelconque, qui reposent sur le sol pri-
mitif, pourraient être considérées comioe
contemporaines, et que ce serait une étrange
violence aux faits de les ranger à leur plaît
hypothétique dans la série artificielle oe su-
perposition.
« Il est bien vrai néanmoins, que quand
il y a plusieurs couches superposées, elles
suivent un ordre à peu près régulier; ainsi
les couches primaires sont les ])lus infé-
rieures» puis viennent les grès anciens, rou-
ges, bigarrés, etc., le lias, le terrain juras-
sique, etc. Or, cela se conçoit; puisoueles
couches primaires sont des débris et des dé-
pendances du sol primitif, aussi bien que les
grès et les argiles inférieures, elles ont dû
être déposées et formées avant que le sol
primitif ne fût en cet endroit recouvert \«
des calcaires ; car une fois ee sol primitif
recouvert immédiatement par des calcaires
ou autres couches, et dérobé ainsi aux caa-
SCS d'érosion» etc., il n'a plus pu se fonuer
à ses dépens ni de terrain primaire ni des
grès.
a Mais, quel que soît le terrain que Ton
étudie» on peut assurer qu'on ne rencontre
nulle part en su{)erposition continue la série
des couches qui rentrent dans la classifica-
tion artificielle.
« Enfin, sur aucun point du globe on ne
peut observer tous les terrains, ni toutes les
couches d'un même terrain réunies; cequil
y a de plus complet sous ce rapport noos
est offert dans 1 ouest de l'Europe, et nous
avons vu combien il s'en fallait qu on y ren-
contrât des séries complètes de conches
môme dans un même terrain. La superpo-
sition n'est donc pas ce qu'on l'a préseniee
artificiellement. Pour être dans lavériiéj!
faut s'en faire une tout autre idée; et I in-
telligence de ce point capital a été un fie
nos efforts continuels dans ce cours.
« Si, par exemple, nous partons des grt*
nits de Bretagne pour arriver au sol ter-
tiaire parisien, voici ce que nous troutons:
1" les côtes et les crêtes granitiques form;"'
la superficie du sol ; 2'les couches primM^es
de gneiss, de micaschistes, de schistes arp"
leux se succèdent à la superficie en soriafi'
les uns de dessous les autres, de façon «^
pendant que le niveau baisse en descmm
des granits sur les couches les plussuperir
949
MAU
ET DE PALEONTOLOGIE.
MAU
950
délies; 3* plus loin et à un niveau plus bas
encore, les assises inférieures secondaires
apparaissent sur le pied des schistes ; vien-
nent ensuite les calcaires jurassiques (en
Normandie et en Poitou), de façon a ce que
leurs diverses assises sortent aussi les unes
de dessous les autres ; puis ces calcaires se
perdent sous la craie dont le niveau est de
plus en plus bas, et qui vient elle-même se
perdre sous le sol tertiaire parisien. En
partant des montagnes primitives des Vos-
ges, ou du plateau central de la France f Au-
vergne et Limousin), on rencontre la môme
succession et les mêmes dispositions ju$-
c[u au sol tertiaire parisien.
« Or, cette succession en vastes gradins
d*une sorte d'échelle ne prouve nullement
c^ue la couche qui forme Je premier gradin
s étende sous toute la seconcfe, ni que celle-
ci s'étende sons toute la troisième, et ainsi
de suite. Mais il nous semble, au contraire,
plus conforme aux faits observés et aux ef-
fets que nous vovons encore se produire
sous nos yeux, d'admettre que pendant que
les premiers dépôts se continuaient encore,
les seconds commençaient à Tune de leurs
extrémités et se continuaient ainsi simulta-
nément pendant un certain temps ; que plus
loin, les troisièmes commençaient à se dé-
poser sur Textrémité des seconds, et ainsi
de suite ; en outre, que sur les rivages, par
exemple, se formaient certains dépôts, pen-
dant que d'autres s'accumulaient au largç
dans le fond du bassin de la mer. Vu coup
d'œil scr une carte géologique semble coq-
duire, en effet, à reconnaître que la craie,
3ui est un dépôt de pleine mer, se déposait
éjà pendant la formation du lias, qui est
un dépôt de rivage, et pendant celle des
couches jurassiques, qui sont intermédiai-
res, qui ont été déposées ou formées dans
une zone éloignée du rivage et qui entou-
rait la mer profonde, où la craie provenant
de leur lavage s'est déposée ; que, sur d'au-
tres points, des houilleset des grès pouvaient
se déposer en même temps plus ou moins
loin des rivages ; que les schistes primaires
pouvaient en même temps encore se former
sur place et tout à fait au rivage de la mer,
où se déposait dès lors la craie. En sorte
néanmoins que les dépôts les plus rappro-
chés des rivages, ayant été les premiers
émergés, ont aussi terminé leur formation
plus tôt; et leur bord intérieur a été recou-
vert par les derniers dépôts des couches sui-
vantes; celles-ci se trouvant ensuite les
f)Ius rapprochées du rivage, ont terminé
eurs dépôts avant les suivants, dont les
dernières assises les ont recouverts ; et de
iDÔnne pour les suivantes, à mesure qu'on
avance vers le centre de la mer et que les
eaux se retiraient par une cause ou par
une autre. »
M. Maupied s'eObrce ensuite de montrer
par des figures comment un même fleuve a
pa former en même temps et tout à la fois
les terrains jurassiques, crétacés et tertiai-
re^. Cette théorie est loin d'être satisfaisante.
L>utour cherche i l'appuyer sur la paléon-
tologie ; mais c'est surtout la paléontologie
qui la repousse et Fanéantit complètement.
(Voy. CotXHES SÉDIME?(TAIRES ; SÉDIirE:iITS
A?iciE?is, etc.; Perturbations géologiques;'
Espèces FOSSILES ; Genres fossiles.)
Abordons une autre question, la question
du temps nécessaire à l'aciromplissement
des pb^omènes géologiques. C*est ici re-
cueil des théories scientifiques et de l'inter-
prétation génésiaque, présentées par H. Mau-
pied. Voyons toutefois le résultat des efforts
du savant auteur.
« Nous devons d*abord bien fixer la ques-
tion, dit M. Maupied, en mettant de côté le
noyau central de la terre avec ses grandes
chaînes granitiques, parce que nous avons
démontré que ce noyau pnmitif avec ses
montagnes, ses vallées, ses fleuves et ses
mers, ne pouvait être attribué qu'à la vo-
lonté immédiate du Créateur. Par consé-
quent, il n'y a point de longues durées de
temps à chercher pour sa production. Mais
nous avons, sinon prouvé, au moins donné'
de fortes raisons de croire que les gneiss et
les schistes primaires, dépourvus de débris
organiques, ou bien datent de la création,
ou bien sont des décompositions ou des
|)roduits sur place des montagnes primi*
tives.
« La question se réduit donc à savoir com-
bien de temps ont clemandé, pour leur for-
mation, les terrains primaires de dépôts cl
de transport, les terrains secondaires et ter-
tiaires*.'
« Nous aurons dès lors à examiner d*abord
chaçine terrain en particulier, dans sa com-
position minéralogique et organique, végé-
tale ou animale, puis dans ses causes de '
formation ; en second lieu, nous aurons à
examiner tous les terrains dans leur ensem-
ble et leur rapport, se formant sous l'in-
fluence des deux causes principales, aqueuse
et ignée.
« I, Temps nécesêÇLire à la formation de$
terrains primaireê. — Les terrains i)rimaires
renferment des gneiss^ des micaschistes, des
schistes, des calcaires et des grès.
« La plupart des gneiss peuvent être con-'
sidérés ou comme de même origine que les
Srwits, ou comme une exfoliation sur place '
es parties superficielles des granits, d'où
les agents météoriques ou les eaux auraient '
enlevé certaines substances composantes.
Mais comme cette décomposition a dû se'
faire plus ou moins rapidement, suivant les
circonstances des localités diverses, il n*est
Eas possible d'avoir une mesure de temps,
ien qu'on doive admettre que cela s*est lait
d'autant plus rapidement que les montagnes
granitiques étaient plus élevées et exposées à
un climat plus chaud et plus uniformément
humide par les évaporations aqueuses,
comme tout prouve que cela dut avoir lieu
dans les premiers temps, alors que les mers
couvraient la plus grande partie de nos con-
tinents actuels.
« Les micaschistes et plusieurs schistes
sont dans le même cas que les gneiss; la
plupart peuvent être considérés comme pri^
m
HA«
DlCTIONNAmE D£ COSMObONU!
lUU
ISi
mitiâ Ou modiQés sur place par des causes
analogues.
« Mais les gneiss» les micaschistes et les
schistes qui sont le résu1tatd*un dépôt aqueux
se sont formés avec d*autaut plus de rapidité
que les montagnes qui en ont fourni les
matériaux étaient plus élevées ; que les
agents météoriques et aqueux étaient plus
énergiques, ce que tout prouve avoir eu
'lieu dans Torlgine. Buffon assure, d'après
sa propre expérience, que tout le monde
pourra s^assurer» par des procédés aisés à
répéter, que le verre et les grès eu poudre
se convertissent, en peu de tempe^ eu argile,
seulement en séjournant dans l'eau. Voilà
donc l'origine des micaschistes et des schisr
tes, qui ont dû demander d'autant moins de
tem|)s pour se former, que les agents mé-
téoriques réduisaient plus rapidement en
poudre les substances vitçescibles et sableu-
ses des granits, et que les eaux s'cu empa-
raient plus promptement et sur une vaste
<h)helle.
« Les sables, les grès, les grauwacke^ ou
psammites sont tous .des détritus des mon-
tagnes primitives, plus ou moins mélangés,
plus ou moins réduits eu grains fins et ho-
mogènes, et qui ont dû aussi demander d'au-
tant moins de temps que les causes déjà
mentionnées étaient plus actives. Nous avo^s
vu, en effet, que les montagnes s'abaissaient
rapidement, et fournissaient une grande
abondance de détritus, jusqu'à ce qu'elles
fussent arrivées à une pente de |i0* à 45%
état où elles demeuraient à peu près station-
naires (697).
« Les calcaires primaires peuvent être
considérés ou cmnme primiliJEs , ou bien
comme un résultat de la chaiix contenue
dans les roches primitives et ""combinées
avec l'acide carbonique que les eaux, dis-
solvent continuellement de l'atmosphère,
ou bien encoi^ commç. un produit organi*
que. Dans les deux premiers 'cas, il aura
fallu d'autant moins de temps pour les for-
mer que les éléments étaient xî^rges et dans
toute leur viguçur , tandis qu'une fois ror
raaniés et transformés, ils demeurent sta^
IV.es. QuaAt aux calcaires organiques y noua
en parlerons oi-dessous.
« La or^ia]li$atioa et les nombreux cris-
•auz qu'on riencontre surtout dans les ter-
rains pirim^res , ont demandé encore beau-
ix>up moins de temps; on cité, en effet, un
vrand nombre de cristaux de roche formés
clans les marbres de Carrare et en plusieurs
autres lieux, la silice à l'état gélatineux s'e^t
rristallisée eh tin e^uljour par /a êeule chor^
leur aitnosplèériaue : ces faits de cristallisa-
tien , que les piutoniens veulent attribuer
exclusivement au feu, ont été observés par
les minéralogistes les plus compétents, et
prouvent que les lois de la nature actuelle
sont les mêmes que celles de la nature pri-
mitive, et qu'il est superflu d'appeler une
chaleur hypothétique et inconnue pour for-
mer notre globe et ses cristaux (698).
(MT) Leçon vu\
«i La rapidité avec laquelle se soHdifieiit
toutes les roches exondées, ta probabilité
que les agents électriques ou caloriques oui
modifié plusieurs roches, ne permettent pas
de prendre eu considération le temps qQ«
demandent le^ CQuches calcaires et siliceo-
ses.
« SMI faut admettre dans les terraitis pri-
maires l'action des soui^ces thermales sili-
ceuses et calearifères, l'exemple destrarer
tins de Rome,qui offrent dans les temps hi^
toriques plus de 60 à 80 pieds de puissance,
et plusieurs autres faits analogues, n allan
gent pas non plus beaucoup le temps.
<c Enfin , si l'on considère que tous ce$
groupes de roches se formaient simullané-
mcnt en des localités diverses, ou en des
points divers de la même loca1it<^, ou coiq-
prendra qu'il n a pas fallu des milliers dis-
uées pQur former les terrains primaires.
n II. Terrains secondaires. — Les tetrains
secondaires sont formés des détritus da
montagnes primitives dans leors sablfêel
leurs argiles, sur lesquels nous ne reTiefi-
drons pas^ de substances charbonneuses;
de. substances, calcaires et siliceuses ; de cou-
ches de pleine mer et de rivages; de débris
de lislocations ou de soulèvements, etc.
Nous allons passer eipi revue cbacuoe de ces
substances.
« Les charbons de terre ou houilles àffraol
seals une diflicultè parmi les substances
charbonneuses, nous ne nous occuperons
que d'eux. Quand on étudie de près les boait-
1ères, on ne tarde pas à se convaincre auei*
les se rapprochent plua dçs. tourbes d'uoe
part et des détritus végétaux transportés dans
Qvs lacs ou des bassms marins, de Taulre,
que de tout autre fait.
« On trouve des charbons dans presque
tous les terrains, excepté dans les temios
Erimitifs ; cependant les couches de char-
t>n se trouvent le plus souvent dans iescoa-
çhes schisteuses, appuyées aux moniagnes
primitives ; elles sont recouvertes de scbiste,
grès, et tomours plus ou moins séparées
par des couençs argileuses et sableuses qui
s*întercalent entre chaque lit de houille.
t Les bassins houillc>s sont toujours par-
faitement circonscrits et limités, ce qui,joinl
iL Talternance dos couches, ne laisse aucoo
doute sur leur formation dans des baies na-
rines, des lacs ou d'immenses maréca^ies.
«Lés débris d'animaux ou de Yégéîaiii
qu'on trouve dans les houilles, les huiles biw-
mineuses, l'alcali ammoniacal, l'azote, IV*
drbgène sulfuréqu'on en retire, ne permcttet:'
t)as de douter que les êtres orc^anisés ne
eur aient donné naissance.
« Jamais on ne trouve une coucbe w
charbon seule; il v en a toujours riȔ-
sieurs superposées les unes au-dessus des
autres, et elles sont séparées par d'autres
couches de différentes substances. L'é(4is-
seur des différents lits de houille super/^
ses n'est pas la même : il y en adontl épais-
seur n'est que de quelques lignes, et qui osi
(G%} n^vui britannique, t. Il, p. 315 et soit.
155
MAU
ET DE PALEONTOLOGIE.
MAU
§54
la même étendue en surface que les plus
épais; il y a, au contraire , des couches qui
ont jusqu'à 40 et 50 pieds d'épaisseur. En-
fin , les couches sont plus ou moins nom-
breuses suivant les bassins. Dans les mon-
tagnes de SaintrCilleSt près de Liège , on
compte 61 couches de charbon; ailleurs on
p*en compte que 40 et même moins, et, dans
quelques endroits très-rares, il s'en est
trouvé jusqu'à 80.
€ Tous les faits précédents ne permettent
pas d'attribuer la formation des houilles à
des révolutions successives des eaux qui au-
raient envahi et évacué tour à tour le sol où
croissaient les végétaux qui ont donné nais-
sance aux houilles. Que de révolutions in-
crojables, en effet, puisqu'il j en aurait eu
aulantmie de couches 1 Comment auraient-
elles été si parfaitement limitées, qu'au nom-
bre de 80, de 60 dans certains lieux , elles
n'eussent été, sur d'autres points, qu'au
nombre de 40 et moins?
m Comment le sol se serait-il relevé et suc-
cessivement abaissé autant de fois sur le mê-
me point, pour recevoir les eaux et les ex-
pulser ensuite à chaque fois? ou bien , com-
ment le fond du bassin eût-il été assez peu
inondé pour laisser croître les végétaux,
tandis que tout autour les eaux auraient
continué à déposer des argiles et des sables ?
Comment, enfin, dans cette supposition, y
j aarait-il des couches de quelques lignes
seulement d'épaisseur? On le voit, toutes
cps diffirultés insolubles repoussent l'hypo-
thèse des révolutions, pour nous ramener
encore ici à des causes simples , naturelles
et continues.
m En effet, les observations ont fait re-
connaître que le plus grand nombre des vér
gétaux déterminés de la houille appartien-
nent aux cryptogames vasculaires, et les
autres aux pnanérogamesi monocotylédo-
nes ; on sait, en outre, que les cryptogames
vasculaires vivantes de nos zones tempérées
sont en général des plantes basses et ram-
pantes, tandis que celles du terrain houjller
»e distinguent par des tiges de très-grandes
dimensions.
« Les indices connus font penser que les
gîtes houillêrs de toutes les parties du
globf , de tontes les zones, présentent les
tnétnes caractères de végétation.
« Or, la comparaison de la flore houillère
arec celle des diverses régions du globe , la
rapproche de la flore de la zone torride, et
principalement de celle des Iles plus petites
et plus éloignées des continents. On remar-
que , en effet, que ces îles se rapprochent
«iavanta^e de ce que nous connaissons dans
les terrains houillêrs , tant par la proportion
numérique des espèces de différentes clas-
.scs , que par le développement que pren-
nent ces espèces.
« Ce rapprochement a fait supposer que
non-seulement nos contrées étaient , à l'é-
poque de la formation du terrain houiller ,
douées d'une température plus élevée que
celle dont elles jouissent maintenant, mais
«Qssi, qu'au lieu. d'appartenir à de içrands
continents, elles formaient des archipels
composés d'iles peu étendues au milieu diine
vaste mer; conséquence qui reçoit encore
une nouvelle confirmation de raljsence de
débris d'animaux terrestres dans les terrains
primordiaux en général, et puis de la posi-
tion même des houillères autour d'iles de
terrain primitii • de montagnes au pied
desquelles on les rencontre toujours.
« Les rapports de la houille avec le char-
lion végétal et avec la tourbe , ainsi que Ta-
boudance des restes de végétaux qui l'ac-
compagnent, ont fait supposer, depuis long-
temps, qu'elle devait son origine principale
à la décomposition des végétaux ; mais on
objectait, contre cette hypothèse, qu'il était
diuicile de supposer, surtout dans nos con-
trées tempérées, une force végétative suffi-
sante pour produire des masses aussi im-
portantes ouenos couches de houille. Or,
cette difficulté se trouve en partie levée par
le £ait que la flore de cette époque est pres-
que exclusivement composée de ces plantes
simples, dont le développement a lieu a?ec
rapidité sous des circonstances favorables ;
circonstances dont l'élévation de la tempé-
rature primitive par la plus grande étendue
des mers est la principale.
« Deux opinions principales se sont pré-
sentées pour expliquer la formation de la
houille. L'une admet que la houille a été
formée comme nos tourbes, sur la place
même où croissent les végétaux ; l'autre ,
que les substances végétales ont été réduites
en bouillie et transportées par les eaui avec
des.parties plus ou moins considérables de
végétaux intègres.
« La première opinion nous conduit à re-
connaître, dans les bassins houillêrs, d'an-
ciennes tourbières. Rappelons donc les phé-
nomènes des tourbières.
* Elles se trouvent le plus ordinairement
dans les lieux bas et marécageux ; néan-
moins, il y en a aussi dans les lieux très-
élevés , pourvu qu'il s'y trouve des maré-
cages.
« Le sol toujours très-spongieux des tour-
bières retient les eaux des pluies, qui, en
devenant trop abondantes • soulèvent la
masse entière de la tourbe. Si elle est située
dans des lieux inclinés, elle coule alors
comme font les glaces dans les hautes mon-»
tagnes. Elle s'étend de cette manière sur des
terrains considérables, et Ton ne peut arrê-
ter ses progrès qu'en pratiquant des fossés
d'écoulement pour les eaux.
m Dans les lieux bas, la tourbe est égale-
ment soulevée au point de former des iles
flottantes, qui sont quelquefois entraînées
jusqu'à la mer.
« Les plantes aquatiques qui contribuent
le plus à la formation de la tourbe, sont les
prèles, les scirpes, les typha, les confer-
ves, etc. Ces plantes végètent avec baueoup
de force et augmentent chaque année la
tourbe d'une quantité considérable.
c II se forme dans les tourbières, des py-
rites, des huiles bitumineuses, des gaz, des
acides sulfuriques et sulfureux, etc.
955
MA13
DICTIONINAIRE D£ COSÂlOGOr^lË
UAU
U
«Dans un grand nombre de hoaillères,
les végétaux sont les mêmes que dans les
tourbes, ou bien ce sont des analo^rues. Tout
porte donc à croire que plusieurs nouillères
ont commencé par être des tourbières. Seu-
lement, comme dans le principe les îles ma-
récageuses étaient environnées d'eau de tou-
tes parts, et la température était plus élevée
et plus uniforme , comme tout porte à le
croire, et comme cela a encore lieu dans les
lies et les pays voisins des mers, la végéta-
tion y était plus vigoureuse ; des espèces
différentes pouvaient y vivre, ou bien les
espèces actuelles pouvaient y al teindre des
pro[)ortions qu'elles n'atteignent plus. El
ainsi, les détritus de chaque année étaient
{)lus considérables. Si les tourbes de la Hol-
ande croissent déjà si rapidement, que de-
vaient donc être les tourbières anciennes ?
« La présence, dans le terrain houiller, de
végétaux très -délicats , qui ont conservé
toutes leurs parties, la rareté des animaux
aquatiques dans ce même terrain , et son
analogie avec la formation actuelle des tour-
bes dans les lieux bas et marécageux, déter-
minent M. Adolphe Brongniart à penser que
le terrain houiller a été formé dans des îles
basses et marécageuses, sujettes à des inon-
dations qui déposaient, au-dessus des dépôts
végétaux, les couches de schistes et de psam-
mites qui séparent ordinairement les cou-
ches de houille. On conçoit, en effet, que ce
mode de formation a pu avoir lieu pour cer-
tains endroits.
« En effet, aujourd'hui, nous voyons les
grandes inondations, les années pluvieuses,
se reproduire presque périodiquement, de
façon à laisser quelques années entre les
inondations des pluies extraordinaires ; sous
d'autres climats, au contraire, la période
des pluies et des inondations est annuelle;
elle l'est même plus ou moins pour tous les
climats. Il est très-convenable d'admettre qiie
cette périodicité a dû exister dans tous les
temps, et être peut-être même plus pronon-
cée dans les premiers temps pour les îles
tourbeuses environnées de mers. Or il est
évident qu'entre chaque période pluvieuse
annuelle ou de plusieurs années, la couche
de tourbe acquérait une épaisseur d'autant
plus considérable que les conditions étaient
?lus favorables, et que les années pluvieuses
talent plus éloignées les unes des autres.
Chaque inondation venait couvrir la couche
de détritus tourbeux , d'une ou plusieurs
couches de gravier, de sable ou d'argile, etc.,
qui étouffait la végétation, et n'en laissait
les germes que çà et le, et principalement
sur les bords du marécage. L'inondation
f)assée, ces germes de végétation se déve-
oppaient de nouveau sur toutes les couches
minérales, et cela avec une rapidité dont ce
qui se passe aujourd'hui après les inonda
tions de nos fleuves et de nos torrents, nous
donne une idée. De la sorte, une nouvelle
couche tourbeuse se formait, pour être en-
suite recouverte par une nouvelle inonda-
tion, et ainsi de suite, pendant un temps
d'autant plus long, que le bassin marécageux
était plus profond et d'un niveau plus abaL<!-
se ; ce qui explique le grand nombre de
certains bassins très-bas , auprès du petit
nombre de couches, d'autres bassins moins
bas et moins profonds, et qui furent par là
même plus tôt comblés et desséchés.
« De la sorte , la succession alternative
des mêmes phénomènes a produit Talter-
nance des nombreuses couches de houille et
d'argile ou' de psammites qu'on rencontre
en certaines localités. Mois il est évident
que ce mode naturel n'admet aucune révo-
lution,, aucunes destructions successives de
plusieurs créations végétales, puisque tou-
tes les assises présentent les mêmes vé^
taux ; il n'admet pas davantage des irrup-
tions itératives avec des séjours plus ou
moins prolongés des eaux marines, qui au-
raient certainement détruit tous les germes,
toutes les sources de la végétation, et empê-
ché par là même la continuation de sa re-
production, de ses dépôts et des alternances
des couches végétales et minérales. Tandis
qu'il est tout naturel d'admettre, ce que nons
voyons tous les jours, que la première vé-
Fétation, développée et accumulée sur toute
étendue d'un bassin marécageui, soit mo-
mentanément recouverte et détruite par le
séjour des çaux météoriques et fluviatiie?,
et par leurs dépôts dans le fond de ce ba5-
sin ; puisque, 1 eau venant à diminuer soit
par la saison plus chaude, soit par l'accu-
mulation des dépôts minéraux et la cessa-
tion des pluies, les végétaux des bords ou
des îlots du marécage qui auront survécu
èî l'inondation, regagnent de nouveau tous
les dépôts à demi desséchés et s'y propagent
juscju à ce que revienne une nouvelle inon-
dation, toujours partielle, au moins dans son
séjour plus ou moins prolongé. Dans celt-^
interprétation naturelle, rien' n'empêche de
regarder le fond du bassin marécageux
comme un lac plus ou moins étendu, dans
lequel des cours et des crues d'eau amènent
tous les détritus végétaux, les îlots flottaou
de tourbes, des parages marécageux enri-
ronnants, en même temps que dans djautres
circonstances, d'autres saisons ou d'autres
années , ils y amèneront des sables et des
argiles. Réduite à ces proportions naturelles
et intîniment probables, cette interprétation
devient claire et nette, sans qu'il soil besoin
des miraculeuses destructions et des créa-
tions successives plus miraculeuses encore;
mais aussi on est obligé de renoncer à ces
magnifiques évolutions des siècles indéfinis
se déroulant en milliers et en millions dan^
nées au gré d'une imagination féconde qui
se complaît à briser les limites trop étroites
du réel pour voguer et se balancer à I «^^
sur l'océan sans rivages de ce qui lui fàrm
possible.
« La seconde opinion, celle qui admettre
les substances végétales de la houille ont ««
transportées par les eaux, s'appuie wJJ
position et la disposition des coucbcsde
houille dans plusieurs bassins, sur la J^
sence de débris d'animaux aquatiques ni^
rins et d'eau douce , sur la grande quMtn»
MY
HAU
ET DE PALEONTOLOGIE.
IIAU
938
de Tégétaux charriés encore aujourd'hui par
les grands fleuves d'Amérique, sur les dépôts
que /es fleures apportent encore dans les
lacs, etc. Or il faut avouer que ces raisons
lie sont pas moins puissantes que celles de
Topinion précédente. Nous croyons donc que
Texclusion ne doit pas plus être admise ici
que dans tous les autres phénomènes géolo-
giques; mais que Ton doit accepter la di-
versité des causes qui ont agi simultané-
ment, suivant la différence des localités et
des circonstances. Et dès lors, pendant que,
suivant la première opinion, de la houille
se formait pour ainsi dire snr place dans
une lie marécageuse, des fleuves, traversant
d'immenses forêts sur un autre p/sint du
S lobe, charriaient des masses considérables
e détritus et des parties mêmes de végé-
taux, ici dans un lac d'eau douce , ailleurs
dans un golfe marin. Puis, quand la saison
des détritus aura été passée, ces mêmes fleu-
ves auront déposé des sables ou des argiles;
ou bien encore, la mer ou les eaux du lac
auront étendu leurs dépôts minéralogiques
sur les couches végétales. A la saison sui-
vante, les détritus végétaux auront recom-
mencé de nouveau à être charriés pour être
encore recouverts par des couches minéra-
les, et ainsi de suite. Dans certaines années
de tempêtes, de ravinement plus profond,
de pluies plus abondantes et plus continues,
les détritus végétaux auront pu être balayés
de toutes les parties de la vaste forêt, en-
traînés plus longtemps et plus abondamment
par le fleuve et ses aflluents, et ils auront
ainsi donné naissance aux couches charbon-
neuses les pfus puissantes. Dans une autre
année, au contraire, la sécheresse ou d'au-
tres causes auront diminué la quantité des
détritus, et il ne se sera déposé qu'une
couche très-mince. Enfin, les mollusques
terrestres, fluviatiles et marins, ainsi que
plusieurs autres animaux, tels que poissons
et reptiles d'embouchure, auront été, dans
tous les cas, entraînés et déposés avec les
véffétaux ou les couches qui les recouvrent.
Tel est évidemment, dans plusieurs cas,
l'un des modes de dépôt de la houille, dont
ce qui se passe dans les grands fleuves et les
Tastes forêts d'Amérique nous donne une
idée.
« La comparaison des gîtes houillers jus-
tifie d'ailleurs les deux modes de formation
que nous venons d'exposer; ainsi la plu-
part des gttes houillers du plateau central
de la France ont été formés dans des flaques
d*eaadouce, et se rapportent probablement au
premier mode ; les nouillères de Bcflgique et
d'Angleterre paraissent, au contraire, se
rapporter au second mode.
« Cependant, soit que te bassin houiller
eût été une tourbière, soit qu'il eût été un
bassin de dé'pôts transporte^, il dut sy pas-
ser ee que nous vovons encore se passer
aDJoardiiui dans cfes circonstances analo-
gues, n se dégagea de ces matières végétales
et animales, avant leur minéralisation, beau-
coup de gas d'hydrogène sulfuré , d'azote,
d'acide caFbonique, etc., comme il s'en dé-
gage des marais et de toutes les matières
végétales et animales amoncelées et passant
à l'état de décomposition; Or nous savons
que dans les lieux où se dégagent tous ces
gaz, il se forme du soufre ; que ce soufre en
se combinant avec le fer de ces substances^
ou avec du fer de nouvelle formation, pro-
duit des pyrites. Nous retrouvons, en elfet,
l'acide sulfurique et les pyrites dans les
tourbes, dans quelques bois fossiles, et jus-
3ue dans les argiles, les schistes et les ar-
oises.
« On doit donc concevoir facilement, d'a-
près ces faits, qu'il se sera formé des pyrites
et du soufre, au milieu des bois transportés,
des tourbes et de toutes les matières végé-
tales et animales qui ont concouru à la for-
mation des charbons.
« Cependant, les pyrites décomposés par
les causes connues contractèrent de la cha-
leur; une fermentation fut déterminée: un
embrasement auquel la décomposition de
l'eau et même de la substance végétale four-
nissait l'hydrogène et l'oxygène suffisants,
avait d'abord son foyer dans les assises pro-
fondes du sol, carbonisait la tourbe nu les
autres substances, sans perte considérable.
« En effet, les eaux, les couches argileu-
ses, les couches de sable ou de grès, fer-
maient en partie le passage aux gaz, et, en
faisant obstacle au contact de l'air atmo-
sphérique, empêchaient une trop grande
déperdition. Tous les gaz étaient absorbés
par la matière végétale et bitumineuse et se
combinaient avec elle, puisque nous les y
retrouvons, aussi bien que les sulfures de
fer qui donnent h certaines houilles cet éclat
doré, et les débris des pyrites. Ce qui con-
firme cette manière de voir, c'est que les
couches les plus superficielles, qui ont dft
être moins éloignées du contact atmosphé-
rique, sont beaucoup plus pauvres en bi-
tumes et en principes huileux, aussi bien
qu'en gaz, gueles couches inférieures.
c L explication que nous donnons ne ré-
pugne du moins à aucune loi physique ou
chimique, elle a même ses analogies dans
les phénomènes volcaniques sous-marins, et
l'étude des terrains houillers ne permet pas
de douter qu'ils n'aient subi l'action d'une
chaleur ou d'une fermentation quelconque.
On pourra même, à l'aide de cette explica-
tion, rendre compte de la plupart des acci-
dents des terrains houillers , des contourne-
mentsdes couches de houille, puisque la
fermentation ignée a pu déterminer les mou-
vements des couches et du sol, en creusant
des vides, et, par suite, déterminer égale-
ment des brisements du sol et des couches
ou des plissements de celles-ci en sens di-
vers.
« Or, pour produire tous ces phénomènes,
soit de transport, soit d'accumuiation des
détritus végétaux, soit de minéralisation,
il n'aura \)as fallu un temps énormément
long.
« Ce qui se passe dans les grands fleuves
d'Amérique nous donnera une idée du
temps nécessaire au mode d'accumulation
950
UAU
DICTIOKNAIRE DE COSMOGONIE
MkV
de la houHle par transport. Tout le monde
sait que, dans le moment actuel, les grands
lleaves, et principalement ceux de 1 Amé-
rique méridionale, charrient une immense
quantité de bois et de plantes marécageuses
qu*ils transportent à la mer. — Plus de huit
mille pieds cubes de matières végétales pas-
sent, dit-on, à Tune des embouchures du
Mississipi en quelques heures. Or, en pre-
nant pour base les calculs les plus désavan-
tageux, ceux proposés par les partisans des
siècles indéfinis, calculs faits sur les bois
réduits en charbon à Tair et sur des bois
même pris dans les conditions les plus dés-
avantageuses, voici les résultats auxquels on
arrive. Suivant ces calculs, on trouve que
les dépots charbonneux ne peuvent être qiie
les fi'i du volume primitif des matériaux
qui leur ont donné naissance ; bien entendu
qu*on ne tient aucun compte de la combusr
tionsans déperdition que nous avons indi-r
quée, puisqu'au contraire on suppose la
carbonisation s'opérant à l^air. Prenant
donc cette base, et supposant seulement que
huit mille pieds cubes de mati(^res végétales
passent en 12 heures à l\ine des embou-
chures du Mississipi, cela nous donne 16,000
pieds cubes en 2!^ heures. En trois mois
cela nous donne environ 1,600,000 pieds
cubes, qui donneraient 352,000 pieds cubes
de charbon, ce qui donne déjà une assez
forte couche de charbon; mais que cela se
répète à toutes les embouchures du Missis-
sipi, qui sont au nombre de quatre ou cinq,
alors le calcul se quintuple. Enfin, que ces
phénomènes se continuent seulement pen-
dant 500 ans, et Ton aura une masse char-
bonneuse de 176 millions de pieds cubes.
Maintenant, que ces mêmes phénomènes se
soient accompKs en même temps sur cin-
quante ou soixante points différents du
globe, où de grandes lorêts auraient été tra-
versées par de grands fleuves se rendant,
soit à la mer, soit dans des lacs, et voilà
soixante et quelques houillères qui n'auront
pas demandé plus de 500 ans pour se for-,
mer (699).
« Ouant au second mode de formation
des.houilles, le mode tourbeux, ce qui se
passe en Hollande peut nous permettre de
calculer approximativement le temijs.
<t Ce pays, comme on le sait, contient des
quantités immenses de tourbes, et Fart
même* est parvenu à y en produire jour-
nellement. Les tourbes naturelles sont for-
mées, ici comme ailleurs, par la décompo-
sition des plantes qui croissent dans ces
pays marécageux. On enlève la tourbe pour
rutiliser;on creuse, en l'enlevant, un lossé
plus ou moins étendu dans une vaste prairie
tourbeuse. L'eau s'introduit ou est amenée
dans ce fossé. Il s'y produit des conferva
rivulariSf puis des mousses^ des lichens^ etc. ;
toutes ces plantes s'amoncèlent, se décom-
posent, et, au bout de 6 à 10 ans, on a une
nouvelle tourbe qui est excellente et exploi-
table.
(699) M. Elie de Bcaumont, dans ses leçons de
fféotogie^ 1. 1, est loin de partager cette opinion. (Voy.
« En prenant le chiffre le plus élevé, nous
pouvons accorder 10 ans au dépôt de cha-
que couche de houille, quoique les causes
fussent plus énergiques et leurs effets plos
considérables et plus rapides dans les pre-
miers temps. Et en admettant que, terne
moyen, les inondations nui auront déposé
les couches minérales sur les couches coar-
bonneuses, se sont produites ainsi de 10 ans
en 10 ans, nous aurons, en 100 ans, 10 coa-
ches de houille alternant avec autant de
couches d'argile ou de sable; en 500 ans, 50;
en 900, 90; en 1,000 ans, 100 couches do
houille et autant de couches minérales al*
ternantes. Or, parmi les bassins iiooillers
connus, les plus puissants ne vont pas aa
delà de 80 ou au plus 90 couches alternantes,
et ce ne sont pas les plus nombreux.
« Que ces phénomènes se soient seules
ment produits sur une centaine de points du
globe, voilà 100 nouveaur gftes nouillers
qui, joints i^ux soixante et quelques précé-
dents, donnent un plus grand nombre de
gisements qu'on n'en connaît.
« En outre, le plus grand nombre de
bassins houillers repo;sent sur les terrains
primitifs, et nous font pa^ conséqaent re-
tnonter à une époque oii la végétation, ré-
pandue sur toute la surface du giobe, j
était d'autant plus active et vigoureuse, que
la température était plus élevée; que les
terres exondées étaient des lies plus oa
moins étendues et environnées de rastes
mers; que Thumidité chaude était plas
abondante; que l'homme n'avait pu encore
dépouiller la terre de ses forêts comme il
Ta fait depuis ; que les lacs et les marais n'é-
taient point encore combles comme ils Toot
été depuis. Nou3 sommes ainsi amenés à
conclure que ces premiers temps furent les
plus favorables à la formation des houilles,
et que quatre ou cinq cents ans après la
création, la plupart des bassins houillers
étaient remplis, et que tous ceux qui soat
anciens pouvaient être comblés aiu bout de
1,000 ans au plus.
« Or, une fois que 1^ combustion ou la
fermentation y fut déterminée, tout le monde
sait qu'il ne fui fallut pas un long temps
Eour faire passer ces dépôts de l'état tour-
eux à Tétat de houille.
« Nous n'attachons point à ces c^culs plus
d'importance qu'ils n en méritent; mais ils
sont basés sur des données positives, sur
des lois et des analogies naturelles, prises
dans la nature même des subst^i^ces végétales
les nlus généralement reconnues dans la
houille, tandis que les calculs de millidBS
d'années exigées par certains auteurs pour
former les dépôts de houille , ont été b^sés
sur nos bois taillis, nos futaies, dont on n a
I)oint encore constaté la présence daûs la
louille, bien qu'il puisse s y en rencontrer;
et, en outre, sur ces bois carbonisés à rair»
tandis qu'il est certain que la houilîe a été
carbonisée hors du contact atmosphérique-
Nos calculs sont plus rationnels et pio<
aussi Couches séduieiitaibbs.) (Jéban (m ^^^'
Clavier.)
dsi
UAU
ET DE PALEONTOLOGIE.
UAU
nc2
logiques ; ils sont plus en rapport avec les
obserrations positires et les faits connus ;
calculs pour calculs , les nôtres Talent donc
les autres, .«'ils ne sont préférables. C'est là
tout ce que nous rouUons constater.
« Les substances charbonneuses, quelque
puissance qu'elles aient dans l'écorce du
globe, ne peuvent donc fournir aucun appui
a la haute antiquité de la terre. Nous avons
i examiner si les caLcuires seront plus
biYorables à Thypothèse des siècles indéfinis.
« Les calcaires proviennent de trois sources
principales: les calcaires primitifs, qui au-
raient été créés avec la terre, et dont nous
ne parlons pas parce qu'on les a contestés;
les calcaires provenant de sources thermales
et qui prennent leur origine dans la chaux
des roches primitives et l'acide carbonique
continuellement dissous par les eaux; ils
sont peu nombreux dans le sol en compa-
raison des suivants, aussi il est inutile d'en
parler; les troisièmes calcaires, qui forment
presque à eux seuls la masse la plus considé-
rable du sol remblai, sont produits par deux
grands typesd'animaux, les malacozoaires ou
mollusques , et les actinozoaires ou rayon-
nés.
m Buffon , de Laméthene et de Lamarck
ont soutenu la thèse oue les animaux à
transsudation calcaire, dont il est ici ques-
tion, transformaient l'eau en substance cal-
caire ; quelle que soit la manière dont on
résolve cette question, nous croyons avoir
démontré, dans notre dix-huitième leçon,
que l'action de ces animaux avait- dû dimi-
nuer la masse des eaux primitives. Quoi
qu'il en soit, il est certain que la plus grande
partie des calcaires est due aux mollusques
et aux rayoQiiésou madrépores. Les calcaires
fétides et bitumineux doivent probablement
^es qualités à la chair de ces animaux, comme
i-i substance pierreuse est due à leurs co-
quilles.
« Or, combien de temps a-t-il fallu pour
la production de ces immenses couches de
calcaires qui forment la majeure partie de
récorce du globe?
« Buffon avait très-bien entrevu cette ques-
tion, lorsqu'il considère que, dans les mol-
lusques , la matière pierreuse excède cin-
quante ou soixante lois la masse réelle du
corps de l'animal ; que le nombre des espèces
est immense; que leur accroissement et leur
multiplication sont prodigieux et rapides,
la durée de leur vie courte, quoiqu'il en
suppose la moyenne à deux ans ; lorsqu'il
considère qu'il faut multiplier par cinquante
ou soixante le nombre presque immense de
tous les individus de chaque espèce, pour se
faire une idée de toute la matière pierreuse
produite en dix ans; qu'enfin ce bloc déjà
si 'gros de matière pierreuse doit être aug-
menté d'autant de pareils blocs qu'il y a de
fois dix ans dans tous les siècles qui se sont
écoulés depuis le commencement du monde.
Nous ajouterons seulement au problème
quelques données plus précises : 1* les es-
pèces fossiles, en général, sont beaucoup
plus grosses et de plus grande taille que les
vivantes ; ainsi les ammonites, qui ont quel-
Juefois plus d'un mètre de diamètre; les
normes cérites, les crands buccins, etc., etc.
2* On compte déjà plus de six mille espèces
fossiles perdues, sans parler des vivantes
qui sont bien au moins au nombre de quatre
mille espèces, ce qui donne environ dix mille
espèces, dr Les individus de chaque espèce
sont certainement de plusieurs milliers , et
il serait même téméraire de vouloir en fixer
le nombre ; nous serons donc bien au-des-
sous de la réalité en prenant le nombre de
dix mille. En outre, il faut considérer que
ce nombre se décuple au moins tous les dix
ans.
« D'après ces données on peut compter
environ un quatrillion d'indiviiius, produi-
sant, l'un portant l'autre, un pied cube de
calcaire en dix ans, terme moyen de leur
vie établi par Buffon. Or, en 2,000 ans seu-
lement, nous aurions 200 quatriliions de
pieds cubes de matière calcaire.
m Cependant la surface exondée de la terre
est d'environ huit millions de lieues carrées,
ou , en négligeant les chiffres secondaires ,
un quatrillion de pieds carrés. Par consé-
quent, en 2,000 ans seulement, les mollus-
ques auraient pu couvrir la terre exondée
d'une couche toute de calcaire de deux cents
pieds de puissance ; et, si l'on veut réduire
a la moitié, à cause de la compression et des
divers accidents, cette couche aurait cent
pieds de puissance. II s'en faut beau^vp
que la terre exondée soit couverte d'une telle
couche , en y comprenant toutes les sortes
de calcaire. Nous Je répétons, nous n*alta-
chons aucune im()ortance à ces calculs ; seu-
lement on en a fait pour ébahir le vulgaire,
nous en faisons pour le ramener à sa tran-
c|uillité d'esprit , afin de lui permettre de
juger non pas d'après des chiffres plus ou
moins habilement groupés, mais d'après les
faits naturels.
« Si aux calcaires fournis par les mollus-
ques nous ajoutons celui des polypiers, il sera
impossible à tout esprit juste de songer en-
core aux siècles indéfinis. « En parcourant les
archipels de la Polynésie et de l'Australie ,
on peut à peine faire une lieue sans ren-
contrer un banc ou une lie de corail. Les
bancs s'élèvent perpendiculairement du fond
d'une mer que jamais la sonde n'a pu tou-
cher, et les lies forment différents étases
depuis le rocher battu par les flots, jusqu au
soi fertile que couvrent de grands arbres.
« Jusqu'ici nous n'avons considéré les tei;-
rains dans leur rapport avec le temps né-
cessaire à leur formation, que dans leurs
éléments constitutifs et dans la cause pro-
ductrice de ces éléments ; mais il y a (vau-
tres données à introduire dans le problème.
« Pour les couches et les terrains formés
surplace, comme les rochers madrépqriques,
ce que nous avons dit résout le problème;
mais il y a quelque chose à ajouter pour les
couches et les terrains formés par la voie du
transporL
« Les matériaux de ces formations par
transport sont toujours des calcaires, des
d63
MAU
DICTIONNAIRE DL COSMOGONIE
MAI!
m
sables, des argiles ou des marnes» qui sont
un mélange de ces trois sortes de roches.
Nous n'avons rien à dire sur leur origine et
leurs causes productrices ; elles nous sont
connues parée que nous avons exposé ci-
dessus. Mais le transport a eu lieu ou dans
Je sein des mers, ou bien par les fleuves de
terres exondées vers les bassins marins : les
terrains pélagiens, comme la craie, parais-
sent appartenir au premier mode ; les ter-
rains de rivages , comme certains calcaires
jurassiques et particulièrement les terrains
tertiaires, appartiennent en partie au second
mode, ou mieux encore à l'action combinée
dos eaux marines et des eaux fluvialiles.
a Or, pour qu'il y eût transport de maté-
riaux, il fallait que ces matériaux existas-
sent déjà dans la mer et sur les terres
parcourues par les fleuves. Quant aux ma-
tériaux provenant directement de la mer ,
comme la plupart des calcaires marins, rien
ne s'oppose à ce qu'ils soient transportés et
déposes à mesure qu'ils sont produits; c'est
même ce que les faits nous prouvent avoir
lieu tous les jours par les amas de coquilla-
ges et de débris calcaires que les flots amon-
cèlent sur [plusieurs points des rivages ou des
grandes baies marines.
« La question semble donc se restreindre
aux matériaux transportés par les fleuves;
or, à mesure que les eaux des mers se reti-
raient, par une cause ou par une autre, il
est évident qu'elles laissaient aux fleuves'de
plus longs circuits à parcourir, et par suite
toutes les couches de rivages devenus con-
tinents à raviner et à transporter de nouveau
à la mer ; l'observation géologique prouve, en
effet, que tous les terrains secondaires n'ont
laissé dans le sol que leurs couches plus pro-
fondes et plus avancées dans les mers ; les
couches superficielles et de rivages ont été
remaniées et retournées à la mer pour for-
mer des terrains tertiaires. Mais, outre ces
matériaux , les fleuves avaient les détritus
continuels des montagnes primitives et des
terrains primaires ou de transition à porter
à la mer. Les mers elles-mêmes livraient à
leurs courants les débris du ravinement de
leurs côtes et de leur fond.
« Dans tous les cas, plus les mers se reti-
raient au loin, plus les matériaux de trans-
port qu'elles laissaient devenaiant abon-
dants.
« Les dislocations et les soulèvements, en
orisant le sol déjà formé, en créant de nou-
veaux courants , devaient aussi augmenter
considérablement les matériaux de transport;
c'est du moins ce que paraissent indiquer
très-clairement les immenses conglomérats
qui se rencontrent autour des points de dis-
location , et les changements de directiou
dans les stratifications.
« Or, rappelons-nous ce que nous avons dit,
que dans certaines saisons, la Seine fait passer
au pont Royal en 2i heures 7 à 800 mètres
cubes de matières sédimenteuses, ce qui
donne environ , pour le quart de l'année ,
(700) T. m, p. 605.
temps moyen du charriage, 2i,000 pieds
cubes de sédiment , et pour 2,000 ans, ÙO
millions de pieds cubes; que le Gar.^e char-
rie par heure à la mer 4,500 pieds cubes de
sédiment, ce qui, en ne comptant que3mois
par an pour le temps moyen du charriage,
donne en 2,000 ans, environ, 33 milliards
600 millions de pieds cubes de sédiment. Si
telle est la puissance des sédiments, maiih
tenant que toutes les causes sont nresque
annulées, que devait-elle être quaim celles
que nous venons de signaler étaient dans
leur pleine activité (700J ? *
Quant aux effets de la cause ignée, aux
bouleversements et aux dislocations qu'elle
a pu produire, ils ne peuvent évidemment
faire aucune difllculté pour le temps, car
tous les faits connus prouvent que les effel<
de cette cause sont instantanés, et qu'ils peu-
vent se produire à la fois sur un très-grand
nombre de points , comme sur une mèaie
échelle très-étendue.
« Jusqu'ici nous n'avons considéré les ter-
rains que dans les causes productrices de
leurs matériaux et dans les causes de leurs
dépôts; or, il faut introduire dans le iiro-
blème du temps la grande loi du syncnro-
nisme, que nous nous sommes efforcé de
démohtrer dans tout notre Cours. Il y a tou-
jours eu synchronisme entre la cause ignée
et la cause aqueuse, c'est-à-dire que ces deux
causes ont agi simultanément et souvent
concurremment à toutes les époques; il y a
synchronisme dans les causes aqueuses:
les eaux marines et les eaux douces ont agi
sinaullanément chacune pour leur part, el
elles ont réuni leurs efforts dans un grand
nombre de points. Ainsi pendant que les
charbons se déposaient en certaines baie^^
avec des schistes et des grès, des alternances
marines et fluviatiles se déposaientsur d'au-
tres points, des couches de rivages s.> for-
maient ailleurs, plus loin dans la mer s'ac-
cumulaient des calcaires, et se formaient des
récifs madréporiques , en même temps que
le lavage des polypiers et les débris de co-
quilles formaient la craie au centre de la
grande mer; en sorte que les cinq grandes
divisions des terrains secondaires doivent
être regardées comme en très-grande partie
contemporaines et non comme successives;
elles ont même pu commencer à se foriner
en partie en même temps que les terrains
primaires ou de transition, et s'acheverpen-
dant que s*opéraient les premiers dép6ts ter-
tiaires.
« Mais pendant que tous ces phénomènes
s'accomplissaient dans un même bassin, le^l
mêmes ou d'autres analogues se produisaieni
dans plusieurs autres bassins. En sorte que
Ton ne peut additionner toutes les séries des
divers bassins, comme on le faisait dans les
classifications artificielles , pour .•^^'^. *
durée des temps de formation; mais on do»
les compter parallèlement, et le bassin je
plus (îomplet dans la série de ses ^^^"?*
est celui qui doit donner une mesure (W
96S
MAU
ET DE PALEONTOLOGIE.
IIEG
M6
temps qui eomprend tous les autres. Or,
dans ce bassin complet, on ne peut encore
additionner toutes les couches, ni même
tous les terrains, puisqu'un grand nombre
de couches peuvent avoir été contemporai-
nes et que le synchronisme peut même avoir
eu lieu entre une partie de deux terrai us
différents ; on ne peut donc prendre comme
vraie mesure de temps que le nombre des
couches en superposition complète, et la
puissance absolue de toute fepaisseur des
couches ainsi superposées dans un môme
bassin, depuis les terrains primitifs jus-
qu'aux terrains les plus récents.
« Cette loi du synchronisme ajoute donc à
nos calculs de temps une nouvelle et très-
haute probabilité (701). »
Nous venons de faire connaître, en citant
ses propres paroles, les idées théoriques de
M. I aboé Maupied en cosmogonie et en géo-
logie. Nous sommes loin de les ado[)ter,
comme on le verra dans plusieurs articles
de ce Diclionnaire. Voyez surtout les arti-
cles COUCHCS SÉD1]IE5T\IR£S ; SÉDIMENTS A!f-
cffE5s, etc.; Pertirbjitions géologiques; £s-
FÈGES fossiles; Genres fossiles, et l'his-
toire de chaque terrain et de chaque étage sous
son nom spécial. On ne saurait admettre que
les terrains sédimentaires se soient formés
depuis la création de Thomme. La science
repousse invinciblement une pareille op-
nion. Comment concevoir que des terrains
stratiGés qui n'ont pas moins *de 550 ^mè-
tres de puissance (702), comme l'accuse le
puits de Grenelle À Paris, aient pu se for-
mer dans l'espace de mille à deux mille ans?
L'étage suessonien ou calcaire nummulitique^
le oremier delà période tertiaire , a fourni
les pierres qui ont servi à élever les an-
ciennes pyramides d'Egypte, bâties plus de
1,500 ans ans avant l'ère chrétienne. M. W.
Ainsworth a publié, en 1838, un ouvrage
intitulé : Researches inAstyria^ Babylonia, etc.
(Recherches en Assyrie, en Babylonie et en
Chaldée). On y lit page 26 : « Tout le pays
qui s'étend du 37** lat. N. au 3V, et qui com-
prend les plaines de la Syrie, de la Mésopo-
tamie et la région à l'est du Tigre jusqu'aux
iBonta^es du Kurdistan, est occupé par les
formations crétacée et tertiaire, interrom-
pues çà et là par des roches pyroxéniques
et feldspathiques. La craie compacte, gre-
nue, saccharoîde au pied du Taurus, de-
Tient ensuite blanche, tendre et remplie de
silex. A celle-ci succède une craie jaune, fis-
sile qui s*étend le long de l'Euphrate, jusqu'à
(70!) T. m^ p. 699.
(702) Koos pourrioosdîre ti,000 mètres pour les
seals terrains de sédiments anciens, sans y joindre
U*& dépôts secondaires et tertiaires qui ont eux-
méiDes plusieurs milliers de métrés d^epaîsseur.
(705) Où sait que le diluvium ou terrain attribué
a a déluge se trouTe à la suriace des continents. L'é-
eiielle des strates qui forment ceux-ci existait donc
lorsque le diluvium s^est déposé. Ainsi c'aurait été
<laiis Fintervalle de I5ài6cenlsans que se serait for-
mée celle immense accumulation de strates de douze à
«|tiatorze mille mètres d*épaisseur qui constituent les
tierrea habitées. Nous regrettons de voir un savant du
^BériledeM. Tabbé Maupied engagé dans des théories
la hauteur de Dalis, où les marnes el le gypse
tertiaires sont recouverts de marnes et do
grès. » Or, l'Euphrate el le Tigre sont dési-
gnés dans la Genèse comme arrosant le pa-
radis terrestre el les lieux habités par les
premiers hommes ; les terrains crétacés et
terliaires sur lesquels ils coulent étaient
donc formés avant Adam. Car on ne préten-
dra pas sans doute que ces terrains se sont
formés au-dessous de ces deux fleuves sans
déranger leur cours (703).
Nous ne voulons point insister ici sur la
réfutation des conceptions théoriques de
M. l'abbé Maupied. On trouvera cette réfu-
tation dans la plupart des articles de ce
Dictionnaire^ au point de vue de la science
comme au point de vue de la Genèse. Pour
ce qui concerne le texte sacré, nous refléte-
rons ici ce que nous avons déjà dit plusieurs
fois, c'est qu'après les innombrables tenta-
tives qui ont été faites jusau'ici pour trou-
ver de la cosmogonie el de la géologie dans
le récit dé Moïse, et après l'inanité de ces
tentatives, il faut enGn sortir de cette voie
qui ne conduit qu'au chaos dans ll'interpré-
talion du texte et dans la science. 11 faut re-
venir au sentiment des anciens Pères de
l'Eglise embressé par Tillustre cardinal Wi-
seman, dans ses Discours sur les rapports
etitre la science et la religion révélée. Nous
avons précédemment cité celte interpréta-
tion du savant prélat; elle concilie de la ma-
nière la plus satisfaisante la science et la
Genèse ; nous nous y tenons. Yoy. Jéuabt
(de SitlSiT-CLJtVIEN}.
MÉGAUCHTHYS. Voy. Poissoks.
MÉGALONYX. Voy. Maiiiiifères.
MÉGALOSAURE (70i) [yiyac, grand, <ra:/:of,
lézard]. — Le mé^alosaufe , ainsi que l'indi-
que son nom, était un lézard d'une grande
taille , dont on a trouvé , dans les mê-
mes carrières que nous avons déjà citées,
des os et des dents si parfaitement conser-
vés, que, bien que jusqu'ici l'on n'ait pu
encore en rencontrer un squelette entier, nous
connaissons ses membres dans leurs for-
mes £t dans leurs dimensions, avec une
certitude presque aussi complète que s'ils -te
fussent offerts réunis dans un seul bloc de
pierre.
En le comparant, sous le rapport de la
forme] et des proportions de ses os ,
avec les lézards actuellement existants ,
Cuvier est arrivé à cette conclusion, que le
mézalosaure était un reptile énorme, d'une
taille de quarante à cinquante pieds, et qui ,
si peu Traisemblables.
(704) Ce genre a été établi par Buckland (Ceol.
trans.f 1824, diaprés des échantillons trouvés daps
le cbiste oolitique de Stonesficld, près Oxford, qui
est Tendroit où ils se nioiitreot le plus abondants.
II. Mantelt a découvert des débris du même animal
dans la formation wealdicnne d*eau douce de la forêt
de Tilgate, et nous concluons de cette circonstance
qu*il a dû exister pendant le dépôt des couches de
la série oolitique tout entière. Buckland a vu,
en 18i0, dans le musée de Besançon, des fragments
de mâchoires et de quelques autres os do roégalo-
saure trouves dans Toolile des environs de cette
ville.
tfC7
MEG
DICTlOrtNAlRE D£ COSMOGONIE
UEG
n
pour su structure, tenait tout à la fois du
crocodile et du monitor.
Comme le fémur et le tibia ont près de
trois pieds chacun, le membre postérieur, dans
son entie^devait être longde prèsde six pieds;
et Tun des os métatarsiens a treize pouces de
long ; ce qui prouVe que le pied était d'une
dimension en rapport avec les dimensions
Erécédentes. Les os des cuisses et des jam*
es n'étaient point pleins à leur partie cen-
trale, ainsi que cela a lieu chez les crocodi-
les et chez d'autres quadrupèdes aquatiques :
mais ils étaient creusés d une vaste cavité
médullaire analogue à celle qui existe dans
les os des quadrupèdes terrestres. Cette cir-
constance, jointe aux caractères que four-
nissent les pieds, nous apprend que le mé-
Salosaure vivait principalement à la surface
u sol.
Cette organisation intérieure dans des os
fossiles nous montre le même mode d'ac-
cord entre le squelette et son élément ,
qui, de nos jours, distingue encore entre
eux les os des sauriens terrestres et aqua-
tiques (705). Dans les ichthyosaures et les
plésiosaures, dont les extrémités aplaties
en rames ont été exclusivement disposées
pour une locomotion au seiu des eaux, les
os même les plus forts des membres anté-
rieurs et des membres postérieurs sont mas-
sifs dans toute leur épaisseur. Le poids des
os n'apportait, dans ces êtres, aucun obsta^
de à leur action au sein du milieu liquide
qu'ils habitaient; mais dans l'énorme més;a-
losaure , et dans l'iguanodon, encore plus
colossal, qui, ainsi gue l'enseignent les ca-
ractères oe leurs pieds, avaient été créés
pour se mouvoir à la surface de la terre,
(703) Backland ticntdeM.Owenque les os longs des
tortues terrestres offrent à leur intérieur une structure
aréolairc serrée, mais non une cavité médullaire.
(706) Les cavités médullaires des os fossiles de
mçgalosaure trouvés â Stoneslield sont ordinairement
remplis de spath calcaire. On voit dans le muséum
d'Oiford un éciiantilion peut-être unique parmi les
débris organiques fossiles. U provient de la formation
wealdienne d*eau douce deLangton, près de Tum-
bridge Velis, et offre le fait curieux du moulage par-
fait de Tintérieur d*un us long, probablement le fé-
mur d*un mégalosaure, avec la forme exacte et Ich
ramifications de la substance médullaire, tandis que
Tos lui-même a été complètement détruit. La subs-
tance de ce moulage e&t formée d'un sable fin
cimenté par Toxyde de fer ; sa forme présente dis-
tinctement toutes les réticulations les plus minu-
tieuses que suivait la moelle remplissant les cavités
aréolaircs de Textrémité de Tos. On y voit aussi en
relief les perforations qui existaient dans la paroi
interne, et par où les vaisseaux pénétraient oblique-
ment de rextérieurjusqu*à la substance médullaire.
Le sable où Tos était enfoui a également formé tout
autour un moule extérieur, de telle sorte que, bien
aue Pos lui-même ait entièrement jpéri, nous possé-
ons tout à la fois une reproduction exacte de sa
forme extérieure et de ses cavités internes, en même
temps qu*un modèle de la. moelle qui les remplissait,
à peu près aussi parfait qu*on pourrait l'obtenir en
remnlissant de cire fondue la cavité vide d'un os à
moelle, puis faisant dissoudre ensuite la substance
osseuse dans un acide. Le sable qui constitue le
moulo intérieur a dû entrer par la cassure de celle
des deux extrémités qui manque dans Péchantillon.
les plus grands os des membres ont éié
diminués en poids par des cavités internes
remplies d'une substance médullaire peu
dense, en même temps que leur forme ej-
lindrique réunissait la double condition de
la force et de la légèreté (706).
La forme des dents signale, dans le mig^
losaure, un animal tres-camivore ; il esl
probable qu'il se nourrissait de reptiles de
taille médiocre, tels que les crocodiles et les
tortues, dont on retrouve les débris dans
les mêmes couches. Peut«étre aussi descen-
dait^il dans les eaux pour s'y mettre à la
poursuite des plésiosaures et des pois-
sons (707)^ ._
La pièce la plus importante que l'on pos-
sède ae ce reptile énorme , c'est un fragioeot
de la mâchoire inférieure qui supporte pj»
sieurs dents. 11 résulte de la forme de celte
mâchoire que la tète se terminait, en afant,
Î)ar un museau droit, mince et comprimé
atéralementy comme celui du dauphm do
Gange.
Les mâchoires et les dents étant, die?
tous les animaux , les organes qui oSm\
les caractères les plus importants, nous bor-
nerons nos observations actuelles à epel-
ques-unes des particularités les plus rrap-
pantes du système dentaire du megalosaure.
Et, d'abord, nous y trouvons la preuve que
c'était un animal très-voisin de quelques-
uns de nos lézards modernes; et si noQ5
considérons ses dents comme les instrumeDi^
d'approvisionnement d'une créature carui-
vore de taille énorme, nous verrons qu'elles
étaient dans un rapport admirable avec les
fonctions de destruction pour lesquelles elles
ont été créées (706}.
Cette préparation naturelle d'une pîéoeanalomk|«
des temps anciens démontre que, dfins ces Iéxartf«
Sigantesques d'an monde primonlial, la dispotitioi
e la moelle, et ses rapports avec les extrânlirs
spongieuses de la cavité mtérieure du fémur, soM
exactement les mêmes que Ton observe dans les ca-
vités médullaires des espèces de la création dootooiB
faisons partie.
(707) Un iguane de Tespèce /. tuberenlatê a ^
dans les jardins de la Société zoologique de Lomtm
pendant Vété de 1834, et on Ta vu fréq^iD«<
entrer dans Teau, et traverser à la nage an pcti
bassin en se servant de sa longue qneoe comne
d'un instrument de progression, tandis que ses lom-
bres antérieurs restaient sans mouvement.
(708 Le bord extrême de la mâchoire est plos
haut de près d'un pouce que le bord interne, et forw;
ainsi une sorte de parapet latéral qui sert d'»pi»i
aux dents du côté où eues ont le pins grand effort i
soutenir. En même temps, le bord interne dootf
naissance 4 une série de lames triangulatrrs q"
forment des sortes d'éminence en zig-xag daM I'flll^
rieur du sillon alvéolaire. Du centre de chaque laoïe
triangulaire part une cloison osseuse qui va joindre
le parapet opposé, et constitue ainsi les alTéolessoe-
cessives. On voit apparaître les dents nooTdiesdj^
Tangle qui sépare ceséminences triangulaires; foh
forment une sorte d'abondante réserve, destioéf i
remplacer les dents anciennes à mesure <P^.^
destruction progressive ou des fractures acfi««*
telles en rendent nécessaire te rcnouvellemwrt- j^
dents nouvelles se formaient dans des arilés éo-
tincies à côté des anciennes, en d^ans àe h»':
clioirc; et il est prolwWe qu'elles forçaient cfll«^
»s§
MEfi
ET DE PAlXONTOLOr.l£.
MEG
Ces dents, par la réunion d'arrangenienU
mécaniques qui entre dans leur structure,
tiennent tout ^ la fois du couteau, du sabre
et de la scie. Lorsqu'elles commencent à
sortir de la gencive, leur sommet présente
un tranchant double d'un émail denté en
scie. Leur position alors, ainsi que la ligne
suivant laquelle s*cxerce leur action, sont h
l»eu près verticales, et elles forment comme
une sorte de sabre à pointe doublement
tranchante. A mesure qu»; ces dents s'ac-
croissent, elles prennent une courbure en
arrière qui leur donne la forme d'une ser-
pette, et rémail dentelé se continue le long
de Uarète interne ou tranchante de la dent,
tandis qu'au contraire, sur Tarêtc opposée,
Témaii ne descend qu'à une petite liistanfo
du sommet; de telle sorte que Tarète con-
vexe se trouve é|)aisse et obtuse, de la même
manière qu'on fait le dos d'un couteau plus
ri>ais afln qu'il soit plus solide. Cette solidité
iles dents du mégalosaure s'aceroit encore
jiar le renflement de ses parois latérales,
ainsi au'on le voit dans la coupe transversale.
Si la cientelure se fût continuée dans toute
la longueur de Tarëte obtuse et convexe de
la dent, c'eût été pour cet organe un tran-
i*hant que sa position eût rendu inutile avec
des dents ainsi construites, de façon h cou-
iner, dans toute la longueur de leur bord con-
cave, chaque mouvement des mâchoires
produit TeOet combiné d*un couteau et
d'une scie, en même temps que le sommet
opère une première incision, comme le fe-
ra ît la pointe d'un sabre à douMe tranchant.
f^ courbure en arrière, que prennent les
rients à leur entier accroissement, rend toute
fuite impossibleàla proie une fois saisie, de
la même maniée que les barbes d'une flèche
rendent son retoiir imiM^ticahle. Ainsi dans
les modiCcations que ces divers organes ont
subies {)our s'approprier aux circonstances
«Jaa> lesquelles ils sont placés, nous retrou-
vons les mêmes airangements que l'habileté
liumainea mis en œuvre dans la fabrication
de plusieursdes instruments qu'elle emploie.
Dans un article précédent (Voy. Caknivo-
KBs), j'ai essayé de faire voir que Texistence
des races carnivores parmi les animaux a
pour résultat une diminution dans la somme
des douleurs qui sont réservées aux autres
êtres du même règne. Toute disposition des
mâchoires ou des dents, qui sera de nature
à procurer une mort plus expéditive, se
trouvera en accord avec ce même but si hau-
tement avantageux ; et c'est là le motif qui
nous dirige nous-mêmes toutes les fois que,
sans autre impulsion que celle d^un senti- *
ment d'huBianité , nous nous servons des
îDstnimentâ les plus propres à donner une
mort prompte et farile à cesanimaux innom-
brables qui sont immolés diaque jour pour la
nourriture de l'homme.
MÉGAPHYTON. Voy. SiGiixAme.
lfÉGATHÉRIDM(fâff7icr, ^rand, 6«^w7,fr^/e},
genre de mammifères fossiles de l'ordre des
édentés. — Comme il nous serait impossible,
dans un ouvrage de la nature de celui-ci,
de décrire d'une manière détaillée la struc-
ture ne fût-ce que d'un petit nombre de
mammifères fossiles, que le eénie de Cuyier
a pour ainsi dire restitués a la vie , nous
allons essayer de rendre sensible, en pre-
nant pour exemple une seule espèce, la mé-
thode d'investigation analjtiqiie qui a guidé
ce grand philosophe dans Vanatomie des
animaux récents ou perdus.
Le résultat de ses rechenrhes, aîusî qu'il
l'expose dans son ouvra-e sur les osse-
ments fossiles, a été de démontrer que tous
les quadrupèdes fossiles, quelles que soient
leurs différences génériques ou spécifiques ,
ont été créés d'après le même plan général
et la même base systématique d'organisation
que les espèces maintenant vivantes; et dans
les applications différentes d'un type com-
mun à des fonctions diverses subordonnées
aux diverses conditions du globe, il fait voir
une conformité de desseins si universelle ,
que nous ne pouvons achever la lecture do
ces volumes admirables sans en em|)orter la
conviction profonde, qu'une vaste et puis-
sante intelligence a présidé à tous les sys-
tèmes de création passés et présents.
Rien ne peut surpasser en exactitude et
en logique sévère les raisonnements. à l'aide
desquels, dans tout le cours de son ouvrage,
l'illustre auteur nous démontre l'action d'une
sagesse providentielle, soit dans les rapports
constants qui unissent les diverses parties
des an'imaux les unes aux autres, soit dans
les fonctions générales de l'ensemble de
Torganisation. Rien de plus parfiiit qoe ses
déductions, quand il passe en revue i art ad- *
mirable qui se déploie sous des formes va-
riées presque h l'intini ix>ur mettre chaque
créature vivanteen rapport avec ses diverses
conditions d'existence. Ce qu'il dit de ces
conditions d'existence, si plemes d'intérêt et
des combinaisons organiques qui y corres-
pondent dans les éléphants vivants, peut s'ap-
pliquer également bien aux espèces fossile*^
du même genre ; et l'on peut , a l'aide d'in-
ductionssemblables,pas9erdes espèces vivan-
tes aux espèces fossiles pour les divers genres
qui, comme les rhinocéros, les hinpopota-
raes, les chevaux, les bœufs, les cerls, les ti-
Kes, les hyènes et les loups, se rencontrent
bituellement associés à l'éléphant fossile.
Sur plusieurs points de son organisation,
le mégathérium se rapproche du paresseux.
Comme lui, il offre certaines monstruositi^s
apparentes de formes extérieures, en jnêm *
temps que certaines particularités étranglas
de structure interne que jusqu'ici l'en n'a
pas encore bien comprises.
Les paresseux fournissent une exception
remarquable aux conséqoenees, que les lia -
turalistes, ont oralinairement tirées de l'é-
tode de la structure et du miteanisme dc>
à lemtter, par le moyen «ccovtumë de la pression tion
cfvmJHim avec Tabsorplion, pour prendre ensuite leur sèment la même que
place dans les cavités demeurées vidés. CeUe disposi- de plusieurs espèces vivantes de lëiaids.
DlCTlORXillÎE DE COSHOGOXIK ET DE PALÉO^TAlAlïrv 3}
pour le renouvellemeiU des dents, est ricoumi
ent la même que Ton^observe dans'la dentitiop
«7t
liée
DICTIONNAIRE DB COSIMOGONIK
MEG
IK
•nlttiHBdAiHt eidans l>ction même de la fonc-
tien pour laquelle il a été créé le principe de
aon entretien et de sa parfaite conservation.
Màchoir$ inférieure. — La mâchoire infé*
rieure est très-grande et très-lourde par rap-
port £ J'restf3 de la tète : la raison de ces pro-
portions si vastes se trouve dans la nécessité
d*alvéole$ proibnds pour supporter les puis-,
santés molaires dont il a déjà été question, et
contenir les organes qui contribuent à leur
accroissement non interrompu. C'est sans
doute pour aider à. supporter ce fardeau inso-
lite de la mâchoire intérieure, conséquence
de la forme des molaires, qu*a été faite cette
apophyse extraordinaire et puissante qui,
dans le mégathérium comme dans les pares-
seux , descend de l'arcade zjgomalique,
0$ du tronc. — Les vertèbres du cou ,.
bien que puissantes, ont cependant peu de
volume en comparaison de celles de l'extré-
mité opposée du corps ; mais elles sont dans
un rapport exact avec le volume de la tête,,
comparativement légère et dépourvue de
défenses. La région dorsale de la colonne
n'offre rien que d'ordinaire dans son vo-
luqie; mais les vertèbres lombaires se font
remarquer par un accroissement qui corres-
pond a Tagrandissement énorme du bassin
et des membres postérieurs ; et l'extrémité
fies apophyses épineuses est aplatie comme
si. de même que chez les tatous, elle avait
été soumise à la pression d'une cuirasse.
Le sacrum est uni au bassin d'une façon
particulière à cet animal , et calculée dans
le but de lui donner une force extraordi-
naire : ses apophyses indiquent la présence
de muscles très-puissants pour les mouve-
ments de la queue. Celle-ci est formée de
vertèbres énormes, dont les plus grandes
ont un corps de 7 pouces en diamètre , et
520 pf)uces d'une extrémité à l'autre de leurs
apophyses transverses. Qu'on ajoute à c^la
l'épaisseur des muscles et des tendons , en
même temps que des tégiwents écailleux
qui les recouvraient, et on n'hésitera pas à
prononcer que la queue, eu te point où son
volume était le plus considérable , n'avait
).as moins de 2 pieds en diamètre et de 6 en
circonférence, pourvu qu'on la suppose à
I>cn près cylinurigue, ainsi que cela s'ob-
serve chez le tatou. Au reste , des dimen-
sions aussi \astes ne sont pas plus hors de
proportîoû avec les parties voisines du corps
que ne sont celles du même organe chez les
tatous ; cl il est probable aussi que , comme
ces derniers janimaux, le mégathérium se
Servait de sa queue po\ir supporter le poids
énorme de son Corps et de rarmure dont il
était recouvert (711). Au-dessous de ces
mêmes vertèbres caudales étaient ûxées
aussi de fortes épines, ou os supplémentai-
res en chevron , qui durent ajouter beau-
coup à* la solidité de la queue , et la rendre-
d'autant plus propre S remplir cet oiBce. Il
est problable Aussi qu'elle jouait un rêle.
(711) La queue de rélépbant fest remarquablement
faible et gréic, et porte a son extrémité nnc touffe
de poils destinée k servir de chasse-mouches*
' Cette do Phiopopotame n'a que quelques pouces
formidable comme instrument do défense,
ainsi que cela a lieu chez les pangolins (t
los crocodiles. En 1822, Sellow vit ifs por-
tions d*une armure écailleuse qui mm
été trouvées près do Montevidik), apparte-
nant à cette partie du corps.
Les côtes sont plus compactes, pluséiai^
ses et \)]\xs courtes que celles de lélépW
ou (lu rhinocéros , et la surface supérieure
convexe de quelques-unes est rugueuse ti
aplatie là où devait surtout porter imméùla-
tCiiient le poids de la cuirasse osseuse.
Extrémités antérieures. — L'omoplate of-
fre une disposition que Ton nerennoulrequi!
dans la seule famille des tardigrades , e(
Tacromion présente également, dans son ar-
ticulation avec la clavicule , des conditioDi
de force qui ne s'observent chez aucun autn
animal. On y trouve en outre des arrange-
ments iiisolites destinés à donner attache &
des muscles des plus puissants qui avaieci
l'Our fonctions de mouvoir le bras.
La clavicule est forte et courbée à peu
f)rès comme dans un squelette humain ;el
a présence de cet organe dans le mégathé-
rium, alors qu'elle manque dansFéléphant,
dans le rhinocéros et dans tous les grands
ruminants , indique déjà que le membre an-
térieur remplissait quelque autre fonniun
que la locomotion. Cet os est un support liu-ei
solide à la cavité glénoïde de r^))dule;t;ti!
permet en outre aux membres antérieurs oc
mouvement de rotation aiialoguc à celui ée^
bras dans Tespèce humaine.
11 V a dans les diverses circonstances qui
E recèdent trois faits remarquablement eo
armouie avec la forme et les habitudes do
mégathérium : d'abord le mouvement roU-
tpire du bras» qui favorisait son eœpi'i
comme instrument constamment emplny i
fouiller le sol pour en arracher la nourri-
ture ; en second lieu, le peu de faculté? c?
locomotion que possédait lanimal, ce q\)>
s*explique par le peu de (iéjilaceiQeiii
gu'exige la recherche d'aliments ausM
inertes que le sont des racines; enlin la
compensation de cette faiblesse coraparatiTï
des supports antérieurs du corps par lî
grandeur colossale et disproportionnée dts
hanches et des extrémités postérieures. Dans
l'éléphant, le poids énorme de la tête et dos
défenses exige que le cou soit court, el 1«
membres antérieurs développés outre tti-
suro.cn volume et en force; aussi, dansai
animal est-ce l'avant du corps qui jjrédomiw
pour la masse et pour la puissance; dans ii
mégathérium au contraire toutes les propc«r-
tions sont inverses ; la tète est proporlioc-
nellement petite, le cou long, el la pai^
aintérieure du corps peu chargée en coffija-
raison des régions postérieures. Les os u^
l^épaule sont disposés pour donner de ji
fgjrce et de la mobilité aux mimbres aot^-
rieurs; ifie^s, cettq, o^obilité n'a aucun rap-
port avec la progression de Taiiimali et cette
di". long , et elle est aplatie dans le sens ^itxiiff^
comme pour remplir dans Pacte de la naiatloQ w
fonctions d*un petit gouvcmaîL
•n
MEG
DE PALEOXTOLOGIK.
MEG
frt
force n*a pas exclusivement pour but de
supporter le poids du corps. L'humérus
s'articule aTecVépauIc par uoe tête arrondie
3ui lui permet de se mouvoir librement
ans des sens divers. Ses parties supérieures
et moyennes sont faibles; mais sa partie in-
férieure acquiert une largeur extraordinaire
par la saillieénorme <ics crétesqui naissentdes
coodyles |K>ur i*inscrtton des muscles mo-
teursdes pieds et des doigts antérieurs (71^).
Le cubitus est Irès^large et trés-sohde à
son extrémité supérieure, où se trouve un
^espace étendu pour l'insertion de muscles
qui déterminent certains mouvements des
pieds. Le radius tourne librement autour du
cubitus, de même que dans les paresseux et
les fourmiliers, lesquels font également,
bien que d*une manière différente, un grand
usage.de leurs extrémités antérieures. Cet
as offre à sa |iartie supérieure une cavité qui
Coume autour d'une éminence arrondie de
rhumérus, et une apophyse étendue qui
part de sa crête longitudinale et indique
combien étaient développés les muscles pro*
Jucteurs du mouvement rotatoire.
Les pattes antérieures doivent avoir eu
environ 3 pieds de lon^ sur plus de
12 pouces de large; et elles formaient
un instrument d'une action puissante pour
fouiller la terre jusqu'à la profondeur ou les
racines succulentes sont d*ordinaire le plus
abondantes. Les pieds antérieurs posaient
sur le sol dans toute leur étendue, et cette
4>xtrême longueur n'offrait que des désavan-
tages pour les mouvements de progression ;
mais elle permettait que l'un des membres
Antérieurs agit simultanément avec les deux
postérieurs et la queue pour supporter tout
le poids du corps, tandis c|ue Tautre, devenu
libre, s'employait exclusivement à creuser
la terre pour en retirer les aliments.
Extrémités postérieures — Lts doigts des
pieds antérieurs se terminent par des on-
gles gros et puissants et d'une grande lon-
gueur. Les os qui les supportent offrent
deux parties distinctes : un axe ou noyau
ronique qui remplit la cavité interne de
Tenveloppe cornée, et un repli osseux cons-
tituant une sorte d'étui solide destiné à rece-
voir et à soutenir sa base. Ces ongles pren-
nent d'ailleurs une position oblique par rap-
port au sol, de la même manière que les on-
gles fouisseursde la taupe; et cedornier arran-
^ment ajoute encore à leur puissance comme
instruments destinés à creuser la terre.
Le bassin du mégathérium est d'une soli-
dité et d'une étendue énormes. Ses immenses
os iliaques sont presque à angle droit avec
la colonne vertébrale, et leurs bords externes
(71 2) On trouve des saillies pareilles à b partie infé-
rienre de l'humeras chez le'fourniilier qui se sert île
s s pieds antérieurs pour ravager les habitations jolr-
denient construites destei-mîtes ou fourmis blanches.
(713) On trouve une autre dis^sitiou destinée à
accroître la puissance de sustentation de ces diverses
parties dans la manière dont Téchancrure ischia-
lîqiic, qui diez la plupart des autres animaux offre
an espace vide, est ici presque complètement fermée''
p3LT nne cloison osseuse solide résultant de runion
ét% apopbrses de chacun des ischions avec les
sont éloignés Tun de Tautre da plus do
5 pieds, ce qui excèfle de beaucoup le dia-
mètre des hanches dans les plus grands élé-
phants. En outre* la crête de chacun de ces
os est aplatie comme si elle eût été compris
mée par le poids d'une armure. Ce volum«
énorme du bassin , qui , dans un animal
d'une stature ordinaire et remplissant des
fonctions ordinaires, n*eûtété qu'un manqua
de proportion, et u'eûl eu que des inc'>nvé-
nients, s'harmonisait probablement de la ma-
nière la plus rx>mplète avec l'habitude où
était le mégathérium de se tenir sur trois da
ses pieds, tandis qu'avec le quatrième il
fouillait 1^ terre.
Ce bas^n, si extraordinaire par son poids
et son étendue, présente encore une autrs
déviation du type commun dans la position
et la direction de la cavité cotyloîde du fé-
mur. Cette cavité se dirige d'ordinaire plus
ou moins obliquement en dehors, et cetta
obliquité ajoute à la facilité de mouvement
des membres postérieurs. Dans le mégathé-
rium, au contraire, elle repose sur la tète du
fémur dans une direction verticale, et elle
est plus rapprochée de la colonne vertébrale
que dans aucun autre animal. De cette parti-
cularité déposition résulte une grande force
pour supporter la pression verticale du corps;
mais elle entraîne une diminution correspon-
dante dans la rapidité des mouvements (713).
Cette largeur démesurée du bassin nous
conduit encore à cette autre conséquence
que la cavité abdominale était extrêmement
vaste et contenait des viscères volumineux
tels qu'il convient pour un régime végétal.
La forme et les proportions du fémur ne
s<intpas moins extraordinaires que celles du
bassin. Cet os est au moins trois fo s plus
épais que dans les éléphants les plus grands,
et il égale presoue en largeur la moitié de
sa longueur totale. Sa tête est unie au corps
de l'os par un cou court et très-robuste de
22 pouces de tour, il est loi^ de 2 pieds
i pouces; sa circonférence, Ik où il est le
moins épais, est de 2 pieds 2 pouces, et de
3 pieds 2 pouces dans la {lortion qui l'est le
plus; son corps est aplati, et, par suite
même de cet aplatissement, élargi à un
point dont on ne trouve pas dans la nature
un second exemple. Ces diverses particule
rites que présente le ft^mur paraissent avoir
eu un douhle but. Le priMiiier, d'obtenir une
solidité extrême à l'aide» de proportions cour-
tes et massives; et, eu sorond lieu, de coui-
penser, au moyen de laplalisseinenl dans la
sons transversal, le désavantage qui résultait
de la position tro.> inlorne «|u'occu|ie la ca
vite jiar laquelle le fémur s'articule au bassin.
apophyses transverses des vertèbres sacrées.
Lne dernière preuve du volume énorme et de la
puissance musculaire de la cuisse ei des membres
postérieurs, se trouve dans les dimensions du^ caual
du sacrum destiné au passage de la moelle épîiiiére.
Ce canal n*a |Mis moins de quatre peuces de dia-
mètre, et le cordon médullaire 'a dû avoir sur ce
point un pied de circonrércucc. \a, volume extraor-
dinaire des nerfs qui en naissaient, pour aller se ra-
mifier dans tes extrémités postérieures, est encors
attesté par le diamètre remarquable des trous sacrés.
079
ME6
Dl€T10NNÂlti£ DE COSMOGONIE
M£G
j •
Les deux os de la Jambe sont aussi ex*
trémement courts, et (Jans un rapport eiact
d*épaisseur et de solidité avec le fémur
ou'ils supportent. Leur puissance s*accrott
encore par cette circonstance quMls se sou-
dent entre eux par leurs exti émîtes, sou-
dure que, suivant Cuvier, Ton ne rencontre
dans lucun autre animal, à Texception des
tatous et des chiamynhores, qui tous les deux
passent leur vie à fouiller la terre pour y
f'Jiercher leur nourriture.
L'articulation de la jambe postérieure
avec le pied est admirablement prévue pour
soutenir la masse énorme qui pèse dessus
dans le sens vertical. L*astragale,.ou grand
os du tarse, long de 9 pouces, et haut de la
même quantité, est dans un rap})ort exact
avec l'extrémité du tibia où il s'artkule, et
il est supporté par un calcanéum de la lon-
gueur extraordinaire de 17 pouces, et ayant
28 pouces de circonférence. Cet os énorme
appuyé sur le sol fournissait une base so-
lide, un peint d'appui inébranlable à ces
masses accumulées du bassin, de la cuisse
et de la jambe, dont nous venons de décrire
les enchaînements et les relations. On yoit,
en effet, que le calcanéum occupe près de la
moitié de la longueur tout entière du pied
postérieur; oue les os des doi^gts sont tous
fort courts, a l'exception de la phalange
terminale du pouce, qui est convertie eu
une énorme griffe osseuse, plus {grande
qu*aucune de celles des pieds antérieurs,
puisqu'elle a 13 pouces de circonférence;
i*t que le noyau qui supportait la griffe cor-
née n'a pas moins de 10 pouces de lon-
gueur. L usage principal de cet angfe puis-
sant était probablement de fixer Je pieu so-
lidement sur le sol.
Des extrémités construites dans des pro-
l>ortions aussi massives ne durent être que
\\^s instruments inertes pour uue locomo-
tion rapide; et elles nous j^attraient bien
imparfaites, si, roulant les juger, nous pre-
nions {fOur termes d'appréciation les fonc-
tions que remplissent d ordinaire les utem-
l»re5 chez les quadrupèdes. Mais, si nous y
voyons les supports u^une créature presque
sédentaire, et d'un poids extraordinaire,
elles exciteront notre admiration, comme le
font toutes les pièces des mécanismes ani-
maux, lorscpie nous en comprenons le but
(714) La ressemblance qui existe entre quelques
parties de cette armure fossile et celle du cachîcame
(cfflffjjrpt» iptba) s*élend jusqu^aux déiaiîs de formes
des divers compariimeiils tuberculeux dans lesquels
ces parties sont divisées.
Dans Fun comme dans Paulre cas, Taccroisse-
meni en étendue de cette enveloppe solide a été pré-
paré à l'avance par une disposition simple qui con-
siste en ce que le point central de chacune des
plaques osseuses constitue un centre d^accroisse-
ment, à partir duquel les bords ne cessent de s'é-
largir il mesure que Taccroissement du corps né-
cessite celui de renveloppe osseuse dans laquelle il
est enfermé. Le corps du m^attiërium, ainsi enve-
loppé dans une cuirasse, ne devait pas mal ressem-
bler à certains chariots couverts.
^715) Dans les transactions de TAcadëmie de Ber>
lin^ année 1830, le professeur AVeis a publié la des-
cription de quelques os de m(5gathériura trouvés
et les usages. La perfection d'un instrument
ne peut s estimer qu'en étudiant le trayail
au'il doit accomplir. Le marteau et renclnne
'un fabiici^nt d'ancres, tout massifs qu'ils
sont, n'ont pourtant rien de grossier ni
d'imparfait. Ils offrent, par rapport aui tra-
vaux qu'ils doivent exécuter, des propor-
tions tout aussi parfaites que les outils lé-
gers et délicats de l'horlOger par rapport aui
rouages déliés de ses chronomètres.
Armwrt osseuse, — Un autre caractère re-
marquable, qui place le mégathériuro à côté
des tatous et des clilamypliores, c'est Tes-
pèce de cuirasse csseuse*qui, suivant toute
probabilité, recouvrait sa peau, et qui adl
varier en é|iaisseur depuis trois quarts de
pouce à un pouce et demi , semblable à b
cuirasse qui recouvre encrire maintenant 1ei
édentés que nous venons de citer, habitants
des mêmes contrées chaudes et sablonneuses
de l'Amérique du Sud, où se rencontrent les
restes du mégathérium (71i^).
Cne enveloppe d'un poids aussi énorme
n'était pas hors de proportion avec la struc-
ture générale du mégathérium. Ses mem-
bres postérieurs, yéritables piliers, et m
Srueue colossale avaient été calculés pour lui
ournir des supports proportionnes à sa
masse ; ses lombes et ses cotes, qui surpas-
sent en dimension celles de l'éléphant, ne
paraissent ivoir été créées si puissantes que
pour supporter une lourde cuirasse, comme
celle dont nous supposons que son corpà
était revêtu (7i5).
Il nous reste à examiner maintenant de
quelle utilité pouvait être une pareille en-
veloppe pour l'animal gigantesque oni,
ainsi que nous venons de le voir, en était
probablement revêtu. On peut obserrer
aabord que les organes de locomolion du
mégathérium ne pouvant se prftterqu'àaafl
progression des plus lentes, le poids de il
cuirasse elle-même n'a dû apporter que pe»
d'obstacle à des mouvements déjà si lourds,
et elle dut être une arme défensiTe non-
seulement contre les dents et les ongles
des animaux de proie, mais aussi contre c«
mj^riades d'insectes qui fourmillent donfr
naire dans les climats semblables à cm
où ses os ont été trouvés, et auxquels de-
vait être exposé plus qu'aucun autre un
animal obligé de chercher sa noarriture en
près de Montevideo avec {plusieurs frasments d>
mure osseuse , dont il rapine sans liésilJtioo b
plus grande partie au mégathérium. 11 y en a d'aï*
très portions <iu*il rapporte, ainsi que plusiep <^'
sements du même district, à des espèces diflereuie»
On voit un pareil mélange d'ossements ce dedebr»
d*armure appartenant à des espèces diterses, ^
toules portaient une cuirasse dans la coUedionf '
faite M. Parisli sur des localités différentes du f;
trict au-dessus de Buénos-Ayres. Bitn que I-on naît
trouvé aucune trace d*armure avec les îmw^
de squelette découvert dans le lit de Sabdo, la ^^'
face rugueuse, élargie et aplatie d*une portion de u
crête de l'ilion dans ce squelette, l^étargissetncuide
rextrémité des apophyses épineuses d'un gr^
nombre de vertèbres, ainsi que de la conveiiif >^
périeure de plusieurs côtes sur lesquelles eôij»
portée ta cuiras,se, indiquent une pression ^rm^*
telle qui produit les mêmes effets sur les f^-
f81
HEG
ET DE PALEONTOLOGIE.
MER
fuuillaDt sous un soleil ardent. Nous pou-
vons penser aussi que cette armure dut lui
être utile en protégeant son dos et les par-
ties postérieures de son rx>rp$9 non-seule-
ujent contre le soleil et la pluie, mais aussi
contre le sable et la poussière, qui n'eussent
iMu> manqué de produire sur une peau nue
l'irritation et les maladies (716).
Conclusion. — Nous venons d*examiner
eu détail le squelette d'un mammifère
énorme , dont chacun des os présente des
fiarticularités qui peuvent au premier coup
d'œil sembler Tceivre d'une combinaison
grossière, mais dont le secret nous devient
intelligible dès que nous les étudions dans
leurs relations mutuelles et dans leurs rap-
tK>rts avec les fonctions que doit remplir
ranimai auquel ils apfjartiennent.
Le mé^athérium excède en volume tous
les édent^ actuellement eiistanls, ses plus
firoches voisins en orgauisation, beaucoup
plus qu'aucun autre animal fossile ne d^
passe les espèces vivantes qui lui corres-
fondent. H a la tête et les épaules du pa-
resseux; ses jambes et ses pieds offrent réu-
nis les caractères des fourmiliers, des tatous
et des chlam jphores ; et il avait probable-
ment avec ces derniers un trait de ressem-
blance de plus dans Texistence d'une ar-
mure osseuse. Ses hanches avaient plus de
5 pieds de large; son corps était long de
I i pieds, haut de 8. Son pied était long de 3,
ei terminé })ar les on:;ies les plus gigan-
tesques. Sa queue était probablement recou-
verte d'une armure, et plus grande que
celle d'aucun autre mammifère terrestre vi-
vant ou fossile. Cn animal bâti dans des
proportions aussi massives, et dans la cons-
truction duquel la matière avait été ainsi
prodiguée, ne pouvait ni courir, ni sauter,
ni grimper, ni se creuser des terriers sous
terre, et il ne dut avoir qu'une démarche
lente. Mais, qu'était-il besoin de mouvements
rapides pour un être uniquement occupé
à chercher des racines en creusant la terre,
et qui par cela même derait à peine bouger
de place ? Qu'avait-il besoin de vitesse pour
fuir ses ennemis, quand la nature avait re-
vêtu son corps gigantesque d'une impéné-
trable cuirasse, et qu'il pouvait d'un seul
coup de son pied ou de sa queue broyer le
couguar ou le crocodile? A 1 abri de tous les
ties analogues da squelette chez le tatoo ; et cette
cîrcoDftiance noas eût autorisés à prououcer que
le mégatbëriuin aussi était recouvert d^oiie lourde
cuirasse , alors même que nous n*6D eussions
reooontré aucune trace prés des os de cet animal
ftur d*autres points 4aos les mêmes plaines du
Paraguay, bans tous ces os aplatis, la pression
ne s*annonce que sur les points précis du squelette
ou a dA porter immédiatement le poids de Tarmure,
et elle y a produit exactement les mêmes empreintes
q«c Ton obsenre très -développés dans les tatous.
(716) Pour des animaux qui ne fouillent que par
rirconsianee, et panr se creuser une balritation soa-
tn-rraine , tels que le blaireau , le renard et le lapin»
iffaif qui vîesnent à b surface cbercber leur nour-
riture, une armure défensive de cette nature n*eât
pa*^ été seulement sans utilité, mais elle eût mémn,
( n^ rainé de frares inconvénients.
L'i tatous cl les chlamyphores sont les seuls
coups dans son vêtement osseux, de quel
ennepi devait-il redouter les attaques, ce
Léviathan des Pampas? et quelle créature plus
puissante encore eût pu poursuivre sa race
e^reffacerdu nombre des habitants du globe?
Toute son organisation était un mécanisme
colossal en rapport exact avec le travail
pour lequel il avait été construit; massive
et puissante comme cette besogne était
lourde et pénible, elle avait été coordonnée
pour être un instrument de vie et de jouis-
sances h toute une race de quadrupèdes, la-
3uelle, bien mi'elle ait disnarude la surface
e notre planète, a laissé oerrière elle d'im-
périssables monuments de l'habileté con-
sommée qui avait présidé à son édiGcation.
Chaque membre, chaque fragment d'un
membre est une pièce bien proportionnée
d'iu tout parfaitement coordonné; et, si loin
qu'ils seniblent s'écarter, par leurs formes
et leurs proportions, de ce que sont les
membres chez les autres mammifères, nous
7 trouvons de plus tout ce qu'il y a eu d'iné-
fmisable et innnie variété dans les plans de
a sagesse créatrice.
MELANGE des sénniEiiTS et des animal x
MABIXS ET TBBRESTRB8. Voy. COCCHES SÉDI-
MERTAimES, art. III.
MERAY (Le docteur R.-F.). -- M. Hérajr
est auteur d'un livre intitulé : Geçs ou His^
taire de la ierrej de ia création^ de son déve-
loppement ^ etc.; Paris, 1M8; le tome I"
seul a paru. Comme tout bon cosmogoniste,
c'est-à-dire comme tout savant qui a beau-
ooupEd'imapnation et moins de sens com-
mun, M. le docteur Méray a. ses idée» à lui
sur le chapitre de la création du monde.
Nous allons faire connaître le fond de ses
théories afin que le lecteur sache bien que
les modernes, malgré- le progrès des scien*
ces, n'ont rien à envier à l'antiquité en fait
de systèmes extravagants. Nous nous don-
nerons bien de garde de l'analyser; ces
choses neuves dbivent être présentées dans
les propres termes de l'auteur.
« Nous devons admettre, et nous cherche-
rons à prouver, que le soleil placé au centre
des systèmes planétaire et stellaire, réduit
maintenant à la fonction passive et facile,
tout immense qu'elle soit, d'éclairer l'uni-
vers, de maintenir au mojen de l'attraction,
dans de<( orbites qu'elles décrivent autour
roaramifères connus qui soient reTétas d*one ar-
mure de plaques osseuses analogues à eelles du
niégathénum ; et le fait mêine que cette particob-
rité d'or^nisation n*a été accordée qu*à ces quel-
ques espèces, sufGt pour no«s faire douter qu'elle
ait eu pour unique fin de les protéger contre les
animaux carnassiers ci contre les insectes. Mais,
comme le tatou n'obtient sa nourriture qu*en fouil-
lant le sol desséché et sablonneux des mêmes plaines
qu*babitait jadis le m^thérium ; comme le ciilamy*
phore^ passe sa y'ie presque entière dans des terriers
creusés dans ce même sol, U est proUaltb ;ue b
partie supérieure de leur corps reçoit de la cuirasse
oeMe même protection contre le sable et la pous-
sière dont nous avons parlé à propos du mé^hé*
nam. Les pangolins sont recouverts d*one armnra
de nature dilKrentc, composée d*écaill«>s cornées m»
biles, et dans h composition desquelles il n>;itra
aucune substance osseuse.
•89
M£R
DlCTlONNAiriE DE COSMOGONIE
MER
de lai, les différentes planètes, nous devons
Admettre, disons-nous, que le soleil avait
reçu de son créateur une mission plus im-
portante encore, plus active, qu'il paraît
avoir définitivement remplie conformément
aux vues de la divinité. Nous voulons parler
de la mission de reproduire et de multiplier
son élément proprect de l'appliquer à la
ibrmation des corps célestes, tâche qu'il a
exécutée avec une largesse et une magnifi-
cence dignes de la volonté divine. Aussi de-
vons-nous considérer ce grand astre comme
l'auteur, le réparateur de toute la matière
ignée répandue dans Tespace, tantôt à l'état
de pureté, comme dans les comètes, tantM,
comme dans les planètes, à Tétat de con-
jonction avec un second élément qui la mo-
difie complètement en travaillant a son ex-
tinction, et qui la contraint, avant que de l'é-
teindre , pendant les différentes phases d'ex-
tinction, a poursuivre l'œuvre d'organisation
pour laquelle la main divine l'a tirée du néant,
œuvre que nous voyons s'exécuter sous nos
yenx^ à la surface de notre globe. » (P. 60.)
Cet élément, c'est Teau.
« One chose digne de remarque, c'est que,
do tous les corps de la nature, Teau est le
«eul qui ait été originairement solide ; tous
imt commencé par être liquides avant que
de se solidifier. Ainsi, les animaux, les vé-
(^étaux, les minéraux, les métaux les plus
denses et les plus durs ont subi cette transition
d'état. La solidité est incontestablement l'é-
tat originel de l'eau; et telle que nous la
voyons dans nos mers, dans nos fleuves et
'iansnos rivières, elle est combinée avec le
«calorique, elle est dégénérée de sa pureté
native et, en quelque sorte, virginale ; elle
est polluée par la pénétration de ce fluide,
par ses attouchements moléculaires et fé-
i.HmJée par sa promiscuité. Aussi, voulo r
O'tie dans cette dernière condition l'eau soit
à son état naturel, serait aussi peu raisonna-
J)le que de vouloir que la lave refroidie nous
représentât le feu primitif, l'élément igné.
n Par une antithèse soutenue, dont Dieu
a rattaché les conséquences à leur destina-
tion et à leur emploi, ces deux œrps, le feu
el Teau, en perdant leur forme et leur coa-
-Mst:ince originelles, conservent néanmoins
les qualités de solide et de liquide; seule-
ment ils les échangent entre eux, de telle
façon que les propriétés innées de l'un de-
viennent les propriétés acquises de l'autre :
ce qui tend à nous prouver que la nature ne
saurait rien faire avec un solide ou avec un
liquide, isolé l'un de Vautre. Ainsi, à l'étal
originel, l'un se montre d'une ardeur dévo-
rante, l'autre est froid ; l'un présente la co-
loration la plus éclatante, l'autre est inco-
lore; celui-ci est a^ité, il bouillonne à sa
surface, la lune est inanimée, on ne recon-
naît à sa surface aucun npouvement molécu-
laire, tout y est dans un repos absolu; cehii-
Cm tend à la dilatation au moyen du fluide
abondant qu'il dégage, celui-là tond à la
contraction et ne dégage aucun fluide. Sui-
vons-les dans leur transformation la plus
avancée, et nous retrouvons les mêmes rè-
gles de l'antithèse. L'un se refroidit, tandis
que l'autre s'échauffe; l'un, par ce change-
ment tlo température, devient solide, Tauti-Q
liquide; lun devient noir et opaque, Taulro
brillant »( diaphane; l'un perd sa force ac-
tive, son mouvement moléculaire cesse,
l'autre perd son inertie, cbaimne de ses mo-
lécules est agitée d'un mouvement conli-
nuel. Il est donc juste et raisonnable de dire
que l'état liquide du feu et que Tétat solide
de l'eau sont des conditions nécessaires \mf
élever ces corps élémentaires à leur plus
haute puissance, telle que Dieu seul eût pa
jamais la leur départir.
<i De même que le soleil est le résenroir
de toute la matière ignée, d« celle qui est
entrée dans la formation simple des comètes
et dans la formation binaire des planètes
tant anciennes que contemporaines, de
même la lune est le réservoir dans lequel la
main du divin Créateur a accumulé, sous
la forme solide, l'élément aqueux qui a
fourni le contingent nécessaire à la création
de toutes les planètes et de leurs satellites.
Aussi est-ce bien à tort qu'on a avancé que
la lune n'est que le satellite de la planète
que nous habitons. L'auteur de la nature
lui avait réservé la mission plus noble, plus
élevée, moins secondaire, de concouri: à
l'organisation de l'univers, fonction qu'elle a
remplie largement, au détriment de la masse
et de la puissance de son principe. (P. 93j.
«( L'eau et le feu sont les seuls agents
dont la force connue fjuisse 6tre en rapport
avec les effets prodigieux aue présente la
surface des planètes et avec les actions sub-
terranéennes que nous y étudierons. L'ac-
tion séparée de l'un ou de l'autre a son ca-
ractère particulier, trèSHreconnaissable; mais
la réunion de ces deux agents crée une forre
particulière dont l'énergie est, en quelque
sorte, illimitée, et que nous sommes encore
bien loin de connaître entièrement. Ces pbé-
nomènes incontestables d'organisation pla-
nétaire nous expliquent parfaitement pour-
(juoi la mer se trouve toujours voisine df*
volcans. De ce voisinage, elle semble prête
à fondre encore une fois sur son antagoniste
s'il menaçait de recouvrer une prédominance
qu'elle lui a depuis longtemps ravie, cell<f
qui domine et régit les destinées de nolra
planète et de tous les corps célestes binaires.
« Cette attraction particulière delà luie
sur l'élément aqueux de notre planète in^ji'
que bien évidemment la dérivation, la lilia-
tion spéciale de celui-là et l'affinité élémen-
taire qui existe entre les deux prinrip^^^
aqueux,, qui semblent, par cet effet, cbcr-
cher à se porter l'un vers l'autre. Nous par-
lerons j)lus longuement de ce phénoio^n*
remarquable que nous ne. citons ici qu<»
pour -le faire servir à étayêr notre •p"**'**'
sur la constitution matérielle de la lac^-
Nous démontrerons aussi, plus loin, q^** |*
même tendance attractive s'exerce enrre '?
soleil et le feu central de notre planète, u • ij
résulte le phénomène de la chaleur «Je a "•
MER
ET DE PALEONTOLOf^lF.
Il EU
M6
afiiio$f>tièro»qu*on a aUrîliude jusqirh'i, |iAr
>iiiie ilo la mutine, à ractiuii iminédialc des
rnyo'is solaires. •
n On nous ('emandon, sans doute, si
iiMiK |ii*nsfm5quc la lunesoil In seule source
• loril la nature ail tiré lout rélémcnt aqueux
i|ir«lle a intrcNluit dans la composition des
pfau<*le$,lan(sncienn6S(|ucnonlemporaines?
NfMis le i^ensons, et nous |in*sunions en t*on-
s/' picnre que cet astre a dû, en sortant des
mains tlu Cn'atcur, posséder une puissance
•Se Yfdumc et d'action bien supérieure à celle
ifuc mius lui voyons aujounl iiui ; qu'il a dû
«M-«*uper dans Tespace céleste un liou plus
rnpproclié d;i soleil, assez distant cependant
|Miur 6lrc à Tabri de Faction fondante de ses
myons calonnqiies qui auraient alors inter-
vtTti la nalurcdcson élément, endétraisant la
s«didité de sa «ulistani^e. Nous pensons même
•itio la lune, ce grand ovaire de la nature,
«''puisée ]iar ses nondireuses coopérations fé-
rfiiidantes,aqa:ttélecliampoùso|»éraitcette
^ramlc ceuvre, attirée qu'elle était, |iar une
>ortede prédilection, vers une de ses der-
itièresi émanations, notre planète, dont elle
a ainsi assuré le développement et la brillante
urbanisation; qne la terre est une de ses
iloriiières productions, ainsi que Vénus,
Men'ure, et sans doute aussi quelques autres
planètes que leur exiguïté derolje à nos in-
vrMÎ^ati'ins. Nous |)ensons, en outre, que
in lune, h Tétai d'amoindrissement et de
rndiicité où elle se trouve, refuse tout con-
t'iMirs de jiromiscuité avec son splendide
riNius, À I atlrtiction duquel elle semble se
sM^uslraire jiar son. éloignemenl, pour pro-
Ir^er, |vir une véritable sollicitade mater*
iioilc, fun des^i'lus faibles peut-être de leurs
iMMulireux produits, mais ii coup sûr le
niieux réussi, la planète que noua nabi tons.
« Viiilh ccr'jiineinent, sur la constitution
di'S «'orps célestes, tant élémentaires que
•-tinqNisés, tles idées dont l'étrange nou-
v«Muté, \ laquelle n'est pas iiabituée la
crirnre, va soulever les dédains , sinon les
r.iilteries îles idn'Iosoplies du siècle, penseurs
d'un jour, qiîe l'ambition de la renommée,
«i«r*» iHinneurs et des richesses , agite infini-
iiM-nl phis que les nondireuses vérités qui
ri.*!4ent h découvrir dans la nature. Ainsi,
{•«tiir ne parler que île l'astre dont nous ve*
alunis de nous oi!U|M*r, tous nos devanciers
Ayant dit : Im lune nt une planète^ la lune
est ie $aiellUe de la terre : les contemporains
ont reflété : La tune ê$l 'sne planète^ la lune
est te eatellile de la terre. Ces définitions
vagues n'enseignent rien; elles n'apprennent
•Il quels sont les éléments constitutifs d'une
ft^anète, ni quels sont ceux d'un satellite
Aussi, vivons-nous dans une i^noram-e ab-
!^duo des premiers principes îles corps eé-
b:>tcs, simples et eonifiosés; et eo|>endant,
il esldonnéà riiitelligenceliumaineires|iérer
uiellre un terme à cette ignuraiire par une
\o\e aussi sûreifue facile. Il sa^it iiniquc-
iitent d'étudier et d'analyser les éJéiueiUs de
iMlre planète, tpii doivent se trouver iilrii-
tiipienierii les nièiiios que ceux t\QS aitlrps
corps célestes etdet'ire : .16 uno dtsceofnucx.
Ce que nous tenons pour certain, c'est iiuo
la lune n'est point une planète, car les pla-
nètes obéissent toutes au soleil et décrivent,
toutes, tics orbites appréciables autour de co
graml princi|>e, tandis que la lune gravite
vers la terre, tourne autour d*elle en la sui-
vant dans le cercle qu'elle décrit autour du
soleil ; et si elle tourne autour du soleil , ce
n'est que pour ne point quitter la terre. Sa
gravitation et l'attraction qu'elle exerce sur
les eaux terrestres*, sont les seules forces
qui paraissent spontanées, innées ou essen-
tielles à la lune.
« Nous n'osons f>as esoérer, conséquem-
ment,que la science s'arrête un instant sur la
nouveauté plus ou moins judicieuse de nos
opinions. Aussi simples que la natyre à qui
elles sont appliquées, elles manquent de cet
appui trop souvent illusoire et mensonger
que prête à toute théorie savante la couleur
scientifique qui résulte de la précision nu-
mérique. Quoi qu'il advienne, nous ne per-
siste roîis pas moins à croire que cette sub-:
stance blanche qu'on a comparée à du dia-
mant, que cette surface hérissée de mon-
tagnes, douée de réOeclion, de transparence
sur ses bords, que nous présente la lune ,
soit de la glace, forme élémentaire de Teau
qui entre dans la composition des plauètes.
Le puissant Créateur de toutes choses a ac-
cumulé dans ce corps céleste cette substance,
sous une consistance dense et compacte , qui
rend ce corps plus propre au mouvement :
sa volonté , qui est la seule cause de toutes
les causes, en a fait un principe élémen-
taire, destiné à servir de correctif à la tur*
bulente et aveugle énergie du feu, pour
l'oi^nisation des planètes, destiné à modé-
rer ses actions excentriques, à rectifier &e&
désordres incompatibles avec toute orga-
nisation, en un mot, è le rendre apte à la
production et à l'entretien des êtres nom-
breux qui habitent les brillantea demeures
disséminées dans l'espace. » ( P. 97.)
« L'attraction étant élevée à sa plus haute
puissance et à son dernier de^ré de tension
entre les deux principes , solaire et lunaire ,
dont Tiin jouissait de toute son ardeur pri-
mitive et l'autre de toute l'influence que
lui donnait sa masse alors intacte et com-
plète,*la fonction procréatrice a dû s'exécu-
ter, dans ces premières périodes , avec une
vigueur et une fécondité proportionnées à
cette double énergie. C'est alors que fut
facilement érigée cette loi qui domine l'ac-
tion génératrice, dans toutes les espèces,
loi qui inipose l'initiative d'action au prin-.
cipe mâle ou positif, tandis que le principe
négatif attend, plein d'une inerte soumission,
le contact prolifique.
< Ainsi, comme tout, dans nos explica*
lions subséquentes « tendra à le démontrer,
ie principe solaire a procédé en lançant, par
une véritable scission éjaculatrice , uiio
niasse de son essef^^e ig^ée sural»onilante
alors contre le princii^ Aqueux lunaire. L'é^
tiitcelle solaire ^culée, attirée par la masse
aqiicuscplusconsidérablequ'cilc, l'a Iicurtéei
187
MKS
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
VOL
% pénétré dans sa substance, s*cn est entou-
rée » et, après ce résultat, parla puissance
même de ce résultat, elle a été repoussée
dans le champ céleste, entraînant, avec elle,
Tobjet de sa concupiscence et de son attrac-
tion, c'est-À-dire un fragment lunaire, ovule
détaché du grand ovaire de la nature. Alors
cette masse hétérogène, engendrée par la
promiscuité des émanations des éléments
{)riroitifs, a roulé dans l'espace oxygéné,
usqu*à ce qu*ayantdéplacé une masse droxy-
gène, éfiàl a son volume diminué d*un poids
é^'al à ce'ui du volume de l'oxvgène déplacé,
elle se soit trouvée entourée d une résistance
éfuivalente de tous les côtés, soutenue,
maintenue ainsi en un juste équilibre , et
formant Tembryon d'une planète qui devra
Dccuperun point déterminé du firmament,
cl parcourir l'orbite assignée par l'attraction
solaire. Ainsi s'est exécutée la conjonction
lu ni -solaire; ainsi s'est opérée la fécondation
jsrimordiale quia produit la première, aussi
inen que la dernière des planètes.
« Tel est, comme tout le confirme, le pro-
cédé de multiplication, le mécanisme géné-
rateur que la nature a mis en usage, dans
tous les temps et dans tous les lieux, pour la
propagation successive de ses œuYres. Telle
est, à n'en pas douter, la fonction qu'elle a
instituée, des le début de ses travaux, alors
Su'elle n'était occupée que de la propagation
es corps planétaires et que les cieux seuls
étaient animés, qu'eux seuls se trouvaient
habités par les astres nombreux qui y pre-
naient naissance. Le firmament était alors le
seul et immense empire où la nature exerçât
sa puissante action, bien avant que les mon-
des qui s'y meuvent n'eussent vu, après des
siècles nombreux, leurs surfaces peuplées
d'êtres organisés se reproduisant eux-mêmes
)vir un procédé analO{(ue. Qu'il nous soitper-
nâs de conclure ainsi, du petit au grand, du
terrestre ab céleste, du connu au moins con-
nu ; la nature des causes, l'esécution des ré-
sultats et l'observation des effets ne s'oppo-
sentnullementàcetteparitéd'aclions.(P.139.)
« Pouvons-nous rationnellement appliquer
aux étoiles fixes l'uniformité binaire propre
à la constitution des planètes, et avancer que
ces étoiles aient été identiquement confor-
mées par le feu solaire et par la glace lunaire ?
Nous le pensons, avec d'autant plus de fonde-
ment, que leur éclat et leur immobilité nous
portent à les considérer comme de vieilles
planètes arrivées à un état de décomposition
oui fourniraitla matière des nébulosités dont
ces corps sont entourés. Nous esjÂérons que
ees raisonnements et nos explications auront
pour résultat d'en convaincre. » (P. 246.)
Nous pensons que le lecteur nous dispen-
sera facilement ue lui produire ces raison-
nements et ces explications de l'auteur de la
Théorie astrogamique.
MERVEILLES de l'oaganisation des bn-
ruffiTEs. Foyex EifCEiNiTE.
' MESOPOTAMIE ou berceau des premiers
nommes, appartieni aux formatiom crétacée
9( tertiaire. — Voyez Maupied.
METAUX, leur formation. Voyez \mx%u
MÉTALLIFÈRES. — VucM de la Protidenci èni
la formation et la distribution de$ mélauj,-
Voyez ibid. — Leur histoire et minerai, -
Voyez r Introduction,
MEULIERES. Voyez Fali 51E!«.
MICHELL. Voyez Géologie.
MILIEUX d'existence des A!fiMAiJx fossi-
les DAHS LES AGES GÉOLOGIQL'BS. loyes PiV
SIOLOGIE PALÉONTOLOGIQUE.
MINERAIS. Voyez F Introduction,
MINERAUX. Voyez V Introduction.
MODIFICATIONS de la coQtiiXE dans u
IfiMB ESPÈCE Dij MOLLUSQUE. 'Joyez ANIM ACl
MARI!fS.
MOIGNO (M. l'abbé). Voyez Nébcleuses.
moïse , W du récit de la création, -
Voyez BucKLAïf D. — Son récit de la créaim
interprété. Voyez Jehan (de Saixt-Clivi»],
BCCELARD , DESDOUrrS, MOHTBEOSI, MllCU
DE SbEUBS , GODEFROT , MaUPISD, CHàCiai»,
Dbbretre, etc. Jours-Périodes, etc.
MOLECULES. Voyez r Introduction.
MOLLASSES. Voyez Falunien.
MOLLUSQUES. — Les mollusques GODSti-
tuent le troisième embranchement da rèçie
animal dans la classification de CuTier.Poiot
de squelette intérieur ni extérieur, articulé
ou annelé. Le corps de ces animaux esf (boOi
recouvert d'une peau flexible, contractile,
dans ou sur laquelle se forment des plaoues
cornées ou calcaires, qu'on nomme coquilla.
Leurs principaux organes sont pairs et sy-
métriques; ils affectent le plussouTent^dioi
leur ensemble, une disposition courbe, de
manière à rapprocher la bouche de Textr^
mité opposée.
Les coquilles sont, dans la plupart des cds,
externes, à moitié internes ou derroales, pla-
cées dans un repli du manteau, mais eoœ«
muniquant, par une petite partie, atec l'élé-
ment ambiant; elles sont totalement de^
roales , renfermées entre les couches da
derme. Malgré la différence dé leur posilioo
interne ou externe, les coquilles se forment
et s'accroissent suivant les mômes lois. On
peut diviser ce mode de formation en iruis
catégories, suivant aue les molécules cal-
caires viennent se placer sur leur jiourtoof
seulement, sur toutes leurs parties internes
ou sur toutes leurs parties externes.
Une fois le fiuc/eu# formé, raccroisseœem
des coouilles a lieu par la juxtaposition de
molécules calcaires plus ou moins chargées
de parties animales, par lames' ou par coo*
ches obliques, en dedans de Tépiderme, «
successivement les unes sur le bordeUfl
dedans des autres. Le bord du manteau wi
du collier est l'organe qui dépose ces la»^
pendant toute la durée de 1 accroissenient.
C'est ainsi que se forment et s'accroisscBi
constamment, par le bord , les couches cxje-
rieures feuilletées, obliques, des coquille*
qui contiennent les couleurs chez les cépha-
lopodes, les gastéropodes et les acéphale^tio
peut, du reste, toujours les reconualtrei
dans la fossilisation, par exemple, (^
qu'elles se détachent des autres, et dan> ^
lest extérieur de beaucoup de coqoilles.><^
'»
VOL
ET DE PALEONTOLOGIE.
MOL
990
désignerons ces couches sous le nom de cou .
ches dtrmaltê.
Indépendamment de cet accroissement par
les couches dermales obliçjnes et concentri-
quesy les coquilles s'épaississent encore cons-
tamment, sur toutes les parties internes, par
des couches que nous appellerons intérieures.
Plus serrées, plus minces que les coucher
dermales, les couches intérieures sont for-
mées de lames qui suirent les contours inté-
rieurs de la coquille, et ne sont plus dé(x>-
sées seulement par le bord du manteau, mais
bien par toute sa surface et par les muscles
mêmes. Ces couches, toujours distinctes des
premières et s*en séparant facilement, soit
par la calcination, soit par la fossilisation,
sont de deux natures difTérentes. Les plus
onlinaires sont sourent incolores; tout en
leur ressemblant beaucoup, elles sont d*un
tissu plus serré^lus compacteque les cou-
ches dermales. Elles forment, enduisent jet
polissent toutes les callosités intérieures, et
lie plus ces encroûtements intérieurs si re-
marquables des hippopodium^ ou encore ces
espèces de cloisons successives qu'on remar-
que dans Tintérieur de la spire de quelques
gastéropodes, cloisons ou épaississementsqui
remplissent le commencement de la coquille,
à mesure que Tanimal, augmentant toujours
par le Ijord, son enreloppe extérieure s éloi-
gne trop du principe de la spire pour en oc-
cuper 1 extrémité.
Les couches intérieures les plus remar-
ipiables sont, sans contredit, ces dépAts cha-
toyants, nacrés ou irisés, déposés par lames
!.^zontales, qui tapissent Tintérieur de
bcjucoup de coquilles, dont les couches der-
males sont blanches, mates ou colorées, mais
jamais naerées.On doit encore à ces couches
nacrées les cloisons aériennes des natuiliuj
des ammonites.
Toutes les coquilles, tandis qu'elles s'ac-
croissent par le bord au moyen des couches
dermales, se consolident, s'épaississent en
dedans, sur tous les points, par leurs cou-
ches intérieures.
Le troisième mode de consolidation des
coquilles, par leurs parties externes seule-
ment, est te plus exceptionnel. Il a lieu prin-
cipalement chez les genres qui ont une co-
3uille dermale cachée dans les téguments,
ont le test se couvre, en dessus, oe granu-
lations postérieures è son accroissement. On
le retrouTC plus rarement chez les mollus-
ques pourvus d'une coquille externe, où,
fiar exemple, un ou deux lobes du manteau
Tiennent déposer, sur la coquille complète-
ment formée, des couches très-minces, po-
lies, brillantes, qui tendent à l'épaissir cons-
tammerït (les cyprcta). On le retrouve encore
diez Varaunauta^ où les bras palmés, rem-
plissant (es fonctions ordinaires du manteau,
déposent autant de parties calcaires en de-
hors qu'en dedans de la coquille. Nous dési-
Snerons ce mode d'encroâtement |)ar le nom
e couches extérieures. Souvent elles se dé-
posent simultanément avec les deux autres.
En résumé, la coquille externe ou interne
étant le produit d'une sécrétion mucoio*
calcaire déposée entre le réseau vasealaîre et
répiderme, tous ses points internes recrou-
vrant l'être qui la porte on même y adhérant,
elle est certainement une partie intégrante
de l'animal. Ce fait admis, la coquille doit,
dans certaines limites, reproduire extérieu-
rement ou intérieurement les formes des
mollusques et leurs caractères organiques.
En effet, on la voit se modeler sur le man»
teau et en prendre la forme, ainsi que celle
des muscles. Lorsque le manteau est ovale,
elle l'est' aussi. Lorsque le manteau se con-
tourne en spirale ou lorsqu'il est conique, la
coquille le suit extérieurement et intérieu-
rement. Lorsque le manteau forme deux lo-
bes latéraux, il y a deux coquilles syuiétri-
3ues, dans le cas où ces lobes sont ég;aux,'et
eux coquilles inégales dans le cas où ils sont-
inégaux. Lorsqu'enfin quelques parties n'ont
pas été recouvertes par les deux coquilles,
qu'on appelle alors ro/vei, un plus grand
nombre de pièces testacées devient néces-
saire pour les prot^er. Indépendamment de
ces pièces testacées, qu'on nomme coquilles et
gui dépendent du manteau, il en estae moins
importantes fixées au pied. Ces pièces testa-
cées ou cornées, toujours médiocres, ont été,
d'après leurs fonctions, nommées opercules.
Suivant sa position, sa forme Générale ex-
térieure ou intérieure, la coquille change de
fonctions dans l'organisme des mollusques.
Externe , elle est presque toujours un corps
protecteur, soit oe l'ensemble de l'animal,
soit d'une ou de plusieurs de ses parties. En
effet, ouand elle se trouve assez grande pour
loger l'animal contracté, qu'elle soit spirale,
conique, composée d'une pièce ou de deux,
elle sert évidemment à le soustraire aux at-
teintes extérieures auxquelles l'expose sa
nature mollasse. Rudimentaire seulement,
elle en protège les branchies ou les parties
les plus délicates.
Placée au milieu des téguments, la coquille
interne ne peut conserver les mêmes fonc-
tions. Par sa position longitudinale, elle doit
soutenir la masse charnue, comme les os des
mammifères; donner à l'animal des points
d'appui dans la contraction musculaire, et
dès lors plus de force dans sa natation.
La singulière disposition des loges aérien-
nes que présente l'intérieur de quelques co-
quilles dénote encore d'autres fonctions que
nous décrirons avec détail, en parlant des
céphalopodes. Ces fonctions sont des moyens
d'allégé donnés par la nature à tous les ani-
maux, pour rétablir Téquilibre et les rendre
plus légers, par i addition de nouvelles loges
aériennes, au fur et à mesure qu'ils gran-
dissent et que leur corps se développe. Elles
sont analogues à celles de la vessie natatoire
des poissons.
Dans presque tous les cas, la coquille rem-
plit des fonctions très-compliquées ; si, par
son extension, elle abrite l'animal; si, par
ses loges aériennes, elle fait l'oflice d'aliéné,
il est certain que, par les différents muscles
qui 6*y rattachent, eHe sert encore de point
4'appui, ^ centre de mouvement. C'est, en
effi.'!, r^ur la paroi inlenie des coquilles que
fM
MOL
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
MOL
982
1
fHnsèrent les leviers puissants qui servent,
dans la contraction, à leriner si brusquement
une coquille bivalve, ou à rapprocher l'oper-
cule de Touvorture des coquilles spirales,
afin de garantir l'animal des atteintes exté^
rieures. C'est aussi sur les coquilles que
Eorteni les points d'appui de contraction des
ivalves, et de presque toutes les parties des
gastéropodes.
La coquille étant, comme on le voit, non-
seulement un corps protecteur, mais encore
un point d*appui du mouvement, on doit
croire qu elle se façonne sur l'animal de ma-
nière a en reproduire toutes les parties.
C'est, en effet, ce qu'on observe presque tou-
jours. Certaines coquilles ont, a leur partie
antérieure, un canal proportionné au tube
respiratoire qui en sort; certaines autres
ont un bâillement du côté anal, pour le pas-
sage de l'énorme siphon dont elles sont pour-
vues; d'autres ont, pour le passage de leur
pied volumineux, une ouverture buccale
ifixire leurs valves.
Période embryonnaire des coquilles» — Los
coquilles étant une partie toujours apprécia-
ble de l'organisation des mollusques, et se
conservant dans les couches terrestres de
toutes les époques de l'animalisation de notre
planète, demandent une attention d'autant
plus particulière, que leur étude plus ou
moins complète peut c^ompromettre les dé-
ductions générales qu on en pourrait tirer.
La coquille se forme quelqueiois après que
le jeune mollusque est sorti de son œuf; des
mollusQues [^K)urvu$ de coquille à la sortie
de l'œur la perdent plus tard, tandis que le
plus grand nombre des mollusques munis de
coquille l'ont déjà formée à la sortie de l'œuf,
et la conservent, la façonnent de différentes
manières, tout le temps de leur vie. Pour
bien faire comprendre les changements ap-
portés par l'âçe embryonnaire, nous croyons
devoir les diviser en trois catégories : V sui-
vant qu'ils modifient la forme de cette co-
quille, 2" suivant qu'ils montrent des orne-
ments qui disparaissent dans l'âge adulte,
ou 3"" enfin, suivant que ces ornements sont
plus simples à cette période que plus tard.
Les coquilles dont l'âge embryonnaire
diffère complètement de l'âge adulte sont in-
liniment plus nombreuses qu'on ne ponrnut
le croire. Des coquilles sont libres dans le
jeune Age et fixées dans Tâge adulte ( mmc-
luSf hinnites^ etc.). Celles-ci sont, dès lors,
infiniment plus régulières à celle prcuiitr e
période que dans le reste de leur accroiiise-
inent, où leur fixité les obli;^c à subir toutes
les conséquences de la localité où elles se
trouvent, qu'elles soient fixées par Taniinal,
par la coquille, ou qu'elles soient retenues
dans une cavité Qu'elles creusent. Parmi les
coquilles libres, l'âge embryonnaire ou le
nucleus est surtout très-remarquable chez
beaucoup de gastéropodes et de nucléobran-
ches. Dans certains cas, par une bizarrerie
singulière, au lieu de suivre, dans sa spire,
un seul axe d'enroulement; ce nucleus eh
change tout à fait avec l'accroissement. Il est
d'abord, par exemple, suivant une verticale ;
mais, à l'instant où il laisse l'â^^e embryon-
naire, il prend subitement une autre direc-
tion, et laxe nouveau de cet enroulemenl
forme, avec le premier, un anjjle de 90*, qui
se continue ensuite durant toute la m de
l'animal {turbonilla). D'autres fois, ce nu-
cleus, long, turriculé, formé de tours nom-
breux d'un enroulement oblique, abandonne
tout de suite ce mode d'accroissement pour
s>nrouler sur le même plan. Dans quelques
autres circonstances, le nucleus, contourné
en spirale latérale, s'évase plus tard tlîomfi
une coquille en capuchon, a côtés égaux {(a-
pulus)^ ou bien une coquille qui continue à
s'enrouler latéralement, mais s*élargittouli
coup d'une manière extraordinaire, et de-
vient bien différente de celle du jeune âge.
Il reste enfin une multitude de coquilles
dont le nucleus, sans montrer d'aussi gran-
des différences, est pourtant bien distinct du
reste de la coquille, qu'il soit plus allongé
que le reste ou que ses tours soient plus
rentrés et forment un angle plus ouvert. Ce^
taines coquilles commencent encore par un
cône étroi t et aigu, qui devient caduc et tombe,
lorsque la coquille adulte, changeant de for-
me, a pris un aspect tout différent (cuvieria).
Les coquilles dont l'âge embryonnaire
montre des ornements extérieurs, qui dis-
paraissent plus tard, sont plus nombreuses
que les premières, et appartiennent à touies
les classes. On les retrouve, en effet, chez des
céphalopodes, où la coquille commence {«r
avoir des stries, des côtes, qui disparaissent
dans Taccroissemen t. Beaucoup de ^asiérop
des sont aussi dans le même cas, ainsi qu un
grand nombre de iiivalvos ou d acéphales.
Les coquilles dont l'â^e embryonnaire est
plus simple dans ses ornements extérieurs
que le reste de l'arxîroissement fornienl,
néanmoins, le plus grand nombre. C'est, eo
effet, on pourrait le dire, la règle générale,
quand les autres ne sont que l'exception.
On retrouve ce caractère chez presque tous
les céphalopodes où la coquille est lis^^c,
unie, quand même, plus terd, elle serait
plus ou moins carénée et surchargée d or-
nements. On le voit dans les coquilles de
quelques nucléobranches, dans une naulti-
lude de gastéro[)odes et chez des acéphales.
Dans tous leî> cas, que l'Age embryonnaire
des coquilles apporte plus ou moins de
changement dans les formes, ou seulemeni
dans les ornements eitérieurs, ce clian^o-
loent n'est pas tougours le même. Lorsque
ces modifications appartiennent h rembrvon.
quand il était dans l'œuf, elles forment une
partie distincte du reste de la coquille, nf"
consente par un bourrelet ou par un silN»
qu'elles dépendent des différentes îmm^
de gastéropodes ou d'acéphales. Alors, celte
première modification, ce premier âge, peu^
recevoir le nom spécial de nuf/fw«.\ï"*^
lorsque ces modifications sont postérieur»
h la sortie dé l'œuf, elles ne sont marqneeN
sur la coquille, par aucun point d«rréliian
l'accroissement. C'est, du reste, ce qu» «
lieu chez les céphalopodes, chez heaujoup
de gastéropodes et d'acéphales. On reli'ou^*'
MOL
F.T DE PALEONTOLOGIE.
MOL
994
qeelquefois le nucleus di^tiiicl, et, de plus,
un accroissement i)Ostérieur également diffé-
rent du reste. Cette circonstance s'est mon-
trée principalement chez des gastéropodes et
des acé|)hates.
Période it accroissement des coquilles. —
L'accroissement des coquilles peut être en-
Tisa^é de deux manières : il est limité, ou
])ourainsi dire îndétini,en ce sens qu'il dure
tant que l'animal existe.
L'accroissement est limité principalement
chez les gastéropodes. Il s'arrête effective-
ment jiour toujours, lorsque certaines co-
quilles terrestres forment ce bourrelet qui
entoure son ouverture, re qui l'a fait nom-
mer péristome. Il est encore limité quand
d'autres eoquilles marines forment leur
bourrelet unique qtii circonscrit la bouche,
ou quand elles épaississent leur ouverture,
soit par un rebora recourbé en dedans, soit
par des di^îtations plus ou moins nombreu-
ses, combinées avec Tépaississenient géné-
ral de ce bord.
L'accroissement des coquilles est souvent
illimité chez les mollusques. On voit, nar
exemple, les céphalopodes croître tant qu ils
existent. Un nombre considérable de gasté-
rofKKJesde tous les ordres sont dans le même
cas, et tous les acépliale<, sans e\( eption,
semblent suivre cette marcfie.
Parmi les coquilles dont Kaccroissement
dure tout le temps de Texistence, il en est
chez lesquelles il est régulier, et pour ainsi
dire uniforme, pendant toute la vie» comme
ou |>eut le remarquer parmi les céphalopo-
des, les gastéropodes et les acéphales; mais
il eo est aussi dhez lesquelles il admet des
tcfiips d'arrêt ou de repos. C'est, en effet,
filors que se forment ces bourrelets, ces sil-
lons espacés qui marquent les anciennes
i»ouches de quelques ammonites. Ces bour-
relets, également anciennes bouches, soit
irrégulièrement espacés, soit sur trois faces,
seit enfin alternes, qu*on remarque chez une
infiDîté de gastéropodes, on pourrait même
les retrouver dans les lames successives es-
pacées de certaines bivalves.
Ces points d'arrêt momentanés ou défini-
tifs pourraient fort bien être en rapport avec
des périodes de reproduction et d'accouple-
ment. On doit au moins le croire pour les
c'oquiiltfv des ammonites, toujours assez
inin«'es, et pour un nombre considérable de
K^stéi-ripodes, chez qui la coffuillc est, dans
rintervalle de chaque bourrelet, si fragile
qu'elle ne pourrait, sans se briser, se rap-
jiroeher d'autres corps durs ou se me.,lre en
contact immédiat avec eux.
T^VA les coquillos dont raccroissement
est limité, elles çrandissi'Ut pendant un
tfoifis plus ou moins long, suivant les es-
pèces, avant d'atteindre le sunnnum de leur
taille. Pendant cet accroissement, elles lais-
^<*nl peu à peu leurs ornements, leurs côtes,
leurs stries pour les espèces qui doivent deve-
iKT plus simples, ou elles les prennent pour
celles qui doivent être plus oonipli']uées.
Knfin, les unes devenues lisses, les autres,
»' étant chargées d'ornements plus ou moins
variés, louli-s attei^^nent leur grande taille.
Laainial forme alors, comme nous l'avons
dit, un iKiurrelet, des digitations ou di-
verses excroissances, selon les genres et les
espèces, et ne grandit plus. Pendant le reste
de son existence, ce rebord se renforce, la
co juille s'épaissit ou de nouvelles couches
se déposent sur les expansions ou digita-
tions de ses liords.
Dans les coquilles dont TacToisscment
est illimité, les choses se {tassent autre-
ment. On voit, chez les ammonites, par
exemple, succéJer à la coquille lisse, les
tubercules, les cOtes, la carène, qui se mar-
quent de plus en plus, pendant un temps
plus ou m'tins long. Le même phénomène
a lieu aussi chez quelques nautiles, tandis
qu'au contraire d^autres perdent les orne-
ments du jeune âge pour devenir plus sini-
jïles. Quelques gastéroi)odes et des acéphales
offrent encore des changements analogues,
soit en s'omant davantage, soit en se sim-
plifiant. Il est à remarquer que, chez les
gastéropodes, les ornements s'accusent en
général d'autant plus fortement que les co-
quilles sont plus Agées.
Période de dégénérescence dans raccroisse-
ment des coquilles. — La période de dé^ré-
nérescenee est surtout très-marquée chez les
céphalopodes, où, par exemple, les côte^ ou
les tubercules latéraux s'éloignent, s'abais-
sent, disparaissent enfin, à mesure que la
coquille s'accroît, et finissent par s'effacer
entièrement, laissant alors la coquille ausii
lisse dans son dernier tour que dans son éîat
embryonnaire. La période de dégénérescence
est rare chez les gastéropodes ; car on ne
peut appeler ainsi l'instant où, limitées dans
leur accroissement, les coquilles ne font
plus qu'épaissir au lieu de grandir. Elle est
aussi rarement marquée chez des acéphales.
Variaiions naturelles des coquilles déter-
minées par les sexes. — Cette série de va-
riations ne (leut exister que chez les cépha-
lopodes ou chez les gastéropodes i sexes
séi#arés; aussi est-elle exceptionnelle chez
les mollusques ; néanmoins, comme elle joue
quelquefois un grand rôle, nous croyons
devoir en parler ici. Les variations oe co
genre amènent seulement une grande lar-
geur dans la coquille des femelles, sans que
les ornements extérieurs changent beaucouji.
lies osselets cornés internes de certains cé-
phalopodes en montrent un exemple. Nous
avons également remarqué ce fait dans les
rostres des bélemnites; et ce caractère est
très-visible surtout chez les ammonites. On
le retrouve encore dans la coquille de quel-
ques çastéropo'les; mais le cas est rare.
Fartaliofis pathologiques des coquilles. —
Les cas pathologiques doivent eptrer quel-
quefois uans les causes d*erreur, lo**squ'il
s agit de la détermination des espèces, ils
se montrent, en effet, sons toutes les fur-
mes, suivant les classes. Chez les céphalo-
podes, des accidents produits |)ar une bles-
sure ont changé l'extrémité des rostres lics *
bélemnites, o«jr même ont été assez extraor-
dinaires ]K>iu* servir à l'établissement de
w%
MOL
DlCTiONNAlilE DE COSMOGONIE
MOL
DM
■
1
genres distincls. D'autres blessures amènent
nés modifications très -remarquables dans
les ornements eitérieurs des ammonites.
CluQz les gastéropodes 9 ces modifications
changent quelquefois Taspect des coquilles.
La spire, par exemple, au lieu de suivre
Tenroulement des autres individus de Tes-
pèce, se contourne du côté opposé. D*autres
ibis, au lieu d*avoir Tangle spiral ordinaire
à Tespèçe, cette spire se détache, s'allonge
plus ou moins et ne ressemble plus à colle
des autres individus. Ces variations, assez
communes chez les coauilles terrestres, sont
rares chez les coquilles marines. On voit
encore dans cette classe les résultats des
blessures du manteau, qui laissent toujours
des traces sur la coquille. Sans que ce soient
précisément des cas pathologiques, on peut
considérer comme d^ déformations ces ac-
cidents si nombreux des coquilles fixées par
leur byssus ou par leur test, qui, gênées
dans leur accroissement, prennent des for-
mes bizarres déterminées soit par la place
restreinte qui leur reste pour s'étendre, soit
par les corps sur lesquels elles se moulent
et dont elles reproduisent tous les ornements
extérieurs.
Variations naturelles des coquilles déter-
minées par Vijifluence locale et par les possi'-
lilités vitales. — Les variations déterminées
par rhabital des coquilles sont immenses et
peuvent souvent tromper l'observateur su-
perficiel. Cette influence se montre dans les
limites d'accroissement, dans les ornements
extérieurs, ou même dans la forme et l'é-
paisseur des coquilles.
Les coquilles libres subissent de toutes
jes manières Vinfiuence des lieux. On voit,
par exemple, telle espèce terrestres ou d'eau
salée, dont l'accroissement est limité, deve-
nir fréquemment, suivant que les localités
sont plus ou moins propices à son accrois-
sement, plus grande du double en un lieu
(!|Ue dans un autre. La taille est donc loin
ao présenter un caractère constant. Quel-
quefois telles coquilles qui, par suite de leur
tranquille accroissement, prennent dans une
localité des ornements très-marqués, en
manquent lorsqu'elles ont, au contraire, à
lutter contre l'action incessante de la houle.
Cette influence se remarque dans une foule
de coquilles marines, parmi les gastéro-
podes et surtout parn:)i les acé{)hales, où la
même espèce, prise dans une baie tranquille,
dans un marais, est toute différente par ses
côtes, par ses stries, et par l'épaisseur de la
coquille, de ce qu'elle est sur une plage bat-
tue de la vague. On voit encore ces modifica-
tions se prononcer sur les espèces terrestres.
Si les coquilles libres, qui dès lors peu-
vent, jusqu à certaines limites, choisir des
conditions favorables d'existence, sont su-
jettes à une foule de modifications, ces mo-
difications deviendront d'autant plus fortes
chez les coçiuilles fixées au sol, soit par leur
anfmal, soit par leur coquille. Nous avons
reconnu que, suivant l'espace que trouve
telle espèce pour s'accroître, elle est large,
demi-sphériqup , longue et déprimée, ou
bien étroite et très-haute. Nous avons en-
core remarqué ({ue tels individus de gasté-
ropodes ou de bivalves se sont modifiés dans
leurs formes et dans leurs ornemenLs, sui-
vant les conditions favorables ou non {ann
râbles à leur plus grand développement, et
l'état de calme ou d'agitation dans lequel
l'élément aqueux les laisse s'accroître.
Limites de C espèce idans les mollusaues. —
D'après tout ce que nous venons de aire sur
les variations déterminées |)ar l'âge, par le
sexe, par les cas pathologiques et par les
influences locales, on concevra facilemenl
que, sans ces connaissances préliminaires»
qu'on ne peut acquérir, le plus souvent, que
sur les lieux ou par une longue suite d'é-
tudes, on ne saurait arriver à aucune déter-
mination parfaite. Il ne s'agit pas, en effet,
de fixer arbitrairement les limites de l'espèce
dans le cabinet, en se basant sur des sys-
tèmes plus ou moins erronés; mais biea
d'observer, de méditer et de discuter toutes
les causes d'erreur qui peuvent influer sur
une bonne déterminatioa spécifique. Lors-
qu'on n'aura d'autres guides que des carac-
tères conchyliologiaues, ce qui a lieu pour
toutes les espèces fossiles, il conviendra de
camparer un grand nombre d'individus re-
cueillis dans Ta même couche, afin de s'as-
surer des diverses modifications, pour ne pas
ériger en espèces de simples états d'accrois-
sement, des variétés, des déformations ou
des états de fossilisation. Eh général, relati-
vement aux céphalopodes, on devra surtout
tenir compte des âges et des cas pathologi-
ques. Pour les gastéropodes, les différences
d'Age, les cas pathologiques, les influences
locales, sont plus indispensables encore.
Pour les acéphales, les brachioj[)Odes, les
Ages et les influences locales doivent être
surtout étudiés avec soin.
En résumé, les limites de l'espèce soot
loin d'être uniformes dans les êtres. On voit,
par exemple, les couleurs seulement donner
de bons caractères spécifiques chez lesoiseaui
et chez les insectes; mais, chez les mollus-
ques, les couleurs ne peuvent pas toujours
être admises, bien qu'elles donnent quel-
quefois de bonnes indications pour les co-
quilles vivantes.
Les limites de l'espèce sont, chez les mol-
lusques, bien tranchées et constantes, sans
avoir, néanmoins, les mêmes bornes dans
toutes les classes. La forme, la taille, ne
sont pas toujours, en effet, des caractères
constants chez les coquilles terrestres. Les
couleurs, jointes à la forme, donnent, à\ï
contraire, d'excellents caractères pour beau-
coup de coquilles marines libres. On peut
dire qu'en ce qui concerne les animaui ro«-
rius, les limites de l'espèce, abstraction faito
des variations dont nous avons parléf sont
d'autant plus étroites que l'animal est pnj^
libre dans ses mouvements. Quelques ce
. pbalopodes, beaucoup de gastéropodes, d acé-
phales libres, ont des limites très-restrein-
tes, tandis que les gastéropodes et les a* ^"
phales fixés par Tanimal ainsi que les on-
chiopodes, 3n demjindent déjà de hien pw
•
1
M7
UOL
ET DE PALEONTOLOGIE.
MOL
998
larges ; et ces limites doivent encore s*éten-
dre beaucoup plus pour les gastéropodes et
pour les acéphales, les brachiopodes et les
nryozoaires mes par leur coquille. Tel carac-
tère qui, quoique peu saillant, distinguera
suflis.'^mraent entre eux des céphalopodes,
des gastéropodes et des acé|>liales libres, ne
.<«*appliqueraplusà la séparation des coquilles
fi\ées |iar Tanimal ou par le test lui-même.
Ce qui précède démontre que la bonne
détermination de l'espèce dépend, dans les
ras difficiles, des études plus ou moins ap-
profondies de robservateur, de son jugement
plus ou moins juste et de sa sagacité. Cette
réunion indispensable de connaissances né-
cessaires explir^uera combien les erreurs
ont dû se multiplier dans la science. Il est
bien certain aue des causes d'erreur de no-
menclature, aes causes d'erreur zoologique
que nous venons de faire connaître, sont
nées toutes les dissidences qui existent entre
les obsenrateurs; dissidences considérable-
ment augmentées, pour les espèces fossiles,
(Mir les variations qu*apportent la déforma-
tion et surtout la fossilisation.
Il est certain que si les poissons ont été les
K lus nombreux, parmi les animaux vertébrés,
*s Mollusques pourront, à eux seuls, repré-
senter trois fois l'équivalent numérique de
tons les antres animaux fossiles réunis. Ils
sont, en effet, très-multipliés depuis la pre-
mière animalisation du globe jusqu'à nos
jours.
TERRAD9S.
ÉTAGES.
Les mollusques ont quelquefois otf rt ù^s
exemples rares de conservation, les bélem-
nites de Christiau-Malford (Angleterre), les
acanihoteuthis et les sepia de Solenhofen
(Bavière), ont montré l'empreinte complète
de l'animal, conservant encore une partie
des fibres musculaires du corps, des nageoi-
res et des bras. Dans les mêmes localités,
dans les schistes bitumineux du départe-
ment de l'Ain, et dans le lias d'Hobden, on
a rencontré, plus fréquemment encore, a
TéUil fossile, le sac qui contient l'encre
ou la matière noire, et des parties cornées
parfaitement conservées, comme Ses ongles
des bélemnites, dés acantholeuihis et les os-
selets internes cornés .d'un grand nombro
de céphalopodes. Il ne reste, le plus sou-
vent, daus les couches terrestres, que les
parties testacées, ou la co'iuille des mol-
lusques. On trouve celle-ci entière dans sa
position normale, avec ses diverses parties
réunies, comme les deux valves des bival-
ves, par exemple, ou bien les parties sé-
parées, mais intactes. D'autres fois les co-
quilles sont transformées, détruites, et ne
montrent que des empreintes, des moules,
des modèles ou des contre-empreintes.
D'après le tableau suivant, dressé |iar M.
d'Orbi^ny, Ton pourra juger de la valeur
numérique des espèces de mollusques qui
caractérisent chaque étage et chaque terrain
en particulier.
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CBATACA:
jraAssiQccft.
vmiAftiQrcs.
riLiozoïQccs.
27. Sabapennin.
26. Falunien.
25. ParÎMen.
24. Suessooîen.
23. Daniel.
22. SenoDien.
21. TuroDÎeo.
20. Cénomanien.
9. Albîen.
8. ApUeo.
7. Néocomieii.
6. Pordandien.
5. Kiminéridgieii.
4. Corallien.
3. Oxfordien..
2. CaUovieD.
1. Bathoiiîen.
0. Bajoden.
9. ToarcieD.
8. Lia^ien.
7. Sinémurien.
6. Saliférien.
5. Coochyliea.
4. PennieD.
3. CarbonirérieD.
2. Dévonien.
I. Silurien.
B. Sapéricor oa
Murckisomen,
A. Inférieur, on
Silurien»
4U
2,993
1,478
562
47
1,061
218
627
507
146
656
59
184
493
499
253
407
508
273
270
163
619
t04
82
887
1,054
356
375
162
160
199
132
17
507
148
183
52
4
124
2
16
230
25
125
94
14
13
12
114
3
9
161
146
61
52
606)
694)
61
1,508
366
810
359
150
781
61
200
638
729
278
532
602
287
283
175
733
107
91
1,048
1,200
418
421
4,098
3,785
810
3,184
TOTiux eéNlftAUX. 14,947 3,000 17,947 17.947
996
IIOS
DICTIONNAIAE DK COSMOGONIE
nos
m
MONITOR. Voy. Mosasaurs.
MONODELPHES. Voy. Mammifàres.
MONTBRON (M. de), son interprétation
du 1" chapitre de la Genèse. Voy. Jéua^i
ME 8AI!IT-CLATIfi?f et la NOTB ADDITIONNELLE à
la fin de ce volume.
MOKO. Voy. UÉOLOGiE.
MOSâSAURE, genre de reptiles fossiles
de .Tordre des sauriens. —Le inosasaure
a longtemps été connu sôus le nom de grand
animai de Maëstricht, parce qu'on la trouvé
près de cette ville, dans le tuf calcaire qui
constitue les dépôts les plus modernes de
la formation crétacée, et qui contient des
ammonites, des bélemnites, des hamiles et
plusieurs autres coquilles de la craie, en
môme temps que des débris d'animaux ma-
rins, qui lui am)artiennent en propre. Ce fut
en 1780 que I on y découvrit une tète à peu
(irès complète , qui appartient maintenant au
muséum de Paris. Celte pièce célèbre dérou*
ta pendant plusieurs années toute la science
des naturalistes : plusieurs y voyaient la tête
d*unc haleine, d*autres celles d*un crocodile;
mais sa véritable place dans la série ani-
male lui fut assignée pour la première
fois par Adrien Camper, dont les travaux
de Cuvier sont venus depuis confirmer
Topinion. II résulte des rccLerches de ces
deux savants illustres que Tanimal auquel
avait appartenu le débrisen question était un
reptile marin d'une taille gigantesque et très-
voisin desmonitors(717}.Êtquant a l'époque
à laquelle le mosasaure se montra pour la
première fois, ce fut selon toute aj)parence,
vers la fin de cette longue série de pério-
des géologiques, durant laquelle se dépo-
sèrent les groupes oolitique et crétacées, lians
toute la durée de ces périodes, notre pla-
nète parait avoir été surtout habitée par des
animaux marins, et, au nombre des plus
grands parmi ces derniers, se trouvaient
des sauriens d'une stature gigantesque,
dont plusieurs habitaient la mer et arrê-
taient dans de justes limites raceroissement
excessif des tribus de poissons leurs con-
temporaines.
Depuis le lias jusqu'au moment où a com-
mencé le dépût de la craie, les ichthyo-
saures et les plésiosaures furent les tyrans
de l'océan ; et, k partir de cette dernière
époque, qui est précisément celle où se ter-
mina leur existence, ils paraissent avoir été
remplacés, tout le temps que dura le dépôt
(717) Les mon! tors sont uu genre de lézards qui
fréquentent les marais et les Imrils des rivières dans
les climats chauds. Ils doivent leur nom à ce préjugé
Hniverscllemenl reçu, malgré son absurdité, qu'ils
annoncent par un sifflement aigu l'approche des cro-
codiles et des caïmans. Il y en a une espèce, le mo-
nitor du Nil, qui détruit les otofs des crocodiles « et
ipie Ton voit sculptée sur les monuments de Tan-
ciennc Egypte.
(718) M. Manlell a trouvé des débris appartenant
au niosnsaure dans la craie supérieure , près de
l>ewcs, et le docteur Morton dans le sable vert
{(frecn-iand) de Virginie.
(719) L'épaulard atteint jusqu'à 20 et 25 pieds;
r'rst un animal très-féroce , qui se nourrit de pho-
ques et de marsouins, ainbi ((ue de poissons.
de la craie, uar le mosasaure, qu'on dirait
avoir été créé pour remplir lemporairti-
ment les fonctions (718), et qui devait lui-
même céder la place aux cétacés de la | é-
riode tertiaire. Comme il n'existe dans le
monde où nous vivons aucun saurien qui
habite la mer; comme, d'un autre cuic,
les représentants actuels de cet ordre les plib
puissants, les crocodiles, bien que cré(^^
spécialement pour vivre dans les eani, ont
recours plutôt à la ruse qu*à la vitesse pour
s emparer de leur proie ; il ne sera pas
sans intérêt d^étudier les arrangements mé-
caniques par suite desquels un reptile toi-
sin des monitors se mouvait dans la mer
avec assez de puissance et de vélocité pour
atteindre et saisir d*aussi grands {loLssoDs
que ceux dont il dut faire sa pâture, à en
juger par le volume prodigieux de ses deuu
et de ses mâchoires.
Les caractères de la tête et des dents prou-
vent des rapports intimes entre cet aiiiaidl
et les monitors, et les proportions des di-
verses autres parties du squelette conduisent
à conclure que ce monitor monstrueux des
mers d*autrefois avait 25 pieds de lon-
gueur, quoique parmi ses congénères ïïh^
d:ernes aucun n'excède 5 pieds. La iU
est longue de 4 pieds ; celle des plus gran.s
monitors ne dépasse pas 5 pouces. Les
anatomistes les plus profonds ne joui-
raient imaginer qu'avec peine une sér.e
de modiQcations à Taide desquelles ua m -
nitor pût atteindre la taille et le toIuid.'
d'un epaulard (719} (d«/pWnu5 orca), et po-
séder en même temps la faculté de se mou-
voir avec force et vitesse au sein des eaui
de la mer. C'est néanmoins ce que nous oSre
le squelette fossile dont Tétude nous occu,^
,en ce moment : dans tout son enseml^ie,
nous trouvons les caractères d'un inooilor;
mais ces caractères se modiûentdans Mbul
manifeste d'en faire un animal créé pour
vivre au sein des eaux de la nier.
Le mosasaure n'avait guère de caractères
cx)mmuns avec le crocodile ; mais il se raj-
prochaitdes iguanes jmr un appareil den-
taire fixé sur ros ptérj^goide, et occupant la
voûte palatine, ainsi que cela a lieu chez
certains serpents et chez certains poissons,
où ces dents, dirig^^es en arrière com^i'^
les barbes d'une flèche, s'opposent à ce q'i^
la proie puisse leur échapper ('/20).
Les autres parties dû squelette sont ra**'
(720) Les dents n'ont pas de vraies racines, ti rw
sont pas creuses oomme ciiez les crocodiles, msi^'
leur état de complet accroissement elles sont »■
tièrement pleines et soudées à leurs alvéoles paf
une base osseuse, larjga et solide, résulunt de I/b-
silicatton de la matièi-e pulpeuse qui a sécreie m
dent. En outre, elles se lixcnl plus solidcmen» ^»-
core aux mâchoires par Tossificatian de h cap»^^
ou organe sccréleur df réniail. Cette capsflle m^-
fiée entoure la tose des dents d'une Mrte de con-
trefort circulaire, et les fixe avec une «*<'*®^?'"
dite. Les dents nomelles apparaissaient dans d>0'
très cellutes de l'os maxilUirc, et, en s'accroi$sa''.»|
traversaient irrégulièrement sa substance , )«*!
ce qiw, venant a comprimer la base des «cois *
cicnnes, elles les forçaieul à se dêtïcber en »«»
fOOt
nos
ET DE PALEONTOLOGIE.
MOU
fOOt
fiûiement en accord avec les caractères fournis
par la tète. Toutes les vertèbres sont con*
caves en avant, et convexes en arrière, et
s^adaotent oar une articulation orhiculaire
aui jeur permet des mouvements faciles de
exion dans tous les sens. Depuis le milieu
du dos iusqu'à Textrémitéde la queue, elles
sont dépourvues des apjophyses articulaires
qui sont d'une utilité si essentielle pour la
solidité du tronc chez les animaux aestinés
à se mouvoir à la surface de la terre. Elles
ressemblent sous ce rapport aux vertèbres
des dauphins, et cet arrangement n'a été créé
que dans le but de leur rendre la natation
plus facile. Les vertèbres du cou sont aussi
construites de façon à procurer à cette par-
tie du corps plus de nexihilité qu'elle n'en
a chez les crocodiles.
De même que la queue des crocodiles, la
queue du mosasaure, comprimée dans le
sens latéral, en même temps qu'épaisse dans
le sens vertical, constitue un aviron droit
d'une puissance énorme ; et l'action qui ré-
sulte de ses mouvements latéraux chasse
le corps en avant, comme ces bateaux que
fait avancer un seul homme avec un seul
aviron à l'arrière. Bien que les vertèbres
<:audales soient à peu près en même nombre
que chez les monitors, la queue était pro-
portionnellement plus courte, par suite de la
plus grande brièveté relative du corps de
ebacun de ces os; et de cette disposition
résultait un accroissement de puissance dans
la queue considérée comme instrument de
natation, et une rapidité de locomotion qui
n'eût pu se concilier avec une queue longue
et mince comme celle du monitor, qui s en
aide pour grimper. Enfln une dernière dis-
X^csition, qui a pour but de donner à la queue
une plus grande vigueur, c'est l'existence d'os
en chevron solidement fixés au corps de cha-
que vertèbre, de la même manière que dans
les poissons.
Le nombre total des vertèbres est de cent
trente-trois, à peu près autant que chez les
monitors, et plus du doifbie de ce qu'on en
observe chez les crocodiles. Les cAtes n'ont
au'une seule tête, et sont arrondies comme
ans Ta famille des lézards. Quant aux ex-
trémités, on en possède des fragments assez
nombreux pour démontrer que le mosasaure,
au lieu de pattes, les avait terminées par
quatre larges rames pareilles à celles du
Elésiosaure et de la baleine ; et il est pro-
able qu'un de leurs usages principaux fut
d'aider l'animal à s'élever à la surface des
eaux pour y venir respirer, dépourvu qu'il
était, suivant toute probabilité, de la queue
horizontale, qui permet aux cétacés ce même
mouvement a ascension. L'ensemble de ces
caractères concourt à démontrer que le mo-
sasaure était organisé dans le but d'une exis-
tence exclusivement aquatique, et que, mal-
gré l'exagération de ses proportions, s'il
Tient à être comparé aux genres vivants
de ces deux familles, il établit un anneau
intermédiaire entre les monitors et les igua-
nes. Ouoi que nous puissions trouver d*é-
norme dans ces dimensions comi^arées à
celles de tous les lézards actuels, et quelque
étrange que puisse nous paraître l'existence
de genres marins dans cet ordre des sau-
riens dont aucune espèce actuellement vi-
vante n'habite la mer, il n'y a rien là qui
doive plutôt nous étonner que les modifi-
cations analogues que l'on observe dans le
mégalosaure et dans l'iguanodon, exemple?
d'un agrandissement plus considérable en-
core du type des monitors et des iguanes,
converti en des formes* colossales appropriées
à une locomotion terrestre.
Au milieu de ces variations dans les pro-
portions, nous voyons persister les mêmes
lois qui président à l'organisation des gen-
res contemporains ; et la perfection des com-
binaisons mécaniques qui à toutes les épo-
ques ont résulté de leur action, nous prouve
quelle haute sagesse a calculé ces méca-*
nismes, et quelle puissance infinie les a
maintenus dans leur intégrité.
Cuvier affirme, à pro|K)s du mosasaure,
que, même avant d'avoir vu une seule de
ses vertèbres ou un seul os de ses extré-
mités, il était à même de déterminer le ca-
ractère général de l'ensemble du squelette,
d'après l'examen des mâchoires et du sys-
tème dentaire, ou même d après la vue d'une
seule dent. Ce ))Ouvoir de détermination, la
science en est redevable à ces lois magnifi-
Î[ues de corrélation des organes qui sont le
ondement de Tanatomie comparée, et qui
donnent à ses découvertes un intérêt si
puissant.
MOULE. — On appelle num/e, toute em-
preinte organique complète, qui n'a laissé
qu'un vide à la place occupée par le corps
organisé, qu'elle qu*en soit la forme, comme
le moule exécuté en pIAtre par les modeleurs
pour reproduire et tirer des exemplaires
d'une sculpture ou d'un ornement quelcon-
que. Ce moule peut être extérieur^ intérieur^
ou montrer le^ deux parties à la fois.
Le moule extérieur s'applique à toute es-
Fèce de corps organisés, pleins ou creux à
intérieur, comme à la cavité taillée dans
une roche par un os, un polypier, ou même
par une coquille. C'est alors une cavité sim-
ple, circonscrite de toutes i)arts.
Le moule intérieur^ au contraire, n'est
applicable qu'aux corps organisés qui pré-
sentent une cavité intérieure , comme les
bivalves fermées et les gastéropodes ; mais,
le plus souvent, les corps creux laissent à
la fois le moule extérieur et intérieur. Lors-
que, par exemple, une coquille bivalve
entière enveloppée de sédiments fins, laisse
quelque partie béante entre les valves, el!e
ne tarde pas à se remplir de ces sédiments
qui l'entourent extérieurement. Lorsque la
coquille se détroit, il reste à l'extérieur
un moule extérieur^ tandis qu'à l'intérieur
les sédiments moulés sur l'intérieur de la
teoipi q«e la base eUe-meme, en y causant une sorte même principe que tes deots aoxillaires , et se i^-
de nécrose, et à tomber à la manière des cornes du nouvelfent de la même manière.
cerf* Lei dents palatines sont organisées d*après le
DiCTioiiN. DB Cosmogonie et de PalCoatolooie. .?2
l^.Ti'.'^^J^L VL C:^16»J^ZL
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J*"' ;^ f.*ff Vr *^::',o*-rït ef;':r •:.•?•:*. --'•'»
Hvi\}V''\'r:\H ifit^î*ytre, O'.rfïîr.e !<? î« •* «f ,
l>ajî.r*r;nt«ï' eilérieun? Vî^*: •• !u<& â <* n< î'r<
eorj/* , t9rr*is q-ie !>/ï.;'r*rir!te ir:»}r:.-.îre
iïV%t n]]f\u:^\)\^ qu'a «r'r'ji q'^i son! ^lî^-tît.
Kof>$ fî'* «^îirjr'oris dorin^ïT unç i-i'-e p.'js
exa^.'t^ de !a natare d'à ne ^njpreinVf, q':Vn
la c^^mparant è l'ima/e Iai--<r^' «ur i:n f*^ni
Biofi ou du'rlîle, cofijffje celie qu'iru; ririic
$ar la cfre le cachet qu'on j ap «îiqiê. i>:'5
er/jj/r'-inUf^ v>ileïtérieure«, Vjil int»rrieur^s
a^^/f j t fréq iien les da ns certa , ri»r s cou <.":'<, ^ u r-
fout daT,s c*;lle^ qui *e iriomrent trè5-p*:r-
m^jihhrs aui infiltrations aqueu^s îorsqne
\<z i:')r[rs orfi&Dique offrait, eu <oi, df s éié-
wenls de d<^*r!omposilion facile. Plus les
moK'Cules qui ont enrelopf^é le corp< onra-
nisé étaient >fineSy plus les empreintes sont
i*- !!•: . -•»ri*> « *r T*. ^« «^
T_ — ^ 1, - • —
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t.cr î ^'ei : :^ ;^:î.t>. *r riie re* *- * i
1 .4 e r .*• :L!e -li-^^ralî, et Irs en^jrci'^
ei.vr.'e ..-tr i /.rrl.jre, rc':;n:e>et !:-- * -^^
col:-. :î, e: •: iV-^î j.^s «[.u i^cinfori^; -
iDea: !->«.î:^ :^r-> inlcrn-rs, fn : l:*: -»
en-^;^: .c \^i :/e>l ci ur.e c:::, rtif'e :' >
ne, i.i ur.:- tL^^j'iiDle eiUrae, ii;a:>.: -•*
réii'.'-D ^L* i'i.ntf cl «Je l'cmlre. Cette •::: >
lance i :^l trê>-ff tr -liente, <urt«»ut *l'^zj -^
càlcôires la-irneai «le l'~'àS le> i-:>i
couiaie réî*3-:e Limuién j^:f n Je GiÂielai:. \
rê:a^e eor-t/iien de Marâns ^Chartnîeltf^
rieufe, , etc., elc.
MULOT, ct^ièbre sondeur. Fo».; Prni
amTÀsiE5S.
MYLODON. Foy. Mammifèeks
N
NAUTILE» genre de mollusques de la classe
d«a eépholopodes et de Tordre des tentacu-
Ufères. — Nous emprunterons à la famille
4e« coiiuilles multiloculaires ou cloisonnées
Îoelques exemples remarquables dans le but
*éclatrcir certains points qui ont Irait à la
fin que nous nous proposons princi|)alement,
eelie de Aire ressortir rintelligeocc et les
prévisions du Cr(*at<;ur dans la création des
mécajiismes or($aniques.
Ce ^ui nous din^e dans ce choix, c*est
que d abord nous trouverons dans ces co-
Suilles des dispositions mécaniques plus
videmment créées, pour un but déterminé
Sue ne nous en offriraient des coquilles
*une organisation plus simple. Un second
motif, c est que l'usage de leurs diverses
parties peut facilement se comprendre si on
on prend pour terme de comparaison Téco-
nomie et Foi^anisalion des anîmaui aciuels
les plus voÎMns des es|ièces et des genres
fossiles que nous allons choisir poursuje»
d'études. En troisième lieu, c'est uue dju|
pourrons démontrer que non-seulemenli*
plupart de ces coquilles cloisonnées ont rem-
pli l'office des coauilles ordinaires comj'îe
armes défensives aes animaux qui les habi-
taient, mais qu'elles étaient aussi des jn^-
truments hydrauliques d'un travail fii»» ^ "^
agencement merveilleux,elsubordoDnésu3^
les fonctions pour lesquelles ils ont eu cal-
culés à ces lois universelles et ^^^5^*^!!|J
qui paraissent avoir présidé de toute éierû
aux mouvements dès fluides. . ,
L'histoire des coquilles cloisonnées jer^
aussi de la lumière sur quelques-uns rte»^
phénomènes de la conchyliologie fo^"^^2i
ont trait à laj{délimitation des espèces sm-
,--H
ms
NAU
ET DE PALkbSïOLOGlE.
NAU
1006
vant les diverse^ formations géologiqoes
(721). Elle offre des preuves frappantes de ce
fait curieux que des genres et niénie des fa-
uiilles tout entières ont etéappelées àTexis-
tence, puis complètement détruites durant
les diverses péricKles successives de la for-
malioQ de Tecorce terrestre.
Enfin nous lui devons de précieux rensei-
gnements sur unpoint d'une haute impor-
tance dans l'histoire de la vie. Eltc nous fait
voir en effet que ce n*a pas toujours été en
s'élevant, par une gradation régulière^ des
degrés de l organisation les plus inférieurs
aux degrés les plus élevés, que sVst opérée
la marclie pro^^ressive de la vie durant les
temps anciens vers lesquels la géologie nous
rejKirte. Car plusieurs des formes [es plus
simples ont conservé leur simplicité primi-
tive en traversant tous les changements qu'à
subis la surfoce de notre globe, tandis uue
cians d'autres cas des formes d'un ordre plus
élevé précèdent plusieurs des formes les plus
inférieures de I animalité, et que quelques-
unes de ces dernières n'apparaissent pour la
première fois qu'après la destruction com-
}»!ète (722} de plusieurs espèces et de plu-
bit'urs genres d'un caractère beaucoup plus
complexe.
Le nombre prodigieux, la variété et la
liC^uté des coquilles cloisonnées fossiles qui
remplissent les terrains stratifiés de transi-
tion et ceux de la période secondaire, nous
font un devoir im|>érieux de rechercher dans
l'étude de la nature vivante l'histoire des
caractères et des nabitudes des Mres qui les
ont construites et des fonctions que ces êtres
rempli^^saient dans l'économie générale du
n onde des animaux ; or, si nous pouvons es-
r»i-r*:r de recueillir les éléments d'une f a-
reiile histoire, c'est surtout chez ces habi-
tants des mers actuelles dont les coquilles
< 7il ) C>9t ainsi qne le nautilus mnlticarinatns ne
«^e trnuve que dans les couches de la formation de
tr.irisitîon; le nantituê bidonaint^ dans le niuscbel-
{;ilk; le mauliimê oàesuê et le nautilu* Hneatut,
0.1 iis ia formation ooliiique ; le nautiius elegatu ti
I : Mûutiltu undulaiuSf dans la craie. Les divisions
i'f"i formalions tertiaire^ offrent égaleinenl des espè-
c>*^ de nautiles qui leur sont particulières.
('î±±\ Durant les périodes tertiaires, une classe
<i 'animaux inférieurs en organisation, celle dés tra-
4 tf«'lîpodes caniitores, a pris la place qu'occupait
<i ut a fit les périodes seconiaires Tordre plus élevé
tï» s céphalopodes carnivores. U ya dansceue sulisti-
irtioii uue rétrogradation^ qui nous semble devoir
(».-jior uQcoop mortel à celte doctrine de progrès
C'jntinn^ que défendent surtout ceux qui rcfu-
ir.ii d*adniet;re rinlertenlion réitérée de la puis-
.•rj:;c créatiice dans les changements successifs
;T]'a «^obis ranimalité.
Il r«>iiltera de Tétude qoe hons allons faire des
rrK) villes de Mntiles fossile», qu'elles <mt conf;ervé,
t»»i^ les terrains slratiBés de tous les âges, la sim-
\<:\\é priurttiTe de leur stmcture, et que cette str»c-
't.f est esaenilcfleniênt dans le néuttlns pompilin$
>u naaiile flambé des mers actuelles ce qu>lle
^^ii dans les espèces fossiles les plus anciennes
l^a eoncbes de transition. En même temps, nous
-«-rrrins la famille des ammonites, si voisine de la
M «:r>f lenle et dont les eoquiUes sont d^un travail
plur> compliqué que celles des nautili^, commen-
er d^exî^ter à la même époque reculée des for-
offrent le plus d'analogie avec les fossile?
éteints qui sont soumis à nos observations,
et nommément chez le nautiius pompitius
ou nautile flambé» et chez le snirule (723).
Le nautile n'existe pas seulement dans
nos mers tropicales actuelles, mais c'est un
des genres qui se rencontrent à Tétat fossile
dans les formations de tous les â^es. Les
mollusques, habitants de ces coquilles» se
montrèrent les premiers dans les nscrs pri-
mitives, et ils se sont maintenus è trav(M
tous les changements qu*ont subis les habi-
tants des Océans.
C*est dans Texcellent Mémoire de M. OWen,
1)ublié en IBSâ seulement, que Ton trouve
a première description scientifique de cet
animal dont la coquille est connue depuis
une antiquité reculée (72'i). Ce mémoire est
doncd*une haute importance pour la géolo-
gie, car nous lui devons de pouvoir aftirmer,
avec bien plus de cerlilude que nous ne
l'eussions pu faire jusqu'alors, que les ani-
maux des nautiles fossiles faisaient partie
d'une famille actuellement existante de mol-
lusques céphalopodes, voisine de la seiche
ordinaire. Nous pouvons conclure aussi que
les ammoiiiies, dont les espèces sont infini-
ment [}ï\xs nombreuses, ainsi que d autres
genres voisins de coquilles multilocuiaires,
remi lissaient dans réconomie des animaux
qui les ont construites des fonctions analo-
gues à celles que remplit de nos jours la co-
quille du nautiius pompilius. Aussi pensons-
nous avec M. Owen que cette espèce^ dont la
connaissance est récemment entrée dans le
domaine de la science, n'est pas seulement
précieuse par ses rapports avec les céphalo-
podes de la création actuelle , mais qu elle
est en outre le type vivant d'un vaste groupe
d'organisations que leurs oébris fossiles
nous atiestent avoir existé à une énoijue
mations de transition et s^éteinilre dès la fin di*s
forma lion s soromia ires. Les coquilK^ niullilocLlaires
des gf*nres voisins nous offriront des exemples plus
récents de g<*nrcs d'espèces dont la création a élé
suivie de leur extinction périodique et complète, pos-
térieurement à l'époque où ont disparu les ammo-
nites, ou à ceUe cpnquc-là même. Je citerai parmi
ces coquilles, les genres bamite, turrilile, scapbite
bacolite et belemnilc.
(Tiôj Je ne fais pas mention de la coquille p us con-
nue de Tai^onaute, ou nautile papyracé, parce que
n étant pas une coquilk* cloisonnée, eUe n'offre point
un rapport aossi direct avec Tobjet que je me pro-
pose ici, et aossi parce que Ton ne sait pas encore
d'une mauiére certaine si le seicbeque Ton y trouve
Ta réellement construite, ou si ce n est que le para-
site d*unc coquille appartenant à quelque autre ani-
mal inconnu. MM. Broderip, Gray et Sowerby l'al-
iribuent à quelque mollusques voisin de la ca-
ri naire.
(724) C'est un failcinieni q«e,blen qu6 là coquille
du nautile ait été connue deft naturalistes désrépoque
d'Arîstote, et se trouve en abondance dans toutes les
€«4lcctîons, les seule* données aulhcntWiues que Ton
ait possédées ]fisqa*à ces dernières années sur rani-
mai qui rhabite se réduisent èce qu>n H dit Ram«
pfaius dans son histoire d*Amboyne. Or la fignre de
cet aateur, bien qu'assez correcte dans le peu qcs
Ton y voit, est tellement insuffisante dans les détails,
<|uMI est impossible d'en rien eonchire refâtivemenl
a Toriîamsatioa interne de Taudmal.
1007
MAU
DIGTIONNMRE DE COSMOGONIE
NAt
m
reculée, et au sein d'un ordre de choses tout
différent de celui que nous ayons sous les
yeux (725).
Ce type, qui reproduit sous nos yeux l'or-
Sanisation de tant de millions de créatures
epuis longtemps balayées de la surface du
globe, vous met à même d'étudier les usages
auxquels servaient leurs coquilles cloison-
nées fossiles, et de prouver I existence d'un
ordre et d'un plan disposant les mécanismes
à l'aide desquels elles remplissaient leurs
importantes fonctions. En voyant combien
ces mécanismes sont semblables à ceux que
nous offrent des animaux faisant partie de la
création à laquelle nous appartenons, nous
concluons que ces arrangements si parfaits,
ces admirables harmonies, malgré l'espace
de temps énorme qui a séparé les époques
où elles se sont manifestées, ont leur ori-
gine commune dans la volonté, dans les plans
a'une seule et même intelligence.
Ainsi nous allons aborder l'étude de la
structure et des usages des coquilles cloison-
nées fossiles, en partant de la connaissance
3ue nous avons, que les coquilles modernes
u nautile et de la spirule appartiennent à
des céphalopodes actuellement existants ; et
à l'aide de ce fait, nous espérons pouvoir
mettre en lumière 1 histoire de ces quantités
immenses de coquilles fossiles semblable-
ment construites, dont les usages et les fonc-
tions sont demeurés jusqu'ici sans une ex-
plication satisfaisante.
Tous ces fossiles peuvent se partager en
deux classes distinctes. L'une comprend les
coquilles externes, où les mollusques qui les
habitaient, résidaient, comme celui de la co-
Îuille du nautile, dans la cavité spacieuse
e leur première chambre, ou chambre ex-
terne. L'autre classe comprend les coquilles
Sui furent en totalité ou en partie renfermées
ans le corps d'un céphalopode, comme l'est
aujourd'hui la coquille de la spirule ; dans
chacune de ces deux classes, les chambres
de la coquille paraissent avoir rempli les
fonctions de vessies aériennes, ou de flotteurs^
qui permettaient à l'animal de s'élever dans
les eaux et de venir flotter à leur surface, ou
de s'enfoncer dans leurs profondeurs.
Dans le nautile moderne, le seul organe
qui établisse une communication entre les
chambres aériennes et le corps de ranimai
consiste dans un conduit ou siphon qui tra-
verse les cloisons successives par une ou-
verture à laquelle s'adapte un tube court, et
va se terminer dans la chambre la plus petite,
située à l'extrémité interne de la spirule. Je
vais essayer de faire voir comment, à l'aide
(72&) Toutes les espaces de coquilles fossiles mul-
tiloculaires, telles que les ortliocératites, les bacu-
lilcs, les hamiles, les scaphiics, les belemnites et
autres, dont la dernière chambre ou chambre externe
parait trop petite pour avoir contenu le corps tout
entier, des animaux qui les ont formées, ont été pla-
cées dans un jour tout nouveau, par la découverte
qu a faite Pérou d'une coquille cloisonnée bien con-
nue, la spirule, lacfuelle est en partie renfermée dans
Vextrémité postérieure du corps d*une espèce de
seiche. Deux circonstances avaient jelé quelque
d'un fluide particulier qu'il peut k Yolonté
faire pénétrer dans ce conduit, l'animal m
diminuer ou accroître son poids spéciftquî,
et par sui te s'élever ou descendre dansleseii
des eaux, comme nous voyons les ludions,
ces jouets si curieux, s'élever ou s'abaisser
dans le tube qui les contient, suivant que
l'on force Teau d'y pénétrer, ou qu'on lea
laisse sortir.
Le nautile nage en arrière et les bra
étendus, de la même manière que laseitfe
dépourvue de coquille, et ses mouvemenii
sont produits par la réaction de l'eau quiesi
rejetee de l'entonnoir avec violence. Celle
position est la plus favorable à la facilité des
mouvements de progression, car eue place
en avant la partie de la coquille oui rappelle
le plus par sa forme Ja proue ounbateai
Lorsque l'animal est en mouvement les bras
s'étendent probablement en avant comme !»
rayons épanouis de l'anémone de mer.
Le bec corné dont est garnie la boncte
du nautile ressemble à celui d*un perro-
Îuet : chaaue mandibule est armée en aviUit
'un tranchant calcaire dur et denté, qui i
pour fonction d'écraser les animaux à ce»
auilles et les crustacés ; et Ton a reoconiré
es fragments de ces derniers animaui dan^
l'estomac de quelques individus. Commi:
d'ailleurs ces débris appartenaient à use
espèce velue de crustace brachyure qui ni
exclusivement au fond de la mer, ils soc:
une preuve que le nautile, bien qu'il se ha-
sarde parfois à venir à la surface, va cher-
cher au fond des eaux une partie de sa nour-
riture. Il a d'ailleurs un gésier toutàfeii
semblable à celui d'un oiseau, etcen'jii>
est une preuve de plus de la faculté qui
possède de digérer cies coquilles dures.
Les mollusques qui habitaient plusieun
espèces de nautiles et d'ammonites fossile
Eossédaient un appareil buccal tout sembla-
le ; c'est ce que prouvent les rynchoiile^
ou becs pélriGés appartenant à des animaoi
de ces deux genres, et qui setrouTenlei
si grande abondance dans plusieurs des ter-
rains stratifiés où l'on en rencontre le5 r'>
Suilles fossiles, tels que Toolite deSîonei-
eld, le lias de Lyme-Regis et de Baih, fe
calcaire conchylien de Lunéville.
De même que l'on a conclu de la slruclai?
des dents des quadrupèdes ou de celle Js
bec des oiseaux la nature des aliments q^'
ce§ organes étaient destinés à saisir età^v
pécer, nous pouvons conclure aussi delï
ressemblance qu'offrent les ryncholiles ït»-
le bec du nautilus pompilUiSj que lapl •?*J''
de ces corps singuliers étaient des becs *l2
doute sur Tauthenticité de celte découverte; (Ti^
le peu d'acrord qu'il y a entre les deux figorw JJJ
en ont été données, l'une dans VEncffcicpééie «^
digue, Tautredans le Voya^ilii?éron;pu\^^f^
de Féchantillon lui-même, avant qu'il «disobis»^
examen anatomique: mais la rencontre yi\ ^
depuis le capitaine King de la jnème cùqwk^^^
un fragment mutilé d un céphalopode voisio de a
seiciie ne permet pas de douter que la spirale m
soit réellement une coquille inlenie,dont la l»*^
dorsale seule est externe.
lood
NAU
ET DE PALÉONTOLOGIE.
NAU
lolo
céphalopodes qui habitaient les coquilles
fossiles auxquelles nous les trouvons asso-
ciés, et que ces céphalopodes remplaçaient,
dans l^économie générale de la nature, le
nautile et les trachélipodes carnivores de
notre époque, en . limitant dans de justes
bornes l'accroissement excessif des crusta*
ces et des mollusques qui habitaient le fond
des mers durant les périodes secondaires et
les périodes de transition.
Partant donc de la conséquence à laquelle
nous conduisent ces analogies, que les ani-
maux qui habitaient les coquilles des nau-
tiles et des ammonites fossiles étaient des
céphalopodes, d*habitudes pareilles à celles
du DDollusqiie qui construit la coquille du
nautile flambé, nous allons essayer de con-
clure, de l'organisation des habitndes de ce
dernier, comment ces coquilles fossiles s'a-
daptaient aux besoins de créatures qui se
tenaient dans certains temps au fond des
mers et y prenaient leur nourriture, tandis
que d*autres fois elles venaient flotter à la
surface.
Les nautiles forment un genre naturel de
coquilles spirales discoïdales, partagées à
rintérieur en une série de chambres sépa-
rées les unes des autres par des cloisons
transverses; ces cloisons sont percées à leur
centre, ou près de leur face interne, pour
laisser passer le tube membraneux que nous
avons déjà mentionné sous le nom de si-
phon.
La chambre externe, ouverte au dehors,
offre une grande étendue, et le corps de l'a-
nimal y est contenu : les chambres inté-
rieures $ont fermées et ne contiennent que
de l'air, et elles ne communiquent avec la
chambre externe que par la petite ouver-
ture pratiquée dans chaque cloison pour le
f»assage du tube membraneux qui traverse
toute la série des cloisons jusan'à l'extré-
mité même de la coquille. Ces cnambres aé-
riennes ont pour but de contre-balancer le
poids de la coquflle, et de donner à l'ensem-
iAe de l'animal un poids spécifique si rap-
j>rof;hé de celui de l'eau, que la différence
résultant de l'admission du liquide dans le
--iphon, ou de son expulsion, suffise pour
j »roduire des mouvements ae descente ou
t^^ascension.
Comme le siphon, non plus que la co-
rquille, n'offre aucune ouverture à travers
I ^quelle le fluide puisse pénétrer à l'inté-
(726) M. Owen nous apprend qa^il est impossible
-} ue Tcau pénètre dans les chambres aériennes par
• ^-s ouvertares des cloisons que traverse le sipbon;
-.ar la circonférence do manteau, qui donne nais-
..^Aiice au sipbon, est solidement attachée à la co-
«iîll« par une cemture cornée imperméable à toute
s.péce de liquide. {Mémoire sur le \nautUu9 pompt-
ms^ p. 47.
(727) Cette direction différente donnée aux conr-
I ^res des côtes tranyersales extérieures ondes stries
'âccmissement, et aux cloisons transversales de
i fiiérieur, est une combinaison des plus avanta-
geuses pour au^enter la résistance de la coquille,
^ît cbez les nautiles fossiles, soit dans Fespéce
Ire conlemporaiue. Comme les ;doisons iiiter es
l leur face convexe tournée en dedans, tandis
I
r
rieur des chambres (726), il s'ensuit que
ces cavités ne contiennent autre chose que
de l'air, et qu'elles ont par conséquent à
soutenir une forte pression toutes les fois
qu'elles se trouvent au fond de la mer. C'est
pour résister à cette pression que plusieurs
dispositions ont été introduites dans la cons-
truction de la coquille.
D'abord ses parois externes sont construi-
tes d'après les mêmes principes aue l'arche
d'un pont, et de telle sorte qu'elles offrent
dans tous les sens la plus grande résistance
possible à tout effort tendant à les écraser.
• En second lieu, cette sorte d'arcade tire
une force nouvelle des nombreuses petites
côtes qui parcourent sa surface. Les stries
d'accroissements ondulées que Ton remarque
à sa surface sont petites et faibles, si on les
considère isolément ; mais leur ensemble
est d*un effet puissant pour accroître la ré-
sistance de la coquille.
En troisième lieu, la force de résistance de
cette sorte de voûte s'accroît encore par la
disposition des cloisons internes qui s unis-
sent aux ]iarois externes de la coquille, en
formant avec elles un angle presque droit.
La direction suivant laquelle les bords de
ces cloisons transverses coupent les côtes
ondulées de l'intérieur de la coquille est un
autre principe de force. On emploie une
disposition analo^e dans la construction
des vaisseaux destinés aux voyages des mers
arctiques ; pour les préparer à soutenir la
Iiression des blocs de glace, on arc-boute
eurs parois par un nombre extraordinaire
de poutres transversales d'un volume
énorme (727).
Nous mentionnerons encore une quatrième
particularité d'organisation, au moyen de
laquelle l'appareil qui donne à la coquille la
faculté de flotter s'accroît dans une propor-
tion exacte avec le volume du corps de 1 ani-
mal et avec le poids toujours croissant de la
chambre extérieure où il est contenu. Cet
accroissement s'effectue par l'addition suc-
cessive de nouvelles cloisons transversales
en travers du fond de la chambre antérieure,
de telle sorte que la partie de la coquille qui
devient trop étroite pour contenir le corps
se convertit en de nouvelles chambres aé-
riennes. Cette opération, répétée à des in-
tervalles en rapport avec les périodes suc-
cessives d'accroissement de la coquille, la
maintient dans la faculté de flotter à la sur-
que les cannelures de la coquille externe ont la plus
grande partie de leur convexité tournée vers Texté-
rieur, il en résulte que la circonférence des doisoiis
est coup^ par les cannelures en un «prand nombre
de points, et forme avec ces dernières un grand
nombre de parallélogrammes curvilignes, dont les
cétésies plus courts sont formés parles cloisons
transverses, et les plus longs par des portions des
cannelures externes. Ce même principe de construc-
tion s'étend à d*autres espèces de la même famille»
dont plusieurs n'oftreiit que des cannelures beaucoup
Îilus petites ; et on le retrouve encore dans d^autres
àmilles de coquilles cloisonnées fossiles, dans les
ammonites par exemple, dans les banutes, dans le$
turrilites et dans les baculites.
1011
NAU
DICTIONNAIRE DE GOSMOGOKIE
NAU
iOtî
fâôe des eaux, en la faisant passer par des
aceroii^sements graduels et péiâodiques, jus-
qu'à ce que 1 animal qu'elle contient soit
arrivé à sou état le plus complet (728).
Nous trouvons, dans les distances qui se*
parent entre elles les cloisons successives,
une cinquième particularité de structure
digue d*attention par les résultats mécani-
ques qu'elle procure. Si ces distances en
eifûl se fussent accrues dans la même pro-
portion que le diamètre des cavités aérien-
nes, les portions de Ja coquille extérieure,
qui constituent les parois des cavités les
plus grandes, et qui ont à supporter la pres-
sion la plus forte, n'eussent pas été suffi-
samment soutenues; or e*est à quoi il a été
pourvu par une disposition des plus si^Dples,
en rapprochant ces cloisons proportionnelle-
ment davantage à mesure que les cavités, eu
s-agrandissant, réclament plus de force dans
les supports qui empêchent récrascment
Enfln le dernier arrangement dont je
veuille faire ici mention, c'est ce méca-
nisme du siphon qui a pour but de régula-
riser Tascension et la descente de Tanimal
au sein des eaux. Jusqu'ici les fonctions de
cet or^çane n'ont pas encore reçu une expli-
cation satisfaisante, et le remarquable mé-
moire de M. Owen lui-même laisse sur ce
point beaucoup de doute. Cependant, si Ton
rapproche certaines dispositions que cet or-
Î;aDe présente quelauefois à l'état fossile de
a découverte qu'a faite M. Owen de sa ter-
minaison en un vaste sac où est renfermé lo
cœur de Tanimal, on trouvera là, ce nous
semble, des éléments suffisants pour décider
cette question si longtemps controversée.
Si nous supposons, en effet, que ce sac ou
péricarde contient \xn Auide péricardial (\ui
Eeut passer de là dans te siphon, cet ensem-
le (Toi^anes constituera un appareil hy-
draulique tout à fait propre à faire varier le
poids spécifique de la coauille, de telle
sorte ç[u*elle plongera quand l'animal forcera
le fluide à pénétrer dans le siphon, tandis
3u'au contraire, lorsque ce fluide rentrera
ans le péricarde, la coquille devenue plus
légère remontera vers Ja surface. Dans cette
hypothèse, les chambres devaient être cons-
(7âS) Il existe un jeuue nautilu9 pompUiu$ dans la
collection de M* Broderjp, qui ne présente que 47
cloisons : le docteur Hook assure en avoir vu où ii
y en avait jusqu^à 40.
(7i9) liO siplion est formé d'une membrane mince,
et résistante, entourée d'une couche de fibres nnis-
calaires qui en piaduisenl la contraction et la dila-
tation alternatives, poup admeure le ftuide dans son
intérieur ou l'en repousser. ( Voyez le èîémoire de
M. Owen, p. 10.)
{TôO) Gomme la cavité du péricarde contient un
liquide sécrété par certains follicules glanduleux, et
que sa capacité suffit, selon toute probabilité, pour
que ce liauide remplisse complètement le siphon, U
est probanlo que ç est ce liquide luî-môrae qui est
mis en drrulalîon dans Tappareil, et qui, suivant
qu'il passe dans le siphon ou dans le péricarde, pro-
duit les ndouvements d'ascension ou de descente de
ranimai.
Lorsqne les bras et le_ c^rps sont (léployés, te
tamment remplies d'air seulement, dont
Télaslicité permettait la dilatation et la rnn-
traction alternative du siphon, pouraduiet-
tre ou rejeter le fluide péricardlat.
Le principe d'après lei]uel, suivant cette
explication, le nautile actuel s'élève ou des-
cend au sein des eaux, es^U ainsi que m. is
Tavons déjà dit, le même auquel sont d-js lf^>
mouvements des ludions. En forçant uce
certaine quantité d*air k pénétrer dans le pe-
tit ballon qui les surnfonte, on accroît la
masse dé substance qui y est contenue, sus
en augmenter la C/apacité ; le poids spéeiii-
que s'en accroît donc, et l'instrument ploD:i\
Si, au contraire, en supprimant la prd-
sion, on permet à l'air contenu dans lacbaoi*
bre de reprendre réauilibre qu'on lui a fait
perdre et de chasser 1 eau, son poids spéci-
fique diminue, et le ludion vient flottera h
surface.
Pour achever de mettre en lumière la struc-
ture et l'économie des nautiles fossiles, pir
l'économie et la structure des espères vmn-
tes, je vais faire voir de quelle utilité furent
pour les mouvements du nautile flainN,
soi» au fond, soit à la surface même des can\,
des cavités que nous supposons rerapî:^^^
d'air seulement, et un siphon renfermaiil
seulement un fluide qui peut passer de lel
organe dans un péricarde, au gré de rani-
mai (729).
L'animal que prit M. Benneth a été m
flottant à la surface des eaux ; la portion su-
périeure de la coquille dépassait lenivtao:
et c'est à l'aide de l'air qui y était renfenc»^
que l'animal pouvait conserver sa position
verticale. Cette position est la plus favora-
ble aux mouvements rétrogrades qu'eiéco
tent les seiches, mouvements proaoilspîr
l^Bxpulsion de l'eau au dehors de TentoD-
noir. Ainsi donc, un nremîer usage des cliaw-
bres aériennes, c'est de maintenir lecorp^
de l'animal et sa coquille en équilibre à w
surface des eaux.
En second lieu, nous examinons dans la
note ci-jointe les fonctions du siphon et des
chambres aériennes, dans l'acte de plonsjtr
soudainement de la surftice au fond (730^
11 nous reste, en troisième lieu, à conside-
floide reste dans le sac péricardiaque ; le siplion tîi
vide, contracte et entouré de Fair qui est cûDSttw*
meut contenu 4ans chaçiue cbs^oibre 9iihe»^'
Duns cette situation* Taniroal et s% coquille sont
d*un poids spécifique tel qulls sWvèat dans 1^<'
et viennent flotter à sa surface.
S*il sucvient qvelque siyel d'alarnie, les braseï^
corps se contractent fiaur rentier dans la coquuie.
et compriment le ftuide de aumièra à le faire re*'
trer itans le siplion ; et, comme le eontenu de u^
quiUe s'accrotl akisi sans que la capacité de ««^
dernière subisae aucun ekangemenl, le p»o$ s^
fique de rensem&ile a'augmnttle, et raaimal esx f»-
traîna au fond des eaux.
L'air conte^m dana ckaque chambra ^L,
ainsi comprimé aussi Iwi£t0i)ip& ^ue le stpaoB cp
tinue d'élre dâteadupaf k> Ooide périctfdial: i»^:
son ébsticité in» lait reprendre «on vukune pn»"'^
aussitdt que la eoinpreasioo du corps ce«eo^
sur le pérkar^e ; oite concourt, avte la couche niw-
culaire du siphon, à repousser \»9mkàamt»^
^013 NAU ET DE PALEONTOLOGIE.
rer 1 action dans ranimai plongé au fond des
eaux, étant admise l'hypothèse ou cet air
demeure con^lanjment renfermé à Tinlérieur
des chambres. Si le nautile se meut en por-
tant sa coquille à la manière des colimaçons,
1 air qui y est contenu a pour effet de la
maintenir élevée et flottant à Taise au-des-
sus du corps. Et comme cette ix>quille tend
sans cesse a s'élever vers la surface, le mol*
lusque se fixe et ram^e sur le fond au moyen
(l'un disque musculaire puissant, employant
ses leniaeulos en toute liberté pour saisir
Ja proie dont il se nourrit (731).
HûoL pense que les chambres aériennes
sont alternativement occupées par de Tairet
et par de Teaû; Parkiuiibn admet que ces
cil ambres ne peuvent recevoir Teau dans
feur intérieur, cl que les mouvements d'as-
••-•fiMon ou de descente sont dus à \ introduc-
(ion alternative de Tair ou de Teau dans Tin-
éi-icur du siphon. Mais il n'a pu indiquer
'origine de cet air au fond des eaux, et il
Ta pas pu expliquer davantage par quel
iioyen l'animal modifie le tnhe et l'air qui y
> t- contenu et duquel dépendent les diver-
e-s circonstances de ses oiouveraents de
rc»nsport dans \qs eaux (732). La théorie d'à-
r ^5 laquelle Us cliambres de la coquille sont
omsiammenl remplies d'air seulement^ tandis
n€ c€$t le siphon qui règle le mouvement de
an imal par le déplacement du liquide péri-
irdial^ parait satisfaire à toutes les condi-
on s de ce problème d'Iiydrauiique qui est
LMiieuré jusqu'ici sans solution satisfaisante.
Je me suis étendu aussi longuement sur
'. sujet à cause de l'importance dont il est
jur expliquer la structure compliquée
les fonctions jusqu'ici iucomolétement
NÀU
4M4
^r sac. La eomUle, aviintiitnsi perdu de son poids
éciJique, tend à revenir vers )» surface.
Lo péricarde esl donc le lieu qu'occupe naturelle-
nt ce fluide, si ce D*e5t iorsquil est ckassé et
liuBenu dans rinlérieur du siphon par ta rélraetion
corps dans la coquille. Quand les bias et le eorps
ji (icveioppés, soit à la surface, soit au fond de la
r, IVnu a un libre accès dans les cavités bran-
:*le5, et Ic5 nioMvcmcnts du cœur s'exécutent en
ine liberté à rinlénenr du péricarde disierrdii Ce
comprises de toutes ces familles de coquilles
cloisonnées et pourvues d'un siphon, si nom-
breuses et si répandues. Si nous parvenons
à y retrouver les mêmes principes mécani-
ques au milieu de toutes les modifications
différentes qu'elles ont subies depuis l'ori-
gine de la vie jus(|u'à l'heure présente, nous
en déduirons, comme conclusion irrécusa-
ble, que cette unité dans les organisations
prend son origine dans la volonté et l'action
directe d'une cause [jremière unique et in-
telligente; et ces organisations elles-mêmes
nous apparaîtront <Y comme des émanations
de cette sagesse infinie qui se montre dans
les formes extérieures et ,dans la structure
intime de tous les êtres créés (733). » Foy.
NAUTILE SIPHON et NAUIILE ZIG-
ZAG. — On a désigné sous le nom de nà'u*
aie siphon une coquille cloisonnée fort cu-
rieuse et d'une grande beauté, qui a été
trouvée dans les couches tertiaires de Dax,
près de Bordeaux ; et le nautile zigzag est
une coquille de l'argile de Londres, très**
voisine de la précédente. Ces deux coquilles
oifrent certaines déviations des caractères
ordinaires des nautiles qui les rapprochent
jusqu'à un certain degré de la structtire des
ammoniles.
Ces déviations se compensent les unes par
les autres, et il en résulte un ensemble
d'arrangements particuliers qui rendent la
eoquille propre à remplir ses doubles fonc-*
tiens, soit comme orgine de locomotion au
sein dos eaux, soit comme moyen de défense
ou comme habitation (lour l'animal qui l'a
construite (73&).
Le siphon dan» cette espèce, traversant le
«•ice.
'***> expérience» suivantes font voir que la q«an-
dc liquide ài ajouter à la coquille du namile,
"■ la f^-re plonger, csi d'environ une denii-on».
J'ai pris, dil Bucklaiid, deux coquilles complètes
nautile, dont chacune pesait cn\iron G onces et
lie dans l'air, et avait à peu prés 7 pouces dans
pitis grand diamètre, cl J'ai trouve, après avoir
ché le siphon avec de la cire, que clL»i]ue co-
le plac<^e dans Peau douce exi^jeail pour s'eu-
'♦*r r;i<f(litii)n d'une onc^j cl de quelques grains.
uno fa coquille fraîche et lïxéc à Taninial vivant
vaii p«^ser un quart d'once environ de plus que
mériic coquille desséchée, et que d'ailleurs le
» du liquide qui devait être introduit dans le
r>u ^CMtr que la coqulHe plongeât, cl c'esl là une
\iU\»a «|ut. parait tout k fait en rapport avec la
capacité, soil du péricarde, soil du siphon. >
(7^1) Si les chamhres se remplissaient d'eau, la
coquille ne serait plus soutenue que par une action
musculaire, ef an lion de se tenir verticalement au-
dessus du corps> dans une portion commode et sàre,
elle soraii cotiUnuellenient entraînée à tomber sur U
ciUé et, par conséquent , ejipeaée à des froileineiitf
aur le fond qui la détérioreraient en mène tenipfl
que ranimai demeurerait exposé aux attaques de ses
ennemis. D'après Runiphius, le nautile rampe aver
assez de vitesse, la coquille en haut, la létc et Ies>
6ar6e« (tentacules) contre le fond. L'auteur a observé
loi-flidnTe qne ta co<piifle du ptanorbis-cornem oc-
cupe la même position verticale lorsque ranimât
totmpe au fond de Teau.
(752} Les observations récentes de M. Owen prou
vent qu'il n'existe pas de ^ndc en rapport avec if
siphon, pareille à celle qui, suivant l'opinion reçue,
sécrète 1 air de la vessie natatoire des poissons.
(755) Exfénênceê dm éociewt Hook, p. 386.
(754) Les cloisons transversale» offrent une par
licolanté rcmarquaUe de structure dims le collier,
ou e«vtrtnre siphonale , lequel se prolonse dan^r
tente T^tsseur des cavités aériennes, de telle sorte
40e ta série tout entière des ekiisons se trouva comme
reunie en une sorte de elialfie spirale canliirae. Ceff^
réunion es^ produite par l'afrandissement ei Talion
gement du collier destiné au passaj^e du siphon, le-
quel prrnd la forme d'un entonnorr Ions et élar<ti,
ëont VextrémMé s'engace dans le col de rentonnoir
misin, tandis ((ue !»on bord interne, s'appuyant sur
le tour du spire sous-jacent, trimsmft h 'la \oMf
i|ue forme ce dentier «ne pertie de It pression qnl
1
lOiS
NÀU
DICTIONNAIRE DE COSMOCONIE
NEB
bord interne des cloisons^ ne fournissait au
manteau de Tanimal qu'un moyen d'attache
beaucoup moins puissant que ne le fait le
siphon plus central du nautile: aussi pour
compenser ce défaut d'un point d'appui com-
plet, trouvons-nous une disposition toute
pareille à celle que, suivant la théorie de M.
de Buch, les ammonites auraient trouvée
dans les lobes de leur manteau. C'est ce aue
Ton comprendra mieux, si l'on compare les
lobes|du nautile siphon avec ceux tout sem-
blables du nautile zigzag.
L'importance et l'utilité de ces lobes dans
l'une et dans l'autre des deux espèces que
nous venons d'étudier nous sembleront en-
core plus grandes si nous considérons ces
modifications des cloisons transversales
sous le point de vue du support qu'elles
ofiTrent aux parois latérales de la coquille
externe. Elles en étançonnent en effet les
portions les plus faibles et les plus minces
i^t leur donnent assez de solidité pour sup-
porter une pression bien supérieure à celle
qu'elles eussent supportée, si les lames in-
ternes n'eussent eu qu'une courbure simple
comme dans le nautilus pompilius. La né-
cessité d'une disposition de cette nature est
une conséquence de la largeur des inter-
val'es oui partagent les cloisons entre elles.
La faiblesse résultant de cet écartement des
lames transversales se trouvait compensée
par la présence d'un lobe unique remplis-
sant les mêmes fonctions que les lobes beau-
coup plus nombreux et plus compliqués des
ammonites.
Le nautile siphon et le nautile zigzag
paraissent donc être des anneaux qui ratta-
chent les deux grands genres nautile et am-
monite, et dans lesquels se voient des dispo-
sitions mécaniques inlermédiaires, emprun-
tées à l'organisation des ammonites pour
être appliquées à celle du nautile. La pré-
sence de lobes analogues à ceux des ammo-
nites a eu pour but oe compenser les désa-
vantages qui fussent résultés, dans tout
autre système de construction , de la posi-
tion marginale du siphon dans Tune et dans
l'autre de ces deux espèces, et de la distance
8*exerce de l*exiérieur sur les cloisons transversales,
dont il accroît ainsi la résistance.
Comme ce mode de structure rend impossible
qu*un siphon extensible puisse se distendre dans
rintérieur même des cavités aériennes, ainsi que
cela a lieu chez les autres espèces de nautiles et
chez les ammonites , le diamètre du tube en enton-
noir a été fort agrandi, et le siphon peut s'y dilater
assez pour admettre la quantité de liquide nécessaire
à faire plonger ranimai.
A chaque articulation des entonnoirs, le diamètre
du siphon se contracte de la même manière que le
siphon des ammonites et des nautiles se contracte
dans son passage à travers les ouvertures des lames
transversales <jui cloisonnent ces coauilles. .
Un autre point de Torganisation du siphon , que
la coquille dont il s'agit nous fait connaître, c'est
Texistence d*un étui calcaire de consistance molle
tout parti! à celui que nous avons déjà observé dans
le nautile , et qui se trouve dans Tintervalle qui sé-
pare obacun des entonnoirs du siphon ou tube mem-
braneux qui y est conienu. La capacité de ce tube
où sont entre elles leurs cloisons transvc:
sales (735).
Il est curieux de voir que des dispositions
pareilles à celles que Ton rencontre dans
les formes d^ammonites les piqs anciennes
se trouvent chez quelques-unes des espèces
les plus récentes de nautiles fossiles, et
(}u*elles y aient pour but de compenser la
iaiblesse qui eût été une conséquence ^
déviations qu'offrent ces espèces par rapport
à la structure normale du genre nautile.
Cest encore là un de ces faits qu'il faut re-
noncer è expliquer dans toute théorie où
Ton se refuserait à admettre rinterTention
d'une intelligence régulatrice.
NÉBULEUSES. — Nous n'avons \ noas
occuper ici des nébuleuses qu'au point de
vue cosmogonique.
« Les nébuleuses, dit M. Marcel de Serres,
ne sont peut-être autre chose qu'une quan-
tité prodigieuse d'étoiles infiniment éloi-
gnées et placées à peu près dans la mèsê
direction. C'est là l'opinion de tous les astro-
nomes (736).»
Voilà ce que M. Marcel de Serres écrJTait
en 18^3. Sept ans après, le 18 juin 1850, nous
lisions les observations suivantes publiées
par un de nos physiciens et de nos géo-
mètres les plus eminents.
« Dans sa rapide et magnifique bislûift
de la ci'éation, Moïse dit que le quaîrièine
jour Dieu fit sortir du néant les étoiles, et
les plaça dans le firmament... Fedi fu
Deùs... stelloê et posuit eas in fimmnti
cœli... {Gen. ï, 17.) En prenant ce texte dans
son interprétation naturelle et littérale, il
fallait bien conclure que dès le quatrième
jour de la création les étoiles existaient tou-
tes formées dans les cieux. Et cependant le
grand Herschell,dontropimon a étéaaf|<ée
au XIX* siècle par les savants de tous les
{)a)rs, affirma hautement qu'il y a des nébo-
osités qui ne sont pas de nature stellai«;
qu'il existe dans les espaces célestes de
nombreux amas de matières diffuses ei lu-
mineuses non condensées. Plus voisine, a
Ton peut s'exprimer ainsi, de l'état élémeo-
taire, cette matière cosmique aurait ocfu]»
calcaire suffisait non-seulement à conlesirlesiH^
dans sou éUl de dilalalion, mais à coiileDir<iio«ff
un certain volume d'air oui avait pour dfei«i^
pousser par son élasticité le fluide coDienn (»ik!|
siphon , comme nou^ avons supposé qa*agissaii i|*
contenu dans les chambres du nautim pm^'*-
(735) bans quelques-unes des formes é'^
niies les plus aisciennes que contiennent ks tt*-
ches de transition, telles, parexemple,quelan"J'
nites Henslowi, Pammonilc slrialus. cl l'aiiuwi^
sphaericus , les lobes sont peu nombreui , rt P*^
que de la même forme que le lobe unique du «* _
tilus siphon zigdg. Comme chez ces dertKj]
aussi , les bords des lames transversales s^«*J^
pies et dépourvus de franges. L'ammonite nww».
espèce propre aux dépôts secondaires l^..!""*;^
ciens du Muschelkalk, offre l'exemple duo »
intermédiaire, dans lequel le bord û«"«^?^iffj^
en partie , mais seulement les portions lawrj^
ou internes des bords lobés des lames iraimefsi»»
(73G) De in création de la terre, pT 15.
ioi)
NEB
ET DE PALEONTOLOGIE.
NEB
OtS
]a deux cent soixante-dixième partie de la
surface du firouunent, et Ton Toulait qu'en
se condensant elle donnât naissance a de
Téritables étoiles. Voici même Tordre dans
lequel, disait-on, se développeraient les
phénomènes de ces formations successiTes :
1* disparition sur divers points de la lueur
phosph<M«scente ; 2* naissance de solutions
de continuité, déchirures dans le rideau lu-
mineux primitif; 3* mouvement de la ma-
tière vers les centres attractifs ; fc* transfor-
mation d'une nébuleuse unique en plusieurs
nébuleuses distinctes , liées quelquefois
par des filets très-déliés; 5* arrondissement
du contour extérieur des nébuleuses sépa-
rées; 6* augmentation plus ou moins rapide
d'intensité lumineuse, de la circonférence au
centre; 7* formation à ce centre d'un noyau
très-apparent; 8* passage de chaque noyau
à Tétat stellaire avec la persistance d'une
légère nébulosité apparente ; 9* précipitation
de ces dernières vapeurs ; lOr* et pour résul-
tat définitif, autant d'étoiles quil y avait
dans îà nébuleuse de centres d'attraction
di2»tincts On se demandait : En combien de
temps une seule et même nébuleuse pour-
rait-elle subir toute cette série de transfor-
mations? Se sont-elles réalisées, se réali-
sent-elles tous les jours? Assistons-nous, en
un mot, à la formation de véritables étoiles?
Et l'on répondait : Ce qu'il y a de certain,
c'est que tous les états de la matière nébu-
leuse indiqués par la théorie ont été révélés
d'avance par 1 observation. La formation
incessante des étoiles était devenue commç
un premier principe de la science i|strono-
mique.
« Nous n'essaierons pas, chers lecteurs,
de vous dire quel rôle extraordinaire la
matière nébuleuse ou cosmique a joué dans
toutes les cosmogonies et les cosmographies
du XIX* siècle ; avec quel bonheur les savants
incrédules, assez heureux pour avoir pu se
j>asser de l'hypothèse même de l'existence
d'un Dieu, se plongeaient dans ses flancs
ténébreux, s'enveloppaient de ses sombres
Toîles, pour y tailler des mondes de toute
forme, de toute espèce, de toute grandeur,
etc. Ils ne sont embarrassés de rien. De-
mandez-leur tout ce que vous voudrez,
TOUS serez servi à souhait. Voulez-vous le
inonde planétaire? écoutez : Le soleil s'était
formé d'abord au sein d'une nébuleuse im-
mense; son atmosphère, douée d'un mouve-
ment de rotation sur son axe, était sollicitée
par les forces générales de l'attraction uni-
verselle; fa ma$$ej maintenue tabord à Vitat
de fluide par une chaleur excessive^ s'est re-
froidie dans la suite des temps... Le refroi-
dissement de l'atmosphère solaire, en la
réduisant successivement à des limites de
plus en plus /approchées du centre, déter-
minait dans toute la masse solaire une vi-
tesse de plus en plus considérable... Les
molécules équatoriales, emportées par la
force centrifuge, se séparaient de la masse
et formaient autour du soleil une couronne
annulaire de vapeurs... Le progrès du re-
froidissement aétAchait racoemvement de
nouvelles zones de vapeur placées à des
distances du soleil de plus en plus rappro-
chées... Si l'an admet donc que fatmciphêre
du soleil s'étendait à Porigine à une distance
de plus de 662 millions de lieues^ la zone de
vapeurs formée à la limite de cette atmo-
sphère primitive correspondra à l'orbite
aUranus... Une seconde zone correspondra
è l'orbite de Saturne., une troisième a l'or-
bite de Jupiter, etc. * •
« Le refroidissement et la contraction de
chacune de ces zones de vapeur pourra
donner naissance tour à tour ou à un globe
unique, à une planète simple ; ou à un globe
avec anneau circulaire comme Suturne ; ou
à un ^lobe principal avec plusieurs globes
satellites, comme Jupiter, Uranus, etc., ou
même à plusieurs masses sphéroidiques
sensiblement égales, comme les petites pla-
nètes, qui circuleront autour du soleil à des
distances à peu près les mêmes et avec des
vitesses peu différentes; ou enfin à un globe
entouré d'une atmosphère comme Mars et
Mercure, etc., etc. La lormation des comètes,
des astéroïdes, de la lumière zodiacale, etc.,
etc., s'expliquera sans plus de peine, et
nous arriverons à cette conclusion grande-
ment consolante pour les âmes inquiètes
que la pensée de Dieu importune : le sys-
tème entier du monde planétaire a pu se
former tout seul ; il a suffi pour le constituer
d'un certain amas de matière nébuleuse ou
cosmiaue, animé d'un mouvement rapide.
Et n'allez pas croire que, pour rendre rai*
son de ce mouvement, nous ayons besoin
de recourir à un premier moteur.
« Laplace affirme que l'attraction des corps
placés en dehors suffit pour faire naître le
mouvement de rotation de la nébuleuse so-
laire. Il veut que trois masses inertes, pla«
cées eu présence les unes des autres, s'atti-
rant proportionnellement aux masses en rai-
son inverse du carré de la distance, et rem-
plissant certaines conditions de girandeurs
relatives, puissent se mettre en mouvement
et commencer leurs révolutions indéfinies.
« Tressaillez donc d'allégresse, chers lec-
teurs : vous êtes complètement émanci-
pés, il n*j a plus de Dieu; l'existence
d'un être infini, oi^anisateur du monde
et premier moteur des globes oui rou-
lent sur vos tètes, loin d'être nécessaire,
n'est pas même probable, puisque tout s'ex-
plique sans elle. La matière nébuleuse éter-
nelle, et dont les molécules s'attirent éter-
nellement en raison inverse du carré de la
distance, suffit à tout, rend compte de tout,
des astres du firmament, de la terre qui vous
porte, de votre corps, de votre Ame , si vous
tenez à en avoir une, de votre être tout en-
tier.
< Nous, regrettons de ne pouvoir entrer
dans de plus grands développements; mais
ces quelques mots suffisent pour faire res-
sortir, dune part, l'immense partie que la
science moderne, téméraire à Fexcès, a tiré
de l'existence apparente, dans les profon-
deurs du ciel des nébuleuses et matières cos-
miques; de Tautre, .Fimorobabilité, l'inco*
Ii'>19
NEB
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
NKB
m
hérence, rimpossibililé môme, nous le di-
rons franchement, de ces systèmes values et
insaisissables, qui ne reposent en réalité que
sur les hypothèses les plus gratuites elles
plus inadmissibles qui furent jamais. Ah t
si nous, catholiques, nous avions la folle
;\etenlion d'élever sur un si fragile écha-
lauda^e nos grandes théories religieuses,
nous ne rencontrerions qu'une opposition
invinjible, du mépris et des injures. Nous
ne nous appuyons que sur des faits éclatants
comme la mrâière du jour, et Ton nous ac-
cuse d'une crédulité aveugle 1 Nos adversai-
res noient l'imagination dans des flots de né*
l)ulosités impénétrables, et Ton applaudit, et
Ton s'endort dans une indifférence lamenta-
ble!
a Faut-il conclure de ce qui précède que
ces théories prétendues de la formation des
inondes par la condensation des nébuleuses
sont formellement et directement opposées
i la foi, et tout h fait incompatibles avec le
dogme chrétien de la création? Nous répon-
drons par une distinction facile. En eux-
mêines ces vagues^aperj^us ne constituent en
aucune manière une impiété coiutamnabie;
inais très-certainement ils n'ont été mis en
avant par Laplace et son école que pour
échapper à la pensée compromettante d'un
Dieu créateur, ordonnateur, législateur et
juge. A cet égard ie doute n'est pas même
possible ; la trop fameuse Théorie des proba-
hilUés h laquelle ie Système du tnonde servait
de préface, est la négation la plus a)>solue de
ja Providence et de la religion chi^étienne.
Aussi n*est-ce pas sans un profond chagrin
<{ue nous voyons des écrivains éminemment
religieux se bercer à leur tour de ces rêves
grandioses et puériles. Par exemple, nous
ne relisons jamais sans serrement de cœur
ces paroles échappées à la plume d'un prêtre
savant et pieux, M. i*abbé Waterkeyn, pro-
fesseur de minéralogie et de géologie à l'uni-
¥ersité catholique de Louvain :
« L^tihustre Laplace, qui a soumis avec tant
de succiê aux lois de la gravitation les mou^
vements tes plus compliqués et les plus trré-
guliers en apparence de la mécanique céleste^
a proposé aussi sur la formation des mondes
une kypothèàe ingénieuse, qui explique d'une
maniire plausible la plupart des phénomènes
observés (737)
« Ce mot plausible n*est pas seulement
une témérité au point de vue de la logi([ue
el même au point de vue des saines doclri-
wrsde la physique et des mathématiques, il
est une véritable faiblesse que nous compre-
nons, quenousexcusons, car nous avons nous-
même partai^é quelque peu c*>s illusions gros-
sières a la fois et séduisantes Plausible! Mais
comment donc peut-on concevoir que des
masses de fluide électrique, libres et libre-
ment suspendues dans les airs , aient pu se
maintenir à cette température élevée que
(757) M. Gedefroy, dans sa Cosmogonie de ta rêvé-
lationy ne Tante pas moins la Ihéorie de Laplace,
théorie, dil-iJ, page iQ&, qui fournit une explication
si €Qrjfiit4 de tous les phénomènes du monde ptané-
présuf)pose la formation laplacienne des
mondes? Hier encore nous faisions celle
aueslion à l'un des.adeptes les plus endorcis
e cette école, meuibre de Tfnslitul, el n<ju<
n'avorts re(;u aucune réponse. Il ne nous se-
rait pas diflicile, il serait l>ien moins diffiiik
à M. Cauchy d'enlever au système téfflérairt
de rorgueilleuse géométrie celle n^m
ap{)arente qui fascine les regards éDloûis.
« Exprimons à cette occasion un re;ra
profonu. M. Cauchy, le plus aiiûéelle[t'uj
célèbre disciple de Laplace; M. Cauclo,le
premier matliémalirien du monde, availieic
du ciel une grande mission : celle d'étouir
sous des théories incontestables, sousilc^
formules parfaitement rigoureuses, souiiii^
calculs pleinement exacts, les révoUesauô-
cieuses de son maître, les ariuuienlsiiili'ft
et mensongers par lesquels il a osécouiKM-
tre Dieu, sa providence, ses révélalioïKM
religion sainte. Ahl nous savons, moubiiu?
Cauchy, la douleur qui remplit voire Im
quand, chaque année, vous voyez donn»>r2
prix à l'élève le plus distingué de l'Ec'»';'
Polytechni(}ue le Système du monde ellefe^
cul philosophique des probabilités, i1ai> ï
n'est pas assez de celte douleur s k^rilt»; met-
tez-vous à l'œuvre, il en est temps eQœrt;
accomplissez vos saintes et glorieuses dey
tinées.
« C'est assez de digressions par irC|
savantes. Revenons au grand fait que mî
voulions mettre en évidence : hâlous-uoiis
de dire que ces systèmes à perte de tu»
sur la formation des mondes ne sont pb
probablement que des ruines; ils.se S'il
écroulés par la base avec un granJ fra-
cas. Ces vagues théories supposaient J'>ç
l'existence dans les cieux de véritables r.-^'
bulosités, de matière nébuleuse diffu-e^'-
lumineuse h l'état élémentaire; or, datiM'^
cîcux, il n'y a que des étoiles, des a?iri^
tout formés, à l'état de globes parW^ ■
condensés. Le nombre considérable tltH'i^
ges cosmiques, dont le grana Herschell a^Ji'
opéré la décomposition en étoiles, à la •
de son télescope de W pieds, l'avait oini.;
i cette conclusion hasardée alors, ciriai:
aujourd'hui, que les nébuleuses siiRi '
simples amas d'étoiles; qu'il p'y a d'âu'r'^
différence essentielle entre les nébul:' ;•
les plus dissemblables dans leur forme qu'i^
pins ou moins grand éloigneracnt,(|u-.
plus ou moins grand rapprocliemeut ^-j
étoiles composantes. Par malheur, Her^''"'
changea plus tard d'opinion, el affirma î v
temenl qu'il y a des nébulosités qui nés"'
pas de nature slellaire.
« Tout récemment, un illustre Ani.^^
astronome amateur, lord Ross, a fait ^"■''
truire un télescope à réflexion dedeuît*^"^
très d'ouverture; c'est un i)rogrès iinuK^a^;
mais ce n'est pas encore le dernier w^»'
la science et de l'art. Or, il est araviM^-
taire. Parmi es savants, il n'y en apoiiude «.a»
naif^ que les cosmo|;;onUtes. ,.
(Jébas [de St-Cutih,/
I«M
NCB
ET DE PALEONTOLOGCE.
NEB
10»
toutes les ibis que Von a dirigé vers une des
nébuleuses du ciel ce gigantesque instru-
ment, elle a changé complètement d*aspect,
et s'est si souvent transformée en un ensem-
ble d'étoiles complètement distinctes, qu'il y
a di'sormais un million à parier contre un
que le j rcmier jugement d'Herschell est
1 expression rigoureuse de la vérité et la
confirmation éclatante de celte affirmation
des livrai saints : FecUque Deu$... slellas^ et
poêuit ea$ tfi firmamesUo cali,
« Cette résolution des nébuleuses en étoi-
les par Tadmirable télescope de lord Ross a
été accompagnée quelquefois d'apparences
merveilleuses. Ainsi, la 51' nébuleuse de
llessier s'est montrée formée d'étoiles dis-
posées en spirale, dans un ordre vraiment
mathématique et parfaitement symétrique ;
il en a été de môme de la 99' nébuleuse de
Mesbieretdo la 60V d*HerschHl. La nébu-
.euse planétaire du Verseau 2098* d'Her-
schell, semblait armée de deux anses ou
couronnée d'un anneau comparable à celui
de Saturne; on apercevait quelquefois un
centre brillant entouré d'un annt^au obscur
auquel succédait un anneau brillant, etc. :
ailleurs, c'étaient ûes bandes alternalive-
menl lumineuses et sombres; j>artout c'était
un o-dre merveilleui, une di^i osition sy-
métrique et parfaitemeni régulière. Cali
cnarrtuU gloriam Dei^ et opéra manuum ejus
annunliat finnamentum.
« M. Arago, qui avait souvent dévelop[)é
dans ses incomparables leçons d'astronomie
physique les systèmes par trop hardis d'Her-
schell et de Laplace, qui exposait avec tant
de complaisance et d'amour cette théorie
imadnaire de la formation des mondes, a
rentiu lui-môme les armes. Chargé de pré-
senter à TA caUémie des Sciences l'opuscule
dans lequel le savant directeur de Tobserva-
toire d'Armagh, le docteur Robinsgn, ren-
dait compte des brillantes oijservations qu*on
avait faites ayec le télescope de lord Ross,
M. Arago a reconnu que la résolution des
nébuleuses en étoiles était i our lui un fait
démontré, une vérité incontestable. Bisons
donc adieu à jamais à ces nébulosités, der*
rière lesquelles une vaporeuse incrédulité
es^ya jadis de se carher pour échapper aui
rayons si doux de la pliilosophie chrétienne
et de la foi (738j.
On peut voir dans le journal Vlnstitut^ n*
du 30 octobre 18VV, la description du gigan-
tesque télescoi)e de lord Ross.
Dans le même journal (n'^e^O, 19 novem-
Lre iS&o}, on trouve le compte-rendu sui-
vant de quelaues expériences faites à Taide
de ce merveilleux instrument.
n Sur la nébuleuse 23 de Uerschell ou 61 du
catalogue de Messier^ ))ar le comte Ross. —
Sir John ^erschell dit a ce sujet qu'il ne
Irouve pas de terme pour exprimer à la Sec-
tion les sentiments qu'il a q^rouvés en re-
voyant cette vieille connaissance sous 1*
(738) M. MoiG?(0, Vojx de la Vérité, 16 juin 1850.
(739) John fferschell , dans son frailé étatlro^
nomity publié il y a vingt ans, aflinnait qu« ce iomi
0n ne taurail guère donter^ ce$t que la phi$ grande
nouvelle forme que lui donne le puissant
instrument de lord Boss. 11 esquisse ensuite
l'aspect sous lequel on aperçoit générale-
ment cette nébuleuse qui est celle d'un
noyau entouré par nne lumière nébuleuse,
en forme d*anneau, aiec une courl)e nébu-
leuse s'étendant d'une partie de Tanneau
jusqu'à la partie opposée. Celle forme lui
avait aussitôt suggéré l'idée que notre sys-
tème d'étoiles, entouré par la voie lactée, le
divisant en deux grandes bandes, devait pré-
senter le même aspect si on l'examinait à
une distance suffisante. Aujourd'hui, celle
nébuleuse est représentée sous un nouvel
• aspect qui modifie grandement, sinon com-
plètement, les premières impressions. En
premier lieu, l'examen sous le plus puissant
instrument fait voir que le noyau se résout
en étoiles constituantes, que son télescope
n'a pas été assez fort pour séparer, et il en
est résulté que l'apparence qu'il avait prise
pour une seconde branche de l'anneau était
un prolongement nébuleux qui s'étendait de
la principale nébuleuse et servait h la relier
avec une nébuleuse voisine plus petite. C'est
pour lui un nouveau trait dans l'histoire des
nébuleuses. L'aspect général de la nébu-
leuse, telle qu'elle se présente aujourd'hui,
offre bien plutôt les traits principaux de la
co(|uille d'un escargot que celle d'un an-
neau, il éprouve un charme inexprimable k
la pensée des découvertes qu'il sera possi-
ble de faire avec ce splendide télescope, et
des scènes nouvelles qu'il fournira sans au-
cun doute de la grandeur de la création.
a En terminant, lord Ross présente
les images de quelques nébuleuses telles
qu'elles ont été figurées par Herschell, et
tefles qu'elles sont apparues dans le nouveau
télescope. — Fig. 88 d'Herschell ou 2 de
Messier. Un grand nombre des étoiles dans
lesquelles celte nébuleuse se réduit par le
télescope sont aussi grandes que celles de
Sremière grandeur à l'œil nu. — Fig. 81
'Herschell. La nébuleuse brillante près Ç du
Taureau, figurée par Herschell comme par-
failemenl elliptique et résoluble, mais où il
n'a apparu aucune étoile, est rue dans le
télescope, avec une ouverture de 3 pieds,
comme un amas un peu ovale d'étoiles avec
des files d'étoiles oui en rayonnent ; quel-
ques-unes de ces files s'étendent considéra-
blement de manière à donner en quelque
sorte l'apparence d'un scorpion. — Fiç. 29
td'Herscbell. La nébuleuse annulaire ne la
Lyre présente avec le télescope de 3 pieds
d ouverture sept étoiles dont une triple.
C'est un amas annulaire avec franges et
le noyau nébuleux subdivisé. — Fig. 20
d'Herschell. I^ Dumbellnebula est vue comme
un amas irrégulier ou plutôt comme deux
amas juxtaposés et ne présentant rien de la
configuration elliptique exacte de la fig.
d'Herschell (739). ^
Quelques années après, sir David Brews-
partie d'entre les nébuleuses se composent d*étoileg,
ei il n*adniet que d^nnc manière dulâlative Pexisleiica
de la matière phospborescetle. (Cbqi. 12, n^iBS.)
f(ttS
NEB
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
NEB
m
ler, dans le discours inaugural qu'il pro-
nonça lors de la 20* réunion de TAssociation
britannique pour ravancement des sciences,
s'exprima ainsi en parlant des nébuleuses
et des découvertes cfe lord Ross :
« L'œil armé du télescope géant de lord
Ross, nous avons pu reconnaître la forme et
les caractères de ces çrands amas d'étoiles
Îui composent le monde sidéral. Le docteur
obinson a montré, à la dernière réunion,
Tassociation, le dessin et la description des
plus remarquables des nébuleuses résolues
en étoiles par Je noble instrument, et c'est
avec une grande satisfaction que je puis vous
annoncer que, pendant l'année qui vient de
s'écouler, lord Ross et son assistant, M. Sto-
ney, ont fait plusieurs découvertes impor-
tantes.
« Pouf quelcrues-unes des nébuleuses, les
particularités de leur structure ou du mode
de distribution des étoiles qui les compo-
sent sont vraiment remarquables*, et lord
Ross a acquis la certitude cfu elles mettent
en évidence des lois dynamiques que nous
pouvons espérer de saisir. L'arrangement
en spirale, si nettement prononcé dans plu-
sieurs de ces nébuleuses, se retrouve plus
ou moins distinctement dans beaucoup ;
mais le plus souvent, pour me servir aes
expressions de lord Ross, l'arrangement de
la matière lumineuse se rapproche plutôt
d'une certaine forme annulaire, irrégulière
et interrompue, que de la forme régulière
observée dans un très-petit nombre. L'opi-
nion de Sa Seigneurie est que ces nébuleu-
ses sont des systèmes de nature parfaitement
identiques, vus plus ou moins parfaitement,
et diversement placés par rapport à l'axe
visuel. Dans un nouvel examen des plus re-
marquables de ces amas, lord Ross se pro-
pose de les voir éclairés par la pleine lu-
mière do son miroir de six pieds, non dimi-
nuée par la réflexion sur le petit miroir. En
adoptant ainsi le mode d'observation désigné
sous le nom de vue de front, il découvrira
sans doute, ainsi qu'il l'espère , plusieurs
nouvelles'particularilés propres à cers astres.»
« Vous le voyez, il n'est plus du tout
2uestion de matière cosmique, nébulaire,
lémentaire, se transformant en mondes, en
étoiles, en soleils nouveaux dans l'espace.
Quoi qu'en dise M. Marcel de Serres (Voy.
pms loin), le monde est fini; au moins, son
arçument tiré des nébuleuses soi-disant en
voie de condensation et d'enfantement de
nouveaux mondes, n'a plus aucun fonde-
ment. Qu'il soit donc bien entendu que tou-
tes ces nébuleuses, conçues à la manière de
La place et de son école, ne sont plus qu'un
rêve qui est allé en rejoindre tant d'autres
auxquels une science orgueilleuse ou impie
avait réussi à donner un moment de vogue.
M"* Sommerville, dans son savant ou-
vrage intitulé : De la connexion des sciences
physiques f s'exprime ainsi • « Le ciel, lors-
[740J p. 445.
744) Vranographie, p. 252.
Ju'il est serein, offre à la vue des multitudes
e taches nébuleuses qui, selon toute ap[«-
rence, sont des amas d'étoiles; mais leur
distance à la terre est si considérable, que,
même avec le secours des télescopes les plus
parfaits, on ne peut les décomposer (7^0). >
& W. Herschell a reconnu, ail Francœur,
que ces nuages de vapeur blamhitre, qui
sont très-communs au ciel, et qu'on a nom-
més nébuleuses, ne sont que des amas de
petites étoiles qu'il juge être 600 fois pb
éloifjnées que toutes les autres; mais il jeu
a qui sont de 10 à 15 fois plus loin eorâre,
dont les étoiles restent invisibles sous son
puissant télescope (7^1). ^ Et ailleurs : « Il
est vraisemblable que les nébuleuses sont,
four la plupart, des groupes d'étoiles placés
un immense éloignement de nous, et doot
il suffirait de s'approcher pour au'ils présen-
tassent des apparences semblaoles & celles
de la voie lactée. Les corps qui les compo-
sent sont sans doute très-distants les uns
des autres dans les profondeurs des espaces
célestes, et notre système, vu de ces astres,
n'est lui-même qu'une partie de nébuleuse
formée des étoiles voisines de notre so-
leil {n2). »
r^ous-même, dès 18!h0, dans la première
édition de notre Nouvenu traité des icieticti
géologiques f au chap. De la Géogénie, ms
regardions les nébuleuses comme vraisem-
blablement toutes résolubles en étoiles dis-
tinctes.
Nous avons vu, dès les premières lignes
de cet article, quelle est 1 opinion de tous
les astronomes, suivant M. Marcel de Serres,
au sujet des nébuleuses. Ce savant n'en
admet pas moins leur existence, celle de la
matière cosmique ou diffuse, et la formation
incessante de nouveaux mondes dans l'espace
avec cette matière éthériforme.
II vient de parler de la distance qui nous
sépare de la 61* étoile du Cygne, distance
que la lumière ne pourrait franchir en
moins de six ans, quoiqu'elle çarcoore*
mille lieues par seconde; il continue ainsi:
u Cette étoile se déplace tous les ans, en
ligne droite, de plus de 5 secondes. A la dis-
tance qui nous en sépare, une seconde cor-
respond au moins à 80 millions de lieues.
Tous les ans, la 61* étoile du Cygne p«r-
court au moins MO millions de iieues,ei
cependant naguère on l'appelait une étoile
flxe (7W).
« L'imagination s'effraye de pareils nom-
bres ; et nous-mêmes nous faisons tous les
ans plus de 200 millions de lieues autoordu
soleil. Quelque grandes que soient ces dis-
tances, elles ne sont rien en comparaison oj
celles qui nous séparent des nébuleuses, w
surtout des plus éloignées.
« Voyons ce qui en est de leur ^'^JÇ]^
ment. La voie lactée est une lueur blancn|ire
«roduite par un nombre immense d'^^^"^*
fais de ce que certaines d'entre elles om
(743) Comptes rendus de VAauiémU éa i^^
dé, Pans, toniMVU,pag. 785,1838.
iÙiS
NEB
ET DE PALEONTOLOGIE.
NEB
lOK
une Ciible lumière, iî ne ISiat pàs en con-
clure qu'elles sont moins lumineuses en
elles-mêmes que les autres. Sans doute cela
peut être vrai en général; mais il est extrê-
mement probable que, sur le nombre/il s'en
troufe aaussi grandes que les étoiles de
première grandeur que nous connaissons.
Or, pour qu'une étoile de première grandeur
ne nous apparaisse que comme une étoile
de seizième grandeur, telle que les plus fai-
bles de la voie lactée, il faudrait que sa dis«>
tance fût rendue environ 200 fois plus grande
qu'elle ne l'est en réalité : alors sa lumière
mettrait plus de 1,000 ans h arriver jusqu'à
nous.
c La distance est bien plus surprenante
encore lorsqu'on considère celle qui nous
sépare des nébuleuses. En effet, la voie lac-
tée parait, pour sa forme et sa constitution,
toot à fait de même nature que ces nébu-
leuses : comme celles-ci sont en très-grand
nombre, il n'est pas déraisonnable d'ad-
mettre qu'il V en a plusieurs qui égalent la
voie lactée en grandeur réelle
« Si cette comparaison est juste, ainsi que
tout porte à le supposer, il s'agit maintenant
de savoir à quelle distance il faudrait
reculer la voie lactée pour qu'elle nous ap-
parût comme les plus grandes nébuleuses.
Le calcul prouve qu'il faudrait l'éloigner à
115 fois sa dislance. Or, nous avons déjà
trouvé cette distance; la lumière la franchit
en plus de 1,000 ans. Il faudra donc bien
plus de 100,000 ans pour que la lumière
nous arrive de la nébuleuse dont nous
venons d'étudier la marche.
^ On peut même doubler ce nombre, en
considérant qu'il est vraisemblable que nous
sommes au milieu de la nébuleuse appelée
roie lactée, et que la lumière doit mettre
2,000 ans pour parcourir le diamètre de
cette même nébuleuse. Si, en partant de ces
faits, nous cherchons à quelle distance il
serait nécessaire d'éloigner la voie lactée
pour ne plus la voir que sous un angle de
i- degré, qui est l'étendue des plus grandes
nébuleuses, nous trouverons que cette dis-
tance est égale à 115 fois son diamètre; c'est-
à-dire que la lumière ne la parcourt qu'en
115 fois 2,000 ans, ou 230,000 ans. Tel est
donc l'éloignement de plusieurs des nébu-
leuses dont nous apercevons la lumière.
C*est une conclusion surprenante, sans doute :
elle n'en est pas moins fondée sur des ana-
logies bien admissibles, et ne se trouve en
opposition avec aucun fait positif (744).
« S'il n'y avait eu réellement qu une seule
création, ou, pour mieux dire, si après la
création des ccirps célestes ceux-ci n'avaient
l>as reçu des appropriations particulières à
chacun d'eux, les étoiles, comme les nébu-
leuses, seraient de la même date que l'homme,
et n*auraient pas plus de 7,000 ou 7,500 an-
nées. S'il en était réellement ainsi, il y aurait
aujourd'hui un grand nombre de nébuleuses
dont la lumière ne nous serait point encore
parvenue, faute du temps suffisant pour arri-
ver jusqu'à nous.
« Le nombre des nébuleuses que nous
apercevons est déjà extrêmement consi-
dérable. Herschell les a divisées en trois
classes; il n'en compte pas moins de 2,300
parmi celles qu'il appelle nébuleuses pto-
Î rement dites. Ce grand astronome rapporte
cette dernière classe les 'astres qui se for-
ment tous les jours, par l'effet de la conden-
sation de la matière éthérée, répandue, à ce
qu'il parait, en quantité immense dans les
espaces célestes. Ces formations nouvelles
n'ont que des analogies plus ou moins éloi-
gnées avec les nébuleuses de la voie lactée,
dont nous apercevons la lumière malgré leur
extrême éloignement. Elles en ont encore
moins avec les aurores boréales, les aéroli-
thes, les étoiles filantes et les comètes, quoi-
que ces astres, aux premières périodes de
leurs phases, paraissent également résulter
de la condensation de la matière éthérée.
« Si donc il n'y avait eu qu'une seule
création, on devrait voir, chaque année,
presoue chaque jour, apparaître de nouvelles
nébuleuses au milieu de la voie lactée. L'ob-
servation est loin de confirmer cette conti-
nuelle apparition, ce qui prouve que cette
dernière supposition est tout à fait gratuite.
Le nombre de ces nébuleuses ne s'accroît
que par la puissance des télescopes ou des
lunettes que les astronomes emploient pour
les découvrir au milieu de l'immensité de
l'espace.
« Du reste, si cette hypothèse , tout à fait
contraire au système d'une création primitive
et d'une organisation postérieure des corps
célestes qui en aurait été l'objet, était exacte,
le spectacle que le ciel aurait présenté aux
Siremiers Ages du monde , à Adam et à ses
escendants, aurait été aussi extraordinaire
que singulier. Le premier homme n'aurait
pas vu, lors de sa venue sur la terre, une
seule étoile au ciel ; le soleil, la lune et les
planètes auraient été les seuls astres qu'il y
aurait aperçus et dont il aurait joui pendant
les premières six années. Au delà de cette
époque, les étoiles auraient commencé à
apparaître successivement, et dans un ordre
inverse de leur distance à la terre. La voie
lactée n'aurait donc présenté l'aspect qu'elle
offre actuellement qu'au delà aun certain
nombre de siècles. Enfin aiuourd'hui encore,
ainsi que nous l'avons dqà fait observer,
des étoiles et des nébuleuses devraient se
montrer pour la première fois dans le ciel ,
c'est cependant ce que l'observation est loin
de connrmer. Il faut l'avouer, de pareille.^
conséquences sont tout à fait inadmissibles ;
dès lors on est en droit de rejeter la suppo-
sition qui y a donné lieu. La création des
étoiles et des nébuleuses a donc précédé la
création de l'homme actuel d'un grand nom-
bre de siècles ; toutefois il est impossible à
la science actuelle de les fixer et même de
les^ évaluer d'une manière approximative,
(744) Foy. Hebschell, Trailé értuironomie, traduit braire, IS54, et VVranofrapIntàt Fiancoeob, 4'édiL
p^r Aogiftin Conmol, p. 416; Paris , Paulin, U- 18i8, pag. SOS.
1027
NEB
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
NEB
Oo est ainsi amené, comme forcément, à
cdmeitre deux époques bien distinctes dans
)a création : la première ou la plus ancienne
est celle où l'ensemble des corps célestes est
sorti du néant à la voix du Créateur ; la se-
conde , bien postérieure, serait celle où le
soleil , les planètes , et particulièrement Ja
terre, ont reçu leur organisation définitive,
et sont parvenus à leur état actuel.
t( Notre globe ne pouvait en effet acquérir
un étal ferme et stable, que lorsque ses rap-
Sorts avec le reste de Tunivers auraient été
éfinitivement réglés. II fallait môme que
les précédentes créations eussent été entiè-
rement accomplies , afin que la terre pût
recevoir des végétaux et des animaux. Il
était même nécessaire que les climats fus-
sent parvenus à une stabilité assez grande
pour que l'existence de riiommc ne fût pas
compromise. Aussi est-il arrivé sur cette
terre, ledernier entre les êtres vivants (74o). »
Plus loin, M. Marcel de Serres revient sur
celle opinion singulière qu'il se forme tous
les jours des astres nouveaux dans les espaces
célestes et qu'ils sont dus à la condensation
de la matière étli(*rée.
« Les observations récentes d*HersehclI
sur les nébuleuses donnent à cette théorie,
dit-il, le plus grand degré de vraisemblance.
Elles prouvent du moins que les astres nou-
veaux dont la formation a lieu dans les es-
paces planétaires sont dus à des masses
énormes de matières extrêmement déliées
et subtiles qui se trouvent aujourd'hui
même dans l'acte de leur coniiensation. Ce
grand astronome a remarqué que parmi les
nébuleuses il y en avait plusieurs dont les
particules gazeuses commencent à se liqué-
fier et deviennent peu à peu solides , 1 éclat
de ces partie ules augmentant à mesure uue la
lumière diffuse perd de son intensité (7i0). »
« Seulement, ajoute-t-il (p. 98), la rareté et
le peu de densité de cette matière ren-
dent ce travail extrêmement lent, et bien
des siècles s'écoulent avanl qu'il soit sen-
sible pour nous. » On n'est point tenté de
le contester, quoiaue Tauteur prétende quel-
ques lignes plus liaut qu Herschell ait re-
marqué la liquéfaction çt quasi la solidifi-
cation de certaines nébuleuses (T47).
Passons à un autre cosmogoniste non
moins téméraire, non moins naïvement af-
firmatif. L'imagination estsi à Taise au milieu
de cette science vaporeuse et de ces créations
fantastiuues qui la font ressembler aux rêves
d'un malade en délire... velut œgri somnia.
M. Godefroy, car c'est de son livre que
nous voulons parler, a beaucoup de peine
& s'entendre avec M.M. Laplace, Arago, etc.
Il n'est pas satisfait de toutes leurs idées sur
^7i5) De ta création de la terre, p. 43 et siiiv.
(746| De la création de la terre, p. 89.
(717) € On a cru pouvoir déduire immédialeiDciit
aobscnraiious faites à différentes époques, qu'il
s>est opéré des changements effectifs dans la nébu-
leuse d'Andromède, puis dans celle du navire Argo
eudans les filaments isolés qui appartiennent à la
nébuleuse d'Orjon ; mais Tinégale puissance des
inctruments employés à ces diverses époques, les
les nébulosités ; il modifie , il corrige, ii
ajoute, il retranche ; il affirme surtout 'me
Moïse parle mieux au'eux tous (ielauatirç
du soleil, des nébuleuses, elc: et, on.ié-
finitif, il s'en lire lui-même comme Mleûi
assisté à leur création, ou qu'il eût mivî
main à Tœuvre
« Dans la théorie dé M . Laplace, le soleil -i
une énorme masse de feu, unocéandeiuaii»..
lumineuse, un noj'au brillant, un dol" i:q
candescent environné June almospnèrf (|.:i
s'étend ou peut s'étendre jusqu au |»oiul i
la force centrifuge balance exactenjcnl h
pesanteur (748).
a M. Laplace avait d'abord attribué à quel-
que catastrophe subite et violente, »
prodigieuse expansion de ratraosphère ^i-
laire au delà des orbites de toutes les [!â.
nètes: ce qui peut avoir eu lieu, ùi^ali-li
alors, par des causes semblables à ccllt fil
fit briller du plus vif éclat, peiidant plutimn
mois, la fameuse étoile que fontit M i
coup, en 1672, dans la constellation it ùf-
siopée (749.) Plus tard, pour des rais(ins'|ij-
nous apprécierons tout a l'heure, il n'a pî-i
voulu recourir à une révolution accideniic
et iiii.tantanée ; il a préféré faire du >oIh!
un globe incandescent qui augmente pi-
çressivement en masse et en volume, w
tétat primitif où nous supposons le iM, H
ressemblait aux nébuleuses, que le /c'/«^'j>^
dit-il, nous montre composées d^un noyau jh-*
ou moins brillant, entouré d'une nébuM^
ui, en se condensant à fa surface du floyod,
e transforme en étoile ^750j,
« 11 peut ne pas être inutile d'avertir 'pie
le télescope n'a pas encore montré aui
astronomes les progrès de cette (Oii'e:.^-
tion; nous voulons dire que celte lraD>l"f'
mation d'une nébuleuse en étoile ot u
phénomène dont les archives scienllliii^'^
n'ont encore fait aucune mention. Il f<3«»
bien dire aussi que ces étoiles mHniKw
que M. Lajilace fait intervenir dans riudrêi
de sa nouvelle explication, sont précisétiiîi'
les objets astronomiques les moins foiinaî
de tout le ciel éloîlé, et sur là nature .Vr
quels les savants sont le ulus partagés
« Selon les uns, les étoiles environijéc î^
nébulosités seraient dé grandes é('| '^
centres d autant de systèmes célestes d'i)::^
nature particulière, et leurs nébulosités ^^'
raient formées par la réunion d'une um'ii-
tude d'autres étoiles trop petites pour êii-
observées.
« Selon les autres, ces nébuleuses serai lî
entièrement composées d'étoiles aj^g'^^"'^"
rées dans un espace resserré, et d'un/'''
intrinsèquement trop faible pour être in ;
viduellement aperçues, mais dont la àch>'-'
variations de notre almosphère, el d'autres infl:'
ces de nature opiique, jetteni un doute ïé^vM'-^^
une partie de ces résnliats , quand on les con>jî^'''
comme des termes de comparaison lëfOrti«Mfc'>'
toire des c\en\, i {Cosmos, U !•% p. W.)
(748) Expos, du syst. du monde, p. i70el«l
749( hid., t. U, édition de i a» IV.
750) iM«, p. 410 5« édition. I8il.
?,
iwsa
NEB
ET DE PALEONTOLOGIE.
NEB
1030
croîtrait Ters te centre, parce que là un plus
grand nombre de ces étoites se projettent les
lanes sur les autres, et que, par un effet
il'optiquer elles se raiiprochent assez pour
que leurs lumières réunies donnent Timage
il un point plus brillant qne le reste.
^ Cependant la plupart des astronomes
|H?n?:ent que ces astres problématiques,
comme ils le^ appellent, sont dos étoiles qui
se projettent sur des nébulosités plus éloi-
ffoées, ou en face desquelles viennent s*in-
terp'jser des nébulosités plus rapprochées de
nous et uniquement éclairées par la lumière
de ces ctoiles. Dans leurs explications, une
matière encore à Tétat naissant, une ma*
tîère restée à son état originel , une
matière cosmique, diaphane, non rayon-
Djnte, non lumineuse par eHe-mème, cons-
titue la néiiuiosité des étoiles dites nébu*
Ieuses;de même qu'une matière essentiel*
leuient ou ancidentellement lumineuse
con>titue le disque brillant «le ces étoiles,
comme elle constitue le disque lumineux de
notre soleil et de toutes les autres étoiles.
« Telle était aussi Topinion du grand
Horsciiell, qui expliquait ra{>parition en
177V et la disparition en 1811 de lanélmlo-
silt' circulaire de chacune des deux petites
étoiles situées au nord de la grande nébu-
leuse d'Orion, par l'interposition acciden-
telle, entre ces deux petites étoiles et la
terre, d'une partie de la matière cosmique
etdiai'ihane constituant cette grande néliu-
leuse d'Orion.
« Cette explication est d'une trop grande
îroporîance pour que nous puissions nous
diî>penserde mettre sous les yeux du lecteur
le précis que donnent tes savants anglaisdes
merTeilleuses observations du grand astro-
nome.
• Le i mars 177V, Herschell observa l'é-
toile nébuleuse, dans Tépée d'Orion, qui
n'e^t que de quelques minutes au nord des
grandes nébuleuses ; il en remarqua en même
temps deux autres semblables, mais beau-
coup plus petites ; une de chaque côté de la
grande, et à peu près à la même distance.
£n 1783, en examinant Tétoile nébuleuse,
il trouva qu'elle était faiblement environnée
d'une couronne circulaire de nébulosité
blanchâtre qui la joignait à la grande nébu-
leuse. En 178V, cet astronome commença à
>on H^onner que Tétoile n'était pas liée avec
la Déaulosilé de cette grande nébuleuse
d't )rion, mais qu'elle était semblable à celles
qMÎ se trouvent dispersées dans toute l'éten-
due des cieux. En 1801, 1806 et 1810, cette
o; inion fut confirmée par le changement gra-
duel quiarriva danscette grande nébuleuse,
à laïuelle appartient la nébulosité qui en-
Tironne cette étoile; car l'intensité de la lu-
mière près de l'étoile nébuleuse s'était, («en-
dant ce temps, considérablement réduite,
I»ar suite d'atténuation ou de dispersion de
a matière nébuleuse, et il paraissait alors
(751) Les MeneiUes dêg cieux. De la diMance de
U nêtwlcuse dans la contlellalioD d'Orion. Ouvrage
traduit de "anglais sar la treizième édition.
très-évident que l'étoile était loin derrière
cette matière nébuleuse^ et que, par cousé-
3uenl, la lumière la traversant se trouvait
éviée et dispersée» de manière à produire
Vapparence aune étoile nébuleuse. Lorsque
Herschell revit cet intéressant objet en dé-
cembre 1810, il dirigea particulièrement son
attention vers les deux petites étoiles nébu-
leuses aux côtés de la grande, et il trouva
qu'elles étaient parfaitement dégagées de
toute apparence nébuleuse. Ceci ne confir-
ma pas seulement son précédent soupçon
sur la grande atténuation ou dispersion do
la nébulosité, m.iis lui prouva aussi que
leur apparence nébuleuse première arail fti-
tièremenl été produite par le passage de leur
lumière à travers la matière nébuleuse qui
les occulta en quelque sorte. Le 19 jan-
vier 1811, il eut un autre bel examen du
même objet dans un très-bon télescope de
quarante pieds; et malgré la lumière supé-
rieure que cet instrument produisait, il ne
put aperce voir aucun restede nébulosité près
des deux petites étoiles (751.)
« Les savants de notre France vont com-
pléter celte explication.
« Quand une étoile s'aperçoit à iraters ti»
orouillardy etie parait être au enitrt tfune
auréole lumineuse. Cette auréole se compose
d'une portion de brouillard éclairée par
rétoile. Une causeanalngue produisit^ suivant
rUlustre astronome^ les nébulosités observées
en 177V autour des trois étoites citées ; seu^
lement le brouillard ordinaire était remplacé
par une matière cosmique^ plus voisine de
nous que les trois étoiles^ située cependant
dans tes hautes régions au firmament, et en
liaison immédiate avec la grande nébuleuse
d'Orion. La matière ne brillait pas d'une /u-
mière propre^ puisque une certaine distance
des trois étoiles on n'en voyait aucune trac^^
Elle répétait fortement vers notre eeH teê
rayons stellaires qui la traversaient sous des
incidences très-peu éloignées de la perpendi"
culaire (752.)
« C'est en ces termes que M. Arago expose
la Théorie d'Herschelly théorie qui explique
d'une manière si satisfaisante et si ration-
nelle, la forme circulaire et l'affaiblissement
graduel du «entre à la circonférence de l'au-
réole lurnineuse ou de la nébulosité dont
paraissent environnés^ par un effet de pers«
pective, ces astres improprement appelés
étoiles nébuleuses.
« Cependant le même M. Arago déclare id
qu'il n'examinera pas s'il n'aurait |ias été
plus simple d'assimiler les nébulosités cir-
culaires des trois étoiles d'Orion à des at-
mosphères lumineuses, d'attribuer ensuite
l'affaiblissement de ia f>lus grande et la dfs-
parition des deux autres à un mouvement
de ces atmosphères vers le centre de chaque
étoile (753.) C'est que M. Arago a avancé
précédemment qu'il y a peu de probabilité
que, par un effet de projection, une étoile
(75i) Ann. 1842, p. 413, 44i
(755) IM., p. 444.
1031
DlCnO^AIBE D£ COSSOGœCIE
m
tienne oecaper frécisémemi U centre iTtiiie
néhulo$ité ronde ; ioférant de ce peu de pro-
talité qu'il tn'isie réellement des étoiles
brillantes, enloarées de nébulosités on d'at-
mosphères immenses, lomineoses par elles-
mêmes ; et que ces atmosphères peuTent, à
la longue, se réunir aux étoiles centrales et
accroître leur éclat. De là aussi Fannonce
non moins inattendue, que le êoutenir de la
lumière zodiacale s'emparera de noire esprit
comme un nouveau trait de ressemblance entre
certaines étoiles et notre soleil (lôh).
« Ici les assertions du savant auteur des
Notices n^ont plus le même caractère : s'il
déclare encore qu'il ne Toit rien dans les
obserrations qui, de prime abord, puisse
contrarier ce mode d*esplication, il déclare
aussi que la plus stricte réserve est un devoir
toutes tes fois qu* on s" éloigne des opinions pro'
fessées par nilustre astronome de Sloug (755.)
« M. Arago j)ermettra donc que nous ex-
posions les raisons qui nous empêchent de
nou.s éloigner des opinions professées par le
grand astronome. Notre requête sera d'au-
tant mieux accueillie qu*on ne saurait adop-
ter le noureau mode a explication, sans at-
tribuer à Herschell l'insigne honneur d'a-
Toir, en quelque sorte, assisté à la nais-
sance de deux étoiles ; privilège tout spécial
et que nul autre habitant de notre planète
ne serait en droit de rerendiquer; car nous
ne sachions pas que la science ait jamais eu
à enregistrer d'actes de naissance parmi les
étoiles Ries. Ce n'est pas que nous ne con-
naissions bien la réponse qui nous serait
faite, si nous demandions quelle est la du-
rée approximative 4*un9 gestation stellaire.
« On nous ré[)ondrait : ici il faudrait
peui-étre des millions dCannées ; là , avec
éCautres conditioner des périodes beaucoup
plus courtes seraient suffisantes^ comme Tap-
parition subite de l'étoile nouvelle de 1572
semblerait ^indiquer (756). Il est vrai que
cet avènement n eutqu'unedurée éphémère;
car, dès le mois de mars 157iik, f étoile nou-
velle de H. Arago et de H. Laplace disparut
complètement. Il est vrai aussi que pareil
phénomène avait déjà été observé, dans la
même réKion du ciel, en 9^5, puis en 126&, et
que régalité des intervalles d'apparition a
fait penser à tous les astronomes que ces
étoiles temporaires sont an seul et même
astre dont la période est de 300 ans. C'est
ce qu'on aurait pu et c'est même ce qu'on
aurait dû mentionner ici.
« Quoi qu'il en soit, puisqu'une étoile vue
à travers un brouillard paraît être au centre
d'une auréole lumineuse, puisque cette au-
réole lumineuse se compose d'une por-
tion de brouillard éclairée par l'étoile, puis-
qu'à une certaine distance de l'étoile on ne
voit plus aucune trace de cette prétendue
auréole ou atmosphère lumineuse, il est de
toute évidence que la position vraie de l'é-
toile relativement aune nébulosité inférieure
ne change rien à sa position apparente au
(754) Ann. 1842, p. 406, 407.
(755) Ibid., p. 444, 445.
centre ae cette nébulosité, et'il est de loate
évidence aussi que la forme réelle de cette
nébulosité ou de ce brouillard ne change
rien à cet effet de projection, ou à cette ap-
Cirence d'une nébuleuse exactement circa-
ire, dominée par une étoile centrale. Pour
que cette étoile devienne une étoile nébu*
leuse, en d autres termes, pour que celte
étoile nous paraisse environnée ë une ao-
réole ou d*une atmosphère Inmineose, il
suffit qu'elle se trouve, par rapport à noos,
dans la ligne suivant laquelle nous regar-
dons cette nébulosité ; il suffit enfin que
cette étoile corresponde è une portion quel-
conque de ce brouillard, à une portion de It
matière cosmique et diaphane qui constilce
cette nébulosité ; et il n*est lias du tout néces-
saire que cette nébulosité dépende oeTétoile,
qu'elle lasse corps avec elle.
« Mais il. Arago pourrait-il ignorer qu'il
est physiquement im{iossible que lalamière
zodiacale dépende du soleil, qu'elle iasse
corps avec le soleil ? M. Arago ignorerait-il
qu*i! serait absurde de supposer qiie cette
zone de molécules volatiles pût, à la lon-
gue, se réunir à notre étoile centrale et
accroître son éclat ? non, car il nous dira eo
1^ : Qaant à la lumière zodiacale, ctttt
pierre d'achoppement contre laqiuUe tant dt
rêveries ont été se briser, elle se compose d«
parties les plus volatiles de la néfytleuse pri'
mt/ire. L'existence de cette matière «x/reiw-
ment rare, dans la région gu^occupe la terre
et même seulement dans celle de YénuSy lefR-
blait inconciliable avec les lois de la méeani'
que ; mais c'était lorsauCf en mettant par h
pensée^ la matière zodiacale dans U dépen'
dance immédiate et intime de la photosphir^
solaire proprement dite, on lui imprimait m
mouvement angulaire de rotation égal à (dui
de cette photosphère (757 j.
« Comment donc H. Arago a-t-il pu, en
1842, nous présenter cette même ctisieoce
comme une preuve de la liaison de Tétoile et
de la nébulosité ; comme une preuve de la
dépendance immédiate et intime de la ph^
tosphèro stellaire et de la nébulosité eori-
ronnante; comme une preuve de la po^^^i'
bilité de la réunion des atmosphères nébu-
leuses aux étoiles centrales, et de Taccrois-
sement de ces étoiles en éclat? C'est une des
questions que nous n'entreprendrons pas de
résoudre.
« Il serait beaucoup trop long et il serait
inutile, d'ailleurs, de présenter une analyse
des véritables nébuleuses, de ces objets si
nombreux et si variés que l'on coropreiHi
sous la dénomination commune de nébu-
leuses. On sait qu'en général le trait carac-
téristique des vraies nébuleuses est une
lumière faible et douteuse, à contours pl"^
ou tnioins réguliers, dominant ou environ-
nant de grands espaces obscurs. La lumi^'^
ne devient certaine, uniforme et bien Iran:
chée que dans les couches nébuleuses qui
approcneni de la forme sphérique ou ^W
(•756) Ann. 4842, p. 43S.
(757) Ann. 1844, p. 355.
I<I3S
ET Ue PALEONTOLOGIE.
HEB
iOSi
tique. Mais alors, au lien tVun «ayou plu$
au moins brillant , entouré d'une nébulosité
fuf, en se condensant a la surface du noj^aUf
h transforme en étoile^ elles nous offrent le
spectacle merveilleux d*uoe lumière nette,
parfaitement uniforme , et tout entière ré-
pandue ft la surface de la nébulosité; et
lumière pourtant encore bien inférieure
è celle des étoiles , quoique leur Tolume
soit incomparablement plus développé. Ce
sont les nébuleuses planétaires^ ainsi nom-
mées à cause de leur ressemblance avec les
planètes , quant à la régularité de leur forme
et à la grandeur de leur diamètre appa-
rent.
« Ces globes qu^Herschell a placés au
premier rang parmi les nébuleuses propre-
ment dites , ces sphères immenses qui ont
offert à l'admiration des astronomes le phé-
nomène inattendu d'une lumière toute su-
I>erticielie» longtemps avant que des opéra-
tions d*Hn autre genre eussent révélé aux
physiciens que la nature a travaillé tous les
soleils sur le même plan , M. Laplace les a
rejetées parce qu'elles ne répondaient ni à
sa manière de voir sur la structure ori^^inelle
de notre momie planétaire , ni à l'opinion
qn*il s'était faite sur la constitution physi-
que du soleil. Produisons» sans plus tarder,
la description que nous font les astronomes
de cette merveille, la plus sit^niQcative sans
doute en :re tontes les merveilles des cieux
étoiles, et dont pourtant M.Laplace ne nous
parle que pour nous dire que quelquefois la
matière nébuleuse ^ en se condensant tune
manière uniforme^ produit les nébuleuses que
*on nomme planétaires (liS). C'est au fils et
au digne successeur du grand Herscbeli que
nous nous adresserons , comme au juge le
plus compétent dans la matière.
m Les nébuleuses planétaires sont des objets
tris^étranges. Elles ont^ comme leur nom
FindSouCf une exacte ressemblance arec les
planètes : ce sont des disques ronds ou léger e-
m^nt orales , quelquefois nettement terminés ,
ibsns (Tautres cas un peu brumeux vers leurs
bords. La lumière esi parfaitement uniforme
ou très'peu nuancée^ et parfois elle approché
pour Cédât de celle des planètes véritables^
Ces objets^ quelle quen puisse être la nature^
atteignent des dimensions énormes. Vn éf entre
euXf dont le diamètre apparent est d'environ
20 secondes^ se voit sur le parallèle de a du
Verseau , à peu près 5 minutes en avant de
rétoile. En admettant quUls soient à la même
distance de nous que les étoiles^ leur diamètre
réel serait au moins éaal à Vorbite dUranus.
Au cas que F on veuille les regarder comme
des corps solides de la nature du soleil^ Un* est
pas moins évident que Féclat intrinsèque de
leurs surfaces doit être infiniment inférieur à
celui de cet astre. Si le soleil était reculé à
une distance telle que son d amètre apparent
fût de ^ secondes, il donnerait une lumière
égale à celle de cent pleines lunes: tandis aue
les objets dont il s'agit sont tout au plus dis*
cernables à Vttil mi. Vuniformité de leur
disque^ et le défaut de concentration centrale
apparente doivent nous fa re conjecturer que
leur lumière est purement su| erlirielle, com^
me serait celle dune étale sphérique. La ta*
vite existentielle effectivement ^ ou est -elle
remplie par une matière solide ou gazeuse Y
A cet effets le champ est ouvert aux conjec-
tures CioS).
€ 11 n est pas un physicien qui ne demeure»
convaincu aue Texistenre d'une lavité aiL^^si
immense répugne h toutes les lois de la sta-
tique et de la dynamique. Iji forme s. h< ri
que ou elliptique d'ailleurs indique claire-
ment la présence d'un lien général, o'un
centre d attraction. Nécessairement une
sphère lumineuse d'un diamètre aussi c^ n-
sidérable est remplie larune matière flui.ie
ou gazeuse, plus ou moins condensée dans
toute sa ca. acilé, mais toujours d'une ucn-
sité croi^antede la surface au centre o'allrac-
tion ; car la solidité ne convient pas plus que
le vide à un gloiie d'une extcnâon aussi
prodigieuse.
• Celte merveilleuse découverte offre k
nos regards étonnés un |)oint de vue aussi
vaste que sublime , dans la coiitemplalioD
des analogies manifestes que pré^entent
les nébuleuses planétaires avec la structura
de notre soleil. LoR>que nous interrogerons
nos astronomes et nos physiciens sur la na-
ture intime de cet astre, nous apprendrons
que sa constituiton phvsiquc n'est pas diffé*
rente de celle des nébuleuses planétaires ;
nous apprendrons une la lumière du soleil
est toute superOcielie, comme celle des né-
buleuses ; qu'elle a son siège à la surfiice
extérieure de son atmosphère ; aifuiie at-
mosphère sombre et obscure s^ir.terpose
entre l'enveloppe lumineu^eque nous voyons
et le globe invisible du soleil, et que le so-
leil n a point d atmosphère au delà de cette
enveloppe lumineuse. Nous saurons ainsi
d'une science humaine ce que nous savions
d'une science divine, longtemps avant qu^l
f^ eût des astronomes et des physiciens ; aua
e soleil n'a point de rang de primordialilé
dans le champ de la création ; que ce n*est
point à la condensation de l'atmosphère da
soleil que nous devons attribuer la forma-
tion de la terre et des planètes. Nous sau-
rons ainsi que c'est au système de Mo'ise »
c'est-à-dire au récit de la création, (]u'il
faut revenir, fi on veut remonier à lori^
gine de la terre et du soleil, et de tout ce
qu'il y a de commun entre ces deux corps
et les autres globes planétaires.
« Comme Moïse ici fait bonne figure au mf-
lieu de toutes ces hypothèses de nos astro-
nomes sur la n;:turedu soleil, hypottièses les
plus incertaines et qui demain seront rem-
placées par d'autres qui n'auront pas plus
de valeur I
« La structure des nébuleuses, dites pla-
nétaires, offre tantdejKiints de resseiiiblance
avec le plan ma^^nifique dessiné par l'auteur
FCTffflf
m <f si . dsL mondCf p. 39S. (759) Trotta dastronomie.^r sir John Bebscull»
tradui; de ranglais, par Coumot, p. 478 et 479.
DicnoHH. i>B CosvoeoHiB sr m PALioirroLOG». 38
MS
MEB
r^ICTIONNAIHE DE COSMOGONIE
iHFA
m
de \b Génise , et la théorie de M. Laplace
Iburiiit une expiicalion si complète de tous
les phénomènes du monde planétaire , que,
pour résoudre le grand problème cosmoffo*
nique qui a occupé les savants de tous les
siècles, ii n'est plus besoin aujourd'hui que
d'apporter à cette ingénieuse théorie les
modifications que réclament décidément les
importantes(Jécouverlesdenosastronomes,et
les expériences non moins décisives de nos
physiciens. Or ces révélations de la science
numaine sur la structure des nébuleuses, et
sur la constitution physique du soleil et la
nature de sa lumière/ne déposent si haute-
ment contre le fait invoqué par M. Laplace ,
que pour proclamer avec plus de force la
vérité du récit historique, et sanctionner ce
récit dans tout ce qu'il a de plus mystérieux
•t de plus incompréhensible.
^ Le ciel et la terre, créés à l'état de mo-
lécules élémentaires, ne formaient encore
au'une seule et même immensité d'une flui-
ité absolue, et déjà aux ténèbres univer-.
selles qui régnaient sur le grand tout de la
création avait succédé la lumière, premier
produit de la condensation, quand une con-
densation ultérieure vint diviser cet abîme
unique en une infinité d'abîmes distincts et
séparés. Cependant cette grande division
n'élait encore que le commencement de
Texéculion de cette parole de l'Ordonnateur
des cieux : Que ta condensation centrale se*
pare les eaux d'avec tes eaux. Notre univers
du notre ciel, cette fraction de lunité de la
création, fraction tout h la fois immense et
insignifiante que nous appelons notre sys-
tème solaire, composait entore un tout plus
ou moins semblable au grand tout dont il
venait d'être sc^paré, fraction, par consé-*
quenl, qui s'arrondissait, en même temps
?ne rinlensilé de son auréole luminense,
manée de la lumière primitive, augmen*
t«lt ince:?sammenl en raison des progrès de
l'î condensation de la masse centrale.
« En présence de ce premier aperçu cos-
ttîogonique, la science déclare que les con-
fi-rurations des lrès-^,raniles nébuleuses dif-
fuses n'ont rien de régulier; que toutes les
fl^^ures qu'afFeclent les nuages de notre at-
îTîos[)hère se retrouvent dans le firmament
:îes nébuleuses ditluses; que la régularité
des formes et des contours n'apparaît ciue
dans les petites nébuleuses, qu'on considère
comme ayant appartenu, dans l'origine, à
nneou plusieurs ^raniies nébuleuses, ainsi
transformées en nébuleuses distinctes et in-
dépendantes ; que quelquefois il existe entre
deux de ces petit s nébuleuses, alors à for--
mes arrondies^ bien distinctes^ bien circons-'
exiles^ un tres-mnce ptet de nébulosité qui
rattache leurs circonférences, Qn dirait, ajoule-
t-eile, en signalant cette circonstance comme
três'digne d'attention^ on dirait une sorte
d'indice , de témoin visible de leur origine
commune (760).
(7G0) Ann, 1842, p. 426, 427.
(761) .1 im. 184:2. p. 411. 441,
(7C2) Ibid., p. 441.
« D*un autre côté » la science déclare qu«
« la matière nébuleuse , en se condensant
« d'une manière uniforme, produit les nébo-
c leuses planétaires; » et elle coo^^tatcqueila
€ lumière de ces nébuleuses est pureioent
« superficielle , comme serait celle d'une
« écale sphérique creuse, n
« C'est-à-dire que 'la science déclare el
constate que les opérations de la Sa^ei^se
créatrice, dans la préparation des cieux, ^
sont passées de la manière et dans lorjrs
décrits dans nos livres saints.
« Mais Toici que* tout à coup, un homme
delà science émet le soupçon que, tproti
« les nébuleuses planétaires, plusieurs do
« viendraien Ides étoiles nébuleuse si nous
« en étions plus près. »
« Je ne sais, continue M. Arago, car c'est
M« Arago qui émet ce soupçon, je tu mù,
mais il me semble que toutes ces suppotiim
pourraient être évitées en admettant que ca
nébuleuses planétaires sont des étoiles nélm'
leuses assez éloignées de la terre pour que té*
toile centrale ne prédomine plus parsonétlat
$ur la lueur dont elle est entourée (761).
« Voyons quelles sont ces suppositions
que M. Arago voudrait éviter? Produisons
toutes ces suppositions.
<< Pour expliq}$€r comment Véclat des dM«
ques planétaires nébuleux n'est guère plus fort
au centre que sur les bordsj il faut admtttrt
que la lumière ne provient pas detoutehprih
fondeur de la nébuleuse : il faut réduire U
rayonnement à être purement superficiel [M]'
<f Mais, précisément, c'est ce qui est admis
par la science, et par la science la plus cooi-
pétenle; et, précisément encore, c'est ainsi
qu'il arrive que la lumière, pareiliemenl pa-
rement superficielle de notre soleil, n'est pas
pi us. for te au centre que vers les bords.
« M. Arago répète son objection lUM
accorder, en d'autres termes, qu arrivée à uae
certaine densité, la matière diffuse, laiteMit^
comme on voudra Vappeler^ cesse d^éire dia-
phane (763).
« Où est donc la difficulté? M. Ara?) lui-
même ne nous avertit-il pas du dang^rquii
y aurait à tirer des conséquences tropabsuktf
des évolutions de la matière diffuse, des for'
mes diverses qu'elle peut affecter en ^'ojî'^
mérant ? Ne déclare-t-il pas que /ouf nousatt-
torise à penser aue les molécules laiteuses sont
soumises, dans les vastes régions de Vespace*
à des formes dont nous n'avons aucunt
idée (m).
« Ces suppositions , car ce sont là touies
les suppositions que M. Arago voudrait '^i*
ter, ces deux suppositions, qui en déiinil ^^
se réduisent à une seule, doiTenl-ellas ^^^
déterminer à nous écarter, sur ce point uni-
que, de rorthodoîie scientifique?
« Les étoiles dites nébuleuses sont eit^^^f-
ment circulaires. C'est là un fait constate*»
indépendant de toute théorie. Mais les né-
buleuses planétaires ne sont pas parfaiicfflî»
(763) Ibid., p. 441. '
(764) Ibid., p. 441, 442,
1637
!fEB
ET DE PALEONTOLOGIE.
NEB
f038
rondes, elles ne sont pas eiactement circu-
laires. Généralement, leur disque est légère-
ment ovale. Sur lés dix nébuleuses planétai-
res découvertes par Hcrschell, sept son ma-
nifestement un peu elliptiques, ré>ullât in-
contestable du mouvement de rotation de
CCS sphères immenses. Ces nébuleuses se-
raient-elles condamnées à perdre leur forme
elliptique, c'est-à-dire leur mourement de
rotation, dans leur passage à Tétat d*étoiIes
nébuleuses?...
« En exprimant sa propre conviction sur
fa lumière toute superficielle des nébuleuses
planétaires, le savant astronome anglais, le
31s du grand Herschell, n*a^fait que repro-
Juire la conviction de son illustre père et
:elle des plus habiles observateurs. Dans sa
^jettre écrite du cap de Bonne-Espérance à
tf. Quételet, en date du 8 juin 1837, et insé-
rée dans le Bulletin de F Académie de Bruxel-
'es^ le célèbre astronome a donné Tiscension
Jroite et la déclinaison de 13 nébuleuses
planétaires par lui découvertes dans Tautre
bémisphère. Parmi ces nébuleuses^ toutes^
Jil-il , décidément planétaires^ deux ou trois
ressemblent tellement à des planètes^ quelles
tromperaient même un observateur exercé^
i gui on les montrerait comme telles.
« Combien il j a loin de Faspect de nos
planètes à forme pareillement un peu ellipti^
jue^ engendrée par le mouvement de rota-
lion, à celui de ces étoiles qu*on désigne
$ous le nom d'étoiles nébuleuses? Car ces
nébuleuses, si improprement appelées étoi-
les nébuleuses, n offrent pas seulement une
forme exactement ronde ou circulaire; elles
présentent encore Tapparence d'une lumière
dont ré Jat va croissant de la circonférence
au point central, où Tintensité de la lumière
devient tout à coup considérable. Les nébu-
leuses planétaires, au contraire, ont une lu-
mière parfaitement uniforme, également ré-
partie sur tous les points de Jeur surface
▼isible.
« H. Herschell ne dit pas assez quand il
assigne aux nébuleuses planétaires un dia-
mètre égal à celui de l'orbite dX-rauus. La
parallaxe annuelle des étoiles ne nous per-
met guère de douter que leurs dimensions
rectiiignes ne soient au moins dix fois plus
{grandes encore. Le diamètre de ces nébu-
euses serait déjà au muius égal à celui de
l'orbite d'Uranus, si la parallaxe annuelle des
étoiles, parmi lesquelles elles se trouvent,
était d'une, seconde. Mais il y a tout lieu de
croire que, pour le plus grand nombre de
nos étoile», cette parallaxe n'est pas même
d'uR dixième de seconde. H. Bessel a trouvé
0"3l36 pour la parallaxe annuelle de la 60'
étoibde la constellationduCygne.Cette étoile,
qui aun mouvement propre annuel de plus de
cinq secondes, tandis que ce mouvement est
à peine d'unt seconde pour la plu^tart des
étoiles observées, se présente naturellement
comme étant beaucoup plus rapprochée de
nous que toutes les autres. •
c Or, parmi les nébideusesolaoétairea dé-
(765) ilJiii. ISIS, p. 441.
couvertes par les astronomes anglais, il s'en
trouve dont le diamètre soutend un an^le de ;
60Seeondes,etdont,par conséquent, la sur^
face visible est éloignée du centre de plus
de 15 fois la distance d'Uranus au soleil ([)rès
de 300 fois la distance du soleil à la terre).
Nous ne demanderons pas comment de la lu-
mière réfléchie, partie d'un point ce tral
aussi éloigné, pourrait nous atteindre à l'é-
norme distance où nous sommes de ces né-
buleuses. Mais il nous sera permis ci'èird
plus que surpris que l'éclat de ces sphères
immenses ne soit pas plus fort au centre que
vers les bords.
« On objecte aujourd'hui qu'il faut admet-
tre que la lumière ne provient pas de toute
la profondeur de la nébuleuse. Sans cela^
fait-on observer, son intensité augmenterait
avec le nombre de particules matérielles et
rayonnantes contenues dans la direction dt
clMque rayon visuel (765). Mais c>sl précisé-
ment parce que cette intensité n'augmente
pas avec le nombre de ces particules, qu'il
demeure constaté, en faveur de notre thèse,
que la lumière des nébuleuses est toute su-
perficielle.
« Puisque les parties des rayons visuels qui
sont comprises dans une sphère vont en aug^
mentant de grandeur en allant du bord au
cffi/re,et donnent ainsi la mesure de Vinten--
site lumineuse de toutes les parties de la né-r
buleusCf depuis le bord jusquau centre (7G6).
Il est indubitable que des sphères dont Té-
clat lumineux est uniforme dans toutes les
parties de la surface visible n*ont rien de
commun avec des sphères qui ne seraient
que des agglomérations d'une matière phos*
phorescenle, et encore moins avec des agglo-
mérations à étoile centrale.
« On objecte qu*il faut accorder qu'arrivée
à une certaine densité, la matière difi'use ou
élémentaire cesse d'être diaphane, quelle
devient opaque. Nous ne voyons pas bien
sur quoi porte l'objection. Opaque ou dia-
phane, solide ou gazeuse, la matière inté-
rieure de ces globes célestes n'a aucune ac-
tion sur la nature de l'enveloppe lumineuse,
et l'état de cette matiîre ne peut avoir de
corrélation qu*avec Tintensité de cette enve-
loppe sidérale. Mais n'accorde-t-on (^s à
M. Laplace que c'est aux dépens d'une ma-
tière diffuse ou élémentaire uui composait
la nébuleuse solaire qu'ont été formés tous
les corps opaques du système planétaire?
Mais le globe central du soleil, ce globe ob-
scur, ce noyau opaque^ qu'une atmosphère
semblable à l'atmosphère de nos planètes
tient éloigné de sa photosphère ou de son
enveloppe sidérale, u*a-t-il pas lui-même été
formé aux dépens de cette même nébulosité?
Ne laut'il pas accorder que la matière difi'use
ou élémentaire qui constitue ce noyau, a
cessé d'être diaphane, qu'elle est devenue
opaque?
« Celte conséquence est nécessaire , elle
est inévitable, soit qu'on considère la terre
elles autre planâtes comme ayant pris aaia*
(766) Ann. IS42, o. 421.
1059
NEB
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
NEB
iOM
s Mnrm au sein d'une sphère circonscrite par
une enveloppe lumineuse* soit au*on veuile
former tous ces corps opaques de la substance
d'une nébuleuse qui aurait enveloppé Tétoile
préexistante ou primitive. Dans Tune, comme
dans Tautre hypothèse, il faut accorder que
la matière élémentaire, arrivée è une cer-
taine densité, devient une matière opaque :
t7 faut accordety en d'autres termes^ quarri--
vée à une certaine densité^ la matière diffuse^
laiteuse f comme on voudra Vappeter^ cesse ^
ffétre diaphane. Seulement, dans la dernière
hypothèse, dansThypothèse du passage d'un
noyau à Vétat stellaire par la précipitation
desanébulositi environnante^ Texistence d*un
noyau opaque, environné à une grand dis-
tance d'une écale lumineuse, devient un fait
inexplicable, un fait impossible.
« Cette objection qui tourne contre son au-
teur, Punique objection de M. Arago, est
d'autant plus incompréhensible, que lui-
même, dans son analyse des idées cosmogo-
niques de M. Laplace, exprime le regret que
ViÙustre auteur ne se soit pas suffisamment
expliqué touchant l'état primitifs tétat molé-
culaire de notre nébuleuse (767).
« M. Laplace ne s*e$t pas sunisamment ex-
pliqué sur ce point, disons mieux, M. La-
place ne s*est pas du tout expliqué sur ce
f^oint, parce qu il a recours à un soleil déjà
brmé, à un noyau brillant que la conden-
sation de sa nébulosité transforme en étoile ;
parce que, dans son exposition, Texistence
du soleil est antérieure à la formation des
planèles et des satellites; parce qu'il sup-
pose '|ue le corps même du soleil , que son
son Loyau central n*est pas distingué de sa
photoS()hère; parce qu^il suppose que ce
noyau contrai constitue cette photosphère si-
dérale. M. Laplace ne s'est pas expliqué sur
Tétat primitif, sur Tétat moléculaire de tout
le système, ])arce qu'il ne s*est |)as élevé jus-
3u à ces stjhères à lumière superâcielle per-
ues dans les profondeurs de 1 espace, et que
le télescope semble n'avoir retrouvées que
pour nous offrir le type de Tétat originel de
notre système planétaire. M. Laplac^e ne s'est
pas élevé jusqu'à ce type primitif, par. e que
} ce tvpe originel ne répondait pas à l'opinion
qu'il s'était faite sur la constitution du soleil
et 5ur la nature de sa lumière. Mais M. Ara^o
est loin de partager à cet égard les erreurs
du savant théoricien. Comment donc son ad-
miration pour ces idées cosmogoniques, pro-
cl amées les seules q^ii^ par leur grandeur^ leur
co hérence, leur caractère matliématique^ puis-
sent être vraiment considérées comme une cos-
mogonie physique ÇlijS), R-X-eWe pu l'empê-
cher de s apercevoir qu'il se mettait en con-
tradiction avec lui-même?
« Nous disions en iSM : Nous ne ferons
pas au célèbre académicien Tinjure de croire
qu'il n'a fias compris que Texi^tence de cette
ecale lumineuse, de cette envcIop()e sidérale
du soleil, estintmiment plus décisive encore
contre H. Laplace que contre son devancier
•
(767) Afrir, 1844, Nothe sur lesvrimép. dicotn.
«f f ron. de Laplace, p. 5c^, 3o5.
(Buffon) dans la science cosmogonicfue. Au-
jourd'hui nous sommes obligés de lui (le-
mander comment il a pu ne pas comprenJre
quf le principe qui sert de base à la théorie
mat; ématique du grand géomètre, est eo
contiddiction flagrante avec tout ce que nous
savons de plus'positii sur la cotbtitQlio&
physique de notre étoile, sur la nature de^^
lumière, et, par conséquent, sur le mode de
formation de la terre et des autres planètes
aux limites successives d'une nébuleuse 1
enveloppe sidérale, en même temps qui! est
inconciliable avec le fait constaté de Topacilé
du corps du soleil.
« Que dans Torigine la terre et le soleil,
tout notre système planéto-solaire enfin ait
eu la forme d'une nébulosité p/an//a/r«, c'est-
à-dire d*un globe immense de matière élé-
mentaire suuisamment condensée pour pe^
mettre au fluide lumineux de se ré^mEdre
sur toute sa surface, c'est ce qui résulte du
récit de l'historien de la création, qui nous
fait assister à la naissance de la lumière, que
nous voyons remplacer .es ténèbres ntr k
face de tabime, d'où allaient être tirés, cha-
cun séparément et successivement, tous les
corps planétaires et le soleil lui-même. Que
ce globe matériel ait pu s^étendre jusqu'à
l'orbite d'Uranus et auaelà, et beaucoup au
delà encore de la planète Leverrier, c'est ce
qui résulte avec la même évidence des obser-
vations astronomiques, qui assignent des di-
mensions bien autrement énormes, à ces
sphères uniformément lumineuses, placées
à des distances incommensurables de noire
terre et de notre soleil (7G9). »
, A|)rès cette longue auerelle surdesilltt-
sions d'optique et sur des êtres imagjinaire^
discussion au reste fort innocente, si on n)
avait pas si imprudemment fait interreuir
l'historien sacré, M. Godefroy nous indiqw
le mode de formation originel des nébuleu-
ses. Il vient de parler des comètes et i'st-
tribuer leur formation à Vagglomératian i^
molécules de ratmospfière primitive^ atix con»
fins de la sphère d activité de notre mmi
planétaire f avant que cettH atmospkirt t^
participé au mouvement de rotation dt »
masse centrale, {Voy» Couète.)
« Il en est de même, sans doute, conti*
nue-l-il, des nébuleuses, de ces autres co-
mètes à dimensions gigantesques, dissémi-
nées dans les profondeurs de l'espace uni-
versel, et formées aux limites des système
généraux de la création, comme nos comè-
tes se sont formées vers les contins de noire
système, dans des régions voisines de a
sphère d activité des autres systânes slcl-
laires ou particuliers qui environnent notre
monde })lauétaire. Nous enlenJons parler
ici tout aussi bien des nébuleuses planétai-
res que de ces nébuleuses informes, ou fl«
ces amas plus ou moins diffus réjanJus
dans l'immensité de l'espace. Or, cts torftf
si anciens , ces astres ébauchés, sortis
les premiers du chaos universel i ^^^
(768) Ann. 1844, p. 5î>5. û, ^
(7G9) La Cosmo^oMàde la riMation, t'^h^
tOM
2IE0
ET DE PALEONTOLOGIE.
REO
104S
€DeDre« à des degrés différents, dans lenr
premier état de formation, li faut donc c|Q'il
y ait des différences es5entielles parmi les
molécules matérielles. L'élat slaiîonnaire de
cesc(*rns purement almosphériques, et at-
mosphériques et lumineux, ne peut Tenir
Sue d*une différence de nature ou de forme
ans les éléments qui les constituenL Di-
sons mieoi, leur état |>roTient de ce qu*ils
ne sont composés que d'éléments semlilables
à tous é;;ards dans leurs propriétés, ou que
d*éléments semblables à ceux qui ont cons-
titué les almospbères des globes stellaires
et planétaires.
« On avait cru remarquer des change-
ments notables dans la forme et dans la Tisi-
bilité ou Téclat de quelques-unes des nébn-
leuses: d*où on s'était empressé de conclure
Sue ces changements marquaient les progrès
e la condensation et d*une concentration
active. On avoue aujourd'hui que le fait de
ces changements est au moins fort douteux;
et le nouveau septicisme scientifique s'étend
même jusiiue sur les prétendus changements
ol>servés dans les comètes (770). »
H. Marcel de Serres et les Herschell se
seraient donc trop pressés d'affirmer la fi-
qué faction et même la solidifiraiian {Voy.
plus haut) des comètes et des nébuleuses. 11
n*y a pas de choses qu'on ne croie voir
quand on est livré aux préoccupations de
quelque svstème.
Aujourd'hui , de toutes ces nébuleuses
diffuses, auxquelles ou a fait jouer tant de
rôles dans la genèse des mondes, il ne reste
plusdans la science que des hypothèses roma-
nesques consignées dans des livres qui seront
un monument de la faiblesse de Tesprit hu-
main, et vérifient bien cette parole de nos
livres saints : Deus mundum iradidii dispu'
taiioni eorum.
NÉOCOMIEN (ÉTAGE). — Premier étage
des terrains crétacés , et le dix-septième de
la série totale des formations géologiques.
C'est Tépoque de la première apparition des
oiseaux pal mi { èJes. Le nom de néocomien
dérive de Neoromium^ dénomination latine
de la ville de NeufchAtel, en Suisse. C'est la
farmaiion wealdienne et néocomienne de
MM. Dufrenoy et Elle de Beaumont, le ra/-
emre à êpaiangutM^ etc. On trouve un beau
tT|>ede cet étage à Vandeuvre (Aubo), à
&iint-Sauveur et Fontenoy (Yonne), etc.
L'éta^ néocomien couvre, en France, une
immense surface dans les bassins anglo-pa-
risien et méditerranéen.
Dans le bassin anglo-parisien, il forme
une bande non interrompue qui s'étend de
la U euse jusqu'au Cher.
Eu Angleterre, il suit parallèlement à
Test de Véia^e portlandren, et se montre sur
des parties séparées. On le connaît d'après
les tieaux travaux de M. Fitlou et la carte
de M. Murdiison.
En résumé, l'étage néocomien, encore en
litige il y a quelques années, se trouverait en
mèUie temps en Europe, en Amérique, et
(710) U mm^§»ïïiê iêtê rMêikn, p. 97-lift.
s'étendrait de la zone torride , au sud, jus-
qu'au 3i' degré, et au nord jusqu'au 55* de*
gré de latitude.
Dans l'onlre de superposition connu, l'é«
tage néocomien, le |iremier des terrains cr^
tacës, repose directement sur l'étage port*
landien, le dernier des terrains jurassiques.
Ainsi, partout cù nous tniuvons ces deux
étages en contact nous sommes d'autant
plus autorisés à ies reganler comme étant
dans leur |iosition resp^tive naturelle, que
nulle |)art, jusqu'à présent, on n'a signalé
d'âge intermédiaire , et que tout porte à
croire qu'il n'en existe pas; car, avec
M. Elie de Beaumont, nous y réunissons le
Weald-Clay des géologues anglais. Ce fait
nous serait encore plus démontré parce que
nous trouvons à l'est du bassin |)arisient
dans le pays de Bray, et en Angleterre. Eu
effet, sur toute la ligne que nous avons in-
diquée, depuis Brillon (Meuse) jusque dans
le Cher, on sur une extension de deux cent
quarante kilomètres environ, l'étage néoco-
mien paraît reposer partout ea couches pres-
queroncordan/etsurrétageportlandien.Dans
le pays de Bray, on trouve la même concor-
dance, et il en est de même eu Angleterre
sur les signes signalés. Il n'y a donc aucun
doute que l'étage néocomien n'ait succéiié
régulièrement, dans l'ordre de superposi-
tion, ft l'étage portianddien.
Les points où l'on a rencontré plus de
puissance à l'étage sont dans la chaîne des
Alpines, du Ventonx, entre Marseille et
Cassis, et entre Cujes et le Beaus5;et, où
des couches inclinées ft 23 degrés à l'hori-
zon, sur une longueur de près de 8 kilomè-
tres, nous donnent 2,500 mètres d'é['aisseur
è l'ensemble néocomien. On ne peut douter
dès lors de la durée et de la valeur de l'é-
tage.
Dans la chaîne des Alpines, du Luhron;
du Venloux, à l'est de Martigucs, à la fon-
taine deVaucluse, dans les deiiartemenis de
Vaucluse, des Bouches-;iM-R!iône etdu Var,
la puissance immense des couches neoco-
miennes a tous les caractères d'un 'Je) Ot
sous-mar n,forméau loin des côtes et | «r une
grande profondeur. On n'y voir, en effet, au-
cune coquille flottante, et même on | eut
dire, qu'à l'exception des couches les plus
inférieures et les plus supérieures, les fos-
Nous croyons donc pouvoir citer les couches
comprises entre Orgon et PéSoère comme
le plus beau tv|>e d'un dépôt sous-marin fait
au Ion des c&tes.
Nous regardons comme les sî -nés cerlan»
d'osi illations du sol, durant la période iiéo-
cominnne, d'abord la con>prvaiion tie loiis
les points littoraux, et surtout le retouvre-
mcnt, lardcs couches marines, des roudics
terrestres, ou littorales, connues en Angle-
terre sous le nom de Weala-Clay^ et qu on
a signalées daos l'Ue de Portlaud, dans U
lOiS
NEO
DlGTMNNAme 9E COSMOGONIE
IM
Tftilée de Wardoor^ eu Allemagne, etiBéme
dans le Jura, elc, etc. Bn Angleterre* nous
expliquons ainsi Ja succession si remarqua-
ble du Weald-Clay. H a d*abord fallu, k la
an de la période portlaudienne, que les oaU
caires marins fussent surélevés pour deve*
nir points continentaux de marins qu'ils
étaient. Ce continent paratt avoir duré très*
longtemps. Pendant la première période, des
forêts, dont on reconnaît encore les troncs
des arbres avec leurs racines, couvraient
cette ré jion. Puis ces forêts ont été rempla*
céos par des marais où. vivaient des coquiU
les d'eau douce ; mais quelques points do
ces marais devaient être peu éioiçnés du
littoral maritime; car on y trouve des hut*-
tres qui ne pourraient être là que par suite
d*apport de la mer. Après une très-longue
durée de ces dépôts terrestres et fluviatiies,
un affaissement non graduel, car ce dernier
aurait laissé la trace des dépôts littoraux
successifs et des perturbations que la vague
produit toujours sur les côtes, mais bien un
affaissement i)rusque s'est manifesté , et a
placé de suite ces dépôts terrestres sous les
eaux de la mer, qui tes ont de suite reoou*
verts de sédiments marins, sans qu'ils aient
pu être préalablement dérangés. Nous re-
gardons comme un effet des oficiliations la
superposition immédiate, sur presque tous
les points du Var et des Basses-Alpes, comme
au ravin de Saint-Martin, à Barème, etc., de
dépôts côtiers remplis de corps flottants,
appartenant les uns aux couches inférieures
néocomienncs, et les autres aux couches
supérieures urgoniennes , contenant cha-
cune sa faune spéciale bien distincte ; car un
aflaissement de la première côte, au niveau
supérieur des marées, est nécessaire pouf
que la seconde puisse s'/ déposer immédia-
tement dessus.
Li^s discordances annoncent qu'il a certai-
nement existé des causes géologiques sssez
puissantes pour ijiterrompre lepoque néo-
comienne, et la séparer entièrement, par sa
faune^ de Tétaj^e qui l'a suivie. Nous pou-
vons, jusqu'à certain point, reconnaître en-
core les traces du mouvement des eaut qui
a dû alors avoir lieu.
Caractères paléontologiques, — Un des ca-
ractères j^énéraux de la faune néocomienne,
qui ressort de l'examen de l'ensemble, c'est
qu'un très-grand nombre de genres nett à
cette époque, tandis qu'un très-jjelit nombre
s'y éteint. Ce résultat prouverait, comme on
devait sV attendre, qjie l'étage néocomien
est, par les détails de sa faune, le commen-
cement d'une nouvelle période d*exlstence,
d'une nouvelle grande époque géologique,
et dépend bien, dès-lors, des terrains cré-
tacés, tandis qu'aucun lien ne la rattache
direotement aux terrains jurassiques. Nous
avons vu, en effet, dans les étages corallien
et hiraméridgien, s'éteindre successivement
un Irèb-grand nombre de formes animales,
spéiiiales aux terrains jurassiques, tandis
Qu'il n*en naissait presque aucune dans Jes
derniers étages de ces terrains, résultat tout
opposé de ce eue nous remarquons dans
l'étage néocomien, que nous regardons, ive^
presque tous les géologues, comme le coin-
mencement de la grande période créucée.
Nous allons, maintenant, donner les carao
lères différentiels spéciaux de c^t éta^e.
Pour séparer l'étage portlaDdieo de l'étagi
néocomien, outre le genre mtriitodon, né et
mort dans l'étage portlandien, nous aroDs le
genre acUonina^ qui, né antérieuremeoti
s'éteint aussi dans Vêlage portlandien, m»
passer à l'étage qui nous occupe. On Toit,
dès-lors, que les caractères négatifs soniiâ
réduits à peu de chose.
Pour limiter paléontologiquement Tépo-
que néocomienne de l'étage apliea qui lui
succède immédiatement, nous avons quatre
genres, qui commencent seulement à parai*
tre k l'étage suivant, et manquent encore
dans celui-ci. Parmi les poissons, un genre;
parmi les céphalopodes, le genre conoteuihii:
parmi les gastéropodes, le genre termm;
parmi les écbiuodermes,. le genre decamerei;
parmi les zoophytes. Je genre utracenia.
Les genres inconnus, jusqu'à présenti
dans les étapes inférieurs, et |)arus, pour la
première fois, avec l'étage néocomien, se-
ront autant de caractères positifs pour le
distinguer de l'époque antérieure. Ces gen-
res sont au nombre de 74.
Les genres spéciaux à l'étage néocomieD,
qui sont nés et morts dans cette période,
sont autant de caractères positifs pour le
distinguer de l'étage açtien, où ces genres
ne paraissent pas avoir vécu. Ces genres
sont ainsi répartis dans les séries : parmi les
oiseaux, les genrespateomt^ et cimoliornit;
parmi les reptiles, les genres irttoiUnoni
êucchosaurust goniophoTis^ hyleosaurus et
iguanodon: parmi les crustacés, le genre
archœoniscuê : parmi les céphalopodes, h
genre baculina; parmi les échinodermes, les
genres hemicrinus et phyllocrinus; parmi les
zoophytes, les genres aplosastrta, dmor-
phastrea, acanthocœnia^ orachycualhuSt «•
lipsocœnia , penlacœnia et tnahmoem^i
parmi les araorphozoaires, les genres ft«wW'
vongea et thalamospongia. Si nous ajonlons
les ik genres suivants également éleiols
dans l'étage néocomien, sans passer à l'éîage
aplien : parmi les rei)tiles les genres p/«^^
dactylus, megalosaurus^ streplospondyiui et
cetiosaurus; parmi les poissons, les genres
ophiop8t$f pholidophoruSf tetrag^nokpii el
microdon ; parmi les bryozoaires, le genre
aspendesia; parmi les échmodermes, le genre
disaster; parmi les zoophytes, les genres
stylosmilia^ parmi les amorphozoaires, «es
genres cribrospongia et parospongia^ noa»
aurions 34 genres pour caractères posm
entre les étages néocomien et aptien.
Sans compter les nombreuses espèces oe
plantes, d'animaux vertébrés et annelés,
nous avons , en animaux mollusques ei
raj'onnés, seulement le nombre de 831 es-
pèces. En ôtant de ce nombre les sepl f'
pèces communes entre. les couches l^^^Plf
supérieures de Télage néocomien et <i<î '*'
tage aptien, il restera encore 84* espèces
caractéristiques de cet étage^ qui pourroi^^
1045
NEO
ET DE PALEONTOLOGIE.
mm
1045
sevYîr è le iSaire reconnaître sous toutes les
firmes minéralogiques.
Tous les lieux de France où se trouve
létale néoconiien contiennent des espèces
i ienliqueuienl les mëmeSy chaq[ue fois que
1 i faciès de dépùt dé[iend de circonstances
i jenliqucs. Il en est ainsi des espèces d'An-
gleterre, d'Allemagne, d'Italie, et surtout,
ce qui est plus remarquable, des espèces
recueillies dans la Nourelle-Grenade (Co«
lomlne) j.ar MM. Boussingault et Acosta.
ChronolugU historique, — Une perturba-
tion géologique a certainement amené la fin
de letage portiandicn. C'est alors qu*ont été
anéanties, avec les deux genres éteints dans
cette période, les 63 espèces d'animaux mol-
lusques et rajonués que nous y avons re-
connues.
Lorsque après cette perturbation le calme
est reveau sur la terre, il est né, dans l'é-
tage néocomien, T* genres inconnus dans
les étages inférieurs ; et, indépendamment
des animaux vertébrés et annelés,85i espè-
ces d'animaux mollusques et rayonnes, ac-
tneileinent connus, viennent nous donner
une idée de la composition de la nouvelle
faune des terrains crétacés, si différente des
faunes propres aux. derniers étages juras-
siques.
Les mers conservent^ sur quelques points
d'Europe, la même circonscription, tandis
que sur d'autres elles ont changé de limites.
Le grand nombre de coquilles identiques
entre la Provence et la Nouvelle-Grenade en
Amérique, nous porte à penser que la mer
exi^tnit sans interruption depuis l'Europe
jus4|u'au nouveau Monde. Les dépôts cùtiers
des deux points nous font même reconnaître
quelques lambeaux du littoral de ces mers
3ui s'étendaient de la zone torride jusque
ans nos régions tempérées.
Les continents ont subi des changements
corres[»ondanls. Ils sont restés les mêmes, à
Test du l>assiu anglo-parisien en France et
en Angleterre, tandis qu'ils se sont plus
augmentés du côté du massif breton puis-
que nous n'y trouvons aucun dépôt néo-
comien.
Les mers s*enrichissent d*un grand nom-
bre d'animaux nouveaux. Nous y voyons en
etfet apparaître, pour la première fois Tor-
dre des fdrariiinifères énallostègues et sur-
tout une faune très-remarquable |uir le grand
nombre d'espèces et la multiplicité de for-
mes génériques qu'affectent les mollusques
céjihalopoies, qui y offrent des ammonites
gi^^aiitosques, ni des espèces remarquables
par leurs sillons transverses espacés, des
ancyloceras de deux mètres de dévelup|>e-
cncnt, et ces genres si singuliers des acaphi^
ies^tïes taxoceraêydesptychoceras, des Ae/rro-
eeraSf des helieoceraSj des crioceras^ etc., etc.
!>€» reptiles remarquables, tels que les hy*
(771) M. d*Orb(gny, dans sa classiffcation des
céphalopodes, les répartit en trois ordres : le pre-
mier comprend celles qui n*ont qu*une seule cham-
bre ; telles sont la coquille de la seiche et la penne^
coriiéc du caitiiar. Le second* ordre est fonnc dus
coauiUes «oWtlialàgiM «ol mU un tipliCHi traversant
UosauruSf et les iguanodon^ peuplent les ni*
va^cs, près desquels pullulent de nf»mhreux
poissons; des mollusques jusqu'alors in*
connus, tels que des turri telles, des varùje-a^
des crassattdles, etc.; beaucoup d'échinovlcr-
mes nouveaux, de zooî>h}les et d'amorp!iO-
zoaires. Les nombreuses formes nouvelles,
jointes au maximum de dévelopjicmeiit des
espèces d'ammonilcs, d'ancylocérns, de crio-
céras, de bélemniies, de nucléolites, etc.,
donnent à cet étaje une ricliesse animale
bien supérieure aux deux élages précérienls,
et surtout un faciès d'ensemble très-tranché.
Les rivages étaient encore peuplés de plan-
tes marines, d'al^^ues, dépendante? des cryp-
togames ampjiiô«*nes. M. Dunker y men-
tionne, en ellét, en Allema^jne, le confervUci'
fissus.
Les continents n'étaient pas moins bien
partagés ; car nous v voyons apparaître deux
Senres d'oiseaux riverains, des tortues, les
erniers représentants des pténidaclyb^s, ces
reptiles volants si singuliers, et enfin des
reptiles de 11 genres ditrérenls. Avec ces
animaux, les continents nourrissent un
grand nombre de plantes. M. Brongniart fait
remarquer que les formes génoriques sont
presque toutes les mêmes que durant les
terrains jurassiques. Cependant, dit-il, les
cjcadées, paraîtraient déjà moins nombreu-
ses, relativement aux fougères. C'est, pour
lui, la fin du règne des gymnospermes. Ce
résultat, relatif aux plantes, n'est pas mar-
3ué pour les animaux. Si, en etf^^t, pour ( es
erniers, beaucoup de genres des terrains
jurassiques se continuent dans ce premier
étage crétacé, le nombre des formes nou-
velies et spéciales aux terrains crélarés est
encore plus prononcé, et mar jue, ceriaine-
ment, le commencement d*une nouvelle
période.
L'identité do la faune marine néoco-
mienne, depuis la zone torride ju>au'en Pro-
vence, nous ferait croire qu'alors les zones
isothermes n'existaient pas encore.
NEPTCNISTES. Controverse entre tes nep-
iunistes et les vulcanistes. — Voy. Géologie.
NUCLECS. Voy. Mollisoles.
NUMMUUTES (de nummus, écu, à cau.^e
de leur forme). — Si Toccasion nous était
offerte de nous livrer à des recherches aussi
minutieuses, nous rencontrerions, dans l'é-
tude des divor:»es espèces connues de co-
3uilles microscopiques, toute une série de
impositions non moins en rapport ave<; l'é-
conomie des ï>etîl9 céphalOi-oties qui habilcnt
ces coquilles, que ne le sont tous les arran-
gements que nous avons admirés dans les
plus grandes coquilles de céplialopodes per-
dus. M. d'Orbigny a compté jusqu'à six à
sept cents de ces espèces, dont cent ont été
figurées par lui grossies, représentant tous
les genres (TTiJ*
loolfts les cbambrrs internes et qui se terminent en
■ne vaste chambre, au delà de leur dernière cloi-
son. C'est et qu'on voit d:*ns les nautiKs, les anime-
niles et les liclemniles. Eulin il range dans le trot-
siènie les fioeiiÂUes polvlbalamcs internes qui n'ont
eu de ebamore su deU de la daroiéïe deisop. Cet
mi
NUH
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
NUM
m
V
La plupart de ces coquilles sont microsco- ^
piqiies, et abondent dans les eaux de la Mé-
diterranée et de l'Afrique. Leurs espèces
fossiles se Irouvent principalement dans les
terrains tertiaires, et, jusqu'à ce jour, c'est
en Italie qu*on les a surtout rencontrées ;
mais on en voit dans la craie de Meudon»
dans le calcaire jurassique de la Charente-
Inférieure, et dans Toolite de Calne. Le mar-
Sais de Northarapton en a découvert dans
es silei de la craie des environs de Brighlon. .
Je ne m'occuperai, dans ce chapitre, que
du genre nummulite, que M. d*Orl)igny
place dans sa section des nauliloïdes. Ces
coquilles sont ainsi appelées à cause de leur-
ressemblance avee une pièce de monnaie.
Leur taille varie depuis celle d'un écu de six
livres jusqu'à une petitesse microscopique;
et elles occupent une place importante dans
Thistoire des coquilles fossiles, à cause de
leur c|uanlité prodigieuse dans les étages
supérieurs des terrains secondaires, et dans
lusieurs des couches tertiaires. Souvent on
es rencontre amoncelées, et serrées les unes
contre les autres comme les grains dans un
tas de l)lé. Dans cet état, elles forment une
partie considérable de la masse entière de
f)1usiours montagnes, comme on le voit dans
es terrains cali^aires tertiaires de Vérone et
du Monte-Bolca, et dans les terrains stratifiés
secondaires des formations crétacées : dans
les Alpes, ptfr excmf)le, dans les mon (s Car-
pathiens et dans les Pyrénées. Quelques-unes
des pyramides et le sphynx de l'E^ynte sont
construits avec un calcaire rempli ue uum-
mulites.
Il est impossible que nogs voyions ces
masses montagneuses formées avec les co-
quilles d'une famille unique ainsi surajou-
tées aux matériaux solides qui constituent
ré:;ur.:c du globe, sans qu*a.ussilôt cette idée
fra\ pe noire esprit, que chacune de ces co-
quilles en particulier a tenu une place im-
portante dans Tor^anibation de (quelque ani-
mal vivant, et sans que notre imagination
se trouve ainsi reportée en arrière, jusqu'à
ces époqup^ îeculées où les eaux de I océan,
qui recouvraient alors notre Europe, étaient
remplies par des bancs flottants de ces mol-
eoqiiilleft n*ont pas de siphon , mais leurs chambres
cumiiiuiiiqniMil eiilre elle au moyen «fun ou de plu-
siiurs pol ts pertuis. Cd ordre do foraminifèrei a
été p:irlagé par M. d*Orliigny en cinq familles com-
pr 'liant ciiii|iiaule-i( ux genres.
Nous devons ajouliT toutero««- que Topinio*^ qui
allrihne à des eéphnlopotles la construction de ces
C04|uilles iiiulliloculaires est ciu-fM-e un objet de doute
pmr pliifi.u'S d'entre elles, etqiril y a des auteurs
4|ui leur attribuent une origine toute différente.
(772) Cette |.9pulation immense de nummuliies
qui fourniillait, suivant notre hypothèse , dans les
anciennes mers, est représentée (le nos jours par la
fécon(!iié prodigieuse de la mer du Nord. D*après ce
qu* dit Cuvier, dans son Mémoire sur le CIto bo-
roaiis« la surface de ces mers, lorsque les eaux en
aoiil trn.i«|uill s, rourniille de tant de milliers de ces
molliis'iues, qui plimgent sans cesse et reviennent à
la surface pour y respirer Tair atmosphérique, que
les laieines peiîvent à peine ouvrir leur énorme
gueule sans eogioutir des miliiera de cet petites
lusques éteints, pareils à ces bancs de be
roès et de clios qui s'observent de nos jours
dans les eaux des mers polaires (772).
Les nummulites, de même que les naa*
tiles et les ammonites, sont itarta^^ées en des
chambres aériennes dont rensemUe était
destiné à remplir rofBced'un flotteur; mais
on n*j voit |>oint une dernière chambre pins
grande où ait pu être contenue quelque po^
tion du corps de Tanimal. Les chambres sont
extrêmement nombreuses, et des cloisou
transversales les {lartagent en petites subdi-
visions. Le siphon manque. La forme des
parties essentielles varie dans chaque es-
pèce appartenant à ce genre ; mais leurs
f principes de construction et le mode suirant
equel elles remplissent leurs fonctions pa-
raissent avoir été les mêmes dans toutes.
Les nummulites ne sont pas les seuls dé-
bris d*animaux qui constituent les couches
calcaires de Tenveloppe du globe. Il est
d'autres coquilles, d*une taille encore plos
petite, qui ont produit des résultats blos
grands et plus surprenants. Lamark fn3),
en parlant des millioles, petites coquilles
multiloculaires dont la grosseur o*excèd«
pas celle d*un grain de millet, et qui reoD-
plissent les couches de plusieurs carrières
des environs de Paris, a fait ressortir Tiih
fluence gi ologique qu*ont exercée ces petits
corps, en raison de leur excessive abon-
dance. A I9 vue de* leur taille insignifiante,
dit-il, on hésite à porter Texamen sur res
coquilles microscopiques; maison cesse de
les regarder avec ce mépris, lorsque l'on
considère que c'est à Taide des objets les
plus petits que la nature produit quelquefois
ses plus remarquables, ses plus importants
phénomènes. Ce qu'elle semble perdre ce
volume, dans la création des êtres maoLS
elle le regagne amplement par le nombre
des individus qu'elle sait multiplierjusqui
rinfmi avec une admirable promptitude. Les
restes de ces individus si petits ont grossi
davantage la masse des matériaux qui cons-
tituent Ta croûte extérieure du çlobe <!»*
ne l'ont fait les ossements des éléphants»
des hii;popotames et des baleines.
•
créatures célatineuses, longues d'un pouce, e( ^
avec les Méduses et quelques autres animaux pw
petits, forment la lase de la nourriture de ces woov
trueux habiuintsdes mers. Nous trouvons un rap-
prochement tout pareil dans le fait saiTint, J«c
rapporte le iourual de Jamesou, tome U, paget'^-
ÏAs nombre des petites Méiluses, dans ceruiuts par-
ties r*-$ mers du Groenland, est si nrand, <!».••
pouce cube pris au basant nVn contient ^ ^
de 64; U y en a donc 110,592 dans un P^^l^^'
et si Ton prenait un mille cube (or on ne P^^ !|^
ter que la mer ne soit chargée de ces petits eiro
dans une étendue aussi considérable), onsarav
nombre tellement effrayant , que si , suppose q» i|°
homme en puisse compter un million par sema"'*
il eOt fallu employer 80,000 personnes depuis ivn
gine du mrnile pour arriver à en oUenir IcÇ^?'!"^
— Voyez Tadmirîille hçon d'uitioduction fjiu* g»
le doeieur Hidd à son cours d*auatomie comparai
OxfoifV 1824, p. ^5.
(773) Àmmaua iau HrMm^ I. VU; p. (Il*
OIS
ET DE PALEONTOLOGIE.
OIS
losa
. /
o
OBJECTIONS coRTEB la nioBB asteo-
HOMiGO-CHmiQt'E. — Yoff. C08I10GOHIB et La-
VLACB.
OISEAUX. — Les oiseaux se divisent en
ordres; mais ces ordres ne se distingnent
guère entre eux que par des caractères em-
pruntés à la forme du hec^des pattes, etc. Les
caractères ostéoio^iques, qui nous avaient
été d*un si puissant secours |K>ur diviser
méthodiquement les mammifères, devien-
nent i4'i insuffisants; car ils n'offrent pas,
dans chacun de ces ordres, des différences
assez tranchées |)0ur les séfiarer convenable-
ment. De là de grandes difficultés dans la
détermination des débris fossiles d*oiseaux,
d*autant plus (|ue la nartie cornée du bec
et les pattes n*offre généralement pas des
conditions fSuvorables à la fossilisation, et
que conséquemment ces organes sont très-
rarement conservés avec les os à Tétat fossile.
Ajoutons que dans une classe dont les limites
extrêmes sont aussi peu éloi/jnées que dans
celle des oiseaux , les zoologistes ont établi
plus de cinq mille es|)èces vivantes. On con-
cerra dès lors facilemeat que les caractères
du squelette, déjà insuffisants pour la déter-
mination des ordres, le seront bien plus
encore pour celle des genres, et qu*entin il
sera impossible, dans la nhipart des cas, de
distinguer par ces caractères les espèces à
rétat fossile. Du reste, les débris fossiles
d*oiseaux sont rares, ce qui tient peut-être
à rbabitude de ces animaux de vivre géné-
ralement sur le sol exondé, ou à la faculté
dont ils jouissent de ))Ouvoir fuir les inon-
dations et d*échapper ainsi à l'envahisse-
ment brusque des eaux, peut-être aussi à la
rareté même de la race aux anciennes épo-
ques géologiques, ou enfin à la nature po-
reuse des ossements qui les porte à surnager
pendant longtemps, avant que les sédiments
s*en emparent
Li^s os ne sont pas les seuls débris de la
classe des oiseaux qu'on rencontre à l'état
fossile. Nous avons vu qu'on y rencontrait
très-rarement les ongles, le bec, les plu-
mes, etc. ; on y trouve même des œufs par-
fiiitement conservés dans leur forme. Les
gypses de Montmartre présentent de beaux
exemples d'oiseaux conservés avec le bec et
les ongles. On possède au Muséum de Paris
deux portions de plumes très-reconnaissa-
bles, qui proviennent d'un terrain tertiaire
d'Auvergne, un autre échantillon provenant
du gypse d'Aix, un troisième de Monte -
Bolca. Quant aux œufs fossiles d'oiseaux, on
dit qu'il n'est pas rare d'en rencontrer dans
les terrains d'eau douce d*Auvergne ; on en
cite également dans les gypses d\\\.
L'hi>toire que nous venons de tracer des
débris fossiles de la clasde des oiseaux de-
meurerait incomplète, si nous ne disions
encore quelques mots oes traces que ces ani-
maux ont laissées sur certaines couches géo-
logiques ancÎQpnes dont nous avons déjà fait
mention, en traitant des empreintes physio-
logiques. {Voy, ce mot.) La véritable nature
organique de ces empreintes ne saurait
être aujourd'hui douteuse pour personne;
M. Hitchcock, qui les a |)articulièrenient étu^
diées, a prouvé, par de savantes recherches,
qu'il n'était possible Je les attribuer à ant-
enne autre classe d'animaux marcheurs qu'à
celle des oiseaux. Rencontrées dans les grès
de l'étage conchylien de Massachussets, aux
Etats-Unis, ces empreintes sont générale-
ment composées de trois doigts, le médian
étant plus long que les deux autres. Quel-
ques-unes portent des ongles; quelques-
unes aussi offrent un pouce en arrière, et
toutes retracent bien la marche d*un bi|.ède:
car on ne trouve jamais plus de deux rangées
parallèles, une de droite et upe de gauche,
pour chaque série de pas. Les em|<retntes
se succèdent régulièrement, le pied droit et
le pied gauche se montrant toujours à leur
place respective. Quelques-unes n'entre elles
mesurent des dimensions énormes ; une,
entre autres, semble prouTer que le pied
qui l'a produite n'avait pas moins de 15 pou-
ces (anglais) de long et 10 pouces de larj^e*
sans compter l'ongle de derrière, qui avait à
lui seul 2 pouces. Quatre à cinq [lieds au
moins d'intervalle séparent la trace de cb*-
que pas, c'est-i-dire marque chaque enjam-
bée de l'animal. Ces intervalles indiquent
des pro{)ortions si fort au-dessus de celles
des espèces vivantes connues jusqu'à ce jour
(les enjambées de l'autruche n'ont que 10 à
12 pouces de long, mesure anglaise), que le
g<^ologue est porté naturellement a se de-
mander si ce sont bien là de véritables em-
preintes de pas d'oiseaux. Une circonstance
assez remarquable, qui sp rattache au gise-
ment des empreintes physiologiques de pas
d'oiseaux, c'est que, dans les couches où
celles-ci se rencontrent, on n'a jamais trouvé
le moindre débris osseux d'oi>eaux. On y a
découvert seulement, en ces derniers temps,
des coprolites qui paraissent bien, d'après
leur composition chimique, devoir être at-
tribués à des animaux de cette classe.
Cuvier divise les oiseaux en ordres qui
ont presque tous des représentants à l'état
fossile.
Premier ordre. Oiseaux de proie (Bapacee).
— On rapporte à celte division un genre
perdu : le g. lithomisj Owen, voisin du vau-
tour, mais plus petit qu'aucun des genres
actuellement connus. Il s'est montré dans
l'étage parisien de Sheppy. On connaît en-
core quelques rcfTésentants des g. haliœtue^
buieo et #/ri<r, dans l'étage parisien de Mont-
martre; du g. catarthes^ mns l'étage subapeil*
1051
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
OIS
m>
nin d'Auvergne ; des g. vuUur, ajutïa, dans
le diluviiim.
Deuxième ordre. Passereaux {Passeres), —
On cite comme genre éteint le g. protornis^
Moyer, rencontré dans Tétage suessoniea
ijeijiaris.
Parmi Jes genres existants qu'on a cru
recoiinaîire, on indique les g. turdus , frin-
ailla et corvusj dans l'étage falunien de
Weisenau, de Sansan ; et dans les cavernes
ou le diluvium, les genres motacilla^anaba*
teSf alauda^ (wrdus^ corvus^ hirundo^ raprt-
ntulgus^ etc.
Troisième ordre. Grimpeurs, — Un genre
éteint, décrit par M. Owen sous le nom
d'halcyornisy a offert une espèce dans l'é-
tage parisien de Sheppy (Angleterre). Les
genres encore existants connus, tels que les
coocysus, picusy psitlacusj etc., sont des
cavernes ou du diluvium d'Europe et du
Brésil.
Quatrième ordre. Gallinacés {Gallinaceœ).
— On a rapporté toutes les espèces fossiles
ft des genres connus h l'état vivant. Le
g. perdix a offert une espèce dans Tétage
{)arisien de Montmartre, une autre dans
'étage falunien de Weisenau; les quatre
genres phasianus^gallus^ numida^ crypiuruf^
cités à rétat fossile, sont des cavernes et du
diluvium, dès lors ils dépendent peut-être
de répoque actuelle.
Cinquième ordre. Courreurs (Currentes).
~. Un genre perdu de cette division, le
g. eîmornt>, Owen, dont on rencontre des
restes abondants dans le diluvium de la
Nouvelle-Zélande, était remarquable par ses
dimensions et par sa forme. Sa découverte
récente a vivement excité l'admiration des
zoologistes. On en connaît déjà cinq espèces ;
l'une d'elles n'avait pas moins de quatre mè-
tres et plus de haut; un tibia mesure i8
pouces et demi (anglais) de long ; un fémur,
Ifc pouces de long et 7 pouces et demi de
circonférence. Les dinornis étaient intermé-
diaires, pour la forme entre les casoars et
les aptéryx.
Le genre rhéa a montré des débris dans
les cavernes du Brésil. On sait que ce genre
vit encore sur le même continent.
Sixième ordre. Echassiers. (Grallœ) tous
oiseaux dé rivages. — On a décrit sous le
nom de palœornisy Mantell, des os d'oiseaux
rencontrés dans l'étage néocoraien de Til-
gate. Les autres genres qu'on a cru recon-
naître sont rapportés aux formes actuelles.
On cite le g. scolopaxy dans l'étage crétacé
sénonien de New-Jersey, aux États-Unis;
des traces des g. tantalns^ scolopax, nume^
nius et /w/ua, dans l'étage parisien de Mont-
martre et de Halten; des traces des genres
ciconiay scolopaxy dans l'étage falunien de
Weisbaden et de Weisenau; des ossements
de phœnicopterusy en Auvergne; et dans les
cavernes et le diluvium, avec les genres
précédents, des olis^ des rallus et des crex.
Septième ordre. Palmipèdes (Nalatores).
— Un genre perdu de celte division est le
cimoliornisy Owen, de l'étage crétacé néo-
comien de Maidstone (Angleterre). Parmi
les genres connus à l'état vivant, onaiseo-
tienne le g. carbo^ dans l'étage parisien tle
Montmartre; dans l'étage subapennirufAu-
vergne et de Morabach, des mergus^ des anas
et des carbo: puis, dans les cavernes et
dans les ailuvtons, où Tâge ne peut être ri-
goureusement déterminé, avec les ceorei
cités des larus^ des amer ei des eolj^miiu.
Résumé paleontologique sur les oiseau.
— Comparaison générale» — £n comparai
la répartition cbronologique des oiseaui à
la surface du globe, à ce que nous avons dit
des mammifères, on s^apercavra, tout de
suite, que \^ oiseaux fossiles ont suivi, en
tout, la même loi de répartition géologique
En etfet, on voit encore qu'à rexcepliou de
quelques empreintes nhysiologiques im
les premiers âges géologiques et de quel-
ques genres dans les terrains crélacés, IVo-
semble des oiseaux s'est montré avec les
terrains tertiaires et a marché pro^^res^ve-
ment jusqu'aui dernières coucnes (^éoluzi-
ques. Nous insistons sur cette concoruancf
de résultats, dans le but de faire reiuaniuer
que les oiseaux, comme les oiammifères,
sont essentiellement terrestres et quii»
respirent l'air en nature.
Après cccfuenous avons dit de ladi
culte de distinguer avec certitude les genres
par les caractères ostéologiques, on conce-
vra que nos généralités sur les oiseaux fos-
siles ne peuvent nous amener à des coH&i;
dérattons aussi complètes que les maoïnii-
fères. En effet, les oiseaux ne montraBi
aucune différence bien marquée dans I io^
tant d'apparition respective des ordres, nous
pouvons croire qu'ils eut subi ane même lui
de répartition dans les couches terre^lrcs.
Réductions zoologiques généralei, - Si
nous comparons, en remontant deséi^u^
anciennes vers Tétai actuel, le nombre res-
pectif des traces que les oiseaux ont laissées
clans les couches terrestres, nous arrivG'ODS
aux conclusions suivantes. A quelle époque
peut-on faire remonter avec quelgue cerli-
tude la première apparition des oiseaux sur
le globe? C'est la première question q»;
se présente naturellement à la pensée, m
l'on en croit lea empreintes physiolog't^^
dont nous avons parlé, les premières traces
d'oiseaux se seraient montrées avec Téiage
conchylien, le premier des terrains tnasj-
ques (Tik). Malgré les savants travaux de
M. Hitchcock, nous ne pouvons nous eiii-
1)ècher de conserver encore des doutes 5ur
es véritables rapports de ces ancicniK>
traces d'animaux. Rien , assurément, fl^'
s'oppose à ce que les oiseaux ovipares a
sang chaud, se soient montrés, pour ia pr^
mière fois , sur la terre, en môme temps qjî«
les reptiles ovipares à sang froid. La'J»'!'
culte, pour nous, ne se trouve pas là ; p*'*
bien dans une autre déduction générais
d'une haute importance en paléontok-i^
C'est la persistance des formes imoiH^
(774) M. Elle de Baumoat penM qu« le D(Hiveau gris rauga dépend des lerf mm tiiasîqttti iffàietff^^
1055
OIS
ET DE PALEONTOLOGIE.
ORT
1054
à la surfiice do globe, quand une fois elles
ont commencé a paratlre. Nous arons tu
cette persistance marquée aux mammifères;
nous ypiTons aux reptile?, qu'après leur
f)remière apparition, en même temps que
es em.Dreintes physiologiques en question,
les reptiles n*ont cessé de se montrer à tous
les âges géologiques. Nous voyons encore,
en parcourant les autres séries animales,
que Je fait est général- On pourrait alors
se demander : pourquoi ne trouve-t-on au*
cun ossement aoiseaux en même temps que
CCS empreintes, quand les reptiles y ont
laissé leurs restes osseux? Pourquoi, sî ce
sont des oiseaux, ceux-ci sont-ils totalement
ir connus, jusqu'à présent, dans le dernier
étage triasique, et dans les dix étages ju-
rassiques intermédiaires, qui séparent ces
empreintes phj^siologiques des premiers
restes certains d oiseaux? On voit au'il peut
y avoir encore Quelque incertitude sur la
pr sence réelle oes oiseaux à Tépoque de
l'étage conchylien.
Après ces traces douteuses, les premiers
ossements d*oiseaux qu'on a rencontrés ap*
parliennent aux couches terrestres de Weald-
Clay, que nous croyons devoir rapporter à
Vt'tk^e néocomien, le plus ancien des étages
crétacés. On connaît, a cette époque, deux
aenres perdus {paleornis et cimoliornis).
Dans les terrains crétacés, on ne cite qu'une
seule espèce propre è Tétage sénonien des
États-Unis. Après cela, les oiseaux ne se
montrent plus en nombre qu'avec les terrains
tertiaires où les mammifères ont pris leur
grand développement de formes. On compte
en effet, dans l'étage parisien onze formes
zoologiques, quelques genres de plus dans
rétage falunien, tandis que dans l'étage
suba[)ennin, on en compte vingt-neuf. Ces
c!iiU*res, comparés à celui de 300 environ,
auxquels s'élèvent les genres existants,
prouveront, avec toute Tevidence iK)ssible,
que les formes zoologiques des oiseaux ont
constamment marché en progression crois-
sante, depuis leur première api-arition sur
la terre, jusqu'à l'époque actuelle, et qu'elles
sont, aujourd'hui, au maximum de leur dé-
veloppement générique.
Déductionê géologiques. — Les caractères
stratigraphiques négatifs donnés par les
penres d'oiseaux, sont semblables à ceux
que donnent les mammifères. En effet sur
les y» genres, aucun ne parcourant tous
les étages, et tous étant, au contraire, can-
tonnés daus des étages spéciaux, ils devien-
nent, pour tous les terrains et pour tous les
éM^cs où ils manquent, autant de caractères
négatifs, aux quels on pourra recourir pour
Tagc géologique d'étages douteux. Les ca--
ractères stratigraphiques positifs sont encore.
Far la même raison, au nombre de 44; ainsi
on voit, malgré le peu de faits donnés par
le<^ oiseaux, comparés aux mammifères, qu ils
oA*ent encore assez de formes spéciales
dans les étages géologiques, pour donner
àe:9 caractères positifs applicables à la re-
connaissance des étages géologiques.
OISEAUX, leur première apparition.
Foy. Co?rcHYLiE!i.
OMAR. Koy. .GÉOLOGIE.
ooLiTHE Inférieure. Foy. callovuh
et Bajocie^t.
OPHIUROIDES. — C'est un ordre d*échi«
nodermes, embranchement des zoophytes.
Corps discoïdal , déprimé , pourvu de bras
non creux ; organes spéciaux de locomotioni
et indépendants de la cavité viscér»le. Une
bouche servant en même temps d'anus; des
pédicules respiratoires retractiles; ovaires
dans le disque. Charpente osseuse testacée,
extérieure an corps, et formée quelquefois
de plaques dont le nombre est déterminé,
sans plaque madréporiforme ; la bouche
stelliforme est au centre. Les bras, sans ca*
nat intérieur, sans sillons inférieurs, sont
soutenus intérieurement par une série de
pièces vertébrales centrales ; et , de plus ,
^pourvus en dehors de nombreuses plaques
ou d'épines disposées régulièrement. iJË%
ophiuroldes se tiennent toujours la bouche
en bas et rampant ainsi sur le sol.
Le nombre restreint de genres ne nous
permet pas d'autres généralités que les sui*
vantes. Le premier çenre connu s'est montré
avec l'étage murchisonien. L^^ autres sont
ainsi répartis : % dans les terrains paléozoï-
ques, 3 dans les terrains triasiques, 5 dans
les terrains jurassiques, 51 dans les terrains
crétacés, tandis qu'un fort maximum se
trouve dans les mers actuelles. Ainsi les
opkiuroïdes sont certainement encore dans
une pleine voie de développement de formes
zoologiques.
OR. Foy. V Introduction»
ORDRES d'animaux fossiles âvx mwTÈi
BEUTS AGES DU 1105IDE. Voy. PlIYSIOLOGIB FA»
LÉ0!«T0L0GiQLB, — leurs périodes croissant se
ei décroissantes. — Voy. ibid.
ORIGINE DE LA TERRE, DU SOLEIL, DES
FLATIÈTKS, DES COMITES, CtC. Voy. CCS mOtS.
ORTHOCÉRATITES. — Ce sont dos mol-
lusques ainsi nommés h cause do la forme
ordinaire de leur coquille, qui est celle d'une
corne droite. Le3 orthocératites commencè-
rent à se montrer à peu près k la même
époque reculée que les nautiles, dans les
mers où se déposèrent les couches de tran-
sition, et ils s'en rapprochèrent tellement
par leur structure, que nous pouvons pro-
noncer que c'étaient des coquilles remplis-
sant de même les fonctions de flotteurs à
regard de quelques mollusques céphalopo-
des. Ce genre se compose d un grand nom-
bre d'espèces qui abondent dans les terrains
stratifiés delà série de transition; et c'est
un de ceux qui, appelés l'un des premiers à
prendre place sur la surface de notre planète,
ont presque complètement disparu dès une
époque très-reculée (775)-
(llh) Vog» d'0rbic5T, Tableau méthodique des ' ik ce fait général que le genre ortlioeératUes*éleif ait
céphalopodes. ' svant le dépôt des terrains sccehdaires. Une |)etiie
U ii*existe ^ ma connaissanoe que deox exceptions espèce douteuse, trouvée dans le lias de Lysie-Be^
I0S5
OXF
DICTIONNAIRK DE COSMOGONIE
OXF
De même que les nautiles, les orthocéra*
tites sont des coquilles niulliloculaires dont
les cloisons transversales ont leur concavité
tournée vers Textéricur et sont percées à
leur centre ou près des bords pour le pas-
sage d'un siphon. Le tube destiné h loger
ce dernier varie dans son diamètre plus que
celui d'aucune autre coquille mullilocu-
laire; car il atteint depuis un dixième jus-
qu'à la moitié du diamètre total de la co-
quille elle-même, et souvent il prend une
forme renflée qui dût permettre la dilatation
d'un siphon membraneux. La base de la co-
quille, en avant de la dernière cloison, offre
une cavité plus (grande, où le corps de ra-
nimai parait avoir été en partie coutenu.
Les orthocératites sont de forme droite et
conique, et offrent avec les nautiles les mê-
mes rapports que les baculites avec les am-
monites. Les orthocératites, en effet, pour-
vues de cloisons transversales simples, res-
semblent à des nautiles aue Ton aurait re-
dressés, tandis que, dans les secondes ainsi
que dans les ammonites, les chambres a<^rien-
nes sont formées par des cloisons transver-
sales sinueuses. Les orthocératites varient
considérablement dans leurs formes exté-
rieures et dans leur taille; il en est qui ont
trois pieds de long avec un diamètre d'un
demi-pied ; et on a compté jusqu'à soixante*
dix chambres aériennes dans un seul indi-
vidu. L'animal, qui avait besoin d'un sem-
blable flotteur |)Our se soutenir au sein des
eaut, dut surpasser de beaucoup, par ses
proportions, les plus gigantesques de nos
céphalopodes actuels; et le grand nombre
d'orthocératites que l'on rencontre parfois
dans un seul bloc de pierre prouve jusqu'à
quel point ces mollusques abondaient dans
les eaux des océans anciens. On en trouve
des quantités considérables dans les blocs
d'un marbre de couleur rouge obscur, ap-
partenant au calcaire de transition de l'Ile
d'Ol^land, et que l'on transporte depuis Quel-
ques années dans plusieurs parties de l'Eu-
rope, pour remployer dans les constructions
architecturales (776).
OSCILLATIONS du sol ; leur rôle dam la
formation des couches carbonifères. - Yoy.
CABBONlFiRIEll.
OURS. — Voy. Mammifères.
OXFORDIEN (ETAGE). — Le septième
étage des terrains'jurassiques et le treizième
de la série totale des formations géologiques.
11 lire son non d'Ox/brd, ville cTAngleterre,
où il se trouve comme type, ainsi qu'à
Trouville ( Calvados ) , etc.
Presque partout oii se trouve l'étage callo-
vien, se remarque dessus l'étage oxfordien.
gls^ et une autre appartenani au calcaire alpin de
la tormalîou oolitique de Halstadt. dans le Tyrol,
•ont les deux plus récentes que Ton ait encore si-
gnalées.
(77i)) Une portion du pavé de la cour du palais de
Ramptou, le pavé de la salle du collège de runlver-
sité à Oxlord , plusieurs lonibeaux des rois de Po-
logne, à Cracovie, ont été exécutés avec ce marbre,
éùiê lequel se montrent un gnui4 nombre do oo«
En résumé , on le rencontre depuis le U*
jusqu'au 68* de latitude nord.
Sur certains points du sud-ouest de li
France, dans le rentre et surtout dans les
Alpes, on peut évaluer de 100 à ISO mètres
la puissance de l'ensemble. .
En Russie, une surface lonzue dett,et
large de 23 degrés, a cessé detre une mer
k la fin de cet étage et est redevenue m
partie continentale. Cette snréléYation de
couches restées presque horizontales est-elle
la suite d'une force intérieure souIeTanlei
ou est-elle due à un changement de niTen
dans les mers? Nous nous bornerons Nire
que nous croyons que cette surélévalion est
produite par l'abaissement des eaux, quii
mis k sec des parties peu profondes des
mers. Il parait, au moins, en être ainsi
pour la Russie; car le manque de crinoîdes
de bryozoaires et de zoopliytes; TabondaDoe
des céphalopodes , des gastéropodes et des
lamellibrancnes , ne nous donnent partout,
que des points déposés sur une côte ou peu
au-dessous des marées, ce qui |)Ourraiteipli-
3uer le dessèchement de ces parties, sans uae
ifférence de niveau de plus que de quet
ques mètres. Dans tous les cas, que le
mouvement se soit fait sentir d'une manière
ou de l'autre., nous le croyons assez consi-
dérable dans ce qui nous en est c^nnu, poor
2ue nous puissions lui attribuer la fin de It
tune oxfordienne , dont les limites , sur les
couches concordantes des points non dislo-
qués , coïncident si bien avec ces parties
isolées de l'époque.
Le polissage, la corrodation de 1 éli»
oxfordien d'Escragnolles (Varl,avaDiquj
ne fût recouvert par d'autres sédimenls.est
encore une preuve du mouvement des eaai,
qui Ta ainsi dénudé et usé.
Caractiret patéonlologiques. — I^^
tères généraux de cette faune sont trts^
marquables. Ce n'est plus ici unensein-
ble sans couleurs , mais , au contraire, u««
curieuse époque de recrudescence de crffr
tion très-tranchée parmi les terrains juras-
siques. C'est, en effet, dans l« If".^
jurassique, l'étage où il naît le plusf«7
mes jusque-lk inconnues, et où plus «'
formes spéciales y naissent et y roeuremi
comme on le verra dans les caractères sira-
tigraphiques suivants : .
Pour séparer l'étage oxfordien de U«g
callovien , de plus du genre palœoteuihit ^
et mort dans l'étage callovien, nous a w
deux autres genres qui, nés «ntérieure»
ment, s'éteignent aussi dans l'étage cai^
vien , sans passer k l'étape oxfordien : par»
les reptiles, le genre ichthuosaurus; fàm
les poissons , le genre pacHycormus.
quilles d^orthocératitcs. Les plas grandes .»i^
que Ton connaisse se trouvent dans le caî2"*rr2s'
bonirère de Closeburn , dans le conilë de tj^^^^r
elles sont à peu prés de la grosseur de la c»» -
La présence de ces mollirsques gigan*^"^? I'^l^
témoigner de la haute température qui i^'^ A..
dans les régions septentrionales der£urope>i'7
M. SowKiBY, Min. cwêqH.^ pU ccuvi)
tesT
tàC
ET DE PALBOMTOLOGIL
PAC
Poar séparer paldontologiqnement Tépo-
que qqi 4ious o<:cupe de l'élage corallien
<iuî lui succède iiuiDediatcmeDU nous avons,
indépendamment des plantes, 36 genres
qui commencent seulement à paraître dans
létale suivant, et manquent encore dans
celui-ci.
Les genres inconnus aux étages infé-
rieurs, et apparus pour la première fois
dans Téta^^e osfordicn, seront autant de ca-
ractères (losilifs pour les distinguer de Té-
Eoqiie antérieure; ces genres sont au nom-
re de 78.
Les genres spéciaux à Tétage oxfordien,
qui sont nés et moris dans cette période,
sont autant de (taractères ()OsitiCs |iOur les
distinguer de Tétago corallien, où ces genres
ne sont pas inconnus. Nous avons 78 gen-
res ou formes animales spéciales, ce qui
est réellement énorme, rclaliveiuent aux
limites straligraplûques données par la stra-
tiCcation ; car ces dilTérences annonceraient
les limites les plus tranchées entre les deux.
Sans compter les nombreuses espèces d*a-
maux vertébrés et annelés, et des planles
qui £*élèvent à quelques centaines, nous
avons , en animaux mollusciues et rayonnes
seulement, le nombre de 739 cs|ièces. En
ôtant de ce nombre les S esj'èccs commu-
nes à la fois à Téiage callovicn et les 15 sui-
▼anies communes avec Télagc corallien, il
restera encore 702 es|)èces caraclérisiiijues
de cet étage qui pourront servir à le taire
reconnaître.
Chronoloffie hiitorique. — A la lin de Pe-
lage callovien, prohablemcnt |>ar suite d'une
perturbation géologique, ont élé anéanties,
avec quelques genres, avec des espèces d'a-
nimaux vertébrés et annelés, 2S5es|ièces
d*animaux mollusques et rayonnes. Liirs(|ue
le calme s*est rétabli dans la nature, sont
nés , avec l'étage oxfordien , 78 genres d'a-
nimaux de toutes les classes, juscju'alors
inconnus , et plus de 800 csfYèces d'êtres et
de plantes, complétant Taniniation de cette
curieuse époque du monJe animé.
Les mers oxfordiennes ont conservé la
même extension qu*à l'époque précédente ,
seulement elles se sont de nouveau retirées
tout aiUour des liassins anglo-parisien et
pyrénéen, par suite d'atterrissements litto-
raux. Elles s'étendaient sur les mêmes |)oints
d*£urope, et probablement san» interrup-
tion, d'un côté , jusqu'en Asie-Mineure, et
de Tautre en Russie ; car il y a trop d es|)è-
ces communes entre la France et ces con-
trées lointaines jusqu'à la mer tilaciale,
pour croire qu'il existait des limites entre
ces points des mers oxfordiennes.
Les continents devaient être aussi les
mêmes, au moins en France, en Angleterre
et en Russie, à cela près,ce|cndant, dans
les |>remières contrées, d'atterrissen^ents
nouveaux au pourtour des t)as^ins. Comme
à Tétage précédent, les détroits breton el
vosgien forment un isthme; l'Ilot du Ji:ra
est le même, ainsi que les autres points
eontinentaux.
Les mers s'enrichissent d'un grand nom-
bre d'animaux nouveaux; nous y vojons,
en effet, apparaître , avec le premier règne
des crustacés décaïKxles , les premiers crus-
tacés isopodcs, les premiers règnes des
amorpliozoaires testâtes; et, dans toutes
les autres classes, soit le maximum de dé-
veloppement de quelques familles, comme
celles des pycnodidé(.*s, des lépidoptéridées,
parmi les |ioissons« un grand nombre de
genres nouveaux de toutes les classes, parmi
les«iuels nous distinguons des céphalofiocrcs
remarquables, conuiic la «rr/if , les Irptolnh
thiê et les acaniitoieuihist «les venus, lieau-
cou|) de genres de crustacés, d'érhiiiiider*
mes , «iC iKilypiers et des s|K>iigi<iires. Les
nombreuses ftirnies nouvelles jointes au
niaximiiiii d« déveluppenieut des es|iè«x'sdes
genres pholadomija^ myoconcha^ rhyniho"
nrlla et cugeniacrinus^ donnent à cet étage
une rii'lie*i.Ne «iiiiiiiale bien supérieure à celle
ûes éjioiiiies antérieures.
Ijcs eoiitinenls n'étaient pas moins bien
parlAirés; cnr nous y 'voyons apiiarailre,
|tfHir la pri'inière fois, des représiiilAiits
nombreux des ordres des insectes liémiptè-
rf*s, liyniénopières et lépitbqilères. Nous
voyons* enrnrc le seeoini lè^nc des grands
reptiles riverains composé île qiiebpies gen-
res déjà cités, et de 10 genn*s nouveaux,
parmi lestpiels les gnaihosnnruf . les rû'^
rhaotauruÉ^ les pteuroMurnn^ les gtostaurnêf
les êpontigiotauruê 9 et siirlnut res siiigu*
tiers rejililes volants nommés p/rrorfifr/^/ii#.
L*idenlilé de la faune marine o\frirdienne
depuis le kOr de latitude jusqu'à la in«T «î la-
ciale nous ferait croire qn'«î cette éiNnpie les
zones isotliernies n'exi>taient |*as encore,
neutralisées qu'elles étaient |>ai* la cliaieur
centrale de la terre.
Par ce que nous avons déjfi dit de la per-
turliation tiiiale, on voit qu elle a probable-
ment déterminé la lin de la période oxfor-
dienne, et c|uc la perturliatiim coïncide
avec les limites des faunes dans les couches
terrestres.
OXYfiENE, son rôle dam la conêtiiutîon
de la terre. — Fojf. MATiisES iLÉiiEKTAises
DU <SL0BB TBBSBSTSB.
P
PACHON (M. l*abb£).— M. l'abbé Pachon
est un prêtre savoisien qui a publié, tout ré-
cemment, un petit ouvrage intitulé : Oriaine
dufoêêUee et des caniineniSf onNauveUethiorie
de 14 terre. Cet auteur admet la création im-
médiate des fossiles et des strates qui les ren-
ferment. Selon lui, les débris d'animaux jBi
de végétaux que nous trouvons dans le seio
»A0
DIGTiONNAIHS DE COSMOGONIE
PAG
iOOO
Je la terre liront jamais vécu, et ni les eou-
ohfes terrestres ni les montagnes ne sont
Teffet des causes naturelles. Nous allons ci-
ter : c'est le moyen de faire connaître au
lecteur la valeur des considérations que
%f . Tabbé Pachon développe dans son livre.
Voici d'aboni YAvanhPropos :
« Les plantes et les animaux sont pétri»
fiés depuis la superficie jusqu'au, centre des
rochers, des montagnes, jusqu'à une profon-
deur inconnue. Leur origine a été merveil-
le use pendant les jours de la création ; l'uni-
vers a été créé iniorme |et perfectionné en-
suite; les deux règnes sont entrés dans ce
plan ; les Pères nous apprendront bientôt
au'ils sont sortis de la terre comme du sein
e leur mère; nous dirons en toute lettre»
ou au moins dans les principes , qu'ils y
avaient reçu l'existence dès le premier jour.
Ils ne Font donc point reçue & la surface,
qui était recouverte par les eaux, mais dans
) intérieur des terres meubles et des rodiers
alors en état de mollesse. Les rochers ont
été durcis au troisième jour, au moment de
}a construction des montagnes ; une abon-
dance prodigieuse de plantes et d'animaux
étaient par cela même destinés à rester fos-
siles, à orner, embellir les couches réguliè-
res, à former un vaste muséum sous les
royaumes et les empires : ce sont les plantes
et les animaux pétrifiés; ils sont dans les
nombreuses conditions de leur création in-
forme, dans les nombreuses conditions de
l'état primitif et de l'état perfectionné du
globe. Les deux règnes qui avaient été créés
Sans les terres incohérentes ont reçu la \h
aux troisième, cinquième et siième jours,
vivent maintenant à la surface : tous ont eu
primitivement la même orij^ine.
« Vous direa qu'il y a de Tinconvenance à
ce que les deux règnes aient d'abord existé
avant de recevoir la vie, qu ils aient existé
j>élc-mèle avec les terres, les rochers encore
en état de mollesse. Mais ces faits narri-
vent-ils pas encore tous les jours d'une ma-
nière à peu près semblable? Ne savons-nous
pas que les animaux, sans parler des hom-
mes» reçoivent d*abord l'existence, ensuite
la vie dans le sein de leurs mères, qu'ils y
demeurent plusieurs mois ? Leur naissance
primitive ii'étail^elle pas beaucoup plus dé-
cente, plus honorable? Ne voyons-nous pas
les plantes naître et demeurer toujours
fixées en terre? Si Ton veut réflécnir, l'on
conviendra qu'il y a moins d'inconvenance
à ce que les deux règnes soient privés de la
vie avant de l'avoir reçue qu'aprts l'avoir
possédée; or ne la perdent-ils pas tous après
l'avoir possédée? Ne se couvrent-ils pas de
terre comme ils l'étaient dès le premier
jour? L'ordre présent n'est-il pas une justi-
fication surabondante de l'ordre primitif?
Ce qui arrive dans tout l'univers depuis si
longtemps ne pouvait-il pas avoir lieu une
fois d'une manière un peu différente ?
I « Les animaux, ainsi que les plantes, sont
de la boue organisée, ils ont d'abord été con-
fondus avec cette boue; ils ont laissé à
l'homme le oriviléfce d'être seul créé k la
surface; leur, origine a manifesté et leur
bassesse relative et notre éminente dioniié.
Ils ont existé informes .avant de vmm
leurs dernières perfections, afin d'entrer
ainsi dans le plan de toutes les créatures. Ils
n'avaient point d'habitation préparée, Tin-
térîeur de la terre était le seul liemiui k-ur
fût convenable ; ils devaient d'abord y eiis-
ter avant de venir à la surface où sont leurs
dernières fins, comme nous vivons (îhlM
à la surface avant d'enlrer dans réierniit,
où sont nos dernières fins. La dernière came
de leur création informe, parmi les sub'^tan-
ces minérales, c'est que Dieu en a destiné
un nombre prodigieux pour y rester, |.our
être la pierre angulaire du temps, etc. Leur
origine irimitive serait impossible manie-
nant que les rochers sont durcis, que l'or :re
a changé ; mais elle était aussi conTendUe,
aussi nécessaire dès le premier jourquela
naissance actuelle des animaipxdansleseio
de leurs mères, des végétaux dans la lert«.
«Les fossiles, étant parfaitement connus
suflîraient maintenant, eux seuls, pour [roo-
ver leur véritable origine : il cnfauluire
autant des masses fossilifères, du grand oa.
vra^e de la construction. Les conlinenls onl
toujours été visibles ; on ose dire enfin (|ue
leur origine imuiédiate avait été la doclrme
du christianisme; qu'elle était prouvée par
les philosophes, les docteurs; donc les los-
siles ont la môme origine, donc iU M^^'
tiennent à la création informe. Lorij;iii«
immédiate est opposée à celle profes.^éede
nos jours, mais elle est la doctrine anciens
comprise dans ce qu'elle avait de mplérieui,
connue dans les riches trésors qu elle avait
de cachés, confirmée dans ce qu'elle avaiOie
manifeste : elle éclaire aussi d'une vive lu-
mière toute la géologie.
« On sera forcé de convenir que cellpon-
gine a toutes les conditions essentielles pour
être vraie : serait-il possible après cela
qu'elle fat fausse? Eh bien, soit! U^^^
parti raisonnable sera encore delà croire «»
très-fermement; c'est ainsi que dans un au-
tre ordre de choses nous recevons la rclaiion
des sens, le témoignage des horames, w
vraie religion, quoique tout sérail illU'^'J*'^
et mensonge sur la terre. Je prouverai que les
fossiles, les autres phénomènes onl les Wj^
ports les plus intimes avec l'orii^ine ito»'^
diate. Celui qui voudra la réfuter doUçro'^
ver que ces rapports existent avec rorigir*
maintenant professée, doit prouver que ^^
philosophes et les docteurs lui sonlM'^
ment favorables. Tout mon ouvrage e\\^
des faits certains, des doctrines inconleSi»-
blés, en déduit des conclusions ; il ft"^^"^^^
montrer que ces faits et ces dooiriues R^
ne sont pas vrais, ou que les conclu>ioD^
ne sont pas légitimes ; il faudrait raisonaJ
conire moi exactement comme je raisonna
moi-même; on n'osera l'entrej rendre, F
la raison que deux doctrines oppostes a
peuvent être véri tables. «
« Quels sont donc les moyens pour r«fl*
ter cet ouvrageî Ce sont ceux que P^f^^Z
une cause perdue; c'est de fflure valoir ««
oriijinc.
Ï061 PAC ET DÉ PALEOMTOLOGIE.
spécîosités de nulle valeur ; c'est de s'en te-
nir à des généralités qui ne disent rien; c'est
(J'iiiibrouiiler l'état de la question, de dire
que les deux origines peuvent ôtre vraies;
({u'il y aurait de la témérité à décider laquelle
t'>t vérilaiile. Les géologues, les académi-
( ions diront qu*il faut être savant, qu'il faut
ê.re (Je leur société pour juger cette grande
«jiieslion. Je réponds que l'orii^ine immé-
(Jivile donne des moj'ens de discussion entiè-
r -luent opposés à ceux dont ils se sont ser-
vis ; elle est un monde qui commence où tînit
le leur; il faut de la science, de la philoso-
Îliie, de la théologie qu ils n'avaient pas.
ouïe leur science du passé ne peut servir
qu a surveiller, si je rapporte exactement, les
laits nombreux qu'ils ont, découverts : après
dix années d'étude, i'espère avoir mi» celle
grande discussion à la portée des intelligen-
ces les plus ordinaires. On dira que je con-
dauine ce que les premiers pasteurs ont to-
léré; je refonds que la tolérance était un
mai ne^es^aJre, une œuvre de sagesse ius-
qu'à ce que la vérité fût connue : dés lors,
chd.un peut et doit croire ce qu'on croyait
dans les siècles pa^^sés. Je rapporterai fidèle-
ment la croyance antique, je la soumets aux
P«is(eurs qui seuls ont le droit de décider; je
dé<:]are que je suis entièrement soumis à
leurs détiâions; je désire que les partisans
de 1 origine méJiale soient animés du môme
esj>ril. On m'objectera que les incrédules
rejettent la doctrine ancienne; mais ils doi-
vent la croire, puisqu'elle se change en pro-
phétie: les fidèles croient cette doctrine, et
c'est spécialement pour eux que cet ouvrage
est composé.
« On me demandera encore quelle est
l'iiuporlance réelle de l'origine immédiate -
cVst lie faire connaître que les continents,
i'uuîvers, toutes les merveilles découvertes
par k's géologues sont l'ouvrage même de la
iTéalion; cesl de dévoiler des méprises,
cies erreurs , uniques dans les annales
du monde, les dimcultés inOnies qui en
ont été la conséquence ; c'est de reculer
les homes de la géologie) c'est (i'éeiairer
d'une vive lumière la doctrine ancienne,
d'en faire voir les trésors inconnus : elle est
à la science moderne ce que la prophétie est
h l'événement ; c*esi de ruiner l'athéisme,
le I an théisme; c'est de faire connaître, ado»
PAC
1062
3ue vous avez découverts en si grande abon
ance dans nresque toutes les régions; qui
descendent a une profondeur inconnue , el
qu'on peut croire être au moins de deux
lieues au-dessous du niveau des mers. Je
prouverai celte origine jusqu'à la démonstra-
tion ; j'ignore néanmoins comment elle sera
reçue de mes contemporains. Nous savons
tous que les vérités maintenant élémen-
taires, ont semblé d abord fausses, para-
doxales; c'est ce qui est arrivé à l'égard iles
antipodes, de l'immobilité du soleil, du
circuit de la terre : c'est ce dont vous avez
fait l'expérience; vous aviez beau dire :
Venez, voyez, examinez; les hommes ont
refusé longtemps de croire les merveilles
dont la terre est remplie; il n'y aurait rien
de surprenant, s'ils en rejetaient la véritable
« Commençons par exposer en peu de
mots celle que vous professez. Vous dite*
que ces plantes, ces animaux ont vécu dans
un monde antérieur au nôtre, el qui aurait
duré des myriades d'années; que les conti-
nents ont été formés jus;|u'à une profondeur
inconnue par dépôt successif, par l'inter-
mède des eaux et du feu ; que des forces
souterraines auraient ensuite redressé les
couches, soulevé les montagnes; que les
vaHécs ont été creusées jiar érosion ; que la
surface du globe n'est point l'ouvrage du
souverain Architecte, mais relui des agents
uaUirels, des causes inintelligentes.
« Toute cette doctrine est la conséquence
nécessaire de l'origine que vous donnez aux
fossiles nroprement dits; elle renferme des
diiiicultés iiisolubles, et dont le nombre ne
peut se compter; c'est votre aveu, celui de
tous ceux qui veulent rélléchir. Les fossiles
n*ont point l'origine, si vraisemblabie au
premier abord, que vous leur attribuez, mais
une entièrement diiférenle , qui est une
grande merveille du Créateur, qui ruine
toutes vos utopies par leur fondement; je
vais la faire connaître. Si elle est, au pra^
mier abord, supérieure à notre intelligence,
parce qu'elle est nouvelle, elle conduit à des
conclusions claires, évidentes; si elle semble
incroyable, comme les antipodes, je prie le
lecteur de considérer les abîmes où conduit
l'origine contraire.
« On a toujours enseigné çue l'homme a
ivr^ {glorifier Dieu. La nature même de l'ori- .eu l'honneur, le privilège d'avoir été seul
créé à la surface ; que les plantes, les ani-
maux ont une origine de beaucoup infé-
rieure; qu'ils sont sortis de la terre. Il est
maintenant certain qu'ils y avaient regu, dès
le premier jour, l'existence dans leur propre
nature avant de recevoir la vie aux troisième,
cinquième et sixième. Celte création est
justitiée avec surabondance par la naissance
actuelle des animaux dans le sein de leurs
mères où. ils demeurent plusieurs mois;
par la naissance de tous les hommes; elle
était, au contraire, beaucoup plus décente,
plus honorable. Nous verrons qu'une fois
croyable, elle est le sens littéral du texte
«acre ; qu'elle a été professée par un grand
nombre de docteurs; quelle est la coa-
gine immédiate est d'opérer tous ces pro-
di^^es. »
j%près cette petite introduction, l'auteur
nim en matière et s'adresse aux géolo-
.ues, comme il suit.
« Lei planut tt le$ aniwiaux sont iorti$
'e la ierre : Us y aratani reçu Fesistenct dès
> premier jour; un nondfre prodigieux y
o^i retUs pour V orner ^ fombeUir: ee êoni
es fossiles proprement dite.
c A MESSIEtJES LES GÉOLOGUES.
m Messieurs,
m Je viens faire connaître l'origine mer-
rc: lieuse des plantes et des animaux qui
>oiit pélriSés dans les couches régulière:?;
«
r
108S
PAC
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
PAC
iW
ségucDce des principes enseignés sur This-
toirc des six jours. Cette création informe
des deux rèj^ncs était non-seulement dé-
cente, conveuiihlc, mais encore nécessaire.
Dieu en a destiné un nombre prodigieux
pour lormer un vaste muséum sous les
royaumes et les empires ; exercer les
hommes dans les temps modernes; publier
sa gloire; être la pierre angulaire 'lu temps,
car rien ne les a précédés que l'éternité et
seulement d*ùn point; nous certifier que la
création a été faite comme on Tarait tou«
jours enseigné; confondre ainsi tous ceux
qui ont erré sur rori^^ine de l'univers.
« Ces plantes, ces animaux, restés dans la
terre, ce sont les fossiles proprement dits;
ils ont la nature, les divers â^es, tout ce
qui a constitué la première g(^neration, mais
à rétat informe. Le souverain Architecte a
ensuite creusé les mers au troisième jour,
redressé les couches, changé Tordre primi-
tif pour construire les montagnes; il a éga-
lement construit les volcans, les montagnes
volcaniques après en avoir auparavant pré-
f)aré les matériaux ; lui seul a été l'auteur de
a surface du globe, comme c'était la croyance
des peuples chrétiens.
« Cette origine, enfin comprise , est en-
tièrement opposée à celle que vous avez
professée, dans son auteur, ses moyens, sa
durée. Je détie Tesprit le plus subtil d'en
inventer raisonnablement une troisième ;
les émanations, Téternité du monde et au-
tres fantômes, sont en dehors de la science
et des faits qu'il s'agit d'expliquer; sont, par
cela seul, condamnés à une éternelle répro-
bation. Cette origine est un monde spacieux,
immense , est une confirmation de la doc-
trine ancienne , dissipe des ténèbres , fîiit
jaillir des lumières; il me semble qu'on doit
l'examiner , qu'elle intéresse la science, la
religion, tous les hommes.
« Je vais indiquer les moyens nécessaires,
faciles, afin que ceux mêmes, les plus étran-
gers à votre science, puissent discuter Tune
et 1 autre, prendre leur parti. Les fossiles
sont le fait principal; vous avez cru qu'ils
avaient les conditions particulières aux dé-
bris de la vie ; nous verrons qu'ils n'en ont pas
une seule. Les espèces à formes tropicales,
celles à formes tempérées, ont été créées
partout sans distinction ; les premières ont
dû se trouver dans le nord, les secondes
vers le midi, aussitôt après la fixation des-
pôles et de Téi|uateur, au troisième jour;
et, de fait, elles y sont en grand nombre.
Les animaux marins ont été portés k deux
ou trois mille toises avec les montagnes au
moment de la construction, les animaux
terrestres sont restés à des profondeurs in-*
conrmes.. Voilà ce que j*ap))elle les phéno*
mènes particuliers a Torigine immédiate ;
ils sont très-nombreux dans les fossiles ; ils
constituent presque toutes les autres ma-
tières lie la géologie : le nombre, la variété,
la distinction des minéraux, en un mot, la
nature, la forme des continents, sans parier
de la conU^uraiion du bassin des mers. Or,
jo soutiens que tous appartiennent essentiel-
lement & cette origine; afin de le prouver,
je pose en thèse (qu'ils ont avec elle les rap-
ports intimes (|ui existent entre une statue
et le moule. d'où elle est sortie; entre m
pièce de monnaie et le coin qui l'a framtée;
entre un livre et la planche qui Ta imprimé.
Il en doit être ainsi, afin que cette origine
soit vraie. Ces phénomèîi'^s sonlréellemeot,
& leur manière, et sur une échelle irouifose,
des statues, des pièces de monraio, des
livres; leur origine est un moule, un coin,
une planche , qui les a réellement monlb,
frappés, imprimés. Si vous prétendez que
Torigine médiate soit vraie, tous devei
montrer avec elle ces rapports intimes, mais
vous n'oserez l'entreprendre. L'examen de
vo^re origine, d'à) rès ces conditions, fera
nattre des dissemblances énormes, la moitié
plus que vous n'en avez connu jusqu'à pré-
sent. Tel est le premier moyen, les phéno-
mènes de la géologie.
« Il en est encore deux autres, également
nécessaires : ce sont les sentiments (lesplii«
losophes, la doctrine chrétienne. L'origine
S|ue vous professiez étant fausse, tous of-
rant des diflTicultés déjà trop ardues, voos
avez dû rejeter ces deux autorités imi osan-
tes, ou essayer avec elles une coiiciliaiioD
éloignée qu'on peut toujours faire. C'est
maintenant une preuve que vous étiez dé-
voyés : toute doctrine contraire aux siècles
passés est nécessairement une erreur;
cette erreur ne sera que matérielle, si Foo
nen connaît pas la fausseté, et c est ce qui
est arrivé.
« U question doit donc être reprise t
neuf sur ces deux points. Un ^rand norobra
de philosophes ont refuté Torigine médiate
des continents, ainsi que de Tuuivers, con-
tre Descartes et ses disciples, coutre les
athées; ils ont soutenu que 1 admirable coor-
donnance de la surface du globe ne pouvait
résulter des lois de la nature, des dépots
successifs; qu'elle a eu Dieu |K>ur auteur,
qu'elle est ainsi une preuve de son exi^teo-
ce. Ces principes sont élémentaires dans les
écoles; sont même naturellement |»rufes^'
Demandez au laboureur si c'est Dieu m *
formé les montagnes , creusé les TallecSi
étetidu les plaines; il o'hésitera lias uii ins-
tant pour vous affirmer que tel e a été si
[persuasion intime dès son enfance. Los pw-
osophes ne veulent donc )>as aUnoonDer
les droits de la raison, comme vous naurie»
pas abandonné jusque présent les fo^s»'^-
Les condamnations qu ils feront de TOire
origine sont celles mêmes qu'ils ont ^^J^
faites de ceux qui vous oui précédésîO"^
{>eut les lire dans Pluquel, Examen ^'••/'•J'
wme, trois volumes; dans Pluche, «««^'JJ"
du Ciel , serond volume ; dans Cudforfli
Système intellectuel: on peut les lire d«»
ceux qui ont traité de l'existence de Dtw»
qui ont écrit contre les athées. .
« Les révélations venues de la terre sw
devenues im^Kisantes par vos travaux ;^jj|
ne devaient pas être contraires aux réten-
tions venues du ciel ; les premiers p^^^^Jr
ont permis depuis un demi^siècle qttOQp<^
lOùS
PAC
ET DE PALEONTOLOGIE.
PAC
I0C6
fessât rorigîne qui est maintenant prouvée
fausse jusqu'à 1 évidence, qui n'a donc pas
été la doctrine ancienne. Vous vous rap))e-
lez qu'elle a été à la veille d*étre condamnée
par la Sorbonne contre BufTon, qu'elle a élé
repoussée pendant trois cents ans. Les pas-
teurs ne peuvent ni ne doivent s expliquer à
chaque instant; ils ne le font même jamais,
si Jes questions n*ont pas été longtemps
débattues; ils ont la doctrine Irès-couAue de
ceux qui les ont précédés ; tout particulier
leur témoigne sa vénération en étudiant
cette doctrine qui est la leur; il peut et doit
la croire; il est louable de la prêcher jusque
sur les toits.
« Martiningue est, sans contredit, le plus
savant interorète moderne sur le premier
chapitre de la Genêêe; il a lu presque deux
cents Pères et théologiens; il en à composé un
énorme in-folio; il résume à lui seul la tra-
dition, et il dit : Tous les Pères, tous les théo-
iogiens enseignent unaniment (pie chacun des
ouvrages des six jours a été faU par la puis-
sance admirable du Créateur, e/, par consé-
quent, dans le plus rapide instant de chacun
ae ces jours; c'est avec raison quils ensei-
gnent cette doctrine. On voit par les Ecri-
tures que ces ouvrages n'ont pas été ceux de
ta nature, mais du Créateur qui a remplacé
tes agents naturels, qui a mis en œuvre la
matière après ravoir créée. [Isogogœ in i cap.
€en., in-folio, p. 759.)
« Nanni, autre docteur, qui a également
résumé un très-grand nombre de thédio*
giens, s'exprime dans le même sens : Dieu^
cJÎt-il, a été dés le commencement le seul au^
ieur des diverses créatures et de leurs formes;
eest pour nous inculquer cette vérité qu*à
chacun des ouvrages Moïse se sert de ces pa-
roles ; « dieu dit que cela soit. » Paroles qui
désignent faction du Créateur pendant les
aix jours f car depuis lors il n'a été que la
€aus€ première des êtres que nous voyons se
succéder ici-biu. {CtUena argentea in Gen.f
p. 61.) Vous vovez. Messieurs, qu'il serait
difficile d'être plus clair et plus positif. Har-
lioiogue exclut l'action des agents naturels,
et, par conséquent, l'intermède des eaux, du
feu, les forces souterraines. Nanni oppose
l'origine actuelle, qui a lieu sous les causes
secondes, à la primitive qui a été l'ouvrage
de la seule cause première. Ce qui a paru
▼rai dans tous les âges est maintenant con-
firmé par les fossiles et sera la doctrine des
â^es futurs.
« Avant d'aller plus loin, il est nécessaire
de concevoir clairement la distance infinie
qu'il V a entre l'origine de Tordre présent
et celle que vous enseignez. Les créatures
ont reçu pendant les six jours l'existence ,
là rertu et le mode de persévérer jusqu'à la
fin des temps. Ce mode a été déterminé par
leur nature ; les plantes , les animaux ,
les hommes persévèrent par la naissance;
les corps fluides, gazeux, impondérables ,
sous la mobilité perpétuelle de leurs formes;
les corps solides, sous l'immobilité de leurs
formes. Cn tfrand nombre sont maintenant
d'origine méidiate, mais il est encore plus
vrai que toutes remontent jusqu*aux jours
de la création, comme un fleifve k sa source,
et qu'elles ne peuvent rien changer à ce que
Dieu les a faites. Cette origine diffère donc
totalement de la vôtre ; Tune est la perma-
nence des ouvrages du Créateur » l'autre en
est la formation de ces mêmes ouvrages par
l'intermède des eaux, du feu. Nous |K)uyons
être les enfants de nos mères, mais je doute
si l'incandescence» les transports, ont pu
former le corps du premier nomme. Cette
comparaison s'applique au règne minéral
qui est également panait en son genre, qui
suppose également une puissance, une sa-
gesse infinie; les causes actuelles n'ont de
force que pour dégrader les montagnes, et
même légèrement; elles ne les auraient donc
pas formées autrefois.
4 Ainsi, votre origine est fausse en tout
point; de là les difficultés qu'elle a trouvées
sur son propre terrain ; de là celles qui ap-
paraissent peut-être en aussi grand nombre
pour.Ia première fois; de là. son opposition
avec les philosophes, les docteurs, v ous ne
pouviez comprendre la cause de tant de con-
tradictions ; c'est que vous raisonniez d'après
la méprise uniouedans les annales du monde;
cette méprise était un mal nécessaire jus-
qu*à ce que vous eussiez suffisamment ter-
miné votre glorieuse et importante mission
dMtudier les merveilles qu il ne nous était
pas donné de comprendre. Vous avez rai-
sonné seuls, d'après de faux principes ; la
Térité connue vjent raisonner avec tous»
fSiire connaître tos longs égarements, resti-
tuer à Dieu son propre ouvrage, au chris<-
tianisme, son antique croyance, aux philo-
sophes, les droits de la raison ; elle rient
discuter les deux origines par ces trois genres
de preuves qui sont maintenant les parties
inséparables d'un seul tout ; qui s'éclaircis-
sent, se fortifient réciproquement ; qui sont
également importantes , cnacune dans leur
^enre ; décisives, chacune à leur manière :
je crois qu'il est difficile de traiter des ma-
tières d'un intérêt aussi grand, aussi séné-
rai, comme j'espère les mettre à la portée des
intelligences les plus ordinaires.
« Les plantes et les animaux créés informes
ont servi à orner, embellir Fintérieur de ta
terre,
c La création informe des deux règnes,
dès le premier jour, donne la certitude que
les fossiles ne sont pas les débris de la viè;
avant même de les avoir examinés, elle ruine
vos théories sur l'incandescence, les réTolu-
tions, les annales de l'ancien monde. Il est
certain d'abord par la comparaison des deux
règnes vivants et de ceux fossiles, que les
premiers ont été modifiés, et peut-être tous»
en recevant la vie ; qu'ils ont été eomplétÀ
dans les genres et les espèces : ces faits ne
sont point contraires à l'ouvrage des pecfeo-
tionnements. Une grande abondance aHM
déjà servi à orner l'intérieur de la terre; une
preuve que Dieu avait le droit de faire cettf
merveille, c'est qu'il l'a faite; c'est que lef
fossiles, les masses continentales, le çrand
ouvrage de la construction, ont des conditions
DiCTi05if. DE Cosmogonie et de Paléontologui.
ak
1067
PAG
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
PAC
m
entièrement opposées dans les deux origines,
et qu*elles rempiisscnl avec la plus grande
faculté celles de l'immédiate.
K Et d*abord, les pas d'animaux sont des
impressions de végétaux palmés; c'était déjà
le sentiment de tres-habiies géologues. L'ha-
bitation des serpuleSy des ballanes» sort du
plan général de celle de tous les autres ani-
maux, a fait, devait faire partie de leur créa-
tion informe; aussi le rocher est-il dissous
et non perforé, comme vous-mêmes en avez
fait l'observation, comme il est facile de s'en
convaincre en comparant Tordre ancien à
Tordre présent. Les coprolites sont le plus
souvent des espèces de pierres dont le genre
est assez commun dans les montagnes, nous
verronsde quelle manièreils pourraient être
d'origine animale. L'existence informe per-
mettait la séparation des membres, tous les
degrés d'imperfection qui ne ruinent pas la
.préexistence, les membres sont souvent réu-
nis, séparés comme ils peuvent Tètre dans
la seule origine immédiate. Vous ne pouviez
.croire à Torigine contraire sans la chercher,
la trouver partout, quand même elle n'était
mille part.
« Les fossiles ont jeté dans un grand nom-
bre de contradictions manifestes, ils sont
inexplicables aussi bien que les vers de la
sibylle, parce qu'ils appartiennent à la créa-
'tion informe. Les carnassiers actuels habi-
tent les cavernes, y laissent leurs débris :
ceux des époques tertiaires, contemporains
'de ces mêmes cavernes, né les ont point ha-
bitées; les herbivores vivent de préférence
dans les plaines, sur le bord des mers; leurs
os ne sont point tombés dans aucune des
brèches qui auraient été cependant ouvertes
autrefois, comme aujourd'hui. Les grandes
espèces n'ont point laissé leurs os en tas
énormes, comme depuis la fin de la création
^u déluge ; les bancs médiats de polypiers
pierreux devraient couvrir les hauts-ionds
de nos mers, )a surface dès continents; on
ne les trouve que dans les couches réguliè-
res, et avec les conditions de la création in-
forme. L'origine des fossiles doit se trouver
ensuite par celle des masses où ils sont gi-
sant, c'est une question importante qu'il faut
développer.
« Dieu a créé, dès le premier instant, les
couches régulières dans leur propre nature,
ainsi que les autres. II les a ensuite coor-
données dans la construction ; il leur a im-
primé à ces deux égards le cachet de sa sa-
gesse infinie, il n'en a plus créé depuis lors,
il est entré dans son repos ; il ne s'en forme
donc point, dans Tordre présent, qui soient
semblables à celles de nos montagnes par
leur puissance, leur nombre, leurs variétés;
. tout ce qu'il y à de nouveau consiste en de
légères dégradations.
« Si les dépôts successifs les avaient for-
iinées, et surtout en si grande abondance, ils
•auraient encore la même vertu. On ne peut
maintenant nier cette conséquence, invoquer
des lois qui auraient cessé, qui sont incon-
.nues,à moins qu'on ne veuille raisonner sans
principe et tomber dans l'arbitraire. Or, il
ne se forme point de couches régulières da&s
Tordre présent, elles sont donc d'origine
immédiate; les fossiles ont donc la même
origine : écoutons vos aveux,
BBOlfGNURT.
« Ce qu'il y a d'aussi sûr, d'aussi bien
Prouvé qu'une vérité de ce genre puisse
être, c'est que depuis les temps historiques
les plus reculés, on n*a aucun exemple au-
thentique de grands phénomènes géologi-
S[ues, tels qu'un abaissement de la mer, une
brmation de couches sous-marines, éten-
due et puissante ; qu'on ne peut citer aucune
formation d'une étendue seulement dequc!-
ques myriamètres de terrains de granit, de
calcaire saccaroïde, même de porphyre, de
g}'pse, etc. rancune couche sous-marine ou
sous-lacustre de calcaire compacte, renfer-
mant des débris organiques réellement pé-
trifiés, c'est-à-dire dontja nature chimique,
dont même la texture cristalline ait changé;
aucune formation de veine ou filon métal-
lique, etc. Et un peu plus loin : malgré les
volcans, les sources d'eaux minérales, in-
crustantes, quelques concrétions sablonneu-
ses et calcaires, etc., Tordre actuel est dans
un état de repos, de tranquillité entièrement
différent de celui (]ui a produit les couclics
de calcaire, de schiste, de gneiss, deliouiiic,
les pétrifications silicieuses, pyritouse$,etc.;
qui a soulevé les Pyrénées, les Alpes, et*'.;
qui a produit les filons d'Europe, d'Améri-
que, les a remplis de baryline, de fluor, de
quartz, de suliure d'argent, de cuivre, de
plomb, de zinc, etc. {Tableau dt% (eitatn»,
p. 58.)
UARCEL DE SERRES.
^ Les terrains tertiaires sont lesdemieri
dépôts produits en couches régulières, (ffw-
graphii physique^ t. V, p. 322.)
DE LA UÉTHERIE.
« Les physiciens s'accordent à reconnaître
que Tordre ancien a entièrement cessé, et ils
en tirent une objection sérieuse (contre l'o-
rigine médiate). Les eaux des mers n'o|^
rent plus les mômes phénomènes que dans
les temps primitifs. Elles ne sauraient dis-
soudre les substances minérales quelles pa-
raissent avoir tenues en dissolution. EH^"
ne forment plus découches calcaires, g) l.^
scuses, bitumineuses^ de terrains priuii-
tifs... Il faut donc reconnaître que Télalpfc*
sent est un nouvel ordre de choses absolu-
ment différent de Tancien, de celui qui f
formé tous les terrains, soit primitifs, soil
secondaires. {Théorie de la terre^ étiit. de
3 vol., 1. 111, p. 322.) De Laméthcrie aTOue
que les faits de Tordre ancien ont absolu-
ment cessé à la surface des continents, in«i|
u'ils peuvent encore se reproduire au W
es mers; c'est là que cet auteur se réfugia
afin de n*ètre pas confondu.
« Non-seulement les causes actuelles ne
forment jamais nulle part des couches rë^*
lières, variées, nombreuses, naais encore eues
n'ont produit dans Tordre ancien aucun des
i
f«69
PAC
ET DE PALEONTOLOGŒ.
PAC
io;o
dép6ts qu'elles produisent dans Tordre pré-
sent, comme iestufs, les stalactites, les tour-
bes; elles n*ont donc point agi autrefois;
donc les fossiles ne sont point les débris de
la vie.
« Pourquoi tes deux règnes oni été créés
dans rinlérieurde la lerre^ et y sont restés en
si grand nombre à Fétat fossile,
c Les preuves de fait nous dispenseraient
de celles de droit; nous pourrions dire : Les
fossiles appartiennent à la création informe,
ils ont reçu Texistence dès le premier jour;
Dieu a eu des raisons qui peuvent nous être
inconnues ; cependant je vais en indiquer un
bon nombre qui se présentent de prime abord.
« Les êtres inintelligents ont pu et même
ont dû recevoir Texistence dans les lieux où
ils sont encore : les deux règnes ont été les
seuls exceptés ; ils auraient empêché à la
surface qui allait être bouleversée par le
creusement et la construction. Ils ne reçoi-
vent pas du ciel, comme nous, la vérité, les
sages inspirations ; ils sont penchés vers la
te rre qui les nourrit en toute chose, qxii est
leur mère, qui a dû les enfanter. Les plantes
devaient sortir de la terre comme à présent;
l^lusieurs animaux vivent dans la terre ; tous
ont dû V recevoir l'existence ; ils ont ainsi
laissé à l'homme son glorieux privilège. Ceux
restés dans les terrains meubles ont pu s*y
dissoudre sans inconvénient.
« La surabondance est le caractère propre
des œuvres de Dieu dès Qu'elle n'est pas
€«>ntraire & sa sagesse; elle est peut-être,
chaque année, égaie ou supérieure dans les
ceuDs de poissons, les semences des plantes
aux deux règnes fossiles. Le nombre des
harengs est prodigieux ; ceux qui émigrent
annuellement du nord pendant trois ou
quatre semaines, en colonnes serrées, sur
une laideur qui atteint ou dépasse quelque-
fois 25 lieues, sur une profondeur d'un ou
plusieurs mètres, suffiraient pour couvrir
toute la surface de l'Angleterre, pour nour-
rir toute TEurope. (Géographie physique ^
art. Harengs.) On estime que chacun ren-
ferme à peu près dix mille œufs ; si tous ces
œufs venaient à éclore, on a dit qu'ils rempli-
raient l'étendue et la profondeur de l'Océan,
après trois ou quatre générations. (Berxab-
DI5 DBSAi?iT-PiEBRE,B/ttde5, édit. iu^iS, t. II,
p. 66.) Le merlan, la sardine, la tanche, plu-
sieurs autres espèces sont d*une aussi grande
fécondité. (Poème des Merveilles de la nature^
par DcLABD, p. 80.) On porte les œufs d'une
carpe à dl'âyOOO. (BBBKABDin de Saint-Piebbe,
ubisupra^ p. 87); ceux d'une merluche h
iOO millions (6^0^. phys.^ 1. 11, p. 767]; ceux
d'une morue de Terre-Neuve à 9 millions et
quelque cent mille. (Spect. de la nat.^ 1. 1",
p. 384.) Les arbres, qui donnent annuelle-
ment 10, 20, 30, 50, 100,000 semences, sont
communs ; on a évalué celles d'un orme à
15 milliards 844 millions. (Mémoires de TA-
cadêmiepour Pannée 1700, p. 65.) '
c L'étal primitif du globe demandait toute
eette surabondance dans les deux règnes ;
ils ent été créés depuis la superficie jusqu'à
la profondeur qui oouvait être ramenée vers
la surface par lA C(mstniction. Les animaux
terrestres et marins de formes tropicales et
tempérées ont reçu partout rexidtêfloe, !es
terres et les mers, le nord et le midi étaient
partout contingents. Les plantes et les ani- '
maux marins étaient par cela même des-
tinés à rester fossiles dans les continents ;
de là leur abondance dans toute l'Europe,
l'Asie, l'Afrique, l'Amérique, l'Océanie; de
là les plantes et les animaux terrestres sous
les eaux, les formes tiopicales dans le nord,
les formes tempérées vers le midi.
« Le monde enseveli sous les royaumes
est une grande merveille; il sert pour étu-
dier les types primitifs de la création, les
modifications survenues ; il donne une idée
des êtres qui sont possibles; il conserve en
nature les individus conservés à la surface
par la reproduction ; il fait connaître la puis-
sance qui a tant créé de i)lantes et a ani-
inaux que la surface du giobe n*aurait pu
les nourrir; il est une image frappante du
nombre des anges et des hommes qui reste-
ront informes par un effet de leur propre
volonté. Les grands de la terre embellissent
leurs palais de mosaïques; pourquoi les ani-
maux de fi^re colossale, déformes bizarres,
n^aui'kier.t-ils pas servi à construire le palais
destiné au roi de la création?
« Dieu a voulu préparer à la religion le
plus grand triomphe qu'elle recevra jamais
des scienres humaines ; je parle non-seule-
ment du fait, mais encore du possible. Ce
vaste univers est le premier des ouvrages de
Dieu , un des plus frappants aux yeux de la
plupart des hommes, celui qui annonce son
existence, ses perfections infinies dans un
langage intelligible à tous les peuples. Ce
vaste univers a été créé et perfectionné en
très-peu de jours ; cependant, bien des hom-
mes, s'é[^arant dans leurs folles pensées, ojii
ravi au Créateur son ouvrage, ont pjrétendu
quil avait été formé successivement, et
même que la matière en est étemelle.
« Or, cette abondance de plantes et d'ani •
maux fossiles, n*ayant jamais vécu, sont des
preuves de fait auxquels ne peuvent rien
répondre les athées, les panthéistes, les ato-
mistes ; ils leur prouveront l'existence d'un
Dieu tout-puissant et son pouvoir créateur.
Les animaux de l'ordre présent n'ont reçu
la vie qu'après le perfectionnement de l'u-
nivers; ils ne pouvaient rester qu'un très-
petit nombre de jours avant de la recevoir;
l'univers a donc été créé et perfectionné en
aussi peu de temps qu'on Vavait toujours
enseigné.
« Les. fossiles sont donc une démonstra-
tion de la doctrine chrétienne ; ils font com-
f)rendre ce qu'il y avait de mvstérieux dans
a création, dans l'histoire ou elle est rap-
portée; ils réduisent au néant l'éternité de
la matière, sa diffusion dans l'espace, le
chaos, l'incandescence, i'atomisme. Prouver
qu'ils appartiennent à la création informe,
G est conroudre toutes les erreurs sur Tori-
gine de Tunivers.
« Les fossiles ap|>rennent, en ce qui les
regarde , la théologie aux théologiens , la
i971
PAL
DlCTIONTfAIRE DE COSMOGONIE
PAL
m
philosophie aux philosophes, la géologie
-aax géologues; ils se feront écouter de ceux
qui ont méprisé Jésus-Christ et son Eglise;
Dieu les a laissés dans Tintérieur de la terre
pour les mêmes raisons qu*il a envoyé les
«pôtres, les prophètes, les docteurs; car ils
seront aussi, en leur genre, apôtres, pro-
phètes et docteurs. Vous les avez étudiés
afin qu'ils publient la gloire de Dieu , dé«
fendent la religion, confondent ses ennemis
jusqu'à la fin des temps. Mais après avoir
suflisamment exposé leur origine véritable,
je dois, avant a aller plus loin, les faire
connaître dans Forigine contraire à laquelle
ils ont servi de fondement (7T7). »
mous avons cité M. Tabbé Pachon pour
montrer que toutes les théories, toutes les
idées ont été successivement essayées. Du
veste, celles de M. Pachon sont renouvelées
du moyen âge. Nous ne croyons pas k leur
fortune.
PACHYDERMES. Voy. HAHMiFiRBS. —
■Leur règne. — Voy SuBAPsicTft^r.
PALAEOTHERIUM. Voy. Mx^nmittES.
PALÉOZOIQUES ( TERRAINS ) ; ain»
nommés de deux mots grecs, parce qu'ils
rappellent la naissance des plus anciens êtres
connus. — Ces terrains commencent avec
-les premières couches de ranimalisation et
s*étendent jusqu'à l'étage permien inclusive*
ment ; ils ont donc pour base les terrains
azoïques et pour limite supérieure les ter*
•Tains triasiques. Ils sont ainsi parfaitement
caractérisés par les grands traits de la zoolo*
gie et de la botanique stratigraphique.
L'ensemble des terrains paléozoïques se
'trouve représenté partout. En Europe, la
France, TEspagne, fe Portugal, l'Italie, l'An-
gleterns^ laRelgique, l'Allemagne, la Russie,
'€n offrent de vastes surfaces ; en Afrique, le
cap de Bonne^Espérance ; en Asie, laCbine,
l'Asie Mineure; en Australie, Van-Diémen,
la Nouvelle-Hollande et la Nouvelle-Zélande
en présentent encore d'immenses lambeaux.
En Amérique, ils occupent aussi bien la
portion méridionale que la portion septen-
trionale. En résumé, les terrains paléozoï-
ques s'étendent sous la zone torride, et vers
^s pôles, du côté austral jusqu'au 53* deeré
de latitude tfud, et du côté boréal jusqu au
80* degré de latitude nord; ainsi ces terrains
"se trouveraient sur le monde entier.
L'étude comparative des limites des faunes
fossilesavec les limites données parla super-
;position a démontré que les terrains paléo-
zoïques se divisent naturellement en quatre
^groupes parfaitement définis et circonscrits,
par M. Murchison» dans ses importants tra-
vaux sur l'Angleterre et sur la Russie^ En
effet, en coordonnant tous les matériaux
connus de la science, nous avons vu partout
les éléments paléontologiques rentrer dans
ces quatre groupes. Les études sur l'Améri-
que méridionale, les savantes recherches des
ffliologues américains relatives aux Etats-Unis
lointes aux judicieuses comparaisons faites
l>ar M. de Verneuil, ont prouvé non-seule-
ment que les faits concorden! parfaitement
sur tous les points, mais encore qu'il n*est
pas possible dediviser Tensemble aatrement,
attendu que ces limites, partout les mêmes,
sont, dès lors, Texpression des rérolatioDS
survenues dans un ordre chronoiogiqua
constant sur la terre entière.
En commençant par les plus inférieores^
ces divisions sont les suivantes : Etages
silurien j devonien^ carboniférien ei permin.
Comme on peut le voir a l'étage silorieih
lorsqu'il n'a nen manqué k l'ensemble, le
premier éîage paléozoïque repose soit sm les
roches azoïques, soit sur les roches grani-
tiques, comme en France, dans la Vendée,
la Bretagne et la Normandie, en Bohême, en
Russie, en Suède, dans les deux Amériques.
On peut donc croire que les terrains paléo-
zoïques ont régulièrement succédé aai ro-
ches azoïques. D'un autre côté, nousoe
voyons pas l'étage silurien reposer toujours
sur les roches azoïques^ nous trouvons, au
contraire, tantôt le second étage, tantôt la
troisième ou le quatrième, suivant qu'il
manque un ou plusieurs étages sur ces diffé-
rents points^ ce qui constitue la profonde
discordance qui sépare les terrains paléo"
zoiques des terrains azoïques. Ainsi les ter-
rains paléozoïques oirt bien succédé ré^è-
rement aux' terrains azoïques, mais ils
forment certainement chacun en particulier
une époque très-distincte.
Le groupement des étages, aussi bien que
les caractères paléontologiques commuons
peuvent donner la certitude que les terrains
paléozoïques constituent un ensemble dis-
tinct. On voit tous les étages les uns sur les
autres en France^ dans l'Heraiilt. En jetant
les yeux sur la belle carte géologique de
rAn|;leterre de M. Murchison, on v ^
aussi se succéder régulièrement dans le pays
de Galles, presque de l'ouest à Test, sur
toutes les parties occidentales de rAglelerrc»
les étages silurien, devonien, carbonuérienet
permien, en couches concordantes ou discor-
dantes. Quoique les choses soirat bien moins
bien tracées, on peut entrevoir une succes-
sion à peu près semblable en Allemagne.
La même succession régulière des cinq éta-
ges superposés se montre en Russie, ^
Suède, et y succède comme en Aflgleterw^
e'est-à-dire de l'ouest à l'est, en partant de
la Suède, et s'avauj^nt vers le centre de la
Russie. 11 en est ainsi, mais en sens cod«
traire, de l'est à Touest sur le versant oco-
deutal de l'Oural. M. d'Orbigny a constat*
une régularité semblable sur tous les pomis
de la Bolivia, dans l'Américiue méridionale,
où il a rencontré les terrains paléozoïques*
Ces faits généraux de suiterposition viennent
corroborer le groupement de tous ces étages
dans une seule et même grande période.
Si les parties du monde où il ne manq»*
aucun membre des terrains paléozoïques
nous les font réunir en im seul groupe, des
discordances partielles nous donnent les »-
mites réelles qui existent entre les qn«w*
(777) Oriqine dtê faiit/ei et éa cùMHnenti^ etc;, livre i.
1073
PAL
ET DE PALECWTOLOGIE.
PAL
1074
étages, comme on pourra le recoonaltre à
cfaacon en particulier. On Toit, ffàr exem-
ple» aux Etats-UniSy les trois premiers seule-
ment exister en couches concordantes sur
des centaines de lieues d'extension, sans
qu'il y ait trace du dernier; on voit dans la
Sarthe et dans la Manche, en France, les
mêmes étages. D'autres fois, on ne trouve
que les étages devonien et carboniférien;
rx>mme à Ferques (Pas-de-CalaisJ comme en
Espagne, ou run d'eux seulement, comme
en Norwége, en Suède, en Russie, en France,
et dans quelques autres contrées, que nous
signalons aux étages. Ce sont des irrégulari-
tés de superposition, dénotant autant oe per-
turbations géologiques partielles, supérieu-
res ou inférieures à ces étages isolés, ou
avec des lacunes, qui nous donnent les véri-
tables limites de ces étages lorsqu'ils sont en
•uperposition concordante. Cela est si vrai,
<iue la paléontologie spéciale de ces portions
isolées, comparées aux étages en superpo-
sitions concordantes, correspond toujours
aux limites qu'on trouve dans l'ensemole
des faunes superposée, sur ces parties con-
cordantes. Elle peut donc servir par compa^
raison à les limiter dans ce dernier cas.
En parcourant les étages pal^zoïques, on
voit combien sont variables, dans chacun en
particulier, les caractères de la composition
minéraloçiques des couches. On sera dès
lors certain que ces caractères ne sont appli-
qtiables qu'à des régions très-restreiotes et
voisines les unes des autres, tandis que ces
caractères changeront suivant lés lieux et
suivant les couches. En effet, si des grès
peuvent servir à faire reconnaître un étage
sur un point, sur d'autres ce seront des cal-
caires ou des schistes. Il en résulte que
pour chaque étage, il ny a pas de caractères
niiuéralogiques particuliers, et moins encore
pour l'ensemble. Il faudra même bien se
garder de vouloir établir le moindre paral-
lélisme dans les couches de deux lambeaux
séparés, avant de s'assurer si les fossiles
concordent avec ce parallélisme; car on
pourrait racilement identifier deux Ages dif-
iérents. Nous insistons sur cette remarque,
îe plus sûr moyen de se tromper, étant de
partir de la composition minéralogique,
sans consulter les fossiles, gui sont les véri-
tables preuves d'une parfaite contempora-
néité.
Si nous avions à additionner la puissance
de chaque étage pour avoir une seule som-
me, nous trouverions pour l'étage silurien,
5,200 mètres; pour l'étage devonien, 3,050
mètres; pour Tétage carboniférien, 3,000
mètres; pour l'étage permien, 1,000 mètres,
ou un total de 13,150 mètres d'ensemble;
mais cette épaisseur ne serait pas vraie : car
il est certain que les mers, ayant souvent
changé de forme, de lit ou de profondeur,
peut-être à chaque étage, les plus grandes
masses sédimentaires se sont toujours natu-
rellement, par. suite du nivellement, cons-
tant, déposées sur les points les plus pro-
fonds qui devaient de toute nécessité cnan-
ger de place à chaque époque. II ne serait .
donc pas juste d'additionner ces gfandef
puissances de sédiments, qui devaient s'ac-
cumuler à chaque étage sur des points dif
férents.
Nous dirons comme faits généraux, qu*è
chacun des étages nous avons trouvé qall
existait des continents et des mers; que les
continents étaient couverts de végétation;
que les mei*s avaient des points littoraux, des
parties sous-marines voisines des côtes, et^
des parties sous-marines plus profondesavee
des animaux spéciaux à ces zones, absolu-
ment comme les mers d'à présent ; et qu'en-
fin elles étaient soumises à toutes les in-
fluences physiques actuelles. On reconnaît
encore que ces mers et ces continents étaient
soumis aux mêmes oscillations du sol que
nous vovons exister aujourd'hui dans le
nord de l'Europe, ou sur beaucoup d'autres
points depuis répoque actuelle.
La présence des végétaux fossiles , et dès
lors de la houille, h cnacunc des cinq épo-
ques des terrains paléozoïques, prouve non-
seulement ce que nous venons d'avancer,
2[u'il y avait des continents à chacune de ces
poques, mais encore qu'il ne faut pas cher-
cner de la houille seulement dans l'étage
carboniférien. En effet, le charbon de terre
s'exploite en Portugal dans l'étage silurien;
en Espagne, les mines les plus riches pa-
raissent dépendre de l'étage devonien, tandis
qu'on l'a également signalé dans l'étage per-
mien, en Saxe. Ces faits prouvent que si les
dépôts houillers sont plus fréquents dans
Tétage carboniférien, les autres étages |)aléo-
zoïc^ues peuvent fournir aussi leur part do
houille à l'industrie et aux arts. Il faulra
donc la rechercher dans tous les terrains pa-
léozoïques.
Nous n'avons pas pu employer les carac-
tères minéralogiques pour distinguer les
terrains [laléozoïques. On a même vu que la
superposition était subordonnée à l'étude ?
f»a1éontoloçiquc pour recouni^tre l'âge des
ambeaux isolés, ou les limites des étages
concordants. C'est donc de la paléontologie
seulement que nous devons tirer les carac-
tères distinctîfs appelés, dans toutes les cir-
constances, à faire séparer les terrains paléo^
zoïques des terrains triasiques qui suivent
immédiatement.
Pour distiqguer les terrains paléozoiques
des terrains triasiques, nous avons tous les
genres, qui, nés pendant la période triasi-
que, sont encore inconnus aux terrains pa-
léontologiques ; par exemple, 16 genres de
reptiles ; 9 genres de poissons ; parmi les
mollusques céphalopodes, 3 genres ; parmi
les mollusques gastéropodes, 6 genres; parmi
les mollusques lamellibranches, 10 genres;
parmi les bryozoaires, le genre oêpendisia;
1>armi les échinodermes, 6 genres; parmi
es zoophytes, 12 genres ; parmi les amor-
phozoaires, 8 genres ; c'est-è-dire, en tout,
71 genres nés dans les terrains triasiques,
postérieurement aux terrains paléozoïques.
Si nous lyoutons les caractères généraux,
nous verrons encore an nombre des carac-
tères négatifs des terrains paléozoiques la
1075
PAL
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
PâL
1070
manque complet des classes des mammifè-
res, aes oiseaux, des ordres de poissons cy-
cloîdes, cténoïdes et pleuronectoïdes; des
crustacés décapodes, stomapodes, amphipo*
des, isopodes; de reptiles chéloniens, etc.,
etc. Eu résumé, pour distinguer les terrains
paléozoïques des autres terrams, nous avons,
en réunissant toutes les séries animales,
environ lill7 genres qui peuvent donner
des caractères négatifs, puisqu'ils sont en-
core inconnus à cette époque.
On conçoit que si nous avons invoqué
Tabsence des genres comme caractère strati-
grapbique, leur présence sera plus positive
encore pour distinguer les terrains paléo-
zoïques des terrains triasiqucs. Nous avons
donc, pour séparer les deux étages, tous les
genres qui, nés dans les terrains paléozoï-
ques, n ont pas survécu à ces terrains, et
sont encore inconnus aux terrains triasi-
<][ues : le genre nothosaurus parmi les rep-
tiles ; les 31 genres de poissons ganoïdes; un
nombre considérable de genres composant
l'ordre des trilobites. Parmi les mollusques
céphalopodes, 17 genres; parmi les mollus-
ques gastéropodes, 7 genres; parmi les mol-
lusaues lamellibranches, 5 genres; parmi les
mollusques brachiopodes, ik genres; parmi
les mollusques bryozoaires, 1o genres; par-
mi Ité échinodermes astérides et échinoïdes,
k genres; parmi les échinodermes crinoïdes,
40 genres; parmi les zoonhytes, 36 genres;
parmi les foraminifères, le genre fusutina ;
parmi les amorphozoaires, le genre pajœos-
pongia. Ces genres forment un total de 323
caractères positifs qu'on peut invoquer pour
distinguer les terrains paléozoïques des
terrains triasiques. Ce sont ces genres qui
donnent à l'ensemble de la faune un carac-
tère particulier, un faciès qui ne peut man-
quer d*ètre reniarqué, quand on compare
entre elles les faunes des différents terrains.
Ce faciès particulier do la faune paléozoï-
que naît non-seulement des genres de cha-
que série animale qui y sont propres, mais
encore du nombre dominant des genres de
telle classe, de tel ordre en particulier. Par
exemple, nous pouvons dire que les ter-
rains paléozoïques sont le règne des pois-
sons ganoïdes et placoidesj des crustacés tri-
lobiteSf des mollus^es céphalopodes et bra-
ehiopodesj des échxnodermesi crinoïdes^ parce
que ces classes et ces ordres d'animaux ont
atteint pendant cette période le maximum
de leur développement de formes génériques,
étant alors plus nombreux et plus variés
dans leurs formes qu'ils ne l'ont été plus
tard. Il est même un ordre, celui des crusta^
ces trilobites^ dont lesgenres non-seulement
sont très-nombreux dans les terrains paléo-
zoïques, mais encore naissent et disparais-
sent tous dans ces terrains, aucun n'arrivant
jusqu'aux terrains triasiques. Ces résultats,
que tout le monde peut apprécier , prouve-
ront péremptoirement, nous le croyons, le
cantonnement des formes animales dans des
zones superposées. En présence de ces faits
il faudrait être aveugle ou vouloir nier l'évi-
dence pour ne pas voir, dans les éléments
paléontologiques, les moyens les plus posi-
tifs d'arriver a la connaissance des Ages suc-
cessifs du monde.
M. Adolphe Brongniart considère cette pé<
riode, sous le rapport des caractères de »
flore, comme le règne des plantes cryptoga-
mes acrogènesy c'est-à-dire comme l'inslaot
où ces plantes ont eu leur maximum de dé-
veloppement, où elles dominaient au roiliea
de la végétation de cette époque On voit que
la botanique arrive à des résultats identiques
à ceux que donne la zoologie. Commeui
alors pourrait-on nier ces résultats indépen-
dants les uns des autres et convergeant Tcrs
les mêmes conséquences?
S'il pouvait rester quelque doute sur
les zones chronologiques superposées d'uni-
maux qui sa sont succédé dans les étages et
dans les terrains successifs <lu globe, la dis-
tribution des espèces viendrait les lever en-
tièrement. Nous avons en effet, pour distin-
guer les terrains paléozoïques des terrains
triasiques, indépendamment de nombreui
animaux vertébrés, de plus nombreux ani-
maux annelés, et de toute une flore spécialt
composant un ensemble de près d'un mil-
lier d'espèces , le chiffre considérable de
3,180 espèces d'animaux mollusques e(
rayonnes. Le fait de la spécialisation j^r
zones est d'autant plus certain, queces3,t80
espèces ne sont pas seulement spéciales aux
terrains paléozoïques, qu'elles distinguent
parfaitement des terrains triasiques dans les-
quels aucune ne passe ; mais qu'elles se di-
visent encore, suivant l'ordre chronologi-
ques des étages, en zones superposées, du*^-
tinctes, constituant dès étages. En décom-
posant ce chiffre total, nous trouvons, effec-
tivement, dans Tordre chronologique, b
nombres suivants :
Etage silurien {
Etage devonien,
Etage Carbon iféricn,
Etage pcrmien,
inférieur,
supérieur,
420 espèces.
418 -
1,498 -
4,(U7 -
91 -
Total égal, 5,180 espèûs.
« Combien de siècles se sont écoulés avaol
que le globe ne soit peuplé depuis la der-
nière rupture de sa surface à la fin de la pé-
riode azuïque? Nous l'ignorons copapléie-
ment ; néanmoins, nous devons croire, i^ar
la puissance des couches inférieures <les ut-
rains paléozoïques souvent sans fosiilt's.
que les êtres n'ont pas commencé à paraîtra
immédiatement, et qu'il a fallu encore qut*
les mers et les continents fussent aiipropne^
à Tanimalion qui devait les couvrir, il "'■
lait que les continents fussent devenus sia-^
hles, que les mers fussent circouscrites, qn"
la température fût propre à l'animation. Ei^-
tin la toute-puissance créatrice se niel a
l'œuvre; les continents se couvrent de yégp
taux; les mers renferment dans leur sein u*
nombreux animaux. Tous ces êtres ont-i >
été créés à la fois ou successivement ? <^"y
ils couvert tout le globe à la fois ; ou se 5onJ-
ils répandus peu à peu dans les mers? Tel*
les sont les deux graves questions qu'ï ncw
1077
PAL
ET DE PALEONTOLOGIE.
PAL
1078
deTons d*abord nous adresser» en cherchant
à y répondre. Pour aae Tharoionie de l'en-
semble existAt dans la nature, il fisillait que
tous les êtres fussent créés à la fois, car tous
Tjvent aux dépens les uns des autres. On
sait que beaucoup d'animaux vivent de dé-
bris de végétaux, et que le plus grand nom-
bre se nourrissent d*ètres plus petits; c'est
4u moins la loi générale actuelle. Ce fait
doit faire croire a priori que les plantes et les
animaux ont été créés à la fois. C est aussi ce
que présente la nature ancienne, puisque les
mêmes couches renferment simultanément.
un grand nombre d'animaux de toutes les
classes et des nlautes marines. La première
question semblerait donc être résolue, par
le raisonnement aussi bien que par les
faits, dans le sens d'une création générale
simultanée. Pour répondre à la seconde
question, les faits viendraient encore prou-
ver que, lors de cette premit^re animalisa-
lion du globe, comme à toutes les créations
successives qui ont suivi, les êtres ont été
créés partout à la fois ; car on trouve, sur
tous les points du globe, les mêmes êtres
dans les mêmes étages, quelle que soit, du
reste, la distance des points entre eux ; et
les formes animales nées çn Europe avec la
première aniînalisation du globe sont iden-
tiques à celles qu'on trouve dans les autres
parties du monde, comme on pourra le voir
aux étages. Nous devons d'autant plus le
croire, que les mêmes résultats se montrent
à chacun des étages qui se sont succédé de-
puis le conimencement du monde animé ius-
qu'à présent, et notamment quatre fois dans
les terrains paléozoïques dont nous nous oc-
cupons (778). »
Pris dans leur ensemble, sans avoir é^ard
aux étages, les terrains paléozoïques avaient
des continents et des mers. Les mers cou-
vraient une grande partie du monde; les.
continents devant être moins élevés, on peut
penser que ces mers couvraient une plus
grande étendue que de nos jours. Elles se"
fendaient aussi bien sous la zone torride
que vers les pôles. Elles nourrissaient, sur
leurs bords des p]an.tes marines, et déjà quel-
ques reptiles sauriens respirant l'air en na-
ture; un grand nombre de poissons générale-.
ment cuirassés et de forme souvent bizarre,'
parcourant les rivages et les hautes mers, où
vivaient un grand nombre de crustacés tri-
lobites, des cirrhii>èdes, desannélides et au-
tres animaux respirant par des branchies.
Les mollusques céphalopodes, les plus par-
faits de cet embranchement d^inimaux
étaient à leur maximum de développement, de
même que les brachiopodes et les échinoder-
mes cnnoïdes. Toutes les classes marines y
étaient représentées dans ce premier ensem-
ble, et il n'y manquait aucune des formes ty-
pes de classes que nous avons aujourd'hui ;
toutes soumises aux mêmes lois que les
êtres actuels par rapport à leurs zones de
profondeur dans les mers.
Il n'y devait pas moins d'animation sur les
continents : des insectes nombreux respi-
rant l'air en nature par des trachées, des
arachnides respirant par des poumons, ani-
maient de leurs brillantes couleurs des sites
où se déployait tout le luxe de la végétation.
Tci des fougères des plus variées^ d'une
taille gigantesgue ; là des sigillariées de
grande taille lurmaient des forêts, tandis
que le sol était couvert, de lycopodiacées,
et d'autres plantes les plus variées, parnû
lesquelles dominent les crvptogames acro-
gènes.
En résumé, dan^ cette première période de
l'animation du globe, toutes les classes d'a-
nimaux marinis et terrestres avaient déjà des
représentants, excepté les mammifères, les
oiseaux et les myriapodes. Tous les modes
différents de respiration des êtres existaient :
l'eau par des branchies, l'air en nature au
moyen {de trachées ou de poumons. Les
plantes cryptogames, acrogèncs et amphi-
gènes;des plantes dicotylédones, jçymno-
spermes et angiospermes y existaient, ef
peut-être des plantes nionocotylédones.
Les mêmes êtres, les mêmes plantes s'é-
tendaient, pendant cette période, depuis^ la
zone torride jusqu aux deux pèles, puisqu'on
trouve des plantes à File Melleville , et des
animaux au Spitzberg, aussi bien que sous
les tropiques. On doit en conclure qu'alors
la température était uniforme sur le globe
par suite de la chaleur propre à la terre, et
que les lignes isothermes actuelles n'exis-
taient pas encore.
Les oscillations du sol sont démontrées
par les parties continentales avec leurs vé-
gétaux, placées, durant la même époque,
Êlusieurs fois sous des couches marines.
Iles ont existé dans chacun des étages de
r
man
carbôniféricn.
Enfin, à quatre reprises différentes durant
cette période, des perturbations géologiques»
plus énergiques que les oscillations, sont
venues disloquer la croûte terrestre. Le dé-
placement des matières dans les eaux a dé-
terminé renvahissement complet des conti-
nents et une immense agitation dans les
mers, qui ont détruit tous les êtres. Quatre
fois aussi, après Tagitation générale, le re-
pos est revenu; les continents sont restés
stables; les mers sont rentrées dans leurs
limites, et unenouvelle création a remplacé
l'ancienne; création composée, souvent,
des mêmes genres, avec quelques modifica-
tions; mais toujours d'espèces presque
toutes différentes, comme on peut le juger
aux étages et en étudiant leurs faunes com-
paratives.
A chacune de ces commotions géologiques
la croûte terrestre fracturée, dislocjnée, a
livré passage aux roches plutoniques, qui,
alors, ont surgi à If surface, rempli en filons,
en diques les fissures préexistantes , ou se
sont répandues plus ou moins, sur le sol
Elles ont existé dans chacun des étages de
l'époque paléozoïquei et sont même là plus
marquées qu'ailleurs, surtout dans l'étape
(77S) AL d'Oebicnt, Cimn élémenL de paléontoi.f t. II.
1079
PAL
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
PAL
m
Consolidé» près de ces onvertores béantes
laissées par les di'slocations.
PALISSY. Foy. Géologib.
PALLAS, Vojf. GioLOGii.
PALMIERS. ~- On regarde la famille ac-
toelle des palmiers comme composée d'en-
Yiron mille espèces qui appartiennent pour
la frtupart en propre à certaines régions de
la aooe torride. Quant à son histoire géolo-
gique» cette grande et belle famille^ bien
qu die ait été appelée à Texistence aussitôt
oue les formes végétales les plus anciennes
aela période de traiisition, elle n'a que
très-peu de représentants dans la formation
houillère (779)» et elle est également peu
nombreuse dans la série secondaire (780)»
mais on trouve en abondance des tiges» des
feuilles et des fruits de palmiers dans les
formations tertiaires (781).
Troncê fossiUê de palmier i. — Les tiges
de palmiers que Ton rencontre à Tétat fos*
sile proviennent d*un grand nombre d'es«r
pèces ; on en voit qui sont converties en un
peau silex dans les dépôts tertiaires de la
Hongrie et dans le calcaire grossier de Pa-
ris (7S2). 11 existe également des troncs de
K limiers dans les formations d'eau douce de
ontmartre (783), et on assure qu'à Liblar»
près de Cologne^ il s'en est trouvé dont la
direction était- verticale (784). De beaux
troncs de palmiers siliciûes se voient à kn*
tigoa et dans l'Inde» ainsi que sur les buttes
d Jrawadi» dans le royaume d'Ava.
Nous ne devons pas nous étonner que des
débris de palmiers se rencontrent dans les
latitudes chaudes où les plantes de cette fa-
mille sont encore maintenant indigènes,
comme k Antigoa ou dans les Indes ; mais
leur présence dans les formations tertiaires
de l'Europe» associée à des débris de croco*
(779) LiNDLET. Flore fostile^ n. XV, pi. cxlii,
p, 163.
(780) Voffet le travail de Sprengel sur les palma-
cites endoffcnites du nouveau erès rouse des envi*
rons de Cheoinitz (Halle, 18z8), et rouvrage de
Coilaii DendroUthen; Dresde et Lieipsick, 185z, pi.
IX et x).
(781) M. Ad. Brooffniart a mentionné huit espèces
de palmiers dans la liste qu'il a donnée des plantes
fossiles de la série lerliaire,
(782) On voit dans la planche lxiv, ûjf. 2 de Tnii-
vmge ae Buckland , un oeau tronc fossile apparte-
nant au Muséum de Paris, voisin de la famille des
palmiers, etd*une circonférence de près de 4 pieds;
li a été trouvé dans la région inférieure du calcaire
grostiier de Vailly, près de Soissons, M, Brongniart
a désigné ce fossile sous le nom d^Endogenites echi-
nalus. Les appendices saillants dont il est entouré,
et qui rappellent le feuillage qui couronne un cha-
piteau corinthien, sont les portions persistantes dçs
pclioles tombés, portions oui demeurent adhérentes
a la tige après la chute oes feuilles elles-mêmes.
Lies appendices sont dilatées à leur base, qui en^
toure un quart ou même un tiers de la circonférence
(le la tige ; la forme de celte base, et la disposition
du tissu ligneux dans les faisceaux de libres , indi-
Suent assez que ce fossile provient d*un monocotylé-
on arborescent voisin des palmiers.
(785) (hi à trouvé dans les lits de marne argileuse
?ui recouvrent les couches de ffy|>se du bassin de
^ris, des troncs couchés de palmiers d*une taille
diles'el de tortues» et à des coquilles mari-
nes très-voisines de celte que 1 on rencon-
tre maintenant dans les mers chaudes, sem-
ble indiquer que le climat de l*£urope \m*
dant la période tertiaire était d'une lempé^
rature plus élevée qu*il ne l'est à Tépoque
actuelle.
FeuiUes foêMes de p&imier*. — Sept toc»-
lités différentes présentent des feuilles fos-
siles de palmiers dans les couches tertiaires
de la France» de la Suisse et du Tyrol } et
parmi ces feuilles se trouvent au moins trois
espèces flabelliformes» oui diffèrent non-seo-
lement des feuilles du chamœropê Atum7if,le
seul palmier qui croisse maintenant (7851
dans le sud de l'Europe» mais qui ue res^
semblent même à aucune espèce vifante
connue (785). Cesfeuilles sont d ailleurs trop
parfaitement conservées pour que l'on
puisse admettre qu elles ont eu à subir dq
transport par eau des régions éloignées, et
elles doivent plutôt» selon toute apparence,
être rapportées aux espèces éteintes qui fu-
rent indigènes de l'Europe durant la période
tertiaire.
On n'a rencontré jusqu'ici dans les cou-
ches tertiaires aucune feuille de palmier de
forme pennée» bien que cette forme soit deox
fois plus fréquente que la forme en éventail
dans la famille des palmiers telle qu'elle
existe maintenant (786).
Fruité fossiles de palmiers. — On rencon-
tre dans les formations tertiaires un grand
nombre de fruits fossiles appartenant à la
fiamille des palmiers, et qui» d'après M. Ad.
Brongniart» paraissent tous provenir de gen-
res à feuilles pennées. On en a découvert
3uelques-uns dans l'argile tertiaire de Tile.
e Sheppey» parmi lesquels des dattes (787),
fruits qui maintenant ne se voient plus
considérable, en même temps que dea coquilles de
limnées et de planorbes.
Comme les dépôts dont il s'agit sont des dé^
d'eau douce, ces troncs n'ont pu y être apport^ de
régions éloignées par des courants marins; elile^t
probable que ce sont des palmiers indigènes de \t^
rope et même de la France.
n8i) On n'a pas encore décidé la question de sa-
voir si ces palmiers ont conservé cette poslUoii iprw
avoir été charriés, on s'ils occupent encore la pia«
où ils ont vécu, ainsi que cela a lien pour les cyti*
dites et les conifères de l'Ile de Portland.
(785) La feuille représentée pi. lxiv, flg. 1,mb5
l'ouvraffe de Biicklànd est celle d'un palmier fbbclu-
forme, le palmacUeê lamanoniSy provenant du gyp»
d'Aix en Provence ; on en trouve encore de sem-
blabes dans trois autres localités de la Fraocc, va
environs d'Amiens, du Mans et d'Angers, ei prtooi
dans des couches tertiaires. Une autre espèce, k
pa(macite$ parisienêis^ provient du calcaire grossiff
des environs de Versailles. (Cdvier et BroîwîjujJ'
Géognosie deê environs de Paris, pi. vui, fig. 1* ^ '
Une troisième, le palmacites fiabeliaius, se rencon-
tre dans la molasse de la Suisse, prés deLausion^
et dans le lignite d'Hœring, dans le Tyrol.
(786) Les dattiers . les cocotiers et les arew wo»
des exemples bien connus de palmiers à feuiue»
pennées.
(787) Pariikso», Organic remains, t. !•% p- ^
M8t
PAL
ET ne PALEONTOLOGIE.
PAN
l(M
qu'en Afrique et daus les Indes ; des noix
ae coco (788), et qui maintenant ne se trouve
plus qu'entre les tropiques; des bactns, qui
de DOS jours appartiennent exclusirement à
TAménque, et des noix d'arec, que l'Asie
seule possède. Il n'est pas un de ces fruits
gue l'on puisse rapporter à quelque palmier
flabelliforme ; on trouve des noix de coco
fossiles à Bruxelles et h Liblar, près de Co-
logne, associés à des fruits d'arec.
Bien que ces fruits appartiennent tous à
des genres à feuilles pennées, aucune feuille
de palmier de cette sorte ne s*est jusqu'ici
rencontrée en Europe , ainsi que nous ve-
nons de le dire. Il paraît donc vraisembla-
ble, d'après la quantité énorme de fruits de
toute espèce qui sont accumulés dans l'Ile
de Sheppey, entassés avec des coquilles ma-
rines et des fragments de bois presque tou-
jours percés par des tarets, que ces fruits
ont été amenés là par des courants marins
de contrées plus chaudes que ne le fut
l'Europe après le commencement de la pé-
riode tertiaire, de la même manière que
certaines graines tropicales et des merrains
d'acajou sont transportés de nos golfes, du
golfe du Mexique, sur les côtes de la Nor-
vège et de llrfande.
Outre le fruit des palmiers, l'tle de Shep-
pey présente une réunion de plusieurs cen-
taines d'autres fruits (789), dont la plupart
offrent les caractères de la végétation des
tropiques ; et il* serait diflicile d'expliquer
comment ils auraient pu être accumulés
ninsi en amas où ne se trouve pas une seule
feuille des arbres qui les ont portés, mais
c]ui renferment des bois nerforés par des
tarets , autrement que par l'hypothèse d'un
courant marin.
Nous n'avons encore aucune donnée cer-
taine relativement au nombre des espèces
Je ces fruits fossiles; on a estimé miellés
s'élevaient à six ou sept cents (790). On leur
(788) Paiisi5S0n,, Organîc remaim, t. 1'% pi. vu,
Tig. 1-5. M. Broiigniart regarde ces fruiis comme
ippartenant certainement au genre cocos et une es-
pèce voisine du cocos lapidea ie Gœrtner.
(789) Selon M. Ad. Brongniart, plusieurs de ces
Truits onl des rapports intimes avec les fruits ^ro^
iiatiques de ramomum {cardamome). Ce sonl des
mits triangulaires, ires •comprimés, oin))iliqués à
ciir sonimei, où se uouve une petite aréole cîrcu-
aîrc, indiquant apparemment la cicatrice laissée
Lir un calice adhérent; à rinléricur se trouvait trois
loisoiis; un léger sillon se voit sur le milieu de
tiacuiie des trois faces, comme en présente le fruit
e plusieurs plantes dé la famille des scitaminées.
h,M ne peut toutefois considciûr les fniils de Tlle de
heppey comme identiques avec un autre genre de
i-Ue famille; mais ils s*en rapprochent tellement que
r. Ati. Brongniart les a désignés sous ie uom tf*«-
tatHocarpum,
( 790) Voy. Pabeixsoïi, Organic Remains^ t. I",
L VI, VII. — Jacos, Fiora Faverspamensis, et le
octeor Pabsoss, dans les Transactions phiiosophi^
ues^ de Londres, f 757, t. L, p. 596, pi. xv et svt.
' Il existe une collection de ces fruits dans le mo-
ie Briunniqiie; «ne autre dans celui de Canter*
*ry ; une troisième dans le cabinet de M. Bower
iuck, à Londres.
trouTe associés dans la mtese argile un
grand nombre de crustacés fossiles, en
m6ine temps que des restes de plusieurs
|)oissons, de crocodiles et de tortues.
Si les fruits 'de Tlle de Sheppey ont été
ainsi rassemblés sur ce point par Tactiou
des courants marins, il s ensuit que This-
toire de la végétation européenne pendant
la période tertiaire doit être étudiée dans
ces autres débris de plantes, qui, à en juger
par rétat et les circonstances dans lesquels
on les trouve, ont vécu à peu de distance
du point où elles se rencontrent mainte*
nant (791).
PAMPAS, dépôts fossiles. — Voy. Svb-
APE!fNI!f.
PANDANËES. — Les pandanées sont une
famille de végétaux monocotylédones, qui
maintenant croit seulement dans les zones
chaudes, et surtout dans le voisinage de la
mer. Ces plantes abondent dans Tarûbipel
Indien et dans les îles de l'océan Pacitique.
Leur aspect est celui d'un ananas à tige ar-
borescente.
De même que le cocotier, les pandanées
sont du nombre des végétaux qui apparais-
sent les premiers sur des terres récemment
sorties de rOcéaii. Les navigateurs, en effet,
ont presque toujours trouvé ces plantes réu-
nies sur les lies de corail des mers tropi-
cales. L'étude que nous avons faite des liges
fossiles de cycadées de l'Ile de Portiand nous
a appris que des plantes de cette famille ,
maintenant complètement étrangères à l'Eu-
rope, ont été indigènes de la Grande-Breta-
gne pendant la période de la formation ooli-
tique. Un beau fruit fossile unique rend
probable l'existence, dans les mêmes con-
trées, d'une autre famille tropicale très-voi-
sine de celle des pandanées, au commence-
ment de la grande série oolitique de la for*
mation secondaire (792).
Ce fruit, par sa structure, se rapproche
(791) Le beau succin qui se rencontre sur les cô-
tes est de TAngleterre et sur celles de la Prusse et
de la Sicile, et «que Ton suppose être une résine fos-
sile, provient de certains lits de lignite des couches
tertiaires. On a trouvé des fragments de gomme
fossile prés de Londres, en creusant un tund à
Uigiigate à travers Targile de Londres.
(79^) Ce fossile a été trouvé par feu If. Page de
Bishport, près de Bristol, dans la région la plus
basse de la formation oolitique inférieure, à TEst de
Charmouth, dans le comté de Dorset, et il se voit
maintenant dans le muséum d'Oxford. C'est un fruit
du volume d'une grosse orange, offrant une enve-
loppe externe on épicarpe étoile, composé de tu
liercules hexagonaux qui sont le sommet de cellules
en occupant toute la surface.
Chaque ceUule contient une graine unique, res
semblant à une petite graine de riz de forme plus
ou moins comprimée, et ordinairement bexago
sale. Quand on a enlevé l'épicarpe, on aperçoit le
sommet des graines serrées à la surface du fruit.
Les hases des cellules sont séparées du réceptacle
par un amas de pedioelles constituant une masse
dense des fibres qui ressemblent aux fibres de la
base 'des graines danâ les espèces récentes du pan-
das. Comme celte position qu^ociupe les grainrs ad
sommet ie pédoncules, composés de longue^ fibrca
4085
PAN
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
PAR
1084
dayaotage, du pandantis que de to'iie autre
plante actuellement existante, et si nous étu-
dions les particiilarités d*organisation du
fruitées pandanées dans leurs rappoxls avec
les fonctions assignées à ces niantes des ri-
vages de la mer, au sein de réconomie gé-
oérale de la nature, fonctions qui consistent
à. prendre les premières possessions d'une
terre , aussitôt qu'elle est sortie des eaux ,
nous trouvons dans ces Qbres minces et lér
gères qui remplissent Tiiitérieur des fruits
un arrangement complétemenjt en harmonie
avec cet oflSce de colonisation végétale (793).
Leur position sur le bord de la, mer est
cause qu'un grand nombre de leurs fruits
tombent dans les eaux, où ils sont ballottés
par les vents et par leç vagues jusqu'à ce
cja'ils s'arrêtent d'une manière déhnitivesuc
tfuelque rivage éloigné. Il suflU d'une drupe
unique dé pandanus ainsi chargée de grai-
nes, pour lran<îporter les éléments dune
végétation jusqu'aux îles volcaniques ou aux
récifs maaréi)oriques, qui sortent de l'océan
Pacifique actuel. Cette craine, qui est allée
s'échouer ainsi sur quelque terre nouvelle-
ment formée, donne naissance ^ une plante
qui trouve un moyen de se supporter, sur
une surface où il n'existe pas de sol, dans
l'arrangement tout particulier qu'offrent les
racines aériennes grosses et lonjjues qui
naissent autour de la partie inférieure du
trond, à une certaipe distance du sol. Ces
racines adventives sont disposées de manière
à soutenir la plante, comme le feraient des
arcs-boutants disposés tout autour de la tige
à sa partie inférieure ; elles maintiennent
celle-ci dans sa position verticale, et c'est,
grâce à leurs services, que Varbre élale une
végétation florissante au milieu du sable
aride dont les rescifs sont recouverts, et là
où se sont à peine formés Içs premiers rudi-
ments d'un sol.
Jusqu'ici on n'a encore rencontré à l'état
fossile aucun débris de feuilles ou de troncs
de pandanées ; mais le fruit unique trouvé
dans la formation oolitiquc inférieure des
environs de Gharmouth est de cette date pré-
cise où l'Angleterre, ainsi que nous l'ensei-
gnent d'autres temoigna;^es , était encore
une terre nouvellement sortie des mers, au
sein d'un climat chaud et humide ; et nous y
voyons la preuve qu'à l'époque où les tcrr
rains oolitiques étaient en progrès de for-
mation, il existait des végétaux offrant des
combinaisons de structure toutes pareilles à
celles qui nous soni offertes par les panda-
nées actuelles, et ayant de même pour but
spécial le transport au loin de colonies vé^
gétales.
rigides qui les portent à une certaine distance du
réceptacle, est d'un caractère que Ton ne rencontre
dans aucune autre famille moderne que celles des
pandanées, nous soiiimes conduits à réunir notre
iruit fossile à cette remarquable tribu de végétaux,
en en formant un nouveau genre, le genre podoca-
rya.
(793) Nous trouvons dans la masse légère de fi-
bres qui entoure la noix de coco une disposition
semblable ayant pour, but .de iranportcr sur des
Ainsi ce fruit est un nouvel anneau qui
s'ajoute à la chaîne des découvertes oui nous
ont fait connaître la flore des périoaes géo-
logiques secondaires ; et il nous fournit de
nouveaux témoignages de l'eiistcnce d'un
ordr/i?» d'une harmonie, et d'une sagesse oui
sait créer des ressources spéciales pour dos
fins déterminées; ordre , harmonie et sa-
gesse que nous ne perdons pas un instant
de vue, lorsque, jetant nos regards en ar-
rière, nous remontons jusqu'aux condilions
les plus anciennes de notre planète, en pa^
courant successivement toutes les révolutions
qui se sont accomplies à sa surface (7%j.
PARADIS TERRESTRE, /« /leureipi
Farrosenl (Eu^)hrate^ Tigro, etc.) coulent sur
If terrain tertiaire. — Yoy* Macpied. suô )îfl.
PARISIEN (ÉTAGE). — La deuxième de
la période tertiaire et le vinst^ïinauièmede
la série totale des terrains. C est l'époque de
la première apparition, des ordres de inain-
mifères n^arsupiaux i^ quadrumanes , chéi-
roptères (chauves- souris), cétacés); des
oiseaux de proie, grimpeurs et gallinacés;
des reptiles ophidiens ( serpents ); etc. Ceîl
le règne des genres pateoiA«rittm,fl»oplo-
theriunif laxoêherium^ etc.,, etc. Cet élage a
reçu un çrand nombre de noms , suivant la
composition minéralogique ou la superposi-
tion , tels que glauconie grossière^ vatcm
grossier 9 calcaire moyens gypse de Monh
marii^ , argiles de Londres , calcaire à orb>
toUthes , terrains tertiaires inférieurs^ de
ilM. Dufresnoy et Elie de Beaumonl ; c c^^l
aussi une partie de V étage éocêne^ de M. Lyell.
On cite plusieurs types français de cet
étage, à Grignon, Anvers, Blaye, Erme-
nonville, etc.
a On a réuni dans un seul ensemble, dit
M. Aie. d'Orbignv, Cours élém. de PalionU
t. II, p. 7/tO), tous les terrains tertiaires
4es| sables moyens aux plus inférieurs aux
çnvirons de Paris; et cette réunion a, san>
doute , beaucoup contribué à faire niéctm-
naître, comme le représentant des couclio>
nummulitiques des Pyrénées , par exemple»
les couches suessoniennes que nous en sé-
parons , comme étage, par suite de considé-
rations stratigraphiques et paléontolo^^ique^.
Sit en effet, on confond ces deux étages
beaucoup de faits restent inexplicables, l*»*
dis gu'en les séparant, tout paraît en har-
monie, comme nous avons cherché à k
démontrer. Pour nous, l'étage suessonien.
d^ns le bassin parisien, unit avec la zone
nerila schemidelliana (conoidea) , du nmntf^^
lites planulata;ei l'étage parisien comiueotf
avec la. zone du nummuhtes lœvigata^ <!*"*
les glauconies grossières ; il comprend 1^
points éloignés de TOcéan les graines de celte [^
mille de plantes qui vit en compagnie des paudan^t»
sur le bord de la mer. . .
(794) On trouve en. même temps que les m} *
coco à une période reculée les fomialions lertttires
parmi les nombreux fruits fossiles de Targile de lo»
dres, dans Hle de Sheppev, des fruits d'na JJJ[*
genre de pandanées que M. Ad. BrongnUri» ^'
gné sous le nom de pandanocarpnm (Protfr«K<.
p. 158.)
1085
PAR
ET DE PALEONTOLOGIE.
PAK
IC86
calcaires grossiers, les sables moyens» les
ralcaires lacustres , et jusqiies el y compris
les g}'pses de Moulmartre. Circonscrit de
cette manière , l'étage , suivant sa composi-
tion minéralogique , a été appelé giauconie
grossière j calcaire grossier et saisies moyens ;
mais ces noms , peut-être applicables dans
le bassin anglo-parisien, à quelques points,
ne peuvent l'être ailleurs. Sous le nom
dVocêne, M. Lyell a réuni les deux étages
suessonien et parisien. Sous ce rapport, nous
n*aurions pu le conserver, si d'autres motifs,
énoncés ailleurs, ne nous empêc'haient de
l'admettre. Nous lui avons appliqué le nom
de /lamiffi. employé déjà depuis longtemps,
Far la douole raison que les environs do
<iri$ montrent la plus vaste extension et
IVnsemble le plus complet de l'étage, et
que cette dénomination, devenue vulgaire,
né com()orte aucune composition minéralo-
gique ni {)aléontoiogique. »
Le bassin anglo-parisien offre de vastes
surfaces de cet étage remarquable. On le
voit, en effet, sur les dernières couches de
rétage suessonien, couvrir tout l'intervalle
compris entrjB Épernay et Pacy (Eure) , et
entre La Fère et Montereau. Nous citerons ,
f>our le démontrer, quelques-unes des loca-
ités les plus connues 'par leurs fossiles,
dans chaque département. On le trouve tout
autour de Paris , à Gentilly, à Ivry, à Mont-
rou;^e, à Vaugirard, à Chaillot, à Saint-
Ouen , à Bclleville, à Pantin , à Nanteuil ;
(ians le département de Seine-et-Oise, à
lirignon, à Anvers, à Pontoise , à Magny, à
Saint-iicrmain , à Parnes ( Ferme des Koves) ,
h Valmondois, à Beauciiamp, à Sèvres,
I Saint-Nom, à Chérence, à Saillancourt ;
3ans rOise , à Chaumont, au Vivray, à Pon-
rbon, elc, etc.
En résumé, l'éla^^e, tel que nous le cir-
•onscrivons , en le séparant Je l'étage sues-
«^'Tiicn, n'est pas borné seulement au bassin
în^lo-parisien, ainsi qu'on l'a cru pendant
OHc^temps, mais il occupe encore en France,
•'5 bassins pyrénéen et méditerranéen, la
î»lgi(iue et une grande surface de l'Amérique
eptcntrionalc.
« Straiificaiton, — Dans (out le bassin anglo-
»arisien , l'éla^e qui nous occupe repose
*n couches concordantes sur l'élage suesso-
lien, et tous les géologues sont maintenant
raccord sur ce point. Les puits creusés à
ienlilly, à Vadgirard, pour l'extraction des
rgiles", ont montré les calcaires grossiers
ur les lignites, les argiles plastiaues ou
?urs semblables. On peut le voir a Chau-
lont (Oise), à I^on, h Soissons (Aisne),
Meudon, près de Paris; à Damery, à Emon-
îile (Marne), au Moni-Ganelon , près de
ompiègne, à Cuise-la-Molte, et sur une
I fini té de points que nous croyons inutile
> cîtor, car c'est un fait général. Tout prou-
:*rait donc que, dans le bassin anglo-pari-
^n, Tétage parisien a succédé ré^^ulière-
ent à letage suessonien. En Anzleterre,
même superr>osition existe. Dans le bassin
f rénéeu , le lambeau de Blaye paraît être
ins la même position relative, par rapport
aux couches suessoniennesdeRoyan, que le
creusement de puits a fait retrouver, ainsi
que les couches parisiennes de Blaye, jus-
qu'au-dessous de Bordeaux; ce qui place
ces étages absolument dans les mêmes rëla-.
tions que dans le bassin anglo-parisien. 11
ne resterait donc aucun doute sur la succes-
sion régulière, dans l'ordre chronologique,
de l'étage parisien après l'étage suessonien.
« Discordances. — Maintenant, les motifs
stratigrapbiques qui nous ont fait séparer
l'étage suessonien de celui-ci, indépendam-.
ment i\QS différences paléontologiques , ont
été décrits à l'étage précédent. Nous ne. re-
viendrons donc pas sur les limites infé-
rieures de l'étage parisien, qui prouvent
que ces deux étages superposes ont suivi ,
chacun en particulier, des allures distinctes,
et ont subi les conséquences de perturba-
tions géologiques spéciales. Si la superfiosi-
tion , dans le bassin anglo-parisien , proUvo^
en effet, que les deux étages se sont succédé
régulièrement , l'isolement des deux prouve
leur indépendance.
€ Par les limites stratigra|)liiques supé-
rieures de l'étage parisien , elles sont aussi
tranchées que possible, par des discordances
d'isolement; le mançiue, sur Tétage parisien,
du sous-étage tongrien, ou le manque, sous
l'étage tongrien, de l'étage parisien; ce qui
annonce encore leur complète indépendance.
On trouve l'étage parisien isolé dans réta.ro
tongrien, dans le dé|)artement de la Manche,
à Uautevelle , et sur tous les points de ce
lambeau, dans le bassin angfo- parisien,
ainsi qu'en An^leferro, oCi,jus(|u'à présent,
l'étage tingrien manque. Le même isolement
se remarque à Noirmoutiers (Vendée),
à Machecoui (Loire-Infi'rieure) , dans te
bassin pyrénéen; à Faudon, à Ancelle, a
Saint-Bonnet (Hautes- A Ipes ), dans le bassin
méditerranéen. L'étage tongrien parait au.<si
manquer aux Etats-Unis, sur cette va^te
surface de l'étage parisien. Si nous cher-
chons, au contraire, les points où se trouve
l'étage tongrien sous l'étage parisien, qui
lui est partout inférieur sur les fioints où il
n'y a pas de lacunes, nous les trouverons
encore dans le bassin pyrénéen, ?i Lesperon
(Landes), où cet étage repose sur l'étage sé-
nonien, et surtout dans tout le bassin de la
Loire, où les couches terrestres tongriennes
reposent sur les terrains crétacés, aux envi-
rons de Tours.
« Déductions tirées de la position des cou-
ches.— En voyant, sur tous les points du bas-
sin anglo-parisien , les couches parisiennes
reposer |en couches presque concordantes ,
pour ainsi dire horizontales ou légèrement
inclinées vers lerentredu bassin, on acquiert
la certitude que cet étage , comme les vin>;l
étages qui précèdent, a conservé dans le
bassin anglo-parisien, une po^^ition presque
identique à celle qu'il occupaitdans les mers
1 parisiennes. Les couches de Belgique, dans
a continuation du bassin anglo-parisien,
s'y présentent aussi telles qu'elles ont été
déposées dans les mers de celte période. lùi
étudiant, dans le bassin pyrénéen, les cou-
M8T
PAR
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
PAR
m
ches de Blaye et des autres points de la
Gironde ^ on arrive aux mêmes conclusions.
Cfi sont des parties encore intactes des mers
parisiennes. A côté de ces parties intactes,
Qous voyons, au contraire, toutes les couches
de Faudon, d*Ancelle et de Saint-Bonnet,
disloquées de toutes les manières. Plus de
Sortions horizontales sur ces lieux, mais
ien des couches fortement imclinées qui ,
depuis kur dépôt tranquille, ont subi la
dislocation des Alpes, loiigtemps après leur
dépôt primitif horizontal.
« Dans le bassin anglo-parisien, sur les
points où les couches montrent qu'elles se
sont succédé tranquillement des inférieures
OHX supérieures, on a reconnu, en France ,
trois diyisions naturelles superposées , sou-
vent caractérisées par une composition mi*
^éralogique distincte, et toujours par un
a^sez grand nombre d'espèces de coquilles
fossiles spéciales. Ces trois divisions, re-
marquées par beaucoup de géologues , ont
reçu, lorsque la nature des sédiments se
trouvait d*accord avec elles, les noms de
glauconie grossière , de calcaire grossier et
de sables moyens. Gomme nous avons cru
reconnaître que ces divisions, purement
basées sur ta nature minéralogique des
oouches, n'étaient pas toujours d'accord avec
le niveau géologique et des faunes, nous en
admettrons seulement deux dans le bassin
anglo-parisien de France; mais, alors, nous
les désignerons, dans Tétage, comme zone
inférieure (comprenant la glauconie grossière
et le calcaire grossier), et zone supérieure
( pour les sables moyens). Néanmoins, comme
nous croyons que ces différences de corn-:
position de faune des parties supérieures
dépendent, surtout, d'une zone de moindre
profondeur d'habitation dans les mers , nous
no la distinguons que pour suivre les divir
sions devenues vulgaires dans le classement
des dépôts sédimentaires des environs de^
Paris.
« Composition minéralogique, — A près tous
les beaux travaux de MM. Brongniart, Elle
de Beaumont, Constant Prévost, Graves, et
de tant d'autres géologues recommandables»
il reste peu de chose à dire sur la nature
minéralogique des couches du bassin anglo«
parisien.
tf Puissance connue. — Dans le bassin an-
glo-parisien, la puissance de l'étage est très-
variable, suivant les lieux; mais, sur les
points les plus épais, l'ensemble peut at-
teindre près de 100 mètres d'épaisseur.
M. Chamousset l'évalue., à Thones , à iii.75
mètres; M. Scipion Gras trouve, à FaudoUi
1,000 mètres environ de puissance.
« Déductions tirées de la nature des sédi'
ments. — Au milieu de tant de déductions,
toutes plus intéressantes les unes que les
autres, qu'on pourrait tirer de la nature des
sédiments de 1 éta,io parisien , bornons-nous
à quelques exemples.
« La présence de coquilles terrestres
seules, telles que Igmnea^ physa^ planorbis^
souvent mélangé*es à des coquilles terrestres
du genre Af/tx , mais sans mélange de co-
quilles marines, annonce des dépôts pur^
ment terrestres ou lacustres, formés pea-
dant la période parisienne. Ces dépôts exis-
tent sur presque tout le bassin parisioD,
soit sous la forme de calcaires siliceux ou
de meulières, soit sous la forme de véri-
tables calcaires ou de travertins pétris des
genres cités. Ces dépôts, toujours supérieurs
aux calcaires grossiers et aux sables moyens,
se voient surtout autour de Paris. Nous con-
sidérons encore comme un dépôt lacustre
fait sous l'action deseaui, les gypses de
Montmartre et autres. La stratification bien
distincte, la position horizontale des corps
organisés qu i)n y rencontre dans les diffé-
rents lits horizontaux, amènent au moins i
cette coiiclusioB. La transformation de ces
couches sédimentaires en sulfate de cbaux
serait postérieure à leur dépôt.
« Nous ne connaissons pas de points lilto*
raux de cet étage bien marqués en France,
è en juger par le grand nombre de poissons
et de coquilles flottantes de céphalopodes,
de graines, de plantes ; ils paraissent exister
en Angleterre sur plusieurs points da Tar-
gile de Londres, potamment à Tile de
Sheppey, illustrée par les savantes recher-
elles de H. Bowerbank sur les graines fos-
siles.
« Le graqd nombre de gastéropodes et
d'acéphales peut foire croire que les iwinu
suivants set ^oni déposés au-dessous du t}a*
lancement des marées, mais en des lieui
peu profonds. Dans les couches inférieures,
on les trouve autour de Paris, à Vaugirard,
h Gentilly, à Chaillot, à Grignon, à Parmes,
i Mouy, à Mouchy-le-Chatel, à GypsemI, à
Siancourt, è Chaumont, au Vivray, à Clly,
à liîarqucmont, à Villers-Cotterets, à Cour-
tagnon, à Damery, à Montmirail, etc., et
dans la Manche. Dans les couches supé-
rieures (sables moyens), on les iroute a
Vaugirard, à Valmondois, à Anvers, à Beau-
champs, à la Chapelle, près de Senlis, àTan*
crou, à Monneville, à Villemétrie, à Acy,i
Ver, à Mortefontaine, à Ermenonville, *
Damery, à Nanteuil, à Courtagnon. Nous
pourrons encore considérer comme tels,
dans le bassin pyrénéen, les dépôts de Iil^
de Noirmoutiers et ceux de Pauliac, dans |'«
Gironde; il en est de môme de rensemble
des dépôts de Faudon, d'Ancelle et de Saint-
Bonnet, dans le bassin méditerranéen, el de
presque toutes les couches de Belgique.
et Les mélanges de coquilles marines ei
terrestres de ces couches, indiqués par cp*''
ques auteurs, tiennent souvent aux c<jn*
naissances peu exactes qu'on avait des M;
bitudes de quelques genres, el à de ftu^
déterminations de quelques autres. On p
nait, par exemple, des chemnitM ffwn««
pour des melania^ des natica pour des «^
pularia, et Ton croyait à tort toutes les b^
ritioesfluviatiles; de le des coquilles «»•
viatiles, quand il n'en existe réellemefl'
aucune dans les dépôts marins. ,
^ Les dépôts sous-marins du bassin âng-l^
parisien, partie française, nous W^ï^nVl
do plus, avoir, été formés sous Iinflueflc»
im
PAR
ET DE PALEONTOLOGIE.
PAR
de courants plus on moins forts. Le grand
nombre de coquilles qu'ils renferment, sou-
vent brisées, entiè>*i^$ et presque jamais
dans leur position noimaled^eiistencet aussi
bien que la multiplicité des foraminifères,
et le manque d'éléments raseux, annoncent,
en effet, des bancs évidemment formés sons
rinûaence des courants d'un charriage in-
cessant. Nous pouvons encore aller plus
loin nar rapport -aux courants, et retrouver
quelle en était la direr-tion successive.
« Remaniements. — D^autres conséquences
peovent encore être déduites de l'examen
des couches d'Auvers. Nous avons dit que^
d*après la position stratégraphique d'Auvers,
la composition de sa faune dépend de la sone
supérieure de Télage parisien. Nous avons
dit encore oue les couches de sable quart-
zeui, formées sous Tinfluence des courantSy
renferment un grand nombre dé coquilles
des zones inférieures du même étage, évi-
demment Toulées à l'état fossile , avec des
fra^ents de calcaire grossier encore pétris
de leurs fossiles, qui ne peuvent provenir
que des dénudations de couches inférieures
d autres points, et de leur remaiiiement par
les courants dkns les sables d'Anvers. Ce
fait, reconnu depuis longtemps à Vaîmon-
dois, par M. Constant Prévost ; à Tancrou, à
Assis, par ^. Graves ; que tout le monde
|)eut vérifier à Auvers , annonce que les
zones inférieures avaient déjà eu le temps
de se consolider avant d'être dénudées et
charriées ainsi dans )a zone supérieure, et
que dès lors un temps considérable a dû s'é-
couler entre Ttine et l'autre époçiue, qui au-
jourd'hui se confondent, pour ainsi dire.
« Le remaniement évjdent des fossiles des
diverses zones parisiennes dans les couches
*d*Auvers, qui parait se reproduire éj^ale-
«Qent à Valmondois, à Tancrou, à Assis, à
Boueonvillers (Oise) » à peu près dans les
-aièmes circonstances, est la meilleure preuve
que nous puissions donner de l'attention
iouie particulière qu'on doit apporter à
l'examen minutieux d'une couche avant de
la rapporter à une époque quelconque. Par
sa position géologique, par ses sables quarl-
zeux, les couches d'Auvers ont été placées
avec raison dans la zone supérieure de l'é-
tagge parisien (sables moyens); et parce
(fu'elles contiennent des coquilles de la zone
inférieure (glaucouie grossière et calcaire
grossier), on a cité ce point comme exemple
de mélange, sans expliquer si ce mélange
ara it eu lieu du vivant des coquilles ou
après. Pour nous, les couches d'Auvers, de
Valmondois et de Tancrou ne doivent être
citées qu'avec la plus grande réserve comme
horizon. On doit y prendre, pour les resti-
tuer à leurs véritables zones, les fossiles qui
s^y trouvent remaniées; et dans aucun cas
on ne pourra les mentionner comme exemple
<le mélange à Tétatde vie des fossiles qu'elles
renferment, puisoue ces mélanges se sont
fttils évidemment a l'état fossile.
« Oscilkuiom du êoL — L'état parisien
est c^aractérisé par des oscillations du sol
4|u*oa ne oeut s'empêcher do reconnaître
dans la superposition de dépôts de prore^
nances si différentes. II serait, en effet, dif-
ficile d'expliquer, sans ces causes puis-
santes, la succession, dans le bassin, des
couches fluviales, évidemment terrestresv
aux couches marines qui marquent toutes
les parties inférieures de l'étage. Pour que
des êtres fluvialiles aient vécu sur des points
antérieurement marins, il a fallu soit un
affaissement sous-marin d'une autre vaste
partie des mers-|)arisiennes, soit la surélé-
vation des points où les dépôts terrestres
existent; action c|ue nous voyons encore
avoir lieu sous l'influence des oscillations.
Il a fallu ensuite qu'un laps de temps conaî-^
dérable s'écoulât entre la surélévation des
points sous-marins et l'arrivée des coquilles
Suviatiles; car nous savons, par expérience^
que la moindre salure des eaux fie permet
pas aux lymnées d'exister.
^ Caraclêreê paléonlologiques. — L^
genres qui naissent (au nombre de iW)i
comparés aux genres antérienrement exis*
tants qui s'y éteignent (au nombre de ^},
montrent que la faune de l'étage parisien
continue la période croissante de dévelop^
(rement des genres propres aux terrains ter^
tiaires. Les deux séries animales qui don-
nent plus de formes nouvelles dans <9et
étage sont les zoophytes, qui en Y>ffirent 27,
et les poissons, qui en montrent 21. Voici,
du reste, les caractères différentiels plus
spéciaux qui dépendent des formes géné-
riques.
« Les genres qui s'éteignent dans l'étage
suessonien, sans passer a l'étage parisien»
seraient autant de caractères négatifs qu'on
peut invoquer pour séparer ces ucux étages.
Ces genres, comme on peut le voir h l'étage
précédent, sont au nombre de -VV.
« Les genres qui t encore inconnus dans
cet élaget ne se montrent pour la première
fois qu'avec l'étage falunien, forment des
caractères négatife propres à distinguer ces
deux étages; ainsi donc« 148 genres don-
nent des caractères négatib entre les étages
parisien et falunien. Ces genres sont ainsi
répartis dans les séries animales ; parmi les
mammifères, 47 genres ; fiarmi les oiseaux,
4 genres; parmi les re[>tiles, 7 genres:
parmi les poissons, 7 genres; parmi les
crustacés» 14 genres; parmi les céphalo-
podes, le genre spirulirosira: parmi les gas»
téropodes, âO genres ; parmi les mollusques
lamellibranches, 6 genres; parmi les bra--
chiopodes, le genre orbicula; parmi les
bryozoaires, 5 genres; parmi \^ échino-
dermes, 6 genres; parmi les zoophytes,
15 genres ; parmi les foraminifères, 15'gen-
res. En résumé, 190 genres peuvent donner
des caractères négatifs pour distinguer l'é-
tage parisien des étages qui le précèdent oo
le suivent immédiatement*
« Les caractères distinctifs positifs, aue
nous pouvons invoquer pour distinguer l'é-
tage suessonien de l'étage parisien, nous
sont donnés par tous les genres qui, incon-
nus dans le premier, naissent seulemeat
•- r ,--
I09t
Par
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
Par
i99i
dans le second. Ces genres sont an nombre
de 120.
« Les genres qui naissent et meurent
dans Péta^^e parisien sont autant de carac-
tères positifs (^u*on fieut invoquer ])our le
distinguer de 1 étage falunien, où ces genres
sont jusqu'à présent inconnus. Ces genres
sont au nombre de 49. £n joignant à ces
genres ceux, au nombre de 20* qui, nés an-
térieurement, s*éteignent encore dans Tétage
parisien, sans passera Télage suivant, nous
aurions donc aujourdlmi, comme pouvant
donner des caractères positifs entre les
étages parisien et falunien, le nombre de
69 genres.
« En dehors de quelques centaines d'es-
pèces d^animaux vertébrés et annélés de
plantes que nous n*énumérons pas ici ,
nous avons, eu espèces d*animaux mollus-
ques et rayonnes seulement, le nombre de
1,576 espèces. Si nous ôtonsde ce nombre
les 8 espèces indiquées à l'étage précédent
.comme s'y trouvant également, il restera
encore 1,568 espèces caractéristiques de cet
étage sur les différents points où il se
montre, et sous ses divers aspects minéralo-
giques.
*i Chronologie histofiaue. -:- La dislocation
cte la chaîne des Pyrénées a déterminé une
puissante perturbation qui a interrompu la
durée de Tétage suessonien, et a détruit à la
fois kk genres spéciaux à cette époque, en
. même temps que les 670 espèces que nous
avons signalées dans cette période d'exis-
tence. Lorsque le calme est venu remplacer
l'agitation produite par cette révolution
géologique, ont paru sur la terre et dans les
mers 120 genres d'animaux jusqu'alors in-
connus, renfermant plus de 1,700 espèces.
C'est au moins ce qui a été décrit jusqu'à
présent.
a Les continents et les mers subissent plu-
sieurs changements de forme. La mer du
bassin anglo-parisien se modifle moins dans
sa partie ouest en Angleterre, et dans la
J)arlie sud-ouest de la France, où elle ne
ait que laisser quelques atterrissements lit-
toraux à son pourtour, tout en conservant
la forme qu'elle avait à' Tétage précédent.
Par suite de la surélévation simultanée dans
une direction-est quelques degrés au sud,
cl ouest quelques degrés nord, du Surrey et
rlu Sussex en Angleterre, du pays de Bray,
des départements du Nord et du Pas-de-
Calais en France, où par suite de TafTaisse-
ment des parties ^>ituées au nord et au sud
de ces points, et d'une partie de la Manche, la
mer parisienne paraît avoir abandonné ces
parties surélevées, et avoirformé deux golfes
distincts: l'un au nord, occupant, en Angle-
* terre, tous les versants de la Tamise, autour
de Londres, et se continuant en Belgique
par Bruges, Bruxelles, jusque près de Ton-
gres; l'autre au sud, qui commence en Angle-
terre aux régions voisines de l'île de Wighi,
qui couvrait une partie du Cotentin (Manche),
et de là jusqu'à Damery, près dEpernay,
mais ne passait pas au nord de Laon. On
iroitquesi ces mers se sont retirées du centre
du bassin anglo-parisien, elles ont envahi le
Cotentin et une |)artie de la Belgique.
« Des changements encore |)lus considé*
râbles se sont opérés dans le bassin pyré-
néen. La chaîne des Pyrénées, en surgissant
au-dessus des eaux, est venue changer la
forme des mers. Si les limites septenlrio-
nales sont restées presque les mêmes avec
des atterrissements littoraux, les limites
méridionales sont différentes. La iner^ui
s*étendait à l'étape suessonien jusquen
Espagne, et couvrait tous les points occup<!s
aujourd'hui par la chaîne des Pyrénées, s e^t
considérablement retirée vers le nord , et
occupe une petite partie de ce bassin. Oa
n'en voit effectivement les traces quentre
Bordeaux et l'Océan.
V Le bassin maritime méditerranéen par
la même raison, change aussi de forme; il
ne communique plus avec le bassin pyré-
néen, et ses limites occidentales s'avancent
encore vers l'est. Nous croyons, par b
lambeaux connus, que la mer parisienne
commençait prèsde Nice, passait par Faodon,
par Saint-Bonnet > aujouixl'hui aux parties
élevées des Hautes-Alpes (cette chaîne n'eiis-
tant pas encore), et s'étendait jusqu'aui Dia-
hlerels, près de Bex; là, nous perdons ses
limites. C'est encore, durant l'étage parisien,
3ue des parties considérables des États-Cnus
u 31 au 39" de latitude, surélefés de-
puis la fin des terrains crétacés, donnent
accès, par suite d'un affaissement, aux mers
parisiennes, qui, par lacontemporanéilédes
mêmes espèces , s'étendaient probableoient
sans interruption depuis Pans jusqu'à la
province d'Alabama > dans l'AmériQue sep-
tentrionale»
« Les continents s'agrandissent autour des
bassins maritimes préexistants, des parties
surélevées dans le Sussex, dans te pays ^^
Brajiet dans le Pas^e Calais^ en France ei
en Angleterre. Ils augmentent bien pio^
encore, dans le bassin pyrénéen, où, désor-
mais, la chaîne des Pyrénées, surélevée à la
fin de la période suessonienne , offre une
puissante barrière aux océans, qui se reli*
rent au nord, et laissent non seulement la
chaîne des Pyrénées tout entière hors des
eaux, mais encore Tintervalle compris entre
cette chaîne et le massif central , ne formant
3u'un seul et même continent qui cooYre,
e plus, tout le Languedoc et la Provence.
et se continue vers le nord-est, à une granit
distance. A côté de ces parties continentale?
gagnées sur les mers, nous voyons, au con-
traire, le continent de l'époque suessonienne'
perdre la partie envahie par la mer dans If
Cotentin, près de Valognes, et surtout une
vaste partie de la Belgique, surélevée depuis
l'étage carboniférien et entièrement élraï''
gère au premier âge des terrains tertiair^-
Les continents se sont encore diminués «e
toute la partie envahie par la mer aux
Etats-Unis, sur huit degrés en latitude d<î
longueur.
ti Les mers nourrissent un çrand Doml>^'
d'animaux nouveaux , parmi lesquels <^i|
remarque que les mollusques ne dooacai
1095
PAR
ET DE PALEONTOLOGIE.
PE5i
1091
plus qiic quelques genres , ainsi que les
animaux annelés, tandis que les classes, qui
offrent le plus grand nombre de genres nou-
veaux 9 sont les poissons et les zoophytes.
On voit, en effet, sur les 92 genres nouveaux
vivant dans les mers, que âO dépendent des
poissons et 27 des zoophytes, tan lis que les
«5 genres qui restent dépendent de 8 classes
distinctes. C*est la première fois que les
mers sont peuplées de cétacés ou mammifères
marins, qui montrent alors les genres dau-
phin [deiphinus) et balœnodon. Les crustacés
offrent les premiers crabes (cancer); les mol-
lusques, les genres tiphis^ harpa^ crepidula;
de nombreux zoophytes et des loraminifères,
surtout ées milioles ou agalhistêgues^ dont
les espècesdans la mer étaientsi nombreuses,
qn on doit souvent à leur agglomération les
calcaires dont Paris est bâti , et qui forment
des couches entières à Gentilly, à Vaugirard,
à Luzarches et ailleurs. Si nous avons re-
connu que 27 millimètres cubes de ces cal-
caires contiennent jusqu'à 58,000 de ces
coquilles, on pourra, par là, calculer le nom-
bre d'individus et le temps qu'il a fallu pour
en former des couches de plusieurs mètres
de puissance , et s*étendant de Geniilly à
Luzarches. Avec ces animaux , on connaît
encore dans la mer parisienne de nombreuses
esjièces de plantes marines.
« Si BOUS avons vu les mers s'enrichir d'un
grand nombre d*6tres nouveaux « les conti-
nents n'en offrent pas moins. C*est à cette
époque que paraissent pour la première fois
parmi les mammifères, les oitlres de qua-
drumanes ou singes, et les chéiroptères ou
chauves-souris. Les oiseaux présentent en-
core des oiseaux de proie, des grimpeurs et
des gallinacés jusqu'alors inconnus , en
fnéme4emps que les premiers représentants
des reptiles ophidiens ou ser)>ents. Les bois
étaient donc peuplés en France, en Angle-
terre, de macaques , de crotales , de didel-
Îihes , de taxotnerium, etc., etc, tandis que
es plaines nourrissaient des palœotherium,
fies anoplotherium, etc., tous genres incon-
nus aujourd'hui i qui animaient cette épo-
que. Les plantes qu on trouve avec ces ani-
maux sont également des régionf^ chaudes.
« La présence dans la province d'Alabama,
an X Etats-Cuis, des mêmes espèces marines
qu'aux environs de Paris et en Angleterre;
la découverte des singes, des crotales et de
tant de genres propres aux régions chaudes
q ui vivaient en France et en Angleterre, en
m èrae temps qu*un grand nombre de pois-
sons et de plantes des pays chauds, reconnus
à nie de Sheppey, en Angleterre, prouvent
qij^il y avait, sur toutes ces régions, aujour-
d'hui si distinctes, une température terres-
tre et marine spéciale aux régions équato-
riales,etque les zones isothermes n'existaient
I>as encore sur la terre.
« Les oscillations du sol étaient fréquentes
pendant cette période, qui a dû être de lon-
gue durée à en juger par la puissance des
couches et surtout par le nombre des êtres
fossiles qu'elles renferment dans le bassin
anglo-parisien.
« Une perturbation géologique aurait en-
core interrompu cette période d existence,
causée soit par des dislocations loinlainds
ou sous-marines, dont les discordances su-
périeures nous donnent la preuve , soit par
la dislocation du système de la Corse et de la
Sardatgne , dont ia direction est thi sud m
nord, et que M. £lie de Beaumont place à la
fin de cette époque. »
PECTINIBR ANCHES. Voy. GASTésoroDES.
PENTACRINITE. — Genre de zoophvtes
de la famille des crinoîdiens. [Voy. CkiWi-
DiB?is et ENCBixrre.) L'histoire de ces corps
fossiles qui abondent dans les couches in-
férieures de la formation oolithique et sur-
tout dans les lias, a été éclairée d'une
lumière toute nouveUe parla découverte de
deux es| èces dé ce genre actuellement exif-
tantes : la pentacrinite tète de Méduse et la
penfacrinite d*£urope. Quelques échanti!*
Ions seulement de la première espèce ont
été recueillis à de grandes profondeurs de
la mer, aux Indes occidentales ; iis ont leur
extrémité inférieure brisée comme si on les
avait arrachés du point où ils étaient fixés
sur le fond de la men Quant à la pentacri<-
nite d'Europe, on l'a trouvée attachée à
diverses espèces de sertulaires et de fliistres,
dans la haie de Cork, et en d'autres points
des côtes de l'Irlande.
Les f)cntairiniles paraissent voisines de
la famille actuelle des étoiles de mer; et elles
semblent se rapftrocber surtout de la coma-
tule. Leur squelette constitue la plus grande
partie de la masse de leur corps. Bans les
espèces actuelles, cette charpente solide est
revêtue d'une enveloppe gélatineuse accom-
pagnée d'un système musculaire destiné à
déterminer les mouvements de chacun des
osselets; et, bien que ces parties molles
aient entièrement disparu dans les espèces
fossiles, leur existence nous est attestée par
l'appareil qui se voit sur chacun des osselets
pour rinsertion des fibres musculaires.
Les phalanges calcaires qui constituent
les doigts dans la pentacrinite d'Europe sont»
de même que les tentacules, susceptibles de
se contracter et de s'étendre dans tous les
sens; parfois elles s'épanouissent comme les
foetales d'une fleur; et d'autres fois s'enrou-
ent et enveloppent la bouche comme les
diverses pièces d'un bourgeon non encore
ouvert. Ces organes ont pour but de saisir
la proie et de la conduire à la bouche. Ainsi
les habitudes des animaux actuellement exis-
tants nous font connaître les mouvemetits et
la manière de vivre des nombreux membres
fossiles de cette famille ; et nous v trouvons
une preuve de plus de la validité du mode
de raisonnement auquel nous sommes obli-
fés d'avoir recours dans nos études sur les
éhris des espèces éteintes. Nous concluons
en effet du temps présent aux temps passés;
et des dispositions mécaniques que nous
observons dans les squelettes fossiles , nous
concluons la nature et les fonctions des mod-
elés destinés à imprimer à chaque os ses
mouvements.
Parmi les nombreuses espèces fossiles da
lOlKS
PEN
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
P£N
m
f
{;eiire pmiacnniUf je vais choisir celle que
e nombre extraordinaire de rayons auxi-
liaires ou bras latéraux que )*on voit le long
de la colonne vertébrale a iait désigner sous
le nom depentacrinite^briarée.
Tige eu colonnev9rtébraie. — Les principes
d'après lesquels est construite la partie supé-
rieure delà tige, des pentacriniles sont tout à
fait analogues à ceux que nous avons décrits
à propos de là même partie de la tige des
encrinites (795).
C'est parce que les articles qui consti-
tuent la tige présentent, vus de face, diverses
modifications de la forme pentagonale et
étoilée, que l'on a donné à ces êtres le nom
d'astéries ou pierres étoilées (êtar'tonejt).
Ces surfaces horizantales offrent des séries
variées de dentelures serrées et qui sont
reçues dans des sillons correspondants de la
vertèbre suivante; et ces dispositions ont
pour but de permettre la flexion de la co-
lonne en tous sens, sans qu'il y ait risque
de dislocation.
(795) Les vertèbres de la pentacriniie briàiée soni
des plaques alternativement plus épaisses et plus
minces , séparées entre elles par d'autres plaques
encore d'un diamètre plus petit. Les bords de ces
derniers n*apparaissent au dehors que sur les arê-
tes de la colonne pentangulaire. Llles prennent à
rintérieur une i^paisseur plus grande, et y furment
une sorte de collier intervertébral.
On voit une semblable alternance dans les plaques
vertébrales de la Pènlâcrinite$ $ubatignlaris,
(796) M.Miller décrit un nouvel échantillon de
là pentacrinite tête de Méduse, dans lequel les ver-
tèbres des environs de la base sont en partie sou-
dées t et ne jouissent que d'une flexibilité très4aib|e
en ce point où presque aucune flexion n^était néces-
saire ; mais plus haut les vertèbres s'amincissent, et
on les voit prendre cette disposition dont nous avons
déjà parlé, de pièces alternativement plus minces et
plus épaisses , plus étroites et plus larges , et cette
disjiosition devient de plus en plus sensible, à tel
pomt que , vers le sommet , les vertèbres les plus
minces oe paraissent plus que des sortes de lames
membraneuses destinées à reunir entre elles les ver-
tèbres les plus développées. Le même auteur a re-
marqué , à la surface mterne de chaque vertèbre ,
des traces produites par l'action de fibres muscu-
laires contractiles.
(797) L'échantillon flguré par Buckland provient
du lias de L^me-Regis ; il est flxé sur le côté d'une
pièce d'un jais imparfait, qui faisait partie d'une
couche mince de lignite contenue dans la marne
liasique, entre Lyme-Regis et Charmouth.
Dans presque toute retendue de cette couche,
roadc moiselle Anni.*)^ a observé d'une manière à peu
Ï^rès constante les faits curieux que voici : La sur-
ace inférieure sente est recouverte d'une couche
entiôreroent composée de pentacrinites, et d'une
épaif seur qui varie de un à trois pouces. On trouve
ces :'.oopbytes dans une position a^peu près hori-
Eonlale, avec le pied dirigé vers la partie supérieure,
et p.ar conséquent vers la lignite dle-méme. La plu-
par t de ces pentacrinites sont si parfaitement con-
«orrvées, qu'elles ont dû évidemment être ensevelies
^ ans l'arêile qui maintenant les enveloppe, avant
'que leur décomposition eût commencé. Il n'est pas
rare de trouver de grandes ubles longues de phi-
aieurs pieds, à la surface inférimre desquelles seu-
lement se voient des bras et des doigts de ces ani-
maux fossiles , épanouis comme les plantes d'un
La racine de la pèntàcrlnite briarée parait
avoir été faible, et facile à détacher dupinni
où elle était fixée (7%). L'absence de larses
sécrétions solides, telles que celles de Tapio-
crinite, par où cette espèce pût se fixer au
fond d'une manière permanente , et ce fait
qu'on la rencontre fréquemment en contact
avec des masses de bois flotté converti en
jais , nous conduit à penser qu'elle dcTait
être douée de locomotion, et qu'elle pouvait
s'attacher d une manière temporaire à ^h
ûorps flottants étrangers ou aux rochers du
fond de la mer, soit a l'aide de sq% braslaté-
raux,'soit en se servant d'une petite racine
articulée mobile (797).
Rayons accessoires ou bras latéraux— Us
bras latéraux deviennent de plus en plas
petits à mesure qu'ils se rapprochent de rei-
trémité supérieure de la colonne. Dans la
pentacrinite briarée (7d8) on en compte près
de miile^ et ces organes si nombreux rem-
Jdissaient, lorsqu'ils étaient épanouis, les
onctions de ûlets auxiliaires pour retenir
herbier, tandis que la sarfaee supérieure ne présene
qu'un amas de tiges en contact arec la face infé-
rieure de la lignite. Le plus grand nombre de cet
tiges sont ordinairement parallèles entre elles «
comme si elles avaient été entraînas dans une di-
rection commune par le courant où elles ont flotté
eu dernier lieu.
Ce fait de débris rassemblés immédiatement m
dessouB de la limite, et jamais à sa surfaœ'sopérifor,
semble montrer que ces créatures se réonissaieii
par groupes nombreux et se fixaient,' comme b«
anatifes modernes, à des massés de bois floUantesqoi
ont été ensevelies soudainement, ainsi qne les uii-
maux qu'elles portaient, dans la vase dont raccu-
mulation a produit la marne où se trotive enveloppé
cet amas curieux de débris animaux et Tégétaus.
On rencontre aussi dans le lias des fragments ^
l)ois pctridés où sont fixés de nombreux groupes 4e
moules, dans la position que prennent les mouies
modernes sur les pièces de bois flottant.
(798) Chacun des mille bras latéraux de cetani-
mal n avait pas moins de cinquante à cent arlicb.
Le nombre des articles diminue graducUemeut i
mesure que les bras sont plus voisins do soisflKt
de la colonne vertébrale. Mais comme il j en a p>s$
de cent dans un seul des bras les plus grands ei ^
plus înrérieurs, on peut, sans crainte dexagératioo,
prendre cinquante pour moyenne du nombre deçà
pièces dans tout Tensemble des bras.
Chacune de ces pièces s*articale avec la pièce ad-
jacente par des moyens analogues aux tenoaset
aux mortaises Qu'emploie Fart oe la charpente, mais
doués de mobilité ; et les surfaces articulaires n-
rient dans leur forme ainsi que tes articles eoi-
mêmes , de façon à rendre d*autant plus facile le
mouvement en tous sens, qnMls se rapprochent da-
vantage de Textrcmité du bras où le diamètre est k
plus petit.
Tout Tensemble de ce mécanisme délicat, QV^
nous voyons se reproduire dans chacun des brasb*
téraux en particulier, nous semble disposé pour ^
double but, d*abord celui de fixer l'animal aui csj^
étrangers, puis celui de saisir la proie. Cfaacao de
articles les plus grands qui entrent dans la oomptfî:
lion de la colonne vertébrale donne oaissanee ^
cinq de ses bras; les premières phalanges de ç^
bras s'articulent avec la grande vertèbire 911 ^
porte, en se dirigeant alternativement à droi(« ^
gauche, afiu d'y trouver une position plus comn^
pour les mouvements qu ils exécutent, sarns se g^
1007
PEN
ET DE PALEONTOLOGIE.
PLU
1098
la proie de l'anîmaU en même temps qu'ils
lui servaient probablement aussi comme de
grappins, pour se tenir amarré au fond ^
ou a des corps étrangers. Lorsque les eaui
étaient agitées* ces bras se renfermaient sans
doute, et se tenaient coucliés contre la co-
lonne» dans une position à exposer à Fac-
tion de l'élément le moins possible de leur
surface; et il est probable qu'ils se fléchis-
saient ainsi que la colonne et les bras, dans
le sens du courant.
Estomac. — La cavité abdominale, ou es-
tomac des pentacrinites, se voit rarement
conservée k Tétat fossile ; elle se composait
d*une poche en forme d^entonnoir, d*un vo-
lume considérable, formée d'une membrane
contractile que recouvraient extérieure-
ment plusieurs centaines de petites plaques
calcaires anguleuses. Cet entonnoir se ter-
minait à son sommet par une petite ouver-
ture qui constituait la bouche, et qui était
susceptible de ;s allonger en une trompe
pour saisir la nourriture. Cet organe est
jilacé sur Taxe du corps, et entoure par les
bras. _ ._
Corps^ bras et doigts. — Le corps des pen-
ta rimtes, compris entre le sommet et la co-
lonne et la base des bras, est petit, et composé
du bassin et des articles costaux et scapulaires.
Les t>ras et les doigts sont longs et étalés
et présentent des appendices ou tentacules
en grand nombre. Chacun des articles qui
les composent est armé à son bord d un
l^etit tubercule ou crochet, dont la forme
varie, et qui était destiné à agir comme
organe de préhension. Ces bras et ces doigts,
lorsqu*ils étaient épanouis, devaient former
un filet d'une étendue bien supérieure au
filet des encrinites (799).
Nous avons déjà vu que Parkinson a cal-
culé que le nombre des osselets dans Ten-
erinite lys excède 26,000. Ce même nombro,
dans les doigts et dans les tentacules de la
pentacrinite briarée, doit s'élever au moins à
100,000; et si Ton y ajoute 50 autres mille
pour les osselets dès bras latéraux, nombre
de beaucoup trop petit, le nombre total des
osselets sera de plus de 150,000. Et comme
chaque os était muni de deux faisceaux de
fibres musculaires au moins, Tun pour Fei-
lension, l'autre pour la contraction, nous
arriverons è ce résultat que l'organisation
cl*une seule pentacrinite renfermait 150,000
pièces osseuses, et 300,000 faisceaux fi-
breui, remplissant les fonctions de mus-
cles, et constituant un appareil musculaire
destiné à régler les mouvements des piè-
mntnelleroent , et sans nuîre à la flexion de la co-
lonne elle-méuie.
Oans la penucriniie télé de Méduse de Tépuque
acluelle, les bras latéraux sont disposés d*espaceen
espace le long de la colonne vertébrale.
(799) I^ place qiroccupent les pentacrinites, dans
la famille des échinodemies, nous conduit à penser
que nous trouverons à la surface des doigts de pe-
îiis porté analogues à eeux beaucoup plus visibles
ées ambulacres de< oursins. Guettard les avait vus
Aans dottti*« car 11 parle d*onfices percés sur les pba-
lani;es terminales des doists et des tenlaniles.
Lauiarck dit aussi, eu décrivant les caracières gé-
ces solides du squelette, ce qui surpasse
en développement numérique tout ce que
l'on connaît jusqu'ici dans la création tout
entière (800).
Si nous observons avec quel soin, avec
quelle exquise délicatesse a ét^ construite
1 organisation dans chacun des individus de
cette espèce de pentacrinites, qui n'est
elle-même qu'un membre isolé parmi les
es^ces nombreuses de la famille presque
éteinte des rrinoidiens ; si nous comprenons
dans ce même coup d'œil tout Fensembledes
mécanismes anologues qui caractérisent les
autres genres et les aulr«^s espèces de cett«
famille curieuse, nous nous sentirons pé-
nétrés d'un étonnement sans bornes, en
voyant que tant de soins minutieux ont
été accordés au bien-être de ces créatures
qui n'occupaient qu*une place si infime
parmi les habitants dos mers anciennes;
et l'élude de ces degrés inférieurs de l'a-
nimalité ne nous convaincra pas moins irré-
sistiblement de la présence universelle et
de l'action directe d'une puissance créa-
trice, que ne le fait la contemplation des
combinaisons les plus élevées qu*il y ait
dans les mécanismes animaux, et dont l'en-
semble nous est offert dans le corps humain,
ce chef-d'œuvre de la création animale.
PERES DE L'EGUSE PlUMinVE, adop-
tent rhypothcse anléhexamérique. — Voy.
JÉHA?i (oE Sal'it-Claviex), sub fin. — Leurs
idées en cosmographie ; critiqués sans discer-
nement par M. Letronne; réfutation de ce
dernier. — Voy. Cosmographie. — Recomman-
dent f étude des lettres et des sciences. — Voy.
ibid., sub fin.
PERFECTION DE l'e:vsemble des orgahbs
Dws LES Â^\uà\:x rossihEs^ examen de cette
question. — Voy. Physiologie paléoktolo-
GIQL'E.
PÉRIODES GÉOLOGIQUES VÊGÉTA'-
LES, LKtBS CARAcrèRES. — Noils allons
présenter le résumé de ce que nous savons
a l'heure actuelle sur les conditions diverses
de la flore des trois grandes périodes aux-
quelles on a coutume de rapporter la végé-
tation fossile.
L^ débris végétaux de ces périodes se
distinguent surtout par es caractères qui
suivent :
Dans la première, les cryptogames vascu-
laires préaominent, et les plantes dicotylé-
donées sont comparativement rares.
Dans la seconde, ces deux groupes se
montrent dans une proportion à peu près
égale (801).
nériqnes des encrinites : c Les l>ranches de rom-
helie sont garnies de polypes on île suçoirs disposé.«
par rangées.
(800) Tiedeman, dans sa monofrdpkie des holothu-
ries^ des oursins et des astéries, faK voir que, dans
rétoile de mer, il existe plus de trois mille petite os-
selets.
' (801) Les plantes dicotylédonées des formations
de transition et des formations soeoodaires apfiar-
tienncnt excliiftivem<;nt à la tribo de cette dassft ffiia
forment les evradées et les conifères, c^est-à-dire la
tribu des phaîiémgaoïes gvnmosiiernies.
DicTio!«x. DE Cosmogonie et de Paléo3ITClocie
35
4099
PEU
DICTIONNAIRR DK COSMOGOME
PIR
m
Bans la troisième, lesdicolylédonécs pré-
dominent, et il y a rareté des cryptogames
vasciilaires.
Quant aux végétaux arUicIs, les deux tiers
h peu [>rès sont dicoivléilonés.
On trouve des déîiris de plantes monoco-
tyléJonées dans toutes les jiériodes des for-
mulions géologifiuos, mais elles v sont
rares.
Le nombre des plantes fossiles décrites
jusqu h ce jour est d'environ 500, dont près
de 300 proviennent des couches de la série
de transition, et presque exclusivement de
la formation houillère; environ 100 appar-
tiennent aux couches secondaires, et pi as
de 100 autres aux formations de la série
tertiaire. Outre ces espèces, il en existe qui
appartiennent à chacune de ces formations
et qui n'ont pas encore été dénommées.
Comme les espèces connues de végétaux
vivants sont au nombre de plus de 50,000,
ot-que l'élude de la botanique fossile n'est
pas encore sortie de l'enfance, il est probable
.que la terre recèle dans ses entrailles une
quantité considérable d'espèces fossiles que
ies découvertes de chaque année rcndrcHit
successivement à la lumière.
Les plantes de la première période sont
pour la plupart des fougères et des éqiiisé-
tacées gij^anlesques, ou appartienncnl à îles
familles intermédiaires par leurs caraclères
entre les formes actuelles des lycopodiacées
et des conifères, comme les lépidodendron*
les sigiilaria et lesstigmaria; à quoi il faut
ajouter un pelit nombre de conifères.
Les fougères forment un tiers environ
'4les plantes de la seconde période, et h'S
lieux tiers qui restent se composent en
4{rande partie de cycadées et de conifères,
.nvec quehiues liliacées.
-tVi-renconlre un plus grand nombre d'es-
pèces de cycadées parmi les fossiles de cette
j)ériodeque l'on n'en a encore trouvé parmi
les végétaux qui vivent actuellement à la
surface du jjlobe. Cette famille entre pour
plus d'un tiers dans toute la flore fossile
connue des fortiiations secondaires, tandis
(|u'elle ne forme pas la deux millième partie
Uc la végétation actuelle.
La végétation de la troisième période se
rapirroche beaucoup de colle de la surface
actuelle du globe.
Parmi tesfamilles actuelles, les algues, les
fougères, les lycopodiacées, les équisétacées,
l;îS cycadées et" les conifères sont celles qui
tint les relations les plus intimes avec les
lormes végétales les plus anciennes qui
, nieul existe sur notre planète.
I^famille des conifères est celle qui est
la plus universellement répandue dans les
diverses phases successives de la végétation;
elle s'accroît suivant le nombre et la diver-
sité de ses genres et de ses espèces à chaque
4'hangement nouveau dans le climat et dans
les conditions de la surface du globe. Celte
famille comprend un trois centième environ
du nombre total des végétaux actuels.
Une autre famille se montre également,
mais en petite prop^^rtion, dans toute laséric
de^ formaiiuns, r. est celle livs palmiers.
Les (onnexions que nous avons saisie;
entre ces systèmes éteints et le système ac-
tuel de végétation fournissent un ensemble
imposant d'arguments, en même temps
(ju elles ouvrent un vaste et nouveau cham»
de recherches soit aux physiologistes, sotl
à ceux qui se livrent à l'étude delà théologie
physique.
Non-seulement nous retrouvons dans la
flore fossile les caractères fondamentaux qui
distinguent entre elles les plantes endogènes
et les plantes exoj2;ènes, mais en outre, l ac-
cotai, q.ui existe jusque dans les moindres
détails entre la structure des llon1lJreu6^
familles qui la corn |)Osent et de celles ilc l'é-
poque où nous v)V(ms. ]njiquo rinnuciuc
des mômes lois régu atrives du développe-
ment des végétaux à ^es deux époques si
éloignées entre Q'.tea,
Il en est de mêcce des organes de frucliG-
cation; ce que i*on enarencontré dans les plan-
tes de toutes les formations nous mouin:
qu'à toutes les époques la production des
végétaux s'est effectuée d'après des lois cons-
tantes.
Les détails exquis d'organisation que dé-
couvre le microscope dans ee qui n est, |.our
les yeux abandonnés à eux-uiêuies, qu'uuf^
bûche convertie en lignite ou un hloc lio
houille, ne démontrent pas seulement la
corrélation parfaite qui existe entre k>
moyens et les lins pour lesquels ils ont ciô
mis en œuvre, mais ils prouvent aussi la
constance avec laquelle îles moyens sem-
blables ont été employés pour arriver à «1^
fms correspondantes dans toute la série ilc'
créations diverses qui ont modifié IcsTurnus
de la vie chez les végétaux. Ces caudiin^i-
sons d'arrangements, qui varient avec b
diverses conditions du globe, déraonlrciil
l'existence d'un architecte par rexisicncî
d'un plan; et en voyant la connexion des
parties et l'unité du but i>our lequel elles
ont été faites, dans ce tout si vaste, si com-
plexe et en môme temps si harmonieux»
nous sommes conduits à conclure que cest
une intelligence unique et toujours la môme
qui a créé toutes ces dispositions et qui b
a mises en jeu.
PERMIEN (ÉTAGE). - QuatrièmcéMcCdr
la formation paléozoïque; nom tiré de celui
4le la ville de Perm. en Russie, oà se trouve
10 type russe.
Sous la forme de grès rouge, oudcp*^
des Vosges, d'après MM. Eiiede BeauuMH'J
et Dufrénoy, cet étage commence à se mon-
trer en France au sud des Vosges, à Fa^-
mont, à Chènebie (Haute-Saône), elcnsinif
il formerait, de chaque côté des Vosges, u.u*
bantle plus ou moins interrompue. Une au-
tre large surface, également sous forme «le
grès des Vosges, commence dans laWoscHc
h f-ongeville, etc.
En Angleterre cet élajje est Irès-répamiu.
11 se montre h l'extrémité sud du comté «îe
Glam(»rgan, suit une ligne presque régulière
autour de l'étage carboniférien dans le Muf-
1101
PER
ET DE PALEONTOLOGIE.
PER
Il fis
cester* par Bridgenorth,d9nsShropshireJu$-
qiiau Denbigshire, dans le Laneashire, le
Notlinghainshire, le Derbyshire, leYorksbire,
jusqu'au Durham ou le Cumberland, ayant
ainsi, de chaque côté de Tétage carboniférien,
une direction générale presque nord et sud.
On en trouve encore au nord de I Ecosse.
En Allemagne, dans le grand duché de
Bade, Féta^^e, sous forme de grès des Vos-
ges, se montrerait en lambeaux dans la fo-
rêt Noire, etc.
La plus grande surface connue de Tétage
permien existe en Russie.
D*a|)rès les fossiles, M. de Koninck pense
que I étage occuperait encore une partie de
la rade de Bell-Sound au Spitzberg* au 80'
<!ogré de latitude nonl et une partie de la
Tasmanie. On napasencorerecoimu Tétage
<lans rAmériquc septentrionale.
L'épaisseur de l'étage est très- variable ;
mais voici quelques-uns des points où cette
é|)aisseur est plus grande. On a trouvé que
les ^rès dos Vosges, près de Raon-l'Etape,
avaient de 500 à 5'tO mètres de puissance, et
que près de Heidelberg ils montraient 650
mètres. Dans le Hartz , les grès rouges ont
olfcrt jusqu'à 1,000 mètres, ce qui suilit
pour prouver que l'étage a duré un laps de
temps assez considérable.
Caractères paie ontologiques. — Le |>eu do
renseignements que nous avons sur crt
éX9i'^e nous donne pourtant la certi tuile,
pour les animaux, comme M. Brongniart la
reconnu pour les plantes, que Tensenible
zoologique annonce des relations bien plus
intenses avec l'étage carbonîférien qu avec
fes dépôts triasiques. Les anima\ix et l'es
platites, par leurs uiraclères généraux^ pia-
eoraient donc Téta^e permien aussi bien
comme intermédiaire à ces deux époquçs,
que la superposition même. Ainsi, sous ce
rapport, tout concorde : la géologie et la
paléontologie. Voici, d'après les données
a<;tuelles, les caractères distinctifs de cet
«itage.
Pour séparer l'étage permien de l'étage
carbonîférien, indépendamment des 56 gen-
res aue nous voyons naître et disparaître
dans Vétage carboniférieu, nous avons en-
core 46 genres qui s'éteignent dans Tétage
cart)oniférien, et qui, au moins jusqu'à pré-
sent, sont inconnus dans l'étage permien,
re qui donne un total de 1(^ genres , pour
distinguer, comme caractères négatife, l'é-
tage permien de l'étage carbohiiérien. En
supposant même que les nouvelles dé-
couvertes viennent en diminuer le nombre,
ce qui est très-probable , il en restera tou-
jours assez pour séparer ces deux étaj^es.
Pour distinguer l'étage permien de 1 éiagi^
conchylien, nous avons w genres inconnus
à rétazo permien , et, ayant ))aru seulement
dans 1 étage conchylien, ces genres réunis
aux 102 autres négatifs propres à distinguer
I*étage carbonifénen, nous donnent l&â gen-
res pouvant offrir des caractères négatifs
pour séparer l'étage permien des étages su-
périeurs et inférieurs qui l'accompagnent
clans l'ordre chronologique.
Il natt avec l'étage pertnien les genres
suivants qui, encore inconnus à l'étage car-
boniférieu, peuvent servir de caractères po-
sitifs pour l'en distinguer. Parmi les repti-
les, les genres nothosaurus^ proterosaurus.
Parmi les poissons, les genres gyroprisïis^
dictea^janassa^ acrodus et strophodus. Parmi
les mollusques lamellibranches, les genres
panopaa^ osirea et myoconcha. Parmi les
mollusques brvozoaires, le genre kérato-
phytes. Parmi les zoophytes, le genre sténo-
pora. Ainsi « parmi le petit nombre de fos-
siles décrits jusqu'à présent, il nous reste
encore 12 genres pouvant servir de caractè-
res positifs, pour distinguer l'étage per-
mien, où ils paraissent i our la première
fois.
Pour séparer l'étage permien de l'étage
conchylien, nous avons, comme caractères
positiis du premier un ensemble de 13 gen-
res-, qui peuvent, aujourd'hui, nous donner
des caractères distinctifs entre l'étage per-
mien et l'étage conchylien.
Aux caractères paléontologiques tirés des
genres nous pouvons ajouter dos caractères
plus certains encore, et surtout moins vana-
bles, donnés par les espères. Indépendam-
ment des animaux vertébrés et annelés, dont
on connaît un bon nombre d'espèces et des
niantes, nous connaissons en animaux mol-
lusques et rayonnes seulement, 91 espèces.
Ces 91 espèces seront dr::c pour nous au-
tant d'espèces caractéristiques qui, suivant
leur zone habituelle d'habitation, pourront
servir à faire reconnaître l'éla^^e permien.
Parmi ces espèces, les plus répandues en
Angleterre, en Allemagne et en Russie, au
Spitzberg, et môme en Tasmanie, sont les
suivantes : panopea lunula^ mytilus hauS"
manni^ aticulaspetuncaria^ productusleplayi^
cancrini horridus^ lewisianus^ geinitzianuSt
rhtjnchnneiia schlotheimii^ cyrthia cristata^
spin'gera pertinifera. Ainsi, nar ces espèces,^
nous avons la certitude que les dépôts d'An-
gleterre, d'Allemagne, de Bussie, jusqu'à la»
mer Glaciale et même jus(|u'au Spitzhcrg,
étaient contemiiorains et faisaient j^artie des
mêmes mers. 11 ressort en^ ore de celte ré-
partition, qu'une température presque é^ale
existait depuis l'Angleterre jusqu'au Spitz-
berg, c'est-à-dire jusau'au 80* degré de la-
titude nord, aujourd nui séjour d^s fiimas
éternels et di^s glaces. Lorsque l'étage car-
boniférieu a terminé sa période, sans doute
par suite des grandes perturbations géologi-
ques que nous avons signalées {Voy. Carbo-
niMmiEif), l'élégante flore et la nombreuse
faune de l'étage carbonifôrien ont cessé
d'exister. Alors, pendant que ces légères
fougères arborescentes, que ces végétaux si
variés étaient ensevelis pour toujours dans
les couches terrestres, nous voyons s'étein-
dre 102 genres ; en même temps que 1,0^T
espèces d'animaux mollusques et rayonnes,
sans compter les nombreux animaux verti- -
brés et annelés qui concouraient à former
la faune de l'étape carboniféri/*n. Après cetîn
catastrophe , qui atteignait à la fois toute la
nature, il est probable que le calme s'est peu
11.03
PER
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
PER
m
à peu rétabli : les mers sont entrées dans
. leur nouveau lit, les continents ne sont plus
. envahis par les eaux , et notre planète, à la
suite d'un laps de temps considérable, se
repeuple de végétaux et d'animaux. Quel-
ques plantes sont arrivées jusqu'à nous; et
avec elles, 12 genres d'animaux inconnus
dans l'étage carboniférien, ainsi que 91 es-
pèces toutes distinctes des espèces de l'étage
précédent; débris qui témoignent encore
de l'existence de cette faune spéciale. Cet
état de chose a, sans doute, duré longtemps,
k en juger par la puissance de mille mètres
de couches déposés sur quelçjues points.
Pendant cette période, il y avait des mers et
des continents.
Les mers permiennes, soumises k toutes
. les causes physiques qui existent aujour-
d'hui, offraient des animaux voisins, comme
ensemble de caractères, des autres étages
paléozoïques précédents. Ils offrent, par
exemple, les mêmes genres que ceux de
Tétage carboniférien, mais encore des genres
et surtout des espèces bien distinctes. Cette
faune se composait de deux genres de rep-
tiles, sans doute riverains et marins; de cinq
genres nouveaux de poissons placoïdes et
f;anoïJes seulement, de crustacés, de mol-
usques de toutes les classes, parmi lesquels
trois genres nouveaux. Les huîtres {ostrea)y
par exemple, commencent à se montrer avec
Suelques zoopbytes inaperçus jusqu'alors.
)n connaît encore de ces mers les plantes
marines suivantes de Thuringe, citées par
M. Brongniart :
ILCCES.
Catilerpiles sela^inotdes .
Caulerpites peclmalus ,
Caulerpites spharicus,
Zoiiabiies di^italus ,
Chondrites virgatus.
Sternb.
Slemb.
Slcrnb.
Slernb.
Mùnsler.
Les continents, qui Devaient être peu-
f)lés d'animaux aussi variés que ceux de
*étage carboniférien, ne nous ont laissé
d'autres traits d'animation que des plantes.
M. Brongniart les regarde comme intermé-
diaires entre les formes carbonifériennes et
les formes végétales des terrainfis triasiques,
ou môme comme le complément de la pre-
mière flore, observation'tout à fait en rap-
port avec ce que nous avons dit de la zoolo-
gie marine. ( Voy. Silurien. ] M. Brongniart
pense qu'on pourrait peut-être identifier
' quelques sphenopteris et peeopterisde Mans-
feld ( Thunnge) et de Lodève, ce qui établi-
' rait encore des rapports plus intimes que
l'ensemble des genres entre l'âge de ces
deux localités.
La faune marine identique qu'on trouve
des deux côtés du monde , et jusqu'au 80*
' degré de latitude, nous donne la certitude,
comme pour les étages précédents, que la
chaleur centrale de la terre neutralisait to-
talement, durant l'étage permien, l'influence
des lignes isothermes.
Les oscillations du sol existaient proba-
^'blement pendant l'étage permien, qui, du
' reste, paraît aussi avoir été soumis à toutes
les causes physiqyes que nous voyons prési-
der aujourd'hui aux phénomènes de lu n&-
ture.
Cette époque se serait terminée, commo
toutes les autres, par une perturbation géo-
logique dont nous trouvons encore des traces
dans la discordance de stratification, dans la
surélévation de cette surface immense de
l'étage permien en Russie, etc.
PERTURBATIONS GEOLOGIQCES. -
Nous allons aborder un sujet du plus haut
intérêt, mais d'une grande difficulté dans la
science qui nous occupe. A la partie de pure
observation vient naturellement se joindre
ici celle des théories par lesquelles on essaye
d'expliquer les phénomènes. Le lecteur sera
juge de la valeur des théories présentées à
cet égard et des considérations élevées que
renfermera eet article, qui sera une analyse
du travail, sur cette matière, d*un des plus
éminents paléontologistes de notre époque,
M. Aie. d'Orbigny.
Si les causes naturelles actuelles avaient
seules agi sur la formation de la croûte ter-
restre, on trouverait une succession non in-
terrompue de couches parallèles, se suifaut
des parties les plus anciennes jusqu'aui plus
modernes et contenant des espères animales
identiques, reproduites des premiers tenfps
de l'animalisation jusqu'à nos jours. La oir*
conscription des mers et des continents se-
rait toujours restée la même, en supposant
que ces premiers grands traits de la nature
eussent pu exister sous ces seules influen-
ces ; mais la plus légère inspection prouve,
au contraire, que de nombreux changements
ont eu lieu à la surface de la terre à diffé-
rentes époques. Des chaînes de montagnes
se sont élevées les unes après les autres; l<^
ruers ont changé plusieurs fois délit; des
couches consolidées se sont disloquées de
diverses manières, et l'ensemble des êtres
s'est renouvelé plusieurs fois, de telle sorte
que les premiers ne ressemblent en rien à
ceux de l'époque moyenne, et que les der-
niers parus sur le globe diffèrent complète-
ment des uns et des autres. La nature ac-
tuelle ne peut expliquer tous ces granits
faits, tous ces changements successifs, et ii
devient indispensable de recourir à des ai^ents
plus puissants, à des causes plus actives, que
la géologie seule peut nous fournir, et que
nous révèle l'étude des catastrophes succes-
sives que notre planète a subies.
§ I. — Causes des perturbations géohgiq*t^*
Pour arriver à décrire les effets de ces
grandes révolutions géologiques, il convient
d'abord d'en chercher les causes. M. Elle de
Beaumont, à qui les sciences sont redevables
de si précieux travaux, a conclu l'ingénieuse
pensée ^e toutes les dislocations du giot)«
provenaient du retrait des matières produit
par le refroidissement du globe terrestre, et
il attribue, avec juste raison, la fin de cha-
que époque géologique à des perturbaiions
de ce genre.
• Cherchons, en effet, l'influence possibl^J
du refroidissement sur un corps sphérique
fl05
PER
ET DE l'ÂLEONTOLOGIE.
PER
1106
Uue imlle de ploîiib, |>ar exemple, coupée en
deux, montre toujours un vide au centre. Ce
Yide intérieur est certainement la ix)nsé-
Îuence du retrait. Il est le résultat du refroi-
issement qui s*est opéré graduellement de
Textérieur à Tintérieur, et qui a placé les
molécules de plomb Tes unes sur les autres,
au fur et à mesure qu'elles cessaient d*étre
en fusion, jusqu'à laisser vide au centre la
surlace procluite par la différence de volume
du métal fondu à son état parfait de consoli-
dation. En appliquant cette expérience très-
simple au globe terrestre « nous verrons
aussi que le refroidissement peut amener
des perturbations d*une puissance incalcu-
lable
La terre foriiie, non une sphère régulière,
mais un sphéroïde isolé de toutes parts dans
Tespace. Les mesures directes des méri-
diens terrestres ont ou pour résultat de
constater que la terre est sensiblement apla-
tie vers les pôles. Cette forme, celte plus
grande convexité de la zone équatoriale, pla-
cée dans le sens de Taxe ue rotation du
globe terrestre, est très-importante à cons-
tater; car elle annonce qu'ainsi que la balle
de plomb la terre n*a pas toujours été so-
lide, et que cette disposition a été produite
par l'action combinée de la rotation et de la
force centrifuge, lorsque les matières qui la
composent étaient à Tétat pâteux , ou mieux
en fusion par suite de la chaleur.
^ Tout parait donc prouver que la ferre était
d abord en incandescence. Pour arriver de ce
premier état pâteux à la consolidation que
nous lui connaissons aujourd'hui , il a fallu
nécessairement qu'elle subit l'effet du rayon-
nement vers l'espace céleste et qu'elle se re-
froidit extérieurement, comme nous l'avons
vu pour la Italie de plomb; mais ici, vu la
différence de volume et la concentration du
foyer de chaleur dans l'intérieur du globe
terrestre, la comparaison avec la balle de
plomb ne montre plus des résultats identi-
ques, et le vide, au lieu d'être au. centre,
reste entre la partie extérieure consolidée et
la masse intérieure incandescente et toujours
à l'état pâteux. En effet, le refroidissement
par la surface extérieure, à la suite de rup-
tures sans nombre, a dû, après un laps de
temps considérable, former une espèce de
croûte consolidée. Dès l'instant que cette
croûte compacte s'est trouvée assez épaisse
pour former une partie résistante, le retrait
lies fnatières, déterminé par leur différence
de volume à l'état de fusion ou à l'état pâ-
teux, a dû laisser des vides entre la pellicule
extérieure durcie et la masse centrale. Cette
croûte extérieure dure, n'étant plus soutenue
dans toutes ses parties par la pâte intérieure,
s*e>t affaissée sur elle-même en se disloquant
de toutes les manières, et a produit les reliefs
et les cavités de la surface de notre globe,
qui, bien qu'ils aient peu de saillie relative-
ment au diamètre de ta terre, n'en sonfr pas
moins d'une haute importance dans les grands
foits géologiques. Ce sont des révolutions de
cette nature, se succédant à diverses repri-
ses depuis la i»rcmière consolidation terres-
tre jusqu'à présent, qui, de plus en plus
considérables, puisque la croûte terrestre^
devenait de plus en plus épaisse, ont çillonné
suc-cessivement la terre de ses chaînes do
montagnes et de ses larges dépressions.
Si la terre n'avait à sa surface extérieure
ni atmosphère, ni eau , les dislocations dont
nous venons de parler n'auraient eu qu'une
conséquence purement locale, en changeant
seulement la surface du sol sur le lieu des
dislocations et en lui faisant prendre succes-
sivement des formes diverses; mais, comme
il est, au contraire, recouvert d'une masse
considérable d'eau, leurs effets ont été géné-
raux, et ont, à chaque époque, causé des per-
turbations extérieures sur tous les points du
globe à la fois, lors même que ceux-ci su-
bissaient seulement des dislocations par-
tielles. Voici de quelle manière nous nous
expliquons ces faits.
Supposons un instant que la terre soit, sur
auelques parties de son périmètre, refroidie
e manière à montrer, en a, la matière in-
candescente du centre du globe terrestre, en
6, lacroûte extérieure consolidée supportant
en c les eaux des mers également reparties
à sa surface, et en d le vide compris entre la
partie refroidie et la partie à l'état de pâte
subissant aussi un retrait par le refroidisse-
ment. Lorsque cette croûte consolidée ^'af-
faissera dans le vide, qu'en résultera-t-il T
Alors les couches solides se disloqueront en
se divisant plus ou moins. Des fragments,
subissant l'effet de bascule, s*ab!iperopt d'un
côté dans les mers, tandis que, de l'autre,
ils se soulèveront et viendront surgir en de-
hors.des eaux et former des chaînes de mon-
tagnes en pente douce d'un côté et abruptes
de l'autre, comme l^'s Pyrénées et les Andes.
D'autres fois , les deux parois de la rupture
se soulèveront, et les matières incandescen*»
tes, pressées par les parties latérales affais-
sées, viendront sortir par l'ouverture béante
qui la sépare. Enfin quelques surfaces, in-
termédiaires entre ces axes de soulèvement,
se plisseront ou s'affaisseront en grande
masse et resteront sur les parties incandes-
centes centrales dans *ine positi'm presque
horizontale.
Voici ce qui arrive pour les parties solides
de la croûte terrestre, comme on peut s*en
assurer en parcourant les Pyrénées, les Al-
pes, les Andes. Mais, que deviennent les
eaux pendant cette rupture, pendant cette
dislocation de toutes les parties solides qui
les supportaient ? Mises en mouvement par
suite du déplacement subit des matières,
mues avec violence, les eaux ont dû envahir
les continents et tout ravager à leursurfMHs
tandis qu'elles apportaient des sédiments
considérables vers les nouveaux t^ssins des
mers que venaient de tracer ces dislocations.
Pour nous familiariser avec ces phénomè-
nes destructeurs dont les gigantesques effets
effrayent au premier abord notre esprit, et
dont nous trouvons à chaque pas des preu*
ves non équivoques dans la nature géolcmi.
que, voyons ce que peut produire le dépla.
cernent des matières dans les eaux. Tout le
4f07
PFR
DICTlONNAlRi: DE COSMOGONIE
PER
m
monde a remarqué qu*une pierre jetée dans
un lac tranquille y forme, à la surface des
eaux t des ondulations qui couvrent une
étendue considérable, de plus de lOO^OÎK) fois
son diamètre; ce qui est le moindre dépla-
cement que nous puissions choisir. Car, si
nous parcourons en bateau à vapeur le cours
de la Seine, de la Gironde, du Rhône, de la
Tanâse ou du Rhin, nous voyons se produire
jiarlout sur notre passage des lames de pro-
jection qui s*élèvent à une assez grande nau-
tcur et durent longtemps après le passage
du corps étranger qui les a produites. Lors-
qu'on voit, par exemple, que la seule impul-
sion du vent, à la surface des mers, cause
ces all'reuses tempêtes dont les lames ren-
versent les constructions les plus solides, on
sera forcé de convenir que, sans sortir des
causes naturelles, on aura déjà une légère
idée de ce que peut produire la force des
eaux mises en mouvement; mais, lorsque
nous recourrons aux causes géologiques',
ces effets changeront encore de proportion.
M. Vincendon -Dumoulin nous a assuré
aue le tremblemenl de terre éprouvé au
hili en 1838, bien qu'il n'eût modifié qu^à
peine la surface du soi, s*était fait sentir à
73 degrés, ou à l'énorme distance de 6,000
kilomètres, jusqu'aux lies de l'Océanie.D'un
autre côté, sur les côtes du Pérou, les grands
tremblements de terre ont ravagé toutes les
villes du littoral. A Tinstant même des se-
cousses, la mer, balancée avec force, envahit
la côte, entraînant avec elle une immense
uuantité de sable et de galets sur les marais
uu Rimac, près de Lima. Alors les eaux,
poussées alternativement avec une extrême
violence, transportent de gros navires à près
de quatre kilomètres dans Tintérieur des
terres.
Lorsqu'on voit que de semblables mouve-
ments ont eu lieu dans les eaux, sans que le
sol ait subi d'autres changements que des
exhaussements partiels de quelques mètres,
on peut se demander ce qui devait arriver
lorsque les Alpes, les Pyrénées, ont pris
leurs reliefs actuels , ou bien lorsque la
chaîne des Andes a formé une dislocation
uniforme deSOdegrés ou de 4,000 kilomètres
de longueur ; car nous ne pouvons juger que
l'extension de la partie qui a sur^ji au-des-
sus des mers, sans pouvoir apprécier l'éten-
due des parties, bien plus considérables en-
core, qui se sont atTaissées dans les eaux.
Si nous avons vu la petite pierre de quel-
ques centimètres jetée dans un lac tranquille
produire, à la surface des eaux, des ondula-
tions proportionnées à son volume, mais
dont on peut suivre les effets à une distance
évaluée a plus de cent mille fois son diamè-
tres, on se figure ce qu'il adviendra quand
des dislocations commecelle de la chaîne des
Andes occuperont en longueur 50 degrés
d'extension, ou la septième partie de la cir-
conférence du fflobe terrestre; la terre tout
entière, maigre son grand volume mesuré
sur notre taule, n'ayant que 360 degrés de
périmètre. Il ne sera plus permis alors de
douter des conséquences universelles d'une
révolution semblable, et ntême de lieaucoup
d'autres d'une moins grande extensioD^el
Ton pourra se faire une juste idée des raTa-
ges extraordinaires que ces épouvantables
déluges ontdA occasionner à la surface de
la terre, surtout à l'instant où tous les nia
veaux terrestres et marins étaient changés
par suite des dislocations qui en sont la
cause, et où des masses considérables de sé-
diments encore à l'état meuble pou?aienl
être transportées par le mouvement des
eaux. On ne trouvera plus extraordinaire
S|ue toute la faune terrestre soit détruite à la
bis par l'action immédiate des eaux, tandis
que la faune marine Test en même temps
par le transport des molécules terrestres et
par la prolongation du mouvement des eaui.
M. Elie de Beaumont a reconnu, avec sa
sagacité ordinaire, que les monvements de
dislocation terrestre n'ont pas été partiels,
mais qu'ils se sont manifestes sur de grandes
lignes affectant une direction donnée, comme
on peut le voir dans la chaîne des Pjr^néef,
dans certaines parties des Alpes, et, sur une
plus grande écnelle, dans les Andes et dans
rHimalaya. En effet, lors même que les
points culminants ne sont pas très-élendus,
on reconnaît que les ruptures voisines ont
souvent eu lieu dans un même sens, ]'aral-
lèle à ces points culminants. Il résulterait
de cette ingénieuse conclusion, en rapport
avec les faits, que chaque dislocation terres-
tre aurait eu beaucoup d'extension. Si, pour
à présent, nous n'en voyons que les effets,
nous aurons au moins la preuve que chacune
des révolutions auxquelles on doit le soulè-
vement d'un système de montagnes a dû
produire une perturbation générale sur les
sédiments et les animaux qui se déposaient,
et sur les couches de l'écorce terrestre déji
consolidées.
S II. — Effets des perturbations géologique
sur les couches sédimentaires en étal rff
formation f et sur les faunes terrestres r<
marines quelles renferment^
Prenons la terre dans un de ces longs in-
tervalles de repos qui se sont succédé, a plo*
sieurs reprises, depuis la première animali-
sation du globe. Laissons-Ia su bissant encore
lentement les effets de toutes les circonstan-
ces naturelles passives, décrites à l'artide
CoDCHES SÉDIMENTAIRES, ct qui aujounrhuJ
sont en |)leine activité sur nos continents,
dans nos mers. Voyons ce qu'une dislora-
tion comme celle des Pyrénées ou des Andes
pourra produire sur l'ensemble de la nature.
Nous avons dit que, mises en mouYcnient
par suite du déplacement des matières, ct
poussées avec violence sur les conlinenl*,
les eaux ont dû les couvrir entièrement, et
détruire à la fois tous l«s animaux terres-
tres. C'est, en effet, ce qiie les études de
M. d^Orbigwy sur l'Amérique lui ont permis
de croire, en observant, à côté de l'immenî^
chaîne des Andes, cet pssuairc non moin-^
considérable des pampas de Buenos-Ayrr^-s
formé seulement sur une surface denviroji
quatre-vingt-quinze mille kilomètres carrés di
1109
VER
ET DE PALEONTOLOGIE.
^ER
1110
suptrfUie^ de limon rou^^eâUe enveloppant
des squelettes entiers et des os séparés de
mammifères. On conçoit que ces propor-
tions gigantesques des dépôts à ossements
de mammifères excluent toute idée d*un
charriage dû à la seule action des affluents
terrestres, qui, comme on Ta tu [Voy. Cou-
ches sÊDiMBNTAnBs), uc transportent que
rarement des animaux, et ne pourraient, en
aucune manière, produire des résultats sem-
blables.
Nous croyons donc pouvoir attribuer aux
seules perturbations géologiques Tanéantis-
sement complet des races d'animaux terres-
tres qui couvraient le globe aux dernières
époques antérieures à la nAtre, et leur dépôt
dans les limons rougeâtres, à tous les niveaux
terrestres, depuis le bord de la mer jusqu'à
4,000 mètres au-dessus, sur les plateaux des
Andes, où on les retrouve. C'est ainsi que se
sont formés les grands dépôts à ossements
des pampas, et ceux des plateaux des Andes,
et probablf-ment ceux de Sansan, dans le
département du Gers. C'est encore à des
mouvements semblables que nous crojons
devoir attribuer le dépôt des ossements de
mammifères dans les cavernes.
La manière dont ces ossements y sont
tiéposés par lits, peut prouver, comme
M. Constant Prévost l'a également pensé,
ifu'ils y ont été portés par les eaux, qui les
ont presque partout enveloppés du même
limon rougeâtre, et disposés en couches
horizontales. En effet, on doit supposer que,
lorsqu'ils n'étaient pas enlevés par les eaux
et transportés au loin, les mammifères ix)u-
Taient être jetés dans les fissures produites
par les dislocations récentes ou anciennes
du sol, ou dans les cavités de même nature
f Téées par la nouvelle dislocation, auxquelles
ou a donné le nom de cavernes à ossements.
La présence des mêmes espèces dans le
limon rouge des cavernes du Brésil, si bien
explorées par MM. Lund et Clauzen, et dans
le limon de même couleur des pampas, dé-
montre que la même catastrophe les a por-
tées où elles se trouvent auiourd'hui.
Tant que les cavernes n ont pas été com-
blées, et qu'elles ont donné accès aux eaux,
elles ont pu recevoir des animaux et des
sédiments. Il en résulte que les dépôts d'une
même caverne peuvent appartenir à des
Â^es géologiques très-différents, et être, par
exemple, composés de couches distinctes,
contenant des animaux de faunes successi-
Tes. C'est, en effet, ce que M. Lund a déjà
observé dans les cavernes du Brésil, et ce
qu'on a également reconnu sur quelques
autres points de l'Europe, où les cavernes
ont été étudiées avec plus de soin, comme
les poches à ossements de Montmorency,
bien observées par BIM. Constant Prévost et
Desnoyers; la caverne d'Ash-Hole, étudiée
par M. Lyte, etc., etc.
En résumé, è chaque grande dislocation
du globe, les animaux terrestres ont été
détruits, à la surface de la terre, par l'enva-
hissement subit des eaux de la mer, qui ont
Doyé et entraîné les mammifères et les rep-
tiles, plus propres au sol, tandis que les ani-
maux iluvialiles et lacustres étaient anéantis
par la seule apiiarilion de l'eau salée, qui
asphyxie immédiatement les êtres organisés
pour vivre seulement dans les eaux douces.
Nous avons été témoin , dit M. d'Orbigny,
dans le golfe de Luçon (Vendée et Charente
Inférieure), d'un fait qui, indépendamment
de nos expériences partielles, prouve ce que
nous venons d'avancer. Pour nettoyer les
grands canaux d'écoulement, il est d*usage
de couper [périodiquement les plantes aqua-
tiques et de lâcher ensuite les écluses à
marée basse, afin que le courant entraîne le
tout vers la mer. ^ous nous trouvions sur le
bord du canal, au point où le courant d'eau
douce fut atteint par le flux de la marée
montante. A l'instant où les poissons d'eau
douce, comme les brochets, les perches et
les tanches, entraînés avec les plantes, tou-
chaient Veau salée, ils s'agitaient beaucoup,
sautaient hors de Teau, ou s'élançaient à
terre avec violence, pour se soustraire à
l'élément envahisseur, qui pour eux était un
poison subit, et ils mouraient asphyxiés
après quelques minutes de cette extrême
agimtion.
Si l'exhaussement des grands systèmes de
montagnes a pu produire l'anéantissement
subit des faunes terrestres, nous allons cher-
cher ce qui a dû avoir lieu sur les sédiments
marins meubles et sur les faunes marines.
Par la nature même de ces révolutions géo-
logiques, nous pouvons juger qu'il s'est
opéré partout des changements de niveaux.
]>es terres, depuis longtemps émergées, ont
été englouties sous les eaux; tandis qu'au
contraire certains points du fond des Océans
ont surgi à sa surface, et viennent former de
nouveaux continents. On peut se faire une
idée du chaos qui devait exister, lorsque les
eaux balayaient, d'un côté, les anciennes
terres, en enlevant les particules terrestres,
et battaient en brèche, de Tautre, les non*
velles couches soulevées, qui, souvent for-
mées à leur surface de sédiments non encore
consolidés, se délayaient dans les eaux et
formaient comme une espèce de boue. Sup-
posons encore, pour compléter le tableau,
que ces eaux recevaient de plus Taction im-
médiate des gaz, des acides sulfureux et
autres, que pouvaient y amener du fover in*
candescent les nouvelles fissures de 1 écorce
terrestre, on doit donc croire qu'une masse
considérable de sédiments s est trouvée en
mouvement avec les eaux, et que cette
masse, même au milieu de cette instabilité
des choses, a dû commencer, par les lois de
l'équilibre, à niveler les nouvelles inégalités
de la surface terrestre. Les gros cailloux ont
sans doute été les premiers ei> place; et, à
mesure que la tranquillité renaissait, les
autres sédiments, comprenant des restes
d'animaux terrestres et marins, sont Tenus
former le fond des nouvelles mers.
Quant aux animaux marins, qu'ont-ils )m
devenir dans cette catastrophe? Supposons-
les un instant sur le même lieu de la dislo-
cation. Pour les animaux côtiers,nous avant
Illl
PER
DlCTlOiNNAIliE DE COSMOGONIE
PER
illi
iru {Voy. Couches sÉumENTAiiiKs) qu'ils ont
presque tous des zones d'habitation propres
qu'ils ne iranehissent pas; qu'ils sont spé-
ciaux, dans ces zones de profondeur, à des
natures distinctes de sol; que les uns ne
yivent que dans le sable, les autres sur les
rochers ou dans la boue. On conçoit que
tous les nÎTcaux étant changés, ceux de ces
animaux qui sont fixes se trouveront, sur
les parties disloquées, poussés au sommet
d'une nouTelle montagne, dans les vallées
S[ue celle-cî vient de creuser, ou placés au
ond des nouveaux océans. Enfin, sur les
points qui ont souffert de grandes perturba-
tions, les animaux côtiers nxes seront placés
h tous les niveaux, et, dès lors, très-rare-
ment dans la zone propre à leur existence.
Pour les animaux côtiers libres, transportés
subitement avec tous les sédiments alors en.
mouvefiient, ils iront à des profondeurs
diverses, dans les grandes cavités, niveler le
fond de ces nouvelles mers, et se trouveront
presque toujours à des niveaux où ils ne
peuvent vivre, dussent -ils résister à l'action
prolongée du mouvement des eaux. Les
points des continents qui n'ont pas été
immédiatement disloqués ont au moins dû
subir l'action du changement de niveaux
dans les eaux qu'apportent les nouvelles
dislocations. Alors les animaux côtiers se-
ront émergés, placés au-dessus des eaux, ou
se trouveront bien au-dessous de leur zone
d'habitation. D'ailleurs, en supposant même
qu'ils puissent résister à l'action du mouve-
ment, rarement se trouveront-ils, par suite
du transport des sédiments et des change-
ments de niveaux, dans des conditions favo-
rables de vitalité. En voyant une simple
tempête suffire pour enlever les animaux
marins des côtes (Voy. Couches sédimentai-
REs), et en détruire un grand nombre, soit
en remplissant de sable, de sédiments, leurs
branchies et leurs coquilles, soit en les
blessant par le choc, nous sommes portés à
oroire qu après des mouvements semblables
il ne pouvait pas rester d'animaux côtiers
vivants, et que tous, comme les animaux
terrestres, devaient .être anéantis. C'est en
effet le résultat que nous donne, sur tous les
points du globe, l'étude comparative des
étages géologiques et des faunes qu'ils ren-
ferment.
Les animaux pélagiens, libres dans les
océans, comme les poissons, les céphalopo-
des, n'ont pas eu plus de chances d'existence
que les animaux terrestres et côtiers; car,
FI us sensibles que les autres au mélange de
eau, irl suffit, pour les étouffer, qu'une
quantité très-minime de sédiments terreux
y soit répandue. Nous avons fait, dit
M. d'Orbigny, des expériences sur des sè-
ches, sur des calmars, ainsi que sur des
poissons, et nous avons toujours vu ces
tnimaux périr après quelaues instants. Les
céphalopodes mêmes, laissés dans la teinture
noire qu'ils jettent ordinairement derrière
eux en s'enfuyant, meurent asphyxiés. Nous
devons donc croire que, mélangées de sédi-
ments» et peut-èlre encore de liquides sul-
fureux sortis des fissures terrestres, el m
en mouvement par suite des dislocations,
les eaux ont dû certainement, à la 11b lie
chaque grande période géologique, anéaolir
les animaux pélasiens.
Ajoutons que Tes animaux terrestres et
marins d'une faune géologique ont dû être
anéantis à la fois, et que tous les restes qù
se trouvaient dans les couches meubles de
la surface des continents et des mersontpu,
dans ces instants de perturbation, être ib<-
langés et portés sur des points différents de
ceui où ils ont vécu. On pourrait aussi te
rendre compte de ces étages entiers m
manquent sur un point, tandis qu'on les
voit en lambeaux syr d'autres, plus oumoios
éloignés, et de ces mélanges singuliers, mais
rares, de restes d'animaux terrestres et iqi-
rins. Comme le mouvement exerçait simnl*
tanément sur beaucoup de points de Tétage
qui venait d'être interrompu, on doit lui attri-
buer ces mélanges moins importants de co-
quilles et d'animaux oui ont Técu sur de&
lieux voisins, mais Je nature différente,
comme ceux des rochers, des pla^s vaseuses
et des plages de sédiments plus fins, etméoie
les mélanges de coquilles terrestres et ma-
rines qui ne pouvaient vivre ensemble
La question de savoir si ces mouvements
des eaux ont été prolongés, et si, entre la
fin de chaque époque géologique, à rinstaot
où de nouveaux êtres ont été créés, dans
l'étage suivant , il s'est écoulé un laps «in
temps considérable, nous parait résolucasseï
affirmativement par beaucoup de faits. Si le
mouvement avait été instantané et si une
nouvelle faune était venue immédiateineGi
remplacer l'ancienne, un grand nombre des
restes de cette ancienne faune pourraientse
trouver mêlés aux êtres de la nouvelle '«mais
l'observation directe prouvant généralement
le contraire, puisque les mélanges sont du
exceptions très-rares , on en doit conclure,
que le mouvement a été asspz prolongé, et
1 espace de temps assez éloigné pour dé-
truire, par l'usure ou autrement, les rejl«
organisés qui, après une grande révolution
géologique, se trouvaient a la surface.
Nombre d'autres faits géologi(^ues vien-
nent le prouver également : les cailloux for-
mant poudingues et ne contenant aucuns
fossiles, de la hase de l'étage falunien df
Carry (Bouches-du-Rhône) ; ceux de la ba«
de 1 étage parisien , situé entre Barrêœe et
(lévaudan (Basses-Alpes), les cailloux qutft-
zeux de la base de l'étage toarcien ou duiias
supérieur de Thouars (Deux-Sèvres), ainsi
que toute la surface de sédiments qn/^
rencontre souvent sans fossiles à la base u'oo
étage. H en est de même des dénudatioDi
profondes exercées par les eaux, entre i*
dernières couches d'un étage et les preroièrti
du suivant et même de l^nlèvement com-
plet, sur quelques points de l'étage ectier.
A ces preuves ajoutons l'usure, ou lc|»oli?-
sage de l'étape inférieur, avant que celoi<î'«
lui succède immédiatement ait déj^osé de*
restes de corps organisés. Nous cileruns
entre autres, aeux exemples de ce genrf.
1115
PER
ET OE PALEONTOLOGIE.
PEU
Itll
Ton à Lioo (Calvados), où, sur le bord de la
mer, on roit que les dernières couches de
Tétage bathonien, composées d'un calcaire
aréoacé blanc, ont été usées et polies par les
eaux, ayant que les premières couches de.
Tétaçe callovien , composées d^argile bleu ,
se soient déposées; Tautre, très-remarquable,
près d'Entragues (Basses-Alpes). On recon-
naît que les couches de Tétage toarcien ont
étié usées, corrodées par les eaui , en même
femps que les fossiles qu'elles contenaient,
comme Vammonites bifrans^ avant le dépôt
des couches de Tétage bajocien, alors de cal-
caire marneux noir» et ce phénomène se
manifeste sur une grande surface de terrain.
Nous pourrioas encore citer beaucoup d'au-
tres faits.
En résumé, chaque fois qu'un système de
montagnes a sur^ au-dessus des océans, la
faune existante a été anéantie par le mou-
rement prolongé des eaux, sur les points
disloqués, et même sur ceux qui ne le sont
pas; et une nouvelle [)ériOiic d'existence ne
s*est manifestée que longtemps après le
repos de la nature. La séparation par faunes
distinctes successives qu'on trouve dans
chaque terrain, dans chaque étage géolo-
gi(^ue, ne serait donc que la conséquence
Tisibledes soulèvements et des affaissements
de diverses valeurs qu'adûsubir dans toutes
ses parties la croûte consolidée de Técorce
terrestre.
§ lU. — Effeti des periurbalions géologiques
sur les couches sédimentaires consolidées et
sur les restes organisés qu*elles renferment
à rélat fossile.
Nous avons eu, iusqu'à présent, à signaler
dans cet article, les grandes causes géolo-
gi']nes, auxquelles on doit attribuer les ré-
sultats généraux connus. Il nous reste à re-
tracer une série nombreuse de faits non
moins importants, mais dont tous les dé-
t2ils l'-euvent , pour ainsi dire , se toucher
au doigt, ou du moins se vérifler à chaque
l>as dans l'étude de la nature. Par le relief
que forment maintenant les Alpes, les Pyré-
nées, par les inclinaisons diverses que pré-
senient les parties disloquées de leurs deux
Tcrsants, ces montagnes nous prouvent que
des roches sédimentaires, jadis disposées no-
rizontalementpar les eaux, sont aujourd'hui
dans toutesles positions ; les unes verticales,
ou plus ou moins inclinées, et quelques au-
tres daus une position qui approche de l'ho-
rizontalité. Une dislocation a donc pour effet
de changer presque tous les niveaux des
couches consolidées, des eaux des nouvelles
mers, et d'amener de grands lavages à la
surface desconlinonts.
Le chanzement de niveau, d'horizonta-
lité, dans les couches consolidées, déter-
miné par une dislocation géoloiçique, amène
les cas tout différents que noiis avons déjà
sî,^alés. Des couches restent presque ho-
fizontale5« comme on le voit souvent en
étudiant les falaises maritimes qui bordent
les paysde plaines. On en trouve des exem-
ples dans les étages corallien» kimméridg«en,
toronien et scnonien de la Charente-Infé-
rieure, dans les mêmes étages du Calvados,
et dans les grandes falaises crétacées de Nor-
mandie, depuis le Havre jusqu'à Abbeville,
où pour s'apercevoir ^ue ces couches plon-
gent d'un côté ou de 1 autre, il faut parcou-
rir une grande surface. Elles sont, pour ainsi
dire, déposées comme elles l'étaient au sein
des anciennes mers.
Dans les montagnes, les couches jadis ho-
rizontales sont plus ou moins inclinées ou
plongent au nord, au sud, à l'est ou à l'ouest,
ainsi qu*on peut le voir en parcourant les
Alpes et les Pyrénées.
En d'autres 'circonstances plus rares, les
couchés, par suite d'un effet de bascule,
sont redressées verticalement. On les voit,
en cet état, dans les montagnes aussi bien
que dans les plaines. Les couches de l'é-
tage sinémurien, sur lesquelles est bâti le
bourg de Gévaudan (Basses-Alpes), et les
couches qu'on remarque sur la rive op-
posée du torrent, sont tout à fait vci ticales.
Il en est de même des couches tertiaires
qu'on remarc^ue sur la rive droite du tor-
rent, entre Oévaudan et Barrême (Basses-
Alpes). Celles-ci, composées d'alternances
de lits, de gros galets formés avec des dé-
bris uéocomiens, de graviers et d'argiles,
sont maintenant tout a fait verticales. Les
schistes ardoi$iers de l'étage silurien infé-
rieur d'Angers sont également veiticaux.
Lorsqu'on étudie les fossiles contenus dans
ces étages, et la manière dont les coquilles
et les galets y sont déposés, on reconnaît
qu'ils ont éii enveloppés, les couches étant
horizontales, et que ces couches ont été
redressées postérieurement à leur parfaite
consolidation.
On a quelquefois parlé de renversements
de couches^ cest-à-<i]re, que les parties de
ces couches qui étaient dessus, se trouve-
raient dessous, par suite du redressement
et du renversement. Bien que ces renver-
sements paraissent extrêmement rares, il est
facile de nous les eipliquer; car il est cer-
tain que, pour imprimer à une couche un
mouvement de Ijascule qui la relève de 43
degrés à l'horizon, il faut une force plus
énei^que que celle qui deviendra néces-
saire pour la retourner tout à fait, et mettn^
en dessus ce qui était en dessous.
Lorsque les dislocations ont eu lieu fut
des couches encore on un état imparfiiit de
consolidation, il s'est formé des glissements
de molécules dans toutes leurs parties com-
posantes.
Quelquefois ces effets de glissements ne
sont sensibles dans les couches que par
la déformation de tous les fossiles qu'elles
renferment, comme nous te voyous dans les
couches oxfordiennes de Crue, près de
Saint-Mihiel (Meuse), dans les couches cé-
nomaniennes de la Malle (Var), dans les
étages callovien et néoromien, de Chaudon
et de Barrême (Basses-Alpes).
I^ plus souvent ces couches ont subi des
plissements en divers sens. Elles se sont re-
ployées sur eUes-même>, comme les cou-
1115
pEr%
UiCTîONNAlRE DE COSMOGONIE
PER
Htr.
elles (les étages eorailicii et néocomien com-
pHses entre le Cheiron etCastillon près rie
Caslellane (Basses-Alpes), qui montrent,
u'un cùlé, Je redrtêsement des couches co-
ralliennes et de lautre le reploiement des
coujbes néocomiennes.
On voit, sur quelques points, des couches
formées, dans le principe, de lits horizon-
taux, parallèles, représenter, par suite de
pressions d'iné^^ales valeurs, ou de plisse-
ment, le reploiement d'une partie sur l'au-
lne, comme dans l'étage néocomien, desdeux
côtés du torrent du pont d'Hyèges, entre
Mouries et Gévaudan (Basses-Alpes). D'au-
tres ondalalions de couches sont inclinées,
comme dans Tétage néocomien de Sainl-
André-de-Meouilles, et dans les couches co-
ralliennes de Chaudon (Basses-Alpes). Lors-
que les ondulations des couches sont sur
un plan horizontal, comme dans le lias infé-
rieur de Dignes (Basses-Alpes), sur la roule
de Chaudon, ou dans Fétage kimméridgien
de l'île d'Oléron, entre Saint-Denis et la
tour de Chassiron, et sur une foule d'au-
tres points, dans les schistes siluriens des
dénarlemenls d'ile-ct-Vilaine, de la Loire-
Inférieure, de Maine-et-Loire, eiv France,
êl dans les couches do l'étage carbonifère
de Belgique, on pourrait croire qu'elles
proviennent d'une pression latérale déter-
minée par deux axes de soulèvement, ou
de la différence de pression due à la nature
du sol sous-jacenl, qui a cédé plus sur un
point que sur un autre, en obligeant les
couches à se reploycr inégalement, pour
en suivre les inégalités. Quoi qu'il en soit,
il n'entre pas dans notre cadre de discuter
ces causes. Nous n'avons besoin, quant à
présent, que du fait qui peut amener des
déformations sans iiorabre dans les fossiles
qui y sont contenus, ou détruire le paral-
lélisme des couches et alors induire en
erreur sur l'âge des terrains.
On a donné le nom de faille à un autre
genre de diskv^.tion très-important à cons-
tater 9n géologie et en paléontologie. La
faille consiste en une rupture, verticale ou
oblique sur la tranche, d'un ensemble de
couches, qui place une portion à un ni-
v,?au, tandis que l'autre glissera sur sa tran-
c!ie, et se trouve/-^ ou plus élevée ou plus
liasse. 11 en résultera que des couches, ou
même des étages géologiques d'âges diffé-
rents, pourront être mis sur la môme li-
gne, et souvent tromper l'observateur peu
expérimenté. Les failles étant beaucoup plus
fréquentes qu'on ne le croit généralement,
puisqu'elles se trouvent à chaque pas dans
les montagnes , et môme sur le sol en
a|)parence moins tourmenté des plaines,
exuent une attention toute particulière, afin
de les retrouver danstoutes les circonstances.
Quand la faille meten contact des couchesde
nature minéralogique toutà fait distincte, on
la reconnaît de suite; mais il n'en est pas
ainsi, lorsque la nature minéralogique dif-
fère peu, comme il arrive très-souvent dans
les montagnes et dans lesplairies, par exem-
ple à Boulogne (Pas-de-Calai><j, où des cou-
ches bleues de l'étage kimméridgien et du
porlandien sont placées sur le même niveau
iiorizontaL Alors les fossiles seuls pourront
la faire reconnaître, en montrant des faunes
distinctes dans les couches qrue la faille a
mises accidentellement sur le même plan
horizontal. Si le sol extérieur avait toujours
conservé la différence de niveau que les
ixmches ont subie dans l'intérieur, on au-
rait encore un moyen de les retrouier;
mais les allures du sol , au contraire, mon-
trent Quelquefois, extérieurement, une ho-
rizontalité parfaite, due au nivellement ap-
f^orté parles dénudations successives, quand
es fouilles dans l'intérieur de la terre, ou
les falaises des bords de la mer» mon-
trent un grand nombre de failles. Nous en
avons eu beaucoup d'exemples dans Irs
falaises de l'étage corallien, de la pointe du
Ché, près de La Rochelle, dans les falaises
de l'étage kimméridgien du Rocher, entre
celte ville et Rochelr»rt, et surtout dans le
creusement du canal de Niort à la Belle-
Croix, située à huit kilomètres de La Ro*
chelle.
Des failles ont souvent produit des lal-
lées au milieu des montagnes, comme on le
remarque dans les Alpes, où quelquefois un
torrent franchit une chaîne par une fenl3
de cette nature. Nous avons également re-
connu que beaucoup de vallées» dan* lis
plaines, étaient le produit d'une faille. En
parcourant la côte des départements de la
bomme et de la Seine-Inférieure, où des
falaises de craie blanche paraissent offrir
une grande uniformité de couches, nous na-
vons pas été surpris, dit M. d'Orbigny, lu'
reconnaître, par les niveaux qu'ooîupent
les fossiles dans les falaises, des deui cô-
tés des vallées qui s'y jettent à la mer,
qu'elles étaient produites par des failles. En
effet, les vallées d'Etretat, de Crique|)ori,
de Fécamp, de Saint-Valery-en-Cauï, etc.,
sont toutes dues à des dislocations de celte
nature. Au milieu d'une masse de couches
de craie de même nature minéralogique»
la différence dans les niveaux qu'occujîenl
les couches à micreuter cor «tijurnum, fait
reconnaîtrequ'unefailleconsidérableaformé
la valléb.
Nous pourrions multiplier à l'infini les
exemples; mais nous nous contenterons de
donner celui d'une des failles les plus cu-
rieuses que nous connaissions. Elle eiist^
dans le ravin de Saint-Martin, commune
d'Escragnolles fVar). On y voit d'abord, sur
un plan incliné, cinq failles successivej}.
La première montre que les couches Je
l'étage oxfordien ont été disloquées avant
d'être recouvertes par les dépôts supérieure:
car celte faille, que nous appelons foU^^
partielle, a dérangé seulement les coucha»
de l'étage oxfordien, sans se prolonger dans
l'étage néocomien qui le recouvre, ce qui
prouve qu'elle préexistait au dépôt des cou
ch es néocomiennes. Les failles sont, au con-
traire, des failles générales^ puisqu'elles odI
aussi bien disloqué l'étage oxfordien qu'f
les étages néocomien, albien et cénoman^*^^
1117
PER
ET DE FALEONrOLOGlE.
PER
1118
qui y sont sufierposés. Ces cinqfaiiies, com-
prises dans un espace de deux kilomètres
de lon^^ueur, mettant en contact, auDièmeni-
Teau horizontal, des couches d'âges géologi-
ques trè>^Jitrérents.Ellesdémontrent combien
les ruptures de ce genre peuvent amener
u*îrrégularilés dans la |)osition relative ac-
tuelle des étages, et combien, lorsqu*on rc-
c iieille les fossiles qu'ils renferment , il
fout se tenir en garde contre Terreur qni
i'onsisterait à prendre pour des mélau^^es
naturels des accidents mal appréciés par Km-
ex|»erience du collecteur.
Une des granJes perturbations occasion-
nées par les dislocations sur les couches
consolidées, est celle qu*on désigne sous le
n-iin de dénudation. Cest Taction de lavage
et d'enlèvement d'une certaine pdrlie des
criuches par l'action prolongée des eaux. On
doit à ces dénudalions la séparation et Pi-
solementJe la butte Montmartre, de la butte
Ménilmontant, et des buttes du mtmt Valé-*
rien, aux environs de Paris, par exemple;
tO!ites ces buttes étant, d'après l'étude géo-
logi<|ue, autant de lambeaux qui formaient
un grand ensemble de couches Ue même na-
ture dont la continuité est à Clamart.
Ces grandes dénudations partout remar-
quées autour du i»assin tertiaire de Paris,
oe peuvent s'attribuer à des causes actuel-
les, qui, dans aucun cas, ne seraient assez
puissantes; et tout prouve qu'elles sont en-
core le résultat des grandes dislocations ter-
restres.
On voit des traces de dénudations de cette
ffta'jre sur tous les points du globe, soit
l^T l'isolement des fiarties formant jadis un
tout, soit |iar Tenlèvenient des ccmches dans
les montagnes. C'est bien certaincmei.'t à
lies actions puissantes de nivellement qu'il
fr.ut attribuer, i\ans les Alpes, le morcel-
lement des étages céuomanien et sénonien
des terrains créîacés, et surtout les |»elits
lambeaux existants encore aujourd'hui des
étapes suesson'en et parisien, de l'époque
tertiaire. Il est évident que ces étages for-
maient d'immenses surfaces; aue les dis-
Imrations ont dû les cijnserver dans les an-
fractuosités qu'elles laissaient sur tous les
lieux où la dénudati(m ne |)Ouvait avoir
qu*un faible accès. La manière dont se mon-
trant seulement ces lambeaux d'étages, de-
puis Grasse jusqu'à Grenoble, sur le versant
français des Alpes, amène au moins à cette
ronrliision. Ce sont ûes restes des lambeaux
échappés à la destruction générale , qui
Tiennent seuls témoigner que ces étapes
existaient sur l'emplacement occu|kS par les
Allées, avant que cette chaîne eût pris ^on
relief actuel.
On doit aussi à ces grandes dénudations
générales, le creusement, l'élargissement
eitraordinairedes vallées qu'une foilleavait,
s.ins doute, primitivement tracées dans une
dislocation antérieure, car lorsqu'on étudie
la puissance de ces dénudations, l'immense
étendue des |»arties enlevées, et la masse
des matériaus charrés, il devient impos-
sible de les rattacher aux causes actuelles*
dont l'action est si limitée.
Les effets géologiques des dislocations sur
les restes organisés fossiles contenus dans
les couches consolidées, se sont montrés
de différentes manières; et l'un de ces ef-
fets se rattache encore aux dénudations;
nous voulons parler des fossiles remaniés.
Lorsqu'une couche consolidée a été en butte
aux grands efforts des eaux et que les par-
ties qui la composent ont été désagrégées
par leur action, il arrive qu'enlevés de
cette couche, les fossiles , ordinairement
plus résistants, peuvent être transportés,
soit en des couches postérieures , soit en
d'autres sédimentsdu même étage. On appelle
ordinairement, fossiles remaniés sur place^
l'effet du mouvement des eaux assez fort
IK>ur détacher et isoler les fossiles de la
roche, pour les transfiorter par lits au mi-
lieu des sables, des argiles d'une com|K>-
sition miuéralogique différente, mais de la
môme époiiue géologique. On voit des re-
maniements de ce genre, principalement
dans l'étage albien ou le gault, à Wissant,
(Pas-île-CafaisJ, h Sauce-au\-Bois, à Noviun
(Ardennes) , à Varcnnes (Meuse) , à Clar
(Var), h la montagne i\es Fis (Savoie). On
les reconnaît h la îorme anguleuse dos frag-
ments remaniés et déjiosrs par lits horizon-
taux, aux fossiles toujours remplis de ma-
tière différente des couciios (jiû hs renfer-
ment aujourd'hui, comme à Sauce-aux-lîoiy,
à Wissant et à la mcsnlague des Fis, par
exemple y oii ils sont formés de n:atièie
noire, quand les séJiuients oui les entou-
rent actuellement sont des saîdes verts três-
lîns, ou de l'argile grisâtre. Une preuve
sans réplique de remaniement s'y montre
souvent. Lorsqu'une valve isolée d'une co-
quille acéphale se trouve déposée dans une
couche quelconque, elle ne peut que se rem-
plir des matières qui l'environnent. Si ella
reste dans cette couche, cette matière est
naturellement toujours identique de compo*
sition miuéralogique à la masse générale
de la couche. Dès lors, les vallées isolées
dans les c^juches de grès vorts devraient
être remplis de ces mômes grès, tandis
qu'elles le sont toutes de matière noire
d'une nature très-distincte.
Nous avons de fréquents exemples de re-
maniement de fossiles, dans des étages bien
ditférents de ceux qui les contenaient pri-
mitivement. Nous avons déjà cité ces pro"
duclus de l'étage carboniférien, que MM.
Murchison et de Verneuil ont trouvés avec
les coquilles fossiles de l'étage contempo-
rain, en Russie. Les fossiles albicns de
Clansayes (Drôme), compo.-és d'une roi:hc
chloriïée très-compacte, sont remaniés dans
un sable rouge appartenant à l'étage ter-
tiaire falunien, ou dans un étage intini-
ment plus récent que celui qui les ren-
fermait primitivement. Nous trouvons en-
core des remaniements de cette nature h la
montagne Sainte -Catherine, à Rouen, où
des fossiles de l'étage cénomanien forment
un bâiH- au milieu de l'étage turonien, el
I{19
1»Î£U
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
PËR
iltt
un autre à Fét^amp (Seine-Inférieure), où
les mêmes fossiles qoe ceux de la montagne
Sainte-Catherine sont remaniés dans l'étage
sénonien ou dans la craie blanche. Les
bélemnités et les ammonites de Tétage toar-
cien sont, ^'après M. de Munster, reraa*
niés dans les couches tertiaires d*Osnabruck
et de Casse]; Vostrea colnmba de Tétage
cénomanien est remaniée dans les faluns
d^Angers ; les fossiles du lias le sont, avec
les coquilles de Tépoque actuelle, à Bamff,
en Ecosse, d'après M. Prestwich, etc.
Pour nous résumer, relativement aux fos-
siles zoologiqnes, on voit que durant les
périodes de repos, ils peuvent être renfer-
més soit au sein des couches, soit dans
leur position normale d*existence; y être
déposés entiers, par parties séparées; y for-
mer des bancs sous-maiins, ou être rou-
ies sur les côtes. Dans les périodes d'agi-
tation, ils peuvent être remaniés sur place
Mans le même étage, ou transportés dans
lies éla;?es d'âge diflférent de celui où ils
ont vécu, par suite de simples remanie-
ments. Les dislocations placent aussi les
couches qui )es renferment dans les cir-
eonstances les plus disparates, par suite des
soulèvements et des affaissements de diver-
ses valeurs. Les failles mettent quelque-
fois sur le même horizon des étages de
deux âges distincts. On conçoit que tou-
tes ces causes, qui tendent à intervertir
l'ordre naturel des choses, sont autant de
difBcultés dont il fant tenir le plus grand
compte dans l'étude paléontologique. Les
plus petites irrégularités géologiques de-
vront être étudiées avec détail avant de re-
cueillir les restes organisés contenus dans
les couches. II faudra ensuite s'assurer d'où
proviennent réellement les fossiles qu'on
rencontre libres dans les ravins surmon-
tés d'étages divers, d'où ils peuvent tom-
Ler; ou ceux qu'on recueille au pied d'un
coteau, car ils peuvent rouler des couches
les plus supérieures, ou des plus inférieures
de ces coteaux, et, dès lors, provenir d'étages
d'âge très-différent. Lorsqu'on n'est pas ass^z
exercé pour reconnaître (a provenance réelle
de ces échantillons libres qu'on trouve à
la surface du sol, il convient de ne recueil-
lir que ceux qui sont encore dans la cou-
che où ils se sont déposés, et sur lesquels
on ne peut avoir de doutes. Sans ces pré-
cautions, on s'expose à placer, dans un
étage, des êtres qui ne s'y sont iaroais
rencontrés, et à faire des anachronismes
qui tendront à intervertir l'ordre naturel
ues choses.
Des déformations dans les fossiles. —Nous
avons dit que les différentes inclinaisons des
couches non entièrement consolidées, avaient
permis aux molécules composantes de subir
un effet de glissement qui, dans beaucoup de
vASj n'était "sensible que par la déformation
iles nombreux fossiles qu'elles renferment.
Nous appelons déformations toutes les al-
térations, tous les changements de forme
que les restes de corps organisés ont pu
bulm dans les couches terrestres, par suUe
de ta pression ou de toute autre cause géo-
logique. Ces déformations sont de telle na-
ture qu'elles changent entièrement les ca-
ractères spéciQques des êtres, et qu'elles
ont servi a certains auteurs à former des
genres et des espèces distincts.
Les animaux , comme nous l'avons dit
{Voy. Couches sédimentaires, arLl^j^nese
sont pas déposés dans les couches terrestres,
d après leur pesanteur spéciBauc, comicd
l'ont cru certains auteurs, mais bien comme
elles se déposent encore aujourd'hui surb
rivages maritimes. Les êtres soudainemeQt
enveloppés de sédiments sont restés dans
leur position normale, sur le point où il§
vivaient. Les autres, morts dans les eaui,
ont été transportés par les courants; leurs
Earties se sont dispersées, ont formé des
aucs sous-marins, ont été jetées sur des
rivages tranquilles, ou sur des rivages battus
de la vague. Les restes organisés, aussi dé-
posés et recouverts par les dépôts sédiœeD-
taires, sont devenus fossiles, avec leurs par-
ties plus ou moins altérées, ou sont passé)
à l'état' de moules, d'empreintes et de mo-
dèles. {Voy, ces mots.) Si postérieuremeoU
leur dépôt les couches à l'état pâteux se soal
affaissées dans leur position horizontale, par
suite de la pression de l'ensemble, tous les
corps organisés qu'elles renferment subis-
sent des déformations dans le sens rertital.
Si ces mêmes couches ont été disloquées î
l'état pâteux, et qu'elles se soient trouvées
inclinées antérieurement à la pressionde
l'ensemble, cette pression produira un glis-
sement oblique des molécules, par rapport
à leur premier dépôt horizontal, et les corps
organisés que ces couches renferment pren-
dront des formes plus extraordinaires ec-
core.
La pression verticale des couches déter-
mine, sur les corps placés dans la posilioa
horizontale^ suivant leur compression ni-
turelle, un aplatissement de toutes les[)8r-
ties. Les nautiles, les ammonites, de cciu-
vexes qu'ils étaient, s'aplatiront et dévier;-
dront souvent aussi minces qu'une feuiliv
de [lapier. Vammonite serpentmus des cou-
ches feuilletées de l'étage toarcien ou lii.
lias supérieur offre souvent cette déforiQ}-
tion.
Les bivalves placées sur le côté perdroBi
la moitié de leur convexité, ou de conveie;
qu'elles étaient, seront même tout à bï'*
aplaties. Cette déformation, très-commuot
que nous appellerons déformation latérak
ne change en aucune manière la forme S5*
métrigue des coc|uilles, et même, eo eei»<
peut facilement induire en erreur, si, daoj
la détermination des espèces, l'on n'en lic^'
pas un compte rigoureux.
La pression verticale des couches produ .
encore les déformations toutes différeoit*
que nous nommerons déformations rmifc-
les. Celle-ci a lieu prineipalemeni lon^'^-
les coquilles spirales ou bivalves sont dar-
leur position normale, qu'elles sont pb-
verticalement dans le sens de leur lougueiir
Des coquilles de gastéropodes coniques «.t
Ilil
PER
ET DE PALEONTOLOGIE.
PER
llii
Tiendront entièrement plates, ou leur spire,
de Irès-élevée qu*cHe était, rentre sur eUe-
méme et reste très-ohtuse. La raéme dé-
formation a Heu pour les crustacés et pour
les oursins.
Quant aux coquilles bivalves, la défor-
liiation verticale s*exerce généralement lors-
que celle-ci est restée dans «^a position nor-
male d'existence, et elle eu cîiange entière-
ment la forme, comme on le trouve à la
Malle (Var) , etc. Telle coauille, naturelle-
ment runde, le cardium hillanum^ deviendra
oblongue transversalement, ainsi que le
prouveront les figures comparatives, prises
sur des échantillons en nature. Lorsqu'au
contraire cette pression est exercée dans le
sens transversal, c'est-à-dire des crjchels au
bord palléal. d'une bivalve, elle deviendra
oblongue de ronde qu'elle était.
La pression oblique des couches dislo-
quées et inclinées produit, sur les corps or-
ganisés fossiles, ce que nous désignerons
sous le nom de défortnaiion oblique^ et ces
déformations sont de presque tous les étages
géologiques. Chez les coquilles composées
e |iarties paires et enroulées sur le mémo
plan, elle rend la spire elliptique de régu-
lière qu'elle était ; beaucoup d'ammonites se
trouvent dans ce cas, ainsi que des belléro-
phons. Les premières ont servi à former le
i;enre etlipsolilhes; les autres à déterminer
des espèces purement imaginaires.
Cette déformation oblique rend l'enroule-
ment spiral elliptique chez les gastéropodes,
en jetant le sommet latéralement, tantôt d'un
cùié, tantôt de l'autre.
Si, pour des jeux exercés, ces déforma-
tions se reconnaissent facilement, il n'en est
pas de même des déformations obliques des
coquilles bivalves, ici la pression peut ren-
dre une coquille irrégulière de symétrique
«qu'elle était, en faisaat jouer une valve sur
1 autre; elle peut alors la faire ressemblera
l'état naturel de coquilles bien distinctes,
en rendant Icsyalves inégales, comme on le
Yoit pour le cardium hillanum.
Lorsque cette pression a lieu dans le sens
d'une verticale qui passe entre les deux val-
ves, et qu'elle 1 incline, soit d'un côté, soit
de l'autre, elle en change totalement \a
furme, sans en changer la sjrmétrie, ce qui
rend cette déformation difiicile à rccon-
uallre.
11 est à remarquer que ces déformations
sont souvent en rapport avec la valeur des
dislocations qu ont subies les couches con-
solidées terrestres. £lles sont rares sur les
points où la stratification est presque hori-
zontale, dans les plaines, par exemple; elles
se multiplient outre mesure dans les mon-
tagnes, où toutes les couches ont subi des
dislocations sans nombre. £n tous cas, il
convient d'en tenir un compte rigoureux
dans la détermination des espèces, pour ne
pas les multiplier à l'infini.
I IV. — Conclusions relatives à la séparatitm
des étages géologiques et des faunes spé^
ciales quils renferment.
Nous voyons, d'après ce qui précède,
i* qu'il s'est manifesté, à la surface de la
terre, de longs intervalles de rej[)os, pendant
lesquels les couches sédimentaires se sont
déposées lentement avec les nombreux res-
tes des animaux qui vivaient alors sur les
continents et dans les mers ; â* que, par suite
du refroidissement du centre et de la croûte
extérieure du globe terrestre, le retrait des
matières a produit, sur cette croule consoli-
dée, des reliefs et des affaissements auxquels
on croit devoir, en raison du mouvement
des eaux, attribuer l'anéantissement complet
de la faune existante; Z"" que ces disloca-
tions ont amené , à chaque époque , des
ehangements de niveau dans les couches
consolidées et clans les mers , V qu'à la suite
d'un la;»s de temps d'agitation, plus ou
moins prolongée, a^rès chacune de ces révo-
lutions géolo.^iques, îles êtres différents ont
été créés et sont venus de nouveau couvrir
et animer la surface de la terre. Il nous reste
maintenant à définir comment on reconnaît
aujourd'hui, sur les couches consolidées de
récorce terrestre, les limites de ces instants
alternatifs de repos et d'agitation, et les dif-
férentes é^ioques géologiques qui en sont le
résultaL
On a vu que les sédiments, déposés dans
un in^-tant de repos, forment, des couches
{}aralUiesy concordantes ^ qui se succèdent
es unes aux autres sans interruption. On a
reconnu que le premier grand effet des dis-
locations terrestres est de changer les ni-
yeaux, et, dès lors, de placer sur le lieu de
la dislocation , dans toutes les positions, les
parties des couches solides qui ont été dé-
rangées par suite de cette révolution géolo-
gique. Comme les mers prennent toujours
leur horizontalité, ce nouvel horizon, par
rapporta l'inclinaison diverse des coucnes
disloquées, n'est plus parallèle; au contraire,
il est, le plus souvent, fort différent. On dit
alors que les couches sont en discordance de
stratification, La discordance est donc le
manque complet de parallélisme entre deux
couches qui se succèdent, dont l'une, jadis
horizontale^ a été dérangée avant que la
nouvelle couche se soit déposée parallèle-
ment à la li.^ne du nouvel horizon des eaux.
Il en résulte que la discordance annonce
certainement, partout où elle se trouve,
qu'une dislocation, qu'une révolution géo-
logique est survenue entre le dépôt respec-
tif des deux couches, et qu'elles sont, dès
lors, d'âge relatif différent. On doit donc ad-
mettre , avec tous les géologues, et sans au-
cune restriction, que la aiscordance dans les
couches qui se succèdent est un moyen cer-
tain de reconnaître la fia d'un étage et le
commencement d'un autre.
Quelques personnes ont pensé que la dis-
cordance était indispensable pour séparer
deux âges de terrain. La série des observa-
tions aussi bi^^n que le raisonnement, por-
itid
PER
DICTIONNAIKE DE COSMOGONIE
PER
llii
tent à croire le contraire. Pour qu'il y ail
discordance sur tous les points à la fois, en-
tre les dernières couches d'un étage et les
premières de l'étape suivant, il faudrait
supposer que la dislocation de la fin d'une
époque s'est manifestée avec la même inten-
sité sur toutes les parties du globe à la fois,
ce qui n'est pas probable. C'est assez devoir
les révolutions qui se sont opérées attein-
dre, dans leurs dislocations, une portion
considérable de la sphère, de l'élcndue, par
exemple, de la chaîne des Andes et des Py-
rénées. Lorsqu'on étudie la géologie des
plaines et des montagnes, on reconnaît, au
contraire, que des couches parallèles, ap-
partenant à des étages très-différents , se
sont succédé pendant un laps de temps plus
ou moins considérable. II faut donc croire
que si, bien certainement, des points de cha-
que étage ont été disloqués par suite des
révolutions géologiques, d'autres sont restés
dans une position plus ou moins concor-
dante avec les étages supérieurs et infé-
rieurs.
Voici comment nous avons trouvé mar-
quée la séparation des étages :
La dénudalion cVun éiage^ marquée par les
lignes irrégulières d'érosion^ à son point de
contact avec celui qui le recouvre immédia-
tement, équivaut à une discordance; car elle
est le signe îcerlaih d'un mouvement géolo-
fjique. On voit partout des exemples de ces
Ignés de séparation.
Le polissage^ Vusure, la surface corrodée
d'une roche, avant que celle qui lui succède
se dépose, comme nous avons déjà signale
quelques exemples, sont d'aussi bonnes li-
mites gue la discordance entre deux étages
géologiques , puisqu'elles sont encore pro-
uites par des mouvements puissants de
dislocation, et du mouvement des eaux, qui
en sont le résultat immédiat.
Il en est de même du manque, dans quel-
ques points, d'un étage intermédiaire, re-
connu partout ailleurs, comme on le trouve
si souvent dans la nature. Le manque de
l'étage albien, qu'on remarque dans les Al-
f>es, depuis Castellane; jusqu'à Gap, entre
'étage aptien et l'étage cénomanien, et le
manque, au contraire, de l'étage aptien, entre
les étages néocomien et.albien, depuis Cas-
tellane et Grasse, quand, d'un autre côté,
ces quatre étages se succèdent régulière-
ment dans les déparlements de la Meuse, de
la Haute-Marne, de l'Aube et de l'Yonne, et
en Ançleterre, à l'île de Wighl, sont, pour
nous, 1 équivalent d'une discordance ; car ces
manques d'étages prouvent un mouvement
de soulèvement, d'affaissement ou une grande
dénudation sur les points où ils ne se trou-
vent pas dans leur ordre ordinaire de suc-
cession au milieu des couches.
Lorsqu'on voit les dépôts des cavernes,
celui des pampas, ainsi que ceux de presque
toutes les brèches à ossements, comme celles
de Sicile, de Nice, de l'Algérie, être d'une
même couleur ferrugineuse rougeâtre pro-
duite, évidemment, par le lavage des parties
terreuse de la surface des continents, on
doit croire que cette couleur ferrugineuse
]}cut, en certains cas, indiquer laGii duue
époque géologique ou le commencemcnl
d une aufre. C est en effet ce que Ton a re-
marqué dans une foule de circonstances.
Les dépôts de fer limoneux de Bettancourl-
la-Ferrée (Haute-MarneJ, qui sont entre la
base de l'étage nëocomien et les dépôts ju-
rassiques ; les couches fernigineuses de
Vassy, môme département, qu'on remarqup
à la partie inférieure de l'étage aptien; la
couche moins épaisse du ravin de Saint-
Martin, près d'Escragnolles (Var), qui raar-
Î|[ue la fin de l'étage néocomien; la coud?
érrugineuse de la base de l'étape bajocifn
de Bayeui , de Moutiers et de Sainte-Hono-
rine, se trouvent dans ce cas, ainsi qu'une
multitude d'autres points de notre France.
En Amérique, ou le retrouvtî encore, sur
une grande échelle, à la base de l'étage falu-
nien des terrains tertiaires, dans lacourhe
guaranienne et dans le limon des pampas.
On conçoit, néanmoins, jjue les dépôts de ce
genre ne puissent se faire que dans les ca-
vités terrestres laissées par suite du change-
ment de niveau déterminé ]>ar la perturba-
tion géologique; aussi ne doivent-ils élrp
que locaux; mais, dans quelques cas, iK
sont encore des signes bien marqué.s aux-
quels on peut reconnaître la fin d'un éla.e
ou le commenrement d'un autre.
Les grands dépôts de galets ou de gros sé-
diments, tels que les petits cailloux qu'un
rencontre souvent à la base d'un étage coron.e
à Thouars (Deux-Sèvres), dans l'étage toar-
cien, à Carry (Bouches-du-Rhône), dans l'é-
tage falunien, marquent aussi fréquemment
la fin d'un étage et peuvent servir à lesfaii*
distinguer ; car ils y ont été amenés par
suite d'un mouvement prolongé dans les
eaux, au commencement d'un nouvel ho-
rizon.
Les couches épaisses sans fossiles, quoo
rencontre quelquefois à la base d'un éU|;ei
en marquent aussi le commencement, a?aiU
qu'il eût contenu des animaux.
Les allures extérieures , les inégalités da
sol, dans les plaines, lorsqu'elles formentde
longues ondulations, ne sont, le plus sou-
vent, que le «igné extérieur d'un change-
ment d éta^e, comme on le voit dans les dé-
partement des Deux-Sèvres, de la Haule-
Marne, des Ardennes, de la Meuse, etc. Des
inégalités bien plus grandes, produites y^r
les dénudations sur des couches de densités
différentes, signalent partout, dans les Uau;
tes et Basses-Alpes, les limites, pour aîn>i
dire rigoureuses, des étages ; à tel point.
que chaque chaîne de montagnes, de colli-
nes, placée dans le sens des grandes disloca*
tions, montre presque partout les grandes
lignes de séparation des terrains et des
étages.
Cequenous venons dedir«. de la différeoee
de dureté et de composition minéralogique
des étages, à leur point de contact, est ua
fait général qui sert toujours, sur une loca-
lité restreinte, à les faire reconnaître. 1>^d>
certains cas> cette différence est minértlo^i"
1lz5
p;r
ET DE PALEONTOLOGiE.
TLR
1126
quemeut tros-tranchéc, par eieoiple, du
grès au calcaire, du calcaire à l*argile, où mî
montre par des changements nrononcés dans
la couleur respective des roelies. Il est aussi
iïes circonstances où« comme dans les Alpes,
près de Digne, les étages, depuis le lias in-
férieur jusqu'à rétame néocouiien, sont tous
composés' de calcaires argileux noirâtres.
Dans les dénartements do T Yonne et de la
Loie-d'Or, les trois étages du lias sont for-
més de calcaire marneux bleu. Près de Niort
les étages callovien et bathonien sont d*un
«.aicaire blanc jaunâtre. Il faudra, dans ces
circonstances, une plus grande attention
jKjur les distinguer; mais je légères nuan-
ii'S de dureté, de couleur, acquerront alors
iiuc plus grande valeur qu'ailleurs, et se-
rnrit encore les si^nos certains des lignes de
M'paration, parfaitement en raj'port avec les
IViuiies zoologi^jues qu'ils contiennent. D'ail-
leurs, à de petites couches plus dures, con-
tenant un plus grand nombre des restes or-
Î;anisés, l'habitude pratique fait reconnaître
is limites, tout aussi bien que si elles
éuiient marquées par des roches de natures
ditforentes.
1^ ligue de séparation entre deux étages
#;^t« disons-nous, marquée par une discor-
«i iMce de stratification dans les couches, par
de? dénudatioiis, par le polissage, Tusure de
ia sufierûcie et fétage ie plus ancien des
iieux, par des dépôts ferrugineux, par ûes
lits de galets, par les inégalités extérieu-
res du sol, enfin, par la ditférence de cou-
leur et de comi)osition minéralogique des
roches gui se succèdent. 11 reste à savoir
si ces différents signes, auxquels on recon-
naît la fin d'un étage ou le commeucement
d'un autre, suIDsent toujours pour les faire
4iistingucr bien.certaineinent, etpourdon-
fH*r leur âge relatif. La discordance, avons-
iKius dit, est un moyen positif de distinguer
lieuj éooqucs géologiques qui se succèdent
sur un point quelconque; mais cette uibcor-
c;ance, qui indiaue bien certainement qu'il
n'y a pas identité d'âge géologitiue entre ces
deux étages, reste muette sur la question de
>avoir si, placés sur ce [)oint Tun au-Jes^us
de Tautre, ces deux étages sont bien ceux
i|ue la nature a fait se succéder dans Tordre
général de l'ensemble géologique. On voit,
vn effet, sur quelques points de notre globe,
et surtout en Franco, se suivre, régiuière-
incnt les uns les autres, dans leur Age rela-
tif et dans leur véritable ordre de superposi-
tion, de nombreux éVages, comme dans les
terrains jurassiques des départements des
Deux-Sèvres, de la Charente-Inférieure et du
Calvados ; ou comme dans les étages triassi-
i|ues, jurassiques, crétacés et tertiaires des
tiépartements de la Haute-Marne et de la
Jdarne, où rien ne manque dcns la succes-
sion naturelle ; mais on trouve aussi, sur
plus de points encore, l'ordre naturel in-
terverti, par suite de dénudations ou de dif-
férences de niveaux. Il manque, par exem-
ide, è Escragnolles (Var), Tétage aptien entre
rétage néocomien et albien, à llonfleur (Cal-
yados;, cuire l'étage kimmériJgien et l'élage
cùnomanieu, quatre étages intermédiaires ;
le^ étages porliandien, néocomien, aptien et
albien ; à Fontaiue-£toupe-Four (Calvados),
six étages intermédiaires , les étages divo-
nien, carboniférien , permien, conchilien,
saliférien et sinémurien entre Tétage silu-
rien et les couches liasiennes, qui les recou-
vrent sur ce point. Quelquefois, comme sur
rOca, gouvernement de Moscou, à Yclatma,
gouvernement de Tambof, on trouve l'étage
oxfordien en contact avec l'étage carbonifé-
rien, laissant, dès lors, neuf étages de moins
dans cet intervalle, tandis que, sur i'éta^^e
oxfordien, se trouvera l'étage sénonien, avec
un nouvel intervalle de huit étages. D'autres
fois, enfin, comme dans les Alpes, il ne ^e
présente (|ue des lambeaux isolés des élages
crétacés et tertiaires, placés diversement sur
les étages jurassiques.
Que la discordance séf»are deux étages
qui doivent se succéder naturellement, ou
qu'elle sépare des étages qui laissent entre
eux soit des terrains, ^oit un grand nombre
d'étages de moins, comme sur les points que
nous venons de citer, elle ne dénote toujours
qu'une sim|>leditrén'nce défKjque, sans rien
enseigner sur l'âge relatif récijiroque de c«s
époques. Il est uonc certain au'ici ce*5.se le
domaine de la géologie non paUonlologiqur^
pour céder la place au domaine exclusif Qi* (a
paiéoniolog /e gl rui igraph ique.
Si, en effet, daj.s ces cas, on ne se sert que
de la géologie , on pourra supposer que les
étages sont dans leur ordre naturel de super-
position. On ne tiendra, dès lors, aucun
compte des lacunes qui existent entre eui ;
et, prenant l'étage qui recouvre l'autre,
comme celui qui doit lui succéder, on com-
mettra une erreur qui |>ourra s'étendre, en-
suite, sur tous les autres étages supérieurs
qu*on placera plus bas (|u'iis ne doivent être,
comme nous pourrions en citer de fréquents
exemples dans le^ travaux de quelques au-
teurs. La géologie n'a, effectivement, sans la
l>a!éontoiogie, aucun moyen certain de re-
connaître l*âge iles étages, quand l'ordre na-
turel est interrompu; car les caractères mi-
néralogiques sont insuffisants, et peuvent,
au contraire, entraîner à de graves erreur>,
puisque les circonstances actuelles de l'étude;
des étages terrestres nous ont fait reconnaî-
tre {Voy, COIXHBS SÉD1MB9(TA1RES , art. 1") \ii
synchronisme des couches de natures trèî^-
différentes. Lorsque les géologues non pa-
léontologistes ont constaté ces lacunes, ils y
ont toujours été amenés par les caractères
paléontologiques des étages, les seuls que
l'on puisse alors invoquer avec certitude.
Cela est si vrai que lorsqu'ils n'ont pu se
guider par les fossiles, comme pour les ma»
cignos des Alpes, ils les ont classés suocessi-
vement dans les terrains triasiques, créta-
cés ou tertiaires.
Nous avons étibli que la fin de chaque
grande période géologique avait été marquée
par lanéantissement des êtres composant la
iiaune de ciiacune de ces périodes, et qu*uiie
faune nouvelle s'était ensuite manifestée à
la surface du globe. 11 en est résulté une
4fi7
PER
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
TER
illS
succession de faunes distinctes caractéristi-
ques de chaque terrain, de chaque étage. En
effet, qu'une faune propre à un étage soit
prise dans l'Inde, en Amérique ou en France ;
qu'elle soit en contact avec la faune qui Ta
précédée, qu'elle soit, au contraire, séparée
par une lacune plus ou moins grande, qu'elle
soit enfln contenue dans un grès, dans une
argile, ou dans un calcaire, elle n'en montre
{>as moins partout les mêmes caractères zoo-
ogiques d'ensemble et les espèces identiques
des plus caractéristiques. Ainsi, dans toutes
les circonstances géologiques, la paléontolo-
gie stratigraphique donnera toujours, pour
les couches de sédiments, à l'aide des carac-
tères généraux de formes animales, et de
quelques espèces communes, comparative-
ment à ce qu'on a observé préalablement au
sein des étapes superposés dans leur ordre
naturel, un moyen certain de reconnaître
l'âge relatif d'une couche.
Nous avons dit que des différences de
composition minéralogique des étages con-
cordants annonçaient les limites respectives
de ces étages. D'un autre côté le synchro-
nisme des dépôts actuels {Voy. Couches s^-
uiMENTAiREs, art. I"), Hous a montré que
des sédiments, de natures diverses, se dé-
posent en même temps dans les mers ac-
tuelles, comme ils se sont déposés dans les
divers étages géologiques. Il en résulte que
cette différence dans la nature minéralogi-
que ne peut recevoir qu'une application, lo-
cale "très-restreinle, et que les caractères
qui ont servi, par exemple, à distinguer
deux étages en Normandie, sont tout à fait
insuffisants dans les Deux-Sèvres, ou dans
les Ardennes.
Nous avons vu également que des pertur-
bations naturelles fortuites [Voy. Couches
sÉDiMET^TAJREs, art. I"), pouvaicut amener
un changement de nature dans les dépôts
actuels, et placer des argiles sur des sables,
ou des sables sur des argiles, comme nous
en avons rencontré dans les différentes
couchesd'un même étage géologique. Il reste
donc démontré que le changement de nature
minéralogique, s'il indique souvent la fm
d'une période, d'un étage, peut aussi n'en
montrer qu'un accident partiel, qu'un effet
de ces perturbations naturelles. On entrevoit
delà que ce caractère minéralogique échappe
à la géologie spéciale, puisqu il ne peut
donner les moyens de reconnaître si ce
changement est dû à la fin d'une période,
ou à des couches locales plusieurs fois re-
nouvelées d/ins cette période. Ici encore,
comme dans les discordances et dans tous
les autres cas que nous avons cités, la pa-
léontologie stratigraphique seule peut ser-
vir à distinguer, par la fin d'une faune et
Ïar le commencement de l'autre, la vérita-
le limite de toutes deux.
En résumé les animaux, ne montrant dans
leurs formes spécifiques aucune transition,
se sont succédé à la surface du globe, non
par passage, mais par extinction des races
existantes, et par la création succejsive des
espèces à chaque époque géologique.
Les animaux sont répartis par étage, sui-
vant les époques géologiques. Chacune de
ces époques présente, en effet, à la surfaw
du globe, une faune distincte, caractérisée
par des formes spéciales et par des espèces
identiquement les mêmes partout; aussijes
étages silurien , dévonien, carboniféricn,
permien, jurassiques, crétacés, et même les
étages inférieurs des terrains tertiaires de
toutes les couches géologiques du elobe, sur
lesquelles -nous avons des données cerlai-
nés, présentent-ils des caractères paléonlo-
logiques identiques, c'est-à-dire le même
faciès d'ensemble, les mêmes formes géné-
riques et un nombre plus ou moins graoi
d^espèces identiqucs,.communes partout, qui
prouvent leur complète contemporanéilé.
Cette contemporanéilé d'existence, quon
remarque à d'immenses distances aux pre-
miers temps de Tanimalisation et jusqu'à
l'époque ou se déposent les terrains ter-
tiaires, semble dépendre d'une température
uniforme et du peu de profondeurdes mers.
Néanmoins, cet état de chose ne pouvait se
maintenir, dès que l'influence de la latitude
etconséquemmont l'inégalitéde température
déterminée par le refroidissement de la terre,
d'un côté, le système des monlaenes, df
l'autre, ainsi que les grandes profondeurs
des océans, apportaient autant de barrières
infranchissables à la zoologie terrestre et
marine. On doit donc croire que l'unifor-
mité de répartition des êtres sur le globe
tient, pour les uns, à l'égalité de température
déterminée par la chaleur centrale, et pour
les autres, a cette même cause, combinée
avec le peu de profondeur des mers; tandis
que le morcellement des faunes tertiaires
récentes, par bassins de plus en plus res-
treints, provient, en approchant de Tépoque
actuelle, du refroidissement de la terre, «les
limites de latitude, des barrières terrestres
et marines, qui ont mis obstacle à l'eiteosioa
des faunes.
PERTURBATIONS dans les DÉpAnDESÉ-
niMENTS. Voy. Couches sêdimentaires.
PÉTRIFICATION. Voy. Fossiles.
PHILOSOPHES Eï POETES ANCIENS,
admettent-ils une création de la matière. -
Voy. Chaubard.
PHYSIOLOGIE PALÉONTOLOGIQIEGÉ-
NÉRALE ET COMPARÉE. — Nous emprun-
terons à l'un des plus savants paléontolo-
gistes de notre époque les profondes études
qu'il a faites sur le sujet élevé qu'annonce
le titre du présent article. Nous recomman-
dons ces belles considérations à raltenlioo
du lecteur; elles sont du plus haut intérêt
à cause des conséquences qui en découlent.
L'une des questions les plus UnfOt-
tantes de la zoologie générale, dit M. A.
d'Orbigny, est, sans contredit, celle qui ^
rapporte à la marche successive de l'animt'
lisation sur le globe, depuis les temps géo-
logiques les plus reculés jusqu'à 1 époque
actuelle. De cette étude dépend, en effeff l>
solution définitive du grand problème zoo o-
gique, de la perfection successive des or-
ganes, comparée à l'ancienneté des animaui
Ht9
rn\
KT DK I»AKKONTOI-OCIK
F'inr
fi:iî
dans les diyers â^es du moiidt*. i.cs snvttnlcs
rcclicrdies de Cuvicr ten:laienl <^vidoiumcnl
à ce bul ; fliais, filhistre auteur de Touvpa^e
snr les ossements fossiles, s*étant borné aux
uammifcrcs et aux reptiles, les déductions
^u^il lire de ses ol^servations ne sappli*
quent, quehjue'importanies qu'elles soient,
qu'à ces deux classes d'êlres. Depuis Cuvier,
M. Richard Owen. avec la rare sagacité qui
le distingue, a surtout étudié les animaux
vertébrés. MM. Agassiz, Hermaunde Meyer
et beaucoup d'autres* savants se sont plus
l^articulièremenl encore occupés du même
eiiii»ran('liement.
Lfs trûis autres embranchements des
animaux, renfermant à pux seols les cinq
sixièmes des genres connus h l'état fossile,
et douze fois plus d'es|>èces ensevelies dans
les co'idios terrestres que les animaux ver-
tébrés, ont é^ab»n]ent été traités dans beau-
coup d'où vra^xes; mais, rédigés souvent nar
des horauios étrangers à la zoologie analy-
tique, ces ouvrages ne sont, il faut bien le
reconnaître, que très-rarement au niveau
des travaux que nous venons de citer sur
les animaux vertébrés; et leur ensemble
hélé.*^gène ne saunnt donner aucun résul-
tat certain. Il convient donc, pour en tirer
Iiarti, de discuter avant tout sévèrement
chacun des dca-uments isolés qu'ils renfer-
ment, afin de rectilier les erreurs de déter-
fiiination ei de ramener les choses à leur
Taîeur réelle. Convaincu de cette nécessité,
et désirant arriver à une solution |)Osiiivc,
nous Avons voulu appliquer è l'étude des
i:iiiu?aux invcrtél>rés fossiles rex|)ériencc
et l'habitude que pouvait nous avoir don*
nées une vie entièrement consacrée aux re-
cherches Toologi'jues sous toutes les zones
de température. Def uis 1839, surtout, nous
ifavons pas cessé nos recherches sur les aiii-
maux mollusques et rayonnes fossiles. Nous
avons publié dans notre Paléontologie fran-
çnise^ et dans beaucoup d*autres ouvrasses
sur la zoologie analytique fossile, une très-
nombreuse ^é^ie de travaux qui nous ont
l>erinis d'effectuer beaucoup de réformes
s|Ȏciales par une application nouvelle des
irariatîons qui déterminent l'âge et le sexe,
diez un grand nombre d'ètrcs perdus. Indé-
fiendamment de nos travaux particuliers,
contenant quelques milliers d'espèces, nous
avons encore voulu discuter un à un tous
les faits que renferment les ouvrages publiés
jnsqu'à ce jour, dans le but de rectifier
quelquefois l'âge chronologique, et de ra-
mener les corps organisés fossiles, inscrits
dans le domaine de la science, à Punité du
genre, h l'unité de l'espèce, ou, pour mieux
dire, à une valeur comparative uniforme,
condition indispensable de tout travail d'en-
srniblc. Nous avons d'abord consigné ces
drKunients ainsi rectifiés dans notre Pro^
drome de paléontologie slratigraphiqne^ qui
contient, à lui seul, plus de 18,000 espèces,
afin qu'on puisse apprécier les Imscs sur
les<|uelles reposent nos conclusions. Nous
avons ensuite, dans la partie zoologique de
notre Cour$ élémentaire de paléontologie 9
DlCTffO!«!«. DK CoftyOGOME ET DE PaI
passé en r«!vuc chaque série animale, |iouii
reronnaîlre comment s'y comportent les es-
pèces dans les genres et les genres dans les
classes, suivant la succession chronologique
<Ies âges du monde, afin d'obtenir la marche
sfiéciale à chacune de ces classes en parti-
culier. Nous avons môme résumé, pour cha-
cune d'elles, dans un tableau sj)éc'ial, la ré-
partition ilcs genres et des espèces h la sur-
face du globe terrestre, depuis le commen-
cement de l'animalisation jusqu'à réiK)que
a^rtuelle. Enfin, après dix années d'un tra-
vail des plus opiniâtres et des plus fasti-
dieux, nous donnons ici les résultats défini-
tifs auxquels nous sommes arrivés sur l'en-
semble des animaux fossiles connus autour*
d'hui, c'est-à-dire sur le chifl're de 2^V,000
espèces, contenues dans 1,600 genres diffé-
rents, ap|)artenant aux quatre grands em-
branchements : des animaux vertébrés, des
animaux annelés, des animaux mollusques
et des animaux rayonnes.
Nous allons successivement examiner :
!• L'instant d'apparition des ordres d'a-
nimauc comparés à leur nombre respectif
dans les âges du monde;
2" Les périodes croissantes ou décroissan-
tes, dans les âges du monde, tWs ordres <ra-
nimaux comparés à la perfection de Teii-
sémble de leurs organes.
3* L'instant d'apparition, dans les âges ihi
monde, des ordres d'animaux, comparés» nu
degré de perfection de l'ensemble de le.ii s
organes.
I L — Inilant d'apparition de$ ordres d'ani^
maux comparée à leur nombre respectif
dans le$ âges du monde.
En jetant les yeux sur notre tableau, on
y voit d'abord qVun certain nombre d'or»
dres existaient avec la |iremîère animalisa*
tion, et que ce nombre a constamment aug-
menté, jusqu'à présent, dans les âges mt
monde. Si, en ettet, sans tenir compte des
organes des animaux compris dans ces or-
dres, nous les divisons, suivant leur âge et
leur nombre, nous arriverons aux conclu-
sions suivantes
Ordres connus dans les lemins paléozoîques, 51
Ordres connus daus les terrains iriasiqucs, 21
Ordres connus dans les terrains jurassiques, 41
Ordres connus dans les icrraius crétacés, 71
Ordres existant dans la faune coulcmporaîne, 7tf
Les chiffres précédents démontrent que,
pris dans leur ensemble numérique, et sans
s'occu|jer de leur caractère, les ordres d'ani-
maux sont d'autant plus nombreux au'ils se
rapprochent davantage de notre époque;
qu'ils sont, en un mot, dans une progres-
sion croissante de nombre des terrains^ les
plus anciens aux plus modernes, et qu'au-
jourd'hui les ordres d'animaux sont à leur
maximum numérique de développement.
Les résultats purement numériques prouve-
raient donc, pour les ordres, que la multi-
plicité des formes animales est d'autant plus
grande qu'on s'approche de l'époque ac-
tuelle. Il reste, mamtenant, à rechercher >i
.toXIOLOGlK.
3S
il31
PHY
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
PUT
lUi
«etta multiplicité de formes est en rapport
Avec la coQiplication et la perfection compa-
rative lies organes.
I II. — Périodes croîssanies ou décrois^
santés^ dans les âges du monde ^ des ordres
d'animaux comparés à la perfection de
r ensemble de leurs organes.
Notre tableau, résumé complet de la ma-
nière dont les genres se comportent dans
chaque ordre d*animaux en particulier »
montre de suite que ces ordres peuvent se
diviser en deux séries* qni ont suivi une
marche toute différente.
V Les ordres dont les genres atteignent
leur maximum numérique aux époiues
Géologiques passées, et ne iirdsentent plus,
réfx^ciue actuelle, que des nombres infé-
rieurs a celui qu*i]s présentaient dans les
Ages antérieurs ; ordres placés, depuis plus
ou moins longtemps, dans une période dé-
croissante de développement de formes zoolo^
gigues,
!2" Les ordres placés» toujours dans une
période croissante de développement déformes
ioologiquse.
Voyons d'abord le nombre comparatif des
orJres dans les périodes décroissantes et
croissantes.
Nous avons, dans la période décroissante,
13 ordres ; dans la période croissante» nous
en avons 6&.
Si nous opposoïis ces 13 ordres en vole
décroissante aux 64 ordres qui sont toujours,
au contraire , dans la période croissante de
développement de formes zoologiques, on
aura la certitude que, relativement au nom-
bre, les ordres de la période décroissante
sont en minorité ; mais cette minorité n*ayant
jamais été constatée, acquiert une immense
importance, puisqu'elle vient modifier en-
tièrement les idées sur la marche toujours
croissante de lanimalisation sur la terre.
Quand on voit, en effet, 13 ordres sur 77, ou
plus du sixième de Tensemble numérique
se trouver dans la uériode décroissante de
iléveloppement de formes zoologiques, on
doit naturellement en conclure gue toutes
les séries animales n'ont pas suivi une mar-
che uniforme dans les Ages du monde. On y
voit encore une exceptionimporlante à cette
loi trop généralement admise du perfection-
nement progressif des êtres, en marchant des
époçiues anciennes aux plus modernes.
Si, en effet, ces 13 ordres en décroissance
avaient leur maximum aux dernières épo-
ques qui nous ont précédés sur la terre, on
pourrait encore croire è ce perfectionne--
meut progressif jusqu'à l'instant où ces sé-
ries animales ont ('X>mmencé à décroître;
mais il n'en est pas ainsi, comme on va le
voir par l'époque géologique à laquelle, d'a-
près les données actuelles, ces ordres ont
atteint leur maximum de développement gé-
nérique. Nous voyons entrer dans cette pé-
riode décroissante, avec les terrains paléo-
zoïques, les premiers de l'animalisation : les
1)i)isst)ns placoïdes, les poissons ganoïdes,
os crustacés trilobites, les mollusques cé-
phalopodes tentanilif&res , les mollusqutt
brachiopodes brachidés etlescrinoiJesfiies.
Les 7 autres ordres entrent en voie dé-
croissante avec les époques suivanta :
Dans les terrains jurassiques, la troisième
grande époque du monde , on trouve les
reptiles sauriens et les crinoïdes libres.
Dans les terrains crétacés, la quatrième
grande époque du monde, les mollusqD^s
bryozoaires, les mollusques brachiojJoJcs
cirrhidés, les foraminifèrescyclostègues,ki
amorphozoaircs teslacés.
Enfin, dans les terrains tertiaires qui ooiu
ont précédés sur la terre, les mammitèRs
pachydermes, les mammifères édentés.
En résumé, on voit que sur les 13 ordres,
6, ou près de la moitié de l'ensemble, entrent
dans la période décroissante avec la pre-
mière époque de l'animalisation du globe,
tandis que deux seulement ont atteint cette
période dans Tâgc qui nous a précédés sur !i
terre. Ce résultat est encore tout à fait eoo-
traire au perfectionnement progressif, puis-
que la moitié de l'ensemble commence sor
le globe par leur maximum de développe-
ment de formes zoologiques , et s'est, au
contraire , toujours trouvée dans la pério^i«
décroissante jusqu'à notre époque.
Nous allons, du reste, considérer le noin-
bre et la valeur des 13 ordres en voie de-
croissante, par rapport à la place qu'ils oc-
cupent dans les quatre grands embranche-
ments des animaux, aûn de reconnaître ï\
ces rapports sont ou non favorables au per-
fectionnement successif d^s êtres.
Embranchement des animaux rayonnes,-
Commençons parles êtres les moins parfaits,
ceux qui, suivant l'hypothèse du penectioa-
nement, devraient prédominer, puisqu'ils
auraient dû paraître les premiers, et atitio-
dre aussi les premiers leur période décn;b-
santé. Ce résumé numérique nous donne :
En décroissance t & ordres; en crois-
sance, 12; rapport, 1/3. Le rapport de uani-
bre est donc de 1 à 3, ce qui n est pas con-
sidérable, surtout lorsqu'on voit ce résultat
rester au--dessous de celui que nous oITrtul
les animaux mollusques^ et ne montrer que
moins du double des rapports qui ciisifct
chez Ihs animaux vertébrés, les premiers de
l'échelle.
Si les proportions étaient suivant l'hypo-
thèse du perfectionnement, on devrait trou-
ver ces quatre oi-dres en voie de déerois-
sance parmi les dernières séries animales
mais il n'en est pas ainsi. Bien qa'on re-
marque parmi ces ordres, l'un des amorpho-
zoaires^ ou spon^^iaires testacés, les êtres les
plus informes et l'un des sept ordres de/i»-
raminifères encore dans les dernières sériel
des êtres, il n'en est pas moins vrai que le?
échinodermes, les plus parfaits des aniinfiUJ
rayonnes, forment à eux seuls la moiliéii^
ce nombre, et qu'un de leurs ordres moolrt
son maximum vingt étages avant les aïoor-
phozoaires, les derniers dan* l'or^ani^atioc
animale. On voit que, suivant les périout^
croissantes et décroissantes seulement, h*^
animaux rayonnes ofiriraicnl Bon-seuic-
H35
PHY
ET DE PAI.EOT0L0G1E.
PIIY
1134
nient des exceptions au perfectionnement
pro^Tossif, mais prouveraient môme une
njflrriift contraire.
Embranchement des animaux mollusques.
— La question de savoir si les moHusques
doirenl venir avant ou après les animaux
annelés « n'est (tas , pour nous , tranchée
d'une manière bien détini-tîvc ; car il est cer-
tain que si les animaux annelés sont doués
dfi moyens de locomotion plus parfaits,
sous certains rapports, les céphalopodes,
parmi les mollusques, offrent une organisa-
tion bien plus complète sous d'autres points
de vue; aussi ne présentons-nous ces em-
branchements que comme des séries qui
doivent marcher parallèlement, et non Tune
après Tautre. Parmi les mollusques nous
trouvons le résumé numérique suivant :
En décroissance, h ordres ; en croissance,
10 ; rapport 2/5. Le rapport d^ nombre
est , comme on le voit, des deux cinqaiè-
mes; nombre qui place les animaux mol-
lusques bien avant les animaux rayonnes
pour les ordres en voie décroissante de dé-
reloppement, et offre dès lors bien plus
d'exceptions numériques à la loi du perfec-
tionnement [)rogressif.
Ces exceptions sont encore bien plus frap-
pantes, quand on y voit les céphalopodes^ les
premiers des mollusques par la perfection
de leurs organes, parmi les h ordres en dé-
croissance ; car, alors, ce ne sont plus quel-
ques ordres qui forment cette exception,
mais bienremorancbement tout entier. Nous
Toyons, en effet, les céplialopodes atteindre
leur période décroissante dès le premier âge
iJu monde animé dans l'étape silurien, c*est-
â-iire deux étages avant les brachiopodes
arachides^ vingt et un éla'/;(}S avant les bra-
chiopodes cirrhidés, bien moins parfaits que
ces derniers, et vingt-deux étages avant les
mollusques bryozoaires^ les derniers de l'em-
l>rancliement sous le rapport de la perfec-
tion des organes. Il n*est donc pas douteux
que, d'après les périodes croissantes ou dé-
croissantes, le perfectionnement progressif
des êtres est tout à fait illusoire pour les
animaux mollusques, qui, depuis les pre-
miers âges du monde jusqu' à présent, ont,
au contraire, marché dans la roiede dégéné-
rescence la plus marquée, lapins positive.
Embranchement des animaux annelés, —
?îous Htons ici cet embranchement plutôt
pour compléter le cadre de nos considéra-
tions que pour en faire un parallèle régu-
lier avec les autres; car, de tous les êtres,
ces derniers ont été le plus facilement dé-
truits dans les couches terrestres, qui ne
nous offrent plus, sans doute, que Quelques
débris échappés à leur prompte altération
et aux grandes commotions géologiques du
globe. Les animaux annelés fossiles, tels que
nous tes connaissons, offrent le résultat nu-
iiir?riquc suivant :
En décroissance, 1 ordre; en croissance,
f S; ra^^^porl, Iil8. Le rapport de nombre est
run dix-huitieme pour les animaux annelés;
rfir!i.<, comme nous l'avons dit, ce résultat
j'csl basé que sur le peu de débris de ces
animaux qui ont pu échapper à I anéantisse-
ment général de ces êtres peu faits ])our ré-
sister à des causes si nombreuses de com-
plète destruction. Cet ordre en décroissance,
celui des crustacés trilobites, qui, né avec la
première animalisation du globe, y trouve
son maximum et disparaît du monde animé
deux étages après, appartient du reste aux
crustacés, animaux plus parfaits, par exem-
ple, que les annelides, que les cirrhipè.les ,
dont le maximum se trouve à Fépoque ac-
tuelle.
Embranchement des animaux vertébrés. —
L^embranchement des êtres les plus parfaits,
celui auquel appartient l'homme, devrait, si
la loi du perfectionnenxent existait, ne mon-
trer aucun ordre en décroissance : ce qui ne
résulte pas des faits ; car Tobscrvation donne
le résultat suivant ;
En décroissance, 3 ordres; en croissance,
23 ; rapport, plus de 1;5. Le rapportde nom-
bre est' de plus d'un cinquième, ou un peu
moins d'un quart, proportion énorme pour
des animaux si élevés dans l'échelle. Ce ré-
sultat prouve que les quatre embranche-
ments ont marché parallèlement, et non suc-
cessivement, dans leur développement de
fôriiies.
Voyons maintenant, suivant la place qu'oc-
cupent ces 5 ordres dans les animaux verté-
brés, si la loi de perfectionnement existe.
Les animaux vertébrés, d'après leur degré
croissant de perfectionnement physiologi-
3ue, se composent des poissons, des reptiles,
es oiseaux et des mammifères. Si cet em^
branchement avait suivi la liçne graduelle
du perfectionnement, on devrait trouver tous
les ordres en voie de décroissance parmi les
poissons les moins parfaits, et aucun dans les
mammifères. Il n'en est pourtant pas ainsi ;
car, sur les 3 ordres en décroissance , 2 ap-
partiennent aux poissons^ les placoides et les
ganoides:iB\x\ reptiles^ \es sauriens; et 2 aux
mammifères^ les pachydermes et les édentés.
Les 2 ordres de poissons, les çanoides et les
Flacoïdes, ne sont pas les moins parfaits de
ensemble; puisque non-seulement ils sont
supérieurs, sous ce rapport, aux pleuroncc-
toïdes ou poissons non symétriques encore
dans la période croissante; mais encore,
{)armi eux, les placoldes, dont dépendent
es squales, sont encore, d'après les belles
recherches de M. Duvernoy, supérieurs à
tous les autres poissons, sous les rapports
de la perfection. Suivanlce résultat, les pois-
sons auraient suivi une marche contraire au
perfectionnement. L'ordre des reptiles en dé-
croissance, celui des sauriens, n était certai-
nemept pas le dernier des reptiles, puisç[u'il
est supérieur, à tous égards, aux batraciens^
soumis à des métamorphoses et dans la voie
croissante. Les mammifères en voie décrois-
sante, les pachydermes et les édentés, sont
sans aucun doute, plus parfaits que les
cétacés^ toujours en voie croissante. Il est
donc évident que, chez les animaux verté-
brés, considérés suivant les périodes crois-
santes et décroissantes, non-seulement il n'y
a pas de preuves du perfectionnement suc*
1155
PHY
DICTIONNAnU: D£ COSMOGONIK
rat
iUl
cessif, mais qu'ils donnent, au contraire, des
(Teavcs de la non-eiistence de cette marche,
l est encore certain que, d'après les consi-
dérations qui précèdent, les classes de cet
embranchement u*ont pas marché successi-
vement, mais bien parallèlement ; ce qui ex-
clut tout à fait ce perfectionnement suc*
cessif.
En nous résumant sur l'ensemble dos pé-
rioies croissantes et décroissantes des or-
4!lresd'animaux comparés aux âgesdu monde,
on Toit que, suivant le nombre des ordres,
la majorité serait encore dans la voie crois-
sante, tandis que, suivant la valeur des ca-
ractères physiologiques comparés à l'âge,
tous ces résultats numériques disparaissent
pour faire place à la démonstration la plus
certaine du non-perfectionnement successif
des êtres.
Eu etfct, les détails dans lesquels nous
sommes entrés à chaque embranchement, con-
duisent à cette conclusion très-importante :
Si l'hypothèse du perfectionnement progres-
sif existait, on devrait trouver tous les or-
dres dans la période décroissante [)armi les
animaux rayonnes les plus imparfaits, et au-
cun parmi les animaux vertébrés les plus
parfaits, tous ces ordres en décroissance nn
se trouvant pas daiis le premier embranche-
ment, puisque les animaux vertébrés en of-
frent dans des proportions peu différentes.
On voit , dès lors, que ces quatre embran-
chements n'ont pas marché successive-
ment, suivant leur degré de perfection com-
parative dans les âges du monde, mais sur
quatre lignes parallèles indépendantes, ré-
sultat tout à fatt jcontraire au perfectionne-
ment progressif pris en général.
S'il existait, du reste, quelques doutes à
cet égard, la comparaison du nombre des or-
dres dans chaque classe viendrait prouver
que ce parallélisme existe non-seulement
aans les quatre grands embranchemen ts, corn-
{)arés aux âges du monde animé, mais qu'il
àut encore l'admettre dans les classes de
ces embranchements, qui toutes ont suivi
des lignes parallèles indépendantes dans ces
Â^cs du monde, et non une ligne de succes-
sion suivant leur degré de perfection com-
parative : dernière conclusion qui détruit
tout à fait le perfectionnement successif des
êtres, en marchant des époques les plus an-
ciennes vers l'époque actuelle.
§ III. — instant d'apparition^ dans Us âges
du monde^ des ordres d^animaux comparés
au degré de perfection de Vensemble de leurs
organes.
Gomme nous l'avons fait remarquer pré-
cédemment, le nombre des ordres a, dans
les comparaisons, moins de valeur que la
perfection relative des organes. Nous allons,
sons ce rapport, comparer Tinstant d'appa-
rition, dans les âges du monde, des différents
ordres d'animaux avec le degré de perfection
de leurs organes.
En jetant les yeux sur notre tableau de la
réi'artition des orJrcs à la surface du globo
lerrostro, depuis le commencement de l'ani-
malisation jusqu'à notre é{)oque, on voit,
d'après les données actuelles lie la science,
qu avec la première grande époque géolo^-
que, la période paléozoique, vivaient 31 or-
dres d'animaux sur 77, ou presque la moitié,
nombre considérable quand on considère les
causes multipliées de deslrucliun qui se sont
opposées à ce que cette f»remière époque, m
éloignée de nous, puisse nous montrer en-
tièrement la richesse réelle de son animal:*
sation. Néanmoins cette première époquo
offrant à l'industrie sur tous les iiointsdii
monde, l'exploitation de la houille comme
mobile des recherches, nous croyons que
c^est la plus connue, et celle, peut-être, qui
nous présente les résultats les plus coji-
plets.
Ces 31 ordres, rencontrés dans les terrains
paléozoïques, sont ainsi répartis dans les dii*
férents embranchements :
Animaux rayonnes,
Aiiini.iux mollusques.
Animaux aunetcs,
Auimaux vcrlébrcs.
8 ordres.
9 ~
3 -
Ainsi^ les quatre grands embranchomenU
seraient également représentés; ce qui prou-
verait que tous sont nés avec la premièri;
grande époque du monde animé sans mani-
lester de prédominance trop marquée. Ce
résultat, des plus positifs, puisqu'il estha^é
sur un nombre considérable de faits, ne se-
rait, en aucune manière, favorable à ïidh
trop généralement admise, que les êtres sont
d'autant plus parfaits qu'ils se rapprochent
de l'époque actuelle. Pour que celle hypo-
thèse fût vraie, il faudrait gue tous ces or-
dres de la première animalisation du gloire
appartinssent seulement aux classes infé-
rieures; ce qui n'est pas. Nous croyons donc
que ces chiffres ont seuls une grande signi-
fication dans la question ; mais, avant de con-
clure, discutons avec détail ce que nous don-
nera la perfection relative des ordres dans
cha?iue embranchement pris en particulier.
Embranchement des animaux rayonnes. -
Si les êtres étaient d'autant moins parfaits
qu'ils sont plus anciens, on devrait, dans les
terrains paléozoïques, premier âgedu monde
animé, trouver que les ordres existants ap-
partiennent aux amorphozoaîres ou aux kh
raminifères, les derniers sous le rapport de
la perfection des organes, et qu'aucun ne dé-
pend des échinoderines, les plus parfaits des
animaux rayonnes ; mais il n'en est pas ainsi,
comme leprouve la liste suivante de ces 8 or-
dres connus dans les terrains i>aléozoïquP5.
les échinodermes échinides ; les échinodrr-
mes astérides; les échinodermes ophiun^i-
des; les échinodermes crinoïdes flxes;l»;s
polypiers zoantaires; les polypiers alcyonai-
res ; les foraminifères néficostègues ; K'^
amorphozoaires testacés ou éponges. Oovoil,
en effet, que sur ces 8 ordres d'animauï
rayonnes des terrains paléozoïques, 4, oui»
moitié, appartiennent aux échinoderme„sqo«
nous venons de dire être les plus iiarfaits^H
2 aux zoopliytes; tandis qu'il reste seulement
2 ordres aux classes les plus inférieures, W
un
MIT
ET DE PALEO!«TQLOGIK.
rai
II3&
'«ramiuifères et les aii^.i | «iv^zoaircs, les der-
aiers ues animaux rayouués scus le rapport
de la perfertion de leurs organes. Il sera
prouvé, par cette comjia raison, que les plus
/,nr(a-tsdes animaux rayonnes sont nés, en
iitandc cnajoiilé, avec la première animaiisa-
liiiQ du ^lolje, ce qui esl tout à &it op|)oséà
la uiartlie croissante du développement suc-
cessif des organes des animaux, en remon*
tant des âges géologiques les plus anciens
vers les plus modernes.
Vovons, maintenant, si la succession des
terniins postérieurs nous présentera des faits
coutlrmant ou infirmant ces résultats, lui
deuxième grande époque, lesitrraim triasi-
^ufj, qui suivent les terrains |)aléozoïques,
ne nous montrent aucun ordre nouveau d*a*
niruaiix rayonnes. La troisième grande éf)0-
que, les terrains jurassiques, offrent seule-
ment <:e plus : 1 ordre d'éciunodermes, les
erinolJes libres, moins avancés en perfec-
tion d organes que les échinides et les asté-
rriides oc la première animal isation; et 2 or-
dres de foraminifères, les moins parfaits de
TensemMe, La quatrième grande é|)oque, les
terrains crétacés, présentent encore 4 ordres
de foraminifères et 1 d*amorphozopires, les
derniers dans TécheUe de la perfection des
organes. Enfin la cinquième grande épo(|ue,
les terrains tertiaires, qui nous ont précédés
sur la terre, n*ont aucun ordre nouveau. Il
est donc évident que, depuis le connnci cé-
ment du monde animé jusqu'à ré|K>que ac-
tuelle, les animaux rayonnes ont marché
dans une voie stationuaire constante, ou
luéine quelquefois dans une voie rétrograde,
paj* rapport à la perfection des organes; qu'il
n'aéîécréé aucun n^ode nouveau d'existence,
et surtout aucun ordre plus | arfait que ceux
des premiers Ages du monde, ce qui est en-
core tout à fait opposé au perfectionnement
général des êtres dans les k^s^es du monde.
V embranchement des animaux mollusques
nous montre-t-il des résultats plus satisiai-
^<ints pour cette hypothèse? Pour qu'il en
fût ainsi, il faudrait que les ordres des mol-
usques des terrains paléozoïques , les pre-
niers de Tanimalisation, appartinssent tous
lux moins complets des mollusques, et
tucun aux plus parfaits, tels aue les cépha-
o|>odes. Nous trouvons à la place, dans les
^ onires de mollusques des terrains paléo-
oï.jues : les céphalopodes tentaculifères ,
es gastéroi^odcs peclinibranches, les gasté-
oiiO'ies scutibraiiches, les ptéropodes, les
iiiiellibranches sinupalléales, les lamelli-
rnnches intégrofalléales, les lamellibran-
hes pJeuroconqueS', les brachiopodes bra-
*iidés, et les bryozoaires. Toutes les classes
c mollusques y sont é^^alement représen-
tes; et, de plus, on y voit les céphalopodes
*s plus ]iarfaits de cette série à leur maxi-
112 m de développement de formes généri-
iivs; 2 ordres de gastéropodes, les plus
iiiiplets après les céphalopodes; les 3 ordres
j lamellibranches, des brachiopodes les
lus fiarfaits et des bryozoaires. Il sera donc
rouvé ici, comme pour les animaux rayon-
^5^ qa« les plus parfaits des animaux mol-
lusçfues sont nés avec la première antmalf-
salion du monde, et qu*ils y sont même
dans leur plus grand développement d or-
dres, résultat encore en opposition complète
avec la marche croissante du développement
successif des organes des animaux, en allant
des premiers âges du globe animé àTépoque
actuelle.
^'oyons , du reste, en remontant dans les
Ages du monde, ce que nous trouvons pour
les aniuiaux mollusques, relativement aux
ordres nouveaux qui apparaissent successi-
vement. Dans les terrains triasiques naît
l'ordre des céphalopodes acétabulifères ,
aussi le plus parfait dos mollusaues, et cela
encore h une épo<|ue bien reculée par ra|>-
port à nous. Dans les terrains jurassiques
apiuiraissent les gastéropodes teciibranckes,
et les brachiopodes cirrhidés, tous deux cer-
tainement inférieurs en perfection h ceux
de leur classe qui sont nés dans la première
grande cjK>4iue. Les terrains crétacés n*en
olfrent pas Je nouveaux, et les terrains ter-
tiaires n'en montrent que 1 ordre; lesgas^
téropodes pulmonés, qui, spécialement con-
formés j:our respirer l'air en nature, ne
sont ftas, sous d'autres rai'ports, supérieurs
aux ^>léropoiles de la |>remière animali-
snfioii, et encore moins aux réfilialopodes.
Cest, en un mot, un mode nouveau d*exis-
leiire qui tient, non au véritable pcrfec-
tlt^nneiiieiit, mais à des circonslances parti-
culières. Oh peut donc dire, comme |iour
rembraiichement précédent, que, drns les
Ages du monde, les aiiimVïux mollusîiues
sont encore restés slatfonnaires, ou mémo
ont rétrogradé chez les plus parfaits, el
n*ont montré, dans les dernières périodes
d'existence, aucun ordre plus ftarfait que
ceux des terrains paléozoiqui*s; car les
(;asléropodes puliuonés qui ont paru avec
es terrains tertiaires les plus voisins de
notre épo<]ue, sont loin d'èire aussi parfaits
que les céphalopo<ies, qui ont eu leur maxi«
mum de développement dans les premiers
âges du monde animé. Les inolliisques n'of-
frent donc, dans tes terrains géologiques,
ni par la faune première, ni par la succes-
sion des faunes, rien qui soit favorable au
perfectionnement successif des organes.
V embranchement des animaux annf (fi, con-
sidéré sous le rapport de la perfection suc-
cessive des organes, devrait, pour qu'il y
eût accord, nous montrer, avec les terrains
paléozoïques les plus anciens, tous les or-
dres dans les classes les moins parfaites, et
aucun dans les plus barfaites. Les résultats
sont encore ici tout à iait opposés, comme
le prouvent les il ordres suivants, que nous
connaissons dans les terrains paléozoïques ;
les insectes co!éoptères, les insectes or-
thoptères» les insectes névroptères, les ara- -
chnides, les crustacés phyllopodes, les crus-
tacés xipbosures, les cirfhipcdes, les anm'-
lides dorsibraiiche:», et les annélides tubi-
coles. Nous voyons, d'abord , toutes les
classes représentées, ce qui est déjà un
résultat contraire; mais encore, aans ces
classes, nous trouvons, parmi les insectes.
1150
PHY
DICTrONNAlRE DE COSMOGONIE
PMÏ
1140
3 ordres; pan»i les crustacés #, au milieu
desquels on compte les coléoptères, les plus
^ complets des insectes ; les deux séries les
f)]us importantes des animaux annelés sont
argemeni représentées, ainsi que les arach*
niiles, les cirrhipèdes et les annélides. Nous
aurions donc, pour les animaux annelés,
des résultats icientiques à ceux des deux
embranchements précédents. II serait prouvé
de même, que les plus parfaits des animaux
annelés sont nés avec les premiers êtres du
monde animé, pendant les terrains pa-
léozoïques; qu'ils y ont eu un grand déve-
loppement dVïrdres : résultat en opposition
directe avec la marche croissante du déve-
loppement successif dos organes des êtres,
en avançant des premiers âges du monde
animé vers noire époque.
Suivons les grandes époques géologiques
qui ont succédé aux terrains paléozoiques,
pour reconnaître ce qui a existé jusqu'à nos
purs relaliveraont aux animaux annelés.
-^a seconJe grande époque, les terrains tria-
sirjuos, ont oifert 1 seul ordre de crustacés
(le plus, celui de^s décapodes, h ajouter aux
4 ordres qui existent déjà. La troisième
grande époque, les terrains jurassiques, ont
montré encore 1 ordre de crustacés» les iso-
podes; et 4.d*insectes„ les diptères, les hé-
uiiplères, les hyménoptères et les lépidop-
tères, nullement supérieurs en organisation
à ceux de la première animalisation. La
(jualrièmc grande époque, les terrains cré-
tacés, n'ont pas un ordre de plus. Pour la
cinquième grande époque, les terrains ter-
tiaires, ils offrent 2 ordres de crustacés bioa
inférieurs, comme organisation, à ceux des
terrains paléozoïques et triasiques, et les
promièrcj trau-es certaines des insectes my-
riapovles, évidemment inférieurs aux co-
léoi)lère5, quo nous voyons dans les pre-
miers Ages du mopde! Ici nous devons
conclure absolument, comme pour les ani-
ipaux rayonnes, que tous les résultats sont
contraires au perfectionnement des êtres,
en suivant Tâge chronologique du monde
animé.
L*e:nlranchement des aniînaux vertébrés ne
montre pas, sous ce rapport, de résultats
aussi positifs; et même, jusqu'à un certain
poiïit, l'hypothèse du perfectionnement pror
gressif diie à leur seule étude était, en ce
Siji les concerne, fondée sur quelques faits.
o\^s avons dit que, pour que cette suppo-
sition fût vraie, il faudrait que les moins
complets des animaux vertébrés fussent les
fçuls représentés dans le premier âge du
monde. Nous trouvons, parmi les 3 ordres
des terrains paléozoïques : les reptiles sau-
riens, les poissons pl^colides ou squales, et
les poissons ganoïdes. 11 n'y aurait donc pas
là une confirmation \ car, bien qu'il manque
encore les oiseaux et les mammifères, plus
complets que les reptiles et les poissons, les
deux classes représentées n'en suivraient
pas moins une marche tout opposée. En
effet, les reptiles de ce premier âge sont les
sauriens, ccriainement bien supérieurs en
organisation aux reptiles ophidiens ou ser
pents, dépourvus de membres, et surloBl
aux batraciens, soumis à des métamorpbeses
et qui ne paraissent que bien plus tard. Les
poissons de celte première époque appar-
tiennent aux plaeo'ides ou squales, les plus
parfaits des poissons, comme l'a reconnu
M. Duvernoy, et aux ganoïdes, évidemment
supérieurs aux pleuronecloïdes non symé-
triques , qui ne se montrent que dans les
dernières périodes géologiques. On voit qw
deux classes sur quatre, dans les animaux
vertébrés, n'ont pas suivi, dans leur instant
d'apparition sur la terre, comparée à la per-
fection de leurs organes, une marche en
rapport avec la perfection croissante de ces
organes, puisque les plus parfaits se mon-
trent les premiers. Nous allons, avant de
conclure, scruter les âges postérieurs, afin
d'y chercher des confirmatiORS ou des coû-
tradictions.
En remontant dans les terrains qui ont
succédé aux terrains paléozoïques, les ter-
rains triasiques, ou seconde grande période
de Tanimalisation, nous présentent Tordic
des oiseaux échassiers, et celui \\^s reptiles
chéloniens. Il est curieux de voir déjà, dans
une époque si reculée» arriver des oiseaux,
animaux aériens par excellence, et surtout
de voir encore les reptiles chéloniens, les
plus parfaits de cette série, apparaître long-
temps avant les ordres les plus imparfaits.
Les terrains jurassiques n'ofTrerrt pas d'or-
dres nouveaux; les lerrains crétacés pr^
sentent 1 ordre d'oiseaux, les palmipèdes,
et 2 ordres de poissons, les cycloîdes el
les cténoïdes, moins parfaits que les poissons
des lerrrains paléozoïijues. L'est donc arec
la cinquième grande période, dans les ter-
rains tertiaires, les derniers avant notre éço-
quc, qu'ont paru tous les autres ordres d'a-
nimaux. Les ordres d'oiseaux ne sept pis
plus parfaits que ceux du second ilj^'edu
monde; les ordres des reptiles, les ophidiens
et les batraciens, sont assurément les der-
niers en perfection dans cette classe. L'onire
des poissons, les pleuronecloïdes, est ausîi
le dernier des poissons, puisqu'il renferme
lès poissons non symétriques dans leurs
parties. On voit donc que, survies i classes,
depuis la première période géologique jus-
qu'à présent, il y en a 2, les reptiles el les
poissons, qui, au lieu de marcher dans ces
âges des plus imparfaits aux plus parfaits-
ont montré les plus parfaits les premiers,
les moins parfaits dans les derniers, en sui-
vant une marche entièrement opjwsée au
perfectionnement successif des organes» et
que la classe dos oiseaux est restée slalion-
naire depuis la seconde grande époque du
monde animé. 11 n'y i^urait, en conséquence,
de favorable au perfectionnement successif
des titres que les mammifères, qui, effecti-
vement les plus parfaits dès animaux verté-
brés , ont tous , à rexceptiôn de Tlioiuîn*'»
spécial k notre époque, paru seulement dans
la dernière période géologique qui nous a
précédés sur la terre. Tels sont les résultats
relatifs b l'instant d'apparition; néanmoins
les piammifères nous offrent encore des ex*
«ili
PHT
ET DE PALEœ«TOLOGIB.
PUT
ffl4t
cepliooSf puîsqu*ils ont 2 ordres : les pachj-
Jermes et les é<ientés, dans une période
•iëcroissante de développement de formes
zoologiques, ce qui prouve que le perfec-
tionnement des oi^anes, dans Tordre chro-
nologioue des périodes géologiques, n'est
général, pas même pour Tensemble des
maramifières.
En nous résumant sur Tinstant d'appari-
tion dans les âges du monde des ordres d'a-
nimaux comparés à la perfection de leurs
organes, à l'embrauchement dont ils dépen-
dent, nous arrivons aux résultats suivants :
1* Les quatre embranchemenls de$ animaux f
dans l'ordre chronologtoue des âges du
monde, n'ont pas marché suivant le degré
comparatif de la perfection de leurs organes,
mais bien sur quatre lignes parallèles, tout
à fait indépendantes les unes des autres.
2* Lêi elasstM d'animaux sont à l'exception
de deux sur dix-neuf^ absolument comme
les embranchements : elles ont marché pa-
rallèiement, et non successivement dans les
â^es du monde.
^ Cette marche particulière, parallèle et
non successive dans l'ordre chronologique,
pour chaque embranchement et pour chaque
classe, est tout à fait contraire au systèmedu
{perfectionnement général des organes, en
allant du premier âge du monde vers l'épo-
que acluelle.
4* L*ac.^x>rd du degré croissant de perfec-
tion des organes, en marchant des premiers
éges du monde jusqu'à l'époque actuelle ,
loin d*être la règle constante, conmie on
avait pu le croire en étudiant les animaux
mammifères, n'est, au contraire, qu'une
faible exception à la marche parallèle géné-
rale, et qui n*a pour base que l'arrivée
tardive sur la terre de l'ordre des mammi-
fères. Cet accord même, sous ce rapport,
n'existerait que |K)ur un dix-neuvième de
l*enscmble des classes.
5* Il résulterait encore de ce qui précède ,
que les animauxr loin de perfectionner suc-
cessivement leurs organes, et de passer par
Cous les degrés de perfection dans les â^es
du monde , ont souvent à cet égard moins
t^agné que perdu dans quelques embranche-
îiients, ou sont au moins restés stationnaîres,
ce qui exclut tout à lait la marche croissante
l^énérale du simple au composé dans Je
Jours des âges géologiques.
li nous reste pourtant à expliquer une
contradiction, à la vérité plus spécieuse que
réelle, qui pourrait naître de la comparai-
son de tous les résultats basés sur les carac-
Lèrt'S zoologiques généraux des êtres avec
les chiffres des genres qui, sans avoir égard
I ces caractères généraux, se trouvent dans
chaque classe d animaux. Les classes, con-
»idérécs suivant le nombre des genres, mon-
renty en effet, quatre classes sur dix^neuf
|uî, même par les chiffres, sont toujours en
léeroissance de nombre de genres, depuis
les époques géolO;;iques plus ou moins
inrîennes jusqu'à présent : ce sont les mol-
usq ues cephaloiH)des, brachiopodes, brjo^
maires, et les ' amorphozoaires. Celles-ci
sont encore en rapport direct avec les con-
clusions précédentes qu'elles viennent cor-
roborer. Les autres classes vont,aucontraire,
en croisant de nombre, de genres, des âges
les pins anciens vers l'époque actuelle, et
pourraient faire croire à une marche géné-
rale croissante dans l'organisation. Toutes
les conditions dans lesquelles nous sommes
entré, relativement aux caractères zooiogi-
ques les- plus importants, prouvent que ces
genres plus nombreux ne dénotent point
une marche croissante dans la perfection des
organes , mais seulement une plus grande
multiplicité de légères modiflcations dans
les détails de formes des parties peu impor-
tantes de l'organisation. Ces modifications
génériques résident, en effet, dans la place
et dans la forme des dents , des pieds, dans
Ja forme du corps et des nageoires des ani-
maux vertébrés , dans la configuration et
les détails d'anneaux du corps, des pattes
et des antennes des animaux annelés ; dans
la forme et la répartition des parties diver-
ses des coquilles , des mollusques et ûes
échinodermes ; dans le racde aagrégalion
des individus; dans les détails de distribu-
tion des parties solides chez les animaux
rayonnes; enfin, toujours dans des caractè*
res bons pour distinguer des genres, mais
2ui n'ont point de valeur zoologique plus
levée dans l'organisme général. On voit
donc, en dernière analyse , que le nombre
des genres, plus considérable jiour quelques
classes d'êtres, est tout à fait indépendant
du perfectionnement des organes, et ne peut
en rien modifier les résultats généraux ob^
tenus par l'organisation même comparés^
dans toutes les séries zoologiques
I IV. — Kecherchet physiologiquet sur les
milieux d'existence des animaux dans les
dges géologiques.
Il est une question physiologique de la
plus grande importance, et que peut seule
résoudre l'étude des animaux fossiles ense-
velis dans les couches terrestres. Cette Ques-
tion est celle de savoir si les divers organes
des animaux les plus anciens sont restes les
mêmes depuis le commencement du monde,
ou s'ils se sont modifiés par suite de chan-
gements de milieux d'existence ; ou , en
termes directs : les animaux les plus anciens
sur le glot>e étaient-ils plus simples de com-
position que ceux d'aujourd'hui, et se sont-ils
perfectionnés à mesure qu'ils approchaient
de nous? Peut-être, en comparant les ordres
entre eux, dans les recherches précédentes,
avons-nous déjà péremptoirement prouvé
que le perfectionnement successif des êtres
n'existe réellement pas dans Tensemble ; car
il est certain que si, comme nous le trou-
vons, les classes d animaux ont , à très-peu
d'exceptions près, marché parallèlement, et
non successivement, dans les âges du monde,
c*est que les organes de ces classes étaient,
au commencement de l'animalisation, aussi
jarfoits qu'à l'époque actuelle.
Pour cnercher à liécouvrir les causes |4iy^
ff0i3
PHY
DSCTIONNAIRE DE COSMOGONIE
MIT
m
siologic^ncs am ont pu déterniiner la règle
jjçéii"érale<îl les exceptions que nous avons
signalées dans la marche successiYe de Ta-
niinalisation <i la surface de la terre, dei^uis
les temps géolo^^iqucs les plus reculés jus-
qua nos jours, nous allons nous occuper
lies organes de ces aniraaui fossiles. L'or-
gane de la respiration étant, entre tous, par
M nature même, par sa grande susceptibi-
lité, le plus im|:orlant, puisqu'il se trouve
toujours en rapport direct avec les milieux
d existence, nous en ferons la hase princi*
pale des recherches qui vont suivre.
Les difFérenls modes de respiration chez
les animaux peuvent, en raison de leur de-
gré croissant de perfection, se diviser en
uuatre séries :
V Respiration sans organe spécial ;
2* Respiration dans Peau par des bran-
chies;
3^ Respiration aérienne par des trachées ;
4* Respiration aérienne par des poumons.
Des animaux marins.
Rêêpiralion sans organe spécial, —Si nous
commençons par les animaux marins les
plus simples dans leur composition , ceux ,
par exemple, qui, au lieu d'avoir un organe
j^pécial destiné à séparer {\qs eaux de la
mer l'oxygène nécessaire h leur existence,
paraissent se Tappropricr directement par
♦livcrscs parties externes de leur corps,
nous verrons que les êtres ainsi conformés
appartiennent aux dernières classes , et seu-
lement h Tembranchement des animaux
rayonnes. £n jetant les yeux sur notre ta-
bleau de la répartition des classes d'ani-
maux à la surface du globe, depuis le com-
mencement de lanimalisalion jusqu'à Té-
f>oque actuelle» on peut s'assurer qu'avec
es terrains paléozoïques, première grande
période des âges du monde, ap()araissent
les classes des amorphozoaires, des forami-
liifères, des zoophvles et des échinodermes,
qui, à différents degrés de perfection, ren-
trent dans cette première série. Nous avons
donc, dès celte première époque, des repré-
sentants de toutes les classes d'êlres qui
respiraient sans organe spécial, et aucune
modification nouvelle ne se montre aux pé-
riodes postérieures de l'histoire du globe.
En poussant plus loin nos com|)araisons,
pour nous assurer si les milieux (rcxislenie
sont toujours resti'S les mômes , descen-
dons jusqu'aux genres qui, par leur persis-
tance, peuvent nous donner la preuve (pie
les organes des êtres de celte première ani-
malisation sont identiques aux organes par
lesquels respirent encore les êtres de la
môme série. Les amorphozoaires leslacés
des terrains paléozoïques ne «liiïèrent que
par leur forme ou par leur tissu des anu>r-
phozoaires des mers actuelles. Le genre fu^
sulinoy représentant des foraminifères dans
, CL» Ito première période de ranin»alisalion, est
très-voisin des nonionina^ sironnnunesdans
nos océans; les zoophytes se irouvenl abso-
lument dans le môme ca^. Quant aux échi-
u.jdermes, nous voyons paraître avec la
l>renjière période, tous les principaux lyies
(ic formes et de caractères i\^ genres de
rrino'idos , d'astéroïdes et d'ophiuitndcs,
voisins des genres actuellement vivants, h
môme avec eux, parmi les échinides , le
genre cidaris^ contem^iorain de celle pre-
mière période d'existence qui a traversé
toutes les énoqucs du monde jusqu'aux
océans actucis.
De ce qui précède , ne peut-on pas coo.
dure que les animaux marins sans organe
spécial de la res|Hraiion sont nés, soos
toutes les forme?, avec \qs premiers âges du
monde; qu'ils n'ont rien changé à" leurs
organes depuis celle époque rcnrulée; que
leur or;^anisation d'aujourd'hui est ian;ê(ufi
que celfe d'alors, et (jue les genres de celle
première période élaicnt iflenliquesou»n.v
iogues à ceux de nos jours? Ne iiourraiwn
()as encore en détiuirc mic les cnmlilians
d'existence sont restées ws mêmes ilcpuis
le commencement <lu monde anime, rt
3 u'aucun changement ne paraît avoir anuné
0 modilication ur^^anique appréciable {h\%
les caractères des èlres marins de ceUc si-
rie?
Respiration dans reaupar des (•raarftiVi.-
EssenlieUemeot marins ou des eaux (loure^s
ces êtres pourvus de branchies comprcnneul
|)res(pie tous lesanimaux mollusques; [)arim
les animaux annelés, les crust£.cés, les ao-
nelides et les cirrhipèdes; et lariui les ani-
maux vertébrés, tous les poissons. Quoiquo
appartenant aux trois pre^niers emhranciie-
ments, ces êtres respirent de la même ma-
nière, c'est-à-dire qu'à l'aiile de branchies,
îrès-diverses de formes, suivant les classes,
ils puisent dans l'eau l'oxygène néccs>aircà
leur existence.
Nous trouvons, dans les terrains paléow'i-
ques, les premiers du monde annius des
mollusques céphalopodes, des gasi6ro|VHK
des lamellibranches,, des Lrndiiopodes li
des bryozoaires; des crustacés, desann^-
lides, des cirrhipèdes et dos poissons; ou,
en un mot, des représentants de toutes Tes
classes d'êtres respirant au sein des mers
par des branchies. En remontant (Jans ks
cV^es, nous ne voyons apparaître aucune ra^
dification nouvelle, et la zoologie actuellr,
qui respire |)ar des branchies, apparlicnlaus
mêmes classes que la zoologie de la jff-
niièrc animalisalion du globe. L'ensemble
devrait donc faire croire que les concilions
d'existence n'ont pas changé, puisque les
organes de la respiration sont rcslés k-î
mêmes; mais pour démontrer cette vérik'.
nous n'avons ciu'à consulter les genres.
Les genres Je mollusques des terrains pa-
léozoïques nous présentent, parmi les ce-
phalopo<les, le genre nautiius^ qui exi^^^
encore aujourd'hui, et beaucoup d'autri-^
Irès-voisins de celui-ci. Parmi les gaslén'f''-
des de cette première époque du monde
aninié, nous avons ik genres : les ^(^(^^"^
tarbo^ slomalia^ hclcion^ vaginelia^ wff^'^'
cnpnias^ pilonciius^ irochns^ phasiantlk
{/f«//i//n/«, cnliwa^ fissureliOf chilon cl f*'*
lonfKûy. communîvdans les mers tic celle |»n:'
luri
MIT
ET DE PALEONTOLOGIC.
rat
ilii
œîèrc épo ]uo, qui ont trarersë» sans infer^p
ruption, tous les â^^es posié.icurs jiis<fa*à
notre ép^) |uo. Parmi les lamellibranche?,
nous arons 18 genres qui se trouvent dans
le même cas : les genres lyonsia^ptrivloma^
iedoj cypri^ ardia^ nuculcy arca^ avUula^ car^
dium, pholadomya, analina^ luciiia^ mytilus^
pecien^ sclemya^ isccardia^ pinna^ panopœa
et osîrea. Parmi les braoliiopoJes % genres :
lingula^ cranta^ hemiihyris et ierebratula
qui ont suivi la même marche, ainsi que
3 genres de bryozoaires* poiyirema, cerio--
poraei relepera. Les mollusques nous don*
neraient donc ki genres qui, déjà nombreux
en esf;èees, ont, depuis la première période
de Tanimalisalioudu globe « continué d exi»*
ter à toutes les époques géologiques aucces-
sives, et sont encore aussi répandus dans
les mers actuelles qu*iîs l'étaient dans] ori-
gine.
Les animaux annelés nous montrent»
parmi les crustacés de la première animali*
salion, des genres peu différents des êtres
actuels ; et parmi les annélides, les ^nrcs
serpula eispirorbis^ tout à fait identiques»
dans les terrains paléozoiqucs, aux mêmes
genres si communément ré|»andtts au sein
(le nos mers.
Les animaux vertébrés nous offrent, chez
les poissons des terrains paléozoïques, des
genres |ieu ditTérents de formes et de carac-
tères, et qui, à Texception peut-être de la
Cfinii^uration des écailles ani les recouvrent»
avaient les mêmes branciiics et les mêmes
caractères organiques que les poissons d au-
jourd'hui.
£n résumé, à la question qu*on pourrait se
faire de savoir si les êtres marins ont changé
de nature, s'ils se sont perfectionnés depuis
les premiers â^^es du monde animé jus(iu*à
présent, on peut répondre, sans aucune
crainte, par la négation la plus absolue : car
ees genres primitifs ou les genres voisins de
ccu.\-ci, qui ont encore des représentants,
prouvent qu'ils avaient, lors de la première
animalisation» les caracti-res organiques
qu'ils conservent encore; qu'ils ne sont pas
perfectionnés» que les milieux d'existence
cle cette époque étaient les mêmes que les
BÔIr^s» et que dès lors aucun grand chan-
gement n'a eu lieu q^iant aux éléments de
vitalité que les êtres trouvaient à cette épo-
que, dans les mers, et qu'ils trouvent encore
dans les nôtres.
Des animaai terrestres.
Les animaux terrestres continentaux ou
rÎTerains, qui respirent autrement que par
des branchies, appartiennent ph^siologi-
nuement à deux modes de respiration pure-
ment aérienne : la respiration trachéenne et
la respiration pulmonaire.
Bespiralion aérienne par des trachées. —
Moins [:arfait que la respiration pulmonaire,
ce moJe de respirati(»n est spécial à la classe
des insectes et à quelques arachnides. Si
nous le cherchons dans les terrains paléozoï-
ques, nous trouverons qu il y était parfaite-
ment représenté. On y a découve^, en effet»
des insectes coléO}2tèrcs, orthoptères et né*
vroptères. Coratne ces insectes dépendent
des mêmes genres ou apiiartiennent à des
(genres très-voisins de ceux oui existi*nt au<»
jourd'hui, on doit croire que les coléoptères»
\es né vroptères et les orthoptères de ces an-
ciens temps devaient avoir absolument la
même organisation oue les genres de ces
classes qui couvrent les continents actuels^
On arriverait donc à c<inc1ure, pour les ani-
maux terrestres, qui respirent au moyen de
trachées, comme pour les animaux marins»
!|uc les organes des insectes ne sont pas per-
ectionnés ; que cette classe au berceau du
monde animé était ce qu'elle est encore ; que
pour elle les milieux d'existence terrestre
ont toujours été les mêmes, depuis la pre-
mière animalisation du globe jusqu'à pré-*
sent.
Respiration aérienne par des poumons. — «
Ou trouve ce mode de resjuration dans
trois eml>rahchements : chez les animant'
annelés, chez les animaux mollusques et
chez les animaux vertébrés.
Respirant par des poches pulmonaires» les
animaux annelés des anciennes époques géiv-
lo^iques dépendent des arachnides. On voit»
en effet, dans l'étage ca.''boniférien, Tun iles
quatre des terrains paléozoïques. les pre-
miers du monde animé» apparaître unaïa-
chnidesi voisin du scor|)ion, qu'il est impos^*
sible de douter qu'il n'eût en tout la même
organisation que les srorpionsd'aujourd'Kci;
ce qui fiorterail à croire qu'il a vécu dans des
milieux d'existence identiques. Ces conclu-
sions nous amèneraient aux mêmes résul-
tats que (K>ur les animaux marins respirant
par des branchies» que pour les animaux
terrestres doués de la res|'.iration trachéenne.
Considérés sous le ra|>p<irt de leur âge
Féoiogique, les animaux vertébrés, respirant
air au moyen de véritables poumons, se
montrent dans les terrains fialéozoiques»
les premiers du monde, sous la forme de
sauriens, certainement les plus parfaits des
reptiles. On voit encore, à la seconde époque
du monde animé, apparaître dans les ter-
rains triasiques» avec les leptileschéloniens
ou tortues, les premiers représentants des
oiseaux qui, de tous les êtres» ont le sys-
tème pulmonaire le plus dévelopf»é. On doit
donc croire qu'à ces ép«)ques reculées, les
milieux d'existence dans lesquels vivaient
les oiseaux et les reptiles respirant l'air en
nature par des poumons, étaient peu diffé-
rents des milieux d'existence actuels ; ce qui
amène naturellement à penser qu'alors la
composition de l'air était peu différente de
celle que nous lui connaissons aujouni'hui.
Les conclusions seraient encore ici les
mêmes que pour les autres modes de res|n-
ration , et nous aurions des résultats iden-
tiques sur tous les différents modes de res-
piration, ou pour 18 classes d'êtres sur 19.
Examinons maintenant l'exception remar-
quable oui a pu faire supposer que les con-
ditions d'existence se sont modifiées dans les
^^es du monde; supposition Iwisée seule-
ment sur l'arrivée taalive de la classe des
IU7
PHY
W COSMOGONUC
MIT
m
mammifères et des moHosques terrestres
respirant par des iioumons. Diaprés les don-
nées cerlaiiies de la science, les mammifères
qui ne laissent aucun doute (802), D*ont
commencé à se montrer qu*ayec les terrains
tertiaires, à )*époque qui nous a précédés
sur la terre.
Ces quelques genres de mollusques ter-
restres parus tardivement à la surface du
globe ont-ils des organes de respiration plus
parfaits que les autres animaux qui se sont
montrés avec la première animalisation?
L'organisation des cydostoma est identique
à celle des gastéropodes peciinibranches.
JjQS hélices ou limaçons ne diffèrent égale-
ment que très-peu, sous ce rapport, des gas-
téropodes marins, et dans aucun cas, ne
sont plus parfaits que les autres mollusques.
Il en résulte que ce serait, dans une série
d*étres déjà très-développée, depuis les pre-
miers âges du monde, une légère modinca-
tion des organes de la respiration, mais non
pas un periectionnement de ces mômes or-
ganes.
^ La seule exception réelle consiste dans
TarriYée tardive sur la terre, et seulement
à répoquc des terrains tertiaires, des mam-
mifères, les filus parfaits des animaux. Cette
exception indépendante du mode de respi-
ration, puisque la respiration par des pou^
mODS existe dès la première grande période
de Tanimalisalion, dépend-elle de change-
ments de milieux d'existence, et doit-elle
modifier les conclusions relatives aux autres
classes d^Mres? C*est ce que nous allons
chercher à éolaircir.
Si c*est un changement de milieux d*exis-
tence qui a déterminé Tapparition, à ré(>o-
quedes terrains tertiaires seulement, des
mammifères, les plus parfaits des animaux,
ce changement a dû influer également sur
toutes les autres organisations zoologiques.
Quand on jette les yeux sur tous nos ta-
bleaux d'ordres séparés, ou même sur notre
tal»leau général des orJres, on reconnaît qu à
Texception des mammifères, la marr:he des
changements et des remplacements succes-
sifs des genres à chaque époque géologique,
n a pas été plus considérable à la Gn des
terrains crétacés qu'aux périodes antérieu-
res. On pourrait donc croire qu'il n'y a pas
eu de causes différentes. D'ailleurs, quand
on voit que 300 genres ou formes animales
de toutes les classes et de tous les modes de
respiration, qui existaient dans les terrains
c rétacés, se sont continués, avec les mêmes
caractères zoologiques, dans les terrains ter-
tiaires où apparaissent les mammifères, il
est impossible d'admettre qu'une i)rofonde
modiflcation dans les éléments vitaux que
contient l'atmosphère, en soit la véritable
cause. Cette modification dans les éléments
de la vitalité, favorable, en effet, à l'appa-
(802) Nous ne parlons pas , à propos des niam-
iniféres, des animaux fossiles de Stonesfield , dont
on n»î connaii que les mâchoires inférieures ; car,
jusqu'il ce qu'on trouve d autres pièces du sque<
ietlf», nous les considérons comme des reptiles il
Bwchoic ariiuléc par des condvlcs, plutôt qu«
ritioQ des mammifères, aurait é.^alementdà
influer sur les caractères organiques de ees
iroiM cents formes animales préexistaotes:
ce qui n'est pas, puisqu'ils sont restés les
mêmes. Comme on ne peut attribuer le re-
tard de Tarrivée, sur la terre, des mammi-
fères et des mollusques terrestres à aueooe
cause ptiysique également marquée pour
les autres êtres, on doit croire qu'il n'est pis
dû h un changement de milieux d'existence,
mais qii'il dépend de la même puissance
créatrice qui, avant cette époque, sans qu'aor
cune autre cause physique puisse être invo-
quée, avait déjà tant de fois repeuplé les
mers et les continents de ses nombreux ini*
maux.
Nous croyons encore que, dans aucun
cas, l'apparition tardive, sur la terre, des
mammifères et des mollusques pulmonéSi
ne peut modifier les conclusions générale»
relatives à 18 classes sur 19. En conséquencci
nos conclusions définitives sont les sui-
vantes :
1* Si le perfectionnement pr(^ressif exis-
tait, ou devrait trouver tous les animaoi
sans organe spécial de respiration, avec les
premiers âges du monde, et les autres de-
vraient paraître successivement, suivant
leur degré de perfection ; mais, au contraire,
tous les modes différents de respiration a^
rivant à la fois sur la terre, on en doit con-
clure que ce perfectionnement progressif
n'existe pas.
2* Que nous comparions entre elles les
périodes croissantes ou décroissantes de
développement de formes zoologiques; qne
nous comparions l'instant d'apparition des
ordres d'animaux à la perfection de leurs
organes; ou que nous prenions pour base
de nos recherches comparatives les déduc-
tions physiologiques tirées du mode de res-
piration des animaux, nous arrivons tou-
jours aux mêmes résultats négatifs, relati-
vement au perfectionnement successif des
êtres dans les Ages du monde. Nous devons
donc accepter ces résultats comme défini-
tifs.
3* Aucune moditication appréciable n'exis-
tant dans les organes de la respiration des
êtres, depuis les époques les plus anciennes
jusqu'à répoque actuelle ; un erand nombre
de genres ayant toujours existé avec les mê-
mes caractères, depuis la première animali-
sation du globe jusqu'à présent, on doit
croire que les éléments vitaux n'ont pas
changé, et que les milieux d'existence sont
restés les mêmes sur les continents et ûb^
les mers.
k'' Les milieux d'existence étant toujours
restés les mêmes, sur les continents et dam
les mers, aucun changement de ces roilicuî
d'existence na pu« des lors, influer su*
l'extinction et sur le renouYellement du
comme de véritables mammifères , entourés qa*it^
sont dans les couches qui les renferment, d'nss^
ments de reptiles scuK*meiit, ei non d'osseinenU *
mammifères. Dans tous les cas , si celte oiàcitoif*
appartient réellement aux mamniirères, resceptPM
roeme dispaMt pour cette classe.
II
!49
PHY
ET DE PALEONTOLOGIE.
PHY
«M
faunes surccssives, qae nous Tojons se
remplacer tant de fois» h la surface du glolie,
Jepuis la première animalisation jusqu'à
réj'oque actuelledernîère. Conclusion d'une
immense |>ortée dans Thistoire chronolo-
gique du monde ancien, et des êtres qui
Pont peuplé à toutes les époques géolo-
giques.
I V. — DéductioM cUmatologiques tt géo^
graphiques comparées.
Les considérations spéciales dans les-
3uelles nous sommes entré à chaque classe
'animaui, relatifement aux déductions cli-
matolo^ques comparées» et notamment aux
mammifères» aux reptiles, aux poissons,
aux céphalopodes, aux çastéropixies, aux
Jamellitirancnes, aux échmodermes et aux
zoophytes, font prévoir quels doivent être
les résultats généraux auxquels nous devons
arriver. Quand, en eîfet, on scrute tous les
faits ;iart*els exposés à ces classes, on arrive
i cette conclusion d'une très-haute imfior*
tance en géologie : qu aux dernières éjio-
3ues qui nous ont précédés sur la terre, la
rance, l'Angleterre, rx\llemagne, l'Italie, la
Suisse, rEs|)a^ne, le Portugal, une partie de
la Russie, et les mers voisines, nourris-
saient une faune tout à fait tropicale et qui
ne se rencontre plus aujourd'hui que sous
la zone torride ; qu'enfin les zones isother-
mes actuelles n'existaient pas sur le globe
arant notre époque. Pour prouver que ce
fait n*est |H)int une exception dans les âges
géologiques, au'il n'est point produit par le
déplacement oes faunes, comme quelques
auteurs l'ont avancé, nous allons rassembler
ici brièvement ouelques-uns des faits sur
lesquels nous fondons l'affirmation contraire.
Parcourons, sous ce rapport, les grandes
époques de lanimalisation.
A Vépoque des terrains paléoxotques. Si
nous cherchons quelle était la répartition
isotherme des êtres d'après les connaissan-
ces actuelles, nous trouvons les résultats
suivants : Pendant les étages silurien, dévo-
nien et carlioniférien , nous observons les
mêmes genres et souvent les mêmes espèces
d'animaux dans le^régions chaudes de l'A-
mérique méridionale, en Venezuela, en Bo-
livia et des deux côtés du monde.
L'hémisphère austral en montre au cap de
Bonne-Espérance , anx ties Malouines, en
Tasmanie, ou jusqu'au 53* de^; l'hémî-
sphère boréal en offre du Mississipi jusqu'au
Canada, à Terre-Neuve, et jusqu'au Spitz-
lM*r^ et au 80* de latitude nord; dans l'Asie
Mineure, en Espagne, en France, en Angle-
terre, en Belgique, en Autriche, en AÏIe-
ina.^ne, et dans la Russie jusqu'k l'Oural.
Tf^îe ré,»artition uniforme, sur le globe, des
niâmes êtres dans toutes les régions, aussi
bien sous la zone torride que près des pôles,
fournira la preuve que les lijncs isothermes
le cantonnement des êtres Vexistaienl pas
jBCore. Il est, de plus, h remarquer que
cette faune ainsi répartie est, comparati-
vcRienl à ce que nous voyons aujourd'hui
une faune tout à fait tropicale.
A répoqne des terrains jurassiques. Ncm*
voyons, pendant les étages sinémurient
callovien et oxfordien, des faunes composées
ÛQS mêmes genres, et surtout d'un çrand
nombre d'espèces identiques, et toujours
avec le même caractère tropical, se montrer
sur les régions chaudes, dans la province de
Cutsch (Indes Orientales), au 9* de latitude
non] ; dans la chainedel flimalava, à Copia-
po, dans la Cordillère des AnJes, au 25* d&
latitude sud. L'hémisphère nord offre les
mêmes formes animales en Asie ^iineure,.
en Crimée, en £s| agne, en lalie, en France»
en Angleterre, en Allemagne et en Russie,
depuis Moscou jusiju'au nurd de l'Oural, on
de la zone torride jusqu'au 68* de latitude;
on voit encore la répartition uniforme à la
surface du globe, et aucune ligne isotherme-
ne s'y dessine dans la distribution des êtres
Îui tous paraissent avoir dépendu de faunes
es régions chaudes.
A repoçue des terrains crétacés. Kous
trouvons, durant les étages néocomien, ap-
tien et sénonien, encore les mêmes genres
et les esf.èces identiques, toujours avec Tas-
pcct tropical, sous la zone torride et des
deux cotés du monde : dans les régions
chaudes, à Santa-Fé de Bogota, au 5* de la-
titude nord, au Pérou, au Mexique, au nord
du Chili, à Pondichérv; an 11* de latitude
nord; à Java. L'hémisphère sud les montra
an port Famine, dans le détroit de Magel-
lan, à la Conception du Chili. L'hémisphère
non! les offre en Amérique, du Texas et de
la province d'Alabama jusqu'au New- Jersey ;
en Afrique; dans l'Asie Mineure; en Euro-
fe, en Espagne, en Portugal, en Italie, en
rance, en Angleterre, en Allemagne et en
liussie, jusqu'au 56* de latitude nord. Les
résulats que présentent les terrains crétacés
sont donc les mêmes que pour les terrains
précédents.
A Vépoque de terrains tertiaires. On voit*
dans les étages suesM>nien, parisien, fala-
nien et sul)apennin, les mêmes genres d'a-
nimaux terrestres et marins, et des espèces
identiques composant des faunes tropicales
bien caractérisées, sous la zone torride et
des deux côtés du monde. Sous la zone
torride, on les rencontre dans les cavernes
du Brésil, à Payta (Pérou) sous la ligne ;
dans la province de Cutsch (Indes Orienta-
les), dans l'Himalaya. L'hémisphère austral
les montre dansiez pampas de Buenos-Ayres,
en Patagonie, au Chili, etc. L'hémisphère
l)oréal en offre aux États-Unis, del'Alabama
jusqu'au banc de Terre-Neuve; en Afrique,
en Asie; en Europe, depuis l'Espagne j^us-
qu'en Russie. Nous trouverions donc ici la
même ré;tartition indépendante des lignes
isothermes actuelles que nous avons établies
aux éléments zoologiques, et des faunes
toujours tropicales jusque dans l'étage sub-
a|)ennin de l'Astezan qui nous a précédés
sur la terre.
Depuis le commencement du monde ani-
mé jusqu'aux derniers étapes des terra. ns
lorliaires, on voit qu'il a toujours exista, à
la surface de la terri^, une répartition uni-
ilSI
PUT
IHCTIONNAir.K HK COSMOGONIE
FUT
im
forme des êtres tout k iait îiiclépondantc des
lignes isothermes actuclîcs, et qur ces dires
rej)résentaicDl toujours la faune Iropirale la
mieux car(!tér!sée. Qutiuil, p<ir exemple,
tous les genres d^nniinaux nuirins propres
aujrtuni'liui spécialement à la zone lorridc,
se reoronlrent (Kins les élnj^es tertiaires à
Paris, à Londres, en Touraine, è Vienne, h
Turin, dans TAsteziin, a Ca^sel, etc., etc.,
jusi|u*au 52' de latilutie, on est forcé de con-
clure que, lors(pie CCS founes tropicales nui*
rinos existaient en Europe, ces dill'érents
jujinls jouis>aicnt d'une température égale
a la leiopérature actuelle de la zone tropi-
cale.
Nous avons d*al)ord parlé avec intention
des animaux marins seulement, atin de ré-
pondre à une hy|)oiliù.se qui exptiauerait la
lirésence, dans lesmers anciennes d*£urope,
des anin^aux marins des régions tropicales,
par rinllucncc de courants d'eau chaude,
analogues i^ ceux d eau froide que nous avons
signalés sur les cotes du Pérou. Nous ne
pouvons, en aucune manière, partager cette
o|)inion, parce que les courants n'ont qu'une
action partielle, reslreinle, et jamais géné-
rale, tandis que nous voyons se succéder
régulièrement, en Europe, dans quatre éta-
i|es &u)icrposés, lesmètnes faunes tropicales;
:e qui prouve une action continue et non
pas exceptionnelle. Daiileurs une preuve
sans ré|)li<|ue nous reste : Les courants u'eau
chaude ou froide peuvent niodilior la faune
marine, mais n ont aucune action sur les
faunes terrestres voisines et contemporaines
où le soleil exerce partout son action natu-
relle. Nous avons reconnu ce fait au Pérou
(hins toute sa vérité. Quelle était la faune
terrestre contemporaine* en Europe, des
terrains tertiaires dé|K)sés dans les mers
voisines? Elle nous montrait, en même temps
<pie ces genres marins des régions chaudes,
sur les continents « des singes, des élé-
phants, des girafes, des hippopotames, des
tapirs, circonscrits aujourd*hui dans les ré«
gions tropicales, avec beaucoup d'êtres per-
dus, que leurs caractères zoologiques pla*
cent a côté de ceux-ci, comme les mastodon-
tes, les paiéotliérlum, les énoplolliérium, etc.
on peut en conclure, (pie les êtres marins
des régions chaudes des mers tertiaires
d'Euro|>e sont bien avec les êtres terrestres
de ces mêmes régions chaudes, qui com-
]ilèteiit partout les faunes tropicales. Ainsi
nul tioule c|ue, jusqu'au dernier étage (|ui
nous a précédés h la surface du globe, Tin-
lluence de la latitude n'ait eu qu'une action
très-limitée et insensible sur la ré|»artitir»n
isotherme des faunes marines et terrestres.
En résumé, des faits (pii précèdent on
peut tjrer trois conclusions inqïortanles,
relatives à la géologie et à la marche de l'a-
nimalisation dans les ilges du pionde :
1* Comme à toutes les époques géologi*
ques, des êtres identitptes de formes, ap-
partenant à une même fauYie s|)éciale, cou-
vraient h la fois les rcgidus tropicales, les
régions froides et tempén'es des deux hé-
luisphères, on a la certitude «pie ces faunes
successives spéciales à chaqua t^e, en {«r*
ticulier, étaient générales* sur le ^lobe;
qu'elles y ont formé autant d*époqucs diS'
tinctes; qu'elles ne sont pas, ainsi font
cru quelques théoriciens, le priiduit d'an
déplacement successif des animaux qui les
conqK)sent , au fur et à mesure de rabaisse-
ment de la lenmérature; et enlin, qu'il d';
a pas eu non j dus des centres de cr<^atioDs
l^rliculiers, qui se seraient déplacés d'une
région à l'autre.
2* Comme nous voyons, depuis le coo-
mencement du monde jusqu'au dernier
étage tertiaire, se succéder, régulièrement
et partout, des faunes toujours propres aux
régions chaudes, dans les mers et sur les
continents, il est impossible d'attribuer i
faction de la tenqiéralurc aucun des nom-
breux changements successifs des iaunes
qui ont existé dans les âges du globe.
3* Comme i toutes les époc^uesdu inonde
des faunes îles régions chaudes se sont suc-
cédé régulièrement, sur les régions tropi-
cales et sur les régions tempérées etfroides,
jus(|u'à l'étaj^e suliapennin, le dernier des
terrains tertiaires, on doit attribuer cette
neutralisation de rinlluence des lignes iso-
thermes h la chaleur propre à la terre qui
aurait maintenu spn intluence sur nuire sol
européen jusqu'à cette é|K)quc. Les lignes
isothermes si tranchées, qui cantonnent au-
jourd'hui sur la terre, les êtres par zones
de température, n'auraient donc commencé
à se tracer qu*avec la faune actuelle, et se-
raient toujours les mêmes depuis la dernière
création contemporaine de rnomme.
Déductions géographiques comparée». -^
Après tout ce que nous avons dit, aux diffé-
rentes classes d'animaux terrestres, tels que
les mammifères, les reptiles, et aux iliné-
rentes classes d'animaux marins, tels que les
poissons, les céphalopodes, les gastcro|K)*
des, les lamellibranches, etc., il ne nous
reste plus qu'à nous résumer sur la dislri-
btttion géographique des temps passés, coci*
fiarée avec la distribution géotçraphique ac-
tuelle des êtres sur la terre et dans les mers.
Les résultats climatologiques obtenus font
encore prévoir ceux que^fieut nous donner
la distrdmtion géographique ancienne, car
ils dépendent presque des mêmes causes ^'c-
nérales. Les animaux terrestres nous mon-
trent, dans les dernières époques qui nous
ont précédés sur la terre, comme dans les
plus anciennes, une ré] arlilion géograjtliiquc
tout à fait diirérentc de la répartition ac-
tuelle. On voit, en eiïet,dcs tatous, des di-
delphes, des crotales, dos alligators fossiirs
en Europe, quand Us ne vivent aujourd'liu»
qu'en Amérnpie; des chevaux, des clia*
meaux fossiles en Amc'Ticpie, quand ih
n'ont vécu aujourd'hui, originairenienl,!l«o
dans l'ancien monde. Les animaux nuiriiis
ilans tous leurs détails, nous niontrcnldcs
résultats identiques. Nous vovoiis au M^nte*
\Uik';\ en Italie, en France, Vu Angleterre,
un grand n«nnbre de çenres de |K)i^<sons
propres aujtniririuii seulement aux mers de
l'Inde et de TAmérique. Nous trouvons ea
1159
fLk
ET DE PALEO.NT0L0C1E.
PL*
1154
Europe des nautiius^ des harpa, des irigo-
ma, etc.» etc., tandis que ces genres sont
si»éciaux au grand Océan. De tous les faits
connus, on doit conclure que la répartiûun
géographique des êtres fossiles, dans tous les
â^esîiu monde, n*a, pour ainsi dire, aucun
rà|t|H>rt avec la distribution géographique
a lucllc ; qu'elle (Niraît avoir proM|ue tou-
jours eu une comfik*te indé|)endance.
PIERRES PRÉCIEUSES. Voy. Vlnirodue-
tion.
PLACOIDIENS. Voff. Poisso!«5.
PLANETES. — Nous avons vu h rarlicle
CoDEFROY quelles sont les iilécs théoriques
ftf» ce savant sur Tétai |irtniitif de la matière.
Tout ce que Tunivers renferme de matière,
fiiniiait à fori^ine une même masse nébu-
Jairc ou gazéiforme d'une étendue telle
qu'aucun calcul ne saurait nous en donner
une idée. De cette prodigieuse masse, se
détachent «les masses secondaires sans nom-
lire, qui s'en vont constituer des mondes et
des systèmes de mondes dans Tesiiace sans
ironies. Ces masses ainsi détachées se met-
tent à tourner, el, (lar PefTet du mouvement
de rotation, elles aiiandonnenl successive-
ment des anneaui qui se transforment en
planètes, et des planètes jaillissent ensuite
«les anneaux nui deviennent des satellites.
<rcstatt ibnd la théorie cosraogonique de
Laptace, théorie que nous avons déjà lait
connaître et que nous avons réfutée au mol
Laplace. m. Godefroy modifie, corrige, bt^
range, selon qu'il lui convient, Thypolbèse
du célèbre géomètre, el finit par en faire
un système aussi bizarre que téméraire. Il
n'y aurait pas lieu de s'occuper de ce ro-
man, si fauteur ne cherchait pas à appuyer
ses rêves sur le texte de la Getkise. Voici da
reste comment lauleur développe ses idées.
c Le vaste globe de la matière constitutive
de tout notre système planétaire tournait
sur lui-même, en vertu de l'impulsion pri*
mitive communiquée à la matière du <!iel et
deJa terre par le Créateur universel. La force
d'impulsion demeurant oonslanle, le volume
de ce f^lobe ne pouvait diminuer, cette
sphère immense ne pouvait se contracter,
sans qnW en résultât une augmentation, une
accélération dans la vitesse de rotation.
Ce|iendant les molécules situées dans le plan
de Téquateur acquéraient une force centri-
fuge d'autant plus grande que ce mouvement
de rotation devenait plus rapide; et, quand
celle nouvelle force fut enfin supérieure à
leur poids ou à la force de gravité, ces par-
ticules durent se détacher de la masse mo-
léculaire originelle, pour former successive-
ment dans le plan de son équateur des an-
neaux ou i\es zones de vapeurs distinctes et
sé^jarées. Mais bientôt les particules de cha*
que anneau, se condensant et s'a^^Iomérant
sous Tinfluence de la force attractive autour
d'un centre commun, formèrent une nou-
Telle masse de vapeurs, ou un nouveau sphé^
(803) £jiM». au $9$tème du mtmde, p. it 1 414.
(ftei) .Naiur;un vciti appellû tegem oiiinipoli>tiUs.
roide animé d'un mouvement de rotation^
qui engendra une nouvelle force centrifuge»
pour produire, dans certaines circonstances,
d'autres anneaux et d'autres globes A l'état
de vapeurs.
c c*est ce qui résulte des principes de la
mécanique rationnelle; et c'est ainsi que,
dans rbypotbèse de M. Laplace, nous voyons
l'atmosjiLère du soleil aitandonner, en se
refroidissant, les molécules situées k ses li-
mites successives produites par l'accroisse^
ment de la rotation du soleil ; et ces molé-
cules former, par leur condensation et leur
attraction mutuelle, d'abord divers anneaux
concentriques de vapeurs circulant autour
de cet astre, et ensuite des planètes à l'état
de vapeurs, animés d'un mouvement de ro-
tation dirigédans le sens de leur révolution;
et enfin un refroidissement ultérieur pro-
duire, le plus souvent, aux diverses limites
de latmosphère de chaque planète, des phé-
nomènes semblables, c'eswà-dire des an-
neaux, puis des satellites circulant autour
de son centre, dans le sens de son mouve-
ment de rotation, et tournant dans le même
sens sur eux-mêmes.
« De \hf Ui phénomèneê singuliers du peu
d excentricité des wbes des planêies ei de
leurs satellites^ du peu d'incRnaison de ces
orbes à Véquateur solaire^ et de Videntité du
sens des mouvements de rotation et de rico*
luiion de tous ces corps, avec celui de la rotc^
iion du soleil (803).
« Cette mystérieuse rotation dn soleil, ou
ËutAl la rotation originelle de la masse mo-
colaire de tout le svstème planéto-solaire,
devient de la sorte la plus vive expression
de la pensée du souverain Législateur.
« L'Etre infiniment parfait qui venait de
créer les éléments de la matière, l'étemel
géomètre qui venait d'imprimer un mouve-
ment giratoire à la matière constitutive des
divers systèmes célestes , ne signale | lus
son intervendon divine par des moyens sur-
naturels. Pour parvenir à ses fins, il n*a
besoin que de laisser un libre cours aux
agents naturels qu'il vient de mettre en ac-
tion par sa volonté toute-puissante. An^si,
Tadmirable disposition de Tunivers, ou la
formation de tous les corps qui le compo-
sent, n'est plus, pour l'historien inspiré, que
Tex^ulion des lois immuables établies |>ar
le Créateur au premier instant de la na-
ture (80i).
« Nous aurons bientôt occa5ion de revenir
sur cc*tte observation importante. Nous ne
devons nous occuper ici que de la conden-
sation effectuée au milieu des eaux do
rabtme universel de la création, et des ph6»
nomènes généraux et particuliers mi eu
résultent; car n'oublions pas que c est 1^
complément de Tœuvre du second jour de
la création que nous examinons, c'estià-dire
l'opéràlion par laquelle la matière de notre
système, déjà détachée, séparée de la masse
Siipremique paH-is, i|iiaiii |wîma ah oriftîna
CiMcli« ÎMKigMil riilMis. [aiVKii
(Uarcct Paiimiene, Zmiw. de (a vit g 1. h.;
lloS
FLA
DICTIONNAIIIE DE COSMOGONIE
PLA
ItSG
originelle, eslilivisée cl séparée elle-même
en amastlistincts Suivons notre guide dans
le développement de sa 'théorie.
« Si toutes les molécuies ffun anneau de
vmpeurs continuaient de se condenser sans se
désunir^ elles formeraient à la longue un an^
neau liquide ou solide. Mais la régularité que
cette formation exige dans toutes les parties
de l'anneau et dans leur refroidissement ^ a dâ
rendre ce phénomène extrêmement rare. Aussi
te système solaire nen offre-t^il qu'un seul
exemple^ celui des anneaux de Saturne. Pres^
que toujours chaque anneau de vapeurs a dâ
se rompre en plusieurs masses^ qui^ mues arec
des vitesses très-peu différentes , ont continué
de circuler à la même distance autour du
soleil. Ces masses ont dâ prendre une forme
sphéroidiqucy avec un mouvement de rotation
dirigé dlans le sens de leur révolution , pui«-
que leurs molécules inférieures avaient moins
de vitesse réelle que les supérieures; elles ont
donc formé autant de planètes à Vélat de va^
peurs. Mais si Tune d'elles a été assez puis-
santé pour réunir successivement par son af-
traction toutes les autres autour de son centre^
Fanneau de vapeurs aura été ainsi transformé
dans une seule masse sphéroldique de vapeurs^
circulant autour du soleil^ avec une rotation
dirigée dans le sens de sa révolution. Ce der-
nier cas a été le plus commun : cependant le
système solaire nous offre le premier cas dans
les quatre petites planètes qui se meuvent entre
Jupiter et Mars (805).
« Appelons les choses par leur véritable
nom ; donnons au glol)e central de ce monde
primitif et particulier, le nom qui lui con*
vient au même titre qu'à tous les autres glo-
bes dont il se compose, et qui émanent de
ce ^lobe central émané lui-même de labtme
universel ; nommons-le aussi masse fluide,
masse sphéroïdiquo à Tétat de vapeurs, et
Je svmbole géométrique de l'illustre auteur
de TExposiiion du système du monde de-
viendra le véritable commentaire interpré-
tatif de la Genèse. Nous comprendrons alors
le sens de ces paroles mémorables : ^e la
condensation se faue ou centre j et quen se
faisant elledivise les eaux de Vahimepourcons^
tituer le cie/(806). Alors aussi nous compren-
drons pourquoi la terre n'est point nommée
dans cette préparation des deux. Nous com-
prendrons que ces eaux constituées en fir-
mament au-dessous, ne composant encore
qu'un tout absolument semblable aux autres
abîmes sortis de l'abime unique du premier
jour et maintenant distribués en abîmes
sphériques , nous comprendrons que ces
eaux constitutives de la terre, que celte masse
sphéroïdique de vapeurs ne pouvait encore
être nominativement distinguée des autres
masses spbéroïdiques de vapeurs préparées
pour les deux.
« Or, ce correctif nécessaire pour faire con-
(805) Expos, du ty sterne du monde ^ p. 413.
(806) Nous doutons 'fort que le Iccleur puisse ja-
mais deviner que cette citation soit la traduction du
siiième verset du premier chapitre de la Genèse :
iHxit ^uoque ùeus : Fiat firmamenîum in medio
aquarum^ et dhidut aquêê ub sqtiis. Voilà à quel
corder le texte du philosophe géomètre aree
celui de l'historien inspiré, n est |)as nmim
rigoureusement indispensal>le pour la con*
co'rdance de ce symbole géométrique avec
les données acquises sur la nature intime ei
la constitution physique du soleil.
c Puisqu'il résulte des hantes nianifesu-
lions de la science que la constitution pbv-
sique du soleil n'est pas différente de HIe
des nébuleuses planétaires ; que sa lomière
est toute superficielle comme celle des n^
bulouses ; qu'elle a son siège à lasurfacen-
lérieure de sou atmosphère ; qu'une aloio-
sphërc aérienne s'interpose entre l'enveloppa
lumineuse que nous voyons et le globe cpa*
que du soleiU et que le soleil n'a loiut d'at-
mosphère au delà de cette envelo)i|)e tacii-
neuse, il est manifesté, par cela même, qae
le soleil n'a point commencé par être on
noyau brillant qui se serait accru successi-
vement iiar la condensation de son atioo-
sphère. Il est clairemenl manifesté encore
que les phénomènes de la condensation m
zones de va))curs abandonnées far notre oé-
buleuse planétaire, ne se sont i)oint opôré)
aux extrêmes limites de cette nébuleuse {^
nétaire,ou si l'on veut aux extrêmes limites
rie ratniosphèrc du soleil. C est-à-dire qall
est clairement manifesté que tous les corps
planétaires ont pris naissance aux limita
successives d'une masse centrale plus os
moins condensée , mais déjà environna
d'une atmosphère circonscrite elle-même ptr
une enveloppe lumineuse.
« Sans doute les couches atmosphérù[Ha
doivent prendre^ à la longue, un même mo»-
vement angulaire de rotation , commiÊn ss
corps quelles environnent /807). Mais ieflake
atmosmiérique cstémineuiment dilatable, e(
cette (iilatation, ainsi qu*ll résulte des eip^'-
riences de M. Gay-Lussac, est eiactemeot
proportionnelle à la température. Or, on m-
çoitque sous l'empire des circonstances qui
ont accom|)açné la formation de tout le sys-
tème planétaire, la dilatation de son atmo-
sphère primitive devait être énorme, et son
degré de raréfaction presque indéfini. Ob
conçoit dès lors que ce fluide atmosphérique
qui pouvait être plusieurs milliers de fois
plus rare que l'air que nous res|)irons, a dû
n'opposer qu'une résistance insensible au
mouvement de rotation de la masse centrale
El par conséquent on conçoit que cette <(-
niosphère primitive, précisément à cause de
son extrême rareté, ne pouvait atteindre i l<
rapidité du mouvement de rotation de \a
masse centrale, alors que l'accroisseffleoi
incessant de ce mouvement, dâ à une con-
densation toujours plus intense, faisaildc*
tacher de celte masse centrale, danslef|l<s
de son équateur, les molécules constitutive)
des masses planétaires.
« On va nous objecter avec M. LipI^
point ce cosnao^onîslc audacieux bouiererse \f^^
qu^it a la prétention de concilier avec la sitience. Apr>
cela il déroule une série de nous eomprendroKs ef ^'
on conçoit^ là <*ti Ton ne comprend et ow Ton nec»"
çoifdue de laborieuses chimères, {ita. («k Sr.-Ci*
(807) Espos. du syst. du monde , p. à>d
1157
FLà
ET DE i'ALEONTOLOGIE.
VLk
IlSt
rpie, $i Itt planêies avaient p/néir/ profonde-
mrnl dan$ cette atmosphère^ $a ré$i$tance les
aurait fait tomber sur te soteit, ou pour bien
i;ire, ^ur la masse centrale du système.
« Mais, quand nous disons que les planètes
ont pris naissance aux runitcs successives
fie !a masse centrale» ou de la partie la plus
ronJensable de la masse moléculaire de
tout le système planéto-solairo , nous n'en-
tendons parler que de la formation des zones
de matière abandonnées par celte masse
centrale , aussitôt qu'elic eut été animée
d^un mouvement de rotation, lani que ces
zones furent profondément engagées dans
Sa nébulosité ou dans Tatmosphèrc de celte
masse génératrice, elles n'ont pas c^ssé de
composer autant d*anneaux concentriques
circulant autour du centre commun de ^ra-
Tîté. La résistance que cette atmosphère leur
o.>|)Osait allait sans cesse en diminuant, à
mesure que son mouvement, accéléré |)ar
rette même résistante, approchait davantaj^e
de la vitesse de ces zones condensées. Ce ne
fut que lorsque les couches les plus coinj^ri-
mées de cette atmosphère se furent rappro-
chées du centre de gravité, par la contrac-
tion toujours croissante de la masse centrale,
et lorsque leurs couches suiierposées eurent
acquis un mouvement angulaire de rotation
moins dilférent de celui de ces zones aban-
iJonoées, que les phénomènes de Pattraction
et du frottement mutuel des molécules de
rhar|ue anneau déterminèrent, pour chacun
ifeux, la forme sphéroidique, et un nouveau
mouvement de rotation dans le sens du mcu-
Tcmrnt de translation (808).
« Qu'on ne nous oppiose pas que touio ou
presque toute ralniosphère lie la niasse gé-
nératrice, en vertu de sa iorce centrifii^o
arquise, a dû continuer de circulera la mèuie
distance du centre commun de gravité, ^^\\s
jriniais s'en rapprocher; car il ne s'agit ici
que de la partie de cette atmosphère com-
prise dans le plan de l'équateur de cette
masse génératrice. Toutes les autres parties
|>lacées sur les |)arallèies à cet équalcur
n'ont pas cessé d'apiiartenir au corps central,
pl sont venues ainsi former }«Ius tard î'at-
niosphère intermédiaire du soleil : nous di-
sons l'atmosphère intermédiaire entre le
«îorps solaire et l'enveloppe lumineuse de sa
surface; de même que la portion de cette
atmosphère comprise dans le plan de cet
équateur a composé les atmosphères des pla-
nètes, et sans doute aussi, mais en dernier
lieu, cette zone atmosphéri(|ue à laquelle
les astronomes donnent le nom de lumière
zodiacale.
« Après cela nous demeurons d'accord que
les globes planétaires, avec leurs atmospliè-
res acquises, ne se sont pas formés dans un
rideparfait ; nous demeurons d'accord gu'im-
inédiatement après son organisation détini -
tîve, chacun de ces globes, chacun d'eux
successivement, opérait encore ses révolu-
(808) Voyez ao mot Laplace la réfutation de a's
■cienfiffnues biHevesces. (Jéii. (de St-Cl.))
(809) Eo vérité. Monsieur Godefror, cet aveu dt
luttons dans les régions supérieures de l'at-
mosphère de la masse centrale, les particules
atmosphériques de ces régions supéiicurcs
n'ayant pas encore acquis un mouvement
parfaitement é^.al à celui de la planète, ou
parfaitement é^al à leur pesanteur.
c A cet égard nous [lourrions faire obser-
ver que le fluide atmosphérique devient
d'autant plus rare qu'il est jdus élevé au-*
dessus du corns qu'il environne, puisque «
d après la loi ae Mariotte, il se dilate dans le
rapport inverse du poids dont il est cLargé»
et par conséquent que ces dernières couches
de l'atmosphère nrimitive n'ont pu opposer
qu'une 1res -faible résistance aux planètes
qui les traversaient. Mais, en supposant que
Ja marche des planètes ait été tant soit |ieu
entravée par la présence de ces dernières
couches atmosphériques, ne peut-on |as
dire que c'est à cette cause qu'il faut attri-
buer rexceutricité de leurs orbites et toutes
les déviations de leurs mouvements ? Ces
globes auront d'abord décrit des spirales,
en se ra^iprochant du centre commun d'at-
traction, jusqu'à ce qu'une accélération pré-
dominante dans les mouvements de ces
dernières couches, eût établi entre leurs
mouvements et le mouvement de la planète
une égalité rigoureuse.
« Quoi qu'il en soit, ce que nous sommes
obligé d'admettre ici pour la concordance
de la théorie scientifique avec la révélation,
est positivement et formellement reconnu
et avoué par M. Laplace lui-même (809).
« Dans notre hypothèse^ dit-il, les satellites
de Jupiter^ immédiatement après leur forma^
tion^ ne se sont point mus dans un ride par-
fait : les molécules les moins condensables
des atmosfthères primitives du soleil et de la
planète^ formaient alors un milieu rare dont
la résistance différente pour chacun de ce$
astres^ a pu approcher peu à peu leurs moyeng
mouvements^ etc. (810).
« Puisque ces satellites, après leur for-
mation, éiaienl encore engagés dans les mo-
lécules les plus rares ou les moins conden-
saides de l'atmosphère primitive delà masse
ori.^inelle, leur formation s'est donc effec-
tuée au milieu des molécules encore plus
condecsabks de cette atmosphère ; et par
conséquent leur planète centrale s'était mue
elle-même; et elle-même avait été formée
hM milieu de molécules beaucoup plus con-
densables encore, puisque sa formation, sa
formation à l'état de vapeurs, est nécessai-
rement antérieure à celle de ses satellites.
On comprend que ce oue nous disons ici de
la planète de Jupiter s applique à toutes les
autres planètes de notre système.
c Après un témoignage aussi précis ec
aussi formel, nous ne voulons plus produire,
peur constater que dans l'origine les pla-
nètes opéraient leurs révolutions dans les
régions supérieures de l'atmosphère primi-
tive du système solaire , nous ne voulons
If. Lipincc csi bien heureux pour la rcvcialion.
(Jfji. (i»E St.-Ci..)
(8IOj Fjcpotiiion du âif*t. du monde ^ p. 4tS.
fS3*
PU
DICTIONNAIHE DK COSMOCOME
PLA
It»
plus produire que ta louto-puissanlc /lulorilo
(tu fait astronomique présenlé, dans un au-
tre bul, par le savant {géomètre qui devient
encore ici notre garant el notre caution.^
« Si dans les zones abandonnén par Vat-
mosphêre du soleil il s* est trouvé de$ molécu^
ieê trop volatiles pour s'unir entre elles ou
aux planètes^ elles doivent^ en continuant de
circuler autour de cet astre^ offrir toutes les
apparences de la lumière zodiacale^ sans op-
poser de résistance sensible aux divers corps
du sf/stime planétaire^ soit à cause de leur
extrême rareté^ soit parce que leur mouvement
est à fort peu près le même (fue celui des pia-
nètes qu'elles rencontrent (811).
« Telle serait d'après M. Laplace, et telle
est très-probablement la cause jusqu'après
êent ignorée de la lumière zodiacale qui pa-
rait s'étendre au delà même de rorbe terres-
tre {S\2),
«Mais, si les planètes ont été formr^os
aux limites successives de ralmosphère du
soleil par la condonsalion des cioléculcs
2u*elle abandonnait dans le plan de son
:|ualeur, il est impossible de concevoir que
d'autres molécules abandonnées par celle
même alraosplière dans les m^jraes espaces
RIanétaireSt et par cons(»(|uent , dans cette
vpothèse, au temps de la formation de c(îs
planètes, aient pu ne pas s'unir entre elles
ou aux planètes, aux planètes formées, tou-
jours dans cette même hypotbèse, de mole-
eules népcssairemenl toutes semblables, de
molécules pareillement abandoiniées aux
extrêmes limites de cette atmosphère du
soleil. Or ce pliénomènc, inexplicable dans
la théorie de M. J-aj)laee, résulte naturi'lie-
mcnt de notre exposition.
« Danscette expositionque nous déduisons
du contexte génésiaqne, ce fluide zodiacal
û'a pu être abandonné par l'atmosphère dn
la masse originelle ou constitutive de tout le
s^rstème plauélo-solairo, rpfaprès la formii-
tion des planètes, c'est-à-dire lorsque les cou-
ches supérieures de celte atmosphère ou que
les parties les moins condeiisables de noire
nébuleuse eurent acquis, h leur tour, une
force centrifuije é^ale h leur pesanteur. Jus-
que-là, les molécules atmosphériques^ les mo-
lécules situées dans le plan de Téqualenr
universel, se rapprochant sans cesse du cen-
tre commun d'attraction, venaient fournir les
éléments nécessaires à la formation {\qs at-
mosphères de ces planètes, pendant que les
molécules de même nature placées sur les
parallèles à cet équateur universel, conti-
nuaient à se rapprocher du centre d'attrac-
tion, et entraient ainsi, comme éléments
derniers, dans la comjMjsition de l'atmosphère
du globe central ou du corps solaire.
«Sans doute, dans l'origine, la chaleur
indispensable pour l'existence à Tétat de
nébulosité diffuse de toutes les parties de
Id matière, n'admettait la possibilité d'au-
eune combinaison chimique entre les molé-
cules. Ces molé»mles prinionliales existaient
toutes mélangées et à l'éLal simple^ suivant
{S!l) Ex;*(n. du sjist, du moiidCy p. 4irî, 41 G,
l'acception scientiûque du mot. Hais tel nY^
taitplus, le deuxième jour, l'état de la maièrf
de J univers solaire. Un premier dégagement
de calorique dans la masse constiluiive avaii
détermine la condensation des vapeurs a|r
parlenant aux corps les plus réfra.taires,!
ceux qui exigent ta plus grande quanliiéde
calorique pour rester à l'état simple. Nntv
sairement celte condensation s'était oftérév,
et la condensation continuait à s'opérer, iq
centre de la sphère originelle, tant en uriu
du rayonnement unitornic, qu'en vtriu
de la gravité et de la compressihilitéqui,
nécessairement encore , appelaioni vers k
centre les vapeurs les plus denses et les | lus
eondensables.
« Or, cette condensation dut amener lus
resserrements indi(}ués et rabandonncmcni
successif des zones génératrices tles jjIi-
nètes, longtemps avant que leau elles au-
tres substances com])arativenient Irè.^-vDia-
tiles eussent pu perdre la moindre (|udiUic
du calorique dont elfes ont besoin pour ^
maintenir à l'état de fluide élasiii|ue. End-
fet, I immense quantité de calorique {irh
ddite par la condensation de la r>asse (ro
traie et des zones .ijjandon nées, celte ijiiniruv
?uantité de calorique qui se répauilml im
atmosphère, ne faisait que ddaier iJavAn-
tage ses fluides constituants, et ce ne Lî
qu'après l'entière comlensalion ile ces zones
abandonnées, que cette atmosphère (primi-
tive put se dépouiller de ses iluidcs l^s^^!u^
Yolatdes, au fur el à mesure que celte meiii'
atmosphère venait fournir les élémcnls né-
cessaires à la formation desatmosphèi*cs>]cï
planètes et du soleil, d'abord à la forniaii^
des atmosphères des planètes, el ensuid* ï
la formation de l'atmosphère du globe
central.
« Nous disons donc que la présenc-e, dans
les espaces planétaires, de ces bandes oc
courants do(it la direction est précisêimnl
celle de Téquateur solaire, est une preute
toujo'jrs subsistante que ce résidu aloio-
sphérinue, si improprement nommé lumière
zodiacale, n'a été abandonné par l'atmosphèic
primitive de notre nébuleuse, qu'aprè la
formation dos planèles,
« Alors on con(;oil cjue ces anneaux con-
centriques, aninjés, à leur entrée dansiez
espaces pïanélaires, de vilc^^ses éj^alcs à
celles des planètes, n'ont pu s'unir à c«
planètes, ou plutôt à leurs atmosphères.
« On conçoit pareillement dans cette ex-
position, mais seidement encore dans celle
exposition, que ces molécules n'ont pu >'u-
nir entre elles pour former des sphéroidn
de révolution; car, si on comprend que iô
zones constitutives dos planètes ont dû i«
plus souvent se séparer, se rompre en pla-
sieurs masses, el dans tous les cas se 11)1^''
fiiT et se solidifier, on comprend ausM 'ju '
n'a pu en être de même pour des zones M
autrement composées, pour des zonci f<>
mées de fluides élastiques permanenls, quii
par leur nature, tendent à se dilater et i oc-
(8I2)/«(/„p. 13cl27«.
iiii
FLA
ET M PAUmi TeLOCIB,
ru
U$i
caper le plus grand espacé possible; el
l'existence de notre atmosphère à une bau-
tenr où sa température est k très-peu près
indépendante ae celle du globot explique
encore pourquoi ces zones atmosphériques
ne se sont point solidifiées.
m Mais, en même temps, on comprend que
la substance lumineuse qui enveloppait
toute la nébulosité, n'a pu abandonner les
régions voisines des espaces planétaires que
saccessiTement, en raison des progrès de la
concentration ylus ou moins active des cou-
ches atmosphériques placées sur les fiaral-
lèles à réqiiateur, toujours poslérieureiiient
à la formation des planètes et de leurs at-
mosphères acquises.
« Le n'est pas ici le lieu d*expliquer
rommentil est arrivé que cette enveloppe
«iriérale de Falmosphère primitive de notre
nébuleuse planétaire, n*a pas également
In:ssé de zone lumineuse dans le plan cicson
éqtiateur.
« La grande erreur, noqs allions dire t'ii-
ntnue erreur de l'illustre auteur delà haute
théorie que nous examinons, est davoir
J>lacé le foyer de la lumière au centre du so-
eil, quand les phénomènes astronomiques
et les expériences physiques nous révèlent
que la lumière solaire, que le fluide lumi-
neux est tout entier relégué aux extrêmes
limites, ou dans les régions les plus élevées
de Tatmosphère du soleil ; et* ce qui n*est
pas moins décisif, ouand la révélation divine
nous apprend que la lumière a e!iListé avant
le soleil et avant toutes choses, et que Tor-
ganisation de la terre a précédé la forma-
tioRdeFastre régulateur du jour et de la nuit.
« A la vérité, M. Laplace semble quelque-
fois confondre le novau ou te corps central
du soleil avec le flufde lumineux qui nous
éclaire, de sorte qu*alors dans sa i)ensée, le
corps central n'est |ias distingué de son au-
réole lumineuse, et son atmosphère n'est en-
rt>re que Textension de cette même en velo:>pe
lumineuse. Mais nous savons aujourd*nui
que le soleil est un corps obscur et opaque, et
qu'un Quide atmosphérique, en tout sem-
blable à Falmosphère des planètes, s'interpose
entre ce corps central et obscur, et l'enve-
lopjie lumineuse que nous voyons.
« Il est vrai aussi que dans d*autres cir-
constances M. Laplace ne donne plus à cette
atmosphère solaire, que les propriétés que
nous connaissons h notre atmosphère et aux
atiDos|rfières des autres planètes. Ainsi il
Rous^fit: Un fluide rare^ transparent^ com-
pressible et éfaftique^ qui envir nne un corps
en s'appuyani sur lui^ est ce que Von nomme
hon atmosphère. Nous concevons autour de
chaque corps céleste^ une pareille atmosphère
dont r existence vraisembwble pour tous^ est^
ftiativement au soleil et à Jupiler^ indiquée
par les observations (813). Et c'est cette at-
mosphère solaire, semblable à l'atmosphère
de Jupiter et aux atmosphères de toutes les
autres planètes» c'est cette atmosphère qui
maintenant ne s'étend pas jusqu'^À Porbe de
Mercure^ varee que Falmosphère ne peut s'é*
teskdre à té^uateur quejusqu*au point où la
force centrifuge balance exactement la pesan-
teur^ c'est cette atmosphère qui a produit
toutes lés planètes, en (UHtndonnant succès- (
sirement des zones fluides dans le plan de son
équateur. de même que les anneaux de Sa-
turne sont des zones pareilles abandonnés par
Falmosphère de celte planète (Sli). Hais ce
fluide rare, transparent, compressible et
élastique qui environne le corps du soleil
en s'appuyant sur lui, et que I on nomino
son atmosphère, ne peut rien produire de
semblable, d'alM>rd parce que ce fluide est
un fluide purement atmosphérique, et en-
suite parce que ce fluide ne s'appuie que
sur le corps central du soleil, et qu'il sert
lui-même de support à 1 auréole lumineuse
que nous voyons; et des expériences di-^
rectes ont appris aux astronomes que l'exis-
tence d'une atmosphère extérieure indiquée
par les observations^ que cette prétendue
existence d'une atmosphère au delà de Ten-
veloppe lumineuse du soleil ne repose
que sur/f# observations erronées deBouguer.
« Dans notre exposition, l'accélération du
mouvement de rotation du soleil a une H*
mite. Cette limite est la consolidation de sa
masse centrale, consolidation qui a permis
aux fluides permanents de se comprimer
en s'agglomérant autour de sa surface. Dans
l'hypothèse de II. Laplace, /f re/îr oïdtMemefU
resserrant Fatmosphere et condensant à la
surface de Fastre les molécules gui en soni
vpisineSf et d'un autre côté, Fémtssion con^
tinuelle du fluide lumineux, ou de la subs*
t^nce du soleil, produisant une diminution
incessante dans sa masse en fusion (815), It
mouvement de rotation deviendra toujours
de plus en plus rapide, jusqu'à ce que le
noyau se détruise, et que ses éléments se
désunissent, par leffét de cette accélération
graduelle dans la vitesse de rotation ; ou
bien, jusqu'à ce que les matières de la sur*
face perdant leur fluidité par un refroidis-
sement ultérieur, et venant à former une
croûte impénétrable aux rayons de ce globe
incandescent, la terre et les autres planètes
soient replongées dans les ténèbres d'oi^ la
volonté de Dieu les a fait sortir.
« Heureusement les découvertes de la
physique et de la chimie, en nous disant
connaître la nature du soleii et de sa lu-
mière, vienlient nous prémunir contre les
craintes que pourraient nous inspirer d'aussi
affreuses pers|>ectives ; et si nous sommes
grandement surpris, nous ne sommes point
du tout effrayé de cette assertion senten-
cieuse de notre auteur: tTy eût-il dans
F espace céleste d'autre fluide qus la lumière^
sa résistance et la diminutian que son émis^
sion produit dans la masse du soleilf doivent
à la longue détruire Farrangement des pla-
nètes : etf pour les maintenir^ une réforme de-
viendrait sans doute nécessaire (816). Nous
(SI3) Enos. dm SMit. du monde, p. 269. (815) Ej»m. ifiisfsf.tfii Momlf,». 170,393 d 411.
(814) IHé., p. SfO eiAli. (816) Expoê, eu ly^i. du menée, p. 383.
Dicrio?i?r. ra Cofvoao?i» bt aa PALta?rroLoaiB. 9f
1165
PLA
DICtt01<MÀIRE i>E COSMO&ONiE
VIA
m
• »
savon? ea effet, aujourd'hui, que rémission
du fluide lumineux, et la diminution pro-
duite par cette émission dans la masse du
soleil, sont des hypothèses purement gra^
tuites, hypothèses qu'il n'est plus permis
dé soutenir depuis les brillantes découvertes
dès physiciens et des astronomes sur la na-
ture de la lumière et sur la constitution
physique du soleil.
<x Mais M. Laplace ne voulait pas, et
M. Laplace ne devait pas vouloir qu'on pût
affirmer que la conservation du système pla^-
nelaire entre dans les vues de l'Auteur de la
nature (817).
«I Cependant l'Auteur de la nature a donné
sa parole, l'Auteur dé la nature a promis
aux savants comme aux ignorants, qde ses
ouvrages subsisteront à jamais ; cfue toutes
les spjières célestes conserveront leurs mou-
vements sarts interruption, sans éprouver
aucun besoîn, sans latigue aucdne ; que
jamais un mouvôirtent ne gênera iii ne dé-
rànger'a un aulrp mouvement: Ornavit in
œternum opéra illôfum ; nec esurierunt, nec
laboraverunt, et non destiterunt db operibus
siiis, Unusquisqueproximum sibi non an-
gustiabit usque m œternum: Non sis încrerft-
inlîs verbo illius. {Eccli. xvi, 27, 28, 29.) Et
la géométrie îiui a embrassé dans ses for-
lûiiles des cycles incommensurables, a dé-
montré (|ùî^ toutes les inégalités et les per-
turbations grandes , ou petites du système
planétaire sont périodiques et renfermées
dans de très-élroiles limites. Le célèbre La-
grange qui venait de découvrir la périodi-
cité de ces perturbations, et, dans cette pé-
riodicité, la plus sublime des causes Anales,
\ine prévoyance qui assure à jamais. la slabi-
lîlé au système planétaire, Laçrange s'ar-
rî^la éperdu en reconnaissant le doigt de
rétcrnel Géomètre (818).»
M. Godefroy a expliqué, à l'aide de la
'théorie de Laplace, comment des zones de
vapeurs se détachèrent de la masse primitive
et déjà plus condensée de ftotre système
solaire, et se transformèrent en masses
sphéroidiques de vapeurs, pour composer
autant de planètes à Tétat de vapeurs ; et
comment ensuite des zones semblables se
détachèrent de ces nouvelles masses cen-
trales, poijçr reproduire le. plus souvent les'
ihèmes phénomènes, en dbmiant liaissance
h des planètes secondaires ou à des satellites
pareillement h l'état fluide ou à l'état de va^
peurs. {Cosniog.de laRévélationy p. 162, etc.)
Cela suflît-il pour avoir des étoiles, des so-
Ifeils, des planètes, des satellites ? Pas tout à
fait. Il faut de plus que ces masses stellaires
et planétaires se solidiflent. Quel sera leilr
mode de solidification? Tel est le problème
que se pose H. Godefroy, et voici comment-
îlexfJoseîa' difficulté et discute brièvement
les idées spéculatives de MM. Laplace et
Poisson sur ce point :
« Dans la théorie scientifique, lès masses
ûinsi séparées de la masse originelle sont
encore à leur état primitif de fluidité : h
matière dont elles se composent ne s*esipas
encore concentrée en noyaux solides ; n
sont déjà des masses sphéroidiques, ma»
dès masses sphéroidiques- encore à rélatè»
vapeurs. £t clans l'eiposiCion de la révéla-
tion, les eaux divisées par TadioD d'oue
force centrale n*ont encore que la déooinina-
tion qui a servi h désigner la fluidité de la
matière constitutive de tous les corps de
l'univers, parce que cette matière est encore
à l'état de matière fluide, fiât firmammu*
in medio aquarum^ et dividat aquas ab aqw.
Ce n'est qu'après que la force centrale a pré-
dominé dans toutes les parties distinctes de
la matière ; ce n'est qu'après que ces masses
dîvisées par un premier effet de celle cob-
dcnsation ont acquis le degré de «oropres-
sron qui convient à la solidité des corjis:
ou un mot, ce n'e«t qu'après la confectioM
entière de cette grande opération de la na-
ture, et factum est t/a, que l'ouvrage du deu-
xième jour reçoit le nom générique de cid
dn firmament, vocavitque Deus firmamtntH^
cœthm.
ff Ghe2 les savants du siècle comme cliei
l'historien de la création, c'est le même prin-
cipe qui a présidé à 4'organisation du eiel
ou du sj^stème céleste, él à la formaticndes
corps qui le composent La gravitation udI-
verselle n'est pas seulement le principe de
cette harmonie ad mirahie établie entre tûih
les corps de l'univers ; elle est encore le
imncipe qui attache, resserre et consoHeie
fa ^iatlè^e de tous ces corps. Mais comiBeDi
s'est opérée la consolidation de ces ma^ses
fluides ? ou, pour parler coaime les saTant^,
comment ces masses de vapeurs sont-eile^
devenues des masses solides ? Comment li
matière gazeuse s'est-elle concentrée (fl
itoyaux solides ? Quel est en iiarticulicr !•'
prôtédé suivi par la nature dans la consolr-
itation de notre planèie ?
« L^s savants sont loin d'être d'accord sur
ces questions capilalcs.
« Dans les principes de M. Laplace, la
condensation a produit dans les {jAanèles en
vapeurs, comme dans tous les autres globes
cé]estes,iine liquéfaction ignée, un norsu
central brillant et lumineux; et dans cette
|>remière transformation, la planète, pour
nous servir de ses expressions, ressemkit
parfaitement au soleil à l'état de nebu-,
leuse (819), ce qui veut dire que la planète
était alors composée d'un noyau frrt/tàn/que
la condensation de' son atmosphère tmns-
formait en étoile.
« Ainsi, d'après M. Laplace, à l'ëtat de
vapeurs a sut;cé(lé, pour tous les globes de
Tunivers, un étal de • liquéfaction incandey
c^nte, et la solidification des planètes eo
i^nition a commencé par la surface; ce q«i
SHgnifle encore que le globe que nous batii-
tons est, aussi bien que toutes les autres
planètes et leurs satellites, une étoile éteinte»
un soleil encroûté, comme le voulaientDf**
(817) EsppoB. du système du monde, p. 393.
<8i8) Çosm. de la RévéL, p. 1^4 clsurv.
(819) Expos, du syst. du monde, -i. 413.
IIAS
PLA
DE PALEONTOLOGIE.
PLA
1106
rartèSy Leibnitz, Buffon» el comme le yenlent
encore auiourd*hai ia plopari des géolo-
gues de i*ecoIe dite plutoaieDae^ qui ensei-
gnent que le sol sur lequel nous marchons
n^estquela croule refroidie de ce soleil des
anciens temps.
Telle serait, setoû i>«$ géogénistes, la
conséquence du fait de Texistence primitive
de la terre à l'état de vapeurs ; et nous pou-
vons dire que cette hypothèse fut celle qui
servit de base aux calculs de H. Laplace,
lorsqu'il attribua râccroissement de la tem-
pérature des lieux profonds du globe à une
chaleur centrale.
Co célèbre géomètre oui a fait de Tétude
de la chaleur et de ses phénomènes Tobjet
spécial de ses travaux, avait déià opposé,
aux partisans de la chaleur centrale, des dit-
ficultcs absolument insurmontables ; difB^
cultes que les plus zélés fauteurs de cette
opinion déclarée inadm$$ibley ont laissées
jusquMci sans réponse. En présentant, en
1837, à TAcadémie des Sciences le résumé
des principaux résultats de son grand tra-
vail, le pnjrsicien-géomètre a encore émis
des idées bien différentes sur la formation
et la constitution du globe terrestre On
voit que nous voulons parler de M. Poisson,
que la mort vient d*enlever c à la reconnais-
sance des géomètres et des astronomes, j»
tf L'illustre auteur de la théorie mathéma-
tique de la ch«ilcur, raisonnant dans Thy-
pothèse de M. Laplace sur l'origine des corps
planétaires, considère la terre et toutes les
autres planètes dans leur première formation
h Pétat de vapeurs. Mais, au lieu de faire
nattre, an centre de chacune de ces masses
fluides, un noyau incandescent que la con-
densation transforme d*abord en soleil ou en
étoile, il s'appuie des expériences toutes ré-
centes sur la solidification des gaz, pour
établir que la déperdition de toute la chaleur
<i*origine précédait ou accompagnait la so-
lidification des massts; que les quantités <\o
chaleur dégagées étaient irantporîées à la
surface et que la soUdificaiion commençait
parles couches centrales (820).
• Dans la théorie de M. Poisson, comme
dans la théorie de M. Laplace, la terre était
donc primitivement une masse aériforme,
d'un très-grand volume par rapport à celui
qu'elle a maintenant, et formée des diffé-
rentes matièVés solides et liquides dont elle
se com|)Ose aujourd'hui, et qui se trouvaient
alors à l'état de vapeurs. Mais, dans la nou-
velle théorie, on expose que cet état primitif
de la terre était celui d'un fluide aériforme
dont la densité ne peut dépasser un maximum
relatif à son de^é de chaleur, et qui se li-
quéfie nu se solidifie, dès que Tonaugmente
la pression qu'il éprouve, sans changer sa .
température. On expose que les molécules
de la terre, indépendamment des attractions
et répulsions qiii n'ontlieu qu'entre les mo-
lécules voisines, et qui produisent la force
(S^) Théorie tnatlt. de la *chaleur^ p. 127 et suit.
— Mém $nr la lempér. dû globe^ etc.
9f±\) Uim. sur la tempér. du ghhe^ etc., p. 12. —
élastique des fluides aériforme , égale et
contraire à la pression qu'ils supportent,
étaient aussi soumises à leur attraction mu-
tuelle, en raison inverse du carré des dis-
tances; et que de cette force il est résulté,
sur toutes les couches de la masse fluide, une
pression croissante de la surface au centre.
(Tesi cette pression croUsante^ dit M. Poisson,
el nwupas une température extérieure 6éatf-.
coup moindre que celle du fluide^ quia réduit
successivement toutes ses couches a Cétat so^
lide^ en commençant par les couches centrales f
et continuant de proche en proche^ jusque ce
au il ne soit plus resté que tes matières qui
forment aujourd'hui la mer et notre atmos^
phère (821).
tf Chez M. Laplace, de la condensation de
matière élémentaire ' il résulte un astre lu-
mineux, une véritable étoile ; et si aujour-
d'hui la terre n'est plus qu'un soleil en-
croûté, la suite des siècles verra pareille mé-
tamorphose s'opérer à la surface du soleil,
de cette dernière étoile de notre monde pla-
nétaire. Chez M. Poisson, cette même con-
densation détermine la solidification de la
masse centrale, et la terre passe immédiate-
ment de l'étal de vapeurs a l'état de globe
terraqué. Mais alors le soleil est lui-même
un globe solide et opaque. Nécessairement
les changements survenus dans les masses
planétaires à l'état de vapeurs se sont repro-
duits avec les mêmes circonstances dans la
masse solaire et dans toutes les autres mas-
ses stellaires, aussi primitivement à l'état de
vapeurs (822). Si la terre est un globe soli-
difié, si une pression croissante de la sur-
face au centre a réduit successivement tou-
ffes ces couches à l'état solide, en commen-
çant par les couches centrales, le globe so-
laire et tous les autres globes stellaires ne
doivent être et ne peuvent être que des globes
solides et opaques, que des globes solidifiés
comme le globe terrestre et comme tous les
globes planétaires.
« Ce point de vue embrasse le champ tout
entier de la création. Lorsque nous nous
occuperons spécialement de la théorie de
notre globe et des autres globes de l'univers
(flâd), nous examinerons en quoi et com-
ment les résultats offerts concordent avec
ceux obtenus par les expériences et les ob-
servations directes de nos physiciens et ^e
nos astronomes. En attendant, nous devons
faire observer et nous déclaronsiout d'abord
que nous n'avons miHement besoin d'adop-
ter la totalité des principes et des consé-
quences présentés par M. Poisson. Que toute
matière gazeuse, soumise à une condensa-
tion quelconque, dégage une grande quan-
tité de calorique, et que, comme dans le
briquet pneumatique, ce calorique puisse
devenir lumineux ; c'est ce que nous avons
besoip d'admettre, el c'est ce que nous admet-
tons sans restriction aucui^e. Mais que la
terre, comme les autres globes de l'univers.
Voyez aossi la Théor. math, de la chaleur^ cfaap. 12,
(K22) Ratura en m simplex est^umper tihi ioniona.
(823) Voyet TeiiRf » Soleil, etc.
1107 PLA BICTIONNAIIIB PB COSMOf.ONIB
ail perdu toute sa chaleur d^origlne» ou bien
qu'elle conserve encore une quantité plus
ou moins grande de cette chaleur» dévelop-
pée par la solidification de tout ou seule-
ment de partie de sa masse» c*est ce que,
absolument parlant, il nous importe peu de
savoir, et c*est ce que d'ailleurs nous n'a-
vons pas à examiner présentement (S2k). »
PLANTES FOSSILES D'QENINGEN. —
Le professeur Braun, de Carisruhe, a adressé
le Catalogue des plantes fossiles trouvées
dans la formation d'eau douce de cette lo(^«-
PLA
lia;
lité. Les plantes qui v sout mentionnées oat
été recueillies, yiendant une longue sérit
d'années, par les commensaux d'un mooas-
tère des environs d'CKningeu et transportées,
lors de la dispersion de cette communauté,
au muséum de Carisruhe, où on les voit
maintenant. Il résulte de ce Catalogue que
l'on trouve à OEningen des débris de pla^
les constituant trente-six espèces de rjotft-
cina genres différents, appartenant ani h
railles suivantes <
Familles.
Polypodiacées,
Ëquisétacées,
Lycopod lacées.
Conifères,
Graminées,
Naîadées,
Ainenl.iccc5,
Jiiglandées,
E.bcnaccG»,
Tiliacces,
Acérinées,
Uhamnées,
Légumineuses,
Dicotylûdonécs ât famillet
douteuses.
Genr«»s. Espèces.
2
4
i
i
t
5
I
I
I
I
i
1
2
1
i
i
2
10
S
i
î
5
2
2
Cryptogames, en tout  4
Gymnospermes,
I Monocolylédonéos,
2
S
t
I»
Ce tableau fait voir la prédominance des
plantes dicotylédonées dans In Flore d'Œ*
ningen, et nous offre un terme de compa-
raison pour les plantes du lignite d'autres
localités de la série tertiaire. La plupart des
espèces qui y sont portées correspondent h
celles du lignite de Wetteraw et des envi-
ions de Bonn.
En môme temps que les végétaux dicoty-
lédones prédominent ainsi, quelques frag-
ments de fougères et de graminées, et plu-
sieurs débris de plantes aquatiques, sont les
seules traces de végétaux herbacés que l'on
y ait rencontrées : tout le reste se rapporte à
des plantes ligneuses dicotylédonées et à des
végétaux gymnospermes.
Plusieurs de ces débris consistent dans do
simples feuilles isolées, tombées durant le
cours naturel de la végétation. On y rencon-
tre aussi des rameaux avec leurs feuilles,
que Ton dirait avoir été arrachés par la tem-
pête du tronc qui les soutenait, des péricar-
pes mûrs, et le calice persistant de plusieurs
lleurs.
La plus grande partie des plantes d'OEnin-
gcn, environ les deux tiers, appartiennent à
des genres dont on trouve encore des repré-
sentants dans celle localité, mais elles sont
d'espèces différentes et qui se rapprochent
beaucoup plus d'espèces actuellement exis-
tantes dans l'Amérique du Nord que d'au-
cune de celles que possède l'Europe. Les
peupliers fossiles offrent un exemple de cette
nature.
D'ailleurs on y trouve aussi des genres qui
ne font plus partie de la Flore actuelle de
1 Allemagne, le genre diospyros, par exem-
ple, et môme d'autres qui sont maintenant
-étrangers à l'Europe, tels que les genres
tàxodiumy Hquidamhar, juglans, gleditschia.
(«24) Cosm. df laRévéi,, p. ÏBZ, etc.
Dicotylédonées,
16 27
Si Ton en juge par es proportions de leur?
débris, les peupliers, les saules et les éra*
blés sont les arbres à larges feuilles qui
occupèrent le plus de place dans la Flore
ancienne d'Œningen. Deux espèces fossilw
très-abondantes ressemblent 1 une {popuîns
Iqtior) au peuplier du Canada, l'autre (popu-
Im ovalis) au peuplier baume de l'Amériqu»
du Nord.
La détermination des espèces de saulrs
fossiles ©ffre plus de difficultés* Il en est une
{salix angustifolia) qui dut ressembler beau-
coup à l'espèce moderne salix riminalii.
Une des espèces du génie érable {ac&j
peut être comparée à Vacer campestrt, mt
autre h Vacer pseudoplatanus ; mais Tespèce
la plus commune, Vacer pro/ensum, parait se
rapprocher de Vacer dasycarpon de fAméri-
8ue du Nord plus que de tonte autre espèce.
ne autre espèce qui offre des rapports arec
Vacer negundo a reçu de M, Braun le dow
d acer trifoliatum. Une espèce fossile de li-
quidambar, le liquidambarEuropœum{Bnm\
diffère de l'espèce actucHe le liquidmkr
ityracifluum^ en ce que les loljes plus élroiu
de ses feuilles se terminent en jiointe plus
allongée : c'est le plus ancien représentant
de ce genre en Europe. On rencontre con-
servé le fruit de cette espèce, ei il en e>l <ie
même du fruit de deux espèces d'érables et
d*un saille.
Le tilleul fossile d'OEningen ressembloi
notre moderne tilleul à grandes feuilles ^ii-
lia grandifolia).
L orme fossile semble une variété à peii*
tes feuilles de notre ulmus coinpesiris.
Des deux espèces du genre jugions, Tune,
jugions falcifoUoy peut se comparer à fosi-èce
aïnéncaine juglans nigra; l'aulrç rappelle H'
jugions alba, et ap[»arlient probalilement
Il«f
PLA-
BT DE PALEONTOLOGIK.
RLK
U7^
comme ce dernier à la division caractérisée
par des noix à enveloppe externe déhiscente
{carya Nuttal).
Parmi les plantes que l'on ne rencontre
3ue rarement a- Œningen est une esjièce de
iospyroê^ le dio$pyro$ brachysepaUij dont le
calice se montre conservé d'une manière
remarquable, et laisse nettement distinguer
à son centre le point d'insertion du fruit : ii
se distin^e du diospyros lotus actuel de
r£urope méridionale par ses lobes plus
courts et plus obtus.
Au nombre des arbrisseaux fossiles se
trouvent deux espèces de rhamnus^ dont
Tune, le rhamnus muUinerth (Braun), res-
semble au rhamnus alpinus uar la distribu-
tion des nervures de ses leuilles. L'autre
espèce, qui est la plus fréquente, le rham^
nus Urminalis (Braunj, peut être coi:: paré
S isqu*à un certain point, sous le rapjK>ri de
l>osilion de ses feuilles et de la distribu-
tion de leurs nervures, au rhamnus calharti-
cus^ mais dilTère de toutes les espèces vivan-
tes en ce que les fleurs y sont placées à l'ex-
trémité des rameaux.
Parmi les légumineuses fossiles se voit
une feuille qui ressemble beaucoup plus à
crlle d*un cytise frutescent qu'à cette d'au-
cune espèceherbacée du genre trèfle.
Au ^enTegleditschia(G. podocarpa^ Braun)
appartiennent des feuilles pennées fossiles
et un grand nombre de gousses. Ces derniè-
res paraissent n'avoir renfermé qu*uiie seule
graine, comme celle du gleâiischia mono^
sperma de l'Amérique du Nopi ; elles sont
(otites, courtes et supportées par un pédi-
cule allongé, formé par la base contractée
de la gousse.
£n compagnie de ces nombreuses espèces
de végétaux dicotylédones à feuilles étalées,
ae voient quelques espèces de conifères. Il
y en a une du genre abies^ encore indéter-
minée ; des branches et de petits cônes d'un
autre arbre de cette famille, le taxodium
Europœum (Ad. Brongniart), ressemblent à
ceux du cyprès du Japon (laxodium Japo-
ntcttm).
Parmi les plantes aquatiques dont on ren-
contre des débris, se trouve un potamogeton
h feuilles étroites, et un isoetes semblable à
Visoties lacustris que Ton trouve maintenant
dans les petits lacs de la Forèt-Noire, mais
qui ne croU pas dans le lac de Constance.
L'existence des graminées à cette époque
est un fait démontré par l'empreinte bien
conservée d'une feuille qui ressemble à celle
d*un iriticum^ tournant vers la droite, et
sur laquelle on voit nettement indiquée la
distribution des nervures.
On a rencontré dans la môme localité des
fragments de fougères a^ant de la ressem-
blance avec le pteris ogmlifia el avec l'oipt^
ditim filix mas»
Les débris d'équisétacées indiquent une
espèce ressemblant à l'egnûef um palusirt.
Parmi les débris en petit nombre, qui n'ont
pu être déterminés, se trouvent certaines
impressions, assez communes à Œningen,
du caJice d'une fleur à cinq divisions, ofl^rant
des nervures fort élégantes.
Jusqu'ici, on n a encore découvert dans
cette localité aucun débris de rosacées
Outre ces plantes fossiles, les couches
d'OËniugen renferment un grand nombre
d'espèces de coquilles d*cau douce et une.
réunion remarquable de poissons dont nous
avons déjà eu occasion de parler. La classe
des reptiles y est représentée par une tortue
très-curieuse et par une salamandre aquati-
que gigantesque (825], longue de plus de trois
pieds, Vhomo dUutti itstîs de Scheuchzer.
Op y a trouvé aussi un lagomys et un renard
fossiles. (Voy. les Transact. géolog. de Lon-
dresj nouvelle série, t. III, p. 287.)
En 1835, on voyait au Muséum de Leyde
une salamandre eu vie, longue d'un mètre.
Elle appartient è une espèce très-voisine de
la salamandre fossile d'OEningen, et avait
été rapportée du Japon par le docteur Sie-
bol<f qui favait trouvée dans le cratère d'un
volcan éteint au sommet d'une haute mon-
tagne. Elle dévorait avec avidité de petits
poissons.
PLÉSIOSAURE, (irXigatoc, voisin^ f^aUpo:, //-
xard). — Genre de reptiles fos^iles trouvé
pour la première fois en 1813 dans le calcaire
deLyme-Regis, par MM.deLaBéciieelCony-
beare. Le plésiosaure appartient à un genre
d'animaux éteints qui |)ar leur structure se
rapprochent beaucoup de l'ichtliyosaure et
qui ont vécu en même temps aue lui dans
les époques intermédiaires de 1 histoire de
notre globe. La découverte de ce genre est
l'une des acquisitions les plus importantes
dont l'anatomie comparée soit redevable à
la géologie. C'est du plésiosaure que Cuvier
a dit qu il offre la structure la plus hélé-
roclife et l'ensemble de caractères le plus
monstrueux que l'on ait rencontré parmi les
ruines de l'ancien monde (826). On y trouve
la tête d'un lézard, les dents d'un crocodile,
un cou d'une longueur énorme, et qui res-
semble au corps d'un serpent, un tronc et
une queue dont les productions sont celles
d'un quadrupède ordinaire, les côtes d'un
caméléon et les nageoires d'une l)aieine.
Telles sont les combinaisons étranges de
formes et de structure que présente le plésio-
saure. Ses débris, après avoir été pendant
des milliers d'années ensevelis dans un nau-
frage commun avec ceux de tant de milliers
d'êtres qui peuplaient notre planète à ces
époques éloignées, ont été rendus à la lu-
mière par la géologie, et s'offrent à notre
étude dans un état de conservation presque
tout aussi parfait que ceux des espèces nos
contemporaines.
Il parait certain que les plésiosaures nlia-
bitaient que des mers et des eolfès pea
profonds, et qu'ils respiraient 1 air atmos-
tViS) Oo Ta Dommëe, je crois,
(426) Cet habilaiH de rancien monde est peut-
éum l€ pins hétéroclite et celvi dt tous qui parait le
plus mériter le nom de monstre.
m-4% t. V, t- partie, 476.
— Ommi. FomiTm,
1171
IM.K
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
lÂLE
tt7i
pliéri lue (ic ta rùème maniôre que les idi-
Ihyosaures cl nos cùlacrs raixiemes. Dôjà
nous en connaissons cimjou six cs|>èces,
ilont cnielqnes-nnes atleignent une (/»ille ei
'* nn volume prodii^ieux; mais nous n'étudie;^
rons ici ijue la nikjux ronnue, et celle (^ui
est peut-être la plus remarquable, le p/esio-
iaurus dàhchedtirui (827).
Tête. — La tôle du plésiosaurus dolicho-
deirus offre une réunion de caractères par-
ticuliers à ficlithyosaure, au crocodile et au
lézard ; mais c'est de la tète de ce dernier
isurtout qu'elle se rapprociie davantage. Elle
e>t en rapport avec celle de richlhyosaure
par la petitesse de ses narines, en même
tomps que par la place qu'elles occupent
dans l'angle antérieur des yeux; elle tient
de la tète (lu crocodile par ce fait que les
dents sont imi)lantées dans des alvéoles dis-
tinctes \ mais elle diffère de Tune et de l'au-
tre par sa forme générale et sa petitesse ;
et un ffrand nombre de ses caractères la
raimroche tout à fait de celle deTiguane.
Vou, — Le caractère le plus extraqrdi-
naire qu\)ffre le reptile qui nous occupe,
c'est la longueur extrême de son cou, or-
gane qui égale presque en étendue le corps
et la queue ensemble, et qui contient envi-
ron trcnte-îtrois vertèbres, c'est-à-dire plus
qu'il n'y en a dans le cou du cygne, celui de
tous les oiseaux chez lequel cet oruane at-*
teint la plus grande longueur. C'est là,
com^me on le voit, une remarquable excep-
tioQ: à cette loi presque universelle, que le
nombre des vertèbres cervicales chez les
quadrupèdes est toujours peu considérable.
Même chez la girafe, le chameau et le lama,
le nombre en est constamment de sept; et
l'on retrouve encore le type de ce nombre
dans le cou si court des "cétacés. Chez les
oiseaux, il varie de neuf à vingt-trois, et,
cheï les espèces vivantes de re])tiles, de
trois à huit (828). Nous trouverons bientôt
(827) C'est dans le lias de Lyme-Reds, veis 4825,
que Ton a découvert les premiers cchaiitilLons ap-
partena^nt à cet animal remarquable , et ils sont
robjec d*un admirable mémoire dans lequel MM.Co-
liybe^re et de U Bêche ont établi et dénommé le
genre ( G^olog. Traits, Lond., t. Y, n* partie ). De-
puis on a rencontré d^autrcs individus dans les mê-
mes formations sur divers points de TAngleterre, de
rirlande^ de la France et de TAUemagne, ainsi que
dans des formations qui appartiennent à diverses
éfioques, depuis le muschel-kalk en s*élevant jus-
qu*à la craie. Le premier échantillon que Ton ait
trouvé dans un état voisin de la perfection fait partie
de la collection du duc de Buckinghani (il est ûguré
dans les Geol,og. Trans. Lond, Nouvelle série, 1. 1",
n* partie, pK xi^vui). Il y en a un autre presque entier,
long de onze pieas , cfaus la collection du muséiini
britanni(|(ue. La justesse des raisonnements qu'avait
faitsCuvier sur. les quadrupèdes fossiles de Aloi.lr-
martre fut démontrée par la déqouverte subséqucnle
- de squelettes, tout pareils à ceux qu*ii avait refaits
conjecturalement à Taided^os isolés ; la restauration
3u'a faite M, Conybeare du plésiosaurus doiicho-
eirus n*a pas reçu une confirmation moins écla-
tante de la découverte des échantillons que nous ve-
nons de mentionner.
(828) La perte de force qui résultait pour le. plé-
siosaure de cette longueur extrême du cou était ^om-
dans les raoeurs du plésiosaure une raison
probable de cette exception remarquable aui
caractères normaux (les lézards.
Trône et ^letie. — l^s vertèlires dorsales
ne sont pa$(|t5|»osées en cônes creux, comoie
cela a lieu chez les poissons, mais elles s'ap-
pliquent les unes contre les autres par des
surfaces presque plates, et il en résulte pour
Tensemble de la colonne vertébrale le même
genre de stabilité que dans les quadrupèdes
terrestres. Il en est de môme du mode sui*
vaut lequel les apophyses articulaires s*a[)-
pliquent les unes contre les autres, mode
destiné à produire bien plutôt une grando
Euissance que ce genre {)articulier de fleii-
ilité créé pour concourir à la progression
rapide des ichthyosaures ou des poissons :
aussi une progression rapide était-elle in-
compatible avec la structure de Pensemble
des organes chez le plésiosaure; et tout ce
qui dans son organisation tendait vers uu
accroissement de force était d'une bien plus
haute importance que ce qui eût eu [)Our
but la combinaison de la vitesse avec la
flexibilité.
La queue, euurte coninus elle Tétait par
rapport à Tcnserable du corps, ne pouvait
être, comme la queue des iK:)issous, un or-
gane d'impulsion puissante d'arrière en
avant; c*était plutôt un gouvernail à Vaide
duquel il se dirigeait lorsquMI nageait à la
surface des eaux, ou lorsqu'il voulait s'éle-
ver ou descendre au sein de ce liquide: et
quant à la lenteur des mouyemcnls, cest
une conséquence à laquelle nous sommes
encore conduits par le prolongement extrême
du cou en avant des pattes antérieures. Le
nombre total des vertèbres doi>t se compose
la colonne vertébrale tout entière est d'envi-
ron quatre-vingt-dix. Cet ensemble de cir-
constances conduit h conclure que cet ani-
mal, malgré sa taille considérable, n dû
chercher surtout dans la ruse et dans les re-
pensée par Texistenoe d*une série d^apopliyses bas-
tiformes qui se surajoutaient de chaque côté do
corps des vertèbres cervicales. On trouve diex la
oiseaux et chez les quadrupèdes à long eou des ni-
din^ents do ces ^popliyses diveiscnieat modifiées; et
leur forme, chez les crocodiles, approche beaucoup
de ce c^ue Ton observe chez le plésiosaure
Le corps des vertèbres rappelle aussi beauciMip
plus certains crocodiles fossiles quMI ne rappelle ks
ichtbyOsaures ou les lézards, et ces organes ontea
outre avec ceux des crocodiles ce point oomnuii
. que leur portion annulaire est fizée a^u corps de h
vertèbre pa r des su tu res.
Ainsi le cou du plésiosaurus dfdichodcinis est uw
combinaison du principe de construction des verù-
bres du crocodile, avec un accroissement en lov-
guegr npï dépasse tout ce que Tofi observe depl«
extrême chez les oiseaux, et que 1\ni ne retrouve
dans aucun autre animal connu , pas ^us parmi k»
créations, les plus anciei^nes que ^rmi les eréatioi^
actuelles. La ion^^ueur de cet organe anormal e4
. égale à presque cutq fvis celle de ta tète; le Uiwc
ég^le quatre fois l.i tctc en longueur et la qoeiic
trois fols , de sorte que la tète n*a en longatitf
qu'un treizième du corps entier.— Vojf. les Tru^'
aaions géol. de Londres^ t. V, p. 559, et 1. 1", not*
^ vellc bêiie, p. 105 et suivantes.
1^3 F^LK ET DE PALEONTOLOGIE.
rai les ses moyens de subsister et d'échapper
I ses ennemis.
Côtei, — Les cotes se composent de deux
>arties, Tune vertébrale et 1 autre ventrale;
ihacunsiles portions ventrales s*uiiit à celle
lu côté opposé, au moyen.d'up os transver-
al intermédiaire» de façon quet chaque paire
le cAte entoure le corps d'une ceii\ture com^.
»lète formée de cinq pièces (829). Cuvier a^
lit remarquer le rapport qu il y a entre ce.,
node de structure et celui qui présente les
Aies chez les caméléons, et chez deux es-
lèces d'iguanes (le lézard marbré, lacerla
9armorat€t, Linn.,etraTiolis, ano/ïti«, Cuv.);
X la conséquence qui se présente naturelle-
oeot à l'esprit,, que Içs poumons, de môme
[lie dans ces trois genres aptuéll^m^nt vi-
ants, durent être fort grands» et qu'il ét^it
)oisibl€ que la coloration de leur peau fut
oumise à des changements en rapport avec
Ds variations dans Tintensité de leurs ins-.
irations (830). {Ossefnenls fossiUt^ t. Y, ù*
lart., p. 280.)
Cette opinion de Cuvier est purement hy-.
»othétique,. et toute personne peufamilia-
isée avec l'anatomie comparée sera portée
considérer comme non moins conjectu-
ale toute conclusion relative à des organes
ussi périssables que les poumons, déduite
e Quelque, disposition inusitée ou d*ure
onciition insolite des appareils costaux,
iependant c'est en. nous appuyant sur de
eujblables principes que,, de la focime et.
es propriétés, de ces côtes fossiles, nous
oncluons qu'elles furent en rapport, coiume
hez le caméléon, avec une faculté de con-
raction et de dilatation des poumons en de«>
ors des règles ordinaires ; de môme que,
il nous arrivait de cenrontrer la charpente
élabrée d*un soufllnt parmi les ruines d*une
ir^^c» nou^ prononcerions hardiment que
.'S pièces d'une plus longue durée suppor-
itcnt jadis un cuir dont retendue était en
i[>porl avec leurs propres dimensioqs.
PLfi
ti74
' Le mode de composition des côtes chez
le plésiosaure a eu aussi probablement pour
résultat de donner à cet animal la faculté do
comprimer l'air. dans les poumons, et d'en
emporter ainsi au fond des eaux des masses ,
réduites à un volume moindre, comme nous '
avons pensé que cela devait avoir lieu chez^
les ichthyosaures ^ d'après la considération,,
de leur appareil costal.
Extrùnitéi. -— Le plésiosaure respirait
l'air atmosphérique, et, )X)ur que ci^tte.
fonction fût remplie, il fallait qu'il vtnt fré-
3uemment à la surface des eau;i; c'était
onc une nécessité que le thorax, le Ijassin,
et les os des extrémités antérieures et pos-
térieures concourussent à former un an pa-
reil qui lui permit de descendre et de s éle-
ver dans les eaux, à la manière des ichthyo-
saures et des cétacés. Aussi les pattes ont-
elles été converties en des rames plus
Puissantes et plus grandes que celles de
ichth vosaure, et propres à compenser ainsi
la faible assistance que l'animal pouvait ti-
rer de sa queue (83i).
Si nous mettons les membres du plésio»
saure en présence des mêmes organes chez
les autres vertébrés, nous pourrons ranger
tout cet ensemble suivant une série régu-
lière de gradations, formant comme les an-
neaux d'une même chaîne depuis leur état
le plus parfait que l'on rencontre dans les
ipammiferes supérieurs jusqu'à leurs for-
mes les plus iniparfaitcs, qui se voient ^àws
les nageoires ûqs i>oissons. Les rames qui
existent à la partie aqtérieure du corps,
ci^ez le plésiosaure, offrent toutes les parties
essentielles des membres antérieurs des qua*
drupèdes et môme des bras de rhomoie;
une omoplate, un humérus, un radius et un
cubitus que suivent les. os d'un carpe et
d'un métacarpe, celui^i terptiné par cinq
doigts, dont chacun se compose d'une ^érie
continue de phalanges. On retrouve dans
les membres postérieurs les mé.hes analo-
(820) La portion venlralo. ilacliacuDO des côtes
• »U composée de trois os minces appliqués les
\*i contre les autres au moyen de rainures obliques
lî leur permetlaient un mouvement d*exteiision
msi<léral)le dupant la dilatation des poumons.
(85(^) Nous n'avons aucun moyen de vérifier cxîtte
»njeciure ingénieuse qui fait du plésiosaure une
»rte de caméléon marin, doué de la faculté de faire
irîer la couleur de ses l^uments; mats nous de-
>ns admettre qu*une faculté semblable lui eàt ciô
Il plus grand avantage en lui foumissant un moyen
L* se soustraire plus complètement à la vue de
ichtbyosanrc, son ennemi le plus formidable. Con-
■c cet adversaire, tout- combat à armes égali's
Il était impossible, soit à cause de la. petitesse de
I tête eu de la. longueur extrême de son cou ; et la
li blesse de ses moyens de locomotion le menait
paiement dansTînipossibilité de fuir. L*agrandisse-
leut des poumons avait encore cet important avan-
i^e qu*il pçrmçltait à ranimai de venir moins
'cquemmcnt à la surface pour y respirer Pair at-
losphériqne, opération qui ne pouvait s'occuper
ins un danger imminent, au sein des mers où four*
lillaient les ichthyosaures. Le docteur Starck a der-
iêreraent observe que certains poissims, et spécia-
(inenl les vérons (Ituchcuê pboxinui), ont une ten-
ancé à prendre la couleur des vases où on les con-
serve. {Proceeding$ zoot. Soc. Lond, juillet, 1855).
Comme dans cette classe d*ètres il n'existe pas ne
poumons, ce cbangcment dans les couleurs ne peut
être attribue à )a même cause qui d*après les opi«
nions reçues, produit le même. effet cUez Icscajmé*-
lé<ms.
(851) Le nombre des pièces qui corrcspondaien|
aux pbalanges des doigts et des orteils excède celui
que Ton observe dici les lézards et les oiseaux, et
même chez les mammifères, à rexceptîon des ba-
leines dont plusieurs offrent un pareil excès numé-
rique en rapport avec roflieedé nageoires qui cor-
respond à cette disposition. Gespbakingesdeplésio-
saures s*artieulenl, comn:c chez les baleines, par
syncbondrose, et elles établissent un. passage entre
les plialanges. de ricbthyosaure en nombre plus
graitd et plus anguleu^s,'et celles des quadrupèdes
terrestre, toujours plus qu moins rvlindriquesl
Chez ces lézards des mers, elles élaieni nplaties,
dans le but d'élargir les extrémités, et d en faire des
organes de natatitm. Comme d'ailleurs ce» rames
élargies paraissent avoir e(c dépoiuiues de toula
espèce d*onglcs, même imparfaits, comme ceux des
tortues et des plioques, il est probable que le plésio-
saure n*avait partout ailleurs que dans Teau, quun
mouvement de progression faible ou tout à fait nul.
lits
l'LB
DICTIOT^NAIRE DC COttMOGONIK
PLU
m
gîes aicec ie$ organes correspondants des
mammifères^ Le bassin et le féinuc y sofit
suivis par un tibia et un péroné qm s'arti-
\ culent avec des os du tarse et du métatarse»
et ces derniers donneni naissance à cinq
doi>çts formés de nombreuses phalanges.
C'est en étudiant cet ensemble de carac-
tères que M. Conybeare est arrivé aux con-
séauences suivantes relativement aux habi-
tuaes du çlésiosaurus dolichodeirus : « C'é-
tait un animal aquati(jue, Fétat de ses patt^
le prouve jusqu'à l'évidence : il était marin;
lès restes auxquels on le trouve constam-
ment associé ne sont à cet égard guère
moins concluants. La ressemblance de ses
extrémités avec celles des tortues conduit a
penser que,, comme ces dernières, il venait
de temps à autre sur le rivage; mais ses
mouvements sur la terre-ferme ne pouvaient
au'ètre dépourvus d'agilité, et la longueur
e son cou était un obstacle à la rapidité de
sa progression à travers les eaux, ce qui
contraste d'une manière frappante avec l'icli-
tbyosaure» si admirablement organisé pour
fendre les vagues. Et comme à ces diverses
circonstances H vient se joindre, en vertu
du mode de respiration de Tanimal, un be^
soin de communications fréquentes avec
l'atmosphère^ ne somme&>nous pas autorisés
à prononcer quil nageait h la surface même
des eaux^ ou s*en éloignait peu, recourbant
en arrière son cou long et flexible, K la ma-
nière du cygne, et Te dardant de temps à
autre pour saisir les poissons qui s'appro-
chaient de lui? Peut-être aussi se tenait-il
jirès du rfvage/dans des eaux peu profondes,
caché au milieu des végétaux marins, et
portant à l'aide de son long cou, ses narines
Ksqu'à la surface des eaux ^ c'eût été là pour
i une retraite assurée contre les attaques
de ses plus dangereux ennemis. D'un autre
côté, cette longueur et cette flexibilité du
cou, par la promptitude et la soudaineté
d'attaque qu'elles lui permettaient de dé-
ployer contre tout ce qui passait à sa portée,,
compensateut la faiblesse de ses mâchoires
et 1 impossibilité d'une progression rafude
au sein des eaux. » (GeoL Tnmi,^ nouv.
série, 1. 1, u* part.,, p. 388.)
Nous avions commencé cette histoire du
plésiosaure en nous autorisant de Topinion
imposante de Cuvier, pour déclarer que c'é-
tait une des productions les .[il us anormales
et les plus monstrueuses qui aient fait partie
des anciens systèmes de création. Puis la
suite nous a montré, par Tétude que nous
avons faite de ses détails d'organisation,
que ces anomalies apparentes ne reposaient
que sur des variations dans l'arrangement
ou dans les proportions de parties fonda-
mentalement les mêmes qui concourent à
former les créatures les plus parfaites du
inonde actuel.
^ Si nous poursuivons l'étude des analogies
d'organisation qui unissent les habitants
actuels de notre globe avec les espèces di*
verses et les genres éteints qui ont précédé
sur cette terre notre propre race, nous
.voyons qu'une chaîne étroite d'aiCnités re-
lie la série tout entière des êtres organisés.
et resserre, dans des liens intimes et pleins
dliarmonie, toutes les formes passées et pré-
sentes de la vie chez les animaux. LeoseiD-
ble même de notre propre organisation, et
certains de nos organes les plus importants,
nous placent dans des rapports directs et
étroits avec ces reptiles qui nous sembbl,
au premier coup d^œil, les plus monslrued-
ses productions de 'a création ; celte main,
ces doigts qui écrivent leur histoire, sont
un type toujours présent è mes yeui des
rames natatoires de Tichtliyosaure et du plé-
siosaure.
Si nous venons à étendre la comparaboa
aux quatre grandes classes d'animaux Yerli-
brés, chaque espèce nous apparaît avec u
mode suivant lequel les parties analo^no
s'adaptent aux circonstances et aux coq-
ditions diverses d'existence pour lcsqueli&)
chacune de ces espèces a été créée. Â {«ir-
tir des degrés les plus inférieurs, ouui
voyons l'organisation et les fonctions au.-
malos s'élever parallèlement, par une doubla
échelle, jusqu'à ce qu'elles arrivent au point
de leur [ilus haut développement. C'estaiibi
que la nageoire du poisson devient la rame
natatoire du plésiosaure et de l'ichlhyo*
S9ure . celle-ci se transforme à son toar
dans /'aile du ptérodactyle, de l'oiseau et de
la chauve-souris, puis devient la patte ao*
térieure des quadrupèdes destinés h se mou-
voir sur la terre, et atteint son terme de
développement le plus élevé dans le bras
et dans la main de Thommei être doué de
raison.
Je terminerai ces observations cnmcsor*
vnnt des paroles de M. Conybeare, et, pleio
des sentiments qui les ont inspirées, et que
I^arlagent tous ceux qui ont été assez lieu-
rcux pour le suivre dans ces recbeirhcs
l>rofondes auxquelles nous devons )a plu»
grande partie de nos connaissances relança
au plésiosaure, je dirai comme lui .
« Toutes les fois qu'un observateur es*
treprcnd de tracer les anneaux divers dont
se constitue la chaîne qui rattache entre eux
les êtres organisés, ses yeux sont frappési
chaque instant par l'apparition d'analogies
pleines de beautés» et chaque détail d'ana-
tomie» si petit C|u il puisse être, se revêt de
charmes et d'intérêt^ car cette admirable
science se présente contiBuellement escortée
de preuves nouvelles de cette grande loi
f;énerale formulée avec tant d'élégance dan>
es paroles suivantes de Scajcpa, lun d«
hommes dont les travaux Tout le plus iH^r
trée : — « Usque adeo fta/ifr(i, una ead(*
ft semper aiguë multiplex^ diiparibus d^^
« for mis efficitîê pares ^ admirabili fita^
« vftriétaiiAm simplicitale conciliai. »
PLINE , ses idées sur Iss révohuiont wtif
reltes, — Voy, (iéologib*
pliocène: (Ancien). loy^ôUBAPEXicD.
PLUIE. — Plusieurs auteurs ont doflflt
des descriptions de gouttes de pluie fossiie»
Cunningbam^ Hitchcock, Lyell, etc., les o»^
étudiées en particulier, et leurs observation
ont été si consciencieuses qu'il s'est pièn
itrî
FOI
£T U£ PALE0NTOLOCIK.
roi
1173
permis dé conserver oncore c[uelqu6 doute
sur leur existence. M. Cunningham parle,
Jaiis les termes suivants, d*iinpressiofis et
Je moules de gouttes de pluie qu*il a ob*
i^ervés dans les carrières de Storelon-Hill
'Cheshire), ces mêmes carrières qui ont déjà
offert des effl|nreintes de chirothérium. « Les
effets d*une pluie tombant sur des cendres
res-flnes du Vésuve s'y font remarquer en
clobulcs arrondis, semblables à ceux que
produirait l'cnu d'un arrosoir sur un nar?
fuet couvert de poussière. Mém« pheno-
iiène a été remarqué sur les grès de Store-
un-Quarry. En certains cas, les globules
ont petits et drcu!aires, comme s ils eus-
ont é:é (irocluits par une pluie légère; en
rautres, ils sont plus gros, de forme moins
é^ulière , indiquant une pluie plus vio*
ente. I»
M. Lyell a décrit des empreintes sembla*
Jes à des gouttes de pluie dans la vallée de
lonnecticut, Amérique du Nord ..Ces emprein»
es ont été observées en. plusieurs localités^
i Newark,à New-Jersey, è Cabotville dans le
rf assaoh ussets, h Smitli's Ferry, au nord de
^pringfield, etc. M. Lvell est convaincu qiie
es empreintes sont bien réellement celles
les gouttes de pluie, malgré les doutes qu'il
i professés pendant longtemps sur les vues
le M. Hitchcock et autres.
On se rappelle ces plaques de grès bigarré
lu nouveau grès rouge qui furent décou-
vertes, il y a quelques années, par M.Wanl,
i Shrewsbury, en Angleterre, et dont Buck*
and a offert un modèle en plâtre à la Société
;éologique de France. On remarque, sur ces
'!aques de grès, des empreintes de gouttes
'eau, dans trois circonstances différentes ;
-i , les empreintes sont hémisphériques ,
lies sont formées par une pluie tranquille;
I, eile^ sont larges et sans profondeur, ce
evait éire une pluie d'orage è grosses
L»uttes; ailleurs, elles sont dans un sens
tilique, c'est un signe que la pluie qui les
laissées était accompagnée d*un vent plus
j moins violent. M*. Ward a observé lui-
tènie à Grishill-Uill (comté de Shropshire),
1 Angleterre, des jgouttes de pluie fossiles
:>iit l'obliquité indique que les souttes ne
«raient pas tombées perpendiculairement,
lais auraient été jetées obliquement par la
^rce du vent.
PLUIES, leur action. — Vay. Rocbks si-
IftlEIVTAIKES
POISSON (M.). — Cet illustre géomètre,
ans un Mémoire $ur la température de Im
artie teiide du globes de Vatmoephire et du
eu de Ceepace où la terre $e trouve actuelle^
lent^ s'est proposé de déterminer la temp^
Bture du globe, è une pnifondeur et sur
ne véritable donnée, d'après la quantité de
haleur solaire qui traverse la surface à
haque instant. En général, las inéffalités
i urnes sont insensibles à un mètre de pro*
indeur, et les inégalités annuelles dispa-
Kissent, comme on sait, à une vingtaine de
lètres. Vers le milieu de cette distance, ces
crnières se réduisent à l'inégalité dont la
triode comprend Tannée entière. Ainsi, à
6 ou 8 mètres de profondeur, la température
n'oilre pendant Tannée qu'un maiimum et
un minimum arrivant à Ax mois Tun de
l'autre, et après les époques de la plus grande
et de la moindre chaleur solaire. Au dfeià de
SO mètres environ, la température ne peut
plus éprouver que des variations séculaires
que Ton n'a pas encore observées.
Sur chaque verticale, le maximum des
inégalités se propage uniformément avec
une vitesse gui dépend de la nature du ter-
rain. Sous Téquateur, la temf/érature doit
être à peu près constante à une profondeur
beaucoup moindre qu'en tout autre lieu,
résultat qui a été vérifié par des expériences
directes.
Après avoir cherché Tintensilé moyenne
de la chaleur solaire ^Wr un point donné
du globe pendant Tannée entière, et rappor-
tée aux unités de temps et de surface, Poist
son délerniine la hauteur d'une couche d'eau
recouvrant la surface de la terre, et dont la
chaleur solaire pourrait élever la tenifiéra-
ture de 1** de même que Tépaisseur d'une
couche de (;lace nue cette température pour*
rait fondre, c'est-a-dire environ 7 è 8 mètres.
Par le rayonnement à travers sa surface, la
terre envoie cbatjue année au dehors una
quantité de chaleur éçale è celle qu'elle a
reçue du soleil et qu elle a absorliée. Cet
équilibre a lieu )>our la surface entière du
globe et à très-peu près pour chaque point
en particulier.
Quoique l'influence solaire et ses varia-
tions (p. 143) ne soient plus sensibles à la
profomJeur Je 20 mètres, cette influence ne
s'arrête pas à cette limite ni à aucune autre,
et, dans un temps suflisamment pf'olongé,
elle a dû pénétrer dans la masse intérieure
de la terre et jusqu'à son centre. Nous n4i
connaissons point les calculs qui ont conduit
Poisson à cette dernière proposition, qui
luirait être la base de l'idée qu'il développe
l>lus loin; mais nous ferons remarquer
qu'elle est en contradiction avec ta précé-
dente, car si l'absorption est égale seuTement
h l'émission, comme nous venons de le dire,
on ne voit pas ce qui peut rester de chaleur
pour continuer à marcher vers le centre, et
les six mois que les variations annuelles em-
iirassènt, soit pour le flux de chaleur ascen-
dant, soit [>our le flux descendant, marquent
nécessairement un point plus ou moins éloi-
gné de la surface, où l'action extérieure de-
vient nulle ; la périodicité supposée exacte
et inverse même du phénomène s'oppose à
sa manifestation indéfinie dans un seul des
sens où il se produit. Nous reviendrons d'ail-
leurs sur ce sujet en prenant en considéra*
tion un élément important qui a été négligé.
Poisson démontre ensuite la coïncidence
presque parfiiite entre la température de \k
surface même du globe et celle que marque
un thermomètre placé au-dessus de cette sui^
Ihce, coïncidence qui n'existe que pour les
températures moyennes. Pour Paria, la tem-
pérature moyenne do Tair est 10*, 822, et
celle du sol 10%511; mais, pour les 1^ '
ratures de chaque instant, elles suiv'*'^
ira
rm
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
ror
m
>ois très-ilifférènles pour la surface et pour
l'air.
Près de la surface, la portion de la tempé-
rature moyenne due à la chaleur solaire
varie arec i*obliquité de récliptiaue.' Cette
inégalité séeùlaire est accoropagnée, comme
les inégalités diurnes et annuelles,, d'une
variation dans le sens de la profondeur, que
Ton ne peut évaluer exactement, faute de
connaître l'expression de l'obliquité en fonc-
ition du temps; mais les variations qui en
• proviennent ne peuvent èlre que^ pour fort
peu de chose dans raccroissement de* tem-
pérature des lieux profonds. £n attribuant,
avec Fourier et de JLa^tla^e, cette augmenta-
tion à la chaleur initiale du globe,^oisson
ironire qu'à la profondeur seulement de
1/100 du rayon, la température serait aut
jourd*hui de 2.000^, et qu'elle dépasserait au
centre 200,000**; aussi s'attache-l-il, dans sa
théorie mathématique de la chaleur, à dé-*
montrerlesdiincultesquidoivent, suivant lui,
faire rejeter cette idée de Texistence actuelle
de la chaleur initiale, et à faire voir que de«>
puis longtemps la terre doit avoir perdu celle
qu elle possédait à son origine.
En parlant de celte hypothèse de Laplace,
Sue les planètes peuvent être des portions
e ratmosphère- solaire, qu'elle a successi-
vement abandonnées en âe concentrant vers
cet astre, les molécules de la terre, è un cer-
tain morpènt, se sont trouvées soumises à
leur attraction mutuelle en raison inverse
du carré des* distahcesr; et de cette force il
est résulté, sur toutes les couches de la
masse fluide, une pression croissante de la
surface au centre.Vers ce môn>e centre, elle
a dû être très-grande et dépasser peut-élre
ceiit mille fois la pression atmosphérique
actuelle. D'après Poisson , ce serait cette
pression croissante, et non une température
extérieure beaucoup moindre que celle du
fluide, qui aurait fait passer successivement
toutes <;es couches è l'état solide, en com-r
mençant par celles du centre, et continuant
de proche en proche jusqu'à ce au'il ne soit
plus resté que les matières qui iorment au*
jourd'hui la mer et l'atmosphère. Mais cette
réduction n'a pas été instantanée, et le temps
qu'elle a exigé a sufli, d'après l'auteur, pour
que, eu égard à la vUe$ie presque infinie du
rayonnemeni^ tes couches^ en se solidifiant
fune après t'auire^ aient dû perdre toute la
chaleur développée pendant leur changement
délaty et qui s'en est échappée sous forme
rayonnante^ à travers les couches supérieures
encore à Vétat de vapeur ; en sorte ifuHl ne
reste plus^ ni à Vépoque actuelle^ n% depuis
bien longtemps^ aucune trace de cette quantité
de chaleur^ auelque grande qu'elle ait pu étre^
Cela posé. Poisson attribue la cause de
l'élévation de température dans les lieux
lirofonds à l'inégalité de température des
régions de l'espace que la terre traverse, en
s'y mouvant avec le soleil et tout le système
planétaire (832). La température d'un point
quelconque de l'espace est produite pir li
chaleur rayonnante qui vient s*y croiser en
tous sqns, et qui émane des différentes étoi-
les; or, cette^. température ne derait pas être
la même partout, mais aussi, ne. ^K)uvaiii
être très-différente que sur de& points fort
éloignés les uns des autres, on conçoit qu^
dans l'étendue du placement annueL de la
terre, la température de l'espace sera seDsi-
blement égale, tandis que celle des région
éloignées, que parcourt tout notre systèan
planétaire dans son mouvement général, oe
sera pas constamment la même, et toutes les
planètes éprouveront des variations corres-
pondantes de.températuc;e. Mais la terxe,ra
la grandeur de sa masse, en passant d'un
mineu plus chaud daiis un milieu plus froid,
n'aura pas perdu, dans la seconde ré^on,
toute la chaleur qu elle avait prise dans la
première ; elle devra donc présenter, coœmc
on l'observe en effet, une température croi-
sante à partir de sasurface, et l'inverse aura
lieu en passant d'une région froide daasuDe
région chaude.
Sans connaître ni la grandeur ni les pé-
riodes de ces variations de température,
Poisson conçoit (]u elles peuvent s'étendre
jusqu'à une certaine profondeur, sanstont^
fois atteindre le centre. Mais ici se troiiTs
une seconde contradiction avec la proposi-
tion que nous avons déjà combattue, savoir:
que la chaleur solaire annuelle pouvait (le>
cendre jusqu'au centre de la terre. Dani
ectto supposition, en effet, comment refaser,
toutes choses é|j;ales d'ailleurs, à unecau>e
certainemeni bien plus que séculaire, uu
résultat que L'auteur attribue à une<duse
annuelle et même seulement semi-aimuelk-;
. Pour indiquer comment ces inégalités doi-
vent influer ^ur la température de la couche
extérieure du globe. Poisson fait remar-
quer que, dans cette théorie, la température
moyenne de la superficie varie avec une
lenteur eitrôme, mais incomparabienieol
moindre cependant que la portion de lat^^r
pérâhire qui serait due à la chaleur iniliaW
du globe, si elle était encore sensible à JV-
poque'actuelle. De plus, celte variation est
alternative et peut ainsi, dit-41, concourir à
Texplicatton des révolutions que Ja couche
extérieure de fa terre a éprouvées. Suivant
lui, la fraction de 1;30 de degré, que la sur-
face tire aujourd'hui de la clialcur initiâ]<r,
exigerait pour se réduire de moitié un laji
de 1,000 millions de siècles, et que serait^
alors pour remonter à une é|K)que ou w
température aurait été assez considérai»!^
pour influencer les phénomènes géologi-
ques? Mais on a vu précédemment que «
grand géomètre regardai t. la température ini-
tiale comme complètement fierduci pour m
diminution de i;60 de degré. EnfWt appli-
quant ses calculs à la température de m»-
mosphère et à celle dos espaces célestes
Poisson trouve que cette dernière est su^«-
rieare à celle des pôles de la terre, au lie«
p5î) On sait que le mouvement général actuel de notre système parait cire dirigé vers la coi«teU»w*
dileFculc.
1181
POI
ET DE PALEONTOLOGIE.
roi
tl8t
de s'abaisser à 50" ou 60", corame Tavait éta-
bli Fourier.
L'hypothèse que nous venons d'exposer,
oiakré le (lom de son auteur et les calculs
sur lesquels elle s'appuie, ne répond point
aui conditions qu'eiigent aujourd'hui non-
seulement la géologie, mais même la physi-
que et l'astronomie ; car elle est basée sur une
série de suppositions purement gratuites.
M. de la Rivo (833) a d'ailleurs combattu,
beaucoup mieux que nous ne pourrions le
faire, quelques-uns des résultats de Poisson,
ot en |)articulier l'hypothèse finale dont s'est
servi M. Renoir pour étayer la tliéorie des
anciens glaciers (834).
Dans sa thèse présentée à la Faculté des
sciences, M. Daubrée (835) s'est aussi occupé
des théories et des opinions émises sur ta
température du globe et sur les princi|^aux
phénomènes géologiques qui parafssent être
en rapport avec la chaleur propre de la terre.
Il a opposé les résultats de Poisson à ceux
de Fourier et à ceux de M. Pouillet ; et, sans
se prononcer à leur égard, il a fait voir ce-
pendant que les hypothèses basées sur les
inégalités de température dès régions tra-
versées par ia terre devaient répondre à cette
exigence, que la température des régions
chaudes a dû être telle, qu'elle ait pu fondre
toutes les roches qui composent la croûte
csiéneure du globe. A cet effet, il faut con-
cevoir d'abord des parties de Tesnacc où un
rrès-grand nombre de rayons slolfaires vien-
nent se croiser, comme cela, dit-il, peut
PI voir lieu peut-être dans la voie lactée (836);
ensuite, que leur étendue soit telle, que la
>'rreait pu mettre plusieurs milliers d'an-
i*>es pour traverser cette zone torride cé-
l'ste» et que sa surface ait pris une tempé-
Ature peu dillérente de celle de l'espace;
•t^ enfin, les phénomènes géologiques dot-
'•*^it faire admettre que la température stel-
rtîre s'est abaissée rapidement à partir du
iiasimum, pour arriver k une valeui* qui
c-f «uis lors n'a diminué que très-lentement.
n • vant M. Daubrée, rhypothè*:e de Poisson
i c^elle de Fourier, oui diffèrent totalement
our l'époque initiale de la formation de la
erte^ et nous ajouterons pour son mode de
erroidissement. peuvent ôtre ramenées à une
orte de coacordance lorsqu on ne remonte
las au delà du domaine de la géologie pro-
prement dite.
Nous dirons cependant que l'hypothèse
te Poisson est bien plus compliquée que
elle de Fourier, puisqu'elle suppose : 1* que
es molécules delà terre étaient à l'état de
;az, qu'elles sont passées à I état liquide,
^uis à rélat solide, par suite de l'attraction,
\^ZSi) BibLuMiÊ. lU Cenètf. vol. L\, «i. 379 ei
l«>. Ufie nU:que de ces mèinc^ idées i£é4igénii|ii4?s
été pnblich dans ta aumutê de roggeadorff^
ol. XXXiX, p. 95-tOO ^
(^;>4) Bull., vol. \l, p. G4 ei IMI, 1840. Dans
i;Ue noie l'auieur suppose au»»i que par ^lïtUi ilo ta
^(fiance opposée aux plaiu*ies par le niilicii <laus
«jar t elles «e nieuveiil , elles doiveui tendre à se
^t^^ochcr coDthiuelleinoDt du soleil, en décrivant
es !^pires infiniment i .ipprocbécs , au lieu d*Mn<*
«uibc fermée. M. Fjiuvergc (/?«//., \ol. XII, p. 308'
et cela du rentre à la circonférence; de te!Ie
sorte que le refroidissement aurait eu lieu
inversement des lois ordinaires, car il est
difficile d'admettre, malgré l'effet de la pres-
sion et de l'attraction, que les molécules so«
lides du centre, h un moment donné, se
soient trouvées è une température plus éle-
vée que les molécules encore liquides et
gazeuses de la surface; ^ que le globe, corn*
plétement solidiRé, a dû être emporté danis
une partie de la sphère céleste, ou la tem-
pérature était telle, que la surface a été com-
idétement fondue jusqu*à une grande pro-
ondeur. Or, celle hypothèse n'est-elle pas
bien gratuite, lorsque nous pouvons à peine
apprécier la distance des étoiles même les
plus rapprochées de nous? 3" enfin, il faut
admettre que la temfȎrature de notre sys-
tème planétaire, de retour dans les régions
plus tempérées ou iroides, s'est abaissée de
nouveau, et que c'est à partir de ce seeomL
refroidissement que commence l'ère de la
géologie. Nous préférons donc la simpli-
cité de la première hypothèse, contre la-
quelle les objections de Poisson ne nous
semblent pas aussi fortes qu'il a pu le croire.
D'ailleurs les lois de la propagation de la
chaleur ou celles du refroidissement dans
une masse telle que la terre, composée d'é-
léments divers et à divers états, ne sont pas
as.vez connues pour conduire à une solu-
tion un peu rigoureuse, lorsqu'on tient
compte de tous les éléments de la question.
Si notre illustre compatriote a été elirayé du
nombre d'années qu'ilfaudrait pour que la
température initiale arrivât è I élai actuêU
c'est qu'il n'a pas pu apprécier le laps de
temps qui a dû s'écouler seuleipent pour la
formation des terrains de sédiment ancien.^,
qui atteignent jusqu*à 14,500 mètres d'é-
paisseur. Et qu'est-ce encore, si l'on y ajoute
tous les schistes cristallins qui les ont pré-
cédés et tous les dé()ùts secondaires et ter-
tiaires qui les ont suivis? Si déjè, dans ledo-
maine de la géologie, nous n'avons que des
chronomètres relatifs, et dont nous ne pou-
vons comparer la marche avec ceux qui
marquent nos jours et nos années, au delà,
à bien jdus forte raison toute appréciation
exacte du temps, nous est-elle rigoureuse-
ment intentile.
Nous mentionnerons ici un mémoire adressé
H r.\rndémie (h*s sciences parM. Ducis (83?),
et qui avait pour but la critique de l'opinioti
de Poisson, quitassignait h la limite xJe l'at*
mosphère, comme condition nécessaire,
l'existence d*uno couclie liquide terminant
la masse gazeuse, la li(|uéfaction de l'air de-
vant résulter jd'un froid intense, et la cou-
. a fait voir combien était peu admissible cette hyoo-
thôse contraire aux lois connues qui régissent les
corps cclesies.
(855) Brachnre in-8*. Paris; 1838.
(830) Ce uni serait pcn probable, si, comme l'a
snpposé de L»pUce, notre siyslcme fait partie d*ui)e
inuncnse r.ébuk'usvo ivpri'seniée par la voie lactée
elle-même (ExpoêUhn du sffêième du monde, vol. IH
p. 402-405).
. (83T) S(iancc du II manb ISij. -- L'InÈtiiut.
I7mar$l8i3.
1183
roi
DICTlOlNNAIiUE D£ COSMOGONIE
POI
im
cbe ainsi produite se maintenir d*unc épais-
seur suflisante pour que sou poids fit eç^ui-
libre à la force élastique des couches infé-
rieures de Tair. L'argumentation de M. Ducis
nous est restée inconnue, mais il est proba-
ble que son auteur ignorait les objections
déjà faites ^ cette même opinion par M. de
La Rive dans rarticle que nous avons ch4»
. POISSON (M.), $eê objectiom contre tes plu--
toniensy — Voy. Tbbre.
POISSONS. — L'histoire des poissons fo^
siles est, de toutes les branches de la pa-
Jéontologie, celle à laquelle on a fait jus-
qu'ici le moins d'attention^ prsuil&de l'im-
perfection de nos connaissances sur les
poissons actuellement existants. Les re-
traites inaccessibles qu'ils habitent au fond
des eaux rendent l'étude de leur nature et de
.leurs habitudes beaucoup plus diflicile que
.de celles des animaux terrestres. La distri-
bution de cette grande et importante classe
de vertébrés est la dernière œuvre dont
Vest occupé Cuvier peu de temps avant sa
mort à Jamais déplorable, et ses observa-
tions ont embrasse près de huit mille espèces
de poissons actuellement vivantes. Il a laissé
à ses habiles successeurs le soin de déve-
lopper leur histoire, de les énumérer^ et de
. dire les fonctions qu'elles remplissent dans
•a nature.
Ce fait, que de vastes portions de la sur-
face de la terre se sont formées au fond des
eaux» nous donne à espérer que nous ren-
contrerons des traces de l'existence primi-
tive des poissons, partout oùs'oifrent des
restes de mollusques aquatiques, d'articulés
et de rayonnes. En un certain nombre de
localités remarquables sont, en effet, déjà,
depuis longtemps, célèbres comme offrant
aes dépôts de poissons fossiles (838), mais
les relations géologiques de ces dépôts n'ont
été que fort mal déterminées, et il règne
encore la plus grande obscurité sur la nature
des poissons que l'on j rencontre.
La tâché de porter remède à ce désordre
a été entreprise depuis longtemps, déjà par
(8S8) Les dépôts de poissons fossiles les plus cé-
' lèbres de toute TËurope sont la formation houillère
de Saarbruck en Lorraine, le schiste bilamlneux
de Blansfeld dans la Thuringe, le schiste calcaire li-
thographique de Solenhofen, Tardoîse bleue com-
pacte de Claris, te calcaire du Moiite-fiolca près de
. Vérone, la marne d'OEningen en Suisse, et d Alx en
Provence. .
Tous les essais que Fou a faits pour arriver à un
arrangement systématique de ces poissons fossiles
' sont toujours demeurés impuissants, parce qu^on a
voulu les ranger dans les familles et dans les genres
actuellement eilstants. L'imperfection de notre
classification acluelle des poissons et de tomes celles
qui Tout précédée est un fait admis fiar Cnvier ; et
ce qui prouve combien cette distribution est impar-
faite en effet, c*est au* elle n*a conduit à aucun ré*
tultat ffénéral pour, rhistoire naturelle la physiolo-
gie on la géologie.
. (S39) Parmi tes poissons fossiles, aucun genre ao-
tueltement existant ne se rencontre dans une couche
plus ancienne que la formation crayeuse* Dans la
craie inférieure, il s*en trouve un, te genre istulaire ;
cinq dans la craie proprement dite. Les couches
tertiaires du Monte-oolca renferment trente-neuf
un homme aux mains duquel Cuvier \ ro-
mis les matériaux qu*il avait recueillis lui-
mfime pour cette œuvre importante. Les sa-
vantes recherches de M. Agassiz ont déjà
porté à plus de deux cents le nombre des
genres connus de poissons fossiles, reii[e>
mant plusdehuit cent cinquante espèeesrâj
et les résultats auxquels ses travaux l'oûi
conduit, jettent de nouvelles et iniporLiDtes
lumières sur l'état du globe durant chacune
des grandes périodes dans lesquelles se p8^
tage son histoire. L'étude de ricbthjolo^t
fossile est donc d^^une importance toute %\^
cia]e pour les géologues; car elle leur per-
met de* suivre», dans la série entière des for-
mations géologiques, toute une classe d'ani-
maux appartenant à l'embranchement si
élevé des vertébrés^ et de comparer entre
elles les conditions diverses d'existence par
. lesquelles ils sont passés on traversant ies
périodes successives de la formation du
globe» ce que Cuvier n'a pu faire, faute dti
matériaux suffisants, que dans des limite)
beaucoup plus restreintes, et pour les seules
classes des reptiles, des oisea^ix et des maoï-
.mifères.
Le système diaprés leguel M. Agassiza établi
sa classification des poissons actuels la rend
grandement applicable aux poissons fossiles;
car il repose sur les caractères des tégumeV.'
extérieurs, ou écailles. Ce sont là des carac
tères tellement sûrs, tellement constants,
qu'il suffit souvent de la conservation d'u^s
seule écaille pour que l'on puisse recon-
naître le genre et jusqu'à Tespèce à laquelle
appartient l'animal d'où elle provient, de k
même manière qu*il suffit de certaines plu-
mes pour faire reconnaître, à d'habiles or-
nithologistes, le genre et l'espèce auxquels
. appartient un oiseau. Une autre conséquence,
cest que la nature des téguments nous fai-
sant connaître les relations qui existent en-
tre les animaux et le monde extérieur, nous
sommes conduits, pour les poissons, à «
connaissance de ces relations par celle éluw
de leur système tégumentaire (toO), car leurs
genres qui font partre ce la création nwwerDe, a
trente-huit genres perdus. — (Agassiz). ,
(840) Ost parce que la peau traduit mieui i|«>C'
cun autre organe les rapports d'un aaiwal avec le*
lémem dans lequel H se meut, que M. i%^ > '^^
la distribution des poissons sur les caractères wo-
nis par Tenveloppe cutanée. .
Les formes et Tctat des plumes et du ^uy^ j^
connaître les relations des oiseaux avec Tair o»
lequel ils volent, ou avec Peau dans laquelle ib»'
gcnt au plongent. Les fourrures, le poil, tes «^
qui recouvrent la peau des mammifères sont es a*^
nionie avec le point que ees derniers occupent <k a
surface tenrestre , avec te climal qui y règne « p
fonctions qu'ils y remplissent. Les écailles des pois-
sons sont de même en harmonie avee la place ^^
cupent les poissons et ies fondions qu'Us icBp^
sent au-4esSou8 de la surface dea eaux
M. Burchell nous apprend que, d'après les oose^
tlons qu'il a eu occasion de faire tant en ^*^^
dans l'Amérique du Sud, on pourrait trouver «^
les écailles des ophidiens la base d'un airaaf^
naturel de cet ordre de reptiles, et que Ton p^^
garder comme l'un des caractères dlsii»rt*f
groupe auquel appartiennent la vipère et P'*'^"
ifto
XM
ET DE PAtBONTOLOGIK.
NM
iir«
é;'ai1les ferment 4UM sorte de squelette ex-
lerne« analogae aux téguments calcaires ou
eomés des animaux articulés» aux plumes
des oiseaux, à la fourrure des quadrupèdes,
appendices qui nous instruisent beaucoup
mieux que la charpente intérieure elle-
oiême, sur les relations de ces divers êtres
4Tec le pilieu pour lequel ils ont été créés.
Enfin, il est encore une considération qui
ajoute aux aYantages de cette méthode, c'est
qiie les écailles de plusieurs poissons dos
r^poques géologiques les plus reculées étaient
revêtues d*un émail qui les rendait beau-
l'oup moini siyettes à la destruction aue
le squelette interne lui-même. 11 arrive iré-
i\nomment que Tenveloppe écailleusc tout
entière et la conflguration extérieure du pois-
.^on se soient parfaitement conservées sans
(|ue Ion rencontre aucun des os qui en-
traient dans sa charpente intérieure. L'émail
Je ces écailles est beaucoup moins solûble
juc la substance calcaire des os (84^1).
Il est bien évident que toute une branche
le rhistoire naturelle, nouvelle et des plus
importantes, est venue se mettre au service
le la géologie, le jour où Tétude des carac-
tères des poissons fossiles s'est trouvée éta-
blie sur une base d'une application aussi
générale que le système que nous venons
li esquisser. C'est un élément nouveau qui
se trouve introduit dans les calculs géolo-
pcjues; c'est une machine puissante, jus-
]u ici demeurée sans emploi, et qui vient
le nous être mise entre les mains pour fa-
ciliter nos recherches ; c'est presque un
nouveau sens qui a pris place parmi nosfa-
ultés dé perception géologique. — Et c'est
iins' que nous sommes conduits à ce résultat
ôus lec serpents. venimcn Y, d*avoir uue carène^ ou
'r£te aiguë sur chacune des écailles dorsales.
(841) M. Agassiz partage les poissons dans les
[uatre noarcaux ordTres suivant? :
i' Les PLACOîDiEKS, (dCTtl^S, ptaqiie éiarffti). Les
moissons de cet ordre sont caractérisés par les pla-*
|ues d'émail qui recouvrent leur peaii d*uoe ma--
Itère irré^uliere. Quelqueroîs ces plaques sont de
iinir^nsioiis considérables, d^autres fois au c«intraire
-r.cs sont rëiluites à de polils points comme sur la'
>oau chagrinée des squales, ou comme les tubercn-^
4*s aigus en forme de dents qui sont disséminés sur
^ corps des raies. Tous l«^ carlilaj^ineuv de €uvier»
ft Texccption de l'esturgeon , sont compris dans Ter-
tre d(*s plac'oï Jinis.
Les aiguillons d*émail qui couvrent la peau des
>4]ualeft et des roussettes ou chiens de mer sont bien
oniMis par Tnsage que l on en fait pour user et po-
ir le bois et aussi par leur emploi dans la fabrica-
ion du chagrin.
"ir Les GAiioiDiE.i8 (de yovo?, ëpéendor^ à cause du
)rillant de leur émail). Cet ordre est caractérisé par
les écailles anguleuses composées de plaques osseu-
ses ou cornées que revêt une lame niiticc d*émail.
Le lépidoslée gavial ( lenidotieui os$eu$ ) et les es-
iirgeons en font partie. Il comprend plus de soixante
{cnr^Sy dont cinquante sont perdus.
5* Les CTÉROiDiEiiis ( xriiff, peigne). Les écailles de
rti% poissons soni dentelées ou pectiuées à leur bord
(lOftteriear, comme les dents d'un peigne, formées
tealement d*une lame cornée et d*une lame osseuse,
»ans couche d*émaîl qui les recouvre. La perche
(iotis en offre un exemple bien connu.
4* Les cvCLOtDiKNS (dt mmXort eercie). Lescyclel-
général, que les poissons fossiles se rappro-
âient d'autant plus des genres et des espèces
actuelles cpï'on les rencontre dans les dé-
pôts tertiaires plus récents ; quils 8*en éloi*
Snent davantage à mesure que l'on descend
ans des coucnes d*une antiquité plus reçu*
lée ; et que les couches intermédiaires sont
caractérisées par des modiQcations inter
médiaires dans leurs conditions ichthyolo*
giques.
Enfin nous arrivons encore h cette ftutrè
conséouence que toutes les grandes varia-
tions dans le caractère des poissons fcssiles
paraissent s*ètre accom])iies en même temps
que les changements les plus importants
qui aient eu lieu dans les autres classes fos-
siloiSy animales ou végétales, ainsi que dans
la condition minéraje des roches strâti^ .
fiées (842).
L*esprit est grandement satisfait de Tac*
cord qui existe entre ces conclusions et
ceMes auxquelles les« géologues ont été con-
duits par d autres données. Quant aux faits
de détail dont elles sont la conséquence, ils
sont exposés par M. Agassiz dans un ouvrage
en plusieurs volumes qui formera une suite
aux ossements fossfies de Guvier. Je pren-
drai, dans cet ouvrage, un petit nombre
d'exemples qui font connaître quelques-
unes des familles les plus remarquables des
poissons fossiles.
Il parait bien démontré qu*il n'en est pas
de ces vertébrés, comme d*unè grande partie .
des zoophytes et des mollasques, dont les,
changements ne s'opèrent, d*une formation
à une auirei que par des degrés insensibles.
On ne voit pas des genres ou m^me des fa-
milles se maintenir, dans plusieurs séries
diens ont les écailles polies, simples sur leur bord,
et à sa surface supérieure souvent ornée de diverses
figures, elles sont formées de couclies coméc^s ou .
osseuses, ei ne «ont jamais revÀues d*émail. On en
voit des exemples dans les harengs et dans le.
saumon.
Chacun de ces quatre ordres .contient des poifr-
sons osseux et des poissons cartilagineux ; ei les
espèces qui les représentent dans les formatloua
géologiques se montrent dans des proportioua di->
verses, suivant les diverses périodes. Les deux pre-.
miers seuls apparaissent avant la formation créta-
cée; le troisième et le quatrième, ^i comprènocHi
à eux seuls les trois quarts des huit mille espèces
connues de poissons vivants, se montrent pour la
première fois dans les coucbes crétacées, où dispa-
raissent en iQènM temps toua les genres fossik's des
deux premiers ordres qui avàieui existé précédem-
ment.
{%i%) Les cenres de poissons qui prédominent
dans les coucnes de h série carbouifère ne se ren-
eentreni plus après le xechstein, ou calcaire magné-
sien. Ceux de la série oolilique sont tous posté-
rieurs au sechstein. et disparaissent subitement dés
que commencent les forinations crétacées. Les gen-n
res de ces dernières formaliuns sont les premiers
qui S6 rapprochent des genres actuels. Ceux des dé-
eis inférieurs de Lonifres, de Paris et du Monie-
Ica sont plus voisins que ka préoédeius des for-
mer que nous avons maintenant sous les yeux, et
les poissons fossiles d*CEningen et d*Aix leur sont
encore unis par des rapporta plus étroits, bien
(|«*aucune de lenis espèces ne paraisse avoir
échappé à b destractioo.
1487
PO!
DICTIOXNÂIBE de; CpSMQGONiE
POf
II»
sucçesai?esdGgranUesfûriiiatîons ; mais dicz
\^s poissons fc^siles les changements s*opè*
rent brasqûémeni et dans des points précis '
de la succession verticale des. couches, et
rappellent les yariations soudaines des rep-
tiles et dés mammifères fossiles (8tô). Il
n*es[t pas une seiile de leurs espèces qui ait
aj[>pàrtenu à la fois h deux grandes forma-
tions géologiques; pas une que Ton retrouve
vivante dans les eaux de nos mers actuel-'
les (8iW.
Béjàr les recherches de M. Ag^assiz ont pro-
duit cet important résultat que Tâge de cer-
taines formations, et leur place dans la série, ]
dont jusqu'à lui aucun caractère n*avait pu'
rendre compte, ont été mis en évidence par
la connaissance des poissons fossiles qui y'
sont contenus (8i5).
Poissons sauroides. -^ Les poissons vora- .
ces delà famille des sauroïdes, ou poissons
l^certiformes , appellent les premiers notre ^
attention. Leur étude est d'une liaiitè impor-'
tince pour Thistoire physiolosique des pois-
fans , car ils réunissent dans la structure (|o,
leurs parties solides èl de leurs parties mol-'
les. un ensemble de caractères qui leur sont
communs avec la dasse des reptiles. Déjh.'
M.:Âga3^iz a reconnu et déterminé dix-sept
genres apparleriant' à cette famille. Leurs
seuls représentants dans la création actuelle
(843) M. A^ssiz lailobserver quêtes poissons fos-
siles crune même formation offrent une pins grande
variété d'espèces dans des localiiés éloignées les
unes des autres que ne le font les coquilles ou les
zoopbytes des étages correspondants de la méuiefor-:
raation. Cette circonstance, ajoule-t-il, s'explique
aisément par le. pouvoir de locomotion plus grand
q^ie possède c^ttcclassed*a ni maux de beaucoup supé-
rieure au\ autres' qàc nous venons de citer.
(844) 1^8 nodules d'argile endurcie de la cétf; du
Groenland, dans lesquelles on reneontre une espèce,
de poissons des mers adjacentes (leeapelan du Nord,-
nuaiolus viilosus)y sont, saivanl toute, probabilité,
des concrétions modernes. . f
(845) C'est ainsi que le schiste-ardoise d'Engi,:
canton de Gfaris, en Suisse, a été pendant longtemps
l'un des gisements de poissons fossiles de l'Luropâ;
les plus célèbres et lés plus problématiques; sesca-,
ractéres minéraux avaient même été cause <|ue jus-
qu'à cei» derniers temps on l'avait rapportée a la pre-
mière périodi: de. la série de transition. Or, il résulte
des travaux de Mi Agasstz que, parmi les nombreux
poissoAs que ce scliiste renferme, il n'en est pas un
qui fasse partie il'un ^.nre que l'on rencontre plus
bas que la série crétacée; mais que plusieurs
de ces fossiles son| voisins d'espèces que Ton ren-
contre^en Boiièroedaus la craie inférieure, ou planer^
kalk : et cet auteur en conclut que le schiste dé <>la-.
ris est une altération de quelque dépôt argilkicé
subordonné aux grandes formations calcaires d'au-,
très parties lie TEuropc, p obablement de la marne
bleue {gauU}. ' «^ '5
Un autre exemple de rmilité de-richthyologie daiis
les recherches géologiques» c'est que les poissons fos-
siles de h foitn»ation wealdienne d eansanmàtre pre-
iiantplaoe dans les genres qui caractériseni la série oo-
litlque/rious en pouvons coucluréque les dépôts weal-
diéns sont en connexioA intime avec la série oolitique
a ni les a précédés, tandis qu^ilssinii nettement séparés
es formations crétaréisquî viennent immédiatement
après. Il parait en effet que ces ordres les plus éle\és
parAli li>s habitftnls dés eaux ont éprtnivé à l'origine
oe la forniatiou crétucée des eha'igements eori'es-
sont les deux genres lépidostée el poljplcre.
Lepremierrfe ces' genres renfermé anq es-
pèces , et le second denx ; on ue lés reBcon-
tre que dans* les eaux douces, savoir: h
genre lépidostée dans les rivières de Tâid^
rique du Nord, et le genre polyptèrc dam
lè Nil et dans lés ehux du Sénégal (8U).
' Les dents des poissons sauroïdes sont sil-
lonnées vers leur base de stries tongitodi^
nales et creusées à leur intérieur d ue a*
vite conique. Lés os palatins sont égalein^iâ
pourvus (l'un appareil dentaire très-consi-
dérable (847).
~ Les dents des poissons sauroïdes les phis
grands que Ton ait découverts jusquin
eialent par leurs dimensions les dentsdes
plus grands crocodiles ; on les renrontr»
dans la région inférieure du terramcarU»-
nifère des environs d^EdimbourgtelM.Aas-
siz lès rapporte au nouveau genre méplkk-
thys. Toutes ces dents sont de forme e\lé-
rîeure à peu près conique /avec une mil?
intérieure en cône creut comine on en roil
chez beaucoup de sauriens , et la base en est
cannelée comme celle des dents de Ticfethy^
saure. Le volume prodigieux dé ces organ?^
démontre le volume énorme qu'atteignaient
les poissons de cette famille, è cette ép-
que reculée où se formaient les terrèin^wif-
bonifères (818). La structure en est enlière-
pondant à ceux qui se sont accomplis à cette mésf
époque danà les getires'et dans te degrés inféneors
de ranimalité;
• Nous pouvons citer encore, comme une pri^im
de cette utilité de l*icluhyologie fossile, lukadif
tout récemment démontrée par M. Agassiz, (Taprès
les caractères de leurs poissons fossiles, outre ks
dépôts d'ean douce d'OEningen el d'Aix cnProveoff,
Cl ceux de la mollasse de la Suisse, dépôts demeons
juMu*à lui sans détermination.
(8i6) Dans les poissons sauroïdes ^ les os du (liE*
^nt unis par des sutures plus serrées que dans H
poissons ordinaires. Les vertèbres s^ariiculenl iw
Mis apophyses transverses à laide de suuires, csmï»
on Tobserve diez les sauriens, et les côtes â'^Di-
culent également avec les extrémités des fo»"^
apophyses. Les vertèbres caudales sont pourvues irt>>
en chevron bien distincts, et Pensemble du ^nt^k^
offre une puissance et une solidité plus graude^qe^
dans les autres poissons. En même tc^mps encoif . kur
vessie aérienne, blfiile et ccllubiiro, se rapproche éta
poumons par ses caractères, n on leur \oit dim
rarrière-bouclie une glotte pareille à celle des si-
rènes, des sdlamandre^ et de plusieurs saorie&^
( Vvtfe* le BttUelin des séawes de la SociéU td:-
gique de Londres, octobre i85i.)
(847) Ce vaste appareil dentaire, qui revft u^'
rintérieurde labouclieile plusieurs des poisson^ ^^^^
plus carniveres, ne parait pas avoir servi kh tb^
tication .des alimenlsv muis li;$ .^onctions «Ui^^
bien plutôt de retenir fîriement les poissons à^
sanis que formaient la proie de ranimai, ei é'p^^
surer la déglutition. Tout homme qui a icoocsirr
les mains nue truite bu une anguille vivante a|f^^
ciera toute rimportanec d*un appareil tel qnc(t^^
que nous venons de. mentio:)m:r.
, (848). La découverte de ces dents si curieuf**,^
même temps que des données d*a« haut pp^*'
la géologie des environs d'Edimbourg, ont éiè^ ^
sultat des rcchcirches actives et habdem *ot ilii^»**
qu*a faites le docteur Hibbert durant le priot-^'?
de 1834. Le calcaire ofi l'on trouve ces poissonW^
siles gtt vers le fond de Ifà formalLon carbuiiitun^i **
flitf
^f
ET M PALEONTOLOdE.
roi
1190
ment analogue h la sitiieture. des dents du
lépidostée osseux des mers actuelles.
On n*a trouvé dans lo calcaire inaguésien
]uc des poissons satipoïdes. de plus petite
laitfe, et formant h peu' près le cinquième
lu nombre total observé jusqu'ici dans la .
Formation dont ce terrain fait partie. On
encontre dansie.'iias.de Whi4byetdeLyme-
[legis de très-grands os qui proviennent de
^ette même famille, de poissons rapaces, et -
es genres dont elle se compose abondent
également dans toute ]*étendue de la forma- ;
ion oolithique (840). Ils sont au contraire
'ort rares dans les formations crétacées, .
?( i*on n*en a encore trouvé dons-aucune cou-
:he tertiaire. Dans. la création actuelle, ils
;ont réduits aux deux genres léj^doslée et
,M)iyptère.
Cette famille dessauroides occupe, comme,
)n le voir, une i»lace importante dans l'his- .
oire des poissons fossiles. Dans les eaux de «
a période de transition, ce furent eux surtout
)i les squales qui remplirent les fonctions
le carnivores lieslinés à poser des limites
wr leur voracité à Taccroissement excessif.
les familles inférieures. Dans les couches
•ecoiidaires jusqu'au moment où commença
a craie, les ichtliyosaures et autres sauriens
Tiarins prirent une part active à cette fonc-'
ion ifn(K>rtante. Dans les formations ter- ,
iiaires, ces reptiles, ainsi que les poissons
^uroides qui s*en rapprockent (Mir leur or- :
;anisation, ont disparu tout à fait pour faire .
tiace à d autres familles rapaces beaucoup >
I est rempli de coprolitlios provenant proUablemeni
ieces niènies e&pcces qui vivaiant'de rapine. Ou y
^H)uvc aussi (les foiigcres en abondance et (/autres ,
ilaiites qui apparlitinncnl à la formation carbônifcre,
linsi que des restes du genre cvpris, cfUsiacës que'
ou n'a jamais rencontrés que dans les eaux douces. '
les diverses circonstances, réunies à Tabsenec des
wlypiers el des encriui^Aïs, ainsi que de toute espèce
le coquiltes marines rendent probable ropiniou que
;<* dépôt se serait formé dans un lac d eau douée
m dans i embouchure d'un fleuve. On Fa reniHiiiiié
laiis plusieurs points distants entre eux de rélagc
uférieur de la formation carbonifère des environs
i'Ldioibourg. «
U docteur Hîbiscrt a public dans les Tramactiom
^<Ja Société royale d^ Edimbourg^ tomeXIII,unedes-
Tipti'ifi fort intéressante des découvertes qui ont
|(- faites depuis peu dans le calcaire de Ôurdie-
l>aufi ce mémoire, sont figurées aussi quelques
P'andes écailles fort curieuses trouvées k Bnrdie-'
loi^eayec les dents du mégallchthys.et que M. Agas^
'^ atti'ibue à ce poisson. On en' a signalé de pa-
pilles en divers points du terrain houiller d*Kdim-'
J^Xif^f et aussi dans la formation houillère de
•lewruslIe-on-Tyne. I^ Muséum de Leeds possède
1'^ scuU t'ctiantiUons qui existent de tétès apparte-
|diil à deux poissons semblables , et un fragment
lu c:îrps iei'oii\ertde ses ccaiHes, qui ont été ren-
onirek dans le terrain iioniller des enviions de cette
file.
î^ir Philip Crey E^ciimi a trouvé tout récemment
<'^ tTaiiie^Jc niegalielilbys, en même temps que des
ii^iiis ti des ossements de quelques autres poissons;
ivec des coprolites, dans là formation carbonifère
w b.lverdale, piés de Newcastle-under-Line On
rouvc en ce point une courbe schisteuse qui r#»n-
^•niic trois espéees- de coquilles du genre Unio,
plus yoisines ae celles de la création ac-
tuelle (850).
^owons dei couchei de la êérie carbonifère,
— Je choisirai le genre atnblyptèré comme
exemple (de poissons dont Texistence a été
restreinte aux périodes les plus ancienne?
dQS formations géologiques , et qui se dis-
tinguent par des caractères d'organisation
que Ton ne retrouve plus dans aucun ani-
mal de la même classe, passé l'époque où
se déposa le calcaire magnésien.
Ce genre ne se montré que dans la série
carbonifère ; on en a découvert quatre es-
pèces à Saarbruck en Lorraine (851) et il
s*est également rencontré au Brésil. Le sys-
tème dentaire des amblyptères ainsi que la
plupart des genres de cette période reculée
fait voir qu'ils se nourrissent de plantes
marines déjà pourries, ou des substances
animales désorganisées au fond des eaux.
Ces dents sont petites, nombreuses et ser-
rées les unes (îonlre les autres comme les'
poils d'ime brosse. La forme du corps n'est
point disnoséc fKiur une progression rapide,
ce qui est tout à fait en rapport avec dé telles .
habitudes.
La colonne vertébrale se continue dans le
lobe supérieur de la queue, lequel est beiau*
coup plus développé que le lobe inférieur.
Celle disposition avait pour résultat do
roaintenir le corps dans une position incli-
née avec la télé plus rapprochée du fond.
. Parmi les poissons cartilagineux actuels »
on voit dans les esturgeons et dans les squâ-
avec des rognons de fer agileux, et diverses plantes.
' (8i9) Le senre macropotne est le seul de cette
même (iamilTe que Pou ait justiu^icl trouvé dans la!
que
craie de TAngieterre.
(850) Les découvertes qui ont été faites w le >
professeur Sedgwick et (lar M. MurchÎMm dans le
schiste bitumineux de .Cattiiess {Tratuaciiptiê géolo*
gimteê de ia Société royale de Loudre$^ nouv. série,
1. 111, r* partie), et celles du docteur Trailedans.le'
même schiste à Orkney, ont jeté beaucoup de hi-'
mière sur Thistoire des' poissons du vieux grés rouge
des étages inférieurs de ia sérier ci rbonttére; Le doc-
teur F^ming a fait aussi des observations impor-
tantes sur les poissons du vieux grès rouge de rife-
siiire. M Murcfai^n a découvert tout réceniiyient
des poissons dans le même terrain à Salop et dans le •
oomté d*Hereford. Par tes circoostanoes géitéralesiile
leur histoire, ces poissons ress«'mblcnt ii ceux de la
série carbiunifère ; mais leurs détails d'organisjilioa
offrent plusieurs particularités des plus intéres-
santes.
(851) Les poissons que Ion trouve a àarbruck
sont ordinairement renfermés dans des masses ar-
rondies d'un minéral de fer argileux qui constituent
des nodules dans les coiielies d'un schiste iiouitler
bitumineux. Lord Grcenok a découvert toutrécem*
ment des échantillons pleins d'inléi-è^toiit du genre
ambifptère que d'autres genie^ de poi^^sons. Dans
la formai ion houUlcrc à Newbaven et .à Wardie,
près de Ltilb. Ijc r'A^'^e de Newhaven est parsemé
de nodules de minerai ferrugineux détache par la
mer des conches scliisleuses de la formation houil-
lère. Plusieurs de ces galets ont pour noyau central
an amblypièi« on quelque autre poisson fossile ;el
an lieancoup plus grand nombre eoiuicnt des copro*
lithes provenant , selon toute appan net, d'une es-
pèce vorare du genre pygi»pière qui se nourrissait
de poisson:^ plus petite .
Ilfl
PCM
DICtiONNlHUC M GÛSaiOGOM»
Ml
\m
les la eolonne vertébrale se prolonger pour
former le lobe supérieur de la nageoire eau-
dale. Les esturgeons paraissent aroir spécia-
lement pour fonctions de nettoyer la mer dt
s^s immondices. Leur bouche, molle et dé-
pourvue de dents , est susceptible de s'al-
longer et de se raccourcir , et ils paraissent
en tirer parti pour se nourrir de végétaux
ramollis par la putréfaction et de débris ani-
maux qu ils trouvent sur le fond des mers.
Ils ont donc continuellement occasion de
donner à leur corps cette position inclinée
que prenaient les poissons maintenant fos-
siles qui, à eh juger par la faiblesse de leurs
dents en velours et la disposition qu'elles
affectent, se nourrissaient de même de su!)-
stances molles placées dans des conditions
analogues (852).
Les squales emploient encore leur qneue
à un aulre usage, ils s'en servent pour ren-
verser leur corps, afin de mettre en contact
avec la proie leur bouche située en dessous
de la tête. C'est ainsi que nous trouvons
dans chaque animal quelauc disposition
ayant pour fout de donner h la tète la posi-
tion où elle peut s'acquitter avec le plus .
d^aise et de promptitude de ses fonctions
importantes dans l'acte de la nutrition (853). '
Poissons du calcaire 'magnésien ou zechs^
tein. — Les poissons du zechstein^û^ Mans-
feld et d'Eisleben , sont connus depuis long-
temps et sont devenus communs dans toutes •
lès collections. M. Agassiz en a figuré plu-
sieurs espèces. Lé professeur Sedgwick en «
Î;éneralement décrit et figuré des échautil*
ons trouvés dans le calcaire magnésien du
Nord de. l'Angleterre. II établit dans son
Mémoire^ à la page 99, que si l'on en juge;
d'après les' polypiers et les encrinitcs ainsi
Jie d'après quelques espèces de productus ,
arches , de térébratules , de spirifèrés , que
l'on y rehcontre, on peut prononcer que le
calcaire magnésien se rapproche bien davan-
tage de la série carbonifère par ses carac-
tères zpologiques, que des formations cal-
caires supérieures au nouveau ^rès rouge..
Cette conclusion est tout à fait d accord avec
celle que M* Agassiz a déduite des caractères
«
(852) Durant lé siège de Silislrie, on observa 4|tte-
les esturgeons du Danul)e déToraient avec avidité tes .
corps putréfiés des soldats turcs el russes qui
avaient été jetés dans le fleuve.
(855) On observe ce développement remarquable
du looe isupërleur de la queue dans la |>lupart des
poissons provenant du calcaire magnésien et des
terrains sUués au-dessous. Mais dans les. terrains
supérieurs à ce calcaire, tous les poissons ont la
queue régulière et symétrique. On voit dans quel-
ques poissons osseux de la période secondaire le
lobe supérieur de la queue en partie recouvert d'é-
cailles ; mais ce lobe est en même temps dépourvu
de vertèbres. Les téguments, dans tous les poisjiOiis
organisés de cette soite, sont formt^s par d s «'«caillei
rbomboîdales osseuses recouvertes d*une lame d'é-
mail.
On n*a encore trouvé jusqu^îci aucune espèce de
poisson (|ut soit commune au croupe caiiMnifère el
au calcaire magnésien ; mais il est des genres qui
«^étendent à la rois à cos dea\ formations, tels que
les genres palœonisquL^ el polypSèîT.
fournis pifr let poisMos fossiles du temia
dont il s agit.
PoissonM du eaieaire eimckyUen [mmU-
kalk^du lias et de ImfbmuUion oùtithiqu^."
Parmi les poissons au calcaire conchylieiii
il y en a qui appartiennent en propre a celle
roche et d'autres qui lui sont commuos
avec le lias et l'ofrfitne. On a décrit le gmt
gyrodus, de la famille des pycnodootesoo
poissons à dents épaisses ,^ famille qui s'tst
considiSrablement multipliéedurantlemoveQ
ftge de la ehronologie géologique. Go reiW
nait cinq genres de cette famille éteinte. Ils
ont pour caractère primJpai rarmaluKiar-
ticuhére qui revêt tout l'intérieur de leur
bouche comme d'une sorte de pavé forme
par des dents épaisses» cylindriques elapii-
ties , dont les débris, connus sous le nooue
bufonites ^ se rencontrent en aboadaua' dans
toute rétendue delà formation oolitique.
Cet appareil sin^ier était destiné à écraser
les |>etites coquilles et les {>etits crustacés,
et aussi à broyer les herbes marines déjà
putréfiées. On voit donc que les habituues
de cette famille de pycnodontes cnt dû èire
celles de fioissons omnivores, et les ani-
maux qui la composent n'ont dû être dotté5
qoe d'iule progression iente (8M).
Les lépidotdcs sont lute autre famille de
ces poissons singuliers du monde aDciea,
qui abonde dans la série oolithiqae ou juras-
sique; ils sont encoreplus remarquables qi]?
les pycnedontes par leurs énormes écailler
oiseuses rhombpïdaies, épaisses et recou-
vertes d'une forte couche d'émail. Le daj^c-
dium du lias présente des écailles de celte
sorte bien connues des géologues. Elles of-
frent à leur l)ord supérieur une ap(»|to
rappelant la saillie du bord supérieur d'une
tuile , et destinée à se loger dans une caritf
pratiquée au bord inférieur de Técaille qui
la recouvre. Tous les poissons ganouliensii^
chacune des formations antérieures à 'i
craie étaient enveloppés a'une sembto ,
cuirasse d'écaillés osseuses reeou vertes uune
couche d'émail, et s'étetidant depuis la lê;^
jusqu'aux rayons de la nageoire raa-
dale (855J. On n a découvert dans la séné
. (854) On rencontre un appareil semblable àtî
uqe famille actueiienient exisianie de ror(irp(^^
cycloides, chez respccc moderne oroniTore 1^ K""
de mer {anarrhicas lu^m)^ e| chez d^autres pai<^
appartenant à des familles diflercntes. A et miH'
11. Agassiz 4 fait observer que cVst an fiii chiah^^
dans u classe des poissons que de voir se reprod^''^
des conditions & peu près identiques dii s\.^'
dentaire dans des lamilles qui diircrent par b i^
très |ioints de leur organisation.
(8â5) Les pycnodontes, aussi bien qve ^^^'
roîdes fossiles, ont des écailles recoavcru^s d*oiiuD
mais c'est dans les lépidoîdcs que des écailla "^
cette nature se montrent développées. N. Sp^^\'
déterminé près de deux cents de ces espèces M'^
cuirassées. Cette armure , qui enlourail k^ ^^^
d'une portion si considérable des poissons qK '>*
rencontre dans les formations antérieures au \
Kts crétacés , dot avoir pour otililé d« pf^
irs corps contre Taction des eaux . alors «"^
UMnpérature plus élevée, et sujette à «ks^^^IL
brusques qitc ne pourraient supporter 9»^^"^
lies
POI
ET DE FAI.EONTOLOCIS.
roi
àOIL
•
crétacée qsiioe ou deux espèces reeou vertes
d*une semblable armure , et trois ou quatre
dans les fomiations tertiaires. Les deux
Seores lépidoslée et poi jptère sont les seuls
Krmi les poissons du monde actuel oui of-
mi ce mode de conformation de Tenve-
lonpe écai lieuse.
Il n est pai un seul genre de ceux que Ton
, a rencontrés dans la $i rie oolitique qui existe
' encore à l^époque actuelle. Au contraire, les
|X)iâ$ons qui abondent le plus dans la forma-
tion wealdienne font tous partie de genres
qui prédominaient dans la période ooli-
tique (856).
Poiiions de la formation crilacit* — Les
derniers et les plus remarquables de fous
les changements qui ont eu lieu dans le ca-
ractère des poissons se sont accomplis à
répoque où ont commencé les formations
crétacées. Les genres des deux premiers or-
dres (plêGOïdiens et ganoïdiens) qui ont
rempli exclusivement toutes les lormations
jusqu à la fin de la série oolitiqre, dispa-
raissent subitement et sont remplacés par
des genres appartenant à deux ordres nou-
veaux» les àénoïdiens et les cycloïdiens,
qui apparaissent alors pour la première fois.
Près des deux tiers de ces derniers sont aussi
maintenant éteints, mais ils se rapprochent
beaucoup plus des poissons de la série ter-
tiaire que des espèces antérieures à la for-
mation de la craie.
Si Ton compare les poissons de la craie
ayee ceux de la formation tertiaire du Monte-
Bolca , qui est , de toutes les formations ter-
tiaires , la plus ancienne , on verra qu'au*
cune espèce n^est commune à ces deux ter*-
rains , mais ^ue quelques genres existent à
Ja fois dans 1 un et dans Tautre (857).
Poiêsofii des /ormaiion$ tertiaires, — Pès
que nous entrons dans Tétude des terrains
stratifiés tertiaires, nous voyons s'accomplir^
dans les caractères des poissons fossiles.,
d'autres changements non moins considéra-
bles que ceux qni nous sont offerts par les
coquillages fossiles.
Les poissons du Monte-Bolca appartien-
nent k la période éocène : ils sont nien con-
nus par les figures de Xictyologia teronen^de
actocfs, recouverts, comme lia lé tool, d'une peau
XDolle ou de léguroenla sans cooiinuité, }gX% cpie
des écailles BnembraDcuset et cornées.
(85e) Les |ilys reman|uables soni les cenres lepî-
dotu9» phoUdophorus, pycnodus et bytiodus,
(857) Nous avons déjà dit que le dèpét rrniar-
|oal)le de poissons fossiles d*Enfft, canton de Giaris,
^ été rapporté par M. Agassis à la partie supërieuie
ûu fc «sterne créucé. Parmi les genres que I on ren-
contre dans ce dé|>6t, il y en a plusieurs qui soûl
complètement identiques avec ceux de la craie in-
férieure de Bobéme ei de la craie de Westplialie ;
d'autres s*en rapprocbeni beaucoup. ( Voy«s Léik
inuan etBaoïm, rfeues Jahrbuch^ Ig54.) Ainsi, quoi-
qoe les caractères minéraui tlu schiste de Giaris
semMeut lui assigner une haute antiquité, celte for-
nalion est à peu prés du même Age que le gault
ou speeton cla^ de TAngleterre. Ce soiu les mêmes
altéraiioBS dans* les caractères minërahigiques, qui
dotioenl à plusieurs formations secoiuiaires et 1er-
Itaires des Alpes Tapparenced^nne ancienneté fuselles
Voila, et par celles de Fouvrage oe Knorr.
Cne moitié'de ces poissons environ appar-
tient à des genres éteints, et il ne s'y ren-
contre aucune espèce qui existe maintenant
i Tétat vivant. Toutes sont marines, et les
espèces dont elles se rapprochent le plus,
par leur forme, vivent actuellement entre
.les tropiques (858)
. C'est également a ceue première pc'riode
àes formations tertiaires qu*appartiennent
les poissons deTargile de Londres. Beaucoup
de ceux que l'on trouve à Sheppy, sans être
identiques avec ceux du Bfonte-Boica» s*en
rapprochent cependant beaucoup. Les pois-
sons du Liban sont également de cette épo-
que, à laquelle M. Agassiz rapi)orte aussi
ceux du gypse de Montmartre qu'il regarde,
contrairement à l'opinion de Cuvier, comme
ajipartenant tous à des genres détruits.
Tous les auteurs ont rapporté les poissons
d'OEningen à quelque dép^t lacustre local
d'une époque récente. M. Agassiz les re-
^rde comme api)artenant à la seconde pé-
riode des formations tertiaires, contempo-
raine de la dfiollasse de la Suisse et du çrès
de Fontainebleau. Parmi les dix-sept espèces
.éteintes que Ton y rencontre, une seule-
ment est a un genre étranger à l'Europe, et
toutes appartiennent h des genres actuelle-
ment eiistan
On trouve dans le gypse d'Aix quelques
espèces appartenant à l'un des genres per-
dus du ^ypse de Montmartre, mais elles
font partie pour la plupart de genres que
nous retrouvons dans la création actuelle. M
Agassiz regarde cette formation comme à peu
près contemporaine des dépôts d'OEningen.
Ce que l'on connaît des poissons du crag
de Norfolk et de la formation subapennine
supérieure conduit h les re^rder comme
appartenant à des genres maintenant com-
muns dans les mers tropicales, mais k des
espèces détruites.
Familles des squales, — Cette iSsimille, l'une
des plus universellement répandues et Tune
des plus voraces parmi celles qui peuplent
les mers actuelles, n'ocinipe pas une placé
moins importante dans l'histoire de la géo-
.lo<cie il n'est pas une oériode où l'on ne
n*onl réeliemenl pas.
Les poissons de la craie supérieure sont ceux
que Ton connaît le mieux, et on en est redevable aux
nombreux et magnifiques échantillons qui ont éié
découverts k Lewes par M. ManieU, et que ee savant
a fii^urés dans ses ouvraj^es. Ces échantillons sont
dans un eut de conservaiiou dont on n*a pas d au-
tn's exemples. 11 en est un (du «enre macropoma)
dans la cavité abdominale duquel se voient IVsu^
mac et des ooproUtes conservés eutiers et dans leur
position naturelle.
(858) M. AjKassiz a distribué de nouveau ces poiv
sons dans itl espèces toutes éteintes» formant 77
genres, dont 38 sont maintenant perdus, et dont 30
se retrouvent encore dans la créktioe actuelle. Ces
derniers genres comprennent 81 des espèces fbasilas
du Monte-Bolca, et les premiers 46 espéaet, «i elsst
dans cette dernière formation qu*apptraiaient ptwr
la première fols les 39 de cet genres qui «xèateni eu
core à Pbeure présente.
DlCTIOTIN. DE C0SIC0€01«IR ?T Zm PALÉo?nroLoe».
88
ilOS
i>oi
bICTIONNAlKfi DE COSMOCONIE
POÏ
\\%
rencontre plusieurs formes qui la représen-
'(enl. Les géologues trouvent fréquemment
des dents de plusieurs sortes qui se font re-
marquer par leur grandeur et la beauté de
leur émail, et dont quelques-unes rappellent
par leur forme extérieure une sangsue con-
tractée. On les désigne ordinairement sous
le nom d*os palatins ou palais. Comme d*ail-
leurs ces dents sont presque toujours iso-
lées, elles n'offrent que peu d'indices à Taide
desquels on puisse reconnaître de quels ani-
maux elles proviennent.
Dans les mêmes couches on rencontre
aussi de grandes épines osseuses armées do
piquants sur un de leurs bords et ressem-
blant à des dents recourbées. Longtemps on
a regardé ces corps comme des mâchoires
«cvec leurs dents, et c'est depuis peu seule-
ment que l'on a constaté que c'étaient des
rayons épineux dorsaux ; et comme on a été
porté à penser qu'elles servaient d'armes
défensives ainsi que les rayons dorsaux des
'genres baliste et silure, on les a désignées
sous Je nom d'ichthyodorulites.
M. Agassiz, après de longues recherches,
rapporte tous ces corps à des genres éteints
'.de la grande famille des squales qu'il par-
tage en trois sous -familles, dont chacune
contient des formes d'existence propres à*
certaines époques géologiques et dont les
changements sont simultanés avec les autres
Krauus changements qui ont eu lieu dans les
débris lossiles.
I^ première et la plus ancienne de ces
sous-iamilles , celle des cestractons ^ com-
mence en même temps que les couches de
transition, et ne manque dans aucune des for-
mations suivantes jusqu'au commencement
de la série tertiaire. Elle n'a plus qu'un seul
représentant parmi les espèces actuelles le ces-
(859)Les ceslraciotu sont caraclërisës par de grandes
dents pourvues d*ëmail, polygonales et obtuses, qui
tecouvrenl Tintérieui de la bouche comme une sorte
4t pavé eu marqueterie. Il y a quelques espèces chez
lesquelles chaque mâchoire ne porte pas moins de
soixante de ces dents. La facilité avec laquelle se
détruisent les os cartilagineux auxquels elles sont
fixées est cause qu^onles rencontre rarement réunies
'à rétat fossile, et c*estcequi tath aussi que les aiguil-
lons el des dents isolées sont les seules preuves qui
nous restent de Texistence passée de ces espèces
éteintes. On en voit en abondance dans toutes les
■couches depuis la série carbonifère jusqu*à la craie
la nluB moderne.
La seconde division de la famille des squales, celle
des kybodonê, commença probablement avec la for-
mation houillère; elle fut prédominante pendant le
temps que dura le dép6tde toutes les couches secon-
daires inférieures à la craie. Les dents de celle di-
vision sont intermédiaires entre les dentsémoussécs,
polygonales el propres h écraser qui caractérisent la
sous-famille des ceslracions, et les dents polies et à
bords tranchants des squaloides ou squales vrais,
que Ton ne rencontre pas avant le commencement
cies formations crétacées. Elles se distinguent de ces
dernières dents par les replis des deux surfaces
externes de leur émail. On rencontre en abondanoe
dans rardoise de Stonestield et dans la formation
weaklienne des dents striées qui pmvîennentde cette
même famille.
Un autre genre de cette section des bybodoiis, le
iracion Philippi, ou squale du Port-Jacksoo.
La seconde famille , celle des hybodm,
commence avec le tnuscktlkalk et peut-être
avec la formation houillère; puis elle se
montre dans tout le cours de la série ooliti-
que pour ne disparaître qu*h Tépoque gq
commence la craie.
Enfin la famille des sqnaloldes ou squales
vrais commence avec la formation crétacée,
traverse toute la période tertiaire pour ar-
river jusqu'à lacreationactuelledanslaquelte
elle se continue (859).
Rayons épineux fossiles ou ichthyùdoru'
Il tes, — Les rayons dorsaux du squale da
Port - Jackson jettent d'importantes 1q-
mières sur l'histoire des rayons épinem
fossiles-; c'est d'après eux, en effet, que nous
pouvons rapporter à des genres et à des es-
pèces éteintes de cestracions ces corps fos'
siles si communs et pourtant si mal cipli-
3ués , qui ont été désignés sous le Don
'ichthyodorulites. Quelques-unes des es-
pèces actuelles de squales ont à leur na-
geoire dorsale des épines cornets lissas
L'espèce que nous venons de citer est la
seule qui ait une épine osseuse armceàson
bord concave d'aiguillons ou de dent" cro-
chues semblables è celles que Ton obsene
sur les ichthyodorulites fossiles. Ces ai^il*
Ions formaient des points de suspension el
d'attache è l'aide desqnels la nageoire dor-
sale était attachée à l'épine osseuse oui lu*
imprimait un mouvement régulier déléra-
tion et d'abaissement propre à rendre pto
facile le mouvement rotatoire du corps que
doivent exécuter les squales. Cette épica
remplissait ainsi les fonctions de ces mâb
mobiles qui servent à élever et à abaisser
les voiles de certaines petites barques.
Le squale épineux commun (aptnax om^
Îînre onchus, se rencontre aussi dans le lias de
yme-Re^is.
Les poissons fossiles de la fomille des ufsait^
•offrent tous les caractéresdes vrais squales. Oncon*
mence à les trouver seulement dans les formatiais
crétacées, et ils se continuentpendant toute la dor^
des dépôts tertiaires, jusqu*à notre époque adoelie
Les dents de cette division sont constammeni iiss»
à leur surface externe, et quelquefois ptissées î iear
surface interne ; ce qui s*observe de même dans pii-
sieors espèces vivantes. En outre,ces dents seDtpbief
et taillées en forme de lancette, avec un bordtnuicbiti
qui, dans plusieurs espèces, estdécoopéen finesd»
telures. Cette sous-famille de squaloldes est U swie
dont les espèces abondent dans les formations ie^
tiaires.
La solidité extrénie et Taplatisseroent des deoti
chez les deux sous-familles (cestracions et hyb^
dons) qui prédominent dans les formations deira»-
sition et dans les formations secondaires inféreor^
à la craie , avaient très-probablement poar bat M
broiement des enveloppes solides de crustacés et dts
écailles osseuses et garnies d*émail des poissons <[»
formaient leur pâture. A mesure que les poissons de
h série crétacée el de* la série tertiaire se reTétireflid?^
écailles de pi us en plus molles que nous voyons d>6i ^
poissons modernes, les dents des squaloidess^aoi^
cirent en ces bords tranchants qui caractériseDi r
système dentaire des squales actuels. On na ps^
encore rencontré jusqu'ici dans les formatious .W"
tiaires un seul de ces cestracions dents ènouss^
nî>7
POl
ET DE PALEONTOLOGIE.
POl
nos
fftiasj CuY.) et le ceiilrino vulgaire (cfn/rirMi
rufgarii) ont à chacune de leurs dorsales
une semblable épine destinée à les redresser
mais dépourvue de dentelures ou crochets.
M. Mantell en a trouvé de pareilles d*une
petite dimension dans la craie de Lewes.
Ces petites épines dorsales leur servaient
probablement aussi à se défendre contre
rortaines espèces voraces ou même contre
les individus plus grands et plus puissants
ie leur propre espèce; peut-être aussi s'en
Faisaient-ils des armes offensives (860).
La grande variété de ces épines fossiles
^ue Ton rencontre depuis la grawake jusqu'à
a craie inclusivement nous fait connaître
•ombien furent nombreux les genres et les
•spèoes éteints de la famille de squales qui
labitèrent les eaux de la mer durant toutes
'es périodes reculées. Les dents et les os pa-
atins observés dans ces mêmes terrains ne
^nt pas de formes moins variées; mais
x>mme les squelettes cartilagineux auxquels
Tcs dents appartenaient ont été en presque
totalité détruits, les dents et les épines sont
)rdinairement dispersées, et ce ne pourra
'stre qu*en s*aidant des analogies anatoraiques
>u du hasard de juxtapositions accidentelles
;uc la science parviendra à déterminer les
5 spèces auxquelles ces débris appartiennent.
Raies fossiles, — Les raies constituent
a quatrième famille de Tordre des placoï-
liens; la création actuelle comprend un
^rand nombre de genres qui appartiennent
i cette famille , mais on ne l'a pas encore
•encontrée à l'étaX fossile dans un terrain
)!us ancien que le lias. Elle se montre dans
e calcaire jurassique.
La famille des raies abonde dans toute
étendue de la formation tertiaire; on y a
rouvé seize espèces du seul genre mylio-
ates : c'est de lui que proviennent les pa-
lis que l'on trouve en si grande abondance
ans l'argile de Londres et dans le erag. On
encontre également dans les formations
?rliaires les genres trygon et torpille.
Conclusion, — Les divers faits qui vien-
ent de passer sous nos yeux, empruntés k
histoire des poissons, constituent une série
on interrompue de témoignages qui nous
lontrent cette importante classe, soit avec
n squelette osseux, soit avec un squelette
artilagineux , comme prédominante dans
>Qles les périodes, depuis le moment où a
r>o)mencé la vie sous-marine jusqu'à l'heure
ctuelle.La similitude des dents, des écailles
t «les os des plus anttiens poissons sauroïdes
c la formation houillôie (le genre mé^a-
chlhys ) avec ceux du genre lépidostée ac-
iiel, et les rapports étroits qui s'observent
nlrc les dénis et les épines osseuses du seul
f^stracion qui fasse encore maintenant par-
ie de la famille des squales, et les nombreu-
(H60) Le capitaine Smith a vu h la Jamaiipie un
npirainede vaisseau qui avaitété grièvement blessé
»ar les épines d'un squale dans la baie de Montegn.
V&y^t le règne ammal de CrviCR, publié par Grifiitli.)
Los épines du balilie ei du silure ne sont pas sen*
irment enfoneëes à leur base dans la cbair et mues
tar de puissants muscles, ainti que cela a lieu rh(*z
ses formes éteintes de cette méma sous-fr-
mille des ceslracions, qui abondent dans
toute retendue des formations carbonifères
et des formations secondaires, sont des faits
qui réunissent les deux extrémités de Cette
grande classe de vertébr(js par une chaîne
plus régulière et plus étroitement unie
gu'aucune autre à laquelle on ait été conduit
jusqu'ici par les recherches géologiques.
11 résulte de ce coup d'œil que nous ve-
nons de jeter sur l'histoire des poissons fos-
siles que chacune des formes principales
d'organisation que présentent ces animaux
existait dès les âges les plus reculés de notre)
globe; que touiours ils y ont rempli dans
l'économie générale de la nature les mêmes
fonctions importantes que nous voyons con-
fiées à leurs représentants actuels dans noé
mers modernes, dans nos lacs et dans nos
rivières. La grande raison finale de leur
existence parait avoir été à toutes les épo-
gues de peupler les eaux d'animaux qui y
jouissent de toute la somme de bien-être que
comportent leurs conditions d'existence.
La stérilité et la solitude dont on a sou-
vent fait l'attribut des profondeurs de l'O-
céan n'existent donc pas ailleurs que dans
les fictions de quelque imagination poétique.
Dans celte vaste masse d'eaux qui recouvre
presque les trois quarts de la surface du
globe, la vie se montre avec plus de luxo
peut-être qu'au sein des airs ou sur la sur-
face terrestre elle-même. Le fond des mers»
jusqu'aux profondeurs où pénètre la lumière^
est peuplé de légions sans nombre de veis et
d'autres êtres rampants, les représentants de
ces familles inférieures qui se traînent sur
la surface terrestre.
Le but général de la création parait avoir
été de multiplier la vie à l'infini. Comme la
nutrition des animaux a pour base le règne
végétal, le lit des océans ne jouit pas d un
luxe de végétation moindre que celui qu'é-
talent à nos yeux les prairies verdoyantes et
les majestueuses forêts qui recouvrent comme
d'un vêtement la portion émergée de la sur-
face du globe. Dans les eaux comme sur la
terre, nous voyons l'accroissement excessif
des espèces herbivores tenu en échec par la
. voracité des espèces carnivores, et nous re-
trouvons ici ce que nous avions déjà signalé
dans une autre circonstance, que le but que
s'est proposé l'intelliçence suprême, lors-
qu'elle a créé les animaux, a toujours été
d'appeler le plus grand nombre d'êtres pos-
sible à prendre sa yavi de la plus grande
somme possible de jouissances.
Il n'existe aucun point dans tout l'ensem-
ble de la nature qui, plus que cette progres-
sion qne nous avons tracée dans la classe des
poissons, repousse la doctrine du dévelop-
pement graduel ou de la transmutation des
les iM|ua«es, mais elles s'articulent avec un os des-
tiné à le» soutenir. Eu outre, ces sortes de baguel-
tps, dans le baliste, sont tenues droites par nOo
seconde é|)ine qui se trouve en arriére et à leur base,
et qui agit à la manière d^un verrou ou d*nn coin
qui (lie ou enlève la même action musrnlaire qui
redresse ou abaisse IVpine principale.
À
ii9à
POL
DICTIONNAIAE DS COSMOGONIE
fOL
m
espèces. Les souroïdes, en effet, qui occu-
ltent dans l'échelle organiaue une place plus
élevée que les formes orainaires des pois-
sons osseux, ne s*en montrent pas moins en
nombre considérable dans les formations
carbonifères et secondaires où elles attei-
gnent une taille énorme, tandis qu'ils dispa-
raissent p)Our être remplacés par des formes
moins parfaites dans les couches tertiaires, et
que deux genres seulement les représentent
parmi les poissons actuellement existants.
Ici» comme dans plusieurs autres cas, ce
que Ton observe, c'est une sorte de dévelop-
pement rétrograde qui s'avance des formes
complexes aux formes simples. 11 existait à
ces époques reculées des espèces qui réunis-
saient plusieurs caractères organiques que
l'on ne retrouve plus dans nos périodes mo-
dernes que répartis sur des familles sépa-
rées ; et ces faits semblent indiquer que la
nature, dans la création successive des pois-
;sons, est plutôt partie des formes les plus
parfaites en suivant les procédés de la divi-
sion et de la soustraction, qu'elle n'a opéré
par addition, eu prenant pour point de dé-
part les formes les moins parfaites!
L'étude de l'organisation chez les poissons
actuellement existants fait voir que certains
organes, chez les cartilagineux, tels que le
cerveau, le pancréas, l'appareil de la géné-
ration, sont à un degré de développement
Elus élevé que chez les poissons osseux. Or»
ous avons rencontré la famille cartilagi-
neuse des ^qualoïdes en même temps que Tes
poissons osseux dans les couches de transi-
i:c<*i« et nous avons vu ces deux groupes
ccntinuer d'exister simultanément iusquà
?'6poque actuelle, après avoir traversé toutes
les périodes géologiques.
Ainsi parmi tous ics groupes dont l'en-
semble constitue la nature^ il n'en est pas un
seul qui, moins que la classe des poissons,
permette d'expliquer les changements que la
géologie démontre s'y être successivement ac -
compiis, sans que l'on invogue l'intervention
directe d'actes de création distincts et répétés
POLICE DE LA hatcrb dans le règne ami-
mal. Voyei Carnivores.
POLYPES. — Les débris fossiles de poly-
piers ( Voy, ce mot ) proviennent d'animaux
que 1 on a longtemps considérés comme
.ayant des affinités avec les plantes marines,
.et qui ont cté désignés , pour cette raison,
^ous le nom de zoophyUs. Ordinairement
ils sont Hxés à la manière des plantes, et ils
recouvrent toutes les parties du fond des
mers chaudes assez profondes pour que l'in-
ilucnce de la chaleur et de la lumière solaire
puisse s'y faire sentir. Plusieurs espèces
j)réseRteDt des ramiQcations dont la forme et
l'aspect sont ceux de végétaux. Ces corps
coralliformes sont produits par des polypes
très-voisins de Tactinée commune ou aiié^
mono de mer de nos côtes. Il en est quel-
(BOI) On trouve dans les voyages de Péron, oe
Plindcrs, de Kouebue et de fieecuy, des observa-
lions uiiéressantes sur retendue et le mode de for-
niatiou de ces récifs de corail ; et le docteur Kidd.
lUns son Çcchgieùi Essay^ ainsi que M. Lyell, dans
ques-uns, tels que es caryoph j^llies, qui ti-
vent isolés, et cfont chaaue individu se cons-
truit h lui-même une base et un supporl
indépendant; d*autres sont agrégés ou con-
fluents, et vivent en commun sur une même
base ou polypier recouvert dune mm
couche gélatineuse, à la surface de laquelle
sont disséminés les tentacules corresponduii
aux trous -étoiles de la surface du polypier.
Diaprés Lesueur, qui les a observés dici
les Indes-Occidentales, ces polypes, lors-
qu'ils sont épanouis au fond de la mer, dans
le calme des eaux , revêtent leurs demeura
pierreuses d'une enveloppe nuancée des
plus brillantes couleurs.
Leur corps gélatineux nossède la facullti
de sécréter le carbonate ue chaux qui cour
f^ose la base par où ils se fixent et les cel-
ules où ils sont logés. Ces cellules calcaires
ne persistent pas seulement pendant la vie
des polypes qui les ont sécrétées» mais I<>ur
composition chimique est tellement analope
h celle du calcaire, qu'elles continuent d ad-
hérer au fond de la mer après la destruction
de ranimai qui les habitait. Ainsi une géué-
ration construit la base sur laquelle sm
portée la génération qui doit suivre, et celle-
ci à son tour doit fournir en quelque sorte
les fondements d'une construction nouvelle
qu'élèvera une nouvelle génération, jusqui
ce que, par une succession continue de
constructions semblables, la masse tout en-
tière atteigne la surface des eaux et qu'une
limite se trouve ainsi imposée à des accrois-
sements subséquents.
La tendance des polypes à s© multiplier
dans les eaux des climats chauds est telle,
que le fond de toutes les mers tropicales
fourmille de myriades sans nombre de ces
petites créatures travaillant sans cesse à la
construction de leurs habitations si petites,
mais en même temps si durables. Il n'y «
presque pas, dans toutes ces latitudes, de
roche sous-marine ni de cône ou de chaîne
volcanique sous-marine qui ne constituent
le noyau et les fondements de qudque colo^^
nie (\e polypes appartenant surtout aux gen-
res madrépore, astrée, caryophyllie, raéan-
drine et millepore. Les sécrétions calcaires
de ces petits animaux sont accumulées en
d'énormes bancs ou récifs de corailj qui ocl
quelquefois jusquà plusieurs centamesuc
milles d'étwïdue. Souvent ils s'élèvent rapi-
dement jusqu'à la surface en des points ou
jusque-la on n'en avait jamais souj)çenDé
i'existence, et ils rendent ainsi dangereuse
la navigation de plusieurs parties des œeis
tropicales (861).
Si nous recherchons quelles sont, daos
l'économie actuelle de la nature» les foo''
tiens assignées aux polypes, nous voyoo»
bientôt que c'est h eux, la classe la plus m-;
férieure du règne animal, «m'a été déparu
Toflice de nettoyer les eaux de la mer et de
ses Principiês of Ceohçy (3* édil., I. W)». * Hl
une applicalioD admirable de ces pariicaUntes ^
rhistoiredes ftolypiers modernes à rillustration ^
pliénûmènes géologiques.
ItOI
POL
ET DK PALEOMOLUCIL.
POL
1102
les purger de toutes les impuretés les plus
déliées qui auraient échappé même aux plus
petits des crustacés. C*est ainsi que cer-
taines tribus d*insectes, à leurs degrés divers
d'accroissement, ont pour mission de trou*
Yer leur nourriture dans les impuretés qui
résultent sur la surface terrestre de la décom-
position des matières animales et végéta-
les (802). Ce système paratt avoir été suivi
sans interruption depuis que la vie a com-
mencé dans les mers les plus anciennes, et
pendant toute cette longue série d*âges dont
la durée nous est attestée parles successions
diverses d'animaux et de végétaux dont les
dépouilles sont ensevelies dans les couches
de récorce du globe.Dans toutes ces couches,
en effet, les habitations calcaires des poly-
pes, de ces créatures en apparence si petites
et de si peu d'importance, se sont accumu-
lées en de vastes et puissantes masses qui
tmt grossi l'ensemble des matériaux solides
du globe ; et elles nous offrent un exemple
frappant de l'influence qu*ont eue les ani-
maux sur la condition minérale de notre
{:!!«nète (863).
Si, dans l'investigation des phénomènes
ijaturels, H pouvait se rencontrer un fait
S[ui fût plus digne d'admiration qu'un autre
ait, ce serait peut-^tre cette étendue infinie,
cette importance immense de choses en ap-
parence si petites et si dépourvues de toute
valeur. Si j entreprends de décrire l'insecte,
plus petit qu'une mite mie je vois courir à
la surface de cette feuille de papier où j'é-
cris , il m'est tout aussi impossible de me
faire une idée juste de la délicatesse de ses
fibres musculaires, ou des petits vaisseaux
^ui servent à sa nutrition, qu'il m'est
impossible d'embrasser dans ma pen-
sée Vimmensité de l'univers. L'organisa-
tion du plus petit des infusoires résiste
t>ius aux efforts de notre intelligence pour
4> comprendre, que ne le fait celle de la ba*
leine;etun résultat auquel nous sommes
conduits, comme terme de nos travaux,
c'est la conviction que les opérations les
plus grandes et les plus importantes de la
nature sont produites par l'action d'atomes
trop petits pour que Tœii de l'homme puisse
les saisir, ou pour que son intelligence elle-
même puisse y atteindre.
Nous ne pouvons mieux terminer ce coup
il*CBiljetéàiahAte sur l'histoire des poly-
(863) M. de la Bêche fait obserrer que les polypes
de Ja caryopbyUie de Smilh dévorent des dâbris de
poissons et de petits cnisiacés ; et îl en a nourri
ainsi quelques individus à Torquay. Les polypes
saisistssaient ces aliments avec leurs tentacules, et
I j digestion s'opérait dans le sac central qui consti-
t«ie leur estomac.
(8a5) Plusieurs des genres actuels de polypiers se
rencoatrenC dans la série de transition, et' M. de la
Becbe a remarqué avec justesse {êiattuei de tféoio-
gie^ p. 438 de la traduetioa française} que partout
où se trouve un amas de polypiers assez considé-
rable pour jnstilier le nom de banc ou de récif de
rarait, les deux genres astrée et caryophyllie eu
f9nt partie, et que res genres sont encore au itoui*
bre des architectes les plus artif^i do> hniirs dr cor:nl
dans b^ mers actuelles
r
piers fossiles , qui se montrent depuis les
roches de transition les plus anciennes,
jusque dans nos mers actuelles, que parles
paroles suivantes dans lesquelles \?. Ellis a
exprimé les sentiments que ûrent naître dans
son esprit ses belles Recherchti $ur V histoire
des polypes vivante.
« Et maintenant , tout cela une fois posé
comme vrai, à quelle conclusion tous ces tra^
vaux doivent-ils nous ix>nduire?Toutce que
je puis répondre, c'est que, dansées recher-
ches auxquelles je viens de me livrer, de»
scènes toutes nouvelles se sont déroulées
sous mes }'eux, qui ont ravi mon esprit
d'admiration et d'étonnement à la contem^
plation de cette diversité, de cette étendue
avec laquelle la vie est distribuée dans l'u-
nivers. Or si tels ont été les sentiments
'ont excités en moi les faits que je vienK
e rapporter, et ces merveilles de la natura
animée sur des points dont on n'avait pas
même jusqu'ici soupçonné Texistence , sans
doute ils exciteront dans d'autres esprits
Sue le mien des idées agréables , sans doute
es esprits plus savants et d'une pénétra-
tion plus irrésistible y trouveront plus tard
encore de nouveaux faits à reconnaître et de
nouvelles preuves à découvrir, s'il en était
besoin, d'une volonté unique, infinie, d'une*
toute-puissance qui a crée , et qui mainte-,
nant conserve le grand tout dans sa beauté'
et dans sa perfection. De là nous concluroo/^
que si des créatures d'un degré aussi infé-
rieur dans la grande échelle de la nature, ont
été ainsi douées de facultés qui leur permet*
tent de remplir leur sphère d'action d'une
manière aussi complète, nous pareillement,
qui avons été placés à tant de degrés plus
haut, nous nous devons, et à lui qui nous
a faits, nous et tout ce qui existe, de tendre
sans cesse et de tous nos efforts vers ce
degré de rectitude et de perfection, auquel
nos facultés nous donnent le pouvoir d'at-
teindre. » (Ellis, On corallines p. 103.)
POLYPIERS. — Classe d'animaux rayon-
nés, sédentaires, fixés au sol, bans organes
spéciaux pour la locomotion. Ils ont été
longtemps confondus avec les mollusques
bryozoaires. Ils s'en distinguent néanmoins
parce que leur cavité digestive ne présente
qu'une seule ouverture, leur corps est, en
effet, terminé par une couronne de tenta^
cules, au milieu de laquelle se trouve cette
Une grande partie du calcaire que Ton désigne
sous Se nom de calcaire à Polypiers {eoral rag)^ et
qui forme les plaines élevées de BuUington et do
Cunmer , ainsi que les collines deWytbam, sur trois
deà côtes de l.i vallée d^Oxford, est remplie par des
lits continus, et les amas de polypiers pétrifiés de
diverses espèces, conservant encore la position dans
laquelle leur accroissement a eu lieu au fond de
quelque nier ancienne, de la même manière que sa
forment maintenant les tancs de coraux dans les
régions intertropicales des océans modernes.
Les mêmes couches de pol>'piers fossiles rem»
R lissent les monugnes calcaires du nord-ouest de
rrksbire, et du nord de WUts,et on les voit encorQ
amant ou plus puissantes dans le Toiishire, et
•^ur les sommels elrvcs de TOurst on du <nid-oaetf
de S^-ai'botoiigh.
ii03
PÛL
DICT10NNAIR£ DE COSMOGONIE
POL
hô;
ouverture unique. Chaz los polypiers pier-
reux, les seuls qui doivent nous occuper 9
kl partie inférieure ou basilaire du corps est
celle qui constitue le polypier; tissu piet'
vexxji OM sclérenchyme 9 partie intégrante de
l*animal, formée par un mouvement nutri-
tif* dans son épaisseur, soit dans la profon-
deur du derme, soit à la surface de la tuni-
que dans le tissu épidermique,
Le tissu pierreux des polypiers ou sdéren-
c/iyme forme, suivant 1 agrégation ou Tiso-
lementdes individus, des polypiers simples
on ttgr(^és. Ces deux dispositions primor-
diales , qui frappent tout d abord , ont pour
nous une très-grande importance, c^r elles
tiennent essentiellement au mode de repro-
duction des polypiers. Les polypiers ont
trois modes différents de reproduction : ils
sont ovipares , gemmipares , ou fissipares ; ce
3ui amène des modifications considérables
ans Tisolemeat ou le mode de groupement
des individus.
Les animaux spéciafement ovipares pro-
duisent les po/j/pter^ simples 9 tels que les
turbinolia^ les cyathina^ etc., etc., où le po-
lypier est isolé, fixe ou libre, formé dun
seul individu.
Les animaux ^emmipare^ donnent toujours
des polypiers composés^ formés d'un nombre
plus ou moins considérable d'animaux
agrégés, ayant même une vie commune,
mais au*on peut cependant toujours distin-
guer les uns des autres dans l'ensemble.
Cette distinction, ainsi que la suivante,
étabfie par les savantes recherches de M.
Dana » est facile à reconnaître , caractérisée
qu'elle est par une division par bourgeon-
nement, c'est-à-dire f[uil naît, sur le côté
des individus déjà existants, des bourgeons
d^abord plus petits; qui prennent bientôt le
même diamètre, la même régularité que les
autres, et donnent naissance à leur tour, à
des bourgeons identiques toujours latéraux.
Le nombre des individus agrégés de cette
manière augmente ainsi selon les limites
fixes ou variables, et constitue un ensemble
différent suivant le mode de groupement.
Les animaux fissipares produisent aussi
des polypiers composés ^ formés d'individus
agrégés ; néanmoins ceux-ci se multiplient
d une manière toute diflérente. Ce ne sont
plus des bourgeons latéraux qui naissent
aux côtés externes des individus préexis-
tantSt mais bien le centre même de l'indi-
vidu, qui s'allonge et se divise ensuite. Ces
deux centres dépendent d'abord du même
individu, puisils se séparentde plus en plus
et Unissent' par former, chacun en particu-
lier, un individu identique au premier. On
voit que ce mode de reproduction, tout en
iiiférant complètement de la gemmation,
Jonne des résultats presque identiques.
D'autres fois , les individus s'allongent par
l3 centre, de manière à former, non pas dos
individus netteraenl sé[)ar6i ayant chacun
80n centre particulier, wials des individus
complexes qui s'allongent, 5e bifurquent,
indéliniment. sans montrer dans la masse
de coupure ni de centres distincts uctlcmenl
séparés.
Maintenant nous allons dcfînir, pour cha-
que individu , soit isolé, soit a:^ré^é, la
terminologie de toutes les parties. Chaque
individu représente, plus ou moins, à <a
partie supérieure, une sorte d'étoile formée
de ravons. On donne à cette étoile, uniaue
chez !es polypiers simples et multiple cncz
les polypiers composés, le noni de calict. Ce
calico est tantôt circulaire et tantôt comprima,
chez les polypiers simples comme chez le^
l>olypiers composés,
La gaine testacée extérieure de chaque
calice, soit simple, soit composé, s'appelle
viuraille: elle affecte la forme d'uncorneu
ou d^in lubedofit les parois, plus ou muins
lamelleus^s, s'élèvent sur le bord supérieur,
à mesure que le polypier grandit. Lorsque
cette muraille s encroûte extérieurement
d'un dépôt calcaire continu , offrant des li-
gnes d'accroissement concentriques', on dé-
^igne cet encroûtement sous le nom d'^^pi-
thêque. Lorsque, au contraire, la muraille
lyon encroûtée forme des parties longiludi-
naies saillantes , on les appelle des côtes,
Lo calice, circonscrit extérieurement par
les murailles qui s'élèvent du pourtour, se
compose de lames qui rayonnent des mu-
railles vers le centre. On nomme ces lames
rayonnantes des cloisons [septa). On doit
remarquer que ce sont <:es cloisons qui for-
ment l'étoile du calice. Les cavités qui sépa-
rent les cloisons s'appellent des cimmbra.
Les cloisons ne se multiplient pas d'uoe
manière irrégulière dans le calice. Elles
augmentent en nombre, de la manière la
plus régulière en formant ce qu'on nomme
des cycles {cyclum) successifs. Chaque calice
commence par un nombre régulier généra-
lement de six cloisons primaires, maisaus^'i
quelque fois de dix, de huit, de cinq* de
quatre, et même de trois cloisons primains.
Celles-ci forment le premier cycle: car elles
divisent le calice en une série égale de
chambres semblables entre elles. Les cloi-
sons de second ordre, qui naissent réguliè-
rement dans chacune de ces premières
chambres, et les divisent chacune en deut ,
forment le second cycle toujours complet.
Les cloisons de troisième ordre qui naissent
dans les secondes chambres forment encore
un troisième cycle complet. C'est seulement
aux cloisons de quatrième ordre quela diri-
sion régulière commence à être modifiée;
car les cloisons n'occupent plus que lonles
les chambres. Le nombre des chambres pri-
maires constitue, avec les cloisons qui 5
naissent plus tard, ce c|u'on nomme des
systèmes. Le plus ordinairement il y < $>^
systèmes, mais le nombre en varie, coinDj«
nous l'aidons tu, de dix à trois. Ainsi l«
genre rffcacÉPnia a dix systèmes; les genres
octocœnia^X pseudoccsnia en ont huit; I^-^
genres pentoccenia et acanthocœnia en ont
cinq ; le genre ^e^roc^rofa en a quatre; 1«
genre heterocœnia en a trois seulement.
Le centre du calice sur lequel viennent
quelquefois s'attacher les cloisons, s'app^*"*
1205
roL
ET DE PAl.EOMOLOGi£.
IH)L
columelie (columellu); lorsque celte uartie
«st saillante, oa la dit êtyliforme. Elle est
ronde ou fortement comprimée.
Les courtes cloisons formant couronne»
qui naibseot souvent entre les columelles et
les cloisons, et font saillie du fond du calice,
se nomment pa//« (palulus). Les palis sont tou-
jours situés dans le prolongement des cloi-
sons, d*un ou de plusieurs cycles déterminés,
et font ToCBce de cloisons complémentaires.
Dans quelques ras, les chambres, è mesure
que le polypier s*éJève, tendent à se fermer
par le bas. Cette occlusion des chambres
peut s*effectucr de deux manières : elle
résulte de la formation d'une série de lames
horizontales, qui s'étendent à la fois dans
toute la largeur du polypier, et, se super-
posant comme autant uétagcs, forment ce
<^u'on nomme des planchers. Lorsqu elle ne
s opère pas complètement, et qu'elle se
borne à clore Tinter valle des cloisons, oa
désigne ces lames sous le nom de Iraversts.
On peut appeler endotheque tons les tissus
intérieurs d'un polypier.
I^s polypiers , bien plus nombreux que
les échinodermes, dans les couches terrestres,
mais moins multipliés que les mollusques,
présentent quelquefois aes masses énormes
aux étages géologiques qui les renferment.
On les Toit encore, dans les couches ter-
restres , formant des récifs analogues à ceux
aui entourent quelques lies des Antilles et
e rOcéanie. Ces récifs anciens, disséminés
dans les étages oxfordien et corallien , sont
très-remarquables, surtout à Saint -Mibiel
(Meuse), à la pointe du Cbé, et d'Angoulin
( Charente-Inférieure ) , etc.
Sur d'autres points, les polypiers, en
moiiis grand nombre, sont disséminés dans
les couches, par plus petits groupes ou par
ifldi?idus isolés. Comme leur nature testacée
empêchait leur destruction, on les rencontre
souvent dans un bel état de conservation, ou
seulement transformés. D'autres fois, ils
n'ont laissé que leurs empreintes exté-
rieures, ou, plus rarement, leurs moules
intérieurs.
M. Milne Edwards divise les polypiers en
trois ordres ileszoanthairest les alcyonaires,
et les kydraires^ dont les deux premiers seu-
lement ont des représentants à Tétat fossile.
Cn jetant les yeux sur le tableau de la
répartition des genres et des espèces de zoo-
pbytes dans les couches tertiaires depuis la
première animalisation jusqu'à l'époque ac-
tuelle, on remarque tout d'abord que , de
toutes les séries animales , c'est peut-être
Tune des plus irrégulièrement réparties.
Depuis leur apparition dans l'étage siluiien,
le premier du monde animé, les zoophytes
occupent, en effet, tous les étaj[^es, sans
néanmoins montrer de progression crois-
sante régulière. Les genres qui ap|)araissent
à chaque étage, et se continuent ensuite
J'nsqu'a l'éqoque actuelle, sont, par rapport
\ ceux qui s y éteignent (et sont perdus
pour l'époque actuelle ) dans les rap|K)rts
de 38 à 176. Il en résulte • dans 1 ordre
chronologique, un rcmplaccmeut ^ucce^sif
des genres , dont les uns éphémères , et les
autres persistants, durent plus ou moins,
mais font généralement place lés uns aux
autres, depuis la première animalisation.
jusqu'à nos jours. On remarque encore que,
de tous les genres qui naissent durant la
période paléozoïque, aucun ne passe aux
grandes périodes suivantes : car les premiers
genres qui arrivent jusqu'à nous naissent
avec l'étage conchyfien, ou la seconde
grande éooque du monde. Il est remarquable
même ae voir que ceux de ces genres
qui arrivent jusqu à nous, comparés à ceux
3ui s'éteignent, ne sont pas plus nombreux
ans Icf terrains tertiaires les plus rappro-
chés de nous que dans les terrains juras*
siques. De ces faits généraux on neut dé-
duire la conséquence directe d'application ,
que les zoophytes sont peut-être, de tous
les animaux , *les plus importants . à bien
connaître dans leur répartition zoologique,
afin d'appliquer les faits connus à la recon-
naissance des terrains et des étages géolo-
giques, eXc.
Comparaison de% ordres entre eux. — Nous
n'avons ici aucune comparaison importante,*
puisque les deux ordres, les zoantaires^ les
alcyonaires^ naissent à la fois dans Tétage
silurien, et suivent parallèlement tous les
âges, pour atteindre leur maximum de déve-
loppement générique dans les mers actuelles.
Pour arriver à trouver des* différences no-
tables dans l'apparition successive des séries
de zoophytes, si nous descendons aux fa-
milles, nous les trouverons ainsi distribuées'
suivant les grandes périodes géologiques,
Lts terrains paléozoïques montrent les
familles des fatositidœ^ oes milleporidœ^ des
serialoporidœ 9 des thecidœ^ des cyalhcphyl^
lidŒf des lithostrolionidœ 9 et des tubiporiaœ^
f^armi lesquelles les cyathophyilidœ et les
ilhostroiionidœ ^ sont spéciaux à cette épo*,
que , ainsi que les tkecidœ.
Dans les terrains triasiques naissent les,
familles des eusmilidœj les cariophyllidœ ^
et les astreidœ.
Dans les terrains jurassiques se montrent,,
pour la première fois, les familles des cya-^
tinidœ, des pachygyridœ^ des stylinidœ^ des
meandrinidœy des poritidœ^ des oci4/tnî(f<r,,des
fungidŒf et des agaricidœ. /
Dans les terrains crétacés apparaissent
les fismailles des cladocondœ^ des eupsasim-
midœt des stylophoridw ^ et des cyciolilidœ.
Dans les terrains tertiaires, qui nous ont
précédés sur la terre, les familles suivantes
restent seules à se montrer : les turbinolidœ^
les rhizangidœ, les madreporidœ ^ le$penna^
tulidœ et les gorgonidœ
On voit, par cette apparition successive
que des familles entières, dans cette série
animale, peuvent donner des caractères né-
gatifs ou positifs, et peuvent encore avoir
une application en zooio$^ie. Quant aux con-
sidérations de la perfection relativ? de ces.
familles, comparées à leur époque d'appa*
ri (ion dans les couches terrestres, nous ne
croyons |;as qu'on puisse en établir. On voit ^
9n cffel , des iK>lypicr5 libres dans les prv
afû
POL
dichonnaiiul de cosmogomet
POK
i*r^'
mfers terrains comme dans les derniers r ef
les différents modes de reproductions par
Ixmrgeonnement et par fissiparité se retrou-
rent également h tous les Ages.
* Déductions zooloaiques générales, — Les
zoophjrtes, compares dans leur ensemble
numérique, par rapport à leur instant d'ap-
]>aritiony naissent avec le premier étage du
inonde animé, où ils offrent 7 genres. Ils
montrent, dai^ les terrains paléozoïques,
38 genres^ dans les terrains triasiques, 12 ;
dans .es terrains jurassiques, 67 7 dans les
terrains crétacés, 82; et dans les terrains
tertiaires, 76. Si Ton n'avait égard qu'aux
genres fossiles, le maximum de déveIo()pe-
ment serait évidemment pendant la période
crétacéei mais ce maximum, comparé aux
genresactuellemeut existants dans nos mers,
reste au-dessous de la faune zoophytique
actuelle; et Ton est forcé de reconnaître que
le meximum de développement générique
de cette série animale, se trouvant à notre
époquer il s'ensuit que, d'après les nom^
bres, elle a marché, néanmoins, dans une*
progression croissante.
uédttctions climatologiques comparées. —
Ce cgixe nous pouvons dire relativement aux
zoophjtes, c est qu'ils suivent la marche
céoéraie que nous avons déjà signalée.
Lorsque nous voyons, par exemple, que les
genres flabellum^ caryophyllia^ oulophyllia^
infondy*tna, astrea^ aendrophyllia ^ madre^
pora et explanaria^ se rencontrent fossiles
eu France, en Angleterre, en Italie et en
Allemagne, aux étapes falunien et suhapen-
Qinqui nous ont précédés sur la terre, tan^
dis qu'on ne les trouve plus aujourd'hui
qu'iaux Antilles, dans le Grand Océan et dans
la^ mer Bouge, aux régions équatoriales les
plus chaudes,, on est forcé de convenir qu'à
ces époaues passées, les mers géologiques
d'Europe devaient avoir une température
^gale aux régions tropicales actuelles. Ce
qu8 nous venons de dire des déductions
cHmaloIogiques est également applicable
aux déductions géographiques : c'est que la'
distribution géographique des zoophytes
datt^ les étages géologiques n'est nullement
en rapport avec la distribution géographi-
3ue actuelle, qui dépend, le plus souvent,
e zones isothermes.
' Haéduclions zoologdque^ tirées des genres..
-^ Les caractères stratigraphiques négatifs^
font on ne peut plus marqués pour les
zoophytes. On voit, en effet, que sur 21V
Genres fossiles, aucun n'occupant tous les
étages r tous peuvent donner des limites
négatives pour les étages et pour les terrains
où ils ne se trouvent pas.
Les caractères positifs^ par la même rai-
son, nous offrent, suivant l'extension que
les genres occupent dans les étages, des ca^
ractères d'autant plus marqués que, sur les
m genres fossiles, 176 s'éteignent dans les
étages géologiques, sans arriver jusqu'à
pous, et que 99 genres, ou près de la moitié,
«ont encore spéciaux, dans l'état actuel de
ùos connaissances, à un étage seulement.
La persiUance des caractères positifs existe
chez les zeopiiytes. Pour s'en assurer, fl
suffira de voir la répartition des espèces deb'
genres prionastrea^ synetstrea^ fangineth^
phyllocœniar astrea et paracyaihus. Les con-
clusions relatives aux espèces sont encore
les mêmes, car les 1135 espèces ftwsiles
énumérées sont, jusqu'à présent, toutes
spéciales à l'étage où elles ont vécu, et peu-
vent être considérées comme caraclénsti-
ques de l'étage où elles ont, jusqu'ici, été
rencontrées.
En terminant ces considérations générales,
nous ne devons pas oublier de signaler d'au-
tres circonstances d'application géologique.
Aujourd'hui les zoophytes abondent dans
îes régions chaudes, partout où se font sen-
tir des courants assez forts pour mie les
eaux soient constamment renouyeiées et
claires. Lorsque dans les étages géologiques
on y compare les couches où les zoophytes
sont abondants, comme, par exemple, les
dépôts bathonien de la Normandie; coral-
lien de La Rochelle, de Saint-Mlhiel , de
l'Yonne, de Nantua; cénomauien, du Mans;
turonien, d'Dchanx, deCorbières, de Marti-
gues, et même les dépêts parisiens d'Au-
vers, on acquiert bientôt la preuve, par tous
les signes évidents de charriage des sédi*
ments par les courants, que tous ces points
Où abondent les zoophytes sont dans des
conditions identiques aux conditions d'exis-
tence actuelles'.
POMATOMUS TELESCOPIUM. Vop. A:^i-
VAUX MARINS.
PORPHYRES. Voy. riifTROOucrioif.
PORTLANDIEN (ET AGE).~C'est le dixiè-
me des terrains iurassiques , et le seizième
de l'échelle totale des formations géologi-
ques. On fait dériver son nom de la pres-
au'île de Portland , en Angleterre (Dorsel-
snire), où le premier type a été décrit. C'cjt
le dernier membre des terrains jurassiques
de cette erande période si régulièrement for-
mée sur le sol de la France. Celui-ci, partout
où il se montre, s'est encore déposé sur l'é-
tage kimméridgien, et nous croyons que, s'il
n'a pas été retrouvé partout r c'est qu^l est
recouvert ou qu'il a subi des dénudations
partielles, avant que les premiers dépOts cré-
tacés ne se forment. Quoi qu'il en soit, it
existe au pourtour intérieur des deux bas^
sins, anglo-parisieB et pyrénéen.
Entre Bignay et Saint-Savinien (Charente-
Inférieure), ainsi qu'aux environs de Boulo-
gne, on peut évaluer de 50 à 60 mètres la
puissance totale des couches portlandiennes*
Caractères paUontologiques. — Nous au-
rons à répéter ici ce une nous ayons dit è l'é-
tage kimméridgien, c est que le peu de rentes
organisés de cet étage en fait la demièie
période de décadence à l'époque jurassique.
Indépendamment du genre êtenoseturus ^
que nous avons vu naître et disparaître dans
rétage kimméridgien, sans arriver à Té-
tage portlandien , nous avons encore 10
genres qui finissent leur période d'existence
avec l'étage kimméridgien sans arriver à ce-
lui-ci, et peuvent, dès lor^, offrir des earac-
tères négatifs. Ces genres, que nous voyons
PW
ET OS PALEONTOLOGIC.
pTfr
HH*
ï
»*ét0iiidre dans rétag« kimmérkl^îen^ nous
donsenU de plus, des caractères négatifs de
la dernière période de d^dencede la grande
faune des terrains jurassiques: car le nom-
bre de ees genres est bien supérieur à ceux
qui y naissent.
Les limiles su{)érieures données par les
caractères nézatifs sont d*au(ant plus nom-
breuses qu'elles sont , en même temps, les
earaetères dislinctifs des derniers dépôts ju-
rassiques et des premiers dépôts crétacés ;
aussi Tojons-nous 1k genres qui, encore in-
connus à rétage portlandien, ne paraissent
u*aTec l'étage uéocomien, et peuTent serTir
:e caractères négatifs pour celui qui nous
occupe.
Les limites inférieures données par les
genres se réduisent jusqu'ici à trois formes
animales qui, inconnues dans rétase précé-
dent, naissent avec Tétase portlandien. Ces
trois genres bont : parmi Tes reptiles, le genre
celiotaurus; parmi les poissons, le genre mf-
riiiodon: parmi les mollusques lamellibran-
ches, le genre cycla$.
Les seuls genres meriêtodon et atieonina
qui, parmi Tes poissons et les mollusques,
meurent dans Tétage |iortlandien, peuvent
senrirde caractères positifs entre cet étage et
répoque suÎTante.
Après discussion critique, il nous reste,
parmi les animaux mollusques et rayonnes
seulement, 63 espèces en dehors des animaux
vertébrés et annelés. En Atant de ce nombre
M. les 3 espèces que nous avons vues seren*
montrer également dans l'otage kimmérid-
Çen, il nous en restera 60 comme caracté-
ristiques de l'étage portlandien; car aucune
ne paisse dans Tétage néocomien qui le re-
couvre sur tous les points où il ny a pas de
lacunes.
Chronologie hiitorique. — A la fin de Té-
tnge kimm^dgien, ont été anéanties, avec
1 1 genres propres à cette période, indépen-
damment des espèces d'animaux vertébrés
et annelés, 183 espèces d'animaux mollus-
ques et rayonnes. Sont nés avec Tétage port-
kindien, 3 genres inconnus jusqu'alors, et
€0 espèces aanimaux mollusques et rayon-
nes composant les débris qui nous sont con-
nus de cette dernière période des terrains
jurassiques.
Les mers, avec lieaiicoup de genres d'ani-
maux de moins aue dans les étages précé-
dents, n'offrent, de plus, que le meristodon^^
i>armi les poissons, et le çenre cyelas parmi
es mollusques (espèce positivement marine],
qui différassent desgenrespréexistanisdeftuis
plus ou moins longtemps : ainsi, la faune
luarine devait peu différer.
Les continents ne nourrissaient plus, sur
Jcurs bords, de ces singuliers sauriens, tels
que les pUêiosaurus^ les ieleosaurui^ les
/./lOMittnif.etun seul genre les remplaç^iit, le
cdiosaurui^ forme nouvelle de celle époque.
(364) €*est sarUNit âi Akhstadt et à Sol^hofen
^ns le calcaire lithographique 'le la fenaatictn jo
r^issinoc que l'on a reuiimtré jusqu'à ce jour les
p4"|-«rJa<MîlPî> ; relie roche abonde en débris m?.-
La fiu de cette opocue est laidement ira*
cée sur notre sol et sur des points Soignés ;
elle aurait pour moteur un mouvement cer-
tain du sol qui a déterminé des discordances
réelles, de nombreuses discordances d'iso*
lement, dénotant des affaissements et des re-
lèvements sur beaucoup de points, et en
étant les signes certains. Les résultats visi-
bles de ce mouvement sont : lesdénudalions»
la corrodation et l'usure des couches port-»
landiennes supérieures, ce qui indique un
mouvement des eaux très-prolongé entre la
fin de cette époque et la suivante, ainsi que
les dépôts ferrugineux de la base de Télage
néocomien à Beltancourt-la-Ferrée (Haute-
Marne). Nous avons enûn ranéantissement
complet de la faune. Tout coïnciderait donc
encore, les causes et les effets, pour prouver
aue rétage portlandien ou les deux derniers
étages ont été séparés de l'époque néooo-
mienne par une perturbation géolc^quo
d'une grande valeur, d'une grande exten-
sion et d'une longue durée. M. Eliede Beau-
mont regarde son Sv$iime du moni Pila^ do
la Côte-aOr et de ÏErxgebirge^ dont la dis-
location suit la direction de rO. 40" S. à !'£.
40" N., ou N.-E. et S.-O., comme séparant la
fin des terrains jurassiques des terrains cré-
tacés. Ce serait, comme on le voit, une dis-
cordance de plus à invoquer pour les limi^
les stratigraphiques.
PORTLAND-STONE. Voy. KinnéanMiBsr,
POTASSIUM , ion rôle dans la consiiiution
du globe ierrestre. Voy. M ATiiass ÊLtMBirrAH
HBs du globe terrestre.
PRESSION lu FORD DBS EArx. Voy. Anf*
MAUX MARITfS
PROCESSUS DB FOSSILISATION. Voy. FossH
USATmX.
PROGRÈS DB LA 6ÉOLOQ1E DAXS LBS TBIfFS
MODERNES. Foy. GbOLOGIB*
PTÉRODACTYLE, (rzipit aile, ««tv>oc,
doigt ), genre de sauriens fossiles qui étaient
pourvus d'ailes pour voler, et qui offrent
de plus singulières combinaisons de formes
que tout ce que nous rencontrons ailleurs
parmi les ruines de Tancien monde (86%).
La structure de ces animaux est si extra*
ordinairement anormale , que les premiers
ptérodactyles qui furent découverts, partage*
rent les naturalistes entre trois opinions .
les uns y virent un oiseau ; d*autres une
espèce de chauve-souris ; d'autres enfin un
reptile volant. Cette divergence remarquable
à propos d'un ètredonton possétiait le sque-
lette presque entier, était due à l'existence
de caractères paraissant anpartenir à chacun»
des trois classes auxquelles on le rapportait.
La forme de la tète et la longueur du cou lo
raf»prochent des oiseaux; ses ailes, parleurs
proportions et leurs formes, rappellent les
chauves-souris; le tronc et la queue offrent
des rapports élroils avec ceux des mammi^
fères ordinaires. Ces divers caractères coin-
fins, cl Dréscnie aussi des libellules et d'autres în«
sectes. Ou en a découvert également dans le lias 4a»
Lyiuc Rcfpji, H liant le schiste calcaire oeKtique d»
SienesfleUl.
ISII
PTE
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
PTE
1112
ciuent avec la même petitesse du crâne que
l'on observe ordinairement chez les reptiles,
et avec l'existence d'un bec armé d'au moins
soixante dents pointues, et leur réunion
constitue un ensemble apparent d'anomalies
que le génie seul de Guvier devait réconci-
lier. Entre ses mains, cette production de
l'ancien monde, si monstrueuse en appa-
rence, est devenue Tun des plus magnifiques
exemples que nous fournisse Tanatomie
comparée, de l'harmonie qui dirige, dans
tout l'ensemble de la nature, l'adaptation des
mêmes parties de l'organisation animale à
des conditions d'existence infiniment variées.
Dans l'ordre des sauriens et dans la classe
des reptiles, classe dont les représentants ac-
tuels ne se meuvent pas ailleurs que sur la
terre ou dans les eaux, les ptérodactyles nous
offrent l'exemple d'un genre maintenant
éteint et qui avait été organisé dans le but
spécial d'une locomotion aérienne. C'est une
chose pleine d'intérêt que de voir comment
les extrémités .anlérioure6,'qui, chez les cro-
codiles et les lézards modernes, sont des or-
ganes de locomotion terrestre , se convertis-
sent en des ailes membraneuses , et jusqu'à
quel degré les autres parties du corps se
modifient, pour que l'ensemble tout entier
de la machine s'harmonise avec cette nou-
velle fonction du vol. Et l'on voit jusque dans
les moindres détails de cette étude, se re-
produire avec tant de constance l'accord nu-
mérique qui existe entre chacun dos mem-
bres des ptcrodactvies et les mci^bres cor-
respondants des lézards actuels sous !e rap-
port des pièces osseuses gui la constituent ;
elle met tellement en relief les dispositions
à l'aide desquelles un même organe peut être
adapté à dos fins différentes, que ie.ne croiiç
pouvoir mieux faire que de présenter ici
quelques parties détachées de l'analyse si
magnifique et si complète que Cuvier nous
a donnée de l'organisation de cet animal.
ai Les ptérodactyles, » dit l'auteur des Osse-
ments fossiles, a sont incontestablement, de
tous les êtres dont ce livre nous révèle l'an-
cienne existence, les plus extraordinaires, et
ceux qui, si on les voyait vivants, paraî-
traient les plus étrangers à la nature ac-
tuelle. » (T. V, VI* partie, p. 379.)
Nous en connaissons déia huit espèces, et
leur taille varie depuis celle d'une bécassine
à celle d'un cormoran.
Parleurs formes extérieures, ces animaux
ressemblent assez à nos chauves-souris et à
nos vampires actuels : plusieurs ont le mu-
seau alongé comme celui ducrocodile, et les
maxillaires armés de dents coniques ; leurs
yeux étaient d'un volume énorme, et leur
permettaient probablement de voir pendant
;865) Journal zoologîque^ n® 46, p. 558.
(866) Transactiont géologiques de Londres ^ nou-
velle série; t. lll, première partie.
(867) fl existe une petite espèce de lézard, le dra-
gon-volant différenle des autres sauriens par des
sortes d'ailes iinpftrfatles qui ne sont autre chose
qtt*une expansion membraneuse de la peau étendue
au-<le6su8 des fausses côtes, lesquelles se projettent
norizonlaicmeiit des deux côtes du dos. Ces deux
la nuit. Leurs membres antérieurs , conver-
tis eu ailes, porlentdes doigts alongés, armés
de longues griffes, ressemblant à l'ongle cro-
chu du pouce des chauves-souris. Ces doigts
formaient une patte puissante qui servait à
l'animal pour ramper, pour grimper ou pour
se suspendre aux arbres.
Il est probable aussi que les ptérodactyle
possédaient la faculté (le nager, faculté si
commune chez les reptiles, et que nous re-
trouvons également dans le ptéropus psela-
phon, ou chauve-souris vampire de rlle de
Bonin(865). : .
« Cette créature, comme le démon de Mil-
ton, propre à remplir toutes les fonctions, à
vivre dans tous les éléments, était un allié
convenable à cette foule de reptiles qui four-
millaient au sein des mers , ou rampaient
sur les plages d'une planète turbulente
Le prince des enfers
Tente mille moyens, mille chemins divers ;
De ses mains, de ses pieds, de sa superbe tête.
11 combat, il franchit Vouragan, la tempête,
Les défilés étroits, les gorges, les vaUons,
L'air pesant ou léger, et la plaine et les monts,
Les rocs, le noir limon qu'un flot dormant détrempe,
Va guéant ou nageant, court, gravit, vole ou rami»:.
{Paradis perdu, ii< livre, vers 947,
traduction de delille.)
«I C'était une étrange population que cel'o
de notre globe, à cette période d'enfance où
Tair était sillonné par des nuées de créitu-
res aussi extraordinaires que celles dont nous
venons d'esquisser l'histoire, où l'Océan
était parcouru par des bancs d'ichthyosaures
et de plésiosaures non moins monstrueux,
où des crocodiles et des tortues gigantesques
rampaient sur les bords des lacs et des riviè-
res primitives (866). >• .
Comme le trait caractérisque le plus frap-
f^ant de ces reptiles fossiles consiste dans
'existence d'organes pour le voU il est na-
turel de rechercher ce qui appartient à
l'oiseau et à la chauve^souris dans la struc-
ture de leurs squelettes. Toute pensée de
If^s placer au nombre des oiseaux s'arrête à
l'instant devant ce fait que leur bec est arme
de dents semblables à celles des reptiles, et
il a suffi de la forme d'un seul os, 1 os carré,
pour que Guvier ait pu prononcer ioimé-
diatement que cette créature était un lézard,
bien qu'uiï lézard ailé ne fasse partie de la
création actuelle, et que les dragons du bla-
son et de la fable soient les seuls êtres de
cette espèce dont il ait jamais été lait men-
tion (807). Quant à ce qui serait de les rap*
porter à la fomille des mammifères volants,
il suffit, pour repousser une pareille idée,
d'un instant de comparaison entre leur iéu
et celle des chauves-souris
re[>lis membraneux .orment une sorte de paraclitiie
3ui soutient Tanimal dans les sauts qu'il exêcoie
*arbrc en arbre; mais ils n*ont pas la faculté /'c
battre Pair pour devenir ilnstrumenl d'un vol véri-
table , comme les bras des chauves-souns ou k*»
ailes des oiseaux. Ijes bra^ Ou membres àalcrieurs
du drapon-voiani ne diffèrent pas de ceui desléi»nb
ordinaiiY».
I21S
PTE
ET DE PALEONTOLOGIE.
PTE
ïîll
Les Yertëbrcs du con sont très-alongées et
sont sealeraent au nombre de six ou de
sept, tandis que chez les oiseaux il y en a
de nevi à vingt-trois. Les vertèbres dorsales,
chez ces derniers, varient aussi de sept à
onze seulement, tandis que chez les ptéro-
dactyles il y en a près de vingt. Les côtes
des ptérodactyles sont minces et filiformes
comme celles des lézards ; les côtes chez les
oiseaux sont plates et élargies, et portent
des apophyses récurrentes encore plus élar-
gies et qui ue se rencontrent ({ue dans cette
classe. Dans les pieds des oiseaux, les os
métatarsiens sont soudés en une seule
pièce, tandis que ces mêmes os chez le pté-
rodar^tyle demeurent au contraire parfaite-
ment distincts. Enfin le bassin diffère consi-
dérablement de celui d'un oiseau, et se rap-
proche au contraire du bassin d'un lézara;
et tous ces divers faits ne laissent aucun
doute sur la place que doit occuper le ptéro-
dactyle parmi les lézards, nonobstant les
rapports étroits qGO !a présence d'organes
du vol semblerait établir entre cet animal,
et les oiseaux ou les chauves-souris (868).
Le nombre et les proportions des os des
doigts aux membres antérieurs et posté-
rieurs chez le ptérodactyle exigent de nous
un examen détaillé; car leur concordance
avec ce que Ton observe dans les organes
corre«iiondants chez les lézards nous con-
duira ^ d'im|>ortanles conclusions.
Comnits fait isolé, c'est une chose qui sem-
Idera de bien peu d'importance que de sa-
voir si un lézard vivant ou un ptérodactyle
fossile ont leur auatrième doigt composé de
quatre ou bien de cinq pièces; mais qui-
conque aura la patience u étudier les détails
de cette structure y trouvera une nouvelle
application de ce principe général que des
faits en apparence minimes et dénues d'in-
térêt peuvent acquérir une haute importance
(808) Dans une espèce provcnam du lias deLymc-
Refais, le pCerodaclvius niacronvx {Céoloa Tratûact.
nouvelle série ec V, iij, pi. xxvn, p. 220), on reo-
conlre une disposition peu commune, dans le bat
de supporter une tétc lourde à restrcraité d*un long
cou, et de lui penneUrc des mouvements faciles.
Cette disposition consiste dans des tendons osseux
parallèles aux vertèbres cervicales, et pareils à ceux
qui longent le dos du cbevrotain pygmée {moêchus
fffftnttwi) et d*un grand nombre d oiseaux. Aucune
disposition pareille ne se rencontre chez les lézards
iDOdernes; tous ont le cou fort court, et aucune
disposition analogue n*cst nécessaire pour le sou-
tien de leur lète : celle coxiipensation apportée par
Texistenee de tendons à la faiblesse qui résulte de
ralongement du cou est un exemple de l>mploi dans
un ordre éteint des reptiles les plus anciens, d*un
mécanisme que nous retrouvons encore aujourd*bui
appliqué à produire les mêmes résultats sur d'autres
points de la colonne vertébrale , dans certaines es-
pèces de mammifères et d*uiseaux.
(869) Ainsi Cuvier a fait voir que dans le pt. lou"
ftrottnt et dans le pt, breriro$tris le quatrième
doigt se composait de quatre piialanges alongées, et
que Tabsence de la cinouième, ou plialange on-
guéale, s*explique par ce fait que son existence était
sans utilité Dans le pt, crassirostrh, d*après Gold-
fuss, cette phalange onguëale existe au quatrième
doigt qui se trouve ainsi en avoir cinq, cl c*est le
cinquième doigt qui s'alongi? pour soutenir Tailc ;
si on les met en rapport avec d'autres qui«
eux-mêmes, considérés isolément, semble-
raient également insignifiants. Il peut arri-
ver qne des détails de cette nature, étudiés
dans leurs rapports avec les organes ou les
proportions d'autres animaux , jettent une
vive' lumière sur des points du plus gracd
intérêt en physiologie, et se rattachent par
suite aux considérations les plus élevées de
la théologie naturelle. L'étude du membre
antérieur, chez les lézards actuels, nous fait
voir gue le nombre des phalanges s'accroît
régulièrement d*une , depuis le premier
doigt ou ponce qui a deux phalanges , jus-
qu'au troisième qui en a quatre. Or tel est
(irécisément l'arrangement numérique que
'on observe dans les trois premiers doigts
de la main du ptérodactyle.
Ces trois premiers doists du reptile fos-
sile s'accordent donc par leur structure avec
ceux du membre antérieur des lézards ac*
tuels; mais, comme le bras du ptérodactyle
devait être converti en un organe de vol»
les phalanges du quatrième ou du cin-
quième doigt ont pris un alongement consi-
dérable, dans le but de supporter une mem->
brane alaire (869).
Autant les os de Tailc du ptérodactyle of-
frent d'analogies dénombre et de propor-
tion avec ceux des membres antérieurs du
lézard, autant ils s'éloi;^nent complètement
Iiar leur arrangement des os qui constituent
es doigts extenseurs de l'aile de la chauve-
souris (870).
Le nombre des doigts dans les membres
postérieurs des ptérodactyles est ordinaire-
ment de quatre, le doi^t extérieur ou petit
doigt manquant; et st nous comparons,
pour le nombre et les proportions, ces
quatre doigts à ceux des lézards, noue trou-
vons , quant au nombre , un accord ^r^ssi
parfait que celui qui existe entre les mem-
mals au milieu de ces diverses modifications des
membres autérieurs on voit persister les nombre.*
normaux tels qu'ils existent dans le type des'.é-
zards.
Si, comme parait Tindiquer réchantilloo dessiné
par Goldfuss du pt. era$$iro$tri$^ c*était le cin-
auiéme doigt qui prenait un agrandissement insolite
dans le but de supporter la membrane alaire, comme
dans les lézards le nombre normal des phalanges
pour le dnquiéme doigt est de trots seulement, cous
en pouvons conclure que ce doigt alifère n'avait
non plus que trois phalanges. Dans rcrhautillon
fossile, les deux premières seules ont été conser-
vées, de telle sorte qne Taddition qu*a faite cet au-
teur d'une quatrième phalange au cinquième doigt
dans la figure restaurée nous semble peu d'acr:oril
avec Ten semble des analogies que présente cette es--
pèce, aussi bien que toutes celles qu*a décrites Cu-
vier.
(870) !>ans la chauve-souris le premier doigt ou
pouce est seul libre, et peut seul servir à Pauiroai
p::ur se suspendre ou pour ramper. Les bagnctt/'s
sur lesquelles l'aile est tendue sont formées par U*s
quatre autres doigts dont les os métacarpiens ont
pris un grand alongement et se terminent par du
petites phalanges. C'est là ime application de la
main des mammifères à la fonction du vol, toiit à
fait pareille à la modification de la main des \^
/.ard>, qui s'observe chez le ptérodactyle de rancieM
monde.
ît\h
PTK
DICTIONN.MRK Oh COSMOGOMK
PTE
«l(
Lres antérieurs. Dans Tun comme dans
Tiiulre genre, il y a deux phalanges au pre-
mier doigt ou pouce, trois au second, quatre
«a troisième, et cinq au quatrième. Et,
quant aux proportions, la pénultième pha-
lange est toujours la plus longue, et Tanté-
pénultième la plus courte; or c'est précisé-
ment là ce que Ton observe dans les mem-
bres postérieurs des lézards (871). Le but
apparent de cette place qu'occupent les pha-
)an)^es les iilus courtes dans le milieu de la
]on>^ueur aes doigts chez les lézards, est de
permetti-e à ces doigts une flexion plus con-
sidérable, pour qu ils puissent entourer et
étreindre des rameaux et des branches d'ar-
bres de dimensions diverses, ou s'appliquer
sur leo inégalités du sol et des rochers dans,
l'acte do courir ou de grimper (872).
De pareilles concordances dans le nombre
et dans les proportions des parties ne peu-
Tent devoir leur origine qu'a un plan pré-
paré à l'avance , pour c[ue chacune fût eu
liarmonie avacles fonctions spéciales qu'elle
HJevait remplir; elles nous permettent d'as-
si^er à un animai éteint la place précise
qu'il doit occuper dans une famille de rep-
tiles actuellement existante; et lorsque,
dans presque chacun des os qui composent
te squelette du ptérodactyle, nous rencon-
trons tant de particularités caractéristiques
de cette même famille, mais modiQées pré-
cisément autant que l'exigeait l'introduc-
tion d'une fonction nouvelle, la fonction du
Tol, nous sommes frappés de l'unité de plan
4:{ui domine chaque partie, et façonne pour
le but d'une locomotion aérienne des or-
gaties qui, dans tous les autres genres, sont
modifiés dans le sens d'une locomotion ter-»
restre ou aquatique.
La comparaison des extrémités posté-
rieures chez le ptérodactyle et chez la
chauve-souris nous fait voir que cette der-
nière, de même que presque tous les autres
mammifères, a trois phalanges h chaque
doigt, le pouce excepte, où il y en a deux
seulement. Mais les deux phalanges de ce
pouce sont égales en longueur aux trois de
chacun des autres doigts, de telle sorte que
les cinq ongles sont rangés sur une ligne
droite, et forment par cette disposition un
crochet multiple à Taide duquel l'animal
se suspend dans des antres, la tête en bas,
pendant toute la durée de ses longues pé-
«*iodes d'hibernation : le résultat de cet ar-
rangement, c'est que le poids de son corps
se partage également entre chacun de ses
-dix doigts. l7inégalité des doigts du ptéro-
dactyle a dû lui rendre impossible de ran-
imer ainsi ses griffes sur une seule ligne; et
comme d'ailleurs il ne lui eût pas sufli d'ua
(871) Si nous admeuons avec Goldfuss que le
:pL crnisirifstrii ail un doist postérieur de plus que
Ji'eii indique Cuvier pour les autres espèces de plé-
9*od9':lyIes, loin qu*il y ait là une violation des ana-
Sogies dont Tétude nous occupe maintenant, nous
«le pouvons y voir qu'un rapport de plus avec les
Jezards vivants; nous avons vu que cet animal dif-
^le en outre des autres ptérodactyles in ce que
C'C^t le cinquième doigt au lieu du' quatiième qui
ongle seulement p^our supporter pcnJaut un
long temps le poids du corps tout entier,
nous en pouvons conclure que les ptérodac-
tyles ne se suspendaient pas h la manière
des chauves-souris. Le volume et la foruio
des pieds, de la jambe et de la cuisse prou-
vent que ces animaux pouvaient se tenir
debout avec fermeté, les ailes, pliécs, et
} posséder ainsi une progression tout ana-
ogue à celle des oiseaux ; comme eux aussi,
ils ont pu se percher sur des arbres, ca
même temps qu'ils avaient la faculté da
grimper le long des rochers et des falaises
en s'aidant des pieds et des mains, comme lu
font aujourd'hui les chauves-souris et les
lézards.
Quant à leur régime, Cavier pense qu'il
se composait d'insectes, et la grandeur des
yeux le porte à conclure que c'étaient des
animaux nocturnes. La présence de grandes
libellules fossiles dans les mêmes carrières
de Solenhofen, où l'on rencontre le ptéro-
dactyle, et les.élylres de coléoptères oui ac-
compagnent les os do ces animaux dans U
calcaire oolitique de Stonestield ^rès d'Ox-
ford, prouvent qu'à la même époque exis-
taient de grands insectes qui pouvaient leur
servir de pAture. Parmi les lézards actueliv^-
ment existants, un grand nombre des es-
pèces les plus petites se nourrisent d*in-
secles; mais il en est aussi qui se nourris-
sent de chair, tandis que d'autres sont om-
nivores : et comme la grandeur et la forrb
de la tête et des dents chez les deux espèces
connues de ptérodactyles excèdent de beau-
coup ce qu'exigerait un régime insecti-
vore, on peut penser que les plus grandes
espèces se nourrissaient de uoissons, s.ir
lesquels ils se précipitaient a la manièrû
des hirondelles de mer. A en juger mène
par le volume énorme et la puissance de la
tête chez le pL cramroalris^ ce reptile
pouvait non-seulement saisir des poissons,
mais encore attaquer et dévorer les quelques
petites espèces de marsupiaux qui existaient
alors à la surface du globe.
L'étude que nous venons de faire du pté-
rodactyle nous a montré un des exemples
les plus frappants que puisse fournir lana-
tomie des animaux anciens de la constance
des lois de connexion qui existent entre les
espèces éteintes appartenant à la création
fossile et les êtres organisés qui peuplent
maintenant la surface du globe. Nous avons
vu les détails d'organes que leur petitesse
semblait dépouiller de toute valeur tirer
une importance majeure du eenre d'investi-
§ation que nous leur avons lai t subir. Ces
étails nous ont montré, non moins claire-
ment que les membres colossaux des qua*
s*agrai du pour supporter Taile.
fl esl cependant probable que le cinqnièroe doigt
postérieur n*avait que trois pbalanses, par les mê-
mes raisons qui nous ont détermines à assigner ce
nombre au cinguième doigt antérieur.
(872) Les doigts des oiseaux oiïreul un pareil ar-
I angement numérique des os, et dans un Lut tcwi
somblable.
1217
VU
ET DE PALEONTOLOGIE.
pcr
i2»
dropèdes les p!us gigantesques, une iucntité
numériquCt une concordance de proportions
qu'il nous est impossible de regarder comme
oes circonstances dues au hasard « et qui
prrmvent l'existence d'un but unique, un
plan calculé h TaTance, une cause première
intellisente de laquelle toutes ces existences
tirent leur origine. Nous avons tu que, d'un
côté, toutes les règles qui dominent l'orga-
nisation dans la famille actuelle des lézards
S8 montrent rigoureusement maintenues
dans les ptérodactyles, tandis que d'un
autre côté, à titre de lézards créés pour la
locomotion aérienne, comme les oiseaux et
les chauves-souns, chacun de leurs organes
en particulier a été habilement modifié en
rue de cette condition nouvelle. Nons nous
sommes arrêtés d'autant plus longtemps aux
détails de leurs mécanismes que notre pen-
sr'-e s'est trouvée reportée à des âges pins
excessivement reculés, et que nous y avons
reconnu la main d'un créateur commun, qui
ne se manifeste pas seulement dans les mé-
canismes de notre propre corps ou de celui
des myriades de créatures inférieures qui
s'agitent autour de nous, mais dont les soins
s'étendent même à la structure d'êtres qu'au
premier coup d'œil on pourrait prendre pour
un tissu de monstruosités.
PT£ROPODES, Voy. Gastéropodes
PUITS ARTÉSIENS. — (Homo) in peins ri-
^osexcidit. (Joo x.xviii, 10.) — On a donné
ce nom à des fontaines artificielles coulant
sans interruption et que l'on obtient en forant
un conduit étroit à travers des couches dé-
pourvues d'eau jusqu'aux couches plus basses
qui contiennent des nappes souterraines.
L'eau de ces dernières, soulevée par une pres-
sion hydrostatit]ue, s'élève dans le conduit et
fMrvient ainsi jusqu'à la surface* Le nom de
ces puits est tiré de celui de la province
d'Artois (Ariesium) ou depuis longtemps de
semblables moyens d'obtenir l'eau étaient
d'uD usa^e général.
Les puits artésiens sont de la plus haute
ioiportance et du plus grand usage dans cer-
tains districts bas et plats où l'eau ne peut
(875) Un des premiers puits artésiens aue Foo ait
crL'usés aux jiortcs de Londres, est celui de Norland-
IlouM>, an nord-oncst de Holland-House, creusé en
1794, et décrit d:ins les Transaciiom philoiophiques
(I»ndres, 1797). L*eau de ce puits provient des
couches de sable de la formation d*argile plastique;
mais les tuyaux sont tellement exposés à &re obs-
trués par lesable qu*entratnent les eaux de celte for-
mation que n:<iiiitenanl Ton préfère généralement
traTcrser ces couches sableuses, jusqu^â la craie
sous-jacente. L*ean s*éléve jusqu*a la surface du
sol des districts bas situés à Kouest de Londres,
dans le poits artésien qui se voit devant le palais
é|H8C0Bal à Fulliam, et dans celui du jardin de la
société d*borlicolture. On en a construit à Braiitford
plnsieurs semblables, dans lesquels Teau jaillit a
quelques pieds au-dessus de la su i face.
On a ebservé que cette hauteur à laquelle les eaux
«Vievent au-dessus du sol diminue à mesure que
«'accroît le nombre des puUH perpétuels, et qu>n les
■laltipliant au delà d*un certain degré, on arrire à
déterminer rëcoulemcnt des eaux avec une Tîtesas
être obtenue ni de sources superdeielles, ni
de puits ordinaires d'une profondeur mo*
dérée. 11 existe des sources de cette espèce^
que l'on désigne sous le nom.de blow toe/is,
sur la côte est du comté de Lincoln, dans le
district bas recouYerl d*argile compris en^
tre les plaines de craie des euTirons de
Louth et le bord de la mer. Ce district man-
auait absolument de sources jusqu'à ce que
1 on ait découvert qu'en perçant la couche
d'argile jusqu'à la craie sous-jacente, on ob-
tenait une fontaine, jaillissant même sans
interruption jusqu'à la hauteur de plusieurs
pieds au-dessus du sol
Dans le puits du roi creusé à Sheerness,
en 1781, à travers l'argile de Londres, et pé-
nétrant jusQu'aux couches sahleusc^s do la
formation d argile plastique, à la profondeur
de 330 pieds, ï eau s'élança violemment du
fond, et jaillit îusqu'à huit pieds au-dessus
de la surface. [Voyez les Transactions philo"
sophiques pour l'année 1784). Dans les an-
nées 182S e* 1829, deux puits artésiens
d'une construction plus parfaite ont été
creusés à une profondeur presque é^ale
dans les arsenaux de Portsmouth et de Gos-
port
Ces sortes de puits sont maintenant deve-
nus communs aux environs de Londres, où
l'on a obtenu dans plusieurs localités des
fontaines perpétuelles, en pénétrant profon-
dément, a travers l'argile de Londres, jus-
aue dans des lits perméables de la formation
'argile plastique, ou jusqu'à la craie (873).
MM. Héricart de Thury et Arago en
France, et Von Bruckmanu en Allemagne,
ont publié d'importants traités sur la ques-
tion des puits artésiens (87V). Il paraît qu'il
existe dans diverses parties de l'Europe des
districts étendus où, sous certaines condi-
ditions de structure géologique et à de cer-
tains niveaux, des fontaines artificielles peu-
vent jaillir à la surface des couches ou il
n'existe pas de fontaines naturelles , fournir
de l'eau en abondance pour les usages de
l'agriculture et de l'économie domestiqua, et
même pour mettre des machines en mouve-
tcllement supérieure â celle qu^elle possède dans les
interstices de la craie, que ces sortes de fontaines
ressent alors de couler, bien qne les eaux montent
dans leur intérieur, et se maintiennent presque de
niveau avec la surface du sol
Toutes les couches perméables sitoées plus bas
que cette ligne doivent être occupées par d<» nappes
souterraines permanentes, si Ton en excepte les
points où des failles on d^autres causes créent des
écoulements locaux. Là où il n*existe pas de cesécou-
lemenU, les eaux s*élévent, par Teflet de b pressîoii
lij«lrostaliqne, jusqu'au niveau de b ligne norizon-
tale dans toutes les perforations faites à travers
Tarsilede Londres, et pénétrent soit jusqu'aux lits
sabfeox de la formation d*argilc pkasliiiue, ou iusru a
la craie.
(874),IléKiCARTOE Tbuet, Considirations sur U
cûuu dm jaiUitaemeni des eau* des psi/s /or/f, 1829.
— Araco, ïioUi seienlifianes^ Annuaire pour l'^m
t8.>5. — Vo3i BrucksaXx, Cber Arthesiscke BrunnsM^
Ileiibronn aro Ncrkar, 1855.
1210
1»UI
DICTIONNAIRE DE COSliOGONIE
PUI
m
ment. Les quantités (reau que l'on obtient
de cette manière clans l'Artois, sont souvent
assez puissantes pour faire tourner des
moulins à ]M.
Dans le bassin tertiaire de Perpignan, et
dans la craie de Tours, les eaux forment des
sortes de rivières souterraines qui y exer-
cent de bas en haut d'énormes pressions. Il
existe un puits artésien dans te Roussillon,
dont l'eau s'élève de trente à cinquante
pieds au-dessus de la surface. A Perpignan
et à Tours, d'après M. Arago, la force ascen-
sionnelle de l'eau est telle qu'un boulet de
canon jeté dans le conduit d'un puits artésien
en est violemment rejeté par la force du
courant.
)n a tiré parti dans quelques localités delà
température élevée que possèdent les eaux
provenant de grandes profondeurs. Dans le
Wurtemberg, M, Von Bruckmann a employé
l'eau (le puits artésiens à échauffer une ma-
nufacture de papier à Heilbronn, et à préve-
nir pendant 1 hiver la formation de la glace
autour des roues motrices des moulins. On a
mis les mômes moyens en usage dans l'Al-
sace, et à Constadt, près de Stuttgard. On a
proposé d'appliquer la chaleur des sources
ascendantes au chauffage des serres. Depuis
longtemps les puits artésiens sont en usage
dans le duché de Modène, et on'en retire éga-
lement de grands avantages en Hollande, en
Chine (875) et dans l'Amérique du Nord. Il est
probable que grâce a ces sources artificielles
on pourrait trouver de l'eau sur beaucoup de
f)olnts des déserts de sable de l'Asie et de
*Afriaue; et il a été question d'en établir
une série le long de la grande route qui tra-
verse rislhme de Suez.
J'ai cru qu'il importait que je traitasse la
théorie des puits artésiens, par cette consi-
dération qu un emploi plus iréquent de ces
fontaines jaillissantes rendrait facile d'ob-
tenir de l'eau douce surplusisurs points du
(875) Un moyen économique de percer les puits
artésiens, et de sonder pour la recherche de la
houille ou pour toute autre cause, est celui qu*a mis
en pratique M. Sellow, aux environs de Saarhruck.
Au lieu du procédé lent et coûteux dans lequel on
emploie une série de barres de fer vissées les unes
a\] bout des autres, il emploie un lourd cylindre en
fonte, d*environ six pieds de long, avec un diamètre
de quatre pouces, armé à son extrémité inférieure
d'un ciseau tranchant, et entouré d*une chamire
creuse destinée à recevoir, au moyen de valves* les
détritus qui se forment dans Topération, et à les en-
traîner au dehors.
L'appareil est suspendu h Textrémité d'une forte
corde qui passe sur une roue ou sur une povlie cons-
truite au-dessus de Touverture dm troa. A chaque
mouvement qui élève ou abaisse la corde en len-
rbulant autour de la rotiez sa torsion suffit pour dé-
terminer un mouvement de rotation du cyimdre, et
varier aiD»î la pwHîon du ciseau tranchant.
Lorsque la chambre est remplie, Tappareil entier
est ramené à la surface pour y être nettoyé, puis
redescendu à Paide de la même roue. Ce procédé
était depuis longtemps mis «^n pratique par les Chi-
nois, lorsqu'on en a introduit Tuàage en Europe ; et
Ton assure que ce peuple a poussé ainsi ses travaux
de perforation jusqu'à une profondeur de mille
Uifits. N. Sellow a creusé avec ri«t tnstru:ne::t des
globe, et en particulier dans certains dis-
tricts bas et plais, où il n'existe pas d'autrej
moyens de se procurer cette nécessité pre-
mière de la vie; puis aussi jwir cet autre
motif que la théorie de leur mode d'action
rend compte de l'une des dispositions les
plus communes et les plus importantes dans
l'économie souterraine du globe, de celle
qui a pour but la production des sourcesna-
turcUes.
Ainsi le résultat de la disposition première
des couches combinée avec les bouleverse*
ments qu'elles ont subis depuis cette époque,
a été de convertir la croûte terrestre tout
. entière en un grand e* harmonieux appa-
reil d'hydraulique, qui concourt sans cesse
avec la mer et avec Tatmosphère pour ré-
partir l'eau douce sur toute la surface habi-
table de notre planète (876).
Parmi les résultats secondaires , et qui
sont un bienfait pour l'homme, de la part
accordée aux failles et aux dislocations des
couches dans le système d'arrangements cu-
rieux qui constitue l'économie souterraine
de notre planète, nous ne devons pas omet-
tre cette circonstance que c'est le plus sou-
vent par les tissures que les eaux minéraks
.ei thermales sont amenées à la surface, où
elles apportent un soulagement à plusieurs
des innrmités de l'espèce humaine (8T7).
« Ainsi toute cette merveilleuse hydrauli-
que dés sources et des rivières, et dans le
but d'en assurer le jeu continu, ce système
si admirablement coordonné des collines et
des vallées; cette alimentation tout à la fois
intermittente par la pluie d^s cieux, et
continue par d'inépuisables réservoirs qui
viennent se distribuer à la surface en des
milliers de fontaines dont le cours de s'ar-
rête jamais, ce sont là des arrangements qui
doivent nous frapper tout à la fois, et par
leur nature môme et par leur haute impor-
tance dans l'économie du globe. La terre et
conduits de dix-huit pouces de diamètre et de plu-
sieurs centaines de pieds de profondeur, a>:int poor
but la ventilation des mines de houille de SàarbrtiCÀ.
. L*emploi général de cette méthode substituée à ij
Eremière peut devenir d*une haute importance pu-
lique, surtout dans les cas où Ton aura à allei
chercher Peau à de grandes profondeurs.
(876) Les sources intermittentes, les puits à On
et a reflux, et beaucoup d'autres motoAes încgpdi*
rites dans les ptienomèaes hydranfiones des issoei
naturelles de Tcav à la surface de la terre, dépen*
dent d*acc'Kients locaux , tels que rinterposîtioo de
siphons, de cavités et d'autres causes de trop |»e«
d*m)portauce pour que nous en ayons déjà dû fain
mention dans les coups d'œil généraux que nous Te*
nous de jeter sur les causes auxquelles les sooroet
doivent leur origine.
(877) Le docteur Daubeny a fait voir qu*un grand
nombre de sources thermales les plus fréguenlÀï^
sortent de tissures situées sur les grandes bgiies de
dislocation des couches. — Daubeny , on fkertaa
springs. {Edimb, Phil, Journal, avril 1832, p. 41^*)
Le professeur Hoffmann a fait voir que Ton a\'ail
des exemples de ces Ossures situées dains Taie àt
vallées (Vélémtion^ et donnant naissance à drs caoi
ferrugineuses à Pyrmont et dans d*auln^ vallées Je
la Wosrphaiie.
IttI
PLI
ET DE TALEONTÛLOGIE.
Pli
liii
la mer sout dans de^ j[roportions si parfaites,
<]ue l'évaporation qui se fait à la surface de
1 une suflit à alimenter d*eau la surface de
Tauire, saas que la première en soit elle-
même appauvrie ; Tatmosphère a élé inter-
posée [ our être le Yéhicule de cette ma^ni-
nque et incessante circulation ; dans cette
évaporation, les eaux sont séparées de leur
5ol qui, d*une utilité majeure pour la con-
server à Tétat de pureté dans ia mer, les
rendait impropres au soutien de la vie dans
les animaux et les végétaux terrestres : ainsi
puriGées, et versées par les nuages sur la
surface de la terre, elles y répandent lalion-
dance, et elles j alimentent ces réservoirs
inépuisables d où elles retournent par les
sources et le^ rivières à leur océan natal. N'jr
a-t-il pas dans cette ensemble de faits, tant
de preuves d'une harmonie de moyens avec
leurs Gns, d*une sagesse providentielle, de
desseins pleins de bienveillance et d*unc
puissance iufinie, qu'il faudrait être atteint
oe folie, pour n'y pas reconnaître la preuve
des attributs les plus élevés du créateur ? »
(BccKLAKO, Leçon inaugurale^ 1819, p. là.)
Notice sur le puits artésien de Grenelle. —
Lorsqu'en Iffîi, M. Péligol, l'un des admi-
nistrateurs des hospices do Paris, eut la
pensée de tirer parti, dans l'iutérèt de son
administration, des sources minéraleS| dès
longtemps abandonnées, d*Enghien, il sentit
la nécessité de s assurer, avant tout , d'eau
potable, il fit venir de l'Artois un atelier
d*ouvriers sondeurs qui forèrent, avec une
peine que nulle difficulté ne justifiai tdj^ns un
terrain d'alluvion, le premier puits dit arié^
sien^ des environs de Paris» celui qui se voit
dans le grand jardin des bains crfinghien.
M. Mulot, serrurier jusqu'alors, et étranger
à l'art du sondage, habitait à Epinay ; il mit,
à voir creuser ce puits, un intérêt extraor-
dinaire, et dès lors sa vocation lui fut révé-
lée. Autrefois, le Corrège, devaut un tableau
de Raphaël, s'était écrié avec une noble con-
fiance en lui : Et moi aussi je suis peintre !
M. Mulot, devant l'œuvre des Artésiens,
semble s'être dit : Et moi aussi je suis <ofi-
deur! il exécuta sur-le-champ le second son
dage de la contrée, à Eçinày même, pour
niaciame la marquise de droslier, femme res-
pectable, qui, en produisant, comme il de-
vait l'être, cet habile sondeur en germe, a
acquis tant de droits à la reconnaissance de
l'industrie artésienne. Quant à M. Mulot,
son début fut un succès, et c'est en creusant
le moindre cuits de France, qu'il préluda à
l'œuvre de Grenelle, gigantesque par sa pro-
fondeur, merveilleuse par son produit, et
qu'il y attacha un nom qui, désormais, ne
périra pas plus que l'œuvre.
Ce que la nature £ait jar son essence
même, dans l'émission des eaux souterrai-
nes, l'art peut souvent l'obtenir aussi. Dans
le sujet que nous traitons, il peut percer la
terre jusqu'aux couches intérieures entre
les^juelles l'eau circule, et lafaire jaillir jus*
qu'au niveau du sol, où cçs couches, expo-
sées au contact de l'air, ont reçu l'eau du
ciel sous la forme de neige, de pluie ou
d'eau courante, qui, originairement, vient au
ciel aussi. En effet, malgré tous les systèmes
qui ont élé émis pour expliquer la source
des fontaines en général et celle des puits
forés en particulier, l'eau du ciel seule est
cette source cherchée ou rêvée ailleurs par
quelque mauvais physiciens ou par des écri-
vains systématiques.
La pluie est donc la vie de tout ce qui res-
pire. L'homme, l'aniical et la plante en ab»
sorbent une partie, réva|»oralion une autre,
et l'infiltration absorbe le reste de ce qui ne
forme pas les fleuves, les lacs et les mers.
Pour ne traiter que de l'absorption des
eaux pluviales par la terre, el2e s'opère lors-
que ces eaux tombent ou passent sur des
couches terrestres aptes à les retenir, telles
3ue celles de rochers à fissures nombreuses,
e craies fendillées, de sables perméaliles.
Le globi est composé de couches successi-
ves, de substances et de densités diverses,
et un espace de temps quelquefois considé-
rable s'est écoulé entre la formation decha.-
cune dVIIes. Si nulle révolution n'avait in-
terromi'iu l'ordre suivant lequel s'est opéré
ce grand travail d'enfantement , voici com-
ment on trouverait ces couches rangées par
toute la terre : les terrains primitifs ou le
noyau central, les terrains secondaires et
les terrains tertiaires.
. « Les terrains primitifs , dit M. Arago
(Annuaire 1833, 1834), sont peu ou rarement
stratifiés^ c'est-à-dire par couches. Les fentes
des rochers granitiques, les crevasses qu:
séparent chaque masse de la masse contiguè
ont, en général, peu de largeur et peu de
profondeur , et communiquent rarement
entre eWes. Dans ces terrains, les eaux d'in-
filtrations ne doivent donc avoir que des
trajets souterrains très-bornés. Chaque filet
liquide achève son cours, pour ainsi dire
isolément et sans se fortifier par l'addition
de filets voisins. En effet, dans ces terrains,
les sources sont très-multipliées, mais elles
sont faibles et sourdent toutes à de petites
distances de la région de laquelle l'infiltra-
tion des eaux pluviales s'est opérée. Ce ne
serait donc pas là qu'il faudrait aller cher*
cher des sources jaillissantes.
. « Les terrains secondaires sont composés
de diverses espèces de rochers. Ils affecteni,
en général, la forme d'immenses bassins;
c'est-à-dire qu'après avoir été de niveau dans
une grande étendue, ils éprouvent une dé-
pression au centre et se relèvent aux extré-
mités, de manière à circonscrire la nartie
horizontale dans une enceinte de collines
ou de montagnes. Les roches secondaires
sont disposées par couches, dont certaines
souvent fort épaisses, se composent de sables
en partie désagr^és et trés-perméables. Ces
couches perméables, en se relevant vers les
extrémités des bassins, se présentent à nu
sur les flancs des collines et des montagnes.
Les eaux pluviales y forment, par infiltra-
tion, des nappes liquides continues, qui, lors-
que les coucnes ont une forte déclivité, doi-
vent se mouvoir avec vitesse vers les parties
liasses. Parmi les terrains secondaires, il er
i^^
PUI
DICTIONNAUIË DE C0SM6G0NIS
PUI
m;
est tilt,' le calcaire crajcux, qui est sillonné
dans tous les sens, et particulièrement dans
ta partie supérieure, par des millions de fis-
sures. Les eaux pluviales peuvent donc le
traverser avec facilité quand elles Tattei-
gnent, et circuler dans sa masse jusqu^aui
-plus grandes profondeurs; c'est dans un ter-
rain do cette nature qu*ont été forés les puits
•dei^buen et celui de Grenelle.
^ «I Les terrains tertiaires sont stratiflés,
.c'est-à-dire composés d'un nombre plus ou
moins considérable de couches superposées
et séparées les unes des autres par des joints
nets et bien tranchés. Comme les terrains
secondaires sur lesquels ils posent, ils ont
la forme de bassins , mais en dimensions
d'ordinaire moins étendues, et ils doivent
^ussi cette forme, ou le plus souvent du
j&oins, au redressement les couches. C'est
en se redressant ainsi que les éléments
«constitutifs des terrains tertiaires ont fonné
la i)ordure de coteaux et de collines qui les
entourent.
fi Dans l'acte du redressement de la masse
totale de ces terrains, toutes ces couches, le
plus ordinairement, se déchirent, se mor-
cellent; il en résulte qu'elles sont a nu et
qu'elles se montrent au jour sur les flancs
et lesC sommets des collines. Dans fa série
de couches de diverses natures qui, ran-
gées en tout lieu suivant un ordre cons-
tant, composent les terrains tertiaires, se
trouvent à plusieurs étages, des couches
de sables perméables , que les eaux plu-
viales parcourent, d'abord dans la partie
très-inctinée en vertu de la pesanteur du li-
quide, ensuite dans les branches horizon-
tales, à raison de la pression exercée par
l'eau que les portions relevées des coucnes
.n*ont pas encore laissé écouler. 11 faut
donc s'attendre» en chamie localité, h trou-
ver au sein du massii tertiaire autant de
n^ippes liquides souterraines qu'on y comp-
tera d'étages distincts de couches sablon-
neuses reposant sur des couches imperméa-
bles.
' « Les terrains tertiaires sont plus aptes
-que les autres à l'établissement des puits
artésiens, par ce qu'ils contiennent toujours
h leur base des couches de sable surmon-
tées d'argiles imperméables, et parce qu'ils
sont moins sujets que les terrains plus an-
ciens aux phénomènes de dislocation qui
ilérangent l'harmonie de l'hydrographie
souterraine. Les couches y sont plus faciles
à observer. Si, du centre d'un bassin hj'-
drographique, on s'élève en suivant une
marche ihverse à celle de la pente des eaux ,
on voit que le pays s'élève aussi, et l'on
peut compter les affleurements des couches
successives de tous les dépdts superposés.
Ces affleurements sont visibles sur une tra-
versée d'autant plus large que les couches
seront plus puissantes ou moins inclinées.
« Au sein des massifs minéralogiques, il
y a tantôt plusieurs nappes liquides super-
posées et a peu près stationnaires, tantôt
des nappes d'eau courante, véritables ri-
vières souterraines, qui souvent circulent
avec rapidité dans oes intervalles compris
entre certaines couches imperméables, in-
tervalles que l'eau se fait elle-même en
désagrégeant les sables et en led entraînant
en ))artie. y
J'ai dit que l'eau C/Ourante a la surbt»
de la terre contribue à ^a formation des ré*
servoirs intérieurs et je le redis, parce
qu'ordinairement on ne le fait point remaN
quer. En effet, les rivières, dans le lit où
elles coulent, rencontrent nécessolretnent
les affleurements de qmelques coudies de
sabler ou de craie. £h bien, elles s'y inGI-
trent nécessairement aussi , et souvent
même elles y disparaissent sans retour. Les
exemples de ces faits sont par centaines. 11
y a donc de l'eau en abondance dans l'in-
térieur des terrains secondai res*et tertiaires.
Mais par quelle force jaillit-elle au dessus
du sot au commandement de rhomtne?
M. Arago va nous l'expliquer avec sa luci-
dité ordinaire
<( Si l'on verse de Peau dans un iujan
recourbé en forme d'U, dit le savant |Wj-
sicien, elle s'y met de niveau et se maintient
dans les deux branches k des hauteurs ver-
ticalai exactement égales entre elles. Su[v
posons que sa branche gauche communique
par le haut à un réservoir qui puisse l'en-
tretenir constamment pleine; que la bran-
che droite soit coupée par le bas; qu'il n'en
reste qu'une partie courbe, mais dirigée
verticalement, et que celle-ci enfin soit fer-
mée par un robinet : lorsque ce robinet sera
ouvert l'eau s'élancera en l'air par le tron-
çon de la branche coupée de droite, jusqu'à
la hauteur où elle s'élevait auand cette bran-
che existait tout entière. Elle remontera de
la quantité dont elle était descendue k partir
du niveau du réservoir qui alimente sans
r^sse la braache opposée.
« Les deux hypothèses ont été réalisées en
grand : la première dans les $outérai\ des
Turcs et dans la plupart des conduits ser-
vant à distribuer les eaux d'une soorre
élevée aux différents étages des maisons
d'une ^ille; la seconde, dans les conduits
souterrains destinés à former des jets-<i'eaa
dans les jardins d'agrément.
•c Lorsque les anciens voulaient amener
l'eau d'un coteau sur le coteau opposé, i^s
construisaient à grands frais , dans la vallée
intermédiaire, des ponts aqueducs. Les Turcs
résolvent le problème d'une manière plus
économique. Ils établissent, le long do
penchant du coteau d'où part la source, un
conduit descendant qui traverse ensuite 1^
vallée et qui remonte la pente du second
jusqu'à la hauteur, très a peu près, d'no
elle est descendue. »
Maintenant arrêtons le conduit, suitavao
la vallée, soit au milieu, soit même sur le
f penchant du côte opposé, et n'offrons ao
iquide dont il est rem()li qu'une issue re-
courbée vers le ciel : il jaillira verticalement
et d'autant plus naut que la source alimeo^
taire sera plus élevée. C'est un souléric
qui partant du haut du jet de Grenelle, t^
*K)rte l'eau sur la mon'agne Sainte-Ce»^
4fî5
PUI
ET DE PALEONTOLOGIE.
pm
122$
TÎève ; c'est un soutérazif dont le réservoir
est sur les hauteurs de ChaiUot, qui donne
le grand jet des Tuileries ; c'est un dfmi-
^ota^azt ascendant qui» à l'aide d'une pompe
foulante, élève jusqu'à l'aqueduc de Marfy,
f eau prise dans la Seine pour les besoins
de Versailles.
« Rappelons-nous maintenant la manière
dont la pluie pénètre dans les couches per-
oméables des terrains stratifiés ; n'oublions
•pas que c'est seulement sur le penchant des
collines ou à leur sommet, que ces couches
:se montrent à nu par leur tranche; que là
•est leur prise d'eau ; que ces couches aqui*
fères, après être descendues le lonç du flanc
•des coinnes qui les brisèrent jadis en les
soulevant, s'étendent horizontalement, ou à
peu près, dans les plaines; qu'elles sont
.souvent comme emprisonnées entre deux
couches imperméables de glaises, d'argiles
ou de roches; et nous concevrons l'exis-
tence de nappes liquides souterraines, qui
retrouvent naturellemeut dans les condi-
tions hydrostatiques dont les tuyaux de
conduite ordinaires, dont les soutérazinous
offirent des modèles artificiels ; et un trou de
:sonde pratiqué dans les vallées, à travers les
terrains supérieurs jusques et y compris la
plus élevée des couches imperméables en-
tre lesquelles une nappe aquifère est ren-
:fermée, deviendra la seconde branche da
tuyau en forme d'D proposé pour eiemple,
eu, si l'on veut, d'un soutérazi. Le liquide
s'élèvera dans ce trou de sonde à la hauteur
que la nappe correspondante conserve sur
(es flancs de la colline où elle a pris nais-
sance. Alors on concevra comment, dans
«o terrain horizontal donné, les eaux sou-
terraines, planées à divers étages, peuvent
avoir des forces ascensionnelles difi'erentes ;
alors chacun s'expliquera pourquoi la même
nappe jaiHit ici à une hauteUt, tandis que
t)lus loin elle ne monte pas jusqu'à la sur-
àce du sol. De simples inégalités de niveau
<]eviendront les causes suffisantes de toutes
ces dissemblances. »
Il faut dire cependant que la f^ure de
1*C, excellente pour démontrer sur le tableau
noir le mécanisme du simple jet d'eau, ne
suffit pas pour rendre raison de l'ascension de
l'eau dans le puits foré. Le grand dispensateur
des eaux du ciel, ^t omaM appendtt in mm-
Mura^ quando tfond}al fluviiê tegem^ ne trace
pas de simples U dans la terre. Dieu fait
descendre partout la rosée, il fait pleuvoir
Krtout, et conséquemment sur tous les
nls relevés d'un bassin géologique : les
couches perméables de ce t)assin viennent,
«!ommé les autres, affleurer le sol : elles re-
çoivent et transsudent donc par tous leurs
pores l'eau des rivières, des lacs et des
étangs qui se perdent en tout ou en partie,
et l'eau fluviale qui tombe sur la tranche
nue qu'elles montrent au sommet des bords
du bassin.
Par exemple, un lieu donne étant le
centre d'un bassin tertiaire semblable, ins-
crit dans un espace considérable et à peu
près circulaire, toutes les eaux qui tombe-
ront, toutes les rivières qui couleront, tous
les lacs qui reposeront sur la surface des
terrains sablonneux de ce cercle, arriveront
par infiltration au fond de en bassin. Ces
eaux s*y amasseront sans pouvoir jamais re-
monter au niveau du sol. Mais qu'en un lieu
quelconque de la superficie du bassin on
pratique un sondage jusqu'à la couche per-
méable de sables et de pierrailles, qui est
imprégnée de liquide à la manière d'une
éponge, l'eau, poussée vers le centre du
bassin par sa pesanteur propre et par le
poids de l'eau qui s*accumule sans cesse
derrière elle et sur elle, se soustrait néces-
sairement à celte double pression par le pas*
sfl^e perpendiculaire que la sonde lui aura
of&rt, et elle remontera dans ce trou, et
même dépassera son orifice pres()ue à la
hauteur de celui des bords du bassin qui est
le moins élevé.
Afin d'épuiser ce que l'od peut dire sur le
mécanisme de Tascension de l'eau dans un
puits foré, donnons ici, tout en demandant
grâce pour quelques redites inévitables, un
exemple en petit de ce que c'est qu un bassin
géologique.
Supposons un de ces vases qu'en chimie
on nomme capsuUê; qu'il soit le plus grand
et le plus évasé possible, et que ses bords
soient festonnés par des dentelures plus ou
moins égales et profondes. Mettons au fond
de ce vase une légère couche de sable; po-
sons^sur ce sable une seconde capsule d'une
moindre dimension, et dont les bords soient
moins élevés aussi que ceux de la première;
emplissons de même avec du sable, et ius-
qua l'affleurement des deux capsuliis, l'in-
tervalle qui les sépare, et nous aurons là
une couche perméable* entre deux couches
imperméables. Opérons aussi avec une troi-
sième, on aura deux couches perméables
entre trois imperméables, et ainsi de suite;
et toujours en diminuant leurs dimensions
et en abaissant leurs bords, dentelés, nous
aurons alors un bassin géologique en relief,
avec ses inégalités de surface et sa dépres-
sion au centre.
Représentons-nous ensuite notre relief
comme placé sous un réservoir d'eau, d'où
le liquide, sortant en quantité et à inter-
valles inégaux, ainsi que la pluie tombe,
passe au travers d*un tamis, et se répand
tantôt sur toute la surface du bassin, et tan-
tôt sur une partie seulement. Cel'e eau pé-
nétrera peu à peu les couches de sable :
par son poids, elle descendra au fond d c.^
capsules, et les pénétrera. Retenue entre 1 e
capsules qui sont imperméables, elle n*aur.
plus c|u'un mouvement passible, celui d'os -
cillation, c'est-à-dire d'ascension et d*at>aiss e
ment alternatifs, selon qu'il aura ou au'ii
n'aura point plu de tel ou tel autre côte d u
bassin : mais la nappe liquide sera toujours
au même niveau dans tout le pourtour des
couches perméables dont l'U ne représente
réellement qu'une coupe verticale.
Si la pluie continue au point que les cou-
ches perméables ne puissent plus rien absor-"
ber, l'eau en débordera, et, se répandant ^
DlGTlOHIf. DE CoSMOGeniB ET DK PÀl.6o?ITOL06fS,
39
«227
PUI
DICTiONNAlKE DK COSMOGONIE
PUI
i±^
la surface du bassin, elle y circulera en ruis-
seaux cl en rivières, enlrc les dentelures des
capsules ou couches imperméables, dentelu-
res qui représentent la$ vallées par lesquel-
les toute eau qui n*« point été évaporée ou in«
ilUrée se rend à la mer.
Maintenant, dohhohs un coup dé. sdride
en quelque li^u do la surface, de uotre bas-
sin que ce soit, et poussons Tinstrument jus*»
qu'au fond de celle des capsules où nous
croirons trouver le ieî qui nous conviendra
le mieux \^0VL^ son élévation, 3on abondance
et le degré de température de son eau; et
cette eau, sauf les anomalies possibles, en
sortira forcémjeat L)ar le tuyau que nous Iiii
aurons. envoyé. Elfe montera, parce qu elle
est prisonnière, et elle est captive, parce
qu'elle a à supporter le poids de Teau qui
pèse sur elle de toutes les parties supérieu-
res de la couche perméable et qui la con-
traiui, par conséquent, à entrer dans la voie
que nous lui avons ouverte, et où elle n'a à
vaincre que le poids infiniment moins lourd
de la colonne atmosphérique.
Je n'ai pas pu dire Icconomie générale
d'un bassin géolottque, sans avoir fait con-
naître, en particuaçr, la aisposition du bas-
sin dans lequellepiiitsde Grenelle a été foré»
et dont la sonde a mis au jdur la composition
que voici :
1» Un tèrraîh imiMre ou supercré-
ucé, formé do t^rre d*aSluvion ou
(te iranspôri, de sables, de lignites
pyriteux, de mamss, d*argiies
bleues, jaiMiei», etc.
i"" Une grande masse de craie blan-
che , altcrheni avec tics bancs de
silex pyroinaques très-durs.
5* Une craie gnsè ou tufïoaû, sans
silex, très-dui-c par places et irès-
diflicile à percer.
êi* Une craie blenâire k pvrites fer-
rugineuses, craie venlàtre argi-
leuse.
5* Une argile wcldiennc, un sable
vert argileux, nommé sable du
gauU, un sable argileux avec corçs
organisés fossiles, tels que véné>
ricardcs ; ammonites , peignes ,
gryphées, dents de Squales, etc. 4â
K48 mètres.
Selon l'usage des ingénieurs -sondeurs,
M. Mulot, pendant le forage de l'abattoir,
avait consprvé, dans un casle^, un spécimen
de chacune dçs terres que sa sondé traver-
sait, et dont il avait» avec soin, constaté là
nature et noté les épaisseurs, M. Bizet, con-
servateur des abattoirs, homme d'esprit et
de goût> eut un jour l'ingénieuse pensée dé
réunir ce& fragments, et, en les rétablissant
les uns $u^ les autres dans leur ancien
ordre géologique, d'eu composer le plan en
relief d'uû vide, jç veux dire du puits de
Grenelle. Il fit souffler pour cela un tube ou
colonne cylindrique, en verre, de la circon-
férence d une pièce de 5 francs» et haut de
5^8 millimètres, c'est-à-dire d'auXant de mil-
limètres que le sondage a de mètres, comme
lè témoigne une échelle métrique qui règne
4lmèires«
09
25
341
extérieurement dans toute la hauteur du
tube. Quand ce tube eut été implanté dans
un socle, il en couvrit le fond dun fonddô
glace polie pour figurer la nappe d*eau arté-
sienne. Sur i'eau ainsi représentée, il Com-
mença, à l'aidé de M. Mulot, à lempHf avec
les matières extraites du puits, mais dans
Tordre inversé à celui de leur extraction, et
en se conformant aveô scrupule, pour l'épais-
seur de chaque couche, a Téchelle tracée
sur le verre, et aux notes de lll. Mulot, véri-
fiées par M. Elîe de Beaumont. Ainsi, sur
la couche aquifêrè posent, cotnmé dans ia
nature :
i** Du sable ou gravier quartzettr de ht
mince couche âquîfère;
^^ Des argiles sableuses, etc.;
3^ De la craie, etc., et ainsi de éidtei en
remontant jusqu*au sommet dé M colonne
transparente, dotit là couché supérieure est
du sable pris sur le sol même de Taliàttoir,
De l'idée de faire connaître par un relief
la disposition des terrains d'alluVîon entra
eut, à celle d'assurer la perpétuité à ce fra-
gile monument par la gravure, il n*y avait
qu'un pas; M. Bizet le fit, et le relief désor-
mais ne périra pas tout entier. D'ailleurs,
l'état du casier de M. Mulot ayant permis à
M. Bizet d'eii tirer assez de matériaux pour
une seconde colonne, il Texécutâ avec un
égal succès, et il l'offrit à M. le préfet de la
Seine, dans les appartements de qui elle
attiré constamment les regards.
La géologie est forte aujourd'hui (f à^sèz
dç faits pour que l'on puisse à son aide
juger à l'avancé, d'abord, si l'on doit ou non
creuser dans un lieu donné, et c'est une obli-
Satipn de probité , pour un ingénieur-son -
eur, d'être bon géologue; ensuite, pour dé-
terminer à quelle profondeur, à peu près,
on rencontrera la nappe jaillissante; pour
désigner dans leur ordre et selon les locali-
tés, la nature et le nombre des teirains qu'il
faudra traverser; pour prévoir, iusqu'à un
certain point, les obstagies que 1 on aura à
vaincre; pour évaluer la hauteur à laquelle
l'eau jaSlira ; pour calculer le degré de cha-
leur qu'aura cette eau à soh issue; enfin,
pour obtenir, en creusant plus ou moins, un
j$t plus ou moins élevé en hauteur et en
température, et plus ou moins approprié,
par conséquent h l'usage qu'on veut Caire du
volume, de l'élévation, de la chute, de la
température, etc. i dé Teau fournie par
cejel.
Les forages artésiens ne s^enfreprennent
donc plus au hasard. On m cherche plus
d'eau jaillissante dai^s des lieux oà, par la
nature du sok il est certain d*avane^ que
l'on ne saurait en trouver. Par exemple , à
Grenelle, tout avait été préalablemeat étudié,
plusieurs circonstances essentielles avaient
été prévues, i'ea^ était atteaduc. âv/fot que
le premier coup de sonde eût ète irappé.
En 183?, le conseil municipal^ p4aétré de
cette vérité que la capitale manque d'eau«
non -seulement pour son embelussemeiilff
mais encore, ce qui est plus grave, {lour sa
salubrité et jpour les U3ages aeja vie» dé-
'-TTÎ .
î^m
l>UI
ET DR PÀLEOM'OLOGffi.
PUl
1230
cida en principe aue trois pnits artésiens y
^^craient creusés simulunément, et l'exécu-
tion fut confiée, poor celui du Gros-Caillou,
:\ MM. Flachat frères; celui du carrefour de
lleuiliy, à M. Degousée, et celui de la Ma-
ddeine, à M. Mulot. Mais ce qui a droit
ifétonner, c'est qu'il ne vota que 6,000 francs
pour chacun de ces sondages. Celle inexpli-
cable parcimonie eut Tettet qu'on devait en
attendre, elle fit avorter sur-le-chatnp le
projet.
M. Hntot, dont la sonde s'était déjà exer-
cée inutilement jusqu'à 170 mètres, à Su-
resses, chez M. de Rothschild; à 250 mètres,
à Châtres; à 390 mètres, à Laon, etc., dé-
montra, par sa propre expérience, que si
l'on ne se décidait point à descendre jus-
qu'au-dessous de la craie du terrain secon-
daire, on n'obtiendrait jamais une source
Jaillissante de quelque abondance, et il par-
Tinl à convaincre de celle vérité M. Em-
rnery, alors ingénieur en chef des eaux de
Paris. Le préfet de la Seine, M. de Bondy,
saisi de la question, prit conseil de ta science.
Ik s'adressa à M. le vicomte de Thury, à qui
M. Arago, interprète de la reconnaissance
1>ut>tique, se p*aft à rendre justice en rappe-
ant le rftie actif qnf 1 joua dans la croisade
de )â science artésienne contre l'ignorance
et l'apathie. Le magistrat trouva le savant
d*nn sentiment conforme, dans la théorie, à
celui que le sondeur avait émis dans la pra-
tique. Il lui demanda un rapport, que M. de
Thury lui soumit en effet, et dont les con-
clusions savamment déduites étaient, qu*on
ne trouverait d'eau jaillissante dans le bassin
géologique de Paris qu'entre 500 et 550 mè-
tres; et nous avons déjà vu qu'obéissante
aux prévisions de la science, elle a paru
à 5w mètres. Mais le conseil municipal
ne se rendit qu'à demi, et ne vola en-
core que 100,000 francs pour un perce-
ment de ^00 mètres. C'était trop pour un
essai; ce n'était point assez pour obtenir de
l'eau. Quoi qu'il en soit, les cinq aballoirs,
lieux de très-grande consommation d'eau,
coûtaient alors à la ville 34,000 francs envi-
ror par année pour leur approvisionnement;
il était donc naturel que radminislration
commençât, pour alléger ce chapitre oné-
reux de dépense, par forer dans 1 un de ces
at>attoirs le puits projeté, et M. de Rambu-
te^u, successeur de M. de Bondy, se décida
pour celui de Grenelle.
En conséquence, c'est là que, dans un
bassin existant au milieu de la cour, fut
donné le premier coup de sonde, le 30 no-
vembre ioâS, par M. Mulot, qui avait sou-
missionné celte ffrande entreprise. C'est là
qu'il a déployé 1 activité q[ui le caractérise,
an milieu des mécomptes inouïs et qui du-
rent souvent troubler son sommeil.
Le cahier des charges lui permettait de
pousser le percement jusqu'à iOO mètres,
après qu'il en aurait obtenu l'autorisation
<]a conseil municipal. A la fin de 1835, il
C'tait descendu à 400 mètres ; mais de cette
^jioque même datent les plus terribles mal-
lieurs que sondeur puisse éprouver. En 18&0,
arrivé à 500 mètres, il lui fallut solliciter
une nouvelle autorisation et un supplément
d'allocation; et comme rien ne vetiait au
gré de son impatience, M. Mulot, animé
d'un patriotisme trop rare de nos jours, dé-
clara qu'il poursuivrait le forage à ses frais,
et il reprit sa sonde. îl ne lui avait été al-
loué à grand'peîne que 263,000 francs. Il
prit presque M,000 francs sur sa propre for-
tune; il était prêt à dépasser celle somme;
il allait peut-être consommer sa ruine, lors-
que, le 26 février 1841, enfin l'eaii vint; et
M. Mulot recueillit, par uri succès qui dé-
{)osail en faveur de sa conviction profonde,
a récompense d'une générosité sans analo-
gue jusou'à lui, et à laqueile nous sommes
redevables d'un monument grand par lui-
même, autant quHI est précieux pour l'exem-
ple qu'il lègue à l'avenir de l'industrie arté-
sienne. Cet exemple, en effet, prouve que,
partout oû Ton voudra percer la couche
de craie dans les gisements où Ton saura
au'elle repose sur hne succession alternanle
'argiles, du gault et de sa|}Ies, oh trouvera
l'eau jaillissante. Pourquoi ne reprendrait-on
pas alors les sondages abandonnés deTroyes,
de ChAlellerault, de Sainl-André (Eure), de
Chartres, de TEcole-MiJi taire, etc.? Qui sait
si, dans certains dé ces son<iages, on ne s'est
point arrêté lorsqu'il n'y avait plus que quel-
ques mètres à forer?
Pendant les travaux, le public s'occupa
beaucoup de la question du jaiflissemer>t.
M. Arago, qui, appuyé sur sa haute raison,
n'a cessé un instant de soutenir dans le con-
seil municipal que le succès du puits (ie
l'abattoir était infaillible si l'on avait assi&z
de persévérance pour traverser toute la cou-
che de craie ; M. Arago, à qui l'on est par
conséguent redevable, non -seulement de
l'admirable puits obtenu, mais encore de
tous ceux que la cerlilude d'obtenir de l'eau
en abondance sous la craie va désormais
faire naître; M, Arago avait démontré, par
l'exemple de^ forages d'Elbeuf, où il avait
fait élever des tubes extérieurs jusqu'à la
hauteur de 25 à 27 mètrci, que si l'on ren-
contrait à Paris là même nappe d'eau, elle
arriverait à la surface dû sol. Il ajoutait :
« Si d'un puits d'Elbeuf , qui est à 8 mèlres
au-dessus de la met", l'eau pouvait s^élever
de ZD à 27 mètres au-dessus du sol, ce serait
donc à 33 ou 35 mètres au-dessus du niveau
de l'Océan. Or, Paris n'e$t qu'à 31 mèlres
au-dessus de ce mênie niveau» En tombant
donc dans la même nappé, Teau montera
au-dessus de la surface du sol paiisîeii^. »
Enfin, M. WalféWin savant physicien,
qui a fait avec M. Arago (yimyortafilcs ol)-
servations de température à brenelle, arri-
vait à la même conclusion ] ar une vôiç dif-
férente. En lé39 (novembre), il informait
J'Àbidémie des sciences qu'il s'était mis â la
recherche de l'un des points dinfiltrationdes
eau^, c'est-à-dire des endroits oîi les cou-
ches argileuses du çaull et des sables verts
inférieurs à la craie viennent affleurer la
surface du sol. Dans la pensv'c» que les cours
d'eau superficiels pouvaieni ôlre considérés
1331
PUI
DICTIONNAIIŒ DE COSMOGONIE
PCI
mt
lusqa'à un certain point, comme indices ex-
térieurs des cours souterrains, et remontant
la pente naturelle que suivent les eaux à la
surface du sol, et qui est indiquée par le
cours des sources de la Marne, de la Seine et
de leurs affluents, il avait cherché les limites
de la craie dans la direction du S.-E. de
' Paris; et dans le voisinage de Lusigny, à 18
kilomètres au delà de Troyes, il avait ren-
contré les argiles et les sables verts dans les-
quels se forment les orifices par où les eaux
commencent à s'infiltrer et a donner nais-
sance à la nappe d'eau que Ton espérait
trouver à Grenelle. Or, ce point est d envi-
ron 100 mètres plus élevé que le sol de l'a-
battoir ; et tous les endroits où ces sables
verts ont été observés, tels que la Charité
(Nièvre), Allichamps (Haute-Marne), Châ-
teau - Lavallière (Indre-et-Loire) , Parigné
(Sarthe), etc., sont dans des conditions à
peu près analogues. Ainsi, non-seule.nent
il y avait les plus fortes probabilités que l'on
trouverait une nappe d eau entre les argiles
inférieures à la craie , mais on pouvait pré-
sumer aussi, avec toute la certitude que
comportent les données physico - géologi-
ques, gue cette eau jaillirait à la surface du
sol. Disons enfin que M. Walferdin, ayant
rapporté de Lusigny du sable vert, que
M. Elie de Beaumont y avait déjà signalé,
celui qu'a ramené en dernier le sondage de
Grenelle lui a été reconnu absolument
identique.
Il y a plusieurs méthodes de forage. Une
des plus anciennes est celle des Chinois,
({ui n'ont jamais eu de puits d'eau douce
jaillissante, mais qui vont chercher, à la
corde, de l'eau salée, jusqu'à 500 ou 600
mètres de profondeur. Ce procédé, bon dans
un terrain de roches homogènes, ne con-
vient point à la conteiture des terrains de
l'Europe, qui sont un mélange de bancs des
matières les plus disparates et les plus dures.
Il est décrit par M. l'abbé Imbert, mission-
naire français , qui réside dans la province
de Kia-ting-fou. {Ann. de la propagation de
la foi, n" 16, janvier 1829.) Mis en pratique
il y a plusieurs années à l'Ecole Militaire,
jusqu'à 200 mètres, le sondage à la corde a
complètement échoué.
, Toutefois, M. Corberon, que ses succès
en Dauphiné ont rendu justement célèbre,
les obtient par le sondage à la corde, modiûé
et perfectionné. Les trous de sonde des
Suits artésiens sont maintenus par des tubes,
le sont ces tubes que M. Corberon fait des-
cendre dans le trou, à mesure qu'il s'appro-
fondit, et qu'il prend pour guides, en tenant
l'extrémité inférieure du dernier tube à
quelques centimètres seulement du fona.
Un mouton Ions d'un mètre dépasse à peine
le tube ou colonne qui l'enrerme; et le
reste de l'outil, glissant sur cette colonne,
se trouve guidé d'autant mieux, qu'il s'y
emboîte presque exactement.
Par une heureuse combinaison du pro-
cédé chinois à la corde et du système de
M. Corberon, le duché de Luxembourg et
la Westnhalie opèrent des sondages profonds
à peu de frais et en peu de temps. Dans cette
méthode, on supprime la plus grande partie
des barres en fer , à cause de leur poids et
de leur rigidité, et on les remplace par des
tiges en bois. Au lieu de fixer invariable-
ment le mouton au reste de la tige, on se
contente de le suspendre, et, adaptant une
sorte de coulisse sur cette tige, le mouton,
chaque fois qu'il rebondit et par le coDtre-
coup, peut glisser dans cette coulisse, sans
soulever la tige elle-même, de manière que
la masse principale de la tige reste ï peu
près immobile à chaque choc.
Le puits de saline de Lessingen, dans le
Luxembourg, a été creusé par ce procédé,
il y a quinze ans, par M. d'Oyenhausen,
jusqu'à 575 mètres, non en 300 jours, comme
on 1 a dit, sans doute par erreur, mais en
900 jours. Toutefois, s'il est abandonné,
comme on peut le conjecturer, il est infini-
ment plus cner, quoiqu'il ait coûté peu, que
le puits de Grenelle qui rapporte beaucoup.
Le même ingénieur a exécuté en Westpha-
lie, par le même système, et pour l'extrac-
tion du sel aussi, un puits de 6U mètres :
il n'a coûté que 178,800 fr., mais il n'est pas
tube. Si, de ce qu'a coûté le puits de Paris,
on déduisait la dépense occasionnée par le
tubage , {)eut-ëtre ne' serait-il pas plus cber
que le puits westphaiien.
Le forage proprement dit a été employé
seul à Grenelle, comme le plus en usage en
Europe, quoiqu'on y ait fait aussi à la corde
quelques essais que la nature des terrains a
rendus infructueux. Le forage consiste à ap-
puyé r fortement des outils de formes diverses,
niais différents du mouton contre le fond du
puits et à les faire tourner en même temps sur
eux-mêmes. La corde ne pouvant, à cause de
sa flexibilité, transmettre à l'outil le mou-
vement de rotation et tout à la fois le pres-
ser contre le fond, on l'a remplacée par un
manche rigide plus long que le puits lui-
même, et portant à son extrémité inférieure
l'instrument de forage. Ce manche, qui fait
saillie hors du puits, est ce qui constitue la
sonde artésienne, qui ainsi se compose d'une
série de tiges de fer de 8 mètres de long, eu*
trant l'une dans l'autre, et vissées ou bou-
tonnées. C'est à l'extrémité de cette tige,
ordinairement enfer creux, et qui, à me-
sure que l'ouvrage avance, s'allonge pir
l'addition d'autres tiges, qu'on fixeVinstru-
ment que l'on veut employer.
Dans les terrains sans consistance, tels
que l'argile, c'est, d'après la méthode de
M. Mulot, une tarière ou cuiller, cylindn'
creux, ouvert par le bas et armé d'un ber.
L'arçile se loge dans le cylindre pendant sâ
rotation, et est ramenée au dehors.
Dans les argiles et les sables rendus pres-
que liquides par l'eau qui les délaye, ou a
recours è une cuiller à soupape, cylindre
semblable au premier, mais dans l'inténeor
duquel se trouVe une ouverture d'un dia-
mètre moindre que celui du cylindre lui-
même : au-dessus de celte ouverture, ^
un lourd boulet mobile qui Ja ferme exac-
tement. Lorsque la cuiller s'enfonce, le »
1)33
Pli
ET DE PALEONTOLOGIE.
Ptl
i&i
ble, pressé par le poids qn'elle lui impose,
soulèTe le boulet et pénètre dans le cylin-
dre. UaiSy dès qne la sonde a cessé de tra-
Tailler et qu'on la remonte, le boulet retombe
par son seul poids et bouche Toritice. Alors,
la cuiller monte pleine, et on la yide. On
soutient les terres , pendant le forage, par
des tubes en fonte, en tAle et surtout en
cuiTre^ emboîtés Tun dans Tautre. Mais,
pour Ic^r ces tubes, il fout élargir le trou
primitii avec l'écarrissoir, cylindre massif,
garni à sa surface de lames de fer verticales,
dont l'effet est d'enlever circulairement les
terres et d'obtenir l'élargissement voulu.
Pour enfoncer les tubes, on se sert d'un
tampon, cvlindre muni par le haut d'uu re-
bord circulaire : le tube s'enchâsse dans le
cylindre jusqu'au rebord qui l'arrête, et on
le descend ainsi dans le puits. Nous avons
dit que les tubes allaient en diminuant de
diamètre, depuis le haut du trou de sonde
jusqu'en bas; si donc la profondeur dépasse
les prévisions de l'ingénieur, le diamètre
des tuyaux inférieurs devient tellement pe-
tit, que la sonde ne peut plus manœuvrer :
alors, il faut enlever tout le système de tubes
et le remplacer par un autre d'un diamètre
plus fort. L'instrument à retirer les tubes
est un taraud cylindrique à filet triangu-
laire qui s'engage dans le tube et permet
de le retirer.
Lorsque, après Avoir traversé le terrain
de transport, on est parvenu à la craie qui
sépare souvent des bancs de silex pjroma-
ç^ies de la plus grande dureté, la résistance
ne peut être vaincue que par le t«*é^n. Cet
instrument est divisé, à son extrémité infé-
rieure, en trois biseaux de longueurs inéga-
les : celui du milieu dépasse les deux autres.
Deux sont affilés dans le même sens, et le
troisième est dans l'autre, de manière que
dans quelque direction que le trépan tourne,
ses biseaux agissent sur la roche et la ré-
duisent en fragments, non sans qu elle ait
opposé une râistance qui souvent a tordu
les tiges, barres de fer a 6 centimètres d'é-
paisseur, et a brisé le trépan.
n liiut un outil spécial presque pour cha-
que nature de terrain. Dans les calcaires
crayeux, on a recours à la tarière rubanée.
Les marbres, les ^rès et plusieurs autres
substances réfractaires sont attaqués par
des ciseaux de formes variées, parlabou-
cbarde, ou par la poinle de diamant.
thiand le trou de sonde s'est déformé par
les éboulements, on lui rend sa forme cylin-
I drique avec l'alésoir à glaises ou l'alésoir à
* roches.
r Lorsque la tarière ordinaire ne peut faire
monter certains sables ou cailloux, il faut
recourir à l'entonnoir à sables ou au tire-
honrre.
Au surplus, chaque sondeur a quelques
outils qui lui sont particuliers. On trouve'
dans les Annalei de$ Mines, t. IV, p. 315,
une intéressante notice, ornée de figures,
fournie par M. Degousée, sur des outils dont
plusieurs ont été inventés par ce savant in-
^éoieur.et qui lui sont propre^;.
Mais aux obstacles naturels viennent sou-
vent se joindre des accidents qu'on ne pou-
vait prévoir et qui arrêtent tout à coup le
travail. Par exemple, en mai 1837, la sonde
était arrivée à plus de ^00 mètres, lorsque
la cuiller, surmontée d'une tige de 320 mè-
tres, tomba au fond du puits, avec une com-
motion et un bruit si terrible, que, dans le
voisinage, on crut à un tremblement de ;
terre. Tout fut brisé : cependant huit jours '
suffirent pour ramener la tige. Mais la diffi- î
culte de retirer la cuiller fut prodigieuse.
C*était un cylindre du diamètre entier du
trou de sonde, et il n'y avait aucun moyen
de le saisir. Il fallut se résoudre à élargir
le puits dans toute sa longueur avec Talé-
soir, et à sacrifier neuf mois à cette opéra-
tion. Enfin, on dégage la cuiller, outil long
de 7 mètres 50, des débris dont l'alésoir l'a-
vait recouverte, et on l'atteignit. Cinq mè-
tres en furent détruits avec des ciseaux ou
usés à la lime. Un taraud, inventé par
M. Mulot pour la conjoncture, fit une vis à
l'extrémité du débris qui restait, et, quand
ce débris fut assez solidement vissé, on Tex-
tirpa enfin, au bout de quatorze mois d'en-
sevelissement.
En avril 1840, un alésoir à lames tomba et
s'enfonça profondément dans la craie coow
pacte. Plusieurs mois furent employés à faire
un vide autour et à le retirer.
Une autre fois, ce fut une cuiller qui sa
détacha. L'ingénieur, fécond en ressources,
n'en continua pas moins le forage, en passant
à côté de l'obstacle et en logeant la cuiller
latéralement dans la couche argileuse que
le sondaee traversait alors.
Enfin le 26 février suivant, la sonde tomba
tout à coup de plusieurs mètres. M. Mulot
fils, qui était présent et qui pouvait toujours
redouter quelque nouveau malheur, s'écria r
La sonde est cassée encore, ou F eau va jaillir^
Et, en effet, on vit sortir presque aussitôt
une énorme colonne d'eau froide d'abord et
chaude ensuite , oui , par un orifice de 23*
centimètres au sol, donnait plus de h mil-
lions de litres par 24 heures, et venait d'une
profondeur de 548 mètres, et, par consé-
quent, de 517 mètres au-dessous de la mer.
Des accidents aussi multipliés, et que peu-
vent éprouver tous les sondeurs, seraient
plus que suffisants pour justifier celui de
Grenelle du reproche de lenteur qu'on lut
a quelquefois adressé. « Une fois dans la
grande masse de craie, » a-t-on dit, <r l'opé-
ration devait marcher toute seule, y» Mais,. |
en cela même, le public n'a point été juste, l
parce qu'en effet il n'est pas tenu de savoir ?
que cette craie est entremêlée, tantôt de •
bancs épais et nombreux de silex pyroma-
oues dont la dureté est proverbiale, tantôt
de dépôts de corps organisés fossiles, égale-
ment très-durs, tantôt enfin de terrains cal-
caires siliceux que les outils n'entament
qu'à grand'peine. Dans tous les cas, il v
aurait eu équité, de la part de ce public, a
ne pas donner huit ans h un travail qui en
a duré seulement sept, et ensuite, à tenii
compte surtout à l'ingénieur de quatre an*
•*
1335
PUi
DIGTIONNAIRE DE COSMOGONIE
PUI
m
années, ou emplov^e^ en puce perte pour
ravancement de rœuvre, à la* réparation
d'accidents imprévus 9 graves, et dont nous
n'avons rappelé qu'une partie : ou usées à
solliciter et à attendre les décisions d'une
administration qui» en masse, ne pouvait
avoir la science de quelques-uns de ses
membres, et aux yeux de qui, d'ailleurs,
la question d'argent était, à juste titre, une
considération du plus grand poids.
Je yiens de dire que l'eau du premier
jaillissement de Grenelle avait été froide
d'abord. Cette proposition, qui peut sur*
Prendre , s'explique toujours facilemeni,
endant tout le tebips qu'a duré le forage ,
la sonde a travaillé dans l'eau, qui provenait
naturellement des infiltrations souterraines,
à la manière dont ces infiltratious forment
les puits de nos maisons. Celte eau, qui se
tint constamment à la distance de 5 mètres
de l'orifice, était visible à l'oeil. Quand la
sonde eut enfin atteint la nappe jaillissante,
l'eau ascendante, en s'élevant dans le trou
de sonde , pousse devant elle toute l'eau
froide des sources froides, qui fut ainsi ex-
pulsée la première.
Indépendamment de la lenteur qu'appor-
tent à la prompte exécution d'un puits foré
d*une extrême profondeur , la réparation
des accidents imprévus, et la rencontre
inévitable de certains terrains, "il y a celle
Îpi e^t inhérente au procédé même du
orage.
Nous ftvons vu aue la sonde est une barre
ou tige de fer, longue de 8 mètres, et
Qu'elle peut s'allonger indéfiniment par
I addition dé tiges semblables , que l'on
visse ou boulonne les unes aubout des autres.
LorsQue l'on commence un forage, la tige
à laquelle sont adaptés la cuiller, le trépan
du le ciseau, a donc 8 mètres de longueur
sans l'outil. Elle pend sur le trou de sonde
du haut d'une chèvre qui la descend ; à l'ex-
trémité supérieure de la tige s'adapter une
aamvelle; et le tout est surpporté par vm câ-
. e AU moyen d'un anneau sur lequel tout«
là sonde pès^, de manière h ce que la maiàv*
velle lui imprimé une rotation que le o4bki
ne partage pa^.
Quand la cuiller est pleine de débris, on
remonte l'appareil assez promptement, paroe
que la tige est fort courte, et l'on vide
la cuiller. Lorsque , après avoir monté et
redescendu cette cuiller assez de fois pour
que la tige soit devenue trop courte par
I approfondissement du forage, on ajoute à
Tappareil une seconde tige de 8 mètres ,
![u on lui a vissée ou boulonnée, et chaque
bis qu'on a le trépan & faire agir, la cuilier
à vioer, etc., on remonte l'appareil qui a
désormais une longueur de 16 mètres , ea
dévissant les deux tiges, et en les revissant
ensuite jpour le redescendre. On comprend
que dé^k sa descente et son extraction ont
-exiçé plus de temps par ce vissement et œ
dévissement, que lorsqu'il n'avait qu'une
seule tige.
Enfin, h, mesure que la sonde enfonce en
travaillant, ajoule-t-on une troisième tige,
une quatrième, npe cinquième, etc. Y C'est
toujours en s'arrttant à visser et h détisser
une à une toutes les barres dont la sonde
s'allonge, et que la chèvre descend et monte
successivement. Cette maneeuvre, comman-
dée par k sondage et le curage, l'est aussi
par le tubage et les réparations, et alors elle
est incessante. Exercée dans un fora^ de
ikS mètres, comme à Grenelte, et avec des
difficultés qui croissent à mesure que Tap-
pareil s'allonge , faut-il s'étonner du temps
qu'exige un Sondage profond, M. de Hum-
holdt parle d'un puits foré en Pensylvanie,
qui est déjà è 622 mètres, et qu'on prétend
pousser jusqu'à 2,000. Il finira donc par y
avoir là 2â0 tiges à visser et à dévisser u
nombre de fois incalculable. Qu'il arrife k
ce puits le quai't seulement des accidents
survenus à Grenelle, quel temps ne faudra-
Iril nas pour y porter remède et pour termi-
ner Vœuvrel
Il faut dire, toutefois, qu'à Grenelle, où
M. Mulot s'est servi d'une chèvre très-éle-
vée, il a pu travailler, du moins jusqu è la
profondeur de 300 à 350 mètres, en ne dé-
vissant ses barres que de deux en deui. Les
ingénieurs sondeurs nomment manœuvra
l'aTléè et le retour d'une chaîna de tiges.
Chacune des dernières manœuvres de Gre-
nelle avait la dorée de six à sept heures, et
quelquefois elleétait inutile. En PensjWanie,
si toutofois le puits commencé s'achève, les
dernières manœuvres coûteront cbacooe
plusieurs jours de travail. Plus la profon-
deur d'un puits augmente, plus ses tiges
doivent être fortes. Elles ont uni, à Grenene,
par peser ensemble trente *un milliers de
kilogrammes; que pèseront-elles ra P^n-
sylvanieî
Un des plus grands pradvits cd^tenus jus-
qu'à présent par. la sonde, et ea même temps
cplui oui monte de k plus ^nde profon-
deur d où une source artifioielle ait jamais
jailli, e^est celui de Grenelle, qui, à^
mètres de jet, est encore de 60 ponces d'eia
à la minute. Cette abondance même a bit
naître dans quelques eaprits la crainte qu'elle
n'allit s'affaiblissant. Toyiitnfms, on a pour
garant du contrab'e les iniits d'Ëlbenf , qui
sont alimentés par )a même nappe, et qui»
creusés depuis plusieurs années, donneal
toi^ours la même quantité d'eau ; (m a pour
garant ceux de l'Artois, qtii sont bien autre-
ment anciens* M. de Lamartine dte les trois
Cuits foré3 de Salomon , dans la plaine de
yr» qui débordent eneore anjourd'iiai àt
la même quantité quà leur origine, el qoi
sont toujours les principales sources de l'ap-
provisionnement d'^au de cette antique et
célèbre ville ; et nouB en citerons ailleurs de
plus anciens emcope. La pluie étant, ^^
nous l'avons vu, l'unique source des jets l^
tésienf , on peut 4 voir k certitude qv'ils se
tariront pas t^^ ^ttt'il pleuvra, et tant que
]^ pluie formera les rivières qoi canlent sur
le sol sablonneux ou cak^aîM oà ses }^
s'alimentent.
Disons cependant, au sujet die la diff^
d'un forage artésien, une vérité sur tofiW
1237
PLI
ET DE PALEONTOLOGIE.
PDI
liM
la Uiéone et la pratique sont d'accord : c'est
qu'un puits nouveau peut en dlTaiblir un
autre, s'il en est trop rapproché. A Elbeuf le
Euits de H. H. Quesné a éprouvé une nota-
le et subite diminution au moment où la
sonde a atteint la couche aquifère dans le
Sercement de la place Saint-Louis. En 1835,
[. Dégousée fit, à l'abattoir de Tours, un
puits qui, pendant quelque temps, ne varia
Îas; mais deux autres ayant éie forés, fun
saint Eloi, et Tau Ire à l'hôpital, le produit
de l'ancien diminua d'un tiers. A la brasse-
rie dq Tours, le même sondeur fit un puits
Auprès d'un autre plus ancien qui perdit tout
i coup 700 litres d eau par minute.
Dans une autre circonstance, on a observé
la singulière coïncidence d'un effet de ce
Ïenre, combiné avec un effet contraire,
iusi, à une lieu de Tours, trois puits ont
été forés pour servir de moteurs au moulin
& farine (te la Ville-aux-Dames ; le deuxième
à aui^menté le produit du premier, sans que
le troisième ait a^i sur le produit du second.
Mais ces trois puits réunis ont enlevé les
eaux du quartier de cavalerie , qui ne sont
plus que de 30 litres {yar minute.
ti donc on a coutume de dire qu'à Tours,
Ibeuf, etc., certains puits donnent tou-
jours la même quantité d'eau, il faut que ce
50it en convenant (^ue c'est par un plus
Srand nombre d'orifices quand la quantité
e puits augmente dans un espace restreint.
Des sondages multipliés à l'infini dans une
nappe donnée peuvent $e nuire réciproque-
ment, mais la nappe restera toujours la
iBiêmc. Le partage qui se lait entre les puits
jjô différentes époques ne saurait donc prou-
Ver raOaiblisseipenl du réservoir qui les
alimente. EnGn des puits qui tireraient leur
eau d^ nappes faibles ou peu profondes
pourraient diminuer ou tarir dans des temps
do grande sécheresse^ comme ceux qui
é^rouveraienl quelques dégradations à rinté-
feur pourraient ou s'épuiser ou se détruire
la longue. Ceux de la gare de Saint-.Quen
ont à peu près cessé de jaillir, sans doute
i>ar un vice de construction, tel qu'un tubage
loiparfiiit, ou même Tabsence d'un tubage.
Le puits de la poste à $aint-De»is a jeté
d^'abord un énorme volume d'eau, provenant
Ue la réunion dejs sources de plusieurs ni-
veaux différents. Sa diminution a été rapide,
probablement par son défaut de tubage ,
tandis que cette opération importante eût
obvié à l'inconvénient de la communication
des sources.
Si l'affaiblissement de quelques puits peut
^tre attribué à leur multiplicité dans un
es|)ace circonscrit, le Tice du tubage est une
autre cause de cet affaiblissement. Les puits
de Tours et d'Elbeuf, dont le produit a lo
moins varié, sont ceux dont le tubage est le
plus complet, el ceux surtout où il est exé-
cuté, en cuivre, dans toute sa profondeur ;
timt il est Vrai que l'abondance et ta durée
d*un puits artéfjen reposent essentiellement
sur un lion tubage. Convenons cependant que,
paîgré des précautions bien prises, la per-
foration des tuyaux par une oxydation quel-
quefois impossible à prévenir, ou par un
accident difficile à prévoir, peut-être aussi
la cause de l'affaiblissement ou même de la
destruction d'un puits bien fait du reste.
A Grenelle, pour arriver à la couche jail-
lissante, on avait emplové d'abord des tubes
de forte tôle de diamètres décroissants )^
mesure que la profondeur augmentait, hà
Ibragè s'est ouvert avec 2 mètres de tubes de
fm. 31 de diamètre, et a été continué avec
48 fnèlres tubes de 0,30; 200 mètres tui)es
de 0,24; 187 mètres tubes de 0,17.-11 mè-
tres n'étalent point tubes.
Aujourd'hui le tubage est très à peu près
complet, il est exécuté en ier galvanisé.
On exprime géi^éralement le regret de ee
que le jaillissement de Grenelle ne se voit
pas de l'extérieur. Il faut en prendre soo
6arti, cela ne sera peut être jamais possible,
lui n'a vu ce qui se passe aux deux lontaines
de la place Louis XV, lorsaue règne le vea(
d^ouest, qui est presque habituel à Paris, ft
qui souvent y est impétueux ? L'eau chassé4|
au loin ne retombe plus dans les bassins, ^
cependant ces fontaines, comparées au mo-
nument de Grenelle, sont presque à ras de
$ol. 11 en serait de même et pis encore à Cîre-
lielle; à la prodigieuse hauteur où son eaii^
s'élève, elle serait emportée si absolument,
que le service en éprouverait de fréquentes
et de totales interruptions. Aujourd'hui
même, tout ras d'orifice que soit tenu })âp
calcul le jaillissement, il arrive souvent en-
core que teaiXf saisie dès sa sortie de ce)
oriûce, par le Teut d'ouest, est emporlée.
jusqu'au delà du ^Rond-Poû^ de l'A vécue
de3 Invalider
L'importance d^ la tempécaioiie d'une eau
artésienne est trop {urande, pour ^ue nous
passions sous silence les expériences fiûtes k
(irenelle à ce sujet
Le i^obe terrestre a une cbaleuc qui lui est
f)ropre et qui est indépendante de ceUe que
.e soleil peut lui communiquer k l'exté-
rieur. A mesure que rc-n piètre dans les
entrailles de la terre, eu ye capprocbe du
foyer de cette chaleur internei et par consé-
Ïuent on. sent la température s accroltce.
et accroissement est uaiversel, et il a lieu
suivant une progression constante dans toutes
Ie3 parties du globe où Ton a pu en faire
Texpérience. Ainsi, dans les mines métalli-
fères de Saxe, de Bobên^e, de Cornwailt du
Mexique, de Bretagne, à Poullaoen, dans les
profondes houillères de notre t^siA septen-
trional, etc., les thermon^ètres placés dans
des endroits ovjit l'air n'est pa^ cenouveléw ont
tipinjours indiqua une température çcoissaotie
4 mesure que Ton descendait. Quoiqu'on
soit loin d'être d'accord sur la quantité dOQi
cette chaleur croit avec la profointeiKt puis-
qu ou a trouvé un degré cenligra4e d'aocroîs-
sement pour kk mètres de profondeur, dans
certains cas, et dans d'autres 44^ mètres seu-
lement, on peut estimer, en moyenne, l'aug-
mentation de la température à un degi?é>par
30 mètres d'approfondissement en terre.
Le forage Je Grenelle olfrait uae belle oc-
casion pour (aire ûçs expériences à ce sujet«
lâS9
pm
DIGTIONxNAdlË DE COSMOGONIE
pur
im
MM. Arago et Walfetdin ta mirent à profit,
en so servant des thermomètres à déverse-
ment, instruments ingénieux, inventés par
M. Walferdin lui-même. Après une longue
série d*observations faites pendant le cours
du soudage, ils ont constaté qu*en moyenne
l'accroissement de la température, dans le
terrain de craie sous le sol de Paris, était
d'un degré pour 31 mètres environ, et ce ré-
sultat a été confirmé par la température de
27,70 qu'accuse l'eau qui jaillit deS48 mètres,
en tenant compte de la perte, à peine appré-
ciable, qu'elle éprouve avant d'ariver a la
surface du sol.
Dans l'impatience où l'on était de jouir du
bienfait de l'eau jaillissante , on s'est plaint
de ce qu'il avait fallu aller si loin chercher
la nappe artésienne. Maintenant, il est à re-
gretter que cette profondeur ne soit pas plus
grande, et de 1,000 mètres, par exemple;
on aurait obtenu une eau chaude à plus de
M degrés. Enfin c'est la certitude cle cette
loi d'accroissement qui a suggéré la pensée
de creuser au Jardin-des-Plantes, un puits
dont l'eau, tirée d'une grande profondeur et
élevée par des tuyaux dans les serres, y en-
tretiendrait, toute l'année, une atmosphère
douce et constante, et présenterait d'autres
avantages dont nous ferons, plus loin, valoir
les principaux. M. Mulot a fait de ce grand
percement l'objet d'une proposition au gou-
vernement.
* Plusieurs sources chaudes, trouvées par
la sonde cependant, n'obéissent pas à la loi
générale que nous venons de faire connaître.
M. Degousée, excellent observateur, M. De-
gousée, dans les mines de sel de Nobem,
auprès de Francfort-sur-lc-Mein, a foré un
puits de 52 mètres, dont la source , salée,
était chaude à 45 degrés : anomalie qui peut
s'expliquer par le passage de Teau de cette
source près d'un foyer incandescent, ou
d'un centre de décomposition de pyrites.
Comme les puits artésiens varient en pro-
fondeur, ils varient en produits et ils donnent
de l'eau en proiwrtion, non de cette profon-
deur, mais de I abondance de la couche aqui-
fère où la sonde s'arrête ; mais une lois en
activité ils n'éprouvent guère de variations.
Bélidor dit que la fontaine artésienne du
monastère de Saint-André, dont l'eau s'éle-
vait è 11 pieds au-dessus de terre, fournis-
sait 100 tonnes d'eau par heure. Sans savoir
à quoi estimer cette quantité en mètres, on
peui croire qu'elle était considérable; mais
on sait du moins qu'elle coule encore à plein
tuyau. Le plus ancien puits artésien connu
en France, celui de Lillers, remonte à l'an-
née 1126, au temps de Louis le Gros. L'uni-
formité et l'abondance de son cours parais-
sent n'avoir jamais varié. Mais pour expri-
mer avec quelque précision le produit des
sources artésiennes, il faudrait, entre autres
éléments d'appréciation, contre la force d'im-
Fulsion de 1 eau ascendante, le diamètre de
orifice qui lui donne issue, l'élévation au-
dessus du sol où le jaugeage a été opéré, etc/
Quand M. Degousée dit qirau puits du quar-
tier de cavalerie à Tours, l'eau, lors de sa
f
Sremière émission , a été jaugée à 2 mètre* i
u sol, et qu'à cette hauteur elle était de
1,000 litres cubes par minute ; quand M. Mu-
lot dit qu'à Grenelle l'eau, jaugée au nivedu
du terrain, équivalait à 2,300 litres : on a lit
un commencement d'éléments. Mais si, danF
les auteurs que l'on consulte, on voit pou»
produit, sans autre détail , ici telle quantité
d'eau par minute, là telle autre, etc., on ne
sait à peu près rien : tes éléments du juge-
ment disant défaut à la fois.
U en est de même, et pis peut-être encore,
pour la fixation de l'élévation des jets; caril
n*est pas un seul, de ceux surtout qui don-
nent une grande masse d'eau, au'on ne puisse
élever plus qu'il ne l'est d'habitude pour k
parti qu'on veut eu tirer. On ne peut pa$
plus assigner la hauteur à laquelle ils mon-
tent que le volume de leur produit. Certai-
nement, lorsqu'on décidait qu'un sondage
serait entrepris à Grenelle, personne ne son-
geait à en envoyer le produit au point cul-
minant de la montagne Sainte-GenevièTe.
Fournir d'eau l'abattoir était tout ce qu'on
pouvait désirer. Mais À l'abondance de la
source et à la force d'ascension du jet, on
vit bientôt l'immense parti que l'on pouiait
tirer de cette puissante émission, et Ton
éleva l'orifice du tube jusqu'au niveau delà
montagne.
Eh bien, ce qui est arrivé à Grenelle pou^
fait avoir lieu presque à tous les puits abon-
dants, si le besoin le voulait aussi. Le beao
fmits de M. Galignani, à Soisy-sous-Etioles,
bré par M. Degousée, arrivé à 6 mètres de
jaillissement, est abandonné à lui-même,
mais son volume, à sa base, étant considé-
rable, il s'élèverait certainement au-dessus
de sa hauteur actuelle, si on le voulait. Mais
dire simplement qu'à Bethune, à Lille, à
Saint-André, à Tours, au Roussillon, etc>,
Teau jaillit à telle ou telle hauteur, c'est à
peu près ne rien dire. Ces jets, servant en
Sénéral de moteurs dans des usines, noot
û être élevés que jusqu'au point où ils
pouvaient rendre ce genre de service. Di-
sons de celui de Grenelle, dont l'eau, si elle
était prise à une hauteur convenable et din-
gée dans*une turbine, équivaudrait à une
puissance de 60 chevaux ; disons de celui de
Grenelle qu'il a été porté à 36 mètres, parce
qu'on n'avait besoin, que de cette hauteur
pour atteindre l'Estrafiade, mais qu'il pour-
rait être beaucoup plus élevé encore. Mais
outre que ce serait nécessairement au détri-
ment de la quantité d'eau, l'exhaussement
indéfini du tube extérieur ascendant néces-
siterait d*abord un écbafaudase, et ensuite
une colonne d'enveloppe quon ne pour-
rait peut-être plus, du moins la charoenle,
protéger contre l'effort du vent : d'où lou
jeut inférer que l'on ne saura jamais bien
; usqu'à quel degré pourrait monter dans lajf
a dernière goutte d'un jet artésien considé-
rable. .
Voici quelques exemples de la hauteur «
à laquelle M. Mulot a fait travailler^ quel-
ques jets artésiens qui pourraient s'él^^
plus haut.
t.
f. r--.
I«ll
ptJI
ET DE PALEONTOLOGIE.
put
till
Chez M. Join-Lainbert, h Elbeuf , le jet,
mesuré au sol» rend 2,100 litres cubes par
minute. U dcTient moteur à 8 mètres 32
eentimètres, et il ne donne plus alors que
1,700 litres.
Chez MM. Geoflfroi et Cbalamel, à Saint-
Denis, au sol, rend 2,100 litres cubes par
minute; il traTaille à 3 mètres 25 centimè-
tres et est réduite 700 litres.
Chez M. Champcûseau, à Tours, à 0 mètre
50 centimètres du sol : le produit est ' de
4,000 litres par minute, et à 6 mètres, hau-
teur où le jet entre dans le résenroir, il est
encore de 1,800 litres.
Chez M. le comte de Richemont des Bas-
sjns, à Cangé, à 2 mètres 15 centimètres au-
dessus du pré, le produit du forage est de
2,200 litres, et à 6 mètres 50 centimètres,
où il travaitle, il n'est plus que de 1,600 li-
tres par minute.
M. Degousée» à qui les ressources de son
art sont familières aussi, a été quelquefois
contraint, par les localités, à aller chercher
plus haut encore la force motrice. A la bras-
serie, à Tours , il a fait tra?ailîer Teau à
9 mètres du sol, et, aux moulins de la Ville-
aui-Dames, près de Tours, il a monté i 10
mètres Tagent du mouvement.
L*eau des puits artésiens, tombée originai-
rement du ciel, dans un état cle puretépar-
Cute, sur les surfaces de sable ou de craie
qui Tout absorbée , n*a pu s*y charger
des parties étrangères, et quelquefois mal-
saines, gue les eaux courantes tiennent en
suspension. D*un autre côté ces eaux cou-
ranteSi qui sont pour beaucoup aussi dans
la formation des réseryoirs artésiens, n*ont
pu arriver dans ces grandes profondeurs
sans subir, au milieu des terrains perméa-
bles, un filtrag|e qui les a épurées à Tégal
des eaux de pluie. L'eau artésienne est donc
la plus limpide et la plus salubre que Ton
poisse désirer. Celle de Grenelle surtout est
aussi précieuse par ses qualités que par sou
abondance. Analysée par MM. Payen et Pe-
louze, ils ont constate qu'elle ne contient
pas un atome de sulfate de chaux, *et que par
conséquent elle est éminemment propre à
tous les usages domestiques et industriels, à
la dissolution du savon, à la teinture, à la
cnisson dés légumes, et surtout à la boisson.
Sous ce dernier rapport même elle reçoit
un hommage assez singulier, pour que nous
le fassions connaître. L ambassadeur de Tur-
3 nie envoie, tous les deux jours, un de ses
omestiques h Grenelle, avec mission de lui
apporter une cruche d'eau du puits foré.
• L absence de toutes matières étrangères, et
I en particulier du sulfate de chaux ou de plâ-
• tre, rend cette eau précieuse pour l'alimen-
tation des chaudières des machines à vapeur,
qui n'étant plus sujettes à se revêtir in-
térieurement, comme les bouilloires de nos
cuisines, de couches souvent fort épaisses
de sels terreux, vaporiseront l'eau plus
promptement, à moins de frais de combus-
tible , et seront moins exposées à éclater.
Seite e?.\u Duricée par le filtre des matiè-
res qu'elle tient en suspension, contient sur
100,000 parties ;
Carbonate de chaux, 6,80
Carbonate de magnésie, 1 ,4S
Bicarbonate de potasse, 3,96
Sulfate de potasse, i,90
Chlorure de potassium, 1,09
Silice, 0,57
Substance jaune, O^OS
Matières organiques aïoiëes, 0,24
14,30
Sur 100,000 parties aussi, l'eau de la Seine
contient 18 cinquièmes de matières en dis-
solution, ou 30 pour 100 de plus.
La sonde du foreur, quoiqu'elle ait eu
pour principal emploi dans l'origine la re-
cherche de l'eau, s'applique presque aussi
souvent aujourd'hui a celle de la marne, de
ia houille, de Tanthracite du sel, de l'as-
Iihalte, du bitume, du pifltre, etc., que d'ail-
eurs elle rencontre souvent quand elle
cherchait auîre ciiose. Mais si elle aide à
découvrir une partie des richesses que recela
la terre, l'eau qu'elle donne, outre sa pro-
priété, comme eau d*é(re éminemment po-
table, est douée d'autres propriétés encore
qui ne sont pas moins précieuses. On ra-
cnerche, et souvent à grands frais, un jet ar-
tésien, tantôt pouvant faire le moteur d'un
appareil mécanique, tantôt pour lui imposer
les fonctions de modérateur de la tempéra-
ture, tantôt enfin pour lui demander des ser-
vices que l'on solliciterait vainement de l'eau
courante.
A Gonéhem, près de Béthune, les eaux
jaillissantes de quatre trous de sonde font
mouvoir les meules d'un moulin.
Cinq autres sondages réunis rendent le
même service à Saint -Pol.
A Fontes, auprès d'Aire, dix puits forés
mettent en mouvement les soufuets et les
martaux d'une clouterie considérable.
A Cançé, près de Tours, un forage arrose
une prairie de 100 arpents, et un second
fidt mouvoir une machine hvdrauliaue des-
tinée à élever l'eau du Cher a 60 mètres sur
le plateau qu'elle féconde.
A Tours, à Eibeuf, à Rouen, théâtres du
triomphe de l'eau artésienne comme force
motrice, elle donne le mouvement à une
multitude d'usines. Elle emplit les augets
des machines à fouler, les chaudières à tein*
dre, les bassins à dégorger, etc.
Les moulins à fanne de la Ville-aux-Da-
mes, près de Tours, sont mus par trois puits
qui élèvent l'eau k dix mètres de chute.
A Bages, en Roussillou, M. Durand, que
le besoin d'eau pour lui-même a fait son*
deur, et sondeur habile, a appliqué à l'irri-
Sation de ses vastes propriétés et au service
'un moulin à huile et d'une distillerie, les
sources jaillissantes qu'il vient d'obtenir.
Ces applications nouvelles de l'eau arté-
sienne à nndustrie età l'agriculture sont d'au-
tant plus à propager, que, par sa température
élevée, cette eau obvie aux inconvénients
du chômage. Avec une eau tiède, jamais mo-
icur jii machine ne gè\enX pendant l'hiver;
i343
PUI
DICTIONNAIRE DE COSMOÇOME
|>¥T
154*
avec 9pa eau dont rémission est invariable
ét'coustante, jamais séL-heresse ne condamne
au repos pendant Tété.
Dans le Wurtemberg, M. Bruckmann, en
faisant circuler, le long de tuyaux métalli-
ques de l'eau à 12 degrés provenant d'un
fmits foré, est parvenu \ établir à 8 degrés
a température de divers ateliers, quand le
thermbflftètre extérieur marquait 18 au-des-
sous de glace. C'est ainsi que, passant un
jour ë'biver à Chaudcs-Aigues, en Auver-
gne, j'ai vu des chambres sans cheminées,
et des maisons entières, chauffées par la va-
peur des eaux minérales qui y circulent;
soit à découvert dans les rez-de-chaussée,
soit dans des tuyaux pour les étages supé-
rieurs.
Il arrive souvent, ians les temps de grandes
pluies, que le travail des papeteries $oit in-
terrompu à cause de l'impureté des eaux.
Ces chômages forcés h*exi$lent pas dans les
lieux où I on se sert d'eau jaillissante, dont
rien ne trouble jamais la limpidité. Les pa-
Seleries des Marais et de Sainte-5f arle, auprès
e Coulommiers, sont de ce nombre. Elles
ont constamment de beaux produits avec
Teau des puits qu'elles ont fait creuser par
M Mulot.
La belle végétation du cresson d^ns les
ruisseaux oîi iiçxîste des sources naturelles
dont la lèropéralure est toujours douce comme
dans les cressonnières artificielles d'Errurth,
gui, dit-Qp, rappportent cent mille écus par
an, cette belle végétation, dis-je, a donné en
plusieurs endroits l'idée d'amener des eaux
artésiennes dans d'autres cressonnières, A
Saint-(Jratieu, près d'Ënghien, douze puitç
ont été forés par Af. Mulot uniquement pour
la culture du cresson.
Les Uns de choix, destinés à la ftibrication
des p.us belles baptistes des linons, des
dentelles, etc., sont rouis en Flandre avec
des précautions particulières. Il existe dans
une seule commune, entre Valenciennes et
pouai, diix h dou^e routoirs alimentés cha-
cun par une fontaine artésienne. On a cru
femarquer que la limpidité et la constante
température des eaux de ces fontaines étaient
favorables à la dissolution des gommes rési-
neuses dé la plante.
Daas les étangs,' les ""poissons meurent
Vhiver par de trop grands froids, et l'été ils
J souèTrent par le dessèchement. En y ver-
sant le produit de sources artésiennes, on en
attiédit Teau et l'on en augmente le volume
selon la nécessité. Autour de l'étang de
Montmorency, qui avait besoin d'ailleui^ç
d'un surcrott d'eau pour obvier au chômage
du mouliq dEnghien,onafait pratiquer par
H. Degousée plusieurs sondages, dont trois
ensemble n-ont pas coûté 1,600 francs.
M n*esi presque point d'endroit où l'on ue
puisse amener et retenir en lavoir Teau
d'une source Jaillissante, et ce bel emploi
dp l'eau, M. Qiampoiseau en a le premier
donné l'exemple à Tours. Après avoir profité
dé l'eau pour sa filature de soie et pour l'a-
igrémentdeson jardin, il Ta envoyée dans un
2,
quartier populeux de la tilici former un la-
voir public.
A combien d'autres usage^c^ucore n'appli-
querait-on pas la chaleur des ^ai^x j«iiti^san-
tes, qui égale quelquefois celle de ji vapeur,
Sue dans les nfianufiacture^ qq ^it circuler
ans des tuyaux conduite avec. ar4 poHr en
chauffer les ateliers 1' Ce qu'a i^it M. bruck-
mann, on le prauqun dèj^ dans quelques
serres ou orangeries, çt ou le pratiquera*!*»"
grand au Jardin-des-Flanles, a P^ns, si l'on
y faisait le sondage projeté.
Ne pourrait-ou pas construire des thermes
ui seraient desservis en hiver comme en
té par une eau toujours tiède, se renouve-
lant sans cesse, comme aux bains de Louesch,
en Valais; des bassini$ enfin, dont les di-
mensions serafent telles qu*ort pût s'y livrer
en tout temps h l'exercice de la' natation?
De sages règlements interdisent le feu
aux bibliothèques et aux musées : on n'y
peut donc travailler durant l'hiver. De sim-
ples tuyaux d'eau artésienne pareraient è
cet incouvéuient et établiraient dans ces
\$anGtuaires des seteucea et des arts une
températuro qui en permettrait Taccèset aui
serait favorable aussi à la conservation des
livres, des tableaux, des dessins, etc.
La nécessi té de rester ia t6te nue dans les
églises catholiques en r^nd la fréquentation
dangereuse pendant l'hiver. L'eau jaillis-
sante, tirép aune grande profondeur étdis-
j|ribuée par des conduits ^ nombreuses ùr-
conyolutio^Si leur {)rocurerait assez de cha-
leur pour qu'on n'y fût plus incommodé
par le froid qû par rliumidité.
Cette eau rendrait le mëq^e service aux
l^ôpitaux, aux hosmces^ aux prisons, aux
galles d'asile, auxcc^Iéges, ^ux cours publics,
é^ux casernes et % tous les lieux possii)Ies de
féunion.
V Mais il e$t un point (le yUO surtout sous
lequel Teuu d'une température élevée doit
être \a nlus vivement déiiréte, et particuliè-
rement a Paris :c'e^t sous celui de ses avan-
tages hygié^iiques. I^ous l'evons d^'à fait
voir ç^mme pouvant chauffer les hospices h
les hôpitaux, il faut la montrer ^çorc don-
nant avec économie et libéralité desbams
chauds & toutQ heure, non-seulement aux
malades que la charité publique soiRue dans
cqs lieux, tristes témoins de tp.utes Tes souf-
frances physiques, ne Tliommà, inais encore
par les bornes-fontaines, ^\^\ mAUde$ des
3uartiers pauvres et populeu^^* (> eau du son-
âge du Jardin-des-Plantes fépandrait ce
bienfait inappréciable, et sçra^t 1^ solution
d une des plus intéressantes questions d'hu-
ipanité.
PUUIONIBRANGHES. f ey . G4aTfo0f0f»Es.
PU8BY (le B'). interprét^Uon d» récit y/*
nésmque. -^ Yotf. Hucklihd.
PYRAMIDES n'ÉGtPTE bâties avec des
PIERDES EXTRAtrÈS DES TERRAmS TBRTlAlBES.
— Voy» MacpieD; 8ub fin,
PYTHAGO^Ê, son ^stivl^ — (f<V. Géo-
LOGtK.
na
R£P
ET DE PALBMtQLOGiB.
REP
m6
R
RAIES. Fojf. Poissowfl.
RASPE. Foy. Géologib.
RAY. Vay, G^ologis.
REFROIDISSEMENT m la tbrks a l*ori-
ét?iB. Voy, Rots (Marquis de).
RÉFUTATIONS dbs théou» gosvoco-
HiQCKs SUR LA Gmèêt; ce qoi les justifie. —
Fotr. Debrevhe, tiiA /In.
RENOUVELLEMENT des fadhss. Foy.
ESFftCBS FOSSILBS.
REPTILES. — Cette espèce d'ftnîmaax
Tertébrés offre, à l'état fossile, des restes
nombreux. On peut citer ce$ squelettes com-
plets, dont touCes les parties osseuses sont
en rapport, et qu'on a rencontrés dans l'étage
du lias à Lyme-Regis (Angleterre), où, quel-
quefois, a?ec les os en position, se mon-
traient, pour ainsi dire, les tendons et jus-
qu'à cectains points, des restes, des vestiges
ae fibres tendineuses ou musculaires. Quand
on ne rencontre pas de squelette entier, on
troure des tètes complètes avec leurs dents
on des séries de vertèbres encore placées les
unes près des autres. Les os dispersés et
le« dents de reptiles sont très-répandus dans
les courbes jurassiques crétacées et ter*
ttaires.
Les écailtosde quelques espèces sont bien
plus rares. Des œufs de tortue se sont mon*
très dans les calcaires fiiluniens de la Gi-
ronde. Les reptilte ont laissé des emprein-
tes (Âysiologiques. 11 existe des empreiates
de pas de tortues dans Télage oonckylien.
Bes empreintes de pas de Sauriens ont été
également recueilKes dans le noaveau grès
rouge de Grînsiil , près de Sbrewsbury et
sur beaucoup d'autres points; entre autres,
le ehirûîhmium^ reptile qu'on ne peut rap-
porter nettement à aucune série.
Les reptiles sont aussi les animaux qui ont
laissé le f^lus de ooprolilea, ou de restes fos^
siles de digestions. Bans les étages jurassi-
3ues, crétacés et tertiaires d'Angleterre et
e France, on en rencontre de remarquables
par leur forme arrondie, souvent contour-
née.
On divise les reptiles en quatre ordres.
PsEntn ommc. Chétcnienê. — Nous pen-
sons qu'en suivant l'exemple de quelques
auteurs, on peut diviser les chéloniens en
quatre fanilles qui eilrent des restes fos-
siles.
Première famiHe : ToTiu€s ierrtsireê et
ftHustren. — On connaît, de cette division,
on genre perdu, maya/ocAefyt, Gautley et
Falconer, remarquable par ses dimensions;
quelques fragments conservés au Musée bri-
tannique inoiquent un earamace qui a dA
avoir plus de six mètres de longueur, ren-
contrés dans l'étage falunîen de l'Himalaya.
On doit peut-être rapporter aux tortues
terrestres kis emfMreintes physiologiques de
pas trouvées, en particulier, dan3 Téiaga
concbylien de Corocockle-Mueir, comté cfe
Dumfries (Ecosse), et à La|K)sbanga, sur les
frontière$ de la Transylvanie.
Des ossements de tortue, teslttdoj ont été
rencontrés à StonesfieW, dans l'étage batho-
nien, une espèce dans l'étage sénonien cré-
tacé de l'Amérique Septentrionale, deux dans
Fétage falunien, et quelques autres dans l'é-
tage subapennin de Montpellier, de Nice, du
Brésil.
Deuxième famille : Tortues patusire$. —
Elles ont les doigts distincts, palmés à leur
base, et la carapace entièrement solide et
ovalaire, mais ordinairement beaucoup plus
déprimée que dans la famille précédente. On
rapporte à cette division quelques genres
Serdus : le g. idiochdgs, Meyer, dont on
onnalt deux espèces dans /étage oxfordien
de Kelheim.
Le g. eurysternum , Meyer, de Fétage ox-
fordien de dolenhofen.
Le g. tretosternon^ Owen ; une espèce
de Télage uécomien de Purbecl (Angle-
terre).
Le ff. testudinUes. Weiss , des cavernes
du Brésil.
Les genres encore existants qu*on cite à
|*état fbssile, sont : lé g. émyM^ Duméril ,
qui a montré deux espèces dans Tétage hira-
méridgien de Solenre; deux autres dans l'é-
tage néoconien d'Obemtirchen et de Maids-
fone (Angleterre); trois sont de l'étape ter-
tiaire pari3içn, cinq de Tétage falunien, et
quelques autres de l'étage subapennin ou
des cavernes.
Le g. chelydra, Scbweiger; on en cite une
espèce.dans l'état falunien d*OEningen.
Le g. phitmySf Wagler; une esnèce de
Tétage jurassique himroéridgien d Angle-
terre et de Suisse, et deux eapèces de l'élage
parisien, de Sheppy et de Bruxelles.
Le g. c/emmys, Wagler ; deux espèces sont
de l'éta^ fiilunien.
Troisième ftmill^ : Tartua fluviaiHei. —
On connaît, de cette division, un genre perdu,
9spydûneciei , Meyer, qui contient une es-
pèce de Tétage falunien et un genre encore
vivant, iryonix^ Geoffroy, qui a montré trois
espèces dans TétaKO concbylien de Dor|)at,
une Jans Tétage Tiasieo des terrains ju-
rassiques. Les terrains tertiaires en ont
montré une dans l'étage suessonien, une
autre daa$ l'étape parisien, trois dans l'étage
falunien et quelques autres dans l'étage sub*
apennin.
Quatrième famille : J[ortua marineê. —
On connaitde cette division uu genre perdu,
nUxj Meyer, dont une espèce est propre à
i étage jurassique oxfordien de Kelbeim. Le
genre encore e^stant est le g. cAelonta,
Brongniart, qui « montré des traces dans Fé^
iiif
REP
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
AEP
liig
tage triasique conchylien. Les terrains ju-
rassiques en ont offert deux espèces dans
rétame portlandien ; les terrains crétacés en
renfe>*ment plusieurs dans l'étage néocomien
de Tilgate, des traces dans Tétage cénoma-
nien, plusieurs espèces dans Tetage séno-
nien de Maêstricbt; les terrains tertiaires
en montrent six espèces dans l'étage pari-
sien, puis quelques autres dans les étages
suivants.
Deuxiâme ordre. Saun>n5. —A l'exception
de quelques genres, tels que les crocodilus
et les alligator^ tous les autres genres de
sauriens fossiles ont complètement disparu
de la surface de la terre ; et bien que leurs
caractères, comme sauriens, soient tranchés
dans le plus grand nombre, à peine oserait-on
admettre, pour quelques-uns d'entre eux,
des rapprocnements avec les groupes actuels.
Les formes de plusieurs de ces genres sont
bizarres , extraordinaires ; il en est dont la
structure semble sortir des types généraux
d'organisation de la faune actuelle et même
des &unes éteintes. Enfin , tandis que dans
les autres classes, les genres éteints peu
nombreux étaient, en quelque sorte, subor-
donnés aux genres vivants en nombre beau-
coup plus considérable, autour desquels ils
pouvaient aisément se grouper, dans les
sauriens, au contraire, les genres éteints sont
infiniment plus nombreux que les genres
vivants , et plusieurs de ces genres forment
des groupes tout à fait distincts , qu'on ne
peut, en aucune manière , rapprocher des
groupes vivants. Du reste , les genres qui
ont encore leurs analogues dans la nature
actuelle ne se trouvent que dans les divisions
supérieures des terrains stratifiés, c'est-à-
dire, dans les divisions dont tous les types
organiques se rapprochent plus ou moins de
ceux de la création actuelle. (Foy. Croco-
dile, Iguanodon, Ichthtosàure, Mégàlau-
SÀURE, Mosasàcjre, PlAsiosaure, Ptérodac-
tyle, Sauriens, Tortues.)
Troisiâmb ordre. Ophydiens ou serpents.
— L'ordre n'est représenté à l'état fossile
2ue par un genre perdu, le genre palœophiSf
^wen, dont une espèce se trouve dans l'étage
parisien de Sheppy, une autre dans l'étage
falunien de Suffofk ; dès lors toutes deux des
terrains tertiaires d'Angleterre.
Les genres encore existants ne sont pas plus
nombreux ; on a rapporté au genre crotalus
deux espèces de l'étage parisien de Belgique;
au çenre coluber^ une espèce de l'étape fa-
lunien, et quatre de l'étage subapennin ; au
genre ophis^ une espèce de l'étage subapen-
nin.
On a décrit comme genre éteint dans la
famille des salamandres , le genre andriasf
Tschudi , fondé sur la fameuse salamandre
gigantesque des schistes de l'étage subapen-
nin d'CKningen, qu'un naturaliste allemand
d'une grande réputation, Scheuchtzer, à
décrit sous le nom de homo diluvii testis^
}>eDsant reconnaître dans ce fossile un sque-
elte humain. Depuis, Cuvier, le premier,
démontra Terreur dans laauelle était tombé
Scheuchtzer. La taille de cette espèce est
de 1 mètre 50 centimètre de long.
Les genres encore existants rencontrés
fossiles sont le genre satamandra^ dont on a
trouvé des ossements dans les étages falunien
et subapennin. Le genre triton de létage
falunien de Sansan et subapennin.
Comparaison générale. — l^s mammifères
et les oiseaux , comparés au tableau de la
répartition chronologique des reptiles i la
surface de la terre, montrent des résultats
bien différents. Ici , depuis leur première
apparition sur le globe à la fin des terrains
patéozoïques, les reptiles occupent presque
tous les étases géologiques , sans montrer
néanmoins de progression croissante réga-
lière de formes; car les genres qui, à tous
les étages , restent en arrière et s'éteignent
dans les Ages passés , sont trois fois plus
nombreux que ceux qui arrivent à l'époque
actuelle. Ainsi, chez ces derniers, c'est pour
ainsi dire, un remplacement successif de
formes animales dont î^s unes éphémères;
les autres plus persistantes, durent plus ou
moins, mais font place les uues aux autres,
depuis les époques anciennes jusau'à nos
jours. Si , sans préiuger des généralités qui
vont suivre, nous cnerchons quelle peut être
la cause de cette répartition différente, entre
les mammifères, les oiseaux et les reptiles,
nous croirons la trouver dans un seul fait
qui tient à l'organisation. £n effet, comment
vivent aujourd hui tous les genres de rej)-
tiles fossilQs que nous voyons arriver jusqu'à
l'époque actuelle? D'après Tobservatioa di-
recte, nous savons qu'a l'exception des cft^
lonia^ ils sont tous terrestres, ou des eaux
douces, et qu'ils respirent l'air en nature;
comme les oiseaux et les mammifères. Si
nous nous posons la même question pour les
genres de reptiles perdus antérieurs auxle^
rains tertiaires, nous verrons , au contraire,
par les gisements où ils ont été trouvés, qu'ils
sont tous des mers, ou du littoral maritime.
Nousinsistons sur ce faitqui, nous lecroyons,
est la cause de la différence de répartition
générale qui existe entre les reptiles et les
vertébrés supérieurs, puisque nous la trou-
vons marquée dans toutes les séries animales
qui contiennent à la fois des êtres marins
et des êtres terrestres ou fluviatiles.
Comparaison des ordres entre eux. — Po^r
nous assurer si les diverses séries des reptiles
sont réparties d'une manière uniforme, nous
allons les comparer entre elles, en commen-
çant par les plus anciennes.
Les sauriens représentés aujourd'hui par
les crocodiles et par les lézards, sont les pre-
miers reptiles qui aient paru à la surface d«
la terre avec l'étage carboniférien des ter-
rains paléozoïques ; ils sont plus nombreux
dans les terrains triasiques; ont eu leur
maximum de développement dans les ter-
rains jurassiques ; ont diminué ensuite de
nombre avec les terrains crétacés , pour ne
plus montrer qu'un seul genre dans les ter-
rains tertiaires. Nous pouvons donc dire qn«
cette série est dans une période décroissante^
depuis les terrains jurassiques jusqu a i«
'♦a.
fi49
HEP
ET DE PALEONTOLOGIE.
REP
i250
poque tclaelle ; car on ne peut comparer
^ les crocodiles, les i($uaoes et les autres
* reptiles terrestres de notre époque à ces
énormes sauriens , qui couTraient le litto-
ral maritime des anciens continents, à ces
géants aquatiques qui, à J'épomie des terrains
jurassiques , pouvaient rivaliser , dans les
mers, avec nos énormes cétacés. En descen-
dant jusqu aux familles si différentes les
unes des autres dans cet ordre, nous trou-
verons encore des résultats plus curieux ;
puisque, sur six familles, quatre tout en-
tières ont cessé d'exister et ne montrent
plus aujourd'hui un seul représentant. Nous
Terrrons, par exemple, les mégalosaurides ,
animaux riverains de grande taille , com-
mencer avec les terrains jurassiques et s*é-
teindre avec les terrains crétacés inférieurs;
les labjffifUhidei^ grands animaux également
riverains intermédiaires entre les sauriens
et les batraciens , être spéciaux aux terrains
triasiques; les ichihyosaurides , autres rep-
tiles essentiellement nageurs et conformés
pour vivre dans les mers, comme les cétacés
avec lesquels ils pourraient rivaliser de tail le,
commencer avec l'étage conchylien et ne pas
s'élever au-dessus des terrains jurassiques;
enfin lespiérodactylides^ plus étranges encore
par leur conformation, puisoue d'un côté ils
étaient propres au vol; tanclis que leur gi-
sement les indique pourtant comme des ani-
maux littoraux des mers , paraître avec les
terrains iurassioues, sans franchir l'étage le
plus inférieur des terrains crétacés.
Les ehéloniens ou tortuei semblent avoir
laissé des empreintes physiologiques de pas
aTec l'étage conchylien, et l'on peut dire
que les genres ont suiri une progression
croissante en traversant tous les étages jus-
qu'S l'époque actuelle, oik ils sont au maxi-^
mum de leur développement de formes
^nériques. On doit encore faire remarquer
ici que les tortues antérieures aux terrains
crétacés se trouvent dans des couches pure-
ment marines, ce qui porterait à croire
qu'elles habitaient le littoral des mers an-
ciennes, bien que souvent les genres aux-
quels on les rapporte aujourd'hui soient
seulement des eaux douces.
Les ophidiens ou serpents montrent une
distribution tout à fait distincte des ordres
précédents, et analogue à la distribution
générale des animaux purement terrestres,
comme l'ensemble des mammifères et des
oiseaux. En effet, ils se montrent pour la
}>remière fois avec les terrains tertiaires de
'étase parisien, et vont en augmentant de
nombre jusqu'à l'époque actuelle, où ils
montrent le maximum de leurs genres. Ils
sont, dès lors, en voie croissante de déve-
loppement de formes.
Les batraciens ou grenouilles suivent la
même répartition que les ophidiens : leurs
premiers genres naissent avec l'étage lalu-
uien des terrains tertiaires, augmentent de
nombre jusqu'à nos jours, où ils sont au^
jourd'hm à leur maximum. Ces animaux
sont donc étalement en voie croissante de
développement. Tous sont terrestres ou des
eaux douces.
La comparaison que nous venons d'établir
prouve aue les sauriens sont dans une
période aécroissante de d^éveloppement de
forme zoologique; tandis que les chéloniens, «
les ophidiens et les batraciens sont, au con-
traire, dans une voie croissante. Qu*en con-
clure, relativement à la loi de perfectionne-
ment des êtres? C'est qu'il y a ici une grave
exception; car les sauriens, que nous avons
vusap|»artenir à ce grandiose de l'animalisa-
tion des terrains triasiques et jurassiques,
ne peuvent être placés, dans Tordre de per-
fection des êtres, après les trois séries qui
sont encore en progression croissante. S'il
pouvait, du reste, exister quelques doutes
sur la non-généralité de cette prétendue
Krfection successive des êtres, en suivant
rdre chronologique de leur apparition à
la surface du globe, elle serait au moins
prouvée par l'étude comparative de l'instant
d'apparition des ordres de reptiles. Le plus
ancien de tous est l'ordre des sauriens, qui
apparatt avec la fin des terrains paléozoï-
ques. L'ordre des chéloniens se montre,
pour ainsi dire, en même temps, quand
nous voyons les premiers ophidiens et
batraciens ne se montrer que vingt et un
étages plus tard, dans les terrains tertiaires.
Personne assurément ne pourra, dans l'or-
dre de perfection croissante, placer avant les
sauriens et les chéloniens les ophidiens,
toujours sans membres pour la locomotion,
ou les batraciens, qui subissent des méta-
morphoses dans le jeune flge. Il résultera de
ce fait sans réplique gue les reptiles, au lieu de
marcher vers le perfectionnement en partant
de leur époque contemporative d'a[)parition
sur le globe, ont, au contraire, marché des
plus complets aux plus incomplets dans cet
ordre chronologique, et sont, dès lors, en
opposition complète avec la loi du perfec-
tionnement, 'i
Déductions xoologiques générales. — Com-
parés dans leur ensemble numérique, sans
avoir ésard aux ordres, les genres de rep-
tiles mènent à des conclusions différentes.
Nous les voyons, par exemple, pour la pre-
mière fois, avec l'étage cart)oniférien des
terrains paléozoïques, où ils montrent une
forme générique. Ils en montrent dix^huit
dans les terrains triasiques, vingt-sept dans
les .terrains jurassiques, seize dans les ter-
rains crétacés, et vingt-trois dans les terrains
tertiaires. On voit, dès lors, que, n'ayant
égard qu aux genres fossiles, le maximum
de développement serait à l'époque des ter-
rains iurassîques ; mais, si nous y compa-
rons le nombre assez considérable de gen-
res admis dans les reptiles encore existants, '
nous serons obligé, comme pour les mam-
mifères et les oiseaux, de trouver que les
reptiles, considérés dans leur ensemble nu-
mérique de genre, depuis leur première
apparition sur le globe jusqu'à nos jours,
ont encore marche dans une progression
croissante. i
Déductions climatologiques compa/r^. — ^
1251
RËP
DICTiONNAlKE Mù COSMOGONIE
ROC
im
f.
Ce que nous pouvons dire des reptiles est
tout h fait en rapport avec ce que nous
avons observé chez les mammifères. Los
crocodiles, les boas, les crotales, sont au-
jourd'hui des régions tropicales très-chau<lcs
* des continents actuels : on doit donc croire
jnc, lorsque les crocodiles, les caïmans^ les
lalciophis^ si Voisins des boas, nvAîent dans
es étages suessonien et parisien, à Puris et
à Londres, jusqu'au 80* degré de latitude
nord; que, lorsque les crotales eiistaient
en Belgique vers la môme époque, ces ré-
S fions, aujourd*hui tempérées, devaient avôif
a même température que la zone torride.
Déductions géographique^, — Encore ici
quel(jues données qui viennent prouver que
la distribution géographique actuelle est
s.péciale à noire épotjue, et tout à fait en
dehors de la répartition des Ôtres dans les
étages géologique^. Les crotales, Ie3 atïiga-
tors, sont aujourd'hui spéciaux à rAraeri-
que, tandis qu'on en pQnnaît des espèces
fossiles en Angleterre et en Belgique. Nous
pourrions encore citer plusieurs autres faits
semblables, même parmi les reptiles.
Déductions géologiques tirées des genres, —
Les caractère^ stratigraphiques négatifs sont
on ne peut plus tranchés pqur les reptiles.
En effet, comme aucun des 67 genres fossi-
les n'occupe tous les étages, et qu'ils sont,
au contraire, tous limités dans une plus oi^
moins large série d'étages, ils peuvent être
appliqués, comme caractères négatifs, pour
les terrains él les étages, soit supérieurs,
soit inférieurs., oà ils ne se sont pas encore
rencontres. Les 67 genres peuvent servir de
caractères négatifs pour les trois étapes in-
férieurs, silurien, dévonien et carboniîérien,
des terrains paléozoiques, etc., etc.
Les caractères stratigraphiques positifs
sont également marqués par tous les genres
do reptiles, suivant Vexteusion qu'ils oecii-
peut dans les Ages géologiques; ils Je sont
d'autant plus, que, sur les OT genres, 84,
n'arrivant pas à l'époque actuelle, sont per-
dus, relativement aux faunes postérieures
et à la faune d'aujourd'hui, et que Ton
compte, sur le total, 39 genres, ou plus de la
moitié, qui Jusqu'à présent sont circonscrits
dans un seul étage géologique.
La persistance des caractères pos/ftifs est
également très-marquée chez les reptiles,
, comm^ on peut le voir pour Ie5 genres
' iehthyosaurusy plesiosaurus^ chelonia^ crocO"
ditus^ etc., etc. Jl en est de hiême des déduc-
tions géologiques liréqs des espèces : c'est
que les 276 espèces fossiles connues parais-
sent élre pro|)res à Tétage où elles ont vécu,
et qu'elles peuvent, dès lors, être considérées
oomme autant de formes caractéristiques. —
Voy. SAUtiifiTfs, Crocodiles et Tortues.
(87S) Il nous reste encore bien des recherches à
feire, avaiit de fixer la limite qui sépare les roches
d'ongîne îgnee des roches siklnnentaires. La trans-
f<yrmafioti incontestable de ces dernières en roches
3ui ont la plupart des caractères extérieurs des pro-
uus i«fi^, ajoute k ilnoertitude. Ou a cm, long-
RËPULSION (FoR<» db). Voy. L^n-ACB.
RESPIRATION cbez les AfviKAi3ic «Msatt
MAK1XS ET TEnRÈSThEs. Yoy, PMsmui^ic
PALÉO.NtOLOil^lQVE.
ROCHES FQSSIU$'ÈRES,-I)«|iuis je com-
mencement du œand^ deui causes distinc-
tes n*ont cessé de pfé«^der h la formation des
divers matériaui qui o^mposeot le sol ter-
restre : le^ uns Ofit ^|| îormëÀ par voie
ignée, les autres par yp|é âauéuse. Les uii-
teriauif: qui composent le soi se rësumènl i
peu près à peuï-ci : les minéraux, les ro-
ches et les fossi4es. 11 y j^ pette aifitérencb
entre les minéraux et le§ roches, que celles^
ci sont des masses minérales , coiimosëes,
soit d'une seule espèce, soit de pfùsîcuri
esijèces mjnéralogiques féunies, qiii jouent
un rôle dans la composition des bouches.
Comme les autres i^atériaux du sol , les
roches sont divisées en deux si^clions : les
roches d'origine ignée, les roches sèdimen-
taires (878).
Les rothes d'origine ignée on. phUimnim^
nés ont été préalablement à Féiat dp fuma
ou de dissolution, dans un véfaicufe quH*
conqpe; dissolution favorisée pat* uneltis-*
haute température, il fest inutile 4e cher-
cher, dans toute cette grande sériedè roches,
des corps organisés fossiles. La ehaleur in-
tense qui a présidé à leur mode dé formation
a dû anéantir toute trace d'organisaiion.
G'est même de la présonee où de l'abseace
des corps* organisés fossiles daas ces cti^u-
chqs, et d'aufres car^clères de composition
et de dépôt, qu^oh est coaveuû de aeaiiire la
ualure sédimentâife ou plutonnienne iie ces
couches. Nous citerons néanmoins quel-
ques eiceptions apparentes à cette régie gé-
nérale.
On a souvent parlé déroches Votcàiiiflues
contenant des eorps organisas, jBivàcehiBi,
qui a décriti jivec , ^eaiicoùn 4'exacliiude,
1 éruption du Vésuve en iG$U assure «yoir
trouvé des eoqqilles marines qm avaient
été r£tietées. M. Constant Pr^vetç^ji eu aussi
plusieurs fois occasion, de remarquer Jift«.€0-
quiiles epveio|)pj&es dâ^isd^es cendres, volca-
niques. Ces failà prouvent seujçnj^ji^ que
les matières volcaniques ihcohérénîes, qui
étaient lancées à une très-grande* fiiutenr,
pouvaient perdre protnptement, par la ré-
sistance de J'air, par la désagrçgattopi de
leurs nioléciilcs, par J'extrémc fiîWéiSc de
leur cohduclihililé calorîdùe , ïi chàjeur
qu'elles apportaient du fo>Tt central; et les
coquilles lancées au loih aVcc Tes eaut de
la mer, introduites dans fa bbuche de vol-
can par quelques Assures haturelïes^ 6ni été
h peine altérées.
Du reste, qu'y a-t-îl d'étotioant que des
matériaux, qu'une lave Volcanique rfema-
temps , que la pi^ésehcé de matières bîuimincnsrs
azelecs, sinon celle de Corps organisés distinct^
etau un caractère essenUel de la dmlucilen dés dèoi
groupes de roehes ; mais ()eB eKpérioiice9 réoeales
oot prouvé combien ce caractère était iA&uiBsajii.
1255
ROC
£T 0fi PALECmTOLOGIE.
ROC
iS5/.
niée par les eaux de la mer, amenée ainsi
à Tétat de sédiment, recouvrent les eorps
organisés déposés au fond des eaui, et les
consenrent à Tétat fossile? Peut-être, si Ton
étudiait bien tes aoelc|ue8 glsementis extep^
(ionnels de coquilles danft des roohes ?bI<;A<!*
liques, trouverait<-on que eeltes-ci peuvent
'oujours se rapporter à des tufs ou con-
xloiuérats , roebes esseottellement remà'^
liées.
Mais si Ton a pu trouver, dans certains
f as exceptionnels^ des oorps organisés dans
«s dépAts ignés modernes^ il n*en est pas
"' e même de toute la série dei roches ignées
ociennes, gmnitôïdefi porphyroïdes^ ser*^
pcntinottses, etc. Une cnaleur sans doute
incomparablement plus forte que celle qui
I donné naissance aux produits volcaniques
fuodemes, a présidé à la formation de cel*
les-ci.
On voit, par ce qui précède, que les cas
30l Ton rencontre des corps organisés fos-
siles, dans les roches {liutonniennes ou d'o-
rigine ignée, sont toot à fait exceptionnels
ti n'ont pas d'importance réelle en paléo&-
ologie.
Les rocAas n^SImenfair^sj que nous dési-
pi'-ns ainsi pour indiquer leur mode de
ormation au sein des eaux, ont été aussi
ippelées rocket d'origine aqutusej ou rochei
lepiunienneê.
Lorsqu'on étudie avec soin les couches
édimentaires , relativement à la manière
i'étre des fossiles qui j sont renfermés,
m reconnaît que ces couches se sont dé*-
losées comme se déposent aujourd'hui tous
es détritus sous-marins , riverains ou la-
ustres. Nous croyons que les roches sé-
^mentaires se sont formées dans les eaux,
a F des molécules terrestres amenées des
ontinentSi soit dans les lacs, soit dans la
3er; par des molécules que l'action inces-
a rite de la vague a enlevées aut rivages, ou
xjL^à produites la décomposition des corps
ff-^anisés. Nous croyons encore que ces mo-
Seules y ont été transportées par suite de
m. «jses naturelles incessantes, telles que les
livrants terrestres et sous^marins, ou par
E^-s causes fortuites accidentelles dues aux
i ^locations de l'écorce terrestre, mais que,
m Tïs tous les cas, ces molécules ont formé
[?s couches de nivellement, et qu'elles ont
:^ déposées presque horizontalement.
Lorsque les roches sédimentaires n'ont
ihU postérieorement k leur dép6t, que des
langements peu considérables, qui peN
ettent encore de juger de leur nature |>ri-
itive, on les nomme roches tédimentairei
Uuretie$: mais, lorsque tes roches ont été
iéréeSf modifiée», ou, comme on le dit, mé-^
fnorpho9ée$f par suite d'une action étran-
^re, oa les nomme roches méiamorphique$.
Les rorAesm^amorpAffuei tiennent le mi-
:;u entre les roches d'origine ignée et les
^ches édimentaires. Avec l'aspect cristal-
3 et queiques-uns des caractères miné-
lo^qaes des premières, leur structure en
*and semble incttquer toujours une ori*
ne analcigiia ani secondes; aussi les géo«
loaucs croient-ils en généra) qu'elles ont
été déposées dans les eaui et postérieure^
ment modifiées. Nous n'aveniK pas à discuter
iei <eette célèbre théorie de l'agent modifi-
caltùr des roches métamorphiques, qui a
oocttpé les plus iiiusti*es géologues. Deux
systèmes sont en présence : l'un adfuet que
ces roches ont été métamorphosées par le
oenlict d^s roches d'intrusion, ou par des
agettU ignés différents; l'autre eiplique la
transforniation de stnicture intime dans les
roches sédimentaires par des acn'ims ienie»
ékûtro-^himiques. Ne pourrait-on pas croire
que les deux agents ont joué leur rôle dans
le métamorphisme? car si, dans quelques
cas, l'action i^née est incontestaule , on
pourrait croire aussi que la chaleur qui au-
rait modifié certaines roches, en amenant
des cristaux de mftcles, des grenats, qni
aurait converti des calcaires en dolomie su^
de vastes étendues, y aurait détruit toute
trace d'organisation.
Voici, du reste, l'indication de quelques^
unes de ces roches qui contiennent dos
restes de corps organisés.
On voit frequemm^t dans les tufs de ht
Summa du Vésuve, et sur des points été*
vés, comme au mont Ott^ana, des masses
plus ou moins volumineuses de cah^re
teriiaire-coquillier. Ces nasses ont été al>-
térées et amenées k Tétat sublamellaii*e.
Oti observe, au contact de l'étage dévoniea
et des granits, au if artz, des fragments oo>-
auilliers de la première roche, dans des
tous granitoïdes. On a plusieurs fois cons-
taté l'existence d'un cmieaire à emrines, as-
socié avec le micachiste et le chloritoschiste,
près du village de Tweng, au pied des Al-
pes Tauem. J>e semblables associations ont
été observées dans les Alpes occidentales.
L'ensemble du dépAt parait appartenir ani
terrains paléozoïques.
Les schistes cristallins et mâclifères dé
l'étage silurien de la Bretagne présentent»
dans quelques localités» des empreintes très-
distinctes aorthis et de irilobitei. H exi^
au mont Sainte-Marie, non Imn de Saint-
Uothard, etaumoniNufenen^à l'ouest d'Ai-
rolo, des schistes grsnatifères qui renfer-
ment des béiemnit^. Certaines roches pa-
léozoïques observées dans les Vosges t^on-
tiennent des empreintes végétales au milieu
d'une altération telle, prouuitu par l'effet
de la chaleur des roches piutonniennes M-
tuées dans le voisinage, qu'un géologue
trè»-exereé les a prises pour des trapps et
des eurites.
MM. Elie de Beaumont et de Bueh ont
trouvé k Gerolstein des polypiers inclus
dans la dolomie et convertis eux-mêmes en
cette substance. Un peu plus loin, dans le
calcaire qui forme le prolongement de la
masse dolomitisée, on retrouve les polypiers
à Tétai calcaire parfaitement conservés,
tandis que là où la masse a été modifiée
en dolomie» la majeure partie de leur tex-
ture intérieure a disparu. M. de Collegno
a recueilli k Tercis, près de Dax (landes),
des oursins et des fragments de wmxûhè
ttS5
ROC
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
ROC
im
dout le test est converti en dolomie, -tout
aussi bien que la roche qui les contient. M.
Coquand assure avoir trouvé dans une cou-
che saccharoide des calcaires réputés j^ri-
milifs de Couledoux (Pyrénées), ûes fossiles
di'lerminables et un polypier radié. Enfin
on sait que le fameux marbre, dit primitif,
de Carrare contient en certaines places des
corps marins fossiles, qu'on distingue sur-
tout lorsque les fragments ont été polis, ou
lorsqu'on les observe sur plaques minces,
au travers de la lumière. Du reste, ces mar-
bres statuaires passent insensiblement à des
calcaires compactes remplis eux-mêmes de
fossiles, alors parfaitement distincts, appar-
tenant probablement aux terrrains jurassi-
ques.
Les roches sédimentaires proprement di-
tes, qui, depuis leur formation, ont subi
moins d'altération, peuvent se diviser naturel-
lement en quatre groupes : 1* les roches
qui ont pour base un principe alcalin (chaux,
strontiane, baryte), dont le meilleur type est
le calcaire (carbonate de chaux); 2** les roches
qui ont pour principe dominant la silice,
seule ou combinée avec les terres, telles
que les argiles, les grès ; 3" les roches mé-
talliques; 4-° les roches combustibles.
Les calcaires contiennent ordinairement
grand nombre de fossiles. On a sup-
iîosé que, dans quelaues cas, ils s'étaient
6rmés par précipité chimique, après disso-
lution ; qu'ils ont été réunis en masse, en
se prenant sous forme solide, et ont enve-
loppé, tout au plus, les corps organisés
suspendus dans la masse liquide. Nous som-
mes loin de partager cette opinion. Quand
on voit dans ces calcaires les fossiles dé-
EDsés comme partout ailleurs par couches
orizontales, quand on voit souvent, en des-
sus et en dessous, les couches argileuses
qui. les recouvrent évidemment sédimen-
taires, on doit également croire que les
fossiles qu'ils enveloppent ont été déposés
dans les mêmes circonstances que les au-
tres. Ces calcaires, généralement cristallins,
lamellaires, plus ou moins purs, formant
des couches puissantes, peu riches en fossi-
les, sont dautant plus fréquents, qu'on
descend plus bas dans la série chronolo-
Sique des terrains. Vers les plus anciens,
s constituent des masses puissantes, et leur
voisinages des roches cristallines a pu les
faire regarder comme roches métamorphi-
ques.
Les calcaires sédimentairesj mieux carac-
térisés, sont par excellence des roches fos-
silifères. Les calcaires grossiers des environs
de Paris, des bords de la Gironde, les cal-
caires blancs argileux iurassiques des envi-
rons de La Rochelle (Charente-Inférieure),
de Tonnerre (Yonne), de Saint-Mihiel (Meuse),
etc., etc., en contiennent un grand nom-
bre, de même que les calcaires marneux ou
argilo-calcaires deSémur (Côte-d'Or), d' A val-
lon (Yonne), de Castellane (Basses-Alpes),
de Milbau (Aveyron), etc., etc. D'autres cal-
caires paraissent assez pauvres en fossiles,
€t ce sont ordinairement les plus compac-
tes, comme les couches bathoniennes, cal-
loviennes et oxfordiennes de Grasse (Var),
les couches bathoniennes de Chaumont
(Haute-Marne), les couches portiandiennes >
de Saint-Jean-d'Angély (Charente-Inférien-
re), de Girey-le-ChAteau (Haute-Marne), etc.
Le gypse (sulfate de chaux hydraté) joue
à peu près le rAle du calcaire sous le rap- •
port du mode déformation, c'est-à-dire qu"il .
a été déposé sous forme de sédiment. Les
gvpses cristallins sont de beaucoup les plus
abondants dans la nature. Les deux variétés
principales qu'on en rencontre dans les
couches fossilifères sont le gypse fibreux et
le gypse grossier saccharoide. On ne ne voit
jamais de fossiles dans les gypses fibreux.
Les gypses grossiers contiennent à Mont-
martre, près de Paris, un grand nombre d'os-
sements, surtout de mammifères et des dé-
bris de poissons , d*oiseaux, de reptiles ,
mais jamais de coquilles de mollusques ou
d'animaux rayonnes.
La baryiine existe à peine en roches ; elle
se trouve plus souvent a l'état de filon; mais,
jusqu'à présent, les couches n'ont jamais
ofifert de fossiles.
Le«Waemme(chloruredesodium), présente
quelquefois des débris fossiles, bien que
ceux-ci soient très-rares. Une couche de sela
offert à Wieliczka des restes de mollusques,
de poissons et de polypiers fossiles. Le dépôt
de sel gemme de Gmuuen, en Autriche, con-
tient quelques zoophytes. Ajoutons à ces
fossiles q^uelques fruits végétaux, de nom-
breux animalcules microscopiques, et nous
aurons la somme des corps organisés que
contiennent ces sortes de roches. Des re-
cherches très-minutieuses ont été faites par
M. Marcel de Serres sur la nature des infa-
soires du sel gemme. Leurs formes se rap*
prochent beaucoup de celles que prennent,
après leur mort, les monas dunaCii décou-
verts pàv M. Joly, dans les eaux des marais
salants, et auxquels celui-ci attribue leur
coloration en rouge. Les animalcules décou-
verts par M. Joly sont incolores, présentent
diverses nuances de coloration, ou même
changent ou perdent leur couleur après leur
mort. De là l'état incolore ou diversement
coloré des sels gemmes de Wieliczka, du
pays de Salzbourg, du Tyrol, de Hoyenvie,
de Cardona, etc. Certains sels sont formés
de ces animalcules jusq'uà peu près le quart
de leur volume. On sait aussi que la colo-
ration en rou^e des eaux de certains marais
salants est aujourd'hui attribuée à de petits
crustacés de l'ordre des branchio()odes et du
genre artemia. Ces animaux périssent lors-
que la dissolution atteint la densité de 23%
et leur corps prend alors la couleur rouge.
Parmi les roches à base de silice^ les argua
sont généralement très -fossilifères ; et la
conservation des débris organiques y est
souvent parfaite. Le^ argiles plastiques d'Ay
(Marne), que nous regardons comme un
accident local des lignites, contiennent, en
dessus et en dessous, beaucoup de rester
de corps organisés avec leur test bien con-
servé. Les argiles limoneuses des pampas de
1351
ROI
ET DE PALEOMGLOGiE.
R0€
12311
Baenos-Ajres, qui occapent des centaines
de myriamètres de superflcie» renferment
une quantiié considérable d'ossements de
mammifères.
Les ^ckiêtes^ composés de molécules trës-
nnes, contiennent souvent beaucoup de re^
tes de corps organisés. Les ardoises exploi*
tées de 1 é:age silurien des environs d'An-
gers (Maine-et-Loire) sont dans ce cas.
Les phyllades en montrent aussi en assez
grand nombre, dans Télage silurien des en-
virons de Brest (Finistère), aux lies Ma^
louines, dans Tintérieurde la Bolivia, et
sur une surfiice immense, aux Etats-Unis.
Les gri$^ formés de grains de salile a.;ré^
gés, apiiartiennent à tous les A^es géolor
giques <t toonlienneni presque toujours des
restes d'animaux fossiles. Les grès siluriens
de }lày (Calvados) montrent ûqs trilobites,
des conulaires : le^ grès dévoniens et car-^
bonilériens de Bolivia renferment des tpirir
fer^ des produclu$f , etc. Les grès de Tétage
sinémurien présentent beaucoup d'emprein-
tes aux environs de Séinur (Oôte-<i'0r), de
ValOfines (Manche), de Metz (Moselle), ainsi
que les grès coralliens de Trouvillé (Cal-
vados), les grès kimméridgiens de la route
de Niort à Saint-Jean-d*An^élj (Charente*
Inférieure) ; ceux des terrains crétacés des
Ardennes, du Mans (Sarthc), de Fourra^»
de llie d'Aix (Charente-Inférieure), de Poo-
dichéry, de Conce{icion (Chili], offrent une
granie variété de restes organisés, ainsi
que les grès inférieurs» moyens et supé-
rieurs des terrains tertiaires (iu bassin jia-
risien» ûes côtes du Chili et de la Pata-
gonie.
Les iripoliê^ quand ils résultent d'un dé-
pôt fait par Teau de silice extrêmement di«
viséei se rapprochent quelquefois beaucoup
de la texture des grès, en présentant alors
une composition analogue h cepx-ci. D*au-
très fois, au contraire, les tripolis se trou-
vent dans le voisinage de roches ignées ou
pseudovolcaniques, telles que les houillères
embrasées, et paraissent être le résultat de
la transformation de schistes arjpleux dé-^
pouillés de leur alumine, par l'effet de la
chaleur ou de tout autre agent. Ces der-
niers tripolis contiennent quelquefois jus-
qu'à 96 p. 100 de silice. Les tripolis d ori-
ipne sédimentaire sont quelquefois com-
plètement formés d'animaux infusoires à
r^raiace siliceuse; comme par exemple,
ceux de Bilin, en Bohême. M. Ehren-
lierg a calculé que 27 millimètres cubes de
tripoli de ceUa localité pouvaient contenir
jusqu'à 4kl ,000 millions de ces infusoires à
test siliceux. Ces sortes de tripolis ne ren-
ferment jamais de corps organisés autres
que les infusoires dont ils sont formés. Les
tri f)olisfn//amor/>Aifii€< contiennent, par ex-
ception, quelques cot\)s organisés. Ceux de
Poligné (lile-et-Vtlaine) montrent quelques
empreintes de bivalves, de végétaux.
Les roches de silex (pyromaqoe, meulière,
résioile, jaspe) offrent aussi des fossiles ,
principalement des mollusques et des ra-
diairos lour Jes pyromaques et les meu-
lières, et des végétaux pour les autres. On
cite cependant des résinites à poissons et à
insectes à Rrepitz, à Nikoltschitz, en Galli-
cie, dans des mollasses tertiaires. On a cru
que, dans ces sortes déroches, la silice,
^u lieu de se déposer sous forme de sédi-
ment plus ou moins Qn, comme dans les
?;rès et les tripolis, a été à l'état de disso-
ution, et qu'elle a pris, en se consolidant,
un éclat compacte vitreux que n'ont fias
]e.« autres roches. On a supposé encore qu0
la silice des pyromaques, des meulières, etc.,
.avait étéè IVtat de dissolution gélatineuse;
mais, lorsqu'on étudie la manière d*êtr«2
de ces rocnes de silex et des fos&iies qu*( 1-
les contiennent dans les couches d'eau
douce des meulières des environs de Pa-
ris, dans les falaises crétacées de toute In
côte de la Seine-Inférieure, des environs
de Tours (Indre-et-Loire), de Saintes (Cha-
rente-Inférieure), dans les silex de Tétage
corallien de Trouvillé (Calvados), dans ceux
du lias supérieur de Thouars (Deux-Sè-
vres), de Poitiers (Vienne), de Sainte-Ho-
norine (Calvados), etc., etc., on acquiert
bientôt la certitude. que les fossiles y ont
été déposés par couches horizontales, s^n
milieu des sédiments. On voit distinctement
de plus que la matière siliceuse eu disso-
solution a pénétré ces couches postérieure-
ment à leur formation, en y formant ces
rognons isolés, des silex, de la craie et du
lias, ces masses lenticulaires plus grandes
des meulières, et enfin, qu'elle a pénétré
seulement par endroits les masses coral-
liennes de Trouvillé, en changeant, sur
quelques points isolés, -la couche de grès
en silex, tandis que, cettp couche est restée
intacte à Tétat de grès, sur toutes les au-
tres parties de son extension. Nous ne
verrions donc, dans Içs silex, qu'une modi-
fication partielle los couches, due peut-êtye
à des courants électroNdiimiques, mais nul-*
lement un fait général de dépôt.
Du reste, ces roches siliceuses se trouvent
très-rarement en couches continues; ell^s
affectent plutôt la forme de nodules, de ro-
gnons, d'amas plus ou moins irréguliers, qui
semblent indiquer, d'une manière définitive,
. l'origine de la plupart. Quant aux jaspes, ils
ne sont pas toujours d'orij^ine sédimentaire.
. 11 en est dont l'origine ignée est incontes-
table; d'autres, enfin, qui proviennent de
roches transformées. Or, il serait inutile de
chercher des fossiles dans ces deux dernières
. roches.
Les êubstanres minérales métalliques^ quel-
quefois abondantes dans la nature, y sont
rarement stratiformes. On les rencontre plus
souvent en grandes inasses, en dikes, veines
ou filons, etc. Les métaux en dikes. ou en
. filons ont une origine non équivoque, qui
exclut toute idée ue dépôt ^r les eaux; ils
ne contiennent pas de fossiles. On a bien
voulu opposer à cette loi générale quelques
faits exceptionnels : arnsi. dc^ tronçons do
pins furent trouvés jadis dans une voipe.^e
plomb au. pays de balles. Le bois ne rré«
sentait pas de changement^ sauf qu*il Mi|
Dicno?»!. OB CosvoGOsnE rr os PALSo:iTai,OQiB^
M
«2£9
ROC
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
ROY
Hm
fortement imprégné de galène. On ajoute
qu'on a trouve, rkns un autre filon, du plomb
sulfuré accompagiié de barytine, et de
quartz, près de rrémoy et de Corcelles;
mais ce ne sont là que des exceptions qui
n'ont peat^tre pas toute l'authenticité dé-
sirable.
11 est des cas où la forme de filons, ou de
dikes, n'est absolument au'apparente, et
peut tromper facilement 1 observateur peu
expérimenté. Nous en avons acquis la preuve
près de Fontaine-Étoupe-Four (Calvados).
On voit, çn effet, sur ce point , et dans les
communes voisines, des masses considéra-
bles de çrès siluriens, où s'observent des fi-
lons obliques ou plus ou moins verticaux,
remplis d argile ou de limonite, enveloppant
tin nombre considérable de coquilles bien
conservées, tout à fait distinctes descoquillcs
fossiles contenues dans les grès. Lorsqu'on
étudie la géologie des environs, on reconnaît
que ces fiions ne sont que des fentes déter-
minées par }a dislocation des grès, qu ont
remplies, lors de la mer liasienne, des dé-
tritus marins et des coquilles marines qui
vivaient à cette époque, probablement sur ces
rochers siluriens, formant alors des écueiis
voisins du rivage.
Les Umonites (fer peroxyde hydraté) sont
f>eut-étre, de toutes les roches métalliques ,
es seules qui forment des couches vérita-
bles; aussi contiennent-elles plus de fossiles
qu aucune autre. Ou en distingue plusieurs
variétés : les seules qui aient pour nous de
l'intérêt sont les variétés compacte ^ terreuse
et oolithique.
Les limoniteM compactti sont exploitées,
comme minerai de fer, à la Voiilte (ArJèche),
dans les couches calloviennes; à la Verpillère
(Isère), dans les couches toarciennes, où
elles contiennent un nombre considérable de
coquilles fossiles.
• Les limonites terreuses sont peu communes;
néanmoins nous les trouvons entièrement
composées de coquilles iossiles passées à
l'état de fer oligiste, dans les couches de
- Tétage sinémunen , aux mines de Beaure-
gard, non loin de Sémur (Côle-d'Or).
Les limonites oolithiques^ faciles à distinguer
par les petits grains ronds dont elles se com-
j"xisent, sont toujours les plus communes.
' Elles renferment une grande quantité de
restes de corps organisés. Des couches de
limonite oolithique, souvent exploitées pour
le fer qu'elles contiennent, se voient dans
Tétage loar.ien, à Lyon (Rhône); dans l'é-
• tage bajocien de Bayeux (Calvados) ; dans
reiaçe callovien, aux environs de Chaumont,
de CTiftteau-Villain, de Langres (Haute-Mar-
• ne), de Lifol (Vosges), de Mamers (Sarthe) ;
dans l'étage oxforJien des environs de Saint-
Uihiel (Meuse), de Launoy (Ardenftes), d'is-
sur-Tille (Côle-d'Or), d'Etivey ( Yoimé) ; dans
Tétage néoeoiirien de Bellaoeoun- la-Ferrée
(Haute-Marne), de Brillon (Meuse); dans
Tétirge aptien de Vassy ( Haute - Marne ) ,
ete., etc.
Les.covps organisés qu'on rencontre dans
. «eteouclies sont des coquilles, des polypiers.
et rarement des ossements d'animaux ver-
tébrés. Tantôt ces fossiles sont convertis
eux-mêmes en limonite, tantôt ils ont con-
servé leur enveloppe crétacée ; dans Tun
et l'autre cas, ils présentent une assez bonne
conservation.
' Nous ne connaissons pas de roches mé-
talliques fossilifères autres que les limo-
nites. On cite toutefois, en Bretagne et dans
quelques autres parties de la France, no-
tamment près de Fresnay (Siirthe)» dans les
couches siluriennes, un feralummalé ooli-
thique contenant des fossiles, entre autres
des calymènês et des asaphus. Quelquefois
le fer oligiste remplace le minerai alumi-
naté.
Nous mettrons au nombre des substanns
combitstibhs fossilifères^ ces sortes de masses
plus ou moins volumineuses, compactes, no-
dulaires ou granuliformes, jaunâlres, à cas-
sure vitreuse et conchoïde, qu'on a désignées
sous le nom de succin^ résine fossile^ ambre
jaune^ etc. On rencontre le suc^in dans les
lignites de l'étape cénomanien de Tile d'Aix
(Charente-Inférieure), de l'étage luronien
de Soulatge (Aude), dans rar^Mo plastique
des terrains tertiaires ou dans des terrains
plus modernes. Les eaux de la Baltique en
apportent encore de nos jours sur les côIpf,
où il accompagne des cailloux roulés et di-
verses substances, surtout du bois fossile.
Souvent le succin renferme des insectes en-
tiers; celui qu'on rencontre sur les bords
de la Baltique est rempli de corps marins.
Enfin, après avoir énuméré jusqu'ici les
diverses roches qui renferment des fossiles,
nous ne passerons pas sous silence un gise-
ment de fossiles bien sinj^ulier, mais oui
nerenirepas moins dans la question des di-
vers milieux au sein desquels les corps or-
ganisés ont pu être conservés. Nous vou-
lons parler des ossements enfouis dans les
f;laces vers les deux pôles et qu'on a recucii-
is sur la côte nord-^ouest de l'Amérique
et sur les bords de la mer Glaciale, en Si-
bérie.
UOCHES MÉTAMORPHIQUES. Voy. Ro-
ches FOSSn.I^ÈRES.
ROCHES UTILES. Voy. V Introduction.
ROYS (M, le marquis de). — M. le mar-
quis de Roys, dans le Bulletin de te SociAé
géologique de France {yo\, XIII, tatâ) a pro-
posé une nouvelle manière d'envisager le
mode de refroidissement du sphéroïde ler-
• rostre. Partant de ce principe, que, dans un
corps qui change d'état, sa température «p-
parente ne varie pas, bien que dégageant
ou absorbant du calorique, en conclut que
jusqu'au moment de la solidification com-
plète du globe, la température actuelle «Jt*
la masse liquide et par conséauent son tc-
lume ne doivent pas varier.
Les causes du refroidissement, continue
M. de Roys, sont toutes extérieures, et ton-
te9 les roches, celles du moins qui comp^
• sent la surface, étant mauvais coudueleufv
ces causes ne peuvent étendre leurinflueiire
• au dedans que par une transmission ii^^-
sairement très-lente; et comme eilcs ' "'
tîGi
ROY
LT lit r.VÏXOMOLOGlK.
no\
net
toujours i 1<1 surraccN il en rr*>ullc que, jus-
qu'au iiiomenluù celle surfnie o alUânt la
iimile de son refroidissenienl, clic |ierd
liOfiucoup jilus fie calorîi|ue que rinléricur
ne peul lui en fournir* Les couches exté-
rieures devront dune se roniracler plus vile
que celles de rinléricur, ci exercer une
pression qui ein|iùeliera la formalion de
▼ides internes. L'inverse aura lieu lorsque
le refroidissement de la surface aura atteint
sa limite; la croûte extérieure aura alors
une dimension constante, et il se formera
des vides à rintérieur, Or^ la température
de la surface étant encore abaissée i^endant
la|)ériode tertiaire, commeon est porté h le
f>enser d*après certaines considérations |)a-
éontologiques, l'auteur conclut que la li-
mite du refroidissement de la surlace n'est
pas encore atteinte, et qu*il n y a, par con-
sé<|uent pas à rintérieur de vides qui aient
pu déterminer des affaissements de la croûte
solide, et auxquels on puisse attribuer les
anciennes révolutions du globe.
Passant au mode de formation des pre-
mières roches, M. de Roys fait voir qu'au
commencement Teau se trouvait h Trial de
Tableur dans Tatraosphère, don^ elle devait
occuper la partie supérieure, étant environ
un tiers plus légère que l'air. Son contact
avec les espaces célestes la privait de son
ralorique, et elle retomliait sous forme de
Térilables torrents sur la surface incandes-
cente du globe, d'où elle s^élevait bientôt de
nouveau a l'état de vapeur. Ces allern/inrcs
lie condensation et de vaporisation conli-
n lièrent jusqu'à ce que la surface fût a^sez
refroidie |»our permettre le séjour de l'eau
liquide dans ses dépressions. Ces va^iorisa-
tions successives enlevaient en outre une
grande quantité de calorique à la surface
incandescente, et devait bâter son refroidis-
sement et par suite sa solidification. Lors-
que les eaux commencèrent à se maintenir
à la surface, la température était ce|)ondant
encore assez élevée fH)ur que les alternances
de vaporisation ou de condensation se con-
tinuassent pendant longtemps, quoiqu'avec
nne énergie d*autant moindre que la tempé-
rature s'abaissait davantage; et ce fut pen-
dant cette période que se déposèrent les
premières assises de roches schisteuses non
flrristallines, tandis que les roches solidifiées
plus tard prirent un caractère de plus en
plus cristallin.
Par suite de ce qui a été dit, les assises
saperficielles doivent tendre à se contracter
I'nsqu'à ce gu*elles aient atteint la limite de
enr refroidissement, et elles se contracte-
raient en effet, sans la résistance op^ioséc
par îa masse liquide, dont le volume est
resté constanL I^ pression gui en résulte
empêche la formation des vides, et Tenvc-
loppe solide éprouve une tension d*autant
plus grande que le refroidissement fait plus
de progrès
Le premier effet de cette pression dut être
ne modifier la forme du globe et de ia rap-
procher de la sphéricité qui, pour une môme
surface, offre le maximum de volume; mais
le mouvement de rotation continuant, il ne
put l'atteindre. Les eaux qui étaieatd*abord
réfiandues à la surface de la terre obéirent
à la fnne centrifuge, lorsque la forme du
sphéroiile fut moddiée par la tension de
1 enveloppe solide, et leur puissance s*auj^-
menta ii l'équateur, tandis qu*ellediminuan
aux |»olcs. Les actions solaires et lunaires
s'excjijanl librement sur cet océan sans Ik)i-
nes, produisaient un mouvement de flux et
de reflux dont l'axe devait être a peu | rès
celui de l'écliptique, et d*oii résultaient
aussi de grandes variations dans la hauteur
des eaux vers les pôles. La tension de Ten-
velop|)e, augmentant par ces actions réfrigé-
rantes, finit iiar rem|)orter. H y eut lupturr,
suivant des li(;nes non iiarallcles entre elles^
mais perpendiculaires à un mêmoçrand cer-
cle, et les matières liquides de rintérieur
s'élevèrent dans ces fractures. Un dégage-
ment considérable de calorique produisit
en même temps une immense vapçjrisation,
et par suite une énorme chute d'e&u. Les
roches injectées solidifiées, les bords des
fractures relevés, des dépressions parallèles
Iiroduites parla réaction des déchirures, tels
Urent les effets qui commencèrent à rendre
très-inégale la surface de la terre.
L augmentation de capacité pour le cclo-
rique, donnée à fécort^e solide par la tension
qu*elle éprouvait, a produit ensuite un froid
relatif très-intense dans les couches conti*
guës d air et d*eau. Ce froid s'est opposé à
rexistencedes êtres qui vivaient auparavant
et qui étaient organisés pour une tempéin-
ture plus élevée. Ainsi pourrait s'expliquer
le renouvelIcD^cnt des animaux et des v(**
gétaux lors des grandes révolutions du globe,
et rauleur arrive par une série de phé-
nomènes de ce genre à la pério<Je des gla-
ciers anciens que Ton supfnjse avoir mis
fin à l'époque tertiaire. M. de Roys expli-
que également le métamorphisme des ro-
ches ()ar Télévation de température qui se
produisait à la suite des ruptures de l'écorce
so.ide, et qui, c»ccasionnant aussi à la sur-
face une çrande évaporation» donnait lieu h
un véritable déluge, par la condensation et
la pré/ipitation, et par suite à un dépôt ,de
transport diluvien, au commencement des
Sranaes formations. Aujourd'hui la suriace
u globe paraissant avoir atteint la limite di
son refroulissement, le volume de l'enve-
loppe demeurera constant, et il pourra se
former iles vides au dedans; mais, dans tou-
tes les périodes antérieures, elle était loin
de cette limite.
Le principe qui sert de base h l'hypothèse
de M. de Roys a été comrbattu par II. An-
gelot (879), du moins dans son application
au reiroiaissement du globe et il semble,
en effet, que la permanence de température
d'un corps qui change d*état n'est nécessaire
que |)Our la tiartie même «de ce corps qui
change, va cnanger ou vient de changer, et
(879) DmiL, vol. XIII, p. ^të' I842L
4263
SAL
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
SAL
fsn
non nour toute la masse, quelque étendue
qu>ne s©il, et quelles gue soient la tem-
pérature et la composition de ses diverties
parties. Rappelant ensuite cettecirconstance,
quev dans les balles de plomb fondu, il existie
constamment une 'chambre excenlrique,
comme Ta constaté M. Leblanc (880), etcJan's
le cas de la terre^ la gravité étant ver^ fe
(^entt*e Uième du globe, l'a chambrn doit
tendre à s'y former dans toutes les direclionf»,
tît à devenir, rion/pas excentrique comme
clans les balles, mais bieh concentrique. Si, à
une certaine époque, la chambre concen-
trique est deveniie complète,' il s'y ser'a
formé une seconde sphère solide, 'et ces cir-
constances se répï'oduisant par* le refroidis-
sement contitiu, on conçoit' que la teri*e
pourrait être composée d'une série de sphères
^concentriques eml>ottées les unes dans l(*s
autres. M. Angelot ne regarde pas d'ailleurs
le refroidiséement comme ïerminé, mais
seulement comme étant plus faible qiie
dans la période tertiaire, et se continuant
encore. -, . «
A cette occasion, M. Drifréhoy (881) a fffit
remarquer, d'après des calculs de M, Elie
de Beâumont^'ciue' la densité moyenne de la
tert'e, suivant M, Reich; étant 5ikk et celle
des foches de la surface 2,75, celle des ma-
tières, situées vers le centre doit être bien
supérieure à 5,W.'Sii'on suppose le globe
formé de trois couche^ cbnceniriquesd'éj^ale
épaisseur, et dont les** densités soient en
progression arithmétique, la plus extérieure
sera 2,75, la moyenne ' 10,82, et celle du
centre 18,89. Or; ces deux dernières sont
presque égales S^ia denMté de l'argent
tlO,4.7) et i celle de l'or (19,2C). En aJmet«-
tant un plus i^rand nombre de couches, la
densité de celle du centre serait encore plus
considérable. Ces densités se rajpopient
d'ailleurs aux densités clfeclives des matières
qui composent le globe, eu é^ard à leur
température et aux pressions auxquelles
'elles sont soumises ; mais tes résultats nu-
mériques ne nous apprennent rien sur lâ
nature chimique de ces matières.
En recherchant si, dans Tétat actuel des
choses, la tempér'â'uro moyenne de la sur-
face du globe décroit |>1 us ou moins rapide-
*p;ent que la température moyenne de la
masse interne, M. Elie de Beâùmont a aussi
démontré (882) que le refroidissement ar.-
nuel de la surface est plus grand que celui
de la niasse totale du globe pendant un laps
Jde 38,339 ans, h partlrde l'origine du re-
froidissement, et qu'ensuite le refroidisse-
' ment moyen annuel de la masse surpasse
' celui de la'surface, él ce.a de plus en plus.
Si, d'aprèscès ingénieuses récherihes du gé«-
lo^ue éminent que nous vêlions dé citer, on
pouvait, connaissant là température nroyenne
actuelle de la surface, en déduire à quel
moment de cette grande période nous nôUs
trouvons, et si Ton savait actuellement qise
I le refroidissement de la masse n est ^ïâs
[ plus grand que celm de la surface, bienquf
nous ne connaissons pas le calorique spéci-
fique n)oyen de la masse, il semble qu'un
grand |)as serait fait vers la connaissance de
I ancienneté de notre planète, ou du moinSf
du tem|)S qui s'est ééoiilé depuis son pre-
mier refroidissements
s
SALAMANDRE, fossile gfgante^Ke. —
Vvy. Plantes fossiles d'OEniNGBN et An* .
DRIAS. ' ^
SALIFÈRIEN (ÉTAGE). — Deuxième
/tage des terrains triasiques^ le sixième
dïins l'ordre chronologique, ainsi nommé à
cause de^ nombreuses mines de sel qu*il
renferme. On le trouve en France dans les
départements de Tli^dre, duCher, deTAIlier^ .
; de la Nièvre, de Saône -et-Loire, des Vosges^
de la Meûrthé ^ • en Allemagne, en Angle*
terre, etc. ' •
C*est peot-ètre de tous les étages, le plus •
Tarie, suivant les couches et les localités.
Sans le$ Vosges, il se compose de petites
' couches argileuses du marneuses, colorées
diversement en rouge, en jaune, en bleu ou
en vert, etitre lesquelles sont des grès quart-,
/eux à grains plus ou moins fins, très-ar^i-
lenx'. Ces eoucnes sont souvent remplies de.
gypse, rarement de houille sèche, mais très-
souvent de sel jomrae. Cette dernière subs^ •
«(^V lbrd,f voLXn, p. 140; 1841.
_ Jlj lyid.^xoï. XIU,p. ^51; tôii.
tatice^ dans fe Wurtemberg comme & \ic^ k
Dieuze (Meurthe), est cenainement la plus
abondante, et devient une branche considé-
rable d*exploitation inuustrielle. Ces cou*
ches salifères, souvent de T.jusqu*^ 10 mè-
tres de puissance, alternent avec des couclies
d*arj$ile, et Tensemble de cette allernance
atteint quelquefois une puissance de 150
mètres. Uans le Jura ce sont seulement des
sources salifères qui sortent .de cet éta^ et
sont exploitées avec le plus grand sHccà>.
Dans le Tyrol, au contraire, ce sont des cal*
caires compactes, rouges ou gris, exploiia-
btes comme marbre* ou des calcaires noirs "et
gris, marneux ; des marnes grisAtres, jaunes
dolomitiques. et des grès rouges.
Les marnes crisées, o^ le keuper, attei-
gnent, aux environs de Salins, S30 Bières
dans le grand-duché. de Ba4}^ ëuo à 360 ui<^
très de puissance^ ce qui prouve une a^^l
longue durée de cette période géolo-
gique
(S»i) Ump. rend., voLl^lî,p.l5i7; iSil.
1^ 6AL . ET DE PALEONTOLOGIE.
Cararih'u paléontologiquts. — Les carac-
l^rcs*distinclifsde Télage sont, avec Tétage
coQchyUen, formés par les 21 senres que
nous ayoDs vus s'éteindre dans rétage con-^
cbvlien, sans jusqu'à présent se trouver dans
çefui-ci.
Pour distinguer Tétage salîférien de Té-
ta:;e ^ sinérourien,, indépendamment dés
plantés, nous avons 18 genres inconnus à'
cet étage, et qui naissent seulement avec
rétage sinémurien. Les genres sont ainsi'
ré, arlis : Parmi les poissons, le genre pa-
chycormus et un grand nomhre d'autres;
parmi les mollusques céphalopodes, les
genres turrilites et bélemnites :' parmi . lefi^
IDolliisques gastéropodes, le asnre hérita:
p.-'rmi les mollusques laroellibrâncries, i,
gonres; parmi les écliinoJermes, le genre
Hiadema; parmi les zQoplijtes, 2 genres. En
réunissant ces 18 genres aù\ 21 qui ser-*'
K»ill de limites r^qc réta.^é* ' cbnchylien»
nou.^ avons 39 genres donhiint des car^ié*
ières négatifs pour distin^^uer Tétage saNf(^
rien des étapes immédiatement supérieurs
pu inférieurs.
8A£
^^
Nous prenons, comme caractères positifs
pouvant distinguer cet éta^e de rétagç in-
férieur, tous les genres qui,, irlconnus dans
cet étage inférieur, api»araissent pour la pre-
in ère lois dcns celui-ci. Ces genre$ , indé*
pcndamment des plantes, s'élèvent à 3V.
Les genres f|ui, nés avec j'étage salii'érien,
5e sont éteints avec cetïn époque, sans
passer à l'étage sinéinurien, peuvent donner
dos caractères positifs pour distinguer ces
deux périodes. Ces genres sont au nomhre
de cinq. Parmi lc»s rcjitilesj les genres phy-
iosaurus, capUosaunts et ' metopias ; |)armi
les zoopliyles les gchros cônonhijllîa et con-
ztjaêlrca. Si nous y joignons les 15 genres
qui, nés. antérieurement, se sont encore
çteints à cette époque, noiis aurons 20
genres pouvant donner des caractères po*
^il:fs entre les claies saliférien et siuému-)
rien.
Le nomhre f^lus élevé des genres qui nais*
^cîit avec cette époque nile celui des genres
c|ui y disparaissent, démontVe que l'étage
*ri! if rien . forme le commencement d'une
nouvelle période de formes animales gui se
roatin.uent dans les terrains jurassiques.^
Avec les ammonites, les trigonies et beau-/
coup d*autrcs' genres de mollusques plus
développés dans la période qui va suivre,
a;>paraissent, on eifet, un assez grand nom-
bre de genres de zoophyles astréidécs et
d'amoriihozoaires teslacés; qui doivent se,'
développa" encore plus dans les terrains ju^'
rassiqucs. Cos* caractères généraux sont
d'autant plus remarquables qu^ils coïnci-
d^'ut parfaitement avec ce que M. liron-
miiarl trouve pour la Hore de cette éjioquf,.
foute intermédiaire entre l'étage conchylient
et les premiers étapes jurassiques.
Outre les caractères paléontologiques tirés
ûes genres que nous avons vus être nom*
hreux, nous avons, pour distinguer l'étage
s*nfërien, un nombre considérable d'es-
\nre%.' Indépendamment de M espèces de
reptiles, de poissons et de crusta-rés, .nou^
avons le nombre de 737 espèces d'animaux
mollusques et rayonnes^ qui forment, pour
nous, autant d'espèces caractéristiques aux^
quelles nous renvoyons pour prouver l'en-
semble des faits.
Chronologie hiêtorigue, — l\ est prohahfo
(|ii'une perturbation géoFo^^de a terminé
la durée de l'époque conchvlienne ; car avec
cfette période animée nous vpyonfe dispa^
rtître pour toujours, dans les coriclies ter-
restres, indépendamment dès plantes qui
composaient la 'flore.de cette é|V)q>JC, 21
genres d'animaux et 107 espèces d'animaux
mollusques et rayonnes. Après cet instant
d'agitation, auquel nous attribuons Tanéan-.
lissemeiit dé ces' 6trfes,le calmé a dû peu à
peu se rétablir'; et seulement étors, de dé-
serte qu'elle était, la nature se repeuple de
ses animaux et de ses plantes. L'élude de
ces êtres noiis montre,, en effet, qu'en même
temps apparaissent 34 genrcls d animaux,
53 espèces de plantes et 137 espèces d'ani-
maux mollusques et rayonnes, sans compter
les animaux vertébrés et' annclés'. 'Ce sont
au moins les formesr nouvelles qui noiis sont
connues jusqu'à préspîit de Tensemlile d'ê-
tres que peuplaient cette époque, et dont,
sans doute, il n'est afHvé jusqu'à pous que
i\cs débris édiappés au naufrage général qui
l'a interrompue. Celte époque avait ses mers
et ses continents. , *
Les tners delà période saliférienne avaient
à |icu près la même circonscription que les.
mer^ conchyiieilnes.
Les continents.avec tes animaux terres* -
très, probablement voisins de Ceux de l'é*
(âge condiylien, mais dont auçuh'ne s'est'
conservé jusqu'à nous, sont couverts d'une*
riche végétation, dont quelques rènrésen^;
tanls se "sont conservés, et forment fa flore.*
de cette époque, pour laquelle M. Brôngiiiart
s'exprime ainsi : « En comparant cette flore;
rfvcc celle des grès bigarrés (étage conchy-
lîen des Vosges, et avec celle du lias étag'^s*
sinumérien, liasien et toarcien), on voit
qu elle n'aide commun avec la première que
\epalœojyri$ qui jparaît extrêmement Voisin*
de celui du grès bicarré ; au contraire, ello^
ressemble à la flore du lias ou de l'oolilo
(terrains jurassiques) parles fougère?, do ît
plusieurs sont très- voisines, par lés nilsonta
et les pterophyUum^ qui sont aussi très- voi^
sins spécifiquement de ceux du lias. « On
voit que ces résultats sont conformes à ce^
que nous trouvons pouf* l'ensemble de la
faune. Il serait donc tout aussi bien prourj'
parles plantes que par les animaux' qi?t>-
cette époque est intermédiaire dans Ses cn^
ractères comme dans la position stratigrû--
phiqiie qu'elle occupe.
C est à cette éi)oque que M. Elie dé Beau-
mont fait arriver son. systèrne du Tliûrin^
gerwald, du BoBhmerwâld-Ge!)irge, du .M< r-
van, dont la dislocation est dirigée du O. 40*
N. à TE. kOr S. On rapporte encore à la fin
de cette époque la surélévation de toute >a
partie orientale des Andes dans rAraériqup,
Biéridionale, comprise entre les tt* et *r '^
12o7
SAU
DICTIONNAIUE DE COSMOGONIE
SCA
rîGS
s
rés de latitude sud, suivant la direction de
. SO' N. à TE. 50* S.
SAURIENS ' FOSSILES. — Les sauriens
( de raûooc , lézard ) appartiennent au second
ordre de la classe des reptiles. Durant ces
périodes éloignées que remplit la formation
des couches de la série secondaire, les rep-
tiles de Tordre des sauriens jouèrent un rôle
si étendu que nous devons une place impor-
tante dans nos recherches à Tétude des restes
intéressants de créations anciennes, que ces
animaux ont laissés après eux et qui nous
^ont parvenus à Télat fossile. C'est là une
tAche qui pourra sembler désespérée à toute
)»;TSonne peu familiarisée avec des sujets
d'éludé d*une antiquité aussi reculée. Mais
la idéologie, arrivée au point où elle en est
maintenant, et appuyée sui* l'anatomic cûin-
jjarée, nous fournit d'abondantes lumières
sur l'organisation et les fonctions de ces fa-^
milles éteintes de reptiles, ei non-seulement
nous pouvons rétablir leurs squelettes et en
conclure leurs formes extérieures, mais nous
pouvons en déduire aussi leur économie gé-
nérale et leurs habitudes^ la nature de leur
régime,, et souvent même Thistoire de leurs
organes digestifs, enfin nous y pouvons lire
jusqu'à leurs rapports avec les conditions du
monde d'alors et avec les diverses formes
d'organisation auxquelles ils étaient associés.
Les restes de ces reptiles se ressemblent
).>lus entre eux qu'ils ne ressemblent à ceux
iraucun. autre animal que l'on ait découvert
dans les dépôts qui ont précédé ou suivi la
série secondaire (883).
Il y a tant d'espèces de sauriens fossiles»
que nous ne pouvons qu'en choisir auel-
ques-uue& des plus remarquables pour taire
connaître quelles conditions dominaient l'a-
lUiUalité à cette époque où la classe des ro|>-
tiles domixwit le sommet de réchelleanimale„
atteignarU souvent des dimensions dont rien
n'approche parmi les divers ordres actuels,,
«t qui semblent caractériser ce moyen âge
de la chronologie géologique qui sépare les
jormations de transition clés formations ter-
tiaires.
Durant ceiigedesrepiilcsy aunin des mam-
mifères carnivores ou lacustres dos périodes
tertiaires n'a commencé d'apparaître sur le
globe; ses li{d)ilants les plus formidaliles,
soit sur la terre, soit dans les eaux, étaient
des crocodiles cl des lézards de formes di-
verses, souvent d'une stature gigantesque,
et construits pour résister aux convulsions
qui bouleversaient la surface de notre pla*-
nète encore dans l'enfance.
(883) Les couches plus aDciemies dans lesquelles
on ait trouvé de& reptiles «sont celles qui se lient avec
la formation du calcaire inagiiésien. L*existence de
reptiles vcâsips des monitors dans le sclitste cui-
vreux et le zechitein de rAUeina^ ne a été constatée
depuis longtemps, et Ton a trouve, en 1834, deux es-
pèces voisines des iguanes et des nionitoi-s dans les
conglomérats dolomitiqiies de Durdliam-Dwn, près
(le Bristol.
(884) L*exlrémitë postérieure dM scapbîtes est
enroulée^ k ia manière des ammoDîtes, en tours de
suire qiû s'enveloppent complètement. La dernière
ihamnre ou chambre antérieure est phis grande que
A la vue de cette vaste et iinportanle place
assi;;née aux reptiles parmi les habitants pri-
mitifs de notre globe, nous sentons s'élever
un inlérftt tout a fait nouveau pour les or-
dres mainlcnant existants et comparative-
ment si peu nombreux de cette classe Sa
plus ancienne des quadrupèdes dont le nom
seul excite d'ordinaire un instinctif senti-
ment de dégoût. Mous n'aurons plus pour
eux ce mépris, quand nous aurons lu dans
les annales de ia géolcgie qu*il ftit un temps
où non-seulement ils étaient les habitants les
plus nombreux de la surface terrestre et ses
dominateurs les plus puissants, mais où leur
pouvoir s'étendait encore jusque sur les do-
maines des océans, et qu'on peut reculer
leur histoire jusqu'il bien des milliers d'an-
nées au delà de celle é])oauo de la création
progressive des animaux, ou îes premiers pa-
rents de la race humaine furent appelés à
l'existence.
Les personnes à l'esprit desquelïcs ce su-
jet est offert pour la première fois enten-
dront avec étonnement, peut-être même in-
crédulité, des récits tels ijue ceux que je
viens de faire. Et il est juste d'admettre
qu'au premier coup d'œil on les prendrait
plutôt pour des rêves de l'imagination, pour
des romans, que pour les résultais sévères
d'une investigation froide cl raisonnée ; mais
pour quiconque voudra examiner les faits
sur lesquels nous établissons nos conclu-
sions, il n'y aura pas plus de doute possible
sur Texislence éloignée de ces étranges et
curieuses créatures, ou sur le lieu cl répo-
que où nous affirmons qu'elles ont vécu.
Que l'on n'en peut avoir pour les paroles de
1 antiquaire qui» trouvant les catacombes
égyptiennes remjdies de momies d'hommes,
de singes et (!q crocodiles, en tire cette con-
clusion que ce sont le les restes de mammi-
fères et de reptiles qui faisaient partie d«
l'unje des populations anciennes cj^ui se sont
succédé sdr les bords du Nil.
SAUROIDES. Voy. Poissons^
SAUSSURE. Yoy. Géologie.
SCAPHITES. — Ce nom désigne ub genre
de coquilles cloisonnées» elliptiques» d'une
beauté remarquable, et qui appartiennent
presque exclusivement à la formation de la
craie. Chacune de leurs extrémités est en-
roulée, tandis que leur portion méùiano
forme "presque un plan horizontal, et elles
rappellent ainsi la forme des baleaux vUcz
les anciens. C'est cette particularité qui leur
a fait donner le nom sous lequel on les oé-
signe (884).
loiilps les aiUros civsrmlilR : et quelquefois (proba-
blement dans Pà^o adulle ) elle se recnurlie en ar-
rière, jusqu'au point «rullcr toucher la spire posté-
rieure. 11 en résulte que la bouche se comprime et
devient plus étroite nue la chambre'elle^ménie. C'est
ce caractère tiré de la ch.iiiil»re extérieure qui sé>
parc les seaphites des ammonites; car ces deiti
genres se ressemblent sous tous les antres rapports :
dans i*un comme dans Tautre , les lames transver-
sales sont nombreuses jet trayersérs par un siph<«
marginal situé vers la face dorsale de la co^nilk*»
et en outre les bords en sont lobés, entaille» pn^
fondement cl festonnés.
1909
SCO
ET DE PALEONTOLOGIE.
SED
ItTO
11 est à noter,, comme un fait digne de re-
marque, que ces deux mo^iificaiions de la
slracture des ammonites, qui constituent les
genres scapbite et hamite, n'apparaissent que
très-rarement, et seulement dans le lias et
Toolite inférieur, avant la période des for-
mations crétacées, période pendant laquelle
s'éteignit presque complètement, après une
existence si longtemps prolongée, le type du
genre ancien des ammonites ^5).
SCIENCE, ennemis de la science combnttus
par Mgr Wi$eman, — Voy. Cosmographie
DES PÈus sub pn.
SCILLA. Voy. Géologis.
SCORPION. — Une communication faite
par le comte Slernherg aux membres du
musée national de Bohême (Prague, 1835),
renferma lit description d*un scorpion fos-
silq qu*il a découvert dans Tancieune forma-»
lion houillère du village de Chomle , près de
jjladnitz, au sud-ouest de Pi:ague. Ce fossile
important, le premier de cette sorte que l'oi^
ait découvert, le fut en juillet 183i,dans une
carrière située vers la lisière de ce terrain,
près d*un endroit où Pon extrait de la houille
depuis le xvi* siècle. On a reiicontré dans
celte même carrière quatre troncs d'arbres
dressés et de nombreux débris végétaux de
la même nature que ceux qui se voient dans
la grande formation houillère de TAngle-t
terre.
Plusieurs dessins de ce scor^iion furent
iiiis sous les veux d'une commission, lors de
l'assemblée des naturalistes et des médecins
de TAUemagne à Stuttgard, en 183.^. Nous
empruntons au rapport qui eu fut fait les di-
verses particularités qui suivent ^886).
Toutes les analogies déduites des espèces
actuelles nous permettent de poser en fait
que la présence de grandes çspeces de scor-
pions est un indice certain defatempéralurq
(885) On trouve diins le lias du WQrlenit>erg les
êcapkites Hfmrcalni el Isis, hamiUê annutatus oao^
Tooliihe Inférieur de la France.
(886) Le scorpion fossile diffère des espèces ac-
tocUes, Boins par sa structure générale que par la
positioii de ses yeux. Par rapport à ces derniers or*
ganes, le genre atuÉroctonu^ est celui dont il se rap-
proche davaptage. Ce genre a aussi douze yeux,
mais disposés autrement que dans Tespèce fossile.
C^esl \ cause de U disposition à peu près circtilaire
qu*affeetent ces organes chez ce dernier aiiimal que
1 on en a fait ul genre nouveau sous le itum de q^^
dofhtkalwM»,
Les oririles oiï étan^nt contenus ces Joii/f* yeux
sont dams un état parfait de cons«^rvalion. Uiî des
petits yeux et le grand oàl du ci^té gauche ont en-
core conservé leur forme, en même temps que leur
cornée qui est plissée. L'intérieur est reœpU d^une
sol>stanoe terreuse.
Les mandibules sont également très-distinctes,
mais elles sont daus une position renversée^ Cha-
cune oflre trois dents saillantes; et si Ton examine
Tuned^eUes sous un grossissement convena'ile, on
y voit les poils qoà recouvrent la lame cornée dont
elle est revêtue.
Les anneaux thoraciques, qui paraissent être au
iiombre de huit» et ceux de la oueue sont trop dislo-
«f<i. s pour que Ton en puisse lacilement distinguer
]' nombre; mais ils diffèrent de ce que l'on obs<;rve
câus toutes ks espèces connues* La vue de la face
élevée dtL climat sous lequel, ils habitent, et
cette conséquence est parfaitement en har-
monie avec Taspect tropical des végétaux
auxquels le scorpion est associé dans le ter«
rain houiller de la Bohème.
SCUTIBRANCHES. Voy. GAsriBOPODBS.
SÉUIMENTS ANCIENS compaeés aux s6-
DisiE!iTs ACTUELS. — La préseuce de restes
nombreux d'animaux marins et de plantes
fossiles, au sein de tous les étages géologi-
ques est une preuve incontestable qu'il
existait toujours, simultanément, à Tépoque
des plus anciennes couches terrestres, comme
à présent, descontinenis et des mers. Ce fini
établi, tout porte à croire qu*à chacune de
ces époques des causes physiques analo^es
aux causes physiques actuelles pouvaient
produire des résultats semblables.
Les mers anciennes recevaient, de même»
des séJinients terrestres, des sédiments pro?
duits pac rusui:e des eûtes et par la décom-
position des restes organisés. Les nombreux
morceaux de bois fossiles qu'on trouve dans
les couches marines du lias supérieur de
Thouars (Deux-Sèvres), dans l'étage bajocien
de Port-en-Bessin (Calvados), do l étage kim*
méridsien de Chàtelaillon (Charente'» Infé-
rieure;» de rétage parisien supérieur de
Vaugirard,^etc., oemontrent qu'à ces diver-v
$es époques, comme à présent, des afEUients
terrestres apportaient leur tribut à la mer.
D'un autre côté, le produciu$ de l'étage car-,
bonifère, rencontré dau$ les couche^ con-»
temporaines, en Russie, par MM. de Ver-
neuil et Hurchison* les restes, orgaaisés de
tous genres, et les fragments de roche trans^
portés h^ l'état ibssilc^ de l'état albien dans
les couches tertiaires de Clansayes (DrOme),
ceux de Macbéroménil (Ardennes), et. jus-
qu'aux fragments de calcaire grossier pétris
de ses fossiles remaniés dans les grès siii-
m
dorsale a été obtenpe en taillant I» pierre par la face
postérieure..
On voit tre^-bien ranimai par sa face Inférieure,
et le palpe droit terminé par les. pinces qui «carac-
térisent le genre. Cette pince et Tabdcmeo sont sé^
parés par une mine fossile carbonisée d*uoe es-
pèce commune dans la formation liouiUérc..
L'enveloppe cornée de ce scorpion est dans TéLi*
de conservation le plus extraordinaire; car eih
uesi ni décomposée ni earbonisée. La substance
prepre (chitine ou éiiftrine) qui composait probable-
mont cette enveloppe, comme les éiytres des scara •
liés, a. résisté à la décomposition et à la minéralisa-
lioit. Elle se détache facilement et elle est élastique,
lianslucide et «ornée ; deux couches la constituent,
dont chacune a conservé la structure qui lui est
propre. L'extérieure est rugueuse, presque opaque,
lleiible et d^une couleur noir-brun ; la coucUc i»-
lerne au contraire est plus molle, de couleur jaune,
moins élastique ; elle est organisée du reste comme
la lame externe. On voit, à Taide du microscope,
que cfaacitiie de ces deux lames est formée de cel-
lules hexagonales séparées par de fortes cloisons.
D'espace en espace , elles sont traversées par des
poivs toujours ouverts, et oui présentent chacun
une auréole enfoncée, ayant a son centre une pecile
onvei tare qui sert d'orifice à une trachée. On voit
rimpression des fibres musculaires dcstiriées ^ metr
ire \e^ paUf^ vn nwintnncttl;
DlCTlONNAIRii: DE COSMOGONIE
^271 SED^ .
ceux d*AuTers (Seine^et70ise)9 montrent
3ue les mers enlevaient^ comme à présent^
es siMiiiients, par Tùsure des couches con-
solidées de leur littoral. Comme il existait
& toutes ces époques des^ animaux variés,
ils étaient,, sans' aucun. doute, 'soumis aux
mêmes' lois dé désorganisation qu*aujour«
d*hui, et donnaient aussi leurs sédiments.
Les sédiments anciens, ainsi qiie les sé-
diments actuels, étaient, suivant leur, pro^
venance, de différentes natures, fis se com-
posaient également de cailloux roulés ou an*
guleux, de gros sable, de sable Qn, de sabla
vaseux, de vase calcaire ou siliceuse; mais
ces premiers, dans Timmensité de temp$
écoulé depuis leur dépôt, se sont, en se con-
solidant plus ou moins, modifiés de diver-
ses manières, selon leur composition, les
intiltrations qui les ont pénétrés, la pression
qu'ils ont subie, et le voisinage des chemi-
nées du ^lobe. '
Les cailloux roulés ou arrondis, entre-
mêlés de sable ou de molécules plus fines,
ont, par leur consolidation, formé ces roches
que les minéralogistes nomment potid/njues,
où ces mêmes cailloux se distinguent par-
faitement, comme à Carry, près des Marti-
gues (Bouches-^du-Rhône), comme àGévau-
dan (Basses-Alpés), etc., etc. Les fragments
anguleux*, en s*unissant de différentes ma-
nières, ont constitué les brèches^ qui mon-
trent toujours les éléments de composition,
par la différence de nature des fragments
empâtés et de la matière qui les uniL
Le gros sablé est souvent resté à l'état dé
désagrégation-, état dans lequel on le trouve
au cap de Hève, près du Havre, et sur beau-
coup d'autres points ; ou bien il a formé des
roches dureâ, des grès à gros crains très-
durs, comme ceux de Saint-Calais (Sarihe),
de Noîrmoutiers (Vendée), etc.
Lessables quartzeux fins, bien plus com*
muns, sont au*?si souvent restés uans Télat
pulvérulent, kVandeuvre (Aube), aux envi-
rons de MortC'Fontaine (Oise); mais ils re-
Srésentenl aussi plus fréquemment encore,
ans les couches rerre^tres, ces grès h paver
de Fontainebleau, d E'ampes, aux environs
de Paris,' ces crès blancs du lias, près de
Sémur (Côle-d^Or), de Metz (Moselle) , ces
grès siluriens de May (Calvados), ou ces
quart'zUes^ de beouoovtîp d'autres lieux.
Les nlolécules siliceuses, plus tinesonti
suivant leur nature et suivant les modifica-
tions, qu'elles ont subies,' servi à former les
roches phylladieqnes, . les grauwackes, les
schistes, les schistes micacés de l'étage silu-
rien d'Angers (Maine-ét-Loire), et'des en-
virons de Rennes (lUe^èt-Vilaine), etc., etc.
Les séJiments, plus ou moins mélangés
' de silice et de chaux,. ont donné lieu, eu se.
modifiant, à la formation des calcaires pro-.
prement dits, des roches mariio-calraires,
des argiles et de la craie de tous les pajs.
Si, aux diverses époques géologiques, les
choses se sont passées comme à présent, on
doit trouver, à chacune de ces époques, la
nature des roches sédiraentaires excessive-
uienl variable suivant les lieux ; car il est
9ED
«H
pifpbable que les courants des* mers à^^
Î lient de la même manière sur la répartiti^a
es sédiments, suivant leur nature el leur
densité. C'est, en effet, ce que nous voyons
en étudiant les étages. On pourrait même
dire que c'est cette variabilité de composi-
tion minéralo^iqué du méjiie étâ^e, selon
les lieux, qui a souvent induit en erreur
ceux qui voulaient la trouver partout iden-
(ic[ue de caractères minéralogiques au même
niveau géologique. .
Si, comme on en a la preuve, les sédi-
ments marins' étaient de natures variées aux
diverses époques géologiques, ils doivent
avoijr subi le même mode de répartition que
dans les mers actuelles, suivant la pente du.
littoral, suivant sa configui:ation et la força
des courants. • .
L'étude des couches terrestres le démon-
tre de toutes les manières. La grande uni-
formité des dépôts argileux de quelques
points, et leur manque presque cr/usplet de
restes organisés, donnent la certitude qu*ils
ie déposaient au fond des mers. L'étage con-
chylien des environs de Toulon (VarJ» ainsi
Sue les étages oxfordien et callovien de
eaucdup de |>oihts des Hautes et Basses-
Alpes, sont dans ce cas. On reconnaît ailleurs
par les petites couches bien séparées, comme
dans les étages sinémurien, callovien et néo-
Comien des environs de Castellane (Bas.«e5-
Alpos), par les restes organisés complète-
ment conservés, "que ce devaient être des
dépôts tranquilles et riverains. Enfin, par
les lits obliques des couches horizontales^
on reçon^iaît que les bancs de l'étage batho*
nien de Luc, de Banville (Calvados), que
ceux de l'étage narisien d'Auvers (Seine-et-
Oise), se sont formés sous la même in-
fluence des courants que les bancs de sable
de notre littoral, et ceux qu*on voit dans la
lit de la Loire. •'
On explicjuerail difficilement, en géologie,
sans faire intervenir l'action appelée per/wr-
bations naturelles^ la formation très-remar*
quabledes alternances sçuvent répéjtées, sur
un seul point, de couches parallèles d^ di*
verses natures, composant un même étage.
Avec des courants dans line direction iden**
tique, avec des agents charrieurs invaria-
bles, il se formerait des amas considérables
de matière dont Tensemble serait à peine
stratifié ; et jamais, sur le même point, des
couches de sable ne viendraient. recouvrir
des couches de sédiments vaseuk, f>as plus
que des bancs horizontaux ne. pourraient
se trouver au milieu des lits inclinés. Les
perturbations naturelles de Tépoque artuellc
nous expliquent à la fois toutes ces ap^^a-
renies anon^alies qui ont souvent cnil>ar-
ra^sé les géologues.
Ces perturbations nous donnent, par suite
des tempêtes annuelles périodiques, le moJe
de formation des couches alternes, comme
celles de Tétage corallien du ravin des Tour*
nelles, près de Sauce-aux-Bois (Ardennes),
où les couches sont formées ne calcaire
compacte blanc, empâtant un amas de co-
quilles, tandis que les autres couches inte^
MTS
SED
ET DL PALËOKTOLOGIE.
SED
1274
médiaîrés, sans coquilles, sont plus mar-
neuses et moins dures.
Des perturbations plus rariëes peuvent
seules, et sans le secours des révolutions
géologiques, nous exiiliquer cette alternapce
singulière de bancs de sable lin en couches
horizontales, et de lits dé sablé et^de cor
auilles, in'clinés tantôt à l'est et tantôt à
1 ouest, qu'on remart|ue à Anvers (Seine-et-
Oise), dans la zone supérieure de Tétage pa?
risien.
Sans les phénomènes périodiques actuels
des ehanjp^euienis de courants ajiportés par
les coups de vent, il nous serait difficile
d*explic|uer encore comment l'immense puis*
sance d un éta^ peut être divisée en p^^tites
couches d'une é4:ale épaisseur, et cela d'une
manière si constante que, dans certains cas,
les bancs se succèdent régulièrement comme
dans une bâtisse. Chaque lit, plus dur, est
«éparéparune très-lé^ere ik)ucbear^leuse,
^insi qu'on le voit dans l'étaîi^e siuémurien
de Castellane, de Dignes, dans l'étage eallor
▼ien de Cfaaudon, dans l'étage néocomien de
Êheirôn, de Barrême (Babsec»-AlpeS), dans
l'étage ozfordien de Vermanton (Yonne),
etc., etc.
Ces quelques cas isolés, que nous ayons
prîs au hasard, sufQront, nous le pensons,
pour prouver qu'aux diverses époques pas-*
sées, la nature était soumise aux mêmes
f et*ons passives et fortuites qui existent au-
jourd'hui. -
' Si la nature et la disposition seule des
coochcs sédimentaires du globe nous ont
donné la preuve que des causes identiqiies
aux causes actuelles présidaient k leur for*
niation, la distribution des êtres dans ces
couches, et toutes les circonstances de leur
anéantissement nous le prouveront d'une
inanière bien i>lus certaine. Passons sucées^
5ivement en revue, sous ce rapport, les iïU
Terses conditions de dépôts avec les restes
-organisés contenus dans les couches ter*
rostres.
Nous avons dit que les animaux vertébrés
entiers flottants ne pouvaient- être jetés que
sur le littoral, et qiie là ils pouvaient se
conserver, principalement sur les golfes
-tranquilles, où se déposent les sédiments
iins. C'est, en effet, ce que nous trouvons
IK>ur les animaux terrestres et marins ; les
inammifèrcs et les oiseaux entiers de Mont-
martre, prè^ Paris, les poissons d'Aix {Bou-
clies-<lu-Rliône) se sc^nl déposés sur des sé-
diments très -tins d*un lac terrestre; les
grands sauriens lie Lyme-Regis (Angleterre)^
sont avec des sédiments marins fins. It en
oat de même des nombreux poissons du
Monte-Boica, crS Acanthoteuthes de l'étage
OxforJiende SolenhotTen et de la bélemniie
-entièrpderélagecallovien d'Angleterre, où,
avec les festesd/animaux vertébrés flonants,
sont toujours des coquilles qui flottaient,
telles que ces ammonites si remarquables
par la. belle conservation de toutes leurs
t parties.. C'est encore et seulement sur le
itioral des golfes maritimes tranquilles que
l^ourront se conserver, pour l'avenir, les
traces, les^lus.fugacqs des animaux eux«
mêmes, ou ces empreintes physiologiques
et physiques qu'on trouve répandu'^s k la
surface du globe, comme les empreintes
physiologiques de pas d'oiseaux et de rep-
tiles,, comme les empreintes physiques de
gouttes de pluie, et les sillons marins lais-
sés par la mer sur le sable, sur les grès
tertiaires de la Patagonie, sur le.« grès pbr-
llandiens des environs de Boulogne (Pas-dc*
Calais), 'et qui montrent,, près tes uns ûcs
autres, des sillons tracés par la mer actuelle,
avec ceux qui se sont formés à l'époque
portlandienne '
Nous avons djt que les coquilles flottan-
tes devaient nécessairement être déposées
suf* le littoral des mers. C'est aussi sur le
bord dés 'antiques bassins marins qu'on les
trouve en plus grande abondance. Il suffira
de suivre le pourtour des roches granitir
ques des départements ôes Deux-Sèvres et
de la Vendée , ou des. roches paléozoîque^
des départemeuts de la Sarthe et du Calva-:
dos; pour rerbnnattre que, sur tous ]e%
points, les différents étalés géologiques qui
s'y adossent sont remplis d'un nomlire con-
sidérable decofjuitles flottantes, de nautiles
et d'ammonites. On trouve souvent dans
les étapes loarcien, bajocien, bathonién, calv
lovien el oxfordien dotes anciens. rivages,
de mênie qu'à Saint-Julien de Cray (Saôner
et-Loire), etc. , des couches exdusivemepl
formées d'ammonites'èt de nautiles , tandia
que les autres points de ces mêmes élages,
placés au centre des anciens bassins, où les
couches déposées par les courants SQUsr
marins, comme k Luc; à'Langrune, à ^àw»
ville (Calvados), ne contiennent point de
coquilles flottantes, ou elles sont très-ra*
tes. . . , ,
En parlant des animaux non flottants,
nous avons dit quMIs pouvaient mourir de
vieillesse dans leseonehes sédimentaires en
repos, et rester dans leur position normale
d'existence. M. d'Orbii;ny en a. observé à
cet état dans les couches coralliennes du
canal do Niort et dans les environs de U
^oehelle •( Charente-Inférieure), près de
€yrcy.le«£hâleau (Haute* Marne), et sur une
foule d'autres points* de tous les Ages géo*
logiques. ' '
- Des coquilles bivalves peuvent* encore t
dans leur position normale , être envelop-
I'iéesde sédiments, fuir suite^d'une pertur-
janon naturelle, et montrer alors sur la
ùiême niveau des coquilles bivalves de tons
les dges, comme sur les lianes calcaires de
l'étage kimméridgien, qui se découvrent à
mer basse à la pointe de Châtelaillon (Ch»-
rente-lnféiieure), où elles sont à côté de
Ï;asiém'()fKlcs dans leur |H)siton normale^
a bouche en bas, ou de ^^upes de miiytuB
et de pinna^ teîs q}ï*i\s ont vécu t c'est-à-
dire encore réunis en famille.
' Le plus souvent^ les restas d'animaux
vertébrés, ainsi que les coquilles et les p<H
lypiers, sont dans les anciennes mers,u>mm6
dans les mers actuelles, déposés sur la côte*
ou cliarriés par les courants sous-mariaa.
Îfl5
BED
DICTIONNAinE DE COSMOGONIE
SEN
♦27f
Lc5 côtes se reconnaissent toujours au dé-
sordre des coquilles, et à la grande quantité
de coquilles flottantes mélangées aux autres.
Les couches de Tétage biojocien, ou de l'oo'
Hthe inférieure des nioutiers des environs
de Bayeux (Calvados), de Niort (Deux-Sèvros),
sont dans ce cas, ainsi que Tétage oxford ien
de Launoy (Ardennes) , le lias supérieur de
la Verpillère (Isère), et une multitude d'aur
très points do la Fpance.
Quand les coquilles et les autres corps
orjzauisés sous-marins sont transportés , il«
V forment , sous l'action des courants vio^
lents, ces lits inclinés que nous avons dé-
crits si marqués à Luc,, à I^on, à Ranville
(Calvados)^ et à Anvers (Seine-:et-Oise) ; ou
ces t>ancs alternatifs de pouJingues, de gros
grès, de sable et d'argile de l'étage falunien
de Carry (Bouches-du-Rh6;iej, de Gévaudaa
(Basses-Alpes). Lorsque , au contraire, les
courants ont agi , mais sans violence , ils
ont formé ees bancs, ces lits de coquilles si
fréiiuents dans les couches de tous les âges
géologiques, où ils sont mélangés avec des
sédiments, comme aux environs de la Ro-
ohelle, de Sauce-aux-Bois (Ardennes), ou
feuls, comme h Lue, à Langrune (Calvados),
h Saint-Mibiel (.\Ieuse), à Tonnerre (Yonne),
A Damery, à Montmirail (Marne), à Chau-
mont (Oise), è (îrignon (Seine-et-Oise), etc.
Cherchons-nous encore dans les mers an--
ci en nés des exemples de ces dépôts sous-
marins, formés dans le repos déterminé, soit
parla profondeur, soit par la tranquillité
d'un point du littoral moins profond, mais
situé en dehors de l'action du courant, nous
4es trouverons souvent des mieux marqués,
L'éta^ sénonien, où la cra.ie blanche du
bassin, parisien et tous les êtres n'ont subi
aucune usure, est certainement dans ce
/cas. Les counhes à milioles, formées seule-
ment de foraminifères des carrières de
Gentilly et de Vaugirard , près de Paris , se
sont également dé[K)sées dans le repos, ainsi
qu*unemu1titude de couches. plus anciennes.
La présence des conularia dans les mers
très- anciennes, des hyalea^ des cleodora^
<!ans l'étage falunien de Bordeaux, des cari"
-naria et de quelques ptéropodes dans les
touches des environs de Turin , nous prouve
qu'aux époques géologiques il. existait,
.comme dans les mers d'aujourd'hui, des ani-
maux pélagiens. Les animaux côtiers étaient
également les plus nombreux dans tous les
c'tagesquise sont succédé jusqu'à nos jours;
ainsi tout porte à croire que leur répartition
devait subir les influences de la température,
de la conflguration, de la nature des côtes,
et avoir des niveaux spéciaux d'habitation ,
surtout dans les étages tertiaires qui appro-
4;hent le plus des conditions actuelles. La
faune tertiaire de Tétage parisien annonce en
effet qu'elle a vécu sous une température plus
élevée que la température actuelle de Paris
. L'influence du niveau d'habitation , de la
•conQguration et de la nature des. côtes, sur
*la répartition des êtres , est très-marquée
dans les couches fossilifères de tous les âges
•géologiques. Elle explique pourquoi les phç'
ladomia et d'autres coquilles, ayQUt le mémo
genre de vie, se trouvent toujours dans le.s
calcaires marneux, qui jadis étnieat à l'état
de vase, tandis qu'elles manquent dans les
grès grossiers du même étage. Elle explique
]'al)ondance de coquilles des rochers sur
quelques localités, comme les l>ancs d'hip-
purites et de radioiites des''€orbières (Aude),
iïes Martigues (Bouches-du-Rhône, duBeaus-
set (Var) , et donne la clef de toutes ces
anomalies qu'on remarque dans la distri-*
t>iitioa locale des êtres marins, au sein des
couches sédiinenl aires. Cette influence est
surtout très-reraarquaJble sur les baocs de
coraux de l'étage silurien de Dudley (An^
glcterre), de l'étage dévonien de Bensberg,
^l sur les récife des mers jurassiques, com-
parés aux récifs actuels. En effet, la faune
propre aux récifs anciens de l'étage oxfor-
dien des chailles du Jura, aux récifs de
Tétage coralliei» de Saint-rMibiei (Meuse) ,
d'Oyoooaux (Ain), de Tonnerre, de Chateî*
Ccusoir (Yonne), de »la Pointe du Ché (Cha*
Cl n te -Inférieure), est tout à fait distincte des
fauneç voisines déposées sur des côtes dif-
férentes de la.même époque .Corpme les bancs
de coraux des Antilles et des lies océaaieor
nés, ces bancs de coraux anciens offrent une
série d'êtues propres, dans laquelle domincLt
surtout les coquilles parasites,, les térébra-
tules et les échinodermes de certains genrc^s.
Les dépôts terrestres et fluviatiles , ren-
contrés dans les couches fluvio-terreslres ^
nous démontrent que les mêmes circonstan-
ces d'habitation existaient sur les contineiiu
anciens et sur les continents actuels. Les
unio du Wild^lay de- l'îJe de Wight le
prouvent pour l'étage néocomien. Les cou-
ches kphysaeik he^ixfie Rilly-la-Montague,
du Mont-Bernon (Marne) , d'Orgoa , de Vi-
trolle (BoucheMu-Rhône) , les présentent
dans l'Aage suessonien; les couches i]*eau
douce de Panis les offrent dans l'étage pari^
sien; on les voit aux environs de Montpo!*
lier f Hérault), dans le bassin bordelais ,
dans les envii:ons de Mayence^aux bor<is
du Rhin, etc., etc.
Ces quelques exenq>les des divers genres
d'influences suffiront pour prouver, qu^à
toutes les époques géologiques ,, des condi-
tions identiaues aux coqaitions actuelles in-
fluaient sur la formation des sédiments » sur
Jeur répartition , sur la distribution des res-
tes organisés , suivant leur nature vivante,
ou suivant leur état de corps bruts, inertes,
soumis alors aux agents charrieurs.
SÉDIMENTS MARINS. Voy. Coi;chbs se-
piiTENTÀiBES. — Leur répartition dans tes
mers. — Voy. ibid. — Sédiments vasetLX.
Voy. ibid. — Sédiments fIuvio-(errestres. Fby.
Cot'CBEs séoiMENTAiREs, art. IL
S£L. Voy. V Introduction. — Sel gcvwML
Voy. Roches fossilifères.
; SENONIEN (ÉTAGE). — Le sixième de la
période crétacée et le 22* de l'échelle totale
des terrains. La ville de Sens, l'antique S^
notiez, est située au milieu de la partie de
Tétage la mieux caractérisée. C*est aussi Ir
terrain crétacé supérieur j lu truiebtancke^ le
1277
SEN
ET UE PALEONTOLOGIE.
SEN
1278
terrain inpercritacé ^ le caïcaire jaune ^ et
une partie de la craie tufau de la Toiiraine,
létage crayeux (partie) de M. Cordier, etc.
Type français sous-marin à Epernav, Meu-
don, Sens, Tours. Saintes, Maestrient, etc.
On a donné le nom de craie blanche è cette
immense surface de craie supérieure, essen-
tirllement blanche, du parisien. Cette déno*
Mi nation lui est, en eflet, très-app1i(nble, à
.Meudon et dans la Cham])agntv, mais elle
jjcut, ailleurs» devenir la source de plus
«l'une erreur. Certaines parties des étages
( rnomanien et turonien, a Saint-Sauveur, à
Saint-Florentin, sont, comme on Ta vu,
très-blanches, et ne diffèrent pas, rainera-
lo^ir|uement, de la véritable craie blanche,
iniulis qu'au contraire, dans les Pyrénf'cs,
rélage qui nous occupe est bleuâtre, qu*à
Fours il est jaune, qu'à Saintes et è Co-
i;iiac il ressemble à ce qu'on a nommé craie
liifau. Il en résulte que, d'un côté, Ton peut
îppcler, minéraloçiquement, craie blanche,
Ws élances bien difTércnts par leur stralili-
-alion et leurs faunes fossiles; tandis qu*en
Tautres lieux, ce même horizon ne saurait
ilus être appelé craie blanche, attendu qu'il
isi de toute autre couleur, ou même à I état
Je grès. C'est oour obvier à ces inconvé-
lients que H. aOrbigny lui a donné le nom
ïétage sénonien.
Voici rhorizon crétacé le plus vulgaire,
»ur certains points, par sa nature minéralo-
^ique. En eil'et, il n*cst pas un géologue qui
le connaisse eu France cette vaste exten-
sion de craie blanche qui couvre le nord et
e nord-est du bassin anglo-parisien, et dont
es limites sont si bien représentées dans la
>olle carte géologique de MM. Dufrénoy et
^lie de Beaumont. Nous allons, du reste,
ndiquer les limites géographiques de ces
étions si connues, et ajouter beaucoup
rautres points répartis sur les diverses
)arties du monde où nous avons reconnu
étage sénonien. D'après l'élude . stratigra-
diique et la faune qui le caractérise, la mer
le cet étage couvrait, en France, tout le
entre du bassin anglo-parisien , depuis
'itry-le-Frauçais jusqu'aux côtes de la Man-
lie, et eu Angleterre, de Tours jusqu'au
ap Blanc-Nez (Pas-de-Calais). Bien qu'il soîl
ecouverl au centre par les terrains lerliai-
es, il n en montre pas moins, çà et là, dans
? fond des vallées, quelques parties qui
^notent partout son existence. Sur le lit-
jral de la mer, sauf quelques légères inter-
ijptious, on le voit Ibrmer la plus grande
ariie des falaises de craie, depuis le Havre
iNqu*à Etaples. Sa puissance est immense
Etretat, a Criqueport, à Fécarop, à Dieppe,
Saint- Valery-en-Caux, h Montreuil et à
tapies; puis, après une interruption for-
ïée par les terrains jurassiques du Boulon-
aïs, on le voit reparaître au cap Blanc-Nez.
riépeiidamment du littoral, il se montre
Ans la vallée de la Seine , au-dessus de
ouen, aux Andelys, à Louviers, à Evreux,
Mantes, à Heudon et à Marly, près de Pa-
.- ; dans la vallée de Dieppe, tout autour
u lambeau plus ancien du pays de Braye,
près deBeauvais,de Chauraoni, de Méru, êtes
dans les vallées de TArque, de la Yères, do
la Bresle, de Tréport, de la Somme, de
l'Autie et de la Canche. Maintenant, si nous
continuons autour du bassin anglo-parisien,
nous le verrons former une large surface
dirigée au sudest. Dans le Pas-de-Calais,
elle passe par Béthune; dans le nord, à
Douai, à Gfambrai; dans la Somme, à Pé-
roune; dans l'Aisne, à Saint-Quentin, à
Ribemont, à Vervins ; dans les Ardennes, &
Rethel, à Neufclrfttel; dans la Marne, à
Reims, à Chavot, à Ablois, près d'Erernay,
è Châlons-sur-Marne, à Vitry, h Sézanne;
dans TAube, à Arcis, au-dessus de Troyes,
à Nogent ; dans l'Yonne, à Sens, h Joigny,
à l'ouest de Saint-Fargeau. Plus au sud^
partout recouvert dans les terrains tertiaires,
rétage sénonien se voit, néanmoins, dans le
Loiret, au nord de Montargis, h Châtillon.
Rien qu'une légère ditfércnce de composi-
tion minéralogique ait empêché de le re-
connaître ailleurs, M. d'Orbigny Ta retrouvé,
avec tous ses caractères, dans le déparle-
ment de Loir-et-Cher, à Saint-Gervais, près
de Blois, à Couture, à Montoire, h Vendôme,
aux Roches, au Songé, etc.; dans Tlndre-et-
Loire , à Tours, & la tranchée de la sraudo
route de Paris, et sur une grande suriace du
cours de la Loire, en remontani ou descen-
dant. La vallée de Saint-Ohrisloi. lie lemonlro
aussi, et il la encore revu «iu-dessus du
Chinon; dans la Sarthe, aux touches supé-
rieures de Poncé, de Sainte-Cérollc, à Sainl-
Frimbault, k Saint-Germain, près de la
Flèche; dans l'Orne, dans le Calvados, à
Honneur. Un petit lambeau se voit dans la
Manche, à Sainte-Colombe, à Or^landes, h
Golleville et à Fréviile, à la fosse de la
Bonneville. Par les lignes que nous avons?
suivies, on voit que l'étage sénonien formo
un vaste cercle, pour ainsi dire non inter-
rompu, autour du bassin anglo-parisien, on
France, et que la répartition geographiquo
en est la même que celle de I étage |)récé«-
dent; seulement il se trouve toujours en
dedans et plus au centre du bassin.
La continuation du même bassin se trouve
en Angleterre , où nous voyons l'étage
couvrir une vaste surface h Test, depuis la
Manche jusqu'au Yorkshire. Par les fossiles,
nous ne trouvons, dans le vaste lambeau de
la Belgique et de Maestricht, que l'étage sé-
nonien.
Dans le bassin pyrénéen, l'étage n'est pas
moins bien tracé que dans le bassin anglo-
parisien avec les mêmes fossiles.
Dans le bassin méditerranéen on en a
reconnu beaucoup de lambeaux isolés qui
témoijçnent de son existence sur l'étage
turonien.
M. d'Orbigny a reconnu, par les fossiles
identiques et Tensemble de la faune, que
tous les terrains crétacés de l'Amérique se(>-
tentrionale, dont M. Morton a si bien décrit
la faune, dépendent de Tétase sénonien, et
non des grès verts, auxquels on les avait
rap|)ortés, par suite défausses idenlifications.
En résumé, l'étage sénonien s'étendrait (i%
• t
SEN
DICTIONNAIRE DE COSMOCO^E
,SEN
m
la zone tQpriile au 36'de^ré tic. latitude mé-
ridionale et au 56* de latitude boréale, en
faisant, en longitude presque le tpur^du
inonde. On peut/ dès lors, eu apprécier touta
i'iniportanee.
Sur tous les points du bassin an^to-pari*;'
sien, où Ton a pu voiries couchei inférieur
res, rélftj^o sénonièh repose direclerneiiti
en stratili 'alion copconlante, sur, l'étaiÇe tu^
ronien. Ce fait, cionstaté où nord et d Test
du bassin^ a élé encore reronnudànslesntl-
puesl et 1 0140SI, dans tous, les. di^paftements
de a Touraine, de la SartlVe,' do TOrne et
du Calvados. Les parties sud-ouest di^ liassin
pyréné<^n, de la Cljare;nle à la Dordognei
sont dans le o)éine tas, ainsi que l'autre
côlé espa.;nol dans .les provinces de Saint;
iVndt'f et de Biscaye! Il* eH^est^de^nièinei
dans le bassin méditerranéen, des couches
(Je Corbières du gros et du pt'lit Piroou,
près de Marli^jcues, ilu .Ca? au Jie^ju^set.Eç
Angleterre et en A))ema^ne,'la même c(»n^
èordanoe existe, et cetio circonstance donne
la nrenve que l'étape sénonien a bien suc-
cédé régulièrement, tiaps H^rdre^ cjjronolor
gique, à Télage luroiiien qu'il recouvre suir
|ous les points où il n'y a pas dé lacunes.
Tels .sont les résultats auxquels on esl
arrivé par la stratilhaliou. et l'étude des
lanncs; uu'sis, si la sùpiTpôsiUon'imméçiiatç
des deux étapes peut également Ibire arriver
h cette conclusion, sur le sol de la France,
Jl n'en est pas ainsi des, autres points. Cette
stratification. re^sle.'enlîirement muette, et
même peut induire en erreur^ )orsq.u!il man-.
que un si grand nombre a étages inler^
mé liaires, comme au nord et au sud de la
Russie, au Chili^ d^ns TAmérique septen-
trionale; dans Tlnde, où l'étage repose sur
l'étage, dévonien, sur Téla^e oxfordien, ou
même sur les roches azoïques, et alors la
paléontologie seule «eut arriver à les classer
dans leur véritable. horizon géologique.
L*étage parait atteindra près cjelOO mètres
de puissance h Saint-Ander, et une piiis,-?
«ance encore, plus grande existe au milieu
du bassin an^la-|)arisien, par èxemnie, da;is
.les faf4ise3 de la,côjé marilimé de la Sewe-
. Inférieure, , près d,e, Fé^'amp, .et mème^. à
Pan>, OÙ/l^- puits ' artésien pourrait faire
croire à aii mpias 300 tnètr^es u épaisseur.^
Tt)ut le monde a remarqué- les bancs (^
«ilex qui occujient ,les parties, supérieures
de l'étage sénonien ; mais ces silex, loip
.d'èti*e $péciaux h la craie blanche, se trou-
. vent à beaucoup d'éfages géologiques diffé-
rents. Nous I0& avons cités dans l'étage car-»
.bqnjférien.\ et .riQus les ^ avions .rencontrés
wiccessivement, dans' les étapes toarcien de
Saiqlp-Çonorine de TUouacs; Iwijocien de
Poitiers; callovien de Grassë)^ oxfordien d,e
CI)âte4-CensAir; coralli^en de Tçouvilte;
dans les terrains jurassiques f ijaps presqua
.tous les étages- crétacés; et partout nous
• avons reconnu un seù> et menie fait dans
leur mode de Jprmatiçh. Les silex ne sont
poI{it..de$ cailloux roulés, placés dans las
coucbes par les eaux; ils noua paraissent
.être le résultat d'une infiltration d? silice
dans les couches, Lden poslériauremeni h
leur dépôt. Voici, dû reste , sur quoi nous
fondons cette opinion.. Etudiés avec soin, les
silex offrent, dans leur cou(^xture sili-
ceuse ,' absolument les mêmes espèces de
fossiles, ni plus ni moins nombreuses que
dans la craie environnante. Les gros our<
sini^, lés f)iyalves saillent souvent eu dehors;
|es foraminiféres et les bryozoaires de là
jcraie se montrépt partout clans jeur pâte,
sans quY'videmment formées pçr IVlion
des eaux, comme les sédiments sous-marins
f ctuels , les couches qui les renferment
soient en rien dérangées par leur présence,
f'notir ainsi dire réiiartié aujiasaru. Les si-
ex ne (paraissent d^s lors, que deà parties
de la masse crayeuse, transformées surplace!
ÎE^n.silicjBt comme nous le voyons pour cer-
taines coquilles des mâjues couches. Les
causes de transformation qui expliquent le
jchangement des coquilles calcaires en silicç
f')OuVroi}t, nous le pensons^ expliquer au^si
a fopinalibn des silex de tou,les les couches
géologiq?ios. < - .
Pnturbalion finale. — Le morcellement
de l'étage sur la côte orientale de l'Amifr;-
quê septentrionale, le manque.de côtes aui
régions nord et est du bai:sin |:r:!3>cs, An-
noncent un «rand mouvement des eaux
après la fin du dépôt sénoqien e( .Pélagie
danjcn. A Meudon, dans l'Oise et dans la
"Marne'^ towç les. çleriiiers dépôts sénoniens
sont sous-rmarihs et des mers profonies.
Les dépôts daniens qui les rçî^ouvrenl sont,
au contraire, faits sur la côte ou près de fa
^côle^ ca;; i s contiennent un grand nombre
dûgastérôûodes, dalâmellibîahchesel même
des coquilles Oollantes On voit qu'une
surélévation, qui a uéterniiçé un roouve-
meni dans le niveau des eaux, a énietth
ment eu lieu sur ces pxunls eritçe la* fin ««
Télagé sénonien et'.le commencement de
Téla^^e suivant,^ 'qui peut encore coïncider
!^vec la perturbation finale,
. " Caractères patéôrt ta logiques. — Les rarac-
.tèrcs de là faune sont encoçe^qu^Hque suf
une plus vaste échelle', peu différents de
ceux de l'étage turonien, peu d'osj èccs ?ô
continuent de réi)oque precé^îenlc è celle-
ci; \\ en résulte qu h côté d'une d'sparilô
.presque complète des espèces, les genres nn.
.encore de Ta' alogie.' î^ous y von ons n'iltre,
^cependant, 81 genres incoun^ns aux é;aT^p>
'iniérieurs; et, parmi ceux-ci^ les pr»*niier^
.poissons cyclo'îdes et cténoïdes. Sur ces eH
genres, 42 s'éteignent dans. Tétagc, Il o.v»
donc que 39 des nouvelles formes aniin«l<^^
.de celle période qui persistent. Sur ce nom-
bre, nous y voyons naîlre quelques genre*
]plus spéciaux aux terrains tertiaires qïJj
.commencent à paraître; mais ce nombre e?»
.loin d'être comparable au nombre clés genres
qui disparaissent h la fin de cette pé'i^^'»
car, avec les i2 genres déjà cités, nous trou-
..vous, comme s éteignant, encore, W y.
genres préexistants, si caractérisliq'u.es d«
.'terrain? crétacés, ce guî élève à 122 le noffi^
brcdes genres ^ui finissent leur existen'^
avec rétagc sénonien. Ce caractère proo^^*
ISq StLN ET DE PALEOMO
}»]u8 quo tout le reste, qu à la. fin de. cet Ibgt
éta^e les terrains crétacés entrent dans iine gcar
grande période de dégénérescence de for- mur
mes zoolr^^iques, annon(;ant la Gn de cette tem
granda époque de ranimalisalion du globe. ,es\\i
L^éta^^e sénonien a pour caractères né^^a- zoni
ti&/avec l*étaj^e précédant, les 27 genres jusq
qae nous avons vus naître et oérir dans Yér .d'e\
la^e turonien, sans («asserè celui-ci, ou qu), men
nés dans les â^es passés, s*éteignent encore .mai;
clans Kétage turonien. qui
Les limites négatives entre Tétage sénq- péra
nien et I étage danien ne' consistent qu*en £i
2 genres,' Tun de gastéropodes, le geni;e coni
fasciolariaj et Pautre décriinodermes, ecAi- gi^éc
nolampaê^ qui, encore inconnus à la période . Eun
dont nous nous ocx^upous,' ué paraissent qu'à simi
. répo4(ue. suivante. .,,.... . dans
Les »|raclères. positifs nous sont donnés tous
par les genres qui, cnci)re inconnus aux autt(
étapes inférieurs, naissent, i^our }a première poui
fois^ avec l'éta^^e sénonien, et dès lors peu- ce ai
vent le distinguer nettement de ces élages . tuell
inférieurs. Ces genres sont au nomi)rtt de . Ch
81. Cet ensenililc consiJéraiile de formes Téta^
animales, qui natt dans Téta^e sénonien, bâtir
bit afipréi'ier rim|>ortance des caractères . a été
palconlologiques qu on peut invoquer, pour '. nosc
le distinguer, et la sourire de ce faciès sj.écial 26 g(
que prennent lès faunes, |iar suite de chan<* en ai
gements aussi considérables. )>ècei
Sar ce nombre, k2 {^enn^s, cessant d'exis- Lorst
. ter dans Pétage sénonien, formeront autant . et su
de caractiçes.posiufs pour le distinguer dès ; nieiii
ëla^es supérieurs où ils manquent. Si Ton conn
ajoute à ces ki genres les 80. genres qui, des «
Désantérieuremept,,sesontégaleipentéteiqts pèce<
. dans réf âge. sénonien, sans laisser ii l'étage qui
^ danien, jieus aurions 122 genres pouvant mers
'donner des caractères positifs, entre lès La
' étapes sénonien et danien ou les terrains bre d
tertiaires. . '. . sénoi
Sans compter, quelques centaines d^espècês surtc
d*animaux vertébrés et annelés, dont nous '^it, <
' ne produisons pas le cbitfre exact, nous coq- des r
naissons, en animaux mullus4{ues et rayon- - Le:
nés dé c^t.éta^é, le nombre énorme iJe 1,579 . en Fi
e:spèoes. Si, sur ce nombre, nous Atons Ijps . précî
2 es|:è«:es communes avec l'étage 4uronie|i, . tréci«
et ies 3 esf^ces indiquées, à tort f>u à raisopv , atleri
c-onifiie comniun^s avec l'étage danien, le ' vert,
beUmnitêUa omcronata^ le baculiie$ Fauja^ii juS4|L
et ie faius Septuni^ il nous restera encore . gram
l^hlk espèces caractéristiaiies , propres, à surd
. faire reconnaître (lartoui rétagé qui nops . de c(
oceujie» quelle qu*en soit là nature minera- . ment
logique. . , . . . P'i ^'
/Toutes les localités de France indiquées, ' Irîcfn
aussi bien, dans le iiassin an^lo-par:sicn qpe . depui
dans les deux, autres, comme des dé,.e;i- . en^^r
danc4^9;de l'étage sénonien, contiennent des a im
esjpèces qui se retrouvent soit en Angleterre, . rai, o
soit à Itfaëslrichtv soit à Aix-la-Chapelle^ soit . vrir t
enfln en Allem^^ne et en Russie ; dans TA- . sur t
mérigue septentrionale, au Chili ou dans septei
rinde. Qu'on prenne Tétage en France, en envir
Kussie; £\k Espagne, aux Etats-Unis, dans croir<
rAroériquè méridionale ou à Pondichérj, mers
OB trouvera partout, avec un ensemble ana- lion c
USTi
SEP
niCTiONNAIRE DE COSMOGONIE
SIG
\m
giK^s, OU des régions chaudes aux 36* de la-
ttlude nord et au 3^* de latitude sud.
Les continents ont subi des changements
op(K)sés, puisqu'ils se sont diminués de tous
les points recouverts par les eaux. En effet,
8*ils se sont augmentés de quelques atterris-
semcnts au poùrlMur du bassin anglo-pari-
sien, en France el en Angleterre ils perdent
de vastes surfaces dans le Cotentin, en Bel-
gique* en Russie, et dans TAmérique sep-
tentrionale, où, depuis le New-Jersey jus-
qu'au Texas, on trouve 1 ancien littoral des
mers sénouiennes servant de nouvelles li-
mites à ces continents surélevés depuis la
période triasiqne.
I^s mers nourrissent, avec les premiers
représentants des poissons cycloïdes et ga-
noules, qui ont leur maximum de dévelop-
pement dans les mers actuelles, un tres-
grnnd nombre de genres do poissons; quel-
ques mollusques gastéropodes, tels que les
coniif, les murex; quelques brachiopodes,
de très-nombreux br^'ozoaires, des échino-
dermes multipliés, ainsi que dos amorpho-
zoaires. C'est, en effet, le rè^ne des bryo-
zoaires el des amorpbozoaires, qui y pren-
nent le maximum de leur développement
générique; mais aussi c*est la fin du règne
des céphalopodes ; car avec cette époque
disparaissent pour toujours tous ces genres
' variés, voisins des ammonites, que nous
voyons, depuis les terrains triasiques, ju-
rassiques ou crélflcés, animer les mers de
tous les étages. C'est aussi la fin du rèçne
, des rudistes , plus spéciaux aux terrains
crétacés.
On connaît les plantes marines suivantes:
L(;l'es.
Conrervilcs woo Iwardti, Mant.
Angl. Lèvres
Ciiondriles furcilUtliis, Roem. 5.1X0.
ALGUES DOUTEUSES.
Fiicoidcs Bronpiiarlii, liant. Ang .,
Les continents nous montrent des oiseaux
du genre scolopax; quelques reptiles des
genres leiodon et mesasaurus; eV probable-
ment beaucoup de plantes confonaues, jus-
qu'à présent, avec celles des autres éto^TS,
citées à l'étage cénomanien.
Nous devons croire, par la répartition des
mêmes espèces sous la zone torride et des
diMix côtés du monde jusqu'aux régions
tempérées, que les lignes isothermes ac-
fucllos étaient encore neutralisées par la
chaleur centrale de la terre. Les oscillations
du sol àous paraissent avoir existé.
Nous regardons comme contemporaine de
la fin des terrains crétacés la première suré-
lévation des Cordillères du Chili, dirigée du
N. 5" E. an S. 5* 0., occupant 50* de lon-
^eur ; car les couches, dis)oc[ué^s lors de
ja sortie des roches porphy ri tiques, parais-
sent dépendre de Tétage sétionien ; au moins
en a-t-on la certitude pour les dépôts de Vtle
de (Juiriqnina.
SEPIA FOSSILE. — Voy, Calmars.
SÉROLES. — Voy, lEiLOBrrES.
SIBÉRIE, Mes mamtnouths. — Voy, Mu.
UOITTHS
SIGILLAIRES. — Outre les plantes que
nous avons citées ( Voy, LtriDODEHDio!i,
Fougères « ÉgciséTACÉEs ) , comme apparte-
nant à la formation cariK)nilère, et qai
oûrent des. rapports étroits avec des familles
ou des genres encore actuellement existants;
cette formation en renferme encore plusieurs
autres. que Ton- ne peut rapportera aucun
type connu du règne végétai. Nous avons tu
que les calamités ont leur place dans la fa-
mille actuelle des équisétacées, qu'un grand
nomhre de fougères fossiles se placent dans
des genres de cette famille étendue, et que
les lépidodendrons se rapprochent des lyco-
poJiacées et des conifères actuelles. A ces
plantes se trouvent mêlés d'autres groupes
de plantes inconnues dans notre végétation
moderne , et dont la durée paraît avoir eu
pour limites les limites mêmes de la période
de transition. Parmi les plus hautes et les
plus puissantes de ces formes végétales in-
connues, se placent les troncs colossaoi de
plusieurs espèces que M. Adolphe Brongniarl
a désignées sous le nom de sigilhires, Oa
les trouve dispersées dans les grés et dans
les schistes qui accompagnent la houille , et
il arrive même qu'elles se montrent dans la
houille elle*même, à la formation de laquelle
leurs débris ont puissamment contribué.
Quelguefois ces troncs sont encore dans une
position droite, comme on ()eut le voir lors-
qu'il existe dos coupes verticales naturelles
(tes couches, telles que les falaises des bords
de la mer, ou dans les escarpements des ca>
rières, ou des bords des rivières.
A Greswell-Hall , sur la côte de Northnm-
berland , et à Newbiggin, près de Morpelh,
on voit plusieurs tiges dressées de sigillaires,
se tenatit à angle droit, pjetr rapport aux
couches alternatives de schiste et de grès.
Ces débris varient de dix à vingt pieds en
hauteur, et de un à trois pieds en diamètre;
* el d'ordinaire ils sont bnsés à leur partie
supérieure. Plusieurs se terminent inférieu-
rement par une sorte de bulbe élargie, où
commençaient les racines; mais les racines
elles-mêmes ne s'y trouvent jamais atta-
chées. M. W-C. Trevelyan a compté vingt
débris semblables dans une longueur d'un
demi-mille, et qui tous, à l'exception de
quatre ou cinq seulement, étaient dressés.
L'écorce , qui se voyait à la surface de ces
arbres fossiles, à l'époque où ils furent dé-
' couverts, mais qui s'est bientôt détacî»ée,
avait environ un demi-pK>uce d'épaisseur, et
étaitentièrementconvertieen houille. M. Tre-
velyan a observé quatre variétés de ces tijes,
et il a figuré , en 1816, une esquisse de 1 une
d'elles, qui a été depuis copiée dans Kouvrtgc
du comte Sternberg, tome Vil, fig. 5.
M. Buckland a vu , en 1834 , dans rnne
' des mines de houille du comte Fitzwiliian*
' à Elsecar, j^rès de Rotherham , sur les r^roi^
d'une galerie conduisant à là mine, plusieurs
' grands troncs de sigillaires qui s'élcTai^ri
d un toit, d'un lit de houille épais d'envirt'fl
1283
SIG
ET DE PALEONTOLOGIE.
SÎG
!3&S
sii pieds. Ces troncs étaient inclinés dans
tous les sens, quelques-uns étaient h pou
f>rès Terticaux.. L'intérieur de ceux dont
Inclinaison dépassait 45 degrés, était rempli
d'un mélange endurci de sable cl d'ar^'ilo;
l'extrémité inférieure de quelques-uns posait
sur la surface supérieure du lit de houille:
on n'y apercevait aucune trace de racines,
et il ne paratt pas qu'aucun d'eux eût pu
croître dans la position où il se trouve à
Tépoque actuelle.
M. Alexandre Brongniart a figuré une
coupe prise à Saint-Etienne, où se voient
plusieurs tiges semblables dans une position
dressée au sein d'un grès de la formation
carbonifère, et il a conclu de ce fait que ces
tiges avaient vécu sur le (loint même où on
les trouve maintenant. M. Constant Prévost
objecte avec raison à cette conclusion que
si ces diverses tiges avaient vécu sur ce
point même 9 elles auraient leurs racines
[ians la même couche, et n'auraient pas leur
hase dnns des couches de nature dinércnte.
« Quand j'ai visité ces mêmes carrières, en
f826, dit M. Buckland, j'y ai vu d'autres
troncs inclinés dans des difcrlions diverses,
et plus nombreux que ceux d'entre eux qui
étaient dressés, j»
Il n'existe que la carrière de Balgray, à
3 milles au nord de Glasgow, où l'on ren-
contre des troncs dressés, de grands arbres
fixés |>ar leurs racines, dans le grès de la
formation houillère, où il paraît fjue ces
irbfcs vécurent fort rapprochés, h Tépo |ue
>Li ce terrain était encore dans un état de
nollesse.
Pour la plupart de ces troncs, la position
erlicale est uniquement due au hasard de
ueluue cause accidentelle. On les voit à
ius les degrés d'inclinaison dans l'ensemble
es couches rie la série carbonifère; mais le
Jus souvent ils sont couchés, et parallèles
n lignes dé stralification; et, dans cette si*
jation, on les trouve ordinairement com-
ri mes. LorSiju'ils sont droits ou peu inclinés,
s conservent leur forme naturelle ; et leur
itérieur est rempli de sable ou d argile
luvcnt différents des matériaux constitutifs
e la couche où est fixée leur partie infé-
iciirc . et mélangée avec de petits fragments
a diverses autres plantes. Or, comme ces
u'ilériaux étrangers ont entièrement rempli
inlérieur des troncs, nous en pouvons
>nnlure que ces derniers formaient un
rlindre creux dans toute leur lon^^ucur,
ins$ aucune cloison transversale, à celte
[>oque du moins où le sable, la vase et des
a^uicnts d'autres plantes trouvèrent accès
ïns leur intérieur. L'écorce, qui avait per-
slé, après s'être convertie en bouille, en-
lurait probablement un axe formé d'une
it)stance pulpeuse molle et périssable,
>ruine la pulpe charnue qui remplit les tiges
(887) M. Ad. Broncniârt a trouvé dans une mine
^ tiofulle deWesiphalîe, près d*£ssen, la lige confi-
rmée <rune «igillaîre couchée, qui avait quAranie
^ds de lo!!gnour. Son diamètre était d*cnviron
uze pouces à «a pa*'tîe infcricurc, et de six à sa
des cactus actuels; et ce fut probablement
cet axe mou intérieur qui , en se décora*
posant, alors que les tiges flottaient dans les
eaux, laissa après lui cette cavité où se sont
introduits le sable et l'argile.
Le diamètre ordinaire de ces troncs varie
depuis un demi-pied jusqu'à 3 pieds. Arrivés
à leu r accroissement |)arfait, plusieurs d'entre
eux ont dû avoir de hauteur 50 à 60 pieds
au moins (887).
Le comte Sternberg a désigné plusieurs
espèces de sigillaires sous le nom de êyrin-
godendron^ h cause des cannelures en loriuo
de tuyaux parallèles qui les parcourent dans
toute leur longueur; leurs figes sont dé-
pourvues d'articulations, et plusieurs attci-
gnent la taille des arbres de nos forêts. A la
surface de ces cannelures se voient des im-
(dressions ponctiformes ou linéaires, do
brmes dilTérentes» indiquant les points
d'insertion des feuilles sur la tige. Ceilo
partie cannelée dessigillaires, qui constituait
une enveloppe externe susceptible de so
séparer, à la manière d'une écorce vérilabbs
de l'axe mou ou du tronc pulpeux qui eu
remplissait la cavité interne, varie en épais-
seur depuis un pouce jusqu'à un huitième
de pouce, -et se rencontre ordinairement
convertie en une houille pure.
Un tronc composé d'une pulpe chantuc,
2u'entourait et soutenait seulement une
corce mince, n'eût pu porter à son sommet
des rameaux lourds et épais. Il est probable,
par (conséquent, qu'il se terminait bruscfuc*
ment à sa partie supérieure comme se ter-
minent maintenantplusieurs des plus graiides
espèces de cactus; et celte liypollicsc tire
une force nouvelle de la grande quantité de
petites feuilles qui entouraient le tronc dans^
toute son étendue.
Les impressions ou cicatrices qu*ont lais-
sées les articulations des feuilles sur les
cannelures longitudinales des troncs de si-
gillaires, sont disposées, par rangées ver-
ticales sur le milieu do chaque cannelure >
dans toute îa longueur du tronc. Chacune
de ces cicatrices inuiquc la place qu'occupait
une feuille, et Ion y voit ordinairement
deux ouvertures par où les faisceaux vascu-
laires traversaient l'écorce pour mettre les
feuilles en communication avec l'axe de la
plante. L'on na pas encore rencontré, jus-
qu'ici, de feuilles (|ui soient demeurées fixées
au tronc, de telle sorte que, pour ce qui
concerne la nature de ces organes , nous en
sommes entièrement réduits à des conjec-
tures. L'absence complète de ces appendices
sur tant de milliers de troncs qui ont été
soumis à l'observation, nous porte à penser
3ue toutes les feuilles quittèrent leur point
'articulation, et que la plupart se décom-
posèrent probablement, de même que la
itulpe charnue de l'intérieur des ligeSt pen-
aiipférienre, où elle se divisait en émi hraneèes,
dont ebaejine avait quatre pouces de diamètre. La
partie inférieure était brisée. (I«i!fDLCT et UuttoNi,
FhrefùuiU^ tome 1*% p. {53.}
iîS7
ftlC
DICTIOÎS'NATRE DE COSMOGDNIE
SÎL
m
rtcinl que ces planles furent charriées du
poînt où elles s'émient développées jusqu'à
celui où elles ont été définitivement submer-
Kées'. V ■
M. Ad. Brongniart fait connaître quarante-
deux espèces de sigillaires, et il les regarde
comme des plantes très-voisines des fougères
arl)orescentes , mais avec de^ feuilles très-
petites, propoHiohnellement aux dimensions
de leurs tiges et disposées autrement- que
dans les fougères actuelles.. Il croit -pouvoir
rapporter à ces tiges plusieurs feuilles de
fougères appartenant à des espèces incon-
nues et ressemblant à des feuilles de cer-^
taines fougères arborescentes actuelles.
MM4 Lindiey et H^tton ont. donné ile, fortes
raisons en faveur de l'opinion que les sigil-
laires étaientdes végétaux dicotylédones tout
' h fait distinctes des fougères, et s'éîoîgnant
« éj^alementde toutes les plantes oui fontpartie
dïi système de création aôtuel (888).
Dans ce môme groupe où MM. Undlqy
et Hutton placent le genre sigillaire, se
trouvent encore compris quatre autres gon-
. res éteints, dontchacuo présente de môme
iÏQS ciratrices disposées en lignés vertitales et
indiquant le point d'insertion des feuilles
ou des cônes sur le tronc. Ces quatre genres
ont été désignés sous'les nocns^de favwaire«
de mé^aphyton, de bothrodt^ndron et d'ulo-.
dendron (889).
Dans la flore actuelle, il p^existe qu'un
très-petit nombre de plantes charnues qui
offrent des feuilles ainsi i^angées les unfs
au-dessus des autres surdes.lignes. paral-
lèles, mais près delà moitié des quatre*
\ (888) f On ne peut révoquer en doute, disent ces
' aateDrâ'(Fos^f7 /iQra,'t. P% p. 455), que les sigil-
' lairesV V^^ \ft\m caractères extérieurs;* se- rappi^o-
chent plus des euphnhiacéeft el des c»Aées que
d'aucune autre plaote maiRtenant connue. Ces carac-
tères cousisicnir surtout dan^. leur texture molle,
dans ics cannelures profondes de leur tige, et, ce qui
est un caractère plus important, dans les cicatrices
qui K>ont disposées par séries linéaires entre les can-
nelures. Oii sait que chacune de ces deux tribus,
et la dernière surtout,'acquièrent,'mérae'à Tépoque
actuelle, une grande (aille. En un mot, il est exti*é'
moment probable , il est même à peu près certain
que les sigillaires étaient des plantes dicotylédones,
puisque ce sont les seules que Ton connaisse jusqu'à
. présent qi|i possèdent une véritable éco^ce susrq)«
tible d'être séparée. Néanmoins , dans rignoraHce
conâplèle où nous sommes des feuilles et des'fleUrs
de ces plantes anciennes, nous croyons plus âiYr de
tenir ce genre 'à réc^rt* avec d'autl-es-espéces déni
les affinités sont jusqu*idi demeurées douteuses. *
(889) Les genres dont se compose ee groupe
sont décrits 4ian8 le tome . H de la ïïlsre foisiie.
i? fîcnre ligilfaîre. — . Tige cannelée, cicatrices
produites par la chuté des feuilles, petites, arrondies,
Lcaocoup. plus étroites que les côles de la tige.
2" Genre fdnilaire.* r- Tige catinéléè, cicatrices
nrov^hant ae feuilles, petites, carrées, de la même
laitgcur que les côtes. -* -
5® (>enre megaphyton. — Tige non cannelée, ei
reconv^rie de itoncloàtions. CtcatWce^ des feuillts,
en forme de ûer a cheval,* très-grandes . et beaucoup
phis étroilps que les côtes.
4* Genre bothroiendrom. — .Tige pon cannelle,
couverte de potnu. Cicatrices provenant de la cbule
vingts espèces connues de plantes orioro-
ceniu de la flore fossile du groupe carboni-
fère ont leurs feuilles disposées aiosi par
séries parallèles.
Les autres espèces sont des lépidodendront,
ou des conifères maintenant détruites (890).
SILEX, Voy. Vlnlroduciion, T- RQgnm
de sHeTy leur formation» — yoy. ibid.—
SILICE, son rôle dans la constitution dv
globe terrestre. — Voy. Mati&res élémentai
RES DD GLOBE TERRESTRE.
SILURIEN. -^ Nom du premier élage des
terrains pjsiléozoïques. M. Murchison a fait
dériver ce nom de celui d'une aucienDe
Î>euplade du paysde Galles (les Silures], qui,
ors de ^l'invasion des Romains dans la
Grande-Bretagne, se défendit avec beaucoup
de vaillance. (Test le terrain de transiikn
• inférieur et moyen (cambrien) de MM. Elifi
de Beaumont et Dufrénoy.
L'éta^ silurien forme denx diTisions:
1* silurien inférieur, et 2" silurien supé-
rieur.
Silurien inférieur. — IJ se montre en
France, principalement sur le grand massif
.de la Brettt/ne. fians la carte géologique de
Franco, oh' en voit des lambeaux à Hosnaj*
à Sainl-uilles (Vendée), et une vaste surfaa'
.comprime entre Brissac, Angers (Maine-el-
Loirei, Châtcaubriant (Loire-Inférieure), la
Gacilly, Malestroit , Moréac . (Morbitiaii),
. Château-Gontier (Mayenne) , Rennes, iiau'
ron. Bains (llie-et-Vilaine), et s'étemîanl en-
suite dans le département des CAles-du-
. Nord , ^ Uzel , à, Carhaix, et dans une partie
du Finistère. On le trouve encore à Sainl-
des cdnes, ovales, et dirigées obliquement.
h" Oenrc utodéndron, — Tige noo camielée, omh
'. verte dVmp vîntes rliomboîdales ; cicaiiîces la.s.^s
par les ci)iics circul-<ires« • .
Dans les trois premi<TS de ces genres, les cxai^"
ces paraissent devoir leur oriente à des feuilles;
[ dans lés dcu?i deruiers, elles indiquent rjuseriieu île
' grands cônes. ' ' .
Dans le genre famlaire, le tronc était entièreiiK^i
recouvert u*une masse deuse d*un feuillage iiubri'
«lue; ie( traces delà base des feuilles sont de M»:
' à peu prés carrée, et les séries de cicatrices ^od
seiwirées entre elles par des sillons, tandis que,<)ato
. les sigillaires, les feuilles étaient beaucoup plus es-
pacées et séparées par .des i intervalles qui variaieni
. suivant les différentes espèces. (Flore (outUf
' pi. Lxxni, Lxxiv et lxxv.)
La tige des megaphyton n*est pas cannelée; les mo-
trices des feuilles soiif très-grandes et ressemble»!
pour la forme à des ftîrs à clieval ; surcescicairiceit
se trouvent des impressions plus petites, <l*une tvm
seniLlâible, quipâraiëseiit indiquer la dlspo»t»oD<^
système ligneux 4laiis le pétiole de la feuiUe. (f^
fossile, pi. c&vi, et :c^viu) :
Enfin, les genres boiurodenàron (Flore (osûfff
pi. Lxu et Lxxxi), et ulodemiron , {Flore jo^^
pL V et vi), ont leur lifgd caracléi'isée par dcscavik*?
profondes, de foime ovale.ou circulaire, qui p^'^
sent avoir ou p<:ur destination de recevoir la lûseiK
grands cônes. Ces 'enfoncements coiislituont d<^J
rangées verticales sur les . deux faces qppOi»êes w
tronc; il y a des espèces où ils oïd Jusquâprés»
cinq pouces en diamètre. *
(890) Voy. LijiDiXTet Hwtou^ Flore fossUs^i^
p.. 95.
i:sa
SiL
ET DE PALEONTOLOGIE.
SIL
liM
Victear, près de Frissnajr (Sarthe), dans la
Manche, a Siouville. Une bande, peu déter-
minée comme âge, paraît occuper une lisne
presaue parallèle dans les Basses-Pyrénées,
les Hautes-Pyrénées, TAriége et les Pyré-
nées-Orientales. Un autre lambeau se mon-
tre dans le département du Rhône, près
ie Tarare, à reitrémité nord du massif
central.
En Angleterre, Tétage silurien inférieur
rétend sur une large surface en arc, qui
)ccupe la partie ouest du pays de Galles, il
)art de Saint-Davids, comprend une portion
les provinces de Pemhroke, deCaermarthen,
le Cardigan, de Brecknock, de Radnor, do
ifontçommery, de Merioneth, de Caernar-
'on, jusqu'à la mer et à l'Ile d'Anglesey. Il
éprend ensuite au nord et couvre le centre
lu Cumberland et du Westmoreland. En
!lspagne, l'étage est bien développé dans la
Merra-Morena, dans les Asturies; en Por-
ugal, àVallongo. Les importantes recher-
lies de M. Barande en démontrent Texis-
ence sur une vaste surface des environs de
'rague et de Beraun, en Bohème; MM. Mur-
hison, de Verneuil et de Keyserling ont
rouvé qu*il occupe Tlle d'OEIand, dans la
(altique; forme, en Esthonie, une bande à
^eu près parallèle à la côte méridionale du
;olfe de Finlande, passe sous les villes de
level, deNarva, de Saint-Pétersbourg; et,
>e dirigeant de Touest-sud - ouest à rest-
lord-est, va se perdre sous de vastes dépôts
le détritus, entre les lacs Ladoga et Onega.
Jne autre bande suit le versant occidental
le la chaîne de l'Oural , sur presque toute
on étendue. M. Frappolli l'a signalée dans le
lartz à Elbingerode.
L'Amérique septentrionale en offre, d'a-
près les travaux consciencieux des géologues
le ces pays, une suriace aussi grande que
*Europe; en effet, l'étage silurien s'étend
lu nord au sud du Canada jusqu'à la pro-
vince d'AIabama, et, de l'est à 1 ouest, de«
mis le Maryland et New-York, jusqu'aux
Vairies. Dans ^F Amérique méridionale, il
Kxune une étendue non moins considérable.
)n Fa retrouvé sur tout le versant oriental
it sur les plateaux des Andes boliviennes,
lepuis la province de Mûnecas, au nord de
a Paz , jusqu'auprès de Santa-Cruz de la
9 Sierra, d'un côté, Potosi et Chuquisaca de
'autre, ou sur plus de 200 lieues. D'autres
astes lambeaux se voient au sud de la
rovince de Chiquitos, près de la frontière
u Brésil. Le Brésil lui-même en offre aussi
e très-pandes surfaces dans la province de
[inas-Géraès. M. le capitaine James Alexan-
er l'a signalé au nord de la colonie du cap
e Bonne-Espérance.
Sur beaucoup de points oii l'on a pu re-
3 D naître la superposition immédiate de
étage silurien, on l'a rencontré reposant
tir les roches stratifiées azoïques ou sur les
;>cbes g^ranitiques. On peut voir cette su-
erposition en France, dans le département
e fa Vendée, à Rosnav, à la Motte-Acbard»
rës de -Saint-GiHes ; dans les départements
e Maîne-et-Loire, de la Mayenne, du Mor-
bihan , du Finistère , des Côles-du-Nord . de
la Manche, du Calvados, de l'Orne et de la
Sarthe. Les travaux de M. Barande sur la
Bohème montrent, de plus, une stratifica-
tion presque concordante entre les roches
azoïques et les roches siluriennes. La belle
carte géologique de la Russie nous donne
la preuve que la superposition est la même
au en France, presque partout où se trouve
1 étage silurien, en Suède, en Russie et dan$
rOural. Le même fait exi^rte à Touest de la
province de Chimiitos, où l'étage silurien
repose sur les rocnes azoïques. L'Amérique
septentrionale, dans la carte de M. Lyell, lô
montre éffaleraent depuis l'Etat d*AiabAma
jusqu'au Canada, au nord et à l'est de l'étage
silurien. On doit conclure de cette superpo*
sition générale que l'étage silurien a suc-
cédé régulièrement aux couches azoïques
qu'il recouvre.
Sur les points où Tétage silurien, au lieu
d'être sur les roches stratifiées azoïques, so
trouve immédiatement sur les roches pluto-
niques granitiques, comme dans la cliatno
des Andes (Cordillères orientales) dans rOu-
ral , et dans plusieurs localités de France»
on peut voir, au contraire, une discordance
tranchée ; car on a lieu de penser que les
roches azoïques manquent sur ces |)oints,
ce qui annoncerait un mouvement géologi-
S lie entre les deux âees, et dès lors un
lancement d'époque, tlne discordance de
stratification existe positivement, sur beau-
coup de points, entre les roches azoïques et
les roches siluriennes : ce qui prouve que ce
sont bien deux époques distinctes.
Pour séparer r étage silurien supérieur,
nous avons l'isolement de l'étage silurien
inférieur en Norwége, sans l'étage supérieur
qui le recouvre ailleurs ; ce qui Terait croire
qu'une perturbation géolosique existe entre
les deux, pour limiter les deux séries.
Comme l'étage silurien, depuis qu'il s'est
déposé tranquillement dans les mers , a eu
non-seulement à souffrir les dislocations qui
ont mis un terme à sa durée, mais encore
Îu'il a dû être dérangé autant de fois que les
islocatio.ns postérieures atteignaient sa sur-
fice, il doit être le plus tourmenté; c'est, en
effet, ce qu*on remarouc quand on étudie ce
premier âge du monde, qui ne montra plus
que des lambeaux échappés à toutes les ré^
volutions qu'a subies notre fflol)e, ou à Ten-
vahissement des sédiments des autres pério-
des géologioues qui devaient les cachera
nos yeux. L étage silurien est, sans contre-
dit, le plus disloqué de tous ; ses couches ,
d'horizontales ou de presque horizontales
qu^eJles ont dû être au moment de leur dé-
pôt, sont plus ou moins relevées , contour*
nées, plissées, et même souvent verticales,
comme k Angers. Le sens où ont été d4|io-
sésles trilobiteSy parallèlement aux lames
schisteuses, font arriver à cette eondusion,
lorsqu'on étudie avec soin les vastes exploi-
tations d'ardoises des environs de cette ville.
M« d'Orbigny a rencontré l'étage silurien
avec ses fossiles, à la hauteur absolue do
ft,000 mètres au-dessus de la mer, danr la
JDicnoNif. DK CosvoGOiin n db- PALÉorn'OLOGiB.
Il
1SM
SIL
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
IL
{m
Chaîne des Indes Orientales, entre Cocha-
Bamba et le pjays des Yuracarès, oui est
peut-être le point le plus élevé où Ton ait
cité des fossiles marins. II est évident que
des dislocations du sol ont pu seules placer
ces restes organisés aune telle élévation;
aussi les couches sont-elles, sur ce point ,
très-tourmentées.
Les lieux où Tétat^e silurien a le moins
souffert, sont ceux où il montre de srandes
surfaces, comme dans le pays de Galles, en
Angleterre, et aux Etats-Unis. On serait tenté
de croire que, dans Quelques parties de ces
surfaces, surtout aux Etats-Unis ou en Suède,
où les strates sont presque horizontales, ces
premiers dépôts du monde sont encore, poui^
ainsi dire, tels qu*ils se sont déposés dans
les océans de cette époque ; fait très'-impor-
taat à signaler.
Pour nous assurer si la composition miné-
ralogique est uniforme, comparons la nature
des ditiérentes couches qui composent Vê-
lage silurien d'Angleterre et des Etats-Unis,
où cet étage est le plus développé , en les
plaçant dans leur ordre de superposition» les
plus inférieurs dans les premiers déposés :
A!fCLETERBE.
Calcaire de Woolbope.
Grès de Slielly. Grès de Caradoc.
Calcaire d'HordeHey.
Schistes calcarifères.
flalcaire de Lan<(eilo.
Schistes et ptamniites,
éTÀTS-CNIS.
. Schistes araileiix dn groupe dlluJson-River.
Schistes d'Utîca.
Calcaire de Trenton.
Calcaire de Black-Biver.
Calcaire siliceux.
Grès de Polsdam
La comparaison de ces différentes natures
de poches superposées, qui constituent Té-
tage silurien inférieur d'Angleterre et des
Etats-Unis, montre ç[u*À cette époque comme
à présent, des sédiments bien distincts se
succédaieat sur le même point; ainsi, eu
Angleterre, sur des dépAts de sable se sont
déposés des sédiments fins à base calcaire,
des sédiments fins siliceux, des sédiments
fins calcaires^ puis des sables, et ensuite des
sédiments fins calcaires, qui par leur conso-
lidation, ont formé des schistes, des psam-
mites, des calcaires, des grès , et enfin des
calcaires^ Cet exemple, de même que celui
des divers, groupes qui composent Tétage
silurien de rAmérique septentrionale, où il
se trouve, dans le Viscousm, à l'état de grès
friable como^e dans les terrains tertiaires les
plus modernes, et la composition si variée
ue cet étage en France, où il passe, suivant
les lieux, des schistes ardoisiers d*Angers
itax grès, prouve que le caractère minéralo-
gique seul ne peut, en aucune manière, ser-
vir à faire reconnaître Tâge de l'étage silu-
rien.
Lorsque Tétage silurien est bien complet,
oo voit souvent des dépôts considérables,
sans aucune trace de fossiles, et crai, au com-
mencement de cette époque, ont aft précéder
l'animalisation. M. Hall a signalé ces dépôts
sur une vaste surface de TEtat de New-York.
M. d'Orbign V les avait cités quelques années
avant dans l'Amérique méridifjnale, et ils
ont éiè tout récemment reconnus aux enri-
roDs dd Prague (Bohême), par H. Ba-
rande. On a même observé que, dans l'Amé-
rique septentrionale et en Bohême, ces cou-
ches renferment auelouefois deis lits puis-
sants de galets routés.
H. d'Orbigny a trouvé, pour l'être silu^
rien de Bolivia, 4 àSOOmëtres de puissance.
En additionnant les différentes couches ob-
servées par M. Marchison, on arrive à trou-
ver, à l'étage silurien inférieur, dus de
1,159 mètres de puissance en Angleterre:
Elus de 1|800 mètres en JPensylvaoie (EUts-
nis) , et, suivant M. Barande, plus de 4|000
mètres en Bohème ; ce qui annonce une
grande durée de la période silurienae
Une première conclusion très*imi)onanté
qu'on peut déduire des sédiments, cest qne
les dépôts de cette époqtie se sont opérés
pendant un temps considérable a?ant I eiis^
tence de l'animalisation, temps durant leoufi
néanmoins la présence des galets, en Bo*
hèmo et aux Etats-Unis, annonce (jue les sé-
diments étaient soumis au charriage et aui
causes naturelles qui agissent naaintenant
sous l'influence du mouvement des eaux. Il
faut donc croire que ces eaux étaient alors,
par suite de la chaleur de la terre, beaucoup
trop chaudes pour que l'animalisation pâ(
s'y développer. Ce ne serait, dès lors, que
lorsque les conditions propires à la yie se se*
raient manifestées, que la première création
des êtres serait venue la peupler. La pré*
sence ou l'absence des corps flottants, soit
animaux vertébrés, soit coquilles, nous font
encore arriver à reconnaître des dépôts lit-
toraux faits au niveau des marées et les points
sous-marins de cette époque.
On ne connaît pas encore de parties litto-
rales de l'étaze silurien en France; malien
Angieterfe, le nombre assez grand dee^
3uilles flottantes appartenant aux céphalopo-
es, prouverait qu à Cor ton, à Presteigo, aui
environs de SlandoVery, de LandêiJo(Waies)
de Caradoc, d'Horderley (Shropshire), I»
couches dépendent certainement de points
littoraux de l'ancienne mer silurienne dépo-
sés au niveau supérieur des marées. lien
était probablement de même de l'île d'OE-
land en Suède, de Revel, de l'île d*OdiQ-
holm, de Waivara, de Pulkowa, près de
Saint-Pétersbourg, en Russie ; des défais if
Black-River, de Trenton, de Chazv, protioce
de New-York aux Etats-Unis, de llle MinjM
(Canada). Il est à remarquer que ces point-'
se trouvent généralement au pourtour Jf^
bassins, ou près des roches plus anfienn^^
qui, déjà disloquées par des 'mouTcnienb
géologiques, formaient des points én)erg»;j
bornant les dépôts marins siluriens. On î'> '
que, procédant du connu à Tinconnu, enip'
[Cliquant les causes actuelles, nou5pouv'»c>
I2&5
SIL
ET DE PALEONTOLOGIE,
SIL
I2M
oiicore retrouver Quelques lamDeaui des cô-
tes qui bordaieilt rocéan silurien.
Nous regardons comme s*étant déposées
dans les parties plus profondes des mers,
ces surfaces immenses de Tétage silurien où
Ton trouve à peine quelques traces rares de
fossiles, comme ceux de t)eaucoup de parties
de la France et de la république de Bulivia.
Bu reste, le très-^rand nombre dominant de
mollusques brachiopodcs bryozoaires et d'é-
rhinodermes crinoïdes» qu'on sait ne vivre,
dans les conditions d'existence actuelle, que
dans les mers profondes ou très-tranquilles,
doit fiiire croire que ces mêmes conditions se
trouvaient parfaitement bien développées
dans certaines couches de Russie, autour de
Saint-Pétersbourg, à Christiana, et, dans les
Stats-Unis, à Trenton, à Black-River, etc.
D*un autre côté, le grand nombre de peti-
tes lames que forment les schistes ardoisiers
d'Angers, des Pyrénées et de beaucoup d'au-
tres lieux, annoncent qu^ils étaient soumis à
une action souvent répétée, action identique
aux perturbations naturelles des dépôts sé-
dimentaires actuels. .Ces faits, et beaucoup
d autres que nous pourrions citer, prouvent
que les premières mers du monde étaient
soumises aux mêmes lois de répartition des
sédiments que les mers actuelles. Pour se
convaincre de cette vérité, il suflit, du reste,
de voir la succession comparative des sédi-
ments de diverses natures oui se sont suc-
cédé en Angleterre et dans 1 Amérique sep-
tentrionale, pendant cette période des dépôts
siluriens; car, pour nous, ces couches, dis-
tinguées en Angleterre et aux Etals-Unis, ne
sont que des conditions toutes locales de
Tcnsemble de Tétage silurien inférieur.
Si les caractères minéralogiques sont très-
▼ariables suivant les lieux, et ne peuvent,
en aucune manière, être invoqués pour re»
connattre Tétage silurien, il n'en est [}hs
ainsi pour les caractères paléontologiques.
En eflet, qu'on prenne les couches silurien-
nes sous la zone torride en Bolivie, qu*on les
suive dans TAmérique septentrionale, de la
province d*AIabama jusqu'à Terre-Neuve,
ou en Europe, depuis TEspagne jusqu'à la
chaîne de I Oural et à la mer Glaciale, c'est
partout le même caractère naléontologique,
déterminé par l'ensemble ae la faune. Ces
caractères paléontologiques dérivent des ca-
ractères stratigraphiques généraux négatifs
H positifs tirés des formes génériques de
loutes les séries animales et de tous les ré-
sultats spéciGaues. Nous traiterons séparé-
nent de ces oeux ordres de faits qui méri-
cnt la plus scrupuleuse attention.
£u réunissant ici tous les faits, on trouve,
>our l'étage silurien inférieur, les caractères
»£iîyaBts aensemble de faune qui se rencon-
rent à la fois sur toutes les parties du
nonde.
Les recherches actuelles de la science don-
lent comme manquant encore dans la nature,
I l'époque de 1 étase silurien « parmi les
inimaox vertébrés, les mammifères, les oi-
oaux, les reptiles; et parmi les poissmu»
t*s ordres des cténoide^^, des pleuroneetol-
des, de cycloïJes et des ganoides;. parjni les
animaux annelés, des insectes, des crustacés
décapodes et autres, excepté les trilobite^.
En spécialisant davantage, on voit que, parmi
les mollusques céphalopodes, manquent les
genres campulUes , et 9 autres genres;
parmi les mollusques gastéropodes, le genre
natica et 16 autres genres ; parmi les mol-
lusques lamellibranches, le genre cardinia
et 15 autres genres; parmi les mollusques
brachiopodcs, le genre Urebmtula et 10 au-
tres genres; parmi les mollusques bryo-
zoaires, le genre fenestrella et 15 autres
genres ; parmi les échinodcrmes , le genro
protaster et 4. autres genres; parmi les échi-
nodcrmes crinoïdes , le genre cyathocrinus
et 28 autres genres; parmi les zoophytcs, le
genre /ht705i7(?« et 27 autres genres; parmi
les foraminifères, le genre fmulina; parmi
les aniorphozoaircs, le genre sparsispongia
aux tous se rencontrent dans les autres étages
es terrains paléozoïques , mais manquent
jusqu'à présent dans l'étage silurien infé-
rieur. Nous pourrions donc, en les addition-
nant, trouver 134 genres ou formes animales
spéciales, donnant autant de caractères né-
gatifs qu'on peut invoquer pour séparer
Pétage silurien des autres étages des terrains
paléozoïques, et oui, réunis aux 1,117 genres
servant de caractères stratigraphiques néga-
tifs des terrains paléozoïques, donneront
1,241 formes génériques susceptibles de
donner des caractères négatifs pour l'étago
silurien inférieur.
Les genres existants dans cet élage sont
parmi les animaui vertébrés, quelques pois-
sons cestrationidœ; parmi les animaux an-
nelés, des trilobites, etc. Eu résumé parmi
les animaux mollusques et rayonnes de cette
époque, sur les 87 genres qu'on rencontre
dans l'étage silurien, 16 se trouvant dans
tous les étages géologiques à la fois, ne peu-
vent servir de caractères positifs; il reste
donc 71 genres qui, par leurs limites, don-
nent des caractères stratigraphiques plus ou
moins larges dans l'ensemble des étages
géologiques, et en particulier pour l'étage
silurien. Parmi ceux-ci, il n'y a que les
genres suivants qu'on puisse invoquer
comme caractères spéciaux à cette partie in-
férieure.
Parmi les crustacés, les genres jparado-
xidttf eonocephalus^ ellipsocephatus, tUctnuSf
trinucleui^ ogygia^ battus; parmi les cépha-
lopodes, les genres cameroceroê et gontoce-'
ra$: parmi les mollusques lamellibranches,
le (;enre orthonota; parmi les mollus(]nes bra-
chiopodcs, les genres obolm^ orthisxna , po-
ramoonileê et siphonotreta ; parmi les mollus-
ques bryozoaires, les genres subr et epora^ enal-
loporaet gtellipora.yatmi les echinodermes,
les genres ecninoenerinui^ caryocy$titt$j hé^
miseomitei^ cryptocrinui^ cyclocvstitei et Ae/e-
rorrtntif; parmi les zoouhytes, les genres /b-
nistêUa^ eolumnaria^ fonsdalia. Parmi [les
amorpbozoaires , le genre paiœoêpongia.
Ainsi, pour prouver plus encore la spéciali-
sation des formes génériques, no<is avons
28 genres ou 28^ formes animales apparte-
«;»
SIL
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
SIL
m
nanl aux diverses classes d^ètres qui,d*après
les connaissances actuelles, seraient nés
avec l'étage silurien inférieur, et se seraient
imraédialementéteintsaveccet étage, n'ayant
fhit que marquer leur passage éphémère sur
notre globe. Ces genres donneront donc des
caractères stratigraphiques positifs pour faire
distinguer Tétage silurien inférieur des au-*
très étages paléozoïques.
En résumé, on conçois facilement que
l'ensemble des caractères négatifs et positifs
que nous venons d'énumérer, constitue,
pour l'étage silurien inférieur , une faune
tellement trauchée, et si bien déterminée
par les formes génériques des animaux,
qu*avec de l'habitude on peut la retrouver
sous toutes les formes minéralogiqucs et
dans tous les pays du monde, où les genres
sont partout les mômes à la surface de la
terre.
Si l'on n'avait, pour reconnaître Tétage si-
lurien partout où il se trouve, que les carac«
tères généraux que nous venons de donner,
ceux-ci suffiraient certainement; mais les
espèces nous donnent d'autres caractères
jilus certains encore. On voit que nous
connaissons jusqu'à présent 42G espèces fos*
siles d'animaux mollusques et rayonnes, qui
sont autant d'eêpices caractirisliques de cet
étage; car, si les uns donnent les caractères
des dépôts littoraux, comme lescépbalo[)odes.
Tes autres dépendent soitdes régions voisines
(les côtes caractérisées par les mollusques
gastéropodes et lamellibranches, soit des dé-
pôts faits dans les zones plus profondes con-
tenant les mollusques brachiopodes , brio-
^(oaires, les crinoïdes et les zoophy tes ; ainsi
comme nous les concevons toutes , les es-
pèces de cette faune sont caractéristiaues ,
puisqu'elles peuvent dépendre d'un laciès
plus ou moins particulier de dépôt local ou
d'une contrée spéciale.
^ Parmi les espèces de la faune caractéris-
tique de l'étage silurien, il en est qui peu-
vent avoir une plus grande importance , en
ce qu'elles sont simultanément communes
aux contrées les plus éloignées les unes des
autres. En effet, si les caractères paléontolo-
giques généraux , tirés des genres» sont ve-
nus nous donner la certitude gue, sans avoir
égard aux régions aujourd'hui chaudes» tem-
pérées et froides, les mêmes caractères gé-
néraux de composition d« faunes existaient
partout, ces espèces prouvent, de plus , leur
parfaite c9Qtemporanéité d'existence , et
même leur filiation, leur parenté évidente.
En résumé, nous avons, pour l'ensemble
de la faune connue, 22 espèces qui vivaient,
à cette époque, sur les points des mers silu-
riennes occupés aujourd'hui par une grande
surface de l'Amérique septentrionale et de
l'Europe.
Chronoloqie historique, — « Un laps de
temps considérable a dû s'écouler entre la
fin des terrains azoïques et le commence-
ment de l'animalisation sur le globe. On
voit, en effet, sur les points cités, que des
couches d'une immense épaisseur, soumises
à toutes les lois actuelles desjJépôts sédimen-
taires dans les eaux, se sont .ongtemos suc-
cédé avec leurs galets et leurs différentes
natures de sédiments, avantque les premiers
êtres ne se montrassent sur le gl(^e. Sibs
aucun doute ces premiers sédiments sedépo-
saient dans des eaux beaucoup trop chaudes
pour que l'animalisation pût y exister. Ce
n'est donc que lorsque la temparature s'esl
trouvée peu différente de ce qu*elle est au-
jourd'hui sous la zone torride, aue les êtres
y ont été créés.
(K Pendant la durée de la période silurienne,
les mers couvraient, probablement sans in-
terruption, la partie occidentale de la France
et de l'Angleterre, ou pour mieux dire en
Europe, tout l'espace compris entre l'Es-
pagne et l'Oural. Elles couvraient encoreune
grande partie de l'Amérigue méridionale et
de l'Amérique septentrionale. Ces mers,
dont nous avons encore retrouvé quelçiues
limites en Angleterre, en Suède, en Russie et
dans TÉtat de New-York , étaient éTÎdem-
ment soumises aux mêmes lois physiques
que nos mers actuelles; elles moiUraienl»
comme les nôtres, des dépôts littoraux, des
dé(>ôts voisins du littoral, ou plus ou moins
éloignés et profonds. Les perturbations na-
turelles s'y faisaient déjà sentir partout
comme à présent. Ces iners nourrissaient,
en animaux vertébrés , seulement quelques
poissons placoïdes appartenant aux cestra-
conides; en animaux articulés , un erand
nombre de crustacés trilobites et quelques
annélides. Les animaux mollusques cépna-
lopodes les plus parfaits de l'ensembley ont
montré leur maximum de développement,
tandis que les mollusques brachiopodes y
étaient très-développés ; que les gastéropo*
des, les lamellibranches et les bryozoaires
y étaient très - nombreux. Les animaai
rayonnes y montraient déjà quelques échi*
nodermes astérides, beaucoup de crinoïdes,
un grand nombre de polypiers ou zoopbj-
tes, et quelques amorphozoaires. On y con*
naft encore, parmi la végétation, quelques
plantes marines propres à l'État de New-York,
décrites et Q^urées par M. Hall, seuls restes
de la flore présumée très-nombreuse de cetto
crémière époque du monde animé.
Butliotrephis gnicllis.
— succulens
— subnodosa.
— flexuosa.
Paloeophvcus rugosus.
— simples.
— virgatus.
Splienotliallus angustifoiîiis.
— lalifoUus.
a 11 existait aussi, bien certainement, df$
continents, puisqu'on exploite àVallong^t
en Portugal , de la bouille de cette époque
3ui ne peut provenir que de l'amoncellemeil
es végétaux terrestres. Si nous recherchons
ces continents , nous en trouverons pnitj
être encore quelques lambeaux échappas i
l'envahissement des 26 époques qui ont pi|
couvrir sucGcsivement les terrains azolauc^
oïu granitiques, et les dérober à nos recner-
ches. Peut-être y avait-il, eu effet, deux H^
It97 S1L £T DE PALEONTOl
en France : Tune» occidentale , formée des taie
terrains azoïques et granitiques de la Vendée faiu
et de la Bretagne, dirigée N.*N.-0. et S.- cite
S.-EL9 et occupant les régions sud du massif en |
breton ; Tautre formée iiar le grand ptateam pén
cenirol de la Frinnce , et également compo- mol
sée de roches azoïques et granitiques. Une aujc
▼aste surface continentale était peut*ètre à M.
formée par la partie nord de la Norwége, de tem
la Suède et de la Laponie Russe. Due antre, anii
très-étendue, dirigée de Test, 38* N. à l'O. *
38* S., occupait la cAte orientale du Brésil, la z<
da IG- au 33* de latitude. de
f La présence des végétaux annonce que on i
la lumière éclairait ce premier âge du monde celt*
car, sans cela, les plantes terrestres ne pour- liseï
raient pas exister. 8*il j avait des doutes à née*
cet égard, la conformation des yeux des tri- «
lobites viendrait les lever. On sait que les chai
veuz à facettes existent aujourd'hui chez les dépi
erustacéschez les insectes myriapodes, ooléop nou
tères, orthoptères, bymenofitèrcs et diptères, sont
éminemment sensibles aui rayons lumineux, non
çt presque tous diurnes. Comme on trouve des
ce même caractère des yeux à facéties chez lirar
les trilobites de Tétaiçe silurien, on en déduit lés,
la certitude que cette disposition de lorgne prol
visuel ne pouvait exister qu*avec la lumièro. un I
« Quelques auteurs ont avancé que la cha- en ji
leur de cette première époque de raniniali- accu
sation pouvait atteindre 80 à 90 degrés, et puis
que, sous cette température, les êtres pou- « 1
valent exister. Nous sommes loin de parta-' des <
ger cette opinion. Si tous les êtres de cette men
première animalisation appartenaient à des du s
genres perdus, ou tout diuérents des gen- du si
res actuels, il serait permis de supposer, à la
en effet, que ces êtres spéciaux à la pre- Bret^
mière zone animée, pouvaient être confor- de B
mes de manière à vivre dans une tempéra- rigé<
ture spéciale plus élevée que la température Su
d*aujeurd*bui ; mais parmi ces formes ani- périt
niales, nous voyons 16 genres appartenant une ^
aux animaux mollusques gastéropodes, la- été p
mellibrancbes, brachio[)odes et bryozoaires, racté
J[ui vivaient alors et qui ont traversé toutes Feug
es époques du monde jusqu'à nous il est (Sart
évident que, d'après leurs formes d*alors, ils a Nei
avaient les mêmes organes qu'aujourd'hui, et à I
Uevrait-oa en conclure qu'ils ne pouvaient grèst
vivre , dans ce premier Age, à une tempéra- parti
tare qu'ils ne pourraient supporter mainte- Da
fiant r Nous serions porté & le croire djaprès pouv
nos observations spéciales à cet égard. Nous sous
avons remarqué, par exempie, que sur les près
points les plus exposés'au soleil, aux envi- lèle l
rons de Rio de Janeiro, les mollusques c6- Test
tiers, parmi lesquels quelques-uus exisCaient provj
déjà a l'étage silurien, vivaient sous une distn
température qui s'élevait souvent dans le au'ai
jour à 28* centigrades. Dans les flaques d'eau au Vi
restées dans les cavités des rochers, au'ni«- trouv
veau supérieur des marées de syzygies, à San
Teau atteignait quelquefois à trois heures dans
jusqu'à 36*; mais, dans ces flaques, il ne Prcs«|
vit plus que trois genres, les vermcius^ les giio,
nenia et les tUiorina^ tous genres qui ircxis- G ron
(891) n*ORr.i(;>T. t. Il, p. 300, Elém âc pn/roN/.,
1209
SIL
DICTIONNAIRE DE C03M0G0ME
SIL
l'odO
yeloppéy surtout aux environs de Prague
et de Beraun, où il a été si bien étudié par
M. Barande. En Suède, il comprend toute
l'île de Gothland ; en Norwége, les environs
de Malmo-Galven. En Russie^ il forme Tlle
de Dago, Tlle de d'OEsel» et représente une
bande dans la chaîne de rOurai (d'après les
> travaux de MM. Murchison , vemeuil et
Kejserling), et sur la rivière Kakva, etc. Il
existe en Bessarabie, à Chotin
Sur l'Amérique septentrionale, il se mon-
tre dans le Canada, à Gaspa, dans l'Ile de
Prummond. Aux Etals-Unis, il offre de vas-
tes surfaces, surtout de{)uis les Etats de
New-York, de Cincinnati, du Kentuchy,
d'indiana, du Tennessee , de l'Illinois, de
Jowa, de Visconsin, jusqu'aux Etats d'Arkan-
sas, du Mississi[)i et d'Alabama, c'est-à-dire
une surface aussi grande que l'Europe. Pans
l'Amérique méridionale, il est sans doute
représenté partout où il v a concordance en-
tre l'étage silurien et l'étage devonien, dans
les Andes boliviennes, dans la province de
Ghiquitos et au Brésil. On en connaît encore
à la NouvellerQollande, au cap de Borme-
Espérance.
Sur les points de l'ouest de la France où
nous avons cité TéXage, il repose en couches
concordantes sur l'étage silurien inférieur ;
M. Barande l'a signalé en Bohême. La carte
géologique et les coupes que M. Murchison
a données pour l'Angleterre, offrent le même
fait de concordance, soit dans le pays de
Galles, soit dans le Lancaster et dans le
Westmoreland. En Suède, la position de
l'Ile de Gothland par rapport à l'Ile d'CKland,
et des lies Œsel et Da^o , par rapport au
continent de Revel , viendrait prouver le
même fart, ainsi que dans l'Oural.
L'Amérique septentrionale montre sa suc-
cession immédiate sur l'étage silurien infé-
rieur partout où l'étage existe, depuis le
Canada jusqu'à la province d'Alabama ;
M. d'Orbign^ Ta aussi constatée dans l'A-^
mériqùe méridionale. On voit, dès lors, que
l'étage silurien supérieur a succédé, sur
tous les points, d'une manière régulière à
l'étage silurien inférieur, dont il parait, en
beaucoup de lieux, avoir subi les dislocations
et les perturbations géologiques.
C'est surtout en France, dans les Pyrénées
et à l'ouest, que les couches ont subi beau-
coup de dislocations de tous genres. Il en
est de même eu Russie,, dans l'Oural et dans
l'Amérique méridionale. Les points où, au
contraire, Tétaçe offre encore, dans ses cou-
ches, une position peu tourmentée, qui se
rapproche déplus au moins de la position
normale, sont les parties de TAn^^leter^-e où
nous l'avons signalé, où il n'a fait que $'in-
cliner un peu plus; et surtout i'A9iérique
septentrionale, où les couches ont encore
conservé, sur des surfaces immenses, pres-
aue complètement l'horizontalité quelles
evaient avoir lorsqu'elles se sont déposées
ôans les mers; fait d'autant plus remarqua-
ble qu'il ne faut pas oublier que vingt-six
époques sont venues depuis bouleverser ré-
corce terrestre.
^ Les beaux travaux de M. Murchison sur
l'Angleterre, et de MM. James Hall , £m-
mons, Mather, pour l'Etat de New-York,
nous permettent ae placer en regard, comme
nous l'avons iiiit pour l'étape silurien infé-
rieur, les grandes successions de couches
de l'étage sQurien supérieur de ces deux par-
ties du monde c^moArées dans leur ordre de
superposition.
AIIGLCTCRBC»
Psammites argileux et argile schisleuse des rocka
sufMérieures de Ludlow.
Calcaire Û'XymeOFj.
Roches inrérieiires de Ludlow.
Calcaire de Wenloek ei de Dudlcv.
Argile schiteuse de Wenloek et de Dadley .
ÉTATS-C!CIS.
Calcaire supérieur à Pentamère.
Argile schisteuse, à Deilhyris.
Calcaire, à Peniamerut gàUaiuê,
Calcaire hvdraiiliaHe.
Groupe saflfm d vnondaga.
Groupe du Niagara ^psammites et calcaire).
Groupes de ClÎMton (c^icaires}.
Grès de Médina.
Conglomérat d*Oneida^
Grès «'ris.
« Par la manière si disparate aoitt les
hoses se sont passées dans les mers d'Amé-
rique et d'Angleterre, pendant la période du
silurien supérieur, on peut juger du peu
d'importance des caractères minéralogiqucs
S ris comme moyen de reconnaissance des
ges des étages de contrées éloignées les
unes des autres. Le plus sûr moyen de se
tromper serait, ea effet, de s'attacher à ce
caractère ; car^ ce que nous trouvons dans
les Etats-Unis et en Angleterre, est le fait
Général de tous les étages du monde, par-
faitement en rapport avec ce que nous ayons
4it des causes actuelles qui les ont produits.
Il y a plus : ^u milieu de cette succe^sioa
do natures diverses de couches que nous
avons vu se succéder dans Tétage précédent,
que nous vovons dans celui-ci, dans les
suivants, où s arrêlerait-on-pour Ihniter des
âges dans l'erlseitible» si l'on n'avait que les
caractères minéralogiqucs et la superposi-
tion sur les points concordants? 11 est cer-
tain qu'on ne saurait où placer les limites des
étages, et que Ton arriverait à mettre toute'
ces couches réunies sous le nom de '^•JJl
de transition ou tel autre, comme on Iw
généralement admis avant les beaux trayaux
straligraphiques cités, où l'on a fait entrer
les éléments paléontologiques qui seuls pou-
vaient résoudre la question. Lepeudi^'
portance des caractères minéralogiquc*
ressort epcore, même en France, où les cou-
ches sont noires, presque charbonneos^
Saint-Sauveur (Manche) , et à l'état de ff^
rouges à May, etc. Nous pouvons, de plus.
signaler l'exemple des couches de Gothland.
où la roche est oolithique comme daas le>
f30I
S1L
ET DE PALEONTOLOGIE.
SNb
1302
terrains jurassiques. Tous ces faits prouve-
ront, nous l'espérons, que le caractère miné-
ralogîque ne peut, en aucune manière, être
invoqué que pour une localité restreinte.
^ De cette grande variété de sédiments que
nous "voyons se succéder, en Angleterre
et aux Etats-Unis, ressort encore cette con-
séquence, que les causes déterminantes de
ces alternances de sables et de sédiments fins
rpii, par la suite des temps, ont formé les grès,
les calcaires et les argiles, ont été purement
locales, et qu'elles ne sont, en aucun cas ,
(comparables dans les deux pays. Nous pou-
vons dire plus : il ne faudrait se préoccuper
i^n rien de la présence ici supérieure, là in-
férieure de quelques fossiles dans ces cou-
ches : car il est évident pour nous que la
:>résence ou Tabsence de ces fossiles dépend
ie la même cause locale , la nature des sédi-
ments et le niveau de profondeur dans les
iieTs; ce ne saurait donc être un foit géné-
ral. Nous insistons sur cette ciroonstance
^pitale, qui peut aussi bien tromper que la
lature minéralogiquedes sédiments (81^}. »
Puiaance connue. — Les données, à cet
Sgard, sont encore bien vagues ; cependant
on peut dire que , sur tous les points, cet
étage a beaucoup de puisisance, souvent
^luelques centaines de mètres; néanmoins,
Rn additionnant Tépaissimr donnée des cou-
ches (le Ludiow et Wenlock, ou Dudley en
\nsleterre, on trouve un maximum de
1,290 mètres environ. M. Barande év^due
nissi à 1,200 mètres Tépaisseur deTétage
silurien supérieur en Bohème, ce qui don*»
lerait encore une très-longue périocfe d'exis-.
:ence à l'étage.qui nous occupe.
Points profonda des mers. — Le nombre
lominant des mollus({ues brachiopodes, des
)ryozoaires et des crinoïdes nous fait regar-
ter comme des points profonds et tranijuilles
les mers de cette époque les lieux suivants,
emarquables sous ce rapport. En Angie-
erre, les couches si curieuses de Dudfey,
ù l*on trouve groupée sur la même plaque
9ute la faune profonde de cette époque, où
on voit souvent près de cent espèces ren-
ies, comme si Ton se transportait au fond
es mers de l'étage, en se reportant à ce se-
ond âge du monde animé. Venlock, Wal-
all, Benthal, sont à peu près dans le. même
as, et aussi riches. Quelques couches des
nvirons de Prague et de Beraua en Bohème,
araissent être très - remarquables par le
ombre considérable de oracniopodes et de
-ilobites que M. Barande y a découverts,
fous citerons encore, aux États-Unis, Lock
ort, dans le groupe du Niagara. (New-p York).
Ces faits et ceux qu'on peut déduire de la
iiccession de sédiments différents en Angle-
3rre et en Amérique, viennent prouver que
is mers de cet étage étai^t soumises aux
lêmes conditions d'existence^ aux mêmes
gents charrieurs qu'aujourd'hui.
Caractères paUontologiques. — Nous pou-
ons répéter ici que ni la nature, ni la su*
erposition concordante des couches ne pou-
ant donner des limites pour séparer les éta-
(89i) D*OaBiGNY, toc. cit., p. 305.
ges, les caractères paléontologiques sont les
seuls moyens de clétimitation qu'on puisse
invoquer avec certitude, aussi bien en Amé-
rique qu'en Europe. Cherchons à le prouver,
en comparant ces caractères à ce que nous
avons dit à l'étage silurien inférieur.
Aux caractères négatifs énumérés à l'étage
silurien inférieur et qui restent les mêmes»
ajoutons seulement les différences relatives
à celui-ci.Par exemple, ces vingt-huit genres
que nous avons vu naître et disparaître dans
1 étage silurien inférieur, sans qu'ils passent
à l'étage silurien supérieur ; tels que, parmi
les crustacés, les genres paradoxides^ elUp^
sùcephaius i conoetphalus , illeniu , c^aphus ,
battus^ trinucletis et ogvgia; parmi les mol-
lusques jcéphalopodes, les genres cameroce-
ras et gonioceras; parmi les mollusques la-
mellibranches, le ^enre orthonota; parmi les
mollusques brachiopodes» les genres obolus^
orthisina^.poramhonUes et siphonotreta; par-
mi les mollusques bryozoaires, les genres
subretepora^ enallopora et stellipora; parmi
les échinodermes, les genres echinoencrinust
caryocistites^ hemiscomites^ cryptocrinuSy cy^^-
clocystites et heterocrinus; parmi Ias zoopliyr
tes, les genres favistella, cohrnnaria^ et. (on^-r
dalia: parmi les amorphozpaires , le genr^
paheospongiOf forment autant de caractères
négatifs qui pourront servir à distinguer
l'étage silurien inférieur de l'étage silurien
supérieur» puisqu'il ne se trouvent jusqu'à
présent que dans le premier,.
Nous trouvons encore, pour caractères né-
gatifs propres à dâs^iuguer Té^ge silurien su-
périeur des autres étages paléozoïques supé-
rieurs, 88 genres ou formes animales spécia-
les, qui, joints aux 28 genres éteints dau» l'é-*
tage. silurien inférieur, forineot un total de
1 16genrei(, donnantautant de canictëi:es négsr
tifs pour distinguer Tétage silurien supérieur
des autres étages des terrains paléozoïques.
Si, aux genres communs à Vétage silurien
inférieur et silurien supériaurf nous ajou-
tons, comme caractères positifs, ceux qui,
inconnus à l'étage silurien inférieur, se mon-
trent pour la^ première Ipis dans celui-ci,
nous aurons en résumé, en prenant le chiffre
total de ces genres, 59 genres qui, par
leur répartition actuelle, inconnus quii<
sont dans l'étape silurien inférieur, tandis
qu'ils n'apparaissent que daw le silurien
supérieur, seront autant de caractères po-
sitifs tirés des genres dont on pourra se
servir pour distinguer Tua d'avec l'autre.
Paomi ces 69 genres nés à l'étage silurien
supérieur, il en est di]^ qui sont incon-
nus jusqu'à présent dans les autres étages
inférieurs ou supérieurs du monde, et peu-
vent encore être considérés comme d'ex-
cellents caractères positifs pour l'en distin-
guer; ce sont les genres suivants : parmi les
crustacés^ lo genre bumasttis ; parmi les bryo-
zoaires, les omnir^tepora; parmi les écbino*
dermes, les protaster^ les caryocrinus^ les
ichthyoerinus^ les gcocrinus^ les eucalyptO"
crinus^ les catliocrxnus ; parmi les zoopnytes^
les proporoi les blumenba^iwnf aui naissent
l^foS
SIL
DlCTiOiNxNAlRE DE COSMOGONIE
SIL
i:»4
ayee l-^tago silurien supérieur et s*éteignent
afee luî, n*ajant vécu que pendant cette
f»uhe. loignons encore à ceux-ci les genres
odontopleura^ calimene^ ryphaspes^ ampyXf
lituii€$f oncocertis^ hortolus^ orbictlla^ sufco-
pora^ cupulocrinus et Untaculiien^ qui se sont
également éteints dans l'étage silurien supé-
rieur sans passer au suivant. On conçoit que,
tant qu'on n'aura pas trouvé d'exception ,
tous ces genres, formant caractères positife,
seront d une grande importance pour faire
reconnaître t étage silurien supérieur. C'est
de l'ensemble de la combinaison des carac-
tères stratigrapliiques positifs et négatifs que
naissent les différences de faciès de faunes
<|ni pourront toujours servir àfairerecon-
lia lire l'étage partout où il se présente.
Joignons aux caractères paiéoutolo^iques
tirés des genres qu'on voit être suffisants,
ceux, ézaleroent des plus positifs, qu'on peut
demandfer aux espèces. Si, en effet, on em-
prunte aux formes génériques des caractères
généraux de faunes, les espèces qui, presque
foules, sont différentes dans l'étage silurien
sufiérieurdes espèces de l'étage silurien infé-
rieur, nous donneront encore des caractères
plus positifs et plus spéciaux. Nous connais-
iions,en animaux mollusques et rayonnes seu-
Iement,lenombredeM8espèces discutées dans
Jeurs rapports et leurs limites, qui forment
dès lors autant d'espèces caractéristiques
do cet étage propres à toutes les zonas
de profondeur des mers et à toutes les natu^
ros de sédiments de l'étage silurien supé-
rieur ou murchisonien du monde géologie
que connu.
Parmi ces fcl8 espèces caractéristiques
de l'étage, il en es.t un assez grand nom-
bre auxquelles nous attachons une plus
grande importance, en ce qu'elles se trou-
vent presque partout, soit qu'elles aient
(Mé plus communes, soit que les circons-
tances leur aient été plus favorables. Il
suffit de jeter les yeux sur la liste de^ espè-
ces pour s'assurer du grand nombre d'espèces
communes entre TAngleterre, la France, la
Suède, la Bohème et la Russie, jusque dans
rOuraS. Parmi colles-ci, nous pouvons citer
plus particulièrement le cardium interru"
rfum (cardiola id.), qui se rencontre dans
ouest et le sud de la France, à Feugrolles,
Ji Saint Jean sur-Evre , à Saint'^auveur, à
Neffiès ; en Espagne, en Sardaigne, en Bo-
lième, en Angleterre» etc.» et distingue par-
faitement cet horizon. D'autres, plus large-
ment réparties, passent pardessus toutes les
zones isothermes actuelles et se trouvent,
sans distinction de régions chaudes, tempé-
rées et froides ni de distances, en Europe, de
TEspagne, de la Sardai[jne à la Suède ; en
Norwege et en Russie ^ jusqu'à la chaîne de
rOural ; en Amérique» de l'Etat d'Alabama
jusqu'au Canada ; ou bien se rencontrent
encore à la Nonvelle-Uollaude» embrassant
ainsi plus delà moitié de la surface du monde.
Ainsi d'après les connaissances actuelles,
nous aurions déjà 30 espèces qui se trou-
veraient réparties à la fois sur TEurope et
VAmérique, et prouveraient la parfaite con-
tcmporanéité de ces aépôts ; car ces individus,
communs aux deux pays, viennent évidem-
ment de la même forme spécifigue, et déno-
tent à la fois identité de conditions d'eils-
tence et même des mers non interrompues
se communiquant à cette époque. C'est, de
plus, la meilleure [preuve que nous naissions
apporter de la spécialisation des espèces dans
les étages, et de leur importance comme cn-
ractères paléontologiques dans la reconnais-
sance,des étages, puisque, sur les 4t8
espèces propres à 1 étage silurien, 90 se
trouvent sur une aussi grande surface des
mers anciennes à cette épooue.
Chronologie historique,— -lio\}S avons laissé
l'étage silurien inférieur continuant à nour-
rir sa faune et à former des dépôts de sédi-
ments. Que s*est-il opéré pour anéantir celte
faune de l'étage silurien ? Touîours est-il
que cette faune est restée enserelie dans les
couches terrestres, et qu'après un laps de
temps sans doute considérable, une autre
série d'êtres a été créée à la fois sur loute«
les parties du monde, et est venue rempla-
cer la première. Comment cette extinction
des espèces de l'étage silurien inférieur s'est*
elle opérée? Gomment cette nou?elie créa-
tion de Tétage silurien supérieur est-elle ve*
nue? Telles sont les questions qui naissent
naturellement de ces deux foits incontesta-
liles. Comme dans ce premier âge du mo&dei
pas plus que dans les suivants, on ne peut
attrinuer l'extinction au changement de tem-
pérature ni aux modifications des conditions
d'existeuce, ainsi que nous avons clierclié k
lo démontrer aux résultats généraux •( Voyts
PalÎqzoXqubs). Nous croyons que cette ei-
tinctiou s'explique très-naturellement par
une de ees dislocations géologiques dont
nous avo9S calculé les effets. (FoyeiPsaTiB*
BATIONS OÉpLOGIQDikS.) NOUS SUpOOSOnS dODC
qu'une dislocation géologique o une grande
importance est venue, par le déplacemenl
des matières solides dans les eaux, apporter
une perturbation générale à la sunaeedu
^lobe et anéantir la faune de l'étage silurien
inférieur par suite du mouvement prolonri
des eaux. Après ce mouvement» la tranquil-
lité s'est rétablie peu à peu ; les kners Mi
redevenues paisibles ; les continents sont
restés exondes,Jet une maia toute-puissante
est venue repeupler la terre et Iwtnersde
ces animaux et de ces végétaux. C*^t aios)
que nous pouvons concevoir et expliquer a
la fois les deux faits sans réplique que nous
voyons dans les étages i ranéantisseoient de
l'ancienne faune silurienne et ensuite Ul*-
parition^de la nouvelle.En effet, nous avons
vu dans ce changement s'opérer les muta-
tions suivantes : 28 genres d'animaux ail>
culés, mollusques et rayonnes, ont été
anéantis pour toujours, en même temps oa^
11^26 espèces appartenant à plusieurs clas-
ses d'êtres; et il a paru plus tard, a?ecle-
tage silurien supérieur, 59 genres incon-
nus à l'étage silurien inférieur, en mêoe
temps que 418 espèces qui n'existaient p>^
dans l'étage inférieur. ,
Durant la |)ériode de Tétage silurien su|«*
J
1505
SIL
ET DE PALEONTOLOGIE.
SIN
i506
rieur, les mers étaient à peu près les mêmes
i]ah Tétage silurien inférieur. Peut-être
avaient-elles déjà abandonné une partie de
la surface centrale de la Bretagne; mais,
bien certainement, elles avaient avancé vers
I*est, soit dans le pays de Galles, soit dans
le Curoberland en Angleterre, en laissant à
rouestdelargesatterrissementscontinentaux.
£lies s*élendaient probablement sans inter-
ruption de TEuropo à TAmérique. Elles oc-
cupaient une grande partie de l'Amérique
méridionale, de TAmérique septentrionale,
et couvraient toute la portion de l'Europe
qui s'étend depuis l'Espagne jusqu'au lieu
où est aujourdliui la chaîne de l'OuraU Ces
mers montraient quelques lambeaux de
leurs anciiennes limites cotières : eu France,
h Saint-Sauveur ;^n Angleterre , un peu au
sud-est des limites de 1 étage silurien infé-
rieur, ce qui montrerait que les terrains
littoraux se seraient exhaussés: fait qu'on
trouve également en Suède et aux Etats-
Unis. Ces mers étaient soumises à toutes
les influences locales que subissent les mers
actuelles t par rapport aux dépôts sédimen-
taires et à la distrinution des êtres, suivant
le degré de profondeur des eaux et la nature
eôtière ou pélagienne des sédiments oui
permettaient à chacun son existence spéciale.
Ces mers nourrissaient, de plus queTétage
silurien inférieur, parmi les animaux ver*
tébrés , quelques genres de poissons incon-
nus dans l'époque antérieure; parmi les
crustacés, un grand nombre de genres de
trilobites qui, a cette époque, sont arrivés
à leur maximum de développement ; parmi
les animaux mollusques, quelques senres
de céphalopodes, de gastéropodes, de lamel-
libranches ; plusieurs genres de brachiopo*
i\es et de brvo^aires; parmi les animaux
i^yonnés, quelques genres d'échinodermes ,
spKicialement des crinoïdes et des zoophytes;
enfin S9 genres inconnus à l'étage précédent,
et qui commence à se montrer , avee un
nombre plus ou moins grand d'espèces. A
ces animaux , pour compléter les êtres qui
peuplaient les mers , nous pouvons ajouter
quelques plantes marines des genres sui-
vants , propres à l'état de New-York , figu-
rées et décrites sous les noms suivants par
M. Hall :
Fucoides Harlani (Médina Sandstone).
— gracilis (Clinton group).
— bllolMi Id.
— lie(eropb)|[IIus (Médina).
— » aunfomiis Id.
Hictaolites Beeckei, UaU,
Les continents de cette époque étaient
certainement couverts de végétation , car les
traces charbonneuses de Saint-Sauveur dé-
notent des dépôts littoraux de plantes "^ter-
restres. Ces continents sont, à ce qu'il pa-
rait, restés les mêmes pour le plateau cen-
tral de la France ; mais, pour le massif bre-
ton, ils se sont probablement accrus de sup
iaces de l'étage silurien inférieur alors
exondées. En Angleterre, un continent a
peut-être alors formé , à l'ouest du pavs de
Galles, unelar^e bande laissée pai l'étase
silurien inférieur, et une seconde dans le
Westmoreland. Ce seraient , en Angleterre ,
les premières qui , en s'augmentant succes-
sivement dans 1 avenir, sont destinées à faire
partie du continent que nous désignerons
comme ile anglaise,
Ia répartition uniforme des mêmes êtres
sous les régions aujourd'hui chaudes , tem-
Sériées et très-froides du 65* de latitude
brd prouve qu'à cette époque, comme pour
l'étage silurien inférieur, les zones isother-
mes que nous connaissons n'existaient pas
encore , neutralisées sans doute qu'elles
étaient par la chaleur centrale propre à la
terre.
Nous avons dit encore que, pendant la
durée très-prolongée de cette époque, à on
juger par l'épaisseur des dépôts qui s'y sont
formés, il a dû se manifester des oscillations
locales du sol analogues à ce que nous
voyous aujourd'hui (fans le nord de l'Eu-
rope.
On voit, en résumé, que la terre et les
mers, avec moins d'êtres et surtout avec
ceux-ci très-différents de l'époque actuelle,
étaient soumises à toutes les lois physiques
et naturelles que nous voyons exister au-
jourd'hui.
L'époque silurienne supérieure parait
avoir été interrompue par un mouvement
géologique que nous retrouvons dans Iv^
discordances de l'étage. Peut-être la dislo-
cation du système du Westmoreland et du
Bundsruck de M. Elie de Beaumont corres-
pond-elle à la fin de cette époque. Peut-être
aussi le système Itaculumien^ observé au
Brésil par M. Pisis , marquerait-il encore
une dislocation de la fin de l'étage silurien
supérieur. Sa direction est de l'est à
l'ouest , et se voit du 26* au 27* de latitude,
et du 46* au 57* de longitude occidentale de
Paris. C'en est assez , nous le croyons, pour
expliquer la fin de l'étage ; il y aurait donc
ici le rapport le plus intime entre les mou-
vements géologiques que nous supposons
avoir arrêté la durée de cette époque , et les
limites des faunes qui en seraient le résultat
palpable.
SINÉMURIEN (ÉTAGE). — Autrement dit,
lias inférieur^ calcaire à griphée arouée^ etc.
Sinémurien vient du nom de la ville de Se-
mur {Sinemurium), autour de laquelle les
couches sinémuriennes peuvent offrir le
type le plus complet et un point réellement
étalon pour l'étage.
Ce terrain se trouve dans un nomnre con«
sidérable de localités en France, en Angle-
terre, en Belgique, etc. , dans .l'Amérique
méridionale, etc.
On remarque dans ce terrain de profon-
des discordances et des parties très-dislo-
quées (Basses-Alpes).
Quant à la puissance, les grès du Luxem-
bourg ont jusqu'à 300 mètres. Les mêmes
Kès ont montré, dans le sud-ouest de l'Al-
noagne, 65 mètres de puissance ; aux en-
virons d'A vallon, de Semur, de Lyon et dans
les Alpes, nous avons pu évaluer rénaisseur
1507
SIN
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
SIN
\'M
3
des calcaires à uae centaine de mètres; ou
a trouvé h Thionville 165 mètres d'épaisseur
de lias, et à Lyme-Kegis on Tévalue à
200 mètres.
La puissance des couches de Tétage sine-
murien, Textrême variété de leur composi-
tion minéralogique sur un même point, an-
noncent quVlies ont dû se déposer dans un
laps de temps considérable.
Caractères paléontologiques. — Un carac-
tère très-remarquable ressort, au j)remier
aperçu, de l'ensemble des êtres de la faune de
cet étage. Comme aucun des genres qui exis-
taient avant cette époque ne s*y éteint, et
u*au contraire il en naît un grand nombre
e nouveaux, on voit que, par ses fossiles et
f)ar sa super()Osition, l'étage sinémurien est
)ien le commencement d'une nouvelle pé-
riode d'existence. Voici, du reste, les carac-
tères différentiels spéciaux :
Pour séparer l'étage sinémurien de l'étage
saliférien, nous avons les vingt genres qui
naissent et meurent dans l'étage saliférien,
et ceux qui, avant leur maximum de déve-
loppement speciCque dans les terrains pa-
léozoïques, s éteignent encore dans cet étage,
comme les dernières formes animales de
cette première période d'existence, sans
passer à l'étage sinémurien.
Pour limites paléontologiques, entre l'é-
tage sinémurien et l'étage liasien , nous
aVons de pluis des plantes, 47 genres qui
commencent seulement à paraître dans ré-
tage liaisien, et sont inconnus dans l'étage
sinémurien. Ces 47 genres, réunis aux 20
genres précédents, donnent 67 genres né-
gatifs pour l'étage sinémurien.
Les genres suivants, inconnus aux étages
inférieurs et apparus pour la première rois
avec l'étage sinémurien, seront autant de
caractères positifs propres à le distinguer
des époques antérieures, et particulièrement
du dernier étage triasique. Ces genres sont
an nombre de 14, auxquels, sans doute, il
faudra joindre quelques-uns des genres do
poissons que le manque d'indications posi-
tives nous a fait placer à Tétage suivant,
comme étage moyçn des trois ûges confon-
dus sous le nom de lias.
Les genres spéciaux à l'étage sinémurien,
qui sont nés et morts dans cette période, ne
sont pas nombreux; nous ne comptons, en
effet, que le genre octocœnia de la série des
zoophytes. Ce peu de genres spéciaux an-
noncerait, comme nous /avons dit, que l'é-
tage sinémurien est le conmiencement d'iine
nouvelle grande période d'animalisation
déià formée de quelques genres dans Télage
saliférien.
Les caractères gui précèdent seraient suf-
fisants pour distinguer l'étage saliférien;
mais il nous reste un moyen encore plus
spécial, c'est celui que peuvent nous don-
ner les espèces. Outre des espèces de plan-
tes, outre des espèces d'animaux vcrlé-.
brés et annelés, nous avons le nombre de
174 espèces d'animaux mollusques et rayon-
nés. Ces espèces disculées, quant à leurs
caractères et à leur synonymie, forment au-
tant dC espèces carac/fm/ifl^iie*, attendu qu'au-
cune, jusqu'à présent, ne se trouve m dans
l'étage inférieur, ni dans l'étage supérieur.
Chronologie historique. — La perturba-
tion géologique oui a mis fin à l'époque
saliférienne a fait disparaître, pour toujours,
en même temps que 20 genres différents
d'animaux, que 737 espèces d'animaux mol-
lusques et rayonnes, que 55 espèces de
plantes, les derniers eenres caractéristiques
de la première et de Ja seconde période du
monde animé. Cette perturbation, dont les
traces se trouvent dans les grès à gros grains
de nivellement inférieur de l'étage, ainsi
que dans les arkoses,. a dû s'effacer peu è
peu, et lorsque le repos entier de la surface
a permis à la puissance créatrice de rani-
mer, la terre et la mer se sont de nouveau
repeuplées. C'est alors qu'ont paru, avec des
plantes nouvelles, 14 genres d'animaui de
toutes les classes, et 174 espèces d'aoiipaui
mollusques et rayonnes» sans comptée les
espèces des embranchemeats supérieurs.
Tels sont au moins les débris de cette épo-
3ue arrivés jusqu'à nous et connus aujour-
*liui; car ces chiffres doivent nécessaire-
ment être doublés ou triplés daas l'avenir.
Les mers étaient» à cette époaue, peu
différentes des mers de l'époque saliiériennei
au moins en France et en Angleterre, el
elles couvraient les trois bassins anglo-pa-
risien, pyrénéen et méditerranéen. Elias
baignaient le pourtour est du grand plateau
central, et en laisaient probablement le tour;
elles s'étendaient dans le bassin niéditerra-
néen ; de là, à l'est et au sud-est, jusqu'à
l'îlot du Var, et allaient c(»uvrir l'emplace-
ment des Alpes jusqu'en Italie et en Sicile.
Au nord'Gst, elles couvraient le Jura, et
s'étendaient beaucoup de ce côté. Elles bai-
gnaient les deux versants des Vosges; et du
versant occidental, dans le bassin «Q^lo-
parisien, elles formaient une vaste élenauc
dirigée à l'ouest, d'un côté, jusqu'au massif
breton, et en Angleterre, oii elles couvraient,
tout le nord,jusqu'auYorkshire, étendue bo>
né3 à l'ouest par File anglaise, mais ouverte
vdrs i'est, où ses limites nous sont inconnues.
Entre lo plateau central et le massif breton»
était le détroit breton qui communiquait
avec la mer pyrénéenne.
Les continents étaient certainement les
mêmes, surtout à en juger par les dépôts
côtiers. On voit que le plateau central s'est
seulement accru, au nord, de quelques lam-
beaux salifé riens émergés. Le massif breton
est resté le même; le continent belge-vos-
f;ien s*est aa^ru, à l'ouest, d'une grande
isière de l'étage saliférien surgi au-dessus
des eaux.
Les mers sînémuriennes nourrissaient des
animaux différents de l'époque antérieure.
Nous pouvons surtout citer les reptiles ick-
ihi/osaunis^ dont la taille rivalisait avec celle
de nos grands cétacés actuels. Des poissons
d'espèces distinctes, avec de nombreuses
ammonites, des bélemnitcs et des turrilites»
inconnues jusqu'alors, animaient les ri-'
va«;cs.
J
1309 hlH ET DE PALEONTC
lies oontmentSy avec des insectes diptères, d'hui
se coayrent de plantes nombreuses, aux- niièr
quelles M. Brongniart assigne les caractères SF
géaértuiL suivanU : « 1* la grande prédomi- S\
Bance des cycadées déjà bien établie, et la SO
présence de genres nombreux dans cette fa- eaux
mille, et surtout des xamUe$ et des nihonia; Voy,
S* Feiistenee, parmi les fougères, de beau- §(]
erap de genres à nervures réticulées, qui moin
se montraient à peine, et sous des formes eomi
peu Tariées, dans les étages plus anciens, t^\^
mais dont quelques-unes, cependant, com- je m
mençaient déjà a paraître dans Tépoque du tlon
keuper (étage saliierien). Tels sont les canuh- leurs
iopitriê et les thaumatopierts. » qii*i|.
Aux discordances supérieures, aussi bien geur
qu*aux limites des faunes, nous voyons les mais
dernières traces de la commotion géologi • de la
que à laquelle on doit attribuer la fin de des c
1 *t«ge- la dii
SINGES, animaux de Tordre des quadru- la Ih
mânes. — Cette division des mammifères On \
est surtout caractérisée par ses membres ou ii
antérieurs et postérieurs que terminent des n*éta
mains, c'est-à-dire des organes destinés à vouh
grimper et à saisir; aussi le pouce est-il mané
opposable aux autres doigts, aux deux extré- M. G
mités. Leur appareil dentaire se compose, tant <
comme chez rnomme, d'incisives, de cani- les p
nés et de molaires. On rencontre, à Tétat plus
ibssile, des quadrumanes appartenant à trois de la
divisions : des singes, dits de Vancitn ean- a pas
iineni^ des singes, dits du nouveau cofUineni Iradu
et desjacehus. une :
Singes de Fancien continent {catarrkinœ). a pei
— Ils ont à chaque mâchoire quatre dents tant
incisives verticales : deux canines et huit ment
molaires. L'espèce la jrius ancienne dans naire
les couches terrestres à été trouvée en An- Jouai
{(leterre, dans Tétage parisien, à Kyson, dans dans
e Suffolk ; c'est une dent bien conser*» niqui
vée qu'on peut rapporter avec certitude au les ii
genre maeaeue; Owen lui a donné le nom de nous
macaeus eocenus. La plupart des macaques qu'il
actuels habitent les Indes, mais il en existe tnéor
aussi en Afrique. M. de Blainville a décrit, M. Gi
sous le nom depithecue antiquuê^ une mft- gée fj
choire entière de singe, rencontrée dans le tatioi
célèbre gisement de Susan (Gers), que nous la Ge
rapportons avec certitude à l'étage lalunien. tait p
Mm. Falconer et Cautley ont déâ)uvert une au n
espèce du genre eemnopiihecue ^ dans le doute
même étaçe a Sutly (Indes anglaises). livre
Singes au nouveau eoniinenif famille des semb
pUuyrrhinœ, — Ils diflèrent des premiers Ma
par douze molaires à chaque mâchoire, au idées
lieu de huit. M. Lund en a découvert dans s*eSb
les cavernes de la province de Minas4ieraès ou fe
au Brésil. Les esyeoes qu'il indique sont les avec
e^us maerognathus^ cailiihrix primœvus et cl
froiopiihecus brasiliensis (genre nouveau); mode
il inoiqne aussi le jacekus grandis. Ces es- sachi<
pèces paraissent appartenir à l'étage falu- en c<
nicn. Il est curieux de trouver, aux demie- énon
res époques géologiques tertiaires, les sin- océan
ges déjà répartis, comme ils le sont aujour- M. Bi
(995) Expos, du sysf. du monde, t. l'\ p. 29» édi- (80J
tion de Tan IV. diiion.
1311
SOI
DICTIONNAIRE D£ COSMOGONIE
SOL
\o\l
sentiment de son ancien collègue, 1opsqu*il
nous dil : qu'en supposant arec Vauteur de
la Mécanique céleste que le corps même du
soleil est embrasé^ les taches pourraient être
des cavités profondes ^ d'où sortiraient par
intervalle de vastes éruptions de feu faible-
ment représentées par les volcans terres-
très (895). Il est certain, du reste, pour ce
qui regarde M. Laplaoe, que sa manière
d'envisager la formation de tous les corps
célestes et la nature de leur lumière, ne lui
permettait pas d*émettrc une autre opinion
sur la constitution de lastre qui nous
éelaire.
< Cependant, dès Tannée 1801, le cé-
lèbre Herschell avait publié, sur la nature
ot la constitution physique du soleil , la
théorie à laquelle il avait été conduit par les
nombreuses observations qu'il avait faites,
pendant un grand nombre d'années, avec
ses puissants télescopes.
« bans la théorie de ce grand astronome,
le soleil est un globe solide et opaque envi-
ronné d'une double atmosphère, dont l'une,
extérieure, est entièrement composée de
lumière, et l'autre, sombre et épaisse,
constamment chargée de nuages, est incom-
parablement plus volumineuse que la
couche supérieure, la seule que nous aper-
r^evions. Il considère cette atmosphère infé-
rieure comme capable de proléger la surface
immédiate du soleil contre la chaleur de la
couche supérieure, seule lumineuse, et de
rendre ainsi ce monde étonnant propre à
recevoir et à nourrir des habitants, dont les
organes seraient adaptés aux circonstances
f particulières de ce vaste globe. II attribue
es taches à des déchirements temporaires
de la couche luinincusc, ou à des ouvertures
accidentelles qui nous laissent voir, soit le
corps solide du soleil, soit les nuages de son
atmosphère inférieure. Herschell, en consé-
quence de ses découvertes, a rejeté tous les
vieux termes qui servaient à désigner ces
diSérentes taches ; il a remplacé les anciens
noms de noyaux^ nébulosités^ lucules^ ete.^
par ceux de pores^ ouvertures ^ creux ^ sûn.
lonSf rides^ dentelures, facules^ etc.
« Cette brillante théorie, qui avait pour
elle toutes les probabilités les plus mo-
rables du temps d'Herschell, a acquis depuis
le dernier degré de certitude f896].
< Dans* une matière aussi importante et
aussi décisive contre le système des eosmo«*
Sonistes qui sont partis de la supposition
e la préexistence du soleil, dans le sens
absolu de ce terme ou en tant que luminaire
de la terre, contrairement à ce qui nous est
révélé dans la Genèse, nous ne devons pas
négliger un témoignage tout spécial rendu à
la vérité, par l'illustre académicien que
nous n'avons pas craint de reprendre en
face, lorsque nous l'avons vu dévier de la
lime droite. C'est donc M. Arago que nous
allons entendre :
« Le système de Buffon emporte implicite-
ment cette conséquence, que la matière du lo-
/etï, la matière extérieure du moitM , est en
état de liquéfaction. Or, je dois m'emprt$$tr
de dire que les observations modernes le$piut
minutieuses n'ont pas confirmé cette iiét.
Les rapides changements de forme que la ta-
ches solaires obscures et lumineuses éprouvent
incessamment, les espaces immenses que m
changements ambrassent dans des temps trèh
courts, avaient déjà conduit à supposer, de-
puis quelques années, arec beaucoup de trai-
sembfance, que de pareils phénomènes defxiient
se passer dans un milieu gâteux. AujoiurSké
des expériences d'une toute autre nature, des
expériences de polarisation lumineuse ,
faites à l'Observatoire de Paris, établissent
ce résultat d^une manière incontestable. Mais
si la partie extérieure et incandescente du so-
leil ési un gaz, le système de Buffon pèekepar
sa base essentielle, il n'est plus soutenabU.
« On powrait, il est vrai, continiue M. Ara
go, alléguer que le corps obscur auquel cette
atmosphère lumineuse sert d'envelopps et
qu^elle nous permet d'apercevoir quand ses
parties se désunissent, que ce corps obscur^
dis-je, est liquide; mais ce serait la une hypo-
thèse entièrement gratuite, et qu'on ne saurait
appuyer sur aucune observation exacte (897}.
« Cependant, celte hypothèse entièrement
f gratuite, ou plutôt Tbypothèse de la liqué*
action totale du soleil est tout à la fois le
fondement, le centre et le résultat du sjs*
tème d'explication de M. Laplace; et cette
hypothèse est encore l'hypothèse forcée de
ceux qui eonsidèrenl la terre et toutes les
planètes comme autant de déjections incan-
descentes sorties en même temps de diTers
eânts de l'éauateur solaire. De même que
. Laplace, les auteurs de ce svstème re*
nouvelé de Buffoa ne peuvent faire de la
terre un globe originairemeat incandescent
et encore en feu dans presque toute si
passe, sans supposer que le globe solaire
est lui-^mème liquide et incandescent, sans
supposer que Fâ matière du soleil esi en
état de fusion, de liquéfaction incandescente.
Si l'on objecte à ces nouveaux cosmogonisles
que la matière des planètes étant de la même
nature que celle aa soleil ^ les planètes d^
vraient être comme le soleil brûlantes et
lumineuses, et non pas froides et opaqnes
comme elles le sont, ils répondront, ils se-
ront obligés de répondre avec Buffou : 9»<
le feu ne peut pas subsister aussi longtemps
dans les petites que dans les grandes masses^
et oue les planètes ont dû brûler penèist
quelque temps, mais qu'elles se sont éteintes
faute de matières combustibleSf comme U lo-
leil s'éteindra probablemeni par la mime rvi;
son, mais dans des âges futurs U oMSsi éloi-
gnés des temps auxquels les planètes se ssnt
éteintes, que sa grosseur Vest de celles dft
planètes /896^ Ou bien ils diront avec Des-
(895) Traité ilém, d'astronomie physique, \\\. i cinp.aroe demain par niio aiilro. \mtu. nt S*-tt.^
chap. 5. ' (897) Ann, I85i, p. 252 et 255.
(896) C*est toui simplement anc hypothèse qui sera (808) Théorie delà terre, p. 217 et 21^
J
ÎZîl SOL KT DE F l
cartes et Lcibnitz, que la terre et les autre
planètes sont des soleils déjà encroûtés.
c Pour ne parler ici que du système qu
nous occupe» M. Laplace décide que le re
froidissement a dA produire dans les pla
nètes en vapeurs, comme dans le soleil i
Tétat de nébuleuse, un noyau brillant qu(
la condensation de son atmosphère translor
mait en étoile (899). Ainsi» dans le systèm<
de H. Laplace comme dans le système d<
Buffon, la fluidité primitive des planètes oi
leur ancienne incandescence est de la même
nature que la fluidité encore subsistante di
globe solaire, de la même nature que soc
incandescence actuelle; seulement, ches
M. Laplaee, eette fluidité ignée n*est pas ori-
Îinelle: cette fluidité primitive du soleil el
es planètes a succédé à Tétat de vapeurs,
«r liais, voici qu'on enseigne qu*en par-
tant de son état initial de vapeurs, notre
Silaaète a dû commencer à se solidifier pai
e centre, et successivement du centre à la
circonférence, jusqu'à ce qu'il ne soit plus
resté Que les matières qui forment aujour-
d'hui la mer et notre atmosphère; que les
molécules de la terre étaient soumises à
leur attraction mutuelle, et que de eette
force il est résulté une pression croissante
de la circonférence au centre, qui a déter-
miné la solidification immédiate des couches
centrales, tandis que toute la chaleur déve-
loppée pendant' le changement d'état de ces
couches centrales, s'échappait, sous forme
rayonnante, à travers les couches supé-
rieures encore à l'état de vapeurs (900). Et
voici gue des observations précises et des
expériences directes établissent d'une ma-
nière incontestable que la matière du soleil
n'est pas en état de liquéfaction, que toute
la substance lumineuse nage au-dessus de
son atmosphère.
« Jamais point de vue plus vaste et plus
sublime ne s'est déployé devant l'oeil de
l'intelligence. La sagesse humaine, d'ac-
cord avec la révélation divine, promet enfin
de répandre la lumière de la démonstration
sur 1 unité d'ori^ne du ciel et de la terre,
et sur la mystérieuse génération de tous les
corps de l'univers (901).
« Les plus hautes théories scientifiques
'admettent unanimement, elles reconnaissent
unanimement que la matière dont ies mondes
sont composée était d'abord à tétai gazeux ;
qne la terre et toutes les planètes, que le
sdieil et toutes les étoiles étaient, au com-
mencement, à Tétat de vapeurs^ c'est-à-dire
à Fêtai de matière impalpable^ invisible ei tn-
eamposée. Un grand séomètre, entraîné par
Tesprit de système, fait naître au centre de
cette matière fluide, au centre de la terre à
l'état de vapeurs, un noyau brillant et lumi-
(S99) Expo$. du tysl. dm monde^ p. 410 et 415.
(900) Mém. sur les tempérât, du gtobe^p. 12 el 13.
(901) La sëfesse kumuine, qui esl d'accord avec ta
résUaisou dmrn^ au moins dans une douzaine de
aysléflMvcosoKMMkiaesiootdillëfeiits, a toujours
pi«sjmniisqu*eUeD*a tenu jasqoici. (Jéh. de S*-Cl.)
(9in) La sauesse humaine a poartanl aDirmé cela
longtenpsel ! aflinDeencoreprt*squ*uoivcrselleDient.
1313
SOL
DKTIONNAIRS M) COSMOGONIE
SOL
m
. « Dans toutes leurs observa tioos , les as-
tronomes ont constamment remarqué que
Tatmosphère lumineuse ou Tenveloppe si-
dérale est séparée du globe jsolaire par une
autre atmosphère non lumineuse et analo-
gue à l'atmosphère terrestre. Dans leurs ex-
plications y la pénombre qui accompagne
presque toujours les taches solaires est pro-
duite par les nuages de cette atmospnère
inférieure qui sépare le noyau de Tatmos-
ffaère lumineuse, dont elle reflète la lumière
un très-haut degré.
« Dans les conclusions d'Herschell, la cou-
che lumineuse et toute superficielle est sou-
tenue à une grande distance de la surface du
soleil, fort ai^essus de son noyau solide.
L'atmosphère intermédiaire, sur laquelle
s'appuie cette enveloppe lumineuse, porte à
sa surface supérieure, ou plutôt ^ comme le
fait observer le fils du grand astronome, dans
son intérieur^ à un niveau considérablement
plus bas (905), des couches nuageuses sem-
blables à celles qui régnent dans notre at-
mosphère ; et cette atmosphère solaire nous
renvoie la plus grande partie de la lumière
qu'efle reçoit de son enveloppe incandes-
cente.
« Dans ces mêmes conclusions, Herschell
▼a beaucoup plus loin. Herschell croyait que
le soleil est habité. Suivant /ut, si lawofonr
deur de Vatmosphère solaire dans laquelle
s'opère la réaction chimique lumineuse^ s élève
à un millier de lieues^ il n'est pas nécessaire
qu'en chaque point V éclat surpasse celui d'une
aurore boréale ordinaire. Les arguments sur
lesquels le grand astronome se fonde pour
prouver^ en tout cas^ que lenoy<iu solaire
peut ne pas être três-chaud malgré Vincan-
descence de ratmosphère, ne sont ni les seuls,
ni les meilleurs qu'on pourrait invoquer. »
C'est le savant auteur [des Notices qui se
prononce ainsi.
« 11 n'est pas étonnant, disait Fontenelle,
que la philosophie bégaye, sur des choses
si éloignées de la portée de nos yeux et si
faiblement aperçues; il l'est seulement qu'on
ait été si loin et qu'on ait pu, par exemple,
distinguer géométriquement les deux hémi^
sphères réefs du soleil, y
€ Après avoir cité cette remarque de Fon-
tenelle, M. Ara^o continue en ces termes :
T ajouterai ensuite que^ s'il m'était permis de
sortir du cadre de cette Notice^ des phénO'
mènes de polarisation permettraienty en plus
d'un pointy de substituer des faits positifs,
des démonstrations catégoriques aux raison-
nements simplement bégayés dont parlait fin-
génieux secrétaire de l'Académie des scien-
ces (906).
« En effet, les physiciens, en suivant une
autre route, se sont rencontrés avec les as-
tronomes: et leurs expériences put constaté,
d'une manière encore plus directe et plus
irréfragable, que le fluide lumineux forme .
.à derujère couche de l'atmosphère solaire,
ou que la substance lumineuse du soleil est
(905) Op. cil, p. 245.
tout entière confinée dans les pms nau(es
régions de son atmosphère.
« M. Foùrier venait de constater, par ses
expériences sur la polarisation des rajons
lumineux, que ceux qui s'échappaient d'un
globe de feu ou d'une sphère métallique ea
ignition étaient manifestement polarisés, lan-
dis que ceux qui émanaient d'une substance
gazeuse et incandescente ne présentaient au-
cune trace de polarisation, quand M. Arago,
s'emparant de cette belle déœuverle, en
fil le premier l'application à la lumière so-
laire. Il observa que cette lumière ne jouis-
sait pas des propriétés de la polarisation, et
il eut ainsi l'honneur de démontrer le pre-
mier, d'une manière directe et incontestable,
que la matière incandescente du soleil ne
peut être ni un solide, ni un liquide, mais
nécessairement un gaz.
«r Boueuer avait «ru remarquer que la
lumière du soleil était plus vive à son cen-
tre que vers ses bords ; et on s'autorisait
des expériences de cet astronome pour ap-
puyer l'hypothèse d'une atmosphère répan-
due autour de la partie brillante du soleil,
atmosphère, disait-on, qui affaiblissait par
son opacité les rayons lumineux émanés des
extrémités de ce globe incandescent. On
avait calculé que le soleil, dépouillé de son
atmosphère, nous paraîtrait douze fois et un
tiers plus lumineux. Mais M. Araço, ayant
découvert que le mica a la propriété non-
seulement ue diviser en deux les ravons po-
larisés, mais encore de produire les deux
images avec des couleurs complémentaires
ou dont le mélange forme le LHanc, M. Arago,
dis-je, mit cette précieuse découverte à pro-
fit, pour prouver que tous les [K)ints de la
surface du soleil envoient précisément les
mAraes couleurs, et que la lumière des bords
est aussi intense que celle du eentre. Dans
cette opération, comme dans celle effectuée
à l'aide d'une lunette munie d'un cristal de
roche et d'un cristal de spath d'Islande, les
deux images du soleil, disposées de manière
Sue le bord de l'une coïncide avec le centre
e l'autre, fournissent encore, aux points de
coïncidence, une lumière parfaitement blan*
che. D'où il résulte que les bords du soleil
sont précisément aussi lumineux ou ont une
lumière aussi intense que le centre.
« Il fut ainsi démontré contre Bouguer, et
par conséquent contre M. Laplace» que le
soleil n'a point d'atmosphère au delà de la
matière lumineuse, au delà de son enveloppe
sidérale.
tf Jamais théorie plus hardie n'a étonné ic
monde savant, et jamais doctrine scientifi-
que n'a obtenu un assentiment plus général,
parce que jamais théorie scientifique n'a eu
pour base des faits plus positiîs, confirmés
par des expériences plus uirectes et plus dé-
cisives.
« V opinion éC Herschell que la partie brii-
lante du soleil ne se composait que ifv*^
atmosphère gazeuse ef incatCdtêcenttf était tf'
puyée sur des preuves nombreuse* faumitt
'(900) Ann. 1812. Constitution QbTSÎ4oe en îM-
par roh$érvaiion des iacheSy et il ne restait l*exj I
plui de doute sur sa réalité^ lorsque de nou- rieu !
rellei expériences que nous allons rapporter s eu ;
«ôfU tenues fournir uo dernier degré de cer- /o /c i
lîtode, et témoigner en oatre que la lumière sont i
solaire est de même intensité dans tous ses son *
points^ et que^ par conséquent^ il n'existe pas roéa :
^atmosphère extérieure. — Bouguer suppo - reur
sait que le soleil est environné d^une atmO'^ proc :
sphère semblable à la nôtre, qui^ par son opor élevi
ei'l/, affaiblit les rayons lummeux ; mais des nèsf
expériences très -délicates de M. Arago ont trad
prouvéf depuis^ que tous les points du disque ^ 1 i
solaire éclairaient également^ et que par con- obte i
séqueni une pareille hypothèse ne peut subsis- de p* I
fer. — Il •est une preuve sans réplique que man :
la portion extérieure et visible du soleil ne objei
peut être ni solide ni liquide , mais seulement est u i
«ffi corps de la nature du gax. M. Arago a toute i
déduit cette preuve des phénomènes de coio- appe !
ration qu offre la iumière polarisée... L'hy- déroi i
pothèse de Bouguer n'est pas vraie^ car la M. P
polarisation donne encore la preuve la plus la so i
oonraincante que la iumière au soleil a par- dui$< ;
tout la même intensité ^ soit qu^elle émane succ<
du bord^ soit quelle émane du centre. — M. plus i
Arago a prouvé par des expériences directes^ plein \
et à Tabri de toute objection^ que la portion plus |
extérieure du soleil ne pouvait être ni solide^ conn« i
ni liquide j mais seulement gazeuse. Il a dé- nous
duit cettepreuve des phénomènes de coloration globe
qu'offre ia lumière polarisée. Nous donnerons comn
oaim la preuve la plus convaincante que la autre ;
iumière du soleil a partout la même intensité^ « h <
soit au bord 9 soit au centre du disque. M. desce
Arago a également déduit cette preuve des ni ui
phénomènes de la polarisation, ce qui détruit est n* i
f hypothèse de Bouguer (907). comp i
« Or, c'est sur cette hypothèse de Bouguer, ronn^ ,
ou sur Texistence d'une atmosphère solaire spbèr !
qui s'étendrait au delà des orbites de Mer- par u
cure et de Vénus , au delà même de l'orbe Tanoi i
terrestre , que reposaient toutes les explica- remai i
tiens des astronomes relatives à la lumière sous i <
zodiacale, cette pierre d'achoppement contre plicat
laquelle tant de rêveries ont été se briser. Nous
comme le dit M. Arago, et contre laquelle riendi
aussi M. Arago lui-même allait se heurter, ble qi:
lorsque, ne faisant plus attention à l'impos- rente
sibilité de mettre la matière zodiacale dans ^ i'^F
la dépendance immédiate et intime de la pho- notre
iosphère solaire, il se préoccupait de la pos- « K'
sibilité de l'accroissement de notre soleil en Avait <;
éclat, par la condensation et la réunion à sa lutioni
surface de ces parties les plus volatiles de la centre
nébuleuse primitive. diffère
« Parce qu'il est juste de rendre à chacun 4ue le
ce' qui lui appartient, nous nous empressons tous li
de reconnaître que c'est à M. Laplace qu'il planèti
était réservé de constater l'impossitnlité systèa:
d*ane semblable réunion, de démontrer Tim- fermei;
possibilité de cette condensation à la surface ^^^^ v^
du soleil, impossibilité non moins absolue ^^ ^1^
ponr cette matière zodiacale que pour la généra
matière des planètes. Cependant c^st sur serve
(907) Lettres iur laphysiq, !3I' lettre.— M. Qcé- (908)
TEtBT, direct, de robsenral. de Bruxelles, Astron. reux ; i
éiém.^ p. 106. — M. IIltel, Traité ttastron. p. Ii4. naisâan
— Cotm de Cosmograph., déJié à M. Poisson, p. 73. S«-Cl.)
4319
SQL
DICTIONNAIRE DE COSUOeONlE
SOL
m
ml aurait moins de densité que la plupart
de ses planètes ; sa densité ne serait è peu
près que le quart de la densité de la terre,
ou à 'peine égale à la densité de Jupiter
si éloigné du centre d*attraction. Ceci ne
s*accorae guère avec ce que Ton sait au su-
jet des lois de la pesanteur, qui tendent à
précipiter vers le centre de gravité les par-
ties les plus pesantes de la matière, et au
sujet de la cause qui a donné aux couches
de notre globe des densités croissantes de la
surface au centre.
« Dans les différents systèmes qui parla-
{;ent aujourd'hui les savants, on admet que
e soleil et toutes les planètes n'ont formé,
dans Torigine, qu'une seule et même masse.
Il est donc naturel de penser que les matiè-
res les plus pesantes ont constitué le corps
central , le corps qui occupe le centre de
gravité de toutes la masse. L'anomalie se-
rait ici d'autant plus extraordinaire, que la
loi si constamment et si uniformément sui •
vie dans toute la nature s'observe dans la
constitution de toutes les planètes, qui ont
plus de densité à mesure qu'elles sont plus
rapprochées du centre de la pesanteur. Une
si étrange bizarrerie, qui viendrait rompre
ainsi le ûl de toutes les analogies, ne nous
force-t-elle pas à admettre que cet écart do
la nature n'a aucune réalité, et que son ap-
1)arence procède d une erreur inévitable de
a part des astronomes (909) ?
« Dans la détermination du volume et de
la masse du soleil, les astronomes ont com*
);ris et ont été obligés de comprendre son
atmosphère obscure ou diaphane, et son at-
mosphère lumineuse : c'est-a-dire son atmo-
sphère, sa véritable atmos{>hè're, et son dis-
que lumineux. Mais connaissons-nous toute
la profondeur de cette atmosphère ? Savons-
nous si cette atmosphère qui supporte ce
disque gazeux et incandescent n a pas un
volume dix fois, cent fois même plus consi-
dérable que le noyau solide? Que le volume
de ce noyau ne soit que le dixième dû vo-
lume ioialf la densité du corps du soleil ou
de son noyau solide sera à peu près égale à
celle de Mercure, la plus dense de toutes les
planètes, et son volume sera encore envi-
ron cent fois plus considérable que le vo-
lan:e do Jupiter, la plus grosse de toutes ces
[ilanètes.
« Celte immense atmosphère n*a rien qui
imisse nous surprendre. La lune, satellite de
la terre, comme la terre est satellite du soleil,
n'a qu'une atmosphère insensible, tout à
fait imperceptible. Aon atmosphère n'est cer-
tainement pas la millionième partie de lat-
mosphère terrestre. Faisons notre calcul, et
n oublions pas de fieiire entrer dans les élé-
ments de ce calcul la nroiligîcuse supériorité
(909) Voici riiypoiliése do M. Godefroy fort con-
ir.iricc pnr la diOcrence des densités entre le soleil
et les pfanéics. La deiisllé de la terre ëlanti, celle
t^S'!97. On voit que M. Godefroy se Iroinjpe en affir-
mant que les planètes ont pitis de densiie à mesure
du volume et de ia masse du soleil sur le
volume et la masise de la terre, comparés au
volume et à la masse de la lune, et nous
trouverons que le volume de Fatmosphère
solaire doit l'emporter de beaucoup sur le
volume du globe central. Remarauons eo
outre que la terre a plus de densité que son
satellite, ce qui est entièrement conforme
aux principes que nous invoquons ; que l«
méthode inductive qui sert de règle aui
sciences naturelles est encore ici tout eo
faveur d*une hypothèse, d'ailleurs si plausi-
ble et si simple, qu*il est surprenant qu'elle
n ait point encore été proposée.
«t Au reste, si la masse totale et le volume
total du soleil sont exactement connus, il
est positif que la science n'a aucune donnée
acquise sur la masse et la densité du noyau
central, du corps même du soleil. Dans son
Mémoire sur la chaleur solaire, lu à TAcadé*
mie des sciences dans la séance du 18 juin
1838, M. Pouillet avait fait intervenir dans
ses opérations la masse et la densité iu
corpi même du êoleil M. Arago s'est em-
pressé de rappeler à l'Académie que les ob-
servations astronomiques les plus exactesel
les plus rigoureuses ne permettent plus de
considérer cet astre autrement que comme
un noyau noir enveloppé d'une atmosphère
transparente, puis d'une atmosphère lumi-
neuse; il s'est empressé de rappeler que les
taches obscures que l'on remarque à sa sur-
face ne i)euvent être autre chose que des es-
1)èces de vides dans l'atmosphère lumineuse,
travers lesquels on aperçoit la masse noire
située au centre; mais que, quant au volu-
me de cette *mas$e et à sa dentitéf ta scimt
reste à cet égard dans une ignorance ot-
Bolue.
« Nous n'insisterons pas davantage sur
les données que nous fournirait encore Tana-
logie pour établir que le soleil, si supériear
à la terre en masse et en volume, doit lai
être également supérieur sous le rapport de
la densité. La question de la densité plus.ou
moins grande du corps du soleil n'est plus
pour nous que d'une importance secondaire.
Il nous suffît de savoir que le solçil est un
globe obscur et opaque, et surtout Que
toute sa lumière est conflnée dans les plus
hautes régions de son atmosphère et aux ei-
trèmes limites de cette atmosphère; il noos
suilit de savoir que le soleil n a point d'at-
mosphère au delà de la matière lumineuse,
parce qu'alors nous acquérons la certitude
physique que la terre et les planètes u'ool
jias été formées aux limites successives d^
cette atmosphère ; gue le soleil n'A point (te
rang de primordialité dans la création; qu^
la formation du grand luminaire n'a pss pro-
cédé la formation de la terre; et que parcoo-
qu*elles sont plus rapprochées du soieil : UraBVS a
plus de densité que Jupiter qui est beaucoup f*^
près du soleil ; il en est de uiéme de la terre ç^
rapport à Vénus. Il est bien commode de Mpp<^
une erreur, il est moins facile de la montrer.
On sait aue les densités des corps sont profio^
lionnelles a leurs masses, divisées par l^urs vo*
lûmes. (J£n. de S^-Cl.)
4^21
SOL
ET DE PALEONTOLOGIE.
SOL
l'iS
i^équcnt la terre et toutes les planètes sont
des portions de la môme masse moléculaire
successivement abandonnées dans le plan
d'un équateur universel, è mesure que cette
masse génératrice se resserrait et se conden-
sait au seiu d*une sphère unique circonscrite
\}àT une enveloppe lumineuse (910).
« M. Laplace est allé se perdre dans les
[rofondeurs du ciel étoile pour chercher une
mse à sa théorie cosmogonique, quand les
nébuleuses planétaire» lui offraient le type
le plus (larfait de notre système. Ces objets
astronomiques, qui atteignent des dimen-
sions si énormes, étaient bien plus propres
que toutes ces nébulosités douteuses à nous
représenter Télat primitif du système planéto-
soiaire. Leurs dimensions peut-être égales
h celles delà sphère d'activité du soleil, leur
forme sphérique, leur lumière toute superfi-
cielle maintenue à des milliards de lieues du
centre de gravité, toutes ces circonstances
si remarquables ne nous indiquent-elles pas
que telle devait être l'agglomération de la
masse moléculaire; que c'est sous cette
for'ne que devait apparaître la congloméra-
tion des éléments au système planéto-so-
laire, alors au'il ne composait encore qu'une
seule et même masse? En envisageant la
masse génératrice de tous les corps de notre
système sous ce nouveau point de vue que
nous offre Tastronomie, on comprend com-
ment il est arrivé que l'existence de la lu-
mièfe a précédé, dans l'ordre de la création,
î'ciistenee de la terre et du soleil, comme
nous l'apprend l'historien de cette création;
et» si on rapproche cette manifestation de
l'astronomie des données acquises sur la na-
ture delà constitution physique du soleil,
on comprend encore aue le plus savant
cosmogoniste du xix* siècle ne s'est égaré,
que parce qu'il n'a pas consulté un historien
qui écrivait avant qu'il y eôtune géométrie,
*ine physique, une astronomie (911).
« Pour nou5, qui ne voyons la vérité que
dans l'accord des faits scientifiques avec les
faits révélés, et qui demeurons convaincu
que sans cet accord la science n'est plus
2u'un abtme où l'homme se perd, nous nous
tayons tout è la fois do l'autorité de nos as-
ti onomes et de nos phvsiciens, et de l'auto-
fité de l'auteur inspiré de la Genèse j pour
}>roclamer que la lumière a existé avant la
brmation du soleil et des planètes; et, au
Jieu de faire sortir la terre et les autres pla-
nètes d'une atmosphère qui s'étendrait au
delà de la matière lumineuse, au delà du
disque solaire, nous nous emparons des ré-
sultats que nous présentent les phénomènes
des nébuleuses planétaires et des acquis
scientifiques sur la nature du soleil, pour
attribuer la formation des planètes et du
foleil lui-même à la condensation de la ma-
(910) Voili bien ce que réclame votre hypothèse,
mais aiie vaut votre hypothèse ? nous Tavons vu à
rartide GoDcraof , etc. (Jéh. db S^-Cl.)
(91 i) Ah I voilà bien le tort de Laplace, du grand
géomètre ; il n'a point con$uUé Moïse (|ui lui aurait
dit toutes les choses si curieuses et si neuvas qu*il
U dites à M. Godefroy mieux avisé, telles que la
tière élémentaire au sein d'une atmosphère
immense circonscrite par une enveloppe lu-
mineuse
« Dans cet ordre de choses, l'organisalion
de la terre et des autres planètes a nécessai • '
rement précédé celle du soleil. En effet, le
soleil, la terre et toutes les planètes passè-
rent de l'état de vapeurs à Fétal solide, ou, si
l'on veut, de Tétat de vapeurs à l'étalpâtcux
ou liuuide d'abord, puis à l'état solide dans
une plus ou moins grande partie de la masse,
état qui fut soumis à l'influence d'une haut»
température en raison de la quantité de ma-
tière, ou en raison de l'étendue de la surface
liquéfiée, puis solidifiée. Or, nécessaire-
ment, la durée de cette transformation fut
d'autant plus longue que la masse en va-
peurs était plus consicférable ; et, pour cha-
cun de ces globes, cette époque de transition
ne peut se terminer que quand la déper-
dition du cajorique ou de la chaleur dx)ri-
f;ine eut été assez avancée pour permettre à
'atmosphère de se resserrer et de se con-
denser a la surface du noyau central. Pour
ne parler ici que de notre planète, dont la
masse est à peine égale à la 350 millième
partie de la masse totale du soleil, on con-
çoit que son organisation définitive dut être
parfaite longtemps avant que les couches
supérieures de l'atmosphère solaire eus-
sent cessé de comprendre dans leurs dimen-
sions l'orbite terrestre tout entière (912).
«c Maintenant, le noyau du soleil serait-il
un globe de feu ? Ce corps central, auquel
une atmosphère lumineuse sert d'envelop-
Ec, serait-il en état de liquéfaction? cette
ypothèse entièrement gratuite et qu'on ne
saurait appuyer sur aucune observation
exacte serait-elle justifiée ot constatée, que
la thijorie génésiaque n'en recevrait aucune
atteinte. Pour que la vérité révélée demeure
dans toute son intégrité, il suflit qne l'orga-
nisation du grand luminaire n'ait point pré-
cédé l'organisatien du globe terrestre ; il suf-
fit surtout Que ce foyer de toutes les orbite/i
ne soit pas la substance lumineuse qui nous
éclaire ; il sufiSil que la lumière qui fait la '
distinction du jour et de la nuit ne procède
pas de ce globe ou noyau central. Or, indé-
pendamment du phénomène des taches, nous
avons vu que tous les phénomènes de colo-
ration et de polarisation concordent à démon-
trer que la propriété lumineuse du soleil c^t
toute dans son atmosphère, et aux dernières
limites de cette atmosphère. Nous pouvons
igouter aujourd'hui que des expériences di-
rectes étaLlissent que le corps du soleil,
fût-il un glohe de feu, un globe en ignitiof,
ce globe serait encore un globe obscur et
absolument invisible. Les flammes les plus
vives disparaissent: et les corps solides aa' s
Vital dUgnition le plus intense ne paraissent
masse génératrice de îom les corps de notre t^S'
tème, etc. (Voy. à Tartlcle GoDsraoT tout ce que eut
auteur a trouvé ilansia Genèse,) (Jéh. db S<-Cl.)
(912) Il y aurait bl«tn ici qu«»qucs centaines de
questions à adresser à Tauteur, mais pourquoi trou-
bler ses rêves si candides sur la fabrication & mondet
L*hypothèsea ses séductions. (Jéb. de S*-*' *
PiCTXOX!!. DE GOSMOGOKIS «T VZ pALÉ0<^T0L0ant .
1325
&0L
DlCTIONMÂlIlE 6B COSMOGONIE
SOL
m
plus que det tache$ noires eur le ditque du
êoleity quand on les interpose entre ce disque
et Vœil. 11 suit de cette remarque que Je
<;orpsdu soleil, bieuqu*il nous paraisse obs-
eu<r quand il est vu à travers les taches, peut
être néanmoins dans un état d'ignition très-
intense ; mais il ne s'en suit pas qu'il doive y
être, s'empresse d'ajouter le savant astro-
nome dont nous rapportons ici les expres-
sions. Un pouvoir réflecteur absolu dans le
dais nébuleux qui le recouvre peut le protéger
Contre le rayonnement de la lumière émanée
ûes hautes régions de son atmosphère: et on
n'e peut douter que la couche nébuleuse gui
produit ta pénombre ne jouisse effectivement
à un haut degré de la propriété de réfléchir la
lumière^ diaprés le fait de sa visibilité dans
une semblable situation (913).
« Dans la pensée du successeur du grand
Herschell, cet éisiX purement possible digni-
' lion du corps obscur du soleil aurait pour
cause le rayonnement de la chaleur émanée
des hautes régions de son atmosphère. Cet
état serait donc particulier au soleil, et ne
prouverait rien pour l'état primitif de ses
planètes. Dira-t-on que cet état purement pos-
sible d'ignition du globe solaire peut être at-
tribué à une tout autre cause : que cet état a
pu succédera l'état de vapeurs? Alors il fau-
dra dire la même chose de toutes les planètes;
et, dans cette supposition extrême, le globe
solaire, si sa surface était encore en feu, ne
serait pas aussi avancé que le nôtre, et par
conséquent il sei*ait au moins possible encore
que la formation de la terre eût précédé la
formation de l'astre destiné à faire et à ré-
gler les jours et les années, les temps et les
saisons.
« Dans c^ette hypothèse donc, dans l'hypo-
thèse de la liquéfaction du corps centrai et obs-
cur du soleil,on comprendrait encore,puisque
la propriété lumineuse du soleil est toute
dans son atmosphère supérieure, et puisque,
si son noyau inc^mdescent était perceptible
à nos yeux, ce ne serait que pour tacher et
obscurcir la lumière éclatante de son enve-
loppe sidérale (9U),on comprendrait encore,
dans cette hypothèse, que la lumière eût
remplacé les ténèbres sur la face de l'abîme
dès le premier jour de la création, et que la
terre fût sortie du sein de la lumière avant
qu'il y eût un grand luminaire pour faire la
distinction du jour et de la nuit*
n Mais il ne suffit plus de dire que cette
hypothèse est une hypothèse entièrement
gratuite et qu'on ne saurait appuyer sur au-
cune observation exacte. Aujourd'hui qu'il
est reconnu qu'une atmosphère intermé-
diaiie sépare le noyau central du soleil de
son auréole lumineuse, il faudrait de toute
nécessité que les fauteurs d'une pareille
opinion se décidassent à placer cette atmos-
phère obscure entre deux feux^ on nous par-
• donnera cette expression ; il faudrait qu'ils
se décidassent à placer cette atmosphère
(915) Sir John Hé^:rs£U£X|„ op. cit., p. UQ, 247.
(914) Les expériences pholor.étriijiies de Leslle
ont prouvé qu'un pouce de la substance sidémle du
ftoteii, transporté a In surface de la terre éclaire-
sombre et obscure au-dessous d'une écla-
tante voûte de lumière sidérale, et au-dessus
d'une mer de feu, au-dessus d'un océan de
matière en fusion.
« Si, comme on n'en peut douter, cette
atmosphère intermédiaire croit en densité
dans le même sens que l'atmosphère terres-
tre ; si on ne peut douter que la couche in-
férieure de cette atmosphère intermédiaire,
qui flotte à un niveau considérablement pîui
bas que les couches voisines de l'enveloppe
sidérale, ne jouisse à un haut degré de li
propriété de réfléchir la lumière émanée de
ces hautes régions, il n'est pas possible
d'admettre que cettecouche inférieure, aussi
prodigieusement condensée , repose elle-
même sur la plus énorme masse de feu
qu'il soit possible d'imaginer.
« Remarquons encore que c'est l'existence
de cette atmosphère croissant rapidement
en densité et îouissantà un très-haut degré
de la propriété de réfléchir la lumière, qui a
fait penser à Herschell et à la plupart des
astronomes que le globe solaire, maintenu
ainsi à une distance considérable de la par-
tie incandescente, est habitable et probable-
ment habité. A cette objection que ses habi-
tants auraient besoin d'une plus grande
énergie musculaire que nous pour vaincre
le désavantage de leur poids, ils répondent
Su'il n'y aurait pas sous ce rapport plus de
ifférence entre eux et nous, qu'il n'y en a
sous celui de la force musculaire entre les
individus avec lesquels ou au milieu des-
quels nous vivons. Car cette considératiou
est la principale, sinon Tunique objection
que le savant Young et ({uelques autres ont
o|>posée à cette idée conjecturale des astro-
nomes.
« EnGn, pour ne laisser aucun espoir à
l'esprit de contradiction, produisons le pro-
gramme promulgué en 1846, à l'occasion
'une discussion solennelle sur un point
théorique qui appellera bientôt toute noire
attention :
<i D'après F état actuel des connaissances (»•
tronomiquesy le soleil se compose^ 1* (fv»
globe central à peu près obscur ; 2* fune im-
mense couche ae nuages qui est suspendue d
une certaine distance de ce globe^ et fente'
loppede toutes parts; 3" et d'une photosphère^
en d'autres termes^ iïune sphère resplendis-
sante qui enveloppe la couche nuageuse^ cmiM
celle-ci^ à son tour^ enveloppe le noyau obs-
cur,.. La première enveloppe nuageuse et /«
photosphère dont elle est recouvertty ipto^
vent quelquefois des déchiremetUs nombreuj,
et permettent de voir à nu le corps obs(^^
central : le soleil paraît alors parsemé it
taches noires (915).
« Lorsque Buffon faisait jaillir la terre et
toutes les planètes de la masse liquide et
incandescente du soleil, on était loin de
soupçonner que le globe solaire ne fût f^
le corps lumineux que nous voyons; oa
rait autant que douze mille bougies.
(915) Ann. 184^3. Notice sur Féelipse du ifi^
18i5.
1525
SOL
ET U£ PALEONTOLOGIE.
SOU
«5tG
(*[a\{ loin surlout d'imaginer que ce globe
fû( environné d'une atmosphère semblable
h Tatmosphère terrestre et que le lluide lu*
inineui lût tout entier relégué aux extrêmes
limites de cette atmosphère'. Si cette grande
découverte, mise dans tout sou jour par les
expériences toutes récentes de nos physi-
ciens, eût été connue de l'illustre natura-
liste, il se serait bien gardé sans doute de
fairedtt soleil un globe en état de liquéfac-
tion, et de faire de la terre et des autres
planètes, à l'exemple de Bescartes et de
Leibnitz, des soleils éteints, des globes
lumineux encroûtés, des globes ressemblant
parfaitement^ dans l'orisine, à notre soleiL
€e que nous disons ici de Buffon, nous pou-
vons et nous devons le dire de llllustre
auteur de la Mécanique céleste^ de M. Laplace ;
car les expériences de polarisation lumi-
neuse si décisives en cette matière, ou du
moins leur application à la lumière solaire,
sont elles-mêmes postérieures & la publica-
tion de la haute théorie que nous combattons
dans ce qu'elle a de contraire à la vérité ré-
vélée.
a M. Laplace pose en fait que la matière du
soleil est en état de liquéfaction; il pose en
fait qu'au-dessus de cette énorme masse de
feu, qu'au-dessus de cet océan de matière
lumineuse, s'élève VatmospMre solaire fluide
rare^ transparent^ compressible et élastique^
qui ne s'étend pas jusqu'à Vorbe de Mercure^
parce qu'il ne peut s'étendre aue jusquau
point ou la force centrifuge balance exacte-
ment la pesanteur. Dans les principes de M.
I^place, c'est le noyau central qui est lumi-
nf^ux, c'est le corps même du soleil que
nous voyons ; et dans les conclusions una-
limement déduites do toutes les expériences
^i observations de nos astronomes et de nos
>hysiciens, ce corps du soleil est un corps
ériébreux, l'atmosphère qui l'environne est
Jle-roême comprise tout entière sous une
enveloppe gazeuse incandescente, qui seule
3uit de cette merveilleuse propriété de nous
i^tribuer la chaleur et la lumière; et le
oyau solaire, fût-il liquide et dans l'état
^ignition le plus intense, serait encore à
imais invisible pour nous, et son existence
e nous serait révélée que par le contraste
'une obscurité complète à côté d'une vive
imière. Pour tout dire en un mot, d'après
[. Laplace, la terre et toutes les }»lanètes
nt été formées aux limites successives de
atmosphère du noyau lumineux et incan-
escent du soleil; et, d'après tous nos as-
onomes. et tous nos physiciens, le soleil
a point d'atmosphère au delà de la matière
inaineuse.
« Cette supposition d'une atmosphère im-
ense qui s étendrait encore aujourd'hui à
usicurs millions de lieues au delà de la
atière lumineuse, au delà du noyau incan-
^scent du soleil, est la base fondamentale
* ce nouveau système. Cette conjecture, si
f916) Vous avez tenté rimpossih&e, et Moïse et la
ciice repoussent également vos liypotbésea. (Jéh.)
UI7) M. Arago fait voir qu*tin tiers «eulcroeiit de
lu qui tombe sous forme de pluie daos le bassin
souverainement iiifurmée par l'observation,
est le pivot sur lequer roulent toutes le^i ^
explications du savant cosmogonistc. Ainsi,
l'objection tirée de l'existence du Quidc lu-
mineux dans les plus hautes régions do
l'atmosphère solaire et aux extrêmes limites
de cette atmosphère, cette objection est en-
core plus décisive ici que contre tous les
autres systèmes à efQuxions solaires.
<« Cependant cette théorie du grand géo-
mètre nous offre une explication si satisfai-
sante et si rationnelle de la mystérieuse simi-
litude de tous les phénomènes du système
planétaire, que nous avons dû chercher à
lui donner une base en harmonie avec les
hautes manifestations de la sagesse humaine,
et par conséquent avec les révélations de la
Sagesse divine (916). »
SOLEIL, son rôle dans la création primi^
tive. — Voy. Godefroy, Mérat.
SOLIDIFICATION DES PLANETES. Yoy*
Planètes.
. SOLIPÈDES. Yoy. Mammifères. ^
SOULÈVEMENTS DU FOND DE LA MER,
leur influence sur la distribution des ani-
maux marins et des débris organiques. — Yoy.
Animaux marins.
SOURCES. — L'eau étant nécessaire pour
l'entretien de la vie, soit chez les animaux,
soit chez les végétaux , les arrangements de
l'écorce terrestre , qui ont pour but la distri-
bution de ce liquide nécessaire dans un rap-
{)ort exact avec les besoins qu'il doit satib-
àire, ajouteront de nouveaux appuis aux
preuves de l'existence d'un plan eénéral ,
qui nous ont été fournies par l'étude de la
condition actuelle de notre globe, et de ses
relations avec les créatures organisées qui
vivent à sa surface.
Comme près aes trois quarts de la surface
terrestre sont recouverts par la mer, tandis
que la partie émergée est dans un besoin
d'eau continue] pour l'entretien des animaux
comme des végétaux , les moyens qui ont
été employés pour mettre la distribution des
eaux en rapport avec des besoins aussi éten-
dus ne peuvent manquer d'avoir une place
importante parmi les mécanismes les plus
beaux et les plus harmonieux de notre globo
terrestre.
Un grand conduit existe entre la surface
de la mer et ceHe de la terre; c'est l'atmos-
phère, par le moj^en de laquelle s'effectue
un transport continuel de l'eau douce ex-
traite d'un océan d'eau salée par les procédés
de révaporation.
En vertu de ce procédé , l'eau monte sans
cesse sous forme de vapeur, et redescend
sous forme de rosée ou de pluie
De cette eau , qui arrose ainsi la surface
de notre globe, une petite portion seulement
retourne directement à \a mer , aux époques
des inondations , en suivant le cours des ri-^
vières (917),
delà Seine est reporté à la mer par cette rivière.
Les deux autres tiers remonteDt dans ratmosphére
par ëvaporatiou, ou servent à rentreCien de ta via
animale ou végétale, ou le fraient une route vera la
I5â7
SOU
DICTIONNAIRE D£ COSMOGONIE
SOU
VM
Une seconde portion est absorbée sous
forme de vajpeur par Fatraosphère.
Une troisième entre dans la composition
des corps organisés animaux et végétaux.
Une quatrième pénètre dans les couches ,
et s'accumule dans leurs interstices ^ pour y
former des réservoirs et des napnes d*eau
souterraines ; et ce sont ces amas a*eau qui,
en allant se déverser graduellement è la sur-
face de la terre sous la forme de sources
perpétuelles, constituent raUmen^a/ton ordi-
naire des rivières.
A peine sortie de terre , Teau des sources
reprend son chemin vers la mer ; elle s'é-
chappe en de petits filets qui vont se gros-
sissant sans cesse et formant des ruisseaux^
des rivières et des Qeuves , qui , après un
cours plus ou moins long , se jettent dans
des golfes où leurs eaux se mêlent à celles
de rOcéan d'où elles étaient parties. Elles y
demeurent , prenaDt part à toutes ses fonc-»
tions, jusquli ce quelles soient reportées
par évaporatioD dans l'atmosphère , pour y
parcourir de nouveau le même cercle de cir-
culation perpétuelle.
Il n'appartient pas au géologue d*exposer
comment l'atmosphère remplit cette fonction
si importante dans l'économie de notre glo-
be. Nous devons nous en tenir à considérer
par quels arrangements mécaniques les ma-
tériaux solides du globe concourent avec
l'atmosphère pour effectuer la circulation de
ce Quide , de tous le plus important.
Les couches offrent dans leur disposition
deux circonstances qui ont une grande in-
fluence sur la réunion des eaux souterraines
en des masses qui se déversent ensuite régu-
lièrement au dehors sous forme de sources.
La première consiste dans ralternance qui
$*observe de lits poreux de sable et de grès
avec des couches argileuses imperméables ;
et la seconde dans les diilocations qu'ont su-
Lies ces couches , et qui y ont produit les
fractures étales failles.
Le mode le plus simple suivant lequel les
eaux puissent être rassemblées k l'intérieur
de la terre , a lieu dans des lits superficiels
de gravier reposant sur une couche d'argile.
La pluie qui tombe sur un lit de gravier
s'innltre à travers les interstices, et vase
réunir dans la partie inférieure en une
nappe souterraine où l'on conduit facile-
ment des puits qui ne tarissent que rare-
ment , et seulement dans les saisons d'une
çrande sécheresse. Les accumulations d'eau
de cette nature se déversent au dehors par
des sources situées sur les limites les plus
l asses de chaque lit de gravier.
Le môme phénomène se passe dans près-
incr pftr des eonduics souterrains. — Annuaire pour
l'année 1855.
(918) D'après M. Townsend, dans son chapitre
sur les sources, il y en a six systèmes distincts dans
ia contrée qui environne Batb, prenant chacun leur
origine dans une nappe régulière correspondante
d*eaux souterraines qui se sont infiltrées a travers
le sable ou d'autres terrains poreux, et qui sont re-
tenues par le Ut d'argile sous-jacent. Parmi ces
systèmes il en est un qui se déverse au dehors dans
la direction suivant laquelle les couches sont incli-
que toutes les couches perméables superpo-
sées à un lit d'argile ou de toute autre subs-
tance imperméable. L*eau de pluie descend
et s'accumule dans les régions basses de
chaque couche poreuse située au-dessus da
l'argile, et s'écoule au dehors de la méaie
manière par des sources perpétuelles. Âiosi
ralternance de Ht» poreux avec des litsiio-
perméables , si commune dans Tensemble de
la série des roches stratifiées, joue on r6ie
de la plus haute impertance dans rhydno<
lique du globe } c'est è cette disposition, eo
effet t qu'est dû le système universel de ré-
servoirs naturels que nous voyons se déTe^
ser à la surface du sol en des sources, e(
répandre l'abondance et la fertilité dans les
vallées circonvoisines.
Les faiiles ou fractures qui traTersent ces
couches facilitent encore TépandiemeDl da
eaux au dehors de ces réservoirs , et Duiti-
(>lient les points par oii cet épanchemeol i
ieu (918).
Il existe deux systèmes de sources qui
doivent leur origine à l'existence des billes;
l'un est alimenté par des eaux qui deicoito
des portions plus élevées des couches «ija-
centes k la faille, laquelle ne fait que les
intercepter dans la route qu'elles suiTeot,ei
les reporter ii la surface sous forme de sour-
ces perpétuelles. L'autre système est ali-
menté par des eaux qui s^éietefU de bas ea
haut par l'effet d'une pression hydrostatique
de la même manière que dans lés puits irté-
siens , et qui proviennent des coucbes qui
n'ont leur contact avec la fiiille Wàï m
profondeur souvent très-grande. Leaose
trouve conduite à cette profondeur soit par
filtration à travers des pores et des creris-
ses, ou par de petits canaux souterrains
pratiqués dans ces couches, et qui partent
de régions éloignées plus hautes d'où lem
descend jusqu'à ce que la course soit irri-
tée par la rencontre de la faille.
Outre les avantages qui résultent, pour
tout l'ensemble de la création animale» d«
ces dispositions dans la structure dttgiûl)^.
ayant pour but de multiplier presijae jus-
qu'à l'infini les conduits aeau qui Tieoo»!
en arroser la surface , il en est d'autres qsi
ne sont pas d'une moindre im^rtancepour
l'espèce numaine, et qui coosistenldiosli
facilité que lui offrent ces dispositions des?
procurer des puits ariifieieh sur tous ie$
points de la surface où elle trouve àm^
geux de se créer une demeure.
Les causes qui font arriver l'eau dans »
puits artificiels ordinaires sont les méœes
qui en déterminent la sortieau dehors par -^
ouvertures naturelles où les sources pttf*
nées, tandis qu*UD autre est produit par b ^^
lio» des coucnes, et se fraie un chemin à Tti^^
à travers les fissures qui les déchirent.
Suivant y. Hopkins(PAt7. iiiit9.,aoâtl83l,p^
les grandes sources qui sortent du disltift olt^
du comté de Derby se trouvent en rapport ave*
grandes failles. — c C'est une régie, du cei »»^'
a laquelle je ne connais pas une seule ^^j^f
i|ue partout où j*ai observé une source puiB»**^
j'ai reconnu par d*autres prcu^Tes l'eiiaioc*
quelque grauoe faille. *
ÎW
ET l>S PALBONTOLOCIE.
SUS
i;>5»
Dent leur origine. UaIs comme ce doubli»
résultat sera rendu beaucoup plus inteili-
KJble par Tétude des causes qui déterminent
rascension remarquable des eaux jusqu'à la
surface, où même leur jaillissement a une
certaine hauteur, dans ces perforations que
Ton désigne sous le nom deptiîu artésiem^
nous nous instruirons davantage en diri-
S^ant notre attention vers Tbistoire de ces
ernicrs. Voy. Purrs AETÉsiENa
SQUALES. Voy, Poissons.
STENON. Voy. GftoM>aiB
STRABON, $a théorie de$ êoulivcmenis. —
Voy, GÉOLOGIB.
SUBAPENNIN (ÉTAGE) — Le quatrième
de répoque tertiaire et le 2T de la série totale
des terrains. C'est Tépoque de la première
apparition des oiseaux coureurs et des in-
fectes myriapodes; des genres callithrix^
da$}fpui^ equua^ bos^ vuliur, aquila^ picuSf
galluâf ophiêf etc. C'est le règne des mam-
mifères pachydermes et édentes ; des genres
foxodon^ moêtodon^ au», rhinocéros, tapirus,
elephai^ hippopotamuâf andrioê, etc.
Nom dérifé des collines subapennines
(Italie).
Ce sont les terrains tertiaires supérieurs
de MM. Dufréooy et Elie de Beaumont; le
dépôt irùonien clysmien de M. Huot ; le limon
antédiluvien de Marcel de Serres; le terrain
«ampéen de d'Orbigny; l*aficte» pliocène de
I. Lyell.
Type marin français à Tbuiri aux environs
de Perpignan; type terrestre, presçiue toutes
les caTernes et les dépôts superficiels.
Extension géographique. — A côté de cette
immense extension que nous avons citée,
en France, à chaque étage^ nous ne trouvons
plus, pour celui-ci, en dépôts marins, qu'un
seul lambeau dans la Manche, où MM. Hébert
et Deslongchamps Tout signalé * au Bosc*
d*Aubigny, entre SainULÔ et Le Perrier; et
itn second dans les Pyrénées-Orientales, où,
lorsque des coupés naturelles produites par
les cours d*eao, permettent d'apercevoir
rétage sous les alluvions, on le voit dans la
rallée du Tech, au Bouton, à Trouilles, h
Banyals-dels-Aspres; dans la vallée du Tet,
h Neffiach, à Millas, à Thuir; dans la vallée
Je TAgly, à Estagel; et peut-être sur quel-
ques autres points situés plus au nord, mais
>ur lesquels nous n'avons pas de certitude
^ooimc dépôts marins. M. Marcel de Serres
I trouvé les mêmes dépôts aux environs de
Montpellier (Hérault). Lacontinuité du même
Missin marin se voit en Espagne, h Figuières,
rt sur une grande surface de la côte, au sud,
j Bascara, et jusqu'à Barcelone; peut-être
étage existe-t-il à Séville, à Alabama et à
taza, dans le royaume de Grenade.
Les plus vastes dépôts marins, connus de
ette époque, commencent en Piémont, près
>e Cooi et de Mondovi, et couvrent toute la
•roTince d'Asti; de là ils s'étendent jusqu'à
Adriatt<}ue et le Monte-Leone, en Calabre,
u sur plus de 225 lieues de longueur, des
eux cotés de la chaîne des Apennins. Les
rin«n|iales localités sont, en Piémont, l'As-
znn , Casti^ione ; en Toscane , Torrita ,
entre Florence et Poggibonsi, Savisnone,
Sienne, Montc-Pelegrino, Volterre; dans le
duché de Parme, Plaisance, Castel-Arcuato,
Medsano, Yigolano, Boi*çone; dans le royau-
me de Naples, les environs d'Otrante, de
Rcraio, le Monte-Leone, en Calabre; en
Sicile, Syracuse , Trapani , les environs de
Palerme et le cap Safran, près de Messine ;
dans les États de l'Eglise, Monte-Mario, près
de home, Sinigaglia. C'est surtout en Morée,
que MM. Boblaye et Yirlet en ont reconnu
d'immenses surfaces ; il forme, en effet* une
ceinture autour de ce pays, indépendamment
de nombreux lambeaux. Il constitue ]e«
isthmes de Corinthe et de Mégare , le golf»
de t'Attique, la presqu île de Methana; dans
le PiréCi en Messénie, Modon, Navarin,
Sparte; dans la Basse-Messine, l'Ëlide et
l'Argolide , etc. Ce même âge parait aussi
exister en Algérie.
D'après le nombre considérable-d'espèces de
foraminifièrestrouvéesauxenvironsdeVJennf
en Autriche , et principalement à Korod, à
Nussdorf et à Baden, et qui paraissent être tout
à fait identiaues à celles de Sienne, nous ne^
devons pas aouter que, sur l'étage falunien,
il ne se trouve des dépôts marins subapeiH
nins. Il est probable qu'il en est de même i^
Cassel (Hesse). Nous pouvons encore croire>
que le même. fait existe pour la partie su-,
périeure du craq de Suffolk , c^ue M. Lyell
aésigne comme lits à mammifères. Cettek
époque est aussi très-développée en Galicie.
On la retrouve en Crimée, sur les bords de
la mer Noire, sur les bords occidentaux de
la mer Rouge , entre Suez et Kosseir. Dans
l'Amérique septentrionale , une lisière pa-
rallèle à rOcéan, parait exister dans les
Florides, TAlabama et la Louisiane. On en
voit, aussi, suivant M. Hardie, dans Tlle do
Java.
Si, en France, les dépôts marins des mers
subapennines sont rares, il n'en est pas ainsi
des dépôts terrestres ou des alluvions, qu'on*
peut rapporter à cette même époque. La
superposition, autant que les mammifères,
3ue ces dépôts renferment, ne laissent pas
e doutes a cet égard. Avec les savants au-^
teufs de la carte géologique de France, nous
y rapportons, en effet, les sables supérieurs,
quelquefois avec des dents de mastodontes ,
qui couvrent tous les dépôts faluniens du
^and bassin pyrénéen,, depuis Bordeaux
jusqu'à Dax, les dépôts de la Bresse^ le rem-
plissage des grottes et des cavernes par des
limons rouges à ossements, et notamment
les cavernes d'Arcy (Yonne), oh M. de Bon-
nard a découvert des restes d'hippopotames;
les cavernes d'£chenoz, de Vanon , près de
Vesoul (Haute-Saône) avec éléphants ; les
cavernes de l'Hommaise (Vienne). Étudiées
par M. Mauduvt, la caverne dite grotte d'Os-
selle, à une lieue de Guingey (Doubs), où
M. Gevril a recueilli une si grande quantité
d'ossements d'ours i les bmeuses cavernes
de Lunel-Viel, près de Montpellier (HérauU)r
celles de l'Isère, de VArdèchet et uù iqtiuité
d'autres qu'il serait trop lc]p* «^^âmnérer
ici. Nous regardons eocorr
i55l
sun
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
SUB
{'Ai
môme époque les brèclies a ossements des
environs de Pons (Charenle-Inférieure); les
dépôts si remarquables de TAuver^e, aux
environs dlssoire, de Cussac et de'Polignac
(Haute-Loire), étudiées par HM. Croizet,
Deleyser et Bravard.
Hors dé France, les dépôts terrestres de
cette époque sont très-nombreux , et nous
en citerons quelgues-uns; en Angleterre, la
caverne de Kirkdale, où M. Buckland a re-
cueilli beaucoup de restes de grands pachy-
dermes; les cavernes de Cbockier, en Bel-
gique, de Gailenreuth, en Bavière; peut-être
Tes brèches osseuses de Sicile , à San-Ciro,
les brèches terrestres de Cagliari , en Sar-
daigne; les dépôts d'eau douce de Stenheim,
d'Uim, de Berg, près de Stuttgart ; les cu-
rieux dépôts lacustres de Stein, à une lieue
d'Olmingen (Suisse), où a été recueillie cette
fameusesalamandre, citée pendant longtemps
comme un squelette humain ; ceux de Saint-
Gall, près d'Uznach, de Delemont. Des dépôts
d^alluvions limoneux contenant surtout un*
grand nombre de restes de Velephas primi-
geniusf se trouvent à Vorobieff, près de
Moscou^ sur toutes les rivières de ces con-
trées, et sur une grande partie de la Russie;
.sur les bords du lac Pereslavl, sur l'Oca,
Tlstre, le Volga, la Moscova ; principalement
en Sibérie, jusqu'aux bords de la mer Gla-
ciale, où a été trouvé le fameux mammouth
Selé avec ses chairs et sa peau ; les îles près
es bouches de la Lena et de Lindig-Hirka.
M. Viquenel les a rencontrés dans la Tur-
3uied'£urope, principalement dans la plaine
e Preslina, en Mésie, et dans celle de Var-
par, en Macédoine. Dans l'Inde, on les cite
sur la rive gauche de Tlraouaddi , au 20*
degré. " '
En Amérique, ces dépôts terrestres sont
également très-dé vcjloppés ; on les a vus aux
États-Unis, è'fPQplar (New-Jersey), dans
l'État de New-York», dans le Kentuchy, sur
les bords du Mississipi.^Nous avons pu étu-
dier, dans l'Amérique méridionale, dit
M. d'Orbigny, des dépôts limoneux gigan-r
tesques, contenant sciilemènt des mammi-
fères fossiles; dépôts que nous avons dési-
gnés comme argile pamp^èrihe. Ils couvrent
depuis la Bajada, province' d-Entre-Rios,
république Argentine, Jusqil^ Bahia-Blanca,
frontières de Palagonie, et depuis les envi-
rons de Maldonado et de Montevideo, dans
la république de l'Uruguay, jusqu'au Rio-
Quinto, c'est-à-dire sur une surface arrondie,
vers le sud, qui a 38 degrés carrés de super-
ficie', ou plus de 23,000 lieues carrées d'é-
tendue. Dans 1(1 province de Chiquitos (Boli-
via\ ces mêmes dépôts offrent de grandes
surfaces, à l'est surtout, et entre Santa-Cruz
;de la Sierra et Moxos; on les voit sur une
jvaste étendue de la province de Moxos,' dans
'les plaines centrales du continent américain,
!où ils couvrent uT\e superficie presque aussi
firandc que dans les Pampas. Ce dépôt rem-
plit encore la vallée de ïarija, tes plateaux
iie Cochabamba, et surtout le grand plateau
diolivien , long de quelques degrés et élevé
de 4,000 mètres au-dessus de$ oféans.
Stratificaiion. — Tous les géotozues sont
d'accord sur la position stratigrajuiique de
l'étage subapennin'; en effet, on trouve les
dépôts marins , immédiatement superposés
à 1 étage falunien , dans une partie du Pié-
mont. Il en est de même aux. environs de
Montiiellier, & Vienne en Autriche, etpem-
être a Cassel. D'un autre côté, les sables
d'alluvions anciennes des Landes, qui ne
contiennent que des débris terrestres, re-
posent également sur les couches marines
de la p(^riode falunienne. M. d'OrUgny a
trouvé la même superposition aux surfacps
immenses du limon terrestre des Pampas,
de Buénos-Ayres. Nous croyons donc qu'il
ne peut exister de doutes pour personne sur
la succession ré^ilière et chronologique de
rétas;e subapennin après. .'étage faiunien.
. Discordances. — Voyons maintenant les
caractères stratîgraphiques différentiels de
cet étage avec les époques antérieures et
postérieures. A l'étage précédent, nousaTons
donné les limites strattgraphiqiics qui exis<
tent entre l'étage falunien et celuiH^i, limites
d'une grande valeur. Pour les limites su|té-
Heures oe l'étage subapennin, elles sont
reconnues par tous les géologues; d'abord,
M. Elie de Beaumont place, entre celle épo-
Îue et l'époque actuelle, la dislocnlion des
Ipes, qu il désigne comme son iyslimt de
la chaîne principale des Alpes, dont la direc-
tion est de rO. 16' S. à l'E. 16' N. Nous re-
gardons encore comme s'étant opérée à celle
6poque\ la dernière surélévation de la Cor-
dillère des Andes, de 50 degrés ou iioO
lieues de longueur dans la direction N. 50'
E. au S. 5** O. indépendamment de ces grandes
dislocations du globe, nous avons pour dis-
tinter l'étage subapennin de l'époque ac-
tuelle , des aiscordances d'isolement très-
marquées, surtout dans les Pyrénées-Orien-
tales, autour de Perpignan, et celui de Bosc^
dans la Manche, où ron voit les dépôts sub-
apennins marins isolés au-dessus et loin
du littoral actuel de la mer. Il en esl de
même des vastes surfaces de dépôts sul-
apennins marins de TAstezan, du duché de
Parme et de l'Autriche , aujourd'hui placés
sur des points continentaux, formant dans
leur ensemble une ligne dei discordance vi-
sible pour tout le monde, avec la circons-
crij)tion des mers actuelles.
Composition minéralogique, — Les dépôls
marins des environs de Perpignan se cop-
posent d'alternances de bancs jplus oumoifi^
puissarits, de sables marins jaunâtres^ siiico-
calcaires et micacés , avec des grès et Af^^
marnes ordinairement minces, le tout rempli
do coquilles marines. Dans l'Astezan, eesji
peu près la même composition, les sabej
étant encore sans cohésion, comme les sables
des mers actuelles et renfermant un noml»re
considérable de coquilles marines iniaci«$
et souvent dans leur position normale d'eiis-
tence. Pour les dépôts terrestres, ils ont uoe
autre apparence, mais néanmoins ils mon-
trent souvent de l'analogie entre cuï. w
effet, qu'ils se soient faits dans les fcnt^
préexistantes de rochers , sous foryie « <"
1353
iUB
ET D£ PALEONTOLOGIE.
SUB
ld34
brèches osseuses t comme près de Nancy
(Meurtbe), près de Pons (Gharente-Infé-
riearej, et partout «illeurs; qu'ils aient
reœph plus ou moins ces autres cavités,
é^lement produites par des dislocations du
to! et les eaux, qu'on nomme des cavemet à
oêêmenis^ comme on en trouve sur tous les
points du globe, aussi bien en France , en
Angleterre, en Italie, qu'au Brésil, en Amé-
rique, ces dépôts sont presque toujours
iilenliques. Ce sont des argiles limoneuses
ou même des limons jaunAtres ou rouges,
mélangés de cailloux et d'ossements de
mammifères en plus ou moins grand nom-
bre. Les dépôts des pampas de Buénos-Ayres,
qui n*ont pas moins de 23,000 lieues de su-
perGcie, sont de même composés de limon
ou d argile limoneuse également rougeâtre
et ne contenant que des ossements de mam-
mifères. Ceux des plateaux des Andes, et des
plaines du centre de TAmériijjue méridionale,
sont encore composés d'argile jaune ou rou-
geâtre, contenant des ossements de mam-
mifères.
M. Lvell évalue la plus grande épaisseur,
^n Italie, à environ 600 mètres.
Perturbation finale. — «Nous croyons pou-
voir attribuer seulement aux perturbations
géologiques, dit H. d'Orbigny, l'anéantisse-
ment complet des races d'animaux terrestres
couvrant tes continents à la dernière époque
lui nous a précédés sur le globe, et leur
lépôt simultané dans les crandes dépressions
errestres, à toutes les hauteurs, dans les
îssures du sol et dans les cavernes. L'étude
les dépôts terrestres de l'étage subapennin
i surtout déterminé cette opinion. Jetons un
oup d'œil d'ensemble sur les dépôts k osse-
penls de cette é|)oque, en commençant par
'Amérique méridionale, où nous avons ob-
ervé que tous les faits sont plus largement
rares.
« Le dépôt des pampas de Buénos-Ayres,
ont la surface égale les trois cinquièmes de
1 superficie de la France, ou 95,000 kilomè-
"cs carrés, se compose partout de limon
^ugeAtre fortement salé, |)resque sans stra<»
fication , d'une uniformité remarquable,
nvcloppant généralement des squelettes en-
ers, au pourtour; des os séparés partout.
es proportions gigantesques de ce dépôt,
>mparaDles seulement aux majestueuses
laînes do montagnes qui s'élèvent sur le
éine eontinenti neuvent^'elles, comme plu-,
curs géologues 1 ont pensé, s'expliquer par
s causes actuelles? Nous ne le croyons nul-.
ment. Nous avons vu, aux causes actuelles
^o^. CoScBEs sftDniENTiiREs), combieu les
ammifèrcs doivent être rarement trans-
>rtés par les fleuves dans les régions vier-.
^s, puisque nous n'en avons jamais ren-
>ntré un seul sur les affluents de l'Amazone
de la Plata. D'ailleurs, des dépôts à osse-
ents, formés d'un limon rougeAtre identi-
té à celui des pampas, se retrouvent dans
i plrovinces de Cniquitos et de Moxos,
ns toutes les dépressions des plaines; nous
i avons retrouvés encore sur les vastes dé-
essions des montagnes de Cochabamba, à
la hauteur de 2,575 mètres, et sur les pla-
teaux également circonscrits du sommet
des Andes, k la hauteur absolue de 4,000
mètres. Quelle qu'en soit l'élévation au-des-
sus du [niveau ae la mer, dans les plaines
comme sur les montagnes, ces dépôts à osse-
ments sont donc toujours composés de li-
mons rougeAtres. Nous croyons, dès lors,
que la même cause les a produits partout, et
qu'ils ne sont que le résultat d'un lavage su-
perficiel du continent par fies eaux mises en
mouvement par la perturbation finale do
l'étase subapennin. "
« voyons, du reste, ce qui s'est passée
dans les cavernes. M. Lund a découvert, dans
la province de Minas-Geraes, au Brésil, dans
les fentes des rochers et dans les cavernes,
des mammifères nombreux enveloppés du
même limon rougeAtre que celui des pampas,
par couches horizontales que les eaux ont
oéposées. D'après ces données tirées seule-
ment de l'analogie des limons rougeAtres, on
pourrait croire que tous ces dépôts sont de
môme époque, produits par la même cause,-
et transportés è la fois. Il nous reste encore
un moyen plus puissant pour prouver cette
identité, cette contemporanéité : la compa-
raison des mammifères eux-mêmes; car on
rencontre dans les cavernes du Brésil, dans
les pampas et sur les plateaux des Andes,,
absolument les mêmes formes de mammi-
fères, composés de genres perdus pour le
continent américain, tels que megalonyx^,
megalherium^ mastodon^ kolophorusj euryo-^
don^ etc., etc. Ce qui prouve plus que tout
le reste l'identité de formation, c'e^t surtout
la présence des mêmes espèces dans les ca-
vernes et dans les pampas, telles que les me-
galonyXi maquiniensis^ megatherium Curten,
equus fieôgœusy etc., etc. On doit donc croire
que tous ces animaux de mêmes genres, de
mêmes espèces, qui ont dû vivre en même
temps, qui sont enveloppés de limons iden-
tiennes de nature et de couleur , ont été
anéantis par les eaux à Tinslant de la pe^
turbation géologique finale de cette époque.
<i Quelques géologues croient, au con-^
traire, reconnattre dans les pampas un dépôt
dû aux eaux d'un fleuve dans un estuaire.
Voyons d'abord si le fait est possible. Le
dépôt b ossements des pampas présente ,
avons*>nous dit, une surface longue de 13,000
et large de 900 kilomètres. Un fleuve capable^
de former un estuaire de cette largeur aurait
au moins huit fois la largeur actuelle (3a
Keues) de l'embouchure de la Plata, ce qui
supposerait une longueur proportionnée. La.
Plata actuelle parcourt environ 23^ do lon^
ffueur; en multipliant par 8, on aurait, pour
la longueur, iih% ou plus de la moitié
Je la circonférence du globe terrestre ; et ce
fleuve, commençAt-il au pôle nord pour
arriver à ce dépôt à ossements, ne serait pas
encore assez considécable pour former une
estuaire de 900 kilomètres de larseur. D'aij-
leurs, quelle est la nature des dépôts ordi«%
naires des estuaires? Ce sont des alluvionsi
fluviales très-variées, composées de toutes
espèce de sédiment, de cailloux« de sable» de
4r>5S
iUB
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
tUB
«:;36
vâsé surtout, mais jamais de limons homo-
gènes de couleur et de composition, analo-
gues aux limons rouge&tres des cavernes.
On voit qu*abstraction faite de la largeur du
déoôt à^ ossements des pampas, qui exclut
riuée d*un estuaire, toutes les autres consi-
dérations géologiques viennent exclure éga-
lement cette opinion. En résumé, nous
voyons, dans ces dépôts limoneux rougeâ-
tres à ossements de rAmérique, un fait gé-
néral et non un dépôt partiel. Pour nous,
c*estle résultat d'une perturbation géologi-
que que nous croyons devoir attribuer au
dernier relief des Cordillères, à la fin de
l'étage subapennin. Alors on doit au lavage
des eaux de la mer sur les continents les li-
mons rougefltres, laissés avec les animaux
terrestres, dans toutes les dépressions du
sol, depuis les vallées près de la mer, jus-
cju'à 4,000 mètres au-dessus de*» océans. Le
lait paraît d'autant plus prol)able que tous
ces dépôts, quelle aue soit leur élévation,
sont fortement satures de sel marin, ce qui
corroborerait encore nos conclusions.
« Voyons maintenant les circonstances où
se trouvent dans l'ancien monde les osse-
ments fossiles de l'époque qui nous a pré-
cédés sur la terre, ou mieux l'horizon géo-
logique des mastodontes, des éléphants, etc.
Ces animaux, comme nous Tavons dit» se
sont déposés avec les alluvions terrestres, ou
danslescavernes.Lesalluvionssurperficielles
sont très-variables de composition, suivant
les lieux; mais les dépôts des cavernes, en
Europe, en Afrique, comme en Amérique,
sont évidemment formés par les eaux, et se
composent également de limons rougeAtres.
Sous le rapport de leur provenance, ils pa-
raissent donc Atre identiques : ils renfer-
ment non-seulement les mêmes limons rou-
geAtres, les mêmes genres perdus, tels que les
mastodontes, ou encore représentés, les élé-
phants, mais encore les genres identiques.
On trouve, en effet, ]emaslodon giganteum
dans les deux Amériques, en Europe* en
Asie et dans l'Australie ; le maModon angus-
tidenê en Europe, en Asie et en Amérique ;
le ma$iodûntapiroide$ en France et en Amé**
rique ; VeUphas primigeniuê en Europe, en
Amérique, en Asie, et jusque dans les glaces
de la Sibérie. Nous crqyons donc pouvoir
conclure de l'identité des dépôts limoneux,
de l'identité de la faune perdue, et de l'iden-
tité des espèces, en Amérique, en Europe,
on Afrique, en Asie et dans rAustralie, que
le môme mouvement des eaux a dû anéantir
les grande animaux terrestres sur tous les
points du g.obe à la fois, aussi certainement
qu'il a transporté partout des sédiments
identiques» Ce mouvement des eaux serait
dû à la dernière surélévation des Andes,
lors de la sortie des roches trachitiques. Ce
serait aussi à cet instant que les masses si
considérables d'alluvions terrestres, conte^
nant des ossements de mastodontes, d'élé-
phants et d'autres grands animaux d'espèces
éteintes , auraient été charriées à \e surface
à^n continents, en France, pu Italie, dans
les deux Amériques et sur les autres parties
du monde, jusqu'au pôle nord..i»
Caractères paiéoniologiqueê. — D'après nos
connaissances actuelles, 93 genres inconnus
jusqu'alors apparaissent, pour la première
fois, dans cet étage, tandis que des genres
antérieurement existants, 21 seulement s'y
éteignent. On doit donc croire, comme pour
l'étage précédent, qiie la période croissante
de développement dés terrains tertiaires se
continue au delà de l'étagesubapennin jusque
dans notre époque. Parmi ces 93 genres, 42,
ou près de la moitié, dépendent des mam-
mifères ; 26 des oiseaux, 7 des reptiles et 8
des poissons. C'est-à-dire que 81 genres dé-
pendent des animaux vertébrés ; tandis qu'il
ne reste plus, pour représenter les trois au-
tres embranchements, que 3 genres pour les
animaux annelés, k genres pour les animaux
mollusques, et 3 genres pour les animaux
rayonnes. Voici les caractères slrçitigraphi-ç
ques des genres.
Les genres au nombre de 69, que nous
avons cités comme s'éteignant dans Télagc
falunien, sont autant de caractères négalils
que nous pouvons citer pour l'étape sub-
apennin , ou ils ne sont pas arrivés, jusqu'à
présent.
Pour distinguer Tétage subapennin de
l'époque actuelle, nous avons cette multi-
tude de genres, encore inconnus dans lo
premier, qui forment la faune actuelle. Il
serait trop long de citer ici tous ces genres,
qui s'élèvent à plus de 1,300, et parmi les-
quels nous nommerons le genre homw^
Oiomo]^ paru avec cette dernière faune, et la
dominant de toute la perfection de ses orga^
nest comme le souverain de toute la nature
actuelle.
L'étage subapennin, dans Tétat actuel de
nos connaissances, se distingue de l'étage
falunien antérieur, par les 93 genres sui*
vants, qui, inconnus aans le nrécedent étage,
Paraissent se montrer pour la première m
répoque subapennine. Ces genres sont
ainsi répartis dans les étages : Parmi les
mammirères, les genres : prolopithecus^ spto-,
ihoSf similodonf tcticyotifpalœcospalojCfipti-'
lacodon^ lonchophorus, theridomySf glosothe-
rmm, glyptodon^ chlamydotherium^ hoplophc'
ruSf pachytheriumf euryodon^Tenurui^megat
iherium, megalonyx^ mylodon^ êctlidoth-
ritim, platyonyXf cœlodon^ potamohipptt*,
elasmotherium , mericotherium , dremothe-
rium , [ehphas , hippopotamus , camelus ,
camelopardalis y cebus^ cailithrix^ jachus^
centeneSf dasyprocta^ echimys^ orycUropu$^
fnyrmecophaga^ dasypus^ eauus^ auehenia,
bos et balœnopUra; parmi les ciseaux, les
genres: dinornist catarlhes^ vuliur^ aquilot
molaciUaf anabcUes^ alâudaf hirundo^ capri-
tnulgus^ coccizusy picus^psittacus^ phasianus,
galluiy numidox cryptuirus^ rhea, pkœnicoptt
rus^ otu$^ ralluSf trex, anser^ mergus^ anas^
larut et cohymbi^: parmi les reptiles, leszen-
res : tesiudinUeSf paUeobatrachus^ palœopnnj*
nos, palœophilusy andriaSf chelydra et ophis^
parmi les noissons, les genres esox, acan-
(hopsis^ rooitesj rhodeus^ aspius^ flfo6iMi,/Jf
1
8UB
ET D£ PALEONTOLOGlIb.
SVB
1S5S
r/urti5 et iinçQ ; parmi les crustacés, les gen-
res ranina^ oniscus et porcelKo; parmi les
iDoHusquos gastéropodes, les genres clausi-
lia ei cuvieria: parmi les lamellibranches,
les genres gnathodonetpolia; parmi les fora-
minifères,fes genres oroulïna^ oolina et pla^
fiorbulina.
De ces genres, eeu^i qui naissent et meu-
rent dans i*étage sans passer à Tépoque ac-
tuelle, seront autant de caractères positifs
qu'on pourra invoquer pour la distinguer.
Ces genres, au nombre de 31, sont les sui-
vants : Parmi les mammifères, les genres:
protopUhteuêy speoiho$, similodotif icticyofi^
palœco$palaXf tpalacodotif leucophoruSt taeri"
domyi^ glostotheriunij glyptodon^ chlamydo^
thenum^ lofichophoru$f pachytherium^ euryo-'
don^ rrentiruâ, megatherium , mtgalonyx^ my-*
lodon^ tœlidotheriunif plafyonyXy cœlodon^
potamohippus f eldsmoineirîum ei mericothe'
rium : parmi les oiseaux, le genre dinornU ;
parmi les reptiles, les fsenresiestudiniiestpa-
Mobatrachug , palœophrynosj palœophiluê et
andrias: parmi les poissons, le genre cyclurus.
Nous a vous encore, comme caractères dîstinc-
tifs, les genres, au nombre dB21, qui, nés an-
térieurement, après avoir vécu plus ou moins
longtemps , s'éteignent encore dans Télage
subapennin, sans arriver à.répoque actuelle.
Ce sont, parmi les mammifères, les genres:
chœropoiamuâ , kyotherium , palœotnerium ,
anoplotherium , ioxodon , metaxytherium ,
mastodouy hoplothermm; parmi les poissons^,
les genres: oxyrhinatiacanlhonemus; parmi
les bryozoaires, le genre ceriopora ; parmi
les échinodermes, les genres: pygurus^arba-^
cia^ hemiasler et ruria; parmi les zoophy tes»
les gen res: clauêaslrea.ceratotrochut et sUpha*
nophyllia; parmi les foraminifères, le genre
pyruiina. Nous aurions dès lors 52 genres
|K)uvan( donner des caractères |f0sitils dif-
férentiels entre ^étag^ subapennin et l'épo-»
(]ue actuelle.
^ Indépendamment d*un très-grand nombre
f espèces d'animaux vertébrés et annelés;
indépendamment des plantes non moins
[lombreuses, nous avons, seulement en ani-
maux mollusques et rayonnes, le nombre
ie 606 espèces. Un nombre considérable
fespèces ont été indiquées dans cet étage
'omme étant des analogues d'espèces ac*
uellement vivantes
Si nous ôtons des 60 espèces mentionnées
Tabord les 28 espèces, indiquées à tort ou à
aisôn comme passant de l'étage faluniea à
*étage subapennin, et les 55 espèces de Té-
a^e subapennin signalées comme analogues
les espèces actuellement vivantes, en France,
n tout 83, il ne restera plus que 523 espè-
es caractéristiques , nomore assez coosiaé*
able, surtout quand il sci joint à une grande
[uantité d*espèces d'animaux vertébrés ou
nnelés, et à 212 espères de plantes, pour
rouver la valeur de cette dernière époque
ui nous a précédés suc lo globe.
Chronologie hUiorique. — La perturbation
éologique qui a mis Gn à l'étage falunien
également éteint 69 ffenres d'animaux, le
vujDçe connu de 2,723 espèces d'animaux
mollusques et rayonnes et 209 espèces de
plantes qui, avec les espèces multipliées
aanimaux vertébrés et annelés, composaient'
la faune Qt la flore de cette époque. Après
cette commotion générale & la surface de
là terre, ont apparu, avec la période sub-
apennine, pour repeupler la terre, 93 genres
d animaux inconnus aux étages antérieurs,
composés d'un grand nombre d'espèces d'a-
nimaux vertébrés, d'animaux annelés de
578 espèces d'animaux mollusques et rayon-
nes, et d'environ 212 espèces de plantes
toutes nouvelles.
A la Un de l'étage faluuien, les mers ont
encore complètement changé de lits en Eu-
rope, et principalement en France. Les trois
mers qui couvraient les bassins ligérien,
pyréjiéen et méditerranéen se sont complè-
tement desséchées. De toutes ces mers, nous
ne trouvons plus en France, sur les conti-^
nents de l'époque actuelle, qu'une petite poN
tion occupant le bord de la méciiterranée,
dans les Pyrénées-Orientales et dans l'Hé-
rault, près de Montpellier. On voit, dès lors,
?u'en France la forme des mers, à cette
poque, différait seulement sur ces deux
points de la circonscription des mers ac-
tuelles; mais elles couvraient l'Astezan en
Piémont, une partie de l'Italie, les environ^
de Vienne (Autriche) et une grande partie
de l'Europe orientale.
Les continents sont, par la même raison,
complètement différents de ce qu'ils étaient
pendant l'époque falunienne. ]>)r8de la sur-
élévation de la chaîne des Alpes, les parties
de la Suisse, de la Savoie, du Jura, .de rAin»
de l'Isère, des Hautes et Basses-Alpes, de la
Drôme, de Vaucluse et des Bouches-dU'»
Rhône, restées le domaine des mers, pen-
dant toutes les grandes périodes jurassiques,^
crétacées et tertiaires, surgissaient enfin
hors des eaux et faisaient partie des conti-
nents. Les mers se sont en même temps
retirées du bassin pyrénéen , depuis long-
temps aussi recouvert par les eaux, et dû
bassin libérien qui, éphémère comme l'étagQ
oui l'avait jiroduit, ne dure que pendant
1 étage falunien, pour être remplacé de nou«
veau par une portion continentale. En résun
mé, les continents, comme les mers, ft Tépoi
que subapennine, différaient è peipe eqi
France, pour leur circonscription, dé la na^
ture actuelle.
Les mers étaient alors peuplées des mè^
mes genres d'animaux qu'à l'époque pré^
cédcnte. A peine nous montrent-ielles, avec
quelques genres nouveaux de poissons, tels
que gobius. cyclurus^ etc., trois formes nou%
telles de crustacés, parmi lesquelles les
oniicuSf les porcellio; quelques genres dç
mollusque, {cuvteria,pr)lia)y ae foraminifères
(orbulina^ oolina eiplanorbulina). La faune
roarîQe est, pour ainsi dire, sans jDOulcur
tranchée.
Les continents, au contraire, étaient ani*^
mes d'une faune composée d'un grand noa>-
bro d'êtres aussi remarquat>tes par leurs
proportions que par leurs caractères. Les
mammifères dominaient surtout^ C*QSt alors
IS59
SI3B
?u*ayec oeaucoup de genres diflërcnls des
poqaes antérieures et différentes de la
faune actuelle, parmi lesquels se remar-
quaient les gifpiodon^ les megoiheriumf les
megatonyx les mylodon^ les masiodon^ aux
formes massires, venaient déjà se mêler des
fenres qui ont survécu jusqu'à nous, les
léphants {elephaM)^ les hippopotames, les
chameaux, les girafes, les rnevaux, les ta-
tous, etc. Beaucoup d*oiseaux animaient la
campaçne; en même temps que des reptiles
multipliés, au nomhre desquels, comme pour
rivaliser avec ces gigantesques mammiières
que nous avons cités, se trouvait la fitmeuse
salamandre d'Œningen {andriat) , encore
plus extraordinaire pour sa taille, comparée
a ce que nous connaissons aujourd'hui. Pour
nourrir ces énormes animaux herbivores,
qui couvraienr notre sol, de Vltalie jusqu'à
la mer Glaciale, animaux qui ne se trouvent
plus maintenant que dans les régions tropi-
cales les j)hjs favorisées sous le rapport de
la végétation, la nature devait offrir la flore la
plus variée et la plus luxueuse. Voici, du
reste, ce que nous connaissons aujourd'hui
de cette flore de l'étage suhapennin, d'après
les savantes recherches de M. Brongniart.
Nous indiquons ici le nombre des espèces de
chaque genre par famille.
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE SUB
Dicotytéâonet angioipermês,
MYBICÉES.
IdN
Cryptagame$ ëmphigène$.
ALGUES.
Confervites ,
Sphxrococcites,
Xylonites,
Spbaerites,
Muscites,
Adiantum,
Pteris,
€oniopler#tes,
Taeniopterlt,
lioeiltes,
Equisetum
CBAMPICH0N8.
Cryptogamet acrvgèneê,
POOCfeRES.
LTCOPODIiCÉeS.
CQUISÉTACÉB8.
Monocotyiédonet.
MÀUDBS.
CBAIIINÊKt
CtPÉftACÉES.
LILIACÉBS.
PotamogcîlOD,
Culmites,
Cyperites,
Smilacites,
DtcotyUaones yymno»permei,
CONIFtRCS CUPRESSINÉES.
Callitrites,
Widdringtoniies,
Taxodites,
Tbuioxyluin,
Abiecites,
Piniles,
Peuee,
Eleoxylon,
Taxites,
Taxoxyluin,
Salisburh,
CONlFfcftES ABIÉTIKÉCS.
COKiFÈRES TASINCES.
i
I
%
%
I
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I
I
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1
f
1
i
I
I
i
S
5
5
9
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4
5
I
Comptonîa,
Myrîca,
Brtula,
Alnas,
Qaercas,
Querciniiini,
Fagus,
Fegonium»
Carpinus,
UImns,
Ulminium,
CeUit
Liquidambar,
Populos,
Salix,
Dapboogènes
Uauera,
Nyssa,
Cornus,
MyrtDS,
Calycanlbttf,
Pyrus,
Cratsgus,
CotoDeaster,
Rosa,
Spt
Prunos,
Amygdahis,
Robinia,
Cytisua,
Amorpha,
Glycyrrbiza,
Phaseolites,
Gleditschia,
Baubinia,
Cassis,
Aoacia,
Mimosites
Rbas,
Jaglans,
Karwinskla,
Rbamnus,
Zizipbus,
Paliunis,
Ceanoibus,
Celastrus,
Evonymus,
Sapîndas,
Acer,
Accriniam,
Tilia,
COPOLBteCS.
tJLMACÉSS.
BALtAMIFLUE».
SALKlIlÉtt.
LAURIKÉEl.
THTVÉLÉES.
SAMTALACÉES.
COEXÉBfl,
MTRTACtfES.
caltcahtbAis
POMAGÉBa.
ROSACÉES.
AVTCDAliSS.
LieoMiiiBiiii*.
▲HACARDrtBS.
ireLAioiBS.
RHAMHÉES.
CiLAITRINtei.
SAPlNDACiES.
ACÉRLNÉES*
TltUCÉBS«
1341
SUD
HT DE PALEONTOLOCIE.
StB
ISiS
HACKOLIACÉES.
LiriodcRJron,
CAPPABIDÉBS
Capparis,
SAPOTÉES.
Svmplocos,
Siyrai,
oUacées.
Fraxinus,
ESÉ^IACÉES.
Diospyroe,
ILIClNteft.
llex,
5
Priiios,
Ncittopanllics,
ERICaCÉBS.
Rliododeiidroiiy
Azaica;
AndrorncdA;
Vaccinium/
3
Ledum,
i
Zones isothermes: En arrirant k l'époque
3ui nousa précédés sur la terre, nous croyons
evoirconclurct relativement aux lignes iso-
t!icrmos des fl^es géologiques. Nous avons
vu, aux terrains paTéozo'iques , que les mê-
mes Animaux, les mêmes plantes, avec le ca-
ra(*tèrc d*une jfaune et d'une flore tropicales,
s*élendaicnr, j)endant cette période, de la
zone torride actuelle jusqu'aux régions po-
laires. Nous reconnaissons la même distri-
luition, lors des grandes périodes des ter-
rains jurassiques et des terrains crétacés.
\vons-nous trouvé des changements pendant
es étages tertiaires? Ce que nous avons dit
lux étages suessonien, parisien, et surtout
I J'élage falnnien, prouve déjà que, durant
ou tes les époques antérieures à Tétage sub-
ipennin, les lignes isothermes actuelles
l'existaient pas, étant neutralisées par la
ihalcur propre à la terre ; voyons maintenant
'c que nous donne l'étage subapennin. Com-
uonçonsparla faune marine.
La faune marine de l'étage subapennin
enferme, dans l'Astezan et à Perpignan, un
:rand nombre d'espèces des genres phorus^
olarium^ cyprœa^ mitra^ caneeliaria^ conus^
trombus, fusus^ pyrula^ Jasciolaria^ lereb'ra^
erna, chanta ^ plicatufa^ btissuSy flabel-
tm^ etc., etc., composant une faune qui ne
^ rencontre plus aujourd'hui que dans la
>nc torride et dans les régions les plus chau-
ds des mers actuelles. Nous aurions done
icore, pour IVtage subapennin, des faits
lalogues & ceux qu'on observe k toutes les
>oques, depuis le commencement du monde
limé.
« Lorsque nous voyons tous ces genres,
•opres seulement'aux régions chaudes, se
ncontrer dans l'étage parisien, à Paris, k
^ndres, en Belgique, jusqu'au 52" de lali-
(Je; dans l'étage falunien de la Touraine,
; Casse!, de Vienne; dans l'étage subapen-
n de Perpignan, de TAstezan, avec tous les
itres êtres qui caractérisent lesfiiunes tro-
rales, et qu'on ne retrouve plus que Ik,
jotird'hui, nous sommes forcés de con-
jre que, tandis que ces faunes existaient k
Paris, k Londres, en Belgique, en Italie et en
Autriche, ces différents points jouissaient
d'une température égale a la température
actuelle de la zone tropicale. Ces faits, re-
connus jusque dans l'étage subapennin qui
nous a précédés sur la terre, prouvent, on
doit le croire, que la chaleur propre k la terre
s'est maintenue dans les mers d'Europe, jus->
qu'k la dernière période géologique, et a
neutralisé, jusqu'k celte époque, l'influence
de la température que les lignes isothermes
actuelles donnent k la France, k l'Angleterre
et k rilalie.
« Peut-on expliquer ce fait par l'influence
des courants d'eau chaude, qui aurai t échauffé
ces diverses parties des mers européennes?
Nous ne le pensons pas : d'abord, parce que
les courants n'ont qu'une action nartieiie,
très-limitée, toujours exceptionnelle, jamais
générale; ensuite, parce que, malgré les
changements considérables de forme qui ont
eu lieu dans les mers des diverses époques
tertiaires, changements modifiant constam-
ment les courants, on voit toujours se suc-
céder, sur les mêmes régions , pendant les
étages suessonien, parisien, falunien et sub-
apennin, les mêmes faunes tropicales, ce qui
prouve une action continue et non une ac-
tion exceptionnelle. Une preuve sans répli-
que nous reste encore : les courants d'eau
chaude ou froide peuvent modifier la faune
marine côtière; mais ces courants n'ont
qu'une influence très-faible sur la faune ter-
restre contemporaine, le soleil exerçant par-
tout son action, comme nous avons pu le
reconnaître en Amérique. Quelle était la
faune terrestre contemporaine des étages pa-
risien (919), falunien et subapennin en
France , en Angleterre et dans le reste de
l'Europe? Elle offrait, en même temps que
ces genres marins des régions chaudes, sur
les continents de ces époques, des singes,
des rhinocéros , des tapirs, des éléphants,
des hippopotames, des girafes, propres au-
jourd'nui seulement aux régions tropicales,
avec beaucoup d'êtres perdus, que leurs ca-
ractères Eoologigues placent k côté de ceux-
ci, également dans des régions chaudes,
comme les palcBotherium, lesanoplotherium,
\ts mastodon, etc., etc. On doit donc croire
?ae cette température tropicale existant on
rance et dans le reste de l'Europe, jusqu'k
l'époque qui nous a précédés sur la terre,
dans les mers et sur les continents, était la
température de ces régions et non de Tin-
fluence des courants.
« En résumé, il paraîtrait prouvé que jus-
qu'k cette époque antérieure k notre créa-
tion, la chaleur centrale avait assez d'action
pour neutraliser l'effet de la latitude; aussi
le cantonnement isotherme des faunes paratt-
il appartenir exclusivement k notre époque.
Il en est de même du morcellement actuel
des faunes côtières de toutes les parties du
monde.
« L'étage subapenniny si noits en jugeons
910) La ll«>re terresire ëtii4iëe far M. BowerUank, dans Pelage parisieH de Pile de Sbeppey, est
Ile des régions iropic^ks.
I&I5
SDK
DlCTlONIf AlftS DE CO&MOGOr<IB
BUK
mi
par le nombre des dépouilles de grauJs
mammifères qu*il renferme, sartout en Rus-
sie, paraît avoir été remarquable sous ce
rapport ; mais, la nature ne devant pas tou-
jours se maintenir en repos, il s'opère un der-
nier mouvement qui, bien plus considéra-
ble que les autres, donne à la Cordillère des
Andes son çrand relief d'aujourdhui. D'im-
menses affaissements a^ant eu lieu au sein
du grand Océan, la Cordillère, par suite d'un
mouvement de bascule, se disloque sur 50
degrés de longueur dans la direction du N.
5' E. au S. 5" O. ; et prend l'élévation ac-
tuelle que nous appelons système chilien.
C'est alors que son axe, béant sur quelquesi
points, par suite d'une forte pression laté-
rale, donne issue aux matières trachy.liques
incandescentes qui débordent et envahissent
])lusieurs points de la crête de cette vaste
chaîne. Une dislocation dé 50* ou de 1,250
lieues de longueur, qui a produit une des
[»lus hautes chaînes du moncle, n'a pu avoir
ieu sans déplacer proportionnellement les
eaux marines. Balancées alors avec force,
eelles-ci ont envahi fes continents, anéanti
et entraîné les grands animaux terrestres de
la faune subapennine, en les déposant, avec
les partieules terrestres, k toutes les hau-
teurs dans les bassins terrestres, dans les
cavernes et dans toutes les cavités où les
eaux pouvaient pénétrer. M. Elie de Beau-
mont regarde comme correspondant à la fin
de l'étage «ubapennin, la dislocation qu'il dé-
signe comme son système de la chaine prin^
cipaUdes Alpes, dont la direcHon est de TO.
t6' S. I TE. 10- N., et qui a donné aux Al-
pes la forme oue nous leur connaissons. On
voit que les cnangements qui s&sont opérés
à la surface du globe sont bien suffisants
pour expliquer l'anéantissement des grands
animaux terrestres qui nous ont précédés
sur la terre, et la fin de l'époque qui nous
occupe. »
SUCCIN. Voy. Palmiers.
SUESSONIEN (ÉTAGE). ^ Le premier de
la cinquième grande époque du monde ani-
fné ou nériode tertiaire, et le 2i* de l'échelle
totale des terrains.
C'est l'époque de la première apparition
certaine de la classe des mammifères , des
r»rdres des oiseaux passereaux, des poissons
pleuronectoïdes, etc.
^ Cet étage aregu beaucoup de noms divers;
c'est le calcaire nummulittque des auteurs ;
une partie des terrains eocenes de M. Lyell ;
une partie {argiles plastiques) des terrains
tertiaires inférieurs de MM. Dufrenoy et
Elie de Beauraont ; glaucome inférieure^ etc.
On trouve un beau type.de cet étage à
Bpacheux (Oise), au mont Alaric (Aude), etc.
Parmi les études qui ont été raites de cet
étage, nous n'en connaissons point qui aient
mieux éclairei les questions difficiles qu'il
présente, que celles de notre éminent pa-
léontologiste, M. Al. d'Orbisny. Nous cite-
rons tout entière la savante deseription au'il
en a publiée dans son Cours élémentaire de
paléontologie,
« Confondu, dit-il , sous le même nom
d'corcnf, avec l'étas^ parisien, d'autres fois
entièrement séparé, tour à tour considéré
comme crétacé, comme tertiaire, ou inter-
médiaire aux deux terrains, suivant les lieux
ou sa composition minéralogique , l'étdj^c
3ui nous occupe a reçu beaucoup de noms
ifférents, et a motivé les observations les
plus contradictoires, lîn l'abordant, nous ne
nous dissimulons pas les difficultés que nous
avons à vaincre pour résoudre quelques-
unes des questions qui s'y rattachent et pour
répondre aux idées émises à son égard. Dé*
f;as;é de toute opinion préconçue et de toute
influence, nous allons entrer franchement
dans la lice. Nous accumulerons les faits»
nous les discuterons, comme nous l'avons
fait jusqu'ici, afin d'arriver, par leur ensem-
ble, à une solution logique. Si nous ne réus-
sissons pas à Jeter quelque lumière sur uii
des points les plus controversés de la science,,
nous aurons au moins apporté notre tribut
de recherches, et nousaurons tenté l'une des
tâches les plus difficiles de la géologie ac*
tuelle (920).
Dérivé du nom. — « Ne pouvant, en aucune
manière, .conserver à l'étape soit un nom
basé sur un caractère minéralogique, tou*
jours locale, ou sur un caractère de fossiles
3ui peut manquer et n'être plus, nous avons
onné à l'ensemble le nom d'étage sumo-
m'en, la ville de Soissons (Augusta Suesso*
num ou Suessones) en montrant, aux couches
inférieures de sa vallée, l'un des types fran-
çais. Nous réunissons sous ce nom Targile
plastique, les lignites et les sables inférieurs,^
Slaucouieux du bassin parisien, placés au-
essous de la zone à nummulites lœvigata du
bassin de Paris; le calcaire à nummulites
de Royan,des bords del'Adour; de la chaîne
des Pyrénées et de Biaritz , dans le bassin
pyrénéen; les calcaires nummulitiques do
Cniza, du mont Alaric; les calcaires d*eati
douce des montagnes Noires, d'Orgon,de
Vitrolles; les terrains nummulitiques da
Vit, près de Castellane, de la fontaine du
Jarrier, près de Nue, et presque tous les te^
rains nummulitiques du monde. Voici, du
reste, la synonymie des parties que nous y
réunissons stratigranhiquement.
Extension géographique. — « Commençons
par le bassin anglo-parisien. Des lambeaux
se remarquent en France, au nord-ouest des
grandes surfaces, comme ceux du pharo
d'Ailly, de Varengeville, près de Dieppe, le*
buttes de Combles, au sud-est d'£u, la colline
sur Authie (Seine-Inférieure), à Saint-Va-
léry-sur-Somme (Somme), à Cassel (Nord), à
Sauros, à Saint-Aubin, à Saint-Josse, à l'ouest
de Montreuil-sur-Mer (Pas-de-Calais). Une
ceinture se voit au nord et à Test du bassin,
indépendamment de vastes lambeaux au cen-
tre. Le département de l'Oise, si bien étudia
par M. Graves, en offre de vastes surfaccst
(d20) I Cet oiivra^^e ayant étié fait en 1847, nous scrvalions de M. Marchismi, qui ce
Il avoirs fait, à l*ëtage siiessoiiien, ([u^ajouter les ob- point les nôtres, i (Aie, d^OsBiceii.
MArnieat ea loot
i
Kii
SUC
ET DE ^AQ!0^[TOLOGIR.
UJ&
îua
à Bonoenil» à Gallet, à Breteuil, à Crève-
cœur, à Beauvais, k Braebeus, à AbbecourC,
à Noaiiles, k Guiscard, à Noyon, à Solente»
à Cuise-la-Motte , à Gilocourt, à Pierre-
tôndSi etc.» etc. On le voit, dans ia Somme,
à Roye, à Nesle; dans TAisne, è Soissons
(couches inférieures), à Cormicj, à Yillers-
Frauqueui» è Saint-Quentin, à La Fère , à
Laoni et sur beaucoup d'autres points cités
par MM. d'Archiac et MalJeville. 11 forme,
dans ce département , une bande non inter-
rompue, <iu*on voit sur la craie et au-dessous
des calcaires grossiers, et qui se continue
dans laMarnCf a ChAlons-sur-^VesIe, à Fleury-
1a«Rivière, à Ciry-Salso^e , à Dizy-les-Ro-
sières, à Lizy, aux Yoisillons, à Hailly, &
BillHa-Montagne* tout autour d*Epernay» à
Matigily, a Champilloùt àQuatre-Œufs, près
d*Ay, au mont Bernon, près d*Epernay, à
Cuis et à Cbavot; auprès de Vertus , de Sé-
zanne, de Villenoxe; dans Seine-et-Marne»
h Prorins, à Montereau,à Melun. Autourde
Paris, on le trouve sous rétage parisien, à
Meudon, h Vaugirard et à Gentilly. Nul doute
que la mer suessonienne du même bassin ne
s*étcndlt, sans interruption, en Angleterre,
sur l'étage sénonien, dans ie Dorsetshire, te
Wiltshire; dans ie Kent, à Upnoz; dans le
Susscx, à Newhaven, h Castle-Hill , à Alum-
bay, dans l'ile de Wight ; dans le Surrey, à
HcaJcIey, à Broroley; autour de Londres, à
Charlton, à Loampit-Hill, à Croydon, à
Wooiwicb, à Deepfort, à Lewesbaro, à Fua-
dridge-Park; dans ie Berkshire, à Cats^rove,
près de Reading; dans THerefordshire , à
^*i?/thaw, à Stubbington. Nous ne doutons
pas, non plus, d*après les recherches de
M. d'Archiac, que I étage ne se continue en
llelffique, où il a été reconnu à Sainte-Tri-
nité, près de Tournay, entre Gilly et Charle-
'oy, a Espenon, de Nivelle à Saint-Tron,
:>rès de Sodoigne, à lions, k Ciply, jusqu*k
FoIx-les-Caves et Orp-le-Grand, a Hautrage,
I Peruwels, à Grandglise et à Saint-Gilles,
3rès de Bruxelles.
« Dans le bassin pyrénéen , cet étage pa-
raît encore occuper une plus vaste superfl-
îie. Nous en avons découvert en ISkh (921-22),
i Saint-Palais, près de Royan, k 1 embou-
hure de ta Gironde (Charente-Inférieure}, un
ambeau bien caractérisé, que M. Raulin a
econou s'étendre sous la tour de Cordouan,
la pointe du Médoc, aux rochers de Saint-
«icolas et d*Osseau. Il parait, en effet» occu-
per , sous les étages parisien et falunien»
oui le bassin de la Gironde et de TAdour.
^n le voit poindre dans le département des
andes, k Baskeras; k Tuc-du-Saumon, près
e Casoen, au nord de Montfort, k Brassem-
ouy, près de Hagelman, kGibret, i Laulane,
Hastcnnes, k Gamarde, k Mouguerre, a Don-
irq, au Petit-Sarrail, et sur une partie du
>ur$ de TAdour ; dans les Basses-Pyrénées»
j port des Basques, k Bidart, k Saint-Pierre,
Peyrorade et au phare de Biaritz. M. de
erneuil Ta reconnu sur le versant espagnol
L*s Pyrénées, k Columbres, sur la limite des
provinces des Aslurics» et de bâîm Anâer,
ainsi qu'k San-Vicentcde la Basquera. L*étage
parait former une vaste bande sur tout le
versant méridional des Pyrénées en Espagne»
en partant de Vittorla, et passant par Pam-
pelune» Sanguesa, Jaca, Ainsa, Pobla»
Berga, Bipoll» Castel-Follit et Figuièrcs.
Dans les Pyrénées françaises, le versant se|-
tentrional en offre de bien caractérisé» aux
environs de Pau.
« Le bassin méditerranéen nous montre
de très-vas'.es surfaces de l'étage suessonien.
Si nous continuons le versant septentrional
des Pyrénées , nous Tavons parfaitement
reconnu dans la Haute-Garonne, k Sainl-
Martorv même, k Boulogne» k Saint-Gau-
dens. Il existe encore dans les Hautes-Pyré-
nées, k Mauléon, canton de Castelnau-Ma-
Fnoac, au Mont-(iaillardy à Hontbrun ; dans
Ariège au Mas, k la Roque; dans l'Aude,
il forme un vaste lambeau d*un côté sur Je
versant des montagnes Noires, de l'auti e k
Coinza, près d*AIlet, k Montolieux, k Rou-
bia, au mont Alaric, k Lagrasse, k Conques^
k Bize, k Albas, k Fonjoncouse, k Fontcou-
verte, k Yilleneuve-les-Chaudens, k Viile-
failhene, au nor 1 de Carcassonne, k Véraza»
Coustouge, k R<peraza, aux bords du Râ-
ble, entre Saint-LMirent et Coustouge. Nous
considérons comme un dépAt terrestre do
cette époque tout le calcaire d*eau douce in-
férieur qui se montre d*abord k Orgon ; puis,
interrompu par la dislocation des Alpines el
des OpieSi il reparaît k la Fare, k la Tète-
Noire, k la rivière de Lare ; forme toutes les
hautes collines de Vitrollcs, et se continue
k Gardanne, k Fuveau, k Trets, k Auriol, k
Pichinier, k Peynier, à Simiane» k Rognac ,
aux Baux, k Mimet, k Mons, k Carnet, près
de Méreuil, k Saint-Victoret, k Langresse et
au quartier du Hontaignet, près d'Aix, k
Martigues (Bouches-du-Rhône), dont les
fossiles ont été décrits par M. Hathéron.
Dans le Var, un lambeau existe près du
Beausset, k Aups et k la Cadière. Avec M.
Astier, qui a rendu de si grands services k
la géologie des Alpes, nous avons reconnu
un petit lambeau au Pilon-de-Saint-Vallier»
route de Grasse k Castellanne; nous en avons
vu un second au Vit et k la montée de Tau*
lanne, près de Castellanne. D*autrcs ont
été reconnus par M. Scipion Gras, k six
kilomètres au nord-ouest de Saint-André-
de-Méouiiles, sur la rive droite du Veruon ;
k Saint-Benoit, près d'Annot, k Lausanier,'k
Bauvesert (Basses-Alpes). On le retrouve
autour de Barcelonetle , de Colmars; M.
Astier l'a reucontré k Saint-Sever» k Sainte
Paul-du-Var» et il se continue, dans le comté
de Nice, k la Fontaine du Jarrier» k ia mon*
tagne de la Palarea, et suivant M. de Col-
leguo, au roc de Cassino et k la Trinita de
'Casslno, près de Turin.
« L'étage couvre, en lambeaux, une par-
tie de la buisse, de la Savoie, de ritalie» do
la chaîne des Alpes et des Carpatbes» si bien
étudiés par H. Hurcbison. On io voit k
(îh21-22) BuiUtin dt la Soiiété gédoffipte dt Ftanct U XIV, p. 187.
ÎUI
SUE
DICttONNAlRE DC COSMOGONIE
SUE
i34S
Thones (Savoie) ; à Beatenberg, sur les bords
du lac do Lucerne, aux environs d'Einsie-
dein, à Claris, dans les Grisons, près d'Ap-
penzell, près de Weissbad, au Vorarlberg,
au nord de Schwarzenber^j ; dans les Alpes
méridionales et dans le Vicentin, à Ronca,
au Mont-Bolca, près de Bassano, au val
d'Urgana, au val d'Agno, à CasteKSomberlo,
à Vérone ; dans le Tyrol autrichien , à Un-
tcrsberg, à Karst ; au nord de Venise, à Bel-
lune, au nord de la Tfieste, près de Trente,
Krès de Vienne; en Bavière, au Kressem-
erg; dans la Transylvanie, à Klausemburg;
dans la Hongrie, à Wollersdorf ; dans Tlstrie,
la Daluiatie en Carniole; en Pologne, au
pied du Tatra, à Zokoparre ; dans la Carin-
thie, à Gutharcng, etc.
«c On en retrouve encore de vastes lam-
beaux en Crimée, à Salghir, à Sevastopol ;
dans le Caucase, en Perse, en Syrie, dans le
Taurus; en Ësypte, où les grandes pyrami-
des en sont bâties ; en Assyrie, à Mardin en
Grèce, en Morée. Un lambeau terrestre existe
dans rinde, à Munnoor, à Chioknée, à Si-
chel-Hills ; et il parait que tout le versant
méridional de THimalaya en montre un
vaste développement, comme nous avons pu
en juger par les fossiles qui nous ont été
communiqués par M. Murcbison, et prove-
nant dis recherches des géologues anglais.
M. Mac Cleland l'a rencontré en partant de
Calcutta, dans TAham supérieur, au delà du
BeTla, du firamaputra. M. Barnes a rencontré
rétame formant une crête sur la rive droite
de rindus; il forme encore la sommité des
monts Hala, court du sud au nord, depuis la
côte do l'ouest, et se termine au nord-ouest
de Caboul dans le Caucase hindou. 11 existe à
l'extrémité ouest de la province du Cutch,
du côté du Sinde, où M. Grant a observé
qu'il repose sur les terrains jurassiques.
« En résumé, l'étage, comme nous le con-
sidérons, se trouverait en France, dans les
bassins anglo-parisien, pyrénéen et méditer-
ranéen ; et s'étendrait, en Europe, de l'Angle-
terre et de l'Espagne jusqu'en Crimée et au
CaucasCi et de là, en Asie, jusqu'à Calcutta,
sur le revers méridional de l'Bimalaya, et en
Afrique. On juge, dès lors, quelle peut être
son importance géologique.
Stralificaiion. — « Prenons , de tous les
pays, la partie peut-être la moins tourmen-
tée pour point de départ et pour base de nos
comparaisons. Vojrons par exemple, dans le
bassin anglo-parisien, où nous avons déjà
vu se succéder régulièrement, sans lacunes,
les étages triasiques, tous les étages jurassi-
ques et tous les étages crétacées, ou dix-
neufélageê sur vingt^sepi^ comment se com-
forte ce premier membre des terrains ter-
tiaires-. Lorsgue la série crétacée est com-
plète et terminée supérieurement par l'étape
danien, au Mont-Aimé, à Vertus, à Moute-
reau, à Meudon, au Port-Marly, par exem-
ple, les dernières couches de l'étage sues-
sonien, à l'état de sable, de lignites ou d'ar-
giles, reposent immédiatement dessus, en
couches presque concordantes. Sur les points
où l'étage danien manque, comme dans tout
le département de l'Oise (Laversines excep-
té); dans la Seino-Inférieure , la Somme,
l'Aisne, la partie occidentale de la Marne, et
en Angleterre, l'étage suessonien repose
partout sur ré;age sénonien. Tousles géolo-
gues sont donc maintenant d'accord pour
croire que les premières couches tertiaires
du bassin anglo-parisien, re}H*ésentées par
les sables glauconieux, par les arnlesoules
lignites, ont bien succédé régulièrement,
dans le bassin anglo-parisien, à l'étage da-
nien, lorsqu'il existe, on aux couches séno-
niennes, lorsque ce dernier a été dénudé.
Il ne peut, dès lors, rester aucun doule sur
cette succession chronologique régulière. Ce
fait admis, qui fixe bien la position relative
de l'étage suessonien, il s'agit de savoir si
cet étage, le premier du bassin anglo-pari-
sien, n*offre pas ailleurs un étage inter-
médiaire, à l'étage danien, ou si la série se
trouve partout la même que dans ce bassin
géologique.
4 Dans le bassin pyrénéen, nous avons
vu le lambeau nummulitique de Sainl-
Palaîs, près de Royan, reposer immédiate-
ment sur l'étage sénonien ; la même suppo-
sition existe à Biaritz, à fiidart, à Peyrorade
et sur les bords de l'Adour ; il parait en être
ainsi en Espagne. Le bassin méditerranéen
nous offre la même superposition dans
l'Aude, dans les Bouches-du-Khône, à Mar
tigues ; dans le Var, au Beausset, au plan
d'Aups. On rencontre une relation séologi-
3ue semblable dans beaucoup de localités
es Alpes, des Carpathes, de l'Italie (923)
reconnues par M. Murchiison ; la même su-
perposition existeà Sevastopol, en Crimée, et
sans doute sur une infinité d'autres lieux
du globe, où nous ne connaissons pas en-
core la superposition exacte. Dès lors sur
ces points, les allures straligrapbiques de
Tétage seraient absolument identiques à ce
qu'on observe aux environs d'Ay, d'Eper-
nay, do Reims, de Beauvais, etc., dans le
bassin anglo-parisien. En résumé, partout
où nous avons pu constater, soit .d'après nos
observations personnelles, soit d'après les
travaux des géologues, la véritable position
de l'étage suessonien, comme les faunes
nous le l'ont circonscrire, nous l'avons trouvé
lorsqu'il n'y avait pas de lacunes, dans la
même position slrati^raphique que dans le
bassin parisien, sans jamais rencontrer l'é-
tage particulier intermédiaire. Dès lors, ou
pourrait croire qu il ne manq[ue aucun men.-
brc géologique dans le bassin parisien 9 où
les premiers étages tertiaires se seraient en-
core déposés sur les derniers étages crétacts,
avec la même régularité que tous les autres
étages crétacés, jurassiques et H*iasiques; et
il y aurait une concordance parfaite de posi-
tion relative avec les autres bassins du
monde.
a A cûté des considérations que nousoffro
l'Age relatif de l'étage suessonien, nous al*
(925) Noas avons pa vérif or les faitt sur les fossiles recueillis par M. Marchison.
1819 SUE ET DE
Ions donner ses limites straligraphiques in- zoï
Cêrieures et supérieures. Les limites infé- Poi
rtenres sont marquées par des discordances si
positives, par des discordances de dénodation poi
et par des discordances dlsolement. Une qu'
discordance réelle se remarque h Saint-Pa- à <
lais, où nous Tavons positivement reconnue ; . pré
car le lambeau suessonien ne doit saconser- les
Tation, sur ce point, qu*i un allàissemeni cée
de Tétage sénonien antérieur aux dépôts ^
tertiaires. Il en est de même au Pilon de. son
Saint-Vallier.rVar). ait
« Il existe, aansle bassin parisien, des dis- sue
cordances de dénudati<m marquées par Fal té- d*é<
ration supérieure de Tétage danien si visible deu
à Vigny où les couches ont été corrodées, lau
ravinées, avant d*étre recouvertes par les m s
premiers dépôts tertiaires. Ces discordances dé|ii
sont surtout nombreuses tout autour du ou
bassin parisien. C'est, en eflét, h des dénu- cooi
dations profondes qui ont suivi les derniers où ji
dépôts crétacés, et ont précédé les premiers maii
dépôts tertiaires, que nous attribuons, dans ils
les départements de TOise, de la Seioe-In« luni
férieure , de la Somme, de la Marne, de moi
Seine-et-Marne, comme on peut le voir au» les
tour de Reims, d'fipemaj, etc., d'abord le époi
manque de Féta^e danien, et ces couches de entr
silex roulés, brisés, provenant de Tusure de qui
de la craie, accompagnés d*argiles ou de li- qui
Rions rou^eâires, qu on trouve eutre Tétage sépji
sénonien on craie blanche et Félage sues- disii
sonien, représenté par ses {loudingues, ses stral
grés glauconieux ou ses lignites. coni
« Pour les discordances d'isolement, elles «
sont aussi très-nombreuses. Elles sont mar- isol i
quées, d'abord, par le manque, sur le der- laml
nier étage crétacé sénonien, de l'étage sues- Man
sonien, ce qui indique un mouvement géo- Sain
logique entre les deux, comme on le voit, daui
même dans une grande partie du nord-est à coni
l'ouest du bassin anglo-parisien. La même le m
chose existe à Maëstricnt et en Bohème ; don ,
sur 30 degrés de largeur, en Russie ; sur Hau i
une aussi grande surbce de l'Amérique encii
septentrionale et au Chili. Les discordances de JI
d'isolement sont encore marquées , par le éoc<
tnanoue sous l'étage suessonien, des derniers corc
membres des terrains crétacés ; ce qui an- de V i
Donce bien positivement qu'un changement tous
de niveau géologique a eu lieu par suite isol i
d*uue perturbation entre la fin des terrains une
crélacés et le premier étage tertiaire : car, rap| •
sans cela, ces étages seraient régulièrement iaui
superposés, comme nous les voyons sur les « I
points où la série s'est déposée sans inter- suc.
mption. Les points où nous avons oooslalé Pal« i
ecs discordances d'isolement sont surtout les Esp. i
suivants : A Orgon, où l'étage suessonien (fa- Bar^
cîes terrestres analogues h celui de Rillj-la- Mar
Montagne) repose directement sur l'étage cré* Alai i
tacé neocomien, avec une lacune de six etoges; lors ,
au pilon de Saint-Vallier, près de Grasse, où il des •
repose sur l'étage jurassique oxfordien, avec loqi i
une lacune de mx éiageâ au-dessous; au Vit, enti !
près de Castellanne, où il repose sur l'étage recc i
jurassique sinémurien , avec une lacune de sans
seize éiageâ ; dans les montagnes Noires exis
(Aude), où il repose sur les terrains fialéo- les 1 i
1351
SU«
dm:tionmair& m cosuacmifi
SUE
i'iZl
1
isolées, cotffmo h Orgon, K Vitrôliés, à Mar-
tigues, au Beausset, à la Cadière. 11 en ost^
ainsi du lambeau du pilon de Saint- Valliér,
route de Grasse h Gaslellane ; du lambeau de
Vil près de Casléllane, et l'autres disséiiiinés
dans les fiasses-Alpes. Un isolement sembla-
ble existe fréquemment dans le Vicentîn et
le Tyrol; il se volt encore en Crimée, en
Egypte, et même sur tout le versant méri-
dional de IHimalaja, et dans la pmvince du
Culch (Indes-Orientales).
«r Ces faits d'isolement si nombreux des
étages suessonien et parisien ne permettent
las de douter qu'il ne se soit manifesté entre
e^ deux une perturbation géologique qui,
en changeant la circonscription des mers et
les niveaux aqneux de ces époques, les a
isolés run de raulre, et a laissé a ohacun en
f»ar1iculier des allures aussi distinctes que
eurs faunes respectives. On voit donc que
rétage suessonien est aussi nettement séparé
de l'étage parisien que le sont toutes les éjx)-
ques les plus tranchées des autres périodes,
et sur lesquelles presque tous les géologues
sont d'accord.
Déductions tirées de la position des eon^
ches. — « Les souches presque horizontales,
ou légèrement inclinées vers le centre,
qu'on observe tout autour du bassin mari-
time anglo-parisien, nt)us porteraientà croire
que les parties visibles sont restées intactes,
l'iour «i*'si dire, comme elles se sont déjio-
sée^ durant l'époque suessonuienne. Les
dépôts de Saint-Palais, près de Royan, dans
le bassin pyrénéen, en couches presque ho-
rizontales, paraissent aussi former une par-
tie intacte du bord septentrional de I an-
cienne mer, telle qu'elle s'est déposée. A
côté de ces parties respectées par les révo-
lutions géologiques, que trouvons-nous dans
les Basses-Pyrénées, en Espagne, et, en gé-
néral, sur les deut versants de la chaîne des
Pyrénées? Tous les travaux des géologues
et nos observations personnelles nous prou-
vent que, depuis Biaritz jusqu'à la Méditer-
ranée, les couches suessonienues ou num-
mulitiques ont subi partout l'effet d'une
forte dislocation, qui a plus OQ moins incliné
les couches après leur dépôt. Comme sur
toute la chaîne, les dernières couches dis-
loquées sont, en même temps, ces couches
nunmiulitiques, ainsi que l'ont reconnu les
savants auteurs de la carte géologique de
France, nous devons croire que la pertur-
bation qui a déterminé la séparation de l'é-
tage suessonien de l'étape parisien est ce
même mouvement géologique de dislocation
auquel on peut attribuer, avec certitude, la
surélévation de la chatné des pyrénées. Non-
seulement nous avons, comme on le voit,
des discordances marquées entre lel étages
suessonien et parisien, mais ehcore nous
aurions ^tre les deux, comme moteur de
ces. discordances; la saillie si remarquable
du Système des Pyrénées de M. £lie 4e Beau-
mont.
« En réDnissani, oomme le font beaiiconp
de géologues, sous le nom iï*éotinè les étages
«ues^qoien et parisien dans la même époque.
par ce «eu! raotii qu'il y a concordance de
stratification dana le bassin anglo-iiarisien,
et qu'il y a mélange ai-cidentel d'un bon
nombre d'espèces des deux faunes à la partie
supérieure de l'étape à Cuise-la-Motte seule-
ment, on ne pourrait expliquer lo^quement
aucun des faits de discordances d isolement
que nous avons signalés, pas plus que les
allures distinctes de ces deux étages, que la
séparation positive des deux faunes respec-
tives ; et, pour nous servir des paroles d'un
savant si justement illustre, que nous aimons
à citer, on mettrait ainsi Félage éoeène à ^ht-
val stHT la chaîne des Pyrénées^ ce qui, ^éo-
logiquement parlant, nous parait impossible.
« En séparant, au contraire, l'étage sues-
sonien de l'étage parisien, comme nous l'a-
vons fait depuis plusieurs années (183^), on
a l'explication du mouvement géologique
qui a isolé les deux étages, en donnant à
chacun en particulier des allures spéciales
et des faunes distinctes. Les étages ne seront
plus à cheval sur les Ppénées, et, au con-
traire, les limites stratigraphiqaes entre les
deux seront marquées par la surélévation
de la chaîne des Pyrénées*
Composition minératoyiaue, — « A mesure
qu'en remontant dans les étages géologiques
nous nous rapprochons de l'époque actuelle,
ihius vovons la composition minéralogique
des couches varier de plus en plus, et res-
sembler davantage à ce que nous trouvons
^ur les côtes de nos mers. Si, en effet, les
sédiments des couches qui ont subi de fortes
dislocations sont profondément modifiés et
ont tout à fait changé leur nature primitive,
on retrouve, au contraire, dans le bassin
anglo*parisien , le moins tourmenté, des
sables encore pulvérulents, des argiles non
consolidées, et tous les éléments sédimen-
taires d'une mer récemment abandounéa
par les eaux.
« Parcourons rapidement quelques points
des tassins, pour prouver ce que nous ve-
nons d'avancer. Dans le bassin anglo-pari*
sien nous trouvons, par exemple, dans un
cercle três-pestreint, a Cuis, sur Tétage sé-
nonien , des argiles plastiques miuces, des
alternances de marne grise et noire avec re-
rithium^ melanopsis et cycfoa, puis des sables
grossiers avec tinto et teredina^ recouverts
d'une épaisse couche d'argile sans fossiles;
à Cbampillon, à Mutigny, à Quatre-OËufs,
près d'Ay; des couches alternes d'argile plas-
tique et de lignites, recouvertes par des cou-
ches minces de sable, d'argile marneuse, et
enHu par des marnes sableuses ; au Mont-
Bernon, des argiles, puis un calcaire deau
douce marneux jaune avec physa^ planorbà^
graines do cAara, recouvert de marne bleue,
sans coquilles, de lignites avec ctrithiwnai
nerita^ de sable blanc, de sable jaune fin,
de ^os sable à unia^ et de sable jaune. Aui
environs de Reims, nous trouvons à MaiUf<
A Cran-de-Ludes, sur la craie, un liinon
rouge, avec silex concassés, des argiles sul-
furées apvee gypse, du sobte blanc ^^
marnes -argileuses, le tout sans iosrfles.
Autour de Ailly-la-Monlagne^ nous avons
t55S
SUE
ET DE PALEWTOLOGIE.
SUE
ISS»
reconnu, à VoJsilIon, des alternances de
Mbie, d'arpile et de ligniles avec de nora-
breui fossiles {welanopsfs^ ntrita corbuhy
turriulla^ etc.). A la carrière de Rilly même,
ce sont des sables blancs, au-dessus desquels
se trouve le calcaire si remarquable de Rilly,
rempli de j.hysa. d'hélix ^ de pupa^ etc. A
Vaufcjirard, sous 1 étage parisien, on trouve
deux bancs d*apgile plastique, séparés par
un banc de sabk fia. M. Charles d'Orbigny
a reconnu, à Meudon , les couches infé-
rieures, composées d'un conglomérat avec
débris de mammifères, dé repliles et de co-
quilles marines, celles-ci recouvertes par de
1 argile feuilletée, par des lignites avec
grandes paludines et anodontes, ensuite par
(ios marnes Manches, et enfin par Targile
plastique exploitée. D*dprès M. Graves, on
irouve à Bracheux, d'abord de la craie blan-
che avec un lit superficiel de silex brisé, du
sable gris avec de nombreux galets de toute
dimension, deux lils de sable gris chlorilé
avec coquilles marines ; du sable argilo-
quartzeux laune-roux, contenant des co-
quilles entières de cardita et d arra, souvent
ilans leur pnosition normale d'existence; des
lits de coquilles écrasées ou de calcaire blanc
friable: trois bancs horizontaux à'ostrea
bellovacina posés à plat, et enfin des sables
irgileux remaniés. Ces couches sont infé-
rieures aux sables glauconieux de Cuise-la-
Motte, où l'on trouve le nerita schemideWana
conoidta)y avec des nummuliies nombreuses,
omroe dans le fond de la vallée do Sues-
sonnais. En résumé, on voit qu'aucun ca-
actère minéralogique constant ne peut être
)ris exclusivement aux autres dans le bassin
ingIo-{)arisien ; on peut dire seulement qfue
es argiles plastiques dominent au sud, les
ignites et les marnes à l'est, et les sables
lans le Soissonnais au nord.
<t Dans le bassin ])yrénéen , nous voyons
Royan, aux couches inférieures, un cal-
aire blanc rempli de foraminifères et d'échi-
tidès ; une série de couches calcaires, ren-
srmant des ossements de tortues et de peti-
ts nummulites ; puis un grès quartzeux
ompacte, et enfin du sable pulvérulent,
vec des huttres. Dans les Basses-Pyrénées,
e sont des calcaires gris sableux, avec num-
lulites ; sur le versant méridional des Py-
énées, comme dans le bassin de TAdour,
e sont des calcaires entièrement pétris de
unimulites ou des argiles nummuii tiques ;
Saint-Martory, des calcaires blancs, rem-
lis de crustacés ; à Conzia et h Montolieux,
ne argile bleue remplie de petites numrau-
les , aatveolina et de nombreux fossiles,
arrai lesquels le nerita schemidelliana (co-
oidea)^ alternant avec des grès ; sur le Ter-
nit des montagnes noires, des calcaires
oirs avec \diphyea de Hilly.
«' Dans le bassin méditerranéen, nous
oyons d'un côté, à Orgon, à Vilrolles, un
ifrairc d'eau douce blanc compacte, conte-
nul quel(jucs-unes des espèces terrestres do
illy ; à ^ail^t-Vallier, un calcaire jaune uu
>iijpaclc, entièrement formé de petites et
7 grandes nunmuliles et d'échinides. Au
Vit, près de Castellane, ce sont les gypses
diversement colorés, recouverts de grès et
d'argiles noirâtres alternant avec des grès
et contenant des céritlies, des dentales, etc.
A Ronca, en Italie, c'e?t un ralraire noir pé*
tri des coquilles. Sur le revers méridional
de l'Himalaya , ce sont des couches solides,
mais renfermant les mêmes nummulites et
ialvéolines qu'à Montolieux. Ce qui précède
démontre qu'on ne peut iias plus assigner
de caractères minéralogiques constants à cet
étage qu'aux autres, et qu'il présente, au
contraire, suivant les lieux et les couches,
toutes les alternances et les ditrérenies com-
positions locales qui se forment sur les co-
tes actuelles.
n Puissance connue. — M. Graves indiquo
seulement, pour les lignites, la puissance do
112 mètres aBettembos, de 101 mètres à So-
lente. A Columbres, sur le versant méridio-
nal des Pyrénées, M. de Verneuil évalue l'é-
paisseur de l'étage à lOC mètres environ. En
Angleterre, M. d'Archiac évalue à 345 mè'-
très la puissance h Alumbey. M. Gras éva-
lue à 1,000 mètres Tépaisseur des couches
marines qui avoisinent Colmars (Basses-
Alpes); et M. Eugène Raspail donne aux
couches d'eau douce 412 mètres de puis-
sance dans le ravin de Souiras, près de Gi-
gondas (Vaucluse).
a Déductions tirées de la nature des sédimeniê
et des fossiles. — Nous connaissons dans l'é-
tage suessonien, des dépôts purement terres-
tres des dépôts littoraux mélangés de pro-
duits terrestres et marins, des dépôts sous-
marins faits h peu deprofondeur, et des dépôts
pélagiens probablement déposés à de plus
grandes profondeurs dans les mers.
n Points terrestres. — La présence sente
de coquilles terrestres ou fluviatiles, telles
que les genres helix^ ptipo, ryclostoma, lym-
nea et physa^ qu'on trouve à Rilly -la-Monta-
gne (zone du physa giganiea)^ au mont Ber-
non, nous prouve que ces dépôts se sont
faits dans de petits facs d'eau douce; peut-
être doit-on regarder comme analogue la
couche à paludina et h anodonta^ reconnue h
Meudon par M. Charles d'Orbisnjr, et les
couches de Mareuil-Lamotte et de Hirecourt,
contenant les coquilles fluviatiles seulement.
La même chose existe, mais sur une nlus
vaste échelle, dans le département de Vau
cluse, près de Gigondas, et dans les Bon-
ches-du -Rhône, à Orgon, à Vitrolles, aux
Beaux, aux Monts, à Peynier, à Canet, pi*ès
de Mareuil, à Simiane, près de Gardanne, à
Mimet, k Saint-Victoret, aux bords de l'Arc,
h Rognac, à Fuveau, k Duc près de Velaux,
k Auriol, à Martigues^ Langresse et au quar-
tier du Montaignet, près d'Aix; dans le Var,
è Aups. Nous regardons encore comme dé-
pôt du même âge terrestre les couches à
physa gigantea des montagnes noires, les
couches à physa gigantea de Munnoor, do
Chioknée et de Sechel-Hills, dans l'Inde, où
Ton ne rencontre que des coquilles terres-
tres ou fluviatiles.
Points littoraux.--^ Les lignites de Qrisil-
lon, près de Rilly, de Quatre^JEufs, près
BiCTIONN*. DE CosyOGOMK ET Dh PAL^0?IT0l.0Gn.
43
I3S5
SUE
DIGTIONN^IRE DE COSMOGONIE
SUE
m
d'Ay» des parties supérieures du mont Ber-
non, de Ciry-Salso^ne 9 de Dizy -la -Rosière
(Marne) ; d'Antheui], de Gilocourt, de Bou-
lincourt, de Saint -Sauveur , de Salency
(Oise), et de beaucoup d'autres points du
bassin, qui renferment à la fois des co-
quilles marines littorales, telles que des
venus des corbulay des ostrea et des co-
auilles que par analogie nous savons être
uviatiles, comme des melanopsUj dm lema-
fita, etc. ; les alternances et même le mé-
lange des fossiles marins de ^eredinaavec les
unio très-iluviatiles de Cuis, de Chavot
(Marne), sont pour nous des points littoraux
oii de petites rivières ou ruisseaux venaient
du continent voisin verser leurs eaux et mé-
langer leurs i)roductions iluviatiles aux pro-
ductions marines de la côte suessonienne.
Ce sont des lambeaux de Tancien littoral
formés, sans doute, dans des golfes pu dans
le fond de criques, où ralternance des cou-
ches de sable et d'argile annonce pourtant
4oute influence des perturbations naturelles
de nos côtes actuelles* Il nous est d'autant
plus facile d'expliguer la formation de ces
couches, que les lignites renferment encore
beaucoup de débris végétaux qui ne peu-
vent se déposer que sur le littoral. Un autre
fait très-iremarquable, c'est que ces couches
se trouvent^principalement réparties au pour-
tour du bassin, tandis qu'elles manquent
tout à fait ou sont rares au centre, circons-
tance en rapport avec leur composition. Le
dépôt à poissons du Mpnle-fiolca et celui de
Glaris, nous paraissent être littoraux, dans
des golfes tranquilles, comme la mer ac-
tuelle nous en fournit des exemples.
Points sous-marins voisins des côtes ou
f)eu profonds. — « Le grand nombre de coquil-
es de gastéropodes et de lamellibranches
nous porte à croire aue les couches de Bra-
cheux, de Noailles, d Abbécourt, de Retheuil,
du grand Frenay ; les couches inférieures
de Cuise-la-Motte (Oise), de boissons, de
Laon, de Cormicy, de Villers-Franqueux
(Aisne); celles de Roubia, de Coniza, du
mont Alaric (Aude), de Biarilz (Basses-Py-
rénées), de Royan (Charente-Inférieure), du
Vit, près de Castellane (Basses -Alpes), se
sont déposées non loin des côtes, ou au
moins sur des points peu profonds, au-des-
sous du balancement des marées. Dans tous
ces lieux, l'abondance des nuramulites mé-
langées aux autres fossiles des couches à
nerita schemideliana (conoidea) de Cuise-la-
Motte (si bien explorées par MM. Graves et
Levesque), de Soissons et de Coniza, nous
Î>orteraient à croire qu'ils étaient plus pro-
onds que les autres* Les couches à ostrea
et à cardita de Bracheux et de Laon renfer-
ment les coquilles dans leur position nor-
male d'existence.
Régions pélagiennes,—9iLes régions profon-
des sont bien caractérisées. Nous avons dit
ailleurs qu'à 160 mètres de profondeur dans
la mer actuelle, sur un point où des courants
se font sentir, les sédiments étaient entière-
mytformésdeforaminifères.Si,paranalogie,
nous cherchons dans quelles conditions de-
vaient se former ces couches eàlièremeot
remplies de nummulites^ d'assilinay a'olteo-
lina et d'autres foraminifères , que nous
voyons notamment aux parties inféneores
de Saint-Palais, à Barkeras et sur beaacoap
d'autres points du lit de T Adour , dan^ les
Landes, a Columbres, à San-Vicente de la
Barquera et sur tout le versant méridional
des Pyrénées espagnoles; à Montolieux
(Aude), au pilon de Saint-Vallier (Var), à
Bellune, au nord de Venise, au nord de
Trieste, à Karsl, à Sardana, près de Trente;
au Monte-Berichi, près de Vicence ; dans le
Cressemberg ; en Crimée ; en Egvpte, et sur
tout le versant méridional de l'Himalaya,
nous pourrions croire qu'elles se sont dépo-
sées sur des points très-profonds des mers,
agités néanmoins par des courants. L'étude
de nos océans viendrait donc nous donner
l'explication des différentes compositions
minéralogiques et zoologiques des couches
de cet étage et effacer toute apparence d'ano-
malie. Il est même curieux de voir qu'ici
ces recherches sont encore en rapport avec
les résultats géologiques; car les couches
nummulitiques dos Pyrénées étaient au cen-
tre du bassin avant que cette chaîne eût pris
son relief actuel.
Oscillations du sol, — « Nous croyons pou-
voir regarder comme un signe certain qun
les oscillations du sol ont existé durant la
période suessonienne, le recouvrement, par
des couches marines, des couches purement
terrestres qu'on observe au mont Bernon,
près d'Epernay. Il est certain que, pour que
des coucnes terrestres pussent se conserver
et se recouvrir de sédiments marins, iî fal-
lait, d'abord, un affaissement local du sol
terrestre, qui a permis à la mer de le recou-
vrir dé sédiments marins, effet connu des
oscillations. Nous avons donc ici un affais-
sement. La composition des couches de
Meudon, où l'on voit un conglomérat atec
Salets, renfermant des coquilles marines et
es ossements, nous donne un dépôt cdtier
marin. Comme ces couches sont recouvertes
par des lignites purement fluviatiles, ila
fallu une oscillations en sens inverse, t'esl-
à-dire par relèvement, pour que des coouil-
les d'eau douce pussent vivre sur le meiBô
point où s'étendaient les eaux de là mer.
Perturbation finale. — « Quant aux argiles
rougeâtres mélangées ou non de silex que
nous voyons , autour de Reims et sur
une infinité de points du bassin anglo-pari*
sien, occuper, entre les dernières couches
suessoriiennes et les terrains crétacés, une
position irrégulière de stratification, elles
seraient le résultat du mouvement des eaut
qui est manifesté à la surface des continenUi
entre la fin de la période crétacée et le com-
mencement des dépôts tertiaires; mouTe-
ment qui aurait raviné, creusé, corrodé les
couches supérieures de Tétage séuonieo.
dénudé et enlevé l'étage danien, que nous
voyons manquer dans beaucoup de lieux.
1^ grande ciuantiléde galets qux^n troutei
la partie intérieure de fétage suessonieni
Meudon, dans presque tout le départemeo»
J
1357
SUE
ET D£ PALEONTOLOGIE.
SUE
iSBi
de rOise^ si bien étudié par H. Graves,
nous parait encore le produit du mouve-
menl des eauc déterminé par la perturba-
tion géologique finale qui a séparé les der-
nières couches crétacées des premières cou-
ches tertiaires ; ce (lui est si probable, que
ces galets, ces poudingues, sont souvent for-
iDés de silei et d'autres matériaux prove-
nant, évidemment, de la dénudation des
étages sénonien et danien.
Mélange supérieur. — « Mous devons ré-
pondre ici à Un fait que,, tout local et tout
exceptionnel qu'il est, a néanmoins souvent
été invoqué pour réunir les étages suesso-
nien et parisien dans une seule époque
(Eociné) : nous voulons parler du mélange
(les espèces suessoniennes et parisiennes
mi'on trouve aux parties supérieures de
1 étage supérieur à Cuise-la-Motte. Quand
on voir, même dans le bassin parisien, les
couches de Bracheux, de ChAlons-sur-Vesle«
de Noailles, d'Abbecourt, de Retheuil, de
tous les environs de Reims, d'Epernay, et
même de tout le reste du bassin anglo-jiari-
sien, renfermer toujours, sans aucun mé-
Ian;^e, des coquilles spéciales à Télage sucs-
sonien, on aurait d& considérer Cuise -la-
Molte comme une simple anomalie; mais,
r^omnoc on a préféré une opinion contraire,
nous devons dire un root de cette question.
£a parlant des mélanges, nous avons dit,
relativemeni aux corps non flottants, aue,
lorsque deux étages se sont succédé dans
un l)assin marin, sans diseordaneer et sans
iniermédiaireSf on concevra que des dé-
pouilles mortes de coquilles d'un étage an-
térieur pourront se trouver dans les sédi-
oienls, sur des points ou vivent ensuite les
espèces de Tétage suivant, et qu'il y aura
sur ces points mélange des deux faunes suc-
cessives, sans que ces espèces aient vécu en
même temps. C est ici le fait de Cuise-la-
Motte. Nous avons dit encore que, pour
avoir la preuve de ces mélanges, on devait
recourir aux lieux où ces mélanges n'exis-
tent pas. Quand on voit« même dans tout le
reste du bassin parisien, d'un cAté, les eou-
cbes soessonienoes toujours avec leurs es-
pèces propres, et partout aillaors la faune
lie l'étage parisien parfaitement' séparée ou
superposée ; quand on voit encore l'étage
?uessonien sans mélange dans les bassins
pyrénéen et méditerranéen, comme à Bia-
*itz, à Coniza, en Espagne, à Saint- Vallier,
lu Vit et sur les autres lieux du monde;
f uand on voit, de plus, l'étage parisien sans
iiélaiige à Blaye, à Faudon, en Belgique et
lux Etats-Unis, on reconnaît que ces deux
*tages sont bien distincts, et qu'il faut pren-
Ire pour limites les points où les étages sont
soles, afin d'expliquer les mélanges, au lieu
e généraliser une exception toute locale.
Caractères paléontoloaiques. — « Le carac-
brv général le plus saillant de la faune de
'étage suessonien qui ressort do l'étude de
efi:>enible, c'est que, comparativement aux
56 genres que nous voyons uattre à cette
f>0(|ue, nous ne trouvons que 4 genres an-
rieareinrnt nés, qui s*y éteignent. Ces ré-
sultats, parfaitement en rapport avec i^
divisions générales adoptées pour les ter-
rains, prouveraient que l'étage suessonien
est bien le commencement d'une nouvelle
grande période, et dépend, dès lors, des ter-
rains tertiaires. Ce que nous avons dit aux
étages sénonien et danien, les derniers des
terrains crétacés, où, au contraire, le nom-
bre des genres qui s'éteignent est supérieur
à celui des genres, qui apparaissent, vien-
drait encore corroborer ce résultat. Nous
allons maintenant définir les caractères dif-
férentiels de cet étage.
Caractères néaatifs tirés des gtnres. —
«( Pour séparer 1 étage suessonien de l'étage
danien, nous avons 9 genres qui, nés anté-
rieurement, se sont éteints dans l'étage da-
nien sans passer à celui-ci.
« Comme caractères négatifs différentiels
des étaees suessonien et parisien , nous
avons 120 genres qui , encore in«;onnus au
premier, ne paraissent que dans le dernier.
Ces genres sont ainsi répartis dans iès clas-
ses : parmi les mammifères, 17 genres ;
parmi les oiseaux 10 genres; parmi les rep-
tiles, 2 genres ; parmi les poissons, 21 gen-
res ; parmi les crustacés, G genres ; parmi
les mollusques gastéropodes 7 genres; parmi
les mollusques lamellibranches 9 genres»
parmi les mollusques bryozoaires, 3 'genres;
Ermi les échinodermes, 5 genres ; parmi
i zoophy tes, 27 genres ; parmi les foraœi-
nifères, 13 genres.
Caractirts positifs tirés des genres — «Les
fleures suivants au nombre de 156, tous
inconnus jusqu'à présent dans les terrains
crétacés, seront autant de caractères positifs
pour distinguer l'étage suessonien, où ils
paraissent pour la première fois, de tous les
étages inférieurs. Ces genres sont ainsi ré-
partis dans les classes : parmi les mammi-
fères les genres mnihraeothtrium^ lophio^
donj lutroj eaniSj viverra et sciurus; parmi
les oiseaux, le genre protomis^ etc., etc.,etc.
«Les genres spéciaux à l'étage suessonien,
qui naissent et meurent dans cette période
sans passer à l'étage parisieni sont autant de
caractères positifs qu'on peut invoquer pour
les distinguer zoolosiquement. Ces genres
sont au nombre de 40. Si nous joignons à
ces quarante genres les 4 genres suivants,
qui, nés dans les étages antérieurs, s'étei-
gnent encore dans l'étage suessonien, sans
passer h l'étage parisien : parmi les échino-
dermes, le genre micraster ; parmi les zoo-
phy tes, les genres lasmophylha et perismilia:
parmi les amorphozoaires, le genre gutttar-
dio, nous aurons en tout 44 genres pouvant,
aujourd'hui, donner des caractères positifs
pour distinguer l'étage suessonien de Tétago
parisien.
« En résumé, ponr séparer l'étage sues-
sonien des terrains crétacés, nous avons d'un
côté, en caractères positifs, 156 genres, et
en caractères négaiiis, avec les deux derniers
étages crétacés, 122 genres, ou, en lout^ 278
genres susceptibles de fournir les caractères
oistinctifs.
« Qn a. vu, aux considérations strdtigrt*
iSJb
SUE
D1GTK»S*NAIRE 1)E COSMOGONIE
SUE
«56è
phiquèâ, ' que la superposition concordait
avec le classement des couches nutnmuliti-
ques de tous les pays dans les terrains ter-
tiaires; nous allons, néanmoins, déduire ici
quelques-uns des motifs plus spéjiaux qui
nous ont amené à ces conclusions. Nous
avons fait remarquer, depuis longtemps,
'dans nos travaux sur les foraminifères, que
ics dernières couches des terrains crétacés
ne contiennent, nulle part, de nummulitei
m d'assilina. Tout le monde peut vérifier ce
fait dans le bassin anglo-parisien; et lors-
qu'on y compare les autres pays, on arrjve
au même résultat. Toutes** nos recherches
sur les lieux, ainsi que toutes les collection^
que nous avons pu consulter, le prouvent de
la manière la plus certaine. On a, il est
vrai, indigné des nummilites ë Royan, d'au-
tres associées aux hippurites ou radiolites
des terrains crétacés des Martigues. Nous
nous sommes assuré aue ces soi-disant num*^
mulites étaient des orbiloides des mieux ca«
ractérisés ou desalveolina. Il suflit de côm-
]»arer leur structure respective pour recon-
uatlre la différence. Voici pour les terraim
xritacés le fait négatif,
« OCl se trouvent les nummulites dans le
Jjassin anglo-parisien 7 Tous les géologues
savent combien elles abondent dans le
Suessonais, aux environs de Compiègne, de
Ouise-la-Motie, de Laon ; et, assurément, au*
cun doute, en vojrant ces nummulites du
bassin anglo-parisien qu'elles n*appartienf-
tient aux terrains tertiaires. Voilà poiir les
Urrains tertiaires le fait positif .
« Maintenant, nous demandons où l'on
devra classer les couches à nummulites des
. autres points du çlobe que nous avons vus
être, par leur position slratigrapbique, sur
le même niveau géologique que les couches
h nummulites du bassin parisien ? Serait-il
logique de le placer dans les terrains créta-
céSf qufon sait ne contenir aucune uumniu-
lile?ou devra-t-on, adoptant les résultats
conformes de la stratification et de la paléon-
tologie, les placer dans les terrains tertiaires?
Il nous semble que la question ainsi posée
sera facile à résoudre ; et nous ne balançons
pas à réunir dans les terrains tertiaires les
couchés remplies de nummulites de Saintr
Valier, deConiza, de BiariU, de Saint- Palais;
les couches à nummulites des bords de
4'Adour, des deux versants des Pyrénées, de
-l'Himalaya, d'Egypte, d'Italie, etc. ; en un
mot, toutes les couches nummuli tiques
connues.
1 Nous avons, pour séparer les étages
suessonien et parisien, d'un côté» en carac-
tères positifs, U genres; d'un autre côté, en
raracteres négatifs, 120 genres, ou en tout
I6it genres pouvant donner des caractères
- distinctifs. Nous espérons que ces caractères
tirés des genres, les caractères slratigra-
phiques déjà indiqués à la sU^atiBcalion,
réunis aux caractères tirés des espèces, ne
laisseront plus de doutes sur la distinction
de ces deux étages. *
Cafactères paléontologiques tirés des es--
'fèces, — «*8ans compter les nombreuses es-
pèces d animaux vertébrés, d*animaui an-
nelés et de plantes s*élevant à quelques
centaines, nous avons, en animaux mollus-
ques et rayonnes seulement, le nombre de
678 espèces, dont nous avons donné, dans
notre Prodrome de Paléontologie straigrapht-
que (t II, p. 297 et suiv.), les noms dtseuiéSt
Ta synonymie et les principales loealités où
elles se trouvent. En retranchant de ce nom-
bre les 8 espèces suivantes communes entre
les couches supérieures de l'étage suesson en
et l'étage parisien :
fieloptera belemnîtoidea,
Chenmilziai laclea,
Ancitlaria canalifera»
Fusus longaevus,
Grassatella sculellari»,
— ponderosa,
Carditâ plamcoista^
Yeiras oblooga,
il restera encore G70 espèces caractérisli-
Sies de cet étage qui pourront servir à îo
ire reconnaître sur toutes ses formes mi-
néralogiques et dans tous ses divers faciès.
« Pour corroborer ce que nous avons dit
aux genres de l'assimilation des couches
nummuliliques des autres points du monde
avec les couches nummulitiques du bassin
anglo-parisien, nous avons, outre ces carac-
tères généraux, des espèces identiques qui
viennent nous prouver leur parfaite conicm-
rioranéilé. Pour le démontrer, nous donnons
la liste suivante des espèces les plus carac-
téristiques, et surtout des espèces qui,
comme on pourra le voir au Prodrome, se
trouvent sur plusieurs points à la fois cl les
relient ensemble :
a.
•
abc.
il*
c,
a.
u,
a.
a,
c.
aà. •
b.
a,
a b,
il,
a,
b.
a.
c.
a 6.
c.
b,
f.
c.
a.
à,
c.
c.
M0LLU8QCE8.
Nautilas Rolland!.
Pbysa coiumnaris.
— ffiganlca«
TurriteUa carinlfcra.
— ediui.
— Ataciana.
Cbcmuitzia latlea.
— costellaïa.
Natica perusta.
— suessoniensis.
Natica aeuieUa.
Nerita i^obulus.
— scbemideiliana (conoi
doa. Laoi).
— «unaria.
Cyprea levesquei.
Yolûta ambigua.
Rosteliaria fissardla.
Plearotoma Lajonkairci.
Fttsug longaevus.
GeriUiiom combusiaoï.
Cerltbium bace^tuiki*
— vulcanicum.
DentaUum Casiellanense*
Teredo Tourualî.
Panôpaea inlermedia.
Venus Yerneuiiii.
— subftlransversa.
Cydas Gardannensis.
^ Maihei^oiii.
CrassaleUa rbombokl^iu
Pecuen ThoreoU.
Sp^dylus Vifrôus,
tHI
SUE
ET DE P&LEONTÛLOeiE.
SUE
f. (3iama Auienils
a. Itelrea eversa.
— Bcllov;ic na.
*. -- motllcoslata.
* -- Smierhyana.
e, Tcrdtratula Muiitolcarcnsi^.
Conoclypug «ubcvlintiricn)'.
à. Schiiaûer vicinal ifl.
t. Scbiuiter sKbincurvjtliis.
c. Hemiauer obesiis.
4. — verticalis.
à. Bri»iMls elegans.
f. 9^%arm polilus.
i. — subsJDillis.
c. FhbellaBi DtiTreDoyi.
■'. TrochocyathuB tinuosus-
' AplocjaUtuscfcloUloides.
FOUXniFtBES.
c. Orbitokles papjracea.
t. ' Nummulitea scabra.
« *. " — Dummularia.
c. ' — bdUm.
« t. — planutata.
— rauda.
* Assilina deprcna.
r. Operculina ammonea.
' AJTeoHua melo.
a. ' — ovoidca.
n. ■ — obloi^a.
■ D'nprès ce qui prérèdp, on voit que les
Jépôlssnessouiens terrestres rlu Ihissîei pari-
jioii, i:eiii de la Proreiiire, des Monla^ies-
loircs, non-seuIeiDenlout une coioposi rion
;('n(-nque semblable, mais encoredeses[)èce«
éjinti'Jiiesriurtous 'es poiRts.LepAufa cofum-
laris d'Epernay se rencontre en Provence.
jO phi/ia gigantea de Rilly-la-Montagiie se
rouve dans les Honla^nes-Noires M dans
■|ndi', ce qui prouve leur [larfaite conlem-
inrftnrité. Indépendamment du nerita sehe-
nidtttiana [conoidea] si caractéristique, que
luus voyons à la fois, près de Soissons, de
luise-là-Mctle, b Croutoy, k HoudainvilEe,
Villeneuve-ies-Choudiiis (Aude); dans le
■■iccnlin, h Koncs; dans le Tyrol, à Trente;
urlouldaus ilnile, à Vagé-hé-Pudda, pro-
ince de Ciitch , ei qui forioe l'horiion géo-
Jr^ique marin le plus marqué, nous avons
ncrirt*, puur identifier l'âge contemporain
c l'éloge niimninlitique des Itassins anglo-
nrisien, pyrénéen et méditerranéen, un
pnd nombre d'antres esgièce^ iden(i<iue8 ;
insi l'on voit, dans la liste précédente, les
2 OS[itces préL-édées d'un astérisque ("J se
■ncunirer en ni6me lumps en Lurope et
ins rjnde. Les espèces précédées d'un a,
1 nombre de 20, se trouvttnt, h la fois,
ins les bassins anzlo-parisien et méditer-
néen. Les 11 espèces précédées d'un b se
iicontrentdans les bassins angto-narisien
pyrénéen. Lee 25 espèces marquées d'un
^e trouvent dans les Pjrénées et en Pro-
'ncc ; et enfin, les h espèces marquées d'un
■«p trouvent il âaint-Palais el ii Biarttz. Ces
ifl'juv's ciplicaiions suillront pour prouver
qu'avec la siiperposilion identique, ^u'avco
un ensemble de faune semblable, la conlem'
Poranéité des différents points indiqués h
extension géographique ne peut plus lais-
ser de doutes.
Chronologie historique. — n Une pertur<
hation géologique dont nous avons les tracea
a certainement amené la fin de la période
crétacée. C'est iilors qu'ont été anéantis un
grand nombre do genres et toutes tes es-
pèces de l'étage danien. Lorsque l'agitation
« cessé, et que le calme s'est rétabli à Jasur-
Cicedu glolîe, sont nés, dans l'étage sues-
sonienf 156 genres inconnus aux étages iii'
férieurs; et, outre un très-grand nombre
d'espèces d'animaux vertèbres et annelés,
678 espèces d'animaux mollusques et rayon
nés, connues aujourd'hui, nous donnent une
idée de la composition très-curieuse de cetto
nouvelle faune des terrains tertiaires, si dif-
rente des faunes des derniers étages crétacés.
« Nous voyons encore sur quelques pointj
les mers conserver, b peu près, la mémo
circonscription, tandis que, surd'autres, ces
mers changent complètement de forme. Les
mers suessonîenues, tout en laissant du
larges alterrissements, conservent, en eiîeti
les mêmes limites sur tout le nord et l'est
du bassin anglo-parisien, où, bien en de<
dans des terrains crétacés, le cercle se res-
treint toujours. Au sud, la circonscription
as restreint encore plus; car on ne pataU
pas trouver de traces de l'étage beaucoup
au deli d'une ligne qui partirait de Monter
reau, Meiuu, Paris, Iloudan et Louviers.
Cette mer s' (tendait en Angleterre sur une
ligne irrégulière, N.-E. etS.-O., depuis Doi-
chester jusqu'au nord de la Tamise, dans lu
Dorretsnire, le Willshirc, le Surrey, lu
Bedishire cl le Herefordshire, sur une ligD«
parallèle qui s'étendait probablement bien
plus au nord. Dans le bassin pyrénéen, la
mer paraît avoir eu, au nord, les mêmes li-
mites que les terrains crétacés, si l'on en
juge par le lambeau de Royan, et tout pour-
rait faire croire qu'elle s'étendait de l'ôcéai)
Atlantique actueljusqu '6 la Méditerranée, et
occupait toute la place oii se trouve, aujour-
d'hui, la chaîne des Pyrénées et une partie
de l'Espagne. Dans le bassin méditerranéen,
la mer change tout à fait de place. Elle n'oc-
cupe plus la Proveune, recouverte de lacs
d'eau douce; mais elle se montre au-dessuB
de tirasse (Var) ; son littoral occidental s'é-
tend, ensuite, à TO.-N.-O., à Castellane, et
parait suivre h peu près la ligne occupée,
aujourd'hui, par la chaîne des Alpes, à An-
necy, et delàiusqu'â Claris. De ces limid!»
occidentales, la nK'rcr)uvrdii, à l'est, sans
doute toute laSanlni^nc, l'Italie, le Vicentiu
et le Tyrol, une pnrtie de la Suisse, et com-
muniquait peut'é!n> (ivcr l'Ejtypte, In Cri-
mée, le Caucase. '' II' versant de la chaîne
de l'Oural, jusqur Lms l'Inde.
■ Los continciil- •ml i^u.^lcmcnl rlmn^é de
forme; ils s'atçiviiulbsi'ia (nul nutuur du
bassin parisien, d'iuR' va^ie surface. Un lac
d'eau douce exisii' h Killy'
nord du bassin p.wèniea, \-
>i
1565
SUE
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
STI
1364
interrotDDu, se continue de TOcéan à la Mé-
diterranée. Un ^rand lac d'eau douce con-
vrair une partie de la Provence comprise
entre Orgon , . Martigues et Aix. Le conti-
nent s'étendait jusqu à Grasse, près de Cas*
tellane, à Touest d'Annecy, prés de Claris ,
et bien plus au N.-E.
€ Les mers se sont enrichies d'un grand
nombre d'animaux inconnus jusqu'alors.
Les rivages étaient animés par une quantité
innombrable de poissons, parmi lesquels les
poissons pleuronectoïdes, ou poissons plats,
se montrent pour la première fois, en même
temps que les crustacés stomapodes et
qu'une multitude de mollusques nouveaux»
tdis que des belopiera, des o/tm, des triton^
des cassis^ des terebra^ des donaXy des tert'*
dina^ ctc, etc. Les échinodermcs ne sont pas'
moins multipliés, et avec des fermes nou-
velles, comme les schiza$ter. Il en est de
même des zoophyjtes, et surtout des forami-
nifères, qui semblent com))eHser par leur
nombre Tinfériorité de leurs dimensions.
C'est alors que vivaient loin des côtes ces
nummulites qui forment des montagnes en*
tières dans la chaîne des Pyrénées, et qui .
ont servi à élever les anciennes pyramides *
des Egyptiens. On peut, en effet, juger du
temps qu'il a fallu pour que des couches
de centaines de mèlres de puissance pussent
se former, presque exclusivement, pour
ainsi dire, des dépouilles de quelques peti-
tes espèces de coquilles. On voyait, avee
tous ces animaux, les plantes marines sui-
vantes, em|)runtées h M. Brongniart :
Cryptogames amphigènei,
ALGUES.
Confervites tlioreaeformis, Brong. Bolca.
Caulerpiles Agardhiana, Br. B.
C. pinnaliflda , Br. B.
Zonaritea flabellaris, Stem. B.
Z. millifidus, Sternb. Salcedo« Vie,
Giffarliniles obtusus, Brong. Bolca.
Deiesseritcg Lamourouxii, Stenib. Bolca.
D. SpalhuLatus, Sternb. Bolca.
D. Bertrand!, Sternb. Bolca.
D. Gazol^nus, Sternb, Bolca. '
MoMcctylédânes (Naïades)»
Zosterites Mcniseformis, Bronz. Viceniin.
llalocbloris cymadocxoidcs. Uns. Bolca. j
Potamogeton Tritonis, Ung. Bolca.
P. Naiaaum, Ung. Bolca.
« Les continents n'étaient pas moins bien
partagés, car ils montrent, pour la première
fois, de nombreux animaux mamm^ifères
et des coquilles terrestres. C'est alors , en
effet , que se montrent les genres perdus ,
anthtacotheriumj lophiodon. En même temp.s
que les genres chiens (cani8)f loutres [lutra]^
martres (viverra)^ et écuneuils («cturuf), que
nous connaissons dans la nature actuelle :
naissent aussi beaucoup d'oiseaux nou-
veaux, et toutes les coquilles terrestres et
flnviatiles (HehXf pupa^ bulimuSf cycloi-
tomùf physd^ planorhiê^ etc.). Avec tous ces
animaux, la végétation devait être très -va-
riée : aussi M. Brongniart indique-t-illaflore
suivante :
Cryptogames acrogènes.
HEPATIQUES.
Marchantiles sezannensis Brong. Sézanoe.
FOUGÈBES.
Pecopteris Pomelii, Br. Sézanne.
Tsnîopleris Bertrandi, Br. Vicent.
Aspienium Wegmanni, Brong. Séxanne.
Polypodites thelypteroides, w-ong. Sëiaane.
ÉQCISÉTACÊES.
Ëquîsettiin sIeUare, Pomel. Oise.
CHARACÉES.
Chara belicteres, Brong. Paris.
PALMIERS.
Flabell9ria rhapifolla, Sternb. Vignacourt, Sooom.
F. maxioia, Vnf. Oise, Crisiilles.
Palmacites eckiuatus, Brong. Soissons»
. CONirfeRES.
Piniles macrolepts, Brong. Paris.
TAXISÉES.
Taxîles acicularis, Brong. Lign. Cassel.
T. diversifolius, Br. Ligp. Cassel.
DKOTTLtDOinSS AlICKMPfiRJlES.
Betttlinum parisieBse^ Ung. Paris.
L^CII1I1!IEC8B9.
OEnotbërées.
Trapa aretbus», Ung. Bok».
« La présence sous la zone torride, dans
rinde, aes mêmes espèces de coquilles ter-
restres et marines que nous trouvons en
France , jusqu'au 50** de latitude, prouve
au'il y avait, sur ces points» si disjarales
aujourd'hui pour leurs faunes, identité de
température terrestre et marine, et que les
lignes isothermes actuelles n'existaient pa»
encore.
« Les escillalions du sol étaient fréquen-
tes, à en juger par les faits que nous arons
exposés.
1 La puissance des dépôts indique que la
période suessoniQuue a dû avoir une low^t
durée ; mais, comme toutes les autres, la vie,
l'animation , y auraient tout à coup été in-
terrompues par la dislocation de fa cliaine
des Pyrénées, qui se serait élevée à la fin
de cette époque géologique , et aurait causé
une perturbation générale à la surface du
globe. C'est, eu effet, à la fîn de cet étage
qu'on doit certainement rapporter la (lisl>
cation de l'0. 18" N., àl'E. 18* S., quiforuie
tout le Système des Pyrénées de M. Elied^
Beaumont, puisque les couches nurarouli-
tiques sont elles-mêmes disloquées sur (outo
la longueur de la chaîne. La dislocation du
pays de Bray, celle de Boulonnais en Frantf •
duSurrey, du Sussex, en Angleterre, pa-
raisent encore s'être effectuées à la luénie
époque , ainsi que tous les chan^ementi
donnés par les discordances. Les (ié^ud^
tions en seraient le résultat immédiat et vi-
sible, ainsi que la séparation des faunes. >
STIGMARIA. — Les découvertes récente^
de MM. Liudley et Hutton ont jet^ beaucoup
j
isa
TEC
ET DE PALEONTOLOGIE.
TLM
iZBù
de lumière sur cette famille très-extraordi-
naire de plantes fossiles maintenant per-
dues {9ik).
Le centre de la plante est formé par au
tronc ou tige en forme de dôme. d*un dia-
mèlre de trois ou quatre pieds / et dont la
substance était probablement molle et char-
nue. La surface en est légèrement ridée, et
est couverte en même temps de points cir-
culaires peu distincts.
Les bords de ce dôme donnent naissance
h plusieurs branches horizontales dont le
nombre varie de neuf à quinze, suivant les
individus. Quelques-unes de ces branches
se bifurquent plus ou moins près du dôme,
et on les trouve toujours brisées à peu de
distance; aussi, bien que le plus grand frag-
ment de cette sorte que Ton ait encore ren-
contré ne fât long que de quatre pieds et
demi, il n'en est pas moins probable que ces
branches étendues, lorsqu'elles étaient arri-
Téei à leur plus haut point de développe-
ment, n'avaient pas moins de vingt à trente
{>ieds de long (925). Chacune d'elles a sa sur-
àce recouverte ae tubercules disposés en
snjrale, et ressemblant à ceux mie Ton voit
chez les oursins à la base des épines. Cha-
que tubercule donnait naissance à une feuille
c^lindrigue, et probablement charnue, qui
s étendait jusqu*a plusieurs pieds de la bran-
che, dans toutes les directions. Les feuilles,
c{ue l'on trouve ordinairement comprimées,
pénètrent suivant tous les sens dans la subs-
tance du grès ou du schiste oik elles sont
cDsevelies ; leurs traces ont été suivies jus-
qu'à une longueur de trois pieds, et l'on
assure môme davanlase (926).
. On rencontre des iragments de ces plan-
tes en très-grande abondance dans plusieurs
des couches gui accompagnent la houille;
et on les a signalées depuis longtemps au
sein du grès que l'on désigne sous les noms
de ganniaier et de rrciD^tone, dans les houil-
lères des comtés d'York et de Derby ; on les
avait prises à tort pour des fragments de ti-
ges de cactus.
' La découverte des dômes centraux dont
nous avons parlé , en même temps que la
longueur et fa conformation des feuilles et
fies branches, rendent fort probable que les
stigmaria étaient des plantes aquatiques qui
se traînaient sûr la vase des marécages , ou
qui flottaient à la surface de lacs petits et
tranquilles, comme le font de nos jours les
strattoteê et les isoetes. Dans ces situations,
les stigmaria ont pu être entraînées par les
mAmes inondations qui ont effectué le trans-
port des fougères et des autres végétaux ter-
restres qui leur sont associés dans la forma-
tion houillère. La forme du tronc et des ra-
ineaux prouve que ce n'ont pu être des vé-
gétaux qui se soient soutenus dans l'air ; ils
ont dû, par conséquent, ramper sur le sol ,
ou flotter à la surface des eaux (^7). C'é-
taient, probablement des végétaux dycotylé-
dones, et leur structure interne établit en-
tre ces plantes et les euphorbiacées quelques
analogies.
SYNCHRONISME des fobv atioms cioLO-
GiQUBS- Yoy, Mavpied.
T
TABLEAU DBS profondbuiis auxquelles
»B TBOUVBTVT DANS LA MER LES GENRES CON*
«US DBS COQUILLES VrVAlfTES. Yoff. ANIMAUX
If^ARINS.
TAPIR. Voy. Mammifâres.
TARGIONI. Voy. Géologie.
TECTIBRANCHES Voy. Gastéropodes.
(924) On a trouvé seize échantillons de nature
eiiiblable sur une étendue de six cents verges car-
ées du schiste qui recouvre le gisement de bouille
e Bensbani, à la houillère de Jarrow près de New*
astle, et ib une profondeur de douze cents pieds.
(9i5) Il paraîtrait/ diaprés les coupes qu*ont don-
nes Lindievel llutton.aune branche de stigmaria
Fiore foêsite^ pi. clxvi), que rintérieur n'était qu*uii
vlindre creux dont les parois étaient composées ex-
•usivemenl de vaisseaux spiraux, et entouraient
oe iDoetle épaisse ; ces figures font voir en outre
u*â l'aide d une coupe transversale on y trouvait
lie structure ayant quelque analogie avec celle des
oniféres, mais dépourvue de cercles concentrt-
ues, et offrant des espaces vides au lieu du tissu
es rayons médullaires. On ne connaît aucune
lante vivante qui offre une semblable structure.
Ces rameaux cyhndriques sont ordinairement
platis d*un côté, probablement le côté inférieur.
out près de cette dépression se voit un axe cxceii-
iqae libre, ou cœur ligneux, entouré de faisceaux
TËLEOSAURE. Voy. Crocodiles.
TEMPÉRATURE de la mer. Voy. Ani-
maux MARiifs. — Son influence sur la diUrv'
bution des animaux marins. — Voy. Cou-
ches SÉDIMBIfTAIRES.
TEMPÊTES, leur action sur les dépfits de
sédiments. — Voy. Couches sédimbntaires.
vasculaires qui communiquent avec les tubercules
extérieures, et rappellent Taxe interne des tiges de
certaines espèces de cactus.
(926) Toutes ces conditions sont celles qu'une
plante flottant habituellement avec ses feuilles éten-
dues dans toutes les directions aurait conservées
après avoir été entraînée au fond d*un golfe, pour y
être gradueUement enveloppée daus les sédiments
d'une boue, vaseuse.
(927) La forme et h position des feuilles, si oa
suppose qu*eUes se sont développées dans tous les
sens ï la surface des branches suspendues horizon-
talement dans les eaux, n'ont dû subir que peu de
changement pendant leur transport dans la mer ou
dans le fleuve, non plus que lorsou'elles sont tom-
bées au fond p«mr y être ensevelies dans un sédi-
ment de vase ou de sable. Cette hypothèse semble
trouver un nouvel appui dans Tobservation que Ton
a faite à Jarrow que les extrémités des branches
descendent du dôme vers la surface d« fit de houlUo
au-dessus duquel ou les rencontre.
1367
TER
DICTIONNAIRL DE COSâlOOONlE
TER
ÏM
TERRAINS DE TRANSITION. Voy. Pa-
léOZOÏQUES.
TERRAINS STRATIFIÉS, leur mode de
formation suivant M. Maupied. — Voy. Mau-
PIED.
TERRAINS ÉOCÈNES. Voy. Suessokien.
TERRE. Nous n^avons pas l'intention de
donner ici une théorie de la lerrc. Les hypo-
ihèses qui ont été inventées à ce sujet ont
4^*té discutées dans différents articles do ce
Dictionnaire. {Voyez Cosmogonie, Laplacb,
Feu central, (iodefrot, etc.) Les idées géo-
f;éniques de M. Godefroy seront ici seules
'objet de notre examen.
M. Godefroy, après avoir fait remarquer
la témérité des évaluations de M. Boubée
relatives au nombre d*années nécessaire,
aux divers âges du globe, pour le refroidis-
sement progressif de la terre, expose les
arguments de M. Poisson contre la théorie
du feu central, et discute celle qu'il y subs-
titue. M. Godefroy n'en accepte ni l'une ni
•l'autre; il préfère en imaginer une qui soit
•à lui tout seul.
Voyons d'abord comment il met aux pri-
ses M. Poisson et les géologues pluto-
niensfîfâS).
« L'illustre auteur de la Théorie mathéma-
tique de la c/m/eur voulut savoir quelle portée
-avait, dans ces recherches, l'élément invo-
'que par certains géologues, et pourtant
toujours négligé par ceux-là mêmes qui
prétendaient en faire la base fondamentale
<îlc la géologie moderne.
«Ces supputations desp/u/onienj, cosclc-
ductions cnronométriuues les plus exclusi-
ves et les plus exagéiées, M. Poisson vient
les soumettre à l'épreuve d'un calcul rigou-
reux; et il se trouve que, dans cette sup-
position d'une incandescence originelle ou
d'une chaleur centrale, ce serait par my-
riades de millions de siècles, par centaines
de myriades de nnllions do siècles qu'il
faudrait compter l'âge do chacun des terrains
géologiques même les plus superficiels; et
que, pour exprimer l'âge des premiers ter-
rains, il nous faudrait autant de chiffres
qu'il y a de grains de sable sur le bord do
la mer.
« Après avoir exposé que la chaleur cen-
trale de la terre augmenterait la tempéra-
ture de la surface, à l'époque actuelle, de
0", 02658 ou d'un quarantième de degré, le
célèbre géomètre établit qu'il devrait s.'é-
couler plus de mille millions de siècles pour
que cette valeur fût réduite h moitié (929).
« Dans le mémoire précédemment cité, il
reproduit les mêmes démonstrations, et il
en expose le résultat en ces termes : Si Vac-
croissement (de température) observé dan$ le
sens de la profondeur^ provenait réellement
de la chaleur d'origine [cest-à^ire comme
(928) Si les idées particulières de M. Godefroy
o*ont pas grande valeur au poinl de vue de la ihéo-
rk^ de la terre, ceUes qu*it discute sont exposées par
lai et réfutées d^uiK^maniéi'e inléressaule quoique lu
complète. (Jéb. (de St-^l.)
(9iS9} Théor. math, de la chaleur; chap. iâ.
Ventend M. Pcisson, de la chaleur eaiira/c),
t7 s'ensuivrait quà Vépoque actuelle^ em
chaleur initiale augmenterait la tempéralurt
de la surface même ^ d'une petite fraction lU
degré: mais^ pour que cette petite augmemih
tion se réduisit à moitié^ par ejrewpUj Hfau*
drqit qu'il s^ écoulât plus de mille mUiont
de siècles ; €/, si ion voulait remonler ii mt
ipoque où elle pouvait être assez considérehk
pour influer sur les phénomènes géologiifuest
on devrait rétrograder d un nombre de stides
qui effraye V imagination la plus hanlie, queUt
que soit d'ailleurs Vidée que l'on puisse avoir
de rancienneté de notre planète (i)30).
a De ces déductions mathématiques il ré-
sulte en toute évidence, que l'hypothèse de
la chaleur centrale est en opposition for-
melle avec tous les principes fondamentaux
de la géognosie ; que dans cette hypothèse,
aucune règle chronométrique ne peut être
tirée de l'observation des terrains ni des
fossiles; qu'enfin tout l'édifice de la géogno-
sie, cette science si positive, s'écroule aTee
cette hypothèse, puisqu'on a constaté une
différence de dix degrés entre la température
du milieu de l'époque si récente des terrains
tertiaires et celle de l'époque actuelle, et que
par conséquent Tâge des terrains que recou-
vre notre ailuvium répondrait à des millions
de millions desiècles^
« M. Poisson, comme géomètre, ne s'arrête
pas à ces conséquences inévitables: il ac-
corde même, si l'on veut, qu'aucune de ces
conséquences ne soit une obiection contre
cette opinion des géologues ; il ne lui opposa
que des diflTicultés directes, que des dillIcuW
tés intrinsèques. Il lui oppose que latem()é-
-) rature extérieure serait excessive è moins
de 60,000 mètres de profondeur, et qu'au
centre, où cette température surpasierail
-deux cent mille degrés, et dans la plus grande
partie de sa masse, les matières dont la terre
est formée se trouveraient à l'état de gaz
incandescents, tellement condensés, néan-*
moins, que leur densité moyenne surpaie-
rait cinq fois celle de l'eau. Il lui o|>pose
3ue pour contenir ces matières à ce dc^ré
e compression et de chaleur, il faudrait
une force dont on ne saurait se faire aucune
idée; que la couche solidifiée du globe ne
pourrait résister à Teffort des couches flui-
des intérieures pour se réduire en vapeurs ;
3 ue CCS couches intérieures, par leur ten-
ance à se dilater, dont on connaît toule la
puissance, auraient brisé l'enveloppe soiitle
extérieure, à mesure qu'elle se serait for*
mée (931).
*i L'impossibilité de concevoir la formation
d'une enveloppe solide à un globe conslitti»!
comme l'entendent les géologues, avait déjà
frappé le premier de nos physiciens. Ctui
qui admettent la liquidité du noyau intérieur
Mauv. de la chaleur dans Vînicr. et à la surf, de U
lerre^ p. 408 et suiv.
(950) Mémoire sur la température de la fQTiie so-
lide du globe^ p. 15 et 46.
(931) Théot. math, delà chai., t. Và\ et Ulm.
sur les temp. du qtobe.
ÎW
TEP
ET DE PALEONTOLOGIE.
TER
1370
di la terre, disait M. Asipère» parais$ent ne
{)a* avoir songé à Vaction qu exercerait la
une sur cette énorme masse liquide^ action
d'où résulteraient des marées analogues à
celles de nos mers^ mais bien autrement terri"
hles^ tant par leur étendue que par la densité
du liquide. Il est difficile ae concevoir corn-
ment Vemeloppe de la terre pourrait résister^
étant incessamment battue par une espèce de
levier hydraulique de 1,400 lieues de lon^
gueur (932).
« En renonçant donc h la chaleur centrale
pour rendre raison de réIé?ation de tempé-
rature qu'on observe à mesure que Ton pé-
nètre plus profondément dans l'intérieur de
la terre, M. Poisson propose une autre ex-
plication de ce phénomène. Cette explication,
il la fonde sur la supposition de 1 inégalité
de température des régions de Tespace que
la terre traverse, en s'y mouvant avec le,so-
leil et tout le système planétaire, • et sur les
variations correspondantes de chaleur qui
en résulteraient pour la terre. Dans cette
explication, Taccroissement de température
de la terre à partir de sa surface serait sen-
siblement Uniterme jusqu'à une profondeur
d'eaviron 7,000 mètres; mais^ à cette pro-
fondeur, cette température du globe, attei-
fnant son maximum^ et diminuant au delà,
influence de l'inégalité de température do
l'espace disparaîtrait entièrement versGOiOOO
mètres de distance à la surface. Puis, la
température de la surface du globe, il y a
5,000 siècles, aurait surpassé celle qui a lieu
auj.ourd*hui d'environ 200", et 500 siècles
avant l'époque où nous vivons, cette tempé-
rature de la surface n*aurait excédé que d'à
peu près 5° celle de l'époque actuelle.
« Z7an«cer/f/A^orte,fait observer ici M.Pois-
son, la température moyenne de la superficie
varie avec une extrême lenteur, mais incom^
parablement moindre que la partie de la tem*
pérature qui serait due à la cnaleur d^ origine,
si elle était encore sensible à l époque actuelle.
Déplus, cette variation est alternative, et
peut ainsi concourir à Vexplication des révo-
lutions que la couche extérieure du globe a
subies ; au lieu que la partie de la tempéra-
ture, qui pourrait être due à Cautre cause^
diminue continuellement et sans alterna^
/ III? (933).
^ Nous ne voyons pas en quoi cette varia-
tion alternative pourrait concourir à Texpli-
ration des révolutioiis de la surface du gloiie.
Toutes les études des terrains et des fossiles
nous montrent les températures terrestres
en décroissance avec la succession des temps.
Il est hors de doute qu'à l'époque des ter-
(95i) Théorie de la terre, par M. AarÈnc. Uevue
des Ùeux^Mandts. — M. Poisson oppose encore aux
vues des plutoniem que, mènie dans ceUe suppo-
sition d*ijne incandescence originelle ou d*niie fuii-
dît4* ignée, la »olidilicalio:i do dobc aurait encore
c^tminenoé par le centre ; que, dans celle supposi-
iion inadmissible, les parties extérieures ou les plus
voinines de la 8urraa\ en se rerroidissaiit les pre-
piières, auraient dû descendre à Tintcrieur, et <^tre
remplacées par des parties internes qui seraient
venues se refroidir à h superiicie, pour redcscen-
d € ensuite à leur tour. (Théor. math, de la chai.,
rains de transition et des premiers terrains
secondaires, la température de la soperflcie
terrestre a été absolument uniforme et in«
dépendante des latitudes ; et que, depuis
cette époque, la plus ancienne dont nous
puissions vérifier la date, la température
moyenne n'a pas cessé de s'abaisser, jus***
qu'au moment où la terre fut donnée aux
enfants des hommes. [Ps. c\iii} (934). Mais
nous voyons que, si dans cette théorie ta
température moyenne de la superficie varie
avec une lenteur incomparablement moindre
que dans Thypothèse de la chaleur centrale;
ce décroissement de la température est en-
core infiniment plus lent que le décroisse-
ment constaté par l'observation des phéno-
mènes géologiques.
ff Nous pouvons dire, sans craindre de
nous tromper, qu'en assignant une durée
encore aussi prodigieuse et aussi exhorbi-
tante à l'accroissement ou au décroissement
d'une température acquise, M. Poisson n'a
fait que sacrifier à l'exigence du principe
qu'il invoque. Le mouvement propre du so^-
leil, auquel il a recours, s'opère avec une
lenteur telle, que, dans les o(»érations mèine
les plus délicates, et dans les calculs qui
embrassent les plus longues périodes, il
n'est pas distingué et ne saurait être distin-
gué d une fixité mathématique. Un mouv^
ment qui doit se soutenir pendant des si^
clés pour être appréciable, exige sans doute
des milliers de siècles pour que son in-
fluence puisse altérer les températures ter-
restres. Il a donc fallu attribuer, à Taction
de Taccroissement ou du décrotssenfient do
ces températures, une durée qui fût en rap-
port avec la longueur de la mystérieuse ré-
volution qu'on a imaginée.
« Mais avons-nous besoin de reoourir à
cette influence plus que problématique,
pour rendre raison de 1 élévation de tempé-
rature qu'on observe au-dessous de la sur-
face du globe? avons-nous besoin de recou-
rir à cette translation de la terre dans d'an-
tres régions de l'espace, et à cette inégalité
de chaleur de ces régions c^ue rien ne justifie
et que rien ne peut autonser t Nous esi-il
permis d'ignorer que la formation définitii^
on la constitution physique de la terre a
précédé celle du soleil 7 Nous savons qu'im-
médiatement après sa formation, la terre
opérait encore sa révolution dans les régions
supérieures de l'atmosphère primitive de la
masse génératrice de tout le système solaire
ou planétaire. Les mêmes circonstances qui
ont fait que cette atmosphère primitive n'a
pu opposer qu'une résistance Insensilile
cliap. 12. — Mém. sur les lemp. du globe, p. Il
et h.)
(935) Mémoires sur les tempéralures du giote^
p. f 5.
(934) Noos ferons oKserver à M. Godefroy q»*il
sérail plus exact de dire que jusqg*à Téiage sub-
apenniQ qui a précédé ravenement de rtiomme sur
la terre, il n*y a pas en de lignes Isoibennes ser
notre planète, et la température y a été absotoRMiii
indépendante des latitudes. La Ject^^ee «êS fie-
nes tl dcH flores ne date mie d^ ' '««^lle.
(JÉn. (w St-Ci..)
1371
TER
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
TER
I57i
aux corps qui to traversaient, u'ont-elles
fias dû agir sur la température des couches
extérieures de notre globe? Les effets ré-
sultant imiuédiateinent et nécessairement
d*un fait aussi positivement révélé que celui
de la formation de la terre avant Torsanisa-
tion du grand /umtnaiVf, sont bjen plus sa-
tisfaisants et beaucoup plus compréhensi-
bles que ceux qu'on veut attribuer à une
incertaine inégalité de chaleur des régions
de t'espare parcourues par la terre, dans un
mouvement tout à fait insaisissable (935).
< Ceux qui regardent la Genèse comme le
livre dicté par Tesprit de Dieu comprendront
toute la portée de cette déduction, si légi-
time d'ailleurs. A ceux qui ne reconnaissent
il*autre autorité que Tautorité de la science
de rbomme, nous proposerons une considé-
ration qui ne sortira pas du cercle étroit
qu'ils se sont tracé.
« Nous dirons à ces derniers : La science
des hommes nous apprend que la terre a été
créée à Tétat de matière vide et taine^ à l'état
de molécules élémentaires, ou, pour parler
un langage purement scientiflque : Toutes
les théories modernes^ fondées sur les données
les plus positives que nous fournissent Vas^
tronomie^ la physique et la ^éologie^ admet-
tent que la terre était primitivement à tétat
fazeui^à l'état de vapeur; c*est-à-dire dans
état d*un fluide aériforme dont la densité ne
peut dépasser un maximum relatif à son degré
de chaleur^ et qui se liquéfie ou se solidifie dès
que l'on augmente la pression qu'il éprouve
sans changer sa température. Nous leur di-
rons : La température de la terre dépendait
alors du lieu au' elle occupait dans F espace:
mais, indépendamment des attractions et ré-
pulsions qui n'ont lieu qu'entre les molécules
vois'nes^ et qui produisent la force élastique
des fluides aeriformes^ égale et contraire a la
pression qu'ils supportent^ les molécules de
la terre étaient aussi soumises à leur attrac-
tion mutuelle^ en raison inverse du carré des
distances ; et de cette force il est résulté, sur
toutes les couches de la masse fluide, une pres^
sion nulle à la surface, et croissante de la
surface au centre, t'est celte pression crois-
sante, leur dirons-nous encore avec les sa-
vants, ei non pas une température extérieure
beaucoup moindre que celle du fluide, qui a
fait, que les couches les plus voisines du
centre se sont d'abord solidifiées, à raison
de ' l'excessive pression qu'elles éprou-
Taient (936). Mais ici nous leur ferons ob-
yer que cette pression, qui allait décroissant
du centre à la circonférence, oti elle était
nulle, n'a pu déterminer la solidification en-
tière des dernières couches de l'enveloppe
du globe. Nous leur ferons observer que les
molécules de ces dernières couches, sou-
mises à une pression infiniment moins puis-
. ^935) Voici les idées cosmogonlques, particalières
al auteur, qui reparaissent. Déjà, à ranicle Go-
WROf , nous avons vu en parlant de l'œuvre du
troisième jour, la sinj[uliére théorie qu^il imaffîne
pour donner de la lumière et de la chaleur aux plan-
tes créées ceiour-là. Nous y renvoyons le Jecieur.
(Jeu. (DE St-Cl.j ^
santé, n'ont pu être élaborées par cette com-
pression, comme les molécules des couclies
centrales. Pour celles-là, la déperdition ou
l'expulsion du calorique n'a pu se faire arec
la même rapidité ; et leur superposition n*a
dû constituer que des couches concentriques
dans un état de mollesse ou d'intumescence
analogue à la quantité de calorique qu'elles
retenaient. On conçoit en effet que, la près-
* sion, diminuant progressivement d'intensité
du centre à la circonférence, laquelle n'avait
à supporter que le poids des molécules de
la mer et de 1 atmosphère, les effets de cette
énorme compression produite primltive-
ment par le poids de la masse du globe, ont
dû diminuer dans la même progression (937).
« Cependant la science ajoute que les cou-
ches suivantes se sont solidifiées ensuite à unt
température et sous une pression moindre; et
ainsi de suite, de proche en proche, jusquà
la superficie (938). Et, comme ici nous ne
voulons rien dire que ce qu'elle dit elle-
même, nous répéterons avec elle que, en le
solidifiant ainsi du centre à la surface, et^ ti
Fon veut, en continuant à se refroidir aprèi
être devenue entièrement solide, la terre a pu
perdre, depuis longtemps, toute sa chaleur
d'or lytnf (939). La terre a pu perdre, depuii
longtemps, toute sa chaleur df originel Mais
qui pourra nous apprendre si elle a déjà
perdu toute sa chaleur d'origine? Comment
saurons-nous si elle ne continue pas ern-ore
à se refroidir pour la phemièiie fois? Or, si
personne n'a feçu la mission scientiGque de
sonder les profonds recoins de l'univers ou
de la création, quelle nécessité d'aller faire
réchauffer notre globe dans des régions in-
connues de l'espace, pour le voir refroidir
ensuite ? Pourquoi vouloir assigner une autre
cause de la différencede températuredes lieux
profonds et de la surface de la terre, lorsque
nous connaissons la véritable cause, lorsque
la science humaine concourt si merveilleu-
sement avec la science divine pour nous
donner l'explication de ce phénomène? U
ne s'açit plus ici d'une chaleur d'ignition,
d'une incandescence originelle, d'une cha-
leur centrale ; ainsi nous n'avoifs pas besoin
d'accumuler des centaines de myriades de
millions de siècles pour supputer les tempî»
qui ont précédé l'époque actuelle. Et puis-
que, d'un autre côté, nous n'avons iatna|s
eu l)esoin de recourir à l'influence périodi-
que d'une incalculable révolution dans Kini-
mensité de l'espace, et que rien ne nous
oblige à donner telle ou telle durée i /Wion
de la température originelle de notre Rloto
nous laisserons aux géologues, seuls juf^
compétents de la matière, le soin de coDsia-
ter, par l'observation des phénomènes géo-
logiques, l'étendue des progrès du décrois-
sement de la température terrestre.
(936) Mém. sur ta temp. du globe, p. 41— f*'^
fiMth, de ta chat», p. 429.
mauvaise
de
(938) Théorie mathém, de ta chat., p. W*
(939) Ibid.
IS75
TER
ET D£ PALEONTOLOGIE.
TER
1^74
« Quant au degré de température de cette
couche extérieure du globe, et à la limite
de Taccroissemcot de cette température dans
le sens de la profondeur, rien ne s'oppose à
re qu*on adopte les bases proposées par
M. Poisson ; G*est-à-dire au'on peut admettre,
avec le physicien géomètre, qu'à une pro-
fondeur d'environ 7,000 mètres la tempéra-
ture du globe atteint son maximum^ et sur-
passe d'environ 107 degrés celle de la su-
perficie, et qu'au delà de cette limite elle
diminue, pour disparaître entièrement vers
(>0,00Ô mètres de distance à la surface. On
pourrait même, sans inconvénient, donner
une plus grande extension aux effets de cette
cause primordiale ; et môme on pourrait,
avec M. de Boucheporn, attribuer à cette
cause l'existence d'une couche visqueuse ou
fluide entre le noyau solidifié par écrasemenij
et la pellicule extérieure soIidiGée par le
refroiaissemeni (9W). Mais il y a certaines
limites qu'il n'est pas permis de dépasser.
Il est démontré que, depuis 2,000 ans, le
jour sidéral n'a pas varié de 1}100' de seconde,
ou que la diminution de la température de
la masse totale du globe a été moindre de
1/200* de degré ; c <est-à-dire qu'il est dé-
montré ou'en 2,000 ans la terre n'a pas
{prouvé fa plus légère diminution dans ses
limensions. Ce résultat, qui, dens l'hypo-
hèse d'une fluidité centrale, détruit tous
es fondements de la chronologie des eéo-
ogues, est une nouvelle couGrmatiou ae la
heorie que nous opposons aux pltUontens^
)uisque dans nos principes le volume du
;lobe est à très-peu près invariable, et indé-
pendant du décroissement de la tempéra-
ure de sa croûte extérijure, de son écorce
uperficielle.
« Evidemment, les deux méthodes que
DUS venons d'exposer, ces deux méthodes
ui s'appuient sur le même principe, et
u'en réalité nous déduisons également de
économie de la narration sacrée, rendent
lison de l'accroissement de température
es lieux profonds du globe, tout aussi bien
ue rimroersion accidentelle de la terre dans
Efs régions de l'espace d'une température
lus élevée que celle des régions qu'elle
;cupe aujourd'hui.
•c Dans cet exorde, si propre à concilier les
léories de la terre les plus opposées, il
est plus question, pour expliquer certains
lënomènes géologiques, dé faire de la terre
1 noyau de comète, une déjection incan-
scentedu soleil, une étoile éteinte, un so-
il encroûté. Le phénomène de la chaleur
opre du globe terrestre est la conséquence
comme le résultat nécessaire de sa pre-
ssion de la masse moléculaire de la créa-
»n, que l'esprit de Dieu ou le principe
lorifique tenait à l'état de gaz ou de va-
ars au milieu des ténèbres universelles.
OiO) Théorie nouvelle des rételulioHS du globe,
rtimunicaiion faite à rAcadëmie des scieuees,
nce du 15 juillet 1844.
Uil) Nous pensons que M. Godefroy se fait d'è-
re K^$ illusions et aue tes idées n*aitron( poit:t cette
Ja-:': fortune. (/(1h. (de St Cl.)
« On comprend combien cette théorie, que
nous présentons avec toute la confiance
que doit nous inspirer sa conformité entière
avec le plan de création traré dans la Genèse^
[leut répandre de clarté et de lumière sur
'interminable querelle des Nepluniens et
des Plutoniens (941).
« En faisant de notre planète tantôt un
laboratoire chimique et tantôt une machine
hydraulique, les géologues se sont appli-
aués à tout déduire d'un feu souterrain, ou
s se sont amusés à tenir en suspension,
dans une mer universelle, tous les éléments
des substances actuellement observables ;
mais leurs conceptions n'ont jamais em-
brassé Tuniversalité des phénomènes, parce
que ni les uns ni les autres n*ont pu remon-
ter jusqu'à leur première cause. La solidifi-
cation des gaz et la volatilisation des solides
est aujourd'hui la base fondamentale de la
chimie et de la physique. Ce même principe
doit incontestablement servir de base à toute
théorie synthétique sur la formation de la
terre* et sur les changements arrivés à sa
surface. Alors tous les phénomènes géolo-
giques et cosmogoniques dériveront d'un
seul et même fait, du fait de la gazéité de
la matière de la création ; et le procédé que
la nature a suivi dans la composition pro-
gressive des globes de l'univers nous sera
entièrement dévoilé. Mais c'est aux physi-
ciens qu'il appartient de déterminer les etfets
de cette cause primitive, unique , générale»
qui a présidé à l'organisation des corps cé-
lestes.
m Déjà M. Ampère, d'accord sur ce point
avec M. Poisson et avec MM. Davv, Gay-
Lussac, Becquerel, etc., a démontré que la
fluidité de la masse inférieure du globe est
inadmissible, et que tous les foyers de cha-
leur dont Texistence nous est révélée par lès
Iihénomènes géologiques ont nécessairement
eur siège à une très-faible profondeur.
« Dans l'impuissance où ils se trouvent
de repousser les objections du célèbre phy-
sicien, les géologues plutoniens répondent :
qu'on pourrait admettre qu'il existe au centré,
des matières qui nous sont inconnues, et qui
resteraient infusibles à la plus grande cna*
leur (9i2).
« Et les géologues, aui font cette réponse
désespérée, sont ceux-là mêmes qui ensei-
gnent que, au moment de la rr^ton, te terre
était un globe fluide et incandescent, une d^-
jection incandescente et fluide du soleil (9tô) ;
et CCS mêmes géologues, qui renient ainsi
leurs propres principes, proclament en ce
même lieu quil n'est aucune pierre, aucun
métal, si réfractaire, qui puisse rester solide
à la profondeur de 20 ou 25 lieues, et qui ne
thive y être dans un état complet d^ineandes-
cence et de fluidité (M4).
« Plus tard, s'étant aperçus qu*à ce compte
(04i) Géologie éUnuntttire, par M. Nérée BoobAb,
p. 13. I'- édtt.
(9i3) Tableau de Vétaidu globe à ses diférentséges,
par M. N. BotiaÉe.
(944) Géolog. élém. pw le ménK» p. 13» i" édit^
Les corpt les plus réfractaires seraiM à l'éUl de |âa
^ïSti
TER
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
TER
i576
la tcmpérattire du centre de h terre serait
de plus de 200,000 degrés, ils ont imaginé,
^ pour échapper h cette conséquence absurde,
de mettre des limites à cet accroissement de
température en raison de la profondeur :
On conçoit, disent-ils aujourd'hui, que celte
prGgreè'rion ait un terme ; car la température
centrale de la terre ne peut pas être plus
grande maintenant que lors de la formation
au globe ou que lors de la fusion générale de
toutes les matières qui le composent (9V5).
'Mais a!r)rs les diflicullés que leur oppose
M. Ampère, avec tous les physiciens et les
géomètres, restent dans toute leur force :
aussi jugent -ils à propos aujourd*hui de
I)asser sous silence ces malencontreuses
' objections. Puis, il faut bien le dire, on ne
conçoit nullement que cette progression ait
un terme ; on ne conçoit pas que cette pro-
gression puisse avoir d'autre terme, à cause
de la pression toujours croissante de la cir-
conférence au centre, que la soliditication de
la masse centrale |)ar reipulsion du calori-
que, h moins qu*on ne veuille recourir à la
vojatilisation de cette masse centrale, dont la
puissance matérielle sous un volume égal
est si supérieure à celle de son enveloppe
solide (9V6). Comme cette dernière supposi-
tion est par trop insoutenable, "et que aail-
Icurs elle ne répond à aucune des difficultés
que soulève Thypothèse d'une incandescence
origine^ie, il faut de toute nécessité que les
géologues plutoniens s*attar|uent tout à la
ois aux formules algébriques des géomètres
f,
à anc profondeur beaucoup moindre ; car il n*est au-
cuu lie ceé corps qui ne se volatilise à une clialeur
de 400 degrés, et d'après les géoiosucs l^s plus mo-
dérés, la chaleur augmenterait d uu degré par SO
mètres de profomlcur.
Au i-eslc, il raiii bien que ceClc chaleur ne vienne
' pfts d'un foyer commun, puisque rcxpfirien're prouve
tous W jours que son accroissement peut être deux
et même trois fois plus grand dans une contrée que
i\m6 une autre.
(945) Céohg. élém. par M. Nérée Boubée, p. 12,
Z' Cilit.
(946) La densité moyenne du sphéroïde terrestre
est de 5,4i, celle de leau étant i. b*ou 11 résidte que
ia densité des couches centrales doit dépasser de
beaucoup ia densité du platine écroui, qui est 2%
fois plus grande ((ue celle de Teau; augmentation de
• densiié cfemonlrée d'ailleurs par raocroissemeut de
la pesanteur, par les calculs hydrostatiques et par
)es observations astronomiques.
(047) Cette iilée du célèbre Davy a été adoptée par
DOS plus habiles physiciens qui attribuent les phé-
nomènes de la chaleur des lieux profonds du globe
et tous les [ihénomènes volcaniques, soit à Faction
des méiauY qui possèdent à un haut degré la pro-
priété d<^ décomposer Teau , tels que le potassium,
' le sodium , le calcium, le silicium, le magnésium,
• etc., aott aux actions électriques résultant du coïk-
lact immédiat des différents métaux.
La cause productrice des volcans, suivant M. Gay-
Lussac, est une affinité très-énergique et non eu-
. em satisfaite entre les subëtanccs que le contact a
mises à même dagir les unes sur les autres; d^où
résulte une chaleur suiMsanCe pour fondre les laves,
et pour donner aux fluides élastiques dégagés dans
ce travail de la nature, une force capable de les éle-
^ ver et de le« vei«er è la surface de la terre. (Hé"
fissions sur les volcans. Annales de cliimie, t. XXlî).
et aut impossibilités iBaléfiélIes d^ physi-
ciens.
c En aUendant, nous ferons obsctrer à
ces derniers, aux physiciens aussi bien
gu*aux géomètres, que, si rhy|X)lhè5e d'une
incandescence originelle ou aune fluidité
centrale, conorae Tentendent les plutooiensi
c'est-à-dire d'une fluidité solaire ou sld-
laire , va directement contre le récit de la
Genèse, la théorie dVne chaleur originello
est le complément indispensable d'une cos-
mogonie qui assigne au ciel et à la terre,
ou a tous les globes de l'univers, une môme
nalure et une origine commune, de même
qu'elle est la seule qui puisse satisfaire à
toutes les conditions du problème que pré-
sente la géologie.
«i Dans la théorie de M. Ampère, si re*
marquable à certains égards par sa coïnci-
dence avec la théorie mosaïque, tous les
I)hénomènes géologiques s'expliquent avec
a plus grande facilité; et, comme nous nV
vons en vue dans cet essai que le triomphe
de la vérité, nous ne pouvons mieux faire
3 ne de transcrire le passage suivant, extrait
es Mémoires et des leçons du grand phjsi-
cien.
« ^hypothèse d'un noyau non oxydé ^ déjà
présentée par Dary (947) comme la seule ad-
missible, explique trcs-hien les volcans^ sans
qu'on ait besoin de supposer que la terre ail
en elle une chaleur énorme, qui serait due à
Vétat de fusion de toute sa partie intérieure.
En effet f cette masse non oxydée est une
M. Becquerel a émis en plus d^une oocastos to-
piiiion qu'd doit se produire dans le sein dé la icrrf.
au contact de Peau avec les niasses oiinéraks, é^
phénomènes analogues à ceux qui se niauifest nt
entre le platine et le paroxydc de manganèse, placée
aux deux extrémités dn m d'un galvanomèirv, et
plongés Tun et Tautre dans Teau. M. Becquerel pense
donc aue les masses minérales qui coaiposeiit le^
oorce au . globe, doivent se charger d'une qttaptiie
coRsidéraole d'électricité, et déterminer, dans cer-
taines circonstances, de puissantes commtùons,
comme il arrive aux deux m&aux, dans le fait qu'il
a observé le premier.
Déjà ou a appliqué les effels électra-chimiques à
Texplication de la chaleur qui s'observe daos Te-
corce de la terre, et de plusieurs phénomènes |éolo*
giqties ; on a expliqué ainsi le nonleverseroeut ar-
rivé le 8 février 1858 dans le vallon de Sassari^où
le terrain fut rehaussé et déchiré en tous lens.
Dans les /ifs/rvcttani de V Académie fwrVesfééi-
lion scientifique en Scandinavie, on expose <iueii)
phénomènes électriques ont pris auiounTbui we
telle importance, ep raison de leur relation avec do
grand nombre de phénomènes naturels, qu^il ^
tes prendre en considération lorsqu'on émit «^
derniers.
Il y a tout lieu de croire, portent ces kifitradioa^
qu'il existe des courants électriques parcourant lr«
veinules métalliques conduarices de 1 élecu'tcilé,<|tti
établissent la communication entre la partie non
oxydée du globe et les liquides vcnos de la sarfacr
par des interstices, comme les d^ectteas votcaiit-
la partie oxydée rélect:idté négative. Delà untioa^
de décompositions, de composiiions nouvelles, (((<
KTJ .TCR ET DE PALEOM
source thimique \niarU$Mt de chaleur, qui do
se manifestera toutes les fois quun corps liq
tiendra former arec elle quelque combinaison ; qui
de sorte qu^un volcan en activité semblerait ter
n'être antre chose qu'une fissure permanente^ se
une correspondance continuelle du noyau gk
non oxydé aieee les liquides qui surmontaH pei
su couche oxydée (948). Toutes les fois qu'a toi
lieu cette pénétration des liquides jusqu'au et
noyau non oxydée il u produit des élévations t mj
de terrain ; et c'est un. effet qu'on pouvait pré» lo%
voir^ puisqu'on sait que U métal^ en s' oxydant ^ vét
doit augmenter de votume (949). ^é^
€ La chaleur résultant de Faction chimique *
itoit avoir son maximum d'intensité au point ^^
où se fait la combinaison y c'esl-^-^ire à la ^i
surface de contact de la partie oxydée avec le ^^
noyau métallique: et de là elle dott se propa- ^'
ger non^seulement vers Vextérieur du globe, ™J
$nais aussi vers son intérieur. On voit, aaprès *©'
cela, que la marche de la chaleur dans tinié^ H^
rieur du globe est une marche centripète : à ^^^
mesure que C oxydation de la croûte va plus *^!
avant, la région des actions chimiques, source ^V^
de la chaleur, s approche du centre, et la cha-- ^'^
teur dégagée se propage, en s' affaiblissant, du ^'
dehors vers le dedans; de sorte que, si les ^^
tnétaux étaient moins bons conducteurs, on ^^
pourrait supposer que ce centre est tris-froid, ^^
« Ce que nous venons de dire parait, au ^^^
premier abord, être en opposition avec les ^^^
faits observés. On a reconnu, en effet, qu*à V^
partir de la surface, et jusqu'à une certaine <
profondeur, la température va toujours en éci
augmentant: et on s'est pressé et en conclure Ba;
que raugmentation continue à aller jusqu'au fot
centre, oii au moins jusqu'au noyau liquide, dé
Les observations sont bonnes, mais la conclw- ten
èion est attaquable. Remarquons d'abord que pa\
cette augmentation de température, à partir ph
de la surface jusqu à une certaine profondeur, été
ne fournit pas matière à une objection : dans ho\
notre hypothèse même elle est nécessaire, puis-' Im
que le masimuin d'intensité de la chaleur sm
(BAS) c On peul Ciirc, avec doc petite masse de gèi
pocasanim» vne eipéricnee qui reiMnéseoie ea iiiîiiîa- pai
mre les boHleversenieiils qui oni dû avoir lieu sur scr
le gtobe terrestre^ ^uaud une substance jusqu*alors qu<
sazeuse est tombée a Tétat liquide sur ce globe, dont en
la surface était de nature à agir chimiquement sur à 1
eDe. Pour cela il suffit de projeter en 1 air de Teau, an'
de manière à ce qu^elle retombe en gouttes imper- «ei
ceptibles sur ce globe de polas&iun. A mesure qu elle puj
y arrive, chaque molécule d*eau est décomposée ; do
•siHi bvdrogèue, à cause de rélcvatioo de température p.
qai se produit, braie avec une petite Ëamnie sem» (
-lUable à celle d*un volcan ; il se Csit au point Je oon- tac
lact une petite cavité, qui est le cratère, et Toxyde et i
de potassium se relève sur les bords en formant un qui
monticule, dont le cratère occupe le centre. t{Revnê poi
des iMmX' Mondes, i" juillet 1853; TkéoHe de la coi
Terre, d'épris Jf. Ampère, p. 102.) dei
(9i9) I il reste un jcrand monument des boule- ran
versements qn*a ptodmta sur le globe la décomjtoai- ma
tioii des cfir|M oxygénés par les métaux dans Ténor* de
ne quantité d*aioie qui forme la plus grande partie put
4e notre atmosphéie. U est peu natorer de supfMser ma
4|ueoetaiale naît pas été prirnîtivemest combiné; cot
probablement il Tétait avec Toxygèue sous la forme ma
diacide ttitreilx ou nitrique. Pour cela il lui aurait (Ib
lalu^ ceaume on le sait, huit à dix fois plus d^oxy- {
1579
TER
DIGT.ONNAIRE DE COMOGONIE
TER
iUO
qu'Us éprouvent une chaleur S5 fois plus
grande que celle du soleil en été; et en éte\
lorsque cet astre les brûle ^ ^'^^^ périraient
de froid sUls n'étaient échauffés que par ses
rayons (952)? BufTon, daas ses Epoques de la
mturcy u*a pas été plus modeste dans son
évaluation : il estime que la ?ie de la nature
sensible s*éteiudra dans 93,000 ans, époque
à laquelle notre globe sera plus froid que la
glace. Si quelques-uns de nos géologues
pluloniens n'osent pl4is exprimer numéri-
auement leurs pensées sur l'intensité et la
urée de la chaleur terrestre, ils ne persis-
tent pas moins à nous menacer d'une congé-
lation générale à une époque plus ou moins
reculée. L'atmosphère ^ disent-ils, ne cessant
de diminuer par la condensation des matières
qui la composent y finira par disparaître sue^
cessivementy à mesure que la chaleur centrale
diminuera, que la croûte terrestre s'augmen-
tera par-dessus et par-dessous, et que le globe
s'approchera dune inertie et d'une extinction
plus complète. Alors il n'y aura plus de vie
sur le globe, ou du moins, n'y ayant plus ni
air ni chaleur, et les eaux ne formant qu'une
masse de glace, aucun des êtres qui vivent au-
fourd'hui ne pourra y exister (953).
« Mflisnous savons aujourd'hui de science
certaine gue l'abaissement de la température
a tout à lait cessé; que la chaleur primitive
du globe, quelle qu elle soit, ne contribue
plus depuis longtemps à la température de
sa surface, puisque la température des pôles
et celle de l'espace où la terre se meut sont
ramenées, ou a fort, peu près, à l'équilibre.
M. Laplace avait annoncé que la chaleur inté-
rieure de la terre n'ajoute pas maintenant
un cinquième de degré à fa température
moyenne de sa surface; mais des expérien-
ces décisives f dues à M. Fourier, nous ont
appris que l'effet thermométrique de cette
chaleur sur la température de la surface
n'est pas même de la trentième partie d'un
degré. C'est ce qui a fait dire à M. Arago, que
Vingénieux roman des géologues s'est dissipé
comme un fantôme devant la sévérité des cal"
culs mathématiques, et que V affreuse congela'^
iion du globe, dont Buffon fixait l'époque au
moment où la chaleur intérieure se sera tota-
lement dissipée, est un pur rêve (954). »
Un peu plus loin, M. Godefroy rejette, et
avec raison, l'idée bizarre de H. Boubée, qui
forge à la terre, avec des matières métalli-
ques, mercure, plomb, zinc, etc., une atmo-
sphèce impénétrable aux rayons solaires*
jusqu'au quatrième jour, c'est-à-dire jusqu'à
une époque où, d'après la Genèse, comme
d'après la géologie, la terre, depuis long-
temps sortie du sein des eaux, se couvrait
de végétaux.
M. Godefroy termine son chapitre sur la
(052) Neuvième lettr,^ à M. de Y chaire sur Vorigine
dei iciences,p. 293 et 503.
(953) Céofog. élém. p. 74. — La Géotog. liée à
rastronom. par M. de Nigbis, p. 50, 4843.
^ (954Mn/i. 4834, p. 491,492.
' (955) Les partisans de ce système renouvelé de
¥fhi8ton se divisent tout d*abord. Les nns , comme
M Marcel tte Serres , estiment que les formations
Théorie de la Terre par la réfutation d'une
opinion de H. Marcel de Serres, sur l'état
de notre elobe au troisième jour.
<f Chez les cosmogonistes à création doubh
(9S5), la terre avait, dès l'oriçine, une lu-
mière aussi vive qu'étincelasUe ae clarté, mais
une lumière propre, à elle appartenant.
Voici ce qui le prouve ou comment on le
prouve :
«r Dans le principe des choses^ tous k$ ma-
tériaux qui composent aujourd'hui la motte
solide du alobe ne formaient qu'un tastt bain
liquide, ou bouillonnaient de toutes partt Itt
matières les pius denses et les plus /fjcei.
Comment une pareille conflagration aurait-
elle pu avoir lieu sans produire une lumièrt
aussi vive qu'étincelante de clarté?
« On assure même que cette lumière de-
vait être des plus resplendissantes, à peu prh
comme celle que nous produisons enporiafit
à l'état iignition des fragments de chaux
dans certains mélanges gazeux dont tœil ne
peut supporter f éclat ni la vivacité : ei tu-
core que c'est sur les données fournies parla
Genèse, que nous avons eu les premières idéet
sur l'origine de cette tertre, qui, comme cer-
tains des astres qui nous éclairent , est main-
tenant un soleù éteint et tout à fait en-
croûté (9^).
« Nous ne nous arrêterons pas à demander
à ces continuateurs de Whiston, quels sont
ces certains astres qui nous éclairent, €t
comment ils nous éclairent s'ils ne sont pk«
que des soleils éteints et tout à fait encroû-
tés, ni quelles sont ces données fournies
far, la Genèse sur cette orisine de notre terre
l'état de soleil. Nous ne leur demanderons
même pas si la terre était encore un Tasie
bain liquide et bouillonnant, ou si elle n'a*
vait aéja plus sa lumière propre, si elle était
déjà un soleil éteint à la troisième éf»oque
Senésiaque, alors que sa surface se couvrait
e végétaux. La réponse à Tune ou à l'autre
de ces questions serait par trop embarras-
sante. Nous ne nous arrêterons pas non plusl
faire voir que l'explication non moins dé-
sespérée des cosmoçonistes à effluxions so-
laires est en opposition flagrante avec les
premières notions de l'hydrostatique, de la
gazéostatique et de la physiologie v^étale;
que les matières métalliques ont plus de
pesanteur que l'eau, et que ces substaoces
ont besoin d'un degré de chaleur beaucoup
plus élevé pour se maintenir à l*état de gsi
ou de vapeur; que la lumière est indispen-
sable à la végétation, et que toutes les plaates
ont besoin d'être sous son influence pour
croître et se reproduire (957). n
TERRE. Voy, Matièbes êlémentaiabs dc
GLOBE TERRESTRE.
TERRE A FOULON. Voy. Bajocibx.
géologiques font partie de la seconde création, de h
création actueUe. Les autres, avec le docteur Bui^
ktand , rejetteai toutes les formations géologiques a«
delà du premier jour genésiaqne, dans une ou pin*
sieurs créations aRtérteures à la création décrifas
dans nos livres saints.
(956) M. M. DE Serres, op. cit., p. 109, 227.
(9»7) Cosmogonie de la HévélaHon , p. 20&-i33
J
l3St
TER
ET DE PALEONTOLOGIE
TER
ISSi
TERTIAIRES (TERRAINS). — Cinquième
grande époque du monde animé. C'est Té*
poque de la première apparition de la classe
des insectes myriapodes ; des ordres de mam-
mifères rongeurs, pachydermes, carnassiers,
quadrumanes, chéiroptères, cétacés, amphi-
bies, insectivores édentés et ruminants; de
la plupart des ordres d^oiseaux ; des reptiles
ophidiens (serpents) et batraciens (grenouil-
les) ; des poissons pleurouectoïdes, des crus-
tacés stomapodes et amphipodes.
Règne des ordres de mammifères pachy-
dermes et édentés, des genres anoplothe-
rtum , dinotherium^ toxodon j maslodon,
rhinocéros y tapirus, elephas^ hippopolamus^
etc., etc.
Werner ayant, depuis longtemps, donné
aux parties marines de cette époque le nom
de terrains tertiaires^ un grand nombre d*au-
teurs Favant, depuis, adopté, et ce nom
étant vulgarisé dans la science, nous n'a-
vons pas voulu le changer, quoi qu'il soit
en opiiosition directe avec les époques qu'il
représente. Lorsque Werner, dans sa mé-
thode, avait des terrains primitifs ^ des ler-
rains de transition (pour les terrains paléo-
zoïques) et des terrains secondaires (pour
nos terrains jurassiaues et crétacés), on con-
çoit, en effet, que le nom de terrains ter-
tiaires ait pu venir ensuite. Aujourd'hui
cette grande division des âges du monde
n*est plus la troisième é))oque, mais bien la
«cinquième et dernière de i'animalisation,
avant Tarrivée de Thomme sur la terre.
Considérant les phénomènes terrestres des
alluvioRS et des uépAts d'eau douce comme
étant nécessairement contemporains des
phénomènes marins, nous ne pouvons, en
aucune manière, sous le rapport stratigra-
phique rigoureux, les séparer les uns des
autres, et former des époques distinctes de
ces différents modes de dépôts qui se fai-
saient simultanément sur divers points du
S lobe : voilà quant au modo de formation
es couches sédimentaircs. H nous reste à
donner les limites en hauteur de l'ensem-
ble , (lue nous considérons comme apparte*
liant a la cinquième grande période du
inonde animé. Nous appelons terrains ter^
tiaires la succession d'elagcs comprise entre
VéX^^e danien, dernier représentant des
terrains crétacés, et l'époque actuelle. Nous
y groupons, dès lors, toutes les couches
depuis et y compris l'étage suessonien ou
nummulitique, jusqu*aux dépôts subapen-
nîns, qui ont précédé l'époque contempo-
raine. Les grands traits des caractères pa-
léontologiques et stratigraphiques offrent
raccord le plus parfait dans la séparation
nette et précise de cet ensemble des époques
inférieures et de la faune actuelle.
Type. — Nous ne connaissons nulle part
l'ensemble superposé complet ; mais la plus
grande partie se montre aans le bassin an-
^lo - parisien, soit en marchant de Vertus
(Slarne) Jusqu à Paris , soit en allant de
l'Aisne (France) en Belgique, jusqu'à Ton-
tçrcs, ou dans le bassin pyrénéen, de Saint-
Palais, près de Royan, à l'embouchure de la
Gironde, jusqu'à l'ouest de Bordeaux.
Extension géographique. — Les dépôts ma*
rins de cette époque, pris en général, sans
avoir égard aux étages, forment, en Fraiice
et en Angleterre, quatre bassins maritimes
bien circonscrits :
Le bassin anglo-parisien, qui s*étend, en
Belgique, jusqu'à Maestricht, et dont les
limites orientales, autour de Paris, sont :
Vervins, Laon, Reims, Epernay, Montereau;
puis, en tournant au sud et à l'ouest. Pro-
vins, Fontainebleau, Elampes, un peu au
sud du cours de la Seine, et une partie du
Cotentin. Le complément septentrional se
trouve en Angleterre, dans le Dorsetshire;
puis, en suivant une ligne nord-est et sud-
ouest, en passant par Salisbury, Newbury,
Reading, Uertford, Norwich, et à Test de
Wells.
Le bassin pyrénéen commence à l'embou-
chure de la. Gironde; ses limites orientales
forment un demi-cercle irré^ulier jusqu'aux
Pvrénées, en passant par Blaye, Libourne,
Marmande, Nérac, Condom , Aire, jusqu'à
Pau; là il s'élargit, parait occuper presque
toutes les Pvrénées, et communiquer avec
le bassin méditerranéen.
Le bassin méditerranéen occupait une
1>artie de la Haute-Garonne, de l'Ariége, de
'Aude, des Pyrénées-Orientales, de l'Hé-*
rault , d'où il couvre une partie de la Pro-
vence, et s'étend au N.-N.-E. par Carpenlras,
Moritéliniart, Voiron* laTour-du-Pin, le Fort
de l'Ecluse, et continue par la Suisse, jus-
qu au Danube.
On voit que ces trois premiers Iwissins,
que' nous avons rus occupes successivement
par les mers jurassiques et crétacées, l'ont
encore été par les mers tertiaires ; mais à
ceux-ci vient se joindre un quatrième bas-
sin* inconnu jusqu'alors : c'est le bassin /t-
gérien. En réunissant entre eux les lambeaux
tertiaires marins disséminés sur une partie
de la Touraine et de la Bretagne , on veic
qu'il existait une mer, allongée du N.-N.-O,
au S.-S.-E., qui commence à Pontlevov (Loir-
et-Cher), passe au N. de Tours, de Château-
Gontier, au N.-E. de Rennes, et va rejoindre
la Manche, d'où elle s'étendait à l'embou-
chure de la Loire , dans une partie de la
Vendée et des Deux-Sèvres.
Pris en général , les terrains tertiaires se
trouvent sur une infinité de points du monde
géologique connu , comme on pourra s'en
assurer aux étages. Nous ne chercherons donc
pas à les mentionner ici, et nous nous con-
tenterons de dire que les terrains qui nous
occupent se trouvent sur beaucoup de lieux
sous la zone torride, et de chaque o6té du
monde, jusqu'aux régions des contitients
voisines des pôles.
« Beaucoup plus connus que les terrains
jurassicjues et crétacés, les terrains tertiai-
res, dit M. d'Orbigny, nous ont pourtant
demandé beaucoup de recherches. En pro-
cédant à leur égard comme pour les terrains
précédents, non* '^^' ^marnes bientôt
438S
TER
DiCTKK^O(^ltt£ DC GO&MOGONIË
Tlftl
IW
aperçu que, malgré les nombreux et im-
portants travaux des g^»o1ogU6S, les terrains
lertia res« dans leurs df visions» demandaient
cn.^ore quelques modifications importantes,
déieraiinées par les faunes fossiles. D'un
côté, en effet, l'étage inférieur de ces ter-
rains, les couches nummulitiques du midi
delà France eldeTEurope, étaient consi-
dérés comme dépendant des terrains créta-
cés, tandis que les représentants du même
horizon, dans le bassin de Paris, avaient
été confondus sous un même nom avec Té-
tage parisien. Dans le même bassin on avait
aussi, souvent, réuni à Tétage parisien une
série remarquable de couches qu on retrouve
également en Reigiaue et dans le bassin py-
rénéen, et auxquelles nous conservons le
nom de tongrien.
« Un savant géologue anglais, dont les
importants travaux ont puissamment contri-
bué à éclairer la science , a divisé tous les
terrains tertiaires en trois âges, correspon-
dant aux couches inférieures , moyennes et
supérieures de quelques auteurs. IHesadési-
gnr^'S comme éocènts^ miocènes et pliocines^
en partant du principe que ces étapes con-
tiennent des proportions diverses d espèces
identiques avec les espèces vi vantesactuelles.
Bon éocinéj la partie inférieure est regardée
comme renfermant les plus anciennes des
espèces récentes; son miocène^ comme
contenant moins d'espèces récentes ; et enfin
son pliocène^ comme renfermant beaucoup
d^espèces récentes. Nous avons étudié ce
prtncijie de Tidentité avec une scrupuleuse
attention, en vérifiant les espèces iden-
tiques indiquées dans les deux sections in-
férieures; et il nous a été impossible do
constater une seule des identités signalées.
Ne trouvant dans Véocine et dans le miocène
aucune identité, nous ne pouvions conserver
cette dénomination, qui est en opposition
directe avec la realité des faits. D'autres mo-
tifs, non moins çraves, nous ont empêché
de conserver, malgré leur popularité, les di-
visions elles trois dénominations employées
imrM. LyelK En plaçant, comme nous Tavons
ftitf les couches nummulitiques du monde
entier aux terrains tertiaires, et séparant do
l'étage parisien et des faluns, l'étage ton-
5 rien , si bien tranché partout , l'ensemble
es terrains tertiaires ne se divise plus eu
trois ftges superposés , mais en cinq étages
des mieux caractérisés.
< Ces étapes sont, eu commençant par les
plus inférieurs, les étapes iueseomen ou
nummulilique^ parisien^ tongrien ^ falunien
Qi ^ubapennin. On pourra, par la synonymie
de chacun en particulier, juger des rapports
de ces divisions avec les coupes admises jus-
qu'à présent. Quant àlatcrininologieadopléc,
elle est toujours basée sur les noms des
lieux où ces. étages sont le mieux caracté-
risés, et qui pourront, en toutes circons-
tances, servir de points types , ou de points
étalons pour les faire reconnaître. >»
S/ra^i/îfa/ion.— Lesca^aclè^csst^aligraphi-
Î|UOs que nons avous invoqués ])our séparer
es derniers étages crétacés, <énonicn et
danien, du premier étage tertiaire saesso-
nien, sont, en même temps, lei$ limit^tsqui
séparent nettement les terrains ci'éiacés
des terrains tertiaires. Considérés cmmiie
ensemble, les terrains tertiaires, duns les
bassins anglo-parisien , pyrénéen et médi-
terranéen, ainsi que sur tous les points du
monde où il n'y a pas de lacune, reposent
directement sur les derniers étages crétafé$t
et aucun doute ne peut être élevé sur leur
succession régulière, après les terrains cré-
tacés , dans Tordre chronologique.
Autour du bussin anglo-parisien , où nous
avons va se. succéder régulièrement un si
grand nombre d'étages» nous trouvons en-
core, sur les dernières couches daniennes
des Vertus et de Paris , les iH*emiers dépôts
tertiaires de l'étage sucssonien, et deux
autres étages superposés, comme pour té-
moigner que ces parties de bassin ont reçu
successivement, dans la même circonscrip-
tion , une série des étages tertiaires. La Bel-
gique et le bassin pyrénéen nous montrent
aussi la même succession régulière. 11 résulta
de ces faits que, pris en détail^ les terrains
tertiaires montrent également, sur quelques
points • une succession dans l'ordre chrono-
logique de quelques-uns des Ages.
Sur beaucoup d'autres grandes surfaces, on
voit, au contraire, des diflérences énormes
de stratification dues , soit au manque dos
derniers étages crétacés, soit au manque des
premiers étages tertiaires, £oit enfin au
manque des uns et des autres k la fois. LiN*^
derniers étages crétacés manquent; et le
premier éta^e tertiaire, 2i^', repose sur l'é-
tage néocomien, 17% avec une lacune de six
étag^es crétacés, \ Orgon. Ce premier éla^e
tertiaire repose sur les Ages paléozoiques,
dans l'Aude; sur les terrains jurassiques,
dans le Var, les Basses-Alpes, etc.» etc.; sur
d'autres points , c'est un ou plusieurs étapes
tertiaires qui manquent, comme dans toute
la Touraine, en Bretagne, dans le bassin
ligérien , où le 26* éta^e repose successive-
ment sur les Ages azoiques, paléozoïques,
jurassiques ou crétacés ; il en est de n^ème
dans l'Hérault, la Drôme et beaucoup d'autres
lieux du bassin méditerranéen. On voit , par
ces deux séries de faits que , si» d'un côté,
la 5u^cession régulière nous donne l'âge
relatif des terrains tertiaires, les discor-
dances de stratification des autres points
séparent nettement ïés terrains tertiaires des
terrains crétacés.
. Groupement des éloges, — Plusieurs motif»
ont déterminé le groupement iïes éia^es
tertiaires en un seul ensemble : d'abord, la
succession de presque tous les étages super-
{)0$és que nous remarquons dans les régions
orientales et septentrionaes du bassin au^io-
parisien, et sur les régions seplentrionaks
du bassin pyrénéen ; ensuite les profondes
discordances qui séparent cet ensemble , dos
terrains crétacés inférieurs et des dépôts i|p
l'époque actuelle; enfin , le faciès, rensenibte
des caractères paléonlologiques des terrains
tertiaires, si différents de la faune des ter-
rains crétacés.
i^;ss
TER
ET f>£ PALEONTOLOGIE.
TER
13S6
Séparation des élageê. — Indépendamment
des faunes qui nous donnent les limites de
chacun des étages sur les points où ceux-ci
sont groupés dans leur ordre dironologique
de succession, nous avons, comme on le
▼erra à chacun des étapes en particulier,
dos caractères do discoruances stratigraphi-
ques qui, par Tisoiement des étages^ coïn-
cident parfaitement, sur ces points isolés,
avec les limites des faunes sur les points en
relations concordantes. Nous trouvons doue ,
comme pour les autres terrains, que chaque
étage représente une époque comme la
nôtre , des mieux caractérisées.
Puissance des terrains tertiaires. — Nous
allons réunir ici la plus grande puissance
indiquée à chaque étage, afin d'avoir une
idée approximative de leur durée compara-
tive. Nous les placerons dans leur ordre do
.superposition naturelle, les plus anciens
étant les plus bas.
21* étage : suDapennin 600 met.
^ ( ini. ou tongnen. 100
25' étage : pariftîcn 4,000
24* étage :sucssonien ou nummulilique. 4,000
ToUl.
5,000 met.
Tout en étant essentiellement approxima-
tifs, el no pouvant être groupés ainsi pour
donner un total, les chiffres que nous indi-
?[uons ont, néanmoins, une valeur pour
aire apprécier la durée comparative des épo-
ques dans la grande période tertiaire. On re-
connaît, par la puissance des dépôts, que les
éta^e^ lejs plus considérables sont les deux
iriferieurs, suessonien et parisien; puis vient
Je dernier, subapenain , tandis que les deux
4iutres n'atteignent pas la moitié des pre-
miers, surtout.
Les déductions eënêrales qu'on peut tirer,
dans ces étages, de la nature des sédiments et
des fossiles , c'est que toutes ces époques suc-
cessives des terrains tertiaires montraient,
comme la nature actuelle , des continents et
des mers soumis à toutes les lois phvsiques
et naturelles qui agissent aujourd'hui sur
notre globe.
Carmctires paiéontologiques. — Le faciès
5»! différent, qui fait distinguer, au premier
«perçu, la faune des terrains tertiaires de la
faune des terrains plus inférieurs, crétacés
in jurassiques, dépend des caractères posi-
tifs et négatifs de la faune tertiaire.
Les 228 genres éteints pendant la période
crétacée, sans passer aux terrains tertiaires,
deviennent ici autant de caractères négatifs
€|u'on peut consulter pour distinguer les
terrains tertiaires des terrains crétacés.
Les caractères négatifs qui distinguent la
faune tertiaire de la faune aclueiiement
vivante, sont tellement nombreux qu'il fau-
drait un volume pour les énumérer. Nous
avons dit ailleurs.(PnysioLOGiE P4léo^tolo«
«xqve) que ces genres inconnus dans les
couches fossilifères tertiaires, et propres
seulement à la faune actuelle, s'élèvent à
1,324 environ. Ce nombre de genres, répartis
dans toutes les classes et dans les ordres
d'êtres , et contemporains de Thomme, aussi
inconnus dans les terrains tertiaires , suffira ,
nous le pensons, pour donner une idée des
différences zoologiques qui existent entre
les deux^
Pour distinguer les terrains tertiaires des
terrains crétacés, nous avons les 514 genres
inconnus aux terrains crétacés et leur ser-
vanfde caractères négatifs, qui naissent avec
les terrains tertiaires et sont, pour cette
période, autant de caractères positifs.
Les terrains tertiaires se distinguent de
l'époque actuelle par 221 genres qui s'é-
teignent dans ces terrains, sans arriver jus-
que la faune contemporaine de l'homme, et
offrentautantde caractères positifs différents.
Ces genres sont ainsi répartis dans les séries
animales : parmi les mammifères, 66 genres;
parmi les oiseaux, 4 genres ; parmi les rep-
tiles, 8 genres ; pa rmi les ijoissons , 49 genres;
parmi Tes crustacés, le genre palœonisvus;
parmi les céphalopodes, 3 genres; parmi les
Gastéropodes, 8 genres; parmi les lamelli-
i>ranches, 5 genres; parmi les liryozoaires ,
6genres ; parmi les échinodermcs, 16 genres;
prmi les zoophytes, 45 genres; parmi les
foraminifères , 9 genres; parmi les amor-
phozoaires, le genre fuettardia.
En résumé, les caractères différentiels de
faciès entre la faune tertiaire et la faune»
crétacée sont déterminés par 218 genres
négatifs et 514 genres positifs ou 74? formes
animales, qui n'existent que dans l'un des
deux. Les caractères différentiels entre la
faune tertiaire et la faune actuelle sont
donnés par 221 genres inconnus dans notre
faune, ensevelis dans les couches tertiaires,
et par 1,324 genres non encore existants
dans la Jaune tertiaire, nés seulement avec
l'homme dans la faune contemporaine. Prise
en jjénéral , on peut dire encore que la faune
tertiaire se rapproche, par tous ses carac-
tères, beaucoup plus des êtres vivant ac-
tuellement que de la faune des terrains cré-
tacés. C'est, en effet, une génération dont
les formes sont analogues sans être iden-
tiques, à ce que nous vovons dans nos mers
et sur nos continents. Un autre fait ressort
également : c'est que l'ensemble de la faune
est aussi bien intermédiaire aux terrains
crétacés et à la faune actuelle par ses carac-
tères zoologiques que par sa positioh strati-
graphique.
Les caractères stratigraphiques que don-
nent les espèces sont très-nombreux. Indé-
pendamment des plantes, s'éisvant à plus
de 600, et des animaux vertébrés elanrc)é.«,
dont les espèces fossiles atteignent le chiffre
de près de 1,500, nous avons seulement
dans les animaux mollusques et rayonnes,
le nombre de 6,042 espèces discutées, quant
S leur synonymie. Ces espèces sont distri-
buécsde la manière suivante dans les étages:
D|C:T10>!«. DC C0S3IUu0MC et de PALtoSTOLOdïE
• %#«« t
TUl
KTAOKS
DICTIONSJAIRE DE COSMOGONIE
Espèces renconlrt'es
dans deux ou Irois élagf s
À la fois.
TBR
IS»
Î7» clagc siihapcnnin, 85
t%n '. ri- .„ i fnlnnîcn, . . 28
20- .Jasc r.lumcii { ^„„^■,^„\ . . ,
2.*r' «*la}îc parisien R
2t* ôlagc biiessoiiiow, 8
Toiaii.x. 127
Noniliiv rcci ilos cspcccs roiuiniiiirs après
la suppression tics chiffres iViK'lrs, . . 9!
D'ipros les chiffres qui pro» tvk»nlt losfails
ri'Ialits aux cspùccs, tiont oiï Irouvcra les
ilùlails aux élages, nous pcrniellciit rie don-
lier, comme aux terrains prccédenls, les
conclusions suivanlcs :
!• Il cxislc, dans les lerrains lerliaircs,
plus de 8,000 espèces d'animaux entièrement
dilTérents des animaux des périodes anté-
rieures et de répoqnc actuelle, et pouvant
caractériser ces lerrains;
2" Ce nombre se divise en cinq zones
superposées Tormant, dans renscm))le des
terrains tertiaires, autant de faunes chro-
nologiques ou (répo([ued (jui se sont suc-
cédé régulièrement les unes aux autres ;
3' Chaque zone a montré encore une faune
spéciale, distincte des zones inf<irieures et
supérieures, qui constitue un étage, une épo-
que bien caractérisée, de la mcMUe valeur
que Tépoque actuelle;
4*" Le nombre des espèces qui se trouvent,
par accident ou autrement, dans deux de ces
étages à la fois, dont le nombre avait été
considérablement exagéré, par suite de faus-
ses déterminations, est dans les rapj)orts
de 91 à 6,04.2, et ne s'élève, dès lors, en réa-
lité qu'à un et demi pour cent. Ce nombre
si peu élevé ne peut donc, en aucune ma-
nière, infirmer les résultais propres aux
faunos spéciales successives.
Chronologie historique. — La grande pé-
riode des terrains tertiaires a montré, à tou-
tes les époijuos, des continents et des mers ;
mais ces continents et ces mers, au moins
en Kurope, se sont modifiés successivement
à clia«iue étage. Voici, comme on en verra les
ilétailsaux étages, les grands traits de ces
moiliflcations d après M. Al. d'Orbigny.
« Première circonscription des mers ter-
tiaires. — Au commencement de la grande
périotle tertiaire, pendant la durée de l'élagc
suesso.iion ou nummulili(]ue, les mers et
les continents différaient peu de leurs der-
nières circonscriptions pendant ia période
crélaiée. Le bassin anglo-jiarisien, Irès-res-
Ireinl au sud. avait aimndonné la Touraine,
f't ne sY'tendait [dus que du cours de la
Seine jusqu'à liruxeîles en Hclgicpie, et dc-
|Miis Keims et Monleroau en France jusqu'à
Salisbnry et à llerlfnrd en Angleterre. Cette
mer s'éfait donc diminuée au sud, et très-
élargic au N.-K. Elle était bornée au N.-O.
par le continent anglais et au sud par le
massif breton, réuni au plateau central et aux
Vosges de la France, (|ui s'étend au N -E.
jtiSipi'en Helg!((ue cl au grand duché du Bas-
Hhin, etc.
Espèces spécial m
TriTâi'
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nn seul étsge.
lUIAt
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4508
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670
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5,915
tm
« Le bassin pyrénéen parait aussi peu
différer de la circonscription pendant la der-
nière période crétacée ; la mer seulement
trcs-restreinte au N. et au N.-E., s'étend dé
l'embouchure de la Gironde aux parties au-
jourd'hui occupées par les Pyrénées, qu'elle
recouvre partout en France et en Espagne.
Elle communiquait, par le S.-E., avec le
bassin méditerranéen. Cette mer est bornée
au N. et au N.-E. par le massif breton et le
plateau central réunis.
« L^ mer méditerranéenne commence
dans la Haute-Garonne, TA riége et TAude;
elle parait ensuite avoir couvert, sur Tem-
K lacement des Alpes, un^ partie du Var, des
asses-Alpes, et s'être prolongée beaucoup
au N.-N.-È., dans les Aipes^ les Carpathcs,
ritalie, la Dalmatie, etc.
(c Deuxième circonscription des mers ter-
tiaires.—Las Pyrénées ayant surgi au-dessus
des mers , en même temps que le pays de
Bray et une partie de Surrey, en AnglelerrCt
se sont surélevés à la fin de la période sue^-
sonienne, les mers ont totalement changé
de circonscription. Dans le bassin anglo-
parisien, la surélévation du pays de Bray.
du Pas-de-Calais en France, de Surrey et du
Sussex en Angleterre, paraît avoir refoulé
les mers vers le S.-O. et le N.-E., en France
et en Angleterre. Sur le continent actueU
la mer parisienne s'étend du Colentin à la
Seine et jusqu'à Epernay; mais, très-res-
treinte au N.-E., elle ne paraît pas s'étendre
au delà de Laon. Interromjme dans une
nartie de la Somme, du PasAle-Calais et de
la Belgique, elle reparaît sur une ligne est
et ouest, parallèle à Bruxelles, et se trouve
alors séjjarée en deux parties. La même
chose se voit en Angleterre, où les mers
parisiennes se montrent seulement au noni
et au sud du Sussex et du Surrey.
« Le bassin pyrénéen païaîl avoir subi da
plus grands changements. La chaîne des
Pyrénées ayant remplacé les mers suesso-
niennes, la mer parisienne a été considéra-
blement réduite. On n'en trouve des Iracos
qu'à Blaye, à rcmboucliure de la Gironde ft
dans la Vendée, ou elle paraît s^éteodre pour
la première fois.
« Dans le biissin niéJilerranéen, la mer
r)arisienne ne montre plus que des lam-
»eaux dans les Alpes françaises cl )a Savoir.
« Troisième circonscription des mers ter-
tiaires \ à l'époque des dépôts longrion?.
—Plus séparées que jamais en deux parties
les mers du bassin anglo-parisien s'éloi-
gnent de plus en plus, ©n France, vers
4SS9
TKR
ET DE PALEONTOLOGIE
TER
1S90
le N.-O. dont elles n'occupent pins qu'une
partie, autour de remplacement actuel de
Paris. En Belgique, elles s'éloignent aussi
beaucoup vers le N.-E. de Tongres, à Maës-
tricht. Datts le bassin pyrénéen, la mer oc-
cupe une surface E. et 0. comprise entre
Nérac, Hergerac et l'Océan, et du N. au S.
depuis Lesparre jusqu'à Dax.
« Quatrième circonscription rf« mers ter-
îiaires. — Des changements de niveau» sans
doute déterminés par des perturbations géo-
logiques, viennent changer encore la forme
des mers faluniennes. A cette époque, la
mer se relire entièrement du bassin pari-
sien où nous avons vu se succéder les mers
de vingt^eux époques, des terrains triasi-
ques à l'étage tongrien. Toujours en s'avan-
çant vers le N.-E , la mer, dans l'ancien
bassin anglo-parisien, ne se voit plus qu'au
N.-E. de la Belgique, et au N.-E. de l'An-
gleterre, dans le Suffolk et 1« Norfolk.
Comme pour compenser ce manque de mers
autour de Paris, il se forme une nouvelle
nier, que nous désignerons comme bassin
Hgérietij qui s'étend de Pontlevoy jusqu'à
Ih Manche, en couvrant une partie des dé-
parlements de Loir-et-Cher , d'Indre-et-
Loire, des DeuT-Sèvres, de Maine-et-Loire,
i\e la Mayenne, de la Loire-Inférieure, d'IIe-
lU- Vilaine et des Côte»-du-Nord. Dans le
bassin pyrénéen, la mer falunienne se ré-
trécit seulement tout autour, et n'occupe
plus que le dedans des parties occupées par
ja mer tongrienne. Le bassin méditerra-
néen, au contraire, commence dans l'Hé-
rault, occupe les Bouches-du-Rhône , et
s*étendant au N.-N.-E., par Valence, la Tour-
iiu-Pin, le fort de l'Ecluse, en Savoie et en
Suisse, jusqu'au Danube, dans quelques
parties du Var et dans les Etats Sardes.
« Cinquième circonscription des mers ttr^
tiaires. — A l'époque de l'étage subapennin,
les mers ont encore changé de formes. La
surélévation des Alpes ayant changé les
niveaux et amené de grandes perturbations,
elles n'occupent plus le bassin ligérien, ni
Vc bassin pyrénéen ; et, de toutes les mers
tertiaires de France, nous ne voyons plus,
.••ur les continents actuels, mie d'eux points
tnnritimes, les environs de Perpignan et de
^lonlnellier ; mais en Italie, au contraire,
if)Ut l'Astesan et une grande surfiice de la
fM^ninsule étaient 50us les eaux. On s'aper-
r^>ir, néanmoins, que les mers tertiaires se
sont rapprochées de leur forme actuelle
durant la période subapennine, et qu'il reste
peu de changements pour leur donner la
forme qu'elles ont aujourd'hui.
« Durant la période tertiaire, les animaux
se sont bien souvent renouvelés, mais le
«-'^ractère le plus tranché de cette époque
est, sans contredit, l'apparition et le déve-
loppement extraordinaire qui a eu lieu
parmi les animaux vertébrés. C'est, en effet,
alors que les continents ^e sont peu|.lés,
pour la première fois, de ces mammifères
si remarquables par leurs pro|)orlions ou
leurs caractères, ti^ls que les antarolhcrium,
ïes lophioJon, les paUfolhprium, les ano'
nlotherium, les dinolherium, les toxodon,
les mastodon , les srailodon , les glyptodon,
les megalherium, les megalonix, et tant
d^aulres que nous nous dispensons de citer.
C'est encore alors que les continents étaient
peuplés de ces oiseaux réellement géants,
même à côté de notre autruche; de ces sa-
lamandres (andrias) aussi grandes que les
crocodiles actuels. II est à remarquer que
tous ces grands animaux devaient être en-
tourés d'une végétation proportionnée. Les
mers étaient également peuplées d'un nom-
bre considérable d'êtres de toutes les classes,
presque aussi variés que de nos jiours. »
Pour les végétaux, voici ce que M. Bron-
gniarl en dit, après avoir donné le tableau
suivant du nombre des espèces :
Epoque Epoque Epoque
4k)cènc. niioeciie. pliocène.
Cryptogames. 53 t iO i 13 i
Atnphigénes. t 16 • 6 i 0
Acrogénes. • 47 i 4 • 7
Phanérosaroes mo-
nocotuédones. 33 33 26 6 4 4
Dicotylédones- 143 » 97 • 103 •
Gymnospermes, • 40 i J9 i 31
Angiospermes • i03 i 78 i 1G4
ToUux, .209 133 212
«t Quant aux caractères tirés des formes
végétales pendant ces trois époques, les
plus remarquables me paraissent :
« !• Pour l'époque iocène (nos étages sues-
sonien et parisien), la présence, mais la
rareté des palmiers, bornés à un petit nom-
bre d'espèces. La prédominance des «Igues
et des monocotylédones marines qu'un doit
attribuer è la grande étendue des terrains
marins pendant cette époque. L'existence
d'un grand nombre de formes extra-euro-
péennes, résultant surtout, du reste, de la
présence de fruUs fossiles de Sheppey ;
«2*Pour l'époque mioc^n^ (nos étages ton-
Srien et falunien), l'abondance dés palmiers
ans la plupart des localités appartenant
sans contestation à cette époque; l'existence
d'un assez grand nombre de formes non-
européennes, et particulièrement du genre
steinhauera^ qui me paraît une rubiacée
voisine des naur/fo, trouvée dans plusieurs
localités de ces terrains;
«3* Pour l'époque pf/on'nf, la grande pré-*
dominance et la variété iles dicotylédones ,
la rareté de monocotyléJones et l'absence
surtout des |>almiers ; enfin , l'analogie Gé-
nérale des formes de ces plantes avec celles
des régions tempérées de l'Europe, de l'A-
mérique septentrionale et du Japon.
« IJn caractère remarquable des ftores oo
ces trois époques, mais qui devient plus
frappant encore i)Our cette dernière, dans
laquelle les plantes dicotylédones sont plus
nombreuses, c'est l'absence des familles les
plus nombreuses et les plus caractéristiques
de la division des gamopétales. Ainsi, au
milieu des emî»reintes si nombreuses do
Partschlug, d'OEningen, de lîoprring, delta-
dolioj, etc., rien n'annonce l'existence des
composées, des campanulaci>es, des porson^
1391
TOI
DICTIONNAIRE DE COSHOGONII
T#l
nn
nées, des labiées, des solanécs, des borra*
ginées, etc. Les seules monopétales, citées
en grand nombre, sont des éricacées, des
îiicinées, (quelques sapotées et styracées,
familles qui tiennent presque autant des
dialypétales que des gamopétales. Dans la
flore miocène seulement, on indique plu-
sieurs apocynées et le genre, des rubiacées. »
En voyant, à toutes les époques tertiaires,
les genres d'animaui des régions chaudes
actuelles se trouver également dans les
régions tempérées et froides, nous devons
croire , comme nous avons généralisé cette
observation ailleurs , qu'une température
uniforme, produite par la chaleur centrale
de la terre, neutralisait les lignes isother-
mes jusqu'à l'époque qui nous a précédés
•sur la terre.
Nous avons aussi, pendant toute cette
longue période, des preuves sans nombre
que les oscillations du sol étaient très-
fréquentes, et qu'elles ont amené de nom-
breuses perturbations durant les différentes
époques.
La circonscription straligraphique des
étages, les limites des faunes et les change-
ments survenus dans la circonscription des
mers nous donnent la certitude que, à cinq
reprises successives, des perturbations géo-
logiques plus fortes que les oscillations ont
interrompu l'animation sur les continents
et les mers. Après chacune de ces catastro-
phes, le c^lme est revenu sur la terre, et
une création nouvelle, composée d'espèces
distinctes des espèces de l'époque anté-
rieure , est venue repeupler la nature en-
tière
THEORIE ASTRONOMICO-CHIMIQUE.
Yoy. Cosmogonie et Laplacb.
THEORIE COSMOGONIQUE de Laplage,
HE («ODEFROT, DE MaRCEL DE SeRRES, DE
Maupied^ DE Dalmas, etc.» etc. Yo]i, ces
mots.
THEORIE de la terre. Voy. Terre,
Maupied, Hopkins, etc.
TOARCIEN (ÉTAGE). — C'est le troisième
des terrains jurassiques et le neuvième de
réchelle entière des formations géologiques.
Cet étage, nommé aussi lias supérieur^ mar-
nés supérieures du liasy etc., a été désigné
Ainsi par M. d'Orbigny, qui dérive son nom
de la ville de Thouars {Toarcium)y dans le
département des Deux-Sèvres, localité où
cet étage présente un si beau développe-
ment que ce point peut être res^ardé comme
point type.
L*étage toarcien,quelc|uefois isolé, te plus
souvent en France, sur Pelage liasien, com-
mence immédiatement au-dessus de la zone,
à oslrea cymbium^ et se continue quelaue-
fois, avec une grande puissance, jusquaux
premières couches de rétagc bajocien, tou-
jours faciles Ji distinguer par leurs fossiles.
Dans Test de la France, à Lyon, à la V^erpiU
lière, h Saint-Quentin, dans TJsère, TAin, le
l«ra,sur le versant o;-cidentai desVosges, près
de Langres, les dernières couches de l'étage
toarcion sont, partout, composées d'oolilhe
ferru^ineui^ou même de for limoneux ou
hydraté, contenant à la fois un nombre con-
sidérable d*ammonites de diverses es|)èces,
et d*autrcs fossiles mélangés, succédant à dei
couches généralement argileuses. Cethorizon
minéralogique, très-prononcé sur tous ces
points, limite les dernières couches toar-
eiennes; mais ces limites sont variables sur
les autres points.
Le caractère minéralogique, pris généra-
lement ou partielleme<it, ne peut, en aucune
manière, servir à reconnaître et à limiter
Tétage oui nous occupe, puisque, d un cAlé,
les coucnes les plus supérieures sont forméos
de calcaires blancs comme de la craie, con-
tenant, comme elle, des silex, tandis que,
de l'autre, ce sont des roches oolilhiquo»
tellement ferrugineuses , qu'elles sont ex-
ploitées comme minerai de ferv
Sur quelques points du Cher, de la Cùle-
d'Or, de la Lozère et de TAveyron, surtout
h Marvcjols, on a trouvé plus de 150 mètres
de puissance à Télaee.
L*examen particulier des localités, comme
à Thouars et à Langres, montre qu'un laps
considérable de temps a dû se passer du-
rant la formation de ces couches. On v voit
encore des changements considérables de
nature de dépôts, déterminés probablement
par des périodes plus ou moins prolongées
de repos ou d*une plus ou moins grande agi-
tation des mers qui déterminent les couches
argileuses ou marneuses, et les couches do
calcaire grenu ou grésiforme. On y voit de
plus que des perturbations, dépendant sans
doute encore des causes actuelles, y ont
amené, par bancs , ces myriades d'ammoni-
tes d'une seule espèce, qui formait des cou-
ches entières sur une immense surface.
Si les simples oscillations du sol suffisent
[)Our expliquer la conservation des points
ittoraux, il est des circonstances oii nous
retrouvons les signes certains de la pertur-
bation géologique finale de l'étage. Dans cet
étage, comme pour le précédent; à Sainte-
Honorine, à Moutiers (Calvados), à Saint-
Mai xent (Deux-Sèvres), à Pisot, près de
Fontenay (Vendée), à Chaudon (Basses-Al-
pes), nous voyons, l'un sur l'autre, dans la
même carrière ou dans le même escarfje-
ment, un dépôt littoral fait au niveau supé-
rieur des marées, et un dépôt identique de
l'étage bajocien, caractérisés par leurs nom-
breuses coquilles flottantes d ammonites. Ce
fait, constaté sur plusieurs points, indique
certainement, qu'à la fin de rétage toarcien,
un afTaisseroent a eu Keu, d« manière à pla-
cer à un niveau moins élevé tes dépôts côtiers
de cette époque, sur lesquels s'est ensuiie
déposée la nouvelle ligne des marées de IV-
taie suivant. Ce fait serait pour nous Téqu-
valent d'une discordance, pmsqu*il déjM*D-
drait d'un fait identique, cest-a-dîpe il'"'>
changement de niveau sur la côte^ détermin(*
par un afRiissement.
Caractères paléontologigues, — Nous fr-
rons remarquer que le caractère dominant <lc
cette faune est un caractère d'ensemble, d'a-
nalogie, de formes, de faciès générique* arec
lï'la^'O préoéJenl^à côté d'une dispai ité coni-
9in
TOI
ET DE rAlLONTOLOCrK.
TOR
1991^
plëte dei espèces. Nous uvons ce[)eiidant en-
core des genres pouvant nous donner des
limites géologiques.
L*élagc toarcien difTère de l*étage liasien
iiar Talisence du (^enrc cardinia^ oui, né dans
les terrains |)aIéuzoï<iues, s'est éteint, pour
toujours, dans TélAge liasien, sans arriver
h celui-ci. Nousavons^pourdistinguer Tétage
toarcien de Téla^^c bajocien, &â genres pou-
vant donner des caractères négatifs entre
Tétage toarcien et l*étage bajocien, ou kS
Ï;énres donnant des caractères né^^atifs avec
es étages supérieurs et inférieurs.
Pour distinguer Tétage toarcien de J^étage
antérieur, nous avons tous les genres qui,
nés avec i*étage qui nous occupe, man-
quent encore dans l^étage précédent. Ces
genres sont au nombre de 15, et sont au-
tant de caractères positifs pour séparer les
cleui étages.
Les genres qui uaissent et meurent daiis
Tétage toarcien nous donnent encore des
caractères positifs pour en distinguer Tétage
bajocien, où ces genres ne passent pas, au
moins d'après les connaissances actuelles.
Ces genres sont au nombre de neuf.
Rien de plus certain que les caractères
tirés des espèces pour l'étage toarcien. En
effet, les 288 espèces qui y existent, pour les
animaux mollusques et rayonnes seulement,
sont toutes caractéristiques, une seule ex-
ceptée, attendu que, jusqu'à présent, elles
sont spéciales à Tétage, et ne passent pas
dans rétage suivant. Ce chiffre est indéf^en-
dant des plantes, des espèces d'animaux
"vertébrés et annelés, qui n'abondent pas
moins durant cette époque. Il en est pour-
tant, parmi ces espèces, de plus largement
répandues.
La plupart des espèces se trouvent dans
toutes les couches, depuis les plus inférieu-
res jusqu'aux supérieures; mais Vostrea
knorrii se trouve plus particulièrement
dans les couches supérieures, et, dans beau-
coup de cas, peut servir à reconnaître les
dernières limites supérieures de Télaî^e.
Chronologie historique, -r- A la (in de l'é-
tage précédent, par suite d'une perturbation
géologiaue, se sont éteints, avec les 65 espè>
ces de plantes connues, avec il genres d a-
iiimaux de toutes les classes, 300 espèces
d'animaux mollusques et rayonnes. Après
l'agitation causée par cette révolution ter-
restre, ont paru sur la terre, avec le c^Ime
de la nature, 15 genres d'animaux inconnus
jusqu'alors, et eu aniujaux mollusques et
rayonnes seulement 288 espèces qui, avec
les autres séries animales et les plantes, ont
dû amener cette neuvième période d'exis-
tence.
Les mers de l'époque toarcienne n'ont pas
cliangé en Europe. Les continents étaient
encore les mêmes qu'à l'étage précédent, à
très-[)eu d'exceptions près.
Les mers nourrissaient beaucoup d'espèces
de reptiles, des miêtriosaurus^ des macro^
sponaylus aux formes bizarres, qui, probable-
uient, habitaient les rivages maritimes. Avec
beaucoup de poissons vivaient un grand
nombre de molius<|ues nageurs, tels que
béleaiHÎtes, auinioniles, nautiles et beaucoup
de coquilles liltorales, au milieu desquelles
nous voyons, pour la première fois, appa-
raître des pliolades et des tarets dans les
bois jetés sur la côte. Parmi les*zoophytes
et les foraminifères, plusieurs genres nou-
veaux viennent augmenter la faune. Les am-
monites de cette époque sont souvent carac-
térisées |)ar une quille au pourtour, cette
disposition dominant au milieu des formes
diverses de ces singulières coquilles. Il exis-
tait encore quelques plantes marines.
Les^continents ne nous ont laissé que pett
de traces des animaux et des plantes qui
devaient les habiter. Ces êtres étaient sans
doute voisins de ceux des époques antérieu-
res ; mais nous ne connaissons positivement
que les plantes suivantes, données |iar
M. Brongniart à la flore du lias.
CONIFÈRES..
PeuceLIndleyaea, Willi. Wliitby»
P. Huaciiiaiia, "^Vith. Whitby.
? P. Eggensis, Wllh. Ilcbridcs»
? P. Jurassica, Eudl. Pologne.
TONGRIEN. Yoy. Falunien.
TORTUES. —Au nombre des animaux
qui peuplent les régions chaudes de notre
globe, se trouvent les reptiles que Cuvier a
réunis en un ordre sous le nom de chélo-
niens ou tortues. Cet ordre comprend quatre
familles dont l'une habite les eaux salées »^
tandis que deux vivent dans les lacs d'eaux
douces et dans les rivières, et que la qua-
trième ne quitte jamais la terre. Un de leurs
caractères Tes plus importants consiste dans
les arrangements qui ont été disposés [lour
mettre à l abri ces créatures à mouvements
lents et engourdis ; pour ce but, une double
cuirasse a été créée par l'agrandissement
dQS vertèbres, des côtes et du sternum qui
enferment tout le tronc dans une vaste boiie
osseuse.
La petite tortue d'Europe, la tortue grec-
que, et la tortue comestible ou tortue fran-
cne, sont des exemples coimus de ce singu-
lier mode d'organisation parmi les espèces
terrestres et parmi les espèces aquatiques.
Dans chacun de ces animaux, la présence
d'un bouclier compense le défaut de vitesse
et les protège contre des ennemis Qu'ils ne
r meuvent éviter par la fuite, ni en cnerchant
eur salut dans des retraites. La géologie
nous apprend que cet ordre a commencé à
peu près à la même époque que celui des
sauriens, et que depuis lors jusqu'à nos
jours ces deux ordres n'ont pas cessé d'exis-
ter simultanément pendant toute la durée
des formations secondaires et tertiaires. Oo
observe aussi que leurs débris fossiles, de
même que les espèces modernes, se parta-
gent dans les trois groupes que nous avons
déjà signalés, et qui ont été créés pour ha-
biter la terre ferme, l'eau douce et l'eau
salée.
Les animaux de cet ordre ne sont rencon-
trés {)ue dans des rompes oôstérieures à
celles de la série carbon**^ *^ ""'us ancieu
exemple qu'en cite Cr ^uda
1305
TOR
DIGTIONNAIHE I>E| COSAiOGOME
roR
iZ%
tortue marine trouvée dans le muscheikalk
«le Lanéville ; sa cara;>ace avait 8 pieds de
lon;j;. On en a rencontré une antre espèce
iMnfine à Glaris, dans une ardoise que Ton
peut rapporter aux formations crétacées les
plus anciennes. Une troisième se trouve h
^tacslricht, dans le grès crétacé supérieur.
Toutes ces espèces sonl associées aux déi)ris
d*autres amimaux ayant habité les eaux
salées, et, bien qu elles diffèrent des espèces
actuelles en même letnps qu*cllcs diffèrent
entre elles, elles offrent néanmoins, dans les
principes qui ont dirigé leur construction ,
tinc conformité telle avec les conditions
d'organisation qui font de nos chélonées
modernes des animaux créés pour habiter la
mer, (pie Cuvier a pu prononcer sans hési-
ter que les espèces fossiles soumises à son
observation avaient habité certainement les
eaux salées.
On rencontre, dans les formations weal-
diennes d'eau douce de la série secondaire ,
des espèces fossiles ap|)artenant aux genres
triobyx et émys; mais elles se montrent en
plus grande abondance encore dans les dépôts
lacustres de la série tertiaire; et, chez toutes^
la vie et la mort paraissaient s'être accomplies
au milieu de circonstances tout à fait ana-
logues- à celles qui . entourent maintenant
dans les rivières et les lacs des tropiques les
espèces vivantes qui leur sont voisines en
organisation. On les n rencontrées aussi dans
des dépôts marins (958), où leur présence »
en compagnie de débris de reptiles crocodi-
liens, conduit à pe^nser que, suivant toute
probabilité, elles furent, ainsi que ces der-
niers, entraînées de la terre ferme dans la
mer à une distance du rivage peu considé-
rable.
Les rapports étroits qui existent, quant k
leurs caractères génériques, entre ces tortues
(958) Cest ainsi que Ton rencontre les débris
fossiles de deux grandes espèces d'énnydes réunies
à des coquilles marines dans le calcaire jurassique
de Solcure: On trouve aussi des émydcs en même
temps que des crocodiles à Slieppy et à Ilarwîch,
dans clos dép<)ls marins d'argile de Londres; à
nruxeiîes, ces derniers se nronlreiit associés à des
débris marins , et Ton voit dans le scliiste ooMihif^ue
de Sloncsdekl , prè» d*Oxford , des empreintes ircs-
parfaites d^écatlles cornées, ayant appartenu à des
cfaélonicns. .
(959) Voyez le Mémoire du docteur Duncan sur
ie» traces ou empreintes de pieds hissées par divers
euùmaux dans le grès des carrières de Corn-Cockle
Muîr^ dans le comté de Dumfries, (Transactions de
la Société rotjaie d'Fsdmbourg^ 1828.)
D'après ce savant, les couches à la surface des-
quelles se voient ces impressions sont étendues les
unes au-dessus dos antres, comme le sont des livres
Inclinés dans un nii^me sens sur un rayon de biblio-
Iticqne. La .carrière eu question a été creusée jus-
qn à quarante-cinq pieds, et Ton a trouvé de sem-
blables traces dans toute cette profondeur; et ce
n'est pas seii1''ineiit dans une couche , mais dans
plusieurs couches successives; cVst-à-dire que si
l'on enlève un lit épais dans lequel se trouvent de
scmlitaMes empreintes , un autre lit reprodjiira le
même phénomène ^ la distance de quelriucs pieds
fieal-êlre, mais peut-être aussi à la distance de
noins d'un pouce. Cette particularité prouve qu«
fossiles appartenant a des époques géologi-
ques diverses et très-reculées» et les espèces
qui vivent nos contemporaines, nous four-
nissent un frappaat exemple de Tunilé du
plan diaprés lequel ont été créés les ani-
maux, à partir des époques les plus éloi-
finées, où ces diverses formes d'organisation
urent appelées à Texistenco. De môme que
les rames qui terminent les membres des
chélonées furent disposées à toutes les éjio-
ques pour une locomotion au sein des va-
gues de la mer,.de mâmc aussi les pattes dos
trionyx et des émydes furent dans tous les
temps construites pour une vie plus paisible
au sein des eaux douces, tandis que cefles
des tortues de terre n'offrent pas des carac-
tères moins tranchés qjui les désignent
comme faites pour ramper à la surface du
sol et s'y creuser des terriers.
La rencontre des débris fossiles apparte-
nant aux tortues terrestres a été jusqu iei
beaucoup plus rare. Cuvier en ci te deux exem-
ples, l'una Aix, dans des formations très-
récentes; l'autre à l'Ile-de-France. Cepen-
dant l'Ecosse a offert tout dernièrement la
preuve qu'il existait plus d'une espèce de
ces reptiles terrestres durant la période de
formation du nouveau grès rouge ou ^rès
bigarré, et cette preuve est d'une nature
dont on trouve bien peu d'exemples dass
l'histoire des débris organiques (9o9}.
11 n'est pas rare de voir à la surface dn
grès des empreintes produites [/ar le passage
ae petits crustacés ou d'autres animaux ma-
rins, à répoque où cette roche était encore
à l'état de sable désagrégé gisant au fond des
mers. Souvent aussi, les srès feuilletés sont
disposés par petites onduiatîuns semblables
i celles que produisent les rides de la sur-
face d'une mer peu agitée sur le sable de ses
rivages (960).
les causes qui ont produit ces traces sur ce sable et
celles qui les otit recouvertes i»ar la suite ont exeité
alternativement leur action à plusieurs reprises.
Une lettre du docteur Dnncan, du mois d*octobrc
1834, apprend que Fon a découvert tout réeemnieiit
de scmblales empreintes présentant des circonstan-
ces à peu près les mêmes, dans les carrières de
grés ronce de Craigs, à environ dix milles au sud de
Coni-Cokle-Mufr, et à deux milles est de la ville de
Dumfries. L'inclinaison des couches dans celte !»-
calitér comme celle de presque toutes les couches de
grés de ce district est d^environ 45** S.-O. L'une de
ces traces a de vingt à trente pieds en iongiicnr. On
n*en a pas encore rencontré dans cette localité»
non plus qu'à €oni-Gockle-Muir.
Sir William iardine a fait savoir au docteur Dus-
can que Ton a de nauveau découvert des traces d'a-
nimaux dans d'autres carricres.de Coru-Cockie-
Muir.
(960) En 1851, M, G.-P. Scrope, qui avait >isiiê
les carrières de Dumfries, obser\a de seroblâMc^
ondulations , et d*aboiidanies empreintes de pietU
de petils animaux dans les couches de marlirr ('e
Foresl, au ïiord de Bath. CVlaienlprobablemeNt des
traces de crustacés. (Philosoph, iiagax. Mai, Ifôf,
p. 576).
A h surface de eeriaines couches de gravier cal-
caire et du schiste de Stonesfield, près d* Oxford,
ainsi que des grés de la formation weaidieniie àe^
comtés de Sussex cl de Dorset, on ooserve des (^j«t>
Id9«
lun
bl UT* l'i\l.C\/^^ I Ul.VfUlb.
ivw
ia:«a
Les nièiues causes qui ont si fréquem-
ment conservé ces ondulalions ont dû con-
server de Dièine les empreintes que des
pieds d*animau!C ont pu laisser sur les lits de
sable; caria seule condition indispensable
pour qu*une telle conservation ait pu avoir
lieu, c*est que ces empreintes une fois faites
aient été recouvertes par le dépôt d'une
matière terreuse avant (jue les mouvements
des eaux ne les aient fait disparaître.
Malgré labondancede ces empreintes dans
les vastes carrières deCorn-Cockle-Muir, on
n*a néanmoins retrouvé aucun fragment os-
seux appartenant aux animaux dontles pieds
se sont ainsi moulés dans la vase. Cette cir-
constance pourrait peut-être s'expliquer |)ar
la nature même du grès siliceux, peu favo-
rable à la conservation des débris organi-
ques; et le& conditions de cette destruction
complète des restes osseux ne sont pas en
opposition avecla conservation d'empreintes
faites par les pieds et pn»mptement recou-
vertes par une couche de sable qui s'y serait
moulée de façon à en reproduire les formes
avec autant de fidélité que pourraient le faire
les substances plastiques employées dans
l'art du moulage.
Mais cette absence même d'ossements dans
ces roches où se trouvent de si nomL)rcuses
empreintes de pieds n'est point un obstacle
pour la science ; et nous pourrons, sans nous
appuyer ailleurs que sur ces derniers témoi-
gna;^es, nous convaincre de l'existence des
animaux qui les ont produits, et en recon-
naître même jusqu'aux caractères distinclifs.
Ces traces sont trop courtes pour que ce
soient des pieds de crocodiles ou de quel-
ques autres sauriens connus qui s'y soient
ainsi moulés ; et c'est parmi les chéloniens
ou tortues, que nous pouvons rechercher
avec le plus de chances de succès les es-
tions pétriflëes de certains vers marins. Ces déjec-
tions se voient à rextréniité des trous tiibutaires que
oes animaux se creusaient dans le sable à Tépoque
m ils liabitaient le fond des mers, et que Ton re-
trouve également dans b substance même du grés.
La conserva lion de ces tul*es et de ces déjections
démontre combien le fond des mers demeura tran-
Îiuille, et par quels paisibles mouvements des eaux
arent charriés les matériau \ gui ont reroiivert,
tans les déranger, ces diverses pièces si fragiles.
Des faits de celle nature nous prédisposent k croire
à la possibilité que des empreintes de pieds de tor-
tues se soient conservées dans le grès rouge, et ils
serrent aussi à démonli-cr que cetti* époque, où les
agents de destruction dêtacliaientdes tem;s déjà con-
solidées les matériaux des couches dérivées, fut
panacée en intervalles alternatifs de repos et de
convulsions.
(d61) Ce mode de conclure diaprés les traces des
pie4fs est employé par Thomme dans tous les étais de
société où il se trouve. L'identilé d*un malfaiteur
rst constatée sur Tenipreinte qu'a laissv'c sa chaus-
sure sur le terrain où il a conunis son crime. Ia*s
traces de pieds humains que trouva le capitaine Par-
I y sur les liords d'un ruisseau dans la baie de la
Possession lui paru;e.il leliement técenlcs, qu*au
1)remi«;r abord il pensa quVlltrs avaient dû y être
aissées depuis peu par quelque naturel du pays ;
mais un examen aUenlif lui démontra bientôt que
c'étaient leftennpreintes des souliers de quelqu'un de
son équipage ; r\\'*i, ctaicnl là deptiis qumze mois, et
pèces auxquelles ces empreintes doivent leur
origine (961).
Que rhistoricn et l'antiquaire aillent vi-
siter les champs où se sont livrées les ba-
tailles des tem{)S anciens ou des temps mo-
dernes; qu'ils suivent pas à pas la marche
de ces victorieux conquérants , dont les
armées ont brové les plus puissants royau-
mes ; le vent et la tempête ont effacé le sillon
éphémère qu'y avait creusé leur pas^a^e, et
les pieds de tant de millions d'hommes et
de bêtes qui ont parcouru le inonde en tous
sens, pour y semer la ruine et la désolation,
n'ont pu peser assez sur sa surface pour y
laisser après eux une seule de leurs em-
preintes. Mais ces reptiles, qui se sont traî-
nés sur la croûte encore ébauchée de notro
planète, aux âges de son enfanoe, y ont im-
primé d'ineffaçables souvenirs de' leur pas-
sage. Aucune histoire ne rappelle leur créa-
tion, ni comment ils ont été enveloppés dans
une destruction complète; et l'on ne retrouve
pas môme leurs os parmi les débris fossiles
qui nous sont restés de l'univers ancien.
Des milliers d'années séparent de nous l'é-
poque où ces traces ont été laissées par le
pied des tortues sur les sables de leur Ecosse
natale ; et, le jour où, de nouveau rendues
h la lumière, elles viennent s'offrir à notre
curiosité et à notre admiration, ,elles nous
apparaissent gravées sur le roc, comme sur
une neige récente les pas d'un animal qui
vient d'^ passer; elles sont là comme une
moquerie jetée aux potentats les plus puis-
sants des sociétés humaines, et comme une
Toix pour nous redire combien sont peu de
chose des centaines de siècles en présenco
de l'éternité (962).
TORTUES , leur première apparition, —
Voy, COXCHYLIEM.
TOURBE. Toy. V Introduction.
leur conservation était due à rétatde coRji;é1atîon du
sol. Non-seuicmént les sauvages de rAmeriquejpeu-
vent reconnaître un élan ou un l>ison d'après la
trace de ses sabots, mais ils affirment même combien
de temps s*est écoulé depuis son passade; et TArabe,
en voyant le sable où a posé le pied d*un cliameau,
dit si ranimai était pesamment cbargé où s*il ne
Tétait que reu, s*il était estropié ou s*il avait Tusage
complet de tous ses membres.
(962) On a trouvé récemment de semblables em-
preintes fossiles en Saxe, au village de Hessbers,
près de Hildbui^hausen, dans quelques carrières de
grès gris quarizeux qui alternent avec des lits de
grès rouge a peu près de la même époque que le
g:'cs rouge de Dunifries.
Nous en donnerons la description suivante d'après,
les notices du docteur llobnbaum et du professeur
Kaup : ' On rencontre les vestiges de pieds tout à
la fois en creux et en relief; les creux ne se voient
qu*à la surface supérieure des fables de grès, tandis
ijue les reliefs s'aperçoivent seulement sur les sur-
faces inférieures des tables qui recouvrent les pre-
mières ; et c^esl par un moulage dans les creux sous-
jacent3 que les reliefs ont été produits. On a trouvé,
sur une seule table de 6 pieds sur 5, des traces d^ani-
maux de plusieurs espèces et de grandeurs diUeren-
tes; les plus grands, qui paraissaient avoir été pro-
duits par les pieds de derrière, ont 8 pouces de long
et 5 de large. Il y en a un qui a Iz pouces de lon-
gueur. Auprèsde chacune de ces grandes empreintes,
et constamment à la dislance régulière d*un pouca
1399
TRI
DICTIONNÂIRC BE COSMOGONIE
TBI
I4M
TRAVERTIN. Voy, Vfntroduction.
TRAVERTIN SUPERIEUU. ^^oy. Falunikn .
TRIASIQUES (TERRAINS;. — Le nom de
iriasique a élé donné par M. d*0maliu5
d'Halioy» & la deuxième grande période du
monde animé, celle qui suit immédiatement
les terrains de transition ou paléozoïques.
Les terrains triasiaues se montrent dans
les Pyrénées, autour du plateau central, dans
le Var, sur les deux rersants des Vosges et
en Normanlic.En Angleterre, ils s'étendent,
du nord au sud, dans toute la longueur de la
Grande-Bretagne, en Ecosse et en Irlande.
Ils sont représentés dans toute l'Allemagne,
en Belgique, en Suisse, dans les Etats Sar-
des> en EfsjMgne, en Poto.^ne, dans te Tjrol,
dans la Boîiôine, dans la Moravie, en Russie.
Ils sont indiqués aux Etats-Unis, dans la
république deBolivia (Amérique méridio-
nale). On les a cités encore dans la Colom-
bie^ dans'les Grandes-Antilles et au Mexi-
que. Sous la ligne au suJ, jusqu'au 20* de
tetitude, Qi au nord, jusqu'au h9". Ainsi ces
terrains occuperaient une vaste surface du
monde.
« Presque tous les géologues ont divisé
les terrains triasiques en trois âges super-
posés : le grêg bigarré^ le musckeikatk et les
marnes irisées. De ces trois séries de cou-
ches^ distin;;çuées comme coupes d'égale va-
leur par les auteurs, nous n'en conservons
*|u« deux, qui concordent en tous points
avec les caractères de superposition et les
caractères paléontologiques tirés des ani-
maux et des plantes. Suivant notre manière
d'envisager les étages, ils n'existent, pour
lious, que lorsqu'ils représentent une épo-
que comme la nôtre, ayant sa faune et sa
flore spéciales. Or ces trois séries de cou-
ches ont-elles, chacune en particulier, ces
caractères? Assurément non; et nous ne
voyons, dans ces trois séries, que deux épo-
ques marquées, ou mieux deux étages. Nous
réunissons ensemble les grès bicarrés et les
muschelkalksdans Vêlage conchyRen .1" parce
que ces deux série5 de couches, formées de
grès bigarrés et de muschelkalk sur les ver-
sants des Vosges et en Provence , sont sou-
vent remplacées par des grès sans muschel-
kalk, comme dans les Pyrénées, en Angle-
terre et aux Etats-Unis, ce qui prouverait
que les deux séries do couches ne sont, dans
les Vosges, qu'un accident local, puisqu'elles
sont remplacées, sur d'autres points, par
des grès seulement, alors l'équivalent à la
fois du grès bigarré et du muschelkalk des
Vosges. 2* Parce que les deux séries de cou-
ches, ou les grès seulement des autres
points, reposent, du reste, comme stratifi-
cation , toujours sur l'étage permien et ont
et demi en avant, oo remarque l*einpreinte plus
petite de Pan des pied» antérieurs, loneue de 4 pou-
ces et large de 5. Les empreintes se suivent sur une
môme ligne droite, accouplées deux par deux, et
chaque paire est séparée de la suivante par un inter-
valle de 14 pouces. Dans les grandes eomme dans
les petites empreintes, on voit le grand doigt alter-
nativement à droite et h gauche ; les unes et les
autres présentent cinq doigts, dont le premier est
le même caractère géologique. 3* Parce qii9
prise séparément , chacune des deux séries
ne donnerait qu'une partie d'une époqHe :
les grès bigarres , presque sans fossiles ma-
rins ^ ne pourraient, tout au plus, repré-
senter Qu'un dépôt terrestre et rireraiD ; te
muschelkalk sans fossiles terrestres ne re-
présenterait qu'un dépôt marin. En les sépa-
rant, il manquerait donc quelque chose ï
toutes les deux. 4' Enfin, parce que réonis-
sant ces deux séries de couches dans une
seule époque, on la complète, et l'on en fait,
comme dans tous les autres étages, une pé-
riode formée d'une faune et d une flore ter-
restres. C'est par la même raison que nous
réunissons, sous le nom d'étage smUfêritn^
les marnes irisées dépendantes des |iariies
riveraines et terrestres de cette époque, aux
keuper, ou aux calcaires de Sainl-Cassian
qui en sont les dépôts marins. Cette réunion,
en rapport avec la stratification , se trouve
pleinement confirmée, du reste, {larlescoii-
sidérations paléontologiques tirées, k la fois,
des plantes et des animaux. En résumé,
nous ne trouvons dans la nature, que deux
étages de terrains triasiques, dans Tordre
suivant : l'étage conchylien et l'étage sall-
férien. » (Cours de pai<fotU., par d'ORBiGNT,
t. m.)
Caractères p<Uéontolcgiques, — Pris comme
ensemble, les teri-ains triasiques se di^tin^
guent nettement des terrains paléozoïques
sous-jacents, et des terrains jurassiques su-
per^iosés. Voici, du reste, les caractères né-
gatifs et [M>sitii's généraux qu'on peut tirer
des restes organisés fossiles.
Caractères négatifs tirés des genres. — Les
terrains triasiques se distinguent des ter-
rains paléozoïques par l'absence totale tic
323 genres positifs pour cesderuiers, et qui
sont tous restés, jusqu'à présent, dans ce
premier â^e du monde, sans arriver à la pé-
riode triasiçjue.
Pour distinguer l'époque triasique de l'é-
poque jurassique, nous avons tous les gen-
res qui n'existaient pas encore dans la pre-
mière, et qui n'ont commencé à se montrer
que durant la période jurassique. Ces genres
sont ainsi répartis dans les séries animale> :
Parmi des animaux qui ont été rapportés
aux mammifères, 2 genres; parmi les rep-
tiles, 18 genres ; parmi les poissons ganoî-
des et placoïdes, &o genres ; parmi les crusta-
cés, 35 genres appartenant principalement
aux décapodes et aux isopodes ; parmi les
insectes, quelques genres d*hymenoptère^,
d'hémiptères, de lépidoptères et de diptères;
parmi les mollusques céphalopodes, 16 gen-
res ; parmi les mollusques gastéropodes, t4
genres ; parmi les mollusques lauieliibran-
écarté en dehors à la manière 3*Qn ponce. Les pied«
antérieurs et les pnslérieurs offrent à peu près la
môme forme, mais diffèrent considérableniem quant
aux dimensions.
c On voit sur les mêmes sables d^autres traces ds
pieds plus petits, et diiléreniment conformés, avec
des deiffls armés d*ongles.Plusicursde cesempreinios
ressemolent à celles du grès de DumlHes, et ce sont
probabiemeDtdespas de tortues, i «- Vojf. fUrracs.
1401
TRI
ET DE PALËONTOLOGliL
TRI
UOi
ches, 23 genres; parmi les mollusques bra«
chiopodeSy 3 genres; parmi les mollusques
bryozoaires» 17 genres; parmi les échino-
derines, échinides et astérides, 24 genres;
parmi les écbinodermes crinoïdes, 10 genres;
parmi .es zoophytes, 57 genres; parmi les
foraminifères, 10 genres, et ^farmi tes amor-
phozoaires* 9 genres. C'est-à-dire un total
de 292 genres nés postérieurement aux ter*
rnins triasiques, et pouvant donner des ca-
ractères stratigraphiques négatifs relative-
ment aux terrains jurassiques. Nous pou-
vons encore signaler les caractères généraux
suivants : le manque des classes de mammi-
fùreSy d'insectes myriapodes, et de 43 autres
ordres d'animaux vertébrés, annelés, mol-
lusques et rayonnes. En résumé, pour dis-
tinguer les terrains triasiques des terrains
inférieurs ou supérieurs, nous avons, eu
éiiumérant les diverses séries animales, en-
viron 1,423 genres qui peuvent donner des
caractères négatifs, parce qu'ils manquent
dans cette seconde période de ranimation
du globe.
Pour distinguer les terrains triasiques
des terrains paléozoïques, nous avons les
7i genres donnés à ces terrains, comme ca-
ractères négatifs, qui deviennent ici des ca-
ractères positifs, attendu qu'ils se montrent
dans les terrains triasiques, mais sont incon-
nus, jusau'à présent, dans la première pé-
riode do l'animalisation.
Pour distinguer la période triasiqne de la
période jurassique, nous avons tous les gen-
res nés et éteints dans la période triasiqueet
ceux qui sont n^s antérieurement sans pas-
ser aux terrains Jurassiques. Ces genres sont
ainsi répartis : parmi les reptiles, 14 genres;
parmi les poissons, 8 genres de ganoïJes et
de placoïdes; parmi les crustacés, 1 genre;
)»armi les mollusques céphaloi>odes, b gen-
res; parmi les mollusques gastéropodes,
2 genres; parmi les mollusqueslamellibran-
ches, le genre myophoria ; parmi les mol-
lusmies brachiopodes, 4 genres; parmi les
roollusnues bryozoaires, le genre coscinium;
parmi les écbinodermes, les 2 genres aplo-
coma et encrinus ; parmi les zoopliy tes, 2 gen-
res; parmi les amorphozoaires , le genre
stromaiopora : le tout forme uu total de 42
genres.
La combinaison de 615 genres pouvant
donner des caractères négatifs entre la pé-
riode triasique et les périodes immédiate-»
ment supérieures ou inférieures aux 71
genres {K)sitifs qui séfmrent nettement les
terrains triasiques des Ages qui les précè-
dent ou qui leur succèdent, donne, pour
.chacune de ces périodes en particulier, des
faunes parfaitement caractéristiques. 1^
faune triasiuue a pour faciès particulier d'ê-
tre interméaiaire entre les faunes spéciales
des terrains paléozoïuues et jurassiques. Elle
renferme encore quelques genres, tels que :
orthoceratiieê^ me/ta, a^nidei, porcellia^pro'*
ductu$f eyrthiOf spirtfer et spirigera^ qui
avaient leur maximum de développement
dans les terrains paléozoïques, et ne sont,
dans les terrains triasiquîS,. où elle s'y étei-
gnait pour toujours, que les derniers reflet;^
des autres formes voisines de l'époque anté-
rieure. Elle renferme déjh les premières es-
pèces des genres plus spéciaux aux terrains
jurassi(]ue$ : les ammonilesj les irigonia^ les
aervilliaj les peniacrinus^ les moniHtaltia,
les hippalimus^ qui sont les premières traces
des nombreux genres voisins particuliers à
la période jurassique, comme si la nature
préludait aux créations futures. C'est, eu
effet, dans les terrains triasiques que nais-
sent les premières traces des oiseaux, des
tortues, des crustacés décapodes et des cé-
phalopodes acétabulifères, qui prennent un
si grand développement dans l'époque sui-
vante. Si la zoologie fossile nous donne ces
résulats, la botanique fossile, étudiée avec
tant de soin par M. Brongniart, amène pré-
cisément aux mômes conclusions : c'est une
nouvelle preuve, nous le pensons, de l'iui-
portance des caractères stratigrapriiques ti-
rés des corps organisés fossiles.
Si nous joignons aux caractères straligra-
phiques jénoncés les résultats donnés uar
les espèces, noua aurons, à chacun des éta-
ges, les nombres d'espèces qui suivent :
Etage conch^lien,
Etage saliférien.
155 espèces.
79Î —
Total, 027 espèces.
En résumé, nous avons 927 espèces d'ani-
maux mollusques et rayonnes, et de plantes
des terrains triasiques, se divisant en deux
zones superposées : les étages conchylien et
saliférien.
Prise dans son ensemble, la période tria-
si(|ue avait des continents et des mers. Les
mers se montraient sur une vaste surface de
la terre, sur la zone torride et les deux cô-
t»5s du monde ; elles nourrissaient sur leur»
bords des plantes marines, un grand nom-
bre de poissons, quelques crustacés, des
mollusques nombreux et beaucoup d'ani-
maux rayonnes. Cet ensemble d'élres marina
n'est plus ider»tique à la période paléozoï*
que : il ne nourrit plus en effet aucun crus-
tacé Irilobite ; les céphalopodes y sont i>eu
nombreux, ainsi que les brachiopodes ; les
foissons ganoïdcs et placoïdes n'y sont plus
leur maximum de développement. Les cri-
noïdes, si développés, ne s'y montrent plus
que sous deux formes génériques. Enun 323
genres des terrains paléozoïques sont incon-
nus dans la | ériode triasique. D'un autre
côté, avec la période triasique, comme com-
pensation, naissent do nouvelles esjîèces de
plantes marines; les crustacés décapodes
sV montrent pour la première fois, avec les
céphalopodes aréUbulifèreset71 genres nou-
veaux, parmi lesquels apparaissent dos am^
monites , des trigonie$, des plicatules, des
peniavrinus, etc., etc.; tandis que les genres
ceratites, les myophoria, les eiicrttiuâ y ont
ou leur règne exclusif, ou leur maximum
de développement. Aussi, d'un côté, beau-
coup de formes animales sont restées ense-
velies pour toujours dans lea BMrç paléozoï-
ques ; et beaucoup de fa ""^ ^^^'
f40S
TRI
E>ICTlO?(r(AIRE DE COSMOGONIE
TU!
iÂ9S
1 elles apparaissent ayec les mers triasîques.
Les continents nous montrent les mômes
changements. Les plantes acrogènes, à lour
maximum de dévcloppementrlans les terrains
paléozoïques, y sont ici moins nombreuses,
et quelques genres danimaux terrestres
disparaissent enlîèremenl; mais ces chan;jc-
ments sont lar^çement compensés par les
nouvelles formes qui naissent dans la pé-
riode triasiquo. Nous voyons en elTct appa-
raître sur îo littoral des continents, pour la
première fois, des oiseaux, des tortues ; et
lesgranls reptiles sauriens y atteignent le
maximum dé leur développement générique
et y prennent les formes les plus étranges,
tandis ijue commence le rè^^ne des plantes
dicotylédones gymnospermes.
En résumé, dans cette seconde période
de l'animation du glohe, aucun mode de res-
piration n'existe de plus. Les mêmes classes,
les mêmes ordres existent, à ces change-
ments près : que les crustac^i trUohites y
sont en moins; nue les oiiseaux, les tortues,
les crustacés décapodes, les céphalopodes
acétabulifères y sont en plus. Beaucoup de
genres éteints dans les terrains paléozoïques
ont été remplacés par d'autres au moins aussi
nombreux. Toutes les espèces y sont tota-
lement différentes.
Pendant cette période ;du monde animé,
moins longue sans doute que la période pa-
léozoïque, des perturbations générales sont
venues deux fois disloquer la croûte terres-
tre, sur quelques points du globe, et anéan-
tir les plantes et les animaux. Deux fois
aussi, après cet anéantissement, le repos
reparaît sur le globe, et une nouvelle créa-
tion repeuple la terre de plantes et d'ani-
maux différents des époques précédentes.
TRIGONELLITES. Yoy. Apticus
TRILOBITES.— Famille de crustacés fossi-
les, dont toutes les espèces sont éteintes. Là
Srande étendue qu'occupent les trilobites
ans les couches constituantes de l'écorce du
globe, et leur abondance numérique dans
toutes les localités où onléi a rencontrés,
sont deux particularités remarquables do
leur histoire. On les trouve sur les points
(963) M. d*Orbigny a trouvé des triloDites eit
compagnie de stroplioinènes et de productus danii
la form^iion de schiste grcywacke de la Cordillère
de Tcsl, iv.pulilique de BoliVia. On trouve aussi dans
ce inômc leiiain des coquilles d'eau douce, des nié-
bnies, tles mélanopsis, et probablement des ano-
dontes, ce qui est tout à fait en rapport avec la dé-
couverte que Ton a faite, il y a peu de leuïps, de
semblables coquilles fjissiles dans les terrains de
iransitiou de Hi lande, de rAllenia:;ne et des Etats-
Unis. Ou TcncoaUe prcs de Potosi , des coquilles
d'eau douce fossiles jusqu'à une clévalion de 15,201)
pieJs.
Les éclianUllons qu'a rerucillis M. d'Oibîgny con-
firment aussi les opinions de M. Penlland sur les
analogies qui exisicnl entre la grande formation
calcaire du disirirt en q»iestion et les calcaires car-
bonifères de rAngleterre, cts'ir la grande étendue
qu'oocupeiil, dans rAmérique du S.id, les deuï fi*r-
mations de la marne rouge et du nouveau grés
rouge.
(96 i) On trouve en Ecosse, dans le calcaire dVau
douce situé au-dessous du terrain houiller du Mid-
les plus é1oi;^nés des deux hémisphères aus*
tral et boréal ; et on en a constate la présence
dans toute l'Europe septentrionale et dans
de nombreuses localités de rAmérique du
Nord; dans les Andes (963) et au cap do
Bonne-Espérance.
On n'a jamais rencontré de ces animaux
singuliers dans les terrains plus récents que
le groupe carbonifère; et trois crustacés,
faisant partie comme eux de la division des
entomostracés, sont les seuls articulés de
cette classe gui se montrent dans des couches
contemporaines de celles où se trouvent des
débris de trilobites (965^). Ainsi, pendant
toutes les périodes qui se sont écoulées de-
puis le dépôt des plus anciennes couches
fossilifères jusqu'aux étages supérieurs dtt
la formation houillère (965), les trilobites
paraissent avoir été les représentants prin-
ci|)aux de toute une classe qui se développa
en un grand nombre d'ordres et de familles,
après la disparition de ces premières forme»
cruslacéennes.
Les singularités étranges de configuration
que présentent les animaux de cette famille
ont attiré sur eux Taltention depuis fort long-
temps. M. Brongniarl, dans son estimable
mémoire publié en 1822, en a mentionné
cinq genres et dix-sept espèces (966); d'au-
tres auteurs (Dalman, Wahlenberg, Dekay et
Green) y ont ajouté cinq nouveaux genres,
et ont porté le nombre des espèces à cin-
quante-deux. On a longtemps confondu les
trilobites fossiles avec les insectes, sous
le nom iTentomoHthus patadoxus ; et ce
n*est qu'après de nombreuses discussions sur
leur nature véritable Que l'on est arrivé, dans
ces derniers temps, à les ranger dans une
section séparée de la classe des crustacés : et,
bien que la famille tout entière paraisse
avoir clé anéantie dès une époque aussi re-
culée que le fut le terme des dépôts carboni-
fères, elle n'en présente pas moins certaines
anologies de structure qui la rapprochent de
très-près des crustacés qui habitent nos mers
actuelles (967).
Le segment antéi;ieur des trilobites cons-
titue un grand bouclier semi-circulaire ou
Lotliicn, deux genres d^entomostracës , les genres
eurvpterus et cypris, le premier à Kirkton, prés de
Balugate, cl le second à uurdie-House, présd'*Edini-
bourg. (Tramact, de la Société royale Jt Edimbourtu
t. XIiI.) En outre, on a reconnu tout réccronient le
troisième genre, le genre limide, dans la fomiaticn
houillère, et nous allons en donner bientôt la àes-
cription. Ain»i los entomostracés paraissent avoir
été les seuls rcprésentaïus de la classe des cnisu-
ces, iusqu'après le dépôt des couclics carbotiifèr»s.
(9G.5) On a découvert une nouvelle espèce de tri-,
lobites, dans le minerai, ferrugineux , au milieu du
terrain houiller,àCoal-Brook-Uale (Lond. and Eilim-
bourç. Phil. Mag., t. IV, 1834, p. 376.)
(9()G) Ce sont les gchrcg cahimèm^ asapkui^ ogty
ges , paradoxus et agnostns. Plusieurs de ces uoins
ont été choisis précisément pour exprimer Pob$eu>
rite qui couvrait la nature des corps auqucls4Mi les
appliquAÎt r.trahiutiiwi^ obscur; imc^^ç^cadié^ nttfiù-
io^rtç, merveilieux ; «yvuorro?, inconnu,
(%7) Voyez }A. \\ihov\s, Rc€fiercke$ $vr Us rap-
porU naturels qui existent entre Us irilobiUs fi lis
animaux urticuUa.
1405
TRI
£T DE PALEONTOLOGIE.
tftl
i4oe
en forme de croiss/inl, anqucl fait suite un
abdomen ou corps composé de nnml)i-cuY
serments, qui se recouvrent successivemeiil
roume ceux de la queue de Técrevissot et en
outre partagé en général par doux sillons
ion^^itddinaux en trois séries de lobes, d*où
Icuir est yenii le nom de trilobitcs. Le corps
se termine, dans plusieurs espèces, par uno
cjueue ou post-abdomen triangulaire ou se-
niilunaire, offrant des lobes moins distincts
que le corps. Les espèces du genre calymènc
ont la faculté de se rouîer en boule comme
les cloportes.
Parmi les animaux du monde actuel, les
crustacés du genre sérole (968) sont ceux,
qui 'se rapprochent le plus de la famille
des trilobites La difTérence la plus im})or-
tante qui sépare ces deux groupes consiste
dans la série nombreuse de pattes et d'an-
tennes crustacées que possède le premier,
tandis que Ton n'a rencontré jusqu'ici aucun
vestige de ces organes en connexion avec des
débris ayant appartenu au second. M^ Bron-
gniart explique rabsencc de ces organes par
Ihjpothèse que les trilobites formaient, dans
la série des crustacés, un groupe à antennes
très-petites ou même nulles, et dont les
meubles, transformés en des lames ou pattes
molles et facilement destructibles, suppor-
taient des branchies ou des organes filamen-
teux destinés à la respiration aquatique et
non susceptibles de conservation.
Les limules ou crabes des mollusques,
sont, après les précédents, ceux qui se rap-
)»rocheat le plus des trilobites. Ce sont des
crustacés qui abondent maintenant dans
les mers des climats chauds, et surtout dans
les mers de Tlnde, ef sur les côtes de TA-
luérique. Leur histoire est importante h
cause du passage qu'établissent ces animaux
contre les formes éteintes de la classe des
crustacés et les formes actuellement exis-
tantes. On en a rencontré à Tétat fossile dans
le groupe carbonifère des comtés de Statl'ord
et de Derby, et dans le calcaire jurassique
(068) Le docteur Leacli a établi le genre scrolis
sur des échantillons provenant du détroit de Magel-
lan (ou mieux de Magalhaens, d*aprcs le capitaine
King), et sur un autre venu du Sénégal. Les pre^
mlcrs avaient été pris par sir Joseph Bunks pendant
8on Toyajce avec le capiuiine Cook, et donnes par
: lui à la Société linéenne. M. le docteur Leach te-
nait le second de M. Dufresne. Le capitaine Ring a
I depuis recueilli, au nioyrn de la drague, des échan-
tillons nouveaux du même genra sur la côte est de
iaPalagonie, à quaranlc-ciiui degrés de latitude suJ,
cl à trente milles des côtes, à une prorondour de qua-
rante brasses: il en a tnuivc aussi au port Faniine,
dans le détroit de Mupllan, qui avaient clé rejetés
, par la marée, et le rivage, dil-il, était liltéralemcnl
recouvert de leurs polîls cadavres. Cet obser>
valeur s*est assuié en outre que, pendant leur
^ie, ces crustacés nn^enl tous eontrc \d foiul de
la mer, parmi les plantes mariuL's. Leui s nioitvo-
ineuls sont leuls et graduels, cl ne ressemblent en
lien à ceut d'une chevreitc ; jamais il ne h s a vus
venir à la surface ; et leurs membres lui ont paru
conformes d*une manière spéciale ptmr nager cl
, ramper au fond des cau%.
(Oii9) Dans le genre limnle, on ne voit que de fni-
Hcs traies d*antenues, cl le bouclier qui rcrouxre fa
d'Aiiîîis!a:lfy près de Pappenliein, en môm^
temps que plusieurs autres crustacés mcrins
d'un ortire plus élevé (909).
Dans cette môme classe des crustacés, il
est un animal dont les membres offrent une
disposition tout h fait analogue; c*est lo
branchipe des étangs (970), si commun dans
nos eaux douces stagnantes. Toutes les
pattes sont réduites chez cet animal à Tétat
de lames membraneuses, et ce sont des or-
ganes rempHs5ant en môme temps les fonc-
tions de la respiration et de la locomotion.
Celte comparaison que nous venons d'éta-
blir entre quatre famlilesdifférontes de crus-
tacés, dans le but d*iilustrer, parles analo-
gies qui en ressortent, Thisloire de cette fa-
mille des trilobites, éteinte depuis un temps
si long, est un* excmnle frappant qui nous
fait voir jus(|u*à quelle époque reculée des
temps géologiques remonte cet arrangement
systémali(]ues et unifornje dajrès lequel ont
été établis les rapports étroits qui rattachent
entre elles les diverses familles du règne ani-
mal. Trois de ces familles font partie des
habitants actuels de notre ^lobe, tandis que
la quatrième, éteinte depuis longtemps, ne
se rencontre plus qu'à 1 état fossile. Lorsque
nous voyons ainsi les trilobites les plus an-
ciens se placer immédiatement à côté de nos
crustacés actuels, nous ne pouvons nous re*
fuser à reconnaître en eux un détail d'un
grand système de création dont toutes les
parties sont reliées entre elles par l'unité de
f)lan la plus parfaite, et dont les plus minu-
tieux détails se rattachent les uns aux autres
par des harmonies d*organisation non inter-
rompues.
Les trilobites offrent un exemple de cet
étal particulier, cl, comme on l'appelle sou-
vent, rudimentaire des orp^anes de locomo-
tion, dans lequel les membres remplissent
à la fois des fonctions locomotrices et respi-
ratoires. Ceux qui soutiennent la théorie quo
les espèces plus parfaites dérivent de formes
])lus simples par une série non interrompue
pallie antérieure du corps s'cteml de façon à recou-
vrir entièrement une série de pelils membres crusta-
cés. En dessous de la seconde poiiion, ou portion
alidominale du test, se voit une série de lames cor-
néi^s transversales minces qui supportent les fibres
branchiales en même temps au'elles remplissent les
fonctions de rames destinées a la natation. Ou voit
celte même disposition de branchies lamcUeuses
chez les seroles.
Ainsi, pendant que nous trouvons dans les seroles
des antennes et des pattes crustacées en même lempg
que des pattes mollesqui remplissent les fonctions de
b! anehies, les limules nous olfrent la même disposi-
tion des membres et des app4Midices branchiaux,
mais seulement avec de faibles traces d'anlennes, et
les branchiiM^snous présentent des antennes et point
depiedscruslaeés. Les trilobites, dé|M>urvus d'anten-
nes, et dont tous le» membres de même que ceux des
branehipes, soni représentés par des lames membra-
neuses, sont dinc les formes exlrêmcs qui vlciineiil
après ces derniers, dans la série des crustacés enlo-
mostracés, de TorJre des branchiopodes , ordre
dans lequel les pîe.ls sont représentés par des
lames ciliées réunissant les foiicUOns de la respira-
tion et de la natation.
(070) Cancer stagnalis^ Lin.
I4#7
TRI
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIH:
TRI
\m
de changements pourront voir dans les trilo*
bites la souche éteinte d*où sont dérivées
dans la suite des âges, par des séries de dé-
veloppeœents successif, les diverses formes
crusiacéenues les plus élevées ; mais une con-
séquence de celte hypothèse, c'est que nous
ne devrions plus retrouver dans le bran-
chipe actuel des conditions organiques tout
aussi simples que celles qui nous sont of-
fertes parla famille des tnlobites, c'est que
le limule, dont l'apparition date des pre-
miers Ages, n'eût pas dû conserver ses ca-
ractères intermédiaires, n'eût pasdû demeu-
rer à un degré si inférieur dans Téchelle or-
ganique, depuis le moment où il apparut
fiour la première fois dans la série carboni-
ëre, jusqu'à l'heure actuelle, après avoir
traversé la période moyen-âge des formations
tertiaires (971).
Yeuœ des trilohitee. — Outre les analogies
que nous venons de mentionner entre les
triiobites et certaines formes actuelles de
crustacés, il nous en reste à étudier, dans
la structure des yeux, de nouvelles et de plus
importantes encore. Ce qui appellera sur ce
point de notre part une attention toute
spéciale , c'est que nous y trouvons le plus
ancien, le seul exemple peut-être qui nous
soit parvenu du monde fossile, de la con-
servation des parties aussi délicates que
l'étaient les organes visuels d'animaux qui
ont cessé de vivre il y a des milliers el peut-
être des millions d'années. Nous les étudie-
rons avec un intérêt plus qu'ordinaire, si
nous avons présent à l'esprit que ce que
nous soumettrons à noire étude n'est autre
chose que les mômes instruments de vision
que traversait la lumière pour produire la
sensation de la vue chez quelques-uns des
plus anciens habitants de notre planète.
La découverte de ces instruments si par-
faitement conservés, après avoir été ensevelis
pendant un nombre d'années incalculable
dans les éla^^cs les plus anciens de la for-
mation de transition, est un des résultats les
I)lus curieux des recherches géologiques; et
a structure de ces yeux nous fournil un ar-
gument d'une haute importance lorsqu'il
s'a^^it de rapprocher les points extrêmes de
la création animale. Si les dispositions mé-
caniques qui constituent les appareils vi-
suels sont les mêmes qui entrent de nos
Jours dans la construction des yeux chez les
(971) Le fossile très-rare tiguré par llartin dans
son Petrificala Derbieiuiu, sous le lunn d'eiilonioli-
tlius moDocululus (lunatut)^ parait n*ctrc autre chose
qu'un linHile. li a été trouvé dans un minerai ferru-
gineux de la formation carbouifère des confins du
cointc de Derby.
Aux époques secondaires, pendant que se dispo-
sait le calcaire jurassi((ue, les limnlcs aI)ondent dans
les mers qui reconviaient alors rArcmaguc centrale;
et nous retrouvons dans notre limule actuel les
mômes formes que ce genre présentait alors.
M. Stokcs a découvert à la face inférieure d'un
Itilobilc fossile du lac Huron une lame crustacéc
garnissant rentrée de Testomac, et ressemblant par
sa forme et sa structure h certaines partie s analo-
gues des crabes modernes. Cet organe est donc un
insectes et les crustacés, il y a là une coïn-
cidence, un accord qu'il nous parait tout à
fait impossible d'expliquer, à moins d'in-
voquer l'intervention active d'une puissanc*
créatrice unique et intelligente.
Le professeur Muller et M. Strauss oui
fait connaître avec habileté, et d'une manière
complète, comment , chez les crustacés et
chez les insectes, la vision distincte estpro-
duite par le moyen d*un grand nombre de
fietites facettes ou de lentilles placées à
'extrémité des tubes coniques, ou de mi-
croscopes, dont le nombre s'élève parfois^
comme dans le papillon, jusqu'à 35,000, ou
jusqu'à 14,000, comme dans la libellule er*
dincuro.
Il paraît que dans des yeux construits sur
ce principe, l'image est d*autant plus dis-
tincte que les petits cônes sont plus nom-
breux et plus longs, à surface égale, et que
chacun des petits tubes en particulier ue
saisissant que les objets qui sont placés sur
son axe, les limites du champ de lavisieo
sont d'autant plus étendues ou plus res-
treintes que la surface de Tceil e$t elle-
même d'uue forme plus ou moins hémisphi
rique.
Si nous étudions les yeux des triiobites
sous le rapport des principes qui ont présida
à leur construction, nous trouverons daas
leur forme et dans l'arrangement de leurs
facettes des particularités propres à en à*
voriser l'emploi comme instruments d'op-
tique.
Dans l'asaphus caudatus chacun des yeui
contient au moins 400 lentilles presque
sphériques, qui forment sur la surfacede la
cornée des compartiments distincts (9T2).
L'ensemble de la cornée offre une forme en
rapport avec les besoins d'un animal destiné
à vivre au fond des eaux. Dans cette condi-
tion d'existence, voir en dessous était aussi
impossible qu'inutile ; mais pour la vision
dans le sens horizontal, les arrangements
que l'on observe sont pleins de perfeelion
(973). Chaque œil offre à i:eu près la forme
d'un tronc de cône, incomplet seulement sur
la face qui regarde l'œil du côté opposé, el
là où des facettes, si elles eussent existé,
eussent été rendues inutiles par leur position
même relativement à la partie de la tôle vei^
laquelle elles se fussent trouvées tournées.
La partie extérieure de chaque œil constitue
nouvel anneau qui réunit les triiobites cl les crosia-
cés nos conlcmpoiains. (Jransactiom géologiqties ,
nouvelle série, 1. 1", p. 208, pi. 27.)
(972) Le cristallin des poissons est sphërique.lw
cristallins des triiobites offrent aussi à peu prcsceue
forme, ce qui nous porte à la regarder coniine «
rapport avec le milieu aquatique dans lequel ces or-
ganes sont destinés, dans Fun et dans l'autre cas, >
remplir leurs fonctions. Aussi prcsumons-mm*
qu'une forme semblable est celle des crisUllios diai
iiîS yeux des cruslaccs marins, et que celte forme
diffère probablemenl de celle du mëine organe vUa
les insectes qui vivent dans Tair.
(975) Les yeux des abeilles sont disposés de a
manière la plus favorable pour la .vision hortf»»-
taie et en bas.
J
UM
TRI
ET DE PALEONTOLOGIE.
TW
filO
une sorte de bastion circulnire eoiriprennnt
environ les trois quarts du cercle, et disposé
par rapDort à l'horizon, de telle manière
que là ou se termine le champ visuel de Tun
des yeux, là aussi colnmence le champ visuel
de Tœil voisin, de telle sorte que renserablo
des deux yeux embrassait dans sa portée
horizontale un panorama tout entier
Si nous com[»arons cette disposition des
yeux avec celle que Ton observe dans les
trois genres voisinsde crustacés dont l'élude
nous a servi à mettre en lumière la struc-
ture générale des trilobiles, nous voyons
que c'est le même mécanisme chez tous,
modifié de diverses façons, dans le but de le
mettre en rapport avec la situation et les
habitudes de chacun de ces êtres. C'est ainsi
que, chez le branchipe qui s.e meut dans
les eaux avec rapidité suivant toutes les di-
rections, et qui avait besoin de voir dans
tous les sens, chaque œil est à peu près hé-
misphérique et porté sur un pédpncule qui
l'éloigné assez de la tête propre pour qu'il
))uisse remplir complètement toutes ses
fonctions.
Chez les séroles la disposition des yeux
et l'étendue de la vision sont pareilles à ce
que Ton voit chez les trilobites; mais ces
organes ont leur sommet moins élevé, et le
dos aplati de l'animal ne s'oppose que fort
peu à l'arrivée d'une portion des rayons de
lumière qui proviennent des corps environ-
nants.
Chez le limule , tes yeux latéraux sont
sessiles, et leur portée n'embrasse pas l'es-
pace situé immédiatement en avant de la
tète ; mais le front porte deux autres yeux
simples , qui suppléent ce qui manque à
retendue de la vision par les yeux compo-
sés (974). ^
^ Dans celte comparaison que nous venons
d'établir entre les yeux des trilobites et ceux
du limule, des séroles et des branchipes,
nous avons étudié les yeux, ces organes de
tous les plus délicats et les plus complexes,
dans des animaux qui ont vécu à toutes les
périodes extrêmes et intermédiaires de la
série des créations progressives. Les trilo-
bites des roches de transition, animaux que
nous devons compter au nombre des formes
les plus anciennes que la vie ait revêtues ,
oSt*tni dans ces organes les mêmes modifi-
cations ^ que nous voyons encore de nos
^ours s'adapter aux mêmes fonctions dans
le genre serole de la création actuelle; et
les mêmes formes dans les mêmes instru-
ments se montrent également pendant la du-
rée de ces périodes intermédiaires de la
chronologie géologique, pendant lesquelles
les couches secondaires se déposèrent au
fond des mers chaudes qu'habitaient les H-
mules, dans les régions de l'Europe qui
eonstituent maintenant les plaines élevées
de l'Allemagne centrale.
Les conséquences auxquelles ces faits
nous conduisent nintéressent nas seule-
ment la physiologie animale, elles nous
instruisent aussi sur la condition des mers
et de l'atmosphère des temps anciens, et sui*
les rapports de la lumière avec l'un et l'au-
tre de ces deux milieux, à celte époque re-
culée où les animaux marins les plus anciens
étaient pourvus d'organes de vision, dont
les arrangements o[)tiques les plus minu-
tieux étaient les mêmes qui servent encore
maintenant à transmettre la sensation de la
lumière aux crustacés du fond de nos mers
actuelles.
Relativement à la nature des eaux où vi-
vaient les trilobites pendant la période do
transition tout entière, nous arrivons à cette
conclusion que ce nY'tait pas ce liquide ima-
ginaire, trouble et formé d'un chaos d'élé-
ments en désordre, dont les précipitations,
au dire de certains géolo^es, auraient pro-
duit les matériaux constituants de l'écorco
du globe ; car le liquide au fond duquel les
yeux de ces animaux remplissaient leurs
fonctions, quel qu'il fût, devait être assez
fur et assez transparent pour livrer passage
la lumière, jusqu'à ces organes visucU
2ue nous retrouvons aujourd iiui dans un
tat si parfait de conservation, et dont la na-
ture nous est si bien connue.
Quant à ce qui concerne l'atmosphère, les
mêmes faits nous conduisent de même >
penser que si la condilion'd'alors eût différé
essentiellement de la condition actuelle, les
rayons lumineux eussent dû en être modi-
fiés, et que des modifications correspondant
tes devaient nous apparaître dans les orga-
nes qui étaient donnés aux crustacés pour
recevoir par leur entremise l'impression da
ces rayons lumineux.
Nous pouvons arriver à des conclusions
analogues relativement à la lumière elle-
même; car cette ressemblance entre Tor^^a-
nisation des veux aux figes primitifs et à ré-
poque actuelle, nous est une preuve que les
relations mutuelles de ces organes et des
rayons qui leur transmettaient l'impression
des objets extérieurs étaient au fond des
mers primitives ce quelles sont au fond des
mers actuelles.
Ainsi, nous rencontrons parmi les débris
organiques les plus anciens un appareil op-
tique ae Torganisation la plus curieuse,
destiné à proouire le sens de la vision sur
les animaux qui représentaient à cette épo-
que toute une grande classe de Tembrancne-
ment des articulés. Depuis cette époque, ces
organes ne sont point passés par une série
de changements, des lormes les plus sim-
ples aux formes les plus compliquées; ils
furent créés dès leur première origine, et
sans tâtonnement, dans une harmonie par-
faite , avec les usages et la condition de la
classe d'animaux qui a toujours été, comme
elle nous apparaît maintenant, en possession
d'yeux construits sur ce principe.
Si nous trouvions un microscope ou un
télescope entre les mains d'une momie
, (974) Ces yeux sont tdlemenl rspprodtcs « ttne tuant un <ril unique, qne l/ninée a donné ^ crt an!*
<^*c^t parce qu'ils oiH été regardés connue cok»li- mal le nom de mon^culnê fohfpktmui.
lifl
TUR
DlCTlONNAIflE DE COSMOGONIE
TLR
14l«
égyptienne , oh au scia des ruines d'Horcu-
lanuna, il ne nous viendrait pas à l'esprit de
nier que Tauleur de cet instrument ail ignoré
les principes de l'optique. Nous devons arri-
ver à la niôinc conséquence, mais avec une
conviction bien plus grande encore, quand
nous voyons (pnlrc cents lenlilles micro-
scopiques ajustées bord à bord dans Tœil
composé d'un Irilobite fossile. Mais la puis-
sance de ce raisonnement est centuplée si
nous l'appliquons à l'infinie variété dos mo-
difications qu'ont subies ces instruments
dans les genres et les espèces, en nuanti-
lés innombrables, qui se sont succédé à par-
tir (les périodes de transition el de la famille
depuis si lonjçtemps perdue des trilobiles,
en passant par les crustacés éteints des pé-
riodes secondaires et tertiaires, jusqu'aux
crustacés et aux innombrables essaims d'in-
sectes du monde actuel.
H paraît donc impossible de se refuser à
admettre un plan primitif unique, tiranl son
ori|jçinc d'un souverain auteur commun de
toutes choses, attesté, comme il nous Test,
par tant de preuves réunies d'une intelli-
gence et d'un pouvoir créateur qui surinas-
sent les facultés les plus élevées de Tesprit
humain, à un degré aussi infini que les mé-
canismes de la nature, lorsque nous les
étudions dans leurs minutieux détails , et
en aidant nos yeux du secours des instru-
ments les plus puissants, nous apparaissent
au-dessus des œuvres les plus parfaites de
l'art humain.
TRIP0L1S. Voy, Hoches fossilifères et
V Introduction,
TURONIEN (ÉTAGE). — Le cinquième
des terrains crétacés, et le vingt-et-unième
de la série totale des formations géologiques.
Ce nom dérive de Turonia^ la Touraine,
parce qu'on trouve un des ï)Ius beaux types
de cet étage depuis Saumur jusqu'à Môntri-
chard (Loir-et-Cher), h Tours, route de Poi-
tiers, etc., etc. C'est aussi la cra/f , le grès
vertj la craie tufau^ la craie chloritée^ etc.
Aussi nettement tracé que l'étage précé-
dent, celui-ci nous offre l'horizon le plus
marqué et le mieux caractérisé par la zone
de rudistes , identiquement la môme eh
Saintonge, en Provence, en Espa:;ne, en Ita-
lie, (in Autriche et en Egypte. Il constitue
la sommité des hauts coteaux de Saumur,
de Doué (Maine-et-Loire); les couches ex-
ploitées à Poncé, à la Martre, à Château-du-
Loir, à Grand-Lucé, àCourdemanche; et les
couches crayeuses inférieures de la Cha-
pebe-aux-Bois, de Saînte-Cérolte, de Saint-
Germain, près de La Flèche (Sartlie), de Gacé
(Orne) ; les couches supérieures d'Honfleur
(Calvados), du Havre; les couches inférieu-
res de Rouen, de la côte du Phare, au nord
de Fécamp (Seine-Inférieure), lui appartien-
nent encore. En faisant ainsi le tour du bas-
sin parisien, on remarque que les couches,
d'abord minces et peu distinctes de l'étage
turonien, au nord et au nord-est, prennent
une grande puissance dans toutes les régions
sud-ouest du bassin, oii elles constituent à
elles seules les cinq sixièmes des terrains
crétacés de cqs contrées.
Partout où Ton a signalé à la fois sur le
rodme point les étages cénomanien et turo-
ni<»n, ce dernier repose en couches con-
corodantes sur l'autre, et suit en tout les
mômes allures, au pourtour des bassins an-
glo-parisien, pyrénéen et méditerranéen. Il
ne ])eut donc rester aucun doute sur la suc-
cession régulière dans l'ordio chronoloî5i-
que de cet étage, après l'étage cénomanien
qu'il recouvre sur tous les points où il n'y a
jws <le lacune. .
. L'étage acquiert une assez grande épaisseur
dans la Touraine, la Charente , la Charente-
Inférieure et dans la Provence; mais sur au-
cun }K)int il n a cette puissance de près
de 200 mètres que M. de Verneuil lui a re-
connue près de Saint-Ander et d'Oviedo en
Espagne.
La conservation des points littoraux , et
l'alternance des dépôts (liôtiers littoraux faits
au niveau des marées avec les dépôts sans
coqts flottants et faits au dessous, qu'on re-
marque sur plusieurs points de la Touraine,
donnent la certitude que des oscillations du
sol ont été fréquentes durant l'étage turo-
nien.
Caractères paléontologiques, — L'ensem-
ble de la faune turonienne représente, à
côté d'une disparité presque complète des
esjièces, une grande analogie générique avec
la faune de l'étage cénomanien. Néanmoins
on y voyait, pour la première fois, un assez
grand nombre de genres, parmi lesquels
déjà quelques formes que nous voyons pren-
dre leur maximum dans les terrains tertiai-
res, comme les genres pyramidella^ oro/a, h
côté de formes encore spéciales aux terrains
créfàcés, ccmime les arteonella^ les caprinula,
les hippuritcsy etc. C'est le règne des bracbio-
podcs cirridés, pendant lequel se dévelop-
jient un grand nombre de genres qui cons-
tituent une ;:one de rudisles. Par un nombre
plus grand {2k) de genres existant depuis
plus ou moins longtemps, qui s'éteignent au
commencement de cet âge, on voit qu'il y a
déjà une légère tendance à un changement
dans les formes génériques propres aux ter-
rains crétacés. Voici, du reste, les caractères
plus spéciaux de l'étage.
Pour distinguer Tétage turonien de l'étage
précédent, nous avons ,36 senres qui, nés
avec ou antérieurement, ont également cessé
d'exister à la fin de ce même étage sans se
continuer à l'étage turonien.
Pour limites entre l'étage turonîen el IV-
tagc sénonieuy qui lui est supérieur , nous
avons, comme caractères négatifs, 83 gen-
res qui manquent encore dans l'étage turo-
nien et n'apparaissent que dans le suivant.
Ces genres sont distribués ainsi quil suit
dans les classes : Parmi les oiseaux, 1
genre; parmi les reptiles, 3 genres; |«armi
les [>oissons, 26 genres; parmi les crustacés,
2 genres ; parmi les gastéropodes, 5 genres ;
parmi les brachiopodes, 3 genres ; parmi les
bryozoaires, 6 genres; parmi les échinoder*
moSf 11 genres; parmi les zoopbytes, 7
UU TLR ET l>E
genres; parmi Icsforaniiiiifbres, 12genn
parmi les amorphozoaires, 7 genres. En
suroé, nous aurions 109 genres ou forn
animales pouvant donner des caractères i
gatifs pour réta;4e luronien.
Les genres f^u», encore inconnus à la |
riode cénomah:ennc , naissent dans !a j
rîoJe luronienne, seront aulanttle caraclè
positifs pour la distinguer dos étages in
rieurs. Ces genres sont au nombre de 33.
De ces genres, ceux qui naissent et me
rent dans lYtage turonîen sont , au mo
dans rétat actuel de nos connaissances, (
tant de caractères iKjsitifs qui peuvent s
vir à le distinguer de l'étape sénonien,
ils sont encore inconnus. Ces genres si
au nombre de 11. Nous aurons 27 uen
pouvant donner des caractères positifs i
férenls.
Indépendamment des espèces d'anima
viTlébrés etannclés, nous avons seuIeuK
en animaux mollusques et rayonnes t
espèces dont on a pu constater riioriz
stratigraphique. Sur ce nombre, 1 esp(
s'étant rencontrée dans Télage turonîen,
2 espèces, le capsa discrepans et le cyc
Utei f//ip/ira, séfant rencontrées dans
étages turonien et sénonien, il nous re
encore 377 espèces caractéristiques prop
à tous les faciès de dépôts, et se rencontra
clans toutes les formes minéralogiques (
couches.
Chronologie historique, — La fin de 1
tage cénomanien, déterminée par une p(
lurbatîon géologique, a été marquée |
l'anéantissement de 26 genres et de 8^1
pèces d*animaux mollusques et rayonn
composant la partie qui nous est connue
la faune de cet étage. Après un laps de ten
F lus ou moins considérable, sont nés, ai
étage turonien, 33 genres inconnus a
époques antérieures , et 379 espèces d'ai
maux mollusques et rayonnes, indépenda
ment des animaux vertébrés et annelés,
(les plantes qui animaient les mers et
continents.
Les mers sont, à peu de chose près, resU
les mêmes juqu*à I étage cénomanien, né;
moins, les eaux paraissent s'être retirées
plusieurs points, notamment dans le t nsi
pyrénéen, de la Loire-Inférieure à la Vi
<i«>e; dans le bassin méditerranéen, sur t(
les points connus de la chaîne des Alp
rie la Malle (Var) jusqu'en Suisse. D'un i
tre côté, les mers auraient gagné sur (
points éloignés de nos bassins français.
Les continents ont subi des changemei
correspondants, au moins pour les part
qui nous sont connues; cnangemenls c
remplacent, par des points exondés,les lie
où la mer cénomanienne faisait des dép
marins dans la Vendée et dans les Alpes,
tout autour du bassin anglo-parisien.
(d75) Les lorrilites sont de» coquilles cxlr^i
ment minces, ei leur surface extérieure ofTie, coni
celle des ammooites, des côtes et des inbcrcules
leur sont un ornement, en même temps i]nVlles
açcrois8èi;t la -rêsislauee. Ellis ressemblent,
r«2le, en tout aux anmooites, ii leur mode d^nr
4 ils
\CC
DiCTiONNAmE DE COSKOGOMR
TE6
1416
construit d'une façon semblable <?*ns le but
d'aider, à la manière d'un floUeur, les mou-
vements de quelque mollusque céphalo-
pode. Nous avons vu que les ammonites,
qui commencèrent avec les coucher de tran-
sition, se montrent dans toutes les forma-
lions qui suivent, jusqu'aux limites supé-
rieures de la craie, tandis que les hamites
et les scaphites sont extrêmement rares et
que les turrilites et les baculitcs manquent
complètement jusqu'à l'époque où ont com-
mencé les formations erétacées. Ces der-
nièresv a{ rès avoir ainsi commencé d*une
manière tout à fait soudaine, disparurent
soudainenrcnt aussi à la même époque que
les ammonites, cédant la place qu'elles oc-
cupaient et les fonctions qu'elles remplis- *
saient dans l'économie générale de la nature,
à un ordre inférieur de mollusques carni-
vores qui les ont suppléées pendant toute la
période tertiaire, et oui les suppléent encore
dans nos mers actuelles.
u
ULODENDRON. Voy. Sigillaihe.
UNIVERS EXPLIQUÉ Pin la bévélatiox,
ceqnil faut penser de C4i outrage.--- Voy,
CnAUBARD.
UNIVERSALITÉ du délugk, ce qnon CH
peut penser. — Yoy. Chauoard
V
VALLISNERI. Voy. Géologie.
VAPEUR. Voy. Couches CARBONiFènss.
VARIATIONS DES coQtaLLEs. Voy. Mol-
lusques.
VÉGÉTATION, tableau de la végétation à
Vépoque de la formation des terrains paléo^
xoiques ou de transition. — Voy. Flore fos-
sile.
VÉGÉTAUX FOSSILES. — L'histoire des
végétaux fossiles demande à être considérée
sous un double jioint de vue. Le premier se
rapporte à l'influence qu'exercent sur la
condition actuelle de l'espèce humaine les
filantes maintenant converties en charbon
ossile, qui revêtirent la surface ancienne
du globe; le second a trait à l'histoire et à
la structure des espèces qui constituaient
anciennement le rè^ne végétal.
Il [tarait que vers les mêmes époques de
l'histoire des stratifications oii se sont ac-
complis les changements les plus remarqua-
bles dans l'ensemble du règne anima), des
changements correspondants se sont mani-
festés dans les caractères des vë^^étaux fos-
siles.
Si nous comparons les lofs qui ont dirigé les
divers systèmes qui se sont succédé sur les
surfaces anciennes de notre globe avec celles
L*onl l'influence règle et coordonne la végé-
tation actuelle, nous verrons s'ouvrir à no-
tre activité tout un vaste et nouveau champ
de recherches à faire. S'il résultait de cette
investigation que les familles donf se cx)m-
pose notre flore fossile furent organisées
d'après des principes identiques avec ceui
qui règlent le développement des plantes
actuelles, ou tellement analogues, que leur
ensemble ne constitue gu'un seul et même
^rand code de lois destinées h la coordina-
iiuQ universelle de la vie : nous y trouve-
(976) In-i»; Pari»,! 828.
<977) Voy. Al. Ad. fiRO?K;!fiAtiT, nistoi'-e des végé-
verions un anneau de plus de celle chaîne
d'arguments que nous fournil l'étude do
l'intérieur du globe, pour démontrer l'unité
de l'Architecte intelligent et puissant qui
présida à la construction du monde matériel
tout entier.
Nous avons vu que les premiers débris
animaux que l'on ait observés jusqu'ici ont
appartenu à des espèces marines; et comme
I existence d'une espèce animale quelconque
implique Texistence antérieure ou au raous
contemporaine d'es^ièces végétales destinées
à lui fournir un principe d'alimentation,
nous pouvions à priori poser comme prol>a-
ble cette conclusion qu'est venue confirmer
l'observation, que des plantes marines de-
vaient exister dans les couches où se ren-
contrent ces animaux les plus anciens, et
se continuer depuis cette époque dans toutes
les formations cT origine marine. M. Adolphe
Brongniart à fait voir, dans son adroiral^le
Histoire des végétaux fossiles (976) , que la
végétation sous-marine actuelle semble se
partager en trois grandes divisions, en ra[)-
port jusqu'^ un certain point avec les (rois
zones glaciale , tempérée et torride ; et
qu'une distribution analogue se fait remar-
Îuer dans les algues submergées fossiles ,
'après laquelle on trouve dans les fonntv
lions géologiques les plus basses et les phi^
anciennes des genres voisins de ceux qui
abondent maintenant dans les climals Us
plus chauds, tandis que les formes de la
végétation sous-marine qui se succèdent les
unes aux autres dans les [tériodes secondaire
et tertiaire semblent se rapprocher davan-
tage de celles de nos climats actuels, h me-
sure qu'elles appartiennent è des coudiez
d'une formation plus récente (ï^n).
Cne revue générale des débris de Yé^é-
tnux lassiles , 1. 1", p. 47. — Le docteitr, Rarba,
dans le Joumai de t Académie des sckuces n^imrciUt
lin VEG ET DE
gétaox terrestres qui peuplent les trois çn
des dirisions des formations géologiqi
stratifiées nous fait roir qu*ils se partage
en des groupes dont chacun indique que
surface de la terre a subi la même dirain
tien progressive de température que la i
;;étalion sous-marine nous annonce s'6i
accomplie au fond des mers. Ainsi, dans I
couches de la série de la transition, no
Tojons s*associer quelques-unes des form
ûclueiiei de plantes endogènes f9Z8), et pj
ticulièrement des fougères et aes équisét
fées, arec certaines familles éteinte$ tend
gènes et éCexogènes^ que quelques botanisi
inotlemes ont considérées comme indiqua
un climat plus chaud que ne Test de n !
jours celui des tropiques.
Dans les formations secondaires, les e
l'èces de ces Cunilles les plus ancienn i
sont devenues beaucoup moins nombreuse
et un grand nombre de genres et même d !
familles ont entièrement disparu. En mèn :
temps deux familles qui comprennent pli
sieurs des formes végétales actuelleme
eiistan es, et gni étaient rares dans la fo
roaiion carbonifère, les cycadées et les con
fères^ prennent un accroissemeift considéra
ble. L ensemble de caractères qu*offrent l \
groupes qui constituent ces deux séries ii
uique un climat dont la température ét« i
à peu près la même que celle qui règi
maintenant entre les tropiques.
Dans les dépôts tertiaires, la plus çranc !
partie des familles de la première série di
eraissent, ainsi que plusieurs de celles c i
seconde ; et une végétation dicolgiédi
ne (979) plus compliqua prend la place d< !
formes plus simples qui avaient predomin !
pendant la durée des deux périodes préc^
dentés. Aux calamités gigantesques ont sw
cédé des équisétacées plus petites : les foug<
res sont réduites aux proportions numéri
ques fiiiibles et à la petite taille que nous leu i
voyons sur les limites méridionales de no i
de PkitMéeiphiê, 1831, et M. R..C. Tavtor, dans 1
Magasin d'histoire naiureiie de Londres , janvic i
1851, ont fait connaître de nombreux (!épÀsde ft
coides qui se montrent par coaclies milices f. c
qnentes dans les terrains de transition de rAniëri
3ae dn NonI, ci qui se montrent sur une longue éten
oe du flanc esfde la diaine des AUeglianys. L*es
pèœ la plus abondanie est oeUe que L- docteur Har
lan a désignée sons le nom de fucoides aiieghamen
sis. M. R.- C. Taylor a trouvé des dépôts étendus d i
fucus fossiles dans la gniwacke de la Pcnsylvani i
eentrale. On a trouvé dans une localité sept couche i
de végétaux dlllérents, dans une épaisseur de quatre
pieds; et sur un autre point, on en a rencontre jus
qtt*à cent dans une épaisseur de vingt pieds seule-
nenl (Journal de yamcson, juillet 4835, p. 185.1
« J M vu aussi, dit Buckland, des fucoides en grande!
abondance dans le schiste traumatique (grawaclie-
simu) des Alpes maritimes, sur plusieurs points dii
la nouvelle route de Niée à Gènes ; et j*ai rencontrai
■ne fois, at cela dans un puits, à Cheltenham, d(!
petits fucoides «fispersés en grande abondance dami
du sdiisie de la fonnatioB iiassii|ue. i Le fuesUdeti
EntÊsdntns se voit dans le U» de Lyme-RMîs, et ii
»ll, dans le Wurienberg; et le fmcaides TmrgiomH
h saUft vert supérieur des enviroas de Bignor,
le eomlé de Susses.
Dicnoinf . mt GoSmouonib kt db Pi
U19.
V£<;
DICTIONNAiafi DE COSMOGONIE
VËG
fISO
eucocaplu» compleU nous ajouterons ici une
courte description de la manière dont les
débris yégétaux sont disposés dans les cou*
ches carbonifères de deux gisements de houil-
les fort importants» celui de Newcastle dans
le nord de i'Angleterrej et celui de Swine en
Bohème, au N.-O. de Prague.
, Le terrain houiiler de Newcastle fournit
en ce moment de riches matériaux à la
flore de la Grande-Bretagne» que publient
en commun M. le professeur Lindiey et
M. Hutton. Les végétaux de la formation
houillère de la Bohème forment la base de
la Flore du monde primitifs du comte Stern-
berg^ dont la publication a été commencée
à Leipsiek et a Prague en 1630.
Daprès MM. Lindiey et Hutton {Flore
ioêêiU^ tome r% page 16) » <c 11 y a des
lits de schistes et de schistes argileux où
itbondent plus que partout ailleurs ces dé^
bris curieux d*un monde plus ancien, et
dont les parUcules déliées ont été comme
une cire sur laquelle se sont empreintes
et conserrécs, dirns toule leur perfection et
dans toute leur beauté, les formes les plus
délicates qui entrent dans la structure orga-
nique des végétaux. S'il arrive que ce soit
un schiste qui constitue le toit d'un banc de
houille propre è être exploité, ainsi que cela
a lieu généralement, nous y trouvons à
iaire la plus abondante moisson de fossiles ;
et peut-être n'est*ce pas tant par suite de
quelque circonstance particulièreà ces sortes
de lits que parce que nous les connaissons
sur une plus granae étendue, et que nous les
étudions davantage. Le dépôt principal n*est
pas en contact immédiat avec la nouille,
mais il en est séparé par une distance de
douze à vingt pouces ; et il y en a dans cette
position une quantité si immense qu'il n'est
pas rare qu'elle soit la cause d'accidents sé^
rieux, efi détruisant l'adhésion du lit dé
schiste, qui se sépare et tombe apnès que le
tf aviil du mineur a enlevé la houille qui le
on y recoimaitra nne slructure végétale plus ou
moins apparente, ce qui sufllrait fjour démontrer,
de la majiière la plus complète. Torique végétale de
la bouille, alors même qu*il n'en existerait aucune
autre preuve.
I Chacune de ces trois sortes de houille, outre la
Ane réticulalion que roa y distingue , et qui est due
k 6e que sa texture est d'origine végétale, offre d'au-
Irea cellules remplies d'une substance légèrement
coloiée en brun-jaune,, d'une nature proliablement
bi^mineuse, assez volatile pour être entièrement
ex^Hilsée par la chaleur avant qu'aucun changement
ail encore eu lieu dans les autres éléments consti*.
tuants de la bouille* Le nombre et l'aspect de ces
cellules diffèrent suivant les diverses variétés de la
houille. Dans la bouille grasse (caking coal)^ les cel-
lules en question sont comparativenent peu nom-*
breuaes et de fiiH'me très allongée; dans les portions
les plus tues de ceMe bouille, là oè la forme rhom-
baicu^e des fragments indique une cristallisation
plus complète, tes cellules sont complètement obli-
térées.
c La houille schisteuse offre deux sortes de aU
Iules, remplies également d'une substance bitumi-
neuse jaune : les unes sont de la nature de celles
que nous avons déjà mentionnées dans la houille
grasse {ettkin§coal); les autres sont plus petites,
reunies par groupes eide forme spbéroiuale alloutçée.
sup^)ortaiL Lorsqu'il s est fait une diute con-
sidérable de cette nature, c'est diose cu-
rieuse à voir que la voûte de cette ruine
recouverte de ces formes végétales dont
quelques-unes sont d'une beauté et d'une
délicatesse parfaites; et tout observateur est
frappé de la confusion extraordinaire avec
laquelle sont dispersés ces restes brisés, et
de la puissante action mécanique dont ils
nous fournissent d*abondants témoignages. •
On reneontre dans les autres gisements
bouillers de la Grande-Bretagne une aboo-
danre pareille de restes végétaux distincte-
ment conservés. Mais l'exemple' le plus
remarquable que Ton en ait encore observé,
c'esit celui des mines de Bohème que j'ai
déjà citées. Les peintures de feuillages les
plus exquises qui recouvrent les lambris
des palais de Tltalie ne peuvent entrer en
comparaison avec la belle profusion des
formes végétales éteintes oui tapissent les
Saleriesde ces mines de nouille; c'est un
ais d*une magnifique tapisserie» qu'enri-
chissent des festons d*un gracieux feuillage
jetés sans règles et avec une sorte de pro-
fusion sauvage sur tous les pointsdesasu^
face. Ce qui«n rehausse encore l*effet, c'est
le contraste de la couleur noir de jais de
ces végétaux avec la teinte pAle du fond, qui
forme la roche à laquelle ils sont ûxées. Le
spectateur se sent transporté comme par
enchantement dans les lordts d^un autre
monde , ii y est entouré d'arbres de formes
et de caractères maintenant inconnus à la
surface du globe, et qui s'offrent à son ad-
miration dans toute la beauté et la vkueur
de leur vie primitive. Leurs troncs écaiïteui,
leurs brancnes inclinées avec toutes les dé*
licatesses de leur feuillage, s^étalent devant
]uU à peine altérés par les Ages sans dooj-
bre qu'ils ont traversés pour arrirer jusqu'à
nous ; ils sont là comme des témoins fidèles
de systèmes de végétation qui ont eu leur
commencement et leur fin à des époques
.^ f Les diverses variétés de houille que Ton dé-
signe à Newcastle sous les noms éecannal^ de parrot,
de splent coal^ nWrem jamais la slructure crisui-
linesi apparente dans la bonne houille grasse; rare-
ment on y trouve la première espèce» de cellules, et
toute la surface se compose d*uue série presque con-
tinue de cellules de la seconde espèce , reinulies de
matière bitumineuse, et séparées entre elles par
de minces cloisons fibreuses. M. Hutton n^ide
comme fort probable ^ue ces cellules proviennent
de la texture reticulaire delà plante mère, slruc-
ture qui est devenue plus conuise par la pre^ioo
énorme à laquelle a été soumise la matière vegéulc»
. L'auteur ajoute que , bien qu*en général les n-
riétés de houille cristallines et non cristallines, ou,-
en d'autres termes, parfaitement ou imparfaitement
minéralisées, se rencontrent généralement dans des
couches séparées ; il est néanmoins facile de tta-
contrer des échantillons où les deux variétés se
trouvent réunies sur une étendue d^tui pouce carre
De ce fait, ainsi que de la position çonstammetit
kl même où ces échantillons se trouvent dans It^
mines, on est conduit à rapporter le» .diflerente» va-
riétés de la ho'dille k des différences «uns h s planies
auxquelles ces variétés doivent leiir origine. {Prù-
ceedings ofGéohqical Society; Lohdon tmd £4t«>-
Philoêoph. Mag., 3* série, t. H, p. 302, avril i^h
ll«i
¥EI
ET DE PALEONTOLOGIE.
VEI
un
dont, sortant de leur liuceul de pierre, ils
Tiennent en quelque sorte nous raconter la
véridique histoire.
Tels sont les grands herbiers de la nature
où, dans des conditions de notre planète qui
n'existent plus, se sont conservés les restes
les plus anciens du règne végétal, avec une
teriection qui laisse à peine guelque chose
regretter de leurs formes vivantes.
VËGETAUX: rapnort$ entre les végétaux
des régions diverses à chaque époque géolo^
gique, — Vov. Flore fossile. — Rapports
entre les régetaux d^époques et de périodes
successives, — Ihid.
VEGETAUX, leur création, — Yoy. Gode-
FROT, Marcel de Serres, Maupied, etc.
VEINES META LUFÈRES.— Un des effets
des forces perturbatrices sur Técorce du
globe, a été d*y produire des déchirements
ou fissures dans les roches qui ont été sou*
mises h leurs actions violentes, et de les
convertir ainsi en des réservoirs où se sont
rassemblés les minerais métalliques, à lapor*
tée des efforts de Thomme. La plus grande
partie des veines métallifères prend son ori-
gine dans des fehtes et des crevasses énor-
mes qui descendent irrégulièrement et obli-
quement à des profondeurs inconnues, et
Srui ressemblent aux déchirements et aux
entes qui se produisent de nos jours par
Tactioi; des tremblements de terre. Les ter-
rains des diverses époques sont coupés par
des fissures, où se sont entassées, comme
dans des magasins, d'immenses richesses mi-
nérales. Ces fissures sont plus ou moins
rem plies de minerais métallifères et terreux
de diverses formes, qui s'y sont déposés par
couches successives et se correspondant sou-
vent sur les faces opposées de la veine.
Des veines métalliques se montrent très-
fréquemment dans des roches de la série
primaire et de la série de transition, et
surtout dans ces portions basses des roches
(981) M. Dufresnoy a fait voir que les miuesd'bé*^
maille el de fer apathique des Pyrénées orienlales»
lesquelles se rencontrent dans des calcaires appar-
tenant à trois âges différente, dans le calcaire de
tninsitlon» dans le lias et dans la craie, sont toutes
situées sur des points oàoes calcaires se trouvent
presque en contact avec le grantle; et il les regarde
comme ayant probablementélé remi^ies parla suUi-
maiion de la matière minérale dans rintériear des
caTiiés des calcaires* à Tépoque même oA eut lieu le
sovlèvement du grauile de ce point des Pvrénées,
ou peu de temps après. Ce soulèvement s accom-
l^it a une époque postérieure au dépôt de la forma-
tion iTétaeée , et antérieure à celui des couches ter-
tiaires. Ces calcaires ont tout pris des formes cris-
tallines Ui où ils ont été en contact avec le granit;
et le fer y est »ttr ceruina pointe mêlé k des pyrites
de cuivre et à une galène argentifère. — (iiémoirê
•ur /« posUiom des mines de fer delà partie orkntaie
d€sPf renies ;i%H.)
D*après tes observations de M. C. Darwin» le gra«
nk des Cordillères du Chili, près du col de Uspel*
lata, qui constitue des pics d une hauteur qui parait
aller jusau'à li.OOO pieds, éuit Auîde à répoqne
des nerlodes tertiaires ; et les couches tertiaires qne
la cnaleur de cette masse en fusion a rendues cris-
tallines» et qui sont traversées par des dykes de sub-
'^~ m gramtk|tte, sont maintenant fortement incli-
\f et constituent des lignes antidinales régulières
stratifiées qui se rapprochent le plus des
roches cristallines non stratifiées. On en
trouve rarement dans les formations secon-*
daires» et plus rarement encore dans les
coiiches tertiaires (981).
Quelques métaux se montrent» mais rare-
ment, disséminés dans la ubstance mime
des roches. Ainsi Tétain se rencontre par-
fois disséminé dans le granité, et le cuivre
dans le schiste cuivreux de la base duHartz
à Mansfeld, etc.
La plupart et les plus riches des veines
métalliques du Cornouailles, ainsi que celles
d'un grand nombre d'autres districts métal-
lifères, se trouvent près du point de jonction
du granit avec les schistes qui le recou-
vrent. Elles varient en puissance depuis
moins d'un pouce jusqu'à trente pieds et
au^elà ; mais l'épaisseur la plus ordinaire
des veines, soit d étain soit de cuivre, dans
cette contrée, est comprise entre un et trois
pieds, et les couches, d'une épaisseur moin-
dre, contiennent un minerai plus dégagé
de toute autre substance, et par conséquent
d'une exploitation plus avantageuse (982).
On a pruposé diverses hypothèses pour
eipliquer comment ces fissures au sein de
roches solides ont été remplies de minerais
métalliques en même temps que de substan-
ces terreuses, souvent différentes par leur
nature de la roche qui les contient. Wer-
ner supposait que les substances qui y sont
contenues y avaient pénétré d'en haut à l'é-
tat de solution aqueuse, tandis que Hutton»
au contraire, et ses partisans, pensent que
ce contenu y a été lancé d'en bas par in-
jection, à l'état de fusion ignée. D'après une
troisième hypothèse, les veines minérales
auraient été remplies par unprocédé demft/t-^
motion qui aurait transporte dans les ouver-
tures et dans les fissures des terrains divers
les substat^ces minérales soumises plus bas
à une chaleur intense (983). Dans une qua«
et compliquées»
Les mèflMs couches sédimenlaires, ainsi que lef
laves, sont également traversées par de véntahlea
veines très-nombreuses de fer, de cuivre, d^arsenie.
^nrf^ni et d'or, que Ton peut suivre Jusqqe dans H
granit sous-jacent. (Land, and Edimi. PInt. Mag.^
uouv. série, t. Vill, p. 158.)
(9S2) La disposition que prennentles filons métal-
liques dans les ferrains où il sont renfermés se
trouve exposée d*une m«inière remarquable dans le
rapport géologique de M. Thomas, auquel sont jointes
une carte et des coupes du distnct métallifère
des environs de Redruth, le plus intéressant de
tous les districts métallifères du Gornouaille.
On y voit réunies sur une pente étendue Im phé-
nomènes les plus Importants, tels due les nions
métalliques, les tftissements de terrams, les entre-
croisements de aîons, phénomènes dont chacun se
manifeste Jttsqo^à une profondeur Inconnue, et se*
continue sans interropuon à travers des terrains
d*àjes diflërents.
(985) M. Patterson a publié dans le Lùnden nnd
Edimènrah Blnt. Magmzfnê (mars i9Ê», p. 471), le
résultat des expériences à Taide desquelles H est pari-
venu à produire un minerai de plomb ou galène ar-
tificielle, dans un tiibede terre dont la partie moyenno
éuit..^ia<ériiune haute température. Ayant fait patK
sur de la vapeur d*eau sur une certaine quunliie de
galène placée dans le point le plus échauffé du tube.
âm
YEI
DICTIONNAIRE DE COSÂiOGOMË
VEI
au
trième théorie on suppose que les veines
ont été lentement remplies par ségrégation y
jOU infiltration, soit dans des crevasses et dans
des cavités contemporaines formées pendant
la contraction et la consolidation des sub-
stances primitivement liquides des rocRes
elles-mêmes, soi(,ainsi qu'on Tobservcle plus
fréquemment, dans des fissurée produites
par la rupture et la dislocation des couches
solides. Des ségrégations de cette nature
pourraient avoir eu pour causes des action^
électro-chimiques continuées sans interrup-
tion pendant un laps de temps étendu (984).
Tous les métaux qui existent dans Té-
corce terrestre, si Ton en excepte le fer,
ne s'y trouvant qu'en quantités compara-
tivement petites, en même temps qu'ils
ont la plus haute valeur pour l'espèce hu-
maine, puisque ce sont les principaux ins-
truments à l'aide desquels elle s'éloigne de
l'étage sauvage, il était de la plus haute im-
portance qu'ils fussent disposés d'une ma-
liière qui les rendit accessibles à l'indus-
trie humaine, et ce but est admirablement
atteint par le mécanisme des filons métal-
liques.
Si les métaux avaient existé en granrle
quantité dans les terrains de toutes les for-
mations, ils fussent devenus nuisibles à la
végétation; s'ils eussent été disséminés par
petites quantités dans la substance même des
.couchesy il en eût trop coûté pour les sépa-
11 vît que Teau s'était décomposée, et que toute la
galène s*était portée par sublimation de la partie
lapins échauffée du tulie dans la partie la plus froide,
^ù elle s'^it déposée sous forme de cul)cs ressem-
blant exactement au rainerai primitif. Il ne s'était pas
formé de plomb pur. Ce fait du dépôt de la galène à
un état parfait de cristallisation, par suite du contact
de sa vapeur avec la vapeur d*eau, nous conduit à
celte conclusiou importante, çiuc la galène peut, dans
certaines circonstances, avoir rempli les filons mi-
néraux par une sublimation venant d*ea bas.
Le docteur Daubeny a trouvé par une expérience
que, si Ton fait passer de la vapeur d'eau à travers de
lucide borique échauflë, la vapnenr s'empare de Pacide
el en entraîne une partie, bien que cette dernière
substance ne soit pas volatile par elle-même* Cette
expérience nous explique la sublimation de Tacide
borique dans le cratère des volcans.
(9m) Les observations de M. Fox sur les propriétés
électro-magnétiques des fdons métallifères du Gor-
nouailles (Transact. pAt7ot., 4830, etc.) paraissent
devoir jeter de nouvelles lumières sur ce sujet obs-
cur et diOlcile. D*un autre côté, les expériences de
M. Becquerel, sur la cristallisation artificielle de com-
posés cristallins Jnsolubles de cuivre, de plomb et
de cbaux, et d*autres substances, par la réaction et
U transport lent et partagé des éléments de compo-
sés solubles (Becqcerei., Trat(^ de Véleclricilé. t. i*%
chap. 7, p. 547,1854), paraissent expliquer plusieurs
cbangements chimiques qui se seraient efleetués
sous Tinfluenoe de courants électriques faibles dans
le sein de la terre, et surtout dans les veines métal-
liques.
4 Lorsque deux corps, dont Tun est liquide, réa-
' gisseut très-faiblement Tun sur Tautre, la présence
ct*uo troisième corps conducteur, ou dans lequel la
capillarité remplace la conductibilité, fournit un pas-
sage k rélectricité résulunt de Taction chimique, et
ut courant voltaique s*établit, qui accroît Ténergie
d^Taction chimique des deux corps. Dans le» ac-
rer de leur gangue. Mais toutes ces diflicul-
tés sont levées dans la disposition actuelle,
où ces substances sont réunies çè et là dans
les réservoirs naturels des veines métal-
lifères.
On voit comment un plan et des arran-
gements créés dans des vues pleines de bien-
veillance nous sont attestés par l'établisse-
ment primitif de ces dépôts minéraux, par
la dis^josilion qui leur « été donnée, par les
proportions relatives suivant lesquelles ils
ont été répartis, par les mesures qui ont
été prises pourles rendre accessibles» moyen-
nant certaines dépenses, à Tindustrie de
l'homme, et pour les mettre en même temps
à Tabri d'un gaspillage insensé et d'une des-
truction prenant sa cause dans les agents
naturels, par la dispersion plus générale
de ceux de ces métaux qui sont Tes plus
importants, et par la rareté comparative de
ceux qui le sont moins ; enfin dans les soins
qui ont été pris pour mettre à notre por-
tée les moyens de réduire à Tétat métallique
les minerais qui les renferment (985).
Toutefois les arguments que nous tirons
de l'utilité de ces dispositions sont com-
plètement indépendants du succès d'une ou
de plusieurs des hypothèses que l'on a pro-
posées pour en rendre compte. Quels que
soient, en effet, les procédés qui ont rempli
les veines minérales de leurs précieuses ri-
chesses ; que ce soit excluiivetnent par se-
llons chimiques ordinaires, les combinaisons sVflec-
tuent par la réaction directe des corps les uns sur
les autres, réaction par suite de laquelle tous les élé-
ments constituants concourent à Teffet général, tan-
dis Que, dans le mode d*action étudié par Becque-
rel, les corps sont pris à Tétat naissant, et Ton n'em-
ploie que des forces excessivement faibles ; d'où il
suit aue les molécules, qui ne sont produites pour
ainsi dire qu'une par une, sont, malgré leur icsolu-
bilité, disposées a prendre des formes ratières,
parce que leur nombre n'apporte aucune perturba-
tion dans leur arrangement. C*est en appliquant ces
principes, et à Taide de faibles courants électriques,
que cet auteur a fait voir que Ton pouvait obtenir
artificiellement plusieurs corps cristallisés que jus-
qu'ici «Ton n'avait encoi*e rencontrés que djins U
nature (Wbeatstow). >
(985) c 11 est un argument, dit M. Taylor, qui m*a
toujours fortement frappé, comme prouvant, d'après
la position même des métaux, Texistence d'une sa*
gesse et d'un plan rempli de bienfaisance. Les më^
taux sont en efict disposés de telle façon qu^ils sont
mis à l'abri du gaspillage de Timprévoyance, et qu'ils
exercent en même temps au plus haut degré leacnie
de l'homme, d'abord par la difliculté de les décou-
vrir, puis par la nécessité où ^ il se trouve d« Taiucrc
los obstacles dont leur recherche est environnée.
< De là Torigine de bienfaiu qui se cotitinaent
dans toute la durée des siècles ; de là, des aignil-
bms pour Tindustrie et pour Texercice des facttlt<N
de respritf qui sont pour nous la plus abondante
source de bonheur. Si les métaux eussent été pla-
cés de façon à pouvoir être extraits sans peine, ou
en eût trop abondé dans certaines circonsianoes, on
en eât manqué dans d*autres, et leur recherche ii'cùi
exigé ni intelligence ni habileté.
f Dans l'état acfuel des choses, ils me naraiss^m
en accord complet avec les plans- parfaits d*n.i
créateur plein de sagesse, plans dont ta vue et U
contemplation nous procurent tant de jooîsaattccs.i
1423 ZAN £T I^ PALEOr
grégation ou |)ar sublimation que ces mé- q
taux y ont été entassés, ou bien que ces h
deux méthodes y aient contribué, soit simul- ^
tanément, soit consécutitement, l'existence u
même des filons n'eu demeure pas moins un è
fait de la plus haute importance pour l'es- h
pèce humaine ; et, bien que les boulererse- d
ments ou les autres phénomènes auxquels d
ces filons doirent leur origine se soient ac-
complis è une époque de longtemps anté- ^
rieure à la création de l'homme, la raison
nous conduit à conclure ({u'il dut entrer
dans les desseins providentiels du Créateur,
à l'époque où il déchaîna les forces pfajsi- e
ys
WEALDIENNE ^Foematioiv). Voy. Nboco- n
WERNER. Voy, Géologif. "
WILUAMS. Voy, G6ologib
WISEHAN, adopte Vhypoîhèie antéhêxa-
Y
fECX VEA Teilobitss, eoméquencu qui dé
z
ZAMIA. Voy. Cicadus. — Cette plante fossi
(986) Un des hommes qui ont écrit les premiers m
H arec le pins d'originalité snria théologie physique k
a résumé dans le peu de mots qui suivent rirapor- d*
tance des métaux pour rhumanilé. q
( Quant aux métaux, ils sontà tantde titres utiles m
il Fespéce humaine,et leurs usa^ sent si bien oonnns ci
de tout le monde, que ce serait peine superflue que. pi
d'en dire quelque chose. Sans eux, en elfet, toute d'
culture et toute civilisation seraient împossi* pi
hles ; jpoint de charrues ni d'anicultore, point de ui
Taux ni de récoltes, point de bècnes ni de jardinage, o
point de serpette ni d'horticulture, point de f^lTe ei
ni de culture des arbres, point d'ustensiles ni de L
meubles de ménage, point de maisons commodes ni le
d'éJifices publics, pout de vaisseaux ni de naviga- H
tion. Qudlecondition sauvage et misérableeùt néoes- ti<
BBB
NOTES ADDITIONNELLES.
NOTE I.
Hypothiêe antékexamérique.
(Eitratt des Estaii iur ta littérature de$ Bi^
breuXf par M. J.-Gh. de Montbeon , i. I'%
Introduction (Paris» 1819.)
Les révototions qui soaleTérenf la terre noas sen»-
blenl aecidentelk», et c'est eo Tain que l'on cherehet
ians Tordre même de la nature, les causes de sa-
ruine. Si tout périt, tout se renouvelle. La nature,
qui n est à nos yem qu'me pensée du Créateur, per-
sonnifiée dans la langue des nomme»^ la nature tend
à la vie, et compte des aiiâées sans vieilHr.
Après avoir vainement eiploré les mers en pour-
suivant de fantastigues rivages, que la tradition , et
la tradition de Moïse, soit notre ancre ; la lassitude
de Terreur peut aussi ramener à la vérité. Notre
globe venait de subir une révolution avant la seconde
phrase de la Genèie.Qued autres se jettent en de pom-
Seuses déclamations pour voiler des subterfuges in-
Ignés d*uue si noble cause; nous aborderons fran«
chement la difficulté, en traduisant à la lettre les pre-
mières li|[pe8 du récit de Moïse, en leur donnant en-
suite une interprétation qui n*ait rien de forcé.—Au
commencement, dans le principe des choses, Dieu
avait créé les cieux et la terre ; mais alors la terre
^it aubvertie...—€e temps, a»ai/€r^4f,o^exisle point
dans Thébreu, dont les verbes sont intiniraent plus
simples ; mais si ce temps n'eiiste pas dans la langue
des Hébreux à demi sauvages, il ne s'ensuit pas que
cette nuance n'existât point implicitement dans la
pensée de l'homme. Le même mot, placé diversement,
et peut-être diversement prononcé, a pu désigner
toutes les modifications du passé. Si, comme nous
n'en doutons pas. Moïse a voulu parler dans sa pre-"
raière phrase d'une époque très^ntérieure à celle
dont il parle dans sa seconde phrase, il n'a ^u s'ex-
E*ner difiëremment. Or, de deux interprétations
leraent admissibles selon la syntaxe, nous devons
ipter celle qui s*aeoorde avec la raison.
Quant à la deuxième phrase, le préfixe hébreu on»
^e nous rendons ordinairement par ei, sert de con-
lonction et d'adverbe dans la langue des Juifs : em-
ployé sans cesse et au commencement de toutes les
D^hrases, il tient même lieu d'une arande quantité
d'adverbes; car il y en a fort peu dans cet idiome.
Il ne doit pas sembler extraordinaire de voir ce mot
Ï^lacé comme adverbe de temps, puisque toutes les
bis gu'il se trouve devant un futur, il le change en
passé, et prend alors Tépiihète de convetêif.
Les mots tohou bohou^ incertains et mystérieux,
expriment parfaitement une subversion. Il est cho-
f quant d'imaginer que l'être souverainement sage ait
créé d'abord le chaos, qui n'est autre chose que le
désordre. Comme tout se renouvelle sous nos yeux,
et qu'on ne peut juger autrement que par analogie ce
qu'on ne connaît pas, nous devons présumer que ces
mondes se renouvellent comme tout le reste. Ces
destructions, que d'autres attribuent à des causes
fortuites, entrent sans doute dans les plans de la su-
Srême sagesse. Il faut donc supposer qu'après une
e ces effrayantes catastrophes, le monde était re-
tombé sous l'empire des ténèbres. La vie venait de
S*éteindre sur la terre. Le souflle de Dieu, Tair, s'é»
kodalt sur les eaux, qui allaient devenir fécondes.
Nous remanpions d que ce monde sorti des eauf
n'est pas moins conforme aux traditions de tous les
peuples qu'aux idée» de la plus saine physique. Noos
ferons observer encore que si Tbomine'eat été créé
avant ces diverses révolutions par lesquelles se for-
mèrent les pierres, les métaux et la terre végétale qui
nourrit les plantes, et jmu* conséquent les animaux,
Thomroe eût d*abord expiré de misère, en mandisêant
et son stérile séjour, et le caprice barbare qui lui
avait donné l'être. Mais, a-t-on dit de nos jours.
Dieu n'a point fait le monde pièce k pièce, comme un
artisan qui construit une machine ; il a créé la terre
teHe que nous la voyons, avec de vieilles forêts, des
montagoea décrépites. Il aurait donc aussi pbi'é, soit
au sommet de ces montagnes, soit dans les profon-
deura de cette terre, les innombrables débri& qui
composent une partie de sa masse, et il aurait phcë
çà et là les os parfaitement seml>lables d'animaux
dont les uns n'existent plus sur notre terre, et dont
les autres sont analogues à ceux que nous voyons ;
il aurait enfin établi, d'un seul jet, ces nombreuses
couches qui, par mille faits et par mille circoustan*
ces, ne peuvent avoir été formées que successivement
et sous les eaux. Des hommes étrangers à leur siècle
disent que tout cela s'est opéré pendant le déloge.
Ignorants nous-mêmes, nous répondrons à Tigno»
ranc« sans ce dédain pédanieMue, sans cette ironie
superbe des détracteurs de la Geni$e , qui, parfoisi
ne sont pas non plus très-savants ; car la ferme ré-
solution de tout nier dispense de rien apprendre. On
a dit, on a prouvé que 1 état actuel de la terre aiies-
taii et diflërentes irruptions des eaux, et leur long sé-
jour sur nos conlineuts. D'ailleurs, rinspeetion U
plus superficielle démontrera que la terre contient
mille fois plus de dépouilles qu'elle ne pouvait nour-
rir d'animaux à Tépoque d'une catastrophe uaique
et passagère comme le déluge. Mais, sans nous airè*
ter plus longtemps k repousser les coups de ceuxquç
BOUS servons,*la suite développera mieux ce que ooua
venons d'avancer.
Nous avons déjà vu qu'il était Impossible d'expli-
quer la disposition des couches de la terre sapa la
concours d un liquide qui. en ait tenu les matériaax
eu dissolmion, et qui même» s'il en faut croire qoek
ques physiciens, n'était peut-être pas Teaa telle
qu'elle existe aujourd'hui^ Elle pouvait, disent-ils,
être imprégnée de quelque antre fluide qui lui com-
muniquât a la Ibis la propriété de faire passer les
corps, organisés à Tétat ou nous les voyons, et la
propriété de les conserver. Mais puisque ces mêmes
corps sont des coquillages à peu près semblables
aux nôtres, et qui ne peuvent avoir vécu que dans
Teau, il faut bien qu'elle ait existé aussi telle a peu
près que nous la voyons maintenant. Les dilférencts
qui existent, dans les espèces et plus rarement dans
le« genres, entre ces coquilles et (es nôtres, ne sont
pas assez tranchées pour faire supposer que Télé*
ment où elles vivaient fût d*une autre nature. La
seule conservation des grands quadrupèdes trouvés
daus les attérissements des fieuves du nord de TA-
sie prouverait que c'est Teau qui les a déposés.
Tout le monde sait que ces animaux avaient enoore
leur poil, et que leurs chairs étaient même assex
fraîches pour que les chiens les aient
ÎM
NOTES ADDITIONNELLES.
U50
Toute autre catastrophe qu^une inondation, aurait
écrasé, dispersé ces eiéphanis et leurs débris.
L'opinion de tous les philosophes indiens est que
Népaul,
Uolwel, dans rexplicalion de sa première planche,
suppose que Braman flotte au milieu de l*abime sur
une feuille de bétel ; mais il est évident que c*est
une feuille de lotus ou de figuier d*Inde mal dessinée.
On retrouve les mêmes opinions à peu près diez
les peuples de TAmérique méridionale.
On ne peut compter avec précision combien de
fois le monde a été détruit; mais il est évident que
ces destructions ont toi^ours été opérées par les
eaux.
Ces diverses catastrophes sont» Je crois, portées
au nombre de huit par Cuvier.
C'est une de moins qwi chez les anciens Perses.
Dans le Cahcrman* Namch, Simorg ou Simorganka,
oiseau merveilleux que les Arabes appellent le frand
oiseau, qui est fée, t|ui parle toute les langues, inter-
rogé sur Tancienneté du monde, répond qu'il Ta
déjà vu sept fois peuplé de créatures, et sepl fois
dénué de toute espèce d'animaux, fi est vrai que
rhistoire de cet oiseau religieux et philosophe se
trouve dans un recueil de fables; mais quel livre
des Orientaux n'est mêlé, n'est rempli de contes?
Cet oiseau, type du phénix des Grecs et du roc des
Mille et une Nuits, cet oiseau colossal vivait dans la
montagne de Caf, imaginaire comme lui. 11 est fort
célèbre dans les anciens romans des Orientaux, et
même dans leurs histoires : il donne quelaues-unes
de ses plumes au troisième roi de Perse (Tahamu •
rahz) qui les met à son casque, et devient invin-
ciMe.
A juger de ces révolutions par les vestiges qu'elles
ont laissés, leurs intervalles, leurs effets, et peut-
être aussi leurs causes, diffèrent essentiellement (987).
Les quadrupèdes terreslres vinrent après les
amphibies ; mais Cuvier pense < qu'il y a eu au
moins une, et très-probablem<*nt deux successions
dans U classe des quadrupèdes avant celle qui peu-
ple aujourd*bui nos( contrées » : il remarqué aussi
qu*H n^existe aucune gradation entre les espèces que
nous voyons et les anciennes, qui en étaient si oif-
férentes. On peut tirer de là cette conclusion, qu'il
â existé entre les unes ei les autres une catastrophe
d*abord, et, bien des siècles après, une création
nouvelle. Mais toujours est-il singulier qu'après une
destruction complète, la puissance créatrice, sans se
répéter exactement, ait produit des animaux du
même genre, et qui diflëraient seulement dans leurs
espèces. Cela seul ne supposerait-il pas un V^n^ uo
premier dessein, toujours suivi à travers le torreni
des siècles et les destructions qu'ils amenaient? Est-
Il possible de soutenir que des réunions fortuites de
molécules aient pu s'opérer dans un ordre si adrol*
rable, qu'après les convulsions de la nature expi«
rante et l'extinction de la vie sur notre globe, ces
^assemblages aient suivi une certaine marche, une
certaine succession bien visible dans la citatne qui
lie les premiers êtres à ceux que nous voyons? Le
grand naturaliste déjà cité s*étonne de voir des es-
pèces différentes : n est-il pas bien plus surprenant
de revoir les mêmes genres? Cette objection contre
le matérialisme a déjà été faite à regard de la régu«
larité que nous vovons aujourd'hui dans les espèces»
Mais eatn une plante, un animal, naissent d'nne
plante, d'un animal semblaWe. C'est un prodige bien
plus grand, que de voir, après It destruetion en-
(fWT) Voyez la belle iotrodociion de Touvrage de
Cuvier sur les grands anbnaex franilefi.
<98H) L. loil lumière, d fuimèr^ /ni ; car on sait que
l'hébreu n*a pnipt djrlicles. et que Von ne Uiie pas que
nou<i galons id le mot le plus sublime rie la ïïlble ; ur
nous le traduisons comme on l'a touj(»urs tra<lutt, et TUn
tière d'un monde et de la vie, un monde à peu ^rfiSr
pareil sortir des ruines du précédent.
Les coquillages, les poissons, les quadrupèdes dé
la dernière couche sont tout-à-fait ou à peu près les
mémesqueceux existants aujourd'hui. Assistonsavec
Moïse à l'œuvre merveilleuse des six jours ; car il
ne faut plus entendre par ees jours des époques qui
eml>rassent une lonsue suite de siècles : le texte de
la Genèu est formel à cet ^rd. Moïse dit qu'il y
eut un malin et puis un sotr qui firent trn jour»
Comme les astres n'étaient point visibles encore^
on pourrait dire cependant que ces temps., si lOngi
Eur l'homme, dont la vie est si courte, étaient les
irs de la Divinité : cette Divinité existant seule Jes
^es, qui ne sont que ses instants, pouvaient être
comptes dans cette proportion révélée a Moïse. L'ex-
pression même ne serait pas en défaut, puisque
nous disons qu'il existe au pôle un jour de $ix woi$
avec une nuit égale, et que, dans fa Bible, le mut
jour est souvent pris pour des années entières et des
esnaccs de temps plus longs encore.
Mais nous ne l'entendrons pas ainsi; et c<Mtc
question nous a mis sur la voie de difficultés bien
plus grandes , dont rincrédulité s'est servie mille
fois, comme d'armes irrésistibles, pour saper dans
ses fondements l'édifice de Moïse. Nous présenterons
l'objection de ces écrivains dans toute sa force.
Comment, disent -ifs, osé-t-ôn avancer que la lu-
mière qui nous vient du soleil existait avant lui, et
qu'avant la naissance de cet astre il y avait des
jours, tandis que la Genèse elle^nème nous dit plus
bas que le soleil et la lune furent créés pour r^ler
les jours et les nuits?
Puisque les cieux étaient créés, les astres l'étafenl
aussi. Nous ne croyons pas donner ti^p d'exteiision
au mot qui signifie les cieux, en disant qu'il désigne
en même temps les astres, comme le nom de prairie
embrasse toutes les ] lantes dont une prairie se corn**
pose. On a vu quel sens nous avons donné au mol
créer, mais il n'est pas dit ici que rStemel ait
créé i988) la lumière. Dieu dH que In twnlère soit ,
et la lumière fut (989). C'est comme si rhistorien
avait dit : qu'il fasse jour, et il fit jour; qu'il flisse
clair, et il fit chir. La lumière existait auparavant ,
comme tous les autres éléments : mais dans Tétai de
csonfusion où la dernière catastrophe avait jeté le
monde ; dans le désordre du chaos enfin, la lumière
devait être complètement obscurcie par Tépaisseur
et l'opacité d*une atmosphère mêlée de parUes aqueu-
ses et terrestres. Quelle que fût en effet la cause
de la submersion du monde, cette crise devait être
d'une violence infiniment supérieure à toutes les
forces naturelles qui nous sont connues.
On peut distinguer Tone de l^iutre hi clarté qui
est un état de l'air plus ou moins transparenr, et h
lumière douée de plusieurs propriétés des corps.
Jusques-là, l'on n'entendait par la lumière autre
chose que la clarté. Mais cette distinctien est im-
portante id. La clarté seule étant connue des hom-
mes. Moïse, inspiré par le Très-Haut qui sait tout,
mais Moïse devant être entendu de ces mêmes hom-
mes, parle de la lumière comme étant la c/ari4 (990),
mais non Vêlement que nous connaissons à peine,
et si imparfiftîtement encore. La lumière était créée
dès longtemps : aor ou aur est la clarté. Dieu dll
que la clarté soit, et l'air se dégage à demi des nolre«
vapeurs dont le reste dérobe encore à la terre l*iia«
pect des astres. Cette terre n'est alorft au>in limon
impur, et de même que ses parties seHnes ne sont
pas tont-l-Cait séparées des eaux in^rieures, les
eaux supérieures sont auspend^yes en l'air , sous la
pression qu'il produit ne sera sûrameat pas affaiblie par
notre commentaire.
(9B9) Moiae ne se sert point Ici des mots crésr et (atrt
{Bva, Muik) eoipley<&a pour loua lea rprps de la nalwe.
i^m) La dorléest la lumière ouinirestée, tandis que^
dans les ténèbres, elle csi inlercepi/.e.
U&i
DICTIONNAIRE M) COSMOGONIE ET DE PALEONTOLOGIE.
UCi
1
forme de nuages épais, qui deTaiem s*élever Lien
au delà des limites de noire atmosphère (991), puis-
se 1-eau vaporisée occupe 1,700 fois la place de
son Toltime primitif. De plus, tous les priiuipcs des
corps vivants qui allaient se former et s*aiiimer à la
^role du Sei^ieur, tous les gaz enfin, flottaient avec
feau volatilisée. Parmi les densités progressives des
corps solides et des fluides confondus , on n^aurait
}n dire où commençait, où finissait nn élémenl. A
a voix du Créateur, les atonies les plus grossieis
8*aHsemb|ent par les lois de raflinitc, s abaissent par
les lois de la pesanteur. On est loin de découvrir
cncol'e ni Ta^ur des cieux, ni le disque f datant du
soleil. Cette aurore de la nature fut une lueur somr
bi-e et mystérieuse. La lumière sans éclat, répand
ses pftles clartés sur un monde sans habitants, sans
couleur, sans forme. C*est le jour, mais livide et dé-
nué de ces rayojis d^or et de feu qui vont solenniscr
la renaissance de la nature, et la première apparition
de riiomrae. Dieu pouvait, sans doute, d*un seul
mot substituer au chaos la terre telle que nous la
voyons; mais sa puissance ne se déploie pas tout
entière à tout instant; et &foïse nous raconte ses
différents actes trop grands , trop merveilleux en-
core pour notre faible raison.
Cette clarté venait sans doute du soleil , puisque
roQ dit qull y eut un matpi et puis un êoir
••
Ce n^esl pas du tout pour répondre à des objec-
lions sans londemeni, ni pour éclairer le berceau
des êtres vivauts, que nous avons supposé la créa-
lion desi a^stres bien antérieure à celle drg habitants
de la terre. Non , le texte même et la vraisemblance
nous ont porté à celte supposition. Il nous aurait
paru eonirabre h Panaiogie que Dieu , après avoir
iMissé un jour h créer les poissons, un jour k créer
les plantes, n'eq^ployftt que le reste d'une journée
k la création de ce vaste univers dont hi terre n*est
qu'un atome. On nous dira petit-èlre que ce peu de
place occupé ^ la terre et par Tbomnie, si petits
dans rinvmeusité, n*est pas confonuc à Timportauce
dca hames destinées de Thomme moral. Quand ce»-
aerons*nQus de comparer le Tout-Puissant aux chefs
de nos misérables empiçtts, où les sujets sont d'au-
tant plus, oubliés quHls sont plus nombreux ! Mais
songez, ô chrétiens t que votre Dieu est Inflni dans
#on intelligence comme dans sa puissance! Il or-
donne le renouvellement d'un monde , el veiHe $^r
/m pefiu de la colombe; il règle la course des astres,
et recueiHê en êw ume Us larmes de C opprimé. La
grandeur de IHiiiivers rehausse doue beaucoup hi
grandeur de son souverain, sans èter rien ii la div
suite de IMipmme. Cette dignité ne se mesure point
a Tespace que peuvent occuper les habitants ae la
terre, S'U en était autrement, la baleine, celte niasse
informe en son épaisse organisation , serait la plus
noble de toutes les créatures ; et les êtres intellec-
tuels, ministres et roessaxers du Très-Haut , restes
immortels des héros et des hommes voiiueux, se*
raient placés au«<deasou8 de rinsecle éphémère.
Kt c'est au nom de nos connaissances Incertaines
qtie la veille a vu naître , que le lendemain verra
s*évanouir devant des notions nouvelles, c*est a
propos de la lumière qui nous est si profondément
inconnue, que noua osons protester contre la plus
auçieune, la plus pure, la plus vénërskble des reli-
gions ! Vos instruments ont-ils pu la saisir, la pe-
ser, la décomposer, cette lumière? Vous la vovez
dans ses elbts comme la Divinité ; et comme la Di-
vinité, vous ne pouvez guère la définir que dans ses
qualités négatives.
S*il y eut, pour la première fois, un soir et un
matin, ce n'est pas que la terre eût cessé de |ourner
sur elle-même ;c*cst, comme nous Tavons dit, que
(901) Selon les nnii, notre atmosphère s'êlendrait à 13
lieues perpendiculaires, et selon d'autres Si 1^.
jusqu'alors les rayons solaires avaient été totale-
ment intercepta par la quantité de molécules a-
Sueuses ou terrestres^ qui se trouvaient accumulées
ans Tatmosphêre, si nous pouvons appeler ainsi
les réglons supérieures du chaos. A la parole de
Dieu, la terre jouit à peu près de la même clarté
qui brille dans notre zone tempérée lorsque le so-
leil est caché par les nuages, c*est-4-dire pendant
les trois quarts de l^nnée. La nuit revint ; car, au
milieu de la marche des siècles, les jours avaient
recommencé pour la terre.
Passons maintenant aux versets où Ton croit voir
la création des astres. Dieu dit : c Soient de briU
iantes clartés dans l'espace des cieux pour séparer
le jour et la nuit! i Le mot méoroih^ qui vient
d*aMr, lumière, a, pour cette rai^n, été traduit par le
mot /amf mitres, qui le rendrait assez bien,s*ilneman-
quaitabsohimeni de difj^nlté. On doit à M. de La Prise
une interprétation fort mgénieuse du mot hébreu, qui
désignerait, selon lui, non pas les deux astres qui
nous éclairent , mais leur atmosphère lumineuse.
Sans rejeter précisément celte conjecture, noua per-
sévérons dans notre avis, et nous disotis simplement
que Dieu dissipa les vapeurs qui dérobaient à la
terre, pendant le jour, Taspect du soleil p et, pen-
dant la nuit, Taspect de la lune. Il ne s*agn ait donc
ici que de simples apparences, comme les termes de
signes et de clarté peuvent le faire présumer. Ils of-
friraient une désignation trop insuflisante de cea
sphères immenses. La simplicité des moyens que
nous proposons peut, il est vrai, répugner par cela
même à certains esprits qui ne veulent pas être per-
suadés, mais confondus, brisés , anéantis par des
faits incompréhensibles et des raisonuemenla ob-
scurs. Nous croyons, disent-ils encore aujoiird^uî,
que Mahomet a mis la lune dans sa manche, et noua
titude la plus authentique ne Teût mis à Tabrî de
tous les doutes. En résumé. Ton met au rang des
preuves d^une chose son impossibilité même. . ^
Sans nous jeter en d'abstraites définitions ,
comme il est une peinture pour les yeux, il en est
«ne aussi pour Poreille et pour IVssprii : cVst la
poésie. Le langage est comme la palette du peintre ;
le poêle crée des tableaux avec des intages et des
sons^ Je ne vois pas qu*aucun genre de poésie d«a
Hébreux gifre un rapport exact avec nos puémes, si
ce n'est avec Tode ou Ui cantate. Le récit de Moise
renferme plusieurs morceaux poétiqi^es, la création,
par exemple, où le sublbne semble résulter de la
grandeur des objets et de Ui simplicité de Texpi-es-
sion. Assurément, cçt exorde de la première histoire
de la terre et des hommes» cet autiaue monument
d'une inspiration divine ^ ne ressemble aux poèmes
dHiucun peuple : un examen superficiel , et surtout
la lecture des trailuctions pourraient faire jnper ce
morceau tout à fait dépoun*u des formes poétiques.
bi pourtant un choix dVxpressîons iicu communes
csLundes caractères essentiels de la poésie, nul
iMivrage n'en paraîtra plus fortement empreint.
Moïse veut-il peindre le désordre du chaos» il se
sert de mots éminemment pittoresçiues (9d2), et
non moins extraordina'nre que le sujet du tableau.
Lorsque tout était confondu sur la terre» la neu-
veauté, l'indécision même da quelqncs termes, aide
k représenter des objets inouïs; et ces lennea» ex-
pliqués seulement par leur soinbre harmonie, res»
semblent à ces fantômes que l'obscurité fait i^ralu-e
plus grands et plus terribles^ En eflciK les ténèbres
s'ctendaieut sur la face de l'ablmc ; et le dentier
'992) foktm Bchou.
1459
NOTES AODITIONNELLKÎ?.
ÏIM
mol, téhàm (993), n*e6t pas moins iiidéiermiiié nue
iii:i}{ni(1i]ae. Le veni, «lUi, par une grande ei iiudIc
in(*uif>iiore, c^C appelé le souffle (le Dieu, le vent
.i.^ilail ses ailes sur la face des eaux. On peut en-
tendre aussi Que Fesprit de Dieu couvait toute IM-
tendue des onues ; et de cette œuvre mystérieuse on
s^alteiid à voir éciore la nature.
Lorsqu*ensuite Tauteur de Tunivers créa la lu-
niicrc avec deux paroles, la sépara des ténèbres, ef
nomma Tun et l'autre ; lorsqu'il rassembla les eaux
dans le bassin des mers, montra la terre au ciel,
et d*un root de pins la revêtant de sa preniicrepa*
rure, ré|Kind au loin les prairies, les vergers (994)
et 1(^ forêts, comme il avait répandu Téther et la
lumière; alors, disons-nous, Moïse semble avoir as-'
sisté à la création. Voici la terre belle d'une jeu-
nrrsse immortelle, mais silencieuse et solitaire. Le
Tout -Puissant veut qu'elle soit habitée; sa parole
peuple les eaux, Tair et les campagnes, selon la su-
blime paraphrase de Hilton :
Chaque instant donne au monde une race naissante,
Chaque sol est fécond, et chaque glèbe enfante.
Et lorsque (outes ces créatures 8*ag)tenl en essayant
la vie, la bonté divine leur dit : Fractiiiez, et muliî*
pliez vous ! Le récit de tant de merveiUet est ac-
compagné de formules t:és-simples; aprés^chaque
ordre de rEternrI,' le narrateur dit quMI en ftit
ainsi; et dès que le prodige est opéré, il ajoate ces
paroles modestes : Dieu vit que cela était Lien.
Mais ce séjour enchanteur attend un maître :
Dieu crée Tliomme physique avec la poussière, et
risomme moral avec son souffle. 11 le crée à so»
imago, bien oblitérée sans doute, lorsqu'après quel-
ques jours d'innocence Tliomme a passé tant de siè-
ck*s dans le mal. Quoi de plus admirable que la
honte qui naît de la science et du péché! En tout,
on voit dominer dans le récit de Moïse cette fleur
d'imagination orientale dont la sagesse In plus pro-
Î;ner un eniniit. Lar si cesi uieu qui pai
aut pas oublier que c'est à Thomme qu'il s'adresse.
• Ce jardin délicieux, arrosé par des fleuves limpides,
CCS deux arbres dont l'un donne la science et t'ou-
tre rimmortalilé, ce serpent qui tente la belle Eve»
toutes ces sublimes allégories conservent encore
leur physionomie asiatique.
NOTE II.
De$ foêsilcM et de leur signification.
On noua saura gré de ri^prodnlre Ici un travail
sur les fossiles-, publié par M. l'abbé Poullct, chef
d'institution à Senlis, enlevé bien jeune encore aux
sciences et aux lettres qu'il cultivait avec un remar-
quable talent.
< Il y a des fossiles. C'est-à-dire, les entrailles de
la terre recèlent les restes d'animaux et de plantes
qui ont jadis vécu à sa surface ou dans le sein des
mers qui la baignaient. Tandis que, dans le cours pa-
cifique de la nature actuelle, la couche la plus super-
ficielle de i'écorce du globe, cette mince pellicule que
nous foulons aux pieils, que nous cultivons, présente
à peine quelques débris des innombrables végétaux
et animaux qui, chaque jour, lui abandonnent, en
mourant, les dépouilles de leur organ'srAion de-
tri|ite ; les couches mêmes les plus profondes et les
plus dures, formées dans une antiquité indéfiniment
leculée, sous Tinflueuce des forces les plus énergi-
ques^ ont conservé eu l'empreinte, ou le moule, ou
lo subslance même des êtres vivants qui peuphient
alors la terre, les airs et les eaux.
f II y a des fossiles. Oq commença par ne les
point voir ou ne les point remarquer. Ce n'est pas
que Pindustrie humaine ou les accidents du sol ne
les aient bien souvent et de bonne heure amenés
aux regards de l'homme; mais il y avait tant d'au-
tres choses plus pressantes à voir, plus intéressantes
à chercher oue cell&-là ! Puis, quand on y fit atten-
tion , quand on se demanda : Qu'ett-ce qve cela f
D*où cela vteitlH7?il se trouva des savants {991) qui
répondirent : Cela n'est rien, rien qu*uii jeu de la
nature, un accident de cristallisation. D'autres in-
ventèrent des explications plus absurdes en-
core (990). Quelques-uns, moins éloignés de la vé-
rité et de la raison, virent bien que c'étaient des
restes authentiques d^animaux et de plantes enve-
loppés dans k« roches par une grande révolution
ph>sique; et comme ils savaient, d'après les livres
sacrés, que la terre avait été bouleversée par un ca*
taclvsme universel, ils regardèrent naturellement
les fossiles comme des effets et des monuments de
cette célèbre cutastrophe.
(9031 L'abhse est personnifié dans Job et Interrogé
opr^s la mer. Quelques interprètes pensent que c'est
roeéan : les HDbfeus piMivaicnt bien prendra TOcéan
|ioor un ablBe«
(90i) L'expressioa est icnijours simple : L. ûw arbres i
« La paléontologie en était à peu près lit il y a 60
ans (car les idées plus justes et plus laraes de Sté*
non et d'Arduino avaient eu pen d'influence sur
leurs contemporains). On sait ce qu'elle est aujour-
d'hui. Les débris des générations éteintes, reunis
en plus grand nombre, examinés avec plus de soin«
se sont ranimés, pour ainsi dire, au flambeau de hi
science moderne ; les lumières de la botanique et
de la zoologie, reflétées sur ces antiques dépouilles,
ont permis de discerner leur véritable nature, de les
nommer, de leur marquer une place dans la série
des êtres organisés. Interrompes par une ardente et
savante curiosité, ces témoins, si longtemps muets,
ont révélé la merveilleuse histoire des épo(]nf^s où
ils vécurant. Le géognoste a trouvé dans les fossiles
riiidice de l'àgc relatif des roches qui les renfer-
ment. Le botaniste et le zoologiste, étonnés de rC'n-
contrer dans ces monuments du vieux monde des
formes étrangères au monde actuel , ont modifié
leurs dassiflcations et agrandi le cercle de la
science, pour faire une place h ces nouveaux ve-
nus. Le naturaliste philosophe a vu dans ces for-
mes insolites la transition entre certaines dissein-
blc^nces des organisations présentes, et a méilité sur
les causes profondes qui ont pu, dans le laps des
siècles, altérer les types des êtres organisés. En \\j\
mot, la science des fossiles est devenue le complu-.'
ment indispensable de toutes les sciences naturelles ;
elle en a modifié les principes, agrandi le domaine^
et a donné lien aux conjrcturcs les plus hardies sur
les lois générales de la nature et l'histoire de la
création.
c Ne s*est-on pas trop h&té dans quelrtiies-tmes
de ces conclusions? N'a-toon pas exagéré la vérit«-t
ble iignificatioH des fossiles? Cette question se re-
présentera plus d*une fois dans cette thèse, où je*
me propose de résumer et de discuter les principes
fondamentaux de la paléontologie appliquée. Je
traiterai : 4* de la détermination des fossiles; S* de
leur valcttr ou signification géognùsîiqne ; S* du de^
gré de Traisembmnce des condttsions géoaénitpiei
ou jfhysiologiqHeif auxquelles Us ont donné lien.
Dmit produisant leur Ihilt.
(9951 € Gessner et ses contemporains du xvi* siècle, i
(99G) « On peut voir qualques-unes de ces optnims
dans la UÛwlogk de d'àacn«viLLs, p. 86 et suit, i ,
U35
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE ET DE PALEONTOLOGIE.
1436
j Aet. I". — De la détermination dei /bstt'/et. .
I On conçoit aisément toute rimpor(anc<; de
cette question pi'élîniiiuiii*e : des fossiles non déter-
minés sont pour le géologue à peu près ce que sont
pour riiistorien des hiéroglyphes dont il n*a pas la
<jef, Tobjet d^une vaine et stérile curiosité.
f Examinons donc avec soin ce premier élément
du problème, et pour procéder avec ordre, suivons
attentivement le paléontologiste dans les diverses
parties de son travail.
4 Et d*abord, est-il toujours sûr de ne point s'é-
garer dès le premier pas, en prenant pour un fos-
sile une infiltration furtuite, une concrétion plus ou
moins bizarro? Toujours, non. Presque toujours,
oui ; et cela suffit. La vie a des formes trop spécia-
les, trop vivement tranchées, pour que, dans Tini-
mense majorité des cas, un œil tant soit pou exercé
n*en distingue sûrement les productions. Qu'import?,
-en effet, que les personnes étrangères à Tétude de la
nature aperçoivent une forme humaine, un oiseau,
une plante, dans les vagues contours d'une pierre,
dans les linéaments confus d*unc inliltralion miné-
rale; ou que, par un excès contraire, les savants
euT;-ntômes (les savants de ces temps-là) aient pris
pour des accidents purement plnsiquos les restes lei
plus évidents d'êtres organises? invoquera-l-on,
pour nier la lumière du jour, le souvenir des ténè-
bres qui Font précédée, ou Tombre des lieux obscurs
qu'elle n'a pu éclairer encore? Qu'importe même
que les naturalistes de nos jours soient partages sur
la nature cl l'origine des arbori$ations renfermées
dans quelques agates (997), des tubulures qui tra-
versent quclqui's roches, des formes arrondies ou
teslacées (998) que présentent les particules de cer-
tâiiis calcaires ou autres substances minérales;
qu'iU hésitent quelquefois, parmi les innombrables
Tatiatioiis des silex de la craie, à dire s'ils ont sous
les yeux un polypier nouveau ou un b zarre cail-
lou?... Ce sont là des diflicultés purement acciden-
telles, exceptionnelles ; la bonne foi demande qu'on
les cite, et qu'on en tienne exempte dans l'occasion,
mais elle se garde bien de les exagérer ou de s'en
préval »ir pour essayer dëbranler toute la science
par un scepticisme effréné. Quelques nuages flocon-
neux, errant dans l'immensité de Tair, empèchent-
ils les rayons du soleil d'éclairer et de vivifier le
glol)e?
€ Ce premier pas fait, esU-il aussi facile d'en
laire un seconJ, en déterminant auquel des deux
règnes organiques appartient chacun des fossiles ?
Oui encore. Car les doutes qui peuvent s'élever sur
ce point ne proviendraient que de l'état excessive-
ment fragmentaire des débris organiques, ou des
analogies singulières qui semblent lier l'une à l'au-
tre, non pas les extrémités opposées, mais les li-
mites inférieures des deux séries; cela revient à dire
qu'il y a doute sur la nature animale ou végétale
d'un fossile dans les cas seulement où les êtres vi-
vants présenteraient la même difficulté. Jusqu'ici
donc nous marchons d'un pas assez sûr vers la so-
lution de notre important problème.
i Mais, dans chaque règne, peut-on pousser la
détermination des fossiles jusqu'à la classe, à la fa-
mille, au genre, à l'espèce?
^ c Les fossiles animaux présentent à cet égard un
incontestable avantage sur les végétaux, et cette
diilerence tient à trois causes principales; la pre-
mière est que les groupes zoologiques sont plus
nettemeiit tranchés que les divisions botaniques. En
(W7) • Vofez Ad. BnoKOKiAKT, Prodrome d*\ vég. fo»i.,
(998) I Par exemple, le cmUfre tesUicé d'ydrm. i
de reconstruire le tout avec une des parties. Et en-
fin, l'on ne peut dissimuler que la phytotomie est
encore une science bien incomplète, surtout si ou
la compare à Tanatomie animale.
c Voyez en effet avec quelle facilité les dépouilles
fossiles d'animaux se laissent rapporter tout d'abord
à l'une des quatre ou cinq grandes divisions zoologi*
ques. Des vertébrés, il ne peut guère rester que des os
et des dents : or les vertébrés sont les seuls qui aient
des os, et des dents de nature osseuse. Des mollas-
ques, les couches terrestres n*auront pu conserver
que l'enveloppe solide (999), et les mollusques sont
les seuls qui aient des coqiUUeê : car on peut à peine
citer comme exception le test des entomostracéê mi-
croscopiques, représentés à l'état fossile par le ry-
pris faha ; ou les tubes d'annélides (eerpula, spiror^
6m), semblables aux coquilles tubuleuses des denta^
les (1000) et des vermete. Les animaux articulés ont
des formes spéciales qui les feront toujours recon-
naître, quand bien ménie ils n'auraient laissé dans
la roche que l'empreinte de leur corps on de faibles
débris de leurs parties dures. Enfin, les formes non
symétriques, rayonnées, rameuses, permettent or-
dinairement de restituer aux radiàirèe et aux zoo^
phijies les débris qui appartiennent à cette dernière
division du régne animal.
c II y a pourtant toute une famille de fossiles
aussi remarquables par la singularité de leurs for-
mes que par leur présence dans les terrains les plus
anciens, dont il est difficile d'assigner avec certitude
le rang zoologique. Qu'est-ce que les trilobite*?
Sont*ce des mollusques analogues aux oscabrions,
ou bien des crustacés, comme on l'admet pins gé-
néralement aujourd'hui? Et dans ce cas, de quelle
famille de crustacés les rapprochera-t-on? L'examen
de leurs nombreuses pétrifications n'a rien fourni
d'absolument concluant sur cette question ; et peut-
être, si l'on retrouvait l'animal vivant, les mêmes
dissentiments continueraient sur le point de b série
où il doit être placé.
c II est bon; du reste, de remarquer que cette
sorte d'incertitude sur la classification d'un genre
ou d'une famille de fossiles, n'a presque aucune con-
séquence pour la géologie, surtout quand il s'agit
d'animaux Invertébrés. Ce qui est vraiment impor-
portant pour le fféologue, c'est d'éviter la conliisicn
des espèces ou des genres, et de savoir si les fos-
siles ont ou n'ont pas leurs analogues génériques on
spécifiques dans les êtres actuellement vivants:
cela connu, il ne reste qu'une discussion purement
zoologique , et quelquefois une dispute de mots.
Ainsi, pour citer un autre exemple célèbre, la con-
naissance des terrains sectmdaires ne sera. guère
plus avancée quand on saura précisément à quoi
s'en tenir sur la nature des innombrables bétenini-
les renfermées dans leurs couches. Cetie observa -
tion a pour but, non point de déprécier des recher-
ches si Intéressantes à plusieurs égards, mais de
prévenir les objections de quelques personnes tou-
jours prêtes à faire valoir sans discernement ,
contre la solidité d'une science , les contradictions
de ses défenseurs.
c Quand il s'agît au contraire, des dépouilles de
vertébrés, on a besoin de connaître le plus exactt^
ment possible la classe, l'ordre, la famille et le
genre. Constatons par une revue rapitle le degré de
certitude dont chacune de ces déterminations «st
susceptible.
c Les grandes classes entre lesquelles on distribue
les vertébrés offrent à l'état vivant des caractères
parfaitement tranchés; mais à l'état fossile, avec le
squelette seul, et le plus souvent avec des fragments
de squelette, avec un seul ossement , pourra-i-on
(999) c On dans quelques cas, les tnU huérieurê^ dost
les formes sont également caractéHstiqoes. >
(1000) t On sait que les dentsk* ont été l9ng«4>Btpi
classCs dans les annêlidcs. i
14S1
NOTES ADDlTIONiNELLESk
1458
toujoun distinguer si ces débris oiii appartenu à un
mammifère, à un oiseau, un reptile ou un poisson ?
Oui, sans doute ; et si pendant longtemps on a, sur
la foi de Scheuchzer, vu et admire un fossile hu-
main, vénérable dépouille de Vhomo dilutii tetiit^
aans le saueictte (Tune salamandre ; si Ton a très-
wutent prts des ossements de reptiles pour des os-
setnetits d'oiseaux ou de poissons, ou de baleines,
de singes, etc., c'est que pendant longtemps les sa-
vants eux-Diémes furent entièrement étrangers à Tos-
téologio comparée. Mais depuis que Vicq-d'Azir a
ouvert cette nouvelle route de la science, et que
Ciivier , MM. Geoffroy - Saint - llilaire , de Blain-
vitle, etc., Tont pareourue avec tant de gloire, la
détermination des ossements fossiles est devenue, je
ne dirai pas aussi facile, mais aussi sûre que celle
desGoquinages. La forme, le nombre et les apophyses
des vertèbres ; leur mode d'articulation ; la forme,
ks proportions relatives et les condyles des os des
membres offrent généralement des caractères dis-
tincts d'une classe à l'autre. Que si l'on a à déier-
niiner quelques ossements du crftne ou des niù-
eboires, les différences sont encore |>lus frappantes ;
car il faut toute la sagacilc de la philosoDhie anaio^
mïque pour réduire a une seule formule le crànc
d'un mammifère et celui d'un poisson, ou même
d'un oiseau et d'un reptile.
c S'il s'agit des mammifères en jparliculicr,le
paléitntologlste arrivera d'un pas sûr jusqu'à l'ordre
et aux i^roupes inférieurs, en se laissant guider par
deux principes : l'un, éminemment rationnel, qu'on
appelle la loi du balancement des organes; Tantrc
est la coexistence^ empiriquement recotiiiiie, de cer-
taines formes ou de certains organes. A l'aide du pre-
mier principe, U forme d'un os donnera ccIIk du
membre auquel il appartenait; la structure et la
forme d'un membre mdiqucront souvent par le rai-
sonnement la structure et la forme du crâne, des
mâchoires, de la colonne vertébrale, de tout l'ani-
mal. En vertu du second principe, ou rap|)oriera
sans hésiter aux ruminants un fragment de crAne oti
Ton aperçoit Tindice des cornes, el un tibia dont
reitrémîté inférieure dénote Tinsertion d'un péroné
très-court et trés-étrott. Il est inutile de montrer
plus au long comment l'étude approfondie des mam-
mifères vivants et la comparaison de k'ur squelette
avec les ossements fossiles conduiront aux détermi-
nations les plus précises et les plus sûres : il sufllt
de rappeler que, panni tant de formes anciennes re-
constniites par le ^énie de Cuvier, la criti(|ue la
eus savante a signale à peine quelques incertitudes;
s denu de Dugong, attribuées par lui à une espèce
d'hippopotame, sont même le seul exemple que Je
connaisse d'une erreur positivement constatée.
c Dans la classe des oiseaux , Tapplication des
prineipes cl -dessus énoncés devient plus diflicile et
plus douteuse. Le développement de la fourchette cl
du sternum, la longueur relative des os des jambes,
la forme du liée (s'il a été conservé) , accuseront
bien quelquefois encore les restes d'un oiseau de
proie ou d'un échassier. Hais dans le plus grand
nombre des cas , la détermination n'est possible
qu'après les comparaisons les plus minutieuses. Le
squelette des oiseaux est remarquable par l'unifor-
mité générale de son plan ; et ses différences dans
les divers ordres, familles et genres, sont des nuan-
ces qui exigent, pour être discernées, une grande
fittention et une science approfondie. Beaucoup de
restes fossiles d'oiseaux restent encore confondus
sous la dénomination vague (Tomitholites,
f Les différences entre les groupes des reptiles
sont si tranchées et si constantes, que quelques-uns
de ces ordres pourraient être élevés au rang de ehs-
Bes (1001). Quoi de plus distinct, par exemple, que
le Miueletie d'un chélonien t La soudure des côtes et
dos vertèbres, l'articulation de la mâichoire inlé
rieure, seule partie mobile des os de la léte, feront
le plus souvent reconnaître un fossile de cet ordre,'
tandis que les variations de la carapace et des os
des membres indiqueront le genre, et même, le sous-
genre auquel il appartenait. Chez len sauriens, le
squelette reprend sa forme normale; mais les cavi-
tés ou l'aplatissement des faces articulaires dans les
vertèbres, le développement et la forme de leurs
apophyses , et surtout les variations notables du
crâne, des mâchoires et des membres, seront les in-
dices sûrs de la famille et du genre auquel on devra
rapporter les fossiles. Aussi quelque bizarres, quel-
Î|ue effrayantes, pour ainsi dire, que soient certainea
ormes de reptiles recomposées par les zoologisliis»
nul n*a élevé de doutes sur la justesse de ces déter-
minations. On n'a pu se refuser à donner place.
reptiles qui paraissent
qiics traditions.
c Je ne parlerai que des urpents, excessivement
rares à 1 cial fossile. On connaît aussi très-peu de
batraciens. La grande salamandre d'CKningen est un
cxenipte célèbre, mais presque isolé. 11 est inutile
dindiquer ici à quels caractères on a reconnu sa
véritable nature : le nom de Cuvier est une garan-
tie siilTisante de cette importante détermination.
c La dernière classe des vertébrés , celle des
poissons, n'est pas la moins intéressante par le
nombre, Taiitiquité et la singularité de ses fossiloa.
Le géologue ne rencontre guère en fossiles de cette
Classe que divers fragments de l'appareil maxillaire,
et plus souvent encore Tcmpreinte de leur corps
avifc de nombreuses écailles. Celles-ci, étudiées avec
beaucoup de soin, ont fourni aux ichthyologistes
modernes des caractères plus importants qu'on ne
l'aurait soupçonné : il y a néanmoins quelques ca^
où l'on peut les confondre avec celle des crocodiles.
Les variations de Ta^pareil dentaire sont la base de
plusieurs grandes divisions établies par Tillustre A-
Sasstz, et plus sûres peut-être que celles qui sont
éduites de la forme générale du corps et de la dis-
position des nageoires. Du moins, les nombreuses
erreurs nue ce savant a signalées dans les détermi-
nations de fiolssons fossiles faites par d'autres na-
turalistes, montrent la difficulté du sujet, et obli^ni
ù recevoir avec bcancoup.de réserve les listes d'icb-
tltyolilhcs publiées iiour certains terrains.
c Les poissons donnent lieu h une autre question
d'un grave intérêt |>our la géologie : peut-on distin-
Suer sûrement ceux qui ont vécu dans d^^s eaux
oiiees de ceux qui ont habité la mer? On sait oue
cette différence d'habitation n'entraîne aucune dif-
férence notable dans l'organisation. Plusieurs espè-
ces des genres sahno et clupea vivent presque iii-
différeminent dans Teau douce ou l'eau salée. On est
paivenu, par des essais gradués, à naturaliser dans
les eaux douces quelques poissons marins : ce que
l'indui^lrie humaine a obtenu , des cirronstances
physiques n'ont-ellcs pu l'opérer dans le laps des
siècles ? D'ailleurs, les espèces fossiles ne sont pres-
que jamais identiques avec les espèces vivantes :
or, Tanalogie générique ne fournit sur l'habitation
de chaque espèce que des conjectures souvent très-
vraisemblables, mais non d'une certitude absolue.
M. Agassiz nous apprend, du reste, qu'en descen-
dant dans hi série géognostique, les caractères des
poissons marins et des poissons fluviatiles devien-
nent de moins en moins tranchés, cireonstance dont
la théorie géogénique rend compte d'une manière
satisfaisante.
< le dirai peu de chose sur la détermination des
fossiles invertébrés. — Les mollusques vivanu onl
été distribués en classes... et genres, d'après l'orga-
(1001) I M. de BlaInvUle a ^l'paré les repifles nus de ceux qui sont étaiUeui, ei eo a bit la cisae des ompH-
Mpis. » —
1IS9
D1CT10NNAI1Œ DE COSMO(;o:KIE ET DE PALEONTOLOGIE.
U40
nimilon des animaux; mais la forme du corps
ayant une relation constante, soit rationnelle, soit
purement* empirique, avec celle de Tenveloppe so-
lide, les coquilles sont ordinairement faciles à clas-
ser, tiunnâ elle» sont entièrement visiblea. Ainsi, les
coqudles polythalames seront rapportées à dos mol-
lusques céphalopodes ; les ammonites, les ortlincé-
ratltes, les liclempitos, ne peuvent, selon les ana-
loj^ies les mieux fon Jces, avoir appartenu c|u*à des
animaux de (Cette classe, quoique notablement diflé-
renls de ceux qui vivent dans nos mers. On déter-
minera plus aisément encore , par comparaison avec
les coquillages actuollcmcni connus, les tests uni-
valves et bivalves, si nonilireux à Tétai fossile. Seu-
lement, on devra s*abslenir de prononcer quand on
ne pourra pas observer l'ouverture des coqnilh'S
spirales et la charnière des bivalves ; or, ce cas est
malheureusement très-fréquent dans les terrains de
irausition, et même dans plusieurs parties des ter-
rains secondaires (1002), par exemple dans les chaî-
nes a bines.
< En ce oui concerne la différence de«( modus-
ques d*eau clouée et des mollusaues marins, les ob-
servations faites plus haut sur les poissons s*appli-
qnent ici avec plus de justesse encore. On sait que
les paludines, les l^mnces, les mélanies, les cycla-
dos, genres essentiellement fluviatiles, s^accommo-
dent aisément d*eanx saumâtres; que le genre marin
des myiilus présente pourtant une espèce fluviatile
{la moule du Danube); et, en Tabsence des animaux,
on doit craindre de confondre quelquefois des Cyrè-
nes et des cyelades avec des venus et des lucines;
«les ampuUaires avec des natices, des {.oiamides avec
«les cénthes. Mais, je le répète, ces doutes ne devront
être invoqués quj dans (|uel(^nes cas exceptionnels,
où des circonstance» singulières et contradictoires
provo«|uent un examen plus appi'ofondi.
c Les débris des crustacés seront ordinairement
plus faciles à classer que los débris d*inscctes, parce
3 ne la forme des différents organes varie davantage
'un genre k Tautrc; ausbi n*a t-on pu jiisquNci dé-
terminer avec certitude (|u*un p.'tit nombre d'insec-
tes, quoique leurs dépouiilcs soient comnuines <tans
quelques terniins. Ceux que renferme le succiii
sont les plus faciles à classer.
€ Enfin, les radiaires et les zoopliyliîs présument
dans leurs divers groupes des formes liussi distinctes
entre elles qu'éloignées de celles' des animaux supé-
rieurs. La difficulté qu'on éprouve quelquefois à les
reconnaître à l'état fossile ne provient que de l:i p>
titesse des débris épars dans la roche.
c En résumé, les restes fossiles des manimiréres,
des reptiles, des mollusques, des crustacés el des
xoopliyies, sont ceux dont on peut admettre avec
plus de confiance les déterminations ; celles des oi-
Si'aiix, des poissons et des insectes offrent, dans
l'étal actuel de la science, de plus nombreuses et de
plus graves incertitudes, à côté de résultais déjà
i»ikrs ci importants.
c PtusietH'S des considérations précédentes s'ap-
tion entre les diflërences produites par l'influence
du climat, de la nourriture ou d'autres circonstances
ai'cideutelles, et celles qu'on suppose inhérentes
au type primitif et spécifique de tout être créé ; oii
Ile peut s'empêcher d'éprouver d*abord quelque dé-
fiance en entendant les géologues annoncer que
telles espèces fossiles se retrouvent identiqaemenl
dans les terrains de la France, de l'Ann^leierre, do
l'Ainérinue, etc.; que les terrains teitiaires renfer*
ment tel nombre de coquilles spécifiquement iden*
tiques avec celles qui se trouvent dans nos mers ou
nos rivières..., ou enfin proclamer tout autre ré-
sultat qui suppose des principes sûrs pour recon-
naître, même a l'état fossile, rideolité el U distinc-
tion des espèces.
« Ce doute, qui a été soulevé plus d*une fois, au-
rait une fâcheuse influence sur la géognosie, el plus
encore sur les théories géogéniques. Cependaut. il
doit être réduit à de justes Wrnes. SapposoDS que
l'on trouve mêlés dans une même couche «n nombre
suffisant de fossiles qui présentent évidemment oue
ressemblance générique, et, en même temps, des dif-
férences sensibles, constantes, et non pas graduées par
ces transitions insensibles qui dénotent de simple*
variétés ; Taiialogie nous force à reconnaître là plu-
sieui-s espèces bien caractérisées. Si maintenant
nous retrouvons une de ces formes dans une couche
placée à une grande distance horizontale de la pre-
mière, nous continuerons à lad mettre comme es-
pèce dislincle, nous lui conserverons le nom de son
analogue déjà décrite. Les ammonites, les cérilhes,
les lérébratules, et l)eau<xnip d'autres geures riches
en espèces, fourniraient des applications nombreu-
ses de ce procédé.
fl Loi*s même que les formes con(;énères.qai sem-
blent présenter des différences spécifiques ne sont
observées qu'à de grandes distances horizontales, il
ne faut pas trop abuser des conjectures sur Tiu-
llnence possible des climats ; il faut considérer si
les différences sont graves ou légèi-es : si les êtres
actuellement vivants fournissent quelques exemples
de cette sorte de modifications par le seul effet des
circimstances extérienres : si , surtout , le genre
dont il s*agil est sujet à ces variations. Ces considé-
rations , et plus encore une sorte d*insiinct que
donne Thabilude de voir et de juger les phéDoméoes
naturels permettront liès-souvcnt d'aflirnier la dis-
tinction oes espèces» Mais bouvent aussi le natura-
liste consciencieux sus|ieiidra son jugement; des
échanlillons incomplets, rares, obscnés en des pays
éloignés Tun de l'autre, ne présenlant d*ailleurs que
des différences légèi^is , quoique sensibles, ne lui
suffiront pas pour créer arbitrairement des espèces
nouvelles, ou pour se prononcer sur la non-Identité
avec les êtres actuels.
f Quant aux e>pùces congénères qui se trouvent
dans des formaliMiis d'âge différent, elles donueni
lieu à une autre question d'un srand intérêt, sur hi
altérations que les révolutions géologiques ont pu pro-
€ Plusieurs des considérations précédentes s'ap- duire dans les êtres orgamsés ; mais je me reserve
pliqucnt évidemment à la détermination des espèces ; d'en dire quelques mots à la fin de cette tlic«e, en
|1 est cependant nécessaire d'ajouter quelques déve- discutant tes théories générales basées sur les fos-
lonpemenls sur ce point narticulier de la question siles.
ioppcmenls sur ce point particulier de la question
que j'examine. Quand on se rappelle que la disiinc-
tion spécifique des animaux vivants est tirée le plus
IK>uvent ou de modifications siiperficielies du tégu-
ment qui sont eflhcées dans les lossiles, ou des di-
mensions relatives de quelques parties qu^on trouve
rarement réunies dans les fossiles, ou même de di-
mensions absolues qui, variant avec Tàge et le
sexe, ne servent de caractère à Têfat vivant que par
les limites jnêmes de ces variations, diflicilcs à sui-
vre dans les fossiles ; quand on songe encore com-,
bien il est délicat de tracer une ligne de démarca-
(1002) c Je suis dans cette thèse les aiicienues déno-
minations géologiques, quoique géiu'rralcment reconn«cs
comme fausses el insuQf santés, jiartc qu'aucuiie de« ao-
c 11 me reste à parler, |M>ur compléter ce premier
article, de la détermination des fossiles végeUux.
fl ici les doutes surgissent plus nombreux ol ulus
graves. J'en ai plus haut indiqué les causes. Void
les objels principaux sur lesquels portent oes fâ-
cheuses incertitudes :
f i"* Le mauvais état de conservation des ccban-
tUlons fossiles peut souvent induire en erreur sur'la
distinction des espêœs ; Untôt on est exposé à crver
des espèces et même des genres pour les diverses
parties d'un même végéul qu'on n'a point trouvées
menclatures réccnlcs ne parait encore assez
meol adioiio. i
AftT. II. — De ta iti^nfiraiion géognoêiltfHe de$
fouiies.
t ]
I
f I
Uil iNOTES ADD11
réunies ; lanlôl on es! obli(:c de laisser sons une
incnie dénomÎMaiion des empreintes qui se ressem-
j lent en effet, mais peuvent proTenir de végétaux
tK*s différents.
c 2<^ L'établissement des genres ne peot souvent
se faire que «raprés des règles de convention, parce t
que les organes de la fructification sont très-rare*
nient, à Télat fossile, joints aux impressions de tiges *
et <lc feuilles. <
f 5" I^ classification des genres les plus remar- i
quabk^ et les plus certains suscite également les
doutes les plus sérieux. La place que doivent occu* i
pcr, dans la série végétale, les calamités, les voli-
/ia, les stigmarta, les sphenopbyllum, etc., n'a pu
encore être parfaitement établie par les rccbercbes
approfondies de M. Âd. Brongniart, de Stcniberg, .
de Scliloilieim, et des autres savants botanistes qui
ont tenté d explorer cette mine nouvelle. \
t Pourtant les investigations de ces naturalistes ^
ont eu déjà de beaux et utiles résultats; elles ont
démontre resistence, dans l'ancien mohdc, de for- ^
mes aohsî étrangères à la végétation actuelle, que «
W sont les trilobitcs, les ammonites et les ptérodac- i
Vjla aux créations animales de notre épo«iue. L*a-
liondaiice de certains groupes végétaux dans quel- j
cpies Icn^ins, et surtout rabsencc d*un ^nd nom- ■
lire it*anlres, ont conlirmé les résultats généraux ob- g i
k^niis par Tétude des aniniaui fossiles. | |
' c 11 est temps de passer à . la discussion de ces
résultats eux-mêmes, en examinant b véritable va- f i
liMir des fossik'S. g
c
a I
a
c La géognosie est cette partie loalc positive île la l i
géologie, qui a pour obiel de décrire les divers 1er- d i
rains dont se compose la croule solide du globe, et g
de déterminer leur ordre de superposilioa, sans pré- k i
tendre en expliquer forigine. liais, avee celle res-
triction même , la gcogiiosie est encore une îles o
sciences les plus vastes et les pins diflicifes. r i
« Si ce qtt*on appelle Técorce de la terre était s
eoiuposéc, comme celle d*nn arbre, de coucbes cou- d
centriques et cimtinnes, la liclie dn géociiosie se d
bomcrail à compter, décrire, caractériser les diver-
ses parties accessibles à ses observations, et à si- li i
giialer les points de cette formation qui téiuoigneiit s I
d*ui* changement notable dans î*élat physique du c* i
gbibe, comme k pbytolomisie admet deux on trois g i
systèmes principaux dans Tensemble des coocfaes
qui forment le tégument d'un arive* Hais telle R^est b
lias la structure du giobe, ni telle la part laissée à la ' d:
gcognosie dans la vasic science de la nature. La si
terre ne présente, au premier conp d^œil, qu*un n !
amas de ruines, que rapparenee du chaos. Soit que, st
dès Torigiiie, la surface terrestre ait été comme ilé- Il i
coupée par de hautes cbaliies de montagnes ou de m
profonds abîmes, en plusieurs bassins ou les phcao- d i
menés géi>logiques se sont accomplis d^une manière ei
indépendante ; soit que des révolutions postérieures G !
aient dérangé Tonlre primitif des formations, en pîi
S4»ulcvant jusi|ue dans la région des nuages les cou- n i
«.lies ensevelies dans les profondeurs de la terre, en tri
balayant de la surface du globe des terrains entiers Ici
dont* Uts débris allaient recouvrir des eooclies plus gii
réci^iites; soit eulin que œs deux causes ensemble lei
aient contribué à produire les notables variations gii
i|u*on rcmanfue dans leur structure géologique de rc
chaque contrée : le géocnoste ne peut découvrir, pii
Mns lieauçoup de travail, les rapports mnCuds des se
terrains qu*il observe. Lors même qu'on adopte le iai
R|ns largement le principe nouveau des Tépmu fée* dii
t^pqmeê et des /omMltoM éfm'wilaites, lorsqu'on a sci
renoncé à Tidée chimérique d'une série linéaire où
se placerait successivement chacun des dép6ts con-
nus sur le clobe entier, ponr ne plus chercher que
let hNt fénenles qui fient entre ellet toutes les' d'
t
1443
DIGTlOiNiNAIRE DE COSMOGONIE ET DE PALEONTOLOGIE.
1411
suffisent pour les signaler au géologue, sans qu*U y
ait besoin de s*assurer par de longues recherches
de Tabsence des fossiles (1005). J*en dis autant des
terrains de transport : les fra^inenls de roches di •
terses, roulés, usés, confusément agglutinés, tra-
hiront la force violente, turbulente, soudaine, qui
amoncela ces débris ; Taspect des fossiles ne four-
nira qu'une utile conlirmalion de ces frappants in-
dices.
< Les fossiles deviennent au contraire des carac-
tères de première valeur dans la distinction dés isé-
diments marins d'avec les formations fluviaiiles ou la-
custres. G^est là mèmeun des résultais les plus remar-
quables des progrès de la paléontologie, d*a voir éta-
bli Texistence de nombreux dépdts qui se sont opé-
rés au milieu des eaux douces , ou du moins sous
rinfluence de ces eaux , et dans le voisinage des
continents ou des tles. Il est vrai que le p^u de
puissance et d^étendue de ces dépdts , comparati-
vement aux .dépdts marins, ralieniaiice fréquente
et quelquefois le mélange dans un même sirate
des fossiles d'habitation diverse, ne pennet guère
de les considérer comme des formations indépen-
dantes (1004). Si Ton en excepte peut-être les im-
menses dépôts de houilles , les autres terrains ap-
pelés iTeau douce ne paraissent être que le résultat
de phénomènes locaux , des accidents dont Tobser-
vation de la nature actuelle nous fournit plusieurs
explications satisfaisantes. Mais, je le répète, ces
aceidents méritent toute Taltention des çeoloffues;
el comme les fossiles sont les seuls indices de ce
genre de dépdts, on ne saurait apporter trop de soin
pour en déterminer les genres et les csimm^cs , les
comparer avec les espèces et les genres aujourd'hui
vivants, et apprécier la valeur des doutes qui pour-
raient résulter, sur le véritable séjour de ces fos-
aiies* des considérations exposées dans le précédent
aiticle.
. c Avant de passer à Texaroep des troisième et
quatrième principes formulés plus haut, je dois*
faire une onscrvation qui s'applique également à
Tun et à l'autre. Lorsqu'on proclame la présence ou
l'absence de certaines classes de fossiles, ou le
degré d'analogie de ces fossiles avec ki créa-
tioii actuelle, comme de sûrs indices de l'âge re-
latif des terrains, énonce-t-on l'expression résumée
de faits observés et constatés indépendamment de
tout système préconçu? ou bien sont-ce là des ca-
ractères assignés a priort, antérieurement aux ob-,
aervati6ns,*pour guider le géologue dans ses obser-
vations mêmes? wtns ce dernier cas, on sent com-
bieu ces prétendues lois auraient pneu de valeur. Gar
Uliypothèse de l'apparition successive, et à de lonffs
intervalles , de certaines classes d'animaux ou de
plantes, auisi que la tendance progressive de ces
oréations vers l'ordre de choses actuel, ces by-
potliéses, dis -je, considéréi*s en elles-mêmes et
avant les faits, ne sont qu'ingénieuses, singulières «
piquantes pour la curiosité de l'esprit, mais nulle-*
ipeut propres à servir de base à une science aussi
positive- qtie la géognosie.
c II faut donc qu'en faisant abstraction des fos-
siles on ait pu détermmer l'âge relatif d'un nombre
sttfliisant de formations observées sur divers points
du globe ; et que, dans ces formations ainsi classées
dironologiquement, on ait reconnu les lois que nous
discutons. Alors l'analoaie permettrait de les appli-
quer à la classification des terrains douteux, ou dé-
couvert postérieurement à l'établissement de ces
lois.
t Gependant Guvier a dit (et puisqu'un si grand
homme l'a .dit, beaucoup ont dû le répéter et la
croire ) : S'U n'yMWiit que é» têmlm smk ~
il uruii impoêiièlê et pwitr mu Cm» Iss
(IMUtLai
isdetWirti
Mkdet
. ., dMlears empâter qiielqve-
dTêties organisés, i
n*ont pa$ été formée en même tempt. On ne pourrait
donc, avant d étudier les fossiles, admettre des for-
mations plus anciennes que d'autres. Hais s'il en
est ainsi , comment démontrera-t-on les lois sur la
progression des fossiles? Est-ce ^ue la géofliosie ne
serait fondée que sur une pétition de pniicipe oo
un cercle vicieux ? Est-ce qu'en cherchant à se ren-
dre coaipte des principes fondamentaux de cette
science, on arriverait à ce singulier raisonnement :
Les lois sur la distribution des fossiles se démon-
trent par la comparaison de ceux que renferment
plusieurs terrains de différentes époques; et l'époqae
relative de la formation des terrains se démcmtre
parla comparaison de leurs fossiles?
c Mais ne nous prévalons pas , pour ébranler b
science , d'un nom nui est une de ses plus bril-
lantes illustrations. Quand on songe à tout ce que
fut Guvier, on peut dire, sans porter atteinte à sa
gloire, quMI ne fut point géologue, quoiqu'il ait rendu
a la géolo$;ie deminents services. Préoccupé qu'il
était de l'admirable résultat de ses recherches zoo-
logiques, il lui est bien permis de ii*avoir pas ap-
précié les ressources que la géognosie sait trouver
dans l'observation du gisement des terrains, de leur
straritication , de la continuité des couches et de
leur puissance relative, de la structure intime des
roches, des minéraux qu'eHes renferment, et de plu-
sieurs autres caractères purement géognostiques à
l'aide desauds ont été établies toutes les grandes
divisions de la croûte du globe. Werner avait peu
étudié les fossiles, et ne se dirigeait pas sans doute
d'après les principes que j'examine : en a-t- il vu
moins clairement, et moins positivement établi les
rapports des grandes formations de l'Allemagne?
Plus on voudra exagérer la valeur exclusive d<*s
fossiles en géognosie , plus on la rendra hypothé-
tique, puisqu'on récusera par avance le contréie
de l'observation.
• < Admettant donc qu'on a pu classer beaucoup
de terrains sans recourir à la comparaison de leurs
fossiles^ voyons si les débris organiques qu'ils ren-
renferment justillent siilfisarameiit les lois de pro-
gression ci4lessus formulées.
c Selon moi , la première est moins solidement
établie que la seconde; c'est-à-dire que la compa-
raison des fossiles observés de bas en haot dins la
série des formations, nous montre en effet les êtres
organisés se rapprochant de plus en plus de ceux
qui vivent sous nos yeux, mais ne nous montre pas
bien clairement l'apparition successive des dasses
les plus parfaites, oepuis le polypier Jusqu*à Thom-
me. La première loi peut se vérifier wr f ouïes U$
formations. Si un forement, une exçloiiation de
mines, ou toute autre circonsianoe, laisse voir Id
la craie sous le calcaire grossier, là des cooches ju-
rassiques sous la craie, ailleurs la houille sous un
calcaire secondaire, etc. , toujours les fossiles des
couches inférieures auront moins d'analogues, soit
spécifiques, soit sénérlques, dans les êtres vivants à
la surface du globe, que ceux des coudies sopérieu-
res. — En second lieu , la loi de progression , telle
que je l'entends ici, se vérifie dans toutes ies doues
de fossiles : elle est évidente dans les repUles et les
mammifères : la grande majorité des ossements de
reptiles trouvés dans les couches inférieures à b
craie appartenant à des genres éteints, tandis qu'à
partir de la craie on né trouve plus que des croco-
diles et des tortues. Le bassin de Paris renferme
des paléothérium, anoplothérium , lopbiodons, et
autres genres de mammifères aujourd'hui ineonnus,
qui ne se montrent plus, ou sooi beaucoup plus
rares daas les attunsM aacîa— ss. M. AaMia a
éataHsit w Jes
aer AviaM piw 4e Ti
» #
' (\fM) < Voyez les recherches de M. Coastaol Préral
s)|r ce point (|f ÀNotVei de Ut S^à^ d:MHi€vrt mmr^Oe,
t. It.) I ' •
lus
NOTES ADDITIONNELLES.
1446
toèls , qu*on ft*enfSt>nçaiC davantage dans la croûte
solide du globe, et il est probable que les oiseaux
offriraient la même progression, si leurs débris fos*
ailes étaient plus communs et plus faciles à déter<*
miner. Quant aux ini^ertébrés, il est vrai que leurs
replantants fossiles présentent beaucoup plus tôt
3ue ceux des vertèbres des analogies de genre et
^espèces avec les animaux vivants; mais comme il
ne s*agit ici que de Taugmentation progressive de
ces analogies, on ne peut méconnaître dans les |M>-
Ïpiers et les mollusques la disparition successive
i beaucoup de genres étrangers au mode actuel et
TapparitioB d'espèces qui ont leurs analogues vi-*
vants , à mesure qu*on s*élève vers les formations
Îilus récentes. — Je ferai remarquer, en troisième
ieu , que cette loi n'est établie que sur Ventemble
de$ fouiies , sur la majorité des genres et des espè-
ces ; on ne prétend pas fixer précisément à quelle
hauteur, dans la succession des terrains, commen-
ceront à se montrer des genres analogues , et à
quelle distance au'^^lessus se montreront des espèces
identiques avec les êtres vivants. Quand on avance,
par exemple, que les terrains secondaires ne ren-
ferment aucune espèce fossile qui ait son analogue
vivant, on a à discuter les objections tirées du can-
cer leachii des grès verts alpins ; du spatangus arcua-
rÎNj de la craie, vivant sur les côtes de la Guinée,
etc., etc. En voulant trop préciser les formules (qui
ii'en deviennent pas du reste plus commodes dans
Tapplication), on s'expose à les voir modîflces cha-
que jour par des découvertes imprévues.
c Cette réflexion s'applique à plus forte raison à la
loi qui voudrait déterminer, même sous un point
de vue purement géognostique, l'époque précise de
l'apparition des vertébrés en général, des reptiles,
de« mammifères.. . Déjà l'on a signalé des poissons ,
et même des tortues , dans les grauwackes et les
schistes de transition, et dans le vieux grès rouge ^
en compagnie avec les trilobites ; trois espèces de
marsupiaux trouvées dans les terrains jurassiques
de r Angleterre, obligent à reculer la date longtemps
assignée à l'apparition des mammifères. Pour nier
l'existence des dicotylédones dans la période secon-
daire, il faut placer les conifères bien au dessous
de cette classe de végétaux , à côté des fougères et
des cycadées, et tenir encore pour certain aa'on ne
s'est point trompé en rapportant aux conifères des
troncs fossiles tout-à-fait semblables à ceux des ar-
bres dicotylédones. Or l'autorité que peuvent don-
ner une science étendue et les observations les plus
minutieuses rassure à peine le géologue contre la
crainte d'erreurs si faciles en de telles recherclies,
il n'ose admettre des lois contredites par des faits
authentiques, assez nombreux déjà , surtout pour
les végétaux, et que demain un heureux coup de
marteau (j'appelle heureux tout ce qui contribue
aux progrès de ki vérité) viendra grossir par de
nouveaux exemples. Ces systèmes prématurés ar^
rélent la marche de la science. Sur la foi d'un fossile,
ec pour l'honneur de leurs thèses, les partisans trop
exclusifs de la paléontologie pourraient se roidir
contre les indications i^éognostiques, et faire mouler
ou descendre à volonté, dans le cours des siècles;
de» terrains dont l'Age véritable serait établi sur les
analogies de gisement les plus satisfaisantes. Ne se-
raient-ce pas ces idées préconçues qui auraient
donné lieu à tant de discussions sur le fçut.des fos-
Biles humains f Lesefforti» qu'ont faits des esprits in-
génieux pour ôler le caractère d^allutions anciennes
aux couches qai ont présenté des ossements hu-
mains, et pour substituer des causes et des dates
historiques a des causes et des dates fféologiques »
n'auraient-ils pas été inspirés et dirige par l'opi-'
mon adoptée d*avance que les alluvions anciennes
me renferment pas de fossiles humains ?
i Avec la même bonne foi que j'énonce mes doutes
•ur la talear de cette loi, filouterai : 11 but tenir
compte pourtant des faits obaenrjis. Et certes, si, en
explorant une contrée nouvelle, je rencoiitiais dans
une roche une dent de mammifère et une impres-
sion foliacée de ilicotylédooe, ou même un certain
nombre de coquilles ite Tordre des pee$iniirauche$,
je me dirais tout d'abord, voilà un terrain tertiaire;
comme, à la vue d'un tribolite, ma pensée, traver-
sant rapidement toutes les formations secondaires,
descendrait jusqu'aux premières couches fossilifè-
res. Et néanmoins, si Tobservatiou d'un grand non^
bre d'autres fossiles, ou l'étude purement géognos-
tique du terrain, contrariait trop ces premières don-
nées, je révoquerais mon jugement, ou je me résè-
gnerais à douter,
c En géologie , comme dans toutes les sctences
physiques, les lois ne sont que i'eipression géné-
rale d une masse de faits individuels; mais il faot,
ponr formuler ces lois, avoir la patience d'attendre
qu'un nombre suffisant de faits ait été recueilli. Or
les ossements fossiles sont fort rares : les couclies
qui les recèlent sont peu nombreuses comparative-
ment à la masse des terrains, et n'en renferment
que peu ; on peut dire que les débris d'êtres ayant
vécu sur la terre se rencontrent en bien petit nom*
bre, eu égard à la quantité prodigieuse deà fossiles
ma'rins. Il est donc ditlicile d'établir sur ces raretés
des lois que le ràdogue adopte avec confiance.
c Pour compléter cette exposition de doctrine sur
la valeur géognostique des fossiles , il nie reste à
parler des fossiles caractéristiques. 11 est facile d'a-
percevoir la liaison de cette question avec celles que
je viens de discuter : elle en est distincte cependant,
en ce qu'on fait ici abstraction de la place des fos-
siles dans la série zoologique, et de leurs rapporta
avec la créatioa actuelle, pour considérer unique^
ment CidemtUé au la ressenAlance des fossiles deê di--
vers terrains entre eux. En quel sens et jusqu'à quel
point estril vrai que chaque formation se distingue
par une paléontologie spéciale; et que Videntité des
fossiles, ou du moins d'un certain namhre de fossile*
caractéristiques^ fera reconnaître sur tous les points
du globe les formations identiques f telle est la der-
nière question que je dois traiter dans ce second
article.
c N'en cherchons pas la solution par des raison-
nements théoriques. S'il parait probable que lea
mêmes générations d'êtres organisés oni dà vivre
dans les mêmes périodes géologiques, cela pourtant
n'est point démontré , ni susceptible de. l'être. 4hi
soutiendrait avec autant de vraisemblance que |ea
diverses régions du globe , et les diverses subdivi-
sions d'une même r^ion naturelle, ont pu nourrir
des êtres vivants très*difl*érenls, quand bien mêiti«!
une éaale température eût régné sur tout le ghbe.
L'étude de la géographie animale et végétale nous
montre en effet que la distribution des êtres orga-
nisés est soumise à plusieurs lois autres que celles
du climat proprement d.t. Si une grande et subite
révolution produisait aujourd'hui à b surface de
notre globe desaouchcs calcaires , argileuses, etc.,
qui envelopperaient les êtres organisés actuellement
vivants , les géologues qui obsci-veraient dans quel-
ques siècles cette, formation synchronique , se lais-
seraient égarer bien loin en suivant trop exclusive*
ment la doctrine des fossiles caractéristiques.
I Donc Thypothèse des fossiles caractéristiques,
considérée a priori^ paraîtrait peu vraisemblable.
Cependant reipérience la justifie, du moins dans
oerUines limites. Quand on parcourt les listes des
débris organiques données pour chaque fotmalioH,
et qu'on suit avec un esprit indépendant les nom-
breuses discussions zoologiques et géologiques aux-
quelles l'application de ce système a donne lieu de-
puis quelques années, on arrive à peu près à celte
conclusion, ou plutôt à cette comparaison, dont le
développement complet ne serait pas sans intcièt '
// est vrai que chaque formation a ses fo$mte$ porlk-
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE Et DE PALEONTOLOGIE.
1447
culiers et caractériitiquti , dans ie mêtne seiu qu on
admet pour chaque contrée naturelle une flore et une
faune $péeialet,
i En propotiant ce rapprochement, je crois m e-
UIS
A!iis qu*indiqiier les principaux ra|»portb des deux
lois que je ciuuparc ici : pour abréger le discours ,
je désignerai sous le nom commun de -région» or^
-ganiques les régioM teolopique» et les région» bota^
nique» ^ en faisant toutefois observer (et c'est là un
premier rappittckement), que :
c 1. Ni dans la nature actuelle, ni dans le monde
qu'étudie la géologie, les divisions générales ou par-
ticulières fcmJées sur Tun des deux régnes orga-
niques n'o. t pas toujours une exacte corrélation
avec les divisions établies diaprés Tautre règne. Dans
la (i;éograpliie organique, il est plus facile de tracer
les région» botanique» que les région» loologique» ,
parce que la vie végétale est bien plus rig'ureuse-
meiit soumise que la vie animale à l'action des
causes extcrieiires : en géologie, au contraire, les fore»
sont moins tranchées que les faune» : mais cela peut
tenir à ce que nous connaissons à Tétat fossile beau-
coup plus d'animaux que de plantes.
fl 11. H y a des régions organiques dont les limi-^
les sont nettement marquées par une cbahie de
montagnes, une mer, un désert ; il y en a d'autres
entre lesquelles la transition est insensible, et d<mt
la différence n'est appréciable qu'à de certaines dis-
tamses. il y a de méine des classes de formations,
oa bien des formations particulières, do^it les fossi-
les marquent clairement les limites; exemple, la
craie comparée au calcaire grossier, et en général
les terrains secondaires comparés aux terrains ter-
tiaires (1005). Mais dans beaucoup d'autres cas les
fossiles d*uiie formation semblent se lier par des mé-
langes graduels aux fossiles d*une formation voisine»
à peu près comme les roches elles-mêmes.
c La même chose se peut dire surtout des divers
étages, des diverses couches d*une même forma-
tion.
f lli. C*est d'après Tensemble des êtres organisés
qu'on étabbt les régions organiques, et non pas pré-
eiséroent d'après telle espèce ou tel genre. C'est de
même d'après l'ensemble des fossiles qu'on établit le
tilus sûrenientr les caractères paléontologiques des
formations. ,
c IV. Dans l'une et l'autre science, on entend par
enumble rinipressioii qui résulte des rapports de
genre, de fatnitte, d'ordre ou de classe; de ta prédo-
minance de quelque '-uns de ces groupes, ou même
de certaines espèces. On ne peut donc pas dire d*une
manière absolue si ce sont les espèces, ou les gen-
res, ou les familles, qui doivent servir de point de
romparaisoii pour l etabUssenicnt des flores et des
faunes d'une contrée ou *d'une formation ; car l'ob-
servation prouve que certains genres peuvent se re-
présenter dans un grand nombre de régions ou de
terrains, tandis que d'autres, et même des familles
entières, peuvent être propres à l'une des divisions
géographiques ou géologiques.
< V. Une même espèce peut-être commune à fAu-
sieurs contrées et à plusieurs formations d'ailleurs
distinctes ; cependant les limites des espèces sont
toujours plus étroites que celles des genres, et celles
des genres plus que celles des familles.
c Yl. Quoiqu'il ne soit pas théoriquement ration-
nel, ni pratiquement commode d'assi|joerune espèce,
ou même un genre, comme caraçieristisque d'une
région organique ou d^utie formation, on note avec
soin en gé<iio2ie. comme en gétigrapbit, jusqu'où
Ton voit s étenore telle espèce, 4ci genre, telle famille ;
ce» limite» tont indiquée» ftrotitaUttnênt et iutqh^à
ob»ervation contraire : plus elles sont étroites, plus 11
est vraisemblable qu'elles seront bientôt reculées par
de nouvelles découvertes ; celles des genres le se-
ront aussi, plus tôt que celles des espèces, et celles
des familles phis tôt que celles des genres, surtout
si ce sont des familles riches en genres et des gen-
res riches en espèces* Ainsi le grand nombre d'es-
pèces fossiles du genre Cerif/itiim qu'offraient les ter-
rains tertiaires aurait pu faire deviner que les ter-
rains secondaires renfermeraient aussi des cérithes.
c VU. En subdivisant la surface de la terre jus-
qu'à ce que les dernières divisions ne renferment
bIus que quelques lieues carrées , il sera vrai que
beaucoup de ces canton» présenteront encore une
physionomie organique distincte, tandis qu'en d'au-
tres endroits cinq ou six cantons oontigus auront
très-sensiblement le même aspect. Du reste, ces pe-
tites contrées ne sont distinctes que rclativeinenl
aux contrées les.plus voisines ; elles peuvent se re-
produire ailleurs, même à des distances assez gran*
des, avec de très-légères différences, et leur descri-
ption n'a d'intérêt véritable <jue dans les statisti-
ques locales. Ainsi est-il vrai que la craie, le cal-
caire grossier, etc., étudiés minutieusement dans un
même bassin, offriront presque dans chacune de
leurs couches une distriitulion particulière de fos-
siles, et ces détails seront trèîv-utiles à noter dans
une description locale; mais le plus so(;;t;nt ccô ra-
raclères spéciaux se modifient beaucoup, ou disia-
raissent entièrement, quand on étudie la même for-
mation dans tin bassin différent.
f Comme je ne cherche que la vérité, je ne conti-
nuerai point ce parallèle en comparant les géologues
qui donnent les fossiles comme caractères presque
exclusifs des formations à des naturalistes qui«
dans leur admiration pour les lois de la géographie
organique, n'offriraient auif voyageurs que des lis-
tes locales d'animaux et de plantes, au lieu de car-
tes et de boussole. Quoique vrai à plusieurs égards,
et se prêtant à d'ingénieux développements, ce rap-
prochement serait évidemment exagéré, et faux
dans son ensemble, le ne ferai pas même remar-
quer (quelles lonc[ues et pénibles recherches im-
poseraient aux geoloffues (es systèmes de quelques
paléontologistes sur les fqssiles caractéristiijues :
car de quelque manière et d'après quelque principe
qu*on procède, l'étude de ^écorce solide du globe
sera toujours longue et laborieuse pour quiconque
en voudra retirer quelque lumière et quelque fruit.
c J'ajouterai seulement deux observations, qui ne
pouvaient trouver place dan^ ma comparaison avec
fii&éographie organique. La première c'e^ que Tu-
niforniité des fossiles d'un i^ême terrain, observé
sur divers points du globe, es} d'autant plus grande
que les terrains sont plus anciens : par exemple, les
calcaires de transition et la houille présenteront une
grande analogie de fossiles en France, en Allemagne,
et même hors de l'Europe; il est reconnu au con-
traire que les fossiles des dépôts supérieurs varient
davantage avec les distances horixontales. Il semble
que dans les périodes les plus anciennes, les zones
climatériques et organiques, aujourd'hui si tran-
chées, n^auraient pas exislé sur nptre globe, on du
moins que leurs différences et leur action sur b
distribution des êtres vivants se seraient dévelop-
pées de^s en plus jusqu'à l'épcNque actuelle.
c La seconde observation, qui se déduit aisé-
ment de la précédente , c'est que la dissemblance
des fossiles indiquera d'autant plus sûrement une
formation différente que les fossiles se renconire-
ront en des lieux moins éloignés : le rapproche-
ment de l'espace oblige alors à chercher dans le
Uîmps la raison de ces frappantes différences. »
(10051 I Cependant la cnfe de Maestriht et de Laver- pots récemment étudiés, semblent devoir rendre eetl*
shie (près Beau vais), le 4^pdt de Gosaiv» et d'autres dé- délimitai ion moins absolue: i '
fU9
NOTES ADDITIONNELLES.
mo
Ait. IH. — ikla êi^m^eationgéoçénùiMêdeê fas$Uê$.
c Malgré la sravité et le piquant intérêt des ques-
tions qui se présentent sous ce titre , elles n*occupc-
ront dans cette thèse qu*une place assez restreinte.
Les considérations précédentes fournissent déjà des
argunleots suffisants pour apprécier le degré de cer^
tîtude que possèdent, dans Tétat actuel de la science,
les hypothèses géogéniques. 11 ue s'agit pas d'ailleurs
d*exposer et de discuter une histoire complète de la
fondation du globe terrestre, nul savant n'aurait
aujourd'hui le courage ou la présomption d*entre-
prendie cette tâche : on se contente de réunir quel-
ques matériaux importants, de constater Quelques
ooints intéressants de cette vaste et longue nistoire.
Plus tard, peut-^tre^ ce chaos finira par se débrouil-
ler complèlement, et sur une base solide^ formée nar
la H^union de la géognosie, de l'histoire naturelle,
de la physique et de la chimie, s'élèvera le majes*
lueux édifice de la cosmogonie.
c Après avoir écarté » question «le l'ancienne
température du globe, comme exigeant toute seule
une thèse appronfondie, je réduis à trois proposi*
lious les GOiijettunes les plus dignes d*attention aux-
quelles nous a conduit l'étude des fossiles.
A. — I Cette croûte solide où nous avons pu
I pékiélrer n'a pas été faite d'un seul jet : elle est le
f résultat de plusieurs formations, les unes univer-
c selles, les autres locales, tantôt lentes et paisibles,
I tantôt subites et violentes, et toutes différentes,
I au moins par leur intensité, des phénomènes que
» hi nature nous présente aujourd'hui. >
I Cette proposition est au rang des axiomes de la
science. Il est impossible de voir une coupe de ter-
rain d'une certaine hauteur, d'examiner géologique-
ment les roches de la petite contrée, sans acquérir
la conviction de cette venté; mais l'étude et la cum-
Saraison des fossiles lui donnent une nouvelle évi-
enoe. Non, ce n'est pas le fiât de hi Puissance crési*
trice qui a disposé instantanément l'une au-dessus
de l'autre toutes ct% couches de grès, de calcaires
et d'argiles, avec tous leurs débris de végétaux et de
plantes; non, ce n'est pas non plus un seul cata-
clysme, violent et passager, qui a produit à la fois et
les immenses dépôts de houille, et ces masses in-
calculables de calcaires qui les recouvrent; qui a
d'un seul coup déposé et soulevé toutes les couches
intermédiaires, secondaires et tertiaires des arandes
Chaînes de montagnes ; qui à enfoui dans les en-
trailles de la terre tous les débris organiques dis-
posés avec un ordre si constant. 11 y a là bien évi-
demment Fœuvre de plusieurs périodes, les monu-
ments de plusieurs révolutions physiques. Quel en
a été le nombre? quelles l'étendue, la durée, la
puissance? Nul ne peut le dire, ni même le chercher
encore. Cependant, si l'on considère, d'une part,
que la nature a poMédé, dans ces époques reculées,
une énergie bien supérieure à ce que nous voyons
actuellement, et si, d'autre part, l'on suit attentive*
roeot la tendance manifeste de la géognoeie la plus
progressive à réduire le nombre des formatiohs
chronologiquement distinctes, en admettant beau-
coup de dépôts paralièUs, on oonœvra que, pour
expuquer fos faits géoloi^i^tues, on n'apasIiMoin
d'accumuler tant de milliers de siècles. Les vrais
amis de la géologie s'abstiendront le plus possibUt de
ces hypothèses, dont les gigantesques dimensions
inspirent toujours de la défiance, et quelquefois du
mépris, aux tètes sages et modérées.
c Ce que j'ai dit sur la distinaion des terrains
marins et des terrains d'eau douée, montre que l'on
peut aussi réduire le nombre des émersions et im-
mersions successives, de ces invasions et retraites
allcrnatives de l'Océan sur certaines contrées, quand
(1006) c On a récemment découvert des efustacès vi- Mloidet,ii(Mn heareui qui rappelle à la fois et les fiMsIles
vanu qu*0D dit avoir quelque analogie de stmcure avec dont se rapproche cet animal , et le savant qui a tant
ica irilobites : l*un d'eux a été nommé ^ron^morfia trilù- avancé l'histoire des trilobUes. >
DlCTIONlf. DK CoSMOaONIB BT PB PALiOMTOLOailt M
ces révolutions rrâétées n'ont d'autre indice que
quelques fossiles fluviatiles ou terrestres.
B. — I Dans la succession des périodes géolo-
c giques, la manifestation de la vie organique s'est
c produite sous des faces différentes entre elles, et
c différentes aussi de l'état actuel des êtres vivaits. >
c Cela résulte de h seule inspection des tables de
fossiles. 11 suffit de rappeler :
f Parmi les genres de mammifères éteints, les
masto<iontes , les paléothérium et les anoplolbé-
rium, etc., de l'ordre des pachydermes; les mégalo-
nix et mégathérium du groupe des édentés; et beau-
coup d'espèces de genres encore existants, mais dif-
férentes de leurs congénères actuelles, au moins par
leur taille gigantesque;
c Dans la classe des reptiles, tous ces monstrueux
animaux oui semblent former un ordre particu-
liers à côte des sauriens, et dont déjà l'on connaît
une centaine d'espèces ;
I Dans Ui classe des poissons, les formes étranges
reconnues et classées par MM. Agassis et de Dlain-
ville;
c Parmi les céphalopodes^ les innombrables am-
monites, les énormes orthocératites, les bélemnites,
baculites, etc., dont l'abondance caractérise si bien
une partie des terrains secondaires;
c Les trilobites, dont la place xoologique n'est pas
encore déterminée (1006) ;
c Enfin, dans les dernières divisions du règne ani-
mal, les nombreuses variétés d'encrini|es et de imh
Lypiers que les mers actuelles n*ont pas encore offer-
tes à nos yeux.
c 11 suffit, dis-je, de rappeler les types de ces or-
ganisations détruites^ et de placera côté de ces sin-
Suliers animaux Ws fougères arborescentes de la
ouille, les calamités, les voltzia, les psarolithes,
etc., pour sentir l'énorme diflérence de cette natum
primitive d'avec celle dont nous voyons les produc-
tions.
I Quelques personnes, pour échapper à ces éton-
nants résultats, se réfugient dans de vagues con-
jectures, et argumentent contre les faiu connus en
accumulant des pombUiiée» 11 est poiêibie, disent-
elles que les êtres extraordinaires que vous croyez
éteints depuis long-temps soient retrouvés d'un jour
à l'autre dans des mers non explorées, ou dans quel-
que llejoiniaine. 11 est poiêible que les terrains nofr
encore\i8ctés par le marteau du géoloffue recèlent
en très-grand nombre les dépouilles d^nlmaux et
de plantes semblables aux espèces actuelles, et dont
vous croyez l'oricine si récente. Si nos yeux pou-
vaient embrasser a la fois toute la création présente
et tous les débris des créations anciennes, pnil-éire
verrions* nous disparaître ces étonnantes différences
sur lesquelles on se hâte trop de bètir des systèmes.
t Ces objections, souvent renouvelées, font peu
d'impression sur l'esprit des géologues. Sans appe-
ler en aide les principes du calcul des probabilités,
qui trouveraient ici une heureuse application, il sent
comme instinctivement la faiblesse de pareille con-
jectures, en présence de. tant de faits authentiques
observés sur tous les points du globe. U ne meura
pas arbitrairement un terme aux futures découver-
tes de Phistoire naturelle, soit dans le champ des
générations présentes, soit dans c^lui des genéra-
lioiia détruites; mais il a une confiance intime que
ces découvertes n'ébranleront pas les grands pru^
dpes de to géologie, tels qu'ils sont constitués au-
jourd'hui. 11 ne laisse pénétrer dans son esprit, de
ces doutes indéfinis, aoe ce qu'il faut pour se pré-
munir contre des systèmes tropexclusifs. On ne peut
certainement admettre sans restrictions aue Uê /«§•
êUtê d^um terrain rênéêentent Cétët dei ieux rèptu
argamqueê «t» mpinMl on U s'etf formé. Car il y a
1151
DICTIONNAIRE DE CO^OGOfOE ET DE PALEONTOLOGIE.
usa,
rnùsanblement un grand nombre d'espèces, de,
genres, et peal-étre même des familles entières, qai
n*ont pas laissé de débris fossiles, c On ne peut exi-
ger qoe la nature nous ait conserré toutes ses pro-.
SuetiODS dans le sein de la terre, comme on con-
$erre des plantes dans on herbier ou des animaux
dans un cabinet (f 007). > Mille circonsiances tirées,
ou de la nature des tissus organiques, ou de celle
dit fluide au milieu duc|uel se sont déposées les for-
mations, ou du caractère des rérolutîons physiques,
ont nécessairement fait disparaître tous les restes
lie lieaiKOup d*étres virants, ie suis persuadé, en ce
qui concerne spécialement les animaux terrestres
et l:*s plantes, que les fossiles représentent une très-
faible partie de ce qui a dû exister. Les cinquante
nu soixante mille espèces végétales que nous con-
naissons aujourd'hui n'ont pas succédé à une flore
de deux eentê espèces au fins observées dans les
terrains tertiaires. J*en dirais autant des opbsdiens,
dont on connaît à peine quelques représentants à
rétat fossile. Gardons-nous donc bien de confondre
les flores et les faunes géognostiquemeni établies
pour 'caractériser les formations, avec les flores et
](^s faunes des périodes gér»^cniqucs : ce n'est que
sur les animaux marins qu'on peut essayer avec
quelque confiance ces généralisations intéressanles,
parce que ce sont les seuls qu'on doive regarder
comme suffisamment représentés par leurs dé-
pouilles fossiles.
G. — ( Quelques zoologistes philosophes, pour
*c cx|>liquer la succession des êtres vivants dans les
« périodes géologiques, ont pensé que les formes or-
c ganiqn(^s avaient subi,daiis le cours des siècles, de
c notables altérations ; en sorte que les animaux de
4 la période actuelle pouiraient être descendus par
c génération des animaux nue Ton croit éteints, et
c qui n'auraient été que modiflés sous Tinfluence des
I grandes révolutions physiques, i
I Je m'empresse de dire que je n'ai pas la pré-
tention de traiter ici cette haute thèse de philoso-
phie zoologique, à laquelle se rattachent tant de con-
sidérations de divers ordres. Je ne veux qu'expo-
ser brièvement le témoignage rendu par tes fossiles
eux-mimes sur cette question, ce qui répond par-
faitement au titre de ma thèse*
c Si les problèmes difficiles provoquent des solu-
tions liaroies, on ne doit pas s^étonner que des
théories un peu étranges aient été mises en avant
pour expliquer le fait de la distribution des fossiles.
Les principes de la physiologie ne permettent pas de
supposer des générations $pontanéeê : les révolutions
les plus extraordinaires ne produiront jamais un in-
secte. D*autre part, on a peine à concevoir ces al-
ternatives de créations et de destructions, cette for-
mation progressive de nouveaux animaux et de nou-
velles niantes; et pour échapper à ces inextricables
difficultés, on est tenté quelquefois ou de nier les
faits eux-mêmes, qui bientôt reparaihsent avec une
irrésistible évidence, ou de se réfugier dans la seule
hypothèse qui semble rester, ia dégradation suce»'
sîve des types organisés.
c Et cependant le géologue, k qui la vue des fos-
siles rappelle continuellement cet intéressant pro-
blème, ne peut guère se reposer dans une solution
que les fossiles eux-mêmes semblent contredire.
( c Gar i"* si nos pachydermes actuels descendent
des paléothérium t nos reptiles des plésiosaures,
ichthyosaiires ; si les trilobites sont la souche com-
mune des mollusques et des articulés, nous devons
nous attendre à trouver dans les fossiles tous les de-
grés de ces singulières transformations ; nous ver-
rions, par exemple Mais quel exemple oserait-
>ou citer? Qui voudra marquer à quelles races ac-
(1007^ (A. Boci Jir^m. géol, et poteont, >
'tnelles ont donné naissaoee les pCêrodacly.es om le»
^paléotbérium ? A quelque choix qu'oa s^arréle, cm se
trouvera toujours dans Timpossibifilé de moairer
les transitions msensibles par o6 Ton peut snvre
cette grande opération de la nature. Les éêépàmmu^
par exemple, et les mastodomUê^ deux gesres très-
voisins, présentent, dans h forme de levrs desis, des
diflérences tranchées : ou sont les dents fossiles
intermédiaires? Et si Ton admet que blransîtiona
été subite, qu'un ichthyosaure a immédiaiemenl en-
gendré un crocodile, ou le mastodonte un éiéphant,
on émet une assertion tenement en dehors des lois
connues de la nature, qu'on ne peut plus la disaf-
tur.
f 2* Un grand nombre des genres adneis ont
existé en même temps que les genres élenls dont
on les dit descendus. Les alluvions andenncs ren-
ferment (non pas toujours dans les mènes contrées)
des masiodondes avec des élqibants, des hippo-
potames et des rhinocéros avec des naJéolhërium et
des lopbiodons... Nous trouverons des associations
semblables dans les terrains tertiaires, qui dé^k ren-
ferment des chiens, des genettes, des écurcuiU, etc.,
dout on ne voit pas bien clairement les types dan^
les fossiles de la craie. De même encore les croco-
diles, les gavials et les châoniens se moutreixt,
dans les couches du globe, en même temps que les
monstrueux reptiles dont J'ai si souvent répété les
noms. Il parait donc tout a fait invraisemblable que
nos animaux actuels aient été produits par la dégé-
néra tion F uccessive des anciens habitants du glooe,
a moins de restreindre celte genèse aux genres fl
aax espèces qui ne se trouvent pas à Félai fossile,
c'ost'^-dire à moins d'accumuler hypothèse sur hy-
pothèse, et d'échapper ainsi à une discusion ra-
tioiinelle.
c II est beaucoup plus simple d'admettre que plu-
sieurs types organiaues ont été détruits par les ré-
volutions du |;lobe. Nais si toutes les espèces actuel-
les ont existe dès l'origine et on survécu seules à
ces grandes catastrophes, pourquoi cette absence
{iresqiiê complète de leurs débris fossiles, tandis que
es autres êtres ont laissé dans les entrailles de U
terre les preuves de leur existence ? Et si elles ont
anpam successivement, d'où venaient-elles ?...
Elles étaient créées : telle est la seule réponse pos-
sible ; et si celte réponse tranche tous te commemi^
elle ne fait pas cesser tous les pourvoi. Le géologue
doit avouer ici son ignorance : et c'est à un sembla-
ble aveu qu'aboutissent toujours les grandes ques-
tions, non-seulement en g<Mlogie , mais dans toute
science humaine.
c J'ai constamment évité, dans le cours de cette
thèse, de rapprocher les croyances religieuses ei lé
récit des livres sacrés, des doctrines géologiques
que je soutenais ou combattais. Profondement con-
vaincu, par l'étude simultanée que j'ai faite des
dogmes chrétiens et des sciences naturelles, t|iie la
foi n'avait rien à craindre des découvertes saenll-
fiifties , je n'ai pas Cru pourtant devoir exposer ici
les motifs de cette conviction. Ce n'était pas le lieu
d'aborder ce genre de considérations , et j'ai d'aiN
leurs professé, en plusieurs circonstances, la néces-
sité de séi arer ces deux ordres de connaissances,
qui ont ch icuu leur domaine, leur but et leurs dé-
monstrations spéciales. Dans l'état actuel de la géo-
logie et de la foi. Tune et l'autre se trouveront mieux
de garder une indépendance réciproque. Cette indé-
pendance a ses l'unites sans doute ; mais ces limites
sont assez larges pour inspirer aux savants ei aux
croyanu, ou plutôt aux savants croyants, une en-
tière sécurité. >
TABLE ALPHAB
DIGTIOrfrflIRE DE COSMO
Abaiaseiiient du flbod de b mer; son killaeaee s
tstnbatiOQ des animaax terrestres foonles. — Voy.
narim, 118.
Acrroissement des coquilles. — Vogr. MMuqut
Ac>' phales. — Voy. LameUébraneka.
AfflueoU terrestres. — Voy. Cmuket iidimaU
Albien (étsge).
AUsTM». ^Voy. CoÊUka Uémnâairu^ art. n
AHaiioDsIhnrkMerrestres. — Yoy. IMd., 592.
Alpes, à quelle épaq«e elles se sost soulevée
VpT. Swhapatmn, isb.
Alamine, soa vMe dus la constilution de la ten
Voy. Matièret HémaÊtàm dm, ^Uàe lerrettre^ 901
AjiFiu, ses idées sur l'origiiie do la ckalev iotér
de b terre. — Voy. r^rr^, 1376
Amphibies. — Voy. Maamâfèrn.
Awmas. --Voy. Ffanjcs fcuifia d:Oimm§tm M Stifc
MU, 1S30.
'Animaoi, oot-ils courerttoat le^obe àb foi
VoT. PaUoynqna (Terrotm), 1076.
Ànîmaqz fossiles, leur req>fration. — Voy. FAysfV
puiéonUÀogkfme, 1145.
Aoimaax flottants. — Voy. C4mckes. iédimenù
art. I, 369.
Anîmaox marins.
— Lear répartition g<*ograph»rae et isothc
— Voy, Couche* iédtmeniairetf art. 1, 375.
Aoimaax morts, lear distribation dans les coachc
itimeiitaires marines. — Voy. Omcha iédhnenU
art. I, 369.
Animaux pébgiens, entiers. — Voy. Ccmckes iédi
Uûrem^ art. 1, 376.
Anîmaox terrestres, leur distribation dans les coi
florin-terrestres. — yoj.Caiicheê$édimenlairet,vi. II
Ajuiélides.
An^plotherivm.. — Voy. Manrnnferei.
An thracite. — Voy. VltUtoduOkm, 51.
An thracotberiom. — Voy. Mmmmfèrn^
ApCien (étage).
Apt%rhiis.
Ararlioides.
Aajico, ses Idées sur b natare des néboleosc
Voy. SébmUMia.
Aradgnées.
Abocïso. — Voy. GMoqie. .
Argent. — Voy. V Introduction, 61.
Argiîc. — Voy. l'Introduction, 55.
Argile plastique. — Voy. Suenomen.
Aiille de Londres. — Voy. Parwen.
Ariple de Dives. — Voy. Callorien.
Arîdle dHooflear — Voy. Kimmérid§ien.
Argit? k plicatoles. — Voy. ilplien.
AanroTc, «m ^stème. — Voy. GMogèe, 60k
Astéroïdes.
A^trogamie. — Voy. Mcbat.
Atlantidp. qu'était-ce? — Voy. Kti«.
Atnnjsphêre des planètes. — Voy. Matières Hé
Uàres du alobe terrettre.
Aitraclioo, origine et natare de cette forée. —Voy
i%Acz et Cotmoqome.
ATKkTTV. — Voy. GMoqie, 607.
Axe, celui de b terre a-t-U été dé|4acé ? — Voy.
^BoRmromi.
B
BscnlHes.
B^jodes (étage).
ta) Beaoeoap de bits et d'ofaservatiooB soat poi
d«i DieAommrt, Les cUlfres arabes indiquent les (*<ri<
141»
TABLE DES MATIERESi^
1456
Qondiylien (étage).
^ndensatioD des comètes, hypothèâe r^tée."«— Yoy.
Cotnèlêê, ' , *
Conditions d*exi$tence des snimaux marins —Yoy.
Animaux marint.
Conifères.
Coprolithes.
Goqoilles nnivalves et biTalves.
CoquUles flottantes. -^Yoy. Cauchn têdknenUnrei, 37i.
Coquilles, leur période embryogénaire. — Yoy. Mol-
lusqueê, 991. >- Coquille chez les céphalopodes. — Yoy.
Céphalopodes.
Coran, sa cosmogonie. —Yoy. Géologie, 607.
•GosMAs, ses idées en cosmographie. — Yoy. Cotmo-
çrapMe.
Cosmogonie.,
Cosmogonie aux xvi*^ et xtu^ siècles
Cosmogonie orientale. — Yoy. Géologie, 591
Cosmographie des, Pères de 1 Eglise.
Côtes (usure des). —Yoy. Coufiheê kMmienlmrei.
Couches carbonifères.
Couches aédimentaires.
Cpnches concordantes, discordantes, inclinéest, co»>
tournées, etc. — Yoy. Perlurbalioiu aéotoqiques, 1115.
Courants marins, leur influence dans la distribution
des animaux marins. — Yoy. Cùucbeê sédimenUnreê, S77.
Craff. — Yoy. F.alunien.
Craie blanche. — Yoy. Sénoiàfin.,
Craie cbloritée. — \oj. Cénomamen.
Crale-tulau. — Yoy. Sérumien.
Création. — Yoy. Cotmogonie.
Création des e^ces fossiles. — Yoy. Etpècet fowiet.
Créations et destructions successives des mondes, tra ■
ditions des peuples sur ce point'; opinion de Mgr Wiss-
M AV. — Yoy. Hmav (db SAmT-CLAVun), 7S6.
Crétacés (terrains).
Crinoîdes.
Crintiïdiens,
£ isUllisation. —Yoy. YltiirodMC^on, 17, 18^ etc.
Crocodiles.
Croitacés.
Cténoidiens. — Yoy. Fotsiofis.
Coma. — Yoy. Géologie, 661
Cycadées.
Cycles. — Yoy. Polymen.
Qrdoîdiens.' — Yoy. Poisfons.
DAtMAS (h B.)^.
Dauien (étage).
DKBaKTlIK (P.-J.-C;>.
Déductions climatologiques et géognphigues tirées de
rétude dés animaux fossiles. — Yoy. Physiologie paUon-
Âotogigue, 1140.
Délbrmations des fossiles. — Yoy. Perturbations géoUh
râNes, 1119.
Dégénérescence dans Vaeeroissement des coquilles. —
Voy. Mollusques.
"Deluc.
Déloge mosaiaue, explique4-fl toutes les stratiflcatiOBs
et fossilisations du globe ? — Yoy. Chaubard et Dkbrbtrb. '
-A-t-il été une irrupUon de rOeéan? — Yoy. itrid.
325 et suiT — A-t-il été universel? — Yoy. tMd. —
Quelles sont ses causes? -* Yoy. /M., et de plus Rl^e,
Dalmas, etc.
Déluge de Josui, — Yoy. Dbbbetre et Chaubabb, 439.
DescABTKs, son ojpinion sur les forces de la matière. —
%oy. Laplacb, 817.
Dbsdouits. son opinion sur le récit de la Genèse. —
Voy. iiuAn (db Sawt-'Clavbk}. — Réfute la cosmogonie
Ju R, P. Dkbbetiib. — Yoy.* Debbetkb.
Dbsmabxst. — Yoy. Créologie, 648.
Destruction et réformation successives du monde. —
^oy. Géologie. — Opinion de Mgr- Wisbmah. — Yoy. H-
lAK (de SAirrr-CLATiBii), 786.
Devonlen (étage).
Diamant. — Yoy. Vlntroductionj 41.
Didelphes. — voy. Mammifères.
Dinotheriom.
Diodon.
Diorite.
Diplodus.
Diplopterus.
«liprotodon.
direction et inclinaison des couches.
Disposition des couches carbonifères; utilité el avan-
tages qui en résultent pour l'homme. — Yqy. Comcr»
earifonifires.
Dolomiea. — Yuy. Géologie. 649.
Dunes. — Yoy. Couches sédimenlaires, 364.
4au, son rôle, mécaniape des soiuces. — T07. Sour-
ces.
Echinides.
Echinodermes.
Ecfitains physico-théologiens. — Yoy. Géologie, €5T.
Electricité présentée conmie la cause des mouvements
des astres. Rénitationde cette théorie — Yoy. Dkbbbtub,
Maitpikd, Cbadbabd.
Eléments des corps. — Yoy. VlntroducHon, 15.
Eléphants. — Yoy. Mammifères.
Emoranchement des articulés.
Empreintes organiques.
— physioldjgiques
Encrinite moniliforme.
Endotbèques. — Yoy. PqL
génésiaqi
Eqoisélacees.
Epoques génésiaques
. PQlmners.
. — voy. Ji
Jours-périodes.
Eîqpècés' fossiles, création, extincUoo et renouvelle-
ment des tannes.
Espèces caraetéristiqnes en géQlogie. — Yoy. Espèces
fossiles, 480.
Etage géologique, qu'est-ce par rapport aux espèces
fossiles. — Yoy. Bsp&es fossiles, 479.
Etat des couches géologiques. — Yoy. SétHmeuU as-
eiens comparés aux sedimenls actuels.
Eternité { non-éternité du globe démontrée. — Yoy
Y Introduction, 15.
Etoiles, leur origine. — Yoy. Godbfbov, H<bav.
Extfaiction et reproduction des genres et des espèces.
— : Yoy, Géologie et ^pècetfosiiUs, 474^
Paille. — Yoy. Perturbations géologiques, 1115.
Fallopio. —Yoy. Géo/ogie et Iébah (de SAOfr-CLAvw).
Fakinien (étage).
Favulaire. — voy. Sigillaire.
Fer. — Yoy. V Introduction, 55.
Fer ooli tique. — Yoy. Àptien.
Fer. Son réle dans la constitution de la terre. — Yoy.
Matières élémentaires du o/ote terrestre, 904»
Fer vivianite. — Yoy. FofstlîsaCtofi.
Feu central.
Flore fossile.
Flore des terrains houillers. — Yoy. Carboniférien.
Flore de Tétage subapennip. — Yoy. Subapemân.
Foraminifères.
Force luminique, qu'est-ce? — Yoy. Debbbike.
Forces perturbatrices.
Forces dans la matière, leur origine, leur nature ^
Yoy. Laplace, 817.
Formation de la^ terre, des planèteS| do soleil, etc. —
Yoy. Ces mots.
FoBTis. — Yoy. Géologie, 642.
Fossiles.
Fossiles, controverse relative à leur nature. — Voy.
Géologie. — Attribués au déluge. — Yoy. Géotome ^l
Chaubabd. —Leur origine d*aprèa.lessavanta du x^r siè-
cle. — Yoy. JÉHAH ( DE Saint-Clavieh ). — Ont-ils éto
créés tels que nous les trouvons dans les strates, autre-
ment, entrUs vécu ? — Yoy. Pacboh. —Leur signifîcatioa
— Yoy. Note II, à la fin du volume.
Fossilisation.
Fougères.
Fbacastobo. — Yoy. Géologie, 616.
FvscBSHEL. — Yoy. Géoloote, 641.
i\
Gonnikdiens. — Yoy. Poissons.
Gastéropodes.
Gault. — Yoy. Albien.
Gelées, leur action désorganisatrice. — Voy. CsmcAc»
sédimenlttires, art. II, 585.
Geicebelli. — Yoy. Géologie; 651 .
Genèse, interprétations diverses du premier cbapitte.
— Yoy. Jehan (de SAiirK^LAviEif), Bcckland, Mabcvi: ds
Sebbbs. Godefbot, Debbbykb, PAïaiOK, M!al-vied, I'hai-
BABD, Glaibe, jours-périodes, CDsmogonie aux i^t* et \%n*
siècles, etc.
1457
TABLE DES MATIERES.
H5&
fienèse matcrûtlisle.
Genres fossiles, dédàction^ géologiques,
ëéologie (Histoire de la).
Géologie, comment elle se dislingue de U Gpsfflog(^
nie. — Yoy. Géologie, S89.
. Subojftnnin.
îoy. 'Homme fo9»Ue.
Glaibb (M. rabbé).
GUnconie grossière. — Voy. Paririen.
GUnconie sableuse. — Voy. AUnen»
Glauoônie crayeuse. — Voy. Cénomamen
Qlauoonie inférieure. — Voy. Suetsonkn,
Guio (éféoue anglican), InterfnrétaQon du récit de la
création. — Voy. Bocelaud, 1S9.
Glyptodon. — Voy. Mammifères.
' GODKFaOT.
GopimoT, ses idées sur la nature çt la formation des
nébuleuses. — Voy. JTébuieuteê; Sur la formation du so-
Tell. — Voy. SMlj — Sur la formation des planètes. —
Voy. Flankei, — Réponse à ses attaques contre l'hypo-
thèie. antéhexamérique. — Voy. iiakv ( ds Sautt-Cla-
t«h).
Granit. —Voy. r/nfrcdvIJQ», 20.
Grayiution universelle, sa cau^, suivait M. Hai^ipd*
— Voy. Maupud, 938.
Grenouilles, première apparition — Voy. Subapmim,
Grès. — Voy. Rocket (oiniifères.
Grès de Fontainebleau. — Voy. Falumen.
Grès vert. -^ Voy. 4flrien,
^GauTBB, son opinion sur Tattraction. — Vgy. Lapi^acb,
GoiEAun (M. Alexandre).
Gypse. — Voy. Roches (osnlifhes.
Gypse de Montmartre. -7 Voy. Pari^^,
Hamites.
Hebsobll, ses. idées sur la constitution du soleil. —
VoT. 5o/et/.
Histoire de la géologie. — Voy. Giologfe,
Homme.
Hoou, ses idées sur les sonlèremMls. ^ Voy. QMo-
oie, 6ia
HOKIRS (M. W.)
Houille. — Voy. Fime foitUe et végUimx fosses, —
Son utilité. —Voy. Cmiches carbonifères et VIMroduetion.
— Son origine et sa formation suivant M. Maopikd.— Voy.
Maupub et VlnÊroducUon. 51. Carbonàférwn^ etc.
HotcBiHsoH. — Voy. Géologie, 6S8.
HôtTON. — Voy. Géologie, 6S0.
HoTKm (W.)i ses opinions sur les végétaux fossiles.—
Tov. Flore fossile.
Hydrogène, son WUe dans la constitution de la terre.
— . Voy. ItaUires HémenÊakts du ^Utbe terrestre, 895.
I^lcosaure. — Voy. Iguanodon,
Hypothèses, qa*en Ikut-il penser? — Voy. Cohwm^
nse»
I
Idinites. —Voy. Bmpréntes phgpolQgiques.
Ichthyosaure.
Iguanodon.
Incandescence originelle dç la terre. — Voy. Pertur-
taîoftt géologiques, 1105.
Incrusution. — Voy. FossUisaUon, 504.
Inflnlment petits. — Voy. Infusoires
lhfus4yires.
JiDsectes.
Intestins. — Voy. CeproliÊhes,
Isothermes (lones), existaientrelles ii Tôpoque qui a
précédé immédiatement lliomme?— Voy. Sttbt^petifnm'
a
JiHAH (di Saipt-Clavuh).
Ibsotf, son déluge. — Voy. OmsTus, Ci^ausabd
Jours-périodes.
Juraasiqoes (terrains).
K
KASwm. — Voy. Géélogile, 609.
Kunsft, belle prière. — Voy. Bvcuand.
Keuper. — Voy. Saliférien.
Kimméridgien (étage).
KiawAif. — Voy Géologie, 658.
%Uk (Frederick).
Lam^liinrancbes ou acéphales.
Lambmiiais. opinion sur la fiirce de i^épulslon. — Voy.
Laplacb, 834.
Iaplack (Marquis de).
Laplacx, ses idées sur la constitution du soleil réfutées
rar M. GoDKPaoy. — Voy. Soleil» — Son h^'ppthèse sur
la formation des planètes et débats avec M.'GoDBFaov. —
Vov. Planètes.
LicoiriuuBm (Henri) .
Lbbman. —Voy. Géologie, 637.
Lamim.— Voy. GéoMiie, 619. --Son o^nion sur les
forces de la matière. — Voy. Laplacb, 817.
'LaoNARo DB viKci. — Voy. Géolojgie.
Lepidodendron
Lépidoides. — Voy. PotssoNS.
LmoimB, réfutation de son article contre la cosmo-
graphie des Pères de TEglise. — Yogr. (^nografmie^.
Lias supérieur. — Voy. Toarcien.
Lias inférieur. — Voy. Sinemurien
Liasien (étave).
Lignite. — voy. rin/ro<fiM^tofi, 55.
Limites des tannes géologiques. — Voy. Bspèc^ fossi-
les.
Limonites. — Voy. Roches fossilifères, 1259.
Lfanules. — Voy. Trilobifes.
LniDLBT, ses opinions sur les végétaux fossiles. —Voy.
Flore jossUe.
LisTBs. — Voy. Géologie.
Lituites
Lophiodon — Voy. Mammifères.
Lumière zodiacale. —Voy. Planètes et Soleil.
Lune, son rôle dans la création primitive. — Voy. Mé
RAT. — RéfléchUrelle la lumière du soleil? — Voy.
CHAUtAin, 256.
Macrotherium. — Voy. Mammifères.
Maistre (0)mte nx), cité a prôoos des mammouths de
Sibérie. Voy. ManmuiiUhs.
Mammifères.
Manunifères ruminants, etc., leur prenylère apparition, .
— Voy. Falunien.
Mammifères, rarement entraînés pir les fleuves. —
Voy. Suhapennin, 1553.
Mammouths de Sibérie.
Marbres. — Voy. V Introduction, 25.
Marcel nx sbrres.
Marcel dr sbrrxs, ses idées sur la nature des nébuleu-
ses. — Voy. Nébuleuses.
Marées, leur action sur les dépôts de sédiments. —
Voy. Couches sédhnentaires, 566.
Marnes supérieures. — Vov. Toarden.
Marnes irisées. — Voy. Smiférien.
Matérialisme cosmogonique. — Voy Genèse matéria^
liste.
Matière, sa création de rien a-t-clle été admise far les
anciens philosophes? — Voy. Cbauhard, 244. — Elurnliô
de la matière, réftitation. — Voy. Genèse nuttériaUs^e. -^
Quelle est sa nature. — Voy. Cosmogonie.
Matières élémentaires du globe terrestre.
Mattioli. — Voy. Géolome, 612.
Maupkd (M. rabbé).
Mégalichthys. — Voy. Potssom.
Mégalonyx. — Voy. Mammifères,
Mégalosaure.
Mégiphvton. — Voy. Sii^mre.
Mégatherium.
Mélange des sédiments et des animaux marins et ter-
restres. — Voy. Couches sédimenuùres, art. ill.
MxRAv (Le docte«rR.-F.).
Merveilles de Torganisation des encrinltes. — Voy.
Encrkùte.
Méeopotamf e 00 berceau des premiers honaies, amr-
Jent aux tomatimis crétacée et tertiaire. — Voy. Mao-
nBD,965.
MéUox, leur fwnation. -^ Voy. Veines méiaUifères. —
Vnes de la Providence dans la fonnatioD et ladistributiuQ
des méuux. — Voy. tM. — Leur histoire et minerai.—
Voy. Ylnlroduc^on.
Meulières. — Voy. Fatumen.
MicflBLL. — Voy. Géologie, 699
Milieux d'existence des animani lir>ssiles dans lès ^k<^
géologiques. — Voy. Physiologie paléoolologh|iie, 1 1 12.
Minerais. — Voy. Ylnlrodue^on.
Minéraux. — \vy. V introduction.
im
TABLE DES MATIERES
l4tfU
Modiflcations de la coquille dans la même espèce de
mollusque. — Yov. Animaux marms.
MoioNo (H. rabbé). — Yoy. NJbuieiuei.
HoisB, bat du récU de U création. — Yoy. Bocklard.
— Son récit de la création interprété. — Toy. JfaM(.(i«
Saixt-Clatien), Bockland, Dcsnomis, Hohtbaon, Marcbl
DE SekIIBS, GODEFEOT, MaDPIBD, ÙUOBAE»» DBBUTlCB«etC.
Jours-périodes, etc.
Molécules. — Yqy. YlntroducHùnf 18-19.
Mollasses. — Yoy. Falunien,
Mollusques.
Monitor, — Yoy. MoiOMure.
Monodelphe^ -r« Yoy. Mammifère^,,
HoifTBRON ( H. de), son interprétation du I^ chapitre
de la Gen^e. — Yoy. JéHAïf de Sairt Clayiïbii et la pre-
mière noie addHionnelle à la un dé ce Tolome.
Mono. — Yoy. Gédogle, 629.
Mosasaore.
Moule^
Mulot, célèbre aondear. — Toy. PviU arUpen».
MylodoQ. — T.Voy. Uammipreê.
N
Nantile.
Nautile sipboa et nautile zigzag.
Nébvleusi».
lYéocomien (étage).
Neptunistes. Controferses entre les neptunistes et les
\i|lcanistes. — Yoy. Géologie ^ 649, etc.
nucleus. — Yoy. Mollifi^uei.
Mummalites.
O
PétriOcation. — Yoy. FoinUê
Philosophes et poètes anciens, admettent-iM|uiie créa-
tion de la matière? — Yey. Ghaubabp, 2U.
Physiologie paléontoloôique générale et comparée
Pierres précteuses. — Yoy. VltÊXroducAon^ 41.
Placoidiens. — Yoy. Poîmori.
Planètes.
Plantes Tossiles d*OEningen.
Plésiosaure.
Plqie. Ses idées sur les révolutions naturelles. — Ycy.
Géologie, 606, le V alinéa.
Pliocène (ancien). — Yoy. SvibapennaL
Pluie.
Pluies, leur action. —Yoy. Çonchn sédimenUnres. 98S.
Poisson (M.).
— Ses objections contre les Plntonlens. — Yoy.
Terre, 1367.
' Poisons.
Police de la nature dans le règne animal. — Yoy* Cor-
nirores.
Polypes.
Polypiers.
Pomatomus telescopium* — Yoy. Àmnumx marms.
Porphyres. — Yoy. V Introduction, 21.
Portiandien (Etage).
Portland-stone. — Yoy. Kimméfidgkn.
Potasslum« son rôle dans la constitution du globe ter-
restre. — Yoy. Matièret Hémealairet du qiohe Urrutre*
901.
PoiTLLR (M. Tabbé). Des fossiles et de lenr signiflc»-
Uoo. -~ Yoy. Note II, à la fin du volume.
Pression au fond des eauz. — Yov. Ammaux marnt»
97etsuiY.
Processus de fossfllsatlon. — Yoy. FoMuation
Projpès de la géologie dans les temps mod^es. —
Objections contre la. théorie astronondco^Chimique. — Yoy. Géo(o</te. sud fin.
Yoy. Cœmogonie et Laplace. Ptérodactyle.
Oiseaux.
Oiseaux, leur premier^ apparition. — Yoy. ConcMien,
Omar. — Yoy. Géolog'.e, 607.
Oolitbe inférieure. -^'Yoy. (Movien et Bajocien.
Ophiuroidès.
Or. -^ Yoy. Vlntroduclùm, 63.
Ordres d*anlroaux fossiles aux différepts âges du monde.
— Yoy. Pky^ologie paléontolomque. — Leurs périodes
croissantes et décroissaiiles. — Voy. ibid,
'Origine dçi la terre, du solejl, desi planètes, des co-
mètes, etc. *- Yoy. ces moU.
Onhoc ';ratites.
Oscillations dn sol; leur rôle dans la formation des cou-
ches carbonifères.* — Yoy. Carbiaiiiférienf ITl.
Ours. — Yov. Mammifèret,
Oxfordien (Etage).
Oxygène, son rôle dans la constitution de la terre. —
Yoy. MaiièretéiémetUaires dv glçbe terrestre, 893
P
Pacron (M. rabbé}.
Pachydermes. — Voy. Mammfères. — Lear règne. «-
Yfjv. Suifopennm.
Palsjotheriura. — Yov. Mamimfèret.
Paléôzoîque» (Terrains).
Paussv. — Yoy. Géoloqie, 614.
Pallas. — Yoy. Géologie, 6&3.
Palmiers.
Pampas, dépôts fossiles. — Yoy. SutÊpemdn,
Pandanées.
Paradis terrestre, les Oeaves qni rtrrosent (Eophriie^
Tigre, etc.) coulent sur le terrain tertiaire. — voy. JJUu-
rit», sob fin.
Parisien (Etage).
Pectinibranches. — Yoy. Gatlérapodei.
PeotacriDitM.
Pères de l'Eglise primitive, adoptent l'hypothèse anié-
bexamériiiae. — Yoy. Hum (m SAmT-CtAvuic), sub fin.,
756. *~ Leurs idées an cosmogtwhie ; eritiqnés sans dis-
iremement par M. Letronne; réfutation de ce dernier. —
Yoy. Cosmographie, 552. — Recommandent Vétade des
lettres et des sciences. — Yoy. iUd,, sub fin., 587.
Perfection de l'eniemble des oiganes dans les animaux
fossiles, examen de cette question. — ¥fl(y. JPhgsiologie
paléontoiogique, 1131.
Périodes géologiques végétales, slflars caractères.
Permien (Etage).
Perturbauoiis géologiques.
Perturbations dans les dépôts de sédhnenls. — Yoy.
Couches sédimenlaires.
Ptéropodes. — Yoy Gasiêropodes.
Puits artésiens,
Pulmonibranches. — Yoy. Gastéropodes,
PussY (le D'). Interprétation du récit géni
Yoy. BccELAivD, 135, note.
Pyramides d*E^te bfties avec des pierres, extraites
d^ terrains tertiaires. — Yoy. Maumbs, sub fin.
Pttbagobb, son «ystème. — Yoy. Géologie, 39S.
Raies. -*- Yoy. Potisott.
Raspb. — Yoy. Géologie, 649.
I^AY. — Yoy. Géotoç^, 624.
Refroidissement de la terre à l'ongine. — Yoy. Rovs
(Marouis de).
Réfutations des théories cosmogoniqoes tor la jGenèm;
ce qbi 1^ Inslifie. -^ Yoy. Dbbbbyi«, sob fin.
Renouvellement des Fanaes. — Yoy. Bapècee {oseUes,
Reptiles.
Répulsion (Force de). — Yoy. Laplacb, 823.
Respiration chez les animaux fo.<»iles marins et terres
très. — Yoy. Physiologie pêléonlologique, 1143.
Roches fossilifères.
Roches métamorphiques. — Yoy. Hoches fossUifère».
Roches utiles. — Yoy. V Introduction, 20 et suiv.
Rots (M. le marquis de).
Salamandre — Yoy. Ptanlei fossiles iFOgmngcnei 4fK
Saliférien (éUge).
Sauriens fossiles.
Sauroîdes. — Yoy. PoÎKons.
Saussure. — Yoy. Géologie, 613.
Scaphites.
Science, ennemis de la science combattus par Mgr Wl<
seman. — Yqy. Cosmographie des Pères sub fin.
SciixA. — Yoy. Géologie, 616.
Scorpion.
Scutibranches. — Yoy. Gastéropodes.
Sédiments anciens comparés aux sédiments actueb.
Sédiments marins. ^ Yoy. Couches sédinietdaires. —
Leur répartition dans les mers. — Yoy. îMtf. — Sédi
ments vaseux. — Yoy. Orid. — Sédiments flnvio-terrev
très. — Yoy. Couches sédimenlmres, art. H^.
Sel. — Yoy. yintroducUon,9S. — 6el gemme. ^ Voy.
Roches fos^ltfères.
Sénonien (étage).
Sépia fossile, — voy. Catauns,
Séroles. — Yoy. Trilobites,
1461
TABLE DES MATIERES.
U62
Sibérie, ses mammouths. — Yoy. Mammonihê.
Sisillaires.
Silex. — Voy. VlnlrodvcHon. — RognonsDs Silbx, leor
fonnation. — Toj. ibid. 51.
Silice, son rdie dans la consUtuUun da glube termtn.
— Yoy. Matàèm élémenittires du globe terrestre, 901.
Silarien.
Sittémarien (étage).
Singes.
SiTatherium. — Vor. Uammfère».
Swn. — Yoy. Géologie, 660.
Sol Tierge, sol cultivé, acûon des eaux hién différente
et résultats divers. — Yoy. Couchet iédimenlairet, art. H,
587.
SoleU.
Soleil, son rôle dans la création primitiTe. — Yoy. Go-
ssraoT. MaAT.
Solidification des planètes Yoy. PUmèies.
Solipèdes. — Yoy. Mammifères.
Soulèvements du fond de la mer, leur influence sur la
distribution des animaux marins et des débris organiques.
— Yoy. Animaux marins, 115
Sources.
Squales. — Yoy. Poissons,
Stenon. — Yoy. Géologie, 614
STBABOif, ta théorie des soulèvements. — Yoy. GéoUh
gitf 605.
Subapennin (étage).
Succin. — Yoy. Palmiers, 1082.
Suessonien (étage).
Stigmaria.
Synchronisme des formations géologiques. — Yo^.
Uaupibd, 964.
T
Tableau des profondeurs auxquelles se trouvent dans la
mer les genres connus des coquilles vivantes. — Yoy.
Animaux marins, 102, 105, etc.
Tapir. — Yoy. Mammifères -
TiRGioici. — Yoy. Géologie, 657. ,
Tectibranches. — Yoy. Gastéropodes.
Téléosaure. — Yoy. Crocodiles.
Température de la mer. — Yoy. Àmmaux marins, 96.
Son influence sur la distribution des animaux marins. —
Yoy. Couches sédimentaires, 580.
Tempêtes, leur action sur les dépôts de sédiments. -^
Yqv. Couches sédimeniaires, 568.
Terrains (tableau des). — Yoy. rin<rodiMltofi,subfln,79.
Terrains de transition. — Yoy, Paléoungues.
Terrains stratifiés, leur mode de formation suivant il.
Maupied. — Yoy. Maupi», 952 et suiv.
Terrains éocènes. — Yoy. Suessonien.
Terre.
Terre. —Yoy. Matières élémentaires du globe Urrestre.
Terre à foulon. — Yoy. Bajoden.
Tertiaires (terrains).
Théorie astronomico-diimique. — Yoy. Cosmogome et
Laflacb.
Théorie cosmogonlqne de Laflacb, de GonsFiiov, de
Il ABŒL M Sbbbis, de Maupied, de Dalmas, etc., etc. —
Yoy. ces mots.
Théorie de la terre.— Yoy. Terre, Maufibd, Hor-
KiNs, etc.
Toarclen(étag;B).
ToDgrieo. — Yoy. Falunien.
Toriues.
Tortues, leur ' première apparition. — Yoy. Concku-
lien..
Tourbe. — Yoy. V Introduction, 55.
TraTertin. — Yuy. 17nlrodiic(ton. 27.
Travertin supérieur. — Yoy. Falunien.
Triasiques (terrains).
Trigonellites. Yoy. Apticus.
Trilobites.
Tripolis. — Yoy. nothes fosnlifères et YlntroducHon,
40
Turonien (étage).
'Turrilités.
D
UTodefidron. — Yoy. Similaire.
Univers explU(ué pat ta tévélation, ce qu*il faut piéti-
ter de cet ouvrage. — Yoy. Cbaubard, 251.
Universalité du déluge, ce qu'on en peut penser.-^
Yoy. (!baubabd, 225 à ^
Yalllsneri. — Yoj.'Gécllo^e, 628.
Yapeur. — Yoy. Couches carbonifères ,
Yariations des coquilles. — Yoy. Mollusaueà. . ,
Yégétation, tableau de la végétation à répoqûe de 1
Ibrmation des terrain^ paléèuâques ou de transition. —
Ycjy. Flore fossile.
Végétaux fossiles.
Yéjgétaux ; rapports entre les végétaux des regTbn^ di*
verses à chaque, époque géologique. — Yov. Flors
fosnle. — Rapports entre les végétaux d^époquer
et de périodes successives. — Yoy. Flore fosmle.
Yégétaux, leur création. — Yoy. Maupied, Goobfbov,
Mabcbl de 9BaRKS,^950, 701, 882.
Yeines métallifères.
Yents, leur action sur les dépôts de sédimeùts. — Yoy.
Couches sédimentaires.
Yoltaieb. — Yoy. Géologie, 655.
Yulcanistes, controverse entre les volcanisl^ et les
lieptunistes. — Yoy. Géologie, 649.
W
Wealdienne (formatibn). — Yoy. Iféocomkn.
WEama. -*- voy. Géologie, 6U.
Whiston. — Yoy. Géoloaie, 627.
WHrmuRST. — Yoy. Géologie, 645.
Williams. — Yè.'. Géologie, 657.
WisBMAir, adopte llivpothèse antéhexaknèriqce.— Yov.
Kbah (de SAïKT ClaviÊii). — S'apouio sur les Pères de
rE(^se pour démontrer la nécessité de Tétude «les scien-
ces. — Y<^. Cosmograpine, sub fin.
WbODWABD. —Yoy. Géologie, 625.
Teuxoes trilobites, oonéquen
leur existence. — Yoy. Trilobttes.
Zamia. — Yoy. Cgcadées.
NOTES ADDITIONNELLES.
Note 1 Hypothèse antébexamérique. Note n. Des fossiles et de lear sigDiacaUor
FIN DE LA TABL£.
3cs:
ERRATA.
Col. 79, dains le tableau des lerrainsi auiieude* GoL 296, ligne Zi,âm lieu de :
y Pjrio^ matértallsme,
LUex: K* période lÀux: malérlaliste.
TerUaires. ^ol. 606, ligne i% anoA ces moU :
Col. 748, note S67v û» ««I de ; r, ^« v
Voj. la note additionnelle . ^ Ce philosophe
Osez : Voy. la première note «ddMon- ^M^ •' Wwie. —
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Imprimerie MIGNC, au Feiii-MoninNige.
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